Eglise catholique de Martinique
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        "Le Père Gaston JEAN-MICHEL, Témoin de l’Evangile"

"Le Père Gaston JEAN-MICHEL, Témoin de l’Evangile"

Père Jean - Michel, Merci pour tout ! Que le Seigneur vous accueille dans son Royaume !

Mgr Gaston Jean-Michel nous a quittés au petit matin mardi 21 avril 2015 . Après une vie tout entière donnée au Seigneur et au service de l’Église et du peuple de son pays, la Martinique, il a rejoint la Maison du Père en s’éteignant paisiblement dans son sommeil vers 5h45. Depuis samedi soir, il avait été pris en charge par le service des soins palliatifs de l’hôpital Clarac. Comme Saint Paul dans sa seconde Lettre à Timothée, il a pu dire lui aussi en "bon soldat du Christ", comme il aimait à se définir, :
« Le moment de mon départ est arrivé. J’ai combattu le bon combat. J’ai achevé ma course. J’ai gardé la foi. » (2 Tm 4,6-7)
Toute l’Église de Martinique et, au-delà, tous les Martiniquais, ont appris la nouvelle avec une grande tristesse, mais nous devons rendre grâce à Dieu pour la vie exceptionnellement longue et fructueuse de Père Jean-Michel, dont la mission sacerdotale s’est étendue sur près de 80 années (1935-2015).
Père Gaston Jean-Michel est né le 18 décembre 1911, à Fort de France ; il a été baptisé le 24 janvier 1912 à la cathédrale Saint Louis ; il a été ordonné prêtre par Mgr Lequien le 21 décembre 1935 également à la cathédrale Saint Louis ; il a été successivement vicaire au Saint-Esprit (1936-1937), curé du Morne Vert (1937-1944), curé de Rivière Salée (1944-1946), curé de Morne des Esses (1946-1950), curé du Vauclin (1950-1965), curé des Terres Sainville (1965-1967) avant d’être directeur des œuvres, puis responsable des émissions radiotélévisées sur le service public. Prêtre dans le milieu rural, il a fondé l’Action Catholique Agricole à la fin des années 30 en créant la J.A.C. (Jeunesse Agricole Chrétienne), qui deviendra ensuite le MRJC. A l’âge de 71 ans, il fondera également Radio Saint Louis en Février 1982, et travaillera à son rayonnement pendant plus de 33 ans. Pour lui, la retraite n’existe pas : il sera encore aumônier des hôpitaux, puis aumônier de prison, mission qu’il exercera jusqu’à l’âge de 102 ans avant que la maladie ne lui impose de garder le repos à partir de février 2014. Sa grande joie fut d’accueillir en mars 2015 le nouvel archevêque de Saint Pierre et Fort de France, Mgr David Macaire, qu’il avait fait venir à radio Saint Louis à l’âge de 19 ans, après les JMJ de 1989 à Saint Jacques de Compostelle, et surtout de concélébrer sa messe d’ordination le 12 avril 2015 au stade Pierre Aliker. Le 21 avril 2015, après cette vie dédiée au service de l’évangélisation de la Martinique, le Seigneur a rappelé son grand témoin martiniquais à Lui. Ses funérailles ont été célébrées samedi 25 avril 2015, à 14h, à la cathédrale Saint Louis de Fort de France, là même où il fut ordonné prêtre le 21 décembre 1935. Il a été ensuite inhumé au cimetière du Diamant, commune de sa famille paternelle.

Découvrez la vie et le témoignage du Père Jean-Michel dans l’ouvrage collectif, co-dirigé par Mgr David Macaire et frère Gilles Danroc, o.p., "Le Père Gaston JEAN-MICHEL, Témoin de l’Évangile, Mémoire martiniquaise et Histoire ecclésiale", aux éditions La Thune, 280 p.

Nous vous proposons de retrouver l’Interview de Mgr David Macaire publiée au moment de la sortie de ce beau livre, encore disponible en Martinique dans les librairies catholiques.


- Michel Déglise : Frère David, vous avez dirigé avec Frère Gilles Danroc, la publication du livre « Le père Gaston Jean-Michel Témoin de l’Evangile » [1] ; pouvez-vous nous rappeler dans quelles conditions est né le projet de ce livre ?

- Frère David : Volontiers ! Surtout que ça a été une véritable épopée… près de 10 ans de travail !

Comme beaucoup de personnes, je pense en particulier aux auditeurs de Radio Saint-Louis, j’ai toujours été enthousiasmé d’entendre parler le P. Jean-Michel…

Quelques années plus tard, devenu prêtre, j’ai pris conscience de la richesse des enseignements que j’avais reçu auprès de cet homme. J’ai voulu en partager le fruit avec le plus grand nombre. Mais je n’étais pas le seul à avoir « écouté » le père, ni à avoir eu la même idée ! En fait c’est au cours d’un repas avec Henry Titina (+) et le P. Alain Ransay que le projet s’est formalisé en 2003. Ensuite, mon frère dominicain Gilles Danroc m’a, lui aussi, fait part d’un projet similaire, nous avons unis nos forces.

- MD  : Vos rapports avec Père Jean-Michel remontent à quand ? Vous considérez-vous comme l’un de ses fils spirituels ?
Frère David : Ayant eu la joie d’être son « voisin » pendant les années où j’étais bénévole à Radio Saint-Louis, avant mon entrée dans les ordres, j’ai pu partager avec lui de longues heures de discussion. Oui nous sommes devenus proches malgré les presque 60 ans qui nous séparent. Il n’y a pas de doute, c’est le grand père qui m’a manqué. Mais, étrangement, c’est aussi un ami. Enfin, c’est un modèle… Sa ki lé sa ki mandé : j’ai déjà demandé au Seigneur une double part de son esprit (comme le prophète Elisée le fit au départ de son Maitre Elie) ! Mais le P. Jean-Michel n’est pas prêt de partir, alors j’attendrai.

- MD : Vous avez animé le travail de deux équipes, une première équipe d’interviewers et de rédacteurs de RSL, travaillant directement avec Père Jean-Michel, et une équipe d’historiens, revenant sur l’histoire de l’Eglise de Martinique : parlez-nous de ce travail ? De votre rôle de coordinateur ?

- Frère David : Oh ! S’il s’agissait de deux équipes seulement ! Dieu merci ; le P. Jean-Michel est si « populaire » que ce n’est pas difficile de motiver les gens à travailler pour lui.

Donc, conseillé par mes deux complices (Henry et le P.Alain), j’ai établi la liste des thèmes et des questions que je savais être les sujets de prédilection du Père. Je rends hommage maintenant aux collaboratrices de Radio Saint-Louis, Claude Remer et Ginette Yung-Hing qui ont non seulement réalisé les interviews avec une grande finesse, mais aussi retranscrit l’ensemble fidèlement. Ce premier travail nous a pris au moins 3 ans (entre 2004 et 2007). Ensuite, muni de ce matériau de base, il a fallu choisir ce que nous voulions en faire. Un livre oui, mais quel type de livre ?… un simple livre de mémoire n’aurait pas vraiment plu au père (ça ne lui ressemble pas) ; un récit commenté aurait été trop livresque, pas assez dynamique ; on a même pensé en faire un mémoire universitaire de maîtrise en histoire en confiant le travail à un ou une étudiant(e) en histoire du Campus de Schoelcher, mais cela aurait privé le grand public de ce trésor (les publications scientifiques restent confidentielles…).

Finalement j’ai opté pour un livre d’interview, pour laisser la parole au Père Jean-Michel et bénéficier d’un certain dynamisme dans le rythme et d’une grande liberté de ton. Tout mon travail a alors consisté à réécrire et réorganiser les interviews, à repérer les oublis puis demander des compléments d’information et surtout, à écrire et faire écrire les notes de bas de pages pour faciliter la compréhension. Je remercie au passage les personnes qui se sont alors mises au travail : on retrouve ici à nouveau le P. Ransay, mais aussi Sr Marie-Bénédicte (Dominicaine de Notre-Dame de la Délivrande avec toute une petite équipe) et Michel Déglise de Radio Saint-Louis qui a travaillé directement ces deux dernières années avec le Père Jean-Michel pour relire et corriger le texte et les notes, et pour fournir des photos qui agrémentent l’ouvrage. Tout ça a pris 4 ans, jusqu’en 2011. J’ai été très déçu de ne pouvoir offrir le livre au Père Jean-Michel pour ses 100 ans ! Mais je ne regrette rien car il restait beaucoup de travail, la partie historique n’étant pas finalisée.

Enfin, bien sûr, merci à Mgr Méranville qui a, en quelque sorte béni tout le projet en nous offrant une belle préface qui révèle son affection pour le P. Jean-Michel.

- MD : Votre collaboration avec Frère Gilles Danroc, dominicain comme vous-même, s’est-elle bien passée ?

- Frère David : Oui et je tiens à lui rendre hommage, car il m’a énormément motivé dans ce travail. Le Fr Gilles est un passionné de l’histoire du Nouveau Monde depuis son séjour de près de 20 ans en Haïti. Nous ne sommes ni de la même génération, ni du même style et nous n’avons pas la même expérience (Gilles a été missionnaire en Haïti sous Duvalier, moi je suis missionnaire en Métropole dans une société décadente !). Et puis, notre rapport aux Antilles et à leur histoire n’est pas le même : cette histoire est la mienne, je la porte en moi comme beaucoup d’antillais, lui, il l’a découverte et l’a étudiée. Mais nos deux approches sont pour chacun une richesse et j’espère que le livre en témoigne. En tout cas, sa présence dans ce projet nous dit à quel point notre histoire est belle à l’échelle du monde et de l’Eglise et que le témoignage du Père Gaston Jean-Michel a une portée universelle, qui dépasse notre petite Martinique.

Le Fr. Gilles a, comme bien d’autres, rencontré le Père Jean-Michel et il a été fasciné par cette rencontre. Je crois qu’il a eu le sentiment, en écoutant le Père, de toucher un de ces témoins de l’Histoire de l’Eglise aux Antilles dont il est un spécialiste. C’est lui qui a donné au livre sa profondeur historique. En hommage au Père, il a contacté Mlle Chauleau, M. Léo Elisabeth, M. Delisle ; il a potassé les travaux du grand historien, feu le P.Bernard David (+) ami du PGJM ; enfin, quand nous avons découvert le bel ouvrage de Suzette Quitman (+) sur l’Histoire du diocèse de la Martinique, il nous a paru évident de demander à sa fille, Mme Zonzon Quitman, une contribution de sa mère pour notre projet. Et puis, le Fr. Gilles s’est lui-même mis au travail, pour répondre à mes questions sur l’origine lointaine de notre histoire et pour réaliser des notices sur des personnages de l’Eglise qui ont devancé le Père Jean-Michel au cours des siècles et dont nous pouvons aussi être fiers. Je remercie au passage Mlle Nina Brador pour le travail de secrétariat qu’elle a efficacement fourni à ce stade du travail.

- MD : Trouver un éditeur n’est pas toujours facile. Pourquoi les éditions la Thune, de Marseille ? A combien d’exemplaires a été tirée la première édition ? Y en aura-t-il d’autres ?

- Frère David : Ah ! l’édition, tout un travail de professionnel ! Un premier éditeur ayant proposé un délai trop long il a fallu trouver un autre éditeur. Il faut dire que l’ouvrage est complexe (je n’ai pas dit compliqué !) car beaucoup d’éléments et de textes entrent dans sa composition. Nous avons demandé ce travail au Fr. René Quand (encore un dominicain), directeur des éditions La Thune de Marseille, qui, dans un délai record, a sorti l’ouvrage en Janvier 2013.

Ceci dit, les éditions la Thune sont une toute petite maison, je suis certain que ce livre sera leur plus gros tirage. La première édition a été tirée à 1000 exemplaires, mais en raison de l’intérêt des Martiniquais, j’étais certain qu’il y en aurait d’autres … Une deuxième édition a été tirée à 4000 exemplaires.

- MD : Que retenez-vous personnellement du parcours exceptionnel, par sa durée et son intensité, du Père Jean-Michel encore engagé très activement dans l’apostolat à plus de 100 ans ?

- Frère David : Je retiens que le P. Jean-Michel ne m’a jamais raconté « ses mémoires ». Vous savez qu’il n’est pas tourné vers le passé, même aujourd’hui alors qu’il a dépassé 100 ans. Son but est toujours d’analyser le présent pour construire l’avenir (voir, juger, agir !). Mais il sait tirer les leçons du passé ! Comme je l’explique quelque part dans le livre il n’est jamais content, c’est un insatisfait et il le restera tant que l’Evangile n’aura pas durablement pénétré, pas seulement dans la « religiosité » mais aussi dans le cœur des hommes, dans leur vie sociale et professionnelle… c’est pour ça qu’il va encore vivre longtemps !

- MD : Ce livre permet de retrouver Père Jean-Michel, tel qu’on a toujours pu l’entendre dans ses émissions à RSL, également de découvrir le regard, celui du prêtre mais aussi celui du passionné d’histoire, qu’il porte sur son pays et son Eglise après un siècle d’existence ; mais il est aussi dans sa seconde partie un livre d’histoire rigoureux : que peut-il apporter aux nombreux lecteurs, catholiques ou non, qui le liront ? Quels buts poursuiviez-vous en croisant ces deux approches de la réalité martiniquaise d’hier et d’aujourd’hui ?

- Frère David : Je vous renvoie à l’introduction du livre que le Fr. Gilles et moi-même avons rédigée et que nous avons intitulée « histoire et mémoire ». Nous expliquons que ce n’est pas tant des mémoires que le PGJM nous lègue, mais une mémoire. Le P. Jean-Michel, parce qu’il a étudié l’histoire de son peuple et de son Eglise, a inscrit consciemment son ministère sacerdotale dans la noble lignée des grands évangélisateurs qui ont façonné la richesse de notre peuple, sa vie sociale, sa culture, sa foi… Il est le digne descendant de ces prêtres, religieux et religieuses qui font l’honneur de l’Eglise ici et que l’Histoire officielle, parfois idéologisée, a eu tendance à oublier. Mais le Père ne les a pas oubliés. Et nous non plus ! On ne pouvait proposer un voyage dans sa mémoire sans donner au lecteur de quoi la comprendre, sans entrer rigoureusement dans la « Mémoire ecclésiale et l’Histoire martiniquaise » !

- MD : lors des manifestations organisées à l’occasion de son centenaire, en décembre 2011, vous avez fait part de vos regrets de n’avoir pu achever ce livre pour le lui offrir pour ses 100 ans. Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour mener à bien votre projet ? Et aujourd’hui, que ressentez-vous ?

- Frère David : Oh ! Il ne s’agissait pas de véritables difficultés. Sauf si vous considérez que la mission est une difficulté ! C’est vrai que j’ai, depuis dix ans, pas mal de responsabilités dans ma communauté et beaucoup de projets missionnaires en cours. C’est pourquoi, sans doute, il m’a manqué du temps pour travailler sur ce livre. Ceci dit, vous savez que
le Seigneur m’a appelé à partir comme missionnaire hors de mon pays, mais je sais ce que je dois à la Martinique

J’ai senti que c’était à moi de faire ce travail et d’offrir ce livre à mon Eglise. Alors inutile de vous décrire mon émotion quand j’ai été chercher les premiers exemplaires dans une imprimerie qui (le hasard fait bien les choses) est située tout prêt de mon couvent actuel !

- MD : Cher Frère David, merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions pour les lecteurs du site diocésain de l’Eglise en Martinique.

- Frère David  : C’est moi qui vous remercie !

 [2]

En savoir +

Sous la direction de David Macaire, o.p. et Gilles Danroc, o.p. aux Editions La Thune, Marseille.

Préface de Mgr Michel Méranville.

Livre broché, 280 p. Prix en librairie : 25,90 €

Points de vente : Librairie Siloé Source de Lumière, (F d F, rue Lamartine), Librairie La Procure (FdF, Centre commercial la Véranda, Rd Pt du Vietnam héroïque) Librairie Immaculée Conception, Rue Victor Schoelcher, Lamentin), Librairie Les Archanges (Case-Pilote), Librairies Notre-Dame (Ducos et Le François), Librairie Epiphania (Le François)

Notes

[1« Le père Gaston Jean-Michel, Témoin de l’Evangile. Mémoire Martiniquaise et Histoire Ecclésiale », préfacé par notre archevêque Mgr Michel Méranville

[2Frère Gilles Danroc, prêtre dominicain, missionnaire et historien, présent pendant vingt ans en Haïti, et actuellement aumônier international des Equipes du Rosaire.

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