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        Audience de l’Angélus avec le Pape François

Audience de l’Angélus avec le Pape François

Notre « oui » à Dieu est-il un oui « à moitié » et médiocre, ou entier et inconditionnel ? C’est la réflexion proposée par le Pape ce jeudi 8 décembre, lors de la prière de l’Angélus, à l’occasion de la Solennité de l’Immaculée Conception. Devant une Place St Pierre, où trônent déjà le sapin décoré de Noël et la traditionnelle crèche, François est revenu sur les lectures du jour, tirées du livre de la Genèse et de l’Evangile selon St Luc, qui présentent deux « passages cruciaux » de l’histoire des relations entre Dieu et les hommes.


Devant une Place St Pierre, où trônent déjà le sapin décoré de Noël et la traditionnelle crèche, le Saint-Père est revenu sur les lectures du jour, tirées du livre de la Genèse et de l’Evangile selon St Luc, qui présentent deux « passages cruciaux » de l’histoire des relations entre Dieu et les hommes.

« Le livre de la Genèse nous montre le ‘non’ des origines, lorsque l’homme a préféré se regarder plutôt que son créateur, qu’il a voulu n’en faire qu’à sa tête, en choisissant de se suffire à lui-même ». Une attitude qui le conduit au péché et le coupe de la communion avec Dieu ; Dieu qui n’abandonne pourtant pas l’homme au mal. Il le cherche, et lui pose la question d’un père ou d’une mère dont le fils aurait disparu : « Où es-tu ? ».

Face à ce « non des origines », le passage de l’Evangile nous montre le « oui le plus important de l’Histoire », celui de l’humble jeune fille de Nazareth, Marie. Sa disponibilité et son abandon rendent possible l’incarnation du Fils de Dieu. Jésus commence ainsi « dans le sein de Marie, son chemin sur les routes de l’humanité ». « Il se fait l’un de nous, en toute chose, excepté le péché ». Et c’est pour cela qu’il a choisi Marie, la toute pure, l’immaculée, la « comblée de grâce », la créature en qui le péché ne trouve aucun espace. Son « oui » humble et fidèle « détruit le non orgueilleux des origines », « guérit la désobéissance » originelle, et « renverse l’égoïsme du péché ».

Partant de l’exemple de ce « oui » inconditionnel, le Pape s’interroge sur notre attitude, et constate : « parfois, dit-il, nous sommes experts des ‘oui à moitié’, nous excellons à faire semblant de ne pas comprendre la volonté de Dieu ». Mais plutôt que de dire « non », nous disons à Dieu « oui, mais... pas aujourd’hui. Demain je serai meilleur, je prierai, je ferai du bien ». Or, en agissant ainsi, « nous fermons la porte au bien », et « le mal profite de ces oui manqués ». En revanche, chaque « oui » donne naissance à une histoire de salut nouvelle et originale avec Dieu, et particulièrement en ce temps de l’Avent, où Dieu « désire nous visiter et attend notre ’oui’ ».

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a évoqué le fort séisme qui a frappée l’ile de Sumatra, en Indonésie, ce mercredi. La secousse, de magnétude 6,5, a provoqué la mort d’une centaine de personnes. François a affirmé prier pour les victimes et leurs familles, pour le sblessés, et ceux qui ont perdu leurs maisons. « Que le Seigneur donne force à la population et soutiennent les opérations de secours ».

(Avec R. V.)

Dimanche 7 Décembre 2016

« Ne jamais perdre l’espérance », qui est la « vertu des petits » : c’est l’appel lancé par le Pape, mercredi 7 décembre, lors de l’audience générale, tenue dans la salle Paul VI

Le Pape François a commencé ce mercredi un nouveau cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne… Prenant appui sur le chapitre 40 du Livre d’Isaïe, autrement appelé le Livre de la Consolation, il a enjoint les fidèles à attendre dans la confiance e la venue du Seigneur.

Le temps de l’Avent est celui de l’attente , un temps où le croyant est appelé à réfléchir sur le sens de l’espérance, « l’Espérance qui ne déçoit jamais », contrairement à l’optimisme, a précisé le Pape. Dieu lui-même nous enseigne à espérer, par la bouche de ses prophètes, à qui il demande d’encourager son peuple, de lui adresser une parole de Consolation. Isaïe assure ainsi au peuple d’Israël, alors en exil, que ses tribulations sont finies, que le retour sur sa terre est proche. Le prophète l’invite donc « à préparer le chemin du Seigneur, en s’ouvrant à ses dons de Salut ».

La consolation commence en effet « avec la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu », une voie à préparer dans le désert, pour pouvoir retourner chez soi. La vie est souvent un désert, a encore reconnu le Pape, mais « si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir une autoroute belle et large ». Il suffit pour cela de « ne pas perdre l’espérance, de continuer à croire, toujours, malgré tout ». C’est l’Espérance qui nous redonne le sourire, lorsque tout semble n’être que ténèbres autour de nous.

Et qui sont ceux qui savent continuer à espérer ? « Ceux qui entourent Jésus à sa naissance » : les petits, « rendus grands par leur foi et leur espérance ». Laissons-nous donc enseigner l’espérance, la « vertu des petits », a exhorté le Pape. « Attendons avec confiance » la venue du petit enfant de Bethléem, « quel que ce soit le désert de nos vies, il deviendra un jardin florissant ».

Au terme de l’audience générale, le Saint-Père a évoqué les prochaines Journées mondiales contre la corruption (le 9 décembre) et pour les Droits de l’Homme (le 10 décembre), promues par les Nations Unies. Ces deux réalités sont étroitement liées, pour le Pape :

« la corruption est l’aspect négatif à combattre, en partant de la conscience personnelle et en veillant à tous les domaines de la vie civile, surtout les plus à risques. Les Droits de l’Homme sont l’aspect positif, à promouvoir (…) afin que personne ne soit exclu de la reconnaissance effective des droits fondamentaux de la personne humaine. Que le Seigneur nous soutienne dans ce double engagement ».

(Avec R. V.)

Dimanche 4 Décembre 2016

" Que sont le Royaume des cieux et la conversion ? " C’est à cette question que le Pape François a apporté une réponse ce dimanche 4 décembre à l’Angélus, en partant de l’évangile de Saint Mathieu pour ce deuxième dimanche de l’avent : « Convertissez-vous car le royaume des cieux est tout proche ! ».

Cette phrase de Saint Jean Baptiste donne le coup d’envoi de la mission de Jésus en Galilée. C’est aussi l’annonce que les disciples sont amenés à faire dans leur expérience missionnaire. L’épisode nous est relaté par l’évangéliste Mathieu. Il présente Saint Jean Baptiste comme celui qui ouvre la voie à Jésus, et les disciples comme ceux qui prendront la suite de la prédication du Christ.

En ce temps de l’Avent, ce temps d’attente, cette annonce se veut une joyeuse nouvelle. Le Royaume de Dieu approche, il est au milieu de nous. « C’est le message central de toute mission chrétienne », dit François avant de poursuivre : « Lorsqu’un missionnaire, un chrétien, annonce l’évangile, il ne fait pas de prosélytisme comme un supporter de football qui chercherait à avoir plus d’adhérents pour son équipe. Non, dit François, il va simplement annoncer le Royaume de Dieu pour préparer la rencontre de Jésus avec son peuple ».

Le Pape pose ensuite la question : Qu’est-ce que le royaume de Dieu ? Alors que notre regard se porte naturellement vers l’au-delà, vers la vie éternelle, parce que de fait ce Royaume est sans fin et va au-delà de la vie terrestre, le Saint Père explique que le royaume de Dieu est déjà au milieu de nous, et que nous ne devons pas l’attendre. Dieu est présent dans la vie de tous les jours. Il établit sa Seigneurie partout où il est accueilli avec foi et humilité, et où germe l’amour, la joie et la paix.

Il y a cependant une condition pour entrer dans son royaume. Un changement doit s’opérer. Nous devons nous convertir : « Il faut sortir des chemins, pratiques, mais déviants, des idoles de ce monde : quitter le chemin du succès à tout prix, le chemin du pouvoir au détriment des plus faibles, la soif de richesses, la recherche du plaisir à n’importe quel prix ».

Il faut ouvrir la voie au Seigneur qui arrive : « Il ne nous prive pas de notre liberté mais nous donne le véritable bonheur ». Par la naissance du Christ à Bethléem, c’est Dieu qui s’installe au milieu de nous pour nous libérer de l’égoïsme, du péché et de la corruption.

Noël est un jour de joie extérieure, mais François rappelle qu’il s’agit d’abord d’un événement religieux pour lequel une préparation spirituelle est nécessaire : « Nous préparons la venue du Seigneur, dit le Saint Père, lorsque nous examinons notre conscience, lorsque nous analysons nos comportements, lorsque nous confessons nos péchés avec sincérité et confiance ».

Et le Pape François conclut sur le sacrement de la pénitence, par lequel, explique-t-il, « nous pouvons sentir dans notre cœur la proximité du Royaume de Dieu et son salut… Le salut de Dieu est l’amour qui efface les péchés, libère du mal et nous oriente vers le bien ».

Après la prière de l’Angélus, le Pape a donné rendez-vous aux fidèles jeudi 8 décembre pour la fête de l’immaculée conception. François se rendra dans l’après-midi jeudi place d’Espagne dans le centre de Rome, pour déposer une gerbe et prier sous la statue de la Vierge Marie.

(Avec R. V.)

Mercredi 30 novembre 2016

Le Pape François a achevé, lors de l’audience générale de ce mercredi, son cycle de catéchèse consacré aux œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle. Parmi ces œuvres, a-t-il souligné, se trouve le devoir « d’ensevelir les morts et de prier pour les vivants et les défunts »
Enterrer les morts n’est pas une requête « étrange », elle n’est pas loin de nos préoccupations quotidiennes. C’est une œuvre « tristement actuelle » dans certaines régions du monde qui vivent sous le joug de la guerre, avec des bombardements jour et nuit qui sèment la peur et font des victimes innocentes.

Dans la Bible, le vieux Tobie veut enterrer les morts malgré l’interdiction du roi, et aujourd’hui encore on risque sa vie pour donner une sépulture aux pauvres victimes des guerres. « Pour les chrétiens, la sépulture est un acte de piété, mais aussi un acte de grande foi. Nous déposons dans la tombe le corps de nos proches, avec l’espérance de leur résurrection. C’est un rite qui reste très fort (…) et qui trouve une résonnance particulière en ce mois de novembre dédié à la prière des défunts ».

« Prier pour les défunts, est un signe de reconnaissance pour le témoignage qu’ils nous ont laissé et pour le bien qu’ils nous ont fait. C’est un remerciement au Seigneur qui nous les a donnés, pour leur amour et leur amitié ». Lors de la messe, on prie pour les défunts avec l’espérance chrétienne qu’ils soient avec Lui au paradis, et dans l’attente de se retrouver ensemble « dans ce mystère d’amour que nous ne comprenons pas mais dont on sait qu’il est vrai car Jésus nous l’a promis ».

« Le souvenir des défunts, a poursuivi le Pape, ne doit pas nous faire oublier de prier pour les vivants, qui affrontent avec nous les épreuves de la vie ». « Dans la Communion des saints, nous sommes tous réunis dans la communauté de ceux qui, plongés dans la vie de Dieu et vivant de son amour, ont reçu le baptême et se sont nourris du Corps du Christ ».

« Il y a tellement de façons de prier pour notre prochain » indique le Saint-Père qui cite en exemple « les parents qui bénissent leurs enfants », « la prière pour les personnes malades » ou encore le cas de cet entrepreneur, venu à Sainte-Marthe lors de la messe qui priait pour ses 50 employés, qu’il devait congédier à contrecœur, à la porte. Le Pape nous invite tous à demander, pour ceux qui nous entourent, le bien le plus grand : « que s’accomplisse pour eux la volonté du Père », insistant pour que nous prions et que, le cœur ouvert, nous laissions prier en nous l’Esprit saint.

Dans son salut aux pèlerins de langue arabe, en particulier adressé aux Syriens, le Pape a de nouveau invité à prier pour « les vivants, les défunts, et pour ceux qui vivent en mourant de peur à cause de la guerre, de la terreur de la violence et de la perte de leur Patrie et de leurs proches ». Il prie pour les nombreuses personnes « courageuses » qui risquent la vie pour donner une sépulture digne aux morts et pour secourir les blessés.

À l’issue de l’audience de ce mercredi, le Pape a également fait référence à une conférence internationale sur la protection du patrimoine en zone de guerre qui va s’ouvrir ce vendredi à Abou Dhabi, à l’initiative de la France et des Emirats Arabes Unis en collaboration avec l’Unesco. « Un thème qui est hélas dramatiquement actuel ». Convaincu que la tutelle des richesses culturelle constitue une dimension essentielle de la défense de l’être humain, le Pape espère que cet événement soit le signe d’une nouvelle étape dans le processus d’application des droits humains.

Ensuite, à la veille de la journée mondiale de lutte contre le Sida promue par les Nations-Unies, le Saint-Père a invité les fidèles à prier pour les millions de personnes qui vivent avec cette maladie, et dont seulement la moitié a accès aux thérapies vitales, ainsi que pour leurs proches. Il a souhaité que l’on prie pour « promouvoir la solidarité afin que même les plus pauvres puissent bénéficier de diagnostics et de soins adéquats », et il a lancé un appel afin que tous adoptent « des comportements responsables » afin de prévenir une propagation ultérieure de la maladie.

Enfin, après avoir envoyé deux télégrammes mardi soir aux évêques de Sonson-Rionegro en Colombie et de Brasilia au Brésil, pour présenter ses condoléances aux familles des victimes de l’accident d’avion qui a fait 71 morts en Colombie, dont l’équipe du petit club de football brésilien de Chapecoense, en route pour sa première finale de la Coupe sud-américaine, le Pape François a rappelé, lors de son salut en langue portugaise, la douleur du peuple brésilien. Il prie pour les joueurs défunts et pour leurs familles. « En Italie, nous comprenons bien ce que cela signifie, car nous nous rappelons l’incident aérien du Superga en 1949. Ce sont de dures tragédies ».

(Avec R. V.)

Dimanche 27 Novembre 2016

En ce premier dimanche de l’Avent, qui marque le début de la nouvelle Année liturgique, le Pape a prononcé son traditionnel Angélus, devant les fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre. Il a rappelé que ce temps de l’Avent est le bon moment pour « aller rencontrer le Seigneur »

En effet, le Seigneur lui-même vient nous visiter, et le temps de l’Avent doit être « un temps d’espérance, l’espérance vraie, fondée sur la fidélité de Dieu et sur notre responsabilité ».

« La première visite est advenue avec l’Incarnation, la naissance de Jésus dans la grotte de Bethléem ; la deuxième advient dans le présent : le Seigneur nous visite continuellement, chaque jour, il chemine à nos côtés et il est une présence de consolation. Et enfin, il y aura la visite ultime, que nous professons chaque fois que nous récitons le Credo : "Il viendra de nouveau dans la gloire pour juger les vivants et les morts" ».

Le Pape François a évoqué cette perspective du retour du Christ à la fin des temps, une idée inconfortable car nul ne sait quand cela adviendra… Mais il faut se tenir prêt et disponible : « L’Évangile ne veut pas nous faire peur, a précisé le Pape, mais ouvrir notre horizon à la dimension ultérieure, plus grande, qui d’un côté relativise les choses de chaque jour mais en même temps les rend précieuses, décisives. La relation avec le Dieu qui vient nous visiter donne à chaque geste, à chaque chose une lumière différente, une épaisseur, une valeur symbolique. »

Il ne faut donc pas se laisser conditionner et aveugler par les choses de ce monde, les réalités matérielles, sinon nous ne pourrons pas percevoir qu’il y a quelque chose de beaucoup plus important : notre rencontre finale avec le Seigneur qui vient pour nous. « Dans ce temps de l’Avent, nous sommes appelés à ouvrir l’horizon de notre cœur, à nous faire surprendre par la vie qui se présente chaque jour avec ses nouveautés », a encore dit le Pape François.

Reprenant la parole après la prière de l’Angélus, le Saint-Père a voulu exprimer sa compassion pour les populations de l’Amérique centrale, notamment du Costa Rica et du Nicaragua, frappées récemment par un ouragan et un séisme, et pour celles de l’Italie du Nord qui souffrent des inondations.

Lundi 21 Novembre 2016 : Publication de "Misericordia et Misera"

« Voici venu le temps de la miséricorde », le Pape François le redit dans la lettre apostolique "Misericordia et Misera" ("Miséricorde et pauvreté") qui vient d’être rendue publique ce lundi. Ce texte comporte une dizaine de pages et 22 paragraphes dans lesquels le Saint-Père revient sur l’année jubilaire qui vient de s’achever le 20 novembre.

Le Pape met en lumière un certain nombre d’expériences et d’initiatives comme l’envoi de Missionnaires de la Miséricorde ou les vendredis de la miséricorde, mais il invite surtout à « regarder de l’avant », à faire de cette année sainte le point de départ d’un nouveau chemin à parcourir. Le Pape a ainsi annoncé plusieurs gestes significatifs comme l’instauration d’une « journée mondiale des pauvres ». Par ailleurs, il concède « à tous les prêtres la faculté d’absoudre le péché d’avortement » et prolonge la faculté donnée aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X de donner une confession « valide » et « licite » au-delà du Jubilé.

"Misericordia et Misera", "miséricorde et pauvreté", cette lettre apostolique, rendue publique au lendemain de la clôture de l’année de la Miséricorde est en quelque sorte un prolongement de cette année sainte. Une feuille de route transmise par le Pape pour « nous indiquer la route que nous sommes appelés à suivre à l’avenir ». Le Saint-Père rappelle tout d’abord que la miséricorde ne peut être « une parenthèse dans la vie de l’Église, elle en constitue l’existence même ». « Tout se révèle dans la miséricorde, tout se résout dans l’amour miséricordieux du Père » souligne le Pape rappelant qu’« aucun d’entre nous ne peut poser de conditions à la miséricorde ». « Même dans les cas les plus difficiles où l’on est tenté de faire prévaloir une justice qui vient seulement des normes, on doit croire en la force qui jaillit de la grâce divine ».

Alors que les portes saintes sont désormais toutes refermées, le Saint-Père ouvre « le temps de la miséricorde ». Premier signe concret pour encourager à « continuer avec fidélité, joie et enthousiasme à faire l’expérience de la richesse de la miséricorde » : l’instauration « à la lumière du jubilé des personnes exclues » d’une journée mondiale des pauvres. Elle sera célébrée dans toute l’Église le 33ème dimanche du temps ordinaire. Une journée, précise le Pape, « qui aidera les communautés et chaque baptisé à réfléchir sur la manière dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile.

Le Pape dans ce texte présente également deux autres dispositions particulièrement importantes, rappelant que le sacrement de la réconciliation doit retrouver sa place centrale dans la vie chrétienne.

Juste avant l’ouverture de l’année sainte, le Pape avait annoncé, fait inédit, que durant toute la durée du Jubilé, il concédait à l’ensemble des prêtres, en vertu de leur ministère, « la faculté d’absoudre le péché d’avortement ». Il a décidé que « cette disposition qui s’inscrivait dans un temps limité est désormais étendu dans le temps, nonobstant toutes choses contraires », c’est ce qu’a annoncé le Pape François qui rappelle avec force que « l’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente ». Cependant, indique-t-il, « je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père ».

L’autre disposition qui s’étend au-delà de la période jubilaire concerne la fraternité Saint-Pie-X. Le Pape avait décidé que l’absolution reçue en se confessant aux prêtres lefebvristes serait « valide » et « licite » pendant le Jubilé. Le Saint-Père, là aussi, « étend cette faculté au-delà de la période jubilaire, jusqu’à ce que soient prises de nouvelles dispositions, pour que le signe sacramentel de la réconciliation à travers le pardon de l’Église ne fasse jamais défaut à personne ». Une décision, précise-t-il, pour le bien pastoral des fidèles et en comptant sur la bonne volonté de leurs prêtres afin que la pleine communion dans l’Église catholique puisse être recouvrée avec l’aide de Dieu.

Concernant les missionnaires de la miséricorde, « une expérience de grâce que l’Église a vécue avec beaucoup d’efficacité », le Pape souhaite que leur ministère extraordinaire ne s’arrête pas avec la fermeture de la Porte Sainte. Il désire qu’il demeure comme signe concret que la grâce du Jubilé est toujours vivante et efficace partout dans le monde.

Le Pape renouvelle aux prêtres l’invitation à se préparer avec grand soin au ministère de la Confession, qui est une vraie mission sacerdotale. Enfin, autre suggestion du Pape : qu’un dimanche dans l’année soit entièrement consacré à la Parole de Dieu pour comprendre « l’inépuisable richesse qui provient du dialogue permanent entre Dieu et son peuple ».

Cette lettre apostolique adressée à toute l’Église pour continuer à vivre la Miséricorde a été signée dimanche 20 novembre 2016 par le Pape au terme de la messe conclusive du Jubilé. Il l’a remise également à plusieurs représentants du Peuple de Dieu : au cardinal Tagle, archevêque de Manille, à l’archevêque de Saint Andrews et Edimbourg en Écosse, à deux « missionnaires de la Miséricorde », à un diacre permanent, deux religieuses, une famille, un couple de fiancés, deux catéchistes, une personne handicapée et une personne malade.

(Avec R. V.)

Découvrez l’intégralité de la Lettre apostolique “Misericordia et misera” (“miséricorde et pauvreté”) adressée à toute l’Eglise par le Pape François

"A ceux qui liront cette Lettre Apostolique, miséricorde et paix

Misericordia et misera sont les deux termes qu’utilise Saint Augustin pour raconter la rencontre entre Jésus et la femme adultère (cf. Jn 8, 1-11). Il ne pouvait trouver expression plus belle et plus juste pour faire comprendre le mystère de l’amour de Dieu quand il vient à la rencontre du pécheur : « Il ne resta que la misérable pécheresse en face de la bonté miséricordieuse »[1]. Que de pitié et de justice divine dans ce récit ! Son enseignement éclaire la conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde et nous indique la route que nous sommes appelés à suivre à l’avenir.

1. Cette page d’Évangile peut être considérée à bon droit comme une icône de ce que nous avons célébré durant l’Année Sainte, un temps riche de miséricorde, laquelle demande à être encore célébrée et vécue dans nos communautés. De fait, la miséricorde ne peut être une parenthèse dans la vie de l’Église, mais elle en constitue l’existence même, qui rend manifeste et tangible la vérité profonde de l’Évangile. Tout se révèle dans la miséricorde ; tout se résout dans l’amour miséricordieux du Père.

Une femme et Jésus se sont rencontrés. Elle, adultère, et, selon la Loi, passible de lapidation. Lui, par sa prédication et le don total de lui-même, qui le conduira jusqu’à la Croix, a replacé la loi mosaïque dans son intention originelle. Au centre, il n’y a pas la loi ni la justice de la loi, mais l’amour de Dieu qui sait lire dans le cœur de chacun, pour en saisir le désir le plus caché, et qui doit avoir le primat sur tout. Dans ce récit évangélique, cependant, on ne rencontre pas le péché et le jugement de manière abstraite, mais une pécheresse et le Sauveur. Jésus a regardé cette femme dans les yeux et il a lu dans son cœur : il y a trouvé le désir d’être comprise, pardonnée, et libérée. La misère du péché a été recouverte par la miséricorde de l’amour. Il n’y a chez Jésus aucun jugement qui ne soit marqué par la pitié et la compassion pour la condition de la pécheresse. À ceux qui voulaient la juger et la condamner à mort, Jésus répond par un long silence, pour laisser la voix de Dieu se faire entendre dans les consciences, tant celle de la femme que celles de ses accusateurs. Ceux-ci laissent les pierres tomber de leurs mains et s’en vont un par un (cf. Jn 8, 9). À la suite de ce silence, Jésus dit : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? …Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (vv. 10-11). De cette manière, il l’aide à se tourner vers l’avenir avec espérance et à être prête à se remettre en route. Désormais, si elle le désire, elle pourra « vivre dans l’amour » (cf. Ep 5, 2). Revêtue de la miséricorde, même si la condition de faiblesse du péché demeure, elle sera comme recouverte par l’amour qui permet de regarder plus loin et de vivre autrement.

2. Jésus l’avait d’ailleurs déjà enseigné avec clarté, lorsqu’invité à partager le repas chez un pharisien, une femme connue de tous comme une pécheresse s’était approchée de lui (cf. Lc 7, 36-50). Elle avait répandu du parfum sur les pieds de Jésus, les avait arrosés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux (cf. v. 37-38). À la réaction scandalisée du pharisien, Jésus répondit : « Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (v. 47).

Le pardon est le signe le plus visible de l’amour du Père, que Jésus a voulu révéler dans toute sa vie. Il n’y a aucune page de l’Évangile où cet impératif de l’amour qui va jusqu’au pardon ne soit présent. Même au moment ultime de son existence terrestre, alors qu’il est cloué sur la croix, Jésus a des paroles de pardon : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34).

Rien de ce qu’un pécheur qui se repent place devant la miséricorde de Dieu ne peut demeurer sans l’étreinte de son pardon. C’est pourquoi aucun d’entre nous ne peut poser de conditions à la miséricorde. Elle demeure sans cesse un acte gratuit du Père céleste, un amour inconditionnel et immérité. Nous ne pouvons donc pas courir le risque de nous opposer à l’entière liberté de l’amour par lequel Dieu entre dans la vie de chacun.

La miséricorde est cette action concrète de l’amour qui, en pardonnant, transforme et change la vie. C’est ainsi que se manifeste son mystère divin. Dieu est miséricordieux (cf. Ex 34, 6) ; sa miséricorde demeure pour l’éternité (cf. Ps 136) ; de génération en génération, elle embrasse toute personne qui met en lui sa confiance, la transforme en lui donnant sa propre vie.

3. Que de joie a ainsi jailli du cœur de ces deux femmes, l’adultère et la pécheresse ! Le pardon les a fait se sentir enfin libres et heureuses comme jamais auparavant. Les larmes de la honte et de la douleur se sont transformées en sourire de celle qui se sait aimée. La miséricorde suscite la joie, car le cœur s’ouvre à l’espérance d’une vie nouvelle. La joie du pardon est indicible, mais elle transparait en nous chaque fois que nous en faisons l’expérience. L’amour avec lequel Dieu vient à notre rencontre en est l’origine, brisant le cercle d’égoïsme qui nous entoure, pour faire de nous, à notre tour, des instruments de miséricorde.

Comme sont riches de sens également pour nous les paroles anciennes qui guidaient les premiers chrétiens : « Revêts-toi donc de la joie qui plaît toujours à Dieu et qu’il accueille favorablement : fais-en tes délices. Tout homme joyeux fait le bien, pense le bien et méprise la tristesse […] Ils vivront pour Dieu, ceux qui rejetteront loin d’eux la tristesse et se revêtiront de la seule joie »[2]. Faire l’expérience de la miséricorde donne de la joie. Ne laissons pas nos afflictions et nos préoccupations l’éloigner de nous. Qu’elle demeure bien enracinée dans notre cœur et nous fasse toujours considérer notre vie quotidienne avec sérénité.

Dans une culture souvent dominée par la technique, les formes de tristesse et de solitude où tombent tant de personnes et aussi tant de jeunes, semblent se multiplier. L’avenir semble être l’otage de l’incertitude qui ne permet pas la stabilité. C’est ainsi qu’apparaissent souvent des sentiments de mélancolie, de tristesse et d’ennui, qui peu à peu peuvent conduire au désespoir. Nous avons besoin de témoins d’espérance et de véritable joie, pour chasser les chimères qui promettent un bonheur facile fait de paradis artificiels. Le vide profond ressenti par beaucoup peut être comblé par l’espérance que nous portons dans le cœur et par la joie qui en découle. Nous avons tant besoin de reconnaître la joie qui se révèle dans un cœur touché par la miséricorde. Tirons donc profit de ces paroles de l’Apôtre : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur » (Ph 4,4 ; cf. 1 Th 5,16).

4. Nous avons célébré une Année intense durant laquelle la grâce de la miséricorde nous a été donnée en abondance. Tel un vent impétueux et salutaire, la bonté et la miséricorde du Seigneur se sont répandues sur le monde entier. Et face à ce regard aimant de Dieu, qui s’est posé sur chacun de nous de façon prolongée, nous ne pouvons pas rester indifférents car il change la vie.

En premier lieu, nous ressentons le besoin de remercier le Seigneur et de lui dire : « Tu as aimé, Seigneur, cette terre […] tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute » (Ps 84,2-3). C’est ainsi : Dieu a piétiné nos fautes et il a jeté nos péchés au fond de la mer (cf. Mi 7,19) ; il ne s’en souvient plus, il les a jetés derrière lui (cf. Is 38,17) ; aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de lui nos péchés (cf. Ps 102,12).

Au cours de cette Année Sainte, l’Église a su se mettre à l’écoute, et elle a fait l’intense expérience de la présence et de la proximité du Père qui, par l’Esprit Saint, lui a rendu plus manifeste le don et la mission de Jésus Christ concernant le pardon. Le Seigneur nous a vraiment rendu visite une nouvelle fois. Nous avons senti son souffle de vie se répandre sur l’Église, et une fois encore, ses paroles ont indiqué la mission : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » (Jn 20,22-23).

5. À l’heure où s’achève ce Jubilé, il est temps de regarder en avant et de comprendre comment continuer avec fidélité, joie et enthousiasme, à faire l’expérience de la richesse de la miséricorde divine. Nos communautés pourront rester vivantes et dynamiques dans la mission de nouvelle évangélisation dans la mesure où la « conversion pastorale » que nous sommes appelés à vivre[3] sera imprégnée chaque jour de la force rénovatrice de la miséricorde. Ne mettons pas de limites à son action ; n’attristons pas l’Esprit qui indique toujours des chemins nouveaux pour annoncer à tous l’Évangile du salut.

Nous sommes d’abord appelés à célébrer la miséricorde. Que de richesses se dégagent de la prière de l’Église quand elle invoque Dieu comme Père miséricordieux ! Dans la liturgie, la miséricorde n’est pas seulement évoquée maintes fois : elle est réellement reçue et vécue. Du début à la fin de la célébration eucharistique, la miséricorde est évoquée plusieurs fois dans le dialogue entre l’assemblée priante et le cœur du Père qui se réjouit quand il peut répandre son amour miséricordieux. Après la demande de pardon initiale, par l’invocation « Seigneur, prends pitié », nous sommes immédiatement rassurés : « Que Dieu tout puissant nous fasse miséricorde, qu’il nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle ». La communauté, dans cette confiance, se rassemble en présence du Seigneur, tout spécialement le saint jour de la résurrection. Beaucoup d’oraisons - collectes - rappellent le grand don de la miséricorde. Pendant le Carême par exemple, nous prions ainsi : « Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi ; tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage ; écoute l’aveu de notre faiblesse : nous avons conscience de nos fautes, patiemment, relève-nous avec amour ».[4] Nous entrons ensuite dans la grande prière eucharistique par la préface qui proclame : « Ton amour pour le monde est si grand que tu nous as envoyé un sauveur. Tu l’as voulu semblable aux hommes en toute chose à l’exception du péché, afin d’aimer en nous ce que tu aimais en lui ».[5] La quatrième prière eucharistique, quant à elle, est une hymne à la miséricorde de Dieu : « Dans ta miséricorde, tu es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils te cherchent et puissent te trouver ». « Sur nous tous nous implorons ta bonté »[6], telle est la supplique du prêtre dans la prière eucharistique pour implorer la participation à la vie éternelle. Après le Notre Père, le prêtre prolonge la prière, invoquant la paix et la libération du péché « par ta miséricorde ». Et avant le signe de paix, échangé comme expression de fraternité et d’amour réciproque à la lumière du pardon reçu, il prie de nouveau : « Ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ».[7] Par ces paroles, nous demandons avec une humble confiance le don de l’unité et de la paix pour notre sainte Mère l’Église. La célébration de la miséricorde divine atteint son sommet dans le Sacrifice eucharistique, mémorial du mystère pascal du Christ, d’où vient le salut pour tout homme, pour l’histoire et le monde entier. En bref, chaque moment de la célébration eucharistique fait référence à la miséricorde de Dieu.

La miséricorde nous est offerte en abondance dans toute la vie sacramentelle. Il n’est pas anodin que l’Église ait voulu évoquer explicitement la miséricorde dans la formule des deux sacrements dits « de guérison », à savoir la Réconciliation et le Sacrement des malades. La formule d’absolution dit : « Que Dieu, notre Père, vous montre sa miséricorde. Par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec lui, et il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés, par le ministère de l’Église, qu’il vous donne le pardon et la paix ».[8] Dans l’Onction des malades, on dit : « Par cette Onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint ».[9] Dans la prière de l’Église, l’appel à la miséricorde n’est donc pas seulement parénétique, il est hautement performatif, ce qui signifie qu’elle nous est accordée lorsque nous l’invoquons avec foi ; quand nous la confessons comme vivante et réelle, elle nous transforme vraiment. C’est là un des contenus fondamentaux de notre foi que nous devons conserver dans toute son originalité : avant la révélation du péché, nous avons celle de l’amour par lequel Dieu a créé le monde et les êtres humains. L’amour est le premier acte par lequel Dieu se fait connaître et vient à notre rencontre. Tenons donc ouvert notre cœur à la confiance d’être aimés de Dieu. Son amour nous précède toujours, nous accompagne et demeure à nos côtés malgré notre péché.

6. Dans ce contexte, l’écoute de la Parole de Dieu a une importance particulière. Chaque dimanche, la Parole de Dieu est proclamée dans la communauté chrétienne pour que le Jour du Seigneur soit éclairé par la lumière qui émane du mystère pascal.[10] Dans la célébration eucharistique, c’est comme si l’on assistait à un vrai dialogue entre Dieu et son peuple. De fait, dans la proclamation des lectures bibliques, on parcourt à nouveau l’histoire de notre salut à travers l’annonce qui est faite de l’incessante œuvre de miséricorde. Dieu nous parle encore aujourd’hui comme à des amis ; il s’« entretient » avec nous[11] pour nous accompagner et nous montrer le chemin de la vie. Sa parole se fait interprète de nos demandes et de nos préoccupations et réponse féconde pour que nous fassions l’expérience concrète de sa proximité. L’homélie est d’une grande importance, là où « la vérité accompagne la

beauté et le bien »,[12] pour faire vibrer le cœur des croyants face à la grandeur de la miséricorde ! Je recommande beaucoup la préparation de l’homélie et le soin de la prédication. Elle sera d’autant plus féconde que le prêtre aura fait l’expérience en lui-même de la bonté miséricordieuse du Seigneur. Transmettre la certitude que Dieu nous aime n’est pas un exercice rhétorique, mais la condition de crédibilité de son sacerdoce. Vivre la miséricorde est donc la voie royale pour en faire une véritable annonce de consolation et de conversion dans la vie pastorale. L’homélie, tout comme la catéchèse, ont besoin d’être sans cesse irriguées par ce cœur battant de la vie chrétienne.

7. La Bible est le grand récit qui raconte les merveilles de la miséricorde de Dieu. Chaque page est baignée par l’amour du Père qui, depuis la création, a voulu imprimer dans l’univers les signes de son amour. L’Esprit Saint, à travers les paroles des prophètes et les écrits sapientiaux, a modelé l’histoire d’Israël pour y reconnaitre la tendresse et la proximité de Dieu, malgré l’infidélité du peuple. La vie de Jésus et sa prédication marquent de façon déterminante l’histoire de la communauté chrétienne qui a compris sa propre mission à partir du mandat donné par le Christ d’être l’instrument permanent de sa miséricorde et de son pardon (cf. Jn 20,23). À travers l’Écriture Sainte, maintenue vivante dans la foi de l’Église, le Seigneur continue de parler à son Épouse et lui montre les chemins à parcourir pour que l’Évangile du salut parvienne à tous. Je désire vivement que la Parole de Dieu soit toujours davantage célébrée, connue et diffusée, pour qu’à travers elle, le mystère d’amour qui jaillit de cette source de miséricorde soit toujours mieux compris. C’est ce que rappelle clairement l’Apôtre : « Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (2 Tm 3,16).

Il serait bon qu’un dimanche de l’année liturgique chaque communauté puisse renouveler son engagement à diffuser, faire connaître et approfondir l’Écriture Sainte : un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient du dialogue permanent entre Dieu et son peuple. La créativité ne manquera pas pour enrichir ce moment par des initiatives qui stimuleront les croyants à être de vivants instruments de transmission de la Parole. Parmi ces initiatives, il y a certainement la diffusion plus large de la lectio divina, afin que la vie spirituelle trouve un soutien et les moyens de sa croissance dans la lecture priante du texte sacré. La lectio divina, sur les thèmes de la miséricorde, permettra de toucher du doigt quelle fécondité jaillit du texte sacré lorsqu’il est lu à la lumière de toute la tradition spirituelle de l’Église, et qu’il débouche nécessairement sur des gestes et des œuvres concrètes de charité.[13]

8. La célébration de la miséricorde advient tout particulièrement dans le Sacrement de la Réconciliation. C’est le moment où nous nous sentons embrassés par le Père qui vient à notre rencontre pour nous redonner la grâce d’être de nouveau ses enfants. Nous sommes pécheurs et nous portons en nous le poids de la contradiction entre ce que nous voudrions faire, et ce qu’au contraire nous faisons concrètement (cf. Rm 7,14-21). Cependant, la grâce nous précède toujours et prend le visage de la miséricorde qui devient efficace dans la réconciliation et le pardon. Précisément, Dieu nous fait comprendre son immense amour face à notre être pécheur. La grâce est la plus forte et dépasse toute résistance possible, car l’amour est vainqueur de toute chose (cf. 1 Co 13,7).

Dans le sacrement du Pardon, Dieu montre le chemin pour revenir à lui et invite à faire de nouveau l’expérience de sa proximité. C’est un pardon que l’on peut obtenir, d’abord, en commençant à vivre la charité. C’est ce que rappelle aussi l’Apôtre Pierre quand il écrit que : « la charité couvre une multitude de péchés » (1 P 4,8). Dieu seul pardonne les péchés, mais il nous demande aussi d’être prêts à pardonner les autres comme lui-même nous pardonne : « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6,12). Quelle tristesse quand nous restons enfermés en nous-mêmes et incapables de pardonner ! La rancœur, la colère, la vengeance prennent alors le dessus, nous rendant la vie malheureuse et vain l’engagement joyeux pour la miséricorde.

9. Le service accompli par les Missionnaires de la Miséricorde a certainement été une expérience de grâce que l’Église a vécue avec beaucoup d’efficacité au cours de l’Année jubilaire. Leur action pastorale a voulu rendre manifeste le fait que Dieu ne pose pas de limite à ceux qui le recherchent avec un cœur contrit, car il va à la rencontre de tous comme un Père. J’ai reçu beaucoup de témoignages joyeux d’une rencontre renouvelée avec le Seigneur dans le sacrement de la Confession. Ne laissons pas passer l’opportunité de vivre la foi aussi comme une expérience de réconciliation. « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5,20) : tel est l’appel lancé, encore aujourd’hui, par l’Apôtre pour faire découvrir à tout croyant la puissance de l’amour qui fait de nous une « créature nouvelle » (2 Co 5,17).

Je veux dire ma gratitude à tous les Missionnaires de la Miséricorde pour le précieux service rendu afin de rendre efficace la grâce du pardon. Cependant, ce ministère extraordinaire ne s’arrête pas avec la fermeture de la Porte Sainte. Je désire en effet qu’il demeure, jusqu’à plus ample informé, comme signe concret que la grâce du Jubilé est toujours vivante et efficace partout dans le monde. Le Conseil pontifical pour la Promotion de la nouvelle Évangélisation aura la charge d’accompagner les Missionnaires de la Miséricorde pendant cette période, comme expression directe de ma sollicitude et de ma proximité, et de trouver les formes les plus adaptées pour l’exercice de ce précieux ministère.

10. Je renouvelle aux prêtres l’invitation à se préparer avec grand soin au ministère de la Confession, qui est une vraie mission sacerdotale. Je vous exprime toute ma gratitude pour votre service, et je vous demande d’être accueillants envers tous, témoins de la tendresse paternelle malgré la gravité du péché, prompts à aider la réflexion sur le mal commis, clairs dans l’exposé des principes moraux, disponibles pour accompagner les fidèles dans leur chemin pénitentiel, au plus près de leur démarche avec patience, clairvoyants dans le discernement de chaque cas particulier, généreux en donnant le pardon de Dieu. Comme Jésus a choisi de rester en silence face à la femme adultère pour la sauver de la condamnation à mort, que le prêtre, dans le confessionnal, ait un cœur magnanime, conscient que tout pénitent le renvoie à sa propre condition personnelle : pécheur, mais ministre de la miséricorde.

11. Je voudrais que nous méditions tous les paroles de l’Apôtre, écrites vers la fin de sa vie, quand il confesse à Timothée avoir été le premier des pécheurs, mais « il m’a été fait miséricorde » (1 Tm 1,16). Ses mots ont une grande puissance pour nous provoquer à réfléchir, nous aussi, sur notre existence, et pour voir à l’œuvre la miséricorde de Dieu qui change, convertit, et transforme notre cœur : « Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde » (1 Tm 1,12-13).

Avec une passion pastorale toujours renouvelée, rappelons-nous donc les paroles de l’Apôtre : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation » (2 Co 5,18). C’est en vue de ce ministère que nous avons été pardonnés en premier, faits témoins privilégiés de l’universalité du pardon. Aucune loi ni précepte ne peut empêcher Dieu d’embrasser de nouveau le fils qui revient vers lui reconnaissant s’être trompé mais décidé à recommencer au début. Ne s’arrêter qu’à la loi, c’est rendre vaines la foi et la miséricorde divine. Il y a une valeur propédeutique dans la loi (cf. Ga 3,24) qui a comme fin, la charité (cf. 1 Tm 1,5). Cependant, le chrétien est invité à vivre la nouveauté de l’Évangile, « la loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ » (Rm 8,2). Même dans les cas les plus difficiles, où l’on est tenté de faire prévaloir une justice qui vient seulement des normes, on doit croire en la force qui jaillit de la grâce divine.

Nous autres confesseurs, nous avons l’expérience de nombreuses conversions qui se manifestent sous nos yeux. Ayons conscience de la responsabilité des gestes et des paroles afin qu’ils touchent le cœur du pénitent pour qu’il découvre la proximité et la tendresse du Père qui pardonne. Ne rendons pas vains ces moments par des comportements qui pourraient contredire l’expérience de la miséricorde recherchée. Aidons plutôt à éclairer l’espace de la conscience personnelle avec l’amour infini de Dieu (cf. 1 Jn 3,20).

Le sacrement de la Réconciliation doit retrouver sa place centrale dans la vie chrétienne. C’est pourquoi il exige des prêtres qu’ils mettent leur vie au service du « ministère de la réconciliation » (2 Co 5,18) de sorte qu’aucun pénitent sincère ne soit empêché d’accéder à l’amour du Père qui attend son retour, et que la possibilité de faire l’expérience de la force libératrice du pardon soit offerte à tous.

La célébration de l’initiative des 24 heures pour le Seigneur, en lien avec le IVème dimanche de Carême, peut être une occasion à saisir. Elle a déjà reçu un accueil favorable dans les diocèses et demeure un appel pastoral fort pour vivre intensément le sacrement de la Confession.

12. En fonction de cette exigence, et pour qu’aucun obstacle ne s’interpose entre la demande de réconciliation et le pardon de Dieu, je concède à tous les prêtres, à partir de maintenant, en vertu de leur ministère, la faculté d’absoudre le péché d’avortement. Ce que j’avais concédé pendant le temps limité du Jubilé[14] est étendu désormais dans le temps, nonobstant toutes choses contraires. Je voudrais redire de toutes mes forces que l’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente. Cependant, je peux et je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père. Que chaque prêtre se fasse donc guide, soutien et réconfort dans l’accompagnement des pénitents sur ce chemin particulier de réconciliation.

Au cours de l’Année jubilaire, j’avais concédé aux fidèles qui, pour des raisons diverses, fréquentent les églises desservies par des prêtres de la Fraternité Saint Pie X, la faculté de recevoir validement et licitement l’absolution sacramentelle de leurs péchés.[15] Pour le bien pastoral de ces fidèles et comptant sur la bonne volonté de leurs prêtres afin que la pleine communion dans l’Église catholique puisse être recouvrée avec l’aide de Dieu, j’établis par ma propre décision d’étendre cette faculté au-delà de la période jubilaire, jusqu’à ce que soient prises de nouvelles dispositions, pour que le signe sacramentel de la réconciliation à travers le pardon de l’Église ne fasse jamais défaut à personne.

13. La miséricorde a aussi le visage de la consolation. « Consolez, consolez mon peuple » (Is 40,1) sont les paroles venant du fond du cœur que le prophète fait entendre encore aujourd’hui, afin qu’une parole d’espérance puisse parvenir à tous ceux qui sont dans la souffrance et la douleur. Ne nous laissons pas voler l’espérance qui vient de la foi dans le Seigneur ressuscité. Il est vrai que nous sommes souvent soumis à rude épreuve, mais la certitude que le Seigneur nous aime ne doit jamais nous quitter. Sa miséricorde s’exprime aussi à travers la proximité, l’affection et le soutien que tant de frères et sœurs manifestent lorsque surviennent les jours de tristesse et d’affliction. Essuyer les larmes est une action concrète qui brise le cercle de la solitude où nous sommes souvent enfermés.

Nous avons tous besoin de consolation, car personne d’entre nous n’est exempt de souffrance, de douleur ou d’incompréhension. Que de douleur peut provoquer une parole haineuse, fruit de l’envie, de la jalousie et de la colère ! Que de souffrance entraîne l’expérience de la trahison, de la violence et de l’abandon ! Que d’amertume devant la mort des personnes chères ! Cependant, Dieu n’est jamais loin lorsque de tels drames sont vécus. Une parole qui réchauffe le cœur, une accolade qui te manifeste la compréhension, une caresse qui fait percevoir l’amour, une prière qui permet d’être plus fort… expriment la proximité de Dieu à travers la consolation offerte par les frères.

Parfois, le silence aussi pourra être une grande aide. Car parfois il n’y a pas de parole qui réponde aux questions de celui qui souffre. Cependant la compassion de celui qui est présent, proche, qui aime et tend la main, peut suppléer l’absence de paroles. Il n’est pas vrai que le silence soit la marque de l’impuissance. Au contraire, il est un moment de force et d’amour. Le silence aussi fait partie de notre langage de consolation, parce qu’il se transforme en œuvre concrète de partage et de participation à la souffrance du frère.

14. Dans une période particulière comme la nôtre, marquée par tant de crises dont celle de la famille, il est important qu’une parole de force consolatrice soit adressée à nos familles. Le don du mariage est une grande vocation à laquelle correspond, avec la grâce du Christ, un amour généreux, fidèle et patient. La beauté de la famille demeure inchangée, malgré tant d’obscurités et de propositions alternatives : « La joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église ».[16] Le chemin de vie qui amène un homme et une femme à se rencontrer, s’aimer, et se promettre fidélité pour toujours devant Dieu, est souvent interrompu par la souffrance, la trahison ou la solitude. La joie du don des enfants n’est pas exempte des soucis des parents concernant leur croissance et leur formation, leur avenir digne d’être intensément vécu.

La grâce du sacrement de Mariage, non seulement fortifie la famille afin qu’elle soit un lieu privilégié pour vivre la miséricorde, mais elle engage aussi la communauté chrétienne et tout l’agir pastoral à promouvoir la grande valeur de proposition de la famille. Cette Année jubilaire ne peut cependant pas nous faire perdre de vue la complexité de la réalité familiale actuelle. L’expérience de la miséricorde nous rend capables de regarder toutes les difficultés humaines dans l’attitude de l’amour de Dieu qui ne se lasse jamais d’accueillir et d’accompagner.[17]

Nous ne pouvons pas oublier que chacun est porteur de la richesse et du poids de sa propre histoire qui le rendent absolument unique. Notre vie, avec ses joies et ses peines, est quelque chose d’unique et non reproductible, qui se déroule sous le regard miséricordieux de Dieu. Cela requiert, surtout de la part du prêtre, un discernement spirituel attentif, profond et clairvoyant, de sorte que nul ne soit exclu, quelle que soit la situation dans laquelle il vit, et qu’il puisse se sentir accueilli concrètement par Dieu, participer activement à la vie de la communauté, être inséré dans ce Peuple de Dieu qui avance infatigablement vers la plénitude du Règne de Dieu, règne de justice, d’amour, de pardon et de miséricorde.

15. Le moment de la mort est d’une importance toute particulière. L’Église a toujours vécu ce passage dramatique à la lumière de la Résurrection de Jésus Christ qui a ouvert la voie à la certitude de la vie future. C’est un grand défi que nous avons à relever, spécialement dans la culture contemporaine qui tend souvent à banaliser la mort jusqu’à la faire devenir une simple fiction ou à la cacher. Au contraire, la mort doit être affrontée et l’on doit s’y préparer, comme un passage douloureux et inévitable, mais riche de sens : celui de l’ultime acte d’amour envers les personnes qu’on laisse et envers Dieu vers lequel on va. Dans toutes les religions, le moment de la mort, comme celui de la naissance, est accompagné par une présence religieuse. Nous vivons l’expérience des obsèques comme une prière riche d’espérance pour l’âme du défunt, et pour consoler ceux qui souffrent du départ de la personne aimée.

Je suis convaincu que, dans la pastorale animée d’une foi vive, il nous faut faire toucher du doigt combien les signes liturgiques et nos prières sont des expressions de la miséricorde du Seigneur. C’est lui-même qui nous adresse des paroles d’espérance, pour que rien ni personne ne puisse nous séparer de son amour (cf. Rm 8,35). Le partage de ce moment par le prêtre est un accompagnement important, parce qu’il permet de vivre la proximité de la communauté chrétienne dans un moment de faiblesse, de solitude, d’incertitude et de pleurs.

16. Le Jubilé s’achève et la Porte Sainte se ferme. Mais la porte de la miséricorde de notre cœur demeure toujours grande ouverte. Nous avons appris que Dieu se penche sur nous (cf. Os 11,4) pour que nous puissions, nous aussi, l’imiter et nous pencher sur nos frères. La nostalgie de beaucoup du retour à la maison du Père, qui attend leur venue, est suscitée aussi par des témoins sincères et généreux de la tendresse divine. La Porte Sainte que nous avons franchie en cette Année jubilaire nous a placés sur le chemin de la charité que nous sommes appelés à parcourir chaque jour avec fidélité et dans la joie. C’est la route de la miséricorde qui permet de rencontrer de nombreux frères et sœurs qui tendent la main pour que quelqu’un puisse la saisir afin de cheminer ensemble.

Vouloir être proche du Christ exige de se faire proche des frères, car rien ne plait davantage au Père qu’un geste concret de miséricorde. Par sa nature même, la miséricorde se fait visible et tangible à travers une action concrète et dynamique. Une fois qu’on en a fait l’expérience en vérité, on ne peut plus retourner en arrière : elle grandit sans cesse et transforme la vie. C’est une authentique et nouvelle création qui crée un cœur nouveau, capable d’aimer pleinement, et qui purifie le regard afin qu’il reconnaisse les besoins les plus cachés. Combien sont-elles vraies les paroles avec lesquelles l’Église prie durant la Veillée Pascale, après la lecture du récit de la création : « Seigneur notre Dieu, toi qui as fait merveille en créant l’homme et plus grande merveille encore en le rachetant ». [18]

La miséricorde renouvelle et libère car elle est la rencontre de deux cœurs : celui de Dieu qui vient à la rencontre de celui de l’homme. Celui-ci est réchauffé, et celui-là le guérit : le cœur de pierre est transformé en cœur de chair (cf. Ez 36,26), capable d’aimer malgré son péché. C’est ici que l’on prend conscience d’être vraiment une « créature nouvelle » (cf. Ga 6,15) : je suis aimé, donc j’existe ; je suis pardonné, donc je renais à une vie nouvelle ; il m’a été fait miséricorde, donc je deviens instrument de miséricorde.

17. Pendant l’Année Sainte, et spécialement les « vendredis de la miséricorde », j’ai pu toucher du doigt tout le bien présent dans le monde. Bien souvent, il n’est pas connu, car il est fait chaque jour de façon discrète et silencieuse. Même s’ils ne font pas les manchettes, il existe beaucoup de gestes concrets de bonté et de tendresse tournés vers les plus petits et les plus faibles, les plus seuls et abandonnés. Ils existent vraiment, ces protagonistes de la charité qui vivent la solidarité avec les pauvres et les malheureux. Rendons grâce au Seigneur pour ces dons précieux qui invitent à découvrir la joie de se faire proche face à la faiblesse de l’humanité blessée. Je pense avec gratitude à tant de volontaires qui, chaque jour, consacrent leur temps à manifester la présence et la proximité de Dieu à travers leur dévouement. Leur service est une authentique œuvre de miséricorde qui aide beaucoup de personnes à s’approcher de l’Église.

18. Le moment est venu de donner libre cours à l’imagination de la miséricorde pour faire naître de nombreuses œuvres nouvelles, fruits de la grâce. L’Église a besoin aujourd’hui de raconter ces « nombreux autres signes » que Jésus a accomplis et « qui ne sont pas écrits » (Jn 20,30), pour exprimer avec éloquence la fécondité de l’amour du Christ et de la communauté qui vit de lui. Plus de deux mille ans se sont écoulés, et pourtant les œuvres de miséricorde continuent à rendre visible la bonté de Dieu.

Aujourd’hui encore des populations entières souffrent de la faim et de la soif. Les images des enfants qui n’ont rien à manger suscitent de grandes préoccupations. Des personnes continuent à émigrer en masse d’un pays à l’autre, à la recherche de nourriture, de travail, d’une maison et de paix. La maladie, sous ses différentes formes, est un motif permanent de souffrance qui demande aide, consolation, et soutien. Les prisons sont des lieux où s’ajoutent souvent à la peine elle-même des désagréments parfois graves, dus aux conditions de vie inhumaines. L’analphabétisme est encore très présent ; il empêche les garçons et les filles d’être éduqués et les expose à de nouvelles formes d’esclavage. La culture de l’individualisme exacerbé, surtout en Occident, conduit à faire disparaître le sens de la solidarité et de la responsabilité envers les autres. Dieu lui-même aujourd’hui demeure, pour beaucoup, un inconnu ; cela représente la plus grande pauvreté et l’obstacle le plus grand à la reconnaissance de la dignité inviolable de la vie humaine.

En bref, les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles constituent jusqu’à aujourd’hui la confirmation de la grande et positive incidence de la miséricorde en tant que valeur sociale. Elle nous pousse en effet à retrousser nos manches pour redonner dignité à des millions de personnes qui sont nos frères et sœurs, appelés à construire avec nous une « cité fiable ».[19]

19. De nombreux gestes concrets de miséricorde ont été posés pendant cette Année Sainte. Des communautés, des familles, des croyants, ont redécouvert la joie du partage et la beauté de la solidarité. Cependant, cela ne suffit pas. Le monde continue à produire de nouvelles formes de pauvreté spirituelle et matérielle qui attentent à la dignité des personnes. C’est pour cette raison que l’Église doit toujours être vigilante et prête à identifier de nouvelles œuvres de miséricorde et à les mettre en œuvre avec générosité et enthousiasme.

Efforçons-nous donc de donner des formes concrètes à la charité, et en même temps intelligence aux œuvres de miséricorde. Cette dernière possède une action inclusive, c’est pourquoi elle tend à s’élargir comme une tache d’huile et ne connait pas de limite. En ce sens, nous sommes appelés à donner un visage nouveau aux œuvres de miséricorde que nous connaissons depuis toujours. De fait, la miséricorde exagère ; elle va toujours plus loin, elle est féconde. Elle est comme le levain qui fait fermenter la pâte (cf. Mt 13,33) et comme la graine de moutarde qui devient un arbre (cf. Lc 13,19).

Il nous suffit de penser, à titre d’exemple, à l’œuvre de miséricorde corporelle qui consiste à vêtir celui qui est nu (cf. Mt 25,36.38.43.44). Elle nous ramène au commencement, au jardin d’Eden, lorsqu’Adam et Eve découvrirent qu’ils étaient nus, et entendant le Seigneur s’approcher, eurent honte et se cachèrent (cf. Gn 3,7-8). Nous savons qu’ils furent punis par le Seigneur. Pourtant, il « fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit » (Gn 3,21). La honte est dépassée et la dignité retrouvée.

Fixons le regard également sur Jésus au Golgotha. Sur la croix, le Fils de Dieu est nu. Sa tunique a été tirée au sort et prise par les soldats (cf. Jn 19,23-24). Il n’a plus rien. Sur la croix, se révèle jusqu’à l’extrême la solidarité de Jésus avec ceux qui ont perdu toute dignité en étant privé du nécessaire. De même que l’Église est appelée à être la « tunique du Christ »[20] pour revêtir son Seigneur, de même elle est engagée à se rendre solidaire de tous les nus de la terre, afin qu’ils retrouvent la dignité dont ils ont été dépouillés. « J’étais nu, et vous m’avez habillé » (Mt 25,36) : cela oblige donc à ne pas détourner notre regard des nouvelles formes de pauvreté et de marginalisation, qui empêchent les personnes de vivre dignement.

Être sans travail et ne pas recevoir un juste salaire, ne pas avoir une maison ou une terre où habiter, subir des discriminations pour la foi, la race, le statut social… ces réalités, et d’autres encore, sont des conditions qui attentent à la dignité de la personne face auxquelles l’agir miséricordieux des chrétiens répond avant tout par la vigilance et la solidarité. Combien sont nombreuses les situations aujourd’hui où l’on peut rendre la dignité aux personnes et permettre une vie humaine ! Qu’il suffise de penser à de nombreux jeunes enfants qui subissent des violences de toutes sortes qui leur volent la joie de vivre. Leur visages tristes et défaits sont imprimés dans mon esprit. Ils demandent notre aide pour être libérés de l’esclavage du monde contemporain. Ces enfants sont les jeunes de demain. Comment les préparons-nous à vivre de façon digne et responsable ? Avec quelle espérance peuvent-ils affronter leur présent et leur avenir ?

Le caractère social de la miséricorde exige de ne pas rester inertes et de chasser l’indifférence et l’hypocrisie, afin que les plans et les projets ne demeurent pas lettre morte. Que l’Esprit Saint nous aide à être toujours prêts à offrir notre participation de manière active et désintéressée, afin que la justice et une vie digne ne demeurent pas des paroles de circonstance, mais marquent l’engagement concret de celui qui veut témoigner de la présence du Royaume de Dieu.

20. Nous sommes appelés à faire grandir une culture de la miséricorde, fondée sur la redécouverte de la rencontre des autres : une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit la souffrance des frères. Les œuvres de miséricorde sont « artisanales » : aucune d’entre elles n’est semblable à une autre ; nos mains peuvent les modeler de mille manières et même si Dieu qui les inspire est unique, tout comme est unique la « matière » dont elles sont faites, à savoir la miséricorde elle-même, chacune acquiert une forme différente.

Les œuvres de miséricorde, en effet, concernent la vie entière d’une personne. C’est pour cela que nous pouvons donner naissance à une véritable révolution culturelle, précisément à partir de la simplicité des gestes qui savent rejoindre le corps et l’esprit, c’est-à-dire la vie des personnes. C’est un engagement que la communauté chrétienne peut faire sien, consciente que la Parole du Seigneur l’appelle sans cesse à sortir de l’indifférence et de l’individualisme dans lesquels on est tenté de s’enfermer pour mener une existence confortable et sans problèmes. « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous » (Jn 12,8), dit Jésus à ses disciples. Aucun alibi ne peut justifier un désengagement lorsque l’on sait qu’il s’est identifié à chacun d’eux.

La culture de la miséricorde s’élabore dans la prière assidue, dans l’ouverture docile à l’action de l’Esprit, dans la familiarité avec la vie des saints et dans la proximité concrète des pauvres. C’est un appel pressant à ne pas mal interpréter où il est déterminant de s’engager. La tentation de faire la « théorie de la miséricorde » est surmontée dans la mesure où celle-ci est notre vie quotidienne de participation et de partage. Nous ne devrons d’ailleurs jamais oublier les paroles de l’apôtre Paul racontant sa rencontre avec Pierre, Jacques et Jean, après sa conversion : il met en relief un aspect essentiel de sa mission et de toute la vie chrétienne : « Ils nous ont seulement demandé de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai pris grand soin de faire » (Ga 2,10). Nous ne pouvons pas oublier les pauvres : c’est un appel plus que jamais d’actualité et qui s’impose dans son évidence évangélique.

21. Que l’expérience du Jubilé imprime en nous les paroles de l’Apôtre Pierre : « Autrefois vous n’aviez pas obtenu miséricorde, mais maintenant vous avez obtenu miséricorde » (1 P 2,10). Ne gardons pas jalousement seulement pour nous tout ce que nous avons reçu. Sachons le partager avec les frères souffrants pour qu’ils soient soutenus par la force de la miséricorde du Père. Que nos communautés s’ouvrent pour rejoindre ceux qui vivent sur leur territoire, pour qu’à travers le témoignage des croyants la caresse de Dieu parvienne à tous.

Voici venu le temps de la miséricorde. Chaque journée de notre route est marquée par la présence de Dieu qui guide nos pas avec la force de la grâce que l’Esprit répand dans le cœur pour le modeler et le rendre capable d’aimer. Voici venu le temps de la miséricorde pour tous et pour chacun, pour que personne ne puisse penser être étranger à la proximité de Dieu et à la puissance de sa tendresse. Voici venu le temps de la miséricorde pour que ceux qui sont faibles et sans défense, loin et seuls, puissent accueillir la présence de frères et sœurs qui les tireront du besoin. Voici venu le temps de la miséricorde pour que les pauvres sentent se poser sur eux le regard respectueux mais attentif de ceux qui, ayant vaincu l’indifférence, découvrent l’essentiel de la vie. Voici venu le temps de la miséricorde pour que tout pécheur ne se lasse jamais de demander pardon et sente la main du Père qui accueille toujours et serre contre lui.

À la lumière du « Jubilé des personnes socialement exclues », alors que dans toutes les cathédrales et dans les sanctuaires du monde les Portes de la Miséricorde se fermaient, j’ai eu l’intuition que, comme dernier signe concret de cette Année Sainte extraordinaire, on devait célébrer dans toute l’Église, le XXXIIIème Dimanche du Temps ordinaire, la Journée mondiale des pauvres. Ce sera la meilleure préparation pour vivre la solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, qui s’est identifié aux petits et aux pauvres et qui nous jugera sur les œuvres de miséricorde (cf. Mt 25,31-46). Ce sera une journée qui aidera les communautés et chaque baptisé à réfléchir sur la manière dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile et sur le fait que, tant que Lazare git à la porte de notre maison (cf. Lc 16,19-21), il ne pourra y avoir de justice ni de paix sociale. Cette Journée constituera aussi une authentique forme de nouvelle évangélisation (cf. Mt 11,5) par laquelle se renouvellera le visage de l’Église dans son action continuelle de conversion pastorale pour être témoin de la miséricorde.

22. Que demeurent tournés vers nous les yeux miséricordieux de la Sainte Mère de Dieu. Elle est la première qui nous ouvre le chemin et nous accompagne dans le témoignage de l’amour. Que la Mère de Miséricorde nous rassemble tous à l’abri de son manteau, comme l’art a souvent voulu la représenter. Confions-nous à son aide maternelle et suivons son indication constante à regarder Jésus, visage rayonnant de la miséricorde de Dieu.

Donné à Rome, près de Saint Pierre, le 20 novembre, Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, de l’An du Seigneur 2016, quatrième de mon pontificat."

FRANÇOIS

[1] In Joh 33,5.

[2] Le Pasteur d’Hermas, XLII, 1-4.

[3] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 27.

[4] Missel Romain, IIIéme Dimanche de Carême.

[5] Ibid., Préface des dimanches du Temps Ordinaire VII.

[6] Ibid., Prière eucharistique II.

[7] Ibid., Rite de communion.

[8] Célébrer la Pénitence et la Réconciliation, n° 85.

[9] Sacrement pour les malades, n° 112.

[10] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 106.

[11] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 2.

[12] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 142.

[13] Cf. Benoit XVI, Exhort. ap. post syn. Verbum Domini, nn. 86-87.

[14] Cf. Lettre accordant l’indulgence à l’occasion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, 1er septembre 2015.

[15] Cf. ibid.

[16] Exhort. ap. post syn. Amoris laetitia, n. 1.

[17] Cf. ibid., nn. 291-300

[18] Missel Romain, Veillée Pascale, Oraison après la 1ère lecture.

[19] Lettre. enc. Lumen fidei, n. 50.

[20] Cf. Cyprien, L’unité de l’Église catholique, 7.

Dimanche 20 Novembre 2016

La dernière porte sainte encore ouverte dans le monde, celle de la Basilique Saint Pierre est maintenant close : le rite de fermeture a été accompli par le Pape François, ce dimanche matin, avant la messe conclusive de l’Année extraordinaire de la Miséricorde, en la Solennité du Christ-Roi de l’Univers.

Le Souverain Pontife s’est recueilli quelques minutes en silence sur le seuil de cette imposante porte de bronze, traversée par plus de 22 millions de pèlerins en cette annèe jubilaire, avant d’en fermer les battants. Cette porte avait été ouverte le 8 décembre 2015, au cours d’une émouvante cérémonie, à laquelle avait participé le pape émérite Benoît XVI.

Ce rite de fermeture a été suivi de l’Eucharistie célébrée Place St Pierre, en présence d’une nombreuse foule de fidèles. Cette messe, qui marque aussi la fin de l’année liturgique, était concélébrée par les nouveaux cardinaux élevés à cette dignité lors du consistoire qui s’est tenu ce samedi, en la Basilique St Pierre. Plusieurs autorités, dont le président italien, Sergio Mattarella, et le président du Conseil, Matteo Renzi, étaient présentes.

"Même si la Porte sainte se ferme, la vraie porte de la miséricorde reste pour nous toujours ouverte, le coeur du Christ" : c’est ce qu’a affirmé le pape François, dans son homélie.
Nous vous proposons de retrouver l’homélie du Pape dans son intégralité :

« La solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi de l’Univers couronne l’année liturgique ainsi que cette Année sainte de la miséricorde. L’Évangile présente, en effet, la royauté de Jésus au sommet de son œuvre de salut, et il le fait de manière surprenante. « Le Messie de Dieu, l’Élu, le Roi » (Lc 23,35.37) apparaît sans pouvoir et sans gloire : il est sur la croix où il semble être plus vaincu que victorieux. Sa royauté est paradoxale : son trône c’est la croix ; sa couronne est d’épines, il n’a pas de sceptre mais un roseau lui est mis dans la main ; il ne porte pas d’habits somptueux mais il est privé de sa tunique ; il n’a pas d’anneaux étincelants aux doigts mais ses mains sont transpercées par les clous ; il n’a pas de trésor mais il est vendu pour trente pièces.

Vraiment le royaume de Jésus n’est pas de ce monde (cf. Jn 18,36) ; mais en lui, nous dit l’Apôtre Paul dans la seconde lecture, nous trouvons la rédemption et le pardon (cf. Col 1,13-14). Car la grandeur de son règne n’est pas la puissance selon le monde mais l’amour de Dieu, un amour capable de rejoindre et de guérir toute chose. Par cet amour, le Christ s’est abaissé jusqu’à nous, il a habité notre misère humaine, il a éprouvé notre condition la plus misérable : l’injustice, la trahison, l’abandon ; il a fait l’expérience de la mort, du tombeau, des enfers. De cette manière, notre Roi est allé jusqu’aux limites de l’univers pour embrasser et sauver tout être vivant. Il ne nous a pas condamnés, il ne nous a même pas conquis, il n’a jamais violé notre liberté mais il s’est fait chemin avec l’humble amour qui excuse tout, qui espère tout, qui supporte tout, (cf. 1Co 13,7). Seul cet amour a vaincu et continue à vaincre nos grands adversaires : le péché, la mort, la peur.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, nous proclamons cette singulière victoire par laquelle Jésus est devenu Roi des siècles, le Seigneur de l’histoire : par la seule toute puissance de l’amour qui est la nature de Dieu, sa vie même, et qui n’aura jamais de fin (cf. 1Co 13,8). Avec joie nous partageons la beauté d’avoir Jésus comme notre Roi : sa seigneurie d’amour transforme le péché en grâce, la mort en résurrection, la peur en confiance.

Mais ce serait peu de choses de croire que Jésus est Roi de l’univers et centre de l’histoire sans le faire devenir Seigneur de notre vie : tout ceci est vain si nous ne l’accueillons pas personnellement et si nous n’accueillons pas non plus sa manière de régner. Les personnages que l’Évangile de ce jour nous présente nous y aident. En plus de Jésus, trois figures l’accompagnent : le peuple qui regarde, le groupe qui se trouve près de la croix et un malfaiteur crucifié près de Jésus.

D’abord le Peuple : l’Évangile dit qu’il « restait là à observer » (Lc 23,35) : personne ne dit un mot, personne ne s’approche. Le peuple est loin, il regarde ce qui se passe. C’est le même peuple qui, en raison de ses besoins, se pressait autour de Jésus, et qui maintenant garde ses distances. Face aux circonstances de la vie ou devant nos attentes non réalisées, nous pouvons nous aussi avoir la tentation de prendre de la distance vis-à-vis de la royauté de Jésus, de ne pas accepter complètement le scandale de son humble amour, qui inquiète notre moi, qui dérange. On préfère rester à la fenêtre, se tenir à part plutôt que s’approcher et se faire proche. Mais le peuple saint, qui a Jésus comme Roi, est appelé à suivre sa voie d’amour concret ; à se demander, chacun, tous les jours : « Que me demande l’amour, où me pousse-t-il ? Quelle réponse je donne à Jésus par ma vie ? »

Il y a un second groupe qui comprend plusieurs personnes : les chefs du peuple, les soldats et un malfaiteur. Tous ceux-là se moquent de Jésus. Ils lui adressent la même provocation : « Qu’il se sauve lui-même ! » (cf. Lc 23,35.37.39). C’est une tentation pire que celle du peuple. Ici, ils tentent Jésus comme a fait le diable au début de l’Évangile (cf. Lc 4,1-13), pour qu’il renonce à régner à la manière de Dieu mais qu’il le fasse selon la logique du monde : qu’il descende de la croix et batte ses ennemis ! S’il est Dieu, qu’il montre sa puissance et sa supériorité ! Cette tentation est une attaque directe contre l’amour : « Sauve-toi toi-même » (vv 37.39) ; non pas les autres, mais toi-même. Que prévale le moi, avec sa force, avec sa gloire, avec son succès. C’est la tentation la plus terrible, la première et la dernière de l’Évangile. Mais face à cette attaque contre sa manière d’être, Jésus ne parle pas, ne réagit pas. Il ne se défend pas, il ne cherche pas à convaincre, il ne fait pas une apologétique de sa royauté. Il continue plutôt à aimer, il pardonne, il vit le moment de l’épreuve selon la volonté du Père, certain que l’amour portera du fruit.

Pour accueillir la royauté de Jésus nous sommes appelés à lutter contre cette tentation, à fixer le regard sur le Crucifié, pour lui devenir toujours plus fidèles. Que de fois, aussi parmi nous, les sécurités tranquillisantes offertes par le monde sont recherchées. Que de fois n’avons-nous pas été tentés de descendre de la croix. La force d’attraction du pouvoir et du succès a semblé être une voie facile et rapide pour répandre l’Évangile, oubliant trop vite comment opère le règne de Dieu. Cette Année de la miséricorde nous a invités à redécouvrir le centre, à revenir à l’essentiel. Ce temps de miséricorde nous appelle à regarder le vrai visage de notre Roi, celui qui resplendit à Pâques, et à redécouvrir le visage jeune et beau de l’Église qui resplendit quand elle est accueillante, libre, fidèle, pauvre en moyens et riche en amour, missionnaire. La miséricorde, en nous portant au cœur de l’Évangile, nous exhorte aussi à renoncer aux habitudes et aux coutumes qui peuvent faire obstacle au service du règne de Dieu , à trouver notre orientation seulement dans l’éternelle et humble royauté de Jésus, et non dans l’adaptation aux royautés précaires et aux pouvoirs changeants de chaque époque.

Un autre personnage apparaît dans l’Evangile, plus proche de Jésus, le malfaiteur qui le prie en disant : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume » (v. 42). Cette personne, simplement en regardant Jésus, a cru en son règne. Il ne s’est pas fermé sur lui-même, mais, avec ses erreurs, ses péchés et ses ennuis il s’est adressé à Jésus. Il lui a demandé de se souvenir de lui et a éprouvé la miséricorde de Dieu : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v. 43). Dieu se souvient de nous dès que nous lui en donnons la possibilité. Il est prêt à effacer complètement et pour toujours le péché, parce que sa mémoire n’enregistre pas le mal commis et ne tiens pas pour toujours compte des torts subis, à la différence de la nôtre. Dieu n’a pas la mémoire du péché, mais de nous, de chacun de nous, ses enfants bien aimés. Et il croit qu’il est toujours possible de recommencer, de se relever.

Nous aussi, demandons le don de cette mémoire ouverte et vivante. Demandons la grâce de ne jamais fermer les portes de la réconciliation et du pardon, mais de savoir dépasser le mal et les divergences, ouvrant toute voie d’espérance possible. De même que Dieu croit en nous-mêmes, infiniment au-delà de nos mérites, nous aussi sommes appelés à infuser l’espérance et donner leurs chances aux autres. Parce que, même si la Porte Sainte se ferme, la vraie porte de la miséricorde reste pour nous toujours grande ouverte, le Cœur du Christ. Du côté percé du Ressuscité jaillissent jusqu’à la fin des temps la miséricorde, la consolation et l’espérance.

Beaucoup de pèlerins ont passé les Portes saintes et, loin du bruit des commentaires, ont goûté la grande bonté du Seigneur. Remercions pour cela et rappelons-nous que nous avons été investis de miséricorde pour nous revêtir de sentiments miséricorde, pour devenir aussi des instruments de miséricorde. Continuons notre chemin ensemble. Que la Vierge nous accompagne, elle aussi était près de la croix, elle nous a enfantés là comme tendre Mère de l’Église qui désire nous recueillir tous sous son manteau. Sous la croix elle a vu le bon larron recevoir le pardon et elle a pris le disciple de Jésus comme son fils. Elle est la Mère de miséricorde à qui nous nous confions : toute situation, toute prière, présentée à ses yeux miséricordieux ne restera pas sans réponse. »

Enfin, au terme de la messe conclusive du Jubilé, le Saint-Père a signé sa lettre apostolique, “Misericordia et misera” (“miséricordieuse et pauvre”) adressée à toute l’Eglise, pour continuer à vivre la Miséricorde avec la même intensité expérimentée lors de cette année jubilaire qui lui était consacrée, et qui s’est donc clos, en la Solennité du Christ-Roi de l’Univers.

Le Souverain Pontife a remis un exemplaire de cette lettre à plusieurs représentants du Peuple de Dieu : le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, une des plus grandes métropoles au monde et également président de Caritas Internationalis, Mgr Leo William Cushley, archevêque de Saint Andrews et Edimbourg, deux prêtres « missionnaires de la Miséricorde » venant de la République démocratique du Congo et du Brésil, un diacre permanent du diocèse de Rome accompagné de sa famille, deux religieuses venant respectivement du Mexique et de Corée du Sud, une famille originaire des Etats-Unis, un couple de jeunes fiancés, deux catéchistes d’une paroisse romaine, une personne handicapée et une personne malade.

Cette lettre apostolique sera présentée lundi 21 novembre en salle de presse du Saint-Siège, par Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation.

(Avec R. V.)

Samedi 19 novembre 2016

Le Pape François, ce samedi, a présidé un consistoire en la basilique Saint-Pierre de Rome pour la création de 17 nouveaux cardinaux. Avant de leur remettre leurs insignes (barrette, anneau et diaconie), il a prononcé un discours dont voici le texte intégral en français :

Le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre (cf. Lc 6, 27-36), beaucoup l’ont appelé ‘‘ le discours de la plaine’’. Après l’institution des Douze, Jésus est descendu avec ses disciples là où une multitude l’attendait pour l’écouter et pour se faire guérir. L’appel des Apôtres est accompagné par ce ‘‘se mettre en route’’ vers la plaine, pour la rencontre avec une multitude qui, comme le dit le texte de l’Évangile, était ‘‘tourmentée’’ (cf. v. 18). L’élection, au lieu de les maintenir en haut sur la montagne, au sommet, les conduit au cœur de la foule, les met au milieu de ses tourments, au niveau de leur vie. De cette manière, le Seigneur leur révèle ainsi qu’à nous que le vrai sommet s’atteint dans la plaine, et la plaine nous rappelle que le sommet se trouve dans un regard et spécialement dans un appel : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (v. 36).

Une invitation accompagnée de quatre impératifs, nous pourrions dire de quatre exhortations, que le Seigneur leur adresse pour modeler leur vocation concrètement, dans le quotidien de l’existence. Ce sont quatre actions qui donneront forme, qui donneront chair et rendront tangible le chemin du disciple. Nous pourrions dire que ce sont quatre étapes de la mystagogie de la miséricorde : aimez, faites du bien, bénissez et priez. Je pense que nous pouvons être d’accord sur ces quatre aspects et qu’ils nous paraissent également raisonnables. Ce sont quatre actions que nous réalisons facilement avec nos amis, avec les personnes plus ou moins proches, proches par l’affection, par les goûts, par les habitudes.

Le problème surgit lorsque Jésus nous présente les destinataires de ces actions, et en cela il est très clair, il n’utilise pas des figures de style ni des euphémismes. Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous traitent mal (cf. vv. 27-28).

Et ce ne sont pas des actions qui viennent spontanément envers des personnes qui sont devant nous comme adversaires, comme ennemis. Face à elles, notre attitude première et instinctive, c’est de les disqualifier, de les discréditer, de les maudire : dans beaucoup de cas, nous cherchons à les ‘‘diaboliser’’, en vue d’avoir une ‘‘sainte’’ justification pour nous débarrasser d’elles. Au contraire, en ce qui concerne l’ennemi, celui qui te hait, qui te maudit ou te diffame, Jésus nous dit : aime-le, fais-lui du bien, bénis-le et prie pour lui.

Nous nous trouvons face à l’une des caractéristiques propres du message de Jésus, là où se cache sa force et son secret ; de là proviennent la source de notre joie, la puissance de notre mission et l’annonce de la Bonne Nouvelle. L’ennemi est quelqu’un que je dois aimer. Dans le cœur de Dieu, il n’y a pas d’ennemis, Dieu n’a que des enfants. Nous élevons des murs, nous construisons des barrières et nous classons les personnes. Dieu a des enfants et pas précisément pour s’en débarrasser. L’amour de Dieu a la saveur de la fidélité envers les personnes, car c’est un amour viscéral, un amour maternel/paternel qui ne les laisse pas dans l’abandon, même lorsqu’elles ont commis des fautes. Notre Père n’attend pas que nous soyons bons pour aimer notre monde, il n’attend pas que nous soyons moins injustes ou parfaits pour nous aimer ; il nous aime parce qu’il a choisi de nous aimer, il nous aime parce qu’il nous a donné le statut de fils. Il nous a aimés même lorsque nous étions ses ennemis (cf. Rm 5, 10). L’amour inconditionnel du Père envers tous a été et est une vraie exigence de conversion pour notre pauvre cœur qui tend à juger, à diviser, à opposer et à condamner. Savoir que Dieu continue d’aimer même celui le rejette est une source illimitée de confiance et un encouragement pour la mission. Aucune main sale ne peut empêcher que Dieu y mette la Vie qu’il désire nous offrir.

Notre époque est caractérisée par de grandes problématiques et interrogations à l’échelle mondiale. Il nous arrive de traverser un temps où émergent de nouveau de manière épidémique, dans nos sociétés, la polarisation et l’exclusion comme l’unique façon possible de résoudre les conflits. Nous voyons, par exemple, comment rapidement celui qui est à côté de nous non seulement possède le statut d’inconnu ou d’immigré ou de réfugié, mais [encore] devient une menace, acquiert le statut d’ennemi. Ennemi parce qu’il vient d’un pays lointain ou parce qu’il a d’autres coutumes. Ennemi par la couleur de sa peau, par sa langue ou par sa condition sociale, ennemi parce qu’il pense différemment et aussi parce qu’il a une autre foi. Ennemi par… Et, sans que nous ne nous en rendions compte, cette logique s’installe dans notre manière de vivre, d’agir et de procéder. Donc, tout et tous commencent à avoir une saveur d’inimitié. Peu à peu, les différences sont transformées en symptômes d’hostilité, de menace et de violence. Que de blessures s’élargissent à cause de cette épidémie d’inimitié et de violence, qui s’imprime dans la chair de beaucoup de sans-voix, parce que leur cri s’est affaibli et est réduit au silence à cause de cette pathologie de l’indifférence ! Que de situations de précarité et de souffrance sont semées à travers cette prolifération de l’inimitié entre les peuples, entre nous ! Oui, entre nous, dans nos communautés, dans nos presbytères, dans nos réunions. Le virus de la polarisation et de l’inimitié imprègne nos façons de penser, de sentir et d’agir. Nous ne sommes pas immunisés contre cela et nous devons être attentifs afin que cette attitude n’occupe pas notre cœur, car cela serait contre la richesse et l’universalité de l’Église que nous pouvons toucher de la main dans ce Collège Cardinalice. Nous provenons de pays lointains, nous avons des coutumes, des couleurs de peau, des langues et des conditions sociales différents ; nous pensons de manières différentes et nous célébrons aussi la foi par des rites différents. Et rien de tout cela ne nous rend ennemis, au contraire, c’est l’une de nos plus grandes richesses.

Chers frères, Jésus ne cesse de ‘‘descendre de la montagne’’, il ne cesse de vouloir nous insérer au carrefour de notre histoire pour annoncer l’Évangile de la Miséricorde. Jésus continue de nous appeler et de nous envoyer dans la ‘‘plaine’’ de nos peuples, il continue de nous inviter à passer notre vie en soutenant l’espérance de nos gens, comme signes de réconciliation. Comme Église, nous continuons à être envoyés pour ouvrir nos yeux afin de regarder les blessures de tant de frères et sœurs privés de leur dignité, privés dans leur dignité.

Cher frère nouveau Cardinal, le chemin vers le ciel commence dans la plaine, dans le quotidien de la vie rompue et partagée, d’une vie dépensée et donnée. Dans le don quotidien et silencieux de ce que nous sommes. Notre sommet est cette qualité de l’amour : notre but et notre aspiration c’est de chercher dans la plaine de la vie, avec le peuple de Dieu, à nous transformer en personnes capables de pardon et de réconciliation.

Cher frère, aujourd’hui, on te demande de garder dans ton cœur et dans celui de l’Église cette invitation à être miséricordieux comme le Père, en sachant que « si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 49).

(Avec R. V.)

Mercredi 16 novembre 2016

Lors de l’audience générale de ce mercredi matin, le Pape François est revenu sur une œuvre de miséricorde que « tous nous connaissons bien, mais que peut-être nous ne mettons pas en pratique comme nous le devrions » : supporter patiemment les personnes ennuyeuses. Un effort en apparence anecdotique, mais qui peut relever du combat spirituel, et s’enracine dans la longue histoire de la relation entre Dieu et son peuple.

« Dans la Bible nous voyons que Dieu doit user de miséricorde pour supporter les lamentations de son peuple, a remarqué le Pape avec un certain humour. Par exemple, dans le Livre de l’Exode le peuple finit par devenir vraiment insupportable : d’abord il pleure parce qu’il est esclave en Égypte, et Dieu le libère. Ensuite, dans le désert, il se lamente parce qu’il n’y a rien à manger, et Dieu envoie la manne, mais malgré cela les lamentations ne cessent pas ». Même Moïse a pu être ennuyeux pour le Seigneur, mais Dieu est resté patient.

L’attitude de Jésus nous montre aussi cette patience infinie, notamment dans l’Évangile de Matthieu, quand la mère de Jacques et Jean fait du lobbying pour ses enfants en demandant au Seigneur : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite, et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Jésus répond simplement que son Royaume n’est pas un Royaume de pouvoir, mais « de service et de don aux autres ». Une vérité rappelée avec patience, une patience qui doit aussi inspirer les catéchistes face à des enfants turbulents.

« Accompagner dans la recherche de l’essentiel est beau et important, parce que cela nous fait partager la joie de goûter le sens de la vie, a insisté François. Souvent cela nous arrive de rencontrer des personnes qui s’arrêtent sur les choses superficielles, éphémères et banales : parfois parce qu’elles n’ont pas rencontré quelqu’un qui puisse les stimuler à chercher quelque chose d’autre, à apprécier les vrais trésors. »

Les paroles de Jésus nous indiquent la voie pour éviter de tomber dans l’envie, dans l’ambition, dans l’adulation, les tentations qui rôdent toujours aussi entre nous, les chrétiens, a insisté le Saint-Père.

Et à l’issue de cette audience, le Pape François a salué les pèlerins francophones, notamment les membres de l’œuvre d’Orient, les prêtres de l’Union apostolique du clergé, et ceux du diocèse d’Agen, venus avec leur évêque Mgr Herbreteau. Le Saint-Père a aussi salué les autres fidèles venus notamment de France, de Belgique et de République démocratique du Congo.

Il a par ailleurs lancé un appel pour la Journée mondiale des droits de l’enfant, le 20 novembre : « Je fais appel à la conscience de tous, institutions et familles, afin que les enfants soient toujours protégés et que leur bien-être soit protégé, pour qu’ils ne tombent jamais dans des formes d’esclavage, de réclusion dans des groupes armés, et de mauvais traitements. Je souhaite que la communauté internationale puisse veiller sur leur vie, en garantissant à chaque enfant le droit à l’école et à l’éducation, pour que leur croissance soit sereine et qu’ils regardent le futur avec confiance le futur. »

Évoquant enfin en italien la commémoration des défunts en ce mois de novembre, le Pape a également appelé à prier pour les victimes du tremblement de terre en Italie centrale, et à la solidarité pour toutes les personnes affectées.

(Avec R. V.)

Dimanche 13 novembre 2016

« Combien de certitudes présumées définitives dans notre vie se révélèrent éphémères ! » Le Pape François, après avoir célébré la messe en la basilique Saint-Pierre à l’occasion du jubilé des exclus, a récité la prière de l’angélus.
Depuis la fenêtre de ses appartements, il est revenu dans le commentaire de l’évangile de ce dimanche, sur le fait que tout passe sauf l’essentiel.

« Jésus sait qu’il y a toujours quelqu’un pour spéculer sur le besoin humain de sécurité », a expliqué François. C’est pourquoi le Christ met en garde ses disciples contre les faux messies qui pourraient se présenter. « L’histoire de l’Église est riche d’exemples de personnes qui ont traversé des épreuves et supporté des souffrances terribles avec sérénité parce qu’ils avaient conscience d’être fermement entre les mains de Dieu. Lui, il est un Père fidèle et aimant qui n’abandonne jamais ses enfants ».

« Rester fermement dans le Seigneur, a poursuivi le Pape, cheminer dans l’espérance, travailler pour construire un monde meilleur malgré les difficultés et les événements tristes qui marquent l’existence personnelle et collective : c’est ce qui compte vraiment. C’est ce que la communauté chrétienne est appelée à faire pour aller à la rencontre du “jour du Seigneur” ».

Le Pape est alors revenu sur la conclusion de l’année de la miséricorde. Dans les cathédrales et les basiliques, les portes saintes seront refermées ce dimanche. A cette occasion, il a rappelé que « l’Année sainte nous a sollicité d’une part, à garder le regard fixé vers l’accomplissement du Royaume de Dieu, et de l’autre, à construire le futur sur cette terre, travaillant pour évangéliser le présent afin d’en faire un temps de salut pour tout le monde ».

« Notre vie, a conclu le Pape François avant de réciter la prière de l’angélus, ne peut pas se perdre parce qu’elle est entre les mains du Seigneur ».

Lors de la messe du jubilé des exclus, les fidèles ont pu voir un crucifix en bois du XIVe siècle qui a été entièrement restauré et rendu « à la prière des fidèles ». Il sera placé dans la chapelle du Saint-Sacrement de la basilique Saint-Pierre en souvenir du jubilé de la miséricorde, a indiqué le Pape en saluant la foule rassemblée place Saint-Pierre.

A l’occasion de la journée du remerciement célébrée traditionnellement en Italie, le Saint-Père a souligné que « l’Église est, avec sympathie et reconnaissance, aux côtés du monde agricole et exhorte à ne pas oublier ceux, qui en de nombreuses régions du monde, sont privés des biens essentiels comme la nourriture et l’eau ». Il a également souhaité que « la terre mère soit toujours cultivée de manière durable ». Il a enfin remercié les associations qui viennent en aide aux personnes exclues et qui ont participé à l’organisation du jubilé de ce weekend.

(Avec R. V.)

Samedi 12 novembre 2016

Le Pape François a tenu à placer l’inclusion au cœur de la dernière audience jubilaire de cette année de la miséricorde, place Saint-Pierre.

Dans sa catéchèse, le Pape a rappelé, alors que l’Église célèbrait ce weekend le jubilé des exclus, que « Dieu, dans son dessein d’amour, ne veut exclure personne, mais veut inclure tout le monde ». Cela passe notamment par le baptême, mais aussi par la miséricorde « qui est cette façon d’agir, ce style avec lequel nous cherchons à inclure les autres dans notre vie, évitant de nous renfermer sur nous-mêmes et dans nos sécurités égoïstes ».

Quand Jésus invite tout le monde à venir à lui dans l’Évangile de Matthieu, il adresse « une invitation vraiment universelle » explique François. « Personne n’est exclu de cet appel parce que la mission de Jésus est celle de révéler à chacun l’amour du Père. Nous, nous devons ouvrir notre cœur, nous fier à Jésus et accueillir son message d’amour qui nous fait entrer dans le mystère du salut ».

Concrètement, précise le Pape, « l’inclusion se manifeste en ouvrant nos bras pour accueillir sans exclure, sans classifier les autres sur la base de la condition sociale, de la langue, de la race, de la culture, de la religion : devant nous, il n’y a que la personne à aimer comme Dieu l’aime ». Sur toutes les « personnes fatiguées et opprimées » que nous rencontrons, à travers notre regard, c’est celui de Jésus qui se pose sur eux.

L’Évangile nous montre qu’il existe le dessein « d’une grande œuvre d’inclusion », qui, « respectant pleinement la liberté de chaque personne, de chaque communauté, de chaque peuple, appelle tout le monde à former une famille de frères et sœurs, dans la justice, la solidarité et la paix, et à faire partie de l’Église qui est le corps du Christ ».

Rappelant que nul pécheur, pas même le plus grand, n’est exclu de l’amour et de la miséricorde de Jésus, le Pape souligne que nous avons tous besoin « d’être pardonnés par Dieu » et de rencontrer quelqu’un qui nous aide à « aller vers Jésus ». De manière à ce que nous soyons tous « témoins de la miséricorde ».

(Avec R. V.)

Mercredi 9 Novembre 2016

Visiter les malades et les personnes incarcérées : c’est l’œuvre de miséricorde sur laquelle le Pape François a développé sa catéchèse ce mercredi 9 novembre 2016, lors de l’audience générale place Saint-Pierre.

Le Pape a appuyé son enseignement sur l’épisode de la guérison de la belle-mère de Pierre, évoquée dans le premier chapitre de l’Évangile de Marc. Un exemple parmi d’autres de l’attention portée par Jésus aux personnes les plus marginalisées.

« Les malades ont eu une place spéciale. Combien de pages de l’Évangile racontent ces rencontres !, s’est exclamé le Pape François. Le paralytique, l’aveugle, le lépreux, le démoniaque, l’épileptique, et d’innombrables malades de tout type… Jésus s’est fait proche de chacun d’eux et les a guéris avec sa présence et la puissance de sa force qui guérit. »

Un attitude qui doit donc nous inspirer aujourd’hui dans le soin et l’amour que nous portons aux personnes malades, souvent marquées par la solitude. « Une visite peut faire se sentir moins seule la personne malade, et un peu de compagnie, c’est un excellent médicament ! Un sourire, une caresse, une poignée de main sont des gestes simples, mais tellement importants pour celui qui se sent abandonné à lui-même ». « Les hôpitaux sont aujourd’hui de vraies cathédrales de la douleur, où toutefois se rend évidente aussi la force de la charité qui soutient et éprouve de la compassion. »

Le Pape a aussi évoqué la situation des prisonniers qu’il a reçus dimanche au Vatican à l’occasion de leur Jubilé. Même coupable d’un délit ou d’un crime, un prisonnier reste un être humain « aimé de Dieu ». Jésus et les apôtres ont eux-mêmes subis l’expérience de la prison. « Dans les récits de la Passion nous connaissons les souffrances auxquelles le Seigneur a été soumis : capturé, traité comme un malfaiteur, moqué, flagellé, couronné d’épines ». Le Pape a encore présenté l’expérience de saint Paul, qui a souffert de la solitude en prison et qui espérait la visite d’un ami. « Ne tombons pas dans l’indifférence » a conclu le Pape François.

(Avec R. V.)

Dimanche 6 Novembre 20165

Après la messe de ce dimanche 6 novembre à l’occasion du Jubilé des prisonniers, le Pape François a lancé un appel pour l’amélioration des condition de vie dans les prisons lors de l’Angélus, pour que la dignité humaine des détenus soit pleinement respectée.

Le Saint-Père a aussi invité à réfléchir à une justice pénale qui ne soit pas seulement
une justice punitive, « mais (une justice) ouverte à l’espérance et à la possibilité de réinsérer le criminel dans la société ». « Je soumets à la considération des autorités civiles compétentes, la possibilité de faire un acte de clémence à l’égard des détenus » qui pourraient bénéficier d’une telle réintégration, a déclaré François, en cette Année de la miséricorde.

Le Pape François est aussi revenu sur l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris sur le climat, vendredi 4 novembre 2016 dernier. « Cet important pas en avant démontre que l’humanité a la capacité de collaborer pour la sauvegarde de la création, de mettre l’économie au service des personnes et pour construire la paix et la justice » souligne le Pape. « Demain commence à Marrakech un nouvelle session de la Conférence sur le climat » a rappelé François, souhaitant « que tout ce processus est guidé par la prise de conscience de notre responsabilité pour les soins de la maison commune ». La COP22 s’ouvre ce lundi 7 novembre jusqu’au 18 novembre 2016.

Lors de la prière de l’Angélus, le Pape a invité à réfléchir au mystère de la résurrection des morts, quelques jours après la Toussaint et la Commémoration des morts. « La résurrection est le fondement de la foi chrétienne » a souligné François, « S’il n’y avait aucune référence au paradis et à la vie éternelle, le christianisme serait seulement une éthique, une philosophie de vie » a rappelé le Saint-Père, alors que "le message de la foi chrétienne vient du ciel, est révélé par Dieu ». « Croire en la résurrection est essentielle, afin que chaque grand acte d’amour chrétien ne soit pas éphémère et une fin en soi mais qu’il devienne un graine destinée à fleurir dans le jardin de Dieu, et à produire le fruit de la vie éternelle » a ajouté le Pape.

Le Pape est aussi revenu sur la béatification ce samedi 5 novembre 2016 de 38 martyrs, en Albanie, à Scutari, victimes de la persécution du régime communiste. Parmi eux, deux évêques et de nombreux prêtres et religieux, un séminariste et des laïcs. « Ils ont préféré subir la prison, la torture et enfin la mort pour rester fidèle au Christ et à l’Eglise » a salué le Saint-Père.

(Avec R. V.)

Vendredi 4 novembre 2016

Comme chaque année, le Pape François a célébré dans la basilique Saint-Pierre une messe en hommage aux cardinaux et évêques morts dans l’année, l’occasion de revenir sur le témoignage que leurs vies nous enseigne.

« Alors que nous nous confions une nouvelle fois à la bonté et à la miséricorde du Père, renouvelons notre reconnaissance pour le témoignage chrétien et sacerdotal qu’ils nous ont laissés, a expliqué François dans son homélie. Ces défunt savaient bien que notre pèlerinage terrestre s’achève auprès de la maison du Père céleste, et que seulement là se trouve la ligne d’arrivée, le repos et la paix. C’est à cette demeure que nous conduit le Seigneur Jésus, notre chemin, vérité et vie ».

« Le chemin vers la maison du Père commence, pour chacun de nous, le jour-même où nous ouvrons les yeux à la lumière, et par le Baptême, à la grâce, a poursuivi le Pape. Une étape importante de ce chemin, pour nous prêtres et évêques est le moment où nous prononçons "Me voici !" durant l’ordination sacerdotale. »

Le Pape a souligné que les cardinaux et évêques dont la mémoire était rappelée ce vendredi dans la prière, s’étaient durant toute leur vie dédiés au témoignage et au don de l’amour de Jésus aux autres. « Ils ont été des pasteurs du troupeau du Christ » a dit François, et à son image, se sont donnés et sacrifiés pour le salut du peuple qui leur était confié.

Certains de ces cardinaux et évêques défunts ont été amenés à témoigner de l’Évangile de manière héroïque, en vivant de lourdes épreuves, a poursuivi le Saint-Père. « À la lumière du mystère pascal du Christ, leur mort est en réalité l’entrée dans la plénitude de la vie ».

« Nous continuerons à les sentir à nos côtés dans la communion des saints » a conclu François, qui a demandé « d’attendre avec une espérance ferme le jour de la rencontre avec le visage lumineux et miséricordieux du Père. »

Sept cardinaux se sont éteints ces 12 derniers mois, parmi lesquels l’ancien secrétaire de saint Jean XXIII, le cardinal italien Loris Francesco Capovilla, décédé à 100 ans le 26 mai dernier, qui avait été nommé cardinal par le Pape François lors de son premier consistoire, en 2014.

Deux grandes figures du pontificat de Jean-Paul II se sont également éteintes cette année : le cardinal suisse Georges Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale, décédé le 31 mars, et le cardinal polonais Franciszek Macharski, qui avait succédé à Karol Wojtyla comme archevêque de Cracovie en 1978. Il est décédé le 2 août dernier, juste au terme des JMJ tenues dans cette ville polonaise, durant lesquelles le Pape François avait pu se rendre à son chevet, à l’hôpital.

Parmi les autres cardinaux décédés au cours des mois écoulés figurent le cardinal bolivien Julio Terrazas Sandoval, archevêque émérite de Santa Cruz, et le cardinal italien Carlo Furno, Grand-maître émérite de l’Ordre du Saint-Sépulcre, qui sont décédés le même jour, le 9 décembre 2015, au lendemain de l’ouverture de l’Année Sainte.

Le cardinal italien Giovanni Coppa, ancien nonce apostolique en Tchécoslovaquie, puis en République tchèque et en Slovaquie, est lui décédé le 16 mai 2016, et un autre cardinal italien, Silvano Piovanelli, est décédé le 9 juillet dans la ville de Florence, dont il avait été archevêque de 1983 à 2001.

Voyage du Saint-Père en suède

Le Pape François a quitté la Suède après un séjour de deux journées à l’invitation de la fédération mondiale des Luthériens pour commémorer les 500 ans de la Réforme.

Deuxième jour du voyage du Saint-Père en Suède : aucune messe publique n’était prévue à l’origine pour ce 17e voyage apostolique, qui se voulait avant tout œcuménique. Mais devant l’insistance des fidèles, le Pape a décidé de prolonger son séjour, afin de célébrer la Solennité de la Toussaint avec les catholiques de Suède.

Les fidèles sont donc venus de tout le pays pour l’occasion ; répartis dans les gradins du stade de Malmö, - d’ailleurs guère propice ou adapté pour l’occasion-, emmitouflés dans leurs manteaux, mais vibrants d’enthousiasme, agitant des petits fanions, faisant des « youyous », applaudissant et acclamant le Pape, participant avec ferveur à l’Eucharistie.

Dans ce stade, des visages différents, -asiatiques, africains, européens-, des mains brandissant des drapeaux du monde entier. Car c’est cela, l’Eglise catholique de Suède : une communauté constituée en grande majorité d’immigrés, jeune, vivante, et où les vocations fleurissent. Un fait notable et surprenant, alors que l’Eglise luthérienne suédoise accuse quant à elle une véritable désaffection de ses fidèles. A la suite de St Jean-Paul II, venu dans le pays en 1989, François vient donc à la rencontre d’une Eglise très minoritaire, mais en plein renouveau, après des siècles d’oppression.

Dans son homélie, le Pape François a expliqué que la Toussaint était par excellence la fête de la sainteté, une sainteté vécue souvent au milieu d’une existence simple et cachée. Cette sainteté qui, parfois ne se manifeste pas dans de grandes œuvres ou dans des succès extraordinaires, mais qui sait vivre fidèlement et chaque jour les exigences du baptême.

Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les saints, a poursuivi le Pape, c’est qu’ils sont réellement heureux. Ils ont trouvé le secret de ce bonheur authentique, niché au fond de l’âme et qui a sa source dans l’amour de Dieu. Les béatitudes sont leur chemin, leur but, leur patrie. Les béatitudes sont le chemin de vie que le Seigneur nous enseigne, pour que nous suivions ses traces.

Ces béatitudes, que l’Evangile de Saint Matthieu rapporte ce dimanche sont le profil du Christ et, par conséquent, du chrétien a expliqué le Pape. Il a souhaité mettre en avant une béatitude particulière :« Bienheureux les doux ». Cette douceur est le portrait spirituel de Jésus, cela nous révèle la richesse de son amour. La douceur est une manière d’être et de vivre qui nous rapproche de Jésus et nous unit entre nous ; elle nous permet de laisser de côté tout ce qui nous divise et nous oppose.

Le Pape a aussi rendu hommage à deux saintes de la Suède, Sainte Marie Elisabeth Hesselblad, canonisée récemment, et sainte Brigitte, Brigitte Vadstena, co-patronne de l’Europe. Elles ont prié et travaillé pour resserrer les liens d’unité et de communion entre les chrétiens, a-t-il rappelé. « Un signe très éloquent est que ce soit ici, dans votre pays, caractérisé par la cohabitation entre des populations très diverses, que nous sommes en train de commémorer ensemble le cinquième centenaire de la Réforme » a-t-il poursuivi.

Les béatitudes sont de quelque manière la carte d’identité du chrétien, qui l’identifie comme disciple de Jésus a encore souligne le Saint-Père. Et de proposer six « nouvelles béatitudes » pour vivre les souffrances et les angoisses de notre époque avec un esprit renouvelé : « Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur ; bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité ; bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres le découvrent aussi ; bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune ; bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui ; bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens… ils sont tous porteurs de la miséricorde et de la tendresse de Dieu, et ils recevront certainement de lui la récompense méritée ».

L’appel à la sainteté est pour tous a conclu François, et il faut le recevoir du Seigneur avec un esprit de foi. Pour cela, les saints nous encouragent par leur vie et intercèdent auprès de Dieu. A Marie, « Reine de tous les saints, » nous confions nos intentions et le dialogue à la recherche de la pleine communion de tous les chrétiens, pour que nous soyons bénis dans nos efforts et parvenions à la sainteté dans l’unité.

Retrouvez le texte intégral de l’homélie prononcée par le Pape :

"Avec toute l’Église, nous célébrons aujourd’hui la solennité de Tous les Saints. Nous nous souvenons, ainsi, non seulement de ceux qui ont été proclamés saints au long de l’histoire, mais également de beaucoup de nos frères qui ont vécu leur vie chrétienne dans la plénitude de la foi et de l’amour, au milieu d’une existence simple et cachée. Sûrement, parmi eux, il y a beaucoup de nos familiers, amis et connaissances.

Nous célébrons, par conséquent, la fête de la sainteté. Cette sainteté qui, parfois ne se manifeste pas dans de grandes œuvres ou dans des succès extraordinaires, mais qui sait vivre fidèlement et chaque jour les exigences du baptême. Une sainteté faite d’amour de Dieu et des frères. Amour fidèle jusqu’à l’oubli de soi-même et jusqu’au don total de soi aux autres, comme la vie de ces mères et de ces pères, qui se sacrifient pour leurs familles en sachant renoncer volontiers, même si ce n’est pas toujours facile, à tant de choses, à tant de projets ou de plans personnels.

Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les saints, c’est qu’ils sont réellement heureux. Ils ont trouvé le secret de ce bonheur authentique, niché au fond de l’âme et qui a sa source dans l’amour de Dieu. C’est pourquoi on appelle bienheureux les saints. Les béatitudes sont leur chemin, leur but, leur patrie. Les béatitudes sont le chemin de vie que le Seigneur nous enseigne, pour que nous suivions ses traces. Dans l’Évangile de la Messe, nous avons entendons comment Jésus les a proclamées face à une grande multitude sur une montagne près du lac de Galilée.

Les béatitudes sont le profil du Christ et, par conséquent, du chrétien. Parmi toutes les béatitudes, je voudrais en souligner une : « Bienheureux les doux ». Jésus dit de lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur « (Mt 11, 29). C’est son portrait spirituel et cela nous révèle la richesse de son amour. La douceur est une manière d’être et de vivre qui nous rapproche de Jésus et nous unit entre nous ; elle nous permet de laisser de côté tout ce qui nous divise et nous oppose, et on cherche les façons toujours nouvelles pour avancer sur le chemin de l’unité, comme l’ont fait les enfants de cette terre, dont sainte Marie Elisabeth Hesselblad, canonisée récemment, et sainte Brigitte, Brigitte Vadstena, co-patronne de l’Europe. Elles ont prié et travaillé pour resserrer les liens d’unité et de communion entre les chrétiens. Un signe très éloquent est que ce soit ici, dans votre pays, caractérisé par la cohabitation entre des populations très diverses, que nous sommes en train de commémorer ensemble le cinquième centenaire de la Réforme. Les saints parviennent à des changements grâce à la mansuétude du cœur. Avec la mansuétude, nous comprenons la grandeur de Dieu et nous l’adorons avec sincérité ; en outre, c’est l’attitude de celui qui n’a rien à perdre, car son unique richesse est Dieu.

Les béatitudes sont de quelque manière la carte d’identité du chrétien, qui l’identifie comme disciple de Jésus. Nous sommes appelés à être des bienheureux, des disciples de Jésus, en affrontant les souffrances et les angoisses de notre époque avec l’esprit et l’amour de Jésus. Ainsi, nous pourrions indiquer de nouvelles situations pour les vivre avec l’esprit renouvelé et toujours actuel : Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur ; bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité ; bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres le découvrent aussi ; bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune ; bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui ; bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens… ils sont tous porteurs de la miséricorde et de la tendresse de Dieu, et ils recevront certainement de lui la récompense méritée.

Chers frères et sœurs, l’appel à la sainteté est pour tous et il faut le recevoir du Seigneur avec un esprit de foi. Les saints nous encouragent par leur vie et par leur intercession auprès de Dieu, et nous, nous avons besoin les uns des autres pour nous sanctifier. Ensemble, demandons la grâce d’accueillir avec joie cet appel et de travailler unis pour la mener à la plénitude. À notre Mère du ciel, Reine de tous les saints, nous confions nos intentions et le dialogue à la recherche de la pleine communion de tous les chrétiens, pour que nous soyons bénis dans nos efforts et parvenions à la sainteté dans l’unité."

(Avec R. V.)

Lundi 31 Octobre 2016

Le 31 octobre 1517, selon la tradition historique, le moine allemand Martin Luther aurait affiché ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg. La Réforme fit ainsi irruption dans l’Histoire, bouleversant l’Europe et divisant le christianisme occidental.

Le 31 octobre 2017, un Pape argentin, aux côtés d’un évêque luthérien d’origine palestinienne, commémorent ensemble le 5ème centenaire de cette Réforme : événement impensable il y a encore 100 ans, mais qui rend bien compte des pas accomplis dans le dialogue lancé il y a 50 ans entre les deux Églises.
L’ambiance était festive, et l’enthousiasme débordant, en cette soirée du lundi 31 octobre 2016 au Malmö Arena, où s’est tenu l’événement œcuménique « Ensemble dans l’espérance », deuxième étape de la commémoration luthérano-catholique du cinquième centenaire de la Réforme, en présence du Pape François, de l’évêque luthérien Munib Younan et du Révérend Martin Junge, respectivement président et secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale.

Les trois hommes, accompagnés par le Cardinal Kurt Koch, président du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, ont quitté Lund où s’est d’abord déroulée la prière commune, pour Malmö à bord d’un minibus électrique, avant de parcourir en petite voiture le parc des expositions (Malmö Arena) où étaient rassemblées environ 10 000 personnes.L’événement, ponctué de chants et de prières, a été marqué par des témoignages très symboliques.

D’abord celui de Pranita Biswasi, une activiste écologiste indienne qui a parlé de la lutte contre le réchauffement climatique, celui du président de la Caritas Colombie, Mgr Heector Gaviria qui a parlé de son engagement dans le processus de paix en Colombie ; également le témoignage vibrant et passionné de Marguerite Barankitse, burundaise réfugiée au Rwanda, engagée corps et âme au service de la jeunesse, et enfin le témoignage de Rose Lokonyen, une réfugiée sud-soudanaise.

Tous ces témoignages ont fait état de réalités concrètes sur lesquelles luthériens et catholiques veulent s’engager ensemble, sur le chemin du témoignage commun et de l’œcuménisme d’action. Une volonté manifestée par la signature d’une déclaration d’intention conjointe « Call for action », signée par Michel Roy, Secrétaire Général de Caritas Internationalis, et Maria Immonen, Directrice du World Service, l’organe caritatif de la Fédération Luthérienne Mondiale, dans le but de « développer et consolider une culture de collaboration pour la promotion de la dignité humaine et de la justice sociale ».

Après la prise de parole remarquée du révérend Munib Younan, lequel a lancé un appel au résolution du conflit israélo-palestinien en Terre Sainte, -dont il est originaire-, le Pape s’est à son tour exprimé, en espagnol. S’adressant à chaque témoin, et évoquant brièvement les problématiques soulevées par leurs paroles. Comme celle des « abus qui détériorent notre planète », et dont les impacts retombent souvent sur les personnes les plus vulnérables, « forcées à émigrer pour échapper aux conséquences du réchauffement climatique ». Cette thématique requiert l’engagement des chrétiens, et, a prévenu le Pape, « notre style de vie, nos comportements doivent être cohérents avec notre foi ».

S’agissant de la Colombie, le Souverain Pontife a exprimé sa satisfaction de voir luthériens et catholiques s’unir « pour donner vie à des processus communautaires et sociaux d’intérêt commun ». Et d’inviter à prier pour « cette terre merveilleuse », « afin que, avec la collaboration de tous, elle puisse parvenir finalement à la paix, tant désirée et nécessaire pour une cohabitation humaine digne ».

S’appuyant sur les témoignage de Marguerite et Rose, le pape a tenu à remercier « tous les gouvernements qui offrent de l’assistance aux réfugiés, aux déplacés et à ceux qui demandent l’asile », car, a-t-il ajouté, « toutes les actions en faveur de ces personnes qui ont besoin de protection représentent un grand geste de solidarité et de reconnaissance de leur dignité ».

Le Pape a enfin tenu à saluer Mgr Antoine Audo, archevêque chaldéen d’Alep, venu également témoigner de la situation dramatique qui prévaut en Syrie, et à Alep en particulier, « ville ravagée par la guerre, où l’on méprise et où on foule aux pieds même les droits les plus fondamentaux ». François a rendu hommage au travail accompli par les hommes et femmes restés sur place, « pour donner l’assistance matérielle et spirituelle à ceux qui sont dans le besoin ». « Il est également admirable que toi, cher frère, tu continues de travailler au milieu de tant de dangers pour nous faire part de la situation dramatique des Syriens », a-t-il déclaré, d’adressant directement à Mgr Audo.

Après l’allocution du Pape, une prière pour la Syrie, a été récitée en arabe, par le révérend Younan. A noter d’ailleurs que le produit de la vente des billets d’accès au parc des expositions sera intégralement reversé aux familles nécessiteuses d’Alep, ainsi qu’aux réfugiés syriens se trouvant en Jordanie. Un acte concret de cette collaboration œcuménique au service des plus vulnérables.

Prière commune en la cathédrale de Lund

Deux Églises qui ont fait mémoire ensemble, dans la cathédrale de Lund, partageant chants, Credo et proclamation de l’Évangile, reconnaissant leurs fautes mutuelles, rendant grâce pour ce qui les unit, et décidées à poursuivre la voie du dialogue, au service de la dignité de l’Homme.

Les gestes sont parfois plus éloquents que les paroles, et l’image que l’on retiendra de cette prière commune, sera celle du Pape François, de l’évêque luthérien Mounib Younan, du pasteur Martin Junge, tous trois revêtus de la même étole rouge, remontant ensemble la nef de la cathédrale. Une cathédrale d’abord plongée dans une semi-obscurité et qui s’est peu à peu illuminée, illustrant le passage du conflit à la communion, le thème de cette prière commune.

« Nous voulons manifester notre désir d’unité » a déclaré le Pape lors de son homélie. Profiter de cette « opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun », déjà initié il y a 50 ans, et pour lequel il convient de rendre grâce car « nous ne pouvons pas nous résigner à la division et à l’éloignement que la séparation a provoqué entre nous ». Une division, a précisé le Pape, « historiquement perpétuée plus par des hommes de pouvoir de ce monde que par la volonté du peuple fidèle ». « Il y avait une volonté sincère de professer la vraie foi », mais, ce faisant, « nous avons enfermé en nous-mêmes, par crainte, la foi que les autres professent avec un accent et un langage différent ».

Il faut donc aujourd’hui « regarder avec amour et honnêteté » un passé tourmenté, « reconnaitre ses fautes et demander pardon ». Oui, la séparation a été « source de souffrance et d’incompréhension », mais elle a également permis de remettre les Saintes Écritures au centre de la vie de l’Église, et de comprendre que sans le Christ, rien n’est possible.

Œuvrer à l’unité, c’est maintenant le témoignage que le monde attend des chrétiens. Ce témoignage sera crédible uniquement si le pardon et la réconciliation sont expérimentés au quotidien. C’est en servant la dignité de chaque personne que les chrétiens manifesteront la miséricorde de Dieu. Et le Pape d’insister : « sans ce service au monde et dans le monde, la foi chrétienne est incomplète ».

Au cours de cette prière commune, le Pape François et l’évêque Mounib Younan, président de la Fédération luthérienne mondiale ont signé une déclaration conjointe dans laquelle les deux Églises, catholique et luthérienne, rendent grâce pour le dialogue fructueux initié il y a 50 ans. Elles s’engagent à poursuivre ce dialogue, à en surmonter les derniers obstacles afin de parvenir à la pleine unité et la pleine communion.

Luthériens et catholiques s’engagent également pour le témoignage commun. « Nous élevons nos voix pour la fin de la violence et de l’extrémisme qui touchent de si nombreux pays et communautés, et d’innombrables sœurs et frères dans le Christ, peut-on lire dans cette déclaration. Nous exhortons les luthériens et les catholiques à travailler ensemble pour accueillir les étrangers, pour aider ceux qui sont forcés à fuir à cause de la guerre et de la persécution, et pour défendre les droits des réfugiés et de ceux qui cherchent l’asile ».

Sens du voyage du Saint-Père en Suède

Ce lundi 31 octobre, le Pape s’est rendu en Suède, plus précisément à Lund et Malmö dans le sud du Royaume, pour le lancement du 5° centenaire de la Réforme. Un évènement qui s’annonce déjà historique, puisqu’il s’agit d’une commémoration conjointe organisée par l’Eglise luthérienne et l’Eglise catholique de Suède, une première dans la longue et tumultueuse histoire des relations luthéro-catholiques.

L’objectif de cette commémoration commune est de permettre et favoriser une relecture apaisée de cette histoire complexe, et de rendre grâce pour le dialogue fécond initié entre les deux Eglises, il y a cinquante ans, dans le sillage du Concile Vatican II.

En 2013, la publication d’une déclaration conjointe intitulée « Du conflit à la communion » marquait une étape importante de ce dialogue ; ce texte, fruit d’un long travail de la commission luthérienne-catholique servira d’ailleurs de guide pour cette commémoration commune. Cette rencontre d’aujourd’hui, préparée depuis longtemps, représente un espoir pour le dialogue œucuménique.

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L’action de grâce, la repentance et le témoignage commun seront les piliers de ce court voyage, articulé autour de trois temps forts. Le 31 octobre, une prière œcuménique se tiendra à la cathédrale luthérienne de Lund, en présence du Pape et de représentants de la Fédération luthérienne mondiale. Ceux-ci se rendront ensuite au stade de Malmö, pour une veillée où seront présentées les actions menées de concert par les deux Eglises au service des migrants, de la lutte contre le réchauffement climatique et la promotion de la paix. Plusieurs témoignages ponctueront cette soirée. Le 1er novembre, en la solennité de la Toussaint, le Pape célèbrera une messe dans le stade de Malmö, pour la petite communauté catholique de ce pays, avant de repartir pour Rome.

Le 17e voyage apostolique du Pape a donc commencé ce lundi 31 octobre.

Le Pape a été accueilli à sa descente d’avion par le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, ainsi que par la ministre de la Culture, ainsi que par les représentants des autorités du pays, quelques membres de la Fédération luthérienne mondiale. Les honneurs militaires ont été rendus, les hymnes suédois et du Vatican ont été exécutés. Le Pape et le Premier ministre se sont ensuite rendus dans un salon privé de l’aéroport pour un entretien privé. Le Pape a ensuite rejoint son lieu de séjour, un centre de recherche médical à Igelösa, à une dizaine de kilomètres de Lund.

L’arrivée du Pape est perçue plutôt positivement par les Suédois, même si certains pestent contre les mesures de sécurité draconiennes adoptées pour l’occasion. La Suède est parmi les pays, si ce n’est LE pays, le plus sécularisé d’Europe. 85% des Suédois affirment en effet ne pas croire en Dieu. Les questions de foi, plus généralement le fait religieux, n’intéressent personne.

Or la venue du Pape trouve une place dans les journaux, ce qui est du jamais vu. L’entretien réalisé avec le Pape François par le jésuite Ulf Jonsson a même été publiée sur quatre pages dans le premier quotidien suédois. Il faut dire que le pape argentin intrigue, suscite même un certain intérêt, et il faut le dire, une vraie curiosité.

Programme de lundi 31 octobre 2016

Le Pape effectuera d’ici peu une visite de courtoisie aux souverains de Suède, le roi Carl XVI Gustav et la reine Silvia. Suivront ensuite les deux évènements majeurs de cette journée. Tout d’abord, la prière commune dans la cathédrale luthérienne de Lund, haut-lieu du luthéranisme en Suède. Il s’agit d’une prière axée sur la repentance, et l’action de grâce pour une histoire aussi longue que complexe. Ensuite, tous les leaders religieux, le Pape en tête, se rendront au parc des expositions de Malmö, pour l’événement « ensemble dans l’espérance », où luthériens et catholiques mettront en valeur l’importance du témoignage commun, de l’œcuménisme d’action au service des hommes de notre temps.

(Avec R. V.)

Dimanche 30 Octobre 2016

Lors de la catéchèse de ce dimanche 30 octobre 2016, le Pape invite à se comporter comme Jésus qui interpelle Zachée pour qu’il l’invite en sa demeure, c’est-à-dire à « montrer sa valeur à qui se trompe, cette valeur que Dieu continue à voir malgré toutes les erreurs commises ». Cela peut provoquer une surprise positive qui attendrit le cœur et pousse la personne à donner le meilleur d’elle-même assure François. « C’est en ayant confiance en l’autre que celui-ci croît et change ».

« Il n’existe pas une personne qui n’a pas en elle quelque chose de bon. C’est ce que regarde Jésus pour sortir cette personne du mal ».

Le Pape commente l’Évangile de Luc, lorsque Jésus est accueilli par la foule en entrant à Jéricho. Curieux, Zachée, le chef des publicains qui collectaient les impôts pour le compte des Romains, se hisse sur un arbre pour apercevoir Jésus. Quelle n’est pas sa surprise quand Jésus s’arrête au pied de l’arbre et lui demande de descendre pour pouvoir l’accueillir chez lui. La foule murmure. Peut-être aurait-elle aimé entendre Jésus « régler des comptes » avec ce « traître du peuple ». Mais ce n’est pas le comportement de Jésus, dont le « devoir suprême est d’accomplir le dessein du Père pour toute l’humanité, la condamnation à mort, la crucifixion, et le troisième jour la résurrection ». Dans le dessein de salut du Père miséricordieux, il y a également le salut de Zachée.

« Il ne voit pas le mal passé, mais entrevoit le bien futur​ »

Jésus, guidé par la miséricorde, cherchait Zachée. Le Pape encourage chacun à faire comme Jésus, à avoir un regard qui va « au-delà des péchés et des préjugés ». Il regarde les personnes avec les yeux de Dieu. « Il ne voit pas le mal passé, mais entrevoit le bien futur ». Jésus ne se résigne pas aux fermetures, mais il ouvre toujours de nouveaux espaces de vie ; il ne s’arrête pas aux apparences, mais regarde les cœurs blessés par le péché et s’y arrête, assure le Pape.

« Parfois, nous cherchons à corriger ou à convertir les pécheurs pour les réprimander, en leur renvoyant leurs erreurs et leurs comportements injustes au visage », mais le comportement de Jésus montre un autre chemin, explique le Pape. « Montrer sa valeur à celui qui se trompe, cette valeur que Dieu continue à voir malgré toutes les erreurs commises ». Cela peut provoquer une surprise positive qui attendrit le cœur et pousse la personne à donner le meilleur d’elle-même : « C’est en ayant confiance en l’autre que celui croît et change ». Le Pape souligne qu’il « n’existe pas une personne qui n’ait pas en elle quelque chose de bon. C’est ce que regarde Jésus pour sortir cette personne du mal ». « C’est en ayant confiance en l’autre que celui croît et change ». François demande l’intercession de la Vierge pour qu’elle nous aide à voir la bonté des personnes que nous rencontrons tous les jours pour que tous soient encouragés à faire émerger l’image de Dieu imprimée dans leur cœur.

« J’exprime ma proximité avec les populations d’Italie centrale frappées par le tremblement de terre. Il y a eu ce matin encore une forte secousse », dit François après la prière de l’Angélus depuis la fenêtre des appartements pontificaux. « Je prie pour les blessés et pour les familles qui ont subi des dommages et pour le personnel engagés dans les opérations de secours et d’assistance. Que le Seigneur ressuscité leur donne la force et que la Sainte Vierge les garde. » Quelques mots qui vont droit au cœur des personnes touchées, et auxquelles la foule, extrêmement nombreuse place Saint Pierre, s’est associée en les saluant par des applaudissements nourris.

Mercredi 26 octobre 2016

C’est sous la pluie, mais devant une foule très nombreuse, que le Pape François a proposé, lors de l’audience générale, une nouvelle réflexion sur les œuvres de miséricorde dans les Évangiles, et sur la façon dont l’action de Jésus doit aider les chrétiens à reconnaître son visage dans celui des personnes qui leur demandent de l’aide. à commencer par les migrants.

« J’étais étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez habillé ». C’est sur cette parole tiré de l’Évangile de Matthieu que le Pape a appuyé sa réflexion, en revenant sur le thème des personnes en migration. « Les migrations ne sont pas un phénomène nouveau, mais elles appartiennent à l’histoire de l’humanité, a martelé le Pape François. C’est le manque de mémoire historique qui fait penser qu’elles sont seulement de notre époque. »

Le Pape François a encore évoqué les nombreux « exemples concrets » de migrations que la Bible offre, à commencer par Abraham, auquel le Seigneur dit, au chapitre 12 du Livre de la Genèse : « Va-t-en de ta terre, de ta famille et de la maison de ton père, vers la terre que moi, je t’indiquerai. » L’autre exemple frappant est celui de la Sainte Famille, contrainte à fuir Hérode, pour protéger le petit Jésus : « Joseph se leva, dans la nuit, prit l’enfant et sa mère et se réfugia en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode », est-il écrit dans l’Évangile de Matthieu.

En rappelant qu’aujourd’hui, la seule option possible est celle de la solidarité, le Saint-Père a évoqué l’anecdote récente d’une femme qui avait accompagné un migrant en taxi, à Rome, pour venir au Vatican. « Cette femme savait ce qu’était la douleur d’un migrant, parce qu’elle avait du sang arménien, et connaissait l’histoire de son peuple », contraint à l’exil. Mais le chauffeur de taxi trouvait que cet homme « puait » et il a d’abord refusé de le prendre, puis, devant l’insistance de la femme, il a écouté son histoire et il a offert le trajet gratuitement, en le remerciant de lui avoir changé le cœur. Une histoire qui doit tous nous interpeller sur notre attitude face aux personnes migrantes, a insisté le Pape François.

Parmi les groupes francophones présents sur la Place Saint-Pierre, le Pape a notamment salué les pèlerins venus de nombreux diocèses de France, parmi lesquels ceux de Paris, accompagnés par le cardinal André Vingt-Trois. Il a aussi salué les nombreux pèlerins venus de Suisse romande.

(Avec R. V.)

Dimanche 23 octobre 2016

Le Pape François, lors de la prière de l’Angélus Place St Pierre, a lancé avec force un message aux 50000 fidèles réunis sous les fenêtres du palais apostolique, et à travers eux, à toute l’Eglise : « Aujourd’hui est le temps du courage ! »

Le Saint-Père a centré sa courte catéchèse sur la seconde lettre de St Paul à Timothée, que propose la liturgie en ce dimanche. Arrivé au terme de son pèlerinage terrestre, « l’apôtre des gentils » écrit donc à Timothée, son « fils bien-aimé », et parcourt son existence totalement dévouée à la mission, en trois temps : le passé, le présent et l’avenir.

Le présent est évoqué avec la métaphore du sacrifice ; le passé est vu à travers l’image de la « bonne bataille », de la « course d’un homme qui a été cohérent avec ses propres engagements et ses responsabilités ». S’agissant du futur, St Paul se confie au Seigneur, « le juste juge ». Car la mission de St Paul, a rappelé le Pape, s’est avérée efficace, juste et fidèle, « seulement grâce à la proximité et à la puissance du seigneur, qui a fait de lui un annonciateur de l’Evangile à tous les peuples »

L’Eglise se reflète dans ce récit autobiographique, a affirmé le Pape, surtout en cette journée missionnaire mondiale, dont le thème est « Eglise missionnaire, témoin de miséricorde ». « En St Paul, la communauté chrétienne trouve son modèle, dans la conviction que c’est la présence du seigneur qui rend efficace le travail apostolique et l’œuvre évangélisatrice. L’expérience de l’apôtre des gentils nous rappelle que nous devons nous engager dans les activités pastorales et missionnaires, d’une part comme si le résultat dépendait de nos propres forces, avec l’esprit de sacrifice de l’athlète qui ne s’arrête pas devant les échecs ; et d’autre part, sachant que le vrai succès de notre mission est un don de la Grâce. C’est l’Esprit-Saint qui rend efficace la mission de l’Eglise dans le monde », a insisté le Souverain Pontife avant de répéter à plusieurs reprises : « Aujourd’hui est le temps de la mission et le temps du courage ! »

C’est le temps du courage, même si avoir du courage ne signifie pas avoir des garanties de succès. On nous demande du courage pour lutter, pas nécessairement pour vaincre, pour annoncer, pas nécessairement pour convertir. On nous demande d’avoir du courage pour proposer une alternative au monde, sans jamais devenir polémiques ou agressifs. On nous demande du courage pour nous ouvrir à tous, sans jamais diminuer l’unicité du Christ, unique sauveur de tous. On nous demande du courage pour résister à l’incrédulité, sans devenir arrogants. On nous demande également le courage du publicain de l’Evangile, qui avec humilité n’ose même pas lever les yeux vers le Ciel, mais se frappe la poitrine en disant « Dieu, aie pitié de moi, pécheur ».

« Que la Vierge Marie, modèle d’une Eglise en sortie et docile à l’Esprit Saint nous aide tous à être des disciples missionnaires pour porter le message du salut à toute la famille humaine », a enfin conclu le Pape.

A l’issue de l’Angélus, le Souverain Pontife a appelé les fidèles à s’unir à sa prière pour l’Irak, pays « durement touché ».

« En ces heures dramatiques, a-t-il déclaré, je suis proche de toute la population d’Irak, en particulier de celle de la ville de Mossoul. Nos âmes sont bouleversées par les actes de violences féroces qui sont commis depuis trop longtemps contre des citoyens innocents, qu’ils soient musulmans, chrétiens, ou qu’ils appartiennent à d’autres ethnies et religions. Je suis profondément meurtri par les informations sur ces meurtres de sang-froid de nombreux fils de cette terre aimée, parmi lesquels tellement d’enfants. Cette cruauté nous fait pleurer, et nous laisse sans parole. Aux paroles de solidarité s’adjoint l’assurance de mon souvenir dans la prière, afin que l’Irak, durement touché, soit fort et solide dans l’espoir d’avancer vers un futur de sécurité, de réconciliation et de paix. Pour cela, je demande à tous de vous unir ma prière ».

(Avec R. V.)

Samedi 22 octobre 2016

Ce samedi matin, plus de 100 000 personnes étaient présentes Place Saint-Pierre, sous un splendide soleil automnal pour une nouvelle audience jubilaire du Pape dans le cadre de l’année sainte : partant de l’Évangile de la Samaritaine en Saint-Jean, il a développé sa catéchèse sur la miséricorde et le dialogue.

La rencontre entre Jésus et la Samaritaine est révélatrice d’un « aspect important de la miséricorde : le dialogue », souligne le Pape. Le dialogue permet de « connaitre et comprendre les exigences des autres ». Il est « signe de respect » mais surtout « expression de charité ». Il place les personnes « dans une attitude d’écoute, et peut aider à la recherche et au partage du bien commun ». Il nous invite enfin à regarder l’autre comme un don de Dieu.

Et le Pape s’est arrêté sur ce qui empêche le dialogue : lorsque par exemple « nous n’écoutons pas, interrompons l’autre, ou essayons de faire prévaloir notre position sur celle de l’interlocuteur », certain d’avoir raison. Cela n’est pas un dialogue, a martelé le Pape, « c’est une agression ». Dialoguer ce n’est pas non plus « hurler, aboyer » contre l’autre. Le vrai dialogue au contraire se fait avec douceur, « en écoutant, en expliquant ». Il nécessite des « moments de silence », qui nous permettent de « cueillir le don extraordinaire de la présence de Dieu dans notre frère ».

Que de questions, « de difficultés seraient résolues au sein de nos familles si les personnes savaient se parler et s’écouter ! » a encore dit le Pape François. Au sein des familles, mais aussi à tous les niveaux de la société.

L’Église elle aussi, s’efforce, par le dialogue, de comprendre ce qui habite le cœur de toute personne, et contribue à la réalisation du bien commun. Pensons à la « sauvegarde de la Maison commune et de la création ». Le dialogue sur ce thème central est, selon le Pape, « une exigence inéluctable ».

Le dialogue est enfin une « exigence de l’amour et de la bonté de Dieu qui va à la rencontre de chacun ». « Il abat les murs de la division et des incompréhensions, il crée des ponts de communication » et ne consent à l’isolement de quiconque.

Le Seigneur Jésus connaissait bien le cœur de la Samaritaine. Il l’a pourtant laissé parler, entrant dans le mystère de sa vie. Cet enseignement vaut également pour nous. À travers le dialogue, nous pouvons faire grandir les signes de la miséricorde de Dieu, et les rendre instrument d’accueil et de respect.

Au terme de cette audience, le Pape a rappelé aux fidèles présents que le 22 octobre était la mémoire liturgique de Saint Jean-Paul II… Il y a exactement 38 ans, lors de sa messe d’intronisation, sa voix forte et claire avait résonné sur cette même place : « N’ayez pas peur «  ! (…) Ouvrez, ouvrez grand les portes au Christ ! », avait-il lancé aux hommes et femmes du monde entier. La « profonde spiritualité » de ce Pape, était « façonnée par l’héritage millénaire de l’Histoire et de la culture polonaise, transmis dans un esprit de foi, de génération en génération ». Cet héritage était pour Saint Jean-Paul II « source d’espérance, de puissance et de courage ». Cette invitation à ouvrir les portes au Christ « s’est transformée en une incessante proclamation de l’Évangile de la Miséricorde pour le monde, et l’Homme, et l’Année jubilaire en est une continuation ».

Et le Pape a invité les jeunes, malades, les nouveaux époux à suivre l’exemple de Saint Jean-Paul II : « que son témoignage cohérent de foi soit un enseignement pour vous, chers jeunes, pour affronter les défis de la vie ; (…) chers malades, embrassez avec espérance la croix de la maladie, chers jeunes mariés, invoquez sa céleste intercession, afin que l’amour ne manque jamais dans votre nouvelle famille ».

Le Pape a enfin adressé un salut spécial aux Polonais venus à Rome pour un pèlerinage national, à l’occasion du 1050e anniversaire du Baptême de la Pologne, « patrie de Saint Jean-Paul II ». Le Saint-Père a évoqué son voyage dans ce pays, en juillet dernier, pour les 31e Journées mondiales de la Jeunesse, et en a rappelé les étapes marquantes : sa visite au sanctuaire de Jasna Gora, au sanctuaire de la Divine Miséricorde, ou encore au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

(Avec R. V.)

Mercredi 19 octobre 2016

A l’occasion de l’audience générale, le Pape François a encouragé les pèlerins rassemblés place Saint-Pierre, à faire face à la réalité, sans déléguer à d’autres le soin d’aider les personnes dans le besoin. Lors de la catéchèse de ce matin, il a demandé aux fidèles d’apporter leur aide aux pauvres qui se trouvent sur leur chemin.

Une des conséquences de ce qu’on appelle le « bien-être » est de conduire les personnes à se replier sur elles-mêmes, les rendant insensibles aux besoins d’autrui. Tout est fait pour nous présenter des modèles de vie éphémères, comme si notre vie était une mode à suivre. Mais, il faut affronter la réalité telle qu’elle est. Et souvent nous rencontrons des situations de pauvreté requérant une aide urgente.

En ce mercredi, le Pape tient à remettre à l’ordre du jour deux œuvres corporelles de miséricorde : « Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif ». François juge favorablement les campagnes de solidarité relayées par les médias pour « stimuler la solidarité ». De cette manière, les donations se font généreuses et l’on peut ainsi contribuer à alléger la souffrance de tant de personnes. Mais pour le Pape, cette forme de charité « importante » ne nous implique pas. Or, il n’est pas favorable à cette distance mise entre le passant et le pauvre qui l’interpelle. Il interroge les fidèles : Est-ce que je détourne le regard ou bien est-ce que je m’intéresse à l’état de ce pauvre et prend le temps de lui parler ? Il prévient : notre rapport avec Dieu est en jeu. « Notre foi est morte, si elle n’est pas suivie par les œuvres ».

Alors que, chaque jour, à côté de l’abondance et du gaspillage se répète l’expérience de ceux qui ont faim, nous ne pouvons pas déléguer à d’autres le soin d’intervenir : « Ce pauvre que je rencontre a besoin de moi, de mon aide, de ma parole et de mon engagement » ... « Nous sommes tous impliqués ».

Quand Jésus rompt le pain, le bénit et le distribue à tous, c’est une « leçon très importante » : « si nous le confions le peu que nous avons aux mains de Jésus et que nous le partageons avec foi, celui-ci devient une richesse surabondante. »

A l’issue de sa catéchèse, le Saint-Père a salué les pèlerins suisses, belges et français venant notamment du diocèse d’Orléans. Aux Polonais présents, il a évoqué la figure du bienheureux père Jerzy Popieluszko, prêtre polonais tué le 19 octobre 1984, à l’âge de 37 ans par les services secrets communistes parce qu’il soutenait le mouvement Solidarnosc. « Aujourd’hui, la liturgie commémore le bienheureux martyr Jerzy Popieluszko qui se mis personnellement au service des ouvriers et de leurs familles, demandant la justice et de dignes conditions de vie, la liberté civile et religieuse pour sa patrie ». Le Pape a encore cité les paroles de Saint Paul : « Ne te laisse pas vaincre par le mal mais surmonte le mal par le bien » (Romains 12), la devise de sa pastorale. « De telles paroles sont encore aujourd’hui un défi pour vous, pour toutes les familles et pour le peuple polonais, afin de construire un ordre social juste au quotidien, à la recherche du bien évangélique ».

A la fin de l’audience générale, un bâton pastoral a été présenté au Pape François. La crosse a été réalisée avec de la tôle venant du bidonville de Kibera près de Nairobi, la capitale du Kenya. Il s’agit du plus grand bidonville sub-saharien. Aujourd’hui, un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles. Un tiers d’entre eux en Afrique Sub-Saharienne.

Le Pape a également salué une statue apportée par des pèlerins argentins, représentant le saint curé Brocheto sur sa mule. Ce prêtre argentin,proclamé saint par le Pape dimanche dernier, avait parcouru des milliers de kilomètres sur le dos de sa mule pour assister les habitants des montagnes argentines qui à l’époque était privés de trains, et même de routes.

(Avec R. V.)

Dimanche 16 octobre 2016

Le Pape François a présidé, place Saint-Pierre, la messe de canonisation de sept bienheureux, dont deux Français, Salomon Leclercq, des Frères des écoles chrétiennes, martyr, et Elisabeth de la Trinité, carmélite originaire de Dijon, en France.

Plus de 80 000 fidèles, parmi lesquels de nombreux Français, ont assisté à cette célébration. Etaient également présentes 5 délégations officielles : espagnole, mexicaine, italienne, française et argentine. La France était représentée par la Ministre de l’environnement, Ségolène Royal ; l’Argentine par le président de la République, Mauricio Macri qui avait été reçu par le Saint-Père ce samedi.

Dans son homélie, le Saint-Père a insisté sur la force de la prière. « Les saints sont des hommes et des femmes qui entrent jusqu’au fond dans le mystère de la prière. Des hommes et des femmes qui luttent avec la prière, laissant l’Esprit Saint prier et lutter en eux ; ils luttent jusqu’au bout, avec toutes leurs forces, et ils vainquent, mais pas tout seuls : le Seigneur vainc en eux et avec eux » a affirmé le Pape soulignant que « ces sept témoins qui ont été canonisés aujourd’hui, ont combattu la bonne bataille de la foi et de l’amour avec la prière ».

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

« Au début de la célébration d’aujourd’hui, nous avons adressé au Seigneur cette prière : « Crée en nous un cœur généreux et fidèle afin que nous puissions toujours te servir avec loyauté et pureté de cœur » (Oraison de la collecte)

Nous tout seuls, nous ne sommes pas capables de nous former un tel cœur, Dieu seul peut le faire, et pour cela nous le demandons dans la prière, nous l’invoquons de Lui comme un don, comme sa “création”. De cette manière nous sommes introduits dans le thème de la prière, qui est au centre des lectures bibliques de ce dimanche et qui nous interpelle nous aussi, nous qui sommes rassemblés pour la canonisation de nouveaux Saints et Saintes. Ils ont atteint le but, ils ont eu un cœur généreux et fidèle, grâce à la prière : ils ont prié avec toutes leurs forces, ils ont lutté, et ils ont vaincu.

Prier, donc. Comme Moïse, qui a été surtout un homme de Dieu, un homme de prière. Nous le voyons aujourd’hui dans l’épisode de la bataille contre Amalec, debout sur la colline avec les mains levées ; mais à chaque fois, à cause du poids, les mains retombaient, et dans ces moments le peuple avait le dessous ; alors Aaron et Hour firent asseoir Moïse sur une pierre et ils soutenaient ses mains levées, jusqu’à la victoire finale.

Voilà le style de vie spirituelle que nous demande l’Église : non pour gagner la guerre, mais pour gagner la paix !

Dans l’épisode de Moïse, il y a un message important : l’engagement de la prière demande de nous soutenir l’un l’autre. La fatigue est inévitable, parfois nous n’en pouvons plus, mais avec le soutien des frères, notre prière peut aller de l’avant, jusqu’à ce que le Seigneur porte son œuvre à son terme.

Saint Paul, écrivant à son disciple et collaborateur Timothée, lui recommande de demeurer ferme dans ce qu’il a appris et dans ce en quoi il croit fermement (cf. 2 Tm 3, 14). Toutefois, Timothée lui aussi ne pouvait pas y arriver tout seul : la “bataille” de la persévérance ne se remporte pas sans la prière. Mais pas une prière sporadique, en dents de scie, mais faite comme Jésus l’enseigne dans l’Évangile d’aujourd’hui : « toujours prier, sans se décourager » (Lc 18, 1). C’est la manière d’agir chrétienne : être fermes dans la prière pour rester fermes dans la foi et dans le témoignage. Et voici de nouveau une voix au dedans de nous : “Mais Seigneur, comment est-il possible de ne pas se décourager ? Nous sommes des êtres humains… Moïse aussi s’est découragé ! …”. C’est vrai, chacun de nous se décourage. Mais nous ne sommes pas seuls, nous faisons partie d’un Corps ! Nous sommes membres du Corps du Christ, l’Église, dont les mains sont levées jour et nuit vers le ciel grâce à la présence du Christ ressuscité et de son Saint Esprit. Et seulement dans l’Église et grâce à la prière de l’Église, nous pouvons rester fermes dans la foi et dans le témoignage.

Nous avons écouté la promesse de Jésus dans l’Évangile : Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit (cfr Lc 18, 7). C’est le mystère de la prière : crier, ne pas se décourager, et si tu te décourages, demander de l’aide pour tenir les mains levées. C’est la prière que Jésus nous a révélée et nous a donnée dans l’Esprit Saint. Prier ce n’est pas se réfugier dans un monde idéal, ce n’est pas s’évader dans une fausse quiétude égoïste. Au contraire, prier c’est lutter, c’est aussi laisser l’Esprit Saint prier en nous. C’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier, qui nous guide dans la prière, qui nous fait prier comme des enfants.

Les saints sont des hommes et des femmes qui entrent jusqu’au fond dans le mystère de la prière. Des hommes et des femmes qui luttent avec la prière, laissant l’Esprit Saint prier et lutter en eux ; ils luttent jusqu’au bout, avec toutes leurs forces, et ils vainquent, mais pas tout seuls : le Seigneur vainc en eux et avec eux. Ainsi ces sept témoins qui ont été canonisés aujourd’hui, ont combattu la bonne bataille de la foi et de l’amour avec la prière. C’est pourquoi ils sont restés fermes dans la foi, avec le cœur généreux et fidèle. Que par leur exemple et leur intercession, Dieu nous accorde à nous aussi d’être des hommes et des femmes de prière ; de crier jour et nuit vers Dieu sans nous décourager ; de laisser l’Esprit Saint prier en nous, et de prier en nous soutenant les uns les autres pour rester les mains levées, jusqu’à ce que vainque la Divine Miséricorde. »

(Avec R. V.)

14 Octobre 2016

Dans le cadre des vendredis de la miséricorde, le Pape François a effectué ce vendredi 14 octobre une visite au « Villagio SOS » de Rome, dans le quartier de Boccea : il s’agit d’une maison de famille qui accueille des enfants souffrant de problèmes personnels, familiaux ou sociaux, qui lui ont été confiés par les services sociaux et par la justice.

Le village est composé de cinq maisons. Dans chacune d’entre elles, vivent un maximum de six enfants dont l’âge n’excède pas douze ans et une responsable, une « maman SOS ». Ce lieu d’accueil est organisé de manière à permettre le suivi et le soutien des enfants durant leur croissance, les accompagnant comme une vraie famille au travers de toutes les étapes de la vie et de leur intégration dans la société.

Les enfants sont ainsi accompagnés à l’école, fréquentent la paroisse et font du sport. Des professionnels, résidents et non-résidents, ou des volontaires, les suivent pendant plusieurs années contribuant ainsi à créer des relations humaines stables qui les aident à atteindre une pleine autonomie. Des adolescents, ayant choisi de rester proche du centre, sont également présents dans le village afin de garder un point de référence et pour donner un coup de main lors des activités quotidiennes.

Le premier village de ce genre fut créé en 1949 en Autriche par Hermann Gmeiner, un jeune étudiant en médecine qui fut frappé par les souffrances des enfants restés orphelins au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Lors de la visite du Saint-Père, les enfants lui ont montré la zone verte à disposition du Village, qui comprend un terrain de football et un parc à jeux. Ils lui ont montré également leurs chambres et leurs jouets. Le Pape a pu, lors du goûter, écouter leurs histoires personnelles.

(Avec R. V.)

Mercredi 12 octobre 2016

Lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi , en effet, sa catéchèse sur la miséricorde. Il s’est penché pour la première fois de ce cycle de réflexion sur les œuvres corporelles et spirituelles de la miséricorde. A la fin de cette audience, il a , de nouveau, appelé à un cessez-le-feu immédiat en Syrie.

Pour le Saint-Père « il ne suffit pas de faire l’expérience de la miséricorde de Dieu dans sa propre vie, mais il est nécessaire d’en devenir les signes et les instruments pour les autres ».

Faire de la miséricorde, des paroles et des gestes, ne se limite pas à des « moments particuliers mais embrasse toute l’existence quotidienne ». Le Pape conseille de, non pas chercher à « accomplir des actions difficiles, mais plutôt de petits gestes qui ont une grande valeur aux yeux du Seigneur ». Ces gestes, « ces œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles sont des moyens concrets de vivre la miséricorde envers les personnes les plus faibles et qui sont, le plus souvent, toutes proches de nous », explique le pontife devant les milliers de fidèles.

C’est ainsi que chacun peut devenir témoin de cette miséricorde, à travers un chemin simple fait de petits gestes. Comme Jésus l’enseigne, « à chaque fois que nous donnons à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif, que nous habillons celui qui est nu et accueillons un étranger, que nous visitons un malade ou un prisonnier, nous le faisons au Seigneur ». Et le Pape explique : « l’Église a appelé ces gestes œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles parce qu’elles secourent les personnes dans leurs besoins matériels ».

Le Saint-Père appelle les fidèles à voir le visage de Jésus en chacune des personnes qui sont dans le besoin. « Au cours des siècles ces œuvres ont été mises en pratique par beaucoup de personnes simples qui ont donné ainsi un authentique témoignage de leur foi. » Ces gestes de miséricorde sont un véritable « remède contre le virus de l’indifférence, les œuvres de miséricorde réveillent en nous l’exigence et la capacité de rendre vive et opérante notre foi par la charité » conclut le Pape, qui est convaincu que « si chacun de nous, chaque jour, fait un geste de miséricorde, cela provoquera une révolution mondiale ».

À la fin de l’audience générale, le Pape a lancé un appel pour la Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles, qui a lieu le 13 octobre 2016 sur le thème « réduire la mortalité ». Certains désastres naturels « pourraient être évités ou au moins limités car leurs conséquences sont souvent dues à un manque de soin de l’environnement de la part de l’homme » dénonce le Pape, qui « encourage à unir les forces » et aussi à cultiver la prévention pour protéger la maison commune et réduire les risques pour les populations les plus vulnérables.

Enfin, le Pape François a, une fois encore, appelé avec instance à un « cessez-le-feu immédiat » en Syrie en rappelant sa proximité avec toutes les victimes de ce « conflit inhumain ». Mais il en appelle surtout, avec instance, aux belligérants et à la communauté internationale : « C’est avec un sentiment d’urgence que je renouvelle mon appel, en implorant de toutes mes forces les responsables, afin que soit assuré un cessez-le-feu immédiat, qui soit imposé et respecté, au moins le temps nécessaire pour permettre l’évacuation des civils, en premier lieu des enfants qui sont encore piégés sous des bombardements sanglants ».

Un appel qui fait écho à celui qu’il avait lancé, il y a deux semaines, pour Alep, ville-martyre, devenue le symbole de cette guerre sans fin. Le Pape avait déjà insisté sur l’absolue nécessité de protéger les populations civiles, premières victimes du conflit. Avec fermeté, il n’avait pas hésité à interpeller les responsables des violents bombardements, affirmant qu’ils devraient en rendre compte à Dieu. Même si l’impasse semble totale sur le terrain diplomatique, le Pape, et avec le Saint-Siège n’ont de cesse de rappeler la communauté internationale à sa conscience, et à ses devoirs.

’Avec R. V.)

Dimanche 9 octobre 2016

Lors de l’angélus prononcé place Saint-Pierre à l’issue de la messe célébrant le jubilé marial, le Saint-Père a confié sa « douleur » concernant les « graves conséquences causées par l’ouragan qui a touché ces derniers jours les Caraïbes, et en particulier Haïti, provoquant de nombreuses victimes et personnes déplacées, au-delà des dommages matériels considérables ».

Le Pape a exprimé sa proximité et sa confiance « dans le sens de la solidarité de la communauté internationale, des institutions catholiques et des personnes de bonne volonté ».

Le Saint-Père a également loué le Seigneur pour la béatification, la veille à Oviedo en Espagne, du père Gennaro Fueyo Castañón et de trois de ses compagnons laïcs. Il les a qualifié de « témoins héroïques de la foi, rattachés à la lignée des martyrs qui ont offert leur vie au nom de Christ ».

Enfin, le Pape François a salué les pèlerins qui ont participé au Jubilé marial. Il a souhaité redire avec eux les paroles prononcées par Saint Jean-Paul II le 8 octobre 2000 : « Ô Mère, nous voulons te confier le futur qui nous attend. L’humanité… elle peut faire de ce monde un jardin, ou le réduire à un amas de cendres. » Ainsi, la Vierge nous aide « à choisir la vie, en accueillant et en pratiquant l’Evangile du Christ Sauveur ».

A l’issue de l’angélus prononcé place Saint-Pierre à la fin de la messe du jubilé marial, le Saint-Père a annoncé la convocation d’un consistoire pour la création de 17 nouveaux cardinaux. Il aura lieu le 19 novembre 2016. Treize nouveaux cardinaux venant de onze nations différentes représenteront les cinq continents et l’universalité de l’Église. Il a également décidé de créer cardinaux deux archevêques et un évêque émérites qui se sont distingués dans leur service pastoral ainsi qu’un prêtre qui a rendu un clair témoignage chrétien.

Le dimanche 20 novembre, le Pape concélébrera en la solennité du Christ Roi, à la fin de l’Année de la Miséricorde, la messe avec les nouveaux cardinaux et l’ensemble du collège cardinalice.

Voici la liste des nouveaux cardinaux :

1- Mons. Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie

2- Mons. Dieudonné Nzapalainga, C.S.Sp., archevêque de Bangui (RCA)

3- Mons. Carlos Osoro Sierra, archevêque de Madrid (Espagne)

4- Mons. Sérgio da Rocha, archevêque de Brasilia (Brésil)

5- Mons. Blase J. Cupich, archevêque Chicago (États-Unis)

6- Mons. Patrick D’Rozario, C.S.C., archevêque de Dacca (Bangladesh)

7- Mons. Baltazar Enrique Porras Cardozo, archevêque de Merida (Venezuela)

8- Mons. Jozef De Kesel, archevêque de Bruxelles (Bruxelles)

9- Mons. Maurice Piat, archevêque de Port-Louis (Maurice)

10- Mons. Kevin Joseph Farrell, préfet du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie

11- Mons. Carlos Aguiar Retes, archevêque de Tlalnepantla (Mexique)

12- Mons. John Ribat, M.S.C., archevêque de Port Moresby (Papouasie-Nouvelle Guinée)

13- Mons. Joseph William Tobin, C.SS.R., archevêque d’Indianapolis (États-Unis)

Évêque et archevêques émérites :

1- Mons. Anthony Soter Fernandez, archevêque émérite de Kuala Lumpur (Malaisie)

2- Mons. Renato Corti, archevêque émérite de Novara (Italie)

3- Mons. Sebastian Koto Khoarai, O.M.I, évêque émérite de Mohale’s Hoek (Lesotho)

4- Père Ernest Simoni, prêtre de l’archidiocèse de Shkodrë-Pult (Scutari – Albanie).

(Avec R. V.)

Mercredi 5 octobre 2016

Le Pape François a consacré sa catéchèse à son récent voyage dans le Caucase, effectué du 30 septembre au 2 octobre 2016. Il a rendu grâce au Seigneur pour ce déplacement et exprimé sa reconnaissance aux autorités civiles et religieuses de Géorgie et d’Azerbaïdjan.

Deux pays où il souhaitait non seulement soutenir les communautés catholiques qui y vivent en minorité, mais aussi encourager les populations locales sur le chemin de la paix et de la fraternité.

La Géorgie et l’Azerbaïdjan fêtent tous les deux cette année les 25 ans de leur indépendance. Une nouvelle phase aux nombreuses difficultés, sociales notamment. Dans ce contexte, l’Église est appelée à être présente spécialement par le signe de la charité et de la promotion humaine, en communion avec les autres Églises et Communautés chrétiennes en Géorgie, en dialogue avec les autres religions en Azerbaïdjan. Car, nous sommes tous frères.

De son déplacement à Tbilissi, le Pape s’est dit ému de sa rencontre avec le patriarche orthodoxe de toute la Géorgie, venu même le chercher à l’aéroport. « Son témoignage m’a fait bop de bien tant au cœur qu’à l’âme ». Il a également évoqué l’unité symbolisée par la tunique du Christ, et cet œcuménisme du sang constaté au Moyen-Orient. Il se souvient de cet intense moment de prière pour la paix avec la communauté assyro-chaldéenne de Géorgie.

Il y a aussi eu cette messe au stade de Tbilissi, célébrée en mémoire de Sainte Thérèse, patronne des missions. « La vraie mission n’est pas le prosélytisme, a rappelé le Pape François, mais l’attraction au Christ à partir d’une forte unité avec Lui dans la prière, l’adoration et la charité concrète ». En Azerbaïdjan, pays majoritairement musulman, le Pape a encouragé les quelques centaines de catholiques à être solides dans la foi : « La communion au Christ nous pousse à chercher la rencontre et le dialogue avec tous ceux qui croient en Dieu, pour construire ensemble un monde plus juste et plus fraternel ». Il a également souhaité auprès des autorités azéries, « que les questions ouvertes puissent trouver de bonnes solutions et que toutes les populations du Caucase vivent dans la paix et le respect réciproque ».

(Avec R. V.)

Lundi 3 Octobre 2016

Le Pape François est de retour à Rome. Il a achevé dimanche soir son voyage apostolique dans le Caucase, son 16e voyage hors d’Italie en trois ans et demi de pontificat. Il a notamment apporté son réconfort aux petites communautés catholiques locales.

Ce voyage en Géorgie puis en Azerbaïdjan se situait sous le signe du dialogue et de la réconciliation. Le Saint-Père, pour qui visiter « les périphéries » du monde est une priorité, est allé à la rencontre de deux petites communautés catholiques. En Azerbaïdjan, elle ne représente que 570 fidèles, « un petit troupeau si précieux aux yeux de Dieu », a observé le Pape. Durant trois jours, le Saint-Père est venu parler de paix, d’unité, de l’importance de la culture de la rencontre dans un monde, a-t-il souligné, « assoiffé de miséricorde ».

Ce voyage a été marqué par plusieurs gestes forts comme la visite du Pape dans la mosquée de Bakou, la rencontre fraternelle avec le patriarche orthodoxe de toute la Géorgie ou encore cet échange très spontané avec des fidèles catholiques dans la cathédrale Sainte-Marie-de-l’Assomption de Tbilissi. Le père Pierre Dumoulin, qui a créé l’université catholique de Tbilissi, était présent lors de ce voyage. Il a mis l’accent sur la joie des catholiques de cette "périphérie" qu’est le Caucase.

« Pour les communautés catholiques, ce voyage en Géorgie et en Azerbaïdjan, tout comme le précédent en Arménie représente vraiment « une bouffée d’air frais ». Ce sont également les paroles du père Andrea Majewski, directeur des programmes de Radio Vatican qui accompagnait le Saint-Père durant ce voyage, dans un entretien accordé à nos collègues italiens.

Les catholiques qui vivent quotidiennement dans un environnement culturel diffèrent se sentent certainement avec la venue du Pape renforcés, motivés et aussi humainement appréciés. Un simple mot du Pape adressé à Bakou à la fin de la messe -"Courage", "Allez de l’avant" - est inestimable, a conclu le père Majewski.

(Avec R. V.)

Dimanche 2 Octobre 2016

Si en Géorgie le pape François était déjà aux périphéries de la foi catholique, il est ce dimanche 2 octobre 2016 aux périphéries de la foi chrétienne. En terre orthodoxe à Tbilissi, c’est une terre à majorité musulmane qui l’a accueillie en foulant le sol de l’Azerbaïdjan. À Bakou, c’est même une minuscule communauté catholique qu’il a rencontrée.

Dans ce pays, ils ne sont que quelques centaines, ils n’ont qu’une seule paroisse, 7 prêtres et 15 religieux, mais c’est une communauté vivante qui a baptisé 14 catéchumènes lors des douze derniers mois. C’est en présence de ce « petit troupeau » que le Pape a présidé la messe dans l’Église de l’Immaculée conception de Bakou. Une Église dont l’histoire reflète l’histoire récente de l’Azerbaïdjan. Construite en 1909 puis détruite par les bolcheviques en 1931, cette église n’a pu renaître qu’au début des années 2000, grâce à l’engagement des quelques catholiques du pays et au soutien qu’ils ont reçu de Saint-Jean Paul II après sa visite 2002.

Une église pour un petit troupeau, mais si important aux yeux de Dieu. Un troupeau pour lequel le pape a décidé, comme lui-même l’a expliqué à la fin de la messe, de perdre du temps."Le Pape perd du temps" en imitant le Saint Esprit qui avait lui aussi perdu du temps en descendant sur la petite communauté enfermée au Cénacle, pour lui redonner la foi et renouveler son élan missionnaire.

Le Pape François François invite les catholiques de Bakou à vivre dans la foi et le service. Deux aspects fondamentaux de la vie chrétienne. La foi qui n’a rien d’une force magique qui tombe du ciel, qui n’est pas non plus un super pouvoir, mais un don de Dieu qu’il faut constamment entretenir par le service. Et les deux, explique le Saint-Père, sont inséparables. Pour être compris, il se sert d’une métaphore en prenant en exemple les tapis qui sont une spécialité du tissage à Bakou :

« Chaque tapis, vous le savez bien, est tissé selon la trame et la chaîne ; seulement avec cette structure l’ensemble se trouve bien composé et harmonieux. C’est ainsi pour la vie chrétienne : elle est chaque jour patiemment tissée, entrecroisant entre elles une trame et une chaîne bien définies : la trame de la foi et la chaîne du service ».

Quant au service, il ne s’agit pas d’une récompense. Servir, c’est imiter Dieu. C’est le style de vie du chrétien. Servir Dieu dans l’adoration et dans la prière, c’ est être ouverts et disponibles ; c’est aimer concrètement son prochain et tout mettre en œuvre pour le bien commun. C’est être unis. Et c’est ainsi que s’édifie et s’embellit l’Église dit le Pape François. Revenant sur l’image du tapis, en l’appliquant au « petit troupeau » de catholiques azéris, il compare chaque fidèle à un splendide fil de soie, des fils tous différents qui ne pourront créer un beau tapis que s’ils sont bien tissés entre eux..

Nous vous proposons de retrouver le texte intégral de l’Homélie du Pape François  :

" La Parole de Dieu nous présente aujourd’hui deux aspects essentiels de la vie chrétienne : la foi et le service. À propos de la foi, deux demandes particulières sont adressées au Seigneur.

La première est celle du prophète Habacuc, qui implore Dieu pour qu’il intervienne et rétablisse la justice et la paix que les hommes ont rompu par la violence, les querelles et les disputes « Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu m’entendes ? » (Ha 1, 2), demande le prophète. Dieu, en répondant, n’intervient pas directement, il ne résout pas la situation d’une manière brusque, il ne se rend pas présent par la force. Au contraire, il invite à attendre avec patience, sans jamais perdre l’espérance ; surtout, il souligne l’importance de la foi. Parce que par sa foi, l’homme vivra (cf. Ha 2, 4). Ainsi Dieu fait de même avec nous : il ne cède pas à nos désirs qui voudraient changer le monde et les autres immédiatement et continuellement, mais il vise surtout à guérir le cœur, le mien, le tien, le cœur de chacun ; Dieu change le monde en changeant nos cœurs, et cela il ne peut le faire sans nous. Le Seigneur désire en effet que nous lui ouvrions la porte de notre cœur, pour pouvoir entrer dans notre vie. Cette ouverture à lui, cette confiance en Lui est vraiment « la victoire remportée sur le monde : c’est notre foi (cf. 1 Jn 5, 4). Parce que lorsque Dieu trouve un cœur ouvert et confiant, là il peut accomplir des merveilles.

Mais avoir la foi, une foi vive, n’est pas facile ; et voici alors la seconde demande, celle que dans l’Évangile les Apôtres adressent au Seigneur : « Augmente en nous la foi : » (Lc 17, 6). C’est une belle demande, une prière que nous aussi nous pourrions adresser à Dieu chaque jour. Mais la réponse divine est surprenante et aussi dans ce cas renverse la demande : « Si vous aviez de la foi… ». C’est Lui qui nous demande d’avoir de la foi. Parce que la foi, qui est un don de Dieu et est toujours demandée, est aussi cultivée de notre part. Ce n’est pas une force magique qui descend du ciel, ce n’est pas une “ dot ” qui se reçoit une fois pour toutes, et non plus un superpouvoir qui sert à résoudre les problèmes de la vie. Parce qu’une foi utile pour satisfaire nos besoins serait une foi égoïste, toute centrée sur nous. La foi n’est pas confondue avec le bien-être ou avec le fait de se sentir bien, avec le fait d’être consolé dans l’âme parce que nous avons un peu de paix dans le cœur. La foi est un fil d’or qui nous lie au Seigneur, la pure joie de rester avec Lui, d’être unis à Lui ; c’est le don qui est valable pour la vie entière, mais qui porte du fruit si nous faisons notre part.

Et quelle est notre part ? Jésus nous fait comprendre que c’est le service. Dans l’Évangile en effet, le Seigneur fait tout de suite suivre aux paroles sur la puissance de la foi, celles sur le service. Foi et service ne peuvent se séparer, elles sont même étroitement liées, nouées entre elles. Pour m’expliquer, je voudrais utiliser une image qui vous est très familière, celle d’un beau tapis : vos tapis sont de véritables œuvres d’art et proviennent d’une histoire très ancienne. La vie chrétienne de chacun vient aussi de loin, c’est un don que nous avons reçu dans l’Église et qui provient du cœur de Dieu, notre Père, qui désire faire de chacun de nous un chef d’œuvre de la création et de l’histoire. Chaque tapis, vous le savez bien, est tissé selon la trame et la chaîne ; seulement avec cette structure l’ensemble se trouve bien composé et harmonieux.
C’est ainsi pour la vie chrétienne : elle est chaque jour patiemment tissée, entrecroisant entre elles une trame et une chaîne bien définies : la trame de la foi et la chaîne du service. Quand à la foi se noue le service, le cœur se maintient ouvert et jeune, et il se dilate en faisant le bien. Alors la foi, comme dit Jésus dans l’Évangile, devient puissante et elle fait des merveilles. Si elle marche sur cette route, alors elle mûrit et devient forte, à condition qu’elle reste toujours unie au service.

Mais qu’est-ce que le service ? Nous pouvons penser qu’il consiste seulement à être fidèle aux propres devoirs ou à accomplir quelque œuvre bonne. Pour Jésus, c’est beaucoup plus. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, il nous demande, avec des paroles très fortes, radicales, une disponibilité totale, une vie mise pleinement à disposition, sans calculs et sans bénéfices. Pourquoi est-il si exigeant ? Parce que Lui nous a aimés ainsi, se faisant notre serviteur « jusqu’au bout » (Jn 13, 1), venant « pour servir et donner sa vie » (Mc 10, 45). Et cela a lieu encore chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie : le Seigneur vient au milieu de nous et pour autant que nous puissions proposer de le servir et de l’aimer, c’est toujours Lui qui nous précède, nous servant et nous aimant plus que tout ce que nous imaginons ou méritons. Il nous donne sa vie-même. Et il nous invite à l’imiter, en nous disant : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive » (cf. Jn 12, 26).

Donc, nous ne sommes pas appelés à servir seulement pour avoir une récompense, mais pour imiter Dieu, qui s’est fait serviteur pour notre amour. Et nous ne sommes pas appelés à servir de temps et temps mais à vivre en servant. Le service est alors un style de vie, il résume même en lui tout le style de vie chrétien : servir Dieu dans l’adoration et dans la prière ; être ouverts et disponibles ; aimer concrètement le prochain : tout mettre en œuvre avec élan pour le bien commun.

Les tentations qui éloignent du style du service et finissent par rendre la vie inutile ne manquent pas aussi pour les croyants. Ici nous pouvons aussi en mettre deux en évidence. L’une est celle de laisser le cœur s’attiédir. Un cœur tiède se ferme dans une vie paresseuse et étouffe le feu de l’amour. Celui qui est tiède vit pour satisfaire ses propres aises, qui ne suffisent jamais, et ainsi il n’est jamais content ; peu à peu il finit par se contenter d’une vie médiocre. Le tiède réserve à Dieu et aux autres des “pourcentages” de son temps et de son cœur, sans jamais exagérer, et même en cherchant toujours à économiser. Ainsi la vie perd du goût : elle devient comme un thé qui était vraiment bon, mais qui lorsqu’il se refroidit ne peut plus se boire. Mais je suis certain que vous, regardant les exemples de ceux qui vous ont précédés dans la foi, ne laisserez pas votre cœur s’attiédir. L’Église entière, qui nourrit pour vous une sympathie spéciale, vous regarde et vous encourage : vous êtes un petit troupeau si précieux aux yeux de Dieu !

Il y a une seconde tentation, dans laquelle on peut tomber non pas parce qu’on est passifs, mais parce qu’on est “trop actifs” : celle de penser comme des propriétaires, de se donner du mal seulement pour gagner du crédit et pour devenir quelqu’un. Le service devient alors un moyen et non une fin, parce que la fin est devenue le prestige ; ensuite vient le pouvoir, la volonté d’être grands. « Parmi vous, – rappelle Jésus à nous tous – il ne devra pas en être ainsi : Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 20, 26). Ainsi s’édifie et s’embellit l’Église. Reprenant l’image du tapis, en l’appliquant à votre belle communauté : chacun de vous est comme un splendide fil de soie, mais les fils différents créent une belle composition seulement s’ils sont bien tissés entre eux ; tout seuls, ils ne servent pas. Restez toujours unis, en vivant humblement dans la charité et dans la joie ; le Seigneur, qui crée l’harmonie dans les différences, vous gardera.

Que nous aide l’intercession de la Vierge Immaculée et des Saints, en particulier de sainte Teresa de Calcutta, dont les fruits de foi et de service sont au milieu de vous. Accueillons quelques-unes de ses paroles splendides, qui résument le message d’aujourd’hui : « Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix » (Le chemin simple, Introduction). "

Suite et fin du Voyage du Saint-Père

Sa visite du pape à Bakou a été courte, elle a été très riche. Après cette messe célébrée dimanche 2 octobre 2016 au matin, le Pape a en effet été reçu par le président de la République Ilham Aliyev, puis il s’est recueilli en silence devant le mémorial de l’indépendance, avant de rencontrer les autorités et les représentants des différentes religions présentes dans le pays. C’est avec cette rencontre interreligieuse que le Pape a achevé son voyage dans le Caucase.

Le pape a tenu à saluer le climat d’harmonie qui prévaut en Azerbaïdjan entre les différentes composantes de la société Azérie, faite de multiculturalisme et de respect réciproque, puis il souligne devant les représentants des différentes religions présentes dans le pays, la nécessité de construire ensemble une culture de la rencontre et de la paix. Autrement, « quelle perspective de vie offrir aux générations futures ? », s’est-il interrogé.

Le rôle des religions « dans la nuit des conflits que nous sommes en train de traverser », est d’être des « aubes de la paix », des échos de dialogue. Le temps est révolu des solutions violentes et brusques, le moment est urgent d’entreprendre des processus patients de réconciliation. Le Pape a évoqué la situation dans le Caucase pour souhaiter que les religions soient des facteurs actifs pour dépasser les tragédies passées et les tensions présentes. Il n’a pas cité le Nagorny Karabakh, l’enclave disputée entre Bakou et Erevan, mais le Cheick l’a fait juste avant lui, soulignant les efforts des représentants des deux religions pour une résolution pacifique du conflit.

« Nous avons déclaré, dit le Cheik Allashukur Pashazadeh, ensemble avec les leaders religieux arméniens, qu’il ne s’agissait pas d’une conflit religieux ». Et c’est l’un des points de convergence qui émerge de cette rencontre.

Car, « les religions ne doivent jamais être instrumentalisées et ne peuvent jamais prêter le flanc à soutenir des conflits et des oppositions… Dieu ne peut pas être invoqué pour des intérêts de parti ou à des fins égoïstes, il ne peut justifier aucune forme de fondamentalisme, d’impérialisme ni de colonialisme… Jamais plus de violence au nom de Dieu ».

Pour le Pape, les religions sont une boussole dont la mission est d’orienter l’homme vers le bien et l’éloigner du mal. Elles ont en cela une tâche éducative : aider l’homme à tirer le meilleur de lui-même, et lui donner des réponses authentiques alors qu’il est perdu dans le tourbillon du nihilisme de celui qui ne croit plus à rien sinon à ses propres intérêts, et le tourbillon du fondamentalisme de celui veut imposer des attitudes extrêmes et radicalisées par la violence. Au cours de cette rencontre interreligieuse, le Pape a une nouvelle fois condamné la prolifération des armes : « La voix de trop de sang crie vers Dieu ».

Retrouvez l’intervention intégrale du Pape François :

" Se retrouver ici ensemble est une bénédiction. Je désire remercier le Chef des Musulmans du Caucase qui, avec sa courtoisie habituelle, nous accueille ainsi que les chefs religieux locaux de l’Eglise Orthodoxe russe et des communautés juives. Nous rencontrer dans l’amitié fraternelle en ce lieu de prières est un grand signe, un signe qui manifeste cette harmonie que les religions peuvent construire ensemble, à partir des relations personnelles et de la bonne volonté des responsables. En sont ici une preuve, par exemple, l’aide concrète que le Chef des Musulmans a apporté, en plusieurs occasions, à la communauté catholique, ainsi que les sages conseils qu’il partage avec elle dans un esprit de famille. Le beau lien qui unit les Catholiques à la communauté Orthodoxe, dans une fraternité concrète et avec une affection quotidienne - qui sont un exemple pour tous - sont aussi à souligner ; et de même l’amitié cordiale avec la communauté juive.

L’Azerbaïdjan profite de cette concorde, pays qui se distingue par l’accueil et l’hospitalité, qui sont des dons que j’ai pu expérimenter en cette journée mémorable pour laquelle je suis très reconnaissant. On souhaite ici conserver le grand patrimoine des religions, et on recherche en même temps une ouverture plus grande et plus féconde : le catholicisme également, par exemple, trouve place et harmonie parmi les autres religions bien plus nombreuses, signe concret qui montre comment, non pas l’opposition mais la collaboration aide à construire des sociétés meilleures et pacifiques. Le fait de nous trouver ensemble est aussi en continuité avec les nombreuses rencontres qui se déroulent à Bakou afin de promouvoir le dialogue et la multi culturalité. En ouvrant les portes à l’accueil et à l’intégration, les portes des cœurs de chacun s’ouvrent ainsi que les portes de l’espérance pour tous. J’ai confiance que ce pays « porte entre l’Orient et l’Occident » (Jean-Paul II, Discours lors de la cérémonie de bienvenue, Bakou 22 mai 2002 : Enseignements XXV, 1 [2002], 838), cultive toujours sa vocation d’ouverture et de rencontre, conditions indispensables pour construire de solides ponts de paix et un avenir digne de l’homme.

La fraternité et le partage que nous désirons faire grandir ne seront pas appréciés par celui qui veut mettre en évidence les divisions, attiser les tensions et tirer profit des oppositions et des différences ; mais elles sont invoquées et attendues par celui qui désire le bien commun, et surtout agréables à Dieu, Compatissant et Miséricordieux, qui veut que les fils et les filles de l’unique famille humaine soient plus unis entre eux et toujours en dialogue. Un grand poète, enfant de cette terre, a écrit : « Si tu es un homme, mélange-toi aux hommes, car les hommes se trouvent bien entre eux » (Nizami Ganjavi, Le livre d’Alexandre, I, Sur son propre état et sur le temps qui passe). S’ouvrir aux autres n’appauvrit pas mais enrichit, car cela aide à être plus humain ; à se reconnaître partie active d’un ensemble plus grand et à interpréter la vie comme un don pour les autres ; à voir comme but, non pas ses propres intérêts mais le bien de l’humanité, à agir sans idéalismes et sans interventionnismes, sans accomplir d’interférences dommageables ni d’actions forcées, mais toujours plutôt dans le respect des dynamiques historiques, des cultures et des traditions religieuses.

Les religions ont une grande tâche : accompagner les hommes en recherche du sens de la vie, en les aidant à comprendre que les capacités limitées de l’être humain et les biens de ce monde ne doivent jamais devenir des absolus. Nizami a écrit aussi : « Ne te repose pas solidement sur tes forces, tant que tu n’auras pas trouvé dans le ciel une demeure ! Les fruits du monde ne sont pas éternels, n’adore pas ce qui est périssable ! » (Leylà et Majnùn, Mort de Majnùn sur la tombe de Leylà). Les religions sont appelées à nous faire comprendre que le centre de l’homme est en dehors de lui, que nous sommes tendus vers le Très Haut infini et vers l’autre qui nous est proche. Il y a là un appel à orienter la vie vers un amour plus élevé et en même temps plus concret : cela ne peut que se trouver au sommet de toute aspiration authentiquement religieuse ; car – dit encore le poète –, « l’amour est ce qui ne change jamais, l’amour est ce qui ne finit jamais » (ibid., Désespoir de Majnùn).

La religion est donc une nécessité pour l’homme, pour qu’il réalise sa fin, une boussole pour l’orienter vers le bien et l’éloigner du mal qui est toujours accroupi à la porte de son cœur (cf. Gn 4, 7). En ce sens, les religions ont une tâche éducative : aider l’homme à tirer le meilleur de lui-même. Et nous, comme guides, nous avons une grande responsabilité pour donner des réponses authentiques à la recherche de l’homme qui est aujourd’hui souvent perdu dans les paradoxes tourbillonnants de notre époque. Nous voyons en effet, comment, de nos jours, d’une part sévit le nihilisme de celui qui ne croit plus à rien sinon à ses propres intérêts, avantages et profits, de celui qui rejette la vie en s’adaptant à l’adage : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis » (cf. F.M. Dostoïevski, Les frères Karamazof, XI, 4.8.9) ; d’autre part apparaissent de plus en plus les réactions rigides et fondamentalistes de celui qui, par la violence de la parole et des gestes, veut imposer des attitudes extrêmes et radicalisées, les plus éloignées du Dieu vivant.

Les religions, au contraire, en aidant à discerner le bien et à le mettre en pratique par les œuvres, par la prière et par l’effort du travail intérieur, sont appelées à construire la culture de la rencontre et de la paix, faite de patience, de compréhension, de pas humbles et concrets. C’est ainsi que l’on sert la société humaine. Celle-ci, pour sa part, est toujours tenue de vaincre la tentation de se servir du facteur religieux : les religions ne doivent jamais être instrumentalisées et ne peuvent jamais prêter le flanc à soutenir des conflits et des oppositions.

Un lien vertueux entre sociétés et religions, est en revanche fécond, une alliance respectueuse qui doit être construite et gardée, et que je voudrais symboliser par une image chère à ce pays. Je fais référence aux précieux vitraux artistiques qui se trouvent depuis des siècles sur cette terre, qui sont faits seulement de bois et de verres colorés (Shebeke). Il y a une particularité unique dans leur fabrication artisanale : les clous et la colle ne sont pas utilisés ; mais le bois et le verre tiennent ensemble et sont assemblés par un long et soigneux travail. De la sorte, le bois soutient le verre et le verre fait entrer la lumière.

De la même manière, c’est un devoir pour chaque société civile de soutenir la religion qui permet l’entrée d’une lumière indispensable pour vivre : c’est pourquoi il est nécessaire de leur garantir une réelle et authentique liberté. Les « colles » artificielles, qui forcent l’homme à croire en lui imposant un credo déterminé et en le privant de la liberté de choix, ne doivent donc pas être employées. Ne doivent pas non plus entrer dans les religions les « clous » extérieurs des intérêts mondains, des désirs de pouvoir et d’argent. Car Dieu ne peut pas être invoqué pour des intérêts de parti ou à des fins égoïstes, il ne peut justifier aucune forme de fondamentalisme, d’impérialisme ni de colonialisme. Encore une fois, de ce lieu si significatif, monte le cri qui vient du cœur : jamais plus de violence au nom de Dieu ! Que son saint Nom soit adoré, et non profané ni marchandé par les haines et les oppositions humaines.

Au contraire honorons la providentielle miséricorde divine envers nous, par la prière assidue et par le dialogue concret, « condition nécessaire pour la paix dans le monde […] devoir pour les chrétiens comme pour les autres communautés religieuses » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 250). La prière et le dialogue sont en relation très profonde : ils sont mus par l’ouverture du cœur et ils sont tendus vers le bien d’autrui ; ils s’enrichissent donc et se renforcent mutuellement. Avec conviction, l’Eglise catholique, à la suite du Concile Vatican II, « exhorte ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux » (Décl. Nostra aetate, n. 2). Pas de « syncrétisme conciliant », pas d’« ouverture diplomatique qui dit oui à tout pour éviter les problèmes » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 251), mais dialoguer avec les autres et prier pour tous : voilà nos moyens pour transformer les lances en faucilles (cf. Is 2, 4), pour faire surgir l’amour où se trouve la haine et le pardon où se trouve l’offense, pour ne pas se lasser d’implorer et de parcourir les chemins de paix.

Une vraie paix, fondée sur le respect réciproque, sur la rencontre et sur le partage, sur la volonté de dépasser les préjugés et les torts du passé, sur le renoncement aux duplicités et aux intérêts de parti ; une paix durable, animée par le courage de dépasser les barrières, d’éradiquer les pauvretés et les injustices, de dénoncer et d’arrêter la prolifération des armes et les gains iniques faits sur le dos des autres. De la terre, notre maison commune, la voix de trop de sang crie vers Dieu (cf. Gn 4, 10). Nous sommes à présent interpellés pour donner une réponse, qui ne peut plus être reportée, afin de construire ensemble un avenir de paix : ce n’est plus le temps des solutions violentes et brusques, mais le moment urgent d’entreprendre des processus patients de réconciliation. La vraie question de notre temps n’est pas comment faire progresser nos intérêts, mais quelle perspective de vie offrir aux générations futures, comment laisser un monde meilleur que celui que nous avons reçu. Dieu et l’histoire même nous demanderont si, aujourd’hui, nous nous sommes dépensés pour la paix ; les jeunes générations, qui rêvent d’un avenir autre, nous le demande déjà du fond du cœur.

Que les religions, dans la nuit des conflits que nous sommes en train de traverser, soient des aubes de paix, des semences de renaissance parmi les dévastations de mort, des échos de dialogue qui résonnent infatigablement, des voies de rencontre et de réconciliation pour réussir là où les tentatives des médiations officielles semblent ne pas être suivies d’effets. Spécialement en cette terre bien-aimée de la région caucasienne, que j’ai tant voulu visiter et sur laquelle je suis arrivé en pèlerin de paix, que les religions soient des facteurs actifs pour dépasser les tragédies du passé et les tensions d’aujourd’hui. Que les inestimables richesses de ces pays soient connues et valorisées : les trésors anciens et toujours nouveaux de sagesse, de culture et de religiosité des peuples du Caucase sont une grande ressource pour l’avenir de la région, et en particulier pour la culture européenne, des biens précieux auxquels nous ne pouvons pas renoncer. "

(Avec R. V.)

Mercredi 28 septembre 2016

Le Pape François, lors de l’audience générale, a poursuivi son cycle de catéchèses sur la miséricorde rappelant que « face au mystère de la mort (…) seul Dieu peut être la réponse libératrice ». Le Saint-Père a invité les fidèles, à l’image du bon larron « qui est un merveilleux exemple de repentir », à invoquer le Christ miséricordieux car « le Salut de Dieu est pour tous, personne n’est exclu ».

Apprendre à demander pardon à Jésus, ne pas se sentir exclu de son amour, c’est l’exhortation du Pape François. « Le Salut de Dieu est offert à tous ». « Il peut atteindre chaque homme dans quelques conditions que ce soit même la plus négative et douloureuse C’est pour cette raison, a encore souligné le Saint-Père, que « ce Jubilé est un temps de grâce pour tous, pour les bons comme pour les mauvais, pour les personnes en bonne santé comme pour celles qui souffrent ».

Comme l’a fait le bon larron qui a appelé Jésus par son nom, qui s’est repenti, non pas par peur mais par crainte de Dieu, nous sommes tous appelés à confesser nos fautes. Et le Pape cite en exemple « le condamné à mort » qui en appelant Jésus à l’aide devient un modèle. « L’Église n’est pas seulement pour les bons ou pour ceux qui semblent bons ou se croient bons : elles est pour tous et de préférence pour les mauvais, parce que l’Église est miséricordieuse ».

Enfin, s’adressant aux personnes qui souffrent, le Saint-Père rappelle que Dieu est avec elles, qu’il reste avec elles sur la croix tout comme il partage « nos petites croix de chaque jour ». Il exhorte « celui qui est immobilisé sur un lit d’hôpital, celui qui vit enfermé dans une prison, ceux qui sont piégés dans des guerres à regarder le crucifix », à se laisser pénétrer « par la force de l’Évangile » qui console et donne l’espérance.

(Avec R. V.)

Dimanche 25 Septembre 2016

Le Pape François a célébré la messe place Saint-Pierre à l’occasion du jubilé des catéchistes qui se déroule à Rome dans le cadre de l’année de la Miséricorde. Plusieurs milliers de catéchistes venus du monde entier, parmi lesquels 150 Français, se sont retrouvés pour un pèlerinage international.

En commentant les textes du jour lors de son homélie, le Pape est revenu sur le commandement de l’Apôtre Paul à Timothée qui rappelle le centre de la foi. « Ce centre autour duquel tout tourne, ce cœur palpitant qui donne vie à tout, c’est l’annonce pascale, la première annonce : le Seigneur Jésus est ressuscité, le Seigneur Jésus t’aime, il a donné sa vie pour toi ; ressuscité et vivant, il est présent à tes côtés et il t’attend chaque jour. Nous ne devons jamais l’oublier ».

« En ce Jubilé des catéchistes, il nous est demandé de ne pas nous lasser de mettre en premier l’annonce principale de la foi : le Seigneur est ressuscité. Il n’y a pas de contenu plus important, rien de plus solide et actuel. » L’annonce de Dieu-amour ne peut se faire qu’en aimant a rappelé aussi le Pape, non pas en cherchant à convaincre, jamais en imposant la vérité, non plus en se raidissant sur des obligations religieuses ou morales. Au contraire, Dieu est annoncé en rencontrant les personnes, en prêtant attention à leur histoire et à leur chemin. François a ainsi rappelé que le message du Seigneur, parce qu’il n’était pas une idée mais bien une personne, passait par un témoignage simple et vrai.

L’Evangile qui relate la parabole de l’homme riche et de Lazare nous aide à comprendre ce que veut dire aimer, a poursuivi le Pape, c’est à dire dépasser nos cécités, sentir avec son cœur avant de voir avec ses yeux. « La mondanité qui anesthésie l’âme est entrée dans son cœur » a encore dit le Saint-Père en évoquant l’homme riche de la parabole, cette mondanité est comme un « trou noir » qui engloutit le bien, qui éteint l’amour parce qu’elle ramène tout au moi.

Le Seigneur regarde celui qui est négligé et mis à l’écart du monde, a précisé le Pape qui a rappelé que « Lazare est le seul personnage, dans toutes les paraboles de Jésus, à être appelé par son nom ». Cette pauvreté de Lazare, à l’inverse de l’ostentation de l’homme riche s’exprime avec une grande dignité. Ceci est enseignement précieux a t-il précisé en lançant une invitation aux catéchistes : « en tant que serviteurs de la parole de Jésus nous sommes appelés à ne pas étaler une apparence et à ne pas rechercher la gloire ; nous ne pouvons pas non plus être tristes ni nous lamenter. Ne soyons pas des prophètes de malheur qui se complaisent à dénicher les dangers ou les déviances ; ne soyons pas des gens qui se retranchent dans leurs propres environnements en émettant des jugements amers sur la société, sur l’Eglise, sur tout et sur tous, polluant le monde de choses négatives. »

Celui qui annonce l’espérance de Jésus est porteur de joie et voit loin, car il sait regarder au-delà du mal et des problèmes, a conclu le Saint-Père, et en même temps il voit bien de près, car il est attentif au prochain et à ses nécessités. « Que le Seigneur nous donne la grâce d’être renouvelés chaque jour par la joie de la première annonce ».

(Avec R.V.)

Rencontre internationale religieuse d’Assise : 20 septembre 20136

À Assise, ils étaient ensemble afin de prier pour la paix, 30 ans après la première Journée mondiale de la paix convoquée par Jean-Paul II. Au dernier jour de la Rencontre internationale interreligieuse organisée par la communauté de Sant’Egidio, ce mardi 20 septembre 2016, juifs, musulmans ou bouddhistes ont prié dans huit endroits différents de la ville, avant la cérémonie finale avec l’appel à la paix du Saint-Père.

Lors de la prière œcuménique des chrétiens, dans la basilique inférieure Saint-François, le Pape François est revenu sur la nécessité de prendre en compte ceux qui souffrent.

Porté par des chants résonnant dans la basilique inférieure de Saint-François, le Pape François a fait son entrée, suivi du Patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, du Patriarche syro-catholique d’Antioche, et de Justin Welby, l’archevêque de Canterbury. « Cette prière commune nous ouvre à l’espérance », a déclaré le Pape.

« Dans la parole de Jésus "J’ai soif ", nous pouvons entendre la voix de ceux qui souffrent et de ceux qui ont le plus besoin de paix », a souligné le Saint-Père. Lors de cette prière œcuménique, il a dénoncé l’indifférence, l’égoïsme de celui qui est agacé, la froideur de celui qui éteint leur cri aussi facilement que l’on change de chaîne de télévision. Il leur est souvent donné, comme à Jésus, « le vinaigre amer du refus ».

Et pourtant, en tant que chrétiens, il faut répandre la miséricorde. « C’est en nous approchant de tous ceux qui vivent comme des crucifiés que grandiront l’harmonie et la communion entre nous ». De quoi a soif le Seigneur ? Certainement d’eau, mais aussi d’amour, tout aussi essentiel pour vivre. Car le Seigneur est, en effet, assoiffé de notre amour de compassion, a rappelé le Saint-Père. Il est consolé, lorsque en son nom, nous nous penchons sur les misères d’autrui.

À la fin de la prière, des bougies ont été allumées pour prier pour la fin des conflits et des violences : en République démocratique du Congo, au Gabon, en Birmanie, dans la région du Cachemire ou encore en Irak. Une longue liste de pays qui rappelle combien la paix est encore fragile et combien elle a besoin d’un dialogue entre les religions et de la force de la prière.

Dans son intervention, l’archevêque de Canterbury a lui rappelé que « Dieu nous appelle tous dans sa miséricorde, chacun d’entre nous, et nous tous ensemble. Il nous offre une vraie richesse qui nous comble. Il nous appelle à écouter, à manger, à venir à sa rencontre, à avoir confiance. »

Le patriarche Bartholomée Ier a déclaré que « nous devons, en tant qu’Églises, opérer un changement radical de mentalité, un repentir profond ».

Enfin, lors de la cérémonie finale, le Pape François, a conclu cette 30ème Rencontre mondiale interreligieuse pour la paix, organisée par la communauté de Sant’Egidio dans la ville de Saint François : près de 500 leaders religieux y étaient présents et neuf religion représentées. L’ensemble des dignitaires religieux ont signé un nouvel appel à la paix.

Avant cela, le Pape avait prononcé un discours, martelant encore le fait que « Le nom de Dieu ne peut justifier la violence ». « Seule la paix est sainte, pas la guerre ! » a répété à deux reprises le Saint-Père, sous les applaudissements. « Aucune forme de violence ne représente la vraie nature de la religion », a encore souligné le Pape, citant son prédécesseur Benoît XVI.

Il a tenu à dénoncer le paganisme de l’indifférence face à ceux qui souffrent. Des mots forts pour condamner le virus qui paralyse, qui rend inerte. : « Nous sommes venus à Assise comme pèlerins en recherche de paix ». Il a rappelé les conflits oubliés, la souffrance que vivent les réfugiés, l’angoisse des peuples qui ont soif de paix et il a cité son déplacement à Lesbos, en compagnie du patriarche Bartholomée Ier, se rappelant des yeux des réfugiés qui exprimaient la douleur de la guerre.

« Nous n’avons pas d’arme, mais nous avons la force de la prière », a déclaré le Saint-Père devant des dizaines de croyants, faisant écho aux mots de Jean-Paul II il y a trente ans. « Nos traditions religieuses sont diverses, mais aujourd’hui, nous avons prié les uns à coté des autres, les uns pour les autres ».

C’est la prière et la volonté de collaboration qui permettront une vraie paix. La Paix, un mot si simple et en même temps difficile, a reconnu le pape François. « Paix veut dire "pardon" qui rend possible de guérir les blessures du passé. Paix veut dire "accueil". Paix veut dire "collaboration", un échange vivant avec l’autre. Paix veut dire enfin "éducation" », a ajouté le Saint-Père : un appel à acquérir la culture de la rencontre, en purifiant la conscience de toute tentation de violence, contraire au nom de Dieu.

« Comme chefs religieux, a conclu le Pape, nous sommes appelés à être des solides ponts de dialogue, des médiateurs créatifs de paix ». Enfin le Saint-Père a lancé un appel aux leaders des nations, car, comme le disait Jean Paul II, la paix est une responsabilité universelle : « Assumons ensemble cette responsabilité » !

Découvrez l’appel final lancé par le saint-Père ce 20 septembre 2016 à Assise :

« Hommes et femmes de religions différentes, nous sommes réunis, comme pèlerins, dans la cité de Saint François. Ici, en 1986, il y a 30 ans, à l’invitation du Pape Jean-Paul II, se réunirent des Représentants religieux du monde entier, pour la première fois en si grand nombre et avec une telle solennité, pour affirmer le lien indissoluble entre le grand bien de la paix et un authentique engagement religieux. De cet événement historique, s’est amorcé un long pèlerinage qui, touchant de nombreuses villes du monde, a rassemblé beaucoup de croyants dans le dialogue et dans la prière pour la paix ; il a uni sans confondre, donnant vie à de solides amitiés interreligieuses et contribuant à éteindre de nombreux conflits. Voilà l’esprit qui nous anime : réaliser la rencontre dans le dialogue, s’opposer à toute forme de violence et d’abus de la religion pour justifier la guerre et le terrorisme. Pourtant, au cours des années passées, de nombreux peuples ont encore été douloureusement blessés par la guerre. On n’a toujours pas compris que la guerre détériore le monde, laissant un héritage de douleurs et de haines. Tous, avec la guerre, sont des perdants, même les vainqueurs.

Nous avons adressé notre prière à Dieu, afin qu’il donne la paix au monde. Nous reconnaissons la nécessité de prier constamment pour la paix, parce que la prière protège le monde et l’illumine. La paix est le nom de Dieu. Celui qui invoque le nom de Dieu pour justifier le terrorisme, la violence et la guerre, ne marche pas sur Sa route : la guerre au nom de la religion devient une guerre à la religion elle-même. Avec une ferme conviction, nous réaffirmons donc que la violence et le terrorisme s’opposent au véritable esprit religieux.

Nous nous sommes mis à l’écoute de la voix des pauvres, des enfants, des jeunes générations, des femmes et de nombreux frères et sœurs qui souffrent de la guerre ; avec eux nous disons avec force : Non à la guerre ! Que le cri de douleur de tant d’innocents ne reste pas inécouté. Nous implorons les Responsables des Nations afin que soient désamorcés les mobiles des guerres : l’avidité du pouvoir et de l’argent, la cupidité de qui fait du commerce d’armes, les intérêts des parties, les vengeances à cause du passé. Qu’augmente l’engagement concret pour éliminer les causes sous-jacentes aux conflits : les situations de pauvreté, d’injustice et d’inégalité, l’exploitation et le mépris de la vie humaine.

Qu’enfin s’ouvre un temps nouveau, où le monde globalisé devienne une famille de peuples. Que soit mise en œuvre la responsabilité de construire une véritable paix, que l’on soit attentif aux besoins authentiques des personnes et des peuples, que l’on prévienne les conflits par la collaboration, que l’on vainc les haines et surmonte les barrières, par la rencontre et le dialogue. Rien n’est perdu en pratiquant effectivement le dialogue. Rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière. Tous nous pouvons être des artisans de paix ; d’Assise nous renouvelons avec conviction notre engagement à l’être, avec l’aide de Dieu, avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. »

(Avec R. V.)

Dimanche 18 septembre 2016

Lors de la prière de l’Angélus, le Pape François a évoqué son prochain déplacement à Assise, en Ombrie, ce mardi 20 septembre, où il participera à la 30e édition des Rencontres internationales pour la paix organisées par les franciscains d’Assise et la communauté de Sant’Egidio, près de 30 ans après la rencontre historique, convoquée par le Saint Pape Jean-Paul II, le 27 octobre 1986.

J’invite les paroisses, les associations ecclésiales et les fidèles du monde entier », à prier pour la paix en ce jour. « La guerre est partout, nous devons prier ensemble pour la paix », a insisté le Pape, sous les applaudissements des fidèles réunis Place St Pierre…

« À l’exemple de Saint François, homme de fraternité et de douceur, a-t-il encore ajouté, nous sommes tous appelés à offrir au monde un témoignage fort de notre engagement commun pour la paix et la réconciliation entre les peuples ».

Le Saint-Père s’est auparavant arrêté sur l’Évangile du jour, tiré de Saint-Luc : « Nul ne peut servir deux maîtres » : Avec la parabole du gérant malhonnête, Jésus nous invite à choisir entre deux voies : la sienne, celle de la rectitude et du partage, ou celle du monde, marquée par l’avidité et la corruption.

Jésus loue l’habileté du gérant malhonnête. Il ne le présente cependant « pas comme un modèle à suivre, mais comme un exemple de ruse ». À ce style de vie proprement mondain, fait de corruption, d’illusion, d’abus, somme toute facile à suivre, nous devons répondre avec ce que le Pape appelle « l’astuce chrétienne », laquelle requiert un « style de vie sérieux mais joyeux », honnêteté et rectitude, « respect des autres et de leur dignité ».

Ce sont à ces deux voies diamétralement opposées que le Christ nous invite à réfléchir, et c’est un choix ferme qui nous est demandé : entre « honnêteté et malhonnêteté, entre altruisme et égoïsme, entre le Bien et le mal ». « On ne peut osciller entre l’une et l’autre », assure le Pape, car ces voies impliquent des « logiques différentes et contraires ». La conclusion du passage évangélique de ce dimanche est d’ailleurs catégorique : « nul ne peut servir deux maitres, ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre » (Luc 16, 13).

Jésus nous pose donc devant « un choix clair, entre Lui et l’esprit du monde », entre la « logique de la corruption et de l’avidité, et celle de la rectitude et du partage ». L’usage de la corruption s’apparente à celle des drogues, affirme le Pape. « On pense pouvoir en user, et s’arrêter quand on veut ». Or la corruption produit une certaine dépendance, « génère pauvreté, exploitation, souffrance ». « Combien de victimes de cette corruption dans le monde, aujourd’hui ! », a-t-il déploré.

En choisissant au contraire la voie de l’Évangile, celle de l’intégrité, nous devenons « artisans de paix et ouvrons des horizons d’espérance pour l’humanité ». « Dans la gratuité et le don de nous-mêmes, a-t-il conclu, nous servons le maître juste : Dieu ».

(Avec R. D.)

Mercredi 14 Septembre 2016

« Venez à moi », « prenez mon joug » et « mettez-vous à mon école » : ce sont ces trois invitations adressées par Jésus à ses disciples que le Pape François a développées lors de l’audience générale ce mercredi 14 septembre 2016 place Saint-Pierre. Dans sa catéchèse, le Pape a expliqué que « l’invitation du Seigneur est surprenante : il appelle à le suivre des personnes simples et marquées par une vie difficile ».

Si les fidèles en cette année jubilaire passent la porte de la miséricorde c’est « pour trouver Jésus, pour trouver l’amitié de Jésus, pour trouver le repos que seul Jésus donne ». Le Pape rappelle ainsi qu’en disant « venez à moi », Jésus s’adresse d’abord et avant tout à ceux qui sont fatigués et opprimés, aux pauvres et aux petits, à ceux « qui ne peuvent pas compter sur leurs propres moyens ni sur des amitiés importantes ». De même, les fidèles d’aujourd’hui qui entreprennent de passer la porte sainte, expriment par ce chemin « la conversion de chaque disciple qui se met à la suite de Jésus », et « la conversion consiste toujours à découvrir la miséricorde du Seigneur, infinie et inépuisable ».

« Prenez mon joug » reprend une image déjà utilisée dans la Bible. Jésus, cette fois, précise le Pape François, veut apprendre à ses disciplines qu’ils découvriront la volonté de Dieu via sa personne et non au travers de lois et de « prescriptions froides ». « Lui, il est au centre de leur relation avec Dieu, il est au cœur des relations entre les disciples et se pose comme le cœur de la vie de chacun ».

De là, vient le troisième enseignement : « mettez-vous à mon école ». Loin d’imposer avec sévérité un poids qu’il ne porte pas, il propose un chemin de connaissance et d’imitation. « Il comprend les pauvres et les souffrants parce que lui-même est pauvre et marqué par la douleur ». Cette capacité d’enseigner, Jésus l’a eu car il « s’est fait tout à tous, proche de tous, aux plus pauvres ! C’était un pasteur parmi les gens, parmi les pauvres : il travaillait avec eux toute la journée ». Le Pape fustige alors de nouveau certaines dérives de l’Église. « Jésus n’était pas un prince. Ce n’est pas bien pour l’Église quand les pasteurs deviennent des princes, loin des gens, loin des pauvres : ce n’est pas l’esprit de Jésus ».

Enfin, le Pape François a encouragé les fidèles présents à ne pas se laisser submerger par la fatigue et la désillusion. Souvent, cela vient d’avoir fait confiance dans des choses qui ne sont pas essentielles et qui nous éloignent de ce qui vaut réellement dans la vie. « Nous sommes appelés à apprendre » du Seigneur « ce que signifie vivre de miséricorde pour être des instruments de miséricorde ».

Messe en hommage au Père Jacques Hamel

Auparavant, ce mercredi matin, en la fête de la Croix Glorieuse, dans la chapelle de la Maison Sainte Marthe, le Saint-Père avait célébré la messe en mémoire du Père Jacques Hamel, assassiné le 26 Juillet 2016 alors qu’il célébrait la messe. Dans son homélie, il a rappelé avec force : "Tuer au nom de Dieu est satanique". Cette célébration s’est tenue en présence de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, et d’un groupe de 80 pèlerins du diocèse, dont deux sœurs et un neveu du père Jacques Hamel.

Découvrez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

" Dans la Croix de Jésus-Christ – aujourd’hui, l’Église célèbre la fête de la Croix de Jésus-Christ – nous comprenons pleinement le mystère du Christ, ce mystère d’annihilation, de proximité pour nous. « Lui, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Lettre de Saint Paul aux Philippiens, chapitre 2, versets 6 à 8)

Ceci est le mystère du Christ. Ceci est un mystère qui se fait martyr pour le salut des hommes. Jésus-Christ, le premier Martyr, le premier qui donne la vie pour nous. Et à partir de ce mystère du Christ commence toute l’histoire du martyre chrétien, des premiers siècles jusqu’à aujourd’hui.

Les premiers chrétiens ont fait la confession de Jésus-Christ, en le payant avec leur vie. Aux premiers chrétiens était proposée l’apostasie, c’est-à-dire : « Dites que notre dieu est le vrai, et non pas le vôtre. Faites un sacrifice à notre dieu, ou à nos dieux. » Et quand ils ne faisaient pas cela, quand ils refusaient l’apostasie, ils étaient tués. Cette histoire se répète jusqu’à aujourd’hui ; et aujourd’hui dans l’Église il y a plus de martyrs chrétiens qu’aux premiers temps. Aujourd’hui, il y a des chrétiens assassinés, torturés, emprisonnés, égorgés parce qu’ils ne renient pas Jésus-Christ. Dans cette histoire, nous arrivons à notre père Jacques : lui, il faut partie de cette chaîne des martyrs. Les chrétiens qui souffrent aujourd’hui, que ce soit en prison, que ce soit avec la mort ou les tortures, pour ne pas renier Jésus-Christ, font voir justement la cruauté de cette persécution. Et cette cruauté qui demande l’apostasie, disons le mot : elle est satanique. Et comme il serait bien que toutes les confessions religieuses disent : « Tuer au nom de Dieu est satanique ».

Le père Jacques Hamel a été égorgé sur la Croix, justement pendant qu’il célébrait le sacrifice de la Croix du Christ. Un homme bon, doux, de fraternité, qui cherchait toujours à faire la paix, a été assassiné comme s’il était un criminel. Ceci est le fil satanique de la persécution. Mais il y a une chose, en cet homme qui a accepté son martyre là, avec le martyre du Christ, à l’autel, il y a une chose qui me fait beaucoup réfléchir : au milieu du moment difficile qu’il vivait, au milieu aussi de cette tragédie que lui, il voyait venir, un homme doux, un homme bon, un homme qui faisait de la fraternité, n’a pas perdu la lucidité d’accuser et de dire clairement le nom de l’assassin, et il a dit clairement : « va-t’en, Satan ! » Il a donné la vie pour nous, il a donné la vie pour ne pas renier Jésus. Il a donné la vie dans le sacrifice même de Jésus sur l’autel, et de là, il a accusé l’auteur de la persécution : « va-t’en, Satan ! »

Et que cet exemple de courage, mais aussi le martyre de la propre vie, de se vider de soi-même pour aider les autres, de faire de la fraternité entre les hommes, nous aide nous tous à aller de l’avant sans peur. Que lui, du Ciel, - parce que nous devons le prier, c’est un martyr ! Et les martyrs sont bienheureux, nous devons le prier – nous donne la douceur, la fraternité, la paix, et aussi le courage de dire la vérité : tuer au nom de Dieu est satanique. "

(Avec R. V.)

Dimanche 4 septembre 2016

C’est l’un des points d’orgue de l’Année sainte de la Miséricorde : le Pape a inscrit Mère Teresa, fondatrice de la congrégation des Missionnaires de la Charité au calendrier des Saints devant 120 000 fidèles qui ont participé à cette messe de canonisation.

Dans son homélie, le Pape François a rappelé que « partout où il y a une main tendue qui demande une aide pour se remettre debout, doit se percevoir notre présence, ainsi que la présence de l’Église qui soutient et donne espérance ». François rappelle que les chrétiens sont appelés à traduire dans le concret ce qu’ils invoquent dans la prière et qu’ils professent dans la foi. « L’engagement que le Seigneur demande est l’engagement d’une vocation à la charité ». Un engagement « sérieux », mais joyeux qui demande « radicalité et courage ».

Le Saint-Père rend également hommage à la nouvelle sainte qu’il continue d’appeler Mère Teresa, « il serait un peu difficile de l’appeler sainte Thérèse », glisse-t-il dans un sourire. En se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, Mère Teresa a été tout au long de sa vie une « généreuse dispensatrice de la miséricorde divine ». Elle s’est dépensée dans la défense de la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée. Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes.

Mère Teresa, une sainte de la miséricorde. « La miséricorde a été pour elle le ‘‘sel’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘lumière’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance ».

Sa mission perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres, souligne le Pape. François a remis ce dimanche « cette figure emblématique de femme et de consacrée au monde du volontariat : qu’elle soit votre modèle de sainteté ! » s’est-il exclamé.

Mère Teresa, un « infatigable artisan de miséricorde » dont il espère qu’il nous aidera à comprendre toujours mieux que « notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion ». François a enfin demandé à chacun de porter le sourire de la sainte en leur cœur et de l’offrir à leur prochain pour « ouvrir des horizons de joie et d’espérance à tant de personnes découragées ».

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Pape François lors de la canonisation de Mère Teresa, à l’occasion du Jubilé des volontaires

« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13).

Cette interrogation du livre de la Sagesse, que nous avons écoutée dans la première lecture, nous présente notre vie comme un mystère, dont la clef d’interprétation n’est pas en notre possession. Les protagonistes de l’histoire sont toujours deux : Dieu d’une part et les hommes de l’autre. Nous avons la tâche de percevoir l’appel de Dieu et, ensuite, d’accueillir sa volonté. Mais pour l’accueillir sans hésitation, demandons-nous : quelle est la volonté de Dieu dans ma vie ?

Dans le même passage du livre de la Sagesse, nous trouvons la réponse : « C’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît » (v. 18). Pour authentifier l’appel de Dieu, nous devons nous demander et comprendre ce qui lui plaît. Bien souvent, les prophètes annoncent ce qui plaît au Seigneur. Leur message trouve une admirable synthèse dans l’expression : « C’est la miséricorde que je veux et non des sacrifices » (Os 6, 6 ; Mt 9, 13). Toute œuvre de miséricorde plaît à Dieu, parce que dans le frère que nous aidons nous reconnaissons le visage de Dieu que personne ne peut voir (cf. Jn 1, 18). Chaque fois que nous nous penchons sur les besoins de nos frères, nous donnons à manger et à boire à Jésus ; nous vêtons, nous soutenons et nous visitons le Fils de Dieu (cf. Mt 25, 40).

Nous sommes donc appelés à traduire dans le concret ce que nous invoquons dans la prière et professons dans la foi. Il n’y a pas d’alternative à la charité : ceux qui se mettent au service de leurs frères, même sans le savoir, sont ceux qui aiment Dieu (cf. 1Jn 3, 16-18 ; Jc 2, 14-18). La vie chrétienne, cependant, n’est pas une simple aide qui est fournie dans le temps du besoin. S’il en était ainsi, ce serait certes un beau sentiment de solidarité humaine qui suscite un bénéfice immédiat, mais qui serait stérile, parce que sans racines. L’engagement que le Seigneur demande, au contraire, est l’engagement d’une vocation à la charité par laquelle tout disciple du Christ met sa propre vie à son service, pour grandir chaque jour dans l’amour.

Nous avons écouté dans l’Évangile que « de grandes foules faisaient route avec Jésus » (Lc 14, 25). Aujourd’hui, ces « grandes foules » sont représentées par le vaste monde du volontariat, ici réuni à l’occasion du Jubilé de la Miséricorde. Vous êtes cette foule qui suit le Maître et qui rend visible son amour concret pour chaque personne. Je vous répète les paroles de l’apôtre Paul : « Ta charité m’a déjà apporté de joie et de réconfort, car grâce à toi…, les cœurs des fidèles ont trouvé du repos » (Phm 7). Que de cœurs les volontaires réconfortent ! Que de mains ils soutiennent ! Que de larmes ils essuient ! Que d’amour mis dans le service caché, humble et désintéressé ! Ce service louable manifeste la foi et exprime la miséricorde du Père qui se fait proche de ceux qui sont dans le besoin.

Suivre Jésus est un engagement sérieux et en même temps joyeux ; cela demande radicalité et courage pour reconnaître le divin Maître dans le plus pauvre et pour se mettre à son service. C’est pourquoi, les volontaires qui, par amour pour Jésus, servent les derniers et les démunis n’attendent aucune reconnaissance ni aucune gratification, mais renoncent à tout cela parce qu’ils ont découvert l’amour authentique. Comme le Seigneur est venu vers moi et s’est penché sur moi en temps de besoin, de la même manière moi aussi je vais vers lui et je me penche sur ceux qui ont perdu la foi ou vivent comme si Dieu n’existait pas, sur les jeunes sans valeurs et sans idéaux, sur les familles en crise, sur les malades et les détenus, sur les réfugiés et les migrants, sur les faibles et sur ceux qui sont sans défense corporellement et spirituellement, sur les mineurs abandonnés à eux-mêmes, ainsi que sur les personnes âgées laissées seules. Partout où il y a une main tendue qui demande une aide pour se remettre debout, doit se percevoir notre présence, ainsi que la présence de l’Église qui soutient et donne espérance.

Mère Teresa, tout au long de son existence, a été une généreuse dispensatrice de la miséricorde divine, en se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée. Elle s’est dépensée dans la défense de la vie, en proclamant sans relâche que « celui qui n’est pas encore né est le plus faible, le plus petit, le plus misérable ». Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes, en reconnaissant la dignité que Dieu leur a donnée ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes face aux crimes de la pauvreté qu’ils ont créée eux-mêmes. La miséricorde a été pour elle le ‘‘sel’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘lumière’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance.

Sa mission dans les périphéries des villes et dans les périphéries existentielles perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres. Aujourd’hui, je remets cette figure emblématique de femme et de consacrée au monde du volontariat : qu’elle soit votre modèle de sainteté ! Que cet infatigable artisan de miséricorde nous aide à comprendre toujours mieux que notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion. Mère Teresa aimait dire : « Je ne parle peut-être pas leur langue, mais je peux sourire ». Portons son sourire le dans le cœur et offrons-le à ceux que nous rencontrons sur notre chemin, surtout à ceux qui souffrent. Nous ouvrirons ainsi des horizons de joie et d’espérance à tant de personnes découragées, qui ont besoin aussi bien de compréhension que de tendresse. »

(Avec R. V.)

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    Michel DEGLISE
    Conseiller de l’Évêque à la Communication
    Secrétaire général de la Communication du diocèse,
    administrateur délégué du site internet diocésain, directeur de la rédaction.


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