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        Journée Mondiale des Pauvres célébrée par le Pape François à Rome

Journée Mondiale des Pauvres célébrée par le Pape François à Rome

Devant des milliers de fidèles, dont 4000 hommes et femmes défavorisés, le Saint-Père qui a instauré cette rencontre en novembre 2016, à la fin du Jubilé de la miséricorde, a appelé à partager le pain avec les pauvres et à rejeter l’omission de faire le bien envers eux, c’est-à-dire l’indifférence, alors que ce sont eux « nos passeports pour le paradis ».


Le message du Pape François lors de la messe célébrée pour la première journée mondiale des pauvres en la Basilique Saint-Pierre ce dimanche 19 novembre 2017 est clair : l’indignation sans action ne suffit pas, il s’agit de faire le bien pour les pauvres.

Dans l’Évangile du jour qui relate la parabole des talents, raconte d’abord le Pape François, deux serviteurs sont félicités par leur maître pour avoir réussi à faire fructifier leur argent, mais le troisième, par peur, a enterré son unique pièce et se fait traiter de « mauvais et paresseux ». « Qu’est-ce qui n’a pas plu au Seigneur ? » dans son comportement, interroge le Saint-Père. « En un mot, peut-être tombé un peu en désuétude mais très actuel », l’omission. C’est-à-dire que « son mal a été de ne pas faire le bien ». Se contenter de ne rien faire de mal ne suffit pas, insiste le Pape, il ne suffit pas de se limiter « à respecter les règles, à s’acquitter des commandements, comme des salariés ». Car, « Dieu n’est pas un contrôleur à la recherche de billets non compostés », poursuit François, « il est un Père à la recherche d’enfants à qui confier ses biens et ses projets », pour les faire fructifier, des enfants qui prennent des risques et omettent seulement une chose : ce qui est utile à lui. « Voilà l’unique omission juste » dit le Pape.

L’omission d’agir pour l’autre s’applique aussi au rapport aux pauvres et prend alors « un nom précis : indifférence ». L’indignation sans action ne suffit pas, il s’agit de faire le bien, lance le Saint-Père qu’on appelle le Pape des pauvres et des périphéries. Faire le bien pour « l’affamé et le malade, l’étranger et le prisonnier, le pauvre et l’abandonné, celui qui souffre sans aide et celui qui est dans le besoin et exclu », c’est « vaincre l’indifférence » et ouvrir « la porte de notre cœur » à Jésus qui se manifeste dans les pauvres. « Non des poings fermés et des bras croisés, mais des mains actives et tendues vers les pauvres », voilà la véritable force salvatrice. Car ce sont eux, les pauvres, « qui nous ouvrent le chemin du ciel, ils sont nos “passeports pour le paradis” » poursuit le Pape. Ainsi, François appelle chacun à prendre soin d’eux, véritable richesse, « non seulement en donnant du pain, mais aussi en rompant avec eux le pain de la Parole, dont ils sont les destinataires les plus naturels ». Il faut trouver le courage d’aimer, non en paroles mais avec des faits.

« Aimer le pauvre signifie lutter contre toutes les pauvretés, spirituelles et matérielles », car « ce que nous investissons dans l’amour demeure, le reste s’évanouit », conclut le Saint-Père qui invite à se demander : « qu’est-ce qui compte pour moi dans la vie : vivre pour avoir sur terre ou donner pour gagner le ciel », sachant que pour le ciel, ne vaut pas ce que l’on possède, mais ce que l’on donne. « Alors ne cherchons pas le superflu pour nous, mais le bien pour les autres, et rien de précieux ne nous manquera ».

Comme le Pape François l’a exprimé dans son homélie, il a invité les pauvres à sa table du déjeuner ce dimanche après la prière de l’Angelus. Environ 500 personnes pauvres, migrantes, sans emploi, sans domicile ont ainsi pu partager un repas en salle Paul VI du Vatican avec le Saint-Père. Le Pape a demandé la bénédiction du Seigneur pour ce « moment ensemble », ceux qui ont préparé le repas, ceux qui y ont participé, leurs cœurs, leurs familles, leurs désirs et leur vie.

(Avec R. V.)

Mercredi 15 Novembre 2017

Lors de l’audience générale de ce matin, mercredi 15 novembre 2017, sur la Place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi sa nouvelle série de catéchèses sur la messe. Pour cette 2e étape, le Saint-Père s’est arrêté sur la messe comme « prière », c’est-à-dire comme une occasion de dialogue et de relation personnelle avec Dieu.

« La messe est prière, et c’est même la prière par excellence, la plus haute, la plus sublime, et en même temps la plus "concrète". C’est en effet la rencontre d’amour avec Dieu, à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus. C’est une rencontre avec le Seigneur », a précisé le Pape François.

Comme c’est écrit dans le Livre de la Genèse, « l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, lequel est Père et Fils et Saint-Esprit ». Cette dimension trinitaire doit nous permettre de comprendre que « nous avons tous été créés pour entrer dans une relation parfaite d’amour ». Il faut pouvoir « expérimenter que la messe, l’eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus, et à travers Lui, avec Dieu et avec les frères ». Le Pape a invité chacun à arriver en avance et à se tenir en prière en silence pour se préparer à cette rencontre. « Ce n’est pas le moment de bavarder » car la messe n’est pas « un spectacle ».

Il faut savoir demander à Dieu de nous enseigner à prier, en étant humbles, en se reconnaissant comme ses enfants, en reposant en Lui, en lui faisant confiance… et en « se laissant surprendre ». Aller à la messe pour prier, ce n’est pas visiter un musée ni répéter des paroles routinières, « comme des perroquets ». Non, c’est « se confier et ouvrir le cœur pour se laisser émerveiller ».

Malgré toutes nos activités et préoccupations, il ne faut pas « perdre de vue ce qui est fondamental : notre vie du cœur, notre vie spirituelle, notre vie qui est la rencontre avec le Seigneur dans la prière » et dans l’eucharistie, qui est le moment durant lequel le Seigneur rencontre notre fragilité et nous invite à Sa table, malgré toutes nos faiblesses.

(Avec R. V.)

Dimanche 12 novembre 2017

Avant la prière de l’Angélus, Place Saint-Pierre, le Pape François a appelé les fidèles à se tenir toujours prêts à la rencontre avec le Seigneur en suivant l’exemple des Vierges sages de l’Evangile de ce jour.

Frapper à la porte du royaume des cieux n’est pas une mince affaire. L’évangile de ce dimanche retrace la parabole des 10 jeunes filles qui au milieu de la nuit devaient se rendre à la rencontre de leur époux. Elles le firent en prenant une lampe à huile, mais seule la moitié d’entre elles a pensé prendre une réserve d’huile. Et les autres, parties à la recherche d’un peu d’huile, ont raté le rendez-vous avec l’époux.

Pour le Saint-Père, elles n’étaient pas prêtes à la rencontre avec le Seigneur : « C’est là toute la signification de la sagesse et de la prudence ». « Il ne s’agit pas d’attendre le dernier moment de notre vie pour collaborer à la grâce de Dieu, mais il faut le faire maintenant ». Il n’y a pas que la foi qui compte, développe le Saint Père, pour préparer la rencontre avec le Seigneur, mais également une vie chrétienne riche en amour pour le prochain.

« Si nous nous laissons guider par ce qui nous semble le plus commode, par la recherche de nos intérêts, notre vie devient stérile ». Être vigilants, au contraire, en cherchant de répandre le bien autour de nous avec des gestes d’amour, de partage, en aidant notre prochain en difficulté, permet d’assumer une certaine tranquillité dans l’attente de la venue du Seigneur. Il pourra alors se présenter à tout moment, a dit le Pape François, « sans que nous ne soyons effrayés par le sommeil de la mort », parce que nos bonnes œuvres de chaque jours constituent la réserve d’huile, la réserve de charité qui alimente notre foi.

Au terme de l’Angélus, le Saint Père a évoqué la béatification, samedi à Madrid, de Vicente Querait Lloret et de ses 20 compagnons martyrs, ainsi que celle de José Maria Fernandez Sanchez et de ses 38 compagnons martyrs. Certains de ces bienheureux étaient membres de la Congrégation de la Mission tandis que les autres appartenaient à l’Association de la Médaille Miraculeuse. Tous ont été tués pour leur foi au cours des persécutions religieuses de la guerre civile espagnole entre 1936 et 1937.

(Avec R. V.)

Mercredi 8 novembre 2017

Lors de l’audience générale, le Pape François a débuté un nouveau cycle de catéchèse. Après plusieurs mois consacrés à l’espérance chrétienne, le Saint-Père entame une réflexion sur le « cœur » de l’Église, à savoir l’Eucharistie.

Dans ce nouveau cycle, il propose de « répondre à certaines questions importantes sur l’Eucharistie et la messe pour découvrir ou redécouvrir comment à travers ce mystère de la foi resplendit l’amour de Dieu ».

« Nous ne pouvons oublier le grand nombre de chrétiens qui, dans le monde entier, en deux mille ans d’Histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie ». C’est par ces mots que le Pape François a débuté sa catéchèse rappelant que des chrétiens meurent encore aujourd’hui pour leur fidélité à la messe dominicale. Faisant référence à la persécution de Dioclétien, le Saint-Père a encore précisé qu’en l’an 304, « des chrétiens d’Afrique du Nord furent surpris en train de célébrer la messe et arrêtés ». Ils déclarèrent alors que s’ils étaient empêchés de célébrer l’eucharistie, ils ne pouvaient vivre.

« Ces chrétiens furent tués parce qu’ils célébraient l’Eucharistie » a redit le Pape. Ils témoignent « que l’on peut renoncer à la vie terrestre pour l’Eucharistie, parce qu’elle nous donne la vie éternelle ». Leur témoignage doit nous interpeller, invitant chacun de nous à s’interroger sur « le sens profond de la Sainte Eucharistie ».

Le Concile Vatican II, observe le Saint-Père, « a été animé par le désir de conduire les chrétiens à comprendre la grandeur de la foi et la beauté de la rencontre avec le Christ ». Et le Pape de souligner la nécessité d’ « un renouveau approprié de la Liturgie et de la « formation liturgique des fidèles ».

Pour le Pape, « L’Eucharistie est un évènement merveilleux dans lequel Jésus Christ, notre vie, se fait présent (…) C’est une théophanie ». Il est donc important de redécouvrir ce qui est essentiel dans la célébration de ce sacrement, déclare le Saint-Père déplorant notre inattention parfois lorsque le prêtre célèbre. Et alors que nous sommes distraits, « le Seigneur est là ».

D’où cette exhortation à retourner aux fondamentaux : le Pape a proposé, à titre d’exemple, d’enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix. « C’est ainsi que débute la messe (…) et c’est ainsi que doit démarrer la journée ». Le Saint-Père, sortant de son texte, s’est dit par ailleurs attristé lorsqu’il « célèbre la messe dans la basilique ou sur la place Saint-Pierre, de voir tant de fidèles mais aussi des prêtres et des évêques, prendre des photos avec leur téléphone portable ». Pour lui, « La messe n’est pas un spectacle, elle signifie aller rencontrer la passion et la résurrection du Seigneur ». Dans sa conclusion, il a voulu rappeler l’essentiel : « Les sacrements, et en particulier la célébration eucharistique, sont les signes de l’amour de Dieu, la voie privilégiée pour Le rencontrer ».

(Avec R. V.)

Dimanche 5 Novembre 2017

Avant la prière de l’Angélus, Place St Pierre, ce dimanche, devant les fidèles réunis nombreux sous les fenêtres du Palais apostolique, sous un ciel nuageux et menaçant, le Souverain Pontife est revenu sur l’évangile du jour, en St Matthieu (23, 1-12), dans lequel Jésus dénonce avec sévérité la duplicité et l’hypocrisie des scribes et des pharisiens, qui courent après les honneurs.

Les disciples de Jésus ne doivent pas chercher les honneurs, ne pas se sentir supérieurs aux autres ; entre eux doit régner une attitude simple et fraternelle.
Jésus met en garde la foule et ses disciples, à propos des pharisiens : « n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas ». C’est là un défaut fréquent chez ceux qui ont une autorité, observe le Pape : « celui d’exiger des autres des choses, qu’eux-mêmes, pourtant, ne mettent pas en pratique ». Alors que l’autorité doit faire valoir la force de l’exemple, afin d’aider les autres à faire ce qui est juste. « L’autorité est une aide, assure le Pape, mais si elle s’exerce mal, elle devient oppressive, (…) crée un climat de défiance, d’hostilité et porte à la corruption ».

Jésus réprouve le comportement des pharisiens, eux qui cherchent la reconnaissance, les meilleures places, les récompenses, et aiment à se faire appeler « maître ». Autant de tentations qui correspondent à « l’orgueil humain, pas toujours faciles à vaincre », typiques de celui « qui vit pour l’apparence », reconnait le Pape, qui s’est ensuite attardé sur les consignes que Jésus donne à ses disciples, et donc aux croyants.

« Personnellement, je suis triste de voir des personnes qui vivent en courant derrière la vanité des honneurs », a asséné le Pape. « Nous les disciples de Jésus, nous ne devons pas faire ainsi, puisqu’entre nous doit régner une attitude simple et fraternelle ». « Nous sommes tous frères, et nous ne devons en aucun cas écraser les autres, les regarder de haut » a encore affirmé le Saint-Père, qui exhorte à mettre « les qualités que nous avons reçues du Père céleste », au service de nos frères.

« Nous ne devons pas nous considérer supérieurs aux autres », a encore martelé le Pape, invitant plutôt à pratiquer le modestie, une vertu « essentielle » pour qui veut vivre conformément à l’enseignement de Jésus, « doux et humble de cœur. venu pour non être servi, mais pour servir ».

Au terme de l’Angélus, le Pape a rappelé la béatification, advenue samedi 4 novembre à Indore, de Regina Maria Vattalil, religieuse indienne assassinée en 1995, en raison de sa foi. « Que son sacrifice soit semence de foi et de paix, spécialement en terre indienne ».

(Avec R. V.)

Mercredi 1er novembre 2017

En cette solennité de la Toussaint, le Saint-Père a rappelé que les saints « ne sont pas des modèles parfaits mais des personnes traversées par Dieu ». Les béatitudes ne sont pas pour des surhommes mais pour ceux qui vivent les épreuves de tous les jours.

« La solennité de la Toussaint est “notre” fête : pas parce que nous sommes bons, mais parce que la sainteté de Dieu a touché notre vie », a d’abord expliqué le Pape. Il prend alors l’image des vitraux d’une Église. Comme eux, les saints accueillent la lumière, celle de Dieu, dans leur cœur, et la transmettent au monde, « chacun dans sa propre tonalité ». « Ils sont tous transparents : ils ont lutté pour enlever les taches et les obscurités du péché, afin de faire passer la bonne lumière de Dieu. »

Pas besoin d’être un surhomme ou d’agir avec éclat ; non : les saints respirent comme nous « l’air pollué par le mal » mais il « ne perdent jamais de vue le chemin tracé par Jésus, celui indiqué par les béatitudes » dans l’Évangile du jour. « Les Béatitudes sont la carte de la vie chrétienne » car l’Évangile est une « route du bonheur », d’où son nom qui signifie « Bonne nouvelle ». « Le bonheur n’est pas d’avoir quelque chose ou de devenir quelqu’un, non, le vrai bonheur est d’être avec le Seigneur et de vivre pour aimer. »

Ainsi, en cette fête de la Toussaint, on ne célèbre « pas seulement les saints du calendrier », mais tant de frères et sœurs « de la porte d’à côté, que nous avons peut-être rencontrés et connus ». « Aujourd’hui est une fête de famille, de tant de personnes simples et cachées qui aident Dieu à faire aller le monde de l’avant. Et il y en a tant », rappelle le Saint-Père. Sortant de son texte, il fait alors applaudir ces saints de notre temps par la foule réunie place Saint-Pierre.

Les saints d’hier et d’aujourd’hui sont « pauvres en esprit », nous dit la première Béatitude. Ils ne vivent pas « pour le succès, le pouvoir et l’argent » mais croient que le Seigneur « est le trésor de la vie, que l’amour envers le prochain est la véritable source de richesses ». Ce n’est pas dans la reconnaissance que l’on trouve le bonheur mais dans le Seigneur : « c’est seulement avec Lui, seulement en aimant qu’on vie comme des bienheureux ».

À la veille de la fête des morts, le Pape a également demandé aux fidèles de prier demain pour leurs défunts, rappelant une béatitude présente dans le livre de l’Apocalypse : « Heureux, les morts qui meurent dans le Seigneur ». Lui-même se rendra au cimetière américain de Nettuno, au sud de Rome, demain, puis au sanctuaire des Fosses ardéatines pour une prière pour les victimes du massacre du 24 mars 1944.

« Les guerres ne produisent rien d’autres que des cimetières et la mort : voilà pourquoi j’ai voulu donner ce signe au moment où notre humanité ne semble pas avoir tiré les leçons » de l’histoire, a indiqué le Pape après l’Angélus.

Il s’est également dit attristé par les attaques terroristes survenues ces derniers jours en Somalie, en Afghanistan et à New-York ; priant pour les défunts, les blessés et leurs familles. « Demandons au Seigneur qu’il convertisse les cœurs des terroristes et libère le monde de la haine et de la folie meurtrière qui abuse du nom de Dieu pour disséminer la mort ».

(Avec R. V.)

Mardi 31 Octobre 2017

Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, publiée le 31 octobre 2017, pour la conclusion de l’année de commémoration conjointe de la Réforme : « Nous reconnaissons que, si le passé ne peut être changé, son influence sur nous aujourd’hui peut être transformée pour devenir l’impulsion d’une communion croissante et un signe d’espérance pour le monde qui doit surmonter la division et la fragmentation. »

" En ce 31 octobre 2017, dernier jour de l’année de commémoration œcuménique commune de la Réforme, nous rendons grâces pour les dons spirituels et théologiques reçus à travers la Réforme, une commémoration que nous avons vécue ensemble et avec nos partenaires œcuméniques dans le monde entier. De même, nous avons demandé pardon pour nos échecs et pour la manière dont les chrétiens ont blessé le Corps du Seigneur et se sont offensés mutuellement pendant les cinq cents ans qui se sont écoulés entre le début de la Réforme jusqu’à aujourd’hui.

Nous, luthériens et catholiques, sommes profondément reconnaissants du chemin œcuménique que nous avons parcouru ensemble durant les cinquante dernières années. Ce pèlerinage, soutenu par notre prière, notre culte et notre dialogue œcuménique communs, a abouti à la disparition des préjugés, à l’amélioration de la compréhension réciproque et à l’identification d’accords théologiques décisifs. Devant tant de bénédictions qui jalonnent notre parcours, nous élevons nos cœurs afin de louer le Dieu trinitaire pour la miséricorde que nous recevons.

En ce jour, nous revenons sur une année d’événements œcuméniques remarquables, commencée le 31 octobre 2016 par une prière luthéro-catholique commune à Lund, en Suède, en présence de nos partenaires œcuméniques. Lorsqu’ils présidaient ce service, le pape François et l’évêque Munib A.Younan, alors président de la Fédération luthérienne mondiale, ont signé une déclaration commune d’engagement à poursuivre le chemin œcuménique commun vers l’unité pour laquelle le Christ a prié (cf. Jean17,21). Le même jour, notre service commun pour les personnes ayant besoin de notre aide et de notre solidarité s’est vu renforcé par une déclaration d’intention de Caritas Internationalis et du épartement d’entraide mondiale de la Fédération luthérienne mondiale.

Ainsi que l’ont déclaré ensemble le pape François et le président Younan : « Beaucoup de membres de nos communautés aspirent à recevoir l’Eucharistie à une même table, comme expression concrète de la pleine unité. Nous faisons l’expérience de la souffrance de celles et ceux qui partagent leur vie tout entière, mais ne peuvent pas partager la présence rédemptrice de Dieu à la table eucharistique. Nous reconnaissons notre responsabilité pastorale commune pour répondre à la soif et à la faim spirituelles de nos fidèles d’être un dans le Christ. Nous désirons ardemment que cette blessure dans le Corps du Christ soit guérie. C’est l’objectif de nos efforts œcuméniques, que nous voulons faire progresser, y compris en renouvelant notre engagement pour le dialogue théologique. »

Parmi les bénédictions de cette année de commémoration figure le fait que pour la première fois luthériens et les catholiques ont considéré la Réforme dans une perspective œcuménique. Cela a permis de poser un regard neuf sur les événements du seizième siècle qui ont conduit à notre séparation. Nous reconnaissons que, si le passé ne peut être changé, son influence sur nous aujourd’hui peut être transformée pour devenir l’impulsion d’une communion croissante et un signe d’espérance pour le monde qui doit surmonter la division et la fragmentation. Une fois encore, il apparaît clairement que ce que nous avons en commun est bien plus grand que ce qui nous divise encore.

Nous nous réjouissons que la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, solennellement signée par la Fédération luthérienne mondiale et l’Église catholique romaine en 1999, ait également été signée par le Conseil méthodiste mondial en 2006 et, pendant cette année de commémoration de la Réforme, par la Communion mondiale d’Églises réformées. La Déclaration est accueillie et reçue aujourd’hui même par la Communion anglicane au cours d’une cérémonie solennelle à l’abbaye de Westminster. Sur ce fondement, nos communions chrétiennes peuvent nouer des liens toujours plus étroits de consensus spirituel et de témoignage commun au service de l’Évangile.

Nous nous félicitons des nombreux services communs de prière et de culte que les luthériens et les catholiques ont organisés de concert avec leurs partenaires œcuméniques dans différents pays du monde, ainsi que des rencontres théologiques et des publications marquantes qui ont donné corps à cette année de commémoration.

Nous nous engageons à continuer à cheminer ensemble, guidés par l’Esprit de Dieu, vers la plus grande unité selon la volonté de notre Seigneur Jésus Christ. Avec l’aide de Dieu, nous désirons discerner par la prière notre compréhension de l’Église, de l’Eucharistie et du Ministère, en quête d’un consensus substantiel pour aplanir les différences subsistantes entre nous. Avec une joie et une gratitude profondes, nous sommes convaincus que « Celui qui a commencé en [nous] une œuvre excellente en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour de Jésus Christ » (cf. Ph1,6). "

Dimanche 29 octobre 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, le Pape François a insisté sur la réponse de Jésus aux Pharisiens : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement ».

Les Pharisiens voulaient mettre Jésus à l’épreuve en lui posant une question : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? ». Demande insidieuse car dans la loi de Moise il existe plus de 600 préceptes. Mais Jésus n’hésite pas une seconde pour apporter sa réponse et y ajouter que le second lui est semblable au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Le Pape a précisé que la réponse de Jésus n’est pas attendue car dans les multiples préceptes de la loi hébraïque, les plus importants étaient certainement les 10 commandements. Or ce que le Christ veut faire comprendre aux Pharisiens en apportant une réponse loin d’être escomptée, c’est que sans l’amour de Dieu et du prochain il ne peut y avoir de véritable fidélité à l’alliance avec le Seigneur. Pour corroborer ses propos, le Saint Père fait référence au livre de l’Exode et au « code de l’alliance » où il est dit qu’on ne peut pas être fidèle à l’alliance et maltraiter ceux que le Seigneur protège, la veuve, l’orphelin et l’étranger, autrement dit des personnes sans défense.

La réponse de Jésus aux Pharisiens veut aussi les aider à remettre de l’ordre dans leur religiosité, à rétablir ce qui compte véritablement et ce qui est de moindre importance. Jésus ajoute : « De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes ». De fait c’est ainsi que le Christ a vécu : en prêchant et faisant ce qui compte le plus et qui est essentiel : L’amour qui donne élan et fécondité à la vie et au cheminement de foi. Sans amour, la vie et la foi sont stériles.

Jésus propose un idéal merveilleux, qui correspond au désir le plus authentique des cœurs, car nous avons été créés pour aimer et pour être aimés. Pour être aimés de Dieu, pour l’aimer et avec lui aimer toutes les autres personnes. « C’est le rêve de Dieu pour l’homme », a rappelé le Pape François. Et pour le réaliser, nous avons besoin de sa grâce et de recevoir en nous la capacité d’aimer qui nous provient de Dieu lui-même. « Jésus s’offre à nous dans l’eucharistie exactement pour cela », poursuit le Saint Père. L’Eucharistique par laquelle nous recevons son Corps et son Sang, par laquelle de fait nous recevons Jésus dans la plus grande expression de son amour, lorsqu’il s’est offert au Père pour notre Salut.

Même si nous connaissons ce « grand commandement » de l’amour du Christ depuis notre enfance, a conclu le Pape, nous devons le mettre en pratique dans les différentes situations que nous traversons.

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a salué la communauté togolaise présente en Italie et les vénézuéliens venus place Saint Pierre avec une représentation de Notre Dame de Chinquinquirà, et a confié « les espoirs et les aspirations légitimes de ces deux pays » à la Vierge Marie.

(Avec R. V.)

Mercredi 25 Octobre 2017

Lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a prononcé ce mercredi la dernière catéchèse de son cycle sur l’espérance chrétienne, qu’il avait entamé au début de l’année liturgique. Le Saint-Père est revenu à cette occasion sur le terme « paradis », l’une des dernières paroles de Jésus sur la croix, adressée au bon larron.

Rappelant l’épisode de Jésus sur la Croix, François a rappelé qu’il n’était pas seul mais entourée de deux malfaiteurs. L’un d’entre eux en particulier a reconnu sa faute et qu’il méritait son supplice. Celui-là fait des reproches au premier qui demande au Fils de Dieu de le sauver, en ayant ces paroles : « après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » (LC, 23, 41)

Au Calvaire, Jésus atteint le sommet de sa solidarité avec nous pécheurs, a expliqué le Pape, c’est là qu’il a son ultime rendez-vous avec un pécheur pour lui ouvrir, à lui aussi, les portes de son Royaume. François a relevé aussi que cet épisode de la mort du Christ en Croix est le seul dans les Evangiles où apparait le terme « Paradis ». C’est à un « pauvre diable » que Jésus promet le paradis, à quelqu’un qui n’avait rien, mais qui se confie à lui. Les paroles humbles de repentance du bon larron sont suffisantes pour touche le cœur de Jésus.

Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu : que nous sommes ses fils, qu’il éprouve pour nous de la compassion, qu’il est désarmé chaque fois que nous manifestons la nostalgie de son amour. Dans les chambres de tant d’hôpitaux ou les cellules de tant de prison a poursuivi le Saint-Père, ce miracle s’est répété d’innombrables fois : il n’existe personne à qui ne reste que le désespoir, qui est privé de la grâce.

Devant Dieu, nous nous présentons tous les mains vides, un peu comme le publicain de la parabole qui restait prier au fond du temple. Chaque fois qu’un homme découvre que ses manques dépassent de beaucoup ses œuvres bonnes, il ne doit pas se décourager, mais se confier à la miséricorde de Dieu, a expliqué le Saint-Père, ceci nous donne de l’espérance, nous ouvre le cœur !

Dieu est Père et attend notre retour, au fils prodigue qui reconnait ses fautes, le père lui ferme la bouche et le prend dans ses bras. C’est comme cela que Dieu nous aime. Le paradis n’est pas un conte de fées, a poursuivi le Pape, encore moins un jardin enchanté, mais il est le lieu de la tendresse de Dieu. Jésus nous y introduit avec le bien que nous avons fait dans notre vie et avec tout ce qui en nous a encore besoin d’être racheté. Le but de notre existence c’est que tout s’accomplisse et soit transformé en amour.

Si nous croyons cela, a conclu le Saint-Père, la mort ne nous fera plus peur et nous pourrons partir de ce monde sereinement et avec confiance. Celui qui a connu Jésus ne craint plus rien. Nous pourrons alors répéter les paroles du vieillard Siméon : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole » (LC, 2, 29).

(Avec R. V.)

Message du Pape François pour la 91ème Journée Mondiale des Missions

Depuis 1926, toutes les paroisses catholiques du monde sont invitées à célébrer le Dimanche missionnaire mondial et à participer à la quête mondiale des Œuvres Pontificales Missionnaires. En 2017, cette journée mondiale des missions est célébrée le dimanche 22 octobre. Nous vous invitons à découvrir le message que le Pape François a adressé à tous les catholiques :

" Chers frères et sœurs,

Cette année également, la Journée missionnaire mondiale nous rassemble autour de la personne de Jésus, « le premier et le plus grand évangélisateur » (Bienheureux Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, n. 7), qui, continuellement, nous envoie annoncer l’Evangile de l’amour de Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint.

Cette Journée nous invite à réfléchir à nouveau sur la mission au cœur de la foi chrétienne. En effet, l’Eglise est missionnaire par nature. Si ce n’était pas le cas, elle ne serait plus l’Eglise du Christ mais une association parmi tant d’autres qui, bien vite, finirait par épuiser son but et disparaître. C’est pourquoi nous sommes invités à nous poser un certain nombre de questions qui touchent notre identité chrétienne même et nos responsabilités de croyants dans un monde confus par tant d’illusions, blessé par de grandes frustrations et lacéré par de nombreuses guerres fratricides qui frappent injustement les innocents en particulier. Quel est le fondement de la mission ? Quel est le cœur de la mission ? Quelles sont les attitudes vitales de la mission ?

La mission et le pouvoir transformant de l’Evangile du Christ, Chemin, Vérité et Vie

1. La mission de l’Eglise, destinée à tous les hommes de bonne volonté, est fondée sur le pouvoir transformant de l’Evangile. L’Evangile est une Bonne Nouvelle qui porte en soi une joie contagieuse parce qu’il contient et offre une vie nouvelle : celle du Christ ressuscité qui, en communiquant son Esprit vivifiant, devient Chemin, Vérité et Vie pour nous (cf. Jn 14, 6). Il est le Chemin qui nous invite à Le suivre avec confiance et courage. En suivant Jésus comme notre Chemin, nous faisons l’expérience de la Vérité et nous recevons sa Vie, qui est pleine communion avec Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint, nous rend libre de toute forme d’égoïsme et se trouve être source de créativité dans l’amour.

2. Dieu le Père veut une telle formation existentielle de ses fils et de ses filles ; transformation qui s’exprime en tant que culte en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23-24), par une vie animée par l’Esprit Saint à l’imitation du Fils, Jésus, à la gloire de Dieu le Père. « La gloire de Dieu est l’homme vivant » (Saint Irénée de Lyon, Adversus haereses IV, 20, 7). De cette manière, l’annonce de l’Evangile devient parole vivante et efficace qui met en œuvre ce qu’elle proclame (cf. Is 55, 10-11) c’est-à-dire Jésus Christ, qui se fait continuellement chair dans toute situation humaine (cf. Jn 1, 14).

La mission et le kairos du Christ

3. La mission de l’Eglise n’est donc pas la diffusion d’une idéologie religieuse et pas même la proposition d’une éthique sublime. De nombreux mouvements de par le monde savent produire des idéaux élevés ou des expressions éthiques remarquables. Par le biais de la mission de l’Eglise, c’est Jésus Christ qui continue à évangéliser et à agir, et par suite elle représente le kairos, le temps propice au salut dans l’histoire. Par l’intermédiaire de la proclamation de l’Evangile, Jésus devient toujours à nouveau notre contemporain, afin que ceux qui l’accueillent avec foi et amour fassent l’expérience de la force transformatrice de son Esprit de Ressuscité qui féconde l’être humain et la Création comme le fait la pluie avec la terre. « Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 276).

4. Rappelons-nous toujours que « à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Benoît XVI, Encyclique Deus caritas est, n. 1). L’Evangile est une Personne, qui s’offre continuellement et continuellement invite ceux qui l’accueillent avec une foi humble et laborieuse à partager sa vie au travers d’une participation effective à son mystère pascal de mort et résurrection. L’Evangile devient ainsi, par le Baptême, source de vie nouvelle, libérée de la domination du péché, illuminée et transformée par l’Esprit Saint ; par le biais de la Confirmation, il devient onction fortifiante qui, grâce à ce même Esprit, indique des chemins et des stratégies nouvelles de témoignage et de proximité ; et par l’intermédiaire de l’Eucharistie, il devient nourriture de l’homme nouveau, « remède d’immortalité » (Ignace d’Antioche, Epistula ad Ephesios, 20, 2).

5. Le monde a essentiellement besoin de l’Evangile de Jésus Christ. Au travers de l’Eglise, il continue sa mission de Bon Samaritain, en soignant les blessures sanglantes de l’humanité, et de Bon Pasteur, en cherchant sans relâche celui qui s’est égaré sur des chemins tortueux et sans but. Et, grâce à Dieu, les expériences significatives témoignant de la force transformante de l’Evangile ne manquent pas non plus. Je pense au geste de cet étudiant Dinka qui, au prix de sa propre vie, protège un étudiant de la tribu Nuer destiné à être tué. Je pense à cette Célébration eucharistique, à Kitgum, dans le nord de l’Ouganda, alors ensanglanté par la férocité d’un groupe de rebelles, lorsqu’un missionnaire a fait répéter aux personnes les paroles de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », en tant qu’expression du cri désespéré des frères et des sœurs du Seigneur crucifié. Cette célébration fut pour le peuple source de grande consolation et de beaucoup de courage. Et nous pouvons également penser aux nombreux, aux innombrables témoignages de la manière dont l’Evangile aide à surmonter les fermetures, les conflits, le racisme, le tribalisme en promouvant partout et entre tous la réconciliation, la fraternité et le partage.

La mission inspire une spiritualité d’exode continuel, de pèlerinage et d’exil

7. La mission de l’Eglise est animée par une spiritualité d’exode continuel. Il s’agit de « sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 20). La mission de l’Eglise stimule une attitude de pèlerinage continuel à travers les différents déserts de la vie, à travers les diverses expériences de faim et de soif de vérité et de justice. La mission de l’Eglise inspire une expérience d’exil continuel, pour faire percevoir à l’homme assoiffé d’infini sa condition d’exilé en chemin vers la patrie définitive, tendu entre le « déjà » et le « pas encore » du Royaume des Cieux.

8. La mission dit à l’Eglise qu’elle n’est pas une fin en soi mais un humble instrument et une médiation du Royaume. Une Eglise autoréférentielle, qui se complait de ses succès terrestres, n’est pas l’Eglise du Christ, son corps crucifié et glorieux. Voila pourquoi nous devons préférer « une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités » (ibid., n. 49).

Les jeunes, espérance de la mission

9. Les jeunes représentent l’espérance de la mission. La personne de Jésus et la Bonne Nouvelle qu’il proclame continuent à fasciner de nombreux jeunes. Ils cherchent des parcours au travers desquels mettre en œuvre le courage et les élans du cœur au service de l’humanité. « Nombreux sont les jeunes qui offrent leur aide solidaire face aux maux du monde et entreprennent différentes formes de militance et de volontariat [...].Qu’il est beau que des jeunes soient “pèlerins de la foi”, heureux de porter Jésus dans chaque rue, sur chaque place, dans chaque coin de la terre ! » (ibid., n. 106). La prochaine Assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques, qui se tiendra en 2018 sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations », se présente comme une occasion providentielle pour impliquer les jeunes dans la responsabilité missionnaire commune qui a besoin de leur riche imagination et de leur créativité.

Le service des Œuvres pontificales missionnaires

10. Les Œuvres pontificales missionnaires constituent un instrument précieux pour susciter en chaque communauté chrétienne le désir de sortir de ses propres frontières et de ses propres sécurités et de prendre le large pour annoncer l’Evangile à tous. Au travers d’une profonde spiritualité missionnaire à vivre au quotidien, d’un engagement constant de formation et d’animation missionnaire, des adolescents, des jeunes, des adultes, des familles, des prêtres, des religieux et des religieuses, des Evêques sont impliqués afin que grandisse en chacun un cœur missionnaire. La Journée missionnaire mondiale, promue par l’Œuvre de la Propagation de la Foi, constitue l’occasion propice pour que le cœur missionnaire des communautés chrétiennes participe par la prière, le témoignage de la vie et la communion des biens afin de répondre aux graves et vastes besoins de l’Evangélisation.

Etre missionnaires avec Marie, Mère de l’évangélisation

11. Chers frères et sœurs, soyons missionnaires en nous inspirant de Marie, Mère de l’Evangélisation. Mue par l’Esprit, elle accueillit le Verbe de la vie dans la profondeur de son humble foi. Que la Vierge nous aide à dire notre « oui » dans l’urgence de faire résonner la Bonne Nouvelle de Jésus à notre époque ; qu’elle nous obtienne une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Evangile de la vie qui remporte la victoire sur la mort ; qu’elle intercède pour nous afin que nous puissions acquérir la sainte audace de rechercher de nouvelles routes pour que parvienne à tous le don du salut. "

Pape François

Mercredi 18 octobre 2017

Lors de l’audience générale, Place Saint-Pierre, le Pape François s’est arrêté sur l’espérance chrétienne face à la mort, « une réalité que notre civilisation moderne tend à annuler », a-t-il regretté à quelques jours de la Toussaint et de la commémoration des défunts. Cet oubli de la mort est pour le Pape une grave erreur spirituelle et anthropologique, car seule la prise en compte de cette réalité permet de donner à la vie un sens.

« Nous pourrions dire que l’homme est né avec le culte des morts ». Le Pape François a rappelé que toutes les civilisations se sont construites dans le rapport aux défunts, en ayant « le courage de regarder la mort en face ». La conscience de la mort permettait d’aborder la vie avec une certaine sagesse, comme nous l’enseignent les psaumes. « La mort met notre vie à nu. Elle nous fait découvrir que nos actes d’orgueil, de colère et de haine étaient de la vanité, de la pure vanité », a précisé le Pape, en montrant aussi que c’est quand notre vie s’achève que se révèle ce que nous avons semé de bon.

La tristesse face à la mort d’un proche est naturelle et universelle. Jésus lui-même, profondément bouleversé, a pleuré devant la tombe de son ami Lazare. Mais en le ressuscitant, comme lorsqu’il ressuscite la fille de Jaïre, Jésus montre que la foi est plus forte que la mort.

Jésus encore aujourd’hui nous interpelle sur notre foi en la résurrection, jusqu’à notre dernier souffle « où se joue toute notre existence, entre le versant de la foi et le précipice de la peur ». Même si nous sommes tous « petits et sans défense devant le mystère de la mort », le Pape François a invité chacun à fermer les yeux et à penser à ce moment de notre mort, « quand Jésus nous prendra par la main, avec sa tendresse, sa douceur, son amour, et nous invitera à nous relever ». « Pour celui qui croit, c’est une porte qui s’ouvre complètement. Pour celui qui doute, c’est un interstice de lumière qui filtre d’une porte qui ne s’est pas complètement fermée. Mais pour nous tous ce sera une grâce quand cette lumière de la rencontre avec Jésus nous illuminera. »

Au terme de cette audience, le Saint-Père a exprimé son émotion après l’attentat au camion piégé qui a fait près de 300 morts samedi à Mogadiscio, en Somalie. Disant « vouloir exprimer sa douleur » suite à cette « tragédie », le Pape a déclaré que « cet acte terroriste mérite la plus ferme condamnation, aussi parce qu’il s’acharne sur une population déjà très éprouvée ». Il « prie pour les défunts et les blessés, pour leurs proches et pour tout le peuple de la Somalie » et il « implore la conversion des violents » et « encourage ceux qui, avec d’énormes difficultés, travaillent pour la paix dans cette terre martyrisée ».

(Avec R. V.)

Dimanche 15 octobre 2017

Le Pape François a présidé ce dimanche la messe et la canonisation de bienheureux parmi lesquels les martyrs brésiliens André de Soveral, Ambroise François Ferro et leurs 27 compagnons, dont un français, Jean Lostau Navarro ; 3 martyrs mexicains Christophe, Faustin et Jean tués alors qu’ils étaient encore adolescents entre 1527 et 1529 ; l’espagnol Faustino Miguez, prêtre et fondateur en 1885 de la Congrégation des Sœurs Calasanciennes qui se consacrent à l’éducations des jeunes filles, et un italien, Angelo da Acri, décédé en 1739 après avoir prêché dans l’Italie méridionale.

Revenant sur l’Évangile de ce dimanche, qui parle du Royaume de Dieu comme de la célébration de noces, François commence son homélie en soulignant que le Seigneur désire « célébrer les noces » avec chacun d’entre nous. Des noces qui inaugurent la communion de toute la vie, et qui font de nous des serviteurs fidèles. Par cette noce, poursuit François le Seigneur nous désire, et nous invite à une relation faite de dialogue, de confiance et de pardon. C’est la définition de la vie chrétienne, faite d’amour gratuit, et qui peut conduire jusqu’au don total de soi, jusqu’à donner la vie pour le Seigneur.

Les saints canonisés ce dimanche indiquent cette voie. Ils n’ont pas dit « oui » au Seigneur pour un certain temps, « mais par leur vie et jusqu’au bout » dit François. La vie chrétienne n’est pas une routine qui se contente de normalité sans enthousiasme et sans élan, et surtout avec la mémoire courte. Nous devons nous rappeler constamment du premier amour, du premier « oui » dit au Seigneur lorsque par le baptême, il nous a invités à la noce.

L’invitation peut aussi être refusée, et c’est précisément ce que rappelle l’évangile de Saint Mathieu. Lorsque le Roi invite les serviteurs à la noce de son fils, de nombreux invités ont répondu « non » et son allés qui au camp, qui à son commerce, détournés par leurs intérêts, plutôt que d’accepter de se mettre en jeu. En se comportant ainsi, lorsqu’on préfère s’asseoir sur des sécurités, sur des commodités, on s’assoit sur les fauteuils des gains, des plaisirs, de quelque hobby qui rend joyeux, on finit par vieillir vite et mal, dit le Saint Père, « on devient rigide et méchant ».

L’Evangile nous demande de quel côté se positionner. Du côté de son propre égoïsme ou du côté de Dieu. Dieu qui continue de préparer le bien même pour celui qui fait le mal, parce que l’amour est toujours plus fort que le mal. Lorsque nous lui répondons « non », Dieu ne se résigne pas. Il continue de nous inviter à la fête, il répond avec un amour toujours plus grand et ne perd jamais l’espérance, et aujourd’hui encore, il nous appelle à « dépasser la résignation et les caprices de notre moi susceptible et paresseux ».

Enfin, l’Évangile souligne que le vêtement des invités à la noce du fils du Roi est indispensable. Accepter l’invitation de Dieu n’est pas suffisant. Encore faut-il se revêtir chaque jour de l’amour de Dieu. Cet habit est aussi le vêtement blanc que nous avons reçu dans le baptême, l’habit nuptial de Dieu que nous devons endosser chaque jour et maintenir propre en allant recevoir sans peur le pardon du Seigneur.

Au terme de la messe, le Pape a annoncé la tenue d’un synode pour la région de l’Amazonie : « J’ai accueilli le désir de plusieurs conférences épiscopales de l’Amérique latine, ainsi que la parole de nombreux pasteurs et fidèles d’autres régions du monde, et j’ai décidé de convoquer une Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour la région de l’Amazonie ». Cette rencontre aura pour objectif de trouver des nouvelles voies pour l’évangélisation des populations locales, particulièrement les populations indigènes, « souvent oubliées et sans la perspective d’un avenir serein ». Avenir assombri aussi par la déforestation du poumon amazonien, d’une importance capitale pour la planète.

(Avec R. V.)

Mercredi 11 Octobre 2017

Lors de l’audience générale de ce matin, sur la Place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi son parcours catéchétique sur l’espérance. Pour la 36ème étape, le Pape s’est arrêté ce matin sur la notion « d’attente vigilante ».

« Le thème de la vigilance est un des fils conducteurs du Nouveau Testament », a d’abord rappelé le Pape François. À plusieurs reprises dans les Évangiles, Jésus avertit ses disciples et les invite à se tenir prêts pour le retour du Maître. Avec cet appel pour une « responsabilité » assumée avec amour, Jésus nous interpelle dans notre quotidien : « Chaque matin est une page blanche que le chrétien commence à écrire avec des œuvres de bien », « Nous sommes déjà sauvés par la Rédemption de Jésus, mais maintenant nous attendons la pleine manifestation de sa seigneurie : quand finalement Dieu sera tout en tous. » Nous devons alors vivre dans l’attente de cette étreinte qui sera une « grande joie ».

Le chrétien « n’est donc pas fait pour l’ennui » mais « pour la patience », a rappelé le Saint-Père. Malgré la monotonie apparente de leur quotidien, « il y a des personnes qui avec la persévérance de leur amour deviennent comme des puits qui irriguent le désert ». Les nuits les plus obscures sont toujours suivies par l’aurore. Même quand nous sommes saisis par l’épuisement et le découragement, la « douce et puissance mémoire du Christ » doit éloigner de nous la tentation de penser que notre vie est ratée.

Pour le Pape, la résignation n’est pas une attitude chrétienne, et le chrétien doit prendre des risques, apporter aux autres « le bien que Jésus nous a donnés comme un trésor », même si cela porte atteinte à sa paix personnelle et à son confort. C’est cet effort de disponibilité qui permettra au Seigneur de venir nous guérir et nous relever.

Et au terme de cette audience, le Saint-Père s’est exprimé au sujet du centenaire des dernières apparitions mariales à Fatima. Ce 13 octobre sera en effet commémoré le "miracle du soleil", un phénomène céleste dont 70 000 personnes auraient été témoins le 13 octobre 1917. Le Pape François, qui s’était rendu sur place au Portugal en mai dernier, en a profité pour inviter à prier tout au long du mois d’octobre le Saint Rosaire « à l’intention de la paix dans le monde ».

« Que la prière puisse faire bouger les âmes les plus rétives, afin qu’elles bannissent la violence de leur cœur, de leurs paroles et de leurs gestes, et construisent des communautés non-violentes qui prennent soin de la maison commune. Rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière. Que tous puissent être artisans de paix », a exhorté le Pape, en reprenant les termes de son message du 1er janvier dernier sur la non-violence.

Par ailleurs, il a également rappelé que ce 13 octobre sera aussi la Journée internationale pour la réduction des catastrophes naturelles. Il en a profité pour renouveler son appel à protéger l’environnement : « J’encourage les institutions et ceux qui ont une responsabilité publique et sociale à promouvoir toujours plus une culture qui ait comme objectif la réduction de l’exposition aux risques », et, en particulier, pour « les populations les plus vulnérables », a insisté le Saint-Père.

(Avec R. V.)

Dimanche 8 octobre 2017

Avant la prière de l’Angélus, commentant l’Évangile de ce dimanche consacré à la parabole des vignerons (Mt 21, 33-43), le Pape François est revenu sur « la grande nouveauté qu’offre le christianisme », la miséricorde. Il demande aux chrétiens d’être pour tous un signe d’espérance.

C’est l’histoire d’une vigne confiée par son propriétaire à des vignerons. Ces derniers manquent de loyauté et tuent les hommes venus récupérer les fruits de la vendange dont le fils du propriétaire, qui s’était pourtant montré patient.

« C’est une histoire qui nous appartient », il s’agit de « l’alliance que Dieu a voulu établir avec l’humanité et à laquelle il nous appelle nous aussi à pendre part ». Une alliance qui, « comme toutes les histoires d’amour, connaît des moments positifs, mais est également marquée par des trahisons et des refus ». Face à ces comportements de rejet, quelle est la réponse de Dieu ? « Quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ?(v40) ». Une question qui souligne combien « la déception de Dieu concernant le comportement mauvais des hommes n’est pas le dernier mot ! ».

C’est là que se trouve « la grande nouveauté du christianisme », dit le Pape : « Un Dieu qui, même lorsqu’il est déçu de nos erreurs et péchés, ne manque pas à sa parole, il ne s’y arrête pas et surtout ne se venge pas (…) il continue de mettre en circulation le ‘bon vin’ de sa vigne, c’est-à-dire sa miséricorde. »

En effet, « Le christianisme n’est pas la somme de préceptes et de normes morales »

Il y a seulement un obstacle à la volonté tenace de Dieu, c’est notre arrogance qui devient aussi violence. Et « face à ces comportements qui ne produisent aucun fruit, la Parole de Dieu conserve toute sa force de reproche et de réprimande : ’Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits’ (v43) ».

« L’urgence de répondre à l’appel du Seigneur par de bons fruits » aide à comprendre « la nouveauté et l’originalité du christianisme ». Ce n’est pas « la somme de préceptes et de normes morales, explique François, mais c’est avant tout une proposition d’amour que Dieu, à travers Jésus, a faite et continue de faire à l’humanité ». C’est un appel à entrer dans cette histoire d’amour, en devenant « une vigne vivace et ouverte, riche de fruits et d’espérance pour tous ».

Le Pape rappelle que nous sommes appelés à sortir de la vigne pour « nous mettre au service des frères qui ne sont pas avec nous, pour nous secouer et nous encourager les uns les autres, pour nous rappeler de devoir d’être la vigne du Seigneur dans tous les milieux, même les plus lointains et défavorisés ». La vigne plantée par le Seigneur est pour le bien de tous.

(Avec R. V.)

Mercredi 4 octobre 2017

Le Pape François a poursuivi ce matin, mercredi 4 octobre 2017, dans le cadre de l’audience générale Place Saint-Pierre, sa série de catéchèses sur l’espérance. Pour la 35ème étape de ce parcours, en ce jour de la Fête de saint François d’Assise et au début du mois de la mission, le Pape s’est penché sur « les missionnaires de l’espérance ».

« Le chrétien n’est pas un prophète de malheur », « l’essence de son annonce est l’opposé : c’est Jésus, mort par amour, et que Dieu a ressuscité au matin de Pâques ». Cette annonce de la Résurrection est le noyau de la foi chrétienne : « Si les Évangiles s’arrêtaient à la sépulture de Jésus, l’histoire de ce prophète irait rejoindre les nombreuses biographies de personnages héroïques qui ont dépensé leur vie pour un idéal. L’Évangile sera alors un livre édifiant (…), mais ne serait pas une annonce d’espérance », a expliqué le Pape François.

Après le Vendredi Saint, certains disciples, déçus et apeurés, avaient quitté Jérusalem, mais le « fait inattendu » de la résurrection de Jésus a renversé leur cœur et leur esprit. Et grâce à la Pentecôte, les disciples « n’ont pas seulement une belle nouvelle à apporter à tous », mais sont transformés par le souffle de l’Esprit Saint. Le chrétien ne peut donc pas vivre dans le ressentiment et la colère, mais doit être convaincu « qu’aucun mal n’est infini, qu’aucune nuit n’est sans fin, qu’aucun homme n’est définitivement dans l’erreur », et que la haine peut être vaincue par l’amour.

Les martyrs qui offrent leur vie dans ce témoignage d’espérance chrétienne, comme aujourd’hui beaucoup de « nos sœurs et nos frères du Moyen-Orient », nous rappellent que l’injustice ne doit pas avoir le dernier mot, et que les chrétiens ne doivent pas être soumis ou accommodants. « Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de prudence », écrivait saint Paul à Timothée. Voilà ce qui fait du chrétien un véritable missionnaire de l’espérance, a conclu le Pape François.

(Avec R. V.)

Dimanche 1er octobre 2017

Après avoir quitté le centre régional d’accueil des migrants de Bologne, le Pape François s’est rendu sur la Grand Place de la ville (Piazza Maggiore) pour une rencontre avec le monde du travail, les chômeurs, représentants d’entreprises, de syndicats et de coopératives.

A ces réalités diverses, le Pape a rappelé l’importance d’un dialogue concerté : « c’est seulement ensemble qu’on peut sortir de la crise et construire l’avenir. Seul le dialogue (…) peut permettre de trouver des réponses efficaces et innovantes pour tous », a exhorté le Saint-Père.

L’évêque de Rome a ensuite évoqué la longue tradition coopérative présente en Emilie-Romagne, et particulièrement à Bologne, de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au début des années soixante-dix. Cette expérience, « née de la valeur fondamentale de la solidarité », « a encore beaucoup à offrir », a soutenu le Pape François.

« Ne cédons jamais la solidarité à la logique du profit financier, parce qu’ainsi, nous l’enlevons, -nous la volons dirais-je-, aux plus faibles qui en ont le plus besoin ». Chercher une solution juste n’est pas un rêve du passé, assure le Pape, mais un engagement, un travail, qui a besoin aujourd’hui de tous.

L’accueil et la lutte contre la pauvreté passent à travers le travail et la dignité, a aussi plaidé le Pape. En ce sens, le « récent ‘pacte pour le travail’, qui a vu toutes les composantes sociales et l’Eglise signer un commun engagement pour s’aider mutuellement dans la recherche de réponses stables, (…) est une méthode importante qui, je l’espère, pourra donner les fruits escomptés ».

« La crise économique une dimension européenne et globale », a encore affirmé le Souverain Pontife. Aux racines de cette crise, se trouve une « trahison du bien commun, de la part des individus et des groupes de pouvoir » ... « Il est donc nécessaire d’enlever la centralité à la loi du profit et de l’assigner à la personne, et au bien commun ». Pour que cette centralité soit effective, « il faut augmenter les opportunités de travail digne », et cette tâche incombe à la société toute entière, a déclaré le Pape sous les applaudissements.

« L’Eglise, la municipalité et l’Université sont les trois aspects constitutifs de votre identité », a encore lancé le Pape aux Bolonais. « Quand ceux-ci dialoguent et collaborent entre eux, le précieux humanisme qu’ils expriment se renforce et la ville ‘respire’, a un horizon, et n’a pas peur d’affronter les défis qui se présentent ». Et le Pape a conclu par un encouragement à valoriser cet humanisme pour chercher des solutions sages aux problèmes complexes de notre temps.

Après cette adresse au monde du travail et la prière de l’Angélus, le Pape a évoqué la figure du père Titus Zeman, prêtre slovaque, béatifié ce dimanche 1er octobre à Brastislava. Ce salésien mourut en 1969, après une longue période d’emprisonnement et de privations qu’il souffrit en raison de sa foi et de son service pastoral. « Que son témoignage nous soutienne dans les moments les plus difficiles de la vie, et nous aide à reconnaître, également dans les épreuves, la présence du Seigneur ».

Parmi les délégations saluées par le Pape, plusieurs parents et familles des victimes de l’attentat de la gare de Bologne (2 août 1980) ; l’attaque la plus meurtrière des « années de plomb » en Italie, et qui fut l’œuvre d’un groupuscule fasciste d’extrême-droite.

(Avec R. V.)

Mercredi 27 Septembre 2017

Le Pape François a repris le cours de son cycle de catéchèses consacré à l’espérance chrétienne. Ce mercredi 27 septembre 2017, place Saint-Pierre, pour la 34ème étape de ce parcours catéchétique, le Saint-Père s’est penché sur les ennemis de l’espérance, appelant à vaincre dans la simplicité de cœu
« C’est l’espérance qui maintient debout la vie, qui la protège, en prend soin, et la fait croître », a rappelé le Pape François. « Si les hommes n’avaient pas cultivé l’espérance, s’ils n’avaient pas été soutenus par cette vertu, ils ne seraient jamais sortis des cavernes, et ils n’auraient pas laissé de trace dans l’histoire du monde. C’est ce qu’il y a de plus divin qui puisse exister dans le cœur de l’homme. »

Le Pape a cité l’écrivain français Charles Péguy, qui dans un livre de 1911 intitulé Le Porche du mystère de la deuxième vertu, rendait hommage à l’espérance des gens simples, en écrivant que « ces pauvres enfants voient comment vont les choses et qu’ils croient que cela ira mieux demain matin ». « L’image du poète rappelle les visages de tellement des gens passés dans ce monde, des paysans, de pauvres ouvriers, des migrants en recherche d’un futur meilleur, qui ont lutté avec ténacité malgré l’amertume d’un aujourd’hui difficile (…). Ils luttaient pour leurs enfants, ils luttaient dans l’espérance », a appelé le Pape. Alors, « N’ayons pas peur de "partager le chemin" de ceux qui espèrent ».

« L’espérance n’est pas une vertu pour les gens avec l’estomac plein », a encore expliqué le Saint-Père, rappelant que les premiers porteurs de l’espérance sont les pauvres, souvent rejetés et incompris par ceux « qui se sont endormis dans des certitudes acquises ». Dans la nuit de Noël, Dieu a eu besoin de ces petites gens pour entrer dans le monde, à travers Joseph et Marie et les bergers de Bethléem, qui préparaient silencieusement « la révolution de la bonté ». Face au démon du découragement, de l’ennui, de l’acédie, il faut rendre son cœur disponible aux surprises de Dieu. Personne ne doit laisser quiconque lui voler son espérance.

Dans un appel lancé à la fin de l’audience, le Pape a apporté son soutien à la campagne de la Caritas pour les migrants, "Partageons le chemin". Il a salué les migrants et les volontaires présents sur la Place Saint-Pierre en les faisant applaudir, et saluant ce « signe d’une Église qui cherche à être ouverte, inclusive et accueillante ». « Avec votre engagement quotidien, vous nous rappelez que le Christ lui-même nous demande d’accueillir nos frères et sœurs migrants et réfugiés avec les bras bien ouverts », « un peu comme ces colonnades de la Place, qui représentent l’Église mère qui embrasse tout le monde dans le partage du voyage commun ».

Sur un plan plus politique, concernant l’Italie, le Pape a apporté son soutien aux organisations d’aide aux migrants qui ont lancé une pétition afin de soutenir « une nouvelle loi migratoire plus adaptée au contexte actuel ». Le 12 septembre dernier, le débat sur une proposition de loi sur le droit du sol, qui devait être discutée au Parlement ce mois-ci, a été reporté. 600 000 mineurs étrangers nés en Italie et résident dans la Péninsule depuis au moins 10 ans pourraient bénéficier de la nationalité italienne, si cette loi était adoptée selon sa version la plus extensive.

(Avec R. V.)

Mercredi 20 septembre 2017

Ce mercredi, place Saint-Pierre,le Pape François a voulu s’adresser à la foule des fidèles « comme un éducateur, comme un père » pour parler du thème : « éduquer à l’espérance ».

« Dieu ne déçoit pas : s’il a mis l’espérance dans nos cœurs, il ne veut pas la briser par de continuelles frustrations ». Il a ainsi dressé une liste de recommandations aux jeunes et à toute personne prête à apprendre, tutoyant son auditoire comme pour mieux le toucher.

« Là où Dieu t’a semé, espère ! ». C’est la première exhortation du Pape François qui rappelle d’emblée que « le premier ennemi n’est pas hors de toi : il est dedans ». « Ce monde est le miracle que Dieu a fait » ; « crois à l’existence des vérités plus hautes et plus belles », « crois, Lui, il t’attend », assène-t-il.

L’espérance à laquelle nous invite le Pape doit nous conduire à ne jamais penser que les luttes menées ici-bas sont « inutiles » car en nous « palpite une graine d’absolu ». Fort de ces certitudes, il faut aussi affronter ceux qui répandent « la haine et les divisions » et ne pas les écouter. Il faut cependant savoir, lors des confrontations avec autrui, que « chacun est dépositaire d’un fragment de vérité ».

Autres recommandations du Pape : « aime les personnes » en respectant le parcours des uns et des autres car « chacun de nous a sa propre histoire à raconter ». Et surtout, s’exclame François, « n’aie pas peur de rêver », « rêve un monde qu’on ne voit pas encore mais qui arrivera certainement ». Le Pape invite son auditoire à penser aux hommes et aux femmes qui ont réalisé des découvertes scientifiques, qui ont cultivé des espérances : « ceux sont eux qui ont vaincu l’esclavage et permis d’améliorer les conditions de vie sur cette terre ».

Le Pape exhorte ses interlocuteurs à être responsables « de ce monde et de la vie de chaque homme ». « Chaque injustice contre un pauvre est une blessure ouverte et amoindrit ta propre dignité », souligne-t-il. S’appuyant sur Jésus, nous devons vaincre la « peur », « notre ennemi la plus déloyale », qui « ne peut rien contre la foi ».

Derniers conseils que le Pape adresse aux jeunes ou à toute personne de bonne volonté : avoir le courage de la vérité, sans se sentir supérieur à quiconque ; cultiver les idéaux, car il faut vivre « pour quelque chose qui dépasse l’homme » ; et se relever malgré ses erreurs : « rien n’est plus humain que de commettre des erreurs ». Et pourquoi, s’interroge faussement le Pape : « parce que Dieu est ton ami ».

(Avec R. V.)

Dimanche 17 septembre 2017

Lors de l’Angélus de ce dimanche, le Pape est revenu sur l’extrait évangélique du jour, tiré du 18ème chapitre de saint Matthieu, dans lequel Jésus invite ses disciples à pardonner « jusqu’à 77 fois sept fois » à ceux qui les auraient offensé.

« L’extrait évangélique du jour nous offre un enseignement sur le pardon, qui ne nie pas le tort subi mais reconnaît que l’être humain, créé à l’image de Dieu, est toujours plus grand que le mal qu’il commet. » Le Pape a profité du texte proposé par la liturgie pour lancer un appel au pardon, le pardon divin étant aussi une interpellation pour un pardon fraternel sincère.

La parabole du roi miséricordieux et du serviteur cruel « montre l’incohérence de celui qui a d’abord été pardonné, et qui ensuite refuse de pardonner », a souligné le Pape François. Jésus met en lumière le risque d’une attitude égoïste, en racontant l’histoire d’une remise de dette accordée par un roi à un serviteur, qui ensuite refusera toute compassion pour un autre serviteur lui devant une somme bien moins importante. Pourtant, « quiconque a expérimenté la joie, la paix et la liberté intérieure qui vient du fait d’être pardonné peut s’ouvrir à la possibilité de pardonner à son tour », a précisé le Pape.

Le pardon de Dieu, que nous recherchons quand nous récitons le Notre Père, « est le signe de son amour débordant pour chacun de nous. C’est l’amour qui nous laisse libres de nous éloigner, comme le fils prodigue, mais qui attend chaque jour notre retour ; c’est l’amour entreprenant du berger pour la brebis perdue ; c’est la tendresse qui accueille chaque pécheur qui frappe à sa porte. Le Père céleste est plein d’amour et veut nous l’offrir, mais ne peut pas le faire si nous fermons notre cœur à l’amour pour les autres », a rappelé le Pape François.

(Avec R. V.)

Mercredi 13 septembre 2017

Lors de l’audience générale, Place Saint-Pierre, le Saint-Père est revenu sur son voyage en Colombie. Le Pape François était rentré lundi à Rome, avec un œil au beurre noir dû à un petit accident dans la papamobile dimanche à Carthagène, mais aussi et surtout avec dans sa mémoire le souvenir des foules immenses qui l’avaient accueilli chaleureusement dans les quatre villes qu’il a visitées, Bogotà, Villavicencio, Medellin et Carthagène.

« Un peuple joyeux malgré les nombreuses souffrances, un peuple avec de l’espérance » : c’est ainsi que le Pape François a défini le peuple colombien qu’il a remercié pour son accueil affectueux tout au long des cinq journées de ce voyage. Le Pape a notamment rappelé son émotion en voyant les nombreux enfants que des parents lui tendaient avec fierté pour qu’il les bénisse. « Je me suis dit : un peuple capable de faire des enfants, et capable de les faire voir avec fierté, avec espérance, ce peuple a de l’avenir », a confié le Saint-Père.

Venu marcher sur les pas de Paul VI et de Jean-Paul II, dans « une continuité fortement animée par l’Esprit, qui guide les pas du peuple de Dieu sur les routes de l’histoire », François s’est réjoui de voir s’ouvrir un processus de réconciliation dans ce pays traumatisé par une longue guerre civile. « Avec ma visite j’ai voulu bénir l’effort de ce peuple, le confirmer dans la foi et dans l’espérance, et recevoir son témoignage, qui est une richesse pour mon ministère et pour toute l’Église », a expliqué le Saint-Père.

« Il est évident que le Malin a voulu diviser le peuple pour détruire l’œuvre de Dieu, mais il est aussi évident que l’amour du Christ, son infinie miséricorde, est plus forte que le péché et la mort ». Le Pape est notamment revenu sur la rencontre pour la Réconciliation nationale devant le Christ de Bocayà, « sans bras et sans jambe, mutilé comme son peuple », suite à un attentat survenu dans une église en 2002. « Miséricorde et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent », a répété le Pape, reprenant les paroles du Psaume 85. La vraie révolution n’est pas idéologique mais évangélique, a enfin insisté le Pape François en prenant l’exemple de saint Pierre Claver, l’évangélisateur des esclaves. « S’incliner, toucher la chair du frère blessé et abandonné, et le faire le Christ qui est devenu esclave pour nous », est le chemin pour « construire ensemble, jour après jour, la paix dans l’amour, dans la justice et dans la vérité. »

Au terme de l’audience, le Saint-Père a exprimé aux pèlerins italiens sa « proximité spirituelle à ceux qui souffrent à cause de l’inondation qui a frappé le territoire de Livourne. Nous prions pour les morts et les blessés, pour leurs proches, et pour ceux qui sont dans l’épreuve ». Dimanche, des inondations avaient fait 6 morts dans cette ville portuaire de Toscane.

(Avec R. V.)

Lundi 11 Septembre 2017

Le Voyage apostolique en Colombie est terminé. Le Pape François est rentré au Vatican en début d’après-midi, ce lundi 11 septembre 2017. Après l’atterrissage de son avion à l’aéroport militaire de Ciampino vers 12h55, le Pape s’est immédiatement rendu à la basilique Sainte-Marie-Majeure pour un temps de prière d’actions de grâce devant l’icône de la Vierge "Salus Populi Romani", comme il l’a déjà fait plus de 50 fois depuis le début de son pontificat.

Durant ce long voyage de 11h, outre la conférence de presse qui a duré une quarantaine de minutes, le Pape a adressé un tweet aux « frères colombiens » : « J’ai connu de nombreuses personnes qui m’ont touché le cœur, peut-on lire. Vous m’avez fait tellement de bien ! ».

Troisième Pape à se rendre en Colombie, après Paul VI en 1968 et Jean-Paul II en 1986, François avait voulu entreprendre ce 20e voyage apostolique pour encourager le processus de réconciliation de la nation colombienne.

Départ du Pape François

Le Pape François a quitté la Colombie dimanche 10 septembre 2017, après la messe à Carthagène, au terme de son 20ème voyage apostolique. Voici ce qu’il faudra retenir de cinq journées intenses, écoulées au rythme des gestes symboliques, des multiples rencontres avec la population dans quatre villes d’un pays qui entame le chemin de la réconciliation, un thème au cœur de cette visite.

Le Pape François, saluant deux ex-guérilleros et deux femmes marquées par le conflit, à peine leur témoignage achevé : c’est sans doute l’une des images marquantes vendredi, lors d’une grande rencontre pour la Réconciliation nationale.

La réconciliation, un thème présent dès la descente du Pape de l’avion, lorsqu’un enfant né d’une mère otage des Farc lui remet une Colombe en porcelaine. Et jusqu’à la fin de son voyage quand Juan Pablo Escobar prie aux cotés du fils d’une des victimes de son père, l’un des plus grands narcotrafiquants des dernières décennies.

Dans ses homélies, le Pape demande de « dissiper les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine ». Il appelle les victimes à croire au pas en avant des repentis, et ces derniers à « assumer la vérité », « compagne indissociable de la justice et de la miséricorde ». « La justice doit s’accomplir », martèle-t-il, et les souffrances se transformer en « bénédiction et en capacité de pardon pour briser le cycle de violence ».

Aux autorités, le Saint-Père a demandé de « favoriser la culture de la rencontre » ; aux évêques de se lever frontalement contre les plaies qui minent la nation : la violence, la corruption et le narcotrafic. Pour François, ce n’est qu’en mettant fin à l’ensemble des injustices qui touchent la société que les jeunes pourront construire la nouvelle Colombie. « Prenez le risque de rêver en grand », a d’ailleurs lancé le Pape aux jeunes.

Rêver en grand dans cet esprit de réconciliation avec Dieu, avec les autres et avec la Création. Car aux portes de l’Amazonie, François a bien entendu exhorté à la sauvegarde de la Maison commune et à prendre la défense des peuples indigènes.

Dimanche 10 septembre, 2017

Pour la dernière journée de sa visite apostolique en Colombie, le Pape François s’est rendu à Carthagène des indes, une ville parmi les plus touristiques du pays, mais également une ville où les inégalités sont criantes : 294.000 Carthaginois vivent dans la pauvreté, dont plus de 55.000 dans la rue, selon l’association Cartagena « Como Vamos ». Une population qui représente un tiers du million d’habitants de la ville.

C’est ici au milieu des pauvres de la ville que le Saint-Père est venu prier l’Angélus, juste après avoir béni les premières pierres de maisons destinées à des familles de sans-abri. Le Pape a aussi visité la maison d’une dame, Madame Lorenza, extrêmement émue, qui s’occupe de personnes dans le besoin pour leur donner de la nourriture et de l’affection.

« Ces rencontres m’ont fait beaucoup de bien, a dit le Souverain Pontife, parce que là, on peut voir comment l’amour de Dieu se rend concret, se rend quotidien ». Et d’ajouter : « Ce sont les pauvres, les humbles, qui contemplent la présence de Dieu ; c’est à eux que se révèle le mystère de l’amour de Dieu avec le plus de clarté ».

L’église dans laquelle le Saint Père et les fidèles ont prié l’Angélus est celle de Saint Pierre Claver, là où sont conservées les reliques du saint Jésuite qui a consacré sa vie au service des victimes de la traite des esclaves, les nourrissant, les habillant, les soignant et les consolant. Saint Pierre Claver attendait les navires en provenance d’Afrique chargés des esclaves du Nouveau Monde.

« Saint Pierre Claver a témoigné admirablement de la responsabilité et de l’intérêt que chacun d’entre nous doit avoir pour ses frères » a dit le Pape louant le zèle du jésuite injustement accusé d’être indiscret et qui a dû affronter la critique et l’opposition persistante de la part de ceux qui craignaient que son ministère n’entrave le commerce lucratif d’esclaves.

Mais, l’exemple de Saint Pierre Claver est toujours d’actualité, il doit inspirer les bonnes volontés car aujourd’hui encore, en Colombie et dans le monde, des millions de personnes sont vendues comme esclaves, ou sont réduites à mendier un peu d’humanité, un moment de tendresse ; sans compter ceux prennent la mer ou la route, parce qu’elles ont tout perdu, à commencer par leur dignité et leurs propres droits.

« Pierre Claver nous invite à travailler pour la dignité de tous nos frères, spécialement pour les pauvres et pour les personnes marginalisées par la société, pour ceux qui subissent la violence et la traite » déclare François avec force. Tous ont leur dignité et sont une image vivante de Dieu.

Retrouvez les paroles du pape avant la prière de l’Angélus

Chers frères et sœurs,

Peu avant de rentrer dans cette église où sont conservées les reliques de saint Pierre Claver, j’ai béni les premières pierres de deux institutions destinées à offrir de l’assistance à des personnes dans de graves besoins et j’ai visité la maison de Madame Lorenza, où elle accueille chaque jour beaucoup de nos frères et sœurs pour leur donner de la nourriture et de l’affection. Ces rencontres m’ont fait beaucoup de bien, parce que là, on peut voir comment l’amour de Dieu se rend concret, se rend quotidien.

Tous ensemble, nous prierons l’Angelus, en nous souvenant de l’Incarnation du Verbe. Et nous pensons à Marie, qui a conçu Jésus et lui a donné naissance. Nous la contemplons ce matin sous l’invocation de Notre Dame de Chiquinquirá. Comme vous le savez, pendant longtemps, cette image a été abandonnée ; elle a perdu ses couleurs, elle était restée abîmée et trouée. Elle était traitée comme un morceau de vieux sac, utilisée sans aucun respect jusqu’à ce qu’on finisse par la jeter.

C’est alors qu’une femme simple, la première dévote de la Vierge de Chiquinquirá qui, selon la tradition s’appelait María Ramos, première dévote de la Vierge de Chiquinquirá, a vu en cette toile quelque chose de différent. Elle a eu le courage et la foi de placer cette image floue et détériorée en un lieu en vue, lui redonnant sa dignité perdue. Elle a su trouver et honorer Marie, qui tenait son Enfant dans les bras, précisément dans ce qui pour les autres était méprisable et inutile.

Ainsi, elle s’est faite le modèle de tous ceux qui, de diverses manières, cherchent à récupérer la dignité du frère abattu par la souffrance des blessures de la vie, de ceux qui ne se résignent pas et travaillent pour leur construire un logement digne, pour satisfaire leurs besoins urgents et, surtout, qui prient avec persévérance pour qu’ils puissent retrouver la splendeur d’enfants de Dieu qui leur a été arrachée.

Le Seigneur nous enseigne à travers l’exemple des humbles et de ceux qui ne comptent pas. Oui il a concédé à María Ramos, une femme modeste, la grâce d’accueillir l’image de la Vierge dans la pauvreté de cette toile abîmée, oui il a accordé à Isabel, une femme indigène, et à son fils Miguel, le privilège d’être les premiers à voir ce tableau de la Vierge transformé et restauré. Ils ont été les premiers à regarder avec des yeux simples ce morceau de toile totalement nouveau et à y voir la splendeur de la lumière divine qui transforme et renouvelle toute chose. Ce sont les pauvres, les humbles, qui contemplent la présence de Dieu ; c’est à eux que se révèle le mystère de l’amour de Dieu avec le plus de clarté. Eux, les pauvres et les personnes simples, ont été les premiers à voir la Vierge de Chiquinquirá et sont devenus ses missionnaires, des annonciateurs de la beauté et de la sainteté de la Vierge.

Et dans cette église, nous prierons Marie, qui s’est désignée elle-même comme ‘‘l’esclave du Seigneur’’, et saint Pierre Claver l’‘‘esclave des noirs pour toujours’’, comme il s’est fait appeler dès le jour de sa profession solennelle. Il attendait les navires qui arrivaient de l’Afrique au principal marché d’esclaves du Nouveau Monde. Bien des fois, il les attendait uniquement avec des gestes évangélisateurs, en raison de l’impossibilité de communiquer avec eux, à cause de la différence de langues : Mais la charité va au delà de toutes les langues. Pierre Claver savait que le langage de la charité et de la miséricorde était compris par tous. De fait, la charité aide à comprendre la vérité et la vérité réclame des gestes de charité, les deux choses ne peuvent être séparées, elle vont de pair. Quand il éprouvait de la répugnance envers eux, lorsque ces pauvres arrivaient dans un état véritablement répugnant, Pierre Claver baisait leurs plaies.

Austère et rempli de charité jusqu’à l’héroïsme, après avoir soulagé la solitude de centaines de milliers de personnes, que s’est-il passé ? il est mort abandonné, oublié de tous. Il a passé les quatre dernières années de sa vie, malade et dans sa cellule, dans un état épouvantable d’abandon.
C’est ainsi que le monde paie, mais Dieu récompense d’une autre façon. Effectivement, saint Pierre Claver a témoigné admirablement de la responsabilité et de l’intérêt que chacun d’entre nous doit avoir pour ses frères. Pour les autres, ce saint a été accusé injustement d’être indiscret par son zèle et a dû affronter de dures critiques ainsi qu’une opposition persistante de la part de ceux qui craignaient que son ministère n’entrave le commerce lucratif d’esclaves.

Cependant aujourd’hui, en Colombie et dans le monde, des millions de personnes sont vendues comme esclaves, ou bien mendient un peu d’humanité, un moment de tendresse, prennent la mer ou la route, parce qu’elles ont tout perdu, à commencer par leur dignité et leurs propres droits. Notre Dame de Chiquinquirá et Pierre Claver nous invitent à travailler pour la dignité de tous nos frères, spécialement pour les pauvres et pour les personnes marginalisées par la société, pour ceux qui subissent la violence et la traite. Tous, ils ont leur dignité et sont une image vivante de Dieu. Nous avons tous été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la Vierge nous tient tous dans ses bras comme des enfants chéris.

Adressons, à présent, notre prière à la Vierge Mère, pour qu’elle nous fasse découvrir, dans chacun des hommes et des femmes de notre temps, le visage de Dieu.

Samedi 9 septembre 2017

Pour le premier rendez-vous de son étape à Medellin, le Pape François a présidé la messe à l’aéroport Enrique Olaya Herrera de la deuxième ville de Colombie. Des centaines de milliers de fidèles l’ont accueilli avec un enthousiasme débordant malgré la pluie. Le Pape a célébré la mémoire liturgique de saint Pierre Claver (1580-1654), prêtre jésuite catalan, missionnaire auprès des esclaves africains.

Le Pape a centré son homélie sur « la vie chrétienne comme disciple », un style de vie qui suppose d’aller à l’essentiel, de se renouveler et de s’engager. Reprenant l’évangile lu deux jours plus tôt à Bogota, le Saint-Père explique que le chemin sur lequel se sont engagés les premiers disciples, puis les douze, a nécessité « beaucoup d’efforts de purification », tout en les mettant « face aux lépreux, aux paralytiques, aux pécheurs ».

« Ces réalités demandaient beaucoup plus qu’une recette, une norme établie », développe le Pape. Il rappelle que les disciples ont dû rompre avec des pratiques plus proches de celles des pharisiens, des docteurs « paralysés par une interprétation et une pratique rigoristes de la loi », que de celles de Jésus. Cette manière de faire du Christ, qui doit se traduire dans notre vie de disciple, le Pape la détaille en trois attitudes.

« Aller à l’essentiel », d’abord, c’est-à-dire aller « en profondeur, à ce qui compte et qui a de la valeur pour la vie ». La relation avec Dieu ne peut être ni « un attachement froid à des normes et à des lois », ni « un accomplissement de certains actes extérieurs qui ne nous conduisent pas à un changement réel de vie », ni une simple « habitude, parce que nous avons un certificat de baptême ». Pour le Pape, cette relation doit partir d’une « expérience vivante de Dieu et de son amour », « un mouvement continuel vers le Christ », « un apprentissage permanent par l’écoute de sa Parole ». Cette parole, qui « s’impose à nous dans les besoins concrets de nos frères ».

Deuxième attitude : se renouveler, se laisser « secouer » par l’Esprit comme les docteurs de la loi l’ont été par Jésus. Attention, préviens le Pape : « on ne se renouvelle pas selon son caprice » mais « en restant solidement fondé dans la foi ». « Le renouvellement suppose le sacrifice et le courage, non pas pour se considérer comme les meilleurs ou les plus propres, mais pour mieux répondre à l’appel du Seigneur. »

Car le Christ nous appelle « à pondérer ce qui est normatif quand est en jeu la marche à la suite de Jésus ; quand ses plaies ouvertes, son cri de faim et de soif de justice nous interpellent et nous imposent des réponses nouvelles », poursuit François, rappelant l’actualité de ces défis pour les Colombiens.

« Ils sont nombreux ceux qui ont faim, faim de Dieu, faim de dignité parce qu’ils ont été dépouillés », déplore le Pape qui, sortant de son texte, se demande si ce n’est pas nous qui les avons dépouillés. Ainsi, il faut s’engager, défend François, et les aider à se rassasier de Dieu. « Mes frères, l’Église n’est pas une douane. Elle a besoin de portes ouvertes, parce que le cœur de Dieu n’est pas seulement ouvert, mais est percé de l’amour qui s’est fait douleur. »

Et le Pape de demander aux chrétiens de ne pas continuellement lever la bannière « passage interdit » car « l’Église n’est pas à nous, elle est à Dieu » et Dieu a appelé tous les hommes. « Tous », répète le Saint-Père. Loin d’empêcher cette rencontre, nous devons la favoriser, suivant l’appel du Christ à donner à nourrir nos frères (Mt 14, 16).

C’est ainsi que le Pape conclut en invitant l’Église colombienne « à s’engager avec plus d’audace dans la formation de disciples missionnaires », comme l’ y invitait le document d’Apareceda : « des disciples qui sachent voir, juger et agir ».

Retrouvez l’intégralité de l’homélie du Saint-Père :

« A la messe de jeudi, à Bogota, nous avons entendu l’appel de Jésus à ses premiers disciples ; cette partie de l’Evangile de Luc qui commence par ce récit culmine avec l’appel des douze. Que rappellent les évangélistes dans ces deux événements ? Que ce chemin à la suite de Jésus a supposé chez ses premiers disciples beaucoup d’efforts de purification. Certains préceptes, certaines interdictions et certains ordres leur donnaient de l’assurance ; s’acquitter de pratiques déterminées et de rites les dispensait du souci de se demander : qu’est-ce qui plaît à notre Dieu ? Jésus, le Seigneur leur indique qu’accomplir c’est marcher derrière lui, et que cette marche les mettait face aux lépreux, aux paralytiques, aux pécheurs. Ces réalités demandaient beaucoup plus qu’une recette, une norme établie. Ils ont appris que suivre Jésus suppose d’autres priorités, d’autres considérations pour servir Dieu. Pour le Seigneur, aussi pour la première communauté, il est de la plus grande importance que nous qui nous disons disciples, nous ne nous accrochions pas à un certain style, à certaines pratiques qui nous rapprochent plus de la manière d’être de certains pharisiens d’alors que de celle de Jésus. La liberté de Jésus s’oppose au manque de liberté des docteurs de la loi de cette époque qui étaient paralysés par une interprétation et une pratique rigoristes de la loi. Jésus n’en reste pas à un accomplissement apparemment « correct », il porte la loi à sa plénitude et veut donc nous mettre dans cette direction, dans ce style de vie à sa suite qui suppose d’aller à l’essentiel, de se renouveler, et de s’impliquer. Ce sont trois attitudes que nous devons traduire dans notre vie de disciples.

La première, aller à l’essentiel. Cela ne veut pas dire « rompre avec tout » ce qui ne nous convient pas, car Jésus n’est pas venu non plus « abolir la loi, mais l’accomplir » (Mt 5, 17). C’est plutôt aller en profondeur, à ce qui compte et qui a de la valeur pour la vie. Jésus enseigne que la relation avec Dieu ne peut pas être un attachement froid à des normes et à des lois, non plus un accomplissement de certains actes extérieurs qui ne nous conduisent pas à un changement réel de vie. Notre vocation de disciple ne peut pas être non plus motivée simplement par une habitude, parce que nous avons un certificat de baptême, mais il doit partir d’une expérience vivante de Dieu et de son amour. La vocation de disciple n’est pas une chose statique, mais un mouvement continuel vers le Christ ; il ne s’agit pas simplement de l’attachement à l’explication d’une doctrine, mais de l’expérience de la présence amicale, vivante et opérante du Seigneur, un apprentissage permanent par l’écoute de sa Parole. Et cette Parole, nous l’avons entendu, s’impose à nous dans les besoins concrets de nos frères : ce sera la faim des plus proches dans le texte proclamé, ou la maladie dans ce que rapporte Luc à la suite.

Le second terme, se renouveler. De même que Jésus « secouait » les docteurs de la loi pour qu’ils sortent de leur rigidité, l’Eglise, aujourd’hui, est aussi « secouée » par l’Esprit afin qu’elle quitte ses facilités et ses attachements. Le renouvellement ne doit pas nous faire peur. L’Eglise est toujours en renouvellement – Ecclesia semper reformanda -. On ne se renouvelle pas selon son caprice, mais on le fait en restant solidement fondé dans la foi, sans se détourner de l’espérance reçue en écoutant l’Evangile (cf. Col 1, 23). Le renouvellement suppose le sacrifice et le courage, non pas pour se considérer comme les meilleurs ou les plus propres, mais pour mieux répondre à l’appel du Seigneur. Le Seigneur du sabbat, le fondement de tous nos commandements et prescriptions, nous invite à pondérer ce qui est normatif quand est en jeu la marche à la suite de Jésus ; quand ses plaies ouvertes, son cri de faim et de soif de justice nous interpellent et nous imposent des réponses nouvelles. Et en Colombie il y a beaucoup de situations qui demandent des disciples le style de vie de Jésus, en particulier l’amour converti en faits de non-violence, de réconciliation et de paix.

Le troisième terme, s’engager. S’engager, bien que pour certains cela semble dire se salir, se souiller. Comme David et les siens qui entrèrent dans le Temple parce qu’ils avaient faim, et comme les disciples de Jésus qui entrèrent dans le champ et mangèrent les épis, il nous est aussi demandé aujourd’hui de grandir en audace, en courage évangélique qui jaillit de la prise de conscience qu’ils sont nombreux ceux qui ont faim, faim de Dieu, faim de dignité parce qu’ils ont été dépouillés. Et, comme chrétiens, les aider à se rassasier de Dieu ; ne pas les empêcher ou leur interdire cette rencontre. Nous ne pouvons pas être des chrétiens qui lèvent continuellement la bannière « passage interdit », ni considérer que ce terrain est le mien, m’appropriant une chose qui n’est absolument pas à moi. L’Eglise n’est pas à nous, elle est à Dieu ; c’est lui le maître du temple et de la moisson ; tous ont une place, tous sont invités à trouver, ici et parmi nous, leur nourriture. Nous sommes de simples « serviteurs » (cf. Col 1, 23) et nous ne pouvons pas être de ceux qui empêchent cette rencontre. Au contraire, Jésus nous demande, comme il l’a fait avec ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14, 16). C’est cela notre service. Pierre Claver que nous célébrons aujourd’hui dans la liturgie et que je vénérerai demain à Carthagène, a bien compris cela. « Esclave des noirs pour toujours » fut sa devise, parce qu’il comprit que, comme disciple de Jésus, il ne pouvait pas rester indifférent devant la souffrance des plus démunis et outragés de son époque et qu’il devait faire quelque chose pour les soulager.

Frères et sœurs, l’Eglise en Colombie est appelée à s’engager avec plus d’audace dans la formation de disciples missionnaires, comme les évêques réunis à Aparecida en 2007 l’ont indiqué. Des disciples qui sachent voir, juger et agir, comme le proposait ce document latino-américain qui est né sur cette terre (cf. Medellin, 1968). Des disciples missionnaires qui sachent voir, sans myopies héréditaires ; qui examinent la réalité avec les yeux et le cœur de Jésus, et à partir de là, jugent. Et qui prennent des risques, agissent, s’engagent.

Je suis venu jusqu’ici justement pour vous confirmer dans la foi et dans l’espérance de l’Evangile : demeurez fermes et libres dans le Christ, de manière à le refléter dans tout ce que vous faites ; assumez de toutes vos forces la sequela de Jésus, en le connaissant, en vous laissant convoquer et instruire par lui, en l’annonçant avec la plus grande joie.

Demandons, à notre Mère, Notre Dame de la Chandeleur, de nous accompagner sur notre route de disciples, pour que, mettant notre vie dans le Christ, nous soyons simplement des missionnaires qui portons la lumière et la joie de l’Evangile à tous les peuples. »

Vendredi 8 septembre 2017

Le Pape François a poursuivi son voyage apostolique en Colombie. Pour cette deuxième journée sur place, ce vendredi, le Pape a quitté Bogota pour se rendre à Villavicencio, à une centaine de kilomètres au sud.

C’est là que, devant plusieurs centaines de milliers de fidèles, il a célébré la messe de béatification de deux serviteurs de Dieu, l’évêque d’Arauca, Mgr Jesús Emilio Jaramillo, tué en 1989 par la guérilla de l’ELN, ainsi que le prêtre diocésain Pedro María Ramírez Ramo, assassiné en 1948 après des émeutes dans le pays. Deux visages récents qui montrent les blessures de l’Eglise colombienne.

Ce sont deux martyrs des temps modernes que le Pape s’apprête à béatifier. La mort de Mgr Jesús Emilio Jaramillo, exécuté en 1989, fait un triste écho avec l’histoire récente du pays. 5 ans plus tôt, il avait été nommé par Jean-Paul II à la tête du diocèse d’Arauca, au nord-est du pays, à la frontière vénézuélienne, une zone où sévissait les guérilleros et où a longtemps prospéré la contrebande d’armes et le trafic de drogue. Infatigable promoteur de l’Evangile dans cette région pauvre, Mgr Jaramillo effectuait une visite pastorale à Fortul lorsqu’il est pris en otage par des guerriers de l’ELN qui l’assassineront de quatre balles dans la tête. « Il avait le cœur d’un vrai missionnaire, et a été au service de l’Evangile, de la paix, de la réconciliation, de la coexistence et de la défense des droits sacrés de la personne humaine » lui avait rendu hommage la conférence épiscopale colombienne.

La figure du père Pedro Maria Ramirez Ramos est aussi exemplaire. Curé d’Armero, entre Bogota et Medellin, il a marqué l’Eglise colombienne pour être resté toujours un pasteur proche de ses brebis. Le 9 avril 1948, alors qu’il rend visite à un malade à l’hôpital, des émeutes éclatent, provoquées par l’assassinat d’un candidat à la présidence de la République. La violence se répand à Armero et des groupuscules s’acharnent sur le curé, qui se réfugie dans l’église. Le père Ramos refuse de fuir en abandonnant le peuple. Accusé de cacher des armes dans le couvent voisin, il sera tué et pendant dix jours les fidèles seront empêchés de lui offrir une sépulture. Le père Ramos est connu en Colombie comme le « martyr d’Armero ».

Découvrez l’homélie donnée par le saint-Père lors de la messe de béatification  :

" Ta naissance, Vierge Mère de Dieu, est la nouvelle aube qui a annoncé la joie au monde entier, car de toi est né le soleil de justice, le Christ, notre Dieu (cf. Antienne du Benedictus) ! La fête de la naissance de Marie projette sa lumière sur nous, comme rayonne la douce lumière de l’aube sur la vaste plaine colombienne, très beau paysage dont Villavicencio est la porte, tout comme dans la riche diversité de ses peuples indigènes.

Marie est la première splendeur qui annonce la fin de la nuit et surtout la proximité du jour. Sa naissance nous fait pressentir l’initiative amoureuse, tendre et compatissante de l’amour avec lequel Dieu s’incline vers nous et nous appelle à une merveilleuse alliance avec lui que rien ni personne ne pourra rompre.
Marie a su être la transparence de la lumière de Dieu et a reflété les rayonnements de cette lumière dans sa maison, qu’elle a partagée avec Joseph et Jésus, et également dans son peuple, sa nation et dans cette maison commune à toute l’humanité qu’est la création.

Dans l’Évangile, nous avons entendu la généalogie de Jésus (Mt 1, 1-17), qui n’est pas une ‘‘simple liste de noms’’, mais une ‘‘histoire vivante’’, l’histoire d’un peuple avec lequel Dieu a marché. Et, en se faisant l’un de nous, ce Dieu a voulu nous annoncer que dans son sang se déroule l’histoire des justes et des pécheurs, que notre salut n’est pas un salut aseptique, de laboratoire, mais un salut concret, de vie qui marche. Cette longue liste nous dit que nous sommes une petite partie d’une histoire vaste et nous aide à ne pas revendiquer des rôles excessifs, elle nous aide à éviter la tentation de spiritualismes évasifs, à ne pas nous détacher des circonstances historiques concrètes qu’il nous revient de vivre. Elle intègre aussi, dans l’histoire de notre salut, ces pages plus obscures ou tristes, les moments de désolation ou d’abandon comparables à l’exil.

La mention des femmes – aucune de celles citées dans la généalogie n’a le rang des grandes femmes de l’Ancien Testament - nous permet un rapprochement spécial : ce sont elles, dans la généalogie, qui annoncent que dans les veines de Jésus coule du sang païen, qui rappellent des histoires de rejet et de soumission. Dans des communautés où nous décelons encore des styles patriarcaux et machistes, il est bon d’annoncer que l’Évangile commence en mettant en relief des femmes qui ont marqué leur époque et fait l’histoire.

Et dans tout cela, Jésus, Marie et Joseph. Marie avec son généreux ‘oui’ a permis que Dieu assume cette histoire. Joseph, homme juste, n’a pas laissé son orgueil, ses passions et les jalousies le priver de cette lumière. Par la forme du récit, nous savons avant Joseph ce qui était arrivé à Marie, et il prend des décisions, révélant sa qualité humaine, avant d’être aidé par l’ange et de parvenir à comprendre tout ce qui se passait autour de lui. La noblesse de son cœur lui fait subordonner à la charité ce qu’il a appris de la loi ; et aujourd’hui, en ce monde où la violence psychologique, verbale et physique envers la femme est patente, Joseph se présente comme une figure d’homme respectueux, délicat qui, sans même avoir l’information complète, opte pour la renommée, la dignité et la vie de Marie. Et, dans son doute sur la meilleure façon de procéder, Dieu l’aide à choisir en éclairant son jugement.

Ce peuple de Colombie est peuple de Dieu ; ici aussi nous pouvons faire des généalogies remplies d’histoires, pour beaucoup, d’amour et de lumière ; pour d’autres, de désaccords, de griefs, et aussi de mort… Combien d’entre vous ne peuvent-ils pas raconter des exils et des désolations ! Que de femmes, dans le silence, ont persévéré seules et que d’hommes de bien ont tenté de laisser de côté la colère et les rancœurs, en cherchant à associer justice et bonté ! Comment ferons-nous pour laisser entrer de la lumière ? Quels sont les chemins de réconciliation ? Comme Marie, dire oui à l’histoire dans sa totalité, non à une partie ; comme Joseph, laisser de côté les passions et les orgueils ; comme Jésus Christ, prendre sur nous, assumer, embrasser cette histoire, car nous tous les Colombiens, vous êtes impliqués dans cette histoire ; ce que nous sommes s’y trouve… ainsi que ce que Dieu peut faire avec nous si nous disons oui à la vérité, à la bonté, à la réconciliation. Et cela n’est possible que si nous remplissons nos histoires de péché, de violence et de désaccord, de la lumière de l’Évangile.

La réconciliation n’est pas un mot abstrait ; s’il en était ainsi, cela n’apporterait que stérilité, plus d’éloignement. Se réconcilier, c’est ouvrir une porte à toutes les personnes et à chaque personne, qui ont vécu la réalité dramatique du conflit. Quand les victimes surmontent la tentation compréhensible de vengeance, elles deviennent des protagonistes plus crédibles des processus de construction de la paix. Il faut que quelques-uns se décident à faire le premier pas dans cette direction, sans attendre que les autres le fassent. Il suffit d’une personne de bonne volonté pour qu’il y ait de l’espérance ! Et chacun de nous peut être cette personne ! Cela ne signifie pas ignorer ou dissimuler les différences et les conflits. Ce n’est pas légitimer les injustices personnelles ou structurelles. Le recours à la réconciliation ne peut servir à s’accommoder de situations d’injustice. Plutôt, comme l’a enseigné saint Jean-Paul II : c’est « une rencontre entre des frères disposés à surmonter la tentation de l’égoïsme et à renoncer aux tentatives de pseudo justice ; c’est un fruit de sentiments forts, nobles et généreux, qui conduisent à instaurer une cohabitation fondée sur le respect de chaque individu et des valeurs propres à chaque société civile » (Lettre aux Évêques du Salvador, 6 août 1982). La réconciliation, par conséquent, se concrétise et se consolide par l’apport de tous, elle permet de construire l’avenir et fait grandir l’espérance. Tout effort de paix sans un engagement sincère de réconciliation sera voué à l’échec.
Le texte évangélique que nous avons entendu atteint son sommet en appelant Jésus l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous. C’est ainsi que Matthieu commence, c’est ainsi qu’il termine son Évangile : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Cette promesse se réalise également en Colombie : Mgr Jesús Emilio Jaramillo Monsalve, Évêque d’Arauca, et le Père Pedro Maria Ramirez Ramos, en sont des signes, une expression d’un peuple qui veut sortir du bourbier de la violence et de la rancœur.

Dans ce décor merveilleux, il nous revient de dire oui à la réconciliation. Que le oui inclue également notre nature ! Ce n’est pas un hasard si, y compris contre elle, nous avons déchaîné nos passions possessives, notre volonté de domination. Un de vos compatriotes le chante admirablement : « Les arbres pleurent, ils sont témoins de tant d’années de violence. La mer est brune, mélange de sang et de terre » (Juanes, "Minas piedras"). La violence qu’il y a dans le cœur humain, blessé par le péché, se manifeste aussi à travers les symptômes de maladies que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants (cf. Lettre encyclique Laudato si’, n. 2). Il nous revient de dire oui comme Marie et de chanter avec elle les « merveilles du Seigneur », car comme il l’a promis à nos pères, il aide tous les peuples et chaque peuple, il aide la Colombie qui veut se réconcilier aujourd’hui et sa descendance pour toujours. "

Autre temps fort de cette journée

Cette grande rencontre de prière pour la réconciliation nationale a eu lieu dans le parc Las Maloca de Villavicencio. Le Pape a notamment rencontré 4000 victimes du conflit et 500 anciens combattants des guérillas et des paramilitaires. La journée s’est achèvée par un moment de recueillement au pied de la croix de la réconciliation, dans un autre parc de la ville.

- Découvrez le discours du Saint-Père :

« Chers frères et sœurs,

Depuis le premier jour j’ai désiré qu’arrive ce moment de notre rencontre. Vous portez dans vos cœurs et dans votre chair les empreintes de l’histoire vivante et récente de votre peuple, histoire marquée par des événements tragiques mais aussi pleine de gestes héroïques de grande humanité et de haute valeur spirituelle, de foi et d’espérance. Je viens ici avec respect et avec la claire conscience, comme Moïse, de fouler une terre sacrée (cf. Ex 3, 5). Une terre arrosée par le sang de milliers de victimes innocentes et par la douleur déchirante de leurs familles et de leurs proches. Des blessures qu’il coûte de faire cicatriser et qui nous font mal à tous, parce que chaque violence commise contre un être humain est une blessure dans la chair de l’humanité ; chaque mort violente nous diminue en tant que personnes.

Je suis ici non pas tant pour parler moi, mais pour être près de vous et vous regarder dans les yeux, pour vous écouter et ouvrir mon cœur à votre témoignage de vie et de foi. Et, si vous me le permettez, je désirerais aussi vous embrasser et pleurer avec vous, je voudrais que nous prions ensemble et que nous nous pardonnions – moi aussi je dois demander pardon – et qu’ainsi, tous ensemble, nous puissions regarder et aller de l’avant avec foi et espérance.

Nous sommes rassemblés aux pieds du Crucifié de Bojaya, qui, le 2 mai 2002, vit et souffrit le massacre de dizaines de personnes réfugiées dans son église. Cette statue a une forte valeur symbolique et spirituelle. En la regardant nous contemplons non seulement ce qui s’est passé ce jour-là, mais aussi tant de souffrance, tant de mort, tant de vies brisées et tant de sang versé en Colombie ces dernières décennies. Voir le Christ ainsi, mutilé et blessé, nous interpelle. Il n’a plus de bras et il n’a plus de corps, mais il a encore son visage qui nous regarde et qui nous aime. Le Christ brisé et amputé est pour nous encore « davantage le Christ », parce qu’il nous montre, une fois de plus, qu’il est venu pour souffrir pour son peuple et avec son peuple ; et pour nous apprendre aussi que la haine n’a pas le dernier mot, que l’amour est plus fort que la mort et la violence. Il nous apprend à transformer la souffrance en source de vie et de résurrection, pour que, unis à lui et avec lui, nous apprenions la force du pardon, la grandeur de l’amour.

Je remercie nos frères qui ont voulu partager leurs témoignages, au nom de beaucoup d’autres. Combien cela nous fait du bien d’écouter vos histoires ! Je suis bouleversé. Ce sont des histoires de souffrances et d’amertume, mais aussi et surtout, ce sont des histoires d’amour et de pardon qui nous parlent de vie et d’espérance ; de ne pas laisser la haine, la vengeance et la souffrance s’emparer de notre cœur.

L’oracle final du Psaume 85 : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (v. 11) est postérieur à l’action de grâce et à la supplication où l’on demande à Dieu : Fais-nous revenir ! Merci Seigneur pour le témoignage de ceux qui ont infligé de la souffrance et qui demandent pardon ; de ceux qui ont injustement souffert et qui pardonnent. Cela est possible seulement avec ton aide et ta présence… cela est déjà un très grand signe que tu veux restaurer la paix et la concorde sur cette terre colombienne.

Pastora Mira, tu l’as très bien dit : tu veux déposer toute ta souffrance, et celle de milliers de victimes, aux pieds de Jésus crucifié pour qu’elle soit associée à la sienne et soit ainsi transformée en bénédiction et en capacité de pardon pour briser le cycle de violence qui a prévalu en Colombie. Tu as raison : la violence engendre plus de violence, la haine plus de haine et la mort plus de mort. Nous devons briser cette chaîne qui parait inéluctable, et cela est possible seulement par le pardon et la réconciliation. Et toi, chère Pastora, et beaucoup d’autres comme toi, vous nous avez montré que c’est possible. Oui, avec l’aide du Christ vivant au milieu de la communauté, il est possible de vaincre la haine, il est possible de vaincre la mort, il est possible de recommencer et d’apporter la lumière à une Colombie nouvelle. Merci Pastora ; quel grand bien tu nous fais à tous, aujourd’hui, par le témoignage de ta vie. C’est le crucifié de Bajaya qui t’a donné cette force de pardonner et d’aimer, et pour t’aider à voir, en la chemise que ta fille Sandra Paola avait offerte à ton fils Jorge Anibal, non seulement le souvenir de leur mort, mais aussi l’espérance que la paix triomphe définitivement en Colombie.

Ce qu’a dit Luz Dary dans son témoignage nous bouleverse aussi : les blessures du cœur sont plus profondes et difficiles à guérir que celles du corps. C’est ainsi. Et, ce qui est le plus important, tu t’es rendu compte qu’on ne peut pas vivre de rancœur, que seul l’amour libère et construit. Et de cette manière tu as commencé à guérir aussi les blessures d’autres victimes, à reconstruire leur dignité. Cette sortie de toi-même t’a enrichie, t’a aidé à regarder devant, à trouver la paix et la sérénité, et une raison pour aller de l’avant. Je te remercie pour la béquille que tu m’offres. Bien que tu gardes encore des séquelles physiques de tes blessures, ta marche spirituelle est rapide et sûre parce que tu penses aux autres et tu veux les aider. Cette béquille est un symbole de cette autre béquille plus importante, dont nous avons tous besoin, celle de l’amour et du pardon. Par ton amour et ton pardon tu aides beaucoup de personnes à marcher dans la vie. Merci.

Je veux remercier aussi pour le témoignage éloquent de Deisy et de Juan Carlos. Ils nous ont fait comprendre que tous, en fin de compte, d’une manière ou d’une autre, nous sommes aussi des victimes, innocentes ou coupables, mais tous victimes. Tous unis dans cette perte d’humanité que provoquent la violence et la mort. Deisy l’a dit clairement : tu as compris que toi-même avais été une victime et que tu avais besoin qu’on te donne une chance. Et tu as commencé à réfléchir, et maintenant tu travailles pour aider les victimes et pour que les jeunes ne tombent pas dans les réseaux de la violence et de la drogue. Il y a aussi une espérance pour celui qui a fait le mal ; tout n’est pas perdu. Il est certain que dans cette régénération morale et spirituelle de l’agresseur, la justice doit s’accomplir. Comme l’a dit Deisy, il faut contribuer positivement à guérir cette société qui a été déchirée par la violence.

Il semble difficile d’accepter le changement de ceux qui ont fait appel à la violence cruelle pour promouvoir leurs intérêts, pour protéger leurs commerces illicites et s’enrichir, ou pour, hypocritement, prétendre défendre la vie de leurs frères. C’est certainement un défi pour chacun de nous de croire qu’il puisse y avoir un pas en avant de la part de ceux qui ont infligé des souffrances à des communautés et à un pays tout entier. Il est certain qu’en cet immense champ qu’est la Colombie, il y a de la place encore pour l’ivraie… Soyez attentifs aux fruits… prenez soin du blé, et ne perdez pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie au milieu du blé n’a pas de réactions alarmistes. Il trouve la manière dont la Parabole s’incarnera dans une situation concrète et donnera des fruits de vie nouvelle, bien qu’ils soient en apparence imparfaits ou inachevés (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 24). Même quand perdurent les conflits, la violence ou les sentiments de vengeance, n’empêchons pas la justice et la miséricorde de se rencontrer dans une étreinte que l’histoire de souffrance de la Colombie assumera. Guérissons cette souffrance et accueillons tout être humain qui a commis des délits, les reconnaît, se repent et s’engage à réparer en contribuant à la construction de l’ordre nouveau où brillent la justice et la paix.

Comme l’a laissé entrevoir dans son témoignage Juan Carlos, dans tout ce processus, long, difficile, mais qui donne l’espérance de la réconciliation, il est indispensable aussi d’assumer la vérité. C’est un défi grand mais nécessaire. La vérité est une compagne indissociable de la justice et de la miséricorde. Ensemble, elles sont essentielles pour construire la paix et, d’autre part, chacune d’elle empêche que les autres soient altérées et se transforment en instruments de vengeance sur celui qui est le plus faible. La vérité ne doit pas, de fait, conduire à la vengeance, mais, bien plutôt, à la réconciliation et au pardon. La vérité, c’est de dire aux familles déchirées par la douleur ce qui est arrivé à leurs parents disparus. La vérité, c’est d’avouer ce qui s’est passé avec les plus jeunes enrôlés par les acteurs violents. La vérité, c’est de reconnaître la souffrance des femmes victimes de violence et d’abus.

Je voudrais, enfin, comme frère et comme père, dire : Colombie, ouvre ton cœur de peuple de Dieu et laisse-toi réconcilier. Ne crains pas la vérité ni la justice. Chers Colombiens : n’ayez pas peur de demander ni d’offrir le pardon. Ne résistez pas à la réconciliation pour vous rapprocher, vous rencontrer comme des frères et dépasser les inimitiés. C’est le moment de guérir les blessures, de construire des ponts, d’aplanir les différences. C’est le moment de désactiver les haines, de renoncer aux vengeances, et de s’ouvrir à la cohabitation fondée sur la justice, sur la vérité et sur la création d’une véritable culture de la rencontre fraternelle. Puissions-nous vivre en harmonie et dans la fraternité, comme désire le Seigneur. Demandons à être constructeurs de paix, que là où il y a la haine et le ressentiment, nous mettions l’amour et la miséricorde (cf. Prière attribuée à saint François d’Assise).

Je souhaite déposer toutes ces intentions devant la statue du crucifié, le Christ noir de Bojaya :

Oh, Christ noir de Bojaya,

qui nous rappelles ta passion et ta mort ;

avec tes bras et tes pieds

ils t’ont arraché à tes enfants

qui cherchaient refuge en toi.

Oh, Christ noir de Bojaya,

qui nous regardes avec tendresse,

la sérénité règne sur ton visage ;

ton cœur bat aussi

pour nous accueillir dans ton amour.

Oh, Christ noir de Bojaya,

fais que nous nous engagions

à restaurer ton corps. Que nous soyons

tes pieds pour sortir à la rencontre

du frère dans le besoin ;

tes bras pour étreindre

celui qui a perdu sa dignité ;

tes mains pour bénir et consoler

celui qui pleure dans la solitude.

Fais que nous soyons témoins

de ton amour et de ton infinie miséricorde. »

Jeudi 7 septembre 2017

Au lendemain de son arrivée, et au terme d’une première journée très dense, le Pape a présidé une célébration eucharistique pour la paix et la justice en présence de 1,1 million de fidèles réunis dans le parc Simon Bolivar, le plus grand de la capitale colombienne, là même où Jean-Paul II avait célébré une messe lors de sa visite apostolique en 1986. Dans son homélie, le Pape a a dénoncé « les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine qui tache de sang humain les mains de ceux qui se rendent justice eux-mêmes ».

Découvrez dans son intégralité l’homélie du Pape François :

« Constructeurs de la paix, promoteurs de la vie »

L’Evangéliste rappelle que l’appel des premiers disciples eut lieu sur les rives du lac de Génésareth, là où les gens se rassemblaient pour écouter une voix capable de les orienter et de les éclairer ; c’est aussi le lieu où les pêcheurs finissent leurs fatigantes journées durant lesquelles ils cherchent la subsistance pour mener une vie sans pénuries, digne et heureuse. C’est la seule fois, dans tout l’Evangile de Luc, que Jésus prêche près de la mer dite de Galilée. Sur la mer ouverte, s’entremêlent l’espérance d’un travail fécond et la frustration due à l’inutilité des efforts vains. Selon une ancienne interprétation chrétienne, la mer représente aussi l’immensité où cohabitent tous les peuples. Enfin, par son agitation et son obscurité, elle évoque tout ce qui menace l’existence humaine et qui a le pouvoir de la détruire.

Pour définir les multitudes, nous utilisons des expressions comme celles-ci : une marée humaine, une mer de gens. Ce jour-là, Jésus a derrière lui la mer, et, devant lui, une multitude qui l’a suivi parce qu’elle connaît son émotion devant la souffrance humaine… et ses paroles justes, profondes, appropriées. Ils viennent tous l’écouter ; la Parole de Jésus a quelque chose de spécial qui ne laisse personne indifférent. Sa Parole a le pouvoir de convertir les cœurs, de changer les plans et les projets. Elle est une Parole confirmée par les actes, elle n’est pas une conclusion de bureau, d’accords froids et éloignés de la souffrance des gens ; c’est pourquoi elle est une parole qui sert autant à la sécurité du rivage qu’à la fragilité de la mer.

Cette chère ville, Bogota, et ce merveilleux pays, la Colombie, ressemblent beaucoup à ces décors humains présentés dans l’Evangile. Il y a ici des multitudes qui attendent une parole de vie qui illumine de sa clarté tous les efforts et qui montre le sens et la beauté de l’existence humaine. Ces multitudes d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées, habitent une terre d’une inimaginable fécondité qui pourrait donner du fruit pour tous. Mais ici aussi, comme en d’autres lieux, il y a d’épaisses ténèbres qui menacent et détruisent la vie : les ténèbres de l’injustice et de l’inégalité sociale ; les ténèbres corruptrices des intérêts d’individus ou de groupes qui consomment de manière égoïste et démesurée ce qui est destiné au bien-être de tous ; les ténèbres de l’irrespect envers la vie humaine qui fauche quotidiennement l’existence de tant d’innocents dont le sang crie vers le ciel ; les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine qui tache de sang humain les mains de ceux qui se rendent justice eux-mêmes ; les ténèbres de ceux qui deviennent insensibles face à la souffrance de tant de victimes. Jésus dissipe et détruit toutes ces ténèbres par son ordre dans la barque de Pierre : « Avance au large » (Lc 5, 4).

Nous pouvons nous perdre dans des discussions interminables, accumuler des tentatives manquées, et faire une liste d’efforts qui n’ont rien donné ; de même que Pierre, nous savons ce que signifie l’expérience de travailler sans aucun résultat. Cette nation en sait quelque chose, quand, sur une période de 6 ans, en ces temps-là, à ses débuts, elle a eu 16 présidents et a payé cher ses divisions (« la patrie stupide »). L’Eglise en Colombie aussi a l’expérience de travaux pastoraux vains et infructueux…, mais, comme Pierre, nous sommes aussi capables de nous en remettre au Maître dont la Parole suscite la fécondité même là où l’inhospitalité des ténèbres humaines rend infructueux beaucoup d’efforts et de fatigues. Pierre est l’homme qui accueille résolument l’invitation de Jésus, qui laisse tout et le suit, pour devenir un nouveau pêcheur dont la mission consiste à porter à ses frères le Royaume de Dieu où la vie est pleine et heureuse.

Mais la demande de jeter les filets n’est pas adressée seulement à Simon Pierre ; il lui a été demandé d’aller au large, comme ceux qui, dans votre patrie, ont vu en premier ce qui presse le plus ; ceux qui ont pris des initiatives de paix, de vie. Jeter les filets entraîne une responsabilité. A Bogota et en Colombie pérégrine une immense communauté qui est appelée à devenir un solide filet qui rassemble tout le monde dans l’unité, en travaillant à la défense et à la sauvegarde de la vie humaine, en particulier quand elle est plus fragile et vulnérable : dans le sein maternel, dans l’enfance, dans la vieillesse, dans les conditions de handicap et dans des situations de marginalisation sociale. Les multitudes qui vivent à Bogota et en Colombie peuvent aussi devenir de vraies communautés vivantes, justes et fraternelles si elles écoutent et accueillent la parole de Dieu. Dans ces multitudes évangélisées surgiront beaucoup d’hommes et de femmes devenus disciples qui, d’un cœur vraiment libre, suivront Jésus ; des hommes et des femmes capables d’aimer la vie en toutes ses étapes, de la respecter et de la promouvoir.

Nous devons nous appeler les uns les autres, nous faire signe, comme les pêcheurs, recommencer à nous considérer comme des frères, des compagnons de route, des membres de cette entreprise commune qu’est la patrie. Bogota et la Colombie sont, en même temps, rivage, lac, mer ouverte, ville où Jésus est passé et passe pour offrir sa présence et sa Parole féconde, pour nous tirer des ténèbres et nous porter à la lumière et à la vie. Appeler les autres, tous les autres, pour que personne ne dépende de l’arbitraire des tempêtes ; faire monter sur la barque toutes les familles, sanctuaires de la vie ; faire place au bien commun qui est au-dessus des intérêts mesquins ou particuliers, porter les plus fragiles en promouvant leurs droits.

Pierre fait l’expérience de sa petitesse, de l’immensité de la Parole et de l’action de Jésus ; Pierre connaît ses fragilités, ses hésitations…, comme nous connaissons les nôtres, comme les connaît l’histoire de violence et de division de votre peuple qui ne nous a pas toujours trouvés partageant la barque, la tempête, les malheurs. Mais comme Simon, Jésus nous invite à aller au large, il nous pousse au risque partagé, à laisser nos égoïsmes et à le suivre ; à nous défaire des peurs qui ne viennent pas de Dieu, qui nous immobilisent et qui retardent l’urgence d’être des constructeurs de la paix, des promoteurs de la vie.

Discours aux jeunes de Colombie

Au premier jour de son voyage en Colombie, le Pape François s’est adressé aux jeunes rassemblés sur la place Bolivar, au cœur de Bogota, depuis le balcon de l’archevêché : " Prenez le risque de rêver en grand !", pour aller de l’avant et construire la paix.

Il les a encouragés à transmettre aux générations plus âgées leur capacité de pardon pour regarder en avant « sans le fardeau de la haine » dans ce pays où la paix reste fragile, un an après les accords signés entre la guérilla des Farcs et les autorités.

Avant de rencontrer ces jeunes place Bolivar, le Pape s’était rendu du Palais présidentiel à la cathédrale de Bogotà. François a passé un long moment à saluer la foule réunie sur le parvis avant de pénétrer dans la cathédrale. En son sein, 3 000 fidèles attendaient le Pape. Celui-ci s’est recueilli devant une peinture représentant la Vierge de Chiquinquira. Il a ensuite signé le livre d’or de la cathédrale de l’Immaculée Conception, demandant à la Vierge « de ne pas arrêter de guider et de prendre soin de ses enfants colombiens et de les regarder toujours avec ses yeux miséricordieux ».

Après sa rencontre avec les jeunes, François s’est adressé aux 130 évêques colombiens.

Découvrez le discours que le Saint-Père a adressé aux jeunes de Colombie :

« Chers frères et sœurs,

Je vous salue avec grande joie et je vous remercie pour votre bienvenue chaleureuse. « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison”. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous » (Lc 10, 5-6).

J’entre aujourd’hui dans cette maison qu’est la Colombie en vous disant : la paix soit avec vous ! C’était l’expression qu’utilisait tout juif, et aussi Jésus, pour saluer. J’ai voulu venir jusqu’ici comme pèlerin de paix et d’espérance, et je désire vivre ces moments de rencontre avec joie, rendant grâce à Dieu pour tout le bien qu’il a fait dans cette nation, en chacune de vos vies.

Je viens aussi pour apprendre ; oui, pour apprendre de vous, de votre foi, de votre force devant l’adversité. Vous savez que l’évêque, le prêtre doivent apprendre de leur peuple ; c’est pour cette raison que je suis venu apprendre de vous. Je suis évêque mais je viens apprendre. Vous avez vécu des moments difficiles et sombres, mais le Seigneur est près de vous, il est dans le cœur de chaque fils et fille de ce pays. Lui, il n’est pas sélectif, il n’exclut personne et embrasse chacun ; et écoutez, tous nous sommes importants et nécessaires pour lui. Durant ces jours, je voudrais partager avec vous la vérité la plus importante : Dieu nous aime avec un amour de Père et il vous encourage à continuer à chercher et à désirer la paix, cette paix qui est authentique et durable. Dieu nous aime avec son amour de Père. Répétons ensemble : “Dieu nous aime avec son amour de Père”.

Bien. J’avais écris : “Je vois ici beaucoup de jeunes”, mais même les yeux fermés, je sais que seulement les jeunes sont capables de faire autant de bruit ! (Les jeunes l’acclament encore plus fort). Vous, les jeunes, je vais vous parler, vous qui êtes venus des quatre coins du pays. C’est toujours pour moi un motif de joie de me retrouver avec les jeunes. Aujourd’hui je vous le dis : S’il vous plait, gardez vive votre joie, parce qu’elle est le signe d’un cœur jeune, d’un cœur qui a rencontré le Seigneur. Personne ne pourra vous l’enlever (cf. Jn 16, 22). Personne ! Mais dans le doute, je vous le conseille à nouveau : Ne vous la laissez pas voler ; gardez cette joie qui unifie tout, conscients d’être aimés par le Seigneur. Parce que, comme nous venons de le dire : Dieu nous aime avec son amour de Père. Cela est le principe de la joie. Le feu de l’amour de Jésus-Christ fait déborder cette joie, et il est suffisant pour enflammer le monde entier. Comment n’allez-vous pas pouvoir changer cette société, et comment voulez vous vous y prendre ? N’ayez pas peur de l’avenir ! Osez rêver grand ! C’est à ces grands rêves que je voudrais vous inviter aujourd’hui. S’il vous plait, ne faites pas de petites choses : volez haut et rêver en grand !

Vous, les jeunes, vous avez une sensibilité spéciale pour reconnaître la souffrance des autres ; C’est curieux, vous vous en rendez compte immédiatement. Les volontaires du monde entier proviennent de milliers d’entre vous qui sont capables de renoncer à leur temps, à votre confort, à leurs projets centrés sur eux-mêmes pour se laisser émouvoir par les besoins des plus fragiles et se dévouer pour eux. Mais il peut arriver aussi que vous soyez nés dans des environnements où la mort, la souffrance, la division vous ont imprégnés si profondément qu’elles vous ont laissés à moitié étourdis, comme anesthésiés de la douleur. Pour cette raison, je voudrais vous demander de laisser la souffrance de vos frères colombiens vous faire bouger ! Et nous, les plus âgés, aidez-nous à ne pas nous habituer à la souffrance et à l’abandon. Nous avons besoin de vous, aidez-nous à ne pas nous habituer à la douleur et à l’abandon.

Vous également, jeunes gens et jeunes filles, qui vivez dans des milieux complexes, avec des réalités différentes, et des situations familiales les plus diverses, vous vous êtes habitués à voir que dans le monde, tout n’est pas tout blanc ou tout noir ; que la vie quotidienne consiste en une large gamme de tonalités grises. C’est vrai ! Mais cela peut vous exposer au risque de tomber dans une atmosphère de relativisme, qui met de côté cette capacité qu’ont les jeunes d’entendre la douleur de ceux qui ont souffert. Vous avez la capacité non seulement de juger, de souligner des erreurs, mais également cette autre capacité magnifique et constructive : celle de comprendre. Comprendre que même derrière une erreur – parce qu’on doit prler clairement : une erreur est une erreur et il ne faut pas le maquiller – et vous êtes à même de le comprendre, que derrière une erreur, il y a une infinité de raisons, de circonstances atténuantes. Combien la Colombie a besoin de vous pour se mettre dans la peau de tous ceux pour lesquels de nombreuses générations n’ont pas pu ou n’ont pas su le faire, ou n’ont pas trouvé les modalités d’une compréhension adéquate !

A vous, les jeunes, il vous est très facile de vous rencontrer. J’ai d’ailleurs une demande. Ici, vous êtes tous rassemblés. Depuis combien de temps êtes-vous ici ? (réponses indistinctes) Vous voyez que vous courageux ? Pour vous, c’est très facile de se rencontrer. Il vous suffit d’un événement comme celui-ci, d’un bon café, d’un bon verre ou quoi que ce soit comme prétexte pour susciter la rencontre. Les jeunes se retrouvent sur la musique, l’art…oui, même une finale, une partie, entre l’Atlético Nacional et l’América de Cali est une occasion pour se réunir ! Pour cette raison, vous pouvez nous enseigner à nous les grands, que la culture de la rencontre ne consiste pas à penser, à vivre ni à réagir tous de la même manière, non ce n’est pas cela : La culture de la rencontre consiste à savoir qu’au-delà de nos différences nous faisons tous partie de quelque chose de grand qui nous unit et nous transcende, nous faisons partie de ce merveilleux pays. Aidez-nous, nous les grands, à entrer et à pas de géant dans cette culture de la rencontre que vous maitrisez si bien.

Votre jeunesse vous rend capables aussi de quelque chose de très difficile dans la vie : pardonner. Pardonner à ceux qui nous ont blessés ; il est remarquable de voir comment vous ne vous laissez pas embobiner par de vieilles histoires, comment vous nous regardez avec étonnement, nous les adultes, répéter des histoires de divisions seulement pour rester prisonniers des rancœurs. Vous nous aidez dans cette tentative de laisser derrière ce qui nous a blessés et vous nous aidez à regarder en avant sans le fardeau de la haine, parce que vous nous faites voir le monde entier qu’il y a devant, toute la Colombie qui veut grandir et continuer à se développer ; cette Colombie qui a besoin de chacun de nous et que, nous les plus âgés, nous vous devons.

Et c’est précisément pour cette capacité à pardonner que vous, les jeunes, affrontez l’énorme défi de nous aider à guérir notre cœur. Vous entendez ce que je vous demande ? aidez-nous à guérir notre cœur. On le dit tous ensemble ? (Ils le répètent) C’est une demande d’aide que je vous lance : transmettez-nous l’espérance jeune qui est toujours prête à donner aux autres une seconde chance. Les environnements d’inquiétude et d’incrédulité enferment l’âme, environnements qui ne trouvent pas d’issue aux problèmes et qui boycottent ceux qui essayent, abiment l’espérance dont toute communauté a besoin pour avancer. Que vos illusions et vos projets donnent de l’oxygène à la Colombie et la remplissent de saines utopies. Jeunes, rêvez, bougez, prenez des risques, regardez la vie avec un sourire nouveau, allez de l’avant, N’ayez pas peur !

C’est seulement ainsi que vous vous résoudrez à découvrir le pays qui se cache derrière les montagnes ; celui qui ne fait pas les titres des journaux et n’apparaît pas parmi les préoccupations quotidiennes parce qu’il est très loin. Ce pays que l’on ne voit pas et qui fait partie de ce corps social qui a besoin de nous : vous les jeunes, êtes capables de découvrir la Colombie profonde. Les cœurs jeunes sont stimulés devant les grands défis : combien de beautés naturelles y-a-t-il à contempler sans avoir besoin de les exploiter ! Que de jeunes comme vous ont besoin de votre main tendue, de votre épaule pour entrevoir un avenir meilleur.

Aujourd’hui j’ai voulu passer ces moments avec vous, je suis sûr que vous avez la capacité nécessaire pour construire – construire ! - la nation que nous avons toujours rêvée. Les jeunes sont l’espérance de la Colombie et de l’Eglise ; sur leur chemin et sur leurs pas nous devinons ceux de Jésus, Messager de paix, de celui qui nous porte toujours de bonnes nouvelles.

Je m’adresse maintenant à vous tous. Chers frères et sœurs de ce pays bien-aimé, enfants, jeunes, adultes et personnes âgées, vous qui voulez être porteurs d’espérance ; que les difficultés ne vous oppriment pas, que la violence ne vous abatte pas, que le mal ne vous vainque pas. Nous croyons que Jésus, par son amour et sa miséricorde qui demeurent pour toujours, a vaincu le mal, le péché et la mort. Répétons : Il suffit d’aller à sa rencontre. Allez à la rencontre de Jésus. Je vous invite à l’engagement - non à l’achèvement – mais à l’engagement. A quoi êtes-vous invités ? (La foule crie) Bravo, c’est cela. Prenez soin de vous engager pour la rénovation de la société afin qu’elle soit juste, stable, féconde. De ce lieu, je vous encourage à vous appuyer sur le Seigneur, qui est le seul qui nous soutient et le seul qui nous encourage à contribuer à la réconciliation et à la paix.

Je vous embrasse tous et chacun qui êtes ici, les malades, les plus pauvres, les marginalisés, ceux qui sont dans le besoin, les personnes âgées, ceux qui sont dans leurs maisons… chacun de vous ; vous êtes tous dans mon cœur. Et je demande à Dieu de vous bénir. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci beaucoup. »

Arrivée du Pape François le 6 septembre 2017

Le pape François est arrivé en Colombie. Il effectue son cinquième voyage en Amérique latine, allant à la rencontre d’un pays meurtri par un conflit armé d’un demi-siècle mais plein d’espoir après la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie.Pays catholique, évangélisé depuis l ’arrivée des premiers Espagnols au XVIe siècle par de nombreux ordres religieux, comme les franciscains, les jésuites, les augustiniens, la Colombie n’a jamais perdu la foi pendant toutes ces années de guerre. Son avion s’est posé à Bogota peu après 16h00 heure locale, mercredi 6 septembre 2017.

Le plan de vol de l’avion a dû être modifié pour contourner l’ouragan Irma, qui est en train de dévaster les Caraïbes.

Quatre pays des Amériques ont été survolés : les États-Unis (et plus précisément l’île de Porto Rico), la Barbade, la Grenade et le Venezuela. Dans son télégramme adressé au président de ce dernier pays, Nicolás Maduro, le Pape assure de sa prière « pour que toute la nation puisse promouvoir des chemins de solidarité, justice et concorde ». Évoquant le survol de ce pays devant les journalistes à bord, le Pape a demandé de prier que le Venezuela retrouve « une bonne stabilité par un dialogue avec tous ».

Sur le tarmac, tout sourire pour accueillir le Saint-Père : le président colombien Juan Manuel Santos, accompagné de son épouse et du nonce apostolique Mgr Ettore Balestrero. Après quelques mots échangés, des enfants sont venus saluer le Pape. Le premier d’entre eux s’appelle Emmanuel et il a eu un geste qui rappelle, dès les premiers pas de François en terre colombienne, le sens de ce voyage.

C’est une petite colombe en porcelaine blanche que l’enfant tend au Pape François pour signifier la paix et la réconciliation. Le cadeau donne la tonalité de ce voyage et prend un sens encore plus particulier lorsque l’on sait qu’Emmanuel est né dans la jungle colombienne, d’une mère alors détenue par les FARC et devenue parlementaire après sa libération.

Tout un symbole pour un Pape venu « aider la Colombie à aller de l’avant sur son chemin de paix », comme il l’a répété dans l’avion. Ce chemin de paix a été entamé il y a moins d’un an par l’accord avec la guérilla des FARC et s’est poursuivi il y a quelques jours, suite à la signature d’un cessez-le-feu avec l’autre guérilla du pays, l’ELN.

Le Pape n’oublie pas les victimes des années de guerre. Après la présentation des délégations, c’est vers des personnes malades et handicapées qu’il se tourne : des enfants mais aussi des civils et des militaires blessés lors des conflits. Une caresse, un sourire devant les pas de danses locales qui se déroulent devant lui, et c’est déjà l’heure de partir pour la nonciature apostolique. Durant les 15 kilomètres du trajet, la papamobile sera plusieurs fois arrêtée par les centaines de milliers de personnes venus accueillir le Pape.

À son arrivée à la nonciature, le Saint-Père a encore un mot pour des jeunes sortis de la rue ou de la drogue, dont il salue l’ « héroïsme ». « Ne perdez pas la joie, ne perdez pas l’espérance », leur lance le Pape, en endossant une « ruana », une sorte de poncho colombien offert par les jeunes.

Mercredi 6 septembre 2017

ce mercredi à 11 heures, heure de Rome, le Pape François a décollé pour la Colombie. Cinq jours en terre colombienne qui le conduiront dans quatre villes : Bogotá, Villavicencio, Medellín et Carthagène. Avec pour thème « Faisons le premier pas », ce 20ème voyage apostolique du Saint-Père est placé sous le signe de la réconciliation

Après 50 ans de conflit armé, le gouvernement et la guérilla des Farc ont signé un accord de paix fin 2016. Et il y a tout juste deux jours, ce lundi, le dernier groupe armé encore actif, l’ELN, a également signé un cessez-le-feu bilatéral historique avec le pouvoir, le premier de l’histoire de la Colombie.

Dans un télégramme adressé au président de la République italienne Sergio Mattarella, le Pape François a déclaré qu’il se rendait en Colombie « pour soutenir la mission de l’Église locale et porter un message d’espérance ».

Au cours du vol, le Saint-Père a ainsi évoqué un voyage « un peu spécial », puisqu’il doit « aider la Colombie à aller de l’avant sur son chemin de paix ». Le Pape a invité à prier pour cette mission, mais aussi pour le Venezuela, qu’il doit survoler, « afin qu’il puisse y avoir un dialogue et que le pays trouve une belle stabilité ».

À cause de l’ouragan Irma qui touche actuellement les Caraïbes, le vol suivra un trajet plus au sud que celui prévu initialement, a indiqué la salle de presse du Saint-Siège, sans préciser si ce détour aura une incidence sur l’heure d’arrivée à l’aéroport de Bogotá (prévue vers 16h30 heure locale, 23h30 heure de Rome).

Après la cérémonie de bienvenue sur place, le Pape ira à la nonciature apostolique. Outre la capitale colombienne, le Saint-Père se rendra également à Villavicencio, Medellín et Carthagène durant ce 20ème voyage apostolique. Il devrait repartir dimanche 10 septembre à 19h de l’aéroport de Carthagène (2h du matin lundi 11 septembre, heure de Rome) et arriver à l’aéroport de Rome-Ciampino lundi vers 12h40, heure locale.

Programme complet du voyage du Saint-Père en Colombie

Mercredi 6 septembre 2017

- 11h00 Départ en avion de l’Aéroport de Rome/Fiumicino pour Bogotá

- 16h30 Arrivée dans la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogotá :
Cérémonie de bienvenue

Jeudi 7 septembre 2017

BOGOTA

- 9h00 Rencontre avec les autorités sur la Plaza de Armas de la Casa de Nariño et discours du Pape

- 9h30 Visite de courtoisie au Président dans la Salle du protocole de la Casa de Nariño

- 10h20 Visite à la Cathédrale

- 10h50 Bénédiction des fidèles du balcon du palais cardinalice

- 11h00 Rencontre avec les évêques dans la salle du Palais cardinalice

- 15h00 Rencontre à la nonciature apostolique avec le Comité de direction du CELAM, le Conseil épiscopal latino-américain dont le siège est à Bogotá

- 16h30 Messe au Parc Simon Bolivar

Vendredi 8 septembre 2017

BOGOTA-VILLAVICENCIO-BOGOTA

- 7h50 Départ en avion de la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogotá pour Villavicencio

- 8h30 Arrivée à la Base aérienne d’Apiay à Villavicencio

- 9h30 Messe présidée par le Pape sur le terrain CATAMA

- 15h40 Grande rencontre de prière pour la réconciliation nationale au parc Las Malocas et discours du Saint-Père

- 17h20 Visite à la Croix de la Réconciliation au Parque de los Fundadores

- 18h00 Départ en avion pour Bogota

- 18h45 Arrivée dans la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogota

Samedi 9 septembre 2017

BOGOTÁ-MEDELLÍN-BOGOTÁ

- 8h20 Départ en avion de la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogota pour Rionegro

- 9h10 Arrivée sur la base aérienne de Rionegro

- 9h15 Transfert en hélicoptère à l’Aéroport de Medellin

- 10h15 Messe présidée par le Pape à l’Aéroport Enrique Olaya Herrera de Medellin

- 15h00 Rencontre à l’Hogar San José

- 16h00 Rencontre avec les prêtres, les religieux/ses, les consacrés/es, les séminaristes et leurs familles de provenance au stade couvert La Macarena et discours du Pape

- Transfert en hélicoptère à la base aérienne de Rionegro

- 17h30 Départ en avion pour Bogota

- 18h25 Arrivée dans la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogota

Dimanche 10 septembre 2017

BOGOTA-CARTHAGENE-ROME

- 8h30 Départ en avion pour Carthagène

- 10h00 Arrivée à l’Aéroport de Carthagène

- 10h30 Bénédiction par le Saint-Père de la première pierre d’une maison pour les sans-abri de l’Œuvre Talitha Qum sur la place Saint-François-d’Assise

- 12h00 Angélus du Pape devant l’église Saint-Pierre-Claver

- 12h15 Visite à la Maison sanctuaire de saint Pierre Claver

- 15h45 Transfert en hélicoptère de la base navale à la zone portuaire du Contecar

- 16h30 Messe présidée par le Pape dans la zone portuaire du Contecar

- 18h30 Transfert en hélicoptère à l’Aéroport de Carthagène

- 18h45 Cérémonie de congé

- 19h00 Départ en avion pour l’Aéroport de Rome/Ciampino

Lundi 11 septembre 2017

- 12h40 Arrivée à l’Aéroport de Rome/Ciampino

(Avec R. V.)

Dimanche 3 Septembre 2017

lors de la prière de l’Angélus, ce dimanche, depuis la fenêtre des appartements pontificaux, le Pape François a commenté l’Évangile du jour, tiré du 16ème chapitre de Saint-Matthieu. En revenant sur la réaction hostile de Pierre quand Jésus lui annonce qu’à Jérusalem, il devra souffrir, être tué et ressusciter, le Pape a interpellé notre propre scepticisme, nous invitant à suivre le Christ dans la croix pour avoir une vie féconde, ancrée dans l’amour et non pas dans l’égocentrisme

« Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Par cette réprobation vigoureuse adressée à Pierre, Jésus avertit l’ensemble de ses disciples : il n’y a qu’une seule voie à suivre. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

Alors que nous avons souvent la tentation de refuser la Croix, ou même de dire à Dieu ce qu’Il doit faire, « Jésus nous rappelle que sa voie est la voie de l’amour, et qu’il n’y a pas de vrai amour sans sacrifice de soi ». Les chrétiens doivent donc « cheminer à contre-courant » en acceptant ces paroles qui « défient la mentalité et les comportements égocentriques. « Celui qui veut sauver sa propre vie, la perdra ; mais celui qui perdra sa propre vie à cause de moi, la trouvera », nous avertit le Christ. « Dans ce paradoxe est contenue la règle d’or que Dieu a inscrit dans la nature humaine créée dans le Christ : la règle que seul l’amour donne du sens et du bonheur dans la vie », a précisé le Pape François.

L’eucharistie, qui fait revivre le Sacrifice rédempteur, rappelle qu’il n’est de vie féconde que dans le sacrifice de soi, a enfin précisé le Pape François, qui a conclu son intervention en demandant à la Vierge Marie d’aider les chrétiens à « ne pas avoir peur de souffrir par amour de Dieu et des frères ».

Au terme de son intervention lors de la prière de l’angélus, le Pape a redit sa « proximité spirituelle aux populations de l’Asie du Sud », qui souffrent des conséquences de la mousson, et il a également exprimé sa « vive participation aux souffrances des habitants du Texas et de la Louisiane, frappés par un ouragan et des pluies exceptionnelles, qui ont provoqué des victimes, des milliers de déplacés et d’importants dégâts matériels ». Il a demandé à la Vierge Marie, « consolatrice des affligés », d’obtenir du Seigneur « la grâce du réconfort pour nos frères durement éprouvés ».

La mousson qui frappe l’Asie du Sud actuellement a pris cette année une ampleur particulièrement dramatique dans trois États : l’Inde, le Bangladesh et le Népal. Le bilan global, forcément approximatif et provisoire compte tenu de l’immense territoire concerné, avoisinerait les 1500 morts. Plus de 40 millions de personnes sont affectées, dont un million qui ont dû quitter leur maison.

Très attentif à l’Asie, le Pape François se rendra à Dacca, au Bangladesh, du 30 novembre au 2 décembre prochains.

Une autre catastrophe frappe le sud des États-Unis. Là aussi, la saison traditionnelle des ouragans s’est montrée particulièrement dévastatrice. L’ouragan Harvey et surtout les fortes pluies qui ont suivi ont provoqué d’énormes dégâts en Louisiane et au Texas, où une partie de la ville de Houston est sous les eaux. Le bilan humain s’élève pour le moment à une quarantaine de morts, et les conséquences économiques devraient être très lourdes. Une grande partie de l’industrie chimique et pétrolière est à l’arrêt.

L’Église catholique, très dynamique au Texas, est très active auprès des personnes affectées par des inondations, et la solidarité s’organise au niveau national. Le cardinal Daniel DiNardo, président de la Conférence épiscopale et archevêque de Galveston-Houston, a invité tout le monde à la prière et à la solidarité, surtout envers les plus pauvres qui vivent dans la rue, et se trouvent en grand danger. « Les personnes sont piégés sur des toits, et l’eau continue à monter, a écrit l’évêque dans un message à ses confrères, repris par l’agence Sir. Nous remercions tous ceux qui en ce moment sont en train de risquer leur vie pour sauver les autres et tous ces héros inconnus qui sont en train d’aider leurs proches les plus dans le besoin. »

(Avec R. V.)

Dimanche 27 août 2017

Devant une foule de fidèles et de pèlerins réunis nombreux Place St Pierre, le Souverain Pontife est revenu sur l’Evangile de ce dimanche, celui de la Confession de Pierre, en St Matthieu, « un passage-clé du chemin de Jésus et de ses disciples ».

Jésus veut construire son Eglise avec nous, nous en faisons tous partie et chacun de nous y a sa place : c’est le cœur de la méditation du Pape François en ce dimanche.

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » demande Jésus à ses disciples. Le Maitre sait ce que disent de Lui les gens du peuple, mais maintenant, Il veut savoir ce pensent ceux qui lui sont proches, ceux qui partagent sa vie et le connaissent de près. Et la réponse jaillit des lèvres de Simon-Pierre : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Avec ces paroles, inspirées par le Père céleste, Jésus comprend que, « grâce à la foi donnée par le Père, il existe un fondement solide sur lequel Il peut construire sa communauté, son Eglise ». Et c’est pour cela qu’Il affirme à Simon : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ».

Et c’est avec nous, aujourd’hui, que Jésus veut continuer à construire son Eglise, assure le Pape François, cette maison solide, « qui ne manque pas de fissures, et qui a constamment besoin d’être réparée, comme aux temps de St François d’Assise ». « Nous sommes des petites pierres, mais aucune de ces pierres n’est inutile ». Au contraire, « dans les mains de Jésus, elle devient précieuse, car Il la recueille, la garde avec grande tendresse, la travaille avec son Esprit, et la met à sa juste place ». C’est ainsi qu’avec l’amour de Jésus, nous devenons des « pierres vivantes », et chacun de nous a sa place et sa mission dans l’Eglise : « elle est communauté de vie, constituée de nombreuses petites pierres qui forment un seul édifice, dans le signe de la fraternité et de la communion ».

L’Evangile de ce jour nous rappelle en outre, ajoute le Pape, que Jésus a voulu, pour son Eglise, « un centre visible de communion à Pierre et ses successeurs, identifiés depuis les origines comme évêques de Rome, la ville où Pierre et Paul ont rendu témoignage », en versant leur sang.

Et le Saint-Père d’invoquer l’intercession et le soutien de la Vierge Marie, Reine des Apôtres et Mère de l’Eglise, « afin que nous réalisions pleinement l’unité et la communion pour lesquels le Christ et les apôtres ont prié et ont donné leur vie ».

A l’issue de la prière de l’Angélus, le Pape François a de nouveau lancé un appel en faveur de la minorité des Rohingyas en Birmanie. « De tristes nouvelles sont arrivées sur la persécution de la minorité religieuse, nos frères Rohingyas, a dit le Souverain Pontife, je voudrais leur exprimer toute ma proximité, et nous tous, demandons au Seigneur de les sauver, et de susciter des hommes et femmes de bonne volonté pour les aider. Qu’ils leur donnent de pleins droits, prions pour nos frères Rohingyas ».

Enfin, il a prié pour toutes les victimes des catastrophes naturelles qui ont frappé différentes régions du monde.

Dimanche 20 août2017

Lors de l’audience de l’Angélus, place saint-Pierre, le Pape François est revenu sur la persévérance, "exemple de foi indestructible", donnée par la Cananéenne dans l’Evangile de ce jour. Cette persévérance doit nous encourager à ne jamais perdre l’espoir.

L’Évangile de ce dimanche est, en effet, un point de départ pour comprendre qu’il ne faut jamais se décourager, jamais désespérer face aux dures épreuves de la vie, à l’exemple de la femme Cananéenne, qui implore Jésus de toutes ses forces pour qu’il guérisse sa fille « tourmentée par un démon » (Mt 15, 22). Aux premiers appels de cette étrangère aux yeux du peuple de Judée, Jésus semble de fait ne pas l’entendre, mais c’est sa persévérance qui finira par l’emporter.

« Le seigneur ne tourne pas le dos devant nos nécessités, et s’il peut paraitre insensible quelquefois à notre appel à l’aide, c’est pour mettre notre foi à l’épreuve et la renforcer »

Cet épisode de l’Évangile de Saint-Mathieu nous aide à comprendre le besoin que nous avons grandir dans la foi, et de renforcer notre confiance en Jésus. Lui peut nous aider à retrouver notre chemin lorsque nous avons perdu la boussole de notre route, lorsqu’il nous devient difficile de rester fidèles à nos engagements.

Il est donc important d’alimenter chaque jour notre foi, rappelle le Pape François, par l’écoute de la Parole de Dieu, par la célébration des Sacrements, par la prière personnelle comme un cri vers Dieu, et par des actions concrètes de charité pour aider notre prochain.

Après la prière de l’Angélus, le Pape a salué les membres de l’association française « Roulons pour l’espoir » qui sont venue en vélo à Rome en partant de Besançon. Tout au long de leur périple de plus de mille kilomètres, les cyclistes de l’association récoltent des fonds pour les enfants malades.

Une nouvelle fois ce dimanche, après le tweet de samedi, le Saint Père a condamné fermement les attentats terroristes de cette semaine :

« Nous portons dans nos cœurs la douleur des actions terroristes qui ont, ces derniers jours, provoqué de nombreuses victimes au Burkina Faso, en Espagne et en Finlande. Prions pour tous les défunts, les blessés et pour leurs familles. Supplions le Seigneur, Dieu de Miséricorde et de paix, de libérer le monde de cette violence inhumaine ».

Ces paroles du Pape François interviennent alors qu’à Barcelone, une messe a été célébrée ce dimanche matin dans la basilique de la Sagrada Familia. Une cérémonie religieuse à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme, et pas uniquement les victimes espagnoles, selon le souhait du Cardinal Juan José Omella, l’Archevêque de Barcelone.

Dans l’assemblée, parmi les milliers de fidèles dans et devant la basilique emblématique de la ville, étaient présents le roi d’Espagne Felipe VI, le chef du gouvernement Mariano Rajoy et le président de la Catalogne Carles Puigdemont.

(Avec R. V.)

Mardi 15 Août 2017

En ce jour de la fête de l’Assomption, le Pape François a insisté sur la joie de Jésus apportée par la Vierge Marie au monde. Le Saint-Père a commenté l’Évangile du jour, celui de la visitation selon saint Luc, quand Marie enceinte du Christ se rend auprès de sa cousine Elisabeth, qui attend Jean-Baptiste.

« Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. » Voici le cri d’exclamation d’Elisabeth dès l’arrivée de Marie dans sa maison. Ce sont ces mots qui commenceront la populaire prière de l’Ave Maria, Je vous salue Marie, rappelle le Pape. Ce cri d’émerveillement, c’est un cri de grande joie car « Marie vient de faire un don à Elisabeth, et même au monde entier », explique le Saint-Père.

C’est le don de « Jésus qui vit déjà en elle, pour prendre chair humaine, pour accomplir sa mission de salut ». Tout d’un coup dans la demeure d’Elisabeth et Zacharie, il y a « la présence invisible mais réelle de Jésus qui remplit tout de sens : la vie, la famille, le salut du peuple, tout ! »

Cette joie, poursuit le Pape, s’exprime par la voix de Marie, « dans la belle prière que Saint-Luc nous transmet, qui s’appelle Magnificat, un chant de louange à Dieu qui s’opère à travers les personnes humbles comme Marie elle-même, comme son époux Joseph et le lieu où ils vivent Nazareth ». Car, « l’humilité est comme un vide qui laisse place à Dieu ». « L’humble est puissant car il est humble et non car il est fort, c’est ça la grandeur de l’humilité » rappelle François qui a proposé aux fidèles place Saint-Pierre de se poser la question, en répondant dans son cœur, « comment va mon humilité ? ». « Le Magnificat chante le Dieu miséricordieux et fidèle qui accomplit son dessein de salut avec les petits et les pauvres, avec ceux qui se fient à sa Parole comme Marie ».

Ainsi, dans la maison d’Elisabeth, la présence de Jésus crée non seulement un « climat de joie et de communion fraternelle, mais aussi de foi qui apporte espérance, prière et louange ». C’est ce qui doit se passer aujourd’hui dans nos maisons, appelle le Saint-Père, en célébrant « celle qui nous apporte ce don immense, cette grâce au-dessus de toute autre grâce, la grâce de Jésus-Christ ! ». Car « en portant Jésus, la Vierge nous apporte aussi une joie nouvelle, pleine de sens, une nouvelle capacité de traverser avec foi les moments douloureux et difficiles, la capacité de miséricorde, de nous pardonner, de nous comprendre, de nous soutenir les uns les autres ». « Marie est un modèle de vertu et de foi ».

Le Pape a enfin invité les fidèles à la remercier de « toujours nous précéder dans le pèlerinage de la vie et de la foi », et à lui demander « son soutien pour avoir une foi forte, joyeuse et miséricordieuse qui nous aide à être saints pour la rencontrer un jour, au Paradis ».

Après l’Angélus, le Saint-Père a confié à la Vierge Marie « les angoisses et les douleurs des populations de tant de parties de monde qui souffrent à cause des catastrophes naturelle, des tensions sociales et des conflits ».

(Avec R. V.)

Dimanche 13 août 2017

Lors de la prière de l’Angelus, le Pape François s’est appuyé sur l’Évangile du jour, récit de Jésus marchant sur l’eau qui tend la main pour sauver Pierre dans le lac de Galilée.

C’est toute l’histoire de la foi, a souligné le Saint-Père devant la foule. Il a ainsi rappelé que croire n’est pas un chemin de tranquillité mais l’assurance d’un soutien qui donne sens au chemin de vie.

Ce récit de Pierre qui coule en voulant marcher sur l’eau vers Jésus, contient un « riche symbole et fait réfléchir à notre foi » explique le Pape. Une réflexion qui se mène « soit comme un individu, soit comme communauté ecclésiale, mais aussi sur la foi de nous tous qui sommes réunis aujourd’hui sur la place Saint-Pierre.

La barque dans laquelle se trouve les disciples sur le lac de Galilée, et confrontée à des vents contraires, représente à la fois « la vie de chacun et la vie de l’Église ». Les vents eux sont les difficultés et les épreuves de la vie. Ainsi, quand Pierre appelle Jésus à l’aide, il révèle « notre désir de sentir la proximité du Seigneur mais aussi la peur et l’angoisse qui accompagnent les moments les plus durs de notre vie et de notre communauté, marquées par des fragilités internes et des difficultés externes ». Dans ces moments, si comme pour Pierre la parole rassurante de Jésus ne suffit pas, le Pape met en garde ceux qui « consultent les horoscopes et les diseurs de bonne aventure et commencent à sombrer vers le fond ». À l’inverse, le Saint-Père appelle à s’accrocher à la parole du Seigneur « comme à une corde tendue à laquelle s’agripper pour affronter les eaux hostiles et turbulentes ».

Cet Évangile justement, « nous rappelle que la foi en le Seigneur et sa parole n’ouvre pas un chemin de facilité et ne nous soustrait pas aux tempêtes de la vie ». En somme, la foi n’est pas un long fleuve tranquille, « elle n’est pas si forte » souligne le Pape François. Mais la foi « nous donne l’assurance d’une Présence qui nous pousse à dépasser les orages existentiels, la certitude d’une main qui nous saisit pour nous aider à affronter les difficultés, nous indiquant la route dans le brouillard ». En résumé, « la foi n’est pas une échappatoire aux problèmes de la vie, mais apporte un soutien et donne un sens au chemin ».

Finalement, conclut le Pape, « cet épisode est une belle image de la réalité de l’Église en tout temps : une barque menacée de se renverser par des vents contraires est sauvée par la foi en le Christ et sa parole ». C’est ça la garantie contre le naufrage. « Sur cette barque nous sommes en sécurité malgré nos malheurs et nos faiblesses, en particulier quand nous nous mettons à genoux pour adorer le Seigneur et, comme les disciples, se prosterner devant lui pour lui dire : Tu es vraiment le fils de Dieu ».

Le Pape François a alors fait répéter la phrase aux fidèles places Saint-Pierre, priant Marie de « rester solides dans la foi pour résister aux tempêtes de la vie, rester sur la barque de l’Église en refusant la tentation de monter sur des bateaux enchanteurs mais douteux sur les idéologies, la mode et les slogans ».

(Avec R. V.)

Dimanche 6 août 2017

Des milliers de personnes étaient réunies Place St Pierre malgré une chaleur écrasante, pour la prière de l’Angélus. Dans sa méditation, le Pape François a choisi d’expliciter le sens profond de la Transfiguration du Seigneur, que l’Eglise fête en ce jour.

Cet événement « nous offre un message d’Espérance : il nous incite à rencontrer Jésus pour ensuite être au service de nos frères », a notamment déclaré le Pape.

L’ascension des disciples Pierre, Jacques et Jean vers le Mont Thabor nous invite à réfléchir sur « l’importance de se détacher des choses mondaines, pour marcher vers les hauteurs et contempler Jésus ». Il s’agit de « nous disposer à l’écoute priante et attentive du Christ », le Fils bien-aimé du Père, en recherchant des moments intimes de prière. Car c’est le « silence pacifiant et régénérant de la méditation de l’Evangile » que nous sommes appelés à redécouvrir. C’est en cela que le temps des vacances peut devenir providentiel, suggère le Pape François, car il favorise la rencontre avec le Seigneur. Il est important que le temps du repos nous permette de revigorer les forces du corps et de l’esprit, insiste le Saint-Père.

Le Pape évoque également ce qui se passe après l’ascension et la Transfiguration. Les disciples redescendent de la montagne, « le coeur et les yeux transfigurés par cette rencontre avec le Seigneur » ; « c’est le parcours que nous pouvons accomplir nous aussi ». La redécouverte de Jésus n’est pas en une fin en soi, mais nous pousse à « descendre de la montagne », remplis de l’Esprit Saint, à faire de nouveaux « pas d’authentique conversion », à « témoigner de la charité, comme loi de vie quotidienne ».

« Transformés par la présence du Christ et l’ardeur de sa parole, nous serons signes concrets de l’amour vivifiant de Dieu pour tous nos frères, surtout ceux qui souffrent, ceux qui sont seuls ou abandonnés, les malades, et la grande multitude de ceux qui, dans le monde, sont humiliés par l’injustice, de toute-puissance et la violence ».

Et le Pape François a conclu en confiant à la protection de la Vierge Marie tous ceux qui profitent de leurs vacances, et ceux qui ne peuvent en avoir, en raison d’un âge avancé, de leur santé, de leur travail, ou de motifs économiques. « Que ce temps estival soit malgré tout un temps de détente, enrichi par des présences amicales et des moments de joie ».

(Avec R. V.)

Mercredi 2 Août 2017

Après la pause estivale du mois de juillet, le Pape François a repris, ce mercredi 2 août, les audiences générales. Devant près de 7.000 pèlerins réunis en salle Paul VI dans un climat festif, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèses sur l’espérance chrétienne.

Il a choisi de revenir sur le rite du baptême et a exhorté les fidèles à porter la lumière du Christ dans le monde.

« Que veut dire être chrétien ? C’est regarder la lumière, continuer à professer la foi en la lumière, même quand le monde est enveloppé par la nuit et les ténèbres ». Ces paroles, le Pape François les illustre en rappelant les rites antiques du baptême, quand les catéchumènes, regardant vers l’occident, renonçaient à Satan ; avant de se tourner vers l’abside, en direction de l’Orient où le soleil se lève, pour professer leur foi en la trinité.

Par la grâce du baptême, les chrétiens « ne croient pas en l’obscurité, mais en la clarté du jour ; ne succombent pas à la nuit, mais espèrent en l’aurore ; ne sont pas défaits par la mort, mais aspirent à ressusciter ».

« Nous sommes ceux qui croient que Dieu est père (…), que Jésus est descendu parmi nous (…), que l’Esprit Saint œuvre sans arrêt pour le bien de l’humanité et du monde » : « voilà la lumière », répète encore le Pape, « voilà l’espérance qui nous réveille chaque matin ! »

Cette lumière est appelée à se propager, comme le cierge pascal le jour de Pâques mais aussi à chaque baptême, lorsqu’on y allume la bougie remise aux parents ou au catéchumène. « La vie de l’Église est contagion de lumière », souligne le Pape, avant de se demander si l’histoire retiendra de nous « que nous avons été capable d’espérance, ou que nous avons mis notre lumière sous le boisseau. »

Pour toujours se souvenir de transmettre cette lumière d’espérance, le Saint-Père donne un conseil : trouver et « se rappeler la date de notre baptême ! »

(Avec R. V.)

Dimanche 30 Juillet 2017

Lors de la prière de l’Angélus ce dimanche midi, devant les fidèles qui avaient affronté la chaleur écrasante de ce milieu d’été, le Pape François est revenu sur les images utilisées dans l’Évangile du jour, tiré du 13ème chapitre de Saint-Matthieu : le « trésor caché » et la « perle précieuse ».

À travers ces deux paraboles, Jésus invite ses disciples à renoncer à leur confort et à leurs biens pour le suivre et découvrir un plus grand bien encore : l’amour infini de Dieu.

« Il est vrai que le Royaume de Dieu est offert à tous, est un don, un cadeau, une grâce, mais il n’est pas mis à disposition sur un plateau d’argent, il demande un dynamisme. » Le Pape François a insisté sur cette double dimension de « recherche » et de « sacrifice » qui donne tout son relief à l’expérience chrétienne.

« L’attitude de la recherche est la condition essentielle pour trouver ; il faut que le cœur brûle du désir de rejoindre le bien précieux, c’est-à-dire le Royaume de Dieu qui se fait présent dans la personne de Jésus. C’est Lui le trésor caché, c’est Lui la perle de grande valeur. Il est la découverte fondamentale, qui peut donner un tournant décisif à notre vie, en la remplissant de sens. »

La découverte de ce trésor implique « sacrifice, détachements et renoncements ». « Il ne s’agit pas de mépriser le reste, mais de le subordonner à Jésus, en le mettant Lui à la première place. » C’est cela la clé de la grâce, et il ne faut pas en tirer une quelconque frustration ou tristesse, au contraire : « Le disciple de Jésus n’est pas quelqu’un qui s’est privé de quelque chose d’essentiel, c’est quelqu’un qui a trouvé beaucoup plus : il a trouvé la joie pleine que seul le Seigneur peut donner. C’est la joie évangélique des malades guéris, des pécheurs pardonnés, du voleur pour qui s’ouvre la porte du paradis. » « Ceux qui se laissent sauver par Jésus « sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. »

Le Pape a conclu en invitant à prier pour que tous ceux qui adhèrent à la foi chrétienne sachent « témoigner, avec les paroles et les gestes quotidiens, de la joie d’avoir trouvé le trésor du Royaume de Dieu, c’est-à-dire l’amour que le Père nous a donné à travers Jésus ».

(Avec R. V.)

Dimanche 23 Juillet 2017

Lors de la prière de l’Angélus devant les fidèles rassemblés sous une chaleur écrasante place Saint-Pierre, le Pape François s’est appuyé sur la parabole du bon grain et de la mauvaise herbe, racontée dans l’Évangile du jour, selon Saint-Mathieu. Une histoire qui « illustre le problème du mal dans le monde et met en lumière la patience de Dieu ».

Toute « mauvaise herbe peut devenir un bon produit », c’est l’espérance.

Ce récit se situe dans un champ, avec deux protagonistes opposés, raconte le Pape François. D’un côté, il y a le patron du champ, il représente Dieu, et il sème un bon grain de blé. De l’autre côté, il y a l’ennemi qui représente Satan et sème de la mauvaise herbe. Cette mauvaise herbe « avec le temps, commence à pousser en même temps que le bon grain ». Mais il ne faut surtout pas arracher tout de suite les herbes folles, car comme le dit le maître à ses serviteurs, « en arrachant la mauvaise herbe vous déracineriez le blé ». Quand Jésus fait ce récit, explique le Pape, « il nous dit que dans ce monde, le bien et le mal sont totalement imbriqués, qu’il est impossible de les séparer et d’extirper tout le mal ». « Seul Dieu en est capable et il le fera lors du jugement dernier. »

Cette situation présentée dans l’Évangile, « situation ambiguë et complexe », illustre « le champ de liberté des chrétiens, dans lequel s’accomplit le difficile exercice du discernement entre le bien et le mal ». Dans ce champ, il s’agit alors, poursuit le Saint-Père, « de faire conjoindre, avec une grande confiance en Dieu et sa providence, deux attitudes apparemment contradictoires : la décision et la patience ». La décision, analyse François, « c’est de vouloir être une bonne graine, de toutes ses forces, et ainsi s’éloigner du mal et de sa séduction ». Ensuite, la patience, c’est « préférer une Église qui est le levain de la pâte, qui n’a pas peur de se salir les mains en lavant les vêtements sales de ses enfants, plutôt qu’une Église de « purs », qui prétend juger à l’avance qui est au Royaume de Dieu et qui ne l’est pas ».

La parabole du jour aide ainsi à comprendre que « le bien et le mal ne peuvent pas s’identifier par des territoires définis ou des groupes humains déterminés, certains mauvais d’autres bons », car nous sommes tous pécheurs, « la frontière entre le bien et le mal passe dans le cœur de chacun ». Le Pape appelle alors à retenir cet enseignement de Jésus qui propose de regarder autrement le champ du monde. En apprenant « les temps de Dieu -qui ne sont pas les nôtres- et le regard de Dieu, ce qui était ou que l’on croyait être une mauvaise herbe peut devenir un bon produit. C’est ça la réalité de la conversion. C’est ça, la perspective de l’espérance. »

Après la prière de l’Angelus depuis la fenêtre du palais apostolique, le Pape François a également évoqué la situation à Jérusalem. Suivant « avec une vive inquiétude les graves tensions et les violences de ces jours-ci à Jérusalem », le Saint-Père a lancé un « vibrant appel à la modération et au dialogue ». Il a ainsi invité les fidèles place Saint-Pierre à s’unir à sa prière pour que « le Seigneur inspire à tous des intentions de réconciliation et de paix ».

Depuis le 14 juillet, jour d’une attaque qui a coûté la vie à deux policiers israéliens, des affrontements opposent des Palestiniens et des policiers israéliens à Jérusalem et en Cisjordanie. La semaine de heurts s’est achevée par une soirée meurtrière, faisant six morts des deux côtés et plus de 500 blessés. Le lendemain, samedi 22 juillet, deux Palestiniens ont été tués près de Jérusalem. Ces dernières violences ont été provoquées par les nouvelles mesures de sécurité israéliennes à l’entrée de l’esplanade des Mosquées.

Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a été convoquée lundi 24 juillet à la demande de la France, de la Suède et de l’Égypte.

(Avec R. V.)

Dimanche 16 juillet 2017

Au cours de l’audience de l’Angélus, place Saint-Pierre, le Pape a demandé aux fidèles de « radiographier » l’état spirituel de leur cœur. Celui-ci est-il un terrain fertile ou est-il imperméable ?

Le Pape François pousse les catholiques paresseux à laisser Jésus s’enraciner en eux. Il invite chacun à reconnaitre et nommer les ronces qui étouffent la Parole de Dieu en leur cœur. Des vices que sont l’égoïsme, l’avidité du pouvoir ou de la richesse.

L’Évangile de ce dimanche célèbre la parabole du semeur racontée par Jésus à la foule qui se tient pour l’écouter sur le rivage (Matthieu 13, 1-23). Jésus ne s’impose pas à eux, il leur propose de l’écouter. « Jésus ne cherche pas à attirer par la conquête, mais en se donnant ». Sa Parole n’est pas « une cage ou un piège, mais une semence qui peut porter ses fruits ». Comment ? « Si nous l’accueillons » affirme François. Pour le Pape, cette parabole parle « surtout de nous », du terrain plus que du semeur. Jésus fait une « radiographie spirituelle de notre cœur, qui est le terrain sur lequel tombe la semence de sa Parole ».

Il existe des bons terrains, et ainsi de bons cœurs, pour faire pousser les grains. Au contraire, il y a des terrains durs « imperméables » sur lesquels la Parole de Dieu « rebondit » sans pénétrer.

Le Pape décrit d’autres types de terrains intermédiaires. Celui qui est plein de pierres, avec peu de terre. Le grain y tombe, il pousse, mais ne parvient pas à s’enraciner. « Ainsi sont les cœurs superficiels, qui accueillent le Seigneur, veulent prier, aimer, témoigner, mais ne persévèrent pas . Ils se fatiguent et ne décollent jamais. Là, l’amour est inconstant et passager ». Le Pape affirme que le grain de celui qui accueille le Seigneur « quand cela lui plaît », ne porte pas de fruits.

Enfin, le terrain plein de ronces qui étouffent les bonnes plantes, dont parle l’Évangile. Ces ronces sont « les préoccupations du monde, la séduction de la richesse (v22) ». Ce sont « les idoles de la richesse mondaine, le goût pour une vie avide pour soi-même ou le goût pour l’avoir et le pouvoir » : les vices qui se battent avec Jésus et étouffent sa présence, nous dit le Pape qui met en garde. « Si on cultive ces ronces, on empêche Jésus de grandir en nous ». Le Pape invite chacun à reconnaitre les vices qui habitent leur cœur, l’interdisant d’être « un cœur propre », pour ensuite les arracher.

Avec cette parabole, Jésus pousse les fidèles à regarder l’état de son cœur, à montrer de la gratitude pour les terrains fertiles, et à travailler sur les terrains qui ne sont pas encore bons. « Demandons-nous si notre cœur est ouvert et prêt à accueillir avec foi les grains de la Parole de Dieu. Demandons-nous si les cailloux de la paresse sont encore nombreux et grands. (…) Trouvons le courage de bonifier le terrain qu’est notre cœur, en confiant nos pierres et nos ronces au Seigneur dans la confession ou la prière ». Jésus sera heureux d’aider au travail de purification de nos cœurs, assure le Saint-Père.

(Avec R. V.)

Dimanche 9 juillet 2017

Lors de la Prière de l’Angélus, Place Saint Pierre, devant les pèlerins venus en nombre à Rome en ce mois de juillet, le Pape François a proposé une réflexion sur le passage de l’Évangile de ce jour.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » L’invitation faite par le Christ et racontée par l’évangéliste Matthieu s’adresse à tous ceux qui se sentent fatigués et opprimés.

Jésus, qui sait combien la vie peut être difficile, en raison des déceptions et les blessures du passé, ou des incertitudes et des inquiétudes pour l’avenir, nous appelle à réagir et à ne pas rester dans le désarroi, ce qui serait une erreur. Réagir peut paraitre une évidence mais en réalité il n’en est pas ainsi : « Dans les moments sombres, il nous semblerait naturel de rester seul, de ruminer sur les injustices de la vie, sur l’ingratitude des autres, sur la méchanceté du monde », dit le Pape François, observant que dans de telles circonstances, si l’on reste enfermés sur nous-mêmes, on se familiarise avec la tristesse. Mais Jésus, lui, veut nous sortir de ces « sables mouvants », et c’est le sens de son appel « Venez ».

Le chemin de la sortie passe par la relation à l’autre, par cette main tendue et en levant le regard vers celui nous aime réellement. « Car, poursuit le Saint Père, sortir de son propre enfermement n’est pas suffisant. Encore faut-il savoir où aller. De nombreuses destinations sont illusoires, elles promettent le repos et distraient quelque peu. Elles promettent la paix et le divertissement, mais en fin de compte, elles nous renvoient à notre précédente solitude. Ce sont des feux de paille ».

Jésus ne se limite pas à nous appeler, il nous indique la direction : « Venez à moi ». Il arrive souvent que dans les moments difficiles on cherche à parler à un ami, un expert, à quelqu’un qui nous écoute. « C’est un grand bien », « mais n’oublions pas Jésus. N’oublions pas de nous ouvrir à lui et de lui raconter la vie, de lui confier des personnes et des situations. »

Il ne faudra pas cependant attendre que d’un coup de baguette magique Jésus puisse résoudre les problèmes. Jésus ne fera pas disparaitre les problèmes, il soulagera de l’angoisse. Il ne nous ôtera pas notre croix, il la portera avec nous. Car c’est lui, le repos que nous cherchons. Aller vers le Christ, lui donner de notre temps, le rencontrer chaque jour dans la prière, se familiariser avec sa parole, redécouvrir sans crainte son pardon, c’est se sentir aimé et consolé par lui.

Alors, en ce mois de juillet qui est un temps de vacances où nous recherchons le repos loin de ce qui fatigue le corps, le Saint-Père conclut : « N’oublions pas de chercher le vrai repos dans le Seigneur ».

(Avec R. V.)

Dimanche 2 Juillet 2017

Lors de la prière de l’Angélus, le Pape François a rappelé que les disciples missionnaires sont le lien avec Jésus et en font le témoignage. C’est sous une forte chaleur que les fidèles ont écouté l’enseignement du Saint-Père au sujet du premier envoi des disciples de Jésus en mission.

Dans cet Evangile du jour, Jésus souligne deux aspects essentiels de la vie du disciple missionnaire : la puissance de la relation avec Jésus et l’importance du témoignage et de la transparence.

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi. » Le premier aspect essentiel de la vie d’un disciple missionnaire envoyé par Jésus c’est celui-là : « que les liens entre Jésus et le disciple soit plus fort que tout autre lien ». « L’affection d’un père, la tendresse d’une mère, la douce amitié entre frère et sœur, tout cela est légitime » explique le Pape, mais « la condition d’un disciple exige un rapport prioritaire avec le maître ». C’est presque une paraphrase de la Genèse, analyse le Saint-Père : « c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’unira à Jésus, et ils ne feront qu’une seule chair ».

« Celui qui se laisse attirer dans cet engagement d’amour et de vie avec Jésus, en devient son représentant, son ambassadeur ». C’est le deuxième aspect essentiel de la vie d’un disciple missionnaire : « le missionnaire ne se porte pas lui-même mais porte Jésus et à travers Lui l’amour du Père céleste ». Cela signifie, poursuit François devant les fidèles, que celui qui accueille le disciple chez lui, accueille aussi Jésus, peu importe « ses limites ou ses fautes, tant qu’il a l’humilité de les reconnaitre » et soit un cœur simple et honnête envers lui-même et les autres. Ces deux aspects essentiels sont « connectés » explique le Pape, car « plus Jésus est au centre du cœur et de la vie du disciple, plus ce disciple est transparent à sa présence ».

Voilà un enseignement très beau pour les prêtres : « c’est cet accueil du saint peuple fidèle de Dieu qui aide à être un bon pasteur ». La mission est réciproque souligne le Saint-Père : « si tu lâches tout pour Jésus le gens reconnaissent en toi le Seigneur, et en même temps cela t’aide à te purifier des compromis et à dépasser les tentations ».

Après la prière de l’Angelus place Saint-Pierre, le Saint-Père a évoqué les violences répétées dans le pays. Depuis tout juste trois mois, les manifestations se multiplient dans les rues de la capitale Caracas contre le président Nicolas Maduro. Le mouvement de révolte a fait plusieurs dizaines de victimes.

« Je lance un appel pour que cesse les violences et soit trouvée une solution pacifique et démocratique à la crise » politique et économique qui frappe la « chère nation » du Venezuela, a déclaré le Pape.

À l’occasion de la fête de l’indépendance vénézuélienne le 5 juillet prochain, le Saint-Père a assuré de ses prières et de sa proximité pour le pays et les « familles qui ont perdu leur enfant dans les manifestations ». Avec les fidèles place Saint-Pierre, il a ainsi récité l’Ave Maria.

(Avec R. V.)

Jeudi 29 Juin 2017

Confession, persécution et prière : ce sont les trois mots qui ont été au cœur de l’homélie du Pape François lors de la messe qu’il a célébrée en la Solennité des saints Pierre et Paul ce jeudi matin place Saint-Pierre.

En présence des nouveaux archevêques métropolitains nommés pendant l’année et en présence des cinq nouveaux cardinaux créés la veille, ainsi que des membres de la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, le Pape a demandé à l’ensemble des fidèles, si notamment, ils étaient devenus des « chrétiens de salon ».

Quand Pierre répond que Jésus est le Fils du Dieu vivant, il donne une réponse de vie affirme le Pape. C’est ce genre de réponse entière que François nous exhorte à donner. Il nous demande de devenir des « apôtres en chemin qui confessent Jésus par la vie parce qu’ils l’ont dans le cœur », et non des « chrétiens de salon qui bavardent sur la manière dont vont les choses dans l’Église et dans le monde ».

Celui qui confesse Jésus, insiste François, « ne peut pas croire de manière tiède », « il doit risquer de prendre le large, renouvelant chaque jour le don de soi ». Il suit également Jésus jusqu’à la fin sur son chemin, celui « de la vie nouvelle, de la joie et de la résurrection, le chemin qui passe aussi par la croix et par les persécutions ».

Les persécutions, elles, n’ont pas visé que Pierre et Paul. « Aujourd’hui aussi, souligne le Pape, en diverses parties du monde, parfois dans un climat de silence – un silence souvent complice – beaucoup de chrétiens sont marginalisés, calomniés, discriminés, faits l’objet de violences même mortelles, souvent en l’absence d’engagement de la part de ceux qui pourraient faire respecter leurs droits sacrosaints ».

Tous supportent le mal, à l’image de Paul. Car « supporter, explique le Pape, c’est imiter Jésus : c’est porter le poids, le porter sur ses épaules pour lui et pour les autres » ; « c’est accepter la croix ». « Supporter, poursuit François, c’est savoir vaincre avec Jésus à la manière de Jésus, non pas à la manière du monde ».

Le Pape est enfin revenu sur le mot prière. C’est « l’eau indispensable qui nourrit l’espérance et fait grandir la confiance » explique-t-il. « Dans l’Église c’est la prière qui nous soutient tous et nous fait surmonter les épreuves ». « Sans prière les prisons intérieures qui nous retiennent captifs ne s’ouvrent pas », continue-t-il. Et de souhaiter que dans l’Église, il y ait d’urgence, « des maîtres de prière » qui « vivent la prière ».

Découvrez l’homélie du Pape François dans son intégralité :

"La liturgie de ce jour nous offre trois mots essentiels pour la vie de l’Apôtre : confession, persécution, prière.

La confession est celle de Pierre dans l’Evangile, quand la question du Seigneur, de générale devient particulière. En effet, Jésus demande d’abord : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13). Chez la plupart des gens, il émerge de ce “sondage” que le peuple considère Jésus comme un prophète. Alors le Maître pose aux disciples la question vraiment décisive : « Et vous ? Que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » (v.15). A ce moment seul Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Voilà la confession : reconnaître en Jésus le Messie attendu, le Dieu vivant, le Seigneur de sa propre vie.

Cette question vitale, Jésus l’adresse aujourd’hui à nous, à nous tous, en particulier à nous pasteurs. C’est la question décisive, devant laquelle il n’y a pas de réponses de circonstance, parce que la vie est en jeu : et la question de la vie demande une réponse de vie. Car si l’on ne confesse pas Jésus Seigneur par sa propre vie, connaître les articles de foi sert à peu de choses. Aujourd’hui il nous regarde dans les yeux et demande : « Qui suis-je pour toi ? » Comme pour dire : « Suis-je encore, moi, le Seigneur de ta vie, la direction de ton cœur, la raison de ton espérance, ta confiance indestructible ? » Avec saint Pierre, renouvelons aujourd’hui, nous aussi, notre choix de vie comme disciples et apôtres. Passons de nouveau de la première à la seconde question de Jésus, pour être « à lui » non seulement en paroles, mais dans les faits et dans la vie.

Demandons-nous si nous sommes des chrétiens de salon, qui bavardent sur la manière dont vont les choses dans l’Eglise et dans le monde, ou plutôt des apôtres en chemin, qui confessent Jésus par la vie parce qu’ils l’ont dans le cœur. Celui qui confesse Jésus sait qu’il est tenu non seulement de donner son opinion mais de donner la vie ; il sait qu’il ne peut pas croire de manière tiède mais qu’il est appelé à “brûler” d’amour ; il sait que dans la vie il ne peut “se laisser vivre” ou s’installer dans le bien être, mais qu’il doit risquer d’avancer au large, renouvelant chaque jour le don de soi. Celui qui confesse Jésus fait comme Pierre et Paul : il le suit jusqu’à la fin ; non jusqu’à un certain point, mais jusqu’à la fin, et il le suit sur son chemin, non pas sur nos chemins. Son chemin est le chemin de la vie nouvelle, de la joie et de la résurrection, le chemin qui passe aussi par la croix et par les persécutions.

Voilà le second mot, persécutions. Ce ne sont pas seulement Pierre et Paul qui ont donné le sang pour le Christ, mais toute la communauté, au début, a été persécutée, comme le rappelle le Livre des Actes des Apôtres (cf. 12, 1). Aujourd’hui aussi, en diverses parties du monde, parfois dans un climat de silence – un silence souvent complice -, beaucoup de chrétiens sont marginalisés, calomniés, discriminés, faits l’objet de violences même mortelles, souvent en l’absence d’engagement de la part de ceux qui pourraient faire respecter leurs droits sacrosaints.

Mais je voudrais surtout souligner ce que l’Apôtre Paul affirme avant d’« être – comme il écrit – offert en sacrifice » (2Tm 4, 6). Pour lui, vivre c’était le Christ (cf. Ph 1, 21), et le Christ crucifié (cf. 1Co 2, 1), qui a donné sa vie pour lui (cf. Ga 2, 20). Ainsi, fidèle disciple, Paul a suivi le Maître en offrant lui aussi sa vie. Sans la croix il n’y a pas de Christ, mais sans la croix il n’y a pas non plus de chrétien. En effet, « c’est le propre de la vertu chrétienne, non seulement de faire le bien, mais aussi de savoir supporter les maux » (Augustin, Disc. 46, 13), comme Jésus. Supporter le mal, ce n’est pas seulement avoir de la patience et aller de l’avant avec résignation ; supporter, c’est imiter Jésus : c’est porter le poids, le porter sur ses épaules pour lui et pour les autres. C’est accepter la croix, allant de l’avant avec confiance parce que nous ne sommes pas seuls : le Seigneur crucifié et ressuscité est avec nous. Ainsi, avec Paul nous pouvons dire qu’ « en toute circonstance nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés » (2Co 4, 8-9).

Supporter, c’est savoir vaincre avec Jésus à la manière de Jésus, non pas à la manière du monde. Voilà pourquoi Paul – nous l’avons entendu – se considère comme un vainqueur qui va recevoir la couronne (cf. 2Tm 4, 8) et il écrit : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (v. 7). L’unique conduite de son bon combat a été de vivre pour : non pour lui-même mais pour Jésus et pour les autres. Il a vécu “en courant”, c’est-à-dire sans s’épargner, mais au contraire en se consumant. Il dit avoir gardé une chose : non pas la santé, mais la foi, c’est-à-dire la confession du Christ. Par amour pour lui, il a vécu les épreuves, les humiliations et les souffrances, qu’il ne faut jamais rechercher mais accepter. Et ainsi, dans le mystère de la souffrance offerte par amour, en ce mystère que tant de frères persécutés, pauvres et malades incarnent encore aujourd’hui, resplendit la force salvifique de la croix de Jésus.

Le troisième mot est prière. La vie de l’Apôtre, qui jaillit de la confession et débouche en offrande, se déroule tous les jours dans la prière. La prière est l’eau indispensable qui nourrit l’espérance et fait grandir la confiance. La prière fait que nous nous sentons aimés et nous permet d’aimer. Elle nous fait aller de l’avant dans les moments sombres, car elle allume la lumière de Dieu. Dans l’Eglise c’est la prière qui nous soutient tous et nous fait surmonter les épreuves. Nous le voyons encore dans la première lecture : « Tandis que Pierre était ainsi détenu dans la prison, l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance » (Ac 12, 5). Une Eglise qui prie est gardée par le Seigneur et marche en sa compagnie. Prier c’est lui confier le chemin pour qu’il en prenne soin. La prière est la force qui nous unit et nous soutient, le remède contre l’isolement et l’autosuffisance qui conduisent à la mort spirituelle. Car l’Esprit de vie ne souffle pas si l’on ne prie pas, et sans prière les prisons intérieures qui nous retiennent captifs ne s’ouvrent pas.

Que les saints Apôtres nous obtiennent un cœur comme le leur, fatigué et pacifié par la prière : fatigué parce qu’il demande, frappe et intercède, chargé de beaucoup de personnes et de situations à confier ; mais en même temps pacifié, parce que l’Esprit apporte consolation et force quand on prie. Combien il est urgent dans l’Eglise d’avoir des maîtres de prière, mais avant tout d’être des hommes et des femmes de prière, qui vivent la prière !

Le Seigneur intervient quand nous prions, lui qui est fidèle à l’amour que nous lui avons confessé et qui nous est proche dans les épreuves. Il a accompagné le chemin des Apôtres et il vous accompagnera vous aussi, chers frères Cardinaux, ici réunis dans la charité des Apôtres qui ont confessé la foi par le sang. Il sera aussi proche de vous, chers frères Archevêques qui, en recevant le Pallium, serez confirmés à vivre pour le troupeau, en imitant le Bon Pasteur qui vous soutient en vous portant sur ses épaules. Que le Seigneur lui-même, qui désire ardemment voir tout son troupeau réuni, bénisse et garde aussi la Délégation du Patriarche Œcuménique, et le cher frère Bartholomée, qui l’a envoyée en signe de communion apostolique. "

Après la messe, le Saint-Père a récité l’angélus  :

Dans son commentaire de l’Évangile de ce jeudi 29 juin 2017, il est revenu sur les deux « libérations » des deux saints. Elles révèlent « le chemin commun des deux Apôtres qui furent envoyés par Jésus pour annoncer l’Évangile dans des environnements difficiles et dans certains cas, hostiles », a expliqué François.

Ces deux exemples nous parlent à nous, aujourd’hui et nous disent que « le Seigneur est toujours à notre côté, qu’il marche avec nous, qu’il ne nous abandonne jamais » a précisé le Pape. « Dieu nous tend la main, particulièrement quand nous traversons des épreuves, il nous vient en aide et nous libère des menaces de nos ennemis » a-t-il poursuivi. Mais, met-il en garde, « notre vrai ennemi est le péché ».

Heureusement, via le sacrement de la pénitence, « en recevant la grâce du pardon, nous sommes libérés des liens du mal et allégés du poids de nos erreurs. Ainsi nous pouvons continuer notre parcours de joyeux annonciateurs et témoins de l’Évangile, démontrant que nous, les premiers, nous avons reçu la miséricorde ».

Après la prière, le Pape est revenu sur la célébration de la matinée, lors de laquelle il a béni les palliums des archevêques métropolitains nommés au cours de l’année. Il les a encouragés à « poursuivre avec joie leur mission au service de l’Évangile, en communion avec toute l’Église ». Il a également salué la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople dont la « présence est le signe des liens fraternels existant entre nos Églises ».

Les cinq nouveaux cardinaux sont :

- Mgr Jean Zerbo, archevêque de Bamako, au Mali
- Mgr Juan José Omella, archevêque de Barcelone, en Espagne
- Mgr Anders Arborelius, ocd, évêque de Stockholm, en Suède
- Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, évêque titulaire d’Acque nuove di Proconsolare, vicaire apostolique de Paksé, au Laos
- Mgr Gregorio Rosa Chávez, évêque titulaire de Mulli, auxiliaire de l’archidiocèse de San Salvador, au San Salvador

Le Collège cardinalice compte dorénavant 225 membres dont 121 électeurs.

(Avec R. V.)

Mercredi 28 juin 2017

Le Pape François a tenu sa dernière audience générale avant la pause estivale sur le thème de l’espérance chrétienne, force des martyrs : il a expliqué dans sa catéchèse que les « chrétiens sont des hommes et des femmes à contre-courant », qui doivent être humbles et pauvres, détachés des richesses et du pouvoir, et de soi-même

« L’unique force du chrétien est l’évangile », a-t-il souligné, ajoutant « La persécution n’est pas en contradiction avec l’Évangile, elle en fait partie ». « S’ils ont persécuté notre Maître, comment pouvons-nous espérer être épargnés par la lutte ? » s’est-il interrogé. Pas question cependant de céder à la tentation du mal car « pour vaincre le mal, on ne peut pas partager les méthodes du mal ».

« Les chrétiens, poursuit le Pape, doivent toujours se faire trouver sur l’autre versant du monde, celui choisi par Dieu : pas persécuteurs mais persécutés ; pas arrogants mais doux ; pas fumistes mais soumis à la vérité ; pas imposteurs mais honnêtes ». C’est dans cette perspective que « les chrétiens répugnent à l’idée que les auteurs d’attentats suicide puissent être appelés “martyrs” : il n’y a rien dans leur fin qui puisse s’approcher au comportement des enfants de Dieu », a encore réaffirmé François.

C’est ce style de vie fidèle à Jésus qui sera appelé par les premiers chrétiens d’un « très beau nom : “martyre” qui signifie “témoignage” », explique François. « Les martyrs ne vivent pas pour eux, ils ne combattent pas pour affirmer leurs propres idées, ils acceptent de devoir mourir pour rester fidèles à l’évangile », détaille-t-il. Mais, précise-t-il, ce n’est pas « l’idéal suprême de la vie chrétienne parce qu’au-dessus il y a la charité, c’est-à-dire l’amour vers Dieu et vers son prochain ».

Le Pape a enfin rappelé que les martyrs d’aujourd’hui étaient plus nombreux que ceux des premiers temps du christianisme. Dans tous les cas, confesse-t-il, « on reste étonné face à la force avec laquelle ils ont affronté leur épreuve. Cette force est le signe de la grande espérance qui les anime : l’espérance certaine que rien ni personne ne pouvaient les séparer de l’amour de Dieu qui nous a été donné en Jésus Christ ».

Les audiences générales reprendront le mercredi 2 août.

(Avec R. V.)

Dimanche 25 juin 2017

Lors de la traditionnelle prière de l’Angélus, devant quelques milliers de fidèles rassemblés Place Saint-Pierre malgré la chaleur accablante, le Pape François est revenu sur l’Évangile du jour, tiré du 10e chapitre de saint Luc, dans lequel le Christ prévient ses disciples des persécutions qu’ils rencontreront, tout en les appelant à ne pas avoir peur.

Le Pape a mis en évidence l’actualité de ces paroles de Jésus : « Aller en mission n’est pas faire du tourisme, et Jésus prévient les siens : "Vous trouverez des persécutions" ».

Il s’est appuyé sur l’Évangile du jour et sur la réalité historique du christianisme pour rappeler que « l’envoi en mission de la part de Jésus ne garantit pas aux disciples le succès, ni ne les met à l’abri des échecs et des souffrances. » Suivre le Christ, c’est en effet vivre la même expérience que Jésus, qui « a été persécuté par les hommes, a connu le rejet, l’abandon et la mort sur la croix ».

Et pourtant, Dieu « n’abandonne pas ses enfants à l’heure de la tempête ». Il rassure ses disciples en leur disant « N’ayez pas peur ! ». Cet appel s’adresse aujourd’hui à ceux qui vivent des persécutions très concrètes, immédiates, mais aussi à ceux qui vivent dans des contextes apparemment tranquilles mais marqués par l’indifférence. « Dieu nous envoie comme des sentinelles au milieu de gens qui ne veulent pas être réveillés de leur torpeur mondaine, qui ignorent les paroles de Vérité de l’Évangile, en se construisant leurs propres vérités éphémères », a expliqué le Pape.

Face aux attaques, mais aussi, parfois, face à ceux qui nous ignorent ou qui nous sourient de façon hypocrite, il faut garder son ancrage en Jésus. « Il ne nous laisse pas seuls parce que nous sommes précieux pour lui », il nous accompagne toujours, a répété le Pape, rappelant que ce qui compte aux yeux de Dieu, ce ne sont pas nos réussites, mais notre fidélité.

Reprenant la parole après la prière de l’Angélus, le Pape a exprimé sa « proximité pour la population du village chinois de Xinmo », dévasté samedi par un glissement de terrain. Se recueillant en silence, le Pape a assuré de sa prière pour les défunt, les blessés, et ceux qui ont perdu leur maison. Il a demandé à Dieu de réconforter les familles et de soutenir les secouristes.

Le Saint-Père a aussi évoqué la béatification ce dimanche à Vilnius, en Lituanie, de l’évêque Teofilius Matulionis, « tué en haine de la foi » en 1962, au temps du communisme soviétique, alors qu’il avait près de 90 ans. « Rendons grâce à Dieu pour le témoignage de ce fervent défenseur de la foi et de la dignité de l’homme » a déclaré le Pape, qui a demandé à la foule rassemblée Place Saint-Pierre de l’applaudir, lui et le peuple lituanien.

Enfin le Pape a salué les pèlerins présents à Rome, notamment un groupe de fidèles de l’Église gréco-catholique ukrainienne, venus d’Ukraine et de Biélorussie pour le 150e anniversaire de la canonisation de saint Josaphat. Le Pape a dit s’unir spirituellement à la Divine Liturgie célébrée ce dimanche à la basilique Saint-Pierre, avec l’archevêque majeur et les évêques de cette Église, « invoquant du Seigneur pour chacun le courage du témoignage chrétien et le don de la paix pour la bien-aimée terre ukrainienne ».

Enfin, parmi les groupes présents, le Pape François a notamment salué les pèlerins venus de Montpellier et de Corse.

(R. V.)

Mercredi 21 juin 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi, place Saint-Pierre, son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne. Lors de l’audience générale, le Saint-Père est revenu sur notre vocation à la sainteté, pour rejoindre cette longue suite de « témoins et compagnons de l’espérance ».

« Le christianisme cultive une incurable confiance : il ne croit pas que les forces négatives et perturbatrices puissent prévaloir. » Pour le Pape, ni la mort, ni la guerre n’ont le dernier mot et les saints, cette « multitude de témoins » nous disent « que la vie chrétienne n’est pas un idéal inaccessible ». « Et en même temps, ils nous confortent : nous ne sommes pas seuls ».

Au contraire, ils nous accompagnent, tout au long de notre vie. Et le Pape de lister les sacrements où l’on invoque l’intercession des saints : le baptême, pour la première fois, le mariage, parce qu’on a « besoin de la grâce du Christ et de l’aide des saints pour pouvoir vivre la vie matrimoniale pour toujours ». « Pour toujours », insiste le Pape, et non « tant que dure l’amour ».

Mais aussi durant l’ordination sacerdotale, où la litanie des saints retentit lorsque le futur prêtre est allongé, face contre terre. « Un homme resterait écrasé sous le poids de la mission qui lui est confiée, mais en entendant que tout le paradis est à ses côtés, que la grâce de Dieu ne manquera pas parce que Jésus reste toujours fidèle, alors on peut partir serein et rassuré. Nous ne sommes pas seuls. »

Si pour le Pape nos forces sont « faibles », le mystère de la grâce présent dans la vie chrétienne, lui, est « puissant ». « Dieu ne nous abandonne jamais : chaque fois que nous aurons besoin, un de ses anges viendra nous relever et nous apporter consolation. “Des anges” avec parfois un visage et un cœur humain, parce que les saints de Dieu sont toujours ici, cachés parmi nous. » Le PapeFrançois insiste : les saints sont présents dans notre vie, « même si c’est difficile à comprendre et aussi à imaginer »
Il souhaite ainsi que le Seigneur nous donne tous « l’espérance d’être des saints », car la sainteté est accessible « dans la vie de tous les jours ». En priant toute la journée ? Non, soutient le Pape, mais en vaquant à nos activités quotidiennes « avec le cœur ouvert vers Dieu, afin que le travail, même dans la maladie et la souffrance, même dans la difficulté, soit ouvert à Dieu. C’est ainsi que l’on peut devenir saint (...) parce que le Seigneur nous aide ».

À la fin de l’audience générale, le Saint-Père a lancé un nouvel appel pour les migrants. Deux jours après avoir rencontré une trentaine de réfugiés hébergés dans le diocèse de Rome et au lendemain de la Journée mondiale du Réfugié, il a fait part de sa « sincère reconnaissance » à la campagne « J’étais étranger – L’humanité qui fait du bien », soutenue par la Caritas, la Fondation Migrantes et divers organisations catholiques. Cette campagne défend une loi italienne d’initiative populaire concernant l’immigration, basée sur l’accueil, le travail et l’inclusion.

(Avec R. V.)

Dimanche 18 juin 2017

En cette journée où nous célébrons le Corpus Domini, le sacrement du Corps et du Sang du Christ, le Pape François lors de l’angélus, de ce dimanche, a insisté sur « la beauté de l’Eucharistie » instituée par Jésus lors de la dernière Cène, « mystère central de la foi ». Prenant appui sur le passage de l’Évangile du jour selon Saint Jean lorsque Jésus disait à la foule : “Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel”, le Saint-Père a invité les fidèles à « s’abandonner à Jésus avec confiance et à se laisser conduire par Lui ».

« Qui se nourrit de l’Eucharistie demeure en Jésus et vit par Lui. Assimiler Jésus signifie être en Lui ». Le Pape rappelle que dans l’Eucharistie « le Christ s’offre lui-même comme force spirituelle pour nous aider à mettre en pratique son commandement » d’amour, « construisant des communautés accueillantes et ouvertes à tous en particulier aux plus fragiles et pauvres ».

Dans l’Eucharistie, souligne le Saint-Père, « Jésus est à nos côtés, pèlerins dans l’Histoire pour alimenter en nous la foi, l’espérance et la charité ; pour nous réconforter dans les épreuves et nous soutenir dans l’engagement en faveur de la justice et la paix ». Et cette « présence solidaire du Fils de Dieu est partout : dans les villes et dans les campagnes, au Nord et au Sud du monde, dans les pays de tradition chrétienne et dans ceux de première évangélisation ». Une exhortation du Pape à « accueillir Jésus à la place de notre propre moi » afin que « l’amour gratuit reçu du Christ dans la communion eucharistique (…) alimente notre amour pour Dieu » et pour notre prochain.

Au terme le de l’angélus, le Pape a rappelé qu’il présidera ce dimanche soir, en la Fête-Dieu, une messe sur le parvis de la basilique Saint-Jean-de-Latran, suivie d’une procession jusqu’à la basilique Sainte-Marie-Majeure. Le Saint-Père a invité tous les fidèles à y participer, « même spirituellement » aidés « par la radio et la télévision ». « Je pense en particulier, a-t-il dit, aux communautés de cloitrées, aux personnes malades et aux prisonniers ».

(Avec R. V.)

Mercredi 14 Juin 2017

Lors de l’audience générale tenue ce mercredi Place Saint-Pierre sous une très forte chaleur qui a contraint le personnes les plus fragiles à trouver abri en salle Paul VI, le Pape a poursuivi sa série d’enseignement sur l’espérance en s’arrêtant cette fois sur la parabole de l’Enfant prodigue, racontée dans le 15ème chapitre de l’Évangile selon saint Luc. Il a rappelé que l’amour filial est une expression de l’amour chrétien.

« Aucun de nous ne peut vivre sans amour. Et un mauvais esclavage dans lequel nous pouvons tomber est celui de croire que l’amour soit mérité. » Avec cette entrée en matière, le Pape s’est arrêté sur les impasses de ce que la société appelle l’amour, mais qui prend parfois des visages trompeurs : « Beaucoup de personnes aujourd’hui cherchent une visibilité seulement pour compenser un vide intérieur (…) De nombreux narcissismes naissent d’un sentiment de solitude, du sentiment d’être orphelin. » Mais en fait, tous ces comportements qui peuvent sembler inexplicables expriment seulement une question : « Est-ce que je suis digne d’être aimé ? »

Derrière tellement de formes de haine sociale et de banditisme il y a souvent un cœur qui n’a pas été reconnu, a encore souligné le Pape, en remarquant qu’il n’existe « pas d’enfants mauvais ou d’adolescents totalement méchants », mais il existe surtout des « personnes malheureuses ». Parfois il suffit de peu pour trouver « une voie de sortie » : un sourire donné gratuitement peut changer la vie de celui qui était « fermé dans la tristesse ».

L’amour de Dieu est inconditionnel et n’est pas lié à nos mérites, à l’image du père de l’enfant prodigue : « Quand il était encore loin, son père le vit, et eut compassion », est-il écrit dans l’Évangile. C’est cet amour filial, plus grand que tous les conflits et ressentiments, qui exprime le mieux l’amour de Dieu pour tous. Le Pape s’est souvenu de toutes ces mamans de prisonniers qu’il rencontrait lors de ses visites en prison : leur amour pour leur fils était inconditionnel. Aucun péché, aucune erreur ne pouvait annuler leur amour.

En effet, « l’amour appelle l’amour, d’une façon plus forte que la haine n’appelle la mort. Jésus n’est pas mort et ressuscité pour lui-même, mais pour nous, pour que nos péchés soient pardonnés. C’est donc un temps de résurrection pour tous : le temps de soulager les pauvres du découragement, surtout ceux qui gisent dans le sépulcre depuis un temps bien plus long que trois jours. Que souffle ici sur nos visages, un vent de libération. Que germe ici le don de l’espérance. Et l’espérance est celle de Dieu le Père qui nous aime comme nous le sommes : il nous aime tous et toujours », a conclu le Saint-Père.

Au terme de son audience, le Pape François a évoqué la mémoire liturgique, célébrée hier 13 juin, de saint Antoine de Padoue, « saint patron des pauvres et des souffrants ». Il a invité les jeunes à « imiter la droiture de sa vie chrétienne », les malades à ne pas se fatiguer de demander son intercession à Dieu le Père pour ce dont ils ont besoin, et enfin aux nouveaux époux de se mettre à son école dans la connaissance de la Parole de Dieu.

(Avec R. V.)

Mercredi 7 juin 2017

« A notre époque, chrétiens, musulmans et juifs, nous avons tant besoin de prier pour la paix ». A l’issue de l’audience générale, le Pape a marqué son adhésion à une initiative argentine intitulée « Une minute pour la paix ». Celle-ci appelle demain jeudi, à 13 heures, à prier et à se faire promoteurs de paix à l’occasion du 3ème anniversaire de la rencontre, au Vatican, entre le Pape et les présidents israélien et palestinien, Shimon Peres et Mahmoud Abbas, en 2014. Le Pape nous appelle à prendre « ce petit moment de prière » pour la paix.

C’est justement de la prière dont parle le Pape dans sa catéchèse ce mercredi place Saint-Pierre. La prière de Jésus qui exerce une telle fascination sur les Apôtres, qui demandent au Christ d’y être introduits.

Jésus leur transmet ce qui deviendra « la prière chrétienne par excellence » : le ’Notre Père’. Jésus nomme Dieu du nom de ‘Père’. Il a le « courage » de le faire. Cela ne va pas de soi, explique François. En effet, « nous serions tentés d’utiliser des titres plus élevés et qui nous semblent plus conforme à la transcendance divine ». Mais, souligne-t-il, le mot ‘Père’ place dans une relation de confiance avec lui ; comme un enfant qui s’adresse à son papa et se sait aimé de lui, protégé par lui. « C’est la grande révolution que le christianisme introduit dans la psychologie religieuse de l’homme ». Le mystère de Dieu qui toujours nous fascine et nous fait nous sentir petit, mais qui ne nous fait plus peur, qui ne nous écrase pas, ni nous angoisse.

Cette révolution est parfois compliquée à accepter, reconnait François. Les femmes face au tombeau vide sont parties en courant effrayées, mais Jésus nous révèle que Dieu est un Père bon, et nous dit de ne pas avoir peur.

Evoquant la parabole du Fils prodigue (Lc 15,11-32), le Pape rappelle que Dieu est miséricordieux. Dieu est un père qui n’applique pas les critères de la justice humaine. Quand son fils rentre au foyer, son père sent le besoin de pardonner, d’embrasser ce fils qui lui a tant manqué. « C’est un père bon, sans défense face au libre arbitre de l’homme, et uniquement capable de conjuguer le verbe ’aimer’ ».

Ainsi, conclut le Pape, « que nous soyons au loin, hostiles ou que nous nous proclamions sans Dieu, nous ne sommes jamais seuls ». Et cette certitude est « la source de notre espérance ». Quand nous avons besoin d’aide, Jésus ne nous demande pas de nous résigner ou de nous fermer en nous-mêmes, mais de nous tourner vers le Père. Eau, nourriture, travail, santé, besoin d’être pardonné ou de résister à la tentation : « en toute circonstance nous avons un Père qui nous regarde avec amour et ne nous abandonne pas ». Ensemble, le Pape et les fidèles, ont finalement récité le ‘Notre Père’.

(Avec R. V.)

Dimanche 4 Juin 2017

Le Pape François a célébré la messe de Pentecôte ce dimanche 4 juin place Saint-Pierre au Vatican, devant des milliers de fidèles. Sous le soleil romain, le Saint-Père a rappelé le sens de cette fête, cinquante jours après Pâques. L’Esprit Saint qui est descendu sur les apôtres ce jour-là est l’Esprit créateur qui « réalise toujours des choses nouvelles ». Ainsi, deux nouveautés ressortent de ces lectures de la Pentecôte : un peuple nouveau et un cœur nouveau.

Le jour de la Pentecôte, « l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ». C’est la première nouveauté réalisée par l’Esprit Créateur, a commencé le Pape François. Un peuple nouveau, car le jour de la Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de langues de feu, pour se poser sur chacun. Tous ainsi remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, raconte le Saint-Père. C’est « l’action de l’Esprit, qui met tout le monde en communication ». C’est un don fait à chacun qui « réunit tout le monde dans l’unité » et recompose l’harmonie. « En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : c’est l’Église universelle ». L’Esprit fait « en sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence » explique le Pape.

Mais il met en garde, car il y a deux tentations récurrentes qu’il faut éviter pour préserver cette unité vraie. « La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité », par exemple en voulant se distinguer, en créant des coalitions ou se raidissant sur ses positions, « en jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison » avec ce comportement, dénonce François, « on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de ‘‘Jésus’’ ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité ». L’autre tentation à éviter, c’est celle de « chercher l’unité sans la diversité », car l’unité devient alors uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière, qui élimine toute liberté.

Pour vivre cette unité multiforme, il faut aussi demander à l’Esprit Saint « un cœur qui sente l’Église, notre mère et notre maison ». Un cœur nouveau, c’est la deuxième nouveauté réalisée par l’Esprit de la Pentecôte, poursuit le Pape, car c’est l’Esprit du pardon des péchés, premier don de Jésus Ressuscité. « Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : c’est le pardon » a expliqué le Saint-Père. Cet « Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, pousse à refuser les voies du jugement ou de la critique », mais « à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain et de la charité ».

Retrouvez le texte intégral de l’homélie du Saint-Père :

" Se conclut aujourd’hui le temps de Pâques, cinquante jours qui, de la Résurrection de Jésus à la Pentecôte, sont marqués de manière spéciale par la présence de l’Esprit Saint. C’est lui, en effet, le Don pascal par excellence. C’est l’Esprit créateur, qui réalise toujours des choses nouvelles. Deux nouveautés nous sont montrées dans les Lectures d’aujourd’hui : dans la première, l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ; dans l’Évangile, il crée dans les disciples un cœur nouveau.

Un peuple nouveau. Le jour de Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa sur chacun […]. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 3-4). La Parole de Dieu décrit ainsi l’action de l’Esprit, qui se pose d’abord sur chacun et ensuite met tous en communication. Il fait à chacun un don et réunit tous dans l’unité. En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : l’Église universelle. D’abord, avec imagination et de manière imprévisible, il crée la diversité ; à chaque époque, en effet, il fait fleurir des charismes nouveaux et variés. Ensuite, le même Esprit réalise l’unité : il relie, réunit, recompose l’harmonie : « Par sa présence et son action, il réunit dans l’unité les esprits qui sont distincts les uns des autres et séparés » (Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean, XI, 11). En sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence.

Pour réaliser cela, il convient de nous aider à éviter deux tentations récurrentes. La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s’enferme dans des particularismes propres, jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison. Alors, on choisit la partie, non le tout, l’appartenance à ceci ou à cela avant l’appartenance à l’Église ; on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de Jésus ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité. La tentation opposée est en revanche celle de chercher l’unité sans la diversité. Cependant, ainsi, l’unité devient uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l’unité finit par être homologation et il n’y a plus de liberté. Mais, dit saint Paul, « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Notre prière à l’Esprit Saint, c’est alors de demander la grâce d’accueillir son unité, un regard qui embrasse et aime, au-delà des préférences personnelles, son Église, notre Église ; de prendre en charge l’unité de tous, de mettre fin aux bavardages qui sèment la division et aux envies qui empoisonnent, car être des hommes et des femmes d’Église signifie être des hommes et des femmes de communion ; c’est de demander également un cœur qui sente l’Église notre mère et notre maison : la maison accueillante et ouverte, où on partage la joie multiforme de l’Esprit Saint.

Et venons-en à la seconde nouveauté : un cœur nouveau. Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas.

L’Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, nous pousse à refuser d’autres voies : celles hâtives de celui qui juge, celles sans issue de celui qui ferme toutes les portes, celles à sens unique de celui qui critique les autres. L’Esprit nous exhorte, au contraire, à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain, de la charité comme « unique critère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou pas changé » (Isaac de l’Étoile, Discours 31). Demandons la grâce de rendre toujours plus beau le visage de notre Mère l’Église en nous renouvelant par le pardon et en nous corrigeant nous-mêmes : ce n’est qu’alors que nous pourrons corriger les autres dans la charité.

Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : ‘‘Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes ! Amen’’.

Prière du Regina Coeli

Le Pape François, à la fin de la messe lors de la prière du Regina Caeli, est revenu sur l’attentat de Londres qui a frappé la capitale britannique la veille au soir. Le samedi 3 juin vers 22h, trois hommes ont tué au moins sept personnes et blessés 48 dans le quartier du London Bridge, en fonçant avec une camionnette sur les piétons puis en menant des attaques au couteau dans le quartier très vivant du Borough Market. Ils ont été abattus par les policiers. Une attaque qualifiée de terroriste très rapidement par la police et la première ministre Theresa May. La campagne électorale des législatives anticipées du 8 juin a été suspendue dès le lendemain. Cette tragique attaque intervient moins de deux semaines après l’attentat à la sortie d’un concert à Manchester qui a fait 22 morts.

« L’Esprit Saint soutient la mission de l’Église dans le monde entier et donne force à tous les missionnaires de l’Évangile » a souligné le Saint-Père, mais aussi « paix au monde ; guérit les plaies de la guerre et du terrorisme, qui a encore cette nuit à Londres, touché des civils innocents ». « Nous prions pour les victimes et les familles » a ajouté le Pape.

Le Pape a aussi salué les pèlerins provenant du monde entier, en particulier pour le Renouveau charismatique catholique qui fête les 50 ans de sa fondation. Le Saint-Père s’est adressé à eux samedi 3 juin lors d’une grande veillée à Rome.

Le Saint-Père a enfin rappelé son message pour la prochaine Journée missionnaire mondiale, qui est célébrée chaque année au mois d’octobre. Le thème cette année est « la mission au cœur de la foi chrétienne ».

(Avec R. V.)

Mercredi 31 mai 2017

Lors de l’audience générale, Place St Pierre, le Pape François a affirmé que l’Esprit-Saint nous rend capables d’espérer et fait de nous des "semeurs d’espérance", des consolateurs auprès des plus pauvres et des personnes rejetées. A quatre jours de la Pentecôte, et devant des milliers de pèlerins venus à Rome pour fêter le Jubilé d’Or du Renouveau charismatique, il a centré sa catéchèse sur le rapport entre l’Esprit-Saint et l’espérance chrétienne.

L’espérance est comme une voile, affirme le Pape : « elle recueille le vent de l’Esprit et le transforme en force motrice qui pousse le bateau vers le large ou vers le rivage ». Saint Paul, dans la lettre aux Romains souhaite que « nous débordions d’espérance par la puissance de l’Esprit-Saint ». Déborder d’espérance, explique le Saint-Père, signifie ne jamais se décourager. Et c’est justement l’Esprit-Saint qui rend possible cette espérance invisible, car il atteste à notre esprit que « nous sommes enfants de Dieu et ses héritiers ». L’Esprit de Dieu qui est en nous « nous pousse en avant, et c’est pour cela que l’espérance ne déçoit pas ».

Mais l’Esprit-Saint ne nous rend pas seulement capables d’espérer, il fait de nous des « semeurs d’espérance ». « Un chrétien peut semer l’amertume, il peut semer la perplexité, mais si tu fais cela, tu n’es pas un bon chrétien », a mis en garde le Pape .Le chrétien doit au contraire « semer l’huile et le parfum de l’espérance, et non le vinaigre de l’amertume et de la désespérance ».

L’Esprit-Saint fait également de nous des paraclets, c’est-à-dire des défenseurs de nos frères, les pauvres et les exclus. Et le Pape d’insister : « ce que l’Esprit-Saint fait pour chacun de nous, qui sommes ici sur cette Place, nous devons le faire pour ceux qui souffrent le plus », avant de souhaiter que la fête de la Pentecôte, « qui est l’anniversaire de l’Eglise », fasse des croyants des semeurs d’espérance pour tous ceux qui en ont besoin.

Le Pape François dénonce l’attentat de Kaboul

A près avoir pris connaissance de l’attentat qui a eu lieu ce mercredi 31 mai 2017 à Kaboul, le Pape François a dénoncé cette attaque « abjecte » . L’explosion d’un camion piégé dans un quartier diplomatique et très sécurisé de la capitale afghane a causé la mort d’au moins 80 personnes ; on déplore également des centaines de blessés.

Dans un télégramme signé par le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, le Souverain Pontife exprime ses « plus sincères condoléances à tous ceux qui ont été frappés par cet acte de violence brutale ». Il confie « les âmes des défunts à la grâce du Tout-puissant et assure le peuple afghan qu’il continue de prier pour la paix ».

Cet attentat, particulièrement meurtrier, a été commis en pleine heure de pointe, dans une rue fréquentée, proche de l’ambassade allemande. Selon une source citée par l’agence France presse, « l’explosion a été causée par une citerne à eau qui contenait plus d’une tonne et demi d’explosifs. Elle a laissé un cratère de 7 mètres de profondeur ».

Les Talibans, qui ont lancé il y a quelques semaines leur « offensive de printemps », affirment ne pas être à l’origine de cet attentat.

(Avec R. V.)

Dimanche 28 Mai 2017

A l’issue de la prière du Regina Caeli, le Pape François a une nouvelle fois fait part de ses pensées après les récents attentats terroristes en Egypte et à Manchester. Il est également revenu sur la 51ème Journée mondiale des communications sociales fêtée par l’Eglise en ce dimanche.

« Je souhaite de nouveau exprimer ma proximité à mon cher frère le Pape Tawadros II et à toute la nation égyptienne, qui il y a deux jours a subi un autre acte de violence féroce, a dit François depuis la fenêtre du palais apostolique. Les victimes, a rappelé le Saint-Père, parmi lesquelles des enfants, étaient des fidèles et se rendaient dans un sanctuaire pour prier, ils ont été tués après qu’ils aient refusé de renier leur foi chrétienne. Que le Seigneur accueille dans sa paix ces courageux témoins, ces martyrs, et convertisse les cœurs des terroristes. » Quelques heures après ce nouvel attentat visant la communauté chrétienne en Egypte, le Souverain pontife avait envoyé un télégramme au président égyptien Al Sissi pour lui faire part de sa peine. 29 personnes avaient été tuées.

Le Pape a également demandé de prier pour les victimes « de l’horrible attentat » perpétré le 22 mai à Manchester, « où tant de jeunes vies ont été cruellement brisées. « Je suis proche de leurs familles et de tous ceux qui pleurent leur disparition » a-t-il dit. Au lendemain de cet attentat, le Pape avait dénoncé une « attaque barabare ». L’explosion d’un kamikaze avait fait 22 morts et 116 blessés.

L’attentat de Manchester comme l’attaque qui a visé les coptes vers la ville de Minya en Moyenne-Egypte ont été revendiqués par le groupe état islamique.

Le Pape François a également évoqué la 51ème Journée mondiale des Communications sociales que l’Eglise fête ce dimanche 28 mai 2017. Le thème choisi cette année : « Ne crains pas, car je suis avec toi » (Is,43,5). « Les moyens de communication offrent la possibilité de partager et d’étendre en un instant les nouvelles de manière capillaire » a rappelé François. « Ces nouvelles peuvent être belles ou laides, vraies ou fausses » et ainsi le Pape invite à prier « pour que les communications, sous toutes ses formes, soient effectivement constructives, au service de la vérité en refusant les préjugés, et qu’elles diffusent de l’espérance et de la confiance en ce monde ».

Le Pape François avait célébré samedi en fin d’après-midi la messe au parc des expositions « Fiera del Mare », de Gênes, au bord de la Méditerranée, dernier temps fort de cette visite pastorale dans la capitale ligurienne. Une eucharistie célébrée en présence de plus de 60 000 personnes sous un soleil éclatant.

Dans son homélie, le Pape est revenu sur le pouvoir de Jésus, la force de Dieu, à travers les textes de l’Ascension du Seigneur. « Aujourd’hui nous célébrons ce mystère où Dieu unit le ciel et la terre », a dit le Saint-Père. Quand Jésus est monté vers le Père, notre chair humaine a traversé le seuil des Cieux, notre humanité est là, en Dieu, c’est là qu’est notre confiance parce que Dieu ne se fatigue jamais de l’homme.

Le pouvoir de Jésus n’est pas fini une fois qu’il est monté au Ciel a précisé le Pape, « il continue aujourd’hui et dure pour toujours ». Jésus est vraiment avec nous et pour nous, il est notre avocat a t-il expliqué. Le premier mot clé du pouvoir de Jésus est intercession , cette capacité d’intercéder, dans notre monde où l’on court , où l’on travaille, où tant de choses nous demandent des efforts, le monde en a besoin.

Le Pape qui dans cette homélie est revenu aussi sur le sens de la prière, qui n’est pas qu’un moyen pour trouver la paix intérieure, mais bien le fait de tout confier à Dieu. Notre pouvoir est dans la force douce de la prière a dit le Saint-Père. La prière n’est pas la tranquillité, mais la charité. Intercéder sans jamais se fatiguer, telle est notre responsabilité. « Comme Jésus intercède toujours pour nous auprès du Père, nous ses disciples ne nous fatiguons jamais de prier pour rapprocher la terre du Ciel ».

L’autre mot-clé de l’Evangile, est l’annonce, a poursuivi le Saint-Père. Le Seigneur nous envoie l’annoncer : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (MT, 28, 16-20). Jésus nous envoie, grâce à notre baptême à travers le monde, c’est un acte de grande confiance qu’il a envers nous : « Jésus croit en nous beaucoup plus que nous croyons en Lui ! ». Il est important pour Jésus que nous dépassions une grande imperfection qui est celle de la fermeture a aussi expliqué François. Il faut donc sortir : « Le Seigneur nous veut en sortie, libres des tentations de se contenter lorsque nous allons bien et que nous avons tout sous contrôle »

« Comme pour ses premiers disciples, nos lieux d’annonce sont les chemins du monde, a encore souligné le Saint-Père, comme avec eux, il désire que l’annonce soit portée avec sa force, non avec celle du monde, mais la force limpide et douce du témoignage joyeux, ceci est urgent » a-t-il conclu.

A l’issue de la cérémonie, le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de la ville, qui a concélébré, a remercié le Pape au nom de tous les Gênois, en lui demandant de ne "pas oublier sa ville de Gênes", au même titre que "sa Buenos Aires", allusion aux grands-parents italiens de Jorge Maria Bergoglio qui partirent de la ville pour migrer en Argentine. A l’issue de la messe, le Pape devait regagner l’aéroport de Gênes afin de rentrer au Vatican.

(Avec R. V.)

Mercredi 24 Mai 2017

Près de trente minutes d’entretien en privé, et une première rencontre ce mercredi : le président américain Donald Trump a été reçu ce matin par le Pape François au Vatican. Une rencontre très attendue, la première entre les deux hommes, qui a débuté dans une ambiance crispée avant d’afficher un plus franc sourire à l’issue de leur tête-à tête.

C’est en effet un Pape à la mine grave qui a accueilli le président américain, comme s’il était pressé de s’entretenir avec son hôte, à l’abri du regard des photographes. François et Donald Trump ont finalement passé une demi-heure en tête à tête. Au menu des discussions : l’engagement en faveur de la liberté religieuse et de conscience, mais aussi l’engagement de l’Eglise catholique américaine dans les domaines de la santé de l’éducation et de l’aide aux migrants.

Mais c’est bien la paix qui a dominé les entretiens à en croire les quelques images publiées lors de cette rencontre. Comme un symbole, le Pape a offert au président américain un médaillon représentant un olivier, symbole de paix et son message pour la journée mondiale de la paix, qu’il a signé personnellement. « Je vous le donne pour que vous soyez un instrument de paix » a dit le Pape a son hôte, qui rentre d’Arabie Saoudite après avoir signé un contrat record de ventes d’armes. « On a besoin de paix », a répondu le président américain.

Une rencontre qui malgré les différends s’est achevée dans une atmosphère plus détendue. « Je n’oublierai pas ce que vous avez dit » a affirmé Donald Trump au Souverain Pontife en le saluant, juste avant que le président américain ne s’entretienne avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège. Une rencontre de 50 minutes cette fois-ci, pour rentrer dans le vif des sujets.

(Avec R. V.)

Dimanche 21 Mai 2017

Lors de la prière du Regina Coeli, devant des milliers de fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape est revenu sur l’Évangile du jour, qui reprend le passage de la dernière Cène de Jésus avec ses disciples. A la fin de cette prière, il a annoncé la création de cinq nouveaux cardinaux.

Dans ce moment dramatique, juste avant sa passion et sa mort, Jésus promet à ses disciples qu’ils recevront « un autre Paraclet », c’est-à-dire un autre « avocat, défenseur et consolateur », qu’il ne ne les laissera pas orphelins. « Ces paroles transmettent la joie d’une nouvelle venue du Christ : ressuscité et glorifié, il demeure dans le Père, et en même temps, il vient à nous dans l’Esprit Saint ».

« Qui m’aime sera aimé de mon Père et moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui », promet le Christ à ses disciples. « Le Seigneur aujourd’hui nous appelle à répondre généreusement à l’appel évangélique à l’amour, en mettant Dieu au centre de notre vie et nous dédiant au service des frères, spécialement ceux qui ont le plus besoin de soutien et de consolation », a rappelé le Pape François.

« Une communauté de chrétiens doit donc vivre dans la charité du Christ », spécialement à l’égard des personnes spirituellement les plus faibles, a repris le Pape. « Combien d’entre elles se sont éloignées parce qu’elles ne se sont pas senties accueillies, comprises et aimées. Aussi pour un chrétien, savoir aimer n’est jamais une donnée acquise une fois pour toutes ; chaque jour, il faut recommencer, il faut s’exercer pour que notre amour envers les frères et les sœurs que nous rencontrons devienne mûr et purifié de ces limites ou péchés qui rendent partial, égoïste, stérile et infidèle. Chaque jour il faut essayer l’art d’aimer, chaque jour il faut suivre avec patience l’école du Christ, avec l’aide de l’Esprit », a conclu le Pape François.

Au terme de la prière du Regina Coeli, ce dimanche, le Pape a annoncé la création de cinq nouveaux cardinaux. Ils seront élevés à la pourpre cardinalice le 28 juin prochain, à la veille de la fête des saints Pierre et Paul, le 29 juin, durant laquelle les nouveaux cardinaux concélèbreront la messe avec le Pape François et les nouveaux archevêques nommés durant l’année écoulée.

Ces futurs nouveaux cardinaux sont :

Mgr Jean Zerbo, 73 ans, archevêque de Bamako (Mali), très engagé dans le dialogue islamo-chrétien.

Mgr Anders Arborelius, 67 ans, évêque de Stockholm (Suède). Il avait accueilli le Pape dans son pays en 2016, dans le cadre d’une commémoration oecuménique de la Réforme luthérienne.

Mgr Juan José Ornella, 71 ans, archevêque de Barcelone (Espagne). Il s’agit du seul siège traditionnellement cardinalice parmi les cinq nouveaux cardinaux qui seront créés le 28 juin.

Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, 73 ans, vicaire apostolique de Paksé (Laos). Il devient le premier cardinal originaire de ce petit pays d’Asie du sud-est, dont le régime communiste autoritaire a longtemps bridé la liberté de la petite minorité catholique. Le dimanche 11 décembre 2016, 17 martyrs du Laos, parmi lesquels dix missionnaires français, morts pour la foi entre 1954 et 1970, avaient été béatifiés ensemble à Vientiane, la capitale de ce pays indépendant depuis 1953.

Mgr José Gregorio Rosa Chavez, 74 ans, évêque auxiliaire de San Salvador (Salvador). Il s’agit du premier cardinal de l’histoire de ce petit pays très catholique d’Amérique centrale, marqué par la figure de Mgr Oscar Romero, assassiné en 1980 et béatifié en 2015. À noter qu’il est très inhabituel qu’un simple évêque auxiliaire soit élevé à la pourpre cardinalice, mais ce choix du Pape est certainement lié au très long service de cet évêque, en responsabilité dans ce diocèse depuis 1982, et qui a dû accompagner depuis 25 ans une communauté traumatisée par la mort de Mgr Romero, par la répression de l’ex-dictature d’extrême-droite et par l’insécurité liée notamment au trafic de drogue et à la pauvreté.

Il s’agira de la quatrième convocation d’un consistoire extraordinaire voué à la création de nouveaux cardinaux depuis le début du pontificat du Pape François. Il en avait créé 56 lors de trois consistoires en 2014, 2015 et 2016, offrant les premiers cardinaux de l’histoire à de nombreuses nations "périphériques" comme le Lesotho, la Papouasie Nouvelle-Guinée ou encore les Iles Tonga.

Ce "mini-consistoire" de 2017 confirme cette attention portées à des territoires inhabituels, avec la création des premiers cardinaux de l’histoire du Mali, du Laos, du Salvador et de la Suède.

« Leur provenance de diverses parties du monde manifeste la catholicité de l’Église, diffusée sur toute la terre, et l’attribution d’un titre ou d’une diaconie de l’Urbe (de "la Ville", de Rome, ndlr) exprime l’appartenance des cardinaux au diocèse de Rome, qui, selon la célèbre expression de saint Ignace, "préside à la charité" de toutes les Églises », a expliqué le Pape.

« Confions les nouveaux cardinaux à la protection des saints Pierre et Paul, afin qu’avec l’intercession du Prince des Apôtres, ils soient d’authentiques serviteurs de la Communion ecclésiale, et qu’avec celle de l’Apôtre des gentils, ils soient des annonciateurs joyeux de l’Évangile dans le monde entier, et qu’avec leur témoignage et leur conseil, ils me soutiennent plus intensément dans mon service d’évêque de Rome, pasteur universel de l’Église », a exhorté le Pape François.

(Avec R. V.)

Mercredi 17 mai 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi ses catéchèses sur le thème de l’Espérance. Au cours de l’audience générale place Saint-Pierre, le Souverain pontife est revenu sur la figure de Marie-Madeleine, la première qui a vu le Christ ressuscité. Marie-Madeleine, que Jésus a appelé par son nom est une apôtre de l’Espérance a rappelé le Saint-Père.

Marie-Madeleine est la première des femmes à arriver au tombeau de Jésus, elle qui le suivit en Galilée en se mettant au service de l’Eglise naissante. L’Evangile de Jean nous la décrit revenant déçue vers les disciples qui se cachaient, leur expliquant que la pierre tombale avait été roulée et que le corps de Jésus déplacé. Mais l’Ecriture raconte un second voyage de Marie-Madeleine vers le sépulcre, elle qui fut têtue, a précisé le Pape, car elle n’était pas convaincue parce qu’elle avait vu. Son pas est alors lent, Marie-Madeleine souffre, avant tout pour la mort de Jésus et pour la disparition inexplicable de son corps.

C’est alors qu’en s’approchant du tombeau les yeux pleins de larmes que Dieu la surprend. Elle ne se rend pas compte de la présence de deux anges ni de Jésus qu’elle prend pour le jardinier. Et c’est lorsque Jésus l’appelle par son nom "Marie" qu’elle découvre l’évènement le plus déconcertant de l’histoire humaine.

De cet épisode, le Pape François s’est réjoui que la première apparition du ressuscité se fasse sur un mode aussi personnel. « Il y a quelqu’un qui nous connait, a expliqué François, qui voit notre souffrance et notre désillusion, et qui s’émeut pour nous, nous appelle par notre nom ».

Tant de personnes cherchent Dieu, mais ce qui est prodigieux est que Dieu avant tout se préoccupe de notre vie, il veut nous réconforter, et pour cela il nous appelle par notre nom. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu, a insisté le Pape, il nous connait par notre nom, nous regarde, nous attend, nous pardonne, il est patient avec nous.

La joie de Marie-Madeleine reconnaissant le Christ ressuscité est bien réelle. « Cette résurrection de Jésus n’est pas, pour le chrétien, une petite joie quelconque, éphémère » a encore expliqué le Saint-Père, elle est au contraire une cascade qui envahit toute notre vie.

« Notre Dieu n’est pas inerte, il est "un rêveur" : il rêve la transformation du monde, et l’a réalisée dans le mystère de sa résurrection »

« Marie-Madeleine aurait voulu étreindre le Seigneur. Mais lui l’envoie porter la bonne nouvelle aux Apôtres, il l’a fait apôtre de la nouvelle et plus grande espérance. Au milieu des désillusions et des échecs que chacun porte dans son cœur, a conclu le Saint-Père, il y a un Dieu, tout près de nous, qui nous dit : cesse de pleurer, parce que je suis venu pour le libérer ! »

Le Pape François lors de cette audience a également salué « la fidélité de tant de femmes » qui se dévouent pendant des années dans les allées des cimetières, en souvenir des défunts, et qui continuent à aimer. Les liens « les plus authentiques » ne sont pas brisés par la mort..

(Avec R. V.)

Dimanche 14 Mai 2017

Devant des milliers de fidèles réunis sous les fenêtres du Palais apostolique, le Pape François a récité la prière du Regina Coeli, ce 5ème Dimanche de Pâques. Au lendemain de son retour à Rome, le Souverain Pontife a longuement évoqué son pèlerinage à Fatima, au Portugal, revenant sur le sens profond de ce 19e voyage apostolique éminemment marial.

« A Fatima, je me suis immergé dans la prière du peuple fidèle, prière qui coule comme un fleuve depuis cent ans, pour implorer la protection maternelle de Marie sur le monde entier », a affirmé le Pape avant de rendre grâce à Dieu de lui avoir permis de se rendre aux pieds de la Vierge, comme « pèlerin d’espérance et de paix ».

Il est ensuite revenu sur les temps forts de ce voyage, notamment sur son long temps de prière, vendredi après-midi dans la chapelle des Apparitions, devant la statue de Notre-Dame du Rosaire. Un face-à-face intense, empreint de dévotion filiale, accompagné par le « silence orant des fidèles ». Et au milieu de tout, il y avait « le Christ ressuscité, présent au milieu de son peuple, (…) et au milieu des nombreux malades, qui sont protagonistes de la vie liturgique et pastorale de Fatima, comme de chaque sanctuaire marial ».

A Fatima, a encore rappelé le Pape, « la Vierge Marie a choisi des cœurs purs et innocents pour être les dépositaires de son message », les petits bergers, Lucie, Jacinthe et François. En canonisant Jacinthe et François, « j’ai voulu proposer à toute l’Eglise leur exemple d’adhésion au Christ », a précisé le Saint-Père, qui souligne toutefois que la sainteté de ces enfants n’est pas la conséquence des apparitions reçues, mais bien de leur « fidélité et de l’ardeur avec lesquels ils ont répondu au privilège de pouvoir voir la Vierge Marie. Après leur rencontre avec la ‘Belle Dame’, ils récitaient souvent le chapelet, ils faisaient pénitence, offraient des sacrifices pour la fin de la guerre, pour les âmes ayant le plus besoin de la Divine Miséricorde ».

Aujourd’hui encore, a conclu le Pape « il y a tant besoin de prière et de pénitence pour implorer la grâce de la conversion, ainsi que la fin des conflits absurdes et des violences qui défigurent le visage de l’humanité ». Et le Saint-Père de confier à Marie, « la Reine de la Paix, le sort des populations affligées par les guerres et les conflits, en particulier au Moyen-Orient. Tant de personnes innocentes sont durement éprouvées, qu’elles soient chrétiennes, musulmanes, ou qu’elles appartiennent à des minorités comme les Yézidis, lesquelles subissent des violences tragiques et des discriminations ».

Après avoir assuré ces populations de sa solidarité et de sa prière, le Pape a remercié « ceux qui s’engagent à subvenir aux besoins humanitaires » de tous, et encouragé toutes les communautés à « suivre le chemin du dialogue et de la réconciliation pour construire un futur de respect, de sécurité et de paix. »

Le Pape a encore rappelé la béatification à Dublin, ce samedi 13 mai, du jésuite irlandais, John Sullivan (1861-1933), qui consacra sa vie à l’enseignement et à la formation spirituelle des jeunes.

Et en ce 14 mai 2017, fête des mères en Italie, François a enfin appelé à se « souvenir avec gratitude et affection de toutes les mères, également de celles qui sont au Ciel, en les confiant à Marie, la mère de Jésus », avant d’inviter la foule des fidèles à prier en silence quelques instants, chacun, pour sa maman.

(R. V.)

Samedi 13 mai 2017 : Voyage du pape François à Fatima

Avec une trentaine de minutes de retard sur le programme prévu, l’avion du Pape François, affrêté par la compagnie aérienne portugaise TAP, s’est envolé vers 15h30 heure locale (16h30 heure de Rome) de la base aérienne de Monte Real pour rejoindre Rome en fin d’après-midi

Après un dernier entretien protocolaire avec le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, le Pape a pu saluer quelques centaines de fidèles présents sur place, avant de monter dans l’avion.

En début d’après-midi, après la très longue messe de trois heures pour la canonisation de François et Jacinthe Martho, le Pape avait déjeuné avec les évêques portugais, sans prise de parole officielle.

Ce très court voyage d’à peine 24h à été marqué par de nombreuses images fortes, et a donné l’occasion au Pape François d’exprimer une nouvelle fois son attachement à la prière mariale, dans la continuité de ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI.

Comme un enfant qui rend visite à sa Mère, le Pape était, chez lui, à Fatima. Comme un simple pèlerin, il s’est confié à elle, un simple pèlerin parmi des milliers : ceux qui sont venus pour confier un proche en difficulté, pour prier les deux bergers proclamés saints, ou pour rencontrer Notre-Dame du Rosaire. En 24 heures, le Pape a ainsi fait redécouvrir à tous la figure de Marie qui s’est manifestée il y a cent ans. Une « Mère douce et attentive » qui prend dans ses bras, ceux qui en ont besoin : elle est cette force révolutionnaire de la tendresse, de l’affection et de l’humilité.

C’est à ses pieds que François a prié hier dans la Chapelle des apparitions, un véritable moment de communion avec toute la foule fervente, qui a récité la prière du Rosaire offerte par la Vierge de Fatima.

Pour ce centenaire des apparitions, le Pape est venu ici délivrer un message, un message d’espérance et de paix redécouvert pendant ces deux jours, un message toujours actuel, face aux violences d’aujourd’hui dans le monde. Cet appel à l’espérance, c’est aussi celui des saints François et Jacinthe, exigeants dans la prière, conscients des souffrances des autres. Pour suivre leur exemple, le Pape François a canonisé ces deux petits bergers portugais, cent ans après les apparitions, un évènement empreint d’une grande émotion qui aura marqué la célébration de ce centenaire en présence du Saint-Père au Sanctuaire.

Messe de canonisation

Cent ans après les apparitions de Fatima, les frère et sœur François et Jacinthe Marto ont été proclamés saints par le Pape. François a présidé la messe de canonisation devant 500 000 pèlerins rassemblés sous le soleil portugais, sur l’immense parvis du Sanctuaire de Fatima.

Après s’être incliné en prière devant les tombes en marbres de François et Lucie à l’intérieur de la basilique de Notre-Dame du Rosaire, il a invité à prendre exemple sur ces enfants, saint François Marto et sainte Jacinthe pour supporter les souffrances de la vie et être messager d’espérance.

« Nous avons une Mère ! » s’est réjoui à plusieurs reprises le Pape dans son homélie, depuis le parvis du Sanctuaire. C’est « une Dame très belle » avaient dit avec leur langage d’enfant les petits voyants de Fatima, accompagnés de leur cousine Lucie. Ce Mère est venue avec un message, rappelle le Saint-Père. Un message « présageant et mettant en garde sur le risque de l’enfer pour celui qui mène une vie – souvent proposée et imposée – sans Dieu ». Après cent années de bénédictions reçues du Ciel, ce message, parti « de ce Portugal riche d’espérance », s’est répandu aux quatre coins de la terre.

Le Pape François a invité à prendre exemple sur Saint François Marto et Sainte Jacinthe pour « surmonter les contrariétés et les souffrances » de la vie. Une force qui leur vient de « la Lumière de Dieu » et son adoration, offertes par Marie. Elle leur vient aussi de la prière insistante, souligne le Saint-Père. Ainsi, cette prière, que ces enfants faisaient chaque jour, a rendu constante la présence divine dans leur vie.

En 1917 au Portugal, la jeune Jacinthe, du haut de ses 7 ans, était touchée par la souffrance autour d’elle, de toutes ces « personnes qui pleurent à cause de la faim et qui n’ont rien à manger ». La souffrance « des fils et filles » de Marie, le Pape l’a confiée lors de cette messe en plein air, en particulier pour apporter paix et espérance « pour les malades et les handicapés, les prisonniers et les chômeurs, les pauvres et les abandonnés ».

Comme les pastoureaux, le Pape a appelé à être « une espérance pour les autres, une espérance réelle et réalisable ». Une mission très exigeante, reconnait François, qui « met en route une vraie mobilisation générale contre l’indifférence qui nous glace le cœur et aggrave notre myopie » face aux souffrances de l’autre. « Nous ne voulons pas être une espérance avortée ! La vie peut survivre seulement grâce à la générosité d’une autre vie. »

Comme les bergers de la Cova da Iria, nous « nous cramponnons à Marie comme des enfants, et ainsi vivons de l’espérance qu’elle appuie sur Jésus ». C’est elle qui donne son humanité à Jésus en l’engendrant, poursuit le Saint-Père, et ainsi, par Lui, « apporte auprès du Père céleste notre humanité dans le ciel à la droite du Père ». Il a invité les pèlerins à faire de cette espérance un « levier de la vie », à apprendre à « redécouvrir le visage jeune et beau de l’Eglise, qui resplendit quand elle est missionnaire, accueillante, libre, fidèle, pauvre en moyens et riche d’amour ».

Le 13 mai 1917, trois petits bergers de la Cova da Iria, petite bourgade du centre du Portugal ont vu la Vierge apparaitre devant eux. A six reprises, le 13 de chaque mois, Marie s’est manifestée à ces enfants, François, Jacinthe et Lucie, leur délivrant un secret, prophétique d’évènements tragiques du XXè siècle mais aussi de la miséricorde infinie de Dieu pour l’humanité.

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

« Apparut dans le ciel une femme ayant le soleil pour manteau » atteste le voyant de Patmos dans l’Apocalypse (12,1), faisant aussi observer qu’elle est sur le point de donner naissance à un fils. Puis, dans l’Evangile, nous avons entendu Jésus dire au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27). Nous avons une Mère ! Une “Dame très belle“, comme disaient entre eux les voyants de Fatima sur la route de la maison, en ce jour béni du 13 mai, il y a cent ans. Et, le soir, Jacinthe ne réussit pas à se retenir, et elle révèle le secret à sa maman : « Aujourd’hui j’ai vu la Vierge ». Ils avaient vu la Mère du ciel. Le regard d’un grand nombre s’est dirigé dans la direction que suivaient leurs yeux, mais… ils ne l’ont pas vue. La Vierge Mère n’est pas venue ici pour que nous la voyions : pour cela nous aurons toute l’éternité, si nous allons au ciel, bien entendu.

Mais elle, présageant et nous mettant en garde contre le risque de l’enfer où mène la vie – souvent proposée et imposée – sans Dieu et qui profane Dieu dans ses créatures, elle est venue nous rappeler la lumière de Dieu qui demeure en nous et qui nous couvre, car, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, « l’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu » (Ap 12, 5). Et, selon les paroles de Lucie, les trois privilégiés se trouvaient dans la lumière de Dieu qui rayonnait de la Vierge. Elle les enveloppait dans le manteau de lumière que Dieu lui avait donné. Comme le croient et le sentent de nombreux pèlerins, si non tous, Fatima est surtout ce manteau de lumière qui nous couvre, ici comme partout ailleurs sur la terre quand nous nous réfugions sous la protection de la Vierge Marie pour lui demander, comme l’enseigne le Salve Regina, “montre-nous Jésus”.

Chers pèlerins, nous avons une Mère. Cramponnés à elle comme des enfants, vivons de l’espérance fondée sur Jésus, car, comme nous l’avons entendu dans la seconde lecture, à cause de Jésus-Christ, et de lui seul, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes régneront dans la vie (cf. Rm 5,17). Quand Jésus est monté au ciel, il a apporté auprès du Père céleste l’humanité – notre humanité – qu’il avait assumée dans le sein de la Vierge Mère ; et il ne s’en séparera jamais plus. Fixons notre espérance, comme une ancre, dans cette humanité placée dans le ciel à la droite du Père (cf. Ep 2,6). Que cette espérance soit le levier de la vie de chacun de nous ! Une espérance qui nous soutient toujours, jusqu’au dernier souffle.

Forts de cette espérance, nous sommes réunis ici pour remercier des innombrables bienfaits que le Ciel a accordés au cours de ces cent années, passées sous ce manteau de lumière que la Vierge, à partir de ce Portugal porteur d’espérance, a étendue aux quatre coins de la terre. Nous avons comme exemples devant nos yeux saint François Marto et sainte Jacinthe, que la Vierge Marie a introduits dans la mer immense de la lumière de Dieu et y a conduits pour l’adorer. De là leur venait la force de surmonter les contrariétés et les souffrances. La présence divine devint constante dans leur vie, comme cela se manifeste clairement par la prière insistante pour les pécheurs et par le désir permanent de rester près de “Jésus caché” dans le Tabernacle.

Dans ses Mémoires (III, n. 6), Sœur Lucie donne la parole à Jacinthe qui venait d’avoir une vision : « Ne vois-tu pas beaucoup de routes, beaucoup sentiers et de champs pleins de gens qui souffrent de faim et qui n’ont rien à manger ? Et le Saint-Père dans une église, devant le Cœur Immaculé de Marie en prière ? Et beaucoup de monde en prière avec lui ? ». Merci frères et sœurs, de m’accompagner ! Je ne pouvais pas ne pas venir ici pour vénérer la Vierge Mère et lui confier ses fils et ses filles. Sous son manteau ils ne se perdent pas ; de ses bras viendront l’espérance et la paix dont ils ont besoin, et que je demande pour tous mes frères dans le baptême et en humanité, en particulier pour les malades et les personnes avec handicap, pour les détenus et les chômeurs, pour les pauvres et les personnes abandonnées. Chers frères, prions Dieu dans l’espérance que les hommes nous écoutent ; et adressons-nous aux hommes avec la certitude que Dieu nous porte secours.

En effet, il nous a créés comme une espérance pour les autres, une espérance réelle et réalisable selon l’état de vie de chacun. En “demandant” et “exigeant” de chacun de nous l’accomplissement de son devoir d’état (Lettre de Sœur Lucie, 28 février 1943), le ciel déclenchait une vraie mobilisation générale contre cette indifférence qui nous gèle le cœur et aggrave notre myopie. Nous ne voulons pas être une espérance avortée ! La vie ne peut survivre que grâce à la générosité d’une autre vie. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24), a dit et fait le Seigneur qui nous précède toujours. Quand nous passons par quelque croix, il y est déjà passé en premier. Ainsi nous ne montons pas sur la croix pour trouver Jésus ; mais c’est lui qui s’est humilié et qui est descendu jusqu’à la croix pour nous trouver et, en nous, vaincre les ténèbres du mal et nous reconduire à la lumière.

Sous la protection de Marie, nous sommes, dans le monde, des sentinelles du matin qui savent contempler le vrai visage de Jésus Sauveur, celui qui brille à Pâques, et redécouvrir le visage jeune et beau de l’Eglise, qui resplendit quand elle est missionnaire, accueillante, libre, fidèle, pauvre en moyens et riche d’amour. »

Bénédiction des malades :

À la fin de la messe de canonisation Saint François Marto et Sainte Jacinthe, sous les arcades de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire à Fatima, le Pape François est allé bénir les personnes malades. Des enfants et adultes, en fauteuils roulants pour beaucoup, accompagnés des hospitaliers du Sanctuaire. Il leur a rappelé que dans leur souffrance et leurs blessures se cache Jésus, comme il est « caché mais présent dans l’Eucharistie », car Il « sait ce que signifie la douleur, il nous comprend, nous console, et nous donne la force ».

Cent ans après être apparue à Fatima, aujourd’hui la Vierge Marie répète à tous la demande qu’elle a faite aux pastoureaux : « Voulez-vous vous offrir à Dieu ? ». Le Saint-Père donne la réponse : « chers malades, vivez votre existence comme un don et dites à la Vierge, comme les pastoureaux, que vous voulez vous offrir à Dieu de tout votre cœur ». Car avec leur maladie, ils sont des témoins du Christ qui a souffert et ont une vraie place au sein de l’Église. « Ne vous considérez pas seulement comme des destinataires de solidarité caritative, mais sentez-vous pleinement participants de la vie et de la mission de l’Église » leur a lancé le Pape. Il les a invité à offrir à l’Église leur « présence silencieuse mais plus éloquente que beaucoup de paroles », leur « prière, offrande quotidienne de leurs souffrances ». Accepter avec patience et joie leur conditions « est une ressource spirituelle, un patrimoine pour toute communauté chrétienne. N’ayez pas honte d’être un trésor précieux de l’Église » les a assuré le Saint-Père.

Il les enfin appelé à confier leurs douleurs, leurs souffrances, leur fatigue au Saint-Sacrement que le Pape a présenté devant les malades à la fin de la messe de canonisation.

Retrouvez le texte du salut du Pape aux malades et handicapés :

« Chers frères et sœurs malades,

Comme je l’ai dit dans l’homélie, le Seigneur nous précède toujours : quand nous passons par quelque croix, il y est déjà passé. Dans sa Passion, il a pris sur lui toutes nos souffrances. Jésus sait ce que signifie la souffrance, il nous comprend, il nous console, et il nous donne la force, comme il a fait pour saint François Marto et sainte Jacinthe, pour les saints de tous les temps et de partout. Je pense à l’Apôtre Pierre, enchaîné dans la prison de Jérusalem, alors que toute l’Eglise priait pour lui. Et le Seigneur a consolé Pierre. Voilà le mystère de l’Eglise : l’Eglise demande au Seigneur de consoler les affligés et il vous console, même de manière cachée ; il vous console dans l’intimité du cœur et il vous console par sa force.

Chers pèlerins, nous avons devant les yeux Jésus caché mais présent dans l’Eucharistie, comme nous avons Jésus caché mais présent dans les blessures de nos frères et sœurs malades et souffrants. Sur l’autel, nous adorons la chair de Jésus ; en ces frères, nous trouvons les plaies de Jésus. Le chrétien adore Jésus, le chrétien cherche Jésus, le chrétien sait reconnaître les plaies de Jésus. Aujourd’hui la Vierge Marie nous répète à tous la question qu’elle a posée, il y a cent ans, aux pastoureaux : « Voulez-vous vous offrir à Dieu ? ». La réponse – « Oui, nous le voulons ! » - nous permet de comprendre et d’imiter leur vie. Ils l’ont vécue, avec tout ce qu’elle comportait de joie et de souffrance, dans une attitude d’offrande au Seigneur.

Chers malades, vivez votre existence comme un don et dites à la Vierge, comme les pastoureaux, que vous voulez vous offrir à Dieu de tout votre cœur. Ne vous considérez pas seulement comme des bénéficiaires de la solidarité caritative, mais sentez-vous pleinement participants de la vie et de la mission de l’Eglise. Votre présence silencieuse mais plus éloquente que beaucoup de paroles, votre prière, l’offrande quotidienne de vos souffrances unies à celles de Jésus crucifié pour le salut du monde, l’acceptation patiente et même joyeuse de votre condition sont une ressource spirituelle, un patrimoine pour chaque communauté chrétienne. N’ayez pas honte d’être un trésor précieux de l’Eglise.

Jésus passera près de vous dans le Saint Sacrement pour vous manifester sa proximité et son amour. Confiez-lui vos douleurs, vos souffrances, votre fatigue. Comptez sur la prière de l’Eglise, qui de partout monte vers le ciel pour vous et avec vous. Dieu est Père et il ne vous oublie jamais. »

(Avec R. V.)

Vendredi 12 Mai 2017

Une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes a accueilli le Pape François à son arrivée en hélicoptère au Sanctuaire de Fatima. Une foule venue de tout le Portugal, puisqu’un jour férié avait été décrété pour faciliter la participation à ce pèlerinage de prière ; une foule venue également des quatre coins du monde pour prier au pied de Notre Dame de Fatima qui il y a cent ans apparaissait à trois petits bergers, François, Jacinthe et leur cousine Lucie. C’est le 19ème voyage international du Pape François, et le 6ème voyage d’un pape à Fatima.

« Avec Marie en pèlerin d’espérance et de paix », comme l’annonce la devise de ce 19ème voyage apostolique, le Saint Père s’est incliné devant la « Reine du Rosaire de Fatima », et a longuement prié, demandant à Celle qui voit les douleurs de la famille humaine, « la concorde entre tous les peuples ».

Se déclarant, dans sa longue prière mariale, « prophète et messager pour laver les pieds à tous les hommes », le Pape François demande à Marie de nous faire suivre l’exemple des petits bergers, François et Jacinthe, pour « abattre tous les murs », pour « vaincre toutes les frontières », et pour aller « vers toutes les périphéries », afin de révéler la justice et la paix de Dieu. « Nous serons une Eglise vêtue de blanc, de la pureté blanchie dans le sang de l’agneau versé aujourd’hui encore dans toutes les guerres qui détruisent le monde ».

Le Saint Père a déposé une Rose pour Notre Dame de Fatima, une rose d’or qu’il avait déjà annoncée dans le message vidéo adressée deux jours avant son voyage. Une rose d’or en signe de l’union physique ou spirituelle avec tous les pèlerins de Fatima.

A son arrivée, le Saint-Père a traversé la foule en papamobile avant de se recueillir longuement en silence devant la petite chapelle, et devant la statue de Notre Dame de Fatima. La foule s’était alors faite silencieuse pour partager avec le Pape l’intensité de sa prière.

Retrouvez le texte intégral de la prière du Pape François à la Chapelle des apparitions :

" Salut Reine,
Bienheureuse Vierge de Fatima,
Dame au Cœur Immaculé,
refuge et chemin qui conduit à Dieu !
Pèlerin de la Lumière qui nous vient de tes mains,
je rends grâce à Dieu le Père qui, en tout temps et en tout lieu, agit dans l’histoire humaine ;
pèlerin de la Paix qu’en ce lieu tu annonces,
je loue le Christ, notre paix, et pour le monde je demande la concorde entre tous les peuples ;
pèlerin de l’Espérance que l’Esprit anime,
je me veux prophète et messager pour laver les pieds à tous les hommes, à la même table qui nous unit.

Ave o clemens, ave o pia !
Salve Regina Rosarii Fatimae.
Ave o clemens, ave o pia !
Ave o dulcis Virgo Maria.

Salut, Mère de Miséricorde,
Dame au manteau blanc !
En ce lieu où, il y a cent ans,
tu as montré à tous les desseins de la Miséricorde de notre Dieu,
je regarde ton manteau de lumière,
et, en tant qu’évêque vêtu de blanc,
je me souviens de tous ceux qui,
vêtus de la pureté baptismale,
veulent vivre en Dieu
et prient les mystères du Christ pour obtenir la paix.

Salut, vie et douceur,
Salut, notre espérance,
Ô Vierge Pèlerine, ô Reine universelle !
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
vois les joies de l’être humain
lorsqu’il est en pèlerinage vers la Patrie céleste.
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
vois les douleurs de la famille humaine
qui gémit et pleure dans cette vallée de larmes.
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
orne-nous de la splendeur de tous les joyaux de ta couronne
et fais de nous des pèlerins comme tu as été pèlerine.
Par ton sourire virginal
affermis la joie de l’Église du Christ
Par ton regard de douceur, renforce l’espérance des enfants de Dieu.
Par les mains orantes que tu élèves vers le Seigneur,
unis tous les hommes dans une unique famille humaine.

Ô clémente, ô pieuse,
O douce Vierge Marie,
Reine du Rosaire de Fatima !
Fais-nous suivre l’exemple des bienheureux François et Jacinthe,
et de tous ceux qui témoignent du message de l’Évangile.
Nous parcourrons, ainsi, toutes les routes,
nous serons pèlerins sur tous les chemins,
nous abattrons tous les murs
et nous vaincrons toutes les frontières,
en allant vers toutes les périphéries,
en y révélant la justice et la paix de Dieu.
Nous serons, dans la joie de l’Évangile, une Église vêtue de blanc, de la pureté blanchie dans le sang de l’Agneau
versé aujourd’hui encore dans toutes les guerres qui détruisent le monde dans lequel nous vivons.
Et ainsi nous serons, comme Toi, une image de la colonne lumineuse
qui éclaire les chemins du monde,
en montrant à tous que Dieu existe,
que Dieu est présent,
que Dieu habite au milieu de son peuple,
hier, aujourd’hui et pour toute l’éternité.

Salut, Mère du Seigneur,
Vierge Marie, Reine du Rosaire de Fatima !
Bénie entre toutes les femmes,
tu es l’image de l’Église vêtue de la lumière pascale,
tu es l’honneur de notre peuple,
tu es le triomphe sur l’assaut du mal.

Prophétie de l’Amour miséricordieux du Père,
Maîtresse de l’Annonce de la Bonne Nouvelle du Fils,
Signe du Feu ardent de l’Esprit Saint,
enseigne-nous, dans cette vallée de joies et de douleurs,
les vérités éternelles que le Père révèle aux tout-petits.

Montre-nous la force de ton manteau protecteur.
En ton Cœur Immaculé,
Sois le refuge des pécheurs
et le chemin qui conduit à Dieu.

Uni à mes frères,
dans la Foi, dans l’Espérance et dans l’Amour,
je me confie à Toi.
Uni à mes frères, par Toi, je me consacre à Dieu,
ô Vierge du Rosaire de Fatima.

Et finalement, enveloppé dans la Lumière qui nous vient de tes mains,
je rendrai gloire au Seigneur pour les siècles des siècles.
Amen !

Prière à la Chapelle des Apparitions

« Si nous voulons être chrétiens, nous devons être marials ». Citant les paroles de Paul VI, c’est l’invitation du Pape François qui a salué ainsi les pèlerins de Fatima vendredi 12 mai 2017 au soir, lors de ce centenaire des apparitions de la Vierge. Après un dîner en privé à la Casa « Nossa Senhora do Carmo », cet ancien hôpital qui donne directement sur le sanctuaire, le Saint-Père est descendu de la papamobile sur l’esplanade, pour se présenter en pèlerin, à pieds, au milieu des fidèles. Il s’est ensuite adressé à la foule fervente, éclairée de milliers de bougies, venue prier un peu plus tôt aux pieds de la statue de Marie dans la Chapelle des apparitions. C’est un « pèlerinage vécu dans l’espérance et dans la paix » a rappelé le Pape, comme le dit le slogan de ce 19è voyage apostolique, le premier au Portugal. Lors de cette veillée mariale, il a développé le sens de la figure de Marie.

« Qui est Marie ? » a interrogé le Pape. C’est une « Maîtresse de vie spirituelle, la première qui a suivi le Christ sur la “voie étroite” de la croix » qui donne l’exemple, bien plus qu’une « Dame “inaccessible” et donc inimitable » ou une « “image pieuse” à laquelle on a recours pour recevoir des faveurs à bas coût », répond-il avec fermeté. C’est elle, cette « Mère douce et attentive » qui a donné un visage humain au Fils du Père éternel, rappelle le Pape. Un visage à contempler « dans les moments joyeux, lumineux, douloureux et glorieux de sa vie ». Car c’est avec la récitation du Rosaire, que « l’Évangile reprend sa route dans la vie de chacun, dans la vie des familles, des peuples et du monde ». En effet, « si nous voulons être chrétiens, nous devons être marials, c’est-à-dire que nous devons reconnaître le rapport essentiel, vital, providentiel qui unit Marie à Jésus et qui nous ouvre le chemin qui nous conduit à Lui ».

Elle n’est pas non plus celle « qu’on voit tenir ferme le bras justicier de Dieu prêt à punir » insiste le Pape. Car les pêcheurs ne sont pas punis par le jugement de Dieu, mais sont pardonnés par sa miséricorde, met-il en garde. Marie, poursuit le Pape, c’est cette « force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection », et de l’humilité qui ne « sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants » estime enfin le Saint-Père, avant d’inviter les pèlerins à prier pour que cette « Mère les prenne dans ses bras, les couvre de son manteau et les place à côté de ton Cœur ».

Ce vendredi, le Pape a tenu a respecté l’enseignement de la Vierge, en confiant à Jésus « spécialement ceux qui en ont le plus besoin » (Apparition de juillet 1917), « les déshérités et malheureux à qui a été volé le temps présent, chacune des personnes exclues et abandonnées à qui est nié l’avenir, chacun des orphelins et des victimes de l’injustice à qui il n’est pas permis d’avoir un passé ».

(Avec R. V.)

Mercredi 10 Mai 2017

« Pèlerins d’espérance et de paix : que vos mains unies en prière continuent de soutenir mes prières ». Place Saint-Pierre, ce mercredi 10 mai 2017, le Pape demande aux fidèles de langue portugaise de s’unir à lui. Vendredi et samedi, il se rendra en pèlerinage à Fatima, au Portugal « pour confier à la Vierge les sorts temporel et éternel de l’humanité et implorer, par son intercession, les bénédictions du Ciel ». Le Saint-Père prie pour que « la plus grande et la meilleure des Mères veille sur chacun, tous les jours jusqu’à l’éternité ».

Deux jours avant son déplacement dans le sanctuaire marial portugais, le Pape a dédié sa catéchèse, lors de l’audience générale et dans le cadre de son cycle sur l’espérance chrétienne, à la figure de Marie, la Mère de l’espérance. « Elle nous enseigne la vertu de l’attente confiante, même quand tout est privé de .

« Dès sa première apparition dans l’histoire des Evangiles, sa figure se profile comme celle d’un personnage de drame », nous dit le Pape. Il n’était pas facile de dire « oui » à l’invitation de l’ange, et pourtant sollicitée en pleine jeunesse, elle répond avec courage, sans savoir rien du destin qui l’attendait. « En cet instant, elle nous apparaît comme une de toutes ces mères du monde, courageuses jusqu’à l’extrême quand il s’agit d’accueillir en elle l’histoire d’un homme nouveau qui naît ».

Ce « oui » marque le début d’une « longue liste d’obéissance ». Marie apparaît comme une femme silencieuse dans les Evangiles ... qui souvent ne comprend pas tout ce qui lui arrive, mais qui médite chaque parole et chaque évènement dans son cœur ».

Le Pape dresse une sorte de profil psychologique de Marie : « Ce n’est pas une femme qui déprime face aux incertitudes de la vie, en particulier quand tout semble aller de travers. Ce n’est pas non plus une gemme qui proteste avec violence, qui fulmine contre le destin de la vie quand il prend un tour hostile. C’est une femme, au contraire, qui écoute ». Le Pape rappelle à tous qu’il y a toujours un lien solide entre l’espérance et l’écoute. Marie écoute et accueille l’existence telle qu’elle se livre, avec ses jours heureux et avec ses drames, jusqu’à la crucifixion.

Et c’est « à ce moment crucial » qu’elle réapparait dans les Evangiles. À l’heure de la nuit la plus extrême, quand son Fils est cloué sur le bois de la croix, ils nous disent qu’elle « restait » là, au pied de la croix. « L’imagination des poètes et des peintres nous ont offert des images qui sont aujourd’hui entrées dans l’histoire de l’art », mais les Evangiles sont eux « laconiques et extrêmement discrets ». Elle « restait » là, par fidélité au projet de Dieu dont elle s’est proclamée la servante, et avec son amour de mère qui souffre.

Marie qui est là encore pour accompagner les premiers pas de l’Église, dans la lumière de la Résurrection, « mère d’espérance » au milieu de cette communauté de disciples tellement fragiles : « L’un avait renié, beaucoup avaient fui, tous avaient peur ». Marie était là « tout naturellement », et c’est pour cela, poursuit François que « nous l’aimons comme Mère, parce qu’elle nous enseigne la vertu de l’attente, même quand tout semble privé de sens ». Le Pape lance enfin cette prière : « Que Marie, la Mère que Jésus nous a donnée à tous, puisse toujours soutenir nos pas, dans les moments difficiles ; qu’elle puisse toujours s’adresser à nos cœurs en disant : lève-toi et regarde devant toi, regarde l’horizon. »

A l’issue de sa catéchèse, le Pape a tenu à prendre la parole pour saluer de tout cœur les jeunes prêtres russes du Patriarcat de Moscou, hôtes du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens. « Que Dieu tout puissant, par intercession de la Mère de Dieu, bénisse votre pays et l’engagement de l’Eglise orthodoxe russe pour le dialogue entre les religions et pour le bien commun ! »

(Avec R. V.)

Dimanche 7 Mai 2017

À l’occasion de la 54ème journée mondiale de prière pour les vocations, ce dimanche, le Pape François a ordonné dix prêtres dont six du diocèse de Rome, en la Basilique Saint Pierre de Rome. Il a ensuite prier le Regina Caeli en compagnie de 4 nouveaux prêtres place Saint-Pierre.

Le Saint-Père leur a rappelé qu’ils étaient choisis par le Seigneur « non pour faire carrière », mais pour faire, en son nom, une mission de maitre, de sacerdoce et de pasteur.

« Lisez et méditez assidument la Parole du Seigneur pour croire ce que vous avez lu, enseigner ce que vous avez appris dans la foi, vivre ce que ce que vous avez enseigné » a déclaré le Pape François lors de l’ordination, avant de donner quelques conseils. « Ne faites pas des homélies trop intellectuelles et élaborées : parlez simplement, parlez aux cœurs. » « La parole sans l’exemple de vie ne sert à rien » a continué le Saint-Père, ajoutant que « une double-vie est une maladie mauvaise dans l’Église. »

« Un prêtre qui a étudié beaucoup la théologie, qui a eu un, deux, trois diplômes mais qui n’a pas appris à porter la croix du Christ n’est pas utile » a souligné le Pape. « Ce sera un bon académicien, un bon professeur, mais pas un prêtre ». Le Pape qui souligne l’importance de la miséricorde. « Je vous demande, au nom du Christ et de l’Église, d’être miséricordieux. Toujours. Ne chargez pas sur les épaules des fidèles des poids qu’ils ne peuvent porter » a expliqué le Saint-Père. « Jésus a réprimandé ces médecins et les a appelés hypocrites. »

Autre recommandation du Pape, celle d’aller voir les malades, même si cette tâche est « peut-être ennuyante, et aussi douloureuse. Faites-le vous. » Enfin le souverain pontife donne ce dernier conseil. « Soyez joyeux, jamais tristes. Joyeux. Avec la joie du service du Christ, même au milieu de la souffrance, de l’incompréhension ». « Ayez toujours devant les yeux l’exemple du Bon Pasteur, qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. Ne soyez pas des seigneurs, mais des pasteurs : des pasteurs du peuple de Dieu. »

Audience du Regina Caeli

C’est ensuite en compagnie de quatre nouveaux prêtres que le Pape François a donné sa bénédiction ce dimanche 7 mai 2017, « dimanche du Bon Pasteur », lors de la prière du regina caeli, au Vatican. Il avait auparavant célébré la messe en la basilique Saint-Pierre à l’occasion de la journée mondiale de prière pour les vocations au cours de laquelle il a ordonné dix nouveaux prêtres dont six du diocèse de Rome. Dans son commentaire de l’Évangile, le Pape est revenu sur la figure de Jésus, Bon Pasteur.

Dans cette parabole, Jésus s’identifie au bon pasteur qui conduit son troupeau de brebis. Il utilise aussi l’image de la porte. Le Bon Pasteur « est devenu la porte du salut de l’humanité parce qu’il a offert sa vie pour ses brebis » a expliqué le Pape.

« Jésus, bon pasteur et porte des brebis, est un chef dont l’autorité s’exprime dans le service, un chef qui, pour commander, donne la vie et ne demande pas aux autres de la sacrifier. On peut avoir confiance en un tel chef, comme le font les brebis qui écoutent la voix de leur pasteur parce qu’elle savent qu’avec lui on va vers de bons et abondants pâturages » poursuit François. Il qualifie ainsi le pasteur de « présence amicale, forte et douce en même temps, qui conduit, protège, console et soigne ».

« Le Christ est ainsi pour nous » précise le Pape qui regrette que nous rationnalisions trop la foi et que nous perdions la perception du timbre de la voix de Jésus le bon pasteur. François nous demande donc de nous poser cette question : « est-ce-que je me sens aimé par Jésus ? ». « Nous ne sommes jamais des étrangers pour lui, mais des amis et des frères », souligne le Pape qui invite les fidèles à rester attentifs. « Il y a toujours le risque d’être distraits par le vacarme de nombreuses autres voix. Aujourd’hui, nous sommes invités à nous détacher des faux savoirs de ce monde et à suivre Jésus, le Ressuscité comme un unique guide qui donne du sens à notre vie ».

Après la prière du regina caeli, le Pape a rappelé la béatification la veille en Espagne, à Gérone, d’Antonio Arribas Hortigüela et de six de ses compagnons, religieux de la Congrégation des Missionnaires du Sacré Cœur. « Ces disciples fidèles et héroïques de Jésus ont été tués en haine de la foi en un temps de persécution religieuse. Que leur martyr, accepté par amour de Dieu et par fidélité à leur vocation, suscite dans l’Église le désir de témoigner avec force l’Évangile de la charité » a-t-il déclaré. Les nouveaux bienheureux ont été exécutés en 1936 pendant la Guerre d’Espagne.

Le Pape a salué ensuite les membres de l’association italienne Meter qui depuis vingt ans lutte contre toutes formes d’abus sexuels sur mineurs. Le Pape les a remerciés pour leur travail incessant en faveur de l’Église et de la société.

Enfin, avant de saluer les pèlerins, il leur a demandé de prier leur rosaire pour la paix, « comme l’a demandé la Vierge à Fatima » où il se rendra dans moins de deux semaines à l’occasion du centenaire de la première apparition.

(Avec R. V.)

Mercredi 3 mai 2017

« Un signe de paix pour l’Egypte et pour toute cette région » : c’est ainsi que le Pape François a qualifié, lors de l’audience générale qu’il a tenue Place Saint-Pierre ce mercredi, son voyage apostolique au Caire la semaine dernière.

Le Pape François est revenu sur les moments forts de ce déplacement de 24h dans la capitale égyptienne, effectué à l’invitation du président Al-Sissi, du patriarche copte-orthodoxe Tawadros II, du patriarche copte-catholique Sidrak, et du recteur de l’université islamique d’Al-Azhar, cheikh al-Tayeb.

« L’Egypte, pour nous, a été signe d’espérance, de refuge et d’aide ». « Vous raconter ce voyage signifie parcourir le chemin de l’espérance » Le Pape a voulu raconter son voyage au Caire commencé par la visite à l’université Al-Azhar, placée sous le signe du « dialogue entre les chrétiens et les musulmans et, en même temps, de la promotion de la paix dans le monde ». Lors de sa rencontre avec le recteur et les participants à la conférence internationale pour la paix, il a rappelé que « la paix se construit aussi en repartant de l’alliance entre Dieu et l’homme, fondement de l’alliance entre tous les hommes, basée sur le décalogue écrit sur les tables de pierre du Sinaï, mais beaucoup plus profondément dans le cœur de chaque homme de chaque temps et lieu, loi qui se résume dans les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain ».

Ce fondement vaut évidemment pour l’Egypte, dont « le grand patrimoine historique et religieux […] et son rôle dans la région proche-orientale, lui confèrent un rôle particulier dans le chemin vers une paix stable et durable, qui s’appuie non sur le droit de la force mais sur la force du droit ».

Le pape a également évoqué le sort des chrétiens d’Egypte, « appelés à être levain de fraternité », s’ils vivent en eux la communion dans le Christ. Le Pape François et Tawadros II ont renouvelé leur engagement à ne pas répéter le baptême administré dans les Églises respectives. Ils ont prié pour les récents martyrs, en compagnie du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, « mon cher frère » comme l’a qualifié le saint-Père.

Autre rencontre, celles avec les fidèles catholiques : le Pape les a exhortés lors de la messe du samedi à « vivre l’expérience des disciples d’Emmaüs : à trouver toujours dans le Christ, Parole et Pain de vie, la joie de la foi, l’ardeur de l’espérance et la force de témoigner dans l’amour que “nous avons rencontré le Seigneur” ».

Enfin, le Pape François, en rencontrant les nombreux séminaristes lors d’une audience, a confié y avoir vu « une consolation ».

(Avec R. V.)

Dimanche 30 Avril 2017

Ce dimanche, place Saint-Pierre, le Saint-Père est revenu lors de la prière du Regina Cæli sur la situation au Vénézuela, a salué les Sœurs de la Sainte Famille, l’Université catholique du Sacré-Cœur, l’Action catholique italienne. Il a également confié le peuple égyptien à la Vierge Marie au lendemain de son voyage en Egypte.

Après avoir adressé un appel pour une solution négociée à la crise au Venezuela, et dit son inquiétude pour les pays en difficultés dont la République de Macédoine, le Pape François a salué la béatification samedi 29 avril à Vérone de la Fondatrice des Soeurs de la Sainte Famille, Léopoldine Naudet. Issue de la Cour des Hasbourg, élevée à Florence puis à Vienne, elle toujours démontré une forte vocation pour la prière et à l’éducation. Léolpoldine s’est consacrée à Dieu, et après différentes expériences, elle a fondé à Vérone une nouvelle communauté religieuse sous la protection de la Sainte Famille, toujours très active aujourd’hui dans l’Eglise. Le Saint Père s’unit à la joie de la communauté, au lendemain de cette béatification.

A l’occasion de la Journée de l’Université Catholique du Sacré Coeur, le Pape François apporte son soutien et ses enrouragement à « cette importante institution » qui investit sans cesse sur la formation des jeunes pour améliorer le monde. « La formation chrétienne se base sur la Parole de Dieu », a dit le Saint-Père. "C’est pour cette raison que je souhaite aussi évoquer le « dimanche biblique » en Pologne ». Une journée où dans les paroisses, les écoles et dans les médias sont lus des extraits des Saintes Ecritures.

Enfin, le Pape François a salué et remercié les membres de l’Action Catholique Italienne qui à l’occasion du 150ème anniversaire de leur fondation ont rempli la place Saint Pierre de Fidèles pour célébrer une journée de fête : « Avancez ! », leur a lancé le Pape.

Au lendemain de son 18ème voyage apostolique - il est rentré samedi soir d’Egypte - le Saint Père s’est adressé à Marie pour la remercier de sa visite de 27 heures au Caire : « Qu’elle Bénisse le peuple égyptien tout entier si accueillant, a dit François, les autorités, les fidèles chrétiens et musulmans ; et qu’elle donne la paix à ce pays ».

(Avec R. V.)

Samedi 29 Avril 2017

Deuxième et dernière journée : le Pape François a célébré la messe avec les catholiques d’Egypte. « L’unique extrémisme admis pour le croyant est celui de la charité » : le Pape l’a affirmé avec force ce samedi matin, 29 avril 2017, lors de la messe qu’il a célébrée à l’Air Defense Stadium, en banlieue du Caire, au deuxième et dernier jour de son 18e voyage apostolique en Egypte.

Devant des milliers de fidèles catholiques, venus de tout le pays et qui lui ont réservé un accueil chaleureux et enthousiaste, le Souverain Pontife est revenu longuement sur l’Evangile de ce 3e Dimanche de Pâques, celui des disciples d’Emmaüs ; un Evangile que l’on peut résumer en trois mots : « mort, résurrection et vie ».

Découvrez l’homélie du Saint-Père  :

« Al Salamò Alaikum : la paix soit avec vous !
Aujourd’hui, l’évangile du troisième dimanche de Pâques nous parle de l’itinéraire des deux disciples d’Emmaüs qui ont quitté Jérusalem. Un Évangile qu’on peut résumer en trois mots : mort, résurrection et vie.
Mort : les deux disciples retournent à leur vie quotidienne, chargés de déception et de désespoir : le Maître est mort et il est donc inutile d’espérer. Ils étaient désorientés, sans illusions et déçus. Leur chemin est un retour en arrière ; c’est un éloignement de la douloureuse expérience du Crucifié. La crise de la Croix, voire le ‘‘scandale’’ et la ‘‘folie’’ de la Croix (cf. 1 Co 1, 18 ; 2, 2), semble avoir enterré toute leur espérance. Celui sur lequel ils ont construit leur existence est mort, vaincu, emportant avec lui dans la tombe toutes leurs aspirations.
Ils ne pouvaient pas croire que le Maître et le Sauveur qui avait ressuscité les morts et guéri les malades puisse finir pendu à la croix de la honte. Ils ne pouvaient pas comprendre pourquoi Dieu Tout-Puissant ne l’avait pas sauvé d’une mort si ignoble. La croix du Christ était la croix de leurs idées sur Dieu ; la mort du Christ était une mort de ce qu’ils imaginaient que Dieu était. C’étaient eux qui étaient, en effet, les morts dans la tombe de la limitation de leur compréhension.
Que de fois l’homme s’auto paralyse, en refusant de surmonter son idée de Dieu, d’un dieu créé à l’image et à la ressemblance de l’homme ; que de fois il désespère, en refusant de croire que la toute-puissance de Dieu n’est pas la toute-puissance de la force, de l’autorité mais qu’elle n’est que la toute-puissance de l’amour, du pardon et de la vie !
Les disciples ont reconnu Jésus à la ‘‘fraction du pain’’, dans l’Eucharistie. Si nous ne laissons pas rompre le voile qui obscurcit nos yeux, si nous ne rompons pas l’endurcissement de notre cœur et de nos préjugés, nous ne pourrons jamais reconnaître le visage de Dieu.
Résurrection : dans l’obscurité de la nuit la plus sombre, dans le désespoir le plus bouleversant, Jésus s’approche des deux disciples et emprunte leur chemin pour qu’ils puissent découvrir qu’il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Jésus transforme leur désespoir en vie, car lorsque disparaît l’espérance humaine, commence à briller l’espérance divine : « ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu » (Lc 18, 27 ; cf. 1, 37). Quand l’homme touche le fond de l’échec et de l’incapacité, quand il se défait de l’illusion d’être le meilleur, d’être autosuffisant, d’être le centre du monde, alors Dieu lui tend la main pour transformer sa nuit en aube, son affliction en joie, sa mort en résurrection, sa marche en un retour vers Jérusalem, c’est-à-dire vers la vie et vers la victoire de la Croix (cf. He 11, 34).
Les deux disciples, en effet, après avoir rencontré le Ressuscité, reviennent pleins de joie, de confiance et d’enthousiasme, prêts pour le témoignage. Le Ressuscité les a fait resurgir de la tombe de leur incrédulité et de leur affliction. En rencontrant le Crucifié-Ressuscité, ils ont trouvé l’explication et l’accomplissement de toute l’Écriture, de la Loi et des Prophètes ; ils ont trouvé le sens de l’échec apparent de la Croix.
Celui qui ne traverse pas l’expérience de la Croix jusqu’à la Vérité de la Résurrection s’auto condamne au désespoir. En effet, nous, nous ne pouvons pas rencontrer Dieu sans crucifier d’abord nos idées limitées d’un dieu qui reflète notre compréhension de la toute-puissance et du pouvoir.
Vie : la rencontre avec Jésus ressuscité a transformé la vie de ces deux disciples, parce que rencontrer le Ressuscité transforme toute vie et rend féconde toute stérilité (cf. Benoît XVI, Audience générale, mercredi, 11 avril 2007). En effet, la Résurrection n’est pas une foi née dans l’Église, mais l’Église est née de la foi en la Résurrection. Saint Paul dit : « si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 14).
Le Ressuscité disparaît de leurs yeux, pour nous enseigner que nous ne pouvons pas retenir Jésus dans son caractère visible historique : « heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 21, 29 ; cf. 20, 17). L’Église doit savoir et croire qu’il est vivant avec elle et la vivifie dans l’Eucharistie, dans les Écritures et dans les Sacrements. Les disciples d’Emmaüs ont compris cela et sont retournés à Jérusalem pour partager avec les autres leur expérience : ‘‘Nous avons vu le Seigneur… Oui, il est vraiment ressuscité’’ (cf. Lc 24, 32).
L’expérience des disciples d’Emmaüs nous enseigne qu’il ne vaut pas la peine de remplir les lieux de culte, si nos cœurs sont vidés de la crainte de Dieu et de sa présence ; il ne vaut pas la peine de prier, si notre prière adressée à Dieu ne se transforme pas en amour du frère ; beaucoup de dévotion ne vaut pas la peine, si elle n’est pas animée par beaucoup de foi et par beaucoup de charité ; il ne vaut pas la peine de soigner l’apparence, car Dieu regarde l’âme et le cœur (cf. 1 Sam 16, 7) et déteste l’hypocrisie (cf. Lc 11, 37-54 ; Ac 5, 3-4)[1]. Pour Dieu il vaut mieux ne pas croire que d’être un faux croyant, un hypocrite !
La vraie foi est celle qui nous rend plus charitables, plus miséricordieux, plus honnêtes et plus humains ; c’est celle qui anime les cœurs pour les porter à aimer tout le monde gratuitement, sans distinction et sans préférences ; c’est celle qui nous conduit à voir dans l’autre non pas un ennemi à vaincre, mais un frère à aimer, à servir et à aider ; c’est celle qui nous conduit à diffuser, à défendre et à vivre la culture de la rencontre, du dialogue, du respect et de la fraternité ; qui nous conduit au courage de pardonner à celui qui nous offense ; de tendre la main à celui qui est tombé ; à vêtir celui qui est nu ; à donner à manger à celui qui a faim ; à visiter le détenu ; à aider l’orphelin ; à donner à boire à celui qui a soif ; à aller au secours de la personne âgée et de celui qui est dans le besoin (cf. Mt 25, 31-45). La vraie foi est celle qui nous conduit à protéger les droits des autres, avec la même force et avec le même enthousiasme avec lesquels nous défendons les nôtres. En réalité, plus on grandit dans la foi et dans la connaissance, plus on grandit dans l’humilité et dans la conscience d’être petit.
Chers frères et soeurs,
Dieu n’apprécie que la foi professée par la vie, parce que l’unique extrémisme admis pour les croyants est celui de la charité ! Toute autre forme d’extrémisme ne vient pas de Dieu et ne lui plaît pas !
A présent, comme les disciples d’Emmaüs, retournez à votre Jérusalem, c’est-à-dire à votre vie quotidienne, à vos familles, à votre travail et à votre chère patrie, pleins de joie, de courage et de foi. N’ayez pas peur d’ouvrir votre cœur à la lumière du Ressuscité et laissez-le transformer votre incertitude en force positive pour vous et pour les autres. N’ayez pas peur d’aimer tout le monde, amis et ennemis, car c’est dans l’amour vécu que résident la force et le trésor du croyant !
Que la Vierge Marie et la Sainte Famille, qui ont vécu sur cette terre bénie, illuminent nos cœurs et vous bénissent ainsi que la chère Égypte qui, à l’aube du christianisme, a accueilli l’évangélisation de saint Marc et a donné tout au long de l’histoire de nombreux martyrs et un grand cortège de saints et de saintes !
Al Massih Kam/ Bilhakika kam – Le Christ est ressuscité/ Il est vraiment ressuscité ! »

[1] Saint Ephrem s’exclame : « mais déchirez le masque qui couvre l’hypocrite et vous, vous n’y verrez que pourriture » (Serm.). « Malheur à celui qui a le cœur double » dit l’Ecclésiastique (2, 14, Vulg.).

(Avec R. V.)

Vendredi 28 avril, 2017

Ll’avion du Pape François s’est posé vers 14h à l’aéroport du Caire. Le Pape a notamment été accueilli par le Premier ministre Chérif Ismaïl, par le nonce apostolique, Mgr Bruno Musarò, et par le patriarche d’Alexandrie des coptes catholique, Ibrahim Isaac Sidrak. Le Souverain pontife s’est ensuite rendu au Palais présidentiel pour y rencontrer le président Abdel Fattah al-Sissi. Au cours de cette première journée, il s’est rendu à l’université Al-Azhar et a rencontré le patriarche copte Tawadros II.

« L’Égypte a un devoir particulier : renforcer et consolider la paix régionale » : le Pape François est revenu dans son discours prononcé aux autorités égyptiennes, sur le rôle incontournable du pays qui l’accueille dans la région du Proche-Orient. Lors de ce deuxième grand rendez-vous, ce vendredi 28 avril 2017, au Caire, le Pape a condamné sans appel, sans les nommer, l’organisation de l’État islamique et toutes les organisations terroristes se réclamant de l’islam. Dans un pays marqué par de récurrentes attaques visant les chrétiens, le Pape a voulu encourager les autorités égyptiennes dans leur lutte contre le terrorisme et encourager les Égyptiens qui montrent depuis plusieurs siècles que chrétiens et musulmans peuvent vivre ensemble.

Il y a d’abord la reconnaissance envers l’Égypte, qui, il y a plus de deux mille ans, a offert avec générosité l’hospitalité à Joseph, à Marie et à Jésus. Cette hospitalité se vérifie une fois de plus aujourd’hui avec l’accueil des réfugiés venant des pays voisins, victimes de régimes dictatoriaux, de problèmes sociaux ou fuyant l’extrémisme religieux.

L’Égypte même est confrontée à ce dernier problème. Le Pape tient alors à saluer les personnes mortes ces dernières années pour sauvegarder leur pays, les victimes des attentats et des assassinats, celles et ceux qui ont été obligés de fuir leur maison pour échapper aux massacres. Dans ce contexte trouble, le gouvernement égyptien a une lourde responsabilité : celle d’assurer « le développement, la prospérité et la paix », car « le développement authentique se mesure à la sollicitude envers l’homme – cœur de tout développement – à son éducation, à sa santé et à sa dignité ».

Le Pape rappelle alors « qu’on ne peut pas construire la civilisation sans rejeter toute idéologie du mal, de la violence et toute interprétation extrémiste qui prétend annuler l’autre et anéantir les diversités, en manipulant et en outrageant le Saint Nom de Dieu ». François insiste, attaquant les fondamentalistes islamiques : « Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, n’a pas besoin d’être protégé par les hommes, au contraire c’est lui qui protège les hommes ; lui ne veut jamais la mort de ses enfants mais leur vie et leur bonheur ; il ne peut ni demander ni justifier la violence, au contraire il la déteste et la rejette. Le vrai Dieu appelle à l’amour inconditionnel, au pardon gratuit, à la miséricorde, au respect absolu de toute vie, à la fraternité entre ses enfants, croyants et non croyants. »

Il est donc de la responsabilités des religions et des autorités politiques de « démasquer les vendeurs d’illusions sur l’au-delà, qui prêchent la haine pour voler aux gens simples leur vie présente et leur droit de vivre avec dignité, en les transformant en bois à brûler et en les privant de la capacité de choisir avec liberté et de croire avec responsabilité. Nous avons le devoir de démonter les idées homicides et les idéologies extrémistes, en affirmant l’incompatibilité entre la vraie foi et la violence, entre Dieu les actes de mort. »

C’est pourquoi, du fait de sa situation géographique, de son histoire, de son présent, du contexte géopolitique actuel, l’Égypte « est appelée à sauver cette région bien-aimée de la famine de l’amour et de la fraternité ; elle est appelée à condamner et à vaincre toute violence et tout terrorisme ; elle est appelée à donner le grain de la paix à tous les cœurs affamés de cohabitation pacifique, de travail digne, d’éducation humaine ».

Dans cette Égypte, sur qui pèse tant de responsabilité, les chrétiens ont toute leur place. « Votre présence dans ce pays n’est ni nouvelle ni fortuite, mais historique et inséparable de l’histoire de l’Égypte ». « Vous avez démontré et vous démontrez qu’on peut vivre ensemble, dans le respect réciproque et dans la confrontation loyale, en trouvant dans la différence une source de richesse et jamais un motif d’affrontement ».

Rencontre avec les participants de la Conférence internationale pour la paix organisée par le grand imam de l’université Al-Azhar, le cheikh Ahmed al-Tayeb

Le Pape a livré un discours à l’assemblée centré sur la nécessité pour les religions de défendre la paix et de rappeler qu’aucune violence ne peut être commise au nom de Dieu. François a rappelé l’importance primordiale de l’éducation qui devient sagesse de vie.

Dans cette « terre de civilisation » et cette « terre d’alliances » qu’est l’Égypte, le Pape François a insisté sur l’éducation et le dialogue, seules clés pour construire la paix entre les hommes. « Il n’y aura pas de paix sans une éducation adéquate des jeunes générations. Et il n’y aura pas une éducation adéquate pour les jeunes d’aujourd’hui si la formation offerte ne correspond pas bien à la nature de l’homme, en tant qu’être ouvert et relationnel ».

La sagesse qui en découle « recherche l’autre en surmontant la tentation de se raidir et de s’enfermer ». Elle « prépare un avenir dans lequel on ne vise pas à se faire prévaloir, mais à faire prévaloir l’autre comme partie intégrante de soi ; elle ne se lasse pas, dans le présent, de repérer des occasions de rencontre et de partage ; elle apprend du passé que du mal n’émane que le mal, et de la violence que la violence, dans une spirale qui finit par emprisonner. Cette sagesse, en rejetant la soif de prévarication, met au centre la dignité de l’homme, précieux aux yeux de Dieu, et une éthique qui soit digne de l’homme, en refusant la peur de l’autre et la crainte de connaître par ces moyens dont le Créateur l’a doté. »

En matière de dialogue, le Pape affirme que « l’avenir de tous dépend aussi de la rencontre entre les religions et les cultures ». Il salue ainsi le travail mené par le Comité mixte pour le Dialogue entre le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux et le Comité d’Al-Azhar pour le Dialogue.

Pour mener à bien le dialogue, François identifie alors trois orientations fondamentales : « le devoir de l’identité, le courage de l’altérité et la sincérité des intentions ».

Constante dans les prises de position du Saint-Siège en matière de dialogue interreligieux, la liberté religieuse. La reconnaissance des droits et des libertés fondamentales « constitue la meilleure voie pour bâtir ensemble l’avenir, pour être des bâtisseurs de civilisation. Car l’unique alternative à la civilisation de la rencontre, c’est la barbarie de la confrontation ».

Les chrétiens et les musulmans sont donc appelés à apporter leur contribution selon le Pape qui souhaite que d’Égypte, « jaillisse » « l’aube d’une civilisation de la paix et de la rencontre ». L’Égypte, aux yeux du Pape, apparait comme le lieu par excellence de ce dialogue au regard de son histoire. Les différentes cultures et religions qui ont coexisté ont reconnu selon lui, l’importance de « l’alliance pour le bien commun ». Et dans le contexte actuel, « des alliances de ce genre sont plus que jamais urgentes ». « L’humanité ne peut se proposer de jouir de la paix en excluant Dieu de l’horizon », affirme François.

Il rappelle alors que dans nos sociétés actuelles « on tend à reléguer la religion dans la sphère privée, sans la reconnaître comme dimension constitutive de l’être humain et de la société ; d’autre part, on confond, sans distinguer de manière appropriée, la sphère religieuse et la sphère politique. Il existe le risque que la religion en vienne à être absorbée par la gestion des affaires temporelles et à être tentée par les mirages des pouvoirs mondains qui, en réalité, l’instrumentalisent. »

Or, « la religion n’est pas un problème mais fait partie de la solution : contre la tentation de s’accommoder à une vie plate, où tout naît et finit ici-bas, elle nous rappelle qu’il faut élever l’âme vers le Haut pour apprendre à construire la cité des hommes », insiste le Pape.

Dans un monde, et dans une région où le fondamentalisme religieux utilise la violence pour imposer ses vues, François répète avec force qu’il « est indispensable d’exclure toute absolutisation qui justifie des formes de violence. La violence, en effet, est la négation de toute religiosité authentique. En tant que responsables religieux, nous sommes donc appelés à démasquer la violence sous les airs d’une présumée sacralité, qui flatte l’absolutisation des égoïsmes au détriment de l’authentique ouverture à l’Absolu ».

Il appelle ainsi les musulmans à dire « un ‘‘non’’ fort et clair à toute forme de violence, de vengeance et de haine commises au nom de la religion ou au nom de Dieu. Ensemble, affirmons l’incompatibilité entre violence et foi, entre croire et haïr. Ensemble, déclarons la sacralité de toute vie humaine opposée à toute forme de violence physique, sociale, éducative ou psychologique ». Il ajoute : « plus l’on grandit dans la foi en Dieu, plus l’on grandit dans l’amour du prochain ».

C’est pourquoi il faut aujourd’hui des « bâtisseurs de paix, non des gens qui provoquent des conflits ; des sapeurs-pompiers et non des pyromanes ; des prédicateurs de réconciliation et non des propagateurs de destruction ».

Pour agir concrètement, le Pape François exhorte à « œuvrer pour résorber les situations de pauvreté et d’exploitation » et à « combattre la prolifération des armes qui, si elles sont fabriquées et vendues, tôt ou tard, seront aussi utilisées ». Tous sont responsables, les religions au premier rang.

Rencontre entre le Pape François, chef de l’Église catholique, et son homologue copte orthodoxe, Tawadros II

Ils ont signé une Déclaration commune qui marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre coptes et catholiques, en incluant le principe de reconnaissance mutuelle des baptêmes. Les deux Églises renoncent donc solennellement à la possibilité d’un deuxième baptême en cas de passage d’une juridiction à une autre.

En voici le texte dans son intégralité :

« Voyage apostolique en Égypte

Déclaration commune de Sa Sainteté François

et de Sa Sainteté Tawadros II

Nous, François, Évêque de Rome et Pape de l’Église catholique, et Twardros II, Pape d’Alexandrie et Patriarche du Siège de saint Marc, remercions Dieu dans l’Esprit Saint de nous offrir la joyeuse occasion de nous rencontrer une fois encore, pour échanger une fraternelle accolade et pour nous unir de nouveau dans la prière. Nous glorifions le Tout-Puissant pour les liens de fraternité et d’amitié existant entre le Siège de saint Pierre et le Siège de saint Marc. Le privilège d’être ensemble ici, en Égypte, est le signe que la solidité de notre relation s’accroît d’année en année, que nous grandissons dans la proximité, dans la foi et dans l’amour du Christ notre Seigneur. Nous remercions Dieu pour l’Égypte bien-aimée, cette ‘‘patrie qui vit en nous’’ comme aimait le dire Sa Sainteté Shenouda III, pour le ‘‘peuple béni de Dieu’’ (cf. Is 19, 25), avec cette antique civilisation des pharaons, avec l’héritage grec et romain, avec la tradition copte et la présence islamique. L’Égypte est le lieu où la Sainte Famille a trouvé refuge, une terre de martyrs et de saints.

Notre profond lien d’amitié et de fraternité a son origine dans la pleine communion qui a existé entre nos Églises au cours des premiers siècles et qui était exprimée de multiples manières par les premiers Conciles œcuméniques, jusqu’au Concile de Nicée en 325 et par la contribution du courageux Père de l’Église saint Athanase, qui a reçu le titre de ‘‘Protecteur de la foi’’. Notre communion était exprimée par la prière et par des pratiques liturgiques similaires, par la vénération des mêmes martyrs et saints, ainsi que par le développement et par l’expansion du monachisme, suivant l’exemple du grand saint Antoine, connu comme le Père des moines.

Cette même expérience de communion avant le temps de la séparation a une signification spéciale dans nos efforts pour restaurer la pleine communion aujourd’hui. La plupart des relations existant au cours des premiers siècles entre l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe ont perduré jusqu’aujourd’hui malgré les divisions, et ont été revivifiées récemment. Elles nous incitent à intensifier nos efforts communs afin de persévérer dans la recherche d’une unité visible dans la diversité, sous la conduite de l’Esprit Saint.

Nous nous souvenons avec gratitude de la rencontre historique, il y a quarante-quatre ans, entre nos prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Pape Shenouda III, dans une accolade de paix et de fraternité, après plusieurs siècles où nos liens mutuels d’amour n’étaient pas capables de trouver une expression à cause de la distance qui est survenue entre nous. La Déclaration commune qu’ils ont signée le 10 mai 1973 a représenté un jalon sur le chemin de l’œcuménisme, et a servi de point de départ à la Commission pour le dialogue théologique entre nos deux Églises, qui a porté beaucoup de fruit et a ouvert la voie à un dialogue plus large entre l’Église catholique et toute la famille des Églises Orientales orthodoxes. Dans cette Déclaration, nos Églises ont reconnu que, en lien avec la tradition apostolique, elles professent « une foi dans le Dieu Un Trine » et « la divinité de l’Unique Fils né de Dieu… Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité ». Il a également été reconnu que « la vie divine nous est donnée et est nourrie en nous à travers les sept sacrements » et que « nous vénérons la Vierge Marie, Mère de la Vraie Lumière », la « Theotokos ».

C’est avec une profonde gratitude que nous nous rappelons notre rencontre fraternelle à Rome, le 10 mai 2013, et la proclamation du 10 mai comme le jour où chaque année nous approfondissons l’amitié ainsi que la fraternité entre nos Églises. Cet esprit renouvelé de proximité nous a rendus capables de reconnaître une fois encore que le lien qui nous unit était reçu de notre unique Seigneur le jour de notre baptême. Car c’est à travers le baptême que nous devenons membres du corps unique du Christ qu’est l’Église (cf. 1 Co 12, 13). Cet héritage commun est la base du pèlerinage que nous faisons ensemble vers la pleine communion, tandis que nous grandissons dans l’amour et la réconciliation.

Nous sommes conscients d’avoir encore un long chemin à parcourir dans ce pèlerinage, cependant nous nous souvenons de tout ce qui a été déjà accompli. En particulier, nous nous rappelons la rencontre entre le Pape Shenouda III et saint Jean-Paul II, venu en Égypte en pèlerin durant le Grand Jubilé de l’an 2000. Nous sommes déterminés à suivre leurs pas, animés par l’amour du Christ le Bon Pasteur, profondément convaincus qu’en marchant ensemble, nous grandissons dans l’unité. Puissions-nous puiser notre force de Dieu, parfaite source de communion et d’amour !

Cet amour trouve sa plus profonde expression dans la prière commune. Lorsque des chrétiens prient ensemble, ils en viennent à réaliser que ce qui les unit est plus grand que ce qui les divise. Notre désir d’unité est inspiré par la prière du Christ « que tous soient un » (Jn 17, 21). Approfondissons nos racines communes dans la foi apostolique en priant ensemble et en recherchant les traductions communes de la Prière du Seigneur et une date commune pour la célébration de Pâques.

Alors que nous cheminons vers le jour béni où, enfin, nous serons rassemblés autour de la même table eucharistique, nous pouvons coopérer dans plusieurs domaines et démontrer d’une manière tangible la grande richesse qui nous unit déjà. Nous pouvons témoigner ensemble de valeurs fondamentales telles que la sainteté et la dignité de la vie humaine, le caractère sacré du mariage et de la famille, ainsi que le respect de toute la création, qui nous a été confiée par Dieu. Face à de nombreux défis contemporains comme la sécularisation et la globalisation de l’indifférence, nous sommes appelés à offrir une réponse commune fondée sur les valeurs de l’Évangile et sur les trésors de nos traditions respectives. À ce sujet, nous sommes encouragés à entreprendre une étude plus approfondie des Pères orientaux et latins, et à promouvoir un échange fructueux sur le plan pastoral, spécialement dans la catéchèse, et pour un mutuel enrichissement spirituel entre des communautés monastiques et religieuses.

Notre témoignage chrétien commun est un signe de réconciliation et d’espérance rempli de grâce pour la société égyptienne et pour ses institutions, un grain semé pour porter des fruits de justice et de paix. Puisque nous croyons que tout être humain est créé à l’image de Dieu, nous luttons pour la sérénité et la concorde à travers une cohabitation pacifique des chrétiens et des musulmans, en témoignant ainsi du désir de Dieu pour l’unité et l’harmonie de la famille humaine tout entière et pour l’égale dignité de chaque être humain. Nous partageons la préoccupation pour le bien-être et l’avenir de l’Égypte. Tous les membres de la société ont le droit et le devoir de participer pleinement à la vie de la nation., en jouissant de la pleine et égale citoyenneté et en collaborant pour bâtir leur société. La liberté de religion, incluant la liberté de conscience, enracinée dans la dignité de la personne, est la pierre angulaire de toutes les autres libertés. C’est un droit sacré et inaliénable.

Intensifions notre inlassable prière pour tous les chrétiens en Égypte et de par le monde entier, et spécialement au Moyen Orient. Les expériences tragiques ainsi que le sang versé par nos fidèles persécutés et tués pour la seule raison d’être chrétiens rappellent à nous tous combien davantage l’œcuménisme du martyre nous unit et nous encourage sur le chemin de la paix et de la réconciliation. Car, comme l’a écrit saint Paul : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Co 12, 26).

Le mystère de Jésus qui est mort et ressuscité par amour se trouve au cœur de notre cheminement vers l’unité. Une fois encore, les martyrs sont nos guides. Dans l’Église primitive, le sang des martyrs était la semence de nouveaux chrétiens. De même, de nos jours, puisse le sang des très nombreux martyrs être la semence d’unité parmi les disciples du Christ, un signe et un instrument de communion comme de paix pour le monde.

Obéissant au travail de l’Esprit Saint, qui sanctifie l’Église, la garde tout au long des siècles, et la conduit vers la pleine unité – cette unité pour laquelle Jésus a prié :

Aujourd’hui nous, Pape François et Pape Tawadros II, en vue de satisfaire le cœur du Seigneur Jésus, ainsi que les cœurs de nos fils et filles dans la foi, nous déclarons mutuellement que, dans le même esprit et d’un même cœur, nous chercherons sincèrement à ne plus répéter le baptême qui a été administré dans nos respectives Églises pour toute personne qui souhaite rejoindre l’une ou l’autre. Nous confessons cela en obéissance aux Saintes Écritures et à la foi des trois Conciles œcuméniques célébrés à Nicée, à Constantinople et à Éphèse.

Nous demandons à Dieu notre Père de nous guider, dans le temps et par les moyens que l’Esprit Saint choisira, vers la pleine unité dans le Corps mystique du Christ.

Laissons-nous, donc, guider par les enseignements et par l’exemple de l’apôtre Paul, qui a écrit : « Ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous » (Ep 4, 3-6).

(Avec R. V.)

Mercredi 26 avril 2017

Lors de l’audience générale de ce mercredi, Place Saint-Pierre, le Pape François a appuyé sa catéchèse sur la parole du Christ dans l’Évangile de Saint Matthieu : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Pour la 20ème étape de son parcours sur l’espérance, le Pape François a insisté sur le caractère concret et actuel de la présence de Dieu parmi nous.

Pour la 20ème étape de son parcours sur l’espérance, le Pape a insisté sur le caractère concret et actuel de la présence de Dieu parmi nous.

« Notre Dieu n’est pas un Dieu absent, séquestré dans un ciel très lointain ; c’est au contraire un Dieu passionné par l’homme. » Il l’a martelé dans sa catéchèse, en répétant que « notre Dieu nous accompagne toujours, même si, par aventure, nous L’oublions ». « Notre existence est un pèlerinage, un chemin ». Le Pape l’a redit en s’appuyant sur l’exemple d’Abraham qui s’est mis en marche, en quittant sa terre comme Dieu le lui avait demandé.

Ce long voyage qui peut sembler absurde à vue humaine prend son sens si l’on sait que « Jésus nous assure non seulement de nous attendre au terme de notre long voyage, mais de nous accompagner dans chacun de nos jours ».

En effet, « Les cieux passeront, la terre passera, les espérances humaines seront annulées, mais la Parole de Dieu est plus grande que tout et ne passera pas (…). Il n’y aura pas de jour de notre vie dans lequel nous cesserons d’être une préoccupation pour le cœur de Dieu ». C’est cette « proximité de Dieu » que l’on appelle la « Providence », a expliqué le Pape : cela signifie que Dieu « pourvoit à notre vie ».

« L’espérance chrétienne trouve sa racine non pas dans l’attractivité du futur, mais dans la sécurité de ce que Dieu nous a promis et a réalisé en Jésus-Christ », a encore précisé le Pape, estimant que, si l’on traverse des phases de doute et d’obscurité, il faut « s’agripper à la corde ».

Reprenant le célèbre verset du Psaume 23, « Si je traverse la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi », le Pape a rappelé que « l’homme voyageur, l’homme debout », doit se souvenir que « Dieu ne nous abandonne pas, que Dieu nous aime tendrement ».

Au terme de cette audience générale, parmi les pèlerins francophones, le Pape a notamment salué un groupe des Œuvres Pontificales Missionnaires, venu avec le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et les membres de la Communauté de l’Arche de Cognac, en Charente.

(Avec R. V.)

Dimanche 23 avril 2017

Le Pape François a récité ce la prière du Regina Caeli depuis la fenêtre du palais apostolique. Un dimanche au cours duquel l’Eglise célèbre la Divine Miséricorde, une fête voulue par le pape Saint Jean-Paul II le dimanche qui suit Pâques.

« En cette période après Pâques, le dimanche a une signification encore plus lumineuse, car dans la tradition de l’Eglise, on l’appelle "in albis", en souvenir du rite du baptême, où chaque baptisé endossait un vêtement blanc pour indiquer leur dignité d’enfant de Dieu. »

Le Pape rendu hommage à l’intuition de son prédécesseur polonais d’avoir institué cette fête de la Divine Miséricorde. « Nous avons conclu il y a peu le jubilé extraordinaire de la miséricorde, a-t-il rappelé, et ce dimanche nous invite à reprendre avec force la grâce qui provient de la miséricorde de Dieu ». Le Saint-Père a repris la lecture de l’Evangile de Jean où Jésus apparait à ses disciples au Cénacle en leur disant : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie », avant de leur envoyer l’Esprit Saint. « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Tel est le sens de la miséricorde a expliqué le Pape, celui de Jésus ressuscité qui pardonne les péchés. Ainsi, le Christ ressuscité a transmis comme première mission à son Eglise de porter à tous l’annonce concrète du pardon.

Cette miséricorde, vécue à la lumière de Pâques, se laisse comprendre comme une forme véritable de connaissance du mystère que nous vivons a poursuivi le Saint-Père. « Elle ouvre la porte de l’esprit pour mieux comprendre le mystère de Dieu et de notre existence personnelle. Elle nous fait comprendre que la violence, la rancœur, la vengeance n’ont aucun sens, et que la première victime est celui qui est animé par ces sentiments. La miséricorde ouvre aussi la porte du cœur et permet d’exprimer sa proximité surtout envers ceux qui sont seuls et marginaux, parce qu’elle les fait se sentir frères et fils d’un seul Père. »

« Cette miséricorde, en somme, nous invite tous à être des instruments de justice, de réconciliation et de paix, a conclu François, n’oublions jamais qu’elle est la clé de voute de la foi et la forme concrète par laquelle nous rendons visible la résurrection de Jésus ». A l’issue de la prière, le Pape a remercié les fidèles pour les nombreux messages d’affection qu’il a reçus pour la fête de Pâques.

(Avec R. V.)

Dimanche 16 Avril 2017

Comme c’est la tradition à Noël et à Pâques, le Saint-Père a prononcé ce dimanche16 Avril, à midi, la traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi, « à la Ville et au Monde », depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, pour que la Résurrection du Christ soit un signe de paix pour tous les peuples. Nous vous proposons de le découvrir dans son intégralité

« Chers frères et sœurs,

Bonne fête de Pâques !

Aujourd’hui, dans le monde entier, l’Église renouvelle l’annonce pleine d’étonnement des premiers disciples : « Jésus est ressuscité ! »- « Il est vraiment ressuscité, comme il l’avait dit ! »

L’antique fête de Pâques, mémorial de la libération du peuple hébreu de l’esclavage, atteint ici son accomplissement : par sa résurrection, Jésus Christ nous a libérés de l’esclavage du péché et de la mort et nous a ouvert le passage vers la vie éternelle.

Nous tous, quand nous nous laissons dominer par le péché, nous perdons la bonne route et nous allons errant comme des brebis égarées. Mais Dieu même, notre Pasteur, est venu nous chercher, et pour nous sauver, il s’est abaissé jusqu’à l’humiliation de la croix. Et aujourd’hui, nous pouvons proclamer : « Il est ressuscité le bon Pasteur qui pour son troupeau est allé à la rencontre de la mort, alléluia ! » (Missel Romain, IV° dimanche de Pâques, Antienne de la communion).

À travers les temps, le Pasteur ressuscité ne se lasse pas de nous chercher, nous ses frères égarés dans les déserts du monde. Et par les signes de la Passion – les blessures de son amour miséricordieux – il nous attire sur son chemin, le chemin de la vie. Aujourd’hui aussi, Il prend sur ses épaules beaucoup de nos frères et sœurs opprimés par le mal sous ses différentes formes.

Le Pasteur Ressuscité va chercher celui qui est égaré dans les labyrinthes de la solitude et de la marginalisation ; il va à sa rencontre à travers des frères et des sœurs qui savent s’approcher avec respect et tendresse et faire entendre à ces personnes sa voix, une voix jamais oubliée, qui les rappelle à l’amitié avec Dieu.

Il prend en charge tous ceux qui sont victimes des anciens et des nouveaux esclavages : travaux inhumains, trafics illicites, exploitation et discrimination, graves dépendances. Il prend en charge les enfants et les adolescents qui sont privés de leur insouciance pour être exploités ; et qui a le cœur blessé par les violences subies à l’intérieur des murs de sa propre maison.

Le Pasteur Ressuscité se fait compagnon de route de tous ceux qui sont contraints de laisser leur terre à cause de conflits armés, d’attaques terroristes, de famines, de régimes oppressifs. A ces migrants forcés, il fait rencontrer des frères sous tous les cieux, pour partager le pain et l’espérance sur le chemin commun.

Dans les histoires complexes et parfois dramatiques des peuples, que le Seigneur Ressuscité guide les pas de qui cherche la justice et la paix ; et qu’il donne aux responsables des Nations le courage d’éviter l’expansion des conflits et d’arrêter le trafic des armes.

En ces temps, de façon particulière, qu’il soutienne les efforts de tous ceux qui s’emploient activement à apporter soulagement et réconfort à la population civile en Syrie martyrisée, victime d’une guerre qui ne cesse pas de semer horreur et mort. Encore hier, un dernier et ignoble attentat contre les réfugiés en fuite a provoqué de nombreux morts et blessés. Qu’il donne la paix à tout le Moyen Orient, à commencer par la Terre sainte, comme aussi en Irak et au Yémen.

Que la proximité du Bon Pasteur ne manque pas aux populations du Soudan du Sud, du Soudan, de la Somalie et de la République Démocratique du Congo, qui souffrent de conflits qui se perpétuent, aggravés par la très sérieuse famine qui frappe certaines régions de l’Afrique.

Que Jésus ressuscité soutienne les efforts de tous ceux qui, spécialement en Amérique latine, s’engagent à garantir le bien commun des sociétés, parfois marquées de tensions politiques et sociales qui dans certains cas aboutissent à la violence.

Qu’on puisse construire des ponts de dialogue, en persévérant dans la lutte contre la plaie de la corruption et dans la recherche de solutions valables et pacifiques aux controverses, pour le progrès et la consolidation des institutions démocratiques, dans le plein respect de l’État de droit.

Que le Bon Pasteur aide la bien-aimée terre d’Ukraine, encore affligée par un conflit sanglant, à retrouver la concorde et accompagne les initiatives en vue d’adoucir les drames de tous ceux qui en souffrent des conséquences.

Que le Seigneur ressuscité, qui ne cesse pas de combler le continent européen de sa bénédiction, donne espérance à tous ceux qui traversent des moments de crise et de difficultés, spécialement en raison du manque de travail surtout pour les jeunes.

Chers frères et sœurs, cette année comme chrétiens de toute confession, nous célébrons ensemble la Pâque. Ainsi, d’une seule voix dans chaque partie de la terre résonne l’annonce la plus belle : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, comme il l’avait dit ! ». Il a vaincu les ténèbres du péché et de la mort, qu’il donne la paix à notre temps.

Bonne fête de Pâques ! »

Dimanche de la Résurrection 16 Avril 2017

C’est une foule nombreuse qui s’est rassemblée ce dimanche 16 avril pour participer à la Messe de Pâques, présidée par le Pape François, sur une Place Saint-Pierre transformée en jardin, et sous un ciel capricieux, entre rayons de soleil et courtes averses. Une célébration toute en solennité et en recueillement pour célébrer la Résurrection du Christ. Dans une homélie improvisée, le Pape s’est attardé sur cette annonce de la Résurrection, que l’Eglise répète et chante depuis 2 000 ans.

Pierre, Jean et les saintes femmes sont allés au tombeau le cœur serré par la tristesse, la confusion, par la défaite. « Leur maitre, celui qu’ils aimaient tant est mort. Et de la mort, personne ne revient », a expliqué le Pape. Mais l’Ange leur dit : « Il n’est pas ici, il est ressuscité ! ».

« Mais si le Seigneur est ressuscité, pourquoi de telles choses ? Pourquoi les maladies, le trafic d’êtres humains, l’esclavage, la destruction, les mutilations, la vengeance, la haine… Mais où est le Seigneur ? », s’est-il demandé, le visage grave, avant de raconter brièvement le dialogue qu’il a eu ce samedi, par téléphone, avec un jeune homme atteint d’une maladie grave. « Il n’y a pas d’explication à ce qui t’arrive. Dieu l’a fait avec son propre Fils », lui a dit François. Et le jeune de répondre : « Oui, mais Dieu l’a demandé à son fils, et son Fils a dit ‘oui’. A moi, personne ne m’a rien demandé’ ».

La souffrance demeure un mystère, mais aujourd’hui l’Eglise continue de dire : « Arrête-toi ! Jésus est ressuscité ! Ce n’est pas une invention, une fête avec des fleurs. C’est le mystère de la pierre rejetée, et qui finit par devenir le fondement de notre existence », a affirmé le Souverain Pontife, en se référant à un verset du psaume 117, « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

« Dans cette culture du rejet, où tout ce qui n’est pas utile est mis de côté, a poursuivi le Pape, cette pierre rejetée est source de Vie, et nous, petits cailloux sur cette terre de douleur, de tragédies, avec la foi en Jésus ressuscité, nous devons regarder au-delà », ne pas nous renfermer sur nous-mêmes. « Il n’y a pas un mur, mais un horizon qui s’ouvre devant toi » ; et le Pape d’insister : « les petits cailloux ont un sens », près de cette pierre angulaire qu’est le Christ.

Il ne s’agit pas d’évacuer les problèmes du quotidien, de ne pas penser à ceux de nos proches, aux guerres, mais de se dire tout simplement : « Je ne sais pas pourquoi cela arrive, mais je suis sûr que le Christ est ressuscité, et je parie sur cela ».

« Frères et sœurs, voilà ce que j’avais envie de vous dire, a conclu le Pape. Rentrez chez vous et répétez dans votre cœur : ‘Christ est ressuscité’ ».

Rencontre avec le pape des coptes-orthodoxes Tawadros II au siège de son patriarcat, dans la capitale égyptienne.

« Il ne nous est plus possible de nous cacher derrière les prétextes des divergences d’interprétation ni non plus derrière des siècles d’histoire et de traditions qui nous ont rendus étrangers » : le Pape François a célébré l’œcuménisme lors de son dernier rendez-vous de la journée au Caire.

Dans son intervention devant le Pape copte, le Pape François, qui portait la croix copte, est revenu sur le caractère inéluctable du rapprochement entre les Églises catholique et copte-orthodoxe.

Ce n’est pas la première fois que le Pape François et le patriarche Tawadros II se rencontrent. Ce n’est pas non plus la première fois que les chefs spirituels des deux Églises réaffirment leur engagement commun sur le chemin de l’œcuménisme. Le Pape l’a rappelé en évoquant la Déclaration commune du 10 mai 1973 signée par Paul VI et Chenouda III. « Ensemble, nous avons confessé que nous appartenons à Jésus et qu’il est notre tout ». Depuis, « nous avons compris qu’étant siens, nous ne pouvons plus penser aller chacun son chemin, car nous trahirions sa volonté », a poursuivi le Pape.

« Sur ce chemin passionnant […] nous ne sommes pas seuls », affirme le Pape François, évoquant les saints et les martyrs. Coptes et catholiques sont appelés « à témoigner de lui, à porter au monde notre foi », « en la vivant, car la présence de Jésus se transmet avec la vie et parle le langage de l’amour gratuit et concret ». L’œcuménisme passe ainsi d’abord par le témoignage de vie. C’est pourquoi les initiatives concrètes de charité, sur le terrain, envers les fidèles et l’ensemble de la population est essentiel. « Avant d’entreprendre une initiative pour le bien, il serait beau de nous demander si nous pouvons la faire avec nos frères et sœurs qui partagent la foi en Jésus », a ainsi déclaré le Pape. Il a salué également la création du Conseil national des Églises chrétiennes en Egypte.

Mais cet œcuménisme ne se base pas que sur des initiatives de charité. Il se manifeste aussi par « un vrai et authentique œcuménisme du sang ». « Que de martyrs dans ce pays, s’est exclamé François, depuis les premiers siècles du christianisme ». Le Pape ne pouvait qu’évoquer les récents attentats : « encore récemment, malheureusement, le sang innocent de fidèles sans défense a été cruellement versé : leur sang innocent nous unit », a ainsi affirmé François.

Face à une telle situation, et comme il l’avait précédemment déclaré à l’université Al-Ahzar et devant les autorités égyptiennes, il a exhorté à s’opposer « à la violence en prêchant et en semant le bien, en faisant grandir la concorde et en maintenant l’unité, en priant afin que tant de sacrifices ouvrent la voie à un avenir de pleine communion entre nous et de paix pour tous ».

Le Pape François a ainsi souhaité que « le même Seigneur nous accorde de repartir aujourd’hui, ensemble, en pèlerins de communion et en messagers de paix ».

Les deux Papes se sont ensuite rendus à l’église Saint-Pierre (« Al-Boutrosiyya ») pour une prière œcuménique en présence des différents chefs des autres confessions chrétiennes, notamment le patriarche de Constantinoples Bartholomée 1er. Ils ont déposé des fleurs à la mémoire des victimes de l’attentat qui avait fait 25 morts le 11 décembre 2016.

Au terme de cette visite au patriarcat copte, effectué avec plus d’une heure de retard sur le programme prévu, le Pape devait rejoindre la nonciature apostolique et saluer plusieurs centaines de jeunes.

(Avec R. V.)

Samedi 15 Avril 2017

Le Pape François a présidé samedi 14 avril, le soir, en la Basilique Saint Pierre, la messe de la Veillée Pascale, au cours de laquelle les chrétiens font mémoire du passage des ténèbres à la lumière. Ce passage est vécu principalement au début de la célébration à travers le rite de la lumière, puis l’entrée de la procession dans la basilique plongée dans la pénombre et le silence.

Découvrez le texte intégral de l’homélie prononcée par le Saint Père :

« Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre » (Mt 28, 1). Nous pouvons imaginer ces pas… : le pas typique de celui qui va au cimetière, un pas fatigué de confusion, un pas affaibli de celui qui ne se convainc pas que tout soit fini de cette manière… Nous pouvons imaginer leurs visages pâles, baignés de larmes… Et la question : comment est-ce possible que l’Amour soit mort ?

À la différence des disciples, elles sont là – comme elles ont accompagné le dernier soupir du Maître sur la croix et puis Joseph d’Arimathie pour lui donner une sépulture - ; deux femmes capables de ne pas fuir, capables de résister, d’affronter la vie telle qu’elle se présente et de supporter la saveur amère des injustices. Et les voici, devant le sépulcre, entre la douleur et l’incapacité de se résigner, d’accepter que tout doive finir ainsi pour toujours.

Et si nous faisons un effort d’imagination, dans le visage de ces femmes, nous pouvons trouver les visages de nombreuses mères et grand-mères, le visage d’enfants et de jeunes qui supportent le poids et la douleur de tant d’injustices si inhumaines. Nous voyons reflétés en eux les visages de ceux qui, marchant par la ville, sentent la douleur de la misère, la douleur de l’exploitation et de la traite. En eux, nous voyons aussi les visages de ceux qui font l’expérience du mépris, parce qu’ils sont immigrés, orphelins de patrie, de maison, de famille ; les visages de ceux dont le regard révèle solitude et abandon, parce qu’ils ont les mains trop rugueuses. Elles reflètent le visage de femmes, de mères qui pleurent en voyant que la vie de leurs enfants reste ensevelie sous le poids de la corruption qui prive de droits et brise de nombreuses aspirations, sous l’égoïsme quotidien qui crucifie et ensevelit l’espérance de beaucoup, sous la bureaucratie paralysante et stérile qui ne permet pas que les choses changent. Dans leur douleur, elles ont le visage de tous ceux qui, en marchant par la ville, voient leur dignité crucifiée.

Dans le visage de ces femmes, il y a de nombreux visages, peut-être trouvons-nous ton visage et le mien. Comme elles, nous pouvons nous sentir poussés à marcher, à ne pas nous résigner au fait que les choses doivent finir ainsi. Certes, nous portons en nous une promesse et la certitude de la fidélité de Dieu. Mais aussi nos visages parlent de blessures, parlent de nombreuses infidélités – les nôtres et celles des autres – parlent de tentatives et de batailles perdues. Notre cœur sait que les choses peuvent être autres, mais sans nous en rendre compte, nous pouvons nous habituer à cohabiter avec le sépulcre, à cohabiter avec la frustration. De plus, nous pouvons arriver à nous convaincre que c’est la loi de la vie, en nous anesthésiant grâce à des évasions qui ne font rien d’autre qu’éteindre l’espérance mise par Dieu dans nos mains. Ainsi sont, tant de fois, nos pas, ainsi est notre marche, comme celle de ces femmes, une marche entre le désir de Dieu et une triste résignation. Ce n’est pas uniquement le Maître qui meurt : avec lui meurt notre espérance.

« Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre » (Mt 28, 2). Subitement, ces femmes ont reçu une forte secousse, quelque chose et quelqu’un a fait trembler la terre sous leurs pieds. Quelqu’un, encore une fois, est venu à leur rencontre pour leur dire : « N’ayez pas peur », mais cette fois-ci en ajoutant : « Il est ressuscité comme il l’avait dit ». Et voici l’annonce dont, de génération en génération, cette Nuit nous fait le don : N’ayons pas peur, frères, il est ressuscité comme il avait dit ! La vie arrachée, détruite, annihilée sur la croix s’est réveillée et arrive à frémir de nouveau (Cf. R. Guardini, Il Signore, Milano, 1984, p. 501). Le fait que le Ressuscité frémit s’offre à nous comme un don, comme un cadeau, comme un horizon. Le fait que le Ressuscité frémit est ce qui nous est donné et qu’il nous est demandé de donner à notre tour comme force transformatrice, comme ferment d’une nouvelle humanité. Par la Résurrection, le Christ n’a pas seulement ôté la pierre du sépulcre, mais il veut aussi faire sauter toutes les barrières qui nous enferment dans nos pessimismes stériles, dans nos mondes de calculs conceptuels qui nous éloignent de la vie, dans nos recherches obsessionnelles de sécurité et dans les ambitions démesurées capables de jouer avec la dignité des autres.

Lorsque le Grand Prêtre, les chefs religieux en complicité avec les romains avaient cru pouvoir tout calculer, lorsqu’ils avaient cru que le dernier mot était dit et qu’il leur revenait de le déterminer, Dieu fait irruption pour bouleverser tous les critères et offrir ainsi une nouvelle possibilité. Dieu, encore une fois, vient à notre rencontre pour établir et consolider un temps nouveau, le temps de la miséricorde. C’est la promesse faite depuis toujours, c’est la surprise de Dieu pour son peuple fidèle : réjouis-toi, car ta vie cache un germe de résurrection, un don de vie qui attend d’être réveillé.

Et voici ce que cette nuit nous appelle à annoncer : le frémissement du Ressuscité, Christ est vivant ! Et c’est ce qui a changé le pas de Marie Madeleine et de l’autre Marie : c’est ce qui les fait repartir en hâte et les fait courir pour apporter la nouvelle (cf. Mt 28, 8) ; c’est ce qui les fait revenir sur leurs pas et sur leurs regards ; elles retournent en ville pour rencontrer les autres.

Comme avec elles, nous sommes entrés dans le sépulcre, ainsi avec elles, je vous invite à aller, à revenir en ville, à revenir sur nos propres pas, sur nos regards. Allons avec elles annoncer la nouvelle, allons… Partout où il semble que le tombeau a eu le dernier mot et où il semble que la mort a été l’unique solution. Allons annoncer, partager, révéler que c’est vrai : le Seigneur est vivant. Il est vivant et veut ressusciter dans beaucoup de visages qui ont enseveli l’espérance, ont enseveli les rêves, ont enseveli la dignité. Et si nous ne sommes pas capables de laisser l’Esprit nous conduire par ce chemin, alors nous ne sommes pas chrétiens.

Allons et laissons-nous surprendre par cette aube différente, laissons-nous surprendre par la nouveauté que seul le Christ peut offrir. Laissons sa tendresse et son amour guider nos pas, laissons le battement de son cœur transformer notre faible frémissement.

Vendredi Saint 14 Avril 2017

Le pape François a présidé le chemin de croix du Vendredi Saint au Colisée, et suivi en prière les méditations des 14 stations préparées cette année par Anne Marie Pelletier, bibliste Française qui a souhaité, dans ses textes, mettre en évidence la présence féminine, le drame de la guerre, des migrants, des familles lacérées et des enfants abusés.

Au pied de la Croix, au terme des quatorze stations, François a élevé sa prière au Christ crucifié « les yeux remplis de honte et le cœur plein d’espérance ». La honte, a dit le Saint Père, « face à toute ces images de dévastations, de destructions et de naufrages qui sont devenues ordinaires ». François exprime sa honte pour « le sang innocent versé chaque jour de femmes, d’enfants, de migrants et personnes persécutées pour la couleur de leur peau, pour leur appartenance ethnique, sociale et pour leur foi ». Honte aussi pour « toutes les fois ou nous avons lâchement fui nos responsabilités ». Honte pour « notre silence face à l’injustice ». Honte pour « les évêques, les prêtres, les consacrés, qui ont scandalisé et blessé l’Eglise ».

« L’espoir, poursuit le Pape François dans sa prière, que nos trahisons ne nous éviteront pas ta Miséricorde, l’espoir que « la croix transforme nos cœurs endurcis en cœurs de chair capable de rêver, de pardonner et d’aimer ». L’espoir que « ton Eglise essaiera d’être la voix qui crie dans le désert de l’humanité ». L’espoir que « le bien vaincra malgré sa défaite apparente ».

A la fois honteux et remplis d’espérance, « nous te demandons de nous laver dans le sang et dans l’eau qui coulent de ton corps transpercé, continue le Saint Père, de pardonner nos péchés, et nos fautes ». Nous te demandons de te souvenir de nos frères « fauchés par la violence, par l’indifférence et par la guerre ». Nous te demandons de « rompre les chaines qui nous enferment dans notre égoïsme, notre cécité volontaire, et la vanité de nos calculs mondains ». Nous te demandons de ne « jamais avoir honte de ta croix, de ne jamais l’instrumentaliser », mais de l’honorer et de l’adorer parce qu’elle nous a montré « la monstruosité de nos péchés et la puissance de ta miséricorde ».

(Avec R. V.)

Jeudi 13 avril 2017

Les catholiques du monde entier entrent pleinement dans l’esprit de Pâques ce . Avant de présider la messe In Cena Domini, qui a ouvert le Triduum pascal ce soir, le Pape François a présidé dans la matinée la messe chrismale en présence de 2000 prêtres de son diocèse de Rome, puis la messe de la Cène dans l’après-midi à la prison de Paliano.

Durant cette célébration, le Saint-Père a consacré le Saint Chrême, qui servira tout au long de l’année pour les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’ordre ; il a également béni les huiles saintes pour le sacrement des malades et les étapes de catéchuménat.

Plus de 2000 prêtres, réunis pour cette messe qui manifeste l’unité de toute la communauté diocésaine autour de son évêque, ont renouvelé la promesse faite lors de leur ordination sacerdotale. Dans son homélie, le Pape François, évêque de Rome, leur a rappelé qu’ils sont les missionnaires courageux de la joyeuse Annonce.

La joyeuse Annonce réside tout d’abord dans le comportement du prêtre, dans son contact avec les autres, dans son être et sa douce disponibilité. Par définition, a dit le Pape dans son homélie, « l’Annonce ne pourra jamais être triste ou neutre, car elle est l’expression d’une joie entièrement personnelle : la joie d’un Père qui ne veut pas qu’un de ses enfants se perde ». Quant à la miséricorde de la joyeuse Annonce, elle « ne pourra jamais être une fausse commisération, qui laisse le pécheur dans sa misère parce qu’elle ne lui tend pas la main pour qu’il se lève ».

Il a pris en exemple Mère Teresa, à l’image de la Samaritaine qui étanche la soif de Jésus au bord du puits. La Sainte, « par son sourire et par sa façon de toucher des mains les blessures, a apporté la joyeuse Annonce à tous ». Et ce n’est pas tout : « Sa plénitude contagieuse nous permet de surmonter la tentation de la peur », dit encore le Pape François en s’élevant contre une excessive timidité du prêtre qui le conduirait à ne pas sortir pour communiquer la joie aux autres. Par ailleurs, « l’annonce de la bonne nouvelle à ceux qui sont très pauvres ne peut se faire que d’une manière respectueuse et humble jusqu’à l’humiliation ». En somme, pour être plus clair, François précise : « L’évangélisation ne peut pas être présomptueuse. »

Messe in Cena Domini

Depuis 16h en ce jeudi Saint, le Pape François se trouve dans la prison de Paliano, en Italie centrale, pour y célébrer la messe In Coena Domini, en mémoire de la Cène du Seigneur. Les chrétiens se rappellent à cette occasion du repas au cours duquel Jésus partage le pain et le vin avec ses disciples, instituant ainsi l’Eucharistie, et lave leurs pieds, invitant les chrétiens à une attitude d’humilité et de service. C’est ce même geste que le Pape François a accompli, s’abaissant pour laver les pieds de douze prisonniers, dont trois femmes et un musulman qui sera baptisé en juin. On dénombre un Argentin, un Albanais et des Italiens dont deux condamnés à la prison à perpétuité. Les autres achèveront de purger leur peine entre 2019 et 2073.

Cette visite, à caractère strictement privé, avait commencé par une rencontre du Saint-Père avec le personnel de la prison et la plupart de la soixantaine de détenus. Seuls manquaient huit d’entre eux, atteints de tuberculose, et deux autres, placés à l’isolement, que le Pape a visités séparément. Le centre de détention de Paliano a un statut unique en Italie : il abrite des collaborateurs de justice (anciens mafieux qui ont accepté d’aider la justice italienne). Les différentes initiatives (travail, instruction, formation ou encore activités sportives et religieuses) permettent selon la directrice de l’établissement, Nadia Cersosimo, « d’abattre les préjugés et d’ouvrir la voie à la réinsertion ».

Ce n’est pas la première fois que le Pape François célèbre la messe In Coena Domini du Jeudi saint dans une prison.Souhaitant décentraliser cette célébration, qui se tenait auparavant en la basilique Saint-Pierre, il s’est en effet rendu dès 2013 à la "Casa del Marmo", une prison pour mineurs, puis en 2015 à la prison de Rebbibia, en banlieue de Rome. « C’est un devoir qui vient du cœur, une mission incontournable », a souligné le Saint-Père dans une interview au quotidien italien La Repubblica publié ce jeudi matin.

(AvecR. V.)

Mercredi 12 avril 2017

Sous un soleil radieux et devant une foule nombreuse réunie place Saint-Pierre le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne durant l’audience générale.

S’appuyant sur l‘épisode évangélique du grain qui meurt en terre pour donner du fruit, François a rappelé que Jésus aussi, venu sur Terre, est mort sur la croix d’où jaillit l’espérance nouvelle. À l’image du Christ, il a alors invité les fidèles à donner leur vie par amour.

Qui aurait imaginer que, quelques jours après son entrée triomphale à Jérusalem, Jésus serait humilié, condamné et crucifié ? Trois jours après la célébration des Rameaux, le Pape commence par s’interroger sur la réaction de la foule à la mort du Christ. Devant la croix, « les espérances terrestres s’effondrent » mais de nouvelles naissent, « celles qui durent toujours ».

À la manière de la graine, Jésus s’est fait tout petit, a quitté la gloire céleste pour « tomber en terre ». Plus encore, il est mort pour nous. « C’est précisément là, au plus profond de son abaissement – qui est aussi le sommet de l’amour – qu’a germé l’espérance. » Comment ? « Par la force de l’amour. » À Pâques, Jésus transforme « notre péché en pardon, notre mort en résurrection, notre peur en confiance ».

Certes, cela peut sembler être une « logique perdante » puisque « qui aime perd du pouvoir, qui donne se dépossède et aimer c’est donner ». Mais posséder pousse à l’insatisfaction de vouloir toujours plus. Or comme le dis Jésus « Qui aime sa vie la perdra ». « À l’inverse, poursuit le Pape, quiconque accepte de donner sa vie, est disponible et au service, vit à la manière de Dieu, est vainqueur, il se sauve et sauve les autres, il devient graine d’espérance pour le monde. »

« Bien sûr, ce véritable amour passe par la croix, le sacrifice, comme pour Jésus », mais la croix n’est qu’un « passage » : « la destination, c’est la gloire, comme nous le montre la fête de Pâques ». Le Pape François rappelle alors que les femmes aussi souffrent à l’accouchement mais sont ensuite « joyeuses, heureuses parce qu’elles ont donné une autre vie ». Ainsi, « l’amour est le moteur qui fait avancer notre espérance », répète le Saint-Père. En conclusion, il invite l’ensemble des fidèles à regarder chez eux le crucifix et à dire : « Avec toi rien n’est perdu. Avec toi, je peux toujours espérer. Tu es mon espérance ». Il fait ensuite répéter trois fois cette dernière phrase à la foule présente place Saint-Pierre.

(Avec R. V.)

Dimanche 9 avril 2017

Sous un soleil splendide, le Pape François a célébré cela messe des Rameaux, qui ouvre la Semaine Sainte, sur la place Saint-Pierre fleurie de palmes. Devant une foule de fidèles portant des rameaux d’olivier, le Saint-Père a appelé à apprendre à voir Jésus en celui qui souffre aujourd’hui, comme Jésus a souffert sur la Croix, en cette célébration à la fois « joyeuse et douloureuse ». Une célébration, a rappelé le Pape, qui coïncide aussi avec la 32è journée mondiale de la jeunesse fêtée cette année en diocèse.

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père  :

"Cette célébration a comme une double saveur, douce et amère ; elle est joyeuse et douloureuse, car nous y célébrons le Seigneur qui entre dans Jérusalem et qui est acclamé par ses disciples en tant que roi. Et en même temps, le récit évangélique de sa passion est solennellement proclamé. C’est pourquoi notre cœur sent le contraste poignant et éprouve dans une moindre mesure ce qu’a dû sentir Jésus dans son cœur en ce jour, jour où il s’est réjoui avec ses amis et a pleuré sur Jérusalem.

Depuis 32 ans, la dimension joyeuse de ce dimanche a été enrichie par la fête des jeunes : les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui sont célébrées cette année au niveau diocésain, mais qui sur cette Place connaîtront sous peu un moment toujours émouvant, d’horizons ouverts, avec le remise de la Croix par les jeunes de Cracovie à ceux du Panama.

L’Évangile proclamé avant la procession (cf. Mt 21, 1-11) décrit Jésus qui descend du mont des Oliviers monté sur un ânon, sur lequel personne n’est jamais monté. Cet Évangile met en exergue l’enthousiasme des disciples, qui accompagnent le Maître par de joyeuses acclamations et on peut vraisemblablement imaginer comment cet enthousiasme a gagné les enfants et les jeunes de la ville, qui se sont unis au cortège par leurs cris. Jésus lui-même reconnaît dans cet accueil joyeux une force imparable voulue par Dieu, et il répond aux pharisiens scandalisés : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40).

Mais ce Jésus, qui selon les Écritures, entre justement ainsi dans la ville sainte, n’est pas un naïf qui sème des illusions, un prophète ‘‘new age’’, un vendeur d’illusions, loin de là : il est un Messie bien déterminé, avec la physionomie concrète du serviteur, le serviteur de Dieu et de l’homme qui va vers la passion ; c’est le grand Patient de la douleur humaine.

Donc, tandis que nous aussi, nous fêtons notre Roi, pensons aux souffrances qu’il devra subir au cours de cette Semaine. Pensons aux calomnies, aux outrages, aux pièges, aux trahisons, à l’abandon, à la justice inique, aux parcours, aux flagellations, à la couronne d’épines…, et enfin à la via crucis jusqu’à la crucifixion.

Il l’avait clairement dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive « (Mt 16, 24). Il n’a jamais promis honneurs et succès. Les Évangiles sont clairs. Il a toujours prévenu ses amis que sa route était celle-là, et que la victoire finale passerait par la passion et la croix. Et cela vaut pour nous également. Pour suivre fidèlement Jésus, demandons la grâce de le faire non pas par les paroles mais dans les faits, et d’avoir la patience de supporter notre croix : de ne pas la rejeter, de ne pas la jeter, mais en regardant Jésus, de l’accepter et de la porter, jour après jour.

Et ce Jésus, qui accepte d’être ovationné tout en sachant bien que le ‘‘crucifie-[le]’’ l’attend, ne nous demande pas de le contempler uniquement dans les tableaux ou sur les photographies, ou bien dans les vidéos qui circulent sur le réseau. Non ! Il est présent dans beaucoup de nos frères et sœurs qui aujourd’hui, aujourd’hui connaissent les souffrances comme lui : ils souffrent du travail d’esclaves, ils souffrent de drames familiaux, de maladies… Ils souffrent à cause des guerres et du terrorisme, à cause des intérêts qui font mouvoir les armes et qui les font frapper. Hommes et femmes trompés, violés dans leur dignité, rejetés… Jésus est en eux, en chacun d’eux, et avec ce visage défiguré, avec cette voix cassée, il demande à être regardé, à être reconnu, à être aimé.

Ce n’est pas un autre Jésus : c’est le même qui est entré à Jérusalem au milieu des rameaux de palmiers et d’oliviers agités. C’est le même qui a été cloué à la croix et est mort entre deux malfaiteurs. Nous n’avons pas un autre Seigneur en dehors de lui : Jésus, humble Roi de justice, de miséricorde et de paix."

Prière de l’Angélus

À la fin de la célébration des Rameaux, lors de la prière de l’Angelus, le Pape a particulièrement salué les jeunes qui fêtent ce même dimanche la 32ème Journée mondiale de la Jeunesse, cette année en diocèse. Une célébration au lendemain d’une veillé des jeunes avec le Pape François à Rome, et qui conclut trois jours d’un forum international organisé à Rome, par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, en vue de la prochaine JMJ, mais aussi du Synode des évêques consacré aux jeunes en octobre 2018. « Je salue spécialement ceux qui ont participé à cette rencontre internationale » a dit le Saint-Père, un salut qui « s’étend à tous les jeunes qui aujourd’hui, autour de leurs évêques, célèbrent cette JMJ dans chaque diocèse du monde ».

Sous le regard du Pape François, les applaudissements des fidèles et avec beaucoup d’émotion, les jeunes polonais de Cracovie, qui ont accueilli cette fête en juillet 2016, ont remis la grande croix bois des JMJ aux jeunes du Panama, où est prévu ce prochain rassemblement mondial en 2019. « C’est une autre grande étape de ce grand pèlerinage initié par Saint-Jean-Paul II » s’est réjoui le Pape.

Le Pape François a ensuite fait part de ses condoléances pour l’attentat de Stockholm vendredi 7 avril, et l’attaque d’une église copte en Égypte ce dimanche 9 avril.

« Alors que le Christ entre aujourd’hui dans la Passion », le Saint-Père a confié à la Vierge les victimes de l’attentat terroriste survenu vendredi dans la capitale suédoise. Un camion fou a foncé sur les passants puis dans un grand magasin d’une rue fréquentée de Stockholm faisant quatre morts et 15 blessés. Le Pape a aussi confié tous ceux qui « sont encore durement éprouvés par la guerre, malheur de l’humanité ».

Il a également évoqué l’attaque qui a « malheureusement » frappé ce dimanche matin, en Égypte, une église copte. Il a exprimé ses condoléances, ses prières et sa proximité pour « son cher frère », le patriarche copte Tawadros II, l’Église copte, « toute la chère nation égyptienne », les défunts, les blessés et leurs familles. Que « le Seigneur convertisse le cœur des personnes qui sèment la terreur, la violence et la mort, ainsi que le cœur de ceux qui fabriquent et trafiquent les armes » a lancé le Saint-Père, qui se rend en Égypte les 28 et 29 avril prochains pour un voyage apostolique.

Ce dimanche 9 avril au matin, un attentat à la bombe a en effet frappé l’église copte Mar Girgis de Tanta, située à 120 km au nord du Caire. L’explosion a eu lieu en pleine messe des Rameaux faisant des dizaines de morts et de blessés. « L’explosion a eu lieu aux premiers rangs, près de l’autel, durant la messe », selon le ministère égyptien de l’Intérieur. Une autre explosion a eu lieu ce dimanche près de l’église Mar Morcos à Alexandrie, selon les médias d’Etat. En décembre 2016, 29 coptes orthodoxes ont été tués dans un attentat à la bombe à l’église copte Saint-Pierre et Saint-Paul, mitoyenne de la cathédrale copte Saint-Marc du Caire.

(Avec R. V.)

Samedi 8 avril 2017

Le Pape François a participé à une veillée de prière avec les jeunes de Rome et du Latium en préparation au prochain Synode des Évêques en octobre 2018 qui sera consacré aux jeunes, à leur foi et au discernement vocationnel,

Cette veillée était aussi une façon de célébrer la 32ème Journée Mondiale de la Jeunesse, dimanche, qui se déroule cette année au niveau diocésain après le grand rendez-vous de Cracovie l’été dernier et avant le prochain rassemblement mondial au Panama en 2019.

Plusieurs témoignages ont ponctué la veillée dans la Basilique romaine de Sainte Marie Majeure. Celui d’une jeune franciscaine, Marialisa, une religieuse « heureuse d’être une femme consacrée ». Cette joie, elle la transmet à la tribune, par son sourire et son enthousiasme alors que toute petite, elle trouvait que les gens qui fréquentaient les églises étaient « ennuyeux ». Après une vie tourmentée, Marialisa dit s’être sentie tout de suite accueillie par sa communauté franciscaine, avec laquelle elle vit pleinement sa vocation. Elle vit aujourd’hui près de Reggio Calabria où elle s’occupe de jeunes en difficulté. « Je remercie ces enfants me rappellent chaque jour sans le savoir l’importance de se remettre question, et qu’au centre de tout il y a toujours un être humain. Ils me rappellent sans cesse que la seule règle valable est la loi de l’amour ».

Puis, après une lecture de l’évangile et un chant, vient le tour d’un jeune homme de 24 ans, Pompeo. Bouleversé par un événement qui a définitivement marqué sa vie. À 8 ans, en 2002, au beau milieu d’une matinée de classe, un violent tremblement de terre provoque l’effondrement de son école. En quelques secondes, il se retrouve prisonnier des décombres, avec de nombreux élèves de sa classe. Pompeo raconte qu’il est resté trois mois entre la vie et la mort. À son réveil, il apprend que 27 de ses compagnons de classe et son institutrice n’ont pas survécu. Pompeo se pose des questions : « Pourquoi eux sont-ils morts, et pas moi ? ». Pompeo ne marche plus. Depuis le tremblement de terre, il se déplace en fauteuil et pensait en avoir fini de souffrir. Mais à 18 ans, il doit être dialysé. Une nouvelle question le tourmente « Pourquoi m’as-tu sauvé à 8 ans si c’est pour me faire souffrir encore ? », demande-t-il à Dieu. Pompeo a subi un greffe et a reçu le rein de son père. Il ne veut rien changer de cette vie toujours prête à le surprendre. Sa vie en fauteuil lui a enseigné à apprécier la beauté des petites choses. Aujourd’hui Pompéo a un rêve : participer aux jeux paralympiques.

Ces témoignages ont été attentivement écoutés par tous, y compris par le Pape qui a attentivement pris des notes. Il a d’ailleurs souligné dans son homélie combien pour le collège épiscopal, l’écoute allait être au centre de la préparation du Synode des Evêques sur les jeunes : « Au cours du Synode, l’Église, toute l’Église, veut entendre les jeunes : ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils veulent, ce qu’ils critiquent et ce qu’ils regrettent. Tout. L’Église a besoin d’un nouveau printemps et le printemps est la saison des jeunes ».

Le Pape a insisté sur la nécessité qu’aucun jeune ne soit « exclu » de cette écoute et de ce Synode, un synode par et de « tous » les jeunes. « Même les jeunes qui se sentent agnostiques, interroge-t-il ? Oui. Même les jeunes qui ont une foi tiède ? Oui. Même les jeunes qui sont éloignés de l’Église ? Oui. Même les jeunes qui se sentent athées ? Oui. Ce Synode est celui des jeunes et nous voulons tous les écouter. »

Il a également adressé plusieurs questions aux jeunes. D’abord celle, déjà posée aux JMJ de Cracovie, de sortir de leurs divans, de prendre des risques, de se mettre « en chemin », comme les deux témoignages l’ont indiqué. Comment ? C’est là l’autre question du Saint-Père aux jeunes : en écoutant leurs grands-parents, les personnes âgées. « Fais-les rêver et prends leurs rêves pour aller de l’avant, pour prophétiser et pour rendre concret cette prophétie », a demandé directement le Pape à chaque jeune. « Voilà votre mission aujourd’hui, voilà la mission que vous demande aujourd’hui l’Église ». À Panama, le Pape leur reposera cette question a-t-il promis.

(Avec R. V.)

Dimanche 2 avril 2017

A l’issue de la messe célébrée sur le parvis de la cathédrale de Carpi, en Émilie-Romagne, dans le nord de l’Italie, le Pape, avant de réciter la prière de l’angélus, a évoqué une catastrophe naturelle et trois situations politiques particulière : la Colombie, le Kasaï, le Venezuela et le Paraguay.

« Je suis profondément attristé par la tragédie qui a frappé la Colombie où une gigantesque coulée de boue provoquée par des pluies torrentielles a déferlé sur la ville de Mocoa, causant de nombreux morts et blessés », a déclaré le Pape. « Je prie pour les victimes. J’assure de ma et de votre proximité ceux qui pleurent la disparition de leurs proches. Je remercie ceux qui prêtent secours ». Vendredi 31 mars, vers 23h30, la coulée de boue a déferlé sur Mocoa, ville de 40 000 habitants, privée maintenant d’électricité et d’eau courante. Selon un dernier bilan de la Croix-Rouge, il y a 206 morts, 202 blessés et 220 disparus.

Le Kasaï, qui regroupent trois régions au centre de la République démocratique du Congo est le théâtre depuis plusieurs semaines d’affrontements entre les forces armées congolaises et les membres d’une rébellion se réclamant d’un chef coutumier local décédé. « J’assure de ma proximité cette nation et j’exhorte tout le monde à prier pour la paix, afin que les cœurs des auteurs de tels crimes ne restent pas esclaves de la haine et de la violence qui détruisent toujours » a déclaré le Pape François. Il a évoqué les « affrontements armés sanglants » qui font des « victimes » et des « déplacés », et qui « frappent aussi des membres et des propriétés de l’Église, églises, hôpitaux et écoles ».

Le Pape François a également prié pour les populations du Venezuela et du Paraguay qui lui sont « très chères ». Il a invité « tout le monde à persévérer sans relâche, et en évitant toute forme de violence, à rechercher des solutions politiques ». Il a fait allusion aux tensions qui sont nées cette semaine au Venezuela quand la Cour suprême du pays s’est arrogée les pouvoirs du Parlement, suscitant une levée de bouclier dans tout le pays et à l’étranger. Depuis, les juges ont fait machine arrière sous la pression politique et populaire mais la situation reste très tendue dans un pays marqué par le bras de fer sans fin entre le gouvernement du président Nicolas Maduro et l’opposition, majoritaire au Parlement.

Concernant le Paraguay, le vote par le Sénat d’un amendement constitutionnel visant à abolir le mandat unique du président de la République, a déclenché vendredi une vague de colère parmi la population. Des manifestants ont saccagé le bâtiment du Congrès et y ont mis le feu. Le lendemain de ces faits, un opposant a été tué par la police au siège de son parti.

Après avoir récité l’angélus, le Pape a tenu à remercier tous les fidèles ayant participé à la célébration et celles et ceux qui ont préparé « ce double marathon » : la consécration de la cathédrale de Carpi, dimanche dernier, et la messe de ce 2 avril. Il a tenu aussi à remercier les 4500 malades : « merci à vous qui, avec vos souffrances, aidez l’Église, aidez à porter la Croix du Christ ».

Le Pape a ensuite béni les premières pierres de trois nouveaux édifices du diocèse : la paroisse de Sant’Agata in Carpi, la Maison des exercices spirituels de Sant’Antonio in Novi et la Citadelle de la charité à Carpi.

(Avec R. V.)

Mercredi 29 mars 2017

Lors de l’audience générale, pour la 16ème étape de son parcours catéchétique sur l’espérance, le Pape est revenu sur la figure d’Abraham, « non seulement notre père dans la foi, mais notre père dans l’espérance ».

En s’appuyant sur la Lettre de saint Paul aux Romains, dans laquelle il est précisé que Abraham fut « solide dans l’espérance », le Pape a rappelé que « dans la vie d’Abraham nous pouvons déjà trouver une annonce de la Résurrection, de la vie nouvelle qui vainc le mal et la mort elle-même ».

« Le Dieu qui se révèle à Abraham est le Dieu qui sauve, le Dieu qui fait sortie du désespoir et de la mort, le Dieu qui appelle à la vie », a expliqué le Pape. Il a précisé que « notre espérance ne se règle pas sur des raisonnements, des prévisions et des assurances humaines, et se manifeste là où il n’y a plus d’espérance, là où il n’y a plus rien en quoi espérer, justement comme il est advenu pour Abraham, face à sa mort imminente et à la stérilité de sa femme, Sara ». Le Pape est alors sorti de son texte pour interpeller la foule : « ouvrez vos cœurs et cette force de Dieu vous fera avancer, fera des choses miraculeuses, et vous enseignera ce qu’est l’espérance. Ceci est l’unique prix : ouvrir le cœur à la foi et Lui, Il fera le reste. »

Le Pape a donc invité les fidèles rassemblés Place Saint-Pierre à demander aujourd’hui au Seigneur la grâce de « rester fondés non seulement sur nos sécurités, sur notre capacité, mais sur l’espérance qui émerge de la promesse de Dieu, comme des vrais enfants d’Abraham. Quand Dieu promet, il mène à son accomplissement ce qu’il promet. Il ne manque jamais à sa parole. »

« Si nous, aujourd’hui (sur la Place Saint-Pierre), nous avons le cœur ouvert, je vous assure que nous tous nous nous rencontrerons dans la Place du Ciel pour toujours, qui ne passe jamais. Ceci est la promesse de Dieu. Ceci est notre espérance, si nous, nous ouvrons nos cœurs », a conclu le Saint-Père, en s’exprimant spontanément.

Parmi les groupes présents sur la Place, le Pape a notamment salué, dans son adresse aux francophones, des délégations de l’Association des Paralysés de France de la Communauté de La Source. Il a également lancé un appel pour l’Irak, en présence d’une délégation interreligieuse de ce pays.

Au terme de sa catéchèse, le Pape a lancé un appel vibrant pour le pays d’Abraham, l’Irak, un pays fracturé par une guerre civile qui semble interminable. Le Pape avait salué auparavant une délégation interreligieuse irakienne, accompagnée par le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. Leur présence a donné l’occasion au Pape d’exprimer son attachement à la pluralité religieuse en Irak.

« La richesse de la nation irakienne réside justement dans cette mosaïque qui représente l’unité dans la diversité, la force dans l’union, la prospérité dans l’harmonie », a martelé le Saint-Père. « Je vous encourage à avancer sur cette route, et je vous invite à prier afin que l’Irak trouve dans la réconciliation et dans l’harmonie entre ses diverses composantes ethniques et religieuses la paix, l’unité et la prospérité », a insisté le Pape François, très attentif au drame vécu par les populations syriennes et irakiennes, particulièrement depuis les offensives de l’organisation État islamique, en 2014.

« Ma pensée va aux populations civiles piégées dans les quartiers occidentaux de Mossoul, et aux autres déplacés à cause de la guerre, auxquels je me sens uni dans la souffrance, à travers la prière et la proximité spirituelle. En exprimant une profonde douleur pour les victimes de ce conflit sanglant, je renouvelle pour tous l’appel à s’engager avec toutes les forces dans la protection des civils, une obligation impérative et urgente », a précisé le Saint-Père.

Depuis le 17 octobre se joue à Mossoul une bataille de grande ampleur entre les forces de sécurité irakiennes, soutenues par la coalition internationale, et les djihadistes de l’État islamique qui mènent une résistance acharnée dans la vieille ville de Mossoul. La deuxième agglomération d’Irak était tombée aux mains des djihadistes en juin 2014, dans le cadre de leur offensive au nord de l’Irak, qui s’est traduite par de nombreuses exactions contre leurs opposants et contre les membres des minorités religieuses.

Avant l’audience, le Pape avait rencontré les différents membres de cette délégation qui compte des responsables chiites, sunnites, chrétiens, yezidis et sabéens (ou mandéens, une petite communauté de quelques milliers de membres, descendant de la tradition judéo-chrétienne en Mésopotamie).

« Nous sommes tous frères, et là où il y a de la fraternité, il y a de la paix. Nous sommes tous des enfants de Dieu. Et nous avons un père commun sur la terre : Abraham, et de cette première "sortie" d’Abraham, nous venons, jusqu’à aujourd’hui tous ensemble », a expliqué le Pape, reprenant des propos du cardinal Tauran. « Votre dialogue entre vous, votre visite est une vraie richesse de fraternité, et pour cela, c’est une route vers le paix, pour tous. La paix du cœur, la paix des familles, la paix des pays, la paix du monde », a insisté le Pape François, qui a demandé à tous les participants à cette rencontre de prier pour lui.

(Avec R. V.)

Dimanche 26 Mars 2017

Ce dimanche, quatrième du Carême, le Pape François s’est adressé à la foule depuis la fenêtre du Palais apostolique pour la prière de l’Angelus Place Saint-Pierre. Sous un soleil printanier, il a invité les fidèles à faire confiance à Jésus, vraie « lumière du monde », et non aux fausses lumières qui nous éloignent du prochain.

Le Pape s’est concentré sur l’Évangile du jour. Un récit dans lequel Jésus redonne la vue à un homme aveugle de naissance. À travers ce miracle, le Christ se manifeste comme la « lumière du monde ». Cet épisode de la Bible pousse à réfléchir « à notre foi en le Christ, fils de Dieu, et en même temps, fait référence au baptême, qui est le premier sacrement de la foi, celui qui fait venir la lumière », grâce à la « renaissance de l’eau et de l’Esprit saint ». C’est ainsi que « chacun de nous est illuminé à travers le baptême » a expliqué le Pape.

Cet homme aveugle de naissance, sans nom, « il représente nous-même, quand nous ne réalisons pas que Jésus est la lumière du monde, quand on regarde ailleurs, quand on préfère compter sur les petites lumières, quand on tâtonne dans l’obscurité ». Comme cet aveugle qui guérit, « nous aussi nous avons été éclairés par le Christ dans le baptême, et nous sommes appelés à se comporter comme des enfants de lumière ».

Ce baptême exige de choisir « de marcher dans la lumière », c’est-à-dire de d’abord abandonner les « fausses lumières, celles des préjugés qui déforment la réalité et provoquent de la haine contre ceux qui jugent sans pitié et condamnent sans appel ». Le Pape le rappelle, « ces bavardages sur les autres qui occupent les journées de chacun, c’est marcher dans l’ombre et non dans la lumière ».

L’autre lumière factice, parce qu’ils sont séduisants et ambigus, ce sont les intérêts personnels. Car « si nous évaluons les gens et les choses en fonction du critère de notre propre utilité, notre plaisir, notre prestige, nous ne sommes pas dans la vérité dans les relations et les situations ». « La recherche du gain personnel, c’est marcher dans l’ombre. » Et pour éviter cela, le Pape appelle à « un changement radical de mentalité, une capacité de juger les hommes et les choses selon une autre échelle de valeurs, celle qui vient de Dieu ».

Après la prière de l’Angelus, devant les fidèles, le Pape a rappelé la béatification, ce samedi 25 mars en Espagne, de José álvarez-Benavides y de la Torre et de ses 114 compagnons martyrs de la guerre civile espagnole. « Ces prêtres, religieux et laïcs ont été les témoins héroïques du Christ et de son Évangile de paix et de réconciliation fraternelle. Leur exemple et leur intercession soutiennent l’engagement de l’Église dans l’édification de la civilisation de l’amour ».

De retour de Milan, le Saint-Père a aussi tenu, ce dimanche, à remercier le cardinal Angelo Scola et tous les Milanais, croyants et non-croyants, pour l’extraordinaire accueil qu’il a reçu ce samedi 25 mars dans la cité lombarde. « Vous m’avez vraiment fait sentir comme à la maison » s’est réjoui le Pape, soulignant la générosité de ses habitants avec ce dicton « Milan si riceve col coeur in man ! ».

(Avec R. V.)

Vendredi 24 mars 2017

Ce soir, à 18h, le Saint-Père a reçu les responsables européens à l’occasion du 60ème anniversaire de la signature des Traités de Rome, le 25 mars 1957.

C’est dans la Sala Regia du palais apostolique du Vatican que le Pape François a accueilli les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne – dont le président français, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel – et leurs délégations, en présence de représentants des Institutions européennes, M. Antonio Tajani, président du Parlement, M. Donald Tusk, président du Conseil européen, M. Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, Mme Federica Mogherini, ministre des Affaires étrangères de l’Union.

Nous vous proposons de découvrir, dans son intégralité, son discours intitulé :

" Soixante ans après, discerner les voies de l’espérance pour l’Europe".

« Honorables hôtes,

Je vous remercie de votre présence, ce soir, à la veille du 60ème anniversaire de la signature des Traités fondateurs de la Communauté Economique Européenne et de la Communauté Européenne de l’Energie Atomique. Je désire signifier à chacun l’affection que le Saint Siège nourrit pour vos pays respectifs et pour toute l’Europe, aux destins desquels il est indissolublement lié, par disposition de la Providence divine. J’exprime une gratitude particulière à Monsieur Paolo Gentiloni, Président du Conseil des Ministres de la République italienne, pour les aimables paroles qu’il a adressées au nom de tous et pour l’engagement que l’Italie a prodigué pour préparer cette rencontre ; de même qu’à Monsieur Antonio Tajani, Président du Parlement européen, qui a exprimé les attentes des peuples de l’Union en cette occasion.

Revenir à Rome 60 ans après ne peut être seulement un voyage dans les souvenirs, mais bien plutôt le désir de redécouvrir la mémoire vivante de cet évènement pour en comprendre la portée dans le présent. Il faut se resituer dans les défis de l’époque pour affronter ceux d’aujourd’hui et de demain. Avec ses récits pleins d’évocations, la Bible nous offre une méthode pédagogique fondamentale : on ne peut pas comprendre le temps que nous vivons sans le passé, compris non pas comme un ensemble de faits lointains, mais comme la sève vitale qui irrigue le présent. Sans une telle conscience la réalité perd son unité, l’histoire son fil logique et l’humanité perd le sens de ses actions et la direction de son avenir.

Le 25 mars 1957 fut une journée chargée d’attentes et d’espérances, d’enthousiasme et d’anxiété, et seul un événement exceptionnel, par sa portée et ses conséquences historiques, pouvait la rendre unique dans l’histoire. La mémoire de ce jour s’unit aux espérances d’aujourd’hui et aux attentes des peuples européens qui demandent de discerner le présent afin de poursuivre, avec un élan renouvelé et avec confiance, le chemin commencé.

Les Pères fondateurs et les Responsables étaient bien conscients que, apposant leur signature sur les deux Traités, ils donnaient vie à cette réalité politique, économique, culturelle, mais surtout humaine, que nous appelons aujourd’hui l’Union Européenne. D’autre part, comme le disait le Ministre des Affaires Etrangères belge Spaak, il s’agissait, « c’est vrai, du bien-être matériel de nos peuples, de l’expansion de nos économies, du progrès social, de possibilités industrielles et commerciales totalement nouvelles, mais avant tout […] [d’] une conception de la vie à la mesure de l’homme fraternel et juste »[1].

Après les années sombres et cruelles de la Seconde Guerre Mondiale, les Responsables de l’époque ont eu foi en la possibilité d’un avenir meilleur, ils « n’ont pas manqué d’audace et n’ont pas agi trop tard. Le souvenir de leurs malheurs et peut-être aussi de leurs fautes semble les avoir inspirés, leur a donné le courage nécessaire pour oublier les vieilles querelles, […] penser et agir de manière vraiment nouvelle et pour réaliser la plus grande transformation […] de l’Europe »[2].

Les Pères fondateurs nous rappellent que l’Europe n’est pas un ensemble de règles à observer, elle n’est pas un recueil de protocoles et de procédures à suivre. Elle est une vie, une manière de concevoir l’homme à partir de sa dignité transcendante et inaliénable, et non pas seulement comme un ensemble de droits à défendre, ou de prétentions à revendiquer. A l’origine de l’idée d’Europe il y a « la figure et la responsabilité de la personne humaine avec son ferment de fraternité évangélique, […] avec sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire »[3]. Rome, avec sa vocation à l’universalité[4], est le symbole de cette expérience et pour cette raison fut choisie comme lieu de la signature des Traités, puisque ici – comme le rappela le Ministre des Affaires Etrangères Hollandais Luns – « furent jetées […] les bases politiques, juridiques et sociales de notre civilisation »[5].

S’il fut clair dès le début que le cœur palpitant du projet politique européen ne pouvait qu’être l’homme, le risque que les Traités restent lettre morte fut aussi évident. Ceux-ci devaient être remplis d’esprit vital. Et le premier élément de la vitalité européenne est la solidarité. « La Communauté économique européenne – a affirmé le Premier Ministre luxembourgeois Bech – ne vivra et ne réussira que si, tout au long de son existence, elle reste fidèle à l’esprit de solidarité européenne qui l’a fait naître et si la volonté commune de l’Europe en gestation est plus puissante que les volontés nationales »[6]. Cet esprit est d’autant plus nécessaire aujourd’hui devant les poussées centrifuges comme aussi devant la tentation de réduire les idéaux fondateurs de l’Union aux nécessités productives, économiques et financières.

La capacité de s’ouvrir aux autres naît de la solidarité. « Nos plans ne sont pas égoïstes »[7], a dit le Chancelier allemand Adenauer. Le Ministre des Affaires Etrangères français Pineau lui faisait écho : « Sans doute, les pays en s’unissant […] n’entendent pas s’isoler du reste du monde et dresser autour d’eux des barrières infranchissables »[8]. Dans un monde qui connaissait bien le drame des murs et des divisions, l’importance de travailler pour une Europe unie et ouverte était bien claire, ainsi que la volonté commune d’œuvrer pour supprimer cette barrière artificielle qui, de la Mer Baltique à l’Adriatique divisait le continent. Comme on a peiné pour faire tomber ce mur ! Et cependant aujourd’hui le souvenir de cette peine s’est perdu. S’est perdue aussi la conscience du drame des familles séparées, de la pauvreté et de la misère que cette division avait provoquées. Là où des générations aspiraient à voir tomber les signes d’une inimitié forcée, on se demande maintenant comment laisser au dehors les « dangers » de notre époque : en commençant par la longue file des femmes, hommes et enfants qui fuient la guerre et la pauvreté, qui demandent seulement la possibilité d’un avenir pour soi et pour leurs familles.

Dans l’absence de mémoire qui caractérise notre temps, on oublie souvent une autre grande conquête, fruit de la solidarité ratifiée le 25 mars 1957 : le temps de paix le plus long des derniers siècles. Des « peuples qui si souvent au cours des temps se sont trouvés dans des camps opposés, dressés les uns contre les autres sur le champ de bataille, […] se rejoignent et s’unissent à travers la richesse de leur diversité »[9]. La paix se construit toujours avec la participation libre et consciente de chacun. Cependant, « pour beaucoup aujourd’hui la paix semble [être], de quelque manière, un bien établi »[10] et il est ainsi facile de finir par la considérer superflue. Au contraire, la paix est un bien précieux et essentiel puisque sans elle on ne peut construire un avenir pour personne et on finit par “vivre au jour le jour”.

L’Europe unie naît, en effet, d’un projet clair, bien défini, correctement réfléchi, bien qu’au début seulement embryonnaire. Tout bon projet regarde vers l’avenir et l’avenir ce sont les jeunes, appelés à réaliser les promesses de l’avenir[11]. Il y avait donc chez les Pères fondateurs la claire conscience de faire partie d’une œuvre commune qui ne traverse pas seulement les frontières des Etats mais traverse aussi celles du temps de manière à lier les générations entre elles, toutes également participantes de la construction de la maison commune.

Honorables hôtes,

J’ai consacré cette première partie de mon intervention aux Pères de l’Europe, pour que nous nous laissions provoquer par leurs paroles, par l’actualité de leur pensée, par l’engagement passionné pour le bien commun qui les a caractérisés, par la certitude de faire partie d’une œuvre plus grande que leurs personnes et par la grandeur de l’idéal qui les animait. Leur dénominateur commun était l’esprit de service, uni à la passion politique et à la conscience qu’ « à l’origine de [cette] civilisation européenne se trouve le christianisme »[12], sans lequel les valeurs occidentales de dignité, de liberté, et de justice deviennent complètement incompréhensibles. « Et encore aujourd’hui – a affirmé saint Jean-Paul II – l’âme de l’Europe demeure unie, parce que, au-delà de ses origines communes, elle vit les mêmes valeurs chrétiennes et humaines, comme celles de la dignité de la personne humaine, du profond sentiment de la justice et de la liberté, du travail, de l’esprit d’initiative, de l’amour de la famille, du respect de la vie, de la tolérance, du désir de coopération et de paix, qui sont les notes qui la caractérisent »[13]. Dans notre monde multiculturel ces valeurs continueront à trouver plein droit de cité si elles savent maintenir leur lien vital avec la racine qui les a fait naître. Dans la fécondité d’un tel lien se trouve la possibilité de construire des sociétés authentiquement laïques, exemptes d’oppositions idéologiques, où trouvent également place le natif et l’autochtone, le croyant et le non croyant.

Au cours de ces dernières 60 années le monde a beaucoup changé. Si les Pères fondateurs, qui avaient survécu à un conflit dévastateur, étaient animés par l’espérance d’un avenir meilleur et déterminés par la volonté de le poursuivre, en évitant que surgissent de nouveaux conflits, notre époque est davantage dominée par l’idée de crise. Il y a la crise économique, qui a caractérisé les 10 dernières années, il y a la crise de la famille et des modèles sociaux consolidés, il y a une diffuse “crise des institutions” et la crise des migrants : beaucoup de crises, qui cachent la peur et le désarroi profond de l’homme contemporain, qui demande une nouvelle herméneutique pour l’avenir. Cependant, le terme “crise” n’a pas en soi une connotation négative. Il n’indique pas seulement un mauvais moment à dépasser. Le mot crise a pour origine le verbe grec crino (κρίνω), qui signifie examiner, évaluer, juger. Notre temps est donc un temps de discernement, qui nous invite à évaluer l’essentiel et à construire sur lui : c’est donc un temps de défis et d’opportunités.

Quelle est alors l’herméneutique, la clef d’interprétation avec laquelle nous pouvons lire les difficultés du présent et trouver des réponses pour l’avenir ? Le rappel de la pensée des Pères serait, en effet, stérile s’il ne servait pas à nous indiquer un chemin, s’il ne se faisait pas stimulation pour l’avenir et source d’espérance. Tout corps qui perd le sens de son chemin, tout corps à qui vient à manquer ce regard en avant, souffre d’abord d’une régression et finalement risque de mourir. Quel est donc l’héritage des Pères fondateurs ? Quelles perspectives nous indiquent-ils pour affronter les défis qui nous attendent ? Quelle espérance pour l’Europe d’aujourd’hui et de demain ?

Nous trouvons les réponses précisément dans les piliers sur lesquels ils ont voulu édifier la Communauté économique européenne et que j’ai déjà rappelés : la centralité de l’homme, une solidarité effective, l’ouverture au monde, la poursuite de la paix et du développement, l’ouverture à l’avenir. Il revient à celui qui gouverne de discerner les voies de l’espérance - voilà votre tâche : discerner les voies de l’espérance -, d’identifier les parcours concrets pour faire en sorte que les pas significatifs accomplis jusqu’ici ne se perdent pas, mais soient le gage d’un long et fructueux chemin.

L’Europe retrouve l’espérance lorsque l’homme est le centre et le cœur de ses institutions. J’estime que cela implique l’écoute attentive et confiante des requêtes qui proviennent aussi bien des individus que de la société et des peuples qui composent l’Union. Malheureusement, on a souvent l’impression qu’est en cours un ‘‘décrochage affectif’’ entre les citoyens et les institutions européennes, souvent considérées comme lointaines et pas attentives aux diverses sensibilités qui constituent l’Union. Affirmer la centralité de l’homme signifie aussi retrouver l’esprit de famille, dans lequel chacun contribue librement selon ses propres capacités et talents à [l’édification de] la maison commune. Il est opportun de se souvenir que l’Europe est une famille de peuples[14], que – comme dans chaque famille – il y a des susceptibilités différentes, mais que tous peuvent grandir dans la mesure où on est unis. L’Union Européenne naît comme unité des différences et unité dans les différences. Les particularités ne doivent donc pas effrayer, et on ne peut penser que l’unité soit préservée par l’uniformité. Elle est plutôt l’harmonie d’une communauté. Les Pères fondateurs ont choisi justement ce terme comme le pivot des entités qui naissaient des Traités, en mettant l’accent sur le fait qu’on mettait en commun les ressources et les talents de chacun. Aujourd’hui, l’Union Européenne a besoin de redécouvrir le sens d’être avant tout une ‘‘communauté’’ de personnes et de peuples conscients que « le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme de celles-ci »[15] et que donc « il faut toujours élargir le regard pour reconnaître un bien plus grand qui sera bénéfique à tous »[16]. Les Pères fondateurs cherchaient cette harmonie dans laquelle le tout est dans chacune des parties, et les parties sont – chacune avec sa propre originalité – dans le tout.

L’Europe retrouve l’espérance dans la solidarité qui est aussi le plus efficace antidote contre les populismes modernes. La solidarité comporte la conscience de faire partie d’un seul corps et en même temps implique la capacité que chaque membre a de ‘‘sympathiser’’ avec l’autre et avec l’ensemble. Si l’un souffre, tous souffrent (cf. 1 Co 12, 26). Ainsi, nous aussi, aujourd’hui, nous pleurons avec le Royaume-Uni les victimes de l’attentat qui a touché Londres il y a deux jours. La solidarité n’est pas une bonne intention : elle est caractérisée par des faits et des gestes concrets, qui rapprochent du prochain, indépendamment de la condition dans laquelle il se trouve. Au contraire, les populismes prospèrent précisément à partir de l’égoïsme, qui enferme dans un cercle restreint et étouffant et qui ne permet pas de surmonter l’étroitesse de ses propres pensées et de ‘‘regarder au-delà’’. Il faut recommencer à penser de manière européenne, pour conjurer le danger opposé d’une uniformité grise, c’est-à-dire le triomphe des particularismes. C’est à la politique que revient ce leadership d’idéaux qui évite de se servir des émotions pour gagner le consentement, mais qui élabore plutôt, dans un esprit de solidarité et de subsidiarité, des politiques faisant grandir toute l’Union dans un développement harmonieux, en sorte que celui qui réussit à courir plus vite puisse tendre la main à celui qui va plus lentement et qui a plus de difficultés à atteindre celui qui est en tête.

L’Europe retrouve l’espérance lorsqu’elle ne s’enferme pas dans la peur et dans de fausses sécurités. Au contraire, son histoire est fortement déterminée par la rencontre avec d’autres peuples et cultures et son identité « est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle »[17]. Le monde nourrit un intérêt pour le projet européen. Cet intérêt existe depuis le premier jour, à travers la foule amassée sur la place du Capitole et à travers les messages de félicitations qui arrivèrent des autres États. Il y en a encore plus aujourd’hui, à partir de ces pays qui demandent à entrer pour faire partie de l’Union, comme de ces États qui reçoivent des aides qui, grâce à une vive générosité, leur sont offertes pour faire face aux conséquences de la pauvreté, des maladies et des guerres. L’ouverture au monde implique la capacité de « dialogue comme forme de rencontre »[18] à tous les niveaux, à commencer par celui des États membres et des Institutions ainsi que des citoyens jusqu’à celui des nombreux immigrés qui abordent les côtes de l’Union. On ne peut pas se contenter de gérer la grave crise migratoire de ces années comme si elle n’était qu’un problème numérique, économique ou de sécurité. La question migratoire pose un problème plus profond, qui est d’abord culturel. Quelle culture propose l’Europe aujourd’hui ? La peur, souvent visible, trouve, en effet, dans la perte d’idéaux sa plus radicale cause. Sans une vraie perspective d’idéaux, on finit par être dominé par la crainte que l’autre nous arrache à nos habitudes consolidées, nous prive des conforts acquis, mette en quelque sorte en cause un style de vie trop souvent fait uniquement de bien-être matériel. Au contraire, la richesse de l’Europe a toujours été son ouverture spirituelle et la capacité à se poser des questions fondamentales sur le sens de l’existence. À l’ouverture envers le sens de l’éternel a correspondu également une ouverture positive, bien que non dénuée de tensions et d’erreurs, envers le monde. Le bien-être acquis semble, par contre, lui avoir rogné les ailes, et fait abaisser le regard. L’Europe a un patrimoine d’idéaux et de spiritualité unique au monde qui mérite d’être proposé à nouveau avec passion et avec une fraîcheur renouvelée et qui est le meilleur antidote contre le vide de valeurs de notre temps, terrain fertile pour toute forme d’extrémisme. Ce sont ces idéaux qui ont rendu Europe, cette ‘‘péninsule de l’Asie’’ qui depuis l’Oural arrive à l’Atlantique.

L’Europe retrouve l’espérance lorsqu’elle investit dans le développement et dans la paix. Le développement n’est pas assuré par un ensemble de techniques productives. Il concerne tout l’être humain : la dignité de son travail, des conditions de vie adéquates, la possibilité d’accéder à l’instruction et aux soins médicaux nécessaires. « Le développement est le nouveau nom de la paix »[19], a affirmé Paul VI, puisqu’il n’y a pas de vraie paix lorsqu’il y a des personnes marginalisées et contraintes à vivre dans la misère. Il n’y a pas de paix là où manquent le travail et la perspective d’un salaire digne. Il n’y a pas de paix dans les périphéries de nos villes, où se répandent drogue et violence.

L’Europe retrouve l’espérance lorsqu’elle s’ouvre à l’avenir. Lorsqu’elle s’ouvre aux jeunes, en leur offrant de sérieuses perspectives d’éducation, de réelles possibilités d’insertion dans le monde du travail. Lorsqu’elle investit dans la famille, qui est la première et fondamentale cellule de la société. Lorsqu’elle respecte la conscience et les idéaux de ses citoyens. Lorsqu’elle garantit la possibilité d’avoir des enfants, sans la peur de ne pas pouvoir les entretenir. Lorsqu’elle défend la vie dans toute sa sacralité.

Honorables hôtes,

Vu l’allongement général de l’espérance de vie, soixante ans sont aujourd’hui considérés comme le temps de la pleine maturité. Un âge crucial où encore une fois on est appelé à se remettre en cause. L’Union Européenne est aujourd’hui appelée à se remettre en cause, à soigner les inévitables ennuis de santé qui surviennent avec les années et à trouver de nouveaux parcours pour poursuivre son chemin. Cependant, à la différence d’un être humain de soixante ans, l’Union Européenne n’a pas devant elle une vieillesse inévitable, mais la possibilité d’une nouvelle jeunesse. Son succès dépendra de la volonté de travailler une fois encore ensemble et de la volonté de parier sur l’avenir. Il vous reviendra, en tant que dirigeants, de discerner la voie d’un « nouvel humanisme européen »[20], fait d’idéaux et de choses concrètes. Cela signifie ne pas avoir peur de prendre des décisions efficaces, en mesure de répondre aux problèmes réels des personnes et de résister à l’épreuve du temps.

De mon côté, je ne peux qu’assurer de la proximité du Saint-Siège et de l’Église à l’Europe entière, à l’édification de laquelle elle a depuis toujours contribué et contribuera toujours, en invoquant sur elle la bénédiction du Seigneur, afin qu’il la protège et lui donne la paix et le progrès. C’est pourquoi, je fais miennes les paroles que Joseph Bech a prononcées au Capitole : Ceterum censeo Europam esse ædificandam, d’ailleurs je pense que l’Europe mérite d’être construite.

Merci ! »

[1] P.H. Spaak, Ministre des Affaires Etrangères de la Belgique, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[2] P.H. Spaak, Discours, cit.

[3] A. de Gasperi, Notre patrie l’Europe. Discours à la Conférence Parlementaire Européenne, 21 avril 1954, in : Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol.III, 437-440.

[4] Cf. P.H. Spaak, Discours, cit.

[5] J. Luns, Ministre des Affaires Etrangères des Pays Bas, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[6]J. Bech, Premier Ministre du Luxembourg, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[7] K. Adenauer, Chancelier fédéral de la République Fédérale d’Allemagne, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[8] C. Pineau, Ministre des Affaires Etrangères de la France, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 19857.

[9]P.H. Spaak, Discours, cit.

[10] Discours aux membres du Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 9 janvier 2017.

[11] Cf. P.H. Spaak, Discours, cit.

[12] A. de Gasperi, Notre Patrie Europe, cit.

[13] Jean-Paul II, Acte européen, Saint Jacques de Compostelle, 9 novembre 1982 : AAS 75/I (1983), 329.

[14] Cf. Discours au Parlement Européen, Strasbourg, 25 novembre 2014 :AAS 106 (2014), 1000

[15] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 235

[16] Ibid.

[17] Discours lors de la remise du Prix Charlemagne, 6 mai 2016, L’Osservatore Romano, Édition française (12 mai 2016), p. 10.

[18] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 239.

[19] Paul VI, Lett.enc. Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 87 : AAS 59 (1967), p. 299.

[20] Discours lors de la remise du Prix Charlemagne, 6 mai 2016, L’Osservatore Romano, Édition française (12 mai 2016), p. 10.

Mercredi 22 mars 2017

Lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses consacré à l’espérance chrétienne en s’intéressant à la signification la plus profonde de ces deux attitudes et à la manière dont elles mettent en lumière la réalité de l’espérance.

La persévérance et la consolation sont deux attitudes importants de notre vie qu’il faut mettre en relation avec l’espérance.

La persévérance, explique le Pape, c’est un peu comme la patience, c’est la capacité de supporter, « de rester fidèle, même quand le poids semble devenir trop grand, insoutenable et que nous sommes tentés de juger négativement et d’abandonner tout et tous ».

La consolation, « c’est la grâce de savoir cueillir et montrer en toute occasion, même en celles qui sont marquées par la désillusion et la souffrance, la présence et l’action compassionnelle de Dieu ».

Saint Paul, qui sert de base de réflexion au Pape, nous rappelle que la Bible nous enseigne à tourner notre regard vers Jésus, afin de lui ressembler toujours plus. Les Écritures nous enseignent également que le « Seigneur est vraiment “le Dieu de la persévérance et de la consolation” qui reste toujours fidèle à son amour pour nous ». Dieu, en effet, souligne le Pape, nous aime toujours et ne cesse de nous consoler.

Ainsi, « qui expérimente dans sa propre vie l’amour fidèle de Dieu et sa consolation est en mesure, et même a le devoir de demeurer proche des frères les plus faibles et de prendre leur fragilité sur ses épaules ». Nous sommes, en quelque sorte, « un canal » qui transmet les dons de Dieu, autrement dit, nous devenons « des semeurs d’espérance ».

Pas question d’être divisé en ligue 1 ou en ligue 2, les uns étant forts de cette proximité, les autres l’étant moins. Au contraire, « la Parole de Dieu alimente une espérance qui se traduit concrètement en partage, en service réciproque », précise encore le Pape. Ceux qui étaient forts connaissent à leur tour la fragilité et vice versa. Tous ne forment qu’une seule communauté au centre de laquelle se trouve le Christ, car « c’est lui qui nous donne la force, la patience, l’espérance et la consolation ».

A l’issue de ses différents saluts, le Pape François a invité toutes les communautés à vivre avec foi le rendez-vous des 23 et 24 mars, 24h pour le Seigneur, pour recevoir le sacrement de la réconciliation. Il espère que ce moment privilégié de grâce sur le chemin de Carême soit vécue dans de nombreuses églises du monde pour vivre la rencontre joyeuse avec la miséricorde du Père.

En saluant les membres de la fondation italienne Migrantes, le Pape a évoqué le « problème des réfugiés, des migrants, qui est aujourd’hui la tragédie la plus grande après celle de la Seconde Guerre mondiale ». Il encourage ainsi Migrantes à poursuivre son engagement en faveur de l’accueil et de l’hospitalité des réfugiés, en favorisant leur intégration, en tenant compte des droits et des devoirs réciproques de qui accueille et de qui est accueilli.

(Avec R. V.)

Dimanche 19 mars 2017

Lors de l’Angélus, le Pape François a expliqué que le temps de Carême est propice à la rencontre personnelle avec le Christ en reprenant l’Evangile du jour qui présente la rencontre entre Jésus et une femme de Samarie.

C’est le moment où Jésus et ses disciples traversaient cette région habitée par des gens que les hébreux méprisaient, car ils la considéraient schismatique et hérétique. Or il s’agit de l’une des premières populations qui adhéra à la prédication chrétienne des Apôtres. Le Pape s’arrête sur le dialogue entre Jésus et la Samaritaine. Jésus lui demande à boire, puis dans la conversation qui s’installe, la femme se rend compte qu’elle a devant elle le Messie, en personne. Fait rare, Jésus confirme ses soupçons : « Je le suis, moi qui te parle ».

La Samaritaine se retrouve à la source de la Parole de Dieu, cette source dont jaillit de l’eau qui donne la vie éternelle et qui a été répandue dans nos cœurs le jour de notre baptême. « Nous avons peut-être oublié que Dieu nous a transformés et remplis de sa grâce, que nous ayons réduit ce grand don à un simple épisode de notre vie personnelle », dit le Saint-Père. Si c’est le cas, « alors nous allons à la recherche de puits qui ne désaltèrent pas et qui ne contiennent pas d’eau pure ».

Ce passage de l’Evangile de Jean est précisément pour ceux qui connaissent déjà le Christ, mais qui ne l’ont peut-être pas encore rencontré en personne, ni n’ont parlé avec lui. « Peut-être que nous ne l’avons pas encore reconnu comme notre Sauveur ». Ce temps de Carême est une occasion propice pour se rapprocher de lui, le rencontrer dans la prière, pour parler avec lui, et l’écouter. C’est l’occasion de voir son visage dans le visage d’un frère ou d’une sœur souffrante., pour renouveler en soi-même la grâce reçue du Baptême, pour se désaltérer à la source de la Parole de Dieu et de son Esprit Saint ; et ainsi découvrir aussi la joie de devenir artisans de réconciliation et instruments de paix dans la vie quotidienne.

(Avec R. V.)

Mercredi 15 mars 2017

Lors de l’audience générale, tenue sur la place Saint-Pierre sous un soleil déjà printanier, le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur l’espérance. Pour la 14ème étape de ce parcours, le Pape s’est appuyé sur la lettre de Saint Paul aux Romains, dans laquelle l’apôtre invite les chrétiens à vivre « heureux dans l’espérance » et à ne pas vivre une charité hypocrite.

« L’apôtre Paul nous met en garde : il y a le risque que notre charité soit hypocrite, que notre amour soit hypocrite », a averti le Pape François. L’amour « sincère et fort » n’est pas une bluette sentimentale de série télévisée : face aux nombreuses manifestations d’amours intéressées, qui attendent une récompense en retour, les chrétiens doivent avoir conscience au contraire que « l’amour est une grâce, un don de Dieu, et que nous devons le demander. Lui, Il le donne volontiers, si nous le lui demandons. »

Alors, tout en nous faisant prendre conscience que notre façon d’aimer est « marquée par le péché », le Seigneur ouvre devant nous « une voie de libération, une voie de salut ». Dans sa lettre aux Romains, Saint Paul cherche surtout à « nous encourager et à raviver en nous l’espérance ». Et c’est d’abord en « appréciant les petites choses », en « aimant les autres comme les aime Dieu » que nous pourrons libérer cette espérance dans nos propres cœurs…

Notre espérance doit être joyeuse car l’amour de Dieu peut nous rejoindre dans toutes les circonstances, « et aussi à travers nos propres échecs ». « Avec le cœur visité et habité » par la grâce et la fidélité du Seigneur, « vivons dans la joyeuse espérance d’échanger avec les frères, pour le peu que nous pouvons », les nombreux dons de Dieu « que nous recevons chaque jour », a conclu le Saint-Père.

En s’adressant aux pèlerins francophones au terme de l’audience, le Pape a notamment salué les membres de l’association “Chemins d’humanité”, une structure qui organise des formations au management pour les prêtres, et qui fête cette année ses 20 ans avec un pèlerinage à Rome.

Dans son adresse aux Italiens, le Pape a adressé une « pensée spéciale » aux travailleurs de Sky Italia, le bouquet de chaînes satellitaires soumis à un plan social prévoyant notamment 200 licenciements et 300 mutations. « J’espère que leur situation de travail pourra trouver une solution rapide, dans le respect des droits de tous, surtout des familles ».

« Le travail vous donne de la dignité, les responsables politiques et les dirigeants ont l’obligation de tout faire pour que chaque homme et chaque femme puisse travailler et ainsi garder la tête haute, regarder les autres en face avec dignité », a improvisé le souverain pontife, reprenant un thème qui lui est cher.

« Celui qui pour des manœuvres économiques, pour réaliser des affaires pas complètement claires, ferme des usines, ferme des entreprises et supprime le travail d’hommes, cette personne fait un péché gravissime », a encore ajouté le Pape François.

(Avec R. V.)

Dimanche 12 Mars 2017

Au terme d’une semaine marquée par sa retraite spirituelle à Ariccia avec les principaux responsables de la Curie romaine, le Pape François a délivré sa traditionnelle méditation de l’Angélus. Devant 35 000 fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, il est revenu sur l’Évangile de ce deuxième dimanche du Carême, qui reprend le récit de la Transfiguration, dans le texte de saint Matthieu.

« Le visage de Jésus devint brillant comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière ». C’est sur la dimension lumineuse de cette scène de la Transfiguration que le Pape a concentré sa méditation, en expliquant que « la luminosité qui caractérise cet évènement extraordinaire en symbolise l’objectif : illuminer les esprits et les cœurs des disciples, afin qu’ils puissent comprendre clairement qui est leur Maître ».

Mais Jésus dans le même temps, préparait ses disciples à sa crucifixion, « ce moment triste et de tellement de douleur ». En effet, Jésus était « un Messie différent par rapport aux attentes : non pas un roi puissant et glorieux, mais un serviteur humble et désarmé ; non pas un seigneur de grande richesse, signe de bénédiction, mais un homme pauvre, qui n’a nulle part où reposer sa tête ; non pas un patriarche avec une nombreuse descendance, mais un célibataire sans maison et sans foyer », a souligné le Pape François.

Alors face à ce paradoxe déconcertant, Jésus transfiguré a voulu montrer à ses disciples sa gloire, « non pas pour leur éviter de passer à travers la croix, mais pour indiquer où porte la croix. Qui meurt avec le Christ ressuscitera avec le Christ. La Croix est la porte de la Résurrection ». Le Pape a donc invité chacun à contempler quotidiennement la Croix du Christ en ce temps de Carême, « pour comprendre toujours plus la gravité du péché et la valeur du sacrifice avec lequel le Rédempteur nous a sauvés .

Au terme de son intervention, le Saint-Père a lancé un appel pour les victimes de l’incendie qui a ravagé un foyer pour mineurs au Guatemala, faisant près d’une quarantaine de morts. « Que le Seigneur accueille leurs âmes, guérisse les blessés, console leurs familles dans la douleur et toute la nation. Je prie aussi et je vous demande de prier pour toutes les jeunes filles et tous les garçons victimes de violences, de mauvais traitements, d’exploitation et des guerres. Ceci est une plaie, ceci est un hurlement caché qui doit être écouté par nous tous, et que nous ne pouvons pas continuer à faire semblant de ne pas voir et de ne pas écouter. »

(Avec R. V.)

Mercredi 8 mars 2017

Il n’y a pas d’audience ce mercredi à Rome puisque le Pape François et la Curie ont débuté, dans la soirée de dimanche, les exercices spirituels de Carême à Ariccia, à quelques kilomètres de Rome. C’est le père Michelini, franciscain, qui a été chargé de prêcher les méditations de cette retraite de carême.

Le suicide de Judas a été ce mercredi 8 mars 2017 au centre de la cinquième méditation de Carême du père Giulio Michelini lors des exercices spirituels de la Curie romaine à Ariccia. En présence du Pape François, le franciscain a cherché les motifs qui ont poussé Judas, l’apôtre qui trahit Jésus, à accomplir ce geste qui mena à l’arrestation du Christ, à sa condamnation et à sa crucifixion. Le prédicateur a évoqué l’hypothèse d’une perte de la foi.

Ce risque nous « révèle à nous-mêmes », selon le père Michelini. De là son interrogation : « comment pouvons-nous aider les chrétiens de notre temps à ne pas perdre la foi, l’adhésion à la personne de Jésus, pour ne plus avoir ce type de suicide ? ». Il faudrait ainsi relancer l’idée des missions populaires pour aller à la rencontre des publicains et des païens.
Lors de la quatrième méditation, mardi soir, le prédicateur est revenu sur l’arrestation de Jésus à Gethsémani. « La manière dont se développe l’œuvre de Dieu dépend de la disponibilité des hommes » a-t-il expliqué. La mort de Jésus sur la croix n’est que la conséquence de la fermeture du monde, a-t-il ainsi poursuivi, citant Romano Guardini, grand théologien allemand, ancien professeur de Benoît XVI quand il était étudiant à Munich.

Mardi 7 mars 2017

Est-ce-que j’écoute la voix du Seigneur qui parle humblement, ou est-ce-que je place mon propre intérêt avant le Royaume de Dieu ? C’est le sens principal de la première prédication des exercices spirituels de Carême du père franciscain Giulio Michelini. Devant 74 membres de la Curie, dont le Pape François, tous réunis cette semaine à Ariccia, il a invité son auditoire à se poser quelques questions sur sa propre vie spirituelle. Pour cela, il est parti de la « confession de Pierre et le chemin de Jésus vers Jérusalem » dans l’évangile de Matthieu.

Comment prenons-nous nos décisions ? C’est la question centrale que le père Michelini pose. Pour y répondre, il part de la figure de Pierre et de la tradition rabbinique. Pierre reconnait que Jésus est le Messie par révélation. De là, le prédicateur suggère que le Père a parlé non seulement via son Fils, mais aussi via Pierre à son Fils. Jésus, certes, révèle sa vocation, mais il accomplit certains gestes grâce à la sollicitation des autres. Il laisse beaucoup d’espace aux rencontres. Selon la tradition hébraïque, explique le père Michelini, Dieu continue de parler aux hommes de manière particulièrement humble, comme au travers de la voix des enfants et des fous. Sa communication est semblable au murmure d’un vent léger.

Autre point soulevé par le père Michelini devant les membres de la Curie : le retrait apparent de Jésus après avoir appris l’arrestation de Jean le Baptiste et les menaces des pharisiens à son encontre. Ce retrait stratégique, considère le père franciscain, n’a pas pour but de s’arrêter. Au contraire, après s’être retiré, Jésus accomplit des actes concrets, annonce ainsi le Royaume de Dieu et guérit les malades.

Pour enrichir son discours, le père Michelini fait référence à Hanna Arendt et à la banalité du mal, établissant un parallèle entre la manière dont les nazis parlaient de leurs crimes et la manière dont Jean-Baptiste a été tué sur ordre d’Hérode. Il mentionne également le rabbin Hillel parce que Jésus continue sa mission en assumant toujours plus de responsabilités jusqu’à ce qu’il arrive à Jérusalem, fin de son parcours.

Le père franciscain se demande ainsi si nous avons le courage de suivre Jésus Christ, acceptant nous aussi de porter la croix, tout en annonçant la résurrection et la joie, malgré les épreuves.

(Avec R. V.)

Dimanche 5 mars 20 17

En ce premier dimanche de Carême, le Pape François a exhorté les fidèles à lutter contre le Mal « avec la force de la parole de Dieu ». Le Saint-Père, prenant appui sur l’Evangile du jour, selon Saint Mathieu, où pendant 40 jours “Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable”, a invité les fidèles à chérir la Bible pour éloigner toutes les tentations.

« Jésus a un ennemi déclaré : le diable, qui tente de le détourner de la voie de l’obéissance et de l’humiliation » mais, affirme le Pape, le Christ l’affronte tout de suite “au corps à corps”. Face aux tentations, Jésus parvient à parer « les flèches vénéneuses du diable avec le bouclier de la Parole de Dieu qui exprime la volonté du Père ». Ainsi, « le Fils, empli de la force de l’Esprit Saint, sort victorieux du désert ».

Le Pape François appelle les fidèles, en ce temps de montée vers Pâques, « à suivre les traces de Jésus en affrontant le combat spirituel contre le malin avec la force de la Parole de Dieu ». Pour cela, il est important de « se familiariser avec la Bible, la lire souvent, la méditer, l’assimiler. La Bible contient la Parole de Dieu, qui est toujours actuelle et efficace », et le Pape établit une « comparaison paradoxale mais qui fait réfléchir » entre la Bible et notre téléphone portable.

Que se passerait-il, interroge le Saint-Père, « si nous traitions la Bible comme nous traitions notre téléphone portable et si nous l’emportions toujours avec nous ; si nous retournions la chercher quand nous l’oublions ; si nous l’ouvrions plusieurs fois par jour ; si nous lisions les messages de Dieu contenus dans la Bible comme nous lisons les messages du téléphone portable ? ».

Et le Pape insiste encore : « Si nous avions toujours à cœur la Parole de Dieu (…) aucun obstacle ne pourrait nous faire dévier de la route du bien ». Nous serions ainsi capables de vaincre les tentations quotidiennes, « d’accueillir et d’aimer nos frères, en particulier les plus vulnérables et les plus faibles, et même nos ennemis ».

(Avec R. V.)

Mercredi des Cendres à Rome

Le Pape François a présidé mercredi 1er mars 2017 la célébration du Mercredi des Cendres qui marque l’entrée en Carême. Après la traditionnelle procession du couvent Saint-Anselme à la basilique Sainte-Sabine, sur la colline de l’Aventin, à Rome, le Pape a invité, dans son homélie, les fidèles à profiter du Carême pour dire non à une asphyxie « qui éteint notre foi, refroidit notre charité et détruit notre espérance ». Au contraire, il conseille d’accueillir le « souffle de la vie de Dieu ».
Retrouvez l’homélie du Saint-Père :

« Revenez à moi de tout votre cœur, […] revenez au Seigneur votre Dieu » (Jl 2, 12.13) : c’est le cri par lequel le prophète Joël s’adresse au peuple au nom du Seigneur ; personne ne pouvait se sentir exclu : « Rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ; […] le jeune époux […] et la jeune mariée » (v. 16). Tout le peuple fidèle est convoqué pour se mettre en chemin et adorer son Dieu, « car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (v. 13).

Nous voulons nous aussi nous faire l’écho de cet appel, nous voulons revenir au cœur miséricordieux du Père. En ce temps de grâce que nous commençons aujourd’hui, fixons une fois encore notre regard sur sa miséricorde. La Carême est un chemin : il nous conduit à la victoire de la miséricorde sur tout ce qui cherche à nous écraser ou à nous réduire à quelque chose qui ne convient pas à la dignité des fils de Dieu. Le Carême est la route de l’esclavage à la liberté, de la souffrance à la joie, de la mort à la vie. Le geste des cendres par lequel nous nous mettons en chemin nous rappelle notre condition d’origine : nous avons été tirés de la terre, nous sommes faits de poussière. Oui, mais poussière dans les mains amoureuses de Dieu qui souffle son Esprit de vie sur chacun de nous et veut continuer à le faire ; il veut continuer à nous donner ce souffle de vie qui nous sauve des autres types de souffle : l’asphyxie étouffante provoquée par nos égoïsmes, asphyxie étouffante générée par des ambitions mesquines et des indifférences silencieuses ; asphyxie qui étouffe l’esprit, réduit l’horizon et anesthésie les battements du cœur. Le souffle de la vie de Dieu nous sauve de cette asphyxie qui éteint notre foi, refroidit notre charité et détruit notre espérance. Vivre le Carême c’est désirer ardemment ce souffle de vie que notre Père ne cesse de nous offrir dans la fange de notre histoire.

Le souffle de la vie de Dieu nous libère de cette asphyxie dont, souvent nous ne sommes pas conscients, et que nous sommes même habitués à « normaliser », même si ses effets se font sentir ; cela nous semble « normal » car nous sommes habitués à respirer un air où l’espérance est raréfiée, un air de tristesse et de résignation, un air étouffant de panique et d’hostilité.

Le Carême est le temps pour dire non. Non à l’asphyxie de l’esprit par la pollution causée par l’indifférence, par la négligence à penser que la vie de l’autre ne me regarde pas, par toute tentative de banaliser la vie, spécialement celle de ceux qui portent dans leur chair le poids de tant de superficialité. Le Carême veut dire non à la pollution intoxicante des paroles vides et qui n’ont pas de sens, de la critique grossière et rapide, des analyses simplistes qui ne réussissent pas à embrasser la complexité des problèmes humains, spécialement les problèmes de tous ceux qui souffrent le plus. Le Carême est le temps pour dire non ; non à l’asphyxie d’une prière qui nous tranquillise la conscience, d’une aumône qui nous rend satisfaits, d’un jeûne qui nous fait nous sentir bien. Le Carême est le temps pour dire non à l’asphyxie qui nait des intimismes qui excluent, qui veulent arriver à Dieu en esquivant les plaies du Christ présentes dans les plaies des frères : ces spiritualités qui réduisent la foi à une culture de ghetto et d’exclusion.

Le Carême est le temps de la mémoire, c’est le temps pour penser et nous demander : qu’en serait-il de nous si Dieu nous avait fermé la porte. Qu’en serait-il de nous sans sa miséricorde qui ne s’est pas lassée de pardonner et qui nous a toujours donné l’occasion de recommencer à nouveau ? Le Carême est le temps pour nous demander : où serions-nous sans l’aide de tant de visages silencieux qui, de mille manières, nous ont tendu la main et qui, par des gestes très concrets, nous ont redonné l’espérance et nous ont aidé à recommencer ?

Le Carême est le temps pour recommencer à respirer, c’est le temps pour ouvrir le cœur au souffle de l’Unique capable de transformer notre poussière en humanité. Il n’est pas le temps pour déchirer nos vêtements face au mal qui nous entoure, mais plutôt pour faire de la place dans notre vie à tout le bien que nous pouvons faire, nous dépouillant de tout ce qui nous isole, nous ferme et nous paralyse. Le Carême est le temps de la compassion pour dire avec le psalmiste : « Rends-moi la joie d’être sauvé, que l’esprit généreux me soutienne », pour que par notre vie nous proclamions ta louange (cf. Ps 51, 14), et pour que notre poussière – par la force de ton souffle de vie – se transforme en « poussière aimée ».

Dimanche 26 février 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, le Pape a appelé les catholiques à faire un « choix clair », que l’Évangile de ce jour indique avec précision (saint Matthieu 6, 24-34). Il les invite à une attitude évangélique qui consiste à « chercher d’abord le Royaume de Dieu ». Car, « nul ne peut servir deux maîtres (…) Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ».

Sous un grand soleil, le Pape François s’est adressé depuis une des fenêtres de l’appartement apostolique à la foule des fidèles rassemblée sous ses yeux place Saint-Pierre. En ce huitième dimanche de temps ordinaire, il a souligné que ce passage de l’Évangile de Matthieu est un fort rappel à s’en remettre à Dieu. « Jésus nous exhorte avec insistance à ne pas se préoccuper de l’avenir ». Le regard de Dieu, prompt et bienveillant, veille continuellement sur nous : « Il coule sous-jacent à la hantise de tant de préoccupations qui risquent d’ôter sérénité et équilibre ; une angoisse souvent inutile, car elle ne parvient pas à changer le cours des événements ». Alors, si s’en remettre à Dieu ne résout pas magiquement les problèmes, cela permet de les affronter courageusement avec une âme juste.

Le Pape a rappelé combien Dieu est proche. « C’est notre refuge, la source de notre sérénité et de notre paix. Le rocher de notre salut auquel on peut s’accrocher certain de ne pas tomber ». A notre époque, voir un Père en Dieu est tellement important, même si parfois, on ne s’en rend pas compte, trop occupés à rechercher « de manière obsessive des biens terrestres et de richesses, leur manifestant un amour exagéré [...] oubliant, et parfois refusant, le bien suprême, c’est-à-dire l’amour paternel de Dieu » . Or Jésus le dit : cette recherche de possessions est « une illusion, un motif de malheur ».

Jésus donne à ses disciples une règle fondamentale de vie : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu » pour réaliser le projet qu’Il a annoncé lors du Sermon sur la montagne, « en s’en remettant à Dieu qui ne déçoit pas ; en se mobilisant pour être des administrateurs fidèles des biens qu’il nous a donnés, même des biens terrestres, sans en faire trop comme si tout, et même notre salut, dépendait seulement de nous ». Un comportement évangélique de ce genre nécessite de faire « un choix clair », car « nul ne peut servir deux maîtres ». Ou l’on sert les idoles fascinantes mais illusoires, ou l’on sert Dieu. Un choix qui se doit se répercuter dans chacun de nos actes, programmes ou engagements. Un choix à faire de façon nette, et à renouveler constamment, « car les tentations de tout réduire à l’argent, le plaisir et le pouvoir sont pressantes », a averti le pape François.

Le Pape a encore souligné que si « honorer ces idoles a des résultats tangibles bien que fugaces », choisir Dieu et son règne n’a pas toujours de fruits immédiats. « C’est une décision qui se prend dans l’espérance et dont on laisse à Dieu la pleine réalisation ». On n’abandonne pas son choix au moindre obstacle car « l’espérance chrétienne est fondée sur la fidélité à Dieu qui ne déçoit jamais ».

Enfin, le Pape a prié la Vierge pour qu’elle aide chacun à s’en remettre à l’amour et la bonté du Père céleste, à vivre en Lui et avec Lui. : « Ceci est le présupposé permettant de surmonter les tourments et les adversités de la vie, et même les persécutions ».

A l’issue de l’Angélus, le Pape a salué les pèlerins italiens et espagnols, nombreux place Saint-Pierre. Il s’est également adressé à un groupe venu à Rome à l’avant-veille de la Journée des maladies rares. Il les a félicités pour leur action et a dit espérer que « les patients et leurs familles soient soutenus de manière adéquate dans leur parcours difficile, tant au niveau médical que législatif. »

(Avec R. V.)

Mercredi 22 Février 2017

Après plusieurs semaines dans la salle Paul VI du Vatican, le Pape François a retrouvé la place Saint-Pierre ce mercredi 22 février à l’occasion de l’audience générale. Poursuivant son cycle de catéchèse sur l’espérance, il l’a reliée à la protection de la création.

Le Saint-Père a commenté la lettre de Saint-Paul aux Romains (8, 19-27), où l’Apôtre rappelle que cette création est un don merveilleux de Dieu.

« Dieu a mis la création dans nos mains pour que nous puissions entrer en relation avec Lui et reconnaitre l’empreinte de son dessein d’amour auquel nous sommes tous appelés à collaborer, jour après jour. » Mais quand on se laisse prendre par l’égoïsme, l’être humain finit par ruiner les choses les plus belles qui lui sont confiées.

Le Pape a pris l’exemple de l’eau, une chose « si importante, qui donne la vie, mais quand l’on contamine l’eau pour exploiter les minerais, on salit la création, on la détruit ». Avec l’expérience tragique du péché, nous avons enfreint la communion originelle avec tout ce qui nous entoure. La conséquence de cela est dramatiquement sous nos yeux, chaque jour.

Le Pape François a ainsi dénoncé l’orgueil humain qui exploite la création et la détruit, mais a souligné que Dieu ne nous laissait pas seul devant ce cadre désolant, mais nous offre une perspective nouvelle de libération, de salut universel. Saint Paul nous invite à nous mettre à l’écoute des gémissements de la création, des êtres humains et ceux de l’Esprit dans notre cœur.

Ces gémissements ne sont pas une lamentation stérile, a précisé le Saint-Père, car ils sont ceux d’un accouchement, ceux d’une souffrance qui ouvre à la lumière d’une vie nouvelle. Ainsi, si le chrétien sait reconnaître en lui et autour de lui les signes du mal et du péché, il a dans le même temps appris à lire tout cela avec les yeux du Christ Ressuscité.

« Ceci est le contenu de notre espérance : nous savons que, par sa miséricorde, le Seigneur veut guérir définitivement les cœurs blessés et humiliés, tout ce que l’homme a défiguré. »

Trop souvent, nous sommes tentés par la déception ou le pessimisme a enfin noté le Pape, invitant à ne pas se laisser aller à la plainte inutile : « L’Esprit-Saint, souffle de notre espérance nous vient en aide, lui qui voit au-delà des apparences négatives du présent et nous révèle déjà les cieux nouveaux et la terre nouvelle que le Seigneur prépare pour l’humanité. »

(Avec R. V.)

Dimanche 19 Février 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, , le Pape François est parti de l’Évangile selon Saint Mathieu pour évoquer la « révolution chrétienne », c’est-à-dire la voie de l’Amour indiquée par le Christ contre la loi du Talion, cette règle antique qui imposait d’infliger au transgresseur la même peine qu’il avait fait subir à sa victime, « œil pour œil, dent pour dent ».

Jésus ne demande pas à ses disciples de subir le mal. Il leur demande de réagir ; mais de réagir avec le bien, « seule façon de rompre l’enchainement du mal ... La vengeance ne conduit jamais à la résolution des conflits ».

Pour le Christ, le refus de la violence peut impliquer aussi de renoncer à un droit légitime. Et il nous donne quelques exemples : tendre l’autre joue, céder son propre vêtement ou son argent, accepter d’autres sacrifices. Mais ce renoncement ne veut pas dire que le chrétien doit renoncer à l’exigence de justice. Au contraire, l’amour chrétien, qui se manifeste dans la miséricorde, représente une forme supérieure de justice. « Il est de notre devoir de pratiquer la justice », et le Saint-Père ajoute : « Il nous est interdit en revanche de nous venger ou de fomenter toute forme de vengeance, qui serait l’expression de la haine et de la violence. »

Le commandement de Jésus inclut également l’amour de son ennemi. Ce qui n’est en rien une approbation du mal perpétré par l’ennemi. Il s’agit d’une invitation à une perspective supérieure, semblable à celle du Père Céleste qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car l’ennemi est lui aussi un être humain créé à l’image de Dieu, même si cette image peut se trouver offusquée par une conduite indigne.

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape a lancé un appel pour le retour au calme en République Démocratique du Congo, suite aux affrontements « brutaux et violents » qui opposent depuis six mois les forces de l’ordre à des milices armées dans la région du Kasaï-Central, faisant plusieurs centaines de morts.

« Je ressens une forte douleur pour les victimes, a dit le Saint Père, et spécialement pour les nombreux enfants arrachés à leur famille et retirés de l’école pour être utilisées comme enfants soldats. » Le Pape prie pour eux et pour le personnel religieux et humanitaire qui travaille dans cette région difficile : « Je renouvelle mon appel à la conscience et à la responsabilité des Autorités nationales et de la Communauté internationale afin que des décisions adéquates soient prises rapidement pour porter secours à nos frères et sœurs. » Le Souverain Pontife a étendu son appel aux autres populations du continent africain et d’ailleurs dans le monde qui « souffrent à cause de la violence et de la guerre ».

Le Pape François a encore prié pour les victimes de l’attentat terroriste « cruel » du 16 février au Pakistan, un attentat-suicide qui a coûté la vie à au moins 88 personnes, dont une vingtaine d’enfants. L’attaque a visé un sanctuaire soufi dans la ville de Sehwan à 200 km au nord-est de Karachi. Le Saint-Père a aussi appelé à prier pour les Irakiens frappés à Bagdad le même jour. Les deux attentats ont été revendiqués par le groupe Etat islamique.

(Avec R. V.)

Mercredi 15 février 2017

« L’espérance ne déçoit pas » : c’est sur cette parole tirée de la Lettre de saint Paul aux Romains que le Pape François, devant les Romains d’aujourd’hui et les 7000 pèlerins réunis dans la salle Paul VI dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi , a développé ce matin une nouvelle étape de sa série de catéchèses sur l’espérance chrétienne. Il a invité les chrétiens à assumer cette espérance en liant leur fierté avec une fraternité vécue en actes.

« Il est facile de dire : Dieu nous aime. Nous le disons tous. Mais est-ce que chacun de nous est capable de dire : je suis sûr que Dieu m’aime ? Il n’est pas si facile de le dire. Mais c’est vrai. C’est un bon exercice, ceci, de se dire à soi-même : Dieu m’aime. C’est la racine de notre sécurité, la racine de l’espérance. »

Tout en improvisant cette interpellation, le Pape a appelé à vivre cette espérance avec fierté, en s’appuyant sur les paroles de saint Paul : « Nous sommes invités à nous vanter de l’abondance de la grâce de laquelle nous sommes pénétrés en Jésus-Christ, par le moyen de la foi ». Prendre conscience que « tout est grâce », que « tout est don » doit aider à vivre avec confiance. Les chrétiens doivent aussi « se vanter dans les tribulations », dans les épreuves, en ayant conscience que la paix du Seigneur ne mène pas à une absence de préoccupations ou de souffrances, mais que sa miséricorde et sa bonté « sont plus grandes que toute chose ».

Pour le Saint-Père, cette conviction ne doit pas nous amener à être autocentrés, bien au contraire : « L’espérance qui nous a été donnée ne nous sépare pas des autres, ni encore moins ne nous porte à les discréditer ou à les marginaliser. Il s’agit au contraire d’un don extraordinaire dont nous sommes appelés à nous faire des canaux, avec humilité et simplicité. Et alors notre fierté la plus grande sera celle d’avoir comme Père un Dieu qui ne fait pas de préférences, qui n’exclut personne, mais qui ouvre sa maison à tous les êtres humains, à commencer par les derniers et les lointains, parce que comme ses enfants nous essayons de nous consoler et de nous soutenir les uns les autres. »

Au terme de l’audience, le Pape a évoqué les figures des saints Cyrille et Méthode, « évangélisateurs des peuples slaves et co-patrons de l’Europe », fêtés le mardi 14 février : « Que leur exemple vous aide, chers jeunes, à devenir dans tout environnement des disciples missionnaires ; que leur ténacité vous encourage, chers malades, à offrir vos souffrances pour la conversion des lointains, et que leur amour pour le Seigneur vous illumine vous, chers nouveaux époux, à porter l’Évangile comme règle fondamentale de votre vie familiale. »

(Avec R. V.)

Dimanche 12 février 2017

Le Pape François est revenu, ce dimanche, lors de la prière de l’angélus place Saint-Pierre, sur le discours de la montagne cité dans l’évangile de ce jour : « Jésus est venu pour achever et pour promulguer définitivement la loi de Dieu ».

« Jésus enseigne comment accomplir pleinement la volonté de Dieu, avec une “justice supérieure” par rapport à celle des scribes et des pharisiens », a expliqué le Pape. Cette justice est « animée par l’amour, la charité, la miséricorde, et est par conséquent capable de réaliser la substance des commandements, évitant le risque du formalisme ». Il est ainsi revenu sur les trois aspects que Jésus aborde dans l’évangile de ce dimanche.

Le meurtre, l’adultère, et le serment : voilà les trois points abordés par le Pape François. Ne pas tuer, le premier commandement souligné par Jésus, ne concerne pas que le meurtre proprement dit. Il inclut aussi « ces comportements qui offensent la dignité de la personne humaine, y compris les paroles injurieuses ». « Qui insulte son frère tue son frère dans son propre cœur. N’insultez pas, s’il vous plaît », a-t-il demandé aux fidèles. Ces petits actes sont les prémisses du meurtre et révèlent la même malveillance : « Jésus nous invite à ne pas établir une échelle des offenses mais à les considérer toutes dommageables puisqu’elles ont toutes l’intention de faire du mal au prochain ».

Concernant l’adultère, Jésus va à la racine du mal. L’adultère commence dans le regard que l’homme porte sur une femme qui n’est pas la sienne. Tous les péchés « sont d’abord conçus au fond de nous, et une fois que le mauvais choix est fait dans le cœur, ils se concrétisent dans notre comportement ».

Enfin, le serment : Jésus demande à ses disciples de ne pas jurer car « le serment est signe de l’insécurité et de la duplicité ». « On instrumentalise l’autorité de Dieu pour donner des garanties à nos histoires humaines », regrette le Pape. Il faut, au contraire, « instaurer un climat de transparence et de confiance réciproque entre nous, dans les familles et les communautés », car « la défiance et le soupçon réciproque menacent toujours la sérénité ».

(Avec R. V.)

Mercredi 8 février 2017

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse, consacré à l’espérance, lors de l’audience générale : l’espérance chrétienne est source de réconfort mutuel et de paix. Devant les fidèles rassemblés en Salle Paul VI, au Vatican, le Saint-Père a souligné que ce sont les petits et les pauvres qui nous enseignent et font vivre cette espérance.

« Seuls ceux qui font l’expérience de la pauvreté espèrent et restent confiants dans le Seigneur ». « Ce sont les pauvres, les simples, les petits et les marginalisés qui maintiennent l’espérance, car ils vivent chaque jour l’épreuve, la précarité et leurs propres limites » a constaté le Pape. Dans nos sociétés, « ce sont les derniers à nous l’enseigner ». « Ce sont eux qui donnent le plus fort témoignage qu’au-delà de la tristesse et de la mort, le Seigneur aura le dernier mot ».

S’appuyant sur la première lettre de l’Apôtre Paul aux Thessaloniciens, le Saint-Père le rappelle, « on n’apprend pas à espérer seul. C’est impossible ». Car l’espérance, pour s’entretenir, a nécessairement besoin d’un « corps ».

Ce corps dans lequel les différents membres se soutiennent et s’animent les uns des autres, c’est l’Église tout entière, explique ensuite le Pape. Car l’espérance chrétienne, a non seulement un souffle individuel, mais aussi « communautaire ».

Puisqu’il est « plus difficile d’espérer que de croire », puisqu’il ne peut y avoir d’espérance sans l’Esprit Saint, il nous invite à faire attention à ceux « qui sont les plus susceptibles de perdre espoir », car « le désespoir conduit à tant de mauvaises choses ». C’est pour ces personnes-là, qui sont découragées, faibles, « déchirées par le poids de leurs péchés » que l’Église tout entière doit faire corps pour souffrir avec elles, être miséricordieuse et apporter « compassion et consolation ».

Après l’Audience, le Pape François a évoqué la béatification le mardi 7 février de Juste Takayama Ukon, martyre japonais du XVIIème siècle proclamé bienheureux à Osaka au Japon : « un merveilleux Exemple de la force dans la foi et du dévouement dans la charité ».

Il a également salué les pèlerins de langue française, assurant qu’il « serait de tout cœur en communion avec les pèlerins qui, samedi, fêterons Notre-Dame de Lourdes, en particulier les malades » pour la 25ème journée mondiale du malade.

(Avec R. V.)

Dimanche 5 Février 2017

Le Pape François a prononcé ce dimanche, depuis la fenêtre du Palais apostolique, sa traditionnelle méditation de l’Angélus, revenant sur le texte évangélique du jour : le "Discours sur la Montagne", tiré de l’Évangile selon saint Matthieu. Le Saint-Père a renouvelé son appel à ce que les catholiques soient « sel et lumière » du monde.

« Chacun de nous est appelé à être lumière et sel dans son propre environnement de vie quotidienne, persévérant dans l’objectif de régénérer la réalité humaine dans l’esprit de l’Évangile et dans la perspective du Royaume de Dieu ». Le Pape François a rappelé aux fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre que Jésus, en décrivant la mission de ses disciples dans le monde, s’adresse aussi à nous aujourd’hui, en utilisant les métaphores du « sel » et de la « lumière ».

En rappelant que « Jésus nous invite à être un reflet de sa lumière, à travers le témoignage des bonnes œuvres », le Pape François a expliqué que cette lumière de Dieu n’est pas « notre propriété » mais qu’elle ne peut rester allumée que si nous la faisons « resplendir dans le monde » en la transmettant aux autres, qui ont besoin de la « lumière de l’Évangile qui transforme, guérit et garantit le salut à celui qui l’accueille ». « En se donnant, la lumière de notre foi ne s’éteint pas mais se renforce. »

Les chrétiens doivent aussi être le « sel de la terre » pour lui donner plus de saveur mais aussi la protéger de l’altération et de la corruption, en tenant éloignés « les germes polluants de l’égoïsme, de l’envie, de la médisance ». « Ces germes ruinent le tissu de nos communautés, qui doivent au contraire resplendir comme des lieux d’accueil, de solidarité et de réconciliation » a martelé le Saint-Père, répétant son invitation à ne pas se laisser corrompre par le mauvais esprit de mondanité.

Au terme de l’angélus, à l’occasion de la "Journée pour la Vie" organisée en Italie par les évêques, le Pape a rappelé que « chaque vie est sacrée ». Il a exhorté à « faire avancer la culture de la vie comme réponse à la logique de la mise à l’écart et à la baisse démographique ». François a appelé à prier « pour les enfants qui sont en danger d’interruption de la grossesse, comme aussi pour les personnes qui sont en fin de vie », et pour que personne ne soit laissé seul et que « l’amour défende le sens de la vie ». Le Pape a cité les mots de Mère Teresa : « La vie est beauté, admire-la, la vie est vie, défend-la », en martelant que chaque vie est sacrée, aussi bien celle de « l’enfant qui va naître » que celle de « la personne qui est proche de mourir ».

Enfin, le Pape François a encouragé « tous ceux qui travaillent pour la vie » et tous ceux qui « collaborent pour la formation des nouvelles générations, afin qu’elles soient capables de construire une société accueillante et digne pour chaque personne ».

(Avec R. V.)

Jeudi 2 Février 2017

Le Pape François a présidé, ce jeudi, une messe à la basilique Saint-Pierre à l’occasion de la Fête de la Vie consacrée, en ce jour qui, dans la liturgie, commémore la Présentation de Jésus au Temple. Il a lancé un nouvel appel à ce que les religieux et consacrés vivent au milieu de leur peuple, en assumant leurs héritages mais sans se scléroser dans une attitude défensive par rapport aux bouleversements de la société. Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

« Lorsque les parents de Jésus ont porté l’Enfant pour accomplir les prescriptions de la Loi, Syméon, « sous l’action de l’Esprit » (Lc 2, 27), prend l’Enfant dans ses bras et commence à louer. Un cantique de bénédiction et de louange : « Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Lc 2, 30-32). Non seulement Syméon a pu voir, mais il a eu aussi le privilège d’embrasser l’espérance attendue, et cela le fait exulter de joie. Son cœur se réjouit parce que Dieu habite au milieu de son peuple ; il le sent chair de sa chair.

La liturgie d’aujourd’hui nous dit qu’avec ce rite (quarante jours après la naissance) « Jésus […] se conformait […] à la loi du Seigneur, mais [que], en vérité, il venait à la rencontre du peuple des croyants » (Missel Romain, 2 février, Monition de la procession d’entrée). La rencontre de Dieu avec son peuple suscite la joie et renouvelle l’espérance.

Le chant de Syméon est le chant de l’homme croyant qui, à la fin de ses jours, peut affirmer : c’est vrai, l’espérance en Dieu ne déçoit jamais (cf. Rm 5, 5), il ne trompe pas. Syméon et Anne, dans leur vieillesse, sont capables d’une nouvelle fécondité, et ils en témoignent en chantant : la vie mérite d’être vécue avec espérance parce que le Seigneur garde sa promesse ; et Jésus lui-même expliquera cette promesse dans la synagogue de Nazareth : les malades, les prisonniers, ceux qui sont seuls, les pauvres, les personnes âgées, les pécheurs sont invités, eux aussi, à entonner le même chant d’espérance ; Jésus est avec eux, il est avec nous (cf. Lc 4, 18-19).

Ce chant d’espérance, nous l’avons reçu en héritage de nos pères. Ils nous ont engagés dans cette ‘‘dynamique’’. Sur leurs visages, dans leurs vies, dans leur dévouement quotidien et constant, nous avons pu voir comment cette louange s’est faite chair. Nous sommes héritiers des rêves de nos pères, héritiers de l’espérance qui n’a pas déçu nos mères et nos pères fondateurs, nos aînés. Nous sommes héritiers de nos anciens qui ont eu le courage de rêver ; et comme eux, aujourd’hui, nous voulons, nous aussi, chanter : Dieu ne trompe pas, l’espérance en lui ne déçoit pas. Dieu vient à la rencontre de son peuple. Et nous voulons chanter en nous introduisant dans la prophétie de Joël : « Je répandrai mon pouvoir sur tout esprit de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1).

Cela nous fait du bien d’accueillir le rêve de nos pères pour pouvoir prophétiser aujourd’hui et retrouver ce qui un jour a enflammé notre cœur. Rêve et prophétie ensemble. Mémoire de la façon dont ont rêvé nos anciens, nos pères et mères et courage pour poursuivre, prophétiquement, ce rêve.

Cette attitude nous rendra féconds, nous, personnes consacrées, mais surtout elle nous préservera d’une tentation qui peut rendre stérile notre vie consacrée : la tentation de la survie. Un mal qui peut s’installer peu à peu en nous, dans nos communautés. L’attitude de survie nous fait devenir réactionnaires, peureux ; elle nous enferme lentement et silencieusement dans nos maisons et dans nos schémas. Elle nous projette en arrière, vers les exploits glorieux – mais passés – qui, au lieu de susciter la créativité prophétique issue des rêves de nos fondateurs, cherchent des raccourcis pour fuir les défis qui aujourd’hui frappent à nos portes. La psychologie de la survie ôte la force à nos charismes parce qu’elle nous conduit à les ‘‘domestiquer’’, à les ramener ‘‘à portée de main’’ mais en les privant de cette force créatrice qu’ils ont inaugurée ; elle fait en sorte que nous voulons davantage protéger des espaces, des édifices ou des structures que rendre possibles de nouveaux processus. La tentation de la survie nous fait oublier la grâce, elle fait de nous des professionnels du sacré mais non des pères, des mères ou des frères de l’espérance que nous avons été appelés à prophétiser. Ce climat de survie endurcit le cœur de nos aînés en les privant de la capacité de rêver et, ainsi, stérilise la prophétie que les plus jeunes sont appelés à annoncer et à réaliser. En peu de mots, la tentation de la survie transforme en danger, en menace, en tragédie ce que le Seigneur nous présente comme une opportunité pour la mission. Cette attitude n’est pas propre uniquement à la vie consacrée, mais à titre particulier nous sommes invités à nous garder d’y succomber.

Retournons au passage de l’évangile et contemplons de nouveau la scène. Ce qu’a suscité le chant de louange en Syméon et Anne, cela n’a pas été, bien sûr, de se regarder eux-mêmes, d’analyser et de revoir leur situation personnelle. Cela n’a pas été de s’enfermer de peur que quelque malheur ne puisse leur arriver. Ce qu’a suscité le chant a été l’espérance, cette espérance qui les soutenait dans la vieillesse. Cette espérance s’est vue récompensée dans la rencontre avec Jésus. Lorsque Marie dépose dans les bras de Syméon le Fils de la Promesse, le vieillard commencer à chanter, il fait une “liturgie”, il chante ses rêves. Lorsqu’elle met Jésus au milieu de son peuple, celui-ci trouve la joie. Oui, il n’y a que cela pour pouvoir nous redonner la joie et l’espérance, seulement cela nous préservera de vivre dans une attitude de survie. Uniquement cela fécondera notre vie et maintiendra vivant notre cœur. Mettre Jésus là où il doit être : au milieu de son peuple.

Nous sommes tous conscients de la transformation multiculturelle que nous traversons ; personne n’en doute. D’où l’importance que la personne consacrée soit insérée avec Jésus dans la vie, dans le cœur de ces grandes transformations. La mission – en conformité avec chaque charisme spécifique – est de nous rappeler que nous avons été invités à être levain de cette masse concrète. Certes, il peut y avoir des ‘‘farines’’ meilleures, mais le Seigneur nous a invités à faire lever la pâte ici et maintenant, avec les défis qui se présentent à nous. Non par une attitude défensive, non poussés par nos peurs, mais les mains à la charrue, en cherchant à faire croître le grain souvent semé au milieu de l’ivraie. Mettre Jésus au milieu de son peuple signifie avoir un cœur contemplatif, capable de discerner comment Dieu marche dans les rues de nos villes, de nos villages, de nos quartiers. Mettre Jésus au milieu de son peuple signifie prendre en charge et vouloir aider à porter la croix de nos frères. C’est vouloir toucher les plaies de Jésus dans les plaies du monde, qui est blessé et désire et demande à ressusciter.

Nous mettre avec Jésus au milieu de son peuple ! Non comme des activistes de la foi, mais comme des hommes et des femmes qui sont continuellement pardonnés, des hommes et des femmes unis dans le baptême pour partager cette onction et la consolation de Dieu avec les autres.

Nous mettre avec Jésus au milieu de son peuple, car « nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui [avec le Seigneur] peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage… […] Si nous pouvions suivre ce chemin, ce serait une très bonne chose, très régénératrice, très libératrice, très génératrice d’espérance ! Sortir de soi-même pour s’unir aux autres » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 87) non seulement fait du bien, mais aussi transforme notre vie et notre espérance en un chant de louange. Mais cela, nous ne pouvons le réaliser que si nous faisons nôtres les rêves de nos pères et les transformons en prophétie.

Accompagnons Jésus pour qu’il rencontre son peuple, pour qu’il soit au milieu de son peuple, non pas dans la lamentation ou dans l’anxiété de celui qui a oublié de prophétiser parce qu’il ne prend pas en charge les rêves de ses pères, mais dans la louange et dans la sérénité ; non pas dans l’agitation mais dans la patience de celui qui se fie à l’Esprit, Seigneur des rêves et de la prophétie. Et ainsi, nous partageons ce qui nous appartient : le chant qui naît de l’espérance. »

Mercredi 1er Février 2017

Dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur l’espérance. Après une série d’interventions consacrées à l’espérance dans l’Ancien Testament, il s’est cette fois penché sur le Nouveau Testament, à la lumière de l’évènement pascal, en s’appuyant sur la Première Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens.

Le Saint-Père a d’abord rappelé que face à la mort les chrétiens ne doivent pas succomber à la tentation de la peur, mais au contraire avoir conscience qu’il s’agit d’un passage vers la rencontre du Seigneur.

« Nous les chrétiens, sommes des hommes et des femmes d’espérance ». Le Pape François est revenu sur cette expérience des premières communautés chrétiennes, ici en Grèce dans les textes de saint Paul, pour mettre en évidence « la fraîcheur et la beauté de la première annonce chrétienne ». La jeune communauté de Thessalonique « malgré les difficultés et les nombreuses épreuves, est enracinée dans la foi et célèbre avec joie et enthousiasme la résurrection du Seigneur Jésus ».

Cette foi suppose la croyance en la résurrection des morts, un thème difficile à expliquer aujourd’hui, mais qui l’était aussi dans le contexte antique. Confrontés à la mort, « nous sentons que notre foi est mise à l’épreuve ». Le Pape a évoqué la confidence d’une « personne déjà âgée » qui lui avait dit : « Moi je n’ai pas peur de la mort, mais j’ai un petit peur de la voir venir ». C’est une réaction naturelle, mais il faut savoir « vivre dans l’attente » de la rencontre du Seigneur, avec un « cœur humble, un cœur pauvre », a expliqué le Pape François.

Le Pape est revenu sur cette parole de saint Paul : « et ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur ». Une parole qui « me touche le cœur, qui me remplit de la sécurité de l’espérance », a encore précisé le Pape, qui est revenu sur ces paroles du Livre de Job : « Je sais que mon rédempteur est vivant. Je le verrais moi-même, mes yeux le contempleront. », et il a rappelé que la foi mène à une rencontre, à un Amour éternel, invitant chacun à en prendre personnellement conscience.

Au terme de l’audience, le Pape a notamment salué la délégation du Mouvement catholique mondial pour le climat, les remerciant pour leur engagement à « prendre soin de la Maison commune dans ces temps de grave crise sociale et environnementale. Je vous encourage à continuer à tisser des liens afin que les Églises locales répondent avec détermination au cri de la terre et au cri des pauvres ».

Le Pape a enfin salué les religieux et consacrés venus à Rome à l’occasion de la Fête de la Vie consacrée, ce jeudi 2 février, en appelant à prier pour que « leur vie dédiée au Seigneur et leur service charismatique portent des fruits abondants pour le bien des fidèles et pour la mission évangélisatrice de l’Église ».

(Avec R. V.)

Dimanche 29 Janvier 2017

Plus de charité et d’humilité, moins de polémiques et de divisions dans nos communautés chrétiennes : c’est l’appel vigoureux lancé par le Pape François, au cours de l’Angélus de ce dimanche.

Devant les milliers de fidèles présents sous les fenêtres du Palais apostolique, le Pape est revenu sur l’Évangile des Béatitudes que propose la liturgie du jour, et qui ouvre le « sermon sur la montagne », cette « magna charta du Nouveau Testament ». Le Souverain Pontife s’est arrêté sur la première de ces Béatitudes : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux ».

Le pauvre en esprit ne se rebelle pas, mais sait faire preuve d’humilité, de docilité, et se montre disponible à la grâce de Dieu. Face aux biens matériels, son attitude est celle de la sobriété, pas nécessairement du renoncement, précise le Pape, qui parle plutôt de cette capacité de goûter à l’essentiel, au partage, de ne pas « s’appesantir dans l’opacité d’une consommation vorace ». « Plus j’en ai, plus j’en réclame » : cette voracité est mortifère pour l’âme, prévient le Pape. Ceux qui succombent à cette attitude ne sont pas heureux, et n’atteindront jamais le bonheur.

Le pauvre en esprit est encore celui qui ne compte pas sur lui-même, sur ses richesses matérielles, « s’obstine dans ses opinions, mais écoute avec respect celles des autres ». « Si nos communautés comptaient plus de pauvres en esprit, il y aurait moins de divisions, ou de polémiques ! » a lancé le Souverain Pontife, qui insiste sur la charité et l’humilité, comme vertus essentielles pour une bonne cohabitation au sein des communautés. L’anticipation du Royaume des Cieux est tangible dans une communauté fraternelle qui privilégie « le partage à la possession ». Et le Saint-Père d’insister sur ce point : celui qui garde son cœur et ses mains fermés, ne sait pas aimer ; celui au contraire qui les garde ouverts, est sur le chemin de l’amour.

Au terme de l’Angélus, le Pape a tenu à faire part de sa proximité aux populations du centre de l’Italie, « qui souffrent encore des conséquences du tremblement de terre et des difficiles conditions climatiques », souhaitant qu’elles ne manquent pas du « soutien des institutions, ni de la solidarité de tous ». « Et s’il vous plait, a lancé le Pape d’une voix ferme, que la bureaucratie ne les fasse pas attendre, et souffrir encore plus ».

Le Pape n’a pas manqué enfin de saluer les jeunes de l’Action Catholique du diocèse de Rome, qui ont participé à la traditionnelle « caravane de la paix », sur le thème « entourés par la paix ». Comme de coutume, une jeune fille et un jeune garçon ont rejoint le Saint-Père après sa courte catéchèse, et ont lu un message de paix, au nom de l’Action catholique, qui fête cette année ses 50 ans. Ce message a été suivi d’un lâcher de ballons, symboles de paix, dans le ciel azur de la Ville éternelle.

(Avec R. V.)

Mercredi 25 Janvier 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi 25 janvier sa catéchèse sur l’espérance. Lors de l’audience générale tenue dans la salle Paul VI, le Souverain Pontife est revenu sur l’une des femmes emblématiques de l’Ancien testament : Judith, qui a su ramener la confiance de son peuple en Dieu, un exemple de courage et d’espérance a expliqué François.

Face à la puissante armée de Nabuchodonosor menée par le général Holopherne, le peuple d’Israël est désemparé. Après le siège la ville de Béthulie, où la population se retrouva sans eau, les anciens se révoltèrent en accusant Dieu de les avoir vendus. Mais devant ce découragement, Judith se dressa en suppliant de faire confiance à Dieu qui entendra leur cri. Elle a tenu le langage de l’espérance a dit le pape, invitant à « frapper à la porte du cœur de Dieu, qui est père et qui peut nous sauver. » Judith fut courageuse a rappelé François, elle est allée de l’avant, sans peur, affirmant au passage que les femmes étaient plus courageuses que les hommes.

C’est avec la force d’un prophète que Judith a demandé aux hommes de son peuple de remettre leur confiance en Dieu, certaine qu’il agira pour les sauver de l’oppression. Judith a compris que Dieu était le Salut. Le Pape a ainsi invité à ce que nous ne mettions pas de conditions à Dieu mais qu’au contraire nous nous laissions l’espérance vaincre nos peurs. Ce n’est pas à nous qu’il revient d’enseigner à Dieu ce qu’il doit faire : il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin. Nous devons lui faire confiance, en acceptant que son salut et son aide nous parviennent par des chemins différents des nôtres.

Le chemin que Judith nous indique est celui de la confiance, de l’attente de la paix, de la prière et de l’obéissance a souligné le Saint-Père, il est celui de l’espérance. A travers la figure de Judith, le Pape a rendu hommage une nouvelle fois à la sagesse des femmes fortes et courageuses, en particulier des grand-mères qui savent dire souvent dire une parole juste et d’espérance.

(Avec R. V.)

Dimanche 22 Janvier 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, place Saint Pierre, le Pape François est revenu avec les fidèles présents sur les premières prédications du Christ en Galilée, lorsqu’il cherchait des compagnons à associer à sa mission.

Il n’a pas manqué également de saluer et remercier tous ceux qui depuis plusieurs jours dans le centre de l’Italie viennent au secours des populations victimes des importantes chutes de neige, notamment suite à l’Avalanche qui a enseveli mercredi après-midi un hôtel dans la région des Abruzzes.

Les pensées de François à l’Angélus ont été droit au cœur des italiens. Des familles touchées par le tremblement de terre de mercredi et par des chutes de neige exceptionnelles :

« Par la prière et avec affection, je suis proche des familles qui comptent parmi elles des victimes ... J’encourage tous ceux qui se sont engagés avec une grande générosité dans les opérations de secours et d’assistance, et j’encourage aussi les Eglises locales qui se mobilisent pour alléger les souffrances et les difficultés ».

Avant de prier l’Angélus avec les fidèles rassemblés place Saint Pierre, le Saint Père avait commenté le passage de l’Evangile sur la prédication de Jésus à Capharnaüm, une localité habitée an grande partie par des païens. Vue de Jérusalem, c’est sur une terre religieusement impure que Jésus choisit d’aller annoncer le Royaume des cieux, et de demander à quatre pêcheurs du lac de Galilée de le suivre.

« Suivez-moi et je vais vous faire devenir de pêcheurs d’hommes » avait-il dit à Simon, André, Jacques et Jean. Jésus s’adresse à eux au beau milieu de leur activité quotidienne. Et immédiatement, ils abandonnent leurs filets et le suivent. « Le Seigneur se révèle dans notre vie quotidienne », dit François. « Et nous, chrétiens d’aujourd’hui, poursuit-il, si nous avons la joie de pouvoir proclamer notre foi, c’est parce qu’il y a eu cette annonce, parce que ces hommes humbles et courageux ont répondu généreusement à l’appel de Jésus ».

« La considération de ces débuts suscite en nous le désir d’apporter la parole et la tendresse de Jésus dans tous les contextes, jusqu’aux plus inaccessibles. Apporter la parole à toutes les périphéries. Tous les espaces occupés par l’homme constituent une terre dans laquelle ensemencer l’Evangile, afin qu’il porte les fruits du Salut ».

(Avec R. V.)

Mercredi 18 janvier 2017

« La prière motivée par l’espérance, nous obtient le salut de Dieu » : c’est ce qu’a affirmé le Pape François, lors de l’audience générale de ce jour. Devant des milliers de pèlerins rassemblés dans la salle Paul VI, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne, s’attardant cette fois sur le lien entre la prière et l’espérance.

Le Pape part du récit biblique de Jonas, ce prophète récalcitrant que Dieu envoie à Ninive, et qui préfère se dérober et prendre la fuite. Le bateau sur lequel il se trouve est pris dans la tempête. Devant le péril qui les menace, les marins, des hommes païens faisant l’expérience de leur fragilité, demandent à Jonas de prier avec eux. Leur espérance se fait alors prière : « Peut-être que Dieu s’occupera de nous, pour nous empêcher de périr ! ».

« Trop facilement, nous dédaignons de nous tourner vers Dieu, quand nous sommes dans le besoin, pensant que notre prière serait trop intéressée et donc imparfaite, remarque le Pape. Mais Dieu connait notre faiblesse, et répond avec bienveillance à notre appel ».

C’est ainsi qu’Il répond à l’espérance des marins, les sauvant de la mort, grâce au sacrifice de Jonas, qui, par son geste, vit sa vocation de prophète, en se donnant pour les autres. C’est ainsi aussi qu’il épargne les habitants de Ninive, eux qui choisirent de faire pénitence afin d’obtenir le pardon de Dieu, et éviter la destruction de leur ville. « A la lumière du mystère pascal, affirme encore le Souverain Pontife, la perspective de la mort peut donc représenter une surprenante occasion de connaitre l’espérance et de rencontrer le Seigneur ». « Que le Seigneur nous fasse comprendre cela, le lien entre la prière et l’espérance… Plus de prière et il y aura plus d’espérance ! »

Au terme de l’audience, le Pape François a rappelé le début, ce mercredi 18 janvier, de la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, sur le thème : « nous réconcilier, l’amour du Christ nous presse » ( 2 Co 5, 14). « Je me souviens avec émotion de la prière œcuménique à Lund », a déclaré le Pape, qui s’était rendu en octobre dernier en Suède pour la commémoration commune du 5ème centenaire de la Réforme luthérienne. « Dans cet esprit de commémoration commune (…), regardons ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise, et continuons le chemin ensemble pour approfondir notre communion et lui donner une forme toujours plus visible ».

Saluant les enfants et les jeunes de Bosnie-Herzégovine venus avec leurs familles d’accueil en Sicile, le Pape a poursuivi sur le thème du dialogue interreligieux : « en vivant ce temps comme frères et sœurs dans les familles qui vous accueillent, vous avez l’opportunité de grandir dans un climat d’espérance. C’est seulement ainsi, vous jeunes catholiques, orthodoxes et musulmans, pourrez sauver l’espérance pour vivre dans un monde plus fraternel, juste et pacifique, plus sincère (...) »

Et le Saint-Père s’est adressé aux jeunes pour conclure : « chers jeunes, priez afin que tous les chrétiens redeviennent une seule famille : chers malades, offrez vos souffrances pour l’unité de l’Eglise ; et vous, chez jeunes mariés, faites l’expérience de l’amour gratuit comme celui de Dieu pour l’humanité ».

(Avec R. V.)

Dimanche 15 janvier 2017

Lors de la prière de l’Angélus, devant les fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre , le Pape est revenu sur la Journée mondiale du migrant et du réfugié, consacrée cette année au thème « Migrants mineurs, vulnérables et sans voix ».

Le Pape, fils de migrants italiens établis en Argentine dans les années 1930, s’est donc une nouvelle fois exprimé sur ce sujet central dans la doctrine sociale de l’Église, même si de nombreux catholiques se montrent mal à l’aise dans la confrontation aux autres cultures portées par les personnes contraintes de quitter leur terre.

« Combien de fois, dans la Bible, le Seigneur nous a demandés d’accueillir les migrants et les étrangers, en nous rappelant que nous sommes nous-mêmes des étrangers »… En improvisant ce rappel, le Pape a voulu mettre en évidence l’ancrage biblique de cette responsabilité des chrétiens vis-à-vis des étrangers.

En évoquant la situation des enfants, le Pape a rappelé que « nos petits frères, surtout s’ils ne sont pas accompagnés, sont exposés à de nombreux périls. Et je vous dis qu’il y en a beaucoup ! », a martelé François. « Il est nécessaire d’adopter toutes les mesures possibles pour garantir aux mineurs migrants la protection et la défense, comme aussi leur intégration. »

Le Pape s’est adressé aux représentants des différentes communautés ethniques présentes sur la place, en les appelant à respecter les lois locales : « Je vous souhaite de vivre sereinement dans les localités qui vous accueillent, en en respectant les lois et les traditions, et en même temps, en cultivant les valeurs de vos cultures d’origine. La rencontre de différentes cultures est toujours un enrichissement pour tous ! ».

Le Pape François a évoqué le parcours d’une religieuse italienne, mère Françoise Cabrini, décédée il y a 100 ans et canonisée par Pie XII en 1946. Après avoir fondé les sœurs missionnaires du Sacré-Cœur à la fin du XIXe siècle, cette religieuse avait créé de nombreuses structures pour aider les migrants en France et en Amérique du Nord : « Une sœur courageuse qui a dédié sa vie à porter l’amour du Christ à ceux qui étaient loin de leur patrie et de leur famille. Que son témoignage nous aide à prendre soin du frère étranger, dans lequel est présent Jésus, souvent différent, rejeté et humilié ».

Quelques minutes auparavant, dans sa méditation de de l’Évangile du jour, le Pape est revenu sur la scène du baptême de Jésus par Jean-Baptiste, qui avait reconnu en lui le Messie. « Les gens venaient pour se repentir de leurs péchés », et Jésus vient de faire baptiser dans le Jourdain au milieu du peuple : « Jésus est le Messie, le roi d’Israël, mais pas avec la puissance de ce monde, mais comme Agneau de Dieu qui prend sur lui et enlève le péché du monde ».

Cette scène « n’est pas une anecdote, mais un fait historique », a rappelé le Pape. Elle exprime la mission de l’Église : répéter lors de chaque eucharistie « voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde », c’est faire porter le regard du peuple de Dieu vers « le Seigneur, humble au milieu des pécheurs »... « Ce geste liturgique représente toute la mission de l’Église, qui n’est pas de s’annoncer elle-même ». ... « Quand l’Église s’annonce elle-même, elle perd la boussole, elle ne sait pas où elle va »,

Enfin, la Pape a conclu : « La seule mission de l’Église est d’annoncer le Christ, « parce que c’est Lui et seulement Lui qui sauve le peuple du péché, le libère et le guide vers la terre de la vraie liberté ».

(Avec R. V.)

Lettre du Pape François aux jeunes

Le 13 janvier 2017, le pape François a adressé une lettre aux jeunes du monde entier à l’occasion de la présentation du Document préparatoire de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Rappelons que ce synode se déroulera en octobre 2018 sur le thème des jeunes, de la foi et du discernement vocationnel.

" Chers Jeunes, faites entendre votre cri, laissez-le résonner dans les communautés, et faites-le arriver aux pasteurs » : c’est le vibrant appel lancé par le Pape François aux jeunes du monde entier, dans une lettre publiée ce vendredi 13 janvier 2017, à l’occasion de la publication du document préparatoire du prochain synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », qui se tiendra en 2018 au Vatican. Une lettre empreinte d’une paternelle affection, qui encourage avec instance les jeunes à entendre la voix de Dieu, à « sortir » d’eux-mêmes, et à se mettre en route, à l’image d’Abraham.
« Va, quitte ton pays pour celui que je t’indiquerai » : cette « forte invitation », cette véritable « provocation » faite à Abraham, Dieu la renouvelle, selon le Pape, aux jeunes d’aujourd’hui. Ce pays qu’il leur indique n’est rien de moins qu’une société plus juste et fraternelle, que les jeunes eux-mêmes brûlent de construire. Quitter son pays revêt malheureusement un sens autrement plus dramatique, observe encore le Pape, celui de la « guerre », de la « prévarication », de ces jeunes contraints « de fuir leur pays natal » et dont le cri monte vers Dieu.

Aujourd’hui, Jésus pose son regard sur les jeunes et les invite à le suivre. « Avez-vous rencontré ce regard ? Avez-vous senti cette ardeur à se mettre en route ? », demande François, persuadé que cet appel du Christ résonne, malgré le « vacarme et la confusion » ambiantes, dans l’âme et le cœur des jeunes. « Cœur juvénile, qui ne supporte pas l’injustice, refuse de se plier à la culture du déchet, ou de céder à la mondialisation de l’indifférence. Cette pureté, cette générosité, les jeunes doivent les mettre au service d’un monde meilleur, qui ne peut se construire sans eux. » Et le Pape l’assure avec force : l’Église désire se mettre à l’écoute de leur voix, de leur cri, de leur sensibilité, de leur foi, de leurs doutes et de leurs critiques aussi. « Faites entendre ce cri, enjoint le Pape, faites-le remonter jusqu’aux pasteurs ». À l’écoute de ce cri, et par le cheminement de ce synode, Pape et évêques deviendront ainsi encore plus les collaborateurs de la joie des jeunes.

La XVe Assemblée générale du synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel s’inscrit dans la continuité du cheminement initié avec le synode sur la Nouvelle Évangélisation, et poursuivi avec les deux synodes sur la famille. Ce document préparatoire, publié aujourd’hui, ouvre la phase de consultation de l’ensemble peuple de Dieu. Il est adressé aux Synodes des Évêques et aux conseils des Hiérarques des Églises Orientales catholiques, aux conférences épiscopales, aux dicastères de la curie romaine, et à l’Union des Supérieurs généraux. Afin de tenir compte des spécificités continentales, trois questions ont été insérées pour chaque aire géographique.

Les jeunes ne seront pas en reste. Eux aussi seront consultés par le biais d’un questionnaire disponible sur Internet, des questions sur leurs attentes et leur vie. Les réponses apportées à ces deux questionnaires serviront de base pour la rédaction de l’Instrumentum Laboris, le document de référence pour les travaux des Pères synodaux

Découvrez le texte intégral de cette lettre du pape François :

http://fr.radiovaticana.va/news/2017/01/13/le_document_pr%C3%A9paratoire_pour_le_synode_sur_les_jeunes_d%C3%A9voil%C3%A9/1285515

Mercredi 11 janvier 2017

Lors de l’audience générale de ce mercredi, tenue en salle Paul VI, le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur l’espérance, en évoquant cette fois-ci un passage de l’Ancien Testament : le Psaume 115, qui dénonce les « fausses espérances dans les idoles ». Le Pape a rappelé qu’il fallait se méfier des faux prophètes qui diffusent des illusions.

L ’Écriture sacrée nous met en garde contre les fausses espérances que le monde nous présente, en démasquant leur inutilité et en en montrant l’absurdité ». Le Pape a appelé à ne pas chercher des « consolations éphémères » pour remplir le vide de la solitude dans « l’argent, les alliances avec les puissants, la mondanité, les fausses idéologies », ou le recours à des voyante qui racontent des bêtises, comme il l’avait observé dans des parcs publics de Buenos Aires.

Face à « l’espérance éphémère » offerte par les fausses idoles, mieux vaut se tourner vers « la grande espérance sûre que nous donne le Seigneur ». Les « illusions d’éternité et de toute-puissance », et notamment le culte du corps et de la jeunesse, quand elles deviennent des idoles, « conduisent à la mort » au lieu de favoriser la vie. Le Pape a évoqué le cas notamment d’une femme connue en Argentine, qui avait fait le choix d’avorter pour préserver son apparence physique.

Quand on se soumet aux idoles, on devient « incapables d’aider, de sourire, de se donner, incapables d’aimer ». Il faut donc « vivre dans le monde » mais « se défendre contre les illusions du monde ». L’espérance sûre de Dieu, elle, ne déçoit jamais. Le Seigneur ne nous oublie pas, y compris dans les moments d’obscurité et de solitude. La vraie espérance se situe dans la foi dans le « Dieu vivant et vrai, né de Marie, mort sur la Croix et ressuscité dans la gloire ».

Parmi les groupes présents, le Pape a notamment salué la communauté du séminaire d’Issy-Les-Moulineaux, en banlieue parisienne, en pèlerinage à Rome avec une cinquantaine de séminaristes et accompagnateurs. S’adressant aux pèlerins polonais, le Pape a par ailleurs évoqué le centenaire de la mort de saint Albert Chmielowski, un peintre polonais qui avait consacré sa vie aux plus pauvres, en fondant notamment des institutions liées au tiers-ordre franciscains. « En suivant l’exemple d’un tel grand Saint de la Miséricorde, frère et soutien des sans toit, des pauvres et des marginaux, apportez l’amour, la charité et l’espérance à tous ceux qui en ont besoin », a demandé le Pape François.

À noter aussi cette prise de parole inhabituelle du Pape, au terme de l’audience, pour mettre en garde contre les personnes qui vendent des tickets d’accès aux audiences générales, en arnaquant les touristes et pèlerins. Le Pape en des termes très vifs a dénoncé des « malfrats », des « délinquants » qui profitent de la crédulité des visiteurs. « L’audience est gratuite, on ne doit pas payer, c’est une visite gratuite qui se fait au Pape, pour parler avec le Pape, avec l’évêque de Rome », a-t-il conclu.

(Avec R. V.)

Dimanche 8 janvier 2017

Durant sa catéchèse lors de la prière de l’Angélus, le Pape François est revenu sur la mission des baptisés, en la solennité du baptême du Christ. Le Pape a souligné d’abord la proximité de Dieu révélée par l’Évangile du jour. « En fait, Jean-Baptiste est conscient de la grande distance entre Jésus et lui. Mais Jésus est justement venu pour combler cette distance entre l’homme et Dieu ».

Durant sa catéchèse lors de la prière de l’Angélus dimanche 8 janvier 2017, le Pape François est revenu sur la mission des baptisés, en la solennité du baptême du Christ. Le Pape souligne d’abord la proximité de Dieu révélée par l’Évangile du jour. « En fait, Jean-Baptiste est conscient de la grande distance entre Jésus et lui. Mais Jésus est justement venu pour combler cette distance entre l’homme et Dieu ».

En étant vrai Dieu mais également vrai homme, le Christ « réunit ce qui nous divise ». Il réalise ainsi le dessein du Père, « qui passe à travers la voie de l’obéissance et de la solidarité avec l’homme fragile et pécheur, la voie de l’humilité et de la pleine proximité de Dieu avec ses enfants ».

Par l’œuvre de l’Esprit-Saint, nous sommes « réellement insérés » dans la relation filiale de Jésus avec le Père et accueillis dans le sein de l’Église mère. Pour le Pape, la fête du baptême du Christ nous fait donc redécouvrir « le don et la beauté d’être un peuple de baptisés, c’est à dire de pécheurs, car nous le sommes tous, souligne François, mais de pécheurs sauvés par la grâce du Christ ». Nous devenons alors capable d’une fraternité « qui ne connaît ni frontières ni barrières ».

Mais le baptême du Christ marque aussi le point de départ de son ministère publique, de sa mission salvatrice. Cette mission est caractérisée par « une attitude, celle du serviteur humble et doux, seulement muni de la force de la vérité, comme l’avait prophétisé Isaïe », rappelle le Pape François. « Serviteur humble et doux. Voilà l’attitude de Jésus, mais aussi l’attitude missionnaire des disciples du Christ : annoncer l’Évangile avec douceur et fermeté, sans arrogance ou injonction », insiste le Pape, qui rejette tout prosélytisme mais appelle à bâtir la mission sur l’« attraction au Christ ».

« Mais comment ? », interroge le Pape. « Par notre témoignage », qui passe par la prière, l’adoration et la charité en actes, qui est un « service à Jésus présent dans le plus petit de nos frères ». « Sur le modèle de Jésus, pasteur bon et miséricordieux, et animés de sa grâce, nous sommes appelés à faire de notre vie un témoignage joyeux qui illumine le chemin, qui apporte espérance et amour ».

A la fin de sa catéchèse, le Pape a prié la Vierge Marie pour qu’elle aide les chrétiens « à conserver un conscience toujours vive et reconnaissante » de leur baptême et à parcourir « avec fidélité » le chemin de foi qui commence avec ce « Sacrement de notre renaissance ». Et il conclut en répétant trois mots : « Et toujours humilité, douceur et fermeté ».

(Avec R. V.)

Vendredi 6 Janvier 2017

En ce 6 janvier 2017, en Italie et dans de nombreux pays, l’Église célèbre l’Epiphanie. Le Pape François a présidé une messe solennelle en la basilique Saint-Pierre. Dans son homélie, le Souverain Pontife s’est attardé sur la figure de ces Rois mages venus d’Orient, qui « expriment la figure du croyant », mus par la « nostalgie de Dieu » ; une nostalgie qui les pousse à marcher, à suivre l’Etoile, et à reconnaître dans le nouveau-né de Bethléem, une « promesse de nouveauté et de gratuité ».

Les rois mages « reflètent l’image de tous les hommes qui, dans leur vie, ne se sont pas laissés anesthésier le cœur ». Ils ont vu l’étoile parce qu’ils se sont mis en route, parce qu’ils étaient habités par ce que le Pape appelle, « la sainte nostalgie de Dieu ». Cette « mémoire vivante qui se rebelle devant tant de prophètes de malheur », celle qui maintient l’espérance vivante, « qui nous tire hors de nos résignations, qui rompt avec nos conformismes ennuyeux ». La nostalgie de Dieu est cette motion qui nous « pousse à nous engager pour ce changement auquel nous aspirons », et à la rencontre avec Dieu.

Face à cette attitude de foi, s’oppose celle d’Hérode, le souverain imbu de lui-même et de sa puissance, qui dort dans son palais. La naissance de l’Enfant de Bethléem le déconcerte, le trouble, l’effraie. Lui qui veut « contrôler tout et tout le monde , « lui qui est immergé dans sa culture du vaincre à tous prix ».

Venus pour adorer un Roi, les mages se sont d’abord rendus dans un Palais, avant de s’apercevoir que ce qu’ils cherchaient se trouvait ailleurs. Contrairement à Hérode, ils ont accepté de changer leur regard. Ils découvrent ainsi que Dieu a voulu naître là où personne ne l’attendait. Dans l’humble grotte de Bethléem, les mages se prosternent devant le petit enfant, devant le pauvre, celui qui est sans défense. Ce faisant, ils découvrent la Gloire de Dieu.

Découvrez l’homélie du Saint-Père dans son intégralité :

« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui » (Mt 2, 2).

Avec ces paroles, les mages, venus de terres lointaines, nous font connaître le motif de leur longue traversée : adorer le roi nouveau-né. Voir et adorer : deux actions mises en relief dans le récit évangélique : nous avons vu une étoile et nous voulons adorer.

Ces hommes ont vu une étoile qui les a mis en mouvement. La découverte de quelque chose d’inhabituel qui est arrivé dans le ciel a déclenché une série incalculable d’évènements. Ce n’était pas une étoile qui a brillé de façon exclusive pour eux et ils n’avaient pas non plus un ADN spécial pour la découvrir. Comme un Père de l’Église l’a bien reconnu, les mages ne se sont pas mis en route parce qu’ils avaient vu l’étoile mais ils ont vu l’étoile parce qu’ils se sont mis en route (cf. Jean Chrysostome). Ils avaient le cœur ouvert sur l’horizon et ils ont pu voir ce que le ciel montrait parce qu’il y avait en eux un désir qui les poussait : ils étaient ouverts à une nouveauté.

Les mages, de cette manière, expriment le portrait de l’homme croyant, de l’homme qui a la nostalgie de Dieu ; de celui qui sent le manque de sa maison, la patrie céleste. Ils reflètent l’image de tous les hommes qui, dans leur vie, ne se sont pas laissé anesthésier le cœur.

La sainte nostalgie de Dieu jaillit dans le cœur croyant parce qu’il sait que l’Évangile n’est pas un évènement du passé mais du présent. La sainte nostalgie de Dieu nous permet de tenir les yeux ouverts devant toutes les tentatives de réduire et d’appauvrir la vie. La sainte nostalgie de Dieu est la mémoire croyante qui se rebelle devant tant de prophètes de malheur. Cette nostalgie est celle qui maintient vivante l’espérance de la communauté croyante qui, de semaine en semaine, implore en disant : « Viens, Seigneur Jésus ! ».

Ce fut vraiment cette nostalgie qui a poussé le vieillard Siméon à aller tous les jours au temple, sachant avec certitude que sa vie ne se terminerait pas sans pouvoir tenir dans ses bras le Sauveur. Ce fut cette nostalgie qui a poussé le fils prodigue à sortir d’une attitude destructive et à chercher les bras de son père. Ce fut cette nostalgie que le berger a senti dans son cœur quand il a laissé les 99 brebis pour chercher celle qui s’était perdue, et ce fut aussi ce qu’a expérimenté Marie-Madeleine le matin du dimanche pour aller courir au tombeau et rencontrer son Maitre ressuscité. La nostalgie de Dieu nous tire hors de nos résignations, celles qui nous amènent à penser que rien ne peut changer. La nostalgie de Dieu est l’attitude qui rompt nos conformismes ennuyeux et nous pousse à nous engager pour ce changement auquel nous aspirons et dont nous avons besoin. La nostalgie de Dieu a ses racines dans le passé mais ne s’arrête pas là : elle va à la recherche de l’avenir. Le croyant “nostalgique”, poussé par sa foi, va à la recherche de Dieu, comme les mages, dans les lieux les plus cachés de l’histoire, parce qu’il sait dans son cœur que le Seigneur l’attend là. Il va à la périphérie, à la frontière, dans les lieux non évangélisés, afin de pouvoir rencontrer son Seigneur ; et il ne le fait pas du tout avec une attitude de supériorité, il le fait comme un mendiant qui ne peut ignorer les yeux de celui pour lequel la Bonne Nouvelle est encore un terrain à explorer.

Comme attitude opposée, dans le palais d’Hérode (qui se trouvait à très peu de kilomètres de Bethléem), on ne s’était pas rendu compte de ce qui arrivait. Tandis que les mages marchaient, Jérusalem dormait. Elle dormait de connivence avec un Hérode qui, au lieu d’être en recherche, dormait bien. Il dormait sous l’anesthésie d’une conscience cautérisée. Et il est resté déconcerté. Il a eu peur. C’est le trouble de celui qui, devant la nouveauté qui révolutionne l’histoire, se ferme sur lui-même, sur ses résultats, sur ses connaissances, sur ses succès. Le trouble de celui qui se tient assis sur la richesse sans réussir à voir au-delà. Un trouble qui naît dans le cœur de celui qui veut contrôler tout et tout le monde. C’est le trouble de celui qui est immergé dans la culture du vaincre à tout prix ; dans cette culture où il y a de la place seulement pour les “vainqueurs” et coûte que coûte. Un trouble qui naît de la peur et de la crainte devant ce qui nous interroge et met en danger nos sécurités et nos vérités, nos manières de nous attacher au monde et à la vie. Et ainsi Hérode a eu peur, et cette peur l’a conduit à chercher la sécurité dans le crime : « Necas parvulos corpore, quia te nacat timor in corde » - “Tu assassines ces faibles corps parce que la peur assassine ton cœur” (Saint Quodvultdeus, Sermon 2 sur le Symbole : PL 40, 655). Tu assassines les enfants dans leur corps, parce que la peur assassine ton cœur.

Nous voulons adorer. Ces hommes sont venus de l’Orient pour adorer, et ils sont venus le faire dans le lieu qui convient à un roi : le Palais. Et cela est important : ils sont arrivés là par leur recherche, c’était le lieu approprié, puisque cela revient à un Roi de naître dans un palais et d’avoir sa cour et ses sujets. C’est le signe du pouvoir, du succès, d’une vie réussie. Et on peut s’attendre à ce que le roi soit vénéré, craint et adulé, oui, mais pas nécessairement aimé. Ce sont les règles mondaines, les petites idoles et à qui nous rendons un culte : le culte du pouvoir, de l’apparence et de la supériorité. Des idoles qui promettent seulement tristesse, esclavage, peur.

Et c’est vraiment là qu’a commencé le chemin le plus long qu’ont dû faire ces hommes venus de loin. Là, a commencé l’audace la plus difficile et la plus compliquée. Découvrir que ce qu’ils cherchaient n’était pas dans le Palais mais se trouvait dans un autre lieu, non seulement géographique mais existentiel. Là, ils ne voyaient pas l’étoile qui les conduisait à découvrir un Dieu qui veut être aimé, et cela est possible uniquement sous le signe de la liberté et non de la tyrannie ; découvrir que le regard de ce Roi inconnu – mais désiré – n’humilie pas, ne rend pas esclave, n’emprisonne pas. Découvrir que le regard de Dieu relève, pardonne, guérit. Découvrir que Dieu a voulu naître là où nous ne l’attendions pas, là où peut-être nous ne le voulions pas. Ou bien là où tant de fois, nous le renions. Découvrir que dans le regard de Dieu, il y a de la place pour ceux qui sont blessés, fatigués, maltraités, abandonnés : que sa force et son pouvoir s’appellent miséricorde. Comme est loin, pour certains, Jérusalem de Bethléem !

Hérode ne peut pas adorer parce qu’il n’a pas voulu changer son regard. Il n’a pas voulu cesser de rendre un culte à lui-même, croyant que tout commençait et finissait avec lui. Il n’a pas pu adorer parce que son but était qu’ils l’adorent lui. Les prêtres non plus n’ont pu adorer parce qu’ils savaient beaucoup de choses, ils connaissaient les prophéties, mais ils n’étaient disposés ni à se mettre en chemin ni à changer.

Les mages ont senti la nostalgie, ils ne voulaient plus les choses habituelles. Ils étaient habitués, accoutumés aux Hérode de leur temps et en étaient fatigués. Mais là, à Bethléem, il y avait une promesse de nouveauté, une promesse de gratuité. Là quelque chose de nouveau arrivait ; les mages ont pu adorer parce qu’ils ont eu le courage de marcher et, se prosternant devant le petit, se prosternant devant le pauvre, se prosternant devant celui qui est sans défense, se prosternant devant l’Enfant de Bethléem insolite et inconnu, là ils ont découvert la Gloire de Dieu.

(Avec R. V.)

Mercredi 4 janvier 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi, salle Paul VI, sa série de catéchèse sur l’espérance chrétienne. Il s’est concentré sur la figure de Rachel qui nous parle de « l’espérance dans les larmes » tel qu’en a parlé le prophète Jérémie.

Ce dernier, qui écrit au moment de la conquête assyrienne du royaume du Nord, faisant de Rachel le symbole de toutes les mères, explique dans ses Lamentations, que cette mère ne voulait pas être consolée de la disparition de ses fils. Sa douleur est ainsi proportionnelle à son amour, a expliqué François aux fidèles réunis.

« Rachel renferme en elle la douleur de toutes les mères du monde, de tout temps, et les larmes de chaque être humain qui pleure des pertes irréparables ».

« Pour parler d’espérance à qui est désespéré, il faut partager son désespoir, pour sécher les larmes du visage de qui souffre, il faut unir nos pleurs aux siens ». Le Pape souligne qu’il n’y a que comme cela que l’on peut donner un peu d’espoir. Et si les mots sont insuffisants, il suffit alors d’un « silence » ou « d’une caresse ».

« Les larmes mêmes sèment l’espoir » explique le Pape François, car aux pleurs de Rachel qui pleure la mort de ses fils, le Seigneur répond par une promesse : « le peuple pourra revenir d’exil et vivre dans la foi, libre, son rapport avec Dieu ». Les pleurs deviennent alors « principe de vie nouvelle pour les fils exilés, prisonniers, loin de la patrie ».

Matthieu reprend ce texte de Jérémie et l’applique au massacres des Innocents. Ce texte « nous met face à la tragédie de la mort d’êtres humains sans défense, à l’horreur du pouvoir qui méprise et supprime la vie », affirme encore le Saint-Père. « Les enfants de Bethléem moururent à cause de Jésus. Et lui, Agneau innocent, mourra à son tour, pour nous tous. Le Fils de Dieu est entré dans la douleur des hommes ».

A ceux qui demandent pourquoi les enfants souffrent, le Pape reconnait qu’il n’a pas de réponse. Mais en regardant le crucifix, en « regardant seulement l’amour de Dieu qui donna son Fils qui offrit sa vie pour nous, on peut indiquer une voie de consolation ». Les larmes de Marie qui pleure son fils, comme celles de Rachel, « ont généré espoir et vie nouvelle ».

A l’issue de l’audience, le Pape est revenu sur la mutinerie qui a eu lieu le lundi 2 janvier dans la prison de Manaus, au Brésil. 56 détenus ont été tués lors d’affrontements entre bandes rivales à l’intérieur de l’établissement pénitencier. IL a ainsi exprimé sa « douleur » et sa « préoccupation pour ce qui est arrivé ». Invitant à prier pour les défunts, leurs proches et tous les détenus de la prison et les personnes qui y travaillent, le Pape a renouvelé son appel à ce que « les établissements pénitenciers soient des lieux de rééducation et de réinsertion sociale et que les conditions de vie des détenus soient dignes des personnes humaines ». Le Pape a invité également à prier pour les détenus du monde entier et pour que « les prisons réinsèrent et ne soient plus surpeuplées ».

(Avec R. V.)

1er Janvier 2017

À l’occasion de ce premier angélus de l’année 2017, devant 50 000 fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur la signification de cette fête de Sainte Marie Mère de Dieu, qui symbolise le lien de la Vierge Marie avec toute la grande famille formée par le Peuple de Dieu.

La Mère de Jésus est « associée intimement » à la mission de son Fils, a rappelé le Pape, et comme le raconte l’Évangile de ce jour, elle assume cette responsabilité avec discrétion, elle « conserve et médite, elle scrute et approfondit ». « Silencieuse et attentive, elle cherche à comprendre ce que Dieu lui demande, jour après jour », a rappelé le Saint-Père.

Dans la visite des bergers à la crèche, en les observant rendre gloire à Dieu à la vue de l’Enfant Jésus, elle y discerne « le mouvement de salut qui jaillira de l’œuvre du Christ », et elle s’y adapte, prête à répondre à toute demande du Seigneur, a expliqué le Pape, qui a prononcé cette prière de remerciement :

« Merci, O Sainte Mère du Fils de Dieu, Jésus, Sainte Mère de Dieu !

Merci pour ton humilité qui a attiré le regard de Dieu ;

Merci pour la foi avec laquelle tu as accueilli sa Parole ;

Merci pour le courage avec lequel tu as dit « Me voici » ;

Oubliée de toi-même, fascinée par l’Amour Saint, faite tout en un avec son espérance ;

Merci, O Sainte Mère de Dieu,

Prie pour nous, pèlerins du temps,

Aide-nous à cheminer sur la voie de la paix.

Amen »

Reprenant la parole après l’Angélus, le Saint-Père a rappelé que « l’année sera bonne sans la mesure où chacun de nous, avec l’aide de Dieu, cherchera à faire le bien, jour après jour. Ainsi se construit la paix, en disant non, avec les faits, à la haine et à la violence, et oui à la fraternité et à la réconciliation ».

L’année a toutefois commencé tragiquement à Istanbul, en Turquie, où une quarantaine de personnes ont été tuées lors d’un attentat dans une discothèque où de nombreux Stambouliotes et touristes fêtaient le passage à la nouvelle année. « Malheureusement, la violence a frappé aussi dans cette nuit de vœux et d’espérance. Endolori, j’exprime ma proximité pour le peuple turc, je prie pour les nombreuses victimes et pour les blessés, et pour toute la Nation en deuil, et je demande au Seigneur de soutenir tous les hommes de bonne volonté qui remontent courageusement leurs manches pour affronter la plaie du terrorisme et cette tache de sang qui entoure le monde avec une ombre de peur et de désarroi. »

Le Pape a par ailleurs remercié le président de la République italienne Sergio Mattarella pour ses vœux du Nouvel An, et il a apporté ses remerciements à tous les groupes qui ont organisé des marches ou des rassemblements sur le thème de la paix à l’occasion de cette journée du 1er janvier, notamment la communauté de Sant’Egidio.

« Je souhaite à tous une année de paix dans la grâce du Seigneur, et avec la protection maternelle de Marie, Mère de Dieu », a conclu le Saint-Père.

(Avec R. V.)

31 Décembre 2016

A quelques heures de l’année 2017, ce 31 décembre 2016, le Pape François a présidé dans la basilique Saint-Pierre, les Vêpres de la Solennité de Marie Mère de Dieu, suivies du Te Deum d’action de grâce de fin d’année.Découvrez aussi l’homélie du Saint-Père dans son intégralité.

Le Saint-Père a invité, ce samedi, à ne pas avoir une logique du privilège car Dieu vient lui-même rompre « la chaine du privilège qui produit toujours l’exclusion ». Le Pape François a aussi lancé un appel à assumer « la responsabilité que nous avons envers les jeunes ».

Plus que la responsabilité, le Saint-Père souligne qu’il s’agit d’une dette envers les jeunes. « Nous les avons marginalisés de la vie publique » dénonce François, les obligeant à émigrer ou à mendier des occupations qui n’existent pas, ou bien des travaux qui ne leur permettent pas de se projeter dans un lendemain.

Le Pape déplore un paradoxe : à la fois, nous attendons des jeunes « qu’ils soient fermes d’avenir » mais en même temps, nous les « condamnons » à frapper à des portes qui demeurent fermées. Alors, que faut-il faire ? Il faut les aider à retrouver, ici sur leur terre, dans leur patrie, des horizons concrets pour leur avenir à construire. En somme, « parier sur une vraie inclusion : celle qui donne le travail digne, libre, créatif, participatif et solidaire ». Les stimuler aussi pour qu’ils soient capables de « rêver et de lutter pour leur rêve ».

Dans cette homélie, le Pape rappelle que Dieu ne s’est pas déguisé en homme ; il s’est fait homme, c’est-à-dire qu’il a partagé en tout notre condition. Il est donc « proche de tous ceux qui portent le poids de l’éloignement et de la solitude », ou du découragement. « Dieu vient lui-même rompre la chaine du privilège » souligne François. Privilège qui produit toujours l’exclusion auquel le Seigneur oppose la caresse de la compassion qui produit l’inclusion.

Attention à ne pas être naïfs, dit le Saint-Père. « Nous savons que nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare en séparant, qui nous enferme en enfermant la vie de tant de nos frères. »

Nous avons donc besoin de la lumière du Seigneur, rappelle le Pape, « parce que souvent nous demeurons prisonniers de l’attitude intégrationniste, bien marquée de celui qui veut faire par force entrer les autres dans son propre schéma. » C’est de cette lumière que viendra la force « de se relever et de recommencer » souligne le Saint-Père.

Homélie du Saint-Père :

« Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4, 4-5).

Ces paroles de saint Paul résonnent avec force. De manière brève et concise, elles nous introduisent dans le projet que Dieu a pour nous : que nous vivions comme fils. Toute l’histoire du salut trouve ici un écho : celui qui n’était pas sujet de la loi décida, par amour, de perdre tout type de privilège (privus legis) et d’entrer par le lieu le moins attendu pour nous libérer nous qui, oui, étions sous la loi. Et la nouveauté est qu’il décida de le faire dans la petitesse et dans la fragilité d’un nouveau-né ; il décida de s’approcher personnellement et, dans sa chair d’embrasser notre chair, dans sa faiblesse d’embrasser notre faiblesse, dans sa petitesse de couvrir la nôtre. Dans le Christ, Dieu ne s’est pas déguisé en homme, il s’est fait homme et a partagé en tout notre condition. Loin d’être enfermé dans un état d’idée ou d’essence abstraite, il a voulu être proche de tous ceux qui se sentent perdus, mortifiés, blessés, découragés, affligés et intimidés. Proche de tous ceux qui dans leur chair portent le poids de l’éloignement et de la solitude, afin que le péché, la honte, les blessures, le découragement, l’exclusion n’aient pas le dernier mot dans la vie de ses enfants.

La crèche nous invite à faire nôtre cette logique divine. Une logique qui n’est pas centrée sur le privilège, sur les concessions, sur les favoritismes ; il s’agit de la logique de la rencontre, du voisinage et de la proximité. La crèche nous invite à abandonner la logique des exceptions pour les uns et des exclusions pour les autres. Dieu vient lui-même rompre la chaîne du privilège qui produit toujours l’exclusion, pour inaugurer la caresse de la compassion qui produit l’inclusion, qui fait resplendir en toute personne la dignité pour laquelle elle a été créée. Un enfant dans les langes nous montre la puissance de Dieu qui interpelle comme don, comme offrande, comme ferment et opportunité pour créer une culture de la rencontre.

Nous ne pouvons pas nous permettre d’être naïfs. Nous savons que de différentes parts nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare-en séparant, qui nous exclue-en excluant, qui nous enferme-en enfermant les rêves et la vie de tant de nos frères.

Aujourd’hui, devant l’enfant Jésus, nous voulons admettre d’avoir besoin que le Seigneur nous éclaire, parce que souvent nous semblons myopes ou nous demeurons prisonniers de l’attitude intégrationniste bien marquée de celui qui veut par force faire entrer les autres dans ses propres schémas. Nous avons besoin de cette lumière, qui nous fait apprendre de nos propres erreurs et tentatives afin de nous améliorer et de nous dépasser ; de cette lumière qui naît de l’humble et courageuse conscience de celui qui trouve la force, chaque fois, de se relever et de recommencer.

Alors qu’une année de plus arrive à son terme, arrêtons-nous devant la crèche, pour remercier de tous les signes de la générosité divine dans notre vie et dans notre histoire, qui s’est manifestée de mille manières dans le témoignage de nombreux visages qui, anonymement, ont su risquer. Remerciement qui ne veut pas être nostalgie stérile ou vain souvenir du passé idéalisé et désincarné, mais bien mémoire vivante qui aide à susciter la créativité personnelle et communautaire parce que nous savons que Dieu est avec nous. Dieu est avec nous.

Arrêtons-nous devant la crèche pour contempler comment Dieu s’est fait présent durant toute cette année et nous rappeler ainsi que chaque époque, chaque moment est porteur de grâce et de bénédiction. La crèche nous provoque à ne donner rien ni personne pour perdu. Regarder la crèche signifie trouver la force de prendre notre place dans l’histoire sans nous plaindre et nous attrister, sans nous fermer ou nous évader, sans chercher de faux-fuyants qui nous privilégient. Regarder la crèche implique de savoir que le temps qui nous attend demande des initiatives pleines d’audace et d’espérance, ainsi que de renoncer à vouloir vainement être le premier ou à des luttes interminables pour paraître.

Regarder la crèche c’est découvrir comment Dieu s’implique en nous associant, en nous rendant partie prenante de son œuvre, en nous invitant à accueillir avec courage et décision l’avenir qui est devant nous.

Regardant la crèche nous rencontrons les visages de Joseph et de Marie. Visages jeunes chargés d’espérance et d’aspirations, chargés de questions. Visages jeunes qui regardent en avant avec la tâche difficile d’aider l’Enfant-Dieu à grandir. On ne peut parler d’avenir sans contempler ces visages jeunes et assumer la responsabilité que nous avons envers nos jeunes ; plus que responsabilité, la parole juste est dette, oui, la dette que nous avons envers eux. Parler d’une année qui finit c’est nous sentir invités à penser comment nous nous sommes intéressés à la place que les jeunes ont dans notre société.

Nous avons créé une culture qui, d’une part, idolâtre la jeunesse cherchant à la rendre éternelle ; mais, paradoxalement, nous avons condamné nos jeunes à ne pas avoir d’espace de réelle insertion, parce que nous les avons lentement marginalisés de la vie publique, les obligeant à émigrer ou à mendier des occupations qui n’existent pas ou qui ne leur permettent pas de se projeter dans un lendemain. Nous avons privilégié la spéculation au lieu de travaux dignes et honnêtes qui leur permettent d’être des protagonistes actifs dans la vie de notre société. Nous attendons d’eux et exigeons qu’ils soient ferment d’avenir, mais nous les discriminons et les « condamnons » à frapper à des portes qui de plus demeurent fermées.

Nous sommes invités à ne pas être comme l’aubergiste de Bethléem qui devant le jeune couple disait : ici il n’y a pas de place. Il n’y avait pas de place pour la vie, il n’y avait pas de place pour l’avenir. Il nous est demandé de prendre chacun notre engagement, même s’il semble peu de chose, d’aider nos jeunes à retrouver, ici sur leur terre, dans leur patrie, des horizons concrets d’un avenir à construire. Ne nous privons pas de la force de leurs mains, de leurs esprits, de leurs capacité de prophétiser les rêves de leurs anciens (cf. Jl 3, 1). Si nous voulons viser un avenir qui soit digne d’eux, nous ne pourrons l’atteindre qu’en pariant sur une vraie inclusion : celle qui donne le travail digne, libre, créatif, participatif et solidaire (cf. Discours à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne, 6 mai 2016).

Regarder la crèche nous provoque à aider nos jeunes pour qu’ils ne se laissent pas décevoir devant nos immaturités, et les stimuler afin qu’ils soient capables de rêver et de lutter pour leurs rêves. Capables de grandir et de devenir pères et mères de notre peuple.

Devant l’année qui finit, comme cela fait du bien de contempler l’Enfant-Dieu ! C’est une invitation à revenir aux sources et aux racines de notre foi. En Jésus la foi se fait espérance, elle devient ferment et bénédiction : « Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie » (Exhot. Apost. Evangelii gaudium, n. 3).

(Avec R. V.)

Mercredi 28 Décembre 2016

L’Espérance est un chemin difficile, mais elle ne déçoit pas : le Pape François l’a rappelé lors de l’audience générale, qu’il a tenue dans la salle Paul VI, ce mercredi 28 décembre.

Poursuivant son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne, le Pape a longuement évoqué la figure d’Abraham, qui malgré sa vieillesse et l’âge avancé de sa femme, Sarah, crut « contre toute espérance » en la Parole de Dieu qui lui promettait un fils.

L’espérance est "cette capacité de croire au-delà des raisonnements humains, de la sagesse et de la prudence du monde pour croire en l’impossible. Elle ouvre de nouveaux horizons, rend capables de rêver ce qui n’est même pas imaginable". "L’espérance est une belle vertu, assure le Pape, mais elle est également un chemin difficile". Abraham l’a d’ailleurs expérimenté, lui qui a quitté sa terre natale, sa maison, ses familles, pour aller dans le pays indiqué par Dieu ; Dieu qui lui avait promis une descendance nombreuse. Pourtant les années passent, le fils tant attendu ne vient pas et le "sein de Sarah reste fermé dans sa stérilité".

Abraham crie alors son découragement à Dieu, il se lamente avec le Seigneur. Et c’est ce qu’il nous enseigne : "se lamenter avec le Seigneur peut être une forme de prière". Car la foi, précise le Saint-Père, "n’est pas un silence qui accepte tout sans répliquer". "Et l’espérance n’est pas une certitude qui mettrait à l’abri du doute ou de la perplexité ; elle ne dispense pas de voir la dure réalité, ni d’en accepter les contradictions".

Abraham se tourne donc vers Dieu, pour qu’Il aide à continuer d’espérer. Et Dieu maintient sa promesse, Il lui répète ce qu’Il lui avait déjà dit. Abraham n’a d’autre choix que de continuer à croire la parole du Seigneur et espérer. Dieu le fait sortir de sa tente, et dans la nuit, lui montre les étoiles du Ciel. Dans la foi, ces étoiles deviennent, pour Abraham, "le signe de la fidélité de Dieu".

(Avec R. V.)

Lundi 26 Décembre 2016

Les chrétiens d’aujourd’hui subissent la même cruauté que celle vécue par les martyrs des premiers siècles : c’est ce qu’a affirmé le Pape François lundi 26 décembre, lors de la prière de l’Angelus, Place Saint-Pierre.

En ce 26 décembre, l’Église fête en effet saint Étienne, lapidé pour avoir confessé sa foi en Jésus. Ce martyr chrétien, a assuré le Souverain Pontife, continue à être présent dans l’Histoire de l’Église, de saint Étienne, jusqu’à aujourd’hui.

Les martyrs d’aujourd’hui sont plus nombreux qu’aux premiers siècles du christianismea encore dit le Pape. La cruauté qui visait alors les disciples du Christ, les chrétiens d’aujourd’hui l’éprouvent à leur tour. « Combien de nos frères et sœurs dans la foi subissent abus et violences, sont haïs à cause de Jésus ! ». « Nous voulons penser à ces chrétiens persécutés, être proches d’eux avec notre affection, notre prière et nos pleurs ». Le Souverain Pontife a évoqué les chrétiens irakiens, persécutés par Daech, qui ont pu cette année fêter Noël dans leur cathédrale détruite, « un exemple de fidélité à l’Évangile ».

« Mais pourquoi les chrétiens sont-ils persécutés ? » s’est encore interrogé le Pape avant de répondre : « le monde hait les chrétiens pour la même raison qu’il a haï le Christ », « parce qu’Il a apporté la lumière de Dieu, et que le monde préfère les ténèbres, afin de cacher ses mauvaises œuvres ». Suivre le Christ, c’est choisir sa lumière, celle qui a brillé dans la Grotte de Bethléem. Et c’est ce qu’a fait saint Étienne.

Comme lui, les martyrs d’aujourd’hui choisissent la lumière du Christ. « Malgré les épreuves et les dangers, ils témoignent avec courage de leur appartenance au Christ », vivant l’Évangile par les actes, « ils témoignent de la charité dans la vérité ».

(Avec R. V.)

Dimanche 25 décembre 2016

Des dizaines de milliers de personnes étaient rassemblées Place Saint-Pierre à midi, pour le traditionnel message de Noël du Pape François. Depuis la loggia de la Basilique Saint-Pierre, il a prononcé la bénédiction urbi et orbi, « à la ville et au monde ». Le Saint-Père a notamment évoqué la situation en Syrie.

La ville d’Alep est une nouvelle fois au cœur des préoccupations du Pape François pour cet appel à la Paix. Alep, « théâtre ces dernières semaines d’une des batailles les plus atroces » souligne le pontife argentin qui demande que de l’ « assistance et du réconfort soient garantis à la population civile, une population à bout de forces ». Il appelle la communauté internationale à s’employer activement à trouver une solution négociée au conflit.

Même appel à l’unité pour l’Irak, la Libye ou encore le Yémen. Trois pays « où les populations pâtissent de la guerre et d’atroces actions terroristes » déplore le Pape François. Des actes de terrorisme qui ont semé « peur et mort au cœur de tant de pays et de villes » ajoute-t-il dans ce message, quelques jours après l’attentat qui a frappé un marché de Noël de la capitale allemande.

Le Pape cite plusieurs pays d’Afrique. Le Nigeria, où le terrorisme fondamentaliste exploite aussi les enfants, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo. L’évêque de Rome appelle à guérir les divisions, et à préférer la culture du dialogue, au cœur de son pontificat, à la logique de l’affrontement. La RDC a déjà fait l’objet d’un appel du chef de l’Église catholique mercredi dernier à tous les Congolais pour qu’ils soient des artisans de la réconciliation.

Le Pape n’a pas oublié également le conflit ukrainien, « où il est urgent d’apporter un soulagement à la population » et mettre en œuvre les engagements pris. Le Saint-Père a cité aussi deux pays d’Amérique du Sud où le Vatican intervient ou est intervenu pour tenter d’apaiser les tensions : en Colombie d’abord, où un accord a été trouvé entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et la guérilla des Farc. Et puis le Venezuela, où la crise politique continue alors que l’opposition demande le départ du président Nicolas Maduro, dans un contexte de crise économique.

Le Saint-Père a aussi fait le vœu que les Israéliens et les Palestiniens écrivent une nouvelle page de leur histoire, pour construire « un avenir de compréhension réciproque et d’harmonie ». Il cite aussi la Birmanie dans son message, espérant que le pays consolide ses efforts pour « favoriser la cohabitation pacifique ».

Le Pape François qui a mis les exclus au centre de pontificat, n’oublie pas de parler une nouvelle fois des migrants et des réfugiés, mais aussi de ceux qui souffrent de difficultés sociales et économiques ou « des ambitions économiques d’un petit nombre ». L’évêque de Rome a aussi une pensée dans ce message de Noël pour les personnes touchées par les tremblements de terre, comme l’Italie cette année où de nombreuses personnes ont passé les fêtes loin de leurs foyers.

Découvrez le discours du Saint-Père dans son intégralité :

« Chers frères et sœurs, joyeux Noël !

Aujourd’hui, l’Eglise revit l’étonnement de la Vierge Marie, de saint Joseph et des bergers de Bethléem contemplant l’Enfant qui est né et qui est couché dans une mangeoire : Jésus, le Sauveur.

En ce jour plein de lumière, résonne l’annonce prophétique :

« Un enfant nous est né,

un fils nous a été donné !

Sur son épaule est le signe du pouvoir ;

son nom est proclamé :

« Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort,

Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix » (Is 9, 5).

Le pouvoir de cet Enfant, Fils de Dieu et de Marie, n’est pas le pouvoir de ce monde, basé sur la force et sur la richesse ; c’est le pouvoir de l’amour. C’est le pouvoir qui a créé le ciel et la terre, qui donne vie à toute créature : aux minéraux, aux plantes, aux animaux ; c’est la force qui attire l’homme et la femme et fait d’eux une seule chair, une seule existence ; c’est le pouvoir qui régénère la vie, qui pardonne les fautes, réconcilie les ennemis, transforme le mal en bien. C’est le pouvoir de Dieu. Ce pouvoir de l’amour a porté Jésus Christ à se dépouiller de sa gloire et à se faire homme ; et il le conduira à donner sa vie sur la croix et à ressusciter des morts. C’est le pouvoir du service, qui instaure dans le monde le règne de Dieu, règne de justice et de paix.

Pour cela la naissance de Jésus est accompagnée du chant des anges qui annoncent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » (Lc 2, 14).

Aujourd’hui cette annonce parcourt toute la terre et veut rejoindre tous les peuples, spécialement ceux qui sont blessés par la guerre et par d’âpres conflits et qui éprouvent plus vivement le désir de la paix.

Paix aux hommes et aux femmes dans la Syrie martyrisée, où trop de sang a été versé. Surtout dans la ville d’Alep, théâtre ces dernières semaines d’une des batailles les plus atroces, il est plus que jamais urgent qu’assistance et réconfort soient garantis à la population civile à bout de forces, en respectant le droit humanitaire. Il est temps que les armes se taisent définitivement et que la communauté internationale s’emploie activement pour qu’on arrive à une solution négociée et que se rétablisse le vivre ensemble civil dans le pays.

Paix aux femmes et aux hommes de la bien-aimée Terre Sainte, choisie et préférée par Dieu. Qu’Israéliens et Palestiniens aient le courage et la détermination d’écrire une nouvelle page de l’histoire, où haine et vengeance cèdent la place à la volonté de construire ensemble un avenir de compréhension réciproque et d’harmonie. Que puissent retrouver l’unité et la concorde l’Irak, la Libye et le Yémen, où les populations pâtissent de la guerre et d’atroces actions terroristes.

Paix aux hommes et aux femmes des différentes régions de l’Afrique, particulièrement au Nigéria, où le terrorisme fondamentaliste exploite aussi les enfants pour perpétrer horreur et mort. Paix au Sud-Soudan et à la République démocratique du Congo, pour que se guérissent les divisions et que toutes les personnes de bonne volonté mettent tout en œuvre pour entreprendre un chemin de développement et de partage, en préférant la culture du dialogue à la logique de l’affrontement.

Paix aux femmes et aux hommes qui subissent encore les conséquences du conflit en Ukraine orientale, où est urgente une volonté commune d’apporter un soulagement à la population et de donner et mettre en œuvre les engagements pris.

Invoquons la concorde pour le cher peuple colombien, qui aspire à accomplir un nouveau et courageux chemin de dialogue et de réconciliation. Qu’un tel courage anime aussi le bien-aimé Venezuela afin d’entreprendre les pas nécessaires pour mettre fin aux tensions actuelles et construire ensemble un avenir d’espérance pour toute la population.

Paix à tous ceux qui, en différentes régions, affrontent des souffrances en raison de dangers constants et d’injustices tenaces. Puisse le Myanmar consolider ses efforts pour favoriser la cohabitation pacifique et, avec l’aide de la communauté internationale, accorder la protection nécessaire et l’assistance humanitaire à tous ceux qui en ont une grande et urgente nécessité. Puisse la péninsule coréenne voir surmontées les tensions qui la traversent dans un esprit renouvelé de collaboration.

Paix à qui a perdu un être cher à cause d’actes atroces de terrorisme, qui ont semé peur et mort au cœur de tant de pays et de villes. Paix - non en paroles, mais par des actes et des faits concrets – à nos frères et sœurs abandonnés et exclus, à ceux qui souffrent de la faim et à ceux qui sont victimes de violences. Paix aux déplacés, aux migrants et aux réfugiés, à tous ceux qui aujourd’hui sont objet de la traite des personnes. Paix aux peuples qui souffrent à cause des ambitions économiques d’un petit nombre et de l’âpre avidité du dieu argent qui conduit à l’esclavage. Paix à celui qui est touché par les difficultés sociales et économiques et à qui souffre des conséquences des tremblements de terre ou d’autres catastrophes naturelles.

Paix aux enfants, en ce jour spécial où Dieu se fait enfant, surtout à ceux qui sont privés des joies de l’enfance à cause de la faim, des guerres et de l’égoïsme des adultes.

Paix sur la terre à tous les hommes de bonne volonté, qui travaillent chaque jour, avec discrétion et patience, en famille et dans la société pour construire un monde plus humain et plus juste, soutenus par la conviction que c’est seulement avec la paix qu’il y a la possibilité d’un avenir plus prospère pour tous.

Chers frères et sœurs,

« un enfant nous est né, un fils nous a été donné » : c’est le « Prince-de-la-paix ». Accueillons-le !

[après la bénédiction]

A vous, chers frères et sœurs, arrivés de toutes les parties du monde sur cette place, et à tous ceux qui, de différents pays, sont reliés à travers la radio, la télévision et les autres moyens de communication, j’adresse mes vœux les meilleurs.

En ce jour de joie nous sommes tous appelés à contempler l’Enfant-Jésus, qui redonne l’espérance à tout homme sur la face de la terre. Avec sa grâce donnons voix et donnons corps à cette espérance, en témoignant de la solidarité et de la paix. Joyeux Noël à tous !

(Avec R. V.)

Samedi 24 Décembre 2016

Le Pape François a présidé la messe de la nuit de Noël en la basilique Saint-Pierre, ce samedi 24 décembre 2016. Dans son homélie, le Saint-Père a rappelé que cette nuit est « une nuit de gloire (…) une nuit de joie », parce que pour toujours Dieu est avec nous. Découvrez le texte de l’homélie du Saint-Père dans son intégralité :

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2, 11). Les paroles de l’apôtre Paul révèlent le mystère de cette nuit sainte : la grâce de Dieu s’est manifestée, son cadeau gratuit ; dans l’Enfant qui nous est donné l’amour de Dieu pour nous se fait concret.

C’est une nuit de gloire, cette gloire proclamée par les anges à Bethléem et aussi par nous aujourd’hui dans le monde entier. C’est une nuit de joie, parce que depuis aujourd’hui et pour toujours Dieu, l’Eternel, l’Infini, est Dieu-avec-nous : il n’est pas lointain, nous ne devons pas le chercher dans les orbites célestes ou dans quelque idée mystique ; il est proche, il s’est fait homme et ne se détachera jamais de notre humanité, qu’il a faite sienne. C’est une nuit de lumière : cette lumière, prophétisée par Isaïe (cf. 9, 1), qui illuminerait celui qui marche sur une terre ténébreuse, elle est apparue et elle a enveloppé les bergers de Bethléem (cf. Lc 2, 9).

Les bergers découvrent simplement qu’« un enfant nous est né » (Is 9, 5) et ils comprennent que toute cette gloire, toute cette joie, toute cette lumière se concentrent en un seul point, dans ce signe que l’ange leur a indiqué : « Vous trouverez une nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). C’est le signe de toujours pour trouver Jésus. Non seulement alors, mais aussi aujourd’hui. Si nous voulons fêter le vrai Noël, contemplons ce signe : la simplicité fragile d’un petit nouveau-né, la douceur de son être couché, la tendre affection des langes qui l’enveloppent. Là est Dieu.

Avec ce signe, l’Evangile nous dévoile un paradoxe : il parle de l’Empereur, du Gouverneur, des grands de ce temps, mais Dieu ne se fait pas présent là ; il n’apparaît pas dans la salle noble d’un palais royal, mais dans la pauvreté d’une étable ; non dans les fastes de l’apparence, mais dans la simplicité de la vie ; non dans le pouvoir, mais dans une petitesse qui surprend. Et pour le rencontrer il faut aller là, où il se tient : il faut s’incliner, s’abaisser, se faire petits. L’Enfant qui naît nous interpelle : il nous appelle à laisser les illusions de l’éphémère pour aller à l’essentiel, à renoncer à nos prétentions insatiables, à abandonner l’insatisfaction pérenne et la tristesse pour quelque chose qui toujours nous manquera. Cela nous fera du bien de laisser ces choses pour retrouver dans la simplicité de Dieu-enfant la paix, la joie, le sens de la vie.

Laissons-nous interpeller par l’Enfant dans la mangeoire, mais laissons-nous interpeller aussi par des enfants qui, aujourd’hui, ne sont pas couchés dans un berceau et caressés par la tendresse d’une mère et d’un père, mais qui gisent dans les sordides “mangeoires de la dignité” : dans le refuge souterrain pour échapper aux bombardements, sur les trottoirs d’une grande ville, au fond d’une embarcation surchargée de migrants. Laissons-nous interpeller par les enfants qu’on ne laisse pas naître, par ceux qui pleurent parce que personne ne rassasie leur faim, par ceux qui ne tiennent pas dans leurs mains des jouets, mais des armes.

Le mystère de Noël, qui est lumière et joie, interpelle et bouleverse, parce qu’il est en même temps un mystère d’espérance et de tristesse. Il porte avec lui une saveur de tristesse, en tant que l’amour n’est pas accueilli, la vie est rejetée. C’est ce qui arrive à Joseph et Marie, qui trouvèrent les portes fermées et déposèrent l’enfant dans une mangeoire, « car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (v. 7). Jésus est né dans le refus de certains et dans l’indifférence de la plupart. Aujourd’hui aussi il peut y avoir la même indifférence, quand Noël devient une fête où les protagonistes sont nous, au lieu de Lui ; quand les lumières du commerce jettent dans l’ombre la lumière de Dieu ; quand nous nous donnons du mal pour les cadeaux et restons insensibles à celui qui est exclus.

Mais Noël a surtout une saveur d’espérance parce que, malgré nos ténèbres, la lumière de Dieu resplendit. Sa lumière gracieuse ne fait pas peur ; Dieu, épris de nous, nous attire par sa tendresse, naissant pauvre et fragile au milieu de nous, comme un de nous. Il naît à Bethléem, qui signifie “maison du pain”. Il semble ainsi vouloir nous dire qu’il naît comme pain pour nous ; il vient à la vie pour nous donner sa vie ; il vient dans notre monde pour nous porter son amour. Il ne vient pas pour dévorer et pour commander, mais pour nourrir et servir. Ainsi, il y a un fil direct qui relie la crèche et la croix, où Jésus sera pain rompu : c’est le fil direct de l’amour qui se donne et nous sauve, qui donne lumière à notre vie, paix à nos cœurs.

Ils l’ont compris, en cette nuit, les bergers, qui étaient parmi les exclus d’alors. Mais personne n’est exclus aux yeux de Dieu et ce furent vraiment eux les invités de Noël. Celui qui était sûr de lui, autosuffisant, était chez lui au milieu de ses affaires ; les bergers au contraire « allèrent, sans hésitation » (cf. Lc 2, 16). Nous aussi, laissons-nous interpeller et convoquer cette nuit par Jésus, allons à Lui avec confiance, à partir de ce en quoi nous nous sentons exclus, à partir de nos limites. Laissons-nous toucher par la tendresse qui sauve ; approchons-nous de Dieu qui se fait proche, arrêtons-nous pour regarder la crèche, imaginons la naissance de Jésus : la lumière et la paix, la plus grande pauvreté et le refus. Entrons dans le vrai Noël avec les bergers, portons à Jésus ce que nous sommes, nos exclusions, nos blessures non guéries. Ainsi, en Jésus, nous goûterons le véritable esprit de Noël : la beauté d’être aimés de Dieu. Avec Marie et Joseph, restons devant la crèche, devant Jésus qui naît comme pain pour ma vie. Contemplant son amour humble et infini, disons-lui : merci, parce que tu as fait tout cela pour moi. »

Jeudi 22 décembre 2016

Le pape François a reçu ce jeudi les membres de la Curie Romaine pour le traditionnel échange de vœux de Noël. Il s’agit d’un discours important au cours duquel le Saint-Père a tracé les grandes lignes de la réforme de la Curie ; une réforme pour la rendre "conforme aux exigences de notre temps, sobre et efficace, au service du Pape et de l’Eglise". Nous vous proposons de découvrir l’intégralité de son discours.

« Chers frères et sœurs,

Je voudrais commencer notre rencontre en présentant mes vœux cordiaux à vous tous : Supérieurs, officials, représentants pontificaux et collaborateurs des Nonciatures partout dans le monde, à toutes les personnes qui sont en service à la Curie Romaine et à vos familles. Je vous souhaite un saint et serein Noël et une heureuse année 2017.

En contemplant le visage de l’enfant Jésus, saint Augustin s’est exclamé : « Immense dans sa nature divine, petit dans sa nature de serviteur ». Saint Macaire également, moine du IVème siècle et disciple de saint Antoine abbé, pour décrire le mystère de l’Incarnation, utilise le verbe grec smikruno, c’est-à-dire se faire petit en se réduisant presque à ce qu’il y a de plus petit : « Écoutez attentivement : l’infini, le Dieu inaccessible et incréé, dans son immense et ineffable bonté, a pris un corps, et, si je puis dire, s’est abaissé infiniment de sa gloire ».

Noël est donc la fête de l’humilité aimante de Dieu, du Dieu qui renverse l’ordre du logiquement prévisible, l’ordre de ce qui doit être, du dialectiqueetdu mathématique. Dans ce renversement se trouve toute la richesse de la logique divine qui bouleverse la limite de notre logique humaine (cf. Is 55, 8-9). R. Guardini a dit : « Quel renversement de toutes les valeurs familières à l’homme – non seulement humaines, mais aussi divines ! Vraiment ce Dieu renverse tout ce que l’homme prétend construire par lui-même ». A Noël nous sommes appelés à dire « oui », avec notre foi, non pas au Dominateur de l’univers, ni même aux plus belles des idées, mais bien à ce Dieu qui est l’humble-aimant.

Le bienheureux Paul VI, à Noël 1971, affirmait : « Dieu aurait pu venir revêtu de gloire, de splendeur, de lumière, de puissance, pour nous faire peur, pour nous écarquiller les yeux par des merveilles. Non, non ! Il est venu comme le plus petit des êtres, le plus fragile, le plus faible. Pourquoi cela ? Mais pour que personne n’ait honte de l’approcher, pour que personne n’ait peur, pour que tous puissent l’avoir vraiment proche, s’approcher tout près de lui, n’avoir plus aucune distance entre nous et lui. Il y a eu de la part de Dieu un effort pour s’abimer, pour se plonger parmi nous, pour que chacun, je dis chacun de vous, puisse lui dire « tu », puisse avoir confiance, puisse l’approcher, puisse se sentir pensé par lui, aimé par lui… aimé par lui : voyez comme est grande cette parole ! Si vous comprenez cela, si vous vous souvenez de ce que je vous dis, vous avez compris tout le christianisme ».

En réalité, Dieu a choisi de naître petit parce qu’il a voulu être aimé. Voilà comment la logique de Noël est le renversement de la logique mondaine, de la logique du pouvoir, de la logique du commandement, de la logique pharisienne et de la logique de la causalitéou du déterminisme.

C’est à cette lumière suave et imposante du visage divin du Christ enfant que j’ai choisi comme sujet de notre rencontre annuelle la réforme de la Curie Romaine. Il m’a semblé juste et opportun de partager avec vous le cadre de la réforme, mettant en évidence les critères de conduite, les pas accomplis, mais surtout la logique du pourquoi de chaque pas qui a été réalisé et de ce qui sera accompli.

En vérité, il me vient ici spontanément à la mémoire l’ancien adage qui illustre la dynamique des Exercices Spirituels de la méthode ignacienne, c’est-à-dire : réformer ce qui est déformé, conformer ce qui est réformé, confirmer ce qui est conformé et transformer ce qui est confirmé.

Il est certain que, dans la Curie, le sens de la ré-forme peut être double : avant tout la rendre con-forme “à la Bonne Nouvelle qui doit être proclamée joyeusement et courageusement à tous, spécialement aux pauvres, aux derniers et aux marginalisés” ; con-forme “aux signes de notre temps et à tout le bon que l’homme a atteint”, pour “mieux aller à la rencontre des exigences des hommes et des femmes que nous sommes appelés à servir” ; en même temps il s’agit de rendre la Curie plus con-forme à sa fin, qui est celle de collaborer au ministère propre du Successeur de Pierre (« cum Ipso consociatam operam prosequuntur » dit le Motu proprio Humanam progressionem), ensuite de soutenir le Pontife Romain dans l’exercice de son pouvoir singulier, ordinaire, plénier, suprême, immédiat et universel.

En conséquence, la réforme de la Curie Romaine est ecclésiologiquement orientée : in bonum e in servitium, comme l’est le service de l’Evêque de Rome, selon une expression significative du Pape saint Grégoire le Grand, reprise dans le troisième chapitre de la constitution Pastor aeternus du Concile Vatican I : “Mon honneur c’est celui de l’Église universelle. Mon honneur c’est la solide force de mes frères. Je me sens vraiment honoré quand, à aucun d’eux, n’est nié l’honneur qui lui est dû”.

Comme la Curie n’est pas un appareil immobile, la réforme est d’abord un signe de la vivacité de l’Eglise en chemin, en pèlerinage, et de l’Eglise vivante, et donc – parce que vivante – semper reformanda, devant être réformée parce que vivante. Il est donc nécessaire de rappeler avec force que la réforme n’est pas une fin en soi, mais un processus de croissance et surtout de conversion. La réforme, pour cette raison, n’a pas un but esthétique, comme si l’on voulait rendre la Curie plus belle ; elle ne peut pas être non plus comprise comme une sorte de lifting, de maquillage pour embellir le corps curial ancien, ni même comme une opération de chirurgie esthétique pour enlever les rides. Chers frères, ce ne sont pas les rides que nous devons craindre dans l’Eglise, mais les taches !

Dans cette perspective, il faut remarquer que la réforme sera efficace seulement et uniquement si elle est mise en œuvre par des hommes “rénovés” et pas seulement par des hommes “nouveaux”. Il ne suffit pas de se contenter de changer le personnel, mais il faut porter les membres de la Curie à se renouveler spirituellement, humainement, professionnellement. La réforme de la Curie ne se met en aucune manière en œuvre par le changement des personnes – qui se produit et se produira sans aucun doute- mais par la conversion dans les personnes. En réalité, une “formation permanente” ne suffit pas, il faut aussi et surtout “une conversion et une purification permanentes”. Sans un “changement de mentalité” l’effort fonctionnel serait vain.

C’est pourquoi, lors de nos deux rencontres précédentes de Noël, je me suis arrêté : en 2014, ayant pour modèle les Pères du désert, sur certaines “maladies” et en 2015, en partant du mot « Miséricorde », sur une sorte de catalogue des vertus nécessaires pour celui qui prête service dans la Curie et pour tous ceux qui veulent rendre féconde leur consécration ou leur service de l’Eglise. La raison de fond est que, comme pour toute l’Église, le semper reformanda doit se transformer, aussi pour la Curie, en une conversion personnelle et structurelle permanente.

Il était nécessaire de parler de maladies et de soins parce que toute opération, pour être un succès, doit être précédée de diagnostics approfondis, d’analyses soignées et doit être accompagnée et suivie de prescriptions précises.

Dans ce parcours, il est normal, et même salutaire, de rencontrer des difficultés qui, dans le cas de la réforme, pourraient se présenter sous diverses typologies de résistances : les résistances ouvertes qui naissent souvent de la bonne volonté et du dialogue sincère ; les résistances cachées qui naissent des cœurs effrayés ou pétrifiés qui s’alimentent des paroles vides du “gattopardisme spirituel”de celui qui en paroles se dit prêt au changement, mais veut que tout reste comme avant ; il y a aussi les résistances malveillantes, qui germent dans des esprits déformés et apparaissent quand le démon inspire des intentions mauvaises (souvent “déguisées en agneaux”). Ce dernier type de résistances se cache derrière les paroles de justification, et souvent accusatoires, en se réfugiant dans les traditions, dans les apparences, dans la formalité, dans le connu, ou bien dans le vouloir de tout porter sur le personnel, sans distinguer entre l’acte, l’acteur et l’action.

L’absence de réaction est un signe de mort ! Par conséquent, les résistances bonnes – et même les moins bonnes – sont nécessaires et méritent d’être écoutées, accueillies et encouragées à s’exprimer, parce que c’est un signe que le corps est vivant.

Tout cela veut dire que la réforme de la Curie est un processus délicat qui doit être vécu dans la fidélité à l’essentiel, avec un continuel discernement, avec un courage évangélique, avec une sagesse ecclésiale, avec une écoute attentive, avec une action tenace, dans un silence positif, avec des décisions fermes, avec beaucoup de prière – beaucoup de prière ! –, dans une profonde humilité, avec une grande clairvoyance, avec des pas en avant concrets et – quand c’est nécessaire – avec des pas en arrière, avec une volonté déterminée, avec une grande vitalité, avec une autorité responsable, dans une obéissance sans condition ; mais avant tout dans l’abandon à la conduite sûre de l’Esprit Saint, en s’en remettant à son soutien indispensable. Et, pour cela, prière, prière et prière.

Quelques critères pour la conduite de la réforme

Il y en a principalement douze : Individualité, Sens pastoral, Sens missionnaire, Rationalité, Fonctionnalité, Modernité, Sobriété, Subsidiarité, Synodalité, Catholicité, Professionnalité, Gradualité.

1. Individualité (Conversion personnelle)

Je répète de nouveau l’importance de la conversion individuelle sans laquelle tous les changements dans les structures seront inutiles. L’âme véritable de la réforme, ce sont les hommes qui en font partie et la rendent possible. En effet, la conversion personnelle supporte et renforce la conversion communautaire.

Il y a un fort lien d’échange entre l’attitude personnelle et l’attitude communautaire. Une seule personne peut apporter beaucoup de bien à tout le corps mais peut lui porter préjudice et le faire tomber malade. Et un corps sain est celui qui sait récupérer, accueillir, fortifier, soigner et sanctifier ses membres.

2. Sens pastoral (Conversion pastorale)

La Curie étant une communauté de service, et rappelant l’image du pasteur (cf. Ez 34, 16 ; Jn 10, 1-21), « il nous fait du bien à nous aussi, appelés à être pasteurs dans l’Église, de laisser le visage de Dieu Bon Pasteur nous illuminer, nous purifier, nous transformer et nous restituer pleinement renouvelés à notre mission. Que nous puissions, même sur nos lieux de travail, ressentir, cultiver et pratiquer un sens pastoral fort, avant tout envers les personnes que nous rencontrons tous les jours. Que personne ne se sente négligé ou maltraité, mais que chacun puisse faire l’expérience, avant tout ici, du soin prévenant du Bon Pasteur ». Derrière les papiers il y a des personnes.

L’engagement de tout le personnel de la Curie doit être animé par un sens pastoral et une spiritualité de service et de communion, puisque c’est l’antidote à tous les poisons de la vaine ambition et de la rivalité illusoire. En ce sens le bienheureux Paul VI avertissait : « Que la Curie Romaine ne soit pas une bureaucratie, comme certains la jugent à tort, prétentieuse et apathique, seulement juridique et ritualiste, ni une école d’ambitions cachées et de sourds antagonismes, comme d’autres l’accusent ; mais qu’elle soit une véritable communauté de foi et de charité, de prière et d’action ; communauté de frères et de fils du Pape qui font tout, chacun dans le respect de la compétence d’autrui et avec un sens de la collaboration, pour le servir dans son service des frères et des fils de l’Église universelle et de la terre entière ».

3. Sens missionnaire (Christocentrisme)

C’est la fin principale de tout service ecclésiastique, celle qui consiste à porter la joyeuse annonce aux extrémités de la terre, comme nous le rappelle le magistère conciliaire, parce qu’ « il y a des structures ecclésiales qui peuvent arriver à favoriser un dynamisme évangélisateur ; également les bonnes structures sont utiles quand une vie les anime, les soutient et les guide. Sans une vie nouvelle et un authentique esprit évangélique, sans fidélité de l’Église à sa propre vocation, toute nouvelle structure se corrompt en peu de temps ».

4. Rationalité

Sur la base du principe selon lequel tous les Dicastères sont juridiquement égaux entre eux, une rationalisation des organismes de la Curie Romaine est nécessaire pour mettre en évidence le fait que chaque Dicastère a des compétences propres. Ces compétences doivent être respectées mais aussi réparties avec rationalité, avec efficacité et efficience. Aucun Dicastère ne peut donc s’attribuer la compétence d’un autre Dicastère, selon ce qui est fixé par le droit, et d’autre part, tous les Dicastères se réfèrent directement au Pape.

5. Fonctionnalité

Le regroupement éventuel de deux - ou plus – Dicastères, compétents sur des matières proches ou en relations étroites, en un unique Dicastère sert d’un côté à donner au Dicastère en question une importance plus grande (également à l’extérieur) ; d’un autre côté, la contiguïté et l’interaction des réalités particulières dans un unique Dicastère aident à avoir une plus grande fonctionnalité (les deux nouveaux Dicastères d’institution récente en sont un exemple).

La fonctionnalité nécessite aussi la révision continuelle des rôles et de l’adéquation des compétences et des responsabilités du personnel, et, en conséquence, la réalisation de mutations, d’embauches, d’interruptions et aussi de promotions.

6. Modernité (Mise à jour)

C’est-à-dire la capacité de lire et d’écouter les “signes des temps”. En ce sens « nous prenons sans délai les mesures nécessaires afin que les dicastères de la Curie Romaine soient conformes aux situations de notre temps et s’adaptent aux nécessités de l’Église universelle ». Cela était demandé par le Concile Vatican II : « Que les Dicastères de la Curie Romaine soient soumis à une nouvelle organisation plus en rapport avec les besoins des temps, des pays et des rites, notamment en ce qui concerne leur nombre, leur nom, leur compétence, leurs méthodes propres de travail et la coordination de leurs travaux ».

7. Sobriété

Dans cette perspective, une simplification et un allègement de la Curie sont nécessaires : regroupement ou fusion de Dicastères selon les matières de compétence et simplification interne de chaque Dicastère ; éventuelles suppressions de Bureaux qui ne correspondent plus aux nécessités contingentes. Intégration dans les Dicastères, ou réduction, des commissions, académies, comités, etc… le tout en vue de l’indispensable sobriété nécessaire à un témoignage correct et authentique.

8. Subsidiarité

Réorganisation des compétences spécifiques des différents Dicastères, si nécessaire en les transférant d’un Dicastère à un autre, afin d’atteindre l’autonomie, la coordination et la subsidiarité dans les compétences, ainsi que l’interrelation dans le service.

En ce sens, le respect des principes de subsidiarité et de rationalisation des relations avec la Secrétairerie d’Etat et à l’intérieur de celle-ci – entre ses diverses compétences -, est aussi nécessaire afin qu’elle soit, dans l’accomplissement de ses fonctions, l’aide directe la plus immédiate du Pape. Ceci aussi pour une meilleure coordination des différents secteurs des Dicastères et des Bureaux de la Curie. La Secrétairerie d’Etat pourra accomplir cette importante fonction qui est la sienne, justement en réalisant l’unité, l’interdépendance et la coordination de ses sections et de ses divers secteurs.

9. Synodalité

Le travail de la Curie doit être synodal : réunions habituelles des Chefs de Dicastères présidées par le Pontife Romain ; Audiences di tabella des Chefs de Dicastères régulières ; réunions interdicastérielles habituelles. La réduction du nombre de Dicastères permettra des rencontres plus fréquentes et plus systématiques des différents Préfets avec le Pape, ainsi que des réunions des Chefs de Dicastères efficaces, ce que ne peut être le cas d’un groupe trop nombreux.

La synodalité doit être vécue aussi à l’intérieur de chaque Dicastère, en donnant une importance particulière au Congresso et une fréquence plus élevée au moins à la Session ordinaire. A l’intérieur de chaque Dicastère il faut éviter la fragmentation qui peut être produite par différents facteurs, comme la multiplication des secteurs spécialisés qui peuvent tendre à être autoréférentiels. La coordination entre ceux-ci doit être faite par le Secrétaire ou le Sous-Secrétaire.

10. Catholicité

Entre les collaborateurs, outre les prêtres et les consacrés/ées, la Curie doit refléter la catholicité de l’Église par l’embauche de personnel venant du monde entier, de diacres permanents et de fidèles laïcs dont le choix doit être attentivement fait sur la base de leur irréprochable vie spirituelle et morale et de leur compétence professionnelle. Il est opportun de prévoir l’accès d’un plus grand nombre de fidèles laïcs surtout dans les Dicastères où ils peuvent être plus compétents que des clercs ou des consacrés. De plus, la valorisation du rôle de la femme et des laïcs dans la vie de l’Église est de grande importance, ainsi que leur intégration dans les rôles de conduite des Dicastères, avec une attention particulière à la multiculturalité.

10. Professionnalité

Il est indispensable que chaque Dicastère adopte une politique de formation permanente du personnel, pour éviter de “se rouiller » et de tomber dans la routine du fonctionnalisme.

D’autre part, il est indispensable de d’archiver définitivement la pratique du promoveatur ut amoveatur. C’est un cancer.

12. Gradualité (discernement)

La gradualité est le fruit du discernement indispensable qui implique processus historique, scansion de temps et d’étapes, contrôle, corrections, expérimentations, approbations ad experimentum. Donc, dans ces cas, il ne s’agit pas d’indécision mais de la flexibilité nécessaire pour pouvoir atteindre une véritable réforme.

Quelques pas accomplis

Je mentionne brièvement et de façon limitée certains pas réalisés en concrétisation des critères-guides, des recommandations expresses des Cardinaux durant les Réunions plénières avant le Conclave, de la COSEA, du Conseil des Cardinaux, ainsi que des Chefs de dicastère et d’autres personnes et experts :

- Le 13 avril 2013 a été annoncé le Conseil des Cardinaux (Consilium Cardinalium Summo Pontifici) – le dit C8 devenu C9 à partir du 1er juillet 2014 - en premier lieu pour conseiller le Pape dans le gouvernement de l’Eglise universelle et sur d’autres thèmes relatifs, et aussi avec la tache spécifique de proposer la révision de la Constitution apostolique Pastor Bonus.

- Avec le Chirographe du 24 juin 2013 a été érigée la Commission Référente sur l’Institut pour les Œuvres de Religion, pour connaître de manière plus approfondie la position juridique de l’IOR et permettre sa meilleure “harmonisation” avec “la mission universelle du Siège apostolique”. Le tout pour “permettre aux principes de l’Evangile d’imprégner aussi les activités de nature économique et financière” et pour arriver à une transparence complète et reconnue dans ses actes.

- Avec le Motu Proprio du 11 juillet 2013, il s’est agi de préciser la juridiction des organes judiciaires de l’Etat de la Cité du Vatican en matière pénale.

- Avec le Chirographe du 18 juillet 2013, a été instituée la COSEA (Commission pontificale référente d’étude et d’orientation sur l’organisation de la structure économico-administrative), avec le but d’étudier, d’analyser et de recueillir des informations, en coopération avec le Conseil des Cardinaux pour l’étude des problèmes organisationnels et économiques du Saint Siège.

- Avec le Motu Proprio du 8 août 2013, a été institué le comité de Sécurité Financière du Saint-Siège, pour la prévention et l’opposition au blanchiment, au financement du terrorisme et à la prolifération des armes de destruction de masse. Le tout pour amener l’IOR et tout le système économique du Vatican à l’adoption régulière et à l’accomplissement complet, avec détermination et diligence, de toutes les lois standards internationales sur la transparence financière.

- Avec le Motu proprio du 15 novembre 2013 a été consolidée l’Autorité d’Information Financière (A.I.F.), instituée par Benoît XVI, par le Motu Proprio du 30 décembre 2010, pour la prévention et l’opposition aux activités illégales dans le domaine financier et monétaire.

- Avec le Motu proprio du 24 février 2014 (Fidelis Dispensator et Prudens), ont été érigés le Secrétariat pour l’Economie et le Conseil pour l’Economie, en remplacement du Conseil des 15 Cardinaux, avec la tâche d’harmoniser les politiques de contrôle concernant la gestion économique du Saint-Siège et de la Cité du Vatican.

- Avec le même Motu proprio (Fidelis Dispensator et Prudens)- 24 février 2014 – a été érigé le Bureau du Réviseur général (URG), nouvel organisme du Saint-Siège chargé d’accomplir la révision (audit) des Dicastères de la Curie Romaine, des Institutions liées au Saint-Siège - ou qui font référence à lui – et des administrations du Gouvernoratorat de l’Etat de la Cité du Vatican.

- Avec le Chirographe du 22 mars 2014 a été instituée la Commission Pontificale pour la protection des Mineurs pour “promouvoir la protection de la dignité des mineurs et des adultes vulnérables, à travers les formes et les modalités, conformes à la nature de l’Eglise, considérées les plus opportunes”.

- Avec le Motu proprio du 8 juillet 2014 a été transférée la Section Ordinaire de l’Administration du Patrimoine du Siège apostolique au Secrétariat pour l’économie.

- Le 22 février 2015 ont été approuvés les Statuts pour les nouveaux Organismes économiques.

- Avec le Motu proprio du 27 juin 2015 a été érigé le Secrétariat pour la Communication avec la tâche de “répondre au contexte actuel de la communication, caractérisé par la présence et le développement des médias numériques, par les facteurs de la convergence et de l’interactivité”, et aussi de restructurer globalement, à travers un processus de réorganisation et de regroupement de “tous les organismes qui se sont occupés jusqu’à présent de diverses façons de la communication”, dans le but de “répondre toujours plus aux exigences de la mission de l’Eglise ».

- Le 6 septembre 2016 a été promulgué le Statut du Secrétariat pour la communication, entré en vigueur en octobre dernier.

- Avec les deux Motu proprio du 15 août 2015, on a pourvu à la réforme du procès canonique pour les causes de déclaration de nullité de mariage : Mitis et misericors Iesus, dans le Code des Canons des Eglises Orientales ; Mitis Iudex Dominus Iesus, dans le Code de Droit canonique.

- Avec le Motu proprio du 4 juin 2016 (Come una madre amorevole), on a voulu prévenir la négligence des Evêques dans l’exercice de leur fonction, en particulier au sujet des cas d’abus sexuel accomplis sur des mineurs et des adultes vulnérables.

- Avec le Motu proprio du 4 juillet 2016 (I beni temporali), suivant comme règle de très grande importance que les organismes de vigilance soient séparés de ceux qui sont surveillés, ont été mieux définis les domaines respectifs de compétence du Secrétariat pour l’économie et de l’Administration du Patrimoine du Saint-Siège.

- Avec le Motu proprio du 15 août 2016 (Sedula Mater), a été constitué le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie rappelant surtout la finalité pastorale générale du ministère pétrinien : « Nous nous employons promptement à disposer toutes choses afin que les richesses du Christ Jésus se déversent de façon adéquate et avec profusion parmi les fidèles ».

- Avec le Motu proprio du 17 août 2016 (Humanam progressionem), a été constitué le Dicastère pour le Service du développement humain intégral, afin que le développement se réalise “à travers le soin que l’on porte aux biens incommensurables de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création”. Dans ce Dicastère se rejoindront, au premier janvier 2017, quatre Conseils Pontificaux : Justice et Paix, Cor Unum, la Pastorale des migrants et la Pastorale des Services de santé. Je m’occuperai directement “ad tempus” de la section pour la pastorale des migrants et des réfugiés de ce nouveau dicastère.

- Le 18 octobre 2016 a été approuvé le statut de l’académie pontificale pour la Vie.

Notre rencontre a commencé en parlant de la signification de Noël comme renversement de nos critères humains pour souligner que le cœur et le centre de la réforme est le Christ (Christocentrisme).

Je voudrais simplement conclure avec une parole et une prière. La parole est celle de rappeler que Noël est la fête de l’humilité aimante de Dieu. Pour la prière, j’ai choisi l’invocation de Noël du Père Matta el Meskin (moine contemporain), qui, en s’adressant au Seigneur Jésus, né à Bethléem, s’exprime ainsi : « Si pour nous l’expérience de l’enfance est si difficile, pour toi, elle ne l’est pas, Fils de Dieu. Si nous trébuchons sur le chemin qui conduit à la communion avec toi selon cette petite taille, tu es capable d’enlever tous les obstacles qui nous en empêchent. Nous savons que tu ne seras pas en paix jusqu’à ce que tu nous trouves selon ta ressemblance et avec cette taille. Permets-nous aujourd’hui, Fils de Dieu, de nous approcher de ton cœur. Donne-nous de ne pas nous croire grands par nos expériences. Donne-nous au contraire, de devenir petits comme toi afin que nous puissions t’être proches et recevoir de toi humilité et douceur en abondance. Ne nous prive pas de ta révélation, l’épiphanie de ton enfance en nos cœurs, afin qu’avec elle nous puissions soigner tout orgueil et toute arrogance. Nous avons un besoin extrême […] que tu révèles en nous ta simplicité nous approchant nous de toi, de même que l’Eglise et le monde entier. Le monde est las et épuisé parce qu’il fait la course pour savoir qui est le plus grand. Il y a une concurrence impitoyable entre gouvernants, entre églises, entre peuples, à l’intérieur des familles, entre une paroisse et une autre : qui est le plus grand parmi nous ? Le monde est couvert des plaies de blessures douloureuses parce que sa grande maladie est : qui est le plus grand ? Mais aujourd’hui, nous avons trouvé en toi notre unique médicament, Fils de Dieu. Nous et le monde entier ne trouverons ni salut ni paix, si nous ne retournons/revenons pas te rencontrer de nouveau dans la mangeoire de Bethléem. Amen.

Merci, et je vous souhaite un saint Noël et une heureuse nouvelle année 2017.

[improvisé]

Quand, il y a deux ans, j’ai parlé des maladies, l’un de vous est venu me dire : « Où dois-je aller, à la pharmacie ou me confesser ? » - « Mais, les deux », ai-je dit. Et quand j’ai salué le Cardinal Brandmüller, il m’a regardé dans les yeux et il m’a dit : « Acquaviva ! ». Sur le moment je n’ai pas compris, mais ensuite, réfléchissant, réfléchissant, je me suis rappelé que Acquaviva, troisième général de la Compagnie de Jésus, avait écrit un livre que nous, étudiants, lisions en latin, les pères spirituels nous le faisaient lire, il s’appelait ainsi : Industriae pro Superioribusejusdem Societatis ad curandos animae morbos, c’est-à-dire les maladies de l’âme. Il y a trois mois a paru une très bonne édition en italien, faite par le père Giuliano Raffo, mort récemment ; avec un bon prologue qui indique comment on doit le lire, et aussi une bonne introduction. Ce n’est pas une édition critique, mais la traduction est très belle, bien faite et je crois qu’elle peut aider. Comme cadeau de Noël, je souhaiterais l’offrir à chacun de vous. Merci. »

Mercredi 21 Décembre 2016

« Nos sécurités ne nous sauveront pas, seule l’Espérance en Dieu le peut » : c’est ce qu’a affirmé avec force le Pape François, lors de l’audience générale, ce mercredi matin, 21 décembre 2016, en salle Paul VI. Le Souverain Pontife a poursuivi son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne.
Cette espérance entre dans le monde à Noël, avec l’incarnation du Fils de Dieu.

La naissance de Jésus, dans l’humble grotte de Bethléem, nous parle en effet d’une espérance « fiable, visible et compréhensible, car fondée sur Dieu ». En entrant dans le monde, Jésus « nous donne la force de marcher avec Lui, vers le Père qui nous attend ». Voilà ce que signifie « espérer », pour le chrétien.

Et le Pape propose l’exemple de la Crèche, laquelle, « dans sa simplicité, transmet l’espérance dans chacun des personnages » : Marie, celle qui a dit « oui », celle qui a été durant neuf mois l’Arche de l’Alliance éternelle, qui contemple l’Enfant emmailloté, et « voit en Lui l’amour de Dieu venu sauver son peuple et toute l’humanité » ; saint Joseph, qui a cru à la parole de l’ange et a nommé l’Enfant ‘Jésus’ ; les bergers, pauvres et les humbles, qui reconnaissent dans cet Enfant la réalisation de la promesse de Dieu, et espèrent que le salut s’accomplira pour chacun d’eux. Celui qui s’appuie sur ses propres sécurités, surtout matérielles, n’attend pas le salut de Dieu, a poursuivi le Pape, seule l’Espérance en Dieu nous sauvera, a martelé le Pape.

Aussi les bergers, comme le chœur des anges, se réjouissent-ils, car « l’espérance chrétienne s’exprime dans la louange et l’action de grâce à Dieu, qui a inauguré son Règne d’amour, de justice et de paix ».

Le Saint-Père a conclu en nous invitant à nous recueillir devant la crèche : « En contemplant la crèche, accueillons Jésus, germe de l’espérance que Dieu dépose dans les sillons de notre histoire personnelle et communautaire. Car chaque ‘oui’ à Jésus qui vient est un germe d’espérance ».

Retrouvez toute l’intervention du Saint-Père en Français :

" Frères et sœurs, à quelques jours de Noël, je voudrais réfléchir à ce moment où, pour ainsi dire, l’espérance est entrée dans le monde, avec l’incarnation du Fils de Dieu. La naissance du Christ nous parle d’une espérance fiable, visible et compréhensible, parce que fondée sur Dieu.

Espérer pour le chrétien signifie la certitude d’être en chemin avec le Christ vers le Père qui nous attend. Ainsi, dans sa simplicité, la crèche transmet l’espérance à travers chacun des personnages : Jésus, en qui l’espérance de Dieu et l’espérance de l’homme se rencontrent ; Marie, Mère de l’espérance, qui contemple l’Enfant et voit en Lui l’amour de Dieu venu sauver son peuple et toute l’humanité ; et Joseph, qui a cru à la parole de l’ange et qui a nommé cet Enfant « Jésus », un nom qui est une espérance pour chaque homme.

Dans la crèche, les bergers représentent les humbles et les pauvres : ils voient dans cet Enfant la réalisation de la promesse de Dieu et ils espèrent que son salut s’accomplira pour chacun d’eux. Ils se réjouissent quand ils reconnaissent dans cet Enfant le signe donné par les anges. Car l’espérance chrétienne s’exprime dans la louange et l’action de grâce à Dieu qui a inauguré son Règne d’amour, de justice et de paix. En contemplant la crèche, accueillons Jésus, germe de l’espérance que Dieu dépose dans les sillons de notre histoire personnelle et communautaire. Car chaque « oui » à Jésus qui vient est un germe d’espérance. "

(Avec R. V.)

Dimanche 18 Décembre 2016

Le Pape François demande à tous les fidèles de prier pour que le dialogue politique en République démocratique du Congo (RDC) se déroule « avec sérénité pour éviter tout type de violence », « pour le bien de tout le pays ». C’est ce qu’a déclaré le Saint-Père depuis la fenêtre des appartements apostoliques au Vatican après la prière de l’angélus en ce quatrième dimanche de l’Avent.

Cette déclaration intervient alors que l’Église catholique de RDC est très impliquée pour tenter de trouver une issue politique à la succession du président Joseph Kabila dont le mandat s’achève mardi 20 décembre. Aucune élection présidentielle n’a été organisée dans les temps et une grande partie de l’opposition craint que l’actuel chef de l’État ne fasse tout pour conserver le pouvoir.

La CENCO, la conférence épiscopale nationale du Congo a ainsi présidé des négociations qu’elle a suspendu samedi soir, aucun progrès n’ayant été enregistré entre les différentes parties. Le Pape François recevra ce lundi 19 décembre au Vatican Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani, président de la CENCO, et Mgr Fridolin Ambongo Besungu, évêque de Bokungu Ikela, le vice-président.

Dans son commentaire de l’évangile de ce quatrième dimanche de l’Avent, le Pape François, avant de réciter la prière de l’angélus, est revenu sur les deux figures les plus proches du « mystère d’amour, du mystère de proximité de Dieu avec l’humanité » qui s’est manifesté le soir de Noël : Marie et Joseph.

« Dieu s’est approché de nous et a pris la chair d’une femme. Dieu se rapproche de nous aussi, de manière différente, par sa grâce, en entrant dans nos vies pour offrir en don son Fils ». Le Pape souligne ainsi que nous sommes appelés à faire comme Marie qui s’offrit librement au Seigneur. « Nous aussi, en accueillant Jésus et en cherchant de le suivre chaque jour, nous pouvons coopérer à son dessein de salut pour nous et pour le monde ». C’est pourquoi, explique-t-il encore, « Marie nous apparait comme un modèle à regarder et comme un soutien sur lequel nous pouvons compter dans notre quête de Dieu, dans notre engagement pour construire la civilisation de l’amour ».

Quant à Joseph, « homme humble et juste, il nous enseigne à toujours avoir confiance en Dieu quand il se fait proche », poursuit le Pape. « Joseph nous enseigne à nous laisser guider par Lui avec une volontaire obéissance ». Alors que Joseph est plongé dans le doute après la révélation de la grossesse de Marie, Dieu se fait proche de lui et lui explique ce qui se passe. Joseph, après coup, ne répudie pas sa promise et la prend avec lui et l’épouse.

Le Pape François résume alors ce que ces deux figures nous apprennent : demeurer disponible pour accueillir le Fils de Dieu dans notre vie concrète, dans notre chaire, et toujours chercher la volonté de Dieu et la suivre en pleine confiance. « L’annonce d’espoir qui s’accomplit à Noël comble l’attente de Dieu qui est en chacun de nous, dans toute l’Église et chez tant de petits qui sont méprisés par le monde mais que Dieu aime et dont Dieu se rapproche ».

A l’issue de ces divers saluts, le Pape a tenu à remercier toutes les personnes et les institutions qui lui ont souhaité un bon anniversaire ce samedi à l’occasion de ses 80 ans.

(Avec R. V.)

Samedi 17 Décembre 2016 : Bon anniversaire Très Saint Père !

« Aujourd’hui nous nous arrêtons, nous regardons en arrière, nous voyons que le chemin a été beau, que le Seigneur ne nous a pas déçu, que le Seigneur est fidèle » En ce samedi 17 décembre 2016, le Pape François célèbre son 80e anniversaire. Il a présidé une messe en la chapelle pauline du palais apostolique en compagnie de tous les cardinaux résidant à Rome.

Dans son homélie improvisée, il est revenu sur la liturgie de ce jour qui invite à marquer une pause dans le temps de l’Avent qui nous porte vers Noël. « L’Église veut que nous fassions mémoire ». « La mémoire que la même Écriture souligne comme moyen de prier et de rencontrer Dieu ». François a expliqué ainsi que les textes de ce 17 décembre signifient la grâce de la mémoire, autrement dit « ne pas oublier ».

« C’est le propre de l’amour : ne pas oublier ». Le Pape, devant tous les cardinaux présents à Rome ce weekend, souligne que cette « mémoire nous fait du bien parce qu’elle rend encore plus intense cette attente vers Noël ». Elle rappelle le parcours de tout chrétien et son cheminement vers Dieu et sa promesse, « promesse qui sera pleine, à la fin, mais qui se consolide avec chacune des alliances que nous faisons avec le Seigneur, alliances de fidélité ». Elle nous fait comprendre, poursuit le Pape, que « nous avons été tous élus ». « L’élection, la promesse et l’alliance sont comme les piliers de la mémoire chrétienne. Regarder en arrière pour aller de l’avant ».

Bien sûr, reconnait le Saint-Père, « nous trouvons toujours sur notre route la grâce et le péché ». Dans notre vie même, « il y a des moments de grande fidélité au Seigneur, de joie dans le service, et des mauvais moments d’infidélité, de péché qui nous font sentir le besoin de salut. C’est aussi cela notre sécurité : quand nous avons besoin de salut, nous confessons la foi ». C’est ainsi que l’on va de l’avant dans la joie de l’espérance.

Alors en ce jour, « nous nous arrêtons, nous regardons en arrière et nous voyons que le chemin a été beau, que le Seigneur ne nous a pas déçu ». C’est cela la vie du chrétien : « tu vas de l’avant, vers la rencontre définitive ». Cette pause au milieu de l’Avent, nous permet de comprendre, conclut le Pape, qu’il y a « l’histoire d’un Dieu qui a voulu marcher avec son peuple et se faire, à la fin, Un, Homme, avec chacun de nous ».

À l’issue de la messe, le Pape François a repris la parole pour remercier les cardinaux présents en ce jour particulier pour lui. Il leur a confié que depuis plusieurs jours lui revenait en tête le mot « vieillesse », reconnaissant que cela faisait un peu peur. Mais il a aussitôt rappelé ce qu’il avait exprimé le 15 mars 2013 lors de sa première rencontre avec les cardinaux, juste après son élection : « la vieillesse est source de sagesse » ; « espérons que ce soit ainsi aussi pour moi », a-t-il ensuite souhaité.

Il est enfin revenu sur le temps qui passe et qui donne un « coup ». Mais « quand on pense la vieillesse comme une étape de la vie qui est là pour donner de la joie, de la sagesse, de l’espoir, on recommence à vivre, non ? ». Après avoir cité Pline en latin, il a conclu en faisant une citation en allemand : « la vieillesse est tranquille et religieuse », demandant aux cardinaux qu’ils prient pour que sa vieillesse soit ainsi : « tranquille, religieuse et féconde, et joyeuse aussi ».

Le pape François a fêté ses 80 ans avec des sans-abri en la Maison Sainte-Marthe ce samedi 17 décembre 2016 :

(Avec R. V.)

Mercredi 14 Décembre 2016

C’est un message d’espérance que le Pape François a transmis ce lors de l’audience générale qui s’est tenue salle Paul VI au Vatican : « La plus grande joie de Noël » est « la paix intérieure » intimement liée à la conviction que le Seigneur efface les péchés.
En effet, dans sa catéchèse, en ce temps de l’Avent, le Saint-Père a commenté un passage du livre d’Isaïe soulignant que le prophète nous aide à nous ouvrir à l’espérance du salut.

« Comme ils sont beaux, sur les montagnes, les pas du messager qui annonce la paix », ces paroles d’Isaïe, « font référence au miracle de la paix » observe le Pape. « Le Seigneur est venu libérer son peuple »(…) Il s’est fait proche du « petit reste », « le petit peuple » d’Israël qui malgré l’exil a « résisté dans la foi, a continué à croire et à espérer » même dans les moments les plus sombres. Ainsi, a estimé le Saint-Père , il pourra voir « les merveilles de Dieu ». Dieu qui est venu nous sauver offrant aux hommes sa miséricorde. « Dieu capable de vaincre le plus gros des péchés ».

« C’est cela la joie de Noël, les raisons de notre espérance », a encore insisté le Pape. « Lorsque tout semble perdu, que la foi chancelle et que la tentation est grande de dire que rien n’a plus de sens, la joyeuse nouvelle de Noël retentit : Dieu vient, il refait toute chose nouvelle et instaure un Règne de paix ». « Le mal ne triomphera pas toujours, le désespoir est vaincu parce que Dieu est parmi nous ».

Le Saint-Père exhorte alors chacun de nous à « se réveiller », à « être des hommes et des femmes d’espérance ». « Comme il est laid de voir un chrétien qui a perdu l’espérance ! » dit-il en exhortant à « courir comme le messager parce que le monde ne peut attendre, l’humanité a soif de justice, de vérité et de paix ».

Lors des saluts en différentes langues, le Pape a invité les pèlerins francophones à « se laisser toucher par Dieu, devant la crèche ».

Le Saint-Père a par ailleurs, en italien, remercié tous ceux qui lui ont adressé des vœux à l’occasion de ses 80 ans, ce samedi 17 décembre. Au début de l’audience, il avait soufflé une bougie sur un gâteau présenté par des fidèles.

Les francophones qui le veulent peuvent adresser leurs vœux au Pape François à l’occasion de son anniversaire, à l’adresse PapeFrancois80 chez vatican.va.

(Avec R. V.)

Mardi 13 décembre 2016

Le Saint-Père a fêté son 47ème anniversaire d’ordination sacerdotale. C’est en effet le 13 décembre 1969 qu’il a été ordonné prêtre pour la Compagnie de Jésus à Buenos Aires. 4 jours plus tard, il fêtait ses 33 ans.

- Le Pape François avec les séminaristes le 10 décembre : "Le plus important, c’est de rencontrer Jésus !"

Dimanche 11 décembre 2016

Lors de l’Angelus de ce dimanche, place Saint-Pierre, troisième dimanche de l’Avent, le Pape a appelé les fidèles à répondre à l’invitation de Saint-Paul : « Réjouissez-vous toujours car le Seigneur est proche ! », et à partager ce sentiment d’exultation.

En effet, le Salut et l’amour de Dieu sont sources de joie.

« Ce n’est pas une joie superficielle ou purement émotive, encore moins une joie de mondanités ou de consumérisme », affirme le Pape. Il s’agit plutôt d’une « joie authentique, dont nous sommes appelés à redécouvrir la saveur » pendant ce temps de l’Avent. C’est « une joie qui touche à l’intime de notre être » pendant que nous sommes dans l’attente du « Messie promis, né à Bethléem de la Vierge Marie ».

Le Pape François s’appuie sur l’exemple du prophète Isaïe, qui a vu une terre aride peuplée de « faibles, de cœurs perdus, d’aveugles, de sourds et de muets », se transformer en « un désert florissant, la joie et la consolation imprégnant les cœurs », signe du Salut qui s’accomplit en Jésus. Ce même Salut présent dans le message de Jean-Baptiste : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent ». Ce ne sont pas que des paroles, insiste le Saint-Père. Quand Jésus sauve, c’est en acte, des « actes qui affectent tout l’être humain et le régénère ».

C’est de cette intervention du Salut et de l’amour de Dieu que naît la joie, explique encore le Pape. « Dieu est entré dans l’histoire pour nous libérer de l’esclavage du péché, il a planté sa tente au milieu de nous pour partager notre existence, guérir nos plaies, soigner nos blessures et nous donner une vie nouvelle. »

Le Saint-Père invite à vivre ce sentiment d’exultation, « car un chrétien qui n’est pas joyeux, n’est pas chrétien », il lui manque cette joie « du cœur qui nous fait avancer et nous donne du courage ». Il appelle aussi à être patient parce qu’au retour du libérateur, le jour de Noël, « notre joie sera pleine ». Une joie qu’il appelle à partager avec ceux qui sont malades, les personnes seules et les malheureux.

Après la prière de l’Angelus, le Pape a évoqué la situation en Syrie. Il a fait part, en particulier, de sa proximité, par la prière, aux personnes qui vivent à Alep. Une offensive a été lancée par le régime syrien sur les quartiers orientaux de l’ancienne capitale économique de Syrie, dans le nord du pays. Des milliers de civils continuent de fuir les zones rebelles, bombardées par les raids syriens et russes.

Dans ce contexte, le Saint-Père a appelé à ne pas oublier que « Alep est une ville où vivent des familles, des enfants, des personnes âgées ou malades ». Il déplore que « nous nous soyons habitués à la guerre, à la destruction, mais nous ne devons pas oublier que la Syrie est un pays plein d’histoire, de culture et de foi » insiste le Pape. Un patrimoine et un peuple qui sont niés par la guerre, « accumulation d’injustices et des mensonges ». Pour la Syrie, le Saint-Père en appelle « à l’engagement de tous, parce que nous faisons face à un choix de civilisation ». Il appelle à dire « non à la destruction, oui à la paix, oui au peuple d’Alep et à la Syrie ».

Le souverain pontife a ensuite appelé à prier pour les victimes des différentes attaques terroristes qui ont frappé plusieurs pays « dans les dernières heures ». « Les lieux sont différents, mais malheureusement la violence qui sème la mort et la destruction est unique » a déploré le Saint-Père qui appelle à une « réponse aussi unique : la foi en Dieu et l’unité dans les valeurs humaines et civiles ». Il a exprimé sa proximité toute particulière pour son « cher frère le pape Tawadros II et sa communauté » et sa prière pour les morts et les blessés. Le Pape Tawadros II est la principale autorité de l’Église copte orthodoxe, frappée ce dimanche 11 décembre par un attentat suicide dans une église du Caire, en Egypte, faisant des dizaines de morts.

Il a enfin rappelé la béatification ce dimanche 11 décembre, au Laos, de 17 martyrs laotiens et étrangers. La célébration a lieu dans la capitale Vientiane. Parmi les béatifiés, le Père Mario Borzaga, prêtre des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, et Paolo Thoj Xyooj, fidèle laïc catéchiste et quatorze de ses compagnons tués pour leur foi. « Leur fidélité héroïque au Christ doit être un encouragement et un exemple pour les missionnaires et spécialement pour les catéchistes, qui dans leurs terres de missions, accomplissent une œuvre apostolique précieuse et irremplaçable ».

(Avec R. V.)

Jeudi 8 Décembre 2016

Notre « oui » à Dieu est-il un oui « à moitié » et médiocre, ou entier et inconditionnel ? C’est la réflexion proposée par le Pape ce jeudi 8 décembre, lors de la prière de l’Angélus, à l’occasion de la Solennité de l’Immaculée Conception. Devant une Place St Pierre, où trônent déjà le sapin décoré de Noël et la traditionnelle crèche, François est revenu sur les lectures du jour, tirées du livre de la Genèse et de l’Evangile selon St Luc, qui présentent deux « passages cruciaux » de l’histoire des relations entre Dieu et les hommes.

Devant une Place St Pierre, où trônent déjà le sapin décoré de Noël et la traditionnelle crèche, le Saint-Père est revenu sur les lectures du jour, tirées du livre de la Genèse et de l’Evangile selon St Luc, qui présentent deux « passages cruciaux » de l’histoire des relations entre Dieu et les hommes.

« Le livre de la Genèse nous montre le ‘non’ des origines, lorsque l’homme a préféré se regarder plutôt que son créateur, qu’il a voulu n’en faire qu’à sa tête, en choisissant de se suffire à lui-même ». Une attitude qui le conduit au péché et le coupe de la communion avec Dieu ; Dieu qui n’abandonne pourtant pas l’homme au mal. Il le cherche, et lui pose la question d’un père ou d’une mère dont le fils aurait disparu : « Où es-tu ? ».

Face à ce « non des origines », le passage de l’Evangile nous montre le « oui le plus important de l’Histoire », celui de l’humble jeune fille de Nazareth, Marie. Sa disponibilité et son abandon rendent possible l’incarnation du Fils de Dieu. Jésus commence ainsi « dans le sein de Marie, son chemin sur les routes de l’humanité ». « Il se fait l’un de nous, en toute chose, excepté le péché ». Et c’est pour cela qu’il a choisi Marie, la toute pure, l’immaculée, la « comblée de grâce », la créature en qui le péché ne trouve aucun espace. Son « oui » humble et fidèle « détruit le non orgueilleux des origines », « guérit la désobéissance » originelle, et « renverse l’égoïsme du péché ».

Partant de l’exemple de ce « oui » inconditionnel, le Pape s’interroge sur notre attitude, et constate : « parfois, dit-il, nous sommes experts des ‘oui à moitié’, nous excellons à faire semblant de ne pas comprendre la volonté de Dieu ». Mais plutôt que de dire « non », nous disons à Dieu « oui, mais... pas aujourd’hui. Demain je serai meilleur, je prierai, je ferai du bien ». Or, en agissant ainsi, « nous fermons la porte au bien », et « le mal profite de ces oui manqués ». En revanche, chaque « oui » donne naissance à une histoire de salut nouvelle et originale avec Dieu, et particulièrement en ce temps de l’Avent, où Dieu « désire nous visiter et attend notre ’oui’ ».

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a évoqué le fort séisme qui a frappée l’ile de Sumatra, en Indonésie, ce mercredi. La secousse, de magnétude 6,5, a provoqué la mort d’une centaine de personnes. François a affirmé prier pour les victimes et leurs familles, pour le sblessés, et ceux qui ont perdu leurs maisons. « Que le Seigneur donne force à la population et soutiennent les opérations de secours ».

(Avec R. V.)

Dimanche 7 Décembre 2016

« Ne jamais perdre l’espérance », qui est la « vertu des petits » : c’est l’appel lancé par le Pape, mercredi 7 décembre, lors de l’audience générale, tenue dans la salle Paul VI

Le Pape François a commencé ce mercredi un nouveau cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne… Prenant appui sur le chapitre 40 du Livre d’Isaïe, autrement appelé le Livre de la Consolation, il a enjoint les fidèles à attendre dans la confiance e la venue du Seigneur.

Le temps de l’Avent est celui de l’attente , un temps où le croyant est appelé à réfléchir sur le sens de l’espérance, « l’Espérance qui ne déçoit jamais », contrairement à l’optimisme, a précisé le Pape. Dieu lui-même nous enseigne à espérer, par la bouche de ses prophètes, à qui il demande d’encourager son peuple, de lui adresser une parole de Consolation. Isaïe assure ainsi au peuple d’Israël, alors en exil, que ses tribulations sont finies, que le retour sur sa terre est proche. Le prophète l’invite donc « à préparer le chemin du Seigneur, en s’ouvrant à ses dons de Salut ».

La consolation commence en effet « avec la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu », une voie à préparer dans le désert, pour pouvoir retourner chez soi. La vie est souvent un désert, a encore reconnu le Pape, mais « si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir une autoroute belle et large ». Il suffit pour cela de « ne pas perdre l’espérance, de continuer à croire, toujours, malgré tout ». C’est l’Espérance qui nous redonne le sourire, lorsque tout semble n’être que ténèbres autour de nous.

Et qui sont ceux qui savent continuer à espérer ? « Ceux qui entourent Jésus à sa naissance » : les petits, « rendus grands par leur foi et leur espérance ». Laissons-nous donc enseigner l’espérance, la « vertu des petits », a exhorté le Pape. « Attendons avec confiance » la venue du petit enfant de Bethléem, « quel que ce soit le désert de nos vies, il deviendra un jardin florissant ».

Au terme de l’audience générale, le Saint-Père a évoqué les prochaines Journées mondiales contre la corruption (le 9 décembre) et pour les Droits de l’Homme (le 10 décembre), promues par les Nations Unies. Ces deux réalités sont étroitement liées, pour le Pape :

« la corruption est l’aspect négatif à combattre, en partant de la conscience personnelle et en veillant à tous les domaines de la vie civile, surtout les plus à risques. Les Droits de l’Homme sont l’aspect positif, à promouvoir (…) afin que personne ne soit exclu de la reconnaissance effective des droits fondamentaux de la personne humaine. Que le Seigneur nous soutienne dans ce double engagement ».

(Avec R. V.)

Dimanche 4 Décembre 2016

" Que sont le Royaume des cieux et la conversion ? " C’est à cette question que le Pape François a apporté une réponse ce dimanche 4 décembre à l’Angélus, en partant de l’évangile de Saint Mathieu pour ce deuxième dimanche de l’avent : « Convertissez-vous car le royaume des cieux est tout proche ! ».

Cette phrase de Saint Jean Baptiste donne le coup d’envoi de la mission de Jésus en Galilée. C’est aussi l’annonce que les disciples sont amenés à faire dans leur expérience missionnaire. L’épisode nous est relaté par l’évangéliste Mathieu. Il présente Saint Jean Baptiste comme celui qui ouvre la voie à Jésus, et les disciples comme ceux qui prendront la suite de la prédication du Christ.

En ce temps de l’Avent, ce temps d’attente, cette annonce se veut une joyeuse nouvelle. Le Royaume de Dieu approche, il est au milieu de nous. « C’est le message central de toute mission chrétienne », dit François avant de poursuivre : « Lorsqu’un missionnaire, un chrétien, annonce l’évangile, il ne fait pas de prosélytisme comme un supporter de football qui chercherait à avoir plus d’adhérents pour son équipe. Non, dit François, il va simplement annoncer le Royaume de Dieu pour préparer la rencontre de Jésus avec son peuple ».

Le Pape pose ensuite la question : Qu’est-ce que le royaume de Dieu ? Alors que notre regard se porte naturellement vers l’au-delà, vers la vie éternelle, parce que de fait ce Royaume est sans fin et va au-delà de la vie terrestre, le Saint Père explique que le royaume de Dieu est déjà au milieu de nous, et que nous ne devons pas l’attendre. Dieu est présent dans la vie de tous les jours. Il établit sa Seigneurie partout où il est accueilli avec foi et humilité, et où germe l’amour, la joie et la paix.

Il y a cependant une condition pour entrer dans son royaume. Un changement doit s’opérer. Nous devons nous convertir : « Il faut sortir des chemins, pratiques, mais déviants, des idoles de ce monde : quitter le chemin du succès à tout prix, le chemin du pouvoir au détriment des plus faibles, la soif de richesses, la recherche du plaisir à n’importe quel prix ».

Il faut ouvrir la voie au Seigneur qui arrive : « Il ne nous prive pas de notre liberté mais nous donne le véritable bonheur ». Par la naissance du Christ à Bethléem, c’est Dieu qui s’installe au milieu de nous pour nous libérer de l’égoïsme, du péché et de la corruption.

Noël est un jour de joie extérieure, mais François rappelle qu’il s’agit d’abord d’un événement religieux pour lequel une préparation spirituelle est nécessaire : « Nous préparons la venue du Seigneur, dit le Saint Père, lorsque nous examinons notre conscience, lorsque nous analysons nos comportements, lorsque nous confessons nos péchés avec sincérité et confiance ».

Et le Pape François conclut sur le sacrement de la pénitence, par lequel, explique-t-il, « nous pouvons sentir dans notre cœur la proximité du Royaume de Dieu et son salut… Le salut de Dieu est l’amour qui efface les péchés, libère du mal et nous oriente vers le bien ».

Après la prière de l’Angélus, le Pape a donné rendez-vous aux fidèles jeudi 8 décembre pour la fête de l’immaculée conception. François se rendra dans l’après-midi jeudi place d’Espagne dans le centre de Rome, pour déposer une gerbe et prier sous la statue de la Vierge Marie.

(Avec R. V.)

Mercredi 30 novembre 2016

Le Pape François a achevé, lors de l’audience générale de ce mercredi, son cycle de catéchèse consacré aux œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle. Parmi ces œuvres, a-t-il souligné, se trouve le devoir « d’ensevelir les morts et de prier pour les vivants et les défunts »
Enterrer les morts n’est pas une requête « étrange », elle n’est pas loin de nos préoccupations quotidiennes. C’est une œuvre « tristement actuelle » dans certaines régions du monde qui vivent sous le joug de la guerre, avec des bombardements jour et nuit qui sèment la peur et font des victimes innocentes.

Dans la Bible, le vieux Tobie veut enterrer les morts malgré l’interdiction du roi, et aujourd’hui encore on risque sa vie pour donner une sépulture aux pauvres victimes des guerres. « Pour les chrétiens, la sépulture est un acte de piété, mais aussi un acte de grande foi. Nous déposons dans la tombe le corps de nos proches, avec l’espérance de leur résurrection. C’est un rite qui reste très fort (…) et qui trouve une résonnance particulière en ce mois de novembre dédié à la prière des défunts ».

« Prier pour les défunts, est un signe de reconnaissance pour le témoignage qu’ils nous ont laissé et pour le bien qu’ils nous ont fait. C’est un remerciement au Seigneur qui nous les a donnés, pour leur amour et leur amitié ». Lors de la messe, on prie pour les défunts avec l’espérance chrétienne qu’ils soient avec Lui au paradis, et dans l’attente de se retrouver ensemble « dans ce mystère d’amour que nous ne comprenons pas mais dont on sait qu’il est vrai car Jésus nous l’a promis ».

« Le souvenir des défunts, a poursuivi le Pape, ne doit pas nous faire oublier de prier pour les vivants, qui affrontent avec nous les épreuves de la vie ». « Dans la Communion des saints, nous sommes tous réunis dans la communauté de ceux qui, plongés dans la vie de Dieu et vivant de son amour, ont reçu le baptême et se sont nourris du Corps du Christ ».

« Il y a tellement de façons de prier pour notre prochain » indique le Saint-Père qui cite en exemple « les parents qui bénissent leurs enfants », « la prière pour les personnes malades » ou encore le cas de cet entrepreneur, venu à Sainte-Marthe lors de la messe qui priait pour ses 50 employés, qu’il devait congédier à contrecœur, à la porte. Le Pape nous invite tous à demander, pour ceux qui nous entourent, le bien le plus grand : « que s’accomplisse pour eux la volonté du Père », insistant pour que nous prions et que, le cœur ouvert, nous laissions prier en nous l’Esprit saint.

Dans son salut aux pèlerins de langue arabe, en particulier adressé aux Syriens, le Pape a de nouveau invité à prier pour « les vivants, les défunts, et pour ceux qui vivent en mourant de peur à cause de la guerre, de la terreur de la violence et de la perte de leur Patrie et de leurs proches ». Il prie pour les nombreuses personnes « courageuses » qui risquent la vie pour donner une sépulture digne aux morts et pour secourir les blessés.

À l’issue de l’audience de ce mercredi, le Pape a également fait référence à une conférence internationale sur la protection du patrimoine en zone de guerre qui va s’ouvrir ce vendredi à Abou Dhabi, à l’initiative de la France et des Emirats Arabes Unis en collaboration avec l’Unesco. « Un thème qui est hélas dramatiquement actuel ». Convaincu que la tutelle des richesses culturelle constitue une dimension essentielle de la défense de l’être humain, le Pape espère que cet événement soit le signe d’une nouvelle étape dans le processus d’application des droits humains.

Ensuite, à la veille de la journée mondiale de lutte contre le Sida promue par les Nations-Unies, le Saint-Père a invité les fidèles à prier pour les millions de personnes qui vivent avec cette maladie, et dont seulement la moitié a accès aux thérapies vitales, ainsi que pour leurs proches. Il a souhaité que l’on prie pour « promouvoir la solidarité afin que même les plus pauvres puissent bénéficier de diagnostics et de soins adéquats », et il a lancé un appel afin que tous adoptent « des comportements responsables » afin de prévenir une propagation ultérieure de la maladie.

Enfin, après avoir envoyé deux télégrammes mardi soir aux évêques de Sonson-Rionegro en Colombie et de Brasilia au Brésil, pour présenter ses condoléances aux familles des victimes de l’accident d’avion qui a fait 71 morts en Colombie, dont l’équipe du petit club de football brésilien de Chapecoense, en route pour sa première finale de la Coupe sud-américaine, le Pape François a rappelé, lors de son salut en langue portugaise, la douleur du peuple brésilien. Il prie pour les joueurs défunts et pour leurs familles. « En Italie, nous comprenons bien ce que cela signifie, car nous nous rappelons l’incident aérien du Superga en 1949. Ce sont de dures tragédies ».

(Avec R. V.)

Dimanche 27 Novembre 2016

En ce premier dimanche de l’Avent, qui marque le début de la nouvelle Année liturgique, le Pape a prononcé son traditionnel Angélus, devant les fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre. Il a rappelé que ce temps de l’Avent est le bon moment pour « aller rencontrer le Seigneur »

En effet, le Seigneur lui-même vient nous visiter, et le temps de l’Avent doit être « un temps d’espérance, l’espérance vraie, fondée sur la fidélité de Dieu et sur notre responsabilité ».

« La première visite est advenue avec l’Incarnation, la naissance de Jésus dans la grotte de Bethléem ; la deuxième advient dans le présent : le Seigneur nous visite continuellement, chaque jour, il chemine à nos côtés et il est une présence de consolation. Et enfin, il y aura la visite ultime, que nous professons chaque fois que nous récitons le Credo : "Il viendra de nouveau dans la gloire pour juger les vivants et les morts" ».

Le Pape François a évoqué cette perspective du retour du Christ à la fin des temps, une idée inconfortable car nul ne sait quand cela adviendra… Mais il faut se tenir prêt et disponible : « L’Évangile ne veut pas nous faire peur, a précisé le Pape, mais ouvrir notre horizon à la dimension ultérieure, plus grande, qui d’un côté relativise les choses de chaque jour mais en même temps les rend précieuses, décisives. La relation avec le Dieu qui vient nous visiter donne à chaque geste, à chaque chose une lumière différente, une épaisseur, une valeur symbolique. »

Il ne faut donc pas se laisser conditionner et aveugler par les choses de ce monde, les réalités matérielles, sinon nous ne pourrons pas percevoir qu’il y a quelque chose de beaucoup plus important : notre rencontre finale avec le Seigneur qui vient pour nous. « Dans ce temps de l’Avent, nous sommes appelés à ouvrir l’horizon de notre cœur, à nous faire surprendre par la vie qui se présente chaque jour avec ses nouveautés », a encore dit le Pape François.

Reprenant la parole après la prière de l’Angélus, le Saint-Père a voulu exprimer sa compassion pour les populations de l’Amérique centrale, notamment du Costa Rica et du Nicaragua, frappées récemment par un ouragan et un séisme, et pour celles de l’Italie du Nord qui souffrent des inondations.

Lundi 21 Novembre 2016 : Publication de "Misericordia et Misera"

« Voici venu le temps de la miséricorde », le Pape François le redit dans la lettre apostolique "Misericordia et Misera" ("Miséricorde et pauvreté") qui vient d’être rendue publique ce lundi. Ce texte comporte une dizaine de pages et 22 paragraphes dans lesquels le Saint-Père revient sur l’année jubilaire qui vient de s’achever le 20 novembre.

Le Pape met en lumière un certain nombre d’expériences et d’initiatives comme l’envoi de Missionnaires de la Miséricorde ou les vendredis de la miséricorde, mais il invite surtout à « regarder de l’avant », à faire de cette année sainte le point de départ d’un nouveau chemin à parcourir. Le Pape a ainsi annoncé plusieurs gestes significatifs comme l’instauration d’une « journée mondiale des pauvres ». Par ailleurs, il concède « à tous les prêtres la faculté d’absoudre le péché d’avortement » et prolonge la faculté donnée aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X de donner une confession « valide » et « licite » au-delà du Jubilé.

"Misericordia et Misera", "miséricorde et pauvreté", cette lettre apostolique, rendue publique au lendemain de la clôture de l’année de la Miséricorde est en quelque sorte un prolongement de cette année sainte. Une feuille de route transmise par le Pape pour « nous indiquer la route que nous sommes appelés à suivre à l’avenir ». Le Saint-Père rappelle tout d’abord que la miséricorde ne peut être « une parenthèse dans la vie de l’Église, elle en constitue l’existence même ». « Tout se révèle dans la miséricorde, tout se résout dans l’amour miséricordieux du Père » souligne le Pape rappelant qu’« aucun d’entre nous ne peut poser de conditions à la miséricorde ». « Même dans les cas les plus difficiles où l’on est tenté de faire prévaloir une justice qui vient seulement des normes, on doit croire en la force qui jaillit de la grâce divine ».

Alors que les portes saintes sont désormais toutes refermées, le Saint-Père ouvre « le temps de la miséricorde ». Premier signe concret pour encourager à « continuer avec fidélité, joie et enthousiasme à faire l’expérience de la richesse de la miséricorde » : l’instauration « à la lumière du jubilé des personnes exclues » d’une journée mondiale des pauvres. Elle sera célébrée dans toute l’Église le 33ème dimanche du temps ordinaire. Une journée, précise le Pape, « qui aidera les communautés et chaque baptisé à réfléchir sur la manière dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile.

Le Pape dans ce texte présente également deux autres dispositions particulièrement importantes, rappelant que le sacrement de la réconciliation doit retrouver sa place centrale dans la vie chrétienne.

Juste avant l’ouverture de l’année sainte, le Pape avait annoncé, fait inédit, que durant toute la durée du Jubilé, il concédait à l’ensemble des prêtres, en vertu de leur ministère, « la faculté d’absoudre le péché d’avortement ». Il a décidé que « cette disposition qui s’inscrivait dans un temps limité est désormais étendu dans le temps, nonobstant toutes choses contraires », c’est ce qu’a annoncé le Pape François qui rappelle avec force que « l’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente ». Cependant, indique-t-il, « je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père ».

L’autre disposition qui s’étend au-delà de la période jubilaire concerne la fraternité Saint-Pie-X. Le Pape avait décidé que l’absolution reçue en se confessant aux prêtres lefebvristes serait « valide » et « licite » pendant le Jubilé. Le Saint-Père, là aussi, « étend cette faculté au-delà de la période jubilaire, jusqu’à ce que soient prises de nouvelles dispositions, pour que le signe sacramentel de la réconciliation à travers le pardon de l’Église ne fasse jamais défaut à personne ». Une décision, précise-t-il, pour le bien pastoral des fidèles et en comptant sur la bonne volonté de leurs prêtres afin que la pleine communion dans l’Église catholique puisse être recouvrée avec l’aide de Dieu.

Concernant les missionnaires de la miséricorde, « une expérience de grâce que l’Église a vécue avec beaucoup d’efficacité », le Pape souhaite que leur ministère extraordinaire ne s’arrête pas avec la fermeture de la Porte Sainte. Il désire qu’il demeure comme signe concret que la grâce du Jubilé est toujours vivante et efficace partout dans le monde.

Le Pape renouvelle aux prêtres l’invitation à se préparer avec grand soin au ministère de la Confession, qui est une vraie mission sacerdotale. Enfin, autre suggestion du Pape : qu’un dimanche dans l’année soit entièrement consacré à la Parole de Dieu pour comprendre « l’inépuisable richesse qui provient du dialogue permanent entre Dieu et son peuple ».

Cette lettre apostolique adressée à toute l’Église pour continuer à vivre la Miséricorde a été signée dimanche 20 novembre 2016 par le Pape au terme de la messe conclusive du Jubilé. Il l’a remise également à plusieurs représentants du Peuple de Dieu : au cardinal Tagle, archevêque de Manille, à l’archevêque de Saint Andrews et Edimbourg en Écosse, à deux « missionnaires de la Miséricorde », à un diacre permanent, deux religieuses, une famille, un couple de fiancés, deux catéchistes, une personne handicapée et une personne malade.

(Avec R. V.)

Découvrez l’intégralité de la Lettre apostolique “Misericordia et misera” (“miséricorde et pauvreté”) adressée à toute l’Eglise par le Pape François

"A ceux qui liront cette Lettre Apostolique, miséricorde et paix

Misericordia et misera sont les deux termes qu’utilise Saint Augustin pour raconter la rencontre entre Jésus et la femme adultère (cf. Jn 8, 1-11). Il ne pouvait trouver expression plus belle et plus juste pour faire comprendre le mystère de l’amour de Dieu quand il vient à la rencontre du pécheur : « Il ne resta que la misérable pécheresse en face de la bonté miséricordieuse »[1]. Que de pitié et de justice divine dans ce récit ! Son enseignement éclaire la conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde et nous indique la route que nous sommes appelés à suivre à l’avenir.

1. Cette page d’Évangile peut être considérée à bon droit comme une icône de ce que nous avons célébré durant l’Année Sainte, un temps riche de miséricorde, laquelle demande à être encore célébrée et vécue dans nos communautés. De fait, la miséricorde ne peut être une parenthèse dans la vie de l’Église, mais elle en constitue l’existence même, qui rend manifeste et tangible la vérité profonde de l’Évangile. Tout se révèle dans la miséricorde ; tout se résout dans l’amour miséricordieux du Père.

Une femme et Jésus se sont rencontrés. Elle, adultère, et, selon la Loi, passible de lapidation. Lui, par sa prédication et le don total de lui-même, qui le conduira jusqu’à la Croix, a replacé la loi mosaïque dans son intention originelle. Au centre, il n’y a pas la loi ni la justice de la loi, mais l’amour de Dieu qui sait lire dans le cœur de chacun, pour en saisir le désir le plus caché, et qui doit avoir le primat sur tout. Dans ce récit évangélique, cependant, on ne rencontre pas le péché et le jugement de manière abstraite, mais une pécheresse et le Sauveur. Jésus a regardé cette femme dans les yeux et il a lu dans son cœur : il y a trouvé le désir d’être comprise, pardonnée, et libérée. La misère du péché a été recouverte par la miséricorde de l’amour. Il n’y a chez Jésus aucun jugement qui ne soit marqué par la pitié et la compassion pour la condition de la pécheresse. À ceux qui voulaient la juger et la condamner à mort, Jésus répond par un long silence, pour laisser la voix de Dieu se faire entendre dans les consciences, tant celle de la femme que celles de ses accusateurs. Ceux-ci laissent les pierres tomber de leurs mains et s’en vont un par un (cf. Jn 8, 9). À la suite de ce silence, Jésus dit : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? …Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (vv. 10-11). De cette manière, il l’aide à se tourner vers l’avenir avec espérance et à être prête à se remettre en route. Désormais, si elle le désire, elle pourra « vivre dans l’amour » (cf. Ep 5, 2). Revêtue de la miséricorde, même si la condition de faiblesse du péché demeure, elle sera comme recouverte par l’amour qui permet de regarder plus loin et de vivre autrement.

2. Jésus l’avait d’ailleurs déjà enseigné avec clarté, lorsqu’invité à partager le repas chez un pharisien, une femme connue de tous comme une pécheresse s’était approchée de lui (cf. Lc 7, 36-50). Elle avait répandu du parfum sur les pieds de Jésus, les avait arrosés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux (cf. v. 37-38). À la réaction scandalisée du pharisien, Jésus répondit : « Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (v. 47).

Le pardon est le signe le plus visible de l’amour du Père, que Jésus a voulu révéler dans toute sa vie. Il n’y a aucune page de l’Évangile où cet impératif de l’amour qui va jusqu’au pardon ne soit présent. Même au moment ultime de son existence terrestre, alors qu’il est cloué sur la croix, Jésus a des paroles de pardon : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34).

Rien de ce qu’un pécheur qui se repent place devant la miséricorde de Dieu ne peut demeurer sans l’étreinte de son pardon. C’est pourquoi aucun d’entre nous ne peut poser de conditions à la miséricorde. Elle demeure sans cesse un acte gratuit du Père céleste, un amour inconditionnel et immérité. Nous ne pouvons donc pas courir le risque de nous opposer à l’entière liberté de l’amour par lequel Dieu entre dans la vie de chacun.

La miséricorde est cette action concrète de l’amour qui, en pardonnant, transforme et change la vie. C’est ainsi que se manifeste son mystère divin. Dieu est miséricordieux (cf. Ex 34, 6) ; sa miséricorde demeure pour l’éternité (cf. Ps 136) ; de génération en génération, elle embrasse toute personne qui met en lui sa confiance, la transforme en lui donnant sa propre vie.

3. Que de joie a ainsi jailli du cœur de ces deux femmes, l’adultère et la pécheresse ! Le pardon les a fait se sentir enfin libres et heureuses comme jamais auparavant. Les larmes de la honte et de la douleur se sont transformées en sourire de celle qui se sait aimée. La miséricorde suscite la joie, car le cœur s’ouvre à l’espérance d’une vie nouvelle. La joie du pardon est indicible, mais elle transparait en nous chaque fois que nous en faisons l’expérience. L’amour avec lequel Dieu vient à notre rencontre en est l’origine, brisant le cercle d’égoïsme qui nous entoure, pour faire de nous, à notre tour, des instruments de miséricorde.

Comme sont riches de sens également pour nous les paroles anciennes qui guidaient les premiers chrétiens : « Revêts-toi donc de la joie qui plaît toujours à Dieu et qu’il accueille favorablement : fais-en tes délices. Tout homme joyeux fait le bien, pense le bien et méprise la tristesse […] Ils vivront pour Dieu, ceux qui rejetteront loin d’eux la tristesse et se revêtiront de la seule joie »[2]. Faire l’expérience de la miséricorde donne de la joie. Ne laissons pas nos afflictions et nos préoccupations l’éloigner de nous. Qu’elle demeure bien enracinée dans notre cœur et nous fasse toujours considérer notre vie quotidienne avec sérénité.

Dans une culture souvent dominée par la technique, les formes de tristesse et de solitude où tombent tant de personnes et aussi tant de jeunes, semblent se multiplier. L’avenir semble être l’otage de l’incertitude qui ne permet pas la stabilité. C’est ainsi qu’apparaissent souvent des sentiments de mélancolie, de tristesse et d’ennui, qui peu à peu peuvent conduire au désespoir. Nous avons besoin de témoins d’espérance et de véritable joie, pour chasser les chimères qui promettent un bonheur facile fait de paradis artificiels. Le vide profond ressenti par beaucoup peut être comblé par l’espérance que nous portons dans le cœur et par la joie qui en découle. Nous avons tant besoin de reconnaître la joie qui se révèle dans un cœur touché par la miséricorde. Tirons donc profit de ces paroles de l’Apôtre : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur » (Ph 4,4 ; cf. 1 Th 5,16).

4. Nous avons célébré une Année intense durant laquelle la grâce de la miséricorde nous a été donnée en abondance. Tel un vent impétueux et salutaire, la bonté et la miséricorde du Seigneur se sont répandues sur le monde entier. Et face à ce regard aimant de Dieu, qui s’est posé sur chacun de nous de façon prolongée, nous ne pouvons pas rester indifférents car il change la vie.

En premier lieu, nous ressentons le besoin de remercier le Seigneur et de lui dire : « Tu as aimé, Seigneur, cette terre […] tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute » (Ps 84,2-3). C’est ainsi : Dieu a piétiné nos fautes et il a jeté nos péchés au fond de la mer (cf. Mi 7,19) ; il ne s’en souvient plus, il les a jetés derrière lui (cf. Is 38,17) ; aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de lui nos péchés (cf. Ps 102,12).

Au cours de cette Année Sainte, l’Église a su se mettre à l’écoute, et elle a fait l’intense expérience de la présence et de la proximité du Père qui, par l’Esprit Saint, lui a rendu plus manifeste le don et la mission de Jésus Christ concernant le pardon. Le Seigneur nous a vraiment rendu visite une nouvelle fois. Nous avons senti son souffle de vie se répandre sur l’Église, et une fois encore, ses paroles ont indiqué la mission : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » (Jn 20,22-23).

5. À l’heure où s’achève ce Jubilé, il est temps de regarder en avant et de comprendre comment continuer avec fidélité, joie et enthousiasme, à faire l’expérience de la richesse de la miséricorde divine. Nos communautés pourront rester vivantes et dynamiques dans la mission de nouvelle évangélisation dans la mesure où la « conversion pastorale » que nous sommes appelés à vivre[3] sera imprégnée chaque jour de la force rénovatrice de la miséricorde. Ne mettons pas de limites à son action ; n’attristons pas l’Esprit qui indique toujours des chemins nouveaux pour annoncer à tous l’Évangile du salut.

Nous sommes d’abord appelés à célébrer la miséricorde. Que de richesses se dégagent de la prière de l’Église quand elle invoque Dieu comme Père miséricordieux ! Dans la liturgie, la miséricorde n’est pas seulement évoquée maintes fois : elle est réellement reçue et vécue. Du début à la fin de la célébration eucharistique, la miséricorde est évoquée plusieurs fois dans le dialogue entre l’assemblée priante et le cœur du Père qui se réjouit quand il peut répandre son amour miséricordieux. Après la demande de pardon initiale, par l’invocation « Seigneur, prends pitié », nous sommes immédiatement rassurés : « Que Dieu tout puissant nous fasse miséricorde, qu’il nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle ». La communauté, dans cette confiance, se rassemble en présence du Seigneur, tout spécialement le saint jour de la résurrection. Beaucoup d’oraisons - collectes - rappellent le grand don de la miséricorde. Pendant le Carême par exemple, nous prions ainsi : « Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi ; tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage ; écoute l’aveu de notre faiblesse : nous avons conscience de nos fautes, patiemment, relève-nous avec amour ».[4] Nous entrons ensuite dans la grande prière eucharistique par la préface qui proclame : « Ton amour pour le monde est si grand que tu nous as envoyé un sauveur. Tu l’as voulu semblable aux hommes en toute chose à l’exception du péché, afin d’aimer en nous ce que tu aimais en lui ».[5] La quatrième prière eucharistique, quant à elle, est une hymne à la miséricorde de Dieu : « Dans ta miséricorde, tu es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils te cherchent et puissent te trouver ». « Sur nous tous nous implorons ta bonté »[6], telle est la supplique du prêtre dans la prière eucharistique pour implorer la participation à la vie éternelle. Après le Notre Père, le prêtre prolonge la prière, invoquant la paix et la libération du péché « par ta miséricorde ». Et avant le signe de paix, échangé comme expression de fraternité et d’amour réciproque à la lumière du pardon reçu, il prie de nouveau : « Ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ».[7] Par ces paroles, nous demandons avec une humble confiance le don de l’unité et de la paix pour notre sainte Mère l’Église. La célébration de la miséricorde divine atteint son sommet dans le Sacrifice eucharistique, mémorial du mystère pascal du Christ, d’où vient le salut pour tout homme, pour l’histoire et le monde entier. En bref, chaque moment de la célébration eucharistique fait référence à la miséricorde de Dieu.

La miséricorde nous est offerte en abondance dans toute la vie sacramentelle. Il n’est pas anodin que l’Église ait voulu évoquer explicitement la miséricorde dans la formule des deux sacrements dits « de guérison », à savoir la Réconciliation et le Sacrement des malades. La formule d’absolution dit : « Que Dieu, notre Père, vous montre sa miséricorde. Par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec lui, et il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés, par le ministère de l’Église, qu’il vous donne le pardon et la paix ».[8] Dans l’Onction des malades, on dit : « Par cette Onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint ».[9] Dans la prière de l’Église, l’appel à la miséricorde n’est donc pas seulement parénétique, il est hautement performatif, ce qui signifie qu’elle nous est accordée lorsque nous l’invoquons avec foi ; quand nous la confessons comme vivante et réelle, elle nous transforme vraiment. C’est là un des contenus fondamentaux de notre foi que nous devons conserver dans toute son originalité : avant la révélation du péché, nous avons celle de l’amour par lequel Dieu a créé le monde et les êtres humains. L’amour est le premier acte par lequel Dieu se fait connaître et vient à notre rencontre. Tenons donc ouvert notre cœur à la confiance d’être aimés de Dieu. Son amour nous précède toujours, nous accompagne et demeure à nos côtés malgré notre péché.

6. Dans ce contexte, l’écoute de la Parole de Dieu a une importance particulière. Chaque dimanche, la Parole de Dieu est proclamée dans la communauté chrétienne pour que le Jour du Seigneur soit éclairé par la lumière qui émane du mystère pascal.[10] Dans la célébration eucharistique, c’est comme si l’on assistait à un vrai dialogue entre Dieu et son peuple. De fait, dans la proclamation des lectures bibliques, on parcourt à nouveau l’histoire de notre salut à travers l’annonce qui est faite de l’incessante œuvre de miséricorde. Dieu nous parle encore aujourd’hui comme à des amis ; il s’« entretient » avec nous[11] pour nous accompagner et nous montrer le chemin de la vie. Sa parole se fait interprète de nos demandes et de nos préoccupations et réponse féconde pour que nous fassions l’expérience concrète de sa proximité. L’homélie est d’une grande importance, là où « la vérité accompagne la

beauté et le bien »,[12] pour faire vibrer le cœur des croyants face à la grandeur de la miséricorde ! Je recommande beaucoup la préparation de l’homélie et le soin de la prédication. Elle sera d’autant plus féconde que le prêtre aura fait l’expérience en lui-même de la bonté miséricordieuse du Seigneur. Transmettre la certitude que Dieu nous aime n’est pas un exercice rhétorique, mais la condition de crédibilité de son sacerdoce. Vivre la miséricorde est donc la voie royale pour en faire une véritable annonce de consolation et de conversion dans la vie pastorale. L’homélie, tout comme la catéchèse, ont besoin d’être sans cesse irriguées par ce cœur battant de la vie chrétienne.

7. La Bible est le grand récit qui raconte les merveilles de la miséricorde de Dieu. Chaque page est baignée par l’amour du Père qui, depuis la création, a voulu imprimer dans l’univers les signes de son amour. L’Esprit Saint, à travers les paroles des prophètes et les écrits sapientiaux, a modelé l’histoire d’Israël pour y reconnaitre la tendresse et la proximité de Dieu, malgré l’infidélité du peuple. La vie de Jésus et sa prédication marquent de façon déterminante l’histoire de la communauté chrétienne qui a compris sa propre mission à partir du mandat donné par le Christ d’être l’instrument permanent de sa miséricorde et de son pardon (cf. Jn 20,23). À travers l’Écriture Sainte, maintenue vivante dans la foi de l’Église, le Seigneur continue de parler à son Épouse et lui montre les chemins à parcourir pour que l’Évangile du salut parvienne à tous. Je désire vivement que la Parole de Dieu soit toujours davantage célébrée, connue et diffusée, pour qu’à travers elle, le mystère d’amour qui jaillit de cette source de miséricorde soit toujours mieux compris. C’est ce que rappelle clairement l’Apôtre : « Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (2 Tm 3,16).

Il serait bon qu’un dimanche de l’année liturgique chaque communauté puisse renouveler son engagement à diffuser, faire connaître et approfondir l’Écriture Sainte : un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient du dialogue permanent entre Dieu et son peuple. La créativité ne manquera pas pour enrichir ce moment par des initiatives qui stimuleront les croyants à être de vivants instruments de transmission de la Parole. Parmi ces initiatives, il y a certainement la diffusion plus large de la lectio divina, afin que la vie spirituelle trouve un soutien et les moyens de sa croissance dans la lecture priante du texte sacré. La lectio divina, sur les thèmes de la miséricorde, permettra de toucher du doigt quelle fécondité jaillit du texte sacré lorsqu’il est lu à la lumière de toute la tradition spirituelle de l’Église, et qu’il débouche nécessairement sur des gestes et des œuvres concrètes de charité.[13]

8. La célébration de la miséricorde advient tout particulièrement dans le Sacrement de la Réconciliation. C’est le moment où nous nous sentons embrassés par le Père qui vient à notre rencontre pour nous redonner la grâce d’être de nouveau ses enfants. Nous sommes pécheurs et nous portons en nous le poids de la contradiction entre ce que nous voudrions faire, et ce qu’au contraire nous faisons concrètement (cf. Rm 7,14-21). Cependant, la grâce nous précède toujours et prend le visage de la miséricorde qui devient efficace dans la réconciliation et le pardon. Précisément, Dieu nous fait comprendre son immense amour face à notre être pécheur. La grâce est la plus forte et dépasse toute résistance possible, car l’amour est vainqueur de toute chose (cf. 1 Co 13,7).

Dans le sacrement du Pardon, Dieu montre le chemin pour revenir à lui et invite à faire de nouveau l’expérience de sa proximité. C’est un pardon que l’on peut obtenir, d’abord, en commençant à vivre la charité. C’est ce que rappelle aussi l’Apôtre Pierre quand il écrit que : « la charité couvre une multitude de péchés » (1 P 4,8). Dieu seul pardonne les péchés, mais il nous demande aussi d’être prêts à pardonner les autres comme lui-même nous pardonne : « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6,12). Quelle tristesse quand nous restons enfermés en nous-mêmes et incapables de pardonner ! La rancœur, la colère, la vengeance prennent alors le dessus, nous rendant la vie malheureuse et vain l’engagement joyeux pour la miséricorde.

9. Le service accompli par les Missionnaires de la Miséricorde a certainement été une expérience de grâce que l’Église a vécue avec beaucoup d’efficacité au cours de l’Année jubilaire. Leur action pastorale a voulu rendre manifeste le fait que Dieu ne pose pas de limite à ceux qui le recherchent avec un cœur contrit, car il va à la rencontre de tous comme un Père. J’ai reçu beaucoup de témoignages joyeux d’une rencontre renouvelée avec le Seigneur dans le sacrement de la Confession. Ne laissons pas passer l’opportunité de vivre la foi aussi comme une expérience de réconciliation. « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5,20) : tel est l’appel lancé, encore aujourd’hui, par l’Apôtre pour faire découvrir à tout croyant la puissance de l’amour qui fait de nous une « créature nouvelle » (2 Co 5,17).

Je veux dire ma gratitude à tous les Missionnaires de la Miséricorde pour le précieux service rendu afin de rendre efficace la grâce du pardon. Cependant, ce ministère extraordinaire ne s’arrête pas avec la fermeture de la Porte Sainte. Je désire en effet qu’il demeure, jusqu’à plus ample informé, comme signe concret que la grâce du Jubilé est toujours vivante et efficace partout dans le monde. Le Conseil pontifical pour la Promotion de la nouvelle Évangélisation aura la charge d’accompagner les Missionnaires de la Miséricorde pendant cette période, comme expression directe de ma sollicitude et de ma proximité, et de trouver les formes les plus adaptées pour l’exercice de ce précieux ministère.

10. Je renouvelle aux prêtres l’invitation à se préparer avec grand soin au ministère de la Confession, qui est une vraie mission sacerdotale. Je vous exprime toute ma gratitude pour votre service, et je vous demande d’être accueillants envers tous, témoins de la tendresse paternelle malgré la gravité du péché, prompts à aider la réflexion sur le mal commis, clairs dans l’exposé des principes moraux, disponibles pour accompagner les fidèles dans leur chemin pénitentiel, au plus près de leur démarche avec patience, clairvoyants dans le discernement de chaque cas particulier, généreux en donnant le pardon de Dieu. Comme Jésus a choisi de rester en silence face à la femme adultère pour la sauver de la condamnation à mort, que le prêtre, dans le confessionnal, ait un cœur magnanime, conscient que tout pénitent le renvoie à sa propre condition personnelle : pécheur, mais ministre de la miséricorde.

11. Je voudrais que nous méditions tous les paroles de l’Apôtre, écrites vers la fin de sa vie, quand il confesse à Timothée avoir été le premier des pécheurs, mais « il m’a été fait miséricorde » (1 Tm 1,16). Ses mots ont une grande puissance pour nous provoquer à réfléchir, nous aussi, sur notre existence, et pour voir à l’œuvre la miséricorde de Dieu qui change, convertit, et transforme notre cœur : « Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde » (1 Tm 1,12-13).

Avec une passion pastorale toujours renouvelée, rappelons-nous donc les paroles de l’Apôtre : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation » (2 Co 5,18). C’est en vue de ce ministère que nous avons été pardonnés en premier, faits témoins privilégiés de l’universalité du pardon. Aucune loi ni précepte ne peut empêcher Dieu d’embrasser de nouveau le fils qui revient vers lui reconnaissant s’être trompé mais décidé à recommencer au début. Ne s’arrêter qu’à la loi, c’est rendre vaines la foi et la miséricorde divine. Il y a une valeur propédeutique dans la loi (cf. Ga 3,24) qui a comme fin, la charité (cf. 1 Tm 1,5). Cependant, le chrétien est invité à vivre la nouveauté de l’Évangile, « la loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ » (Rm 8,2). Même dans les cas les plus difficiles, où l’on est tenté de faire prévaloir une justice qui vient seulement des normes, on doit croire en la force qui jaillit de la grâce divine.

Nous autres confesseurs, nous avons l’expérience de nombreuses conversions qui se manifestent sous nos yeux. Ayons conscience de la responsabilité des gestes et des paroles afin qu’ils touchent le cœur du pénitent pour qu’il découvre la proximité et la tendresse du Père qui pardonne. Ne rendons pas vains ces moments par des comportements qui pourraient contredire l’expérience de la miséricorde recherchée. Aidons plutôt à éclairer l’espace de la conscience personnelle avec l’amour infini de Dieu (cf. 1 Jn 3,20).

Le sacrement de la Réconciliation doit retrouver sa place centrale dans la vie chrétienne. C’est pourquoi il exige des prêtres qu’ils mettent leur vie au service du « ministère de la réconciliation » (2 Co 5,18) de sorte qu’aucun pénitent sincère ne soit empêché d’accéder à l’amour du Père qui attend son retour, et que la possibilité de faire l’expérience de la force libératrice du pardon soit offerte à tous.

La célébration de l’initiative des 24 heures pour le Seigneur, en lien avec le IVème dimanche de Carême, peut être une occasion à saisir. Elle a déjà reçu un accueil favorable dans les diocèses et demeure un appel pastoral fort pour vivre intensément le sacrement de la Confession.

12. En fonction de cette exigence, et pour qu’aucun obstacle ne s’interpose entre la demande de réconciliation et le pardon de Dieu, je concède à tous les prêtres, à partir de maintenant, en vertu de leur ministère, la faculté d’absoudre le péché d’avortement. Ce que j’avais concédé pendant le temps limité du Jubilé[14] est étendu désormais dans le temps, nonobstant toutes choses contraires. Je voudrais redire de toutes mes forces que l’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente. Cependant, je peux et je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que ne puisse rejoindre et détruire la miséricorde de Dieu quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père. Que chaque prêtre se fasse donc guide, soutien et réconfort dans l’accompagnement des pénitents sur ce chemin particulier de réconciliation.

Au cours de l’Année jubilaire, j’avais concédé aux fidèles qui, pour des raisons diverses, fréquentent les églises desservies par des prêtres de la Fraternité Saint Pie X, la faculté de recevoir validement et licitement l’absolution sacramentelle de leurs péchés.[15] Pour le bien pastoral de ces fidèles et comptant sur la bonne volonté de leurs prêtres afin que la pleine communion dans l’Église catholique puisse être recouvrée avec l’aide de Dieu, j’établis par ma propre décision d’étendre cette faculté au-delà de la période jubilaire, jusqu’à ce que soient prises de nouvelles dispositions, pour que le signe sacramentel de la réconciliation à travers le pardon de l’Église ne fasse jamais défaut à personne.

13. La miséricorde a aussi le visage de la consolation. « Consolez, consolez mon peuple » (Is 40,1) sont les paroles venant du fond du cœur que le prophète fait entendre encore aujourd’hui, afin qu’une parole d’espérance puisse parvenir à tous ceux qui sont dans la souffrance et la douleur. Ne nous laissons pas voler l’espérance qui vient de la foi dans le Seigneur ressuscité. Il est vrai que nous sommes souvent soumis à rude épreuve, mais la certitude que le Seigneur nous aime ne doit jamais nous quitter. Sa miséricorde s’exprime aussi à travers la proximité, l’affection et le soutien que tant de frères et sœurs manifestent lorsque surviennent les jours de tristesse et d’affliction. Essuyer les larmes est une action concrète qui brise le cercle de la solitude où nous sommes souvent enfermés.

Nous avons tous besoin de consolation, car personne d’entre nous n’est exempt de souffrance, de douleur ou d’incompréhension. Que de douleur peut provoquer une parole haineuse, fruit de l’envie, de la jalousie et de la colère ! Que de souffrance entraîne l’expérience de la trahison, de la violence et de l’abandon ! Que d’amertume devant la mort des personnes chères ! Cependant, Dieu n’est jamais loin lorsque de tels drames sont vécus. Une parole qui réchauffe le cœur, une accolade qui te manifeste la compréhension, une caresse qui fait percevoir l’amour, une prière qui permet d’être plus fort… expriment la proximité de Dieu à travers la consolation offerte par les frères.

Parfois, le silence aussi pourra être une grande aide. Car parfois il n’y a pas de parole qui réponde aux questions de celui qui souffre. Cependant la compassion de celui qui est présent, proche, qui aime et tend la main, peut suppléer l’absence de paroles. Il n’est pas vrai que le silence soit la marque de l’impuissance. Au contraire, il est un moment de force et d’amour. Le silence aussi fait partie de notre langage de consolation, parce qu’il se transforme en œuvre concrète de partage et de participation à la souffrance du frère.

14. Dans une période particulière comme la nôtre, marquée par tant de crises dont celle de la famille, il est important qu’une parole de force consolatrice soit adressée à nos familles. Le don du mariage est une grande vocation à laquelle correspond, avec la grâce du Christ, un amour généreux, fidèle et patient. La beauté de la famille demeure inchangée, malgré tant d’obscurités et de propositions alternatives : « La joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église ».[16] Le chemin de vie qui amène un homme et une femme à se rencontrer, s’aimer, et se promettre fidélité pour toujours devant Dieu, est souvent interrompu par la souffrance, la trahison ou la solitude. La joie du don des enfants n’est pas exempte des soucis des parents concernant leur croissance et leur formation, leur avenir digne d’être intensément vécu.

La grâce du sacrement de Mariage, non seulement fortifie la famille afin qu’elle soit un lieu privilégié pour vivre la miséricorde, mais elle engage aussi la communauté chrétienne et tout l’agir pastoral à promouvoir la grande valeur de proposition de la famille. Cette Année jubilaire ne peut cependant pas nous faire perdre de vue la complexité de la réalité familiale actuelle. L’expérience de la miséricorde nous rend capables de regarder toutes les difficultés humaines dans l’attitude de l’amour de Dieu qui ne se lasse jamais d’accueillir et d’accompagner.[17]

Nous ne pouvons pas oublier que chacun est porteur de la richesse et du poids de sa propre histoire qui le rendent absolument unique. Notre vie, avec ses joies et ses peines, est quelque chose d’unique et non reproductible, qui se déroule sous le regard miséricordieux de Dieu. Cela requiert, surtout de la part du prêtre, un discernement spirituel attentif, profond et clairvoyant, de sorte que nul ne soit exclu, quelle que soit la situation dans laquelle il vit, et qu’il puisse se sentir accueilli concrètement par Dieu, participer activement à la vie de la communauté, être inséré dans ce Peuple de Dieu qui avance infatigablement vers la plénitude du Règne de Dieu, règne de justice, d’amour, de pardon et de miséricorde.

15. Le moment de la mort est d’une importance toute particulière. L’Église a toujours vécu ce passage dramatique à la lumière de la Résurrection de Jésus Christ qui a ouvert la voie à la certitude de la vie future. C’est un grand défi que nous avons à relever, spécialement dans la culture contemporaine qui tend souvent à banaliser la mort jusqu’à la faire devenir une simple fiction ou à la cacher. Au contraire, la mort doit être affrontée et l’on doit s’y préparer, comme un passage douloureux et inévitable, mais riche de sens : celui de l’ultime acte d’amour envers les personnes qu’on laisse et envers Dieu vers lequel on va. Dans toutes les religions, le moment de la mort, comme celui de la naissance, est accompagné par une présence religieuse. Nous vivons l’expérience des obsèques comme une prière riche d’espérance pour l’âme du défunt, et pour consoler ceux qui souffrent du départ de la personne aimée.

Je suis convaincu que, dans la pastorale animée d’une foi vive, il nous faut faire toucher du doigt combien les signes liturgiques et nos prières sont des expressions de la miséricorde du Seigneur. C’est lui-même qui nous adresse des paroles d’espérance, pour que rien ni personne ne puisse nous séparer de son amour (cf. Rm 8,35). Le partage de ce moment par le prêtre est un accompagnement important, parce qu’il permet de vivre la proximité de la communauté chrétienne dans un moment de faiblesse, de solitude, d’incertitude et de pleurs.

16. Le Jubilé s’achève et la Porte Sainte se ferme. Mais la porte de la miséricorde de notre cœur demeure toujours grande ouverte. Nous avons appris que Dieu se penche sur nous (cf. Os 11,4) pour que nous puissions, nous aussi, l’imiter et nous pencher sur nos frères. La nostalgie de beaucoup du retour à la maison du Père, qui attend leur venue, est suscitée aussi par des témoins sincères et généreux de la tendresse divine. La Porte Sainte que nous avons franchie en cette Année jubilaire nous a placés sur le chemin de la charité que nous sommes appelés à parcourir chaque jour avec fidélité et dans la joie. C’est la route de la miséricorde qui permet de rencontrer de nombreux frères et sœurs qui tendent la main pour que quelqu’un puisse la saisir afin de cheminer ensemble.

Vouloir être proche du Christ exige de se faire proche des frères, car rien ne plait davantage au Père qu’un geste concret de miséricorde. Par sa nature même, la miséricorde se fait visible et tangible à travers une action concrète et dynamique. Une fois qu’on en a fait l’expérience en vérité, on ne peut plus retourner en arrière : elle grandit sans cesse et transforme la vie. C’est une authentique et nouvelle création qui crée un cœur nouveau, capable d’aimer pleinement, et qui purifie le regard afin qu’il reconnaisse les besoins les plus cachés. Combien sont-elles vraies les paroles avec lesquelles l’Église prie durant la Veillée Pascale, après la lecture du récit de la création : « Seigneur notre Dieu, toi qui as fait merveille en créant l’homme et plus grande merveille encore en le rachetant ». [18]

La miséricorde renouvelle et libère car elle est la rencontre de deux cœurs : celui de Dieu qui vient à la rencontre de celui de l’homme. Celui-ci est réchauffé, et celui-là le guérit : le cœur de pierre est transformé en cœur de chair (cf. Ez 36,26), capable d’aimer malgré son péché. C’est ici que l’on prend conscience d’être vraiment une « créature nouvelle » (cf. Ga 6,15) : je suis aimé, donc j’existe ; je suis pardonné, donc je renais à une vie nouvelle ; il m’a été fait miséricorde, donc je deviens instrument de miséricorde.

17. Pendant l’Année Sainte, et spécialement les « vendredis de la miséricorde », j’ai pu toucher du doigt tout le bien présent dans le monde. Bien souvent, il n’est pas connu, car il est fait chaque jour de façon discrète et silencieuse. Même s’ils ne font pas les manchettes, il existe beaucoup de gestes concrets de bonté et de tendresse tournés vers les plus petits et les plus faibles, les plus seuls et abandonnés. Ils existent vraiment, ces protagonistes de la charité qui vivent la solidarité avec les pauvres et les malheureux. Rendons grâce au Seigneur pour ces dons précieux qui invitent à découvrir la joie de se faire proche face à la faiblesse de l’humanité blessée. Je pense avec gratitude à tant de volontaires qui, chaque jour, consacrent leur temps à manifester la présence et la proximité de Dieu à travers leur dévouement. Leur service est une authentique œuvre de miséricorde qui aide beaucoup de personnes à s’approcher de l’Église.

18. Le moment est venu de donner libre cours à l’imagination de la miséricorde pour faire naître de nombreuses œuvres nouvelles, fruits de la grâce. L’Église a besoin aujourd’hui de raconter ces « nombreux autres signes » que Jésus a accomplis et « qui ne sont pas écrits » (Jn 20,30), pour exprimer avec éloquence la fécondité de l’amour du Christ et de la communauté qui vit de lui. Plus de deux mille ans se sont écoulés, et pourtant les œuvres de miséricorde continuent à rendre visible la bonté de Dieu.

Aujourd’hui encore des populations entières souffrent de la faim et de la soif. Les images des enfants qui n’ont rien à manger suscitent de grandes préoccupations. Des personnes continuent à émigrer en masse d’un pays à l’autre, à la recherche de nourriture, de travail, d’une maison et de paix. La maladie, sous ses différentes formes, est un motif permanent de souffrance qui demande aide, consolation, et soutien. Les prisons sont des lieux où s’ajoutent souvent à la peine elle-même des désagréments parfois graves, dus aux conditions de vie inhumaines. L’analphabétisme est encore très présent ; il empêche les garçons et les filles d’être éduqués et les expose à de nouvelles formes d’esclavage. La culture de l’individualisme exacerbé, surtout en Occident, conduit à faire disparaître le sens de la solidarité et de la responsabilité envers les autres. Dieu lui-même aujourd’hui demeure, pour beaucoup, un inconnu ; cela représente la plus grande pauvreté et l’obstacle le plus grand à la reconnaissance de la dignité inviolable de la vie humaine.

En bref, les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles constituent jusqu’à aujourd’hui la confirmation de la grande et positive incidence de la miséricorde en tant que valeur sociale. Elle nous pousse en effet à retrousser nos manches pour redonner dignité à des millions de personnes qui sont nos frères et sœurs, appelés à construire avec nous une « cité fiable ».[19]

19. De nombreux gestes concrets de miséricorde ont été posés pendant cette Année Sainte. Des communautés, des familles, des croyants, ont redécouvert la joie du partage et la beauté de la solidarité. Cependant, cela ne suffit pas. Le monde continue à produire de nouvelles formes de pauvreté spirituelle et matérielle qui attentent à la dignité des personnes. C’est pour cette raison que l’Église doit toujours être vigilante et prête à identifier de nouvelles œuvres de miséricorde et à les mettre en œuvre avec générosité et enthousiasme.

Efforçons-nous donc de donner des formes concrètes à la charité, et en même temps intelligence aux œuvres de miséricorde. Cette dernière possède une action inclusive, c’est pourquoi elle tend à s’élargir comme une tache d’huile et ne connait pas de limite. En ce sens, nous sommes appelés à donner un visage nouveau aux œuvres de miséricorde que nous connaissons depuis toujours. De fait, la miséricorde exagère ; elle va toujours plus loin, elle est féconde. Elle est comme le levain qui fait fermenter la pâte (cf. Mt 13,33) et comme la graine de moutarde qui devient un arbre (cf. Lc 13,19).

Il nous suffit de penser, à titre d’exemple, à l’œuvre de miséricorde corporelle qui consiste à vêtir celui qui est nu (cf. Mt 25,36.38.43.44). Elle nous ramène au commencement, au jardin d’Eden, lorsqu’Adam et Eve découvrirent qu’ils étaient nus, et entendant le Seigneur s’approcher, eurent honte et se cachèrent (cf. Gn 3,7-8). Nous savons qu’ils furent punis par le Seigneur. Pourtant, il « fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit » (Gn 3,21). La honte est dépassée et la dignité retrouvée.

Fixons le regard également sur Jésus au Golgotha. Sur la croix, le Fils de Dieu est nu. Sa tunique a été tirée au sort et prise par les soldats (cf. Jn 19,23-24). Il n’a plus rien. Sur la croix, se révèle jusqu’à l’extrême la solidarité de Jésus avec ceux qui ont perdu toute dignité en étant privé du nécessaire. De même que l’Église est appelée à être la « tunique du Christ »[20] pour revêtir son Seigneur, de même elle est engagée à se rendre solidaire de tous les nus de la terre, afin qu’ils retrouvent la dignité dont ils ont été dépouillés. « J’étais nu, et vous m’avez habillé » (Mt 25,36) : cela oblige donc à ne pas détourner notre regard des nouvelles formes de pauvreté et de marginalisation, qui empêchent les personnes de vivre dignement.

Être sans travail et ne pas recevoir un juste salaire, ne pas avoir une maison ou une terre où habiter, subir des discriminations pour la foi, la race, le statut social… ces réalités, et d’autres encore, sont des conditions qui attentent à la dignité de la personne face auxquelles l’agir miséricordieux des chrétiens répond avant tout par la vigilance et la solidarité. Combien sont nombreuses les situations aujourd’hui où l’on peut rendre la dignité aux personnes et permettre une vie humaine ! Qu’il suffise de penser à de nombreux jeunes enfants qui subissent des violences de toutes sortes qui leur volent la joie de vivre. Leur visages tristes et défaits sont imprimés dans mon esprit. Ils demandent notre aide pour être libérés de l’esclavage du monde contemporain. Ces enfants sont les jeunes de demain. Comment les préparons-nous à vivre de façon digne et responsable ? Avec quelle espérance peuvent-ils affronter leur présent et leur avenir ?

Le caractère social de la miséricorde exige de ne pas rester inertes et de chasser l’indifférence et l’hypocrisie, afin que les plans et les projets ne demeurent pas lettre morte. Que l’Esprit Saint nous aide à être toujours prêts à offrir notre participation de manière active et désintéressée, afin que la justice et une vie digne ne demeurent pas des paroles de circonstance, mais marquent l’engagement concret de celui qui veut témoigner de la présence du Royaume de Dieu.

20. Nous sommes appelés à faire grandir une culture de la miséricorde, fondée sur la redécouverte de la rencontre des autres : une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit la souffrance des frères. Les œuvres de miséricorde sont « artisanales » : aucune d’entre elles n’est semblable à une autre ; nos mains peuvent les modeler de mille manières et même si Dieu qui les inspire est unique, tout comme est unique la « matière » dont elles sont faites, à savoir la miséricorde elle-même, chacune acquiert une forme différente.

Les œuvres de miséricorde, en effet, concernent la vie entière d’une personne. C’est pour cela que nous pouvons donner naissance à une véritable révolution culturelle, précisément à partir de la simplicité des gestes qui savent rejoindre le corps et l’esprit, c’est-à-dire la vie des personnes. C’est un engagement que la communauté chrétienne peut faire sien, consciente que la Parole du Seigneur l’appelle sans cesse à sortir de l’indifférence et de l’individualisme dans lesquels on est tenté de s’enfermer pour mener une existence confortable et sans problèmes. « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous » (Jn 12,8), dit Jésus à ses disciples. Aucun alibi ne peut justifier un désengagement lorsque l’on sait qu’il s’est identifié à chacun d’eux.

La culture de la miséricorde s’élabore dans la prière assidue, dans l’ouverture docile à l’action de l’Esprit, dans la familiarité avec la vie des saints et dans la proximité concrète des pauvres. C’est un appel pressant à ne pas mal interpréter où il est déterminant de s’engager. La tentation de faire la « théorie de la miséricorde » est surmontée dans la mesure où celle-ci est notre vie quotidienne de participation et de partage. Nous ne devrons d’ailleurs jamais oublier les paroles de l’apôtre Paul racontant sa rencontre avec Pierre, Jacques et Jean, après sa conversion : il met en relief un aspect essentiel de sa mission et de toute la vie chrétienne : « Ils nous ont seulement demandé de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai pris grand soin de faire » (Ga 2,10). Nous ne pouvons pas oublier les pauvres : c’est un appel plus que jamais d’actualité et qui s’impose dans son évidence évangélique.

21. Que l’expérience du Jubilé imprime en nous les paroles de l’Apôtre Pierre : « Autrefois vous n’aviez pas obtenu miséricorde, mais maintenant vous avez obtenu miséricorde » (1 P 2,10). Ne gardons pas jalousement seulement pour nous tout ce que nous avons reçu. Sachons le partager avec les frères souffrants pour qu’ils soient soutenus par la force de la miséricorde du Père. Que nos communautés s’ouvrent pour rejoindre ceux qui vivent sur leur territoire, pour qu’à travers le témoignage des croyants la caresse de Dieu parvienne à tous.

Voici venu le temps de la miséricorde. Chaque journée de notre route est marquée par la présence de Dieu qui guide nos pas avec la force de la grâce que l’Esprit répand dans le cœur pour le modeler et le rendre capable d’aimer. Voici venu le temps de la miséricorde pour tous et pour chacun, pour que personne ne puisse penser être étranger à la proximité de Dieu et à la puissance de sa tendresse. Voici venu le temps de la miséricorde pour que ceux qui sont faibles et sans défense, loin et seuls, puissent accueillir la présence de frères et sœurs qui les tireront du besoin. Voici venu le temps de la miséricorde pour que les pauvres sentent se poser sur eux le regard respectueux mais attentif de ceux qui, ayant vaincu l’indifférence, découvrent l’essentiel de la vie. Voici venu le temps de la miséricorde pour que tout pécheur ne se lasse jamais de demander pardon et sente la main du Père qui accueille toujours et serre contre lui.

À la lumière du « Jubilé des personnes socialement exclues », alors que dans toutes les cathédrales et dans les sanctuaires du monde les Portes de la Miséricorde se fermaient, j’ai eu l’intuition que, comme dernier signe concret de cette Année Sainte extraordinaire, on devait célébrer dans toute l’Église, le XXXIIIème Dimanche du Temps ordinaire, la Journée mondiale des pauvres. Ce sera la meilleure préparation pour vivre la solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, qui s’est identifié aux petits et aux pauvres et qui nous jugera sur les œuvres de miséricorde (cf. Mt 25,31-46). Ce sera une journée qui aidera les communautés et chaque baptisé à réfléchir sur la manière dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile et sur le fait que, tant que Lazare git à la porte de notre maison (cf. Lc 16,19-21), il ne pourra y avoir de justice ni de paix sociale. Cette Journée constituera aussi une authentique forme de nouvelle évangélisation (cf. Mt 11,5) par laquelle se renouvellera le visage de l’Église dans son action continuelle de conversion pastorale pour être témoin de la miséricorde.

22. Que demeurent tournés vers nous les yeux miséricordieux de la Sainte Mère de Dieu. Elle est la première qui nous ouvre le chemin et nous accompagne dans le témoignage de l’amour. Que la Mère de Miséricorde nous rassemble tous à l’abri de son manteau, comme l’art a souvent voulu la représenter. Confions-nous à son aide maternelle et suivons son indication constante à regarder Jésus, visage rayonnant de la miséricorde de Dieu.

Donné à Rome, près de Saint Pierre, le 20 novembre, Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, de l’An du Seigneur 2016, quatrième de mon pontificat."

FRANÇOIS

[1] In Joh 33,5.

[2] Le Pasteur d’Hermas, XLII, 1-4.

[3] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 27.

[4] Missel Romain, IIIéme Dimanche de Carême.

[5] Ibid., Préface des dimanches du Temps Ordinaire VII.

[6] Ibid., Prière eucharistique II.

[7] Ibid., Rite de communion.

[8] Célébrer la Pénitence et la Réconciliation, n° 85.

[9] Sacrement pour les malades, n° 112.

[10] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 106.

[11] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 2.

[12] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 142.

[13] Cf. Benoit XVI, Exhort. ap. post syn. Verbum Domini, nn. 86-87.

[14] Cf. Lettre accordant l’indulgence à l’occasion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, 1er septembre 2015.

[15] Cf. ibid.

[16] Exhort. ap. post syn. Amoris laetitia, n. 1.

[17] Cf. ibid., nn. 291-300

[18] Missel Romain, Veillée Pascale, Oraison après la 1ère lecture.

[19] Lettre. enc. Lumen fidei, n. 50.

[20] Cf. Cyprien, L’unité de l’Église catholique, 7.

Dimanche 20 Novembre 2016

La dernière porte sainte encore ouverte dans le monde, celle de la Basilique Saint Pierre est maintenant close : le rite de fermeture a été accompli par le Pape François, ce dimanche matin, avant la messe conclusive de l’Année extraordinaire de la Miséricorde, en la Solennité du Christ-Roi de l’Univers.

Le Souverain Pontife s’est recueilli quelques minutes en silence sur le seuil de cette imposante porte de bronze, traversée par plus de 22 millions de pèlerins en cette annèe jubilaire, avant d’en fermer les battants. Cette porte avait été ouverte le 8 décembre 2015, au cours d’une émouvante cérémonie, à laquelle avait participé le pape émérite Benoît XVI.

Ce rite de fermeture a été suivi de l’Eucharistie célébrée Place St Pierre, en présence d’une nombreuse foule de fidèles. Cette messe, qui marque aussi la fin de l’année liturgique, était concélébrée par les nouveaux cardinaux élevés à cette dignité lors du consistoire qui s’est tenu ce samedi, en la Basilique St Pierre. Plusieurs autorités, dont le président italien, Sergio Mattarella, et le président du Conseil, Matteo Renzi, étaient présentes.

"Même si la Porte sainte se ferme, la vraie porte de la miséricorde reste pour nous toujours ouverte, le coeur du Christ" : c’est ce qu’a affirmé le pape François, dans son homélie.
Nous vous proposons de retrouver l’homélie du Pape dans son intégralité :

« La solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi de l’Univers couronne l’année liturgique ainsi que cette Année sainte de la miséricorde. L’Évangile présente, en effet, la royauté de Jésus au sommet de son œuvre de salut, et il le fait de manière surprenante. « Le Messie de Dieu, l’Élu, le Roi » (Lc 23,35.37) apparaît sans pouvoir et sans gloire : il est sur la croix où il semble être plus vaincu que victorieux. Sa royauté est paradoxale : son trône c’est la croix ; sa couronne est d’épines, il n’a pas de sceptre mais un roseau lui est mis dans la main ; il ne porte pas d’habits somptueux mais il est privé de sa tunique ; il n’a pas d’anneaux étincelants aux doigts mais ses mains sont transpercées par les clous ; il n’a pas de trésor mais il est vendu pour trente pièces.

Vraiment le royaume de Jésus n’est pas de ce monde (cf. Jn 18,36) ; mais en lui, nous dit l’Apôtre Paul dans la seconde lecture, nous trouvons la rédemption et le pardon (cf. Col 1,13-14). Car la grandeur de son règne n’est pas la puissance selon le monde mais l’amour de Dieu, un amour capable de rejoindre et de guérir toute chose. Par cet amour, le Christ s’est abaissé jusqu’à nous, il a habité notre misère humaine, il a éprouvé notre condition la plus misérable : l’injustice, la trahison, l’abandon ; il a fait l’expérience de la mort, du tombeau, des enfers. De cette manière, notre Roi est allé jusqu’aux limites de l’univers pour embrasser et sauver tout être vivant. Il ne nous a pas condamnés, il ne nous a même pas conquis, il n’a jamais violé notre liberté mais il s’est fait chemin avec l’humble amour qui excuse tout, qui espère tout, qui supporte tout, (cf. 1Co 13,7). Seul cet amour a vaincu et continue à vaincre nos grands adversaires : le péché, la mort, la peur.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, nous proclamons cette singulière victoire par laquelle Jésus est devenu Roi des siècles, le Seigneur de l’histoire : par la seule toute puissance de l’amour qui est la nature de Dieu, sa vie même, et qui n’aura jamais de fin (cf. 1Co 13,8). Avec joie nous partageons la beauté d’avoir Jésus comme notre Roi : sa seigneurie d’amour transforme le péché en grâce, la mort en résurrection, la peur en confiance.

Mais ce serait peu de choses de croire que Jésus est Roi de l’univers et centre de l’histoire sans le faire devenir Seigneur de notre vie : tout ceci est vain si nous ne l’accueillons pas personnellement et si nous n’accueillons pas non plus sa manière de régner. Les personnages que l’Évangile de ce jour nous présente nous y aident. En plus de Jésus, trois figures l’accompagnent : le peuple qui regarde, le groupe qui se trouve près de la croix et un malfaiteur crucifié près de Jésus.

D’abord le Peuple : l’Évangile dit qu’il « restait là à observer » (Lc 23,35) : personne ne dit un mot, personne ne s’approche. Le peuple est loin, il regarde ce qui se passe. C’est le même peuple qui, en raison de ses besoins, se pressait autour de Jésus, et qui maintenant garde ses distances. Face aux circonstances de la vie ou devant nos attentes non réalisées, nous pouvons nous aussi avoir la tentation de prendre de la distance vis-à-vis de la royauté de Jésus, de ne pas accepter complètement le scandale de son humble amour, qui inquiète notre moi, qui dérange. On préfère rester à la fenêtre, se tenir à part plutôt que s’approcher et se faire proche. Mais le peuple saint, qui a Jésus comme Roi, est appelé à suivre sa voie d’amour concret ; à se demander, chacun, tous les jours : « Que me demande l’amour, où me pousse-t-il ? Quelle réponse je donne à Jésus par ma vie ? »

Il y a un second groupe qui comprend plusieurs personnes : les chefs du peuple, les soldats et un malfaiteur. Tous ceux-là se moquent de Jésus. Ils lui adressent la même provocation : « Qu’il se sauve lui-même ! » (cf. Lc 23,35.37.39). C’est une tentation pire que celle du peuple. Ici, ils tentent Jésus comme a fait le diable au début de l’Évangile (cf. Lc 4,1-13), pour qu’il renonce à régner à la manière de Dieu mais qu’il le fasse selon la logique du monde : qu’il descende de la croix et batte ses ennemis ! S’il est Dieu, qu’il montre sa puissance et sa supériorité ! Cette tentation est une attaque directe contre l’amour : « Sauve-toi toi-même » (vv 37.39) ; non pas les autres, mais toi-même. Que prévale le moi, avec sa force, avec sa gloire, avec son succès. C’est la tentation la plus terrible, la première et la dernière de l’Évangile. Mais face à cette attaque contre sa manière d’être, Jésus ne parle pas, ne réagit pas. Il ne se défend pas, il ne cherche pas à convaincre, il ne fait pas une apologétique de sa royauté. Il continue plutôt à aimer, il pardonne, il vit le moment de l’épreuve selon la volonté du Père, certain que l’amour portera du fruit.

Pour accueillir la royauté de Jésus nous sommes appelés à lutter contre cette tentation, à fixer le regard sur le Crucifié, pour lui devenir toujours plus fidèles. Que de fois, aussi parmi nous, les sécurités tranquillisantes offertes par le monde sont recherchées. Que de fois n’avons-nous pas été tentés de descendre de la croix. La force d’attraction du pouvoir et du succès a semblé être une voie facile et rapide pour répandre l’Évangile, oubliant trop vite comment opère le règne de Dieu. Cette Année de la miséricorde nous a invités à redécouvrir le centre, à revenir à l’essentiel. Ce temps de miséricorde nous appelle à regarder le vrai visage de notre Roi, celui qui resplendit à Pâques, et à redécouvrir le visage jeune et beau de l’Église qui resplendit quand elle est accueillante, libre, fidèle, pauvre en moyens et riche en amour, missionnaire. La miséricorde, en nous portant au cœur de l’Évangile, nous exhorte aussi à renoncer aux habitudes et aux coutumes qui peuvent faire obstacle au service du règne de Dieu , à trouver notre orientation seulement dans l’éternelle et humble royauté de Jésus, et non dans l’adaptation aux royautés précaires et aux pouvoirs changeants de chaque époque.

Un autre personnage apparaît dans l’Evangile, plus proche de Jésus, le malfaiteur qui le prie en disant : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume » (v. 42). Cette personne, simplement en regardant Jésus, a cru en son règne. Il ne s’est pas fermé sur lui-même, mais, avec ses erreurs, ses péchés et ses ennuis il s’est adressé à Jésus. Il lui a demandé de se souvenir de lui et a éprouvé la miséricorde de Dieu : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v. 43). Dieu se souvient de nous dès que nous lui en donnons la possibilité. Il est prêt à effacer complètement et pour toujours le péché, parce que sa mémoire n’enregistre pas le mal commis et ne tiens pas pour toujours compte des torts subis, à la différence de la nôtre. Dieu n’a pas la mémoire du péché, mais de nous, de chacun de nous, ses enfants bien aimés. Et il croit qu’il est toujours possible de recommencer, de se relever.

Nous aussi, demandons le don de cette mémoire ouverte et vivante. Demandons la grâce de ne jamais fermer les portes de la réconciliation et du pardon, mais de savoir dépasser le mal et les divergences, ouvrant toute voie d’espérance possible. De même que Dieu croit en nous-mêmes, infiniment au-delà de nos mérites, nous aussi sommes appelés à infuser l’espérance et donner leurs chances aux autres. Parce que, même si la Porte Sainte se ferme, la vraie porte de la miséricorde reste pour nous toujours grande ouverte, le Cœur du Christ. Du côté percé du Ressuscité jaillissent jusqu’à la fin des temps la miséricorde, la consolation et l’espérance.

Beaucoup de pèlerins ont passé les Portes saintes et, loin du bruit des commentaires, ont goûté la grande bonté du Seigneur. Remercions pour cela et rappelons-nous que nous avons été investis de miséricorde pour nous revêtir de sentiments miséricorde, pour devenir aussi des instruments de miséricorde. Continuons notre chemin ensemble. Que la Vierge nous accompagne, elle aussi était près de la croix, elle nous a enfantés là comme tendre Mère de l’Église qui désire nous recueillir tous sous son manteau. Sous la croix elle a vu le bon larron recevoir le pardon et elle a pris le disciple de Jésus comme son fils. Elle est la Mère de miséricorde à qui nous nous confions : toute situation, toute prière, présentée à ses yeux miséricordieux ne restera pas sans réponse. »

Enfin, au terme de la messe conclusive du Jubilé, le Saint-Père a signé sa lettre apostolique, “Misericordia et misera” (“miséricordieuse et pauvre”) adressée à toute l’Eglise, pour continuer à vivre la Miséricorde avec la même intensité expérimentée lors de cette année jubilaire qui lui était consacrée, et qui s’est donc clos, en la Solennité du Christ-Roi de l’Univers.

Le Souverain Pontife a remis un exemplaire de cette lettre à plusieurs représentants du Peuple de Dieu : le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, une des plus grandes métropoles au monde et également président de Caritas Internationalis, Mgr Leo William Cushley, archevêque de Saint Andrews et Edimbourg, deux prêtres « missionnaires de la Miséricorde » venant de la République démocratique du Congo et du Brésil, un diacre permanent du diocèse de Rome accompagné de sa famille, deux religieuses venant respectivement du Mexique et de Corée du Sud, une famille originaire des Etats-Unis, un couple de jeunes fiancés, deux catéchistes d’une paroisse romaine, une personne handicapée et une personne malade.

Cette lettre apostolique sera présentée lundi 21 novembre en salle de presse du Saint-Siège, par Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation.

(Avec R. V.)

Samedi 19 novembre 2016

Le Pape François, ce samedi, a présidé un consistoire en la basilique Saint-Pierre de Rome pour la création de 17 nouveaux cardinaux. Avant de leur remettre leurs insignes (barrette, anneau et diaconie), il a prononcé un discours dont voici le texte intégral en français :

Le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre (cf. Lc 6, 27-36), beaucoup l’ont appelé ‘‘ le discours de la plaine’’. Après l’institution des Douze, Jésus est descendu avec ses disciples là où une multitude l’attendait pour l’écouter et pour se faire guérir. L’appel des Apôtres est accompagné par ce ‘‘se mettre en route’’ vers la plaine, pour la rencontre avec une multitude qui, comme le dit le texte de l’Évangile, était ‘‘tourmentée’’ (cf. v. 18). L’élection, au lieu de les maintenir en haut sur la montagne, au sommet, les conduit au cœur de la foule, les met au milieu de ses tourments, au niveau de leur vie. De cette manière, le Seigneur leur révèle ainsi qu’à nous que le vrai sommet s’atteint dans la plaine, et la plaine nous rappelle que le sommet se trouve dans un regard et spécialement dans un appel : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (v. 36).

Une invitation accompagnée de quatre impératifs, nous pourrions dire de quatre exhortations, que le Seigneur leur adresse pour modeler leur vocation concrètement, dans le quotidien de l’existence. Ce sont quatre actions qui donneront forme, qui donneront chair et rendront tangible le chemin du disciple. Nous pourrions dire que ce sont quatre étapes de la mystagogie de la miséricorde : aimez, faites du bien, bénissez et priez. Je pense que nous pouvons être d’accord sur ces quatre aspects et qu’ils nous paraissent également raisonnables. Ce sont quatre actions que nous réalisons facilement avec nos amis, avec les personnes plus ou moins proches, proches par l’affection, par les goûts, par les habitudes.

Le problème surgit lorsque Jésus nous présente les destinataires de ces actions, et en cela il est très clair, il n’utilise pas des figures de style ni des euphémismes. Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous traitent mal (cf. vv. 27-28).

Et ce ne sont pas des actions qui viennent spontanément envers des personnes qui sont devant nous comme adversaires, comme ennemis. Face à elles, notre attitude première et instinctive, c’est de les disqualifier, de les discréditer, de les maudire : dans beaucoup de cas, nous cherchons à les ‘‘diaboliser’’, en vue d’avoir une ‘‘sainte’’ justification pour nous débarrasser d’elles. Au contraire, en ce qui concerne l’ennemi, celui qui te hait, qui te maudit ou te diffame, Jésus nous dit : aime-le, fais-lui du bien, bénis-le et prie pour lui.

Nous nous trouvons face à l’une des caractéristiques propres du message de Jésus, là où se cache sa force et son secret ; de là proviennent la source de notre joie, la puissance de notre mission et l’annonce de la Bonne Nouvelle. L’ennemi est quelqu’un que je dois aimer. Dans le cœur de Dieu, il n’y a pas d’ennemis, Dieu n’a que des enfants. Nous élevons des murs, nous construisons des barrières et nous classons les personnes. Dieu a des enfants et pas précisément pour s’en débarrasser. L’amour de Dieu a la saveur de la fidélité envers les personnes, car c’est un amour viscéral, un amour maternel/paternel qui ne les laisse pas dans l’abandon, même lorsqu’elles ont commis des fautes. Notre Père n’attend pas que nous soyons bons pour aimer notre monde, il n’attend pas que nous soyons moins injustes ou parfaits pour nous aimer ; il nous aime parce qu’il a choisi de nous aimer, il nous aime parce qu’il nous a donné le statut de fils. Il nous a aimés même lorsque nous étions ses ennemis (cf. Rm 5, 10). L’amour inconditionnel du Père envers tous a été et est une vraie exigence de conversion pour notre pauvre cœur qui tend à juger, à diviser, à opposer et à condamner. Savoir que Dieu continue d’aimer même celui le rejette est une source illimitée de confiance et un encouragement pour la mission. Aucune main sale ne peut empêcher que Dieu y mette la Vie qu’il désire nous offrir.

Notre époque est caractérisée par de grandes problématiques et interrogations à l’échelle mondiale. Il nous arrive de traverser un temps où émergent de nouveau de manière épidémique, dans nos sociétés, la polarisation et l’exclusion comme l’unique façon possible de résoudre les conflits. Nous voyons, par exemple, comment rapidement celui qui est à côté de nous non seulement possède le statut d’inconnu ou d’immigré ou de réfugié, mais [encore] devient une menace, acquiert le statut d’ennemi. Ennemi parce qu’il vient d’un pays lointain ou parce qu’il a d’autres coutumes. Ennemi par la couleur de sa peau, par sa langue ou par sa condition sociale, ennemi parce qu’il pense différemment et aussi parce qu’il a une autre foi. Ennemi par… Et, sans que nous ne nous en rendions compte, cette logique s’installe dans notre manière de vivre, d’agir et de procéder. Donc, tout et tous commencent à avoir une saveur d’inimitié. Peu à peu, les différences sont transformées en symptômes d’hostilité, de menace et de violence. Que de blessures s’élargissent à cause de cette épidémie d’inimitié et de violence, qui s’imprime dans la chair de beaucoup de sans-voix, parce que leur cri s’est affaibli et est réduit au silence à cause de cette pathologie de l’indifférence ! Que de situations de précarité et de souffrance sont semées à travers cette prolifération de l’inimitié entre les peuples, entre nous ! Oui, entre nous, dans nos communautés, dans nos presbytères, dans nos réunions. Le virus de la polarisation et de l’inimitié imprègne nos façons de penser, de sentir et d’agir. Nous ne sommes pas immunisés contre cela et nous devons être attentifs afin que cette attitude n’occupe pas notre cœur, car cela serait contre la richesse et l’universalité de l’Église que nous pouvons toucher de la main dans ce Collège Cardinalice. Nous provenons de pays lointains, nous avons des coutumes, des couleurs de peau, des langues et des conditions sociales différents ; nous pensons de manières différentes et nous célébrons aussi la foi par des rites différents. Et rien de tout cela ne nous rend ennemis, au contraire, c’est l’une de nos plus grandes richesses.

Chers frères, Jésus ne cesse de ‘‘descendre de la montagne’’, il ne cesse de vouloir nous insérer au carrefour de notre histoire pour annoncer l’Évangile de la Miséricorde. Jésus continue de nous appeler et de nous envoyer dans la ‘‘plaine’’ de nos peuples, il continue de nous inviter à passer notre vie en soutenant l’espérance de nos gens, comme signes de réconciliation. Comme Église, nous continuons à être envoyés pour ouvrir nos yeux afin de regarder les blessures de tant de frères et sœurs privés de leur dignité, privés dans leur dignité.

Cher frère nouveau Cardinal, le chemin vers le ciel commence dans la plaine, dans le quotidien de la vie rompue et partagée, d’une vie dépensée et donnée. Dans le don quotidien et silencieux de ce que nous sommes. Notre sommet est cette qualité de l’amour : notre but et notre aspiration c’est de chercher dans la plaine de la vie, avec le peuple de Dieu, à nous transformer en personnes capables de pardon et de réconciliation.

Cher frère, aujourd’hui, on te demande de garder dans ton cœur et dans celui de l’Église cette invitation à être miséricordieux comme le Père, en sachant que « si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 49).

(Avec R. V.)

Mercredi 16 novembre 2016

Lors de l’audience générale de ce mercredi matin, le Pape François est revenu sur une œuvre de miséricorde que « tous nous connaissons bien, mais que peut-être nous ne mettons pas en pratique comme nous le devrions » : supporter patiemment les personnes ennuyeuses. Un effort en apparence anecdotique, mais qui peut relever du combat spirituel, et s’enracine dans la longue histoire de la relation entre Dieu et son peuple.

« Dans la Bible nous voyons que Dieu doit user de miséricorde pour supporter les lamentations de son peuple, a remarqué le Pape avec un certain humour. Par exemple, dans le Livre de l’Exode le peuple finit par devenir vraiment insupportable : d’abord il pleure parce qu’il est esclave en Égypte, et Dieu le libère. Ensuite, dans le désert, il se lamente parce qu’il n’y a rien à manger, et Dieu envoie la manne, mais malgré cela les lamentations ne cessent pas ». Même Moïse a pu être ennuyeux pour le Seigneur, mais Dieu est resté patient.

L’attitude de Jésus nous montre aussi cette patience infinie, notamment dans l’Évangile de Matthieu, quand la mère de Jacques et Jean fait du lobbying pour ses enfants en demandant au Seigneur : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite, et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Jésus répond simplement que son Royaume n’est pas un Royaume de pouvoir, mais « de service et de don aux autres ». Une vérité rappelée avec patience, une patience qui doit aussi inspirer les catéchistes face à des enfants turbulents.

« Accompagner dans la recherche de l’essentiel est beau et important, parce que cela nous fait partager la joie de goûter le sens de la vie, a insisté François. Souvent cela nous arrive de rencontrer des personnes qui s’arrêtent sur les choses superficielles, éphémères et banales : parfois parce qu’elles n’ont pas rencontré quelqu’un qui puisse les stimuler à chercher quelque chose d’autre, à apprécier les vrais trésors. »

Les paroles de Jésus nous indiquent la voie pour éviter de tomber dans l’envie, dans l’ambition, dans l’adulation, les tentations qui rôdent toujours aussi entre nous, les chrétiens, a insisté le Saint-Père.

Et à l’issue de cette audience, le Pape François a salué les pèlerins francophones, notamment les membres de l’œuvre d’Orient, les prêtres de l’Union apostolique du clergé, et ceux du diocèse d’Agen, venus avec leur évêque Mgr Herbreteau. Le Saint-Père a aussi salué les autres fidèles venus notamment de France, de Belgique et de République démocratique du Congo.

Il a par ailleurs lancé un appel pour la Journée mondiale des droits de l’enfant, le 20 novembre : « Je fais appel à la conscience de tous, institutions et familles, afin que les enfants soient toujours protégés et que leur bien-être soit protégé, pour qu’ils ne tombent jamais dans des formes d’esclavage, de réclusion dans des groupes armés, et de mauvais traitements. Je souhaite que la communauté internationale puisse veiller sur leur vie, en garantissant à chaque enfant le droit à l’école et à l’éducation, pour que leur croissance soit sereine et qu’ils regardent le futur avec confiance le futur. »

Évoquant enfin en italien la commémoration des défunts en ce mois de novembre, le Pape a également appelé à prier pour les victimes du tremblement de terre en Italie centrale, et à la solidarité pour toutes les personnes affectées.

(Avec R. V.)

Dimanche 13 novembre 2016

« Combien de certitudes présumées définitives dans notre vie se révélèrent éphémères ! » Le Pape François, après avoir célébré la messe en la basilique Saint-Pierre à l’occasion du jubilé des exclus, a récité la prière de l’angélus.
Depuis la fenêtre de ses appartements, il est revenu dans le commentaire de l’évangile de ce dimanche, sur le fait que tout passe sauf l’essentiel.

« Jésus sait qu’il y a toujours quelqu’un pour spéculer sur le besoin humain de sécurité », a expliqué François. C’est pourquoi le Christ met en garde ses disciples contre les faux messies qui pourraient se présenter. « L’histoire de l’Église est riche d’exemples de personnes qui ont traversé des épreuves et supporté des souffrances terribles avec sérénité parce qu’ils avaient conscience d’être fermement entre les mains de Dieu. Lui, il est un Père fidèle et aimant qui n’abandonne jamais ses enfants ».

« Rester fermement dans le Seigneur, a poursuivi le Pape, cheminer dans l’espérance, travailler pour construire un monde meilleur malgré les difficultés et les événements tristes qui marquent l’existence personnelle et collective : c’est ce qui compte vraiment. C’est ce que la communauté chrétienne est appelée à faire pour aller à la rencontre du “jour du Seigneur” ».

Le Pape est alors revenu sur la conclusion de l’année de la miséricorde. Dans les cathédrales et les basiliques, les portes saintes seront refermées ce dimanche. A cette occasion, il a rappelé que « l’Année sainte nous a sollicité d’une part, à garder le regard fixé vers l’accomplissement du Royaume de Dieu, et de l’autre, à construire le futur sur cette terre, travaillant pour évangéliser le présent afin d’en faire un temps de salut pour tout le monde ».

« Notre vie, a conclu le Pape François avant de réciter la prière de l’angélus, ne peut pas se perdre parce qu’elle est entre les mains du Seigneur ».

Lors de la messe du jubilé des exclus, les fidèles ont pu voir un crucifix en bois du XIVe siècle qui a été entièrement restauré et rendu « à la prière des fidèles ». Il sera placé dans la chapelle du Saint-Sacrement de la basilique Saint-Pierre en souvenir du jubilé de la miséricorde, a indiqué le Pape en saluant la foule rassemblée place Saint-Pierre.

A l’occasion de la journée du remerciement célébrée traditionnellement en Italie, le Saint-Père a souligné que « l’Église est, avec sympathie et reconnaissance, aux côtés du monde agricole et exhorte à ne pas oublier ceux, qui en de nombreuses régions du monde, sont privés des biens essentiels comme la nourriture et l’eau ». Il a également souhaité que « la terre mère soit toujours cultivée de manière durable ». Il a enfin remercié les associations qui viennent en aide aux personnes exclues et qui ont participé à l’organisation du jubilé de ce weekend.

(Avec R. V.)

Samedi 12 novembre 2016

Le Pape François a tenu à placer l’inclusion au cœur de la dernière audience jubilaire de cette année de la miséricorde, place Saint-Pierre.

Dans sa catéchèse, le Pape a rappelé, alors que l’Église célèbrait ce weekend le jubilé des exclus, que « Dieu, dans son dessein d’amour, ne veut exclure personne, mais veut inclure tout le monde ». Cela passe notamment par le baptême, mais aussi par la miséricorde « qui est cette façon d’agir, ce style avec lequel nous cherchons à inclure les autres dans notre vie, évitant de nous renfermer sur nous-mêmes et dans nos sécurités égoïstes ».

Quand Jésus invite tout le monde à venir à lui dans l’Évangile de Matthieu, il adresse « une invitation vraiment universelle » explique François. « Personne n’est exclu de cet appel parce que la mission de Jésus est celle de révéler à chacun l’amour du Père. Nous, nous devons ouvrir notre cœur, nous fier à Jésus et accueillir son message d’amour qui nous fait entrer dans le mystère du salut ».

Concrètement, précise le Pape, « l’inclusion se manifeste en ouvrant nos bras pour accueillir sans exclure, sans classifier les autres sur la base de la condition sociale, de la langue, de la race, de la culture, de la religion : devant nous, il n’y a que la personne à aimer comme Dieu l’aime ». Sur toutes les « personnes fatiguées et opprimées » que nous rencontrons, à travers notre regard, c’est celui de Jésus qui se pose sur eux.

L’Évangile nous montre qu’il existe le dessein « d’une grande œuvre d’inclusion », qui, « respectant pleinement la liberté de chaque personne, de chaque communauté, de chaque peuple, appelle tout le monde à former une famille de frères et sœurs, dans la justice, la solidarité et la paix, et à faire partie de l’Église qui est le corps du Christ ».

Rappelant que nul pécheur, pas même le plus grand, n’est exclu de l’amour et de la miséricorde de Jésus, le Pape souligne que nous avons tous besoin « d’être pardonnés par Dieu » et de rencontrer quelqu’un qui nous aide à « aller vers Jésus ». De manière à ce que nous soyons tous « témoins de la miséricorde ».

(Avec R. V.)

Mercredi 9 Novembre 2016

Visiter les malades et les personnes incarcérées : c’est l’œuvre de miséricorde sur laquelle le Pape François a développé sa catéchèse ce mercredi 9 novembre 2016, lors de l’audience générale place Saint-Pierre.

Le Pape a appuyé son enseignement sur l’épisode de la guérison de la belle-mère de Pierre, évoquée dans le premier chapitre de l’Évangile de Marc. Un exemple parmi d’autres de l’attention portée par Jésus aux personnes les plus marginalisées.

« Les malades ont eu une place spéciale. Combien de pages de l’Évangile racontent ces rencontres !, s’est exclamé le Pape François. Le paralytique, l’aveugle, le lépreux, le démoniaque, l’épileptique, et d’innombrables malades de tout type… Jésus s’est fait proche de chacun d’eux et les a guéris avec sa présence et la puissance de sa force qui guérit. »

Un attitude qui doit donc nous inspirer aujourd’hui dans le soin et l’amour que nous portons aux personnes malades, souvent marquées par la solitude. « Une visite peut faire se sentir moins seule la personne malade, et un peu de compagnie, c’est un excellent médicament ! Un sourire, une caresse, une poignée de main sont des gestes simples, mais tellement importants pour celui qui se sent abandonné à lui-même ». « Les hôpitaux sont aujourd’hui de vraies cathédrales de la douleur, où toutefois se rend évidente aussi la force de la charité qui soutient et éprouve de la compassion. »

Le Pape a aussi évoqué la situation des prisonniers qu’il a reçus dimanche au Vatican à l’occasion de leur Jubilé. Même coupable d’un délit ou d’un crime, un prisonnier reste un être humain « aimé de Dieu ». Jésus et les apôtres ont eux-mêmes subis l’expérience de la prison. « Dans les récits de la Passion nous connaissons les souffrances auxquelles le Seigneur a été soumis : capturé, traité comme un malfaiteur, moqué, flagellé, couronné d’épines ». Le Pape a encore présenté l’expérience de saint Paul, qui a souffert de la solitude en prison et qui espérait la visite d’un ami. « Ne tombons pas dans l’indifférence » a conclu le Pape François.

(Avec R. V.)

Dimanche 6 Novembre 20165

Après la messe de ce dimanche 6 novembre à l’occasion du Jubilé des prisonniers, le Pape François a lancé un appel pour l’amélioration des condition de vie dans les prisons lors de l’Angélus, pour que la dignité humaine des détenus soit pleinement respectée.

Le Saint-Père a aussi invité à réfléchir à une justice pénale qui ne soit pas seulement
une justice punitive, « mais (une justice) ouverte à l’espérance et à la possibilité de réinsérer le criminel dans la société ». « Je soumets à la considération des autorités civiles compétentes, la possibilité de faire un acte de clémence à l’égard des détenus » qui pourraient bénéficier d’une telle réintégration, a déclaré François, en cette Année de la miséricorde.

Le Pape François est aussi revenu sur l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris sur le climat, vendredi 4 novembre 2016 dernier. « Cet important pas en avant démontre que l’humanité a la capacité de collaborer pour la sauvegarde de la création, de mettre l’économie au service des personnes et pour construire la paix et la justice » souligne le Pape. « Demain commence à Marrakech un nouvelle session de la Conférence sur le climat » a rappelé François, souhaitant « que tout ce processus est guidé par la prise de conscience de notre responsabilité pour les soins de la maison commune ». La COP22 s’ouvre ce lundi 7 novembre jusqu’au 18 novembre 2016.

Lors de la prière de l’Angélus, le Pape a invité à réfléchir au mystère de la résurrection des morts, quelques jours après la Toussaint et la Commémoration des morts. « La résurrection est le fondement de la foi chrétienne » a souligné François, « S’il n’y avait aucune référence au paradis et à la vie éternelle, le christianisme serait seulement une éthique, une philosophie de vie » a rappelé le Saint-Père, alors que "le message de la foi chrétienne vient du ciel, est révélé par Dieu ». « Croire en la résurrection est essentielle, afin que chaque grand acte d’amour chrétien ne soit pas éphémère et une fin en soi mais qu’il devienne un graine destinée à fleurir dans le jardin de Dieu, et à produire le fruit de la vie éternelle » a ajouté le Pape.

Le Pape est aussi revenu sur la béatification ce samedi 5 novembre 2016 de 38 martyrs, en Albanie, à Scutari, victimes de la persécution du régime communiste. Parmi eux, deux évêques et de nombreux prêtres et religieux, un séminariste et des laïcs. « Ils ont préféré subir la prison, la torture et enfin la mort pour rester fidèle au Christ et à l’Eglise » a salué le Saint-Père.

(Avec R. V.)

Vendredi 4 novembre 2016

Comme chaque année, le Pape François a célébré dans la basilique Saint-Pierre une messe en hommage aux cardinaux et évêques morts dans l’année, l’occasion de revenir sur le témoignage que leurs vies nous enseigne.

« Alors que nous nous confions une nouvelle fois à la bonté et à la miséricorde du Père, renouvelons notre reconnaissance pour le témoignage chrétien et sacerdotal qu’ils nous ont laissés, a expliqué François dans son homélie. Ces défunt savaient bien que notre pèlerinage terrestre s’achève auprès de la maison du Père céleste, et que seulement là se trouve la ligne d’arrivée, le repos et la paix. C’est à cette demeure que nous conduit le Seigneur Jésus, notre chemin, vérité et vie ».

« Le chemin vers la maison du Père commence, pour chacun de nous, le jour-même où nous ouvrons les yeux à la lumière, et par le Baptême, à la grâce, a poursuivi le Pape. Une étape importante de ce chemin, pour nous prêtres et évêques est le moment où nous prononçons "Me voici !" durant l’ordination sacerdotale. »

Le Pape a souligné que les cardinaux et évêques dont la mémoire était rappelée ce vendredi dans la prière, s’étaient durant toute leur vie dédiés au témoignage et au don de l’amour de Jésus aux autres. « Ils ont été des pasteurs du troupeau du Christ » a dit François, et à son image, se sont donnés et sacrifiés pour le salut du peuple qui leur était confié.

Certains de ces cardinaux et évêques défunts ont été amenés à témoigner de l’Évangile de manière héroïque, en vivant de lourdes épreuves, a poursuivi le Saint-Père. « À la lumière du mystère pascal du Christ, leur mort est en réalité l’entrée dans la plénitude de la vie ».

« Nous continuerons à les sentir à nos côtés dans la communion des saints » a conclu François, qui a demandé « d’attendre avec une espérance ferme le jour de la rencontre avec le visage lumineux et miséricordieux du Père. »

Sept cardinaux se sont éteints ces 12 derniers mois, parmi lesquels l’ancien secrétaire de saint Jean XXIII, le cardinal italien Loris Francesco Capovilla, décédé à 100 ans le 26 mai dernier, qui avait été nommé cardinal par le Pape François lors de son premier consistoire, en 2014.

Deux grandes figures du pontificat de Jean-Paul II se sont également éteintes cette année : le cardinal suisse Georges Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale, décédé le 31 mars, et le cardinal polonais Franciszek Macharski, qui avait succédé à Karol Wojtyla comme archevêque de Cracovie en 1978. Il est décédé le 2 août dernier, juste au terme des JMJ tenues dans cette ville polonaise, durant lesquelles le Pape François avait pu se rendre à son chevet, à l’hôpital.

Parmi les autres cardinaux décédés au cours des mois écoulés figurent le cardinal bolivien Julio Terrazas Sandoval, archevêque émérite de Santa Cruz, et le cardinal italien Carlo Furno, Grand-maître émérite de l’Ordre du Saint-Sépulcre, qui sont décédés le même jour, le 9 décembre 2015, au lendemain de l’ouverture de l’Année Sainte.

Le cardinal italien Giovanni Coppa, ancien nonce apostolique en Tchécoslovaquie, puis en République tchèque et en Slovaquie, est lui décédé le 16 mai 2016, et un autre cardinal italien, Silvano Piovanelli, est décédé le 9 juillet dans la ville de Florence, dont il avait été archevêque de 1983 à 2001.

Voyage du Saint-Père en suède

Le Pape François a quitté la Suède après un séjour de deux journées à l’invitation de la fédération mondiale des Luthériens pour commémorer les 500 ans de la Réforme.

Deuxième jour du voyage du Saint-Père en Suède : aucune messe publique n’était prévue à l’origine pour ce 17e voyage apostolique, qui se voulait avant tout œcuménique. Mais devant l’insistance des fidèles, le Pape a décidé de prolonger son séjour, afin de célébrer la Solennité de la Toussaint avec les catholiques de Suède.

Les fidèles sont donc venus de tout le pays pour l’occasion ; répartis dans les gradins du stade de Malmö, - d’ailleurs guère propice ou adapté pour l’occasion-, emmitouflés dans leurs manteaux, mais vibrants d’enthousiasme, agitant des petits fanions, faisant des « youyous », applaudissant et acclamant le Pape, participant avec ferveur à l’Eucharistie.

Dans ce stade, des visages différents, -asiatiques, africains, européens-, des mains brandissant des drapeaux du monde entier. Car c’est cela, l’Eglise catholique de Suède : une communauté constituée en grande majorité d’immigrés, jeune, vivante, et où les vocations fleurissent. Un fait notable et surprenant, alors que l’Eglise luthérienne suédoise accuse quant à elle une véritable désaffection de ses fidèles. A la suite de St Jean-Paul II, venu dans le pays en 1989, François vient donc à la rencontre d’une Eglise très minoritaire, mais en plein renouveau, après des siècles d’oppression.

Dans son homélie, le Pape François a expliqué que la Toussaint était par excellence la fête de la sainteté, une sainteté vécue souvent au milieu d’une existence simple et cachée. Cette sainteté qui, parfois ne se manifeste pas dans de grandes œuvres ou dans des succès extraordinaires, mais qui sait vivre fidèlement et chaque jour les exigences du baptême.

Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les saints, a poursuivi le Pape, c’est qu’ils sont réellement heureux. Ils ont trouvé le secret de ce bonheur authentique, niché au fond de l’âme et qui a sa source dans l’amour de Dieu. Les béatitudes sont leur chemin, leur but, leur patrie. Les béatitudes sont le chemin de vie que le Seigneur nous enseigne, pour que nous suivions ses traces.

Ces béatitudes, que l’Evangile de Saint Matthieu rapporte ce dimanche sont le profil du Christ et, par conséquent, du chrétien a expliqué le Pape. Il a souhaité mettre en avant une béatitude particulière :« Bienheureux les doux ». Cette douceur est le portrait spirituel de Jésus, cela nous révèle la richesse de son amour. La douceur est une manière d’être et de vivre qui nous rapproche de Jésus et nous unit entre nous ; elle nous permet de laisser de côté tout ce qui nous divise et nous oppose.

Le Pape a aussi rendu hommage à deux saintes de la Suède, Sainte Marie Elisabeth Hesselblad, canonisée récemment, et sainte Brigitte, Brigitte Vadstena, co-patronne de l’Europe. Elles ont prié et travaillé pour resserrer les liens d’unité et de communion entre les chrétiens, a-t-il rappelé. « Un signe très éloquent est que ce soit ici, dans votre pays, caractérisé par la cohabitation entre des populations très diverses, que nous sommes en train de commémorer ensemble le cinquième centenaire de la Réforme » a-t-il poursuivi.

Les béatitudes sont de quelque manière la carte d’identité du chrétien, qui l’identifie comme disciple de Jésus a encore souligne le Saint-Père. Et de proposer six « nouvelles béatitudes » pour vivre les souffrances et les angoisses de notre époque avec un esprit renouvelé : « Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur ; bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité ; bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres le découvrent aussi ; bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune ; bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui ; bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens… ils sont tous porteurs de la miséricorde et de la tendresse de Dieu, et ils recevront certainement de lui la récompense méritée ».

L’appel à la sainteté est pour tous a conclu François, et il faut le recevoir du Seigneur avec un esprit de foi. Pour cela, les saints nous encouragent par leur vie et intercèdent auprès de Dieu. A Marie, « Reine de tous les saints, » nous confions nos intentions et le dialogue à la recherche de la pleine communion de tous les chrétiens, pour que nous soyons bénis dans nos efforts et parvenions à la sainteté dans l’unité.

Retrouvez le texte intégral de l’homélie prononcée par le Pape :

"Avec toute l’Église, nous célébrons aujourd’hui la solennité de Tous les Saints. Nous nous souvenons, ainsi, non seulement de ceux qui ont été proclamés saints au long de l’histoire, mais également de beaucoup de nos frères qui ont vécu leur vie chrétienne dans la plénitude de la foi et de l’amour, au milieu d’une existence simple et cachée. Sûrement, parmi eux, il y a beaucoup de nos familiers, amis et connaissances.

Nous célébrons, par conséquent, la fête de la sainteté. Cette sainteté qui, parfois ne se manifeste pas dans de grandes œuvres ou dans des succès extraordinaires, mais qui sait vivre fidèlement et chaque jour les exigences du baptême. Une sainteté faite d’amour de Dieu et des frères. Amour fidèle jusqu’à l’oubli de soi-même et jusqu’au don total de soi aux autres, comme la vie de ces mères et de ces pères, qui se sacrifient pour leurs familles en sachant renoncer volontiers, même si ce n’est pas toujours facile, à tant de choses, à tant de projets ou de plans personnels.

Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les saints, c’est qu’ils sont réellement heureux. Ils ont trouvé le secret de ce bonheur authentique, niché au fond de l’âme et qui a sa source dans l’amour de Dieu. C’est pourquoi on appelle bienheureux les saints. Les béatitudes sont leur chemin, leur but, leur patrie. Les béatitudes sont le chemin de vie que le Seigneur nous enseigne, pour que nous suivions ses traces. Dans l’Évangile de la Messe, nous avons entendons comment Jésus les a proclamées face à une grande multitude sur une montagne près du lac de Galilée.

Les béatitudes sont le profil du Christ et, par conséquent, du chrétien. Parmi toutes les béatitudes, je voudrais en souligner une : « Bienheureux les doux ». Jésus dit de lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur « (Mt 11, 29). C’est son portrait spirituel et cela nous révèle la richesse de son amour. La douceur est une manière d’être et de vivre qui nous rapproche de Jésus et nous unit entre nous ; elle nous permet de laisser de côté tout ce qui nous divise et nous oppose, et on cherche les façons toujours nouvelles pour avancer sur le chemin de l’unité, comme l’ont fait les enfants de cette terre, dont sainte Marie Elisabeth Hesselblad, canonisée récemment, et sainte Brigitte, Brigitte Vadstena, co-patronne de l’Europe. Elles ont prié et travaillé pour resserrer les liens d’unité et de communion entre les chrétiens. Un signe très éloquent est que ce soit ici, dans votre pays, caractérisé par la cohabitation entre des populations très diverses, que nous sommes en train de commémorer ensemble le cinquième centenaire de la Réforme. Les saints parviennent à des changements grâce à la mansuétude du cœur. Avec la mansuétude, nous comprenons la grandeur de Dieu et nous l’adorons avec sincérité ; en outre, c’est l’attitude de celui qui n’a rien à perdre, car son unique richesse est Dieu.

Les béatitudes sont de quelque manière la carte d’identité du chrétien, qui l’identifie comme disciple de Jésus. Nous sommes appelés à être des bienheureux, des disciples de Jésus, en affrontant les souffrances et les angoisses de notre époque avec l’esprit et l’amour de Jésus. Ainsi, nous pourrions indiquer de nouvelles situations pour les vivre avec l’esprit renouvelé et toujours actuel : Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur ; bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité ; bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres le découvrent aussi ; bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune ; bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui ; bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens… ils sont tous porteurs de la miséricorde et de la tendresse de Dieu, et ils recevront certainement de lui la récompense méritée.

Chers frères et sœurs, l’appel à la sainteté est pour tous et il faut le recevoir du Seigneur avec un esprit de foi. Les saints nous encouragent par leur vie et par leur intercession auprès de Dieu, et nous, nous avons besoin les uns des autres pour nous sanctifier. Ensemble, demandons la grâce d’accueillir avec joie cet appel et de travailler unis pour la mener à la plénitude. À notre Mère du ciel, Reine de tous les saints, nous confions nos intentions et le dialogue à la recherche de la pleine communion de tous les chrétiens, pour que nous soyons bénis dans nos efforts et parvenions à la sainteté dans l’unité."

(Avec R. V.)

Lundi 31 Octobre 2016

Le 31 octobre 1517, selon la tradition historique, le moine allemand Martin Luther aurait affiché ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg. La Réforme fit ainsi irruption dans l’Histoire, bouleversant l’Europe et divisant le christianisme occidental.

Le 31 octobre 2017, un Pape argentin, aux côtés d’un évêque luthérien d’origine palestinienne, commémorent ensemble le 5ème centenaire de cette Réforme : événement impensable il y a encore 100 ans, mais qui rend bien compte des pas accomplis dans le dialogue lancé il y a 50 ans entre les deux Églises.
L’ambiance était festive, et l’enthousiasme débordant, en cette soirée du lundi 31 octobre 2016 au Malmö Arena, où s’est tenu l’événement œcuménique « Ensemble dans l’espérance », deuxième étape de la commémoration luthérano-catholique du cinquième centenaire de la Réforme, en présence du Pape François, de l’évêque luthérien Munib Younan et du Révérend Martin Junge, respectivement président et secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale.

Les trois hommes, accompagnés par le Cardinal Kurt Koch, président du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, ont quitté Lund où s’est d’abord déroulée la prière commune, pour Malmö à bord d’un minibus électrique, avant de parcourir en petite voiture le parc des expositions (Malmö Arena) où étaient rassemblées environ 10 000 personnes.L’événement, ponctué de chants et de prières, a été marqué par des témoignages très symboliques.

D’abord celui de Pranita Biswasi, une activiste écologiste indienne qui a parlé de la lutte contre le réchauffement climatique, celui du président de la Caritas Colombie, Mgr Heector Gaviria qui a parlé de son engagement dans le processus de paix en Colombie ; également le témoignage vibrant et passionné de Marguerite Barankitse, burundaise réfugiée au Rwanda, engagée corps et âme au service de la jeunesse, et enfin le témoignage de Rose Lokonyen, une réfugiée sud-soudanaise.

Tous ces témoignages ont fait état de réalités concrètes sur lesquelles luthériens et catholiques veulent s’engager ensemble, sur le chemin du témoignage commun et de l’œcuménisme d’action. Une volonté manifestée par la signature d’une déclaration d’intention conjointe « Call for action », signée par Michel Roy, Secrétaire Général de Caritas Internationalis, et Maria Immonen, Directrice du World Service, l’organe caritatif de la Fédération Luthérienne Mondiale, dans le but de « développer et consolider une culture de collaboration pour la promotion de la dignité humaine et de la justice sociale ».

Après la prise de parole remarquée du révérend Munib Younan, lequel a lancé un appel au résolution du conflit israélo-palestinien en Terre Sainte, -dont il est originaire-, le Pape s’est à son tour exprimé, en espagnol. S’adressant à chaque témoin, et évoquant brièvement les problématiques soulevées par leurs paroles. Comme celle des « abus qui détériorent notre planète », et dont les impacts retombent souvent sur les personnes les plus vulnérables, « forcées à émigrer pour échapper aux conséquences du réchauffement climatique ». Cette thématique requiert l’engagement des chrétiens, et, a prévenu le Pape, « notre style de vie, nos comportements doivent être cohérents avec notre foi ».

S’agissant de la Colombie, le Souverain Pontife a exprimé sa satisfaction de voir luthériens et catholiques s’unir « pour donner vie à des processus communautaires et sociaux d’intérêt commun ». Et d’inviter à prier pour « cette terre merveilleuse », « afin que, avec la collaboration de tous, elle puisse parvenir finalement à la paix, tant désirée et nécessaire pour une cohabitation humaine digne ».

S’appuyant sur les témoignage de Marguerite et Rose, le pape a tenu à remercier « tous les gouvernements qui offrent de l’assistance aux réfugiés, aux déplacés et à ceux qui demandent l’asile », car, a-t-il ajouté, « toutes les actions en faveur de ces personnes qui ont besoin de protection représentent un grand geste de solidarité et de reconnaissance de leur dignité ».

Le Pape a enfin tenu à saluer Mgr Antoine Audo, archevêque chaldéen d’Alep, venu également témoigner de la situation dramatique qui prévaut en Syrie, et à Alep en particulier, « ville ravagée par la guerre, où l’on méprise et où on foule aux pieds même les droits les plus fondamentaux ». François a rendu hommage au travail accompli par les hommes et femmes restés sur place, « pour donner l’assistance matérielle et spirituelle à ceux qui sont dans le besoin ». « Il est également admirable que toi, cher frère, tu continues de travailler au milieu de tant de dangers pour nous faire part de la situation dramatique des Syriens », a-t-il déclaré, d’adressant directement à Mgr Audo.

Après l’allocution du Pape, une prière pour la Syrie, a été récitée en arabe, par le révérend Younan. A noter d’ailleurs que le produit de la vente des billets d’accès au parc des expositions sera intégralement reversé aux familles nécessiteuses d’Alep, ainsi qu’aux réfugiés syriens se trouvant en Jordanie. Un acte concret de cette collaboration œcuménique au service des plus vulnérables.

Prière commune en la cathédrale de Lund

Deux Églises qui ont fait mémoire ensemble, dans la cathédrale de Lund, partageant chants, Credo et proclamation de l’Évangile, reconnaissant leurs fautes mutuelles, rendant grâce pour ce qui les unit, et décidées à poursuivre la voie du dialogue, au service de la dignité de l’Homme.

Les gestes sont parfois plus éloquents que les paroles, et l’image que l’on retiendra de cette prière commune, sera celle du Pape François, de l’évêque luthérien Mounib Younan, du pasteur Martin Junge, tous trois revêtus de la même étole rouge, remontant ensemble la nef de la cathédrale. Une cathédrale d’abord plongée dans une semi-obscurité et qui s’est peu à peu illuminée, illustrant le passage du conflit à la communion, le thème de cette prière commune.

« Nous voulons manifester notre désir d’unité » a déclaré le Pape lors de son homélie. Profiter de cette « opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun », déjà initié il y a 50 ans, et pour lequel il convient de rendre grâce car « nous ne pouvons pas nous résigner à la division et à l’éloignement que la séparation a provoqué entre nous ». Une division, a précisé le Pape, « historiquement perpétuée plus par des hommes de pouvoir de ce monde que par la volonté du peuple fidèle ». « Il y avait une volonté sincère de professer la vraie foi », mais, ce faisant, « nous avons enfermé en nous-mêmes, par crainte, la foi que les autres professent avec un accent et un langage différent ».

Il faut donc aujourd’hui « regarder avec amour et honnêteté » un passé tourmenté, « reconnaitre ses fautes et demander pardon ». Oui, la séparation a été « source de souffrance et d’incompréhension », mais elle a également permis de remettre les Saintes Écritures au centre de la vie de l’Église, et de comprendre que sans le Christ, rien n’est possible.

Œuvrer à l’unité, c’est maintenant le témoignage que le monde attend des chrétiens. Ce témoignage sera crédible uniquement si le pardon et la réconciliation sont expérimentés au quotidien. C’est en servant la dignité de chaque personne que les chrétiens manifesteront la miséricorde de Dieu. Et le Pape d’insister : « sans ce service au monde et dans le monde, la foi chrétienne est incomplète ».

Au cours de cette prière commune, le Pape François et l’évêque Mounib Younan, président de la Fédération luthérienne mondiale ont signé une déclaration conjointe dans laquelle les deux Églises, catholique et luthérienne, rendent grâce pour le dialogue fructueux initié il y a 50 ans. Elles s’engagent à poursuivre ce dialogue, à en surmonter les derniers obstacles afin de parvenir à la pleine unité et la pleine communion.

Luthériens et catholiques s’engagent également pour le témoignage commun. « Nous élevons nos voix pour la fin de la violence et de l’extrémisme qui touchent de si nombreux pays et communautés, et d’innombrables sœurs et frères dans le Christ, peut-on lire dans cette déclaration. Nous exhortons les luthériens et les catholiques à travailler ensemble pour accueillir les étrangers, pour aider ceux qui sont forcés à fuir à cause de la guerre et de la persécution, et pour défendre les droits des réfugiés et de ceux qui cherchent l’asile ».

Sens du voyage du Saint-Père en Suède

Ce lundi 31 octobre, le Pape s’est rendu en Suède, plus précisément à Lund et Malmö dans le sud du Royaume, pour le lancement du 5° centenaire de la Réforme. Un évènement qui s’annonce déjà historique, puisqu’il s’agit d’une commémoration conjointe organisée par l’Eglise luthérienne et l’Eglise catholique de Suède, une première dans la longue et tumultueuse histoire des relations luthéro-catholiques.

L’objectif de cette commémoration commune est de permettre et favoriser une relecture apaisée de cette histoire complexe, et de rendre grâce pour le dialogue fécond initié entre les deux Eglises, il y a cinquante ans, dans le sillage du Concile Vatican II.

En 2013, la publication d’une déclaration conjointe intitulée « Du conflit à la communion » marquait une étape importante de ce dialogue ; ce texte, fruit d’un long travail de la commission luthérienne-catholique servira d’ailleurs de guide pour cette commémoration commune. Cette rencontre d’aujourd’hui, préparée depuis longtemps, représente un espoir pour le dialogue œucuménique.

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L’action de grâce, la repentance et le témoignage commun seront les piliers de ce court voyage, articulé autour de trois temps forts. Le 31 octobre, une prière œcuménique se tiendra à la cathédrale luthérienne de Lund, en présence du Pape et de représentants de la Fédération luthérienne mondiale. Ceux-ci se rendront ensuite au stade de Malmö, pour une veillée où seront présentées les actions menées de concert par les deux Eglises au service des migrants, de la lutte contre le réchauffement climatique et la promotion de la paix. Plusieurs témoignages ponctueront cette soirée. Le 1er novembre, en la solennité de la Toussaint, le Pape célèbrera une messe dans le stade de Malmö, pour la petite communauté catholique de ce pays, avant de repartir pour Rome.

Le 17e voyage apostolique du Pape a donc commencé ce lundi 31 octobre.

Le Pape a été accueilli à sa descente d’avion par le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, ainsi que par la ministre de la Culture, ainsi que par les représentants des autorités du pays, quelques membres de la Fédération luthérienne mondiale. Les honneurs militaires ont été rendus, les hymnes suédois et du Vatican ont été exécutés. Le Pape et le Premier ministre se sont ensuite rendus dans un salon privé de l’aéroport pour un entretien privé. Le Pape a ensuite rejoint son lieu de séjour, un centre de recherche médical à Igelösa, à une dizaine de kilomètres de Lund.

L’arrivée du Pape est perçue plutôt positivement par les Suédois, même si certains pestent contre les mesures de sécurité draconiennes adoptées pour l’occasion. La Suède est parmi les pays, si ce n’est LE pays, le plus sécularisé d’Europe. 85% des Suédois affirment en effet ne pas croire en Dieu. Les questions de foi, plus généralement le fait religieux, n’intéressent personne.

Or la venue du Pape trouve une place dans les journaux, ce qui est du jamais vu. L’entretien réalisé avec le Pape François par le jésuite Ulf Jonsson a même été publiée sur quatre pages dans le premier quotidien suédois. Il faut dire que le pape argentin intrigue, suscite même un certain intérêt, et il faut le dire, une vraie curiosité.

Programme de lundi 31 octobre 2016

Le Pape effectuera d’ici peu une visite de courtoisie aux souverains de Suède, le roi Carl XVI Gustav et la reine Silvia. Suivront ensuite les deux évènements majeurs de cette journée. Tout d’abord, la prière commune dans la cathédrale luthérienne de Lund, haut-lieu du luthéranisme en Suède. Il s’agit d’une prière axée sur la repentance, et l’action de grâce pour une histoire aussi longue que complexe. Ensuite, tous les leaders religieux, le Pape en tête, se rendront au parc des expositions de Malmö, pour l’événement « ensemble dans l’espérance », où luthériens et catholiques mettront en valeur l’importance du témoignage commun, de l’œcuménisme d’action au service des hommes de notre temps.

(Avec R. V.)

Dimanche 30 Octobre 2016

Lors de la catéchèse de ce dimanche 30 octobre 2016, le Pape invite à se comporter comme Jésus qui interpelle Zachée pour qu’il l’invite en sa demeure, c’est-à-dire à « montrer sa valeur à qui se trompe, cette valeur que Dieu continue à voir malgré toutes les erreurs commises ». Cela peut provoquer une surprise positive qui attendrit le cœur et pousse la personne à donner le meilleur d’elle-même assure François. « C’est en ayant confiance en l’autre que celui-ci croît et change ».

« Il n’existe pas une personne qui n’a pas en elle quelque chose de bon. C’est ce que regarde Jésus pour sortir cette personne du mal ».

Le Pape commente l’Évangile de Luc, lorsque Jésus est accueilli par la foule en entrant à Jéricho. Curieux, Zachée, le chef des publicains qui collectaient les impôts pour le compte des Romains, se hisse sur un arbre pour apercevoir Jésus. Quelle n’est pas sa surprise quand Jésus s’arrête au pied de l’arbre et lui demande de descendre pour pouvoir l’accueillir chez lui. La foule murmure. Peut-être aurait-elle aimé entendre Jésus « régler des comptes » avec ce « traître du peuple ». Mais ce n’est pas le comportement de Jésus, dont le « devoir suprême est d’accomplir le dessein du Père pour toute l’humanité, la condamnation à mort, la crucifixion, et le troisième jour la résurrection ». Dans le dessein de salut du Père miséricordieux, il y a également le salut de Zachée.

« Il ne voit pas le mal passé, mais entrevoit le bien futur​ »

Jésus, guidé par la miséricorde, cherchait Zachée. Le Pape encourage chacun à faire comme Jésus, à avoir un regard qui va « au-delà des péchés et des préjugés ». Il regarde les personnes avec les yeux de Dieu. « Il ne voit pas le mal passé, mais entrevoit le bien futur ». Jésus ne se résigne pas aux fermetures, mais il ouvre toujours de nouveaux espaces de vie ; il ne s’arrête pas aux apparences, mais regarde les cœurs blessés par le péché et s’y arrête, assure le Pape.

« Parfois, nous cherchons à corriger ou à convertir les pécheurs pour les réprimander, en leur renvoyant leurs erreurs et leurs comportements injustes au visage », mais le comportement de Jésus montre un autre chemin, explique le Pape. « Montrer sa valeur à celui qui se trompe, cette valeur que Dieu continue à voir malgré toutes les erreurs commises ». Cela peut provoquer une surprise positive qui attendrit le cœur et pousse la personne à donner le meilleur d’elle-même : « C’est en ayant confiance en l’autre que celui croît et change ». Le Pape souligne qu’il « n’existe pas une personne qui n’ait pas en elle quelque chose de bon. C’est ce que regarde Jésus pour sortir cette personne du mal ». « C’est en ayant confiance en l’autre que celui croît et change ». François demande l’intercession de la Vierge pour qu’elle nous aide à voir la bonté des personnes que nous rencontrons tous les jours pour que tous soient encouragés à faire émerger l’image de Dieu imprimée dans leur cœur.

« J’exprime ma proximité avec les populations d’Italie centrale frappées par le tremblement de terre. Il y a eu ce matin encore une forte secousse », dit François après la prière de l’Angélus depuis la fenêtre des appartements pontificaux. « Je prie pour les blessés et pour les familles qui ont subi des dommages et pour le personnel engagés dans les opérations de secours et d’assistance. Que le Seigneur ressuscité leur donne la force et que la Sainte Vierge les garde. » Quelques mots qui vont droit au cœur des personnes touchées, et auxquelles la foule, extrêmement nombreuse place Saint Pierre, s’est associée en les saluant par des applaudissements nourris.

Mercredi 26 octobre 2016

C’est sous la pluie, mais devant une foule très nombreuse, que le Pape François a proposé, lors de l’audience générale, une nouvelle réflexion sur les œuvres de miséricorde dans les Évangiles, et sur la façon dont l’action de Jésus doit aider les chrétiens à reconnaître son visage dans celui des personnes qui leur demandent de l’aide. à commencer par les migrants.

« J’étais étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez habillé ». C’est sur cette parole tiré de l’Évangile de Matthieu que le Pape a appuyé sa réflexion, en revenant sur le thème des personnes en migration. « Les migrations ne sont pas un phénomène nouveau, mais elles appartiennent à l’histoire de l’humanité, a martelé le Pape François. C’est le manque de mémoire historique qui fait penser qu’elles sont seulement de notre époque. »

Le Pape François a encore évoqué les nombreux « exemples concrets » de migrations que la Bible offre, à commencer par Abraham, auquel le Seigneur dit, au chapitre 12 du Livre de la Genèse : « Va-t-en de ta terre, de ta famille et de la maison de ton père, vers la terre que moi, je t’indiquerai. » L’autre exemple frappant est celui de la Sainte Famille, contrainte à fuir Hérode, pour protéger le petit Jésus : « Joseph se leva, dans la nuit, prit l’enfant et sa mère et se réfugia en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode », est-il écrit dans l’Évangile de Matthieu.

En rappelant qu’aujourd’hui, la seule option possible est celle de la solidarité, le Saint-Père a évoqué l’anecdote récente d’une femme qui avait accompagné un migrant en taxi, à Rome, pour venir au Vatican. « Cette femme savait ce qu’était la douleur d’un migrant, parce qu’elle avait du sang arménien, et connaissait l’histoire de son peuple », contraint à l’exil. Mais le chauffeur de taxi trouvait que cet homme « puait » et il a d’abord refusé de le prendre, puis, devant l’insistance de la femme, il a écouté son histoire et il a offert le trajet gratuitement, en le remerciant de lui avoir changé le cœur. Une histoire qui doit tous nous interpeller sur notre attitude face aux personnes migrantes, a insisté le Pape François.

Parmi les groupes francophones présents sur la Place Saint-Pierre, le Pape a notamment salué les pèlerins venus de nombreux diocèses de France, parmi lesquels ceux de Paris, accompagnés par le cardinal André Vingt-Trois. Il a aussi salué les nombreux pèlerins venus de Suisse romande.

(Avec R. V.)

Dimanche 23 octobre 2016

Le Pape François, lors de la prière de l’Angélus Place St Pierre, a lancé avec force un message aux 50000 fidèles réunis sous les fenêtres du palais apostolique, et à travers eux, à toute l’Eglise : « Aujourd’hui est le temps du courage ! »

Le Saint-Père a centré sa courte catéchèse sur la seconde lettre de St Paul à Timothée, que propose la liturgie en ce dimanche. Arrivé au terme de son pèlerinage terrestre, « l’apôtre des gentils » écrit donc à Timothée, son « fils bien-aimé », et parcourt son existence totalement dévouée à la mission, en trois temps : le passé, le présent et l’avenir.

Le présent est évoqué avec la métaphore du sacrifice ; le passé est vu à travers l’image de la « bonne bataille », de la « course d’un homme qui a été cohérent avec ses propres engagements et ses responsabilités ». S’agissant du futur, St Paul se confie au Seigneur, « le juste juge ». Car la mission de St Paul, a rappelé le Pape, s’est avérée efficace, juste et fidèle, « seulement grâce à la proximité et à la puissance du seigneur, qui a fait de lui un annonciateur de l’Evangile à tous les peuples »

L’Eglise se reflète dans ce récit autobiographique, a affirmé le Pape, surtout en cette journée missionnaire mondiale, dont le thème est « Eglise missionnaire, témoin de miséricorde ». « En St Paul, la communauté chrétienne trouve son modèle, dans la conviction que c’est la présence du seigneur qui rend efficace le travail apostolique et l’œuvre évangélisatrice. L’expérience de l’apôtre des gentils nous rappelle que nous devons nous engager dans les activités pastorales et missionnaires, d’une part comme si le résultat dépendait de nos propres forces, avec l’esprit de sacrifice de l’athlète qui ne s’arrête pas devant les échecs ; et d’autre part, sachant que le vrai succès de notre mission est un don de la Grâce. C’est l’Esprit-Saint qui rend efficace la mission de l’Eglise dans le monde », a insisté le Souverain Pontife avant de répéter à plusieurs reprises : « Aujourd’hui est le temps de la mission et le temps du courage ! »

C’est le temps du courage, même si avoir du courage ne signifie pas avoir des garanties de succès. On nous demande du courage pour lutter, pas nécessairement pour vaincre, pour annoncer, pas nécessairement pour convertir. On nous demande d’avoir du courage pour proposer une alternative au monde, sans jamais devenir polémiques ou agressifs. On nous demande du courage pour nous ouvrir à tous, sans jamais diminuer l’unicité du Christ, unique sauveur de tous. On nous demande du courage pour résister à l’incrédulité, sans devenir arrogants. On nous demande également le courage du publicain de l’Evangile, qui avec humilité n’ose même pas lever les yeux vers le Ciel, mais se frappe la poitrine en disant « Dieu, aie pitié de moi, pécheur ».

« Que la Vierge Marie, modèle d’une Eglise en sortie et docile à l’Esprit Saint nous aide tous à être des disciples missionnaires pour porter le message du salut à toute la famille humaine », a enfin conclu le Pape.

A l’issue de l’Angélus, le Souverain Pontife a appelé les fidèles à s’unir à sa prière pour l’Irak, pays « durement touché ».

« En ces heures dramatiques, a-t-il déclaré, je suis proche de toute la population d’Irak, en particulier de celle de la ville de Mossoul. Nos âmes sont bouleversées par les actes de violences féroces qui sont commis depuis trop longtemps contre des citoyens innocents, qu’ils soient musulmans, chrétiens, ou qu’ils appartiennent à d’autres ethnies et religions. Je suis profondément meurtri par les informations sur ces meurtres de sang-froid de nombreux fils de cette terre aimée, parmi lesquels tellement d’enfants. Cette cruauté nous fait pleurer, et nous laisse sans parole. Aux paroles de solidarité s’adjoint l’assurance de mon souvenir dans la prière, afin que l’Irak, durement touché, soit fort et solide dans l’espoir d’avancer vers un futur de sécurité, de réconciliation et de paix. Pour cela, je demande à tous de vous unir ma prière ».

(Avec R. V.)

Samedi 22 octobre 2016

Ce samedi matin, plus de 100 000 personnes étaient présentes Place Saint-Pierre, sous un splendide soleil automnal pour une nouvelle audience jubilaire du Pape dans le cadre de l’année sainte : partant de l’Évangile de la Samaritaine en Saint-Jean, il a développé sa catéchèse sur la miséricorde et le dialogue.

La rencontre entre Jésus et la Samaritaine est révélatrice d’un « aspect important de la miséricorde : le dialogue », souligne le Pape. Le dialogue permet de « connaitre et comprendre les exigences des autres ». Il est « signe de respect » mais surtout « expression de charité ». Il place les personnes « dans une attitude d’écoute, et peut aider à la recherche et au partage du bien commun ». Il nous invite enfin à regarder l’autre comme un don de Dieu.

Et le Pape s’est arrêté sur ce qui empêche le dialogue : lorsque par exemple « nous n’écoutons pas, interrompons l’autre, ou essayons de faire prévaloir notre position sur celle de l’interlocuteur », certain d’avoir raison. Cela n’est pas un dialogue, a martelé le Pape, « c’est une agression ». Dialoguer ce n’est pas non plus « hurler, aboyer » contre l’autre. Le vrai dialogue au contraire se fait avec douceur, « en écoutant, en expliquant ». Il nécessite des « moments de silence », qui nous permettent de « cueillir le don extraordinaire de la présence de Dieu dans notre frère ».

Que de questions, « de difficultés seraient résolues au sein de nos familles si les personnes savaient se parler et s’écouter ! » a encore dit le Pape François. Au sein des familles, mais aussi à tous les niveaux de la société.

L’Église elle aussi, s’efforce, par le dialogue, de comprendre ce qui habite le cœur de toute personne, et contribue à la réalisation du bien commun. Pensons à la « sauvegarde de la Maison commune et de la création ». Le dialogue sur ce thème central est, selon le Pape, « une exigence inéluctable ».

Le dialogue est enfin une « exigence de l’amour et de la bonté de Dieu qui va à la rencontre de chacun ». « Il abat les murs de la division et des incompréhensions, il crée des ponts de communication » et ne consent à l’isolement de quiconque.

Le Seigneur Jésus connaissait bien le cœur de la Samaritaine. Il l’a pourtant laissé parler, entrant dans le mystère de sa vie. Cet enseignement vaut également pour nous. À travers le dialogue, nous pouvons faire grandir les signes de la miséricorde de Dieu, et les rendre instrument d’accueil et de respect.

Au terme de cette audience, le Pape a rappelé aux fidèles présents que le 22 octobre était la mémoire liturgique de Saint Jean-Paul II… Il y a exactement 38 ans, lors de sa messe d’intronisation, sa voix forte et claire avait résonné sur cette même place : « N’ayez pas peur «  ! (…) Ouvrez, ouvrez grand les portes au Christ ! », avait-il lancé aux hommes et femmes du monde entier. La « profonde spiritualité » de ce Pape, était « façonnée par l’héritage millénaire de l’Histoire et de la culture polonaise, transmis dans un esprit de foi, de génération en génération ». Cet héritage était pour Saint Jean-Paul II « source d’espérance, de puissance et de courage ». Cette invitation à ouvrir les portes au Christ « s’est transformée en une incessante proclamation de l’Évangile de la Miséricorde pour le monde, et l’Homme, et l’Année jubilaire en est une continuation ».

Et le Pape a invité les jeunes, malades, les nouveaux époux à suivre l’exemple de Saint Jean-Paul II : « que son témoignage cohérent de foi soit un enseignement pour vous, chers jeunes, pour affronter les défis de la vie ; (…) chers malades, embrassez avec espérance la croix de la maladie, chers jeunes mariés, invoquez sa céleste intercession, afin que l’amour ne manque jamais dans votre nouvelle famille ».

Le Pape a enfin adressé un salut spécial aux Polonais venus à Rome pour un pèlerinage national, à l’occasion du 1050e anniversaire du Baptême de la Pologne, « patrie de Saint Jean-Paul II ». Le Saint-Père a évoqué son voyage dans ce pays, en juillet dernier, pour les 31e Journées mondiales de la Jeunesse, et en a rappelé les étapes marquantes : sa visite au sanctuaire de Jasna Gora, au sanctuaire de la Divine Miséricorde, ou encore au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

(Avec R. V.)

Mercredi 19 octobre 2016

A l’occasion de l’audience générale, le Pape François a encouragé les pèlerins rassemblés place Saint-Pierre, à faire face à la réalité, sans déléguer à d’autres le soin d’aider les personnes dans le besoin. Lors de la catéchèse de ce matin, il a demandé aux fidèles d’apporter leur aide aux pauvres qui se trouvent sur leur chemin.

Une des conséquences de ce qu’on appelle le « bien-être » est de conduire les personnes à se replier sur elles-mêmes, les rendant insensibles aux besoins d’autrui. Tout est fait pour nous présenter des modèles de vie éphémères, comme si notre vie était une mode à suivre. Mais, il faut affronter la réalité telle qu’elle est. Et souvent nous rencontrons des situations de pauvreté requérant une aide urgente.

En ce mercredi, le Pape tient à remettre à l’ordre du jour deux œuvres corporelles de miséricorde : « Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif ». François juge favorablement les campagnes de solidarité relayées par les médias pour « stimuler la solidarité ». De cette manière, les donations se font généreuses et l’on peut ainsi contribuer à alléger la souffrance de tant de personnes. Mais pour le Pape, cette forme de charité « importante » ne nous implique pas. Or, il n’est pas favorable à cette distance mise entre le passant et le pauvre qui l’interpelle. Il interroge les fidèles : Est-ce que je détourne le regard ou bien est-ce que je m’intéresse à l’état de ce pauvre et prend le temps de lui parler ? Il prévient : notre rapport avec Dieu est en jeu. « Notre foi est morte, si elle n’est pas suivie par les œuvres ».

Alors que, chaque jour, à côté de l’abondance et du gaspillage se répète l’expérience de ceux qui ont faim, nous ne pouvons pas déléguer à d’autres le soin d’intervenir : « Ce pauvre que je rencontre a besoin de moi, de mon aide, de ma parole et de mon engagement » ... « Nous sommes tous impliqués ».

Quand Jésus rompt le pain, le bénit et le distribue à tous, c’est une « leçon très importante » : « si nous le confions le peu que nous avons aux mains de Jésus et que nous le partageons avec foi, celui-ci devient une richesse surabondante. »

A l’issue de sa catéchèse, le Saint-Père a salué les pèlerins suisses, belges et français venant notamment du diocèse d’Orléans. Aux Polonais présents, il a évoqué la figure du bienheureux père Jerzy Popieluszko, prêtre polonais tué le 19 octobre 1984, à l’âge de 37 ans par les services secrets communistes parce qu’il soutenait le mouvement Solidarnosc. « Aujourd’hui, la liturgie commémore le bienheureux martyr Jerzy Popieluszko qui se mis personnellement au service des ouvriers et de leurs familles, demandant la justice et de dignes conditions de vie, la liberté civile et religieuse pour sa patrie ». Le Pape a encore cité les paroles de Saint Paul : « Ne te laisse pas vaincre par le mal mais surmonte le mal par le bien » (Romains 12), la devise de sa pastorale. « De telles paroles sont encore aujourd’hui un défi pour vous, pour toutes les familles et pour le peuple polonais, afin de construire un ordre social juste au quotidien, à la recherche du bien évangélique ».

A la fin de l’audience générale, un bâton pastoral a été présenté au Pape François. La crosse a été réalisée avec de la tôle venant du bidonville de Kibera près de Nairobi, la capitale du Kenya. Il s’agit du plus grand bidonville sub-saharien. Aujourd’hui, un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles. Un tiers d’entre eux en Afrique Sub-Saharienne.

Le Pape a également salué une statue apportée par des pèlerins argentins, représentant le saint curé Brocheto sur sa mule. Ce prêtre argentin,proclamé saint par le Pape dimanche dernier, avait parcouru des milliers de kilomètres sur le dos de sa mule pour assister les habitants des montagnes argentines qui à l’époque était privés de trains, et même de routes.

(Avec R. V.)

Dimanche 16 octobre 2016

Le Pape François a présidé, place Saint-Pierre, la messe de canonisation de sept bienheureux, dont deux Français, Salomon Leclercq, des Frères des écoles chrétiennes, martyr, et Elisabeth de la Trinité, carmélite originaire de Dijon, en France.

Plus de 80 000 fidèles, parmi lesquels de nombreux Français, ont assisté à cette célébration. Etaient également présentes 5 délégations officielles : espagnole, mexicaine, italienne, française et argentine. La France était représentée par la Ministre de l’environnement, Ségolène Royal ; l’Argentine par le président de la République, Mauricio Macri qui avait été reçu par le Saint-Père ce samedi.

Dans son homélie, le Saint-Père a insisté sur la force de la prière. « Les saints sont des hommes et des femmes qui entrent jusqu’au fond dans le mystère de la prière. Des hommes et des femmes qui luttent avec la prière, laissant l’Esprit Saint prier et lutter en eux ; ils luttent jusqu’au bout, avec toutes leurs forces, et ils vainquent, mais pas tout seuls : le Seigneur vainc en eux et avec eux » a affirmé le Pape soulignant que « ces sept témoins qui ont été canonisés aujourd’hui, ont combattu la bonne bataille de la foi et de l’amour avec la prière ».

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

« Au début de la célébration d’aujourd’hui, nous avons adressé au Seigneur cette prière : « Crée en nous un cœur généreux et fidèle afin que nous puissions toujours te servir avec loyauté et pureté de cœur » (Oraison de la collecte)

Nous tout seuls, nous ne sommes pas capables de nous former un tel cœur, Dieu seul peut le faire, et pour cela nous le demandons dans la prière, nous l’invoquons de Lui comme un don, comme sa “création”. De cette manière nous sommes introduits dans le thème de la prière, qui est au centre des lectures bibliques de ce dimanche et qui nous interpelle nous aussi, nous qui sommes rassemblés pour la canonisation de nouveaux Saints et Saintes. Ils ont atteint le but, ils ont eu un cœur généreux et fidèle, grâce à la prière : ils ont prié avec toutes leurs forces, ils ont lutté, et ils ont vaincu.

Prier, donc. Comme Moïse, qui a été surtout un homme de Dieu, un homme de prière. Nous le voyons aujourd’hui dans l’épisode de la bataille contre Amalec, debout sur la colline avec les mains levées ; mais à chaque fois, à cause du poids, les mains retombaient, et dans ces moments le peuple avait le dessous ; alors Aaron et Hour firent asseoir Moïse sur une pierre et ils soutenaient ses mains levées, jusqu’à la victoire finale.

Voilà le style de vie spirituelle que nous demande l’Église : non pour gagner la guerre, mais pour gagner la paix !

Dans l’épisode de Moïse, il y a un message important : l’engagement de la prière demande de nous soutenir l’un l’autre. La fatigue est inévitable, parfois nous n’en pouvons plus, mais avec le soutien des frères, notre prière peut aller de l’avant, jusqu’à ce que le Seigneur porte son œuvre à son terme.

Saint Paul, écrivant à son disciple et collaborateur Timothée, lui recommande de demeurer ferme dans ce qu’il a appris et dans ce en quoi il croit fermement (cf. 2 Tm 3, 14). Toutefois, Timothée lui aussi ne pouvait pas y arriver tout seul : la “bataille” de la persévérance ne se remporte pas sans la prière. Mais pas une prière sporadique, en dents de scie, mais faite comme Jésus l’enseigne dans l’Évangile d’aujourd’hui : « toujours prier, sans se décourager » (Lc 18, 1). C’est la manière d’agir chrétienne : être fermes dans la prière pour rester fermes dans la foi et dans le témoignage. Et voici de nouveau une voix au dedans de nous : “Mais Seigneur, comment est-il possible de ne pas se décourager ? Nous sommes des êtres humains… Moïse aussi s’est découragé ! …”. C’est vrai, chacun de nous se décourage. Mais nous ne sommes pas seuls, nous faisons partie d’un Corps ! Nous sommes membres du Corps du Christ, l’Église, dont les mains sont levées jour et nuit vers le ciel grâce à la présence du Christ ressuscité et de son Saint Esprit. Et seulement dans l’Église et grâce à la prière de l’Église, nous pouvons rester fermes dans la foi et dans le témoignage.

Nous avons écouté la promesse de Jésus dans l’Évangile : Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit (cfr Lc 18, 7). C’est le mystère de la prière : crier, ne pas se décourager, et si tu te décourages, demander de l’aide pour tenir les mains levées. C’est la prière que Jésus nous a révélée et nous a donnée dans l’Esprit Saint. Prier ce n’est pas se réfugier dans un monde idéal, ce n’est pas s’évader dans une fausse quiétude égoïste. Au contraire, prier c’est lutter, c’est aussi laisser l’Esprit Saint prier en nous. C’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier, qui nous guide dans la prière, qui nous fait prier comme des enfants.

Les saints sont des hommes et des femmes qui entrent jusqu’au fond dans le mystère de la prière. Des hommes et des femmes qui luttent avec la prière, laissant l’Esprit Saint prier et lutter en eux ; ils luttent jusqu’au bout, avec toutes leurs forces, et ils vainquent, mais pas tout seuls : le Seigneur vainc en eux et avec eux. Ainsi ces sept témoins qui ont été canonisés aujourd’hui, ont combattu la bonne bataille de la foi et de l’amour avec la prière. C’est pourquoi ils sont restés fermes dans la foi, avec le cœur généreux et fidèle. Que par leur exemple et leur intercession, Dieu nous accorde à nous aussi d’être des hommes et des femmes de prière ; de crier jour et nuit vers Dieu sans nous décourager ; de laisser l’Esprit Saint prier en nous, et de prier en nous soutenant les uns les autres pour rester les mains levées, jusqu’à ce que vainque la Divine Miséricorde. »

(Avec R. V.)

14 Octobre 2016

Dans le cadre des vendredis de la miséricorde, le Pape François a effectué ce vendredi 14 octobre une visite au « Villagio SOS » de Rome, dans le quartier de Boccea : il s’agit d’une maison de famille qui accueille des enfants souffrant de problèmes personnels, familiaux ou sociaux, qui lui ont été confiés par les services sociaux et par la justice.

Le village est composé de cinq maisons. Dans chacune d’entre elles, vivent un maximum de six enfants dont l’âge n’excède pas douze ans et une responsable, une « maman SOS ». Ce lieu d’accueil est organisé de manière à permettre le suivi et le soutien des enfants durant leur croissance, les accompagnant comme une vraie famille au travers de toutes les étapes de la vie et de leur intégration dans la société.

Les enfants sont ainsi accompagnés à l’école, fréquentent la paroisse et font du sport. Des professionnels, résidents et non-résidents, ou des volontaires, les suivent pendant plusieurs années contribuant ainsi à créer des relations humaines stables qui les aident à atteindre une pleine autonomie. Des adolescents, ayant choisi de rester proche du centre, sont également présents dans le village afin de garder un point de référence et pour donner un coup de main lors des activités quotidiennes.

Le premier village de ce genre fut créé en 1949 en Autriche par Hermann Gmeiner, un jeune étudiant en médecine qui fut frappé par les souffrances des enfants restés orphelins au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Lors de la visite du Saint-Père, les enfants lui ont montré la zone verte à disposition du Village, qui comprend un terrain de football et un parc à jeux. Ils lui ont montré également leurs chambres et leurs jouets. Le Pape a pu, lors du goûter, écouter leurs histoires personnelles.

(Avec R. V.)

Mercredi 12 octobre 2016

Lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi , en effet, sa catéchèse sur la miséricorde. Il s’est penché pour la première fois de ce cycle de réflexion sur les œuvres corporelles et spirituelles de la miséricorde. A la fin de cette audience, il a , de nouveau, appelé à un cessez-le-feu immédiat en Syrie.

Pour le Saint-Père « il ne suffit pas de faire l’expérience de la miséricorde de Dieu dans sa propre vie, mais il est nécessaire d’en devenir les signes et les instruments pour les autres ».

Faire de la miséricorde, des paroles et des gestes, ne se limite pas à des « moments particuliers mais embrasse toute l’existence quotidienne ». Le Pape conseille de, non pas chercher à « accomplir des actions difficiles, mais plutôt de petits gestes qui ont une grande valeur aux yeux du Seigneur ». Ces gestes, « ces œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles sont des moyens concrets de vivre la miséricorde envers les personnes les plus faibles et qui sont, le plus souvent, toutes proches de nous », explique le pontife devant les milliers de fidèles.

C’est ainsi que chacun peut devenir témoin de cette miséricorde, à travers un chemin simple fait de petits gestes. Comme Jésus l’enseigne, « à chaque fois que nous donnons à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif, que nous habillons celui qui est nu et accueillons un étranger, que nous visitons un malade ou un prisonnier, nous le faisons au Seigneur ». Et le Pape explique : « l’Église a appelé ces gestes œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles parce qu’elles secourent les personnes dans leurs besoins matériels ».

Le Saint-Père appelle les fidèles à voir le visage de Jésus en chacune des personnes qui sont dans le besoin. « Au cours des siècles ces œuvres ont été mises en pratique par beaucoup de personnes simples qui ont donné ainsi un authentique témoignage de leur foi. » Ces gestes de miséricorde sont un véritable « remède contre le virus de l’indifférence, les œuvres de miséricorde réveillent en nous l’exigence et la capacité de rendre vive et opérante notre foi par la charité » conclut le Pape, qui est convaincu que « si chacun de nous, chaque jour, fait un geste de miséricorde, cela provoquera une révolution mondiale ».

À la fin de l’audience générale, le Pape a lancé un appel pour la Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles, qui a lieu le 13 octobre 2016 sur le thème « réduire la mortalité ». Certains désastres naturels « pourraient être évités ou au moins limités car leurs conséquences sont souvent dues à un manque de soin de l’environnement de la part de l’homme » dénonce le Pape, qui « encourage à unir les forces » et aussi à cultiver la prévention pour protéger la maison commune et réduire les risques pour les populations les plus vulnérables.

Enfin, le Pape François a, une fois encore, appelé avec instance à un « cessez-le-feu immédiat » en Syrie en rappelant sa proximité avec toutes les victimes de ce « conflit inhumain ». Mais il en appelle surtout, avec instance, aux belligérants et à la communauté internationale : « C’est avec un sentiment d’urgence que je renouvelle mon appel, en implorant de toutes mes forces les responsables, afin que soit assuré un cessez-le-feu immédiat, qui soit imposé et respecté, au moins le temps nécessaire pour permettre l’évacuation des civils, en premier lieu des enfants qui sont encore piégés sous des bombardements sanglants ».

Un appel qui fait écho à celui qu’il avait lancé, il y a deux semaines, pour Alep, ville-martyre, devenue le symbole de cette guerre sans fin. Le Pape avait déjà insisté sur l’absolue nécessité de protéger les populations civiles, premières victimes du conflit. Avec fermeté, il n’avait pas hésité à interpeller les responsables des violents bombardements, affirmant qu’ils devraient en rendre compte à Dieu. Même si l’impasse semble totale sur le terrain diplomatique, le Pape, et avec le Saint-Siège n’ont de cesse de rappeler la communauté internationale à sa conscience, et à ses devoirs.

’Avec R. V.)

Dimanche 9 octobre 2016

Lors de l’angélus prononcé place Saint-Pierre à l’issue de la messe célébrant le jubilé marial, le Saint-Père a confié sa « douleur » concernant les « graves conséquences causées par l’ouragan qui a touché ces derniers jours les Caraïbes, et en particulier Haïti, provoquant de nombreuses victimes et personnes déplacées, au-delà des dommages matériels considérables ».

Le Pape a exprimé sa proximité et sa confiance « dans le sens de la solidarité de la communauté internationale, des institutions catholiques et des personnes de bonne volonté ».

Le Saint-Père a également loué le Seigneur pour la béatification, la veille à Oviedo en Espagne, du père Gennaro Fueyo Castañón et de trois de ses compagnons laïcs. Il les a qualifié de « témoins héroïques de la foi, rattachés à la lignée des martyrs qui ont offert leur vie au nom de Christ ».

Enfin, le Pape François a salué les pèlerins qui ont participé au Jubilé marial. Il a souhaité redire avec eux les paroles prononcées par Saint Jean-Paul II le 8 octobre 2000 : « Ô Mère, nous voulons te confier le futur qui nous attend. L’humanité… elle peut faire de ce monde un jardin, ou le réduire à un amas de cendres. » Ainsi, la Vierge nous aide « à choisir la vie, en accueillant et en pratiquant l’Evangile du Christ Sauveur ».

A l’issue de l’angélus prononcé place Saint-Pierre à la fin de la messe du jubilé marial, le Saint-Père a annoncé la convocation d’un consistoire pour la création de 17 nouveaux cardinaux. Il aura lieu le 19 novembre 2016. Treize nouveaux cardinaux venant de onze nations différentes représenteront les cinq continents et l’universalité de l’Église. Il a également décidé de créer cardinaux deux archevêques et un évêque émérites qui se sont distingués dans leur service pastoral ainsi qu’un prêtre qui a rendu un clair témoignage chrétien.

Le dimanche 20 novembre, le Pape concélébrera en la solennité du Christ Roi, à la fin de l’Année de la Miséricorde, la messe avec les nouveaux cardinaux et l’ensemble du collège cardinalice.

Voici la liste des nouveaux cardinaux :

1- Mons. Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie

2- Mons. Dieudonné Nzapalainga, C.S.Sp., archevêque de Bangui (RCA)

3- Mons. Carlos Osoro Sierra, archevêque de Madrid (Espagne)

4- Mons. Sérgio da Rocha, archevêque de Brasilia (Brésil)

5- Mons. Blase J. Cupich, archevêque Chicago (États-Unis)

6- Mons. Patrick D’Rozario, C.S.C., archevêque de Dacca (Bangladesh)

7- Mons. Baltazar Enrique Porras Cardozo, archevêque de Merida (Venezuela)

8- Mons. Jozef De Kesel, archevêque de Bruxelles (Bruxelles)

9- Mons. Maurice Piat, archevêque de Port-Louis (Maurice)

10- Mons. Kevin Joseph Farrell, préfet du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie

11- Mons. Carlos Aguiar Retes, archevêque de Tlalnepantla (Mexique)

12- Mons. John Ribat, M.S.C., archevêque de Port Moresby (Papouasie-Nouvelle Guinée)

13- Mons. Joseph William Tobin, C.SS.R., archevêque d’Indianapolis (États-Unis)

Évêque et archevêques émérites :

1- Mons. Anthony Soter Fernandez, archevêque émérite de Kuala Lumpur (Malaisie)

2- Mons. Renato Corti, archevêque émérite de Novara (Italie)

3- Mons. Sebastian Koto Khoarai, O.M.I, évêque émérite de Mohale’s Hoek (Lesotho)

4- Père Ernest Simoni, prêtre de l’archidiocèse de Shkodrë-Pult (Scutari – Albanie).

(Avec R. V.)

Mercredi 5 octobre 2016

Le Pape François a consacré sa catéchèse à son récent voyage dans le Caucase, effectué du 30 septembre au 2 octobre 2016. Il a rendu grâce au Seigneur pour ce déplacement et exprimé sa reconnaissance aux autorités civiles et religieuses de Géorgie et d’Azerbaïdjan.

Deux pays où il souhaitait non seulement soutenir les communautés catholiques qui y vivent en minorité, mais aussi encourager les populations locales sur le chemin de la paix et de la fraternité.

La Géorgie et l’Azerbaïdjan fêtent tous les deux cette année les 25 ans de leur indépendance. Une nouvelle phase aux nombreuses difficultés, sociales notamment. Dans ce contexte, l’Église est appelée à être présente spécialement par le signe de la charité et de la promotion humaine, en communion avec les autres Églises et Communautés chrétiennes en Géorgie, en dialogue avec les autres religions en Azerbaïdjan. Car, nous sommes tous frères.

De son déplacement à Tbilissi, le Pape s’est dit ému de sa rencontre avec le patriarche orthodoxe de toute la Géorgie, venu même le chercher à l’aéroport. « Son témoignage m’a fait bop de bien tant au cœur qu’à l’âme ». Il a également évoqué l’unité symbolisée par la tunique du Christ, et cet œcuménisme du sang constaté au Moyen-Orient. Il se souvient de cet intense moment de prière pour la paix avec la communauté assyro-chaldéenne de Géorgie.

Il y a aussi eu cette messe au stade de Tbilissi, célébrée en mémoire de Sainte Thérèse, patronne des missions. « La vraie mission n’est pas le prosélytisme, a rappelé le Pape François, mais l’attraction au Christ à partir d’une forte unité avec Lui dans la prière, l’adoration et la charité concrète ». En Azerbaïdjan, pays majoritairement musulman, le Pape a encouragé les quelques centaines de catholiques à être solides dans la foi : « La communion au Christ nous pousse à chercher la rencontre et le dialogue avec tous ceux qui croient en Dieu, pour construire ensemble un monde plus juste et plus fraternel ». Il a également souhaité auprès des autorités azéries, « que les questions ouvertes puissent trouver de bonnes solutions et que toutes les populations du Caucase vivent dans la paix et le respect réciproque ».

(Avec R. V.)

Lundi 3 Octobre 2016

Le Pape François est de retour à Rome. Il a achevé dimanche soir son voyage apostolique dans le Caucase, son 16e voyage hors d’Italie en trois ans et demi de pontificat. Il a notamment apporté son réconfort aux petites communautés catholiques locales.

Ce voyage en Géorgie puis en Azerbaïdjan se situait sous le signe du dialogue et de la réconciliation. Le Saint-Père, pour qui visiter « les périphéries » du monde est une priorité, est allé à la rencontre de deux petites communautés catholiques. En Azerbaïdjan, elle ne représente que 570 fidèles, « un petit troupeau si précieux aux yeux de Dieu », a observé le Pape. Durant trois jours, le Saint-Père est venu parler de paix, d’unité, de l’importance de la culture de la rencontre dans un monde, a-t-il souligné, « assoiffé de miséricorde ».

Ce voyage a été marqué par plusieurs gestes forts comme la visite du Pape dans la mosquée de Bakou, la rencontre fraternelle avec le patriarche orthodoxe de toute la Géorgie ou encore cet échange très spontané avec des fidèles catholiques dans la cathédrale Sainte-Marie-de-l’Assomption de Tbilissi. Le père Pierre Dumoulin, qui a créé l’université catholique de Tbilissi, était présent lors de ce voyage. Il a mis l’accent sur la joie des catholiques de cette "périphérie" qu’est le Caucase.

« Pour les communautés catholiques, ce voyage en Géorgie et en Azerbaïdjan, tout comme le précédent en Arménie représente vraiment « une bouffée d’air frais ». Ce sont également les paroles du père Andrea Majewski, directeur des programmes de Radio Vatican qui accompagnait le Saint-Père durant ce voyage, dans un entretien accordé à nos collègues italiens.

Les catholiques qui vivent quotidiennement dans un environnement culturel diffèrent se sentent certainement avec la venue du Pape renforcés, motivés et aussi humainement appréciés. Un simple mot du Pape adressé à Bakou à la fin de la messe -"Courage", "Allez de l’avant" - est inestimable, a conclu le père Majewski.

(Avec R. V.)

Dimanche 2 Octobre 2016

Si en Géorgie le pape François était déjà aux périphéries de la foi catholique, il est ce dimanche 2 octobre 2016 aux périphéries de la foi chrétienne. En terre orthodoxe à Tbilissi, c’est une terre à majorité musulmane qui l’a accueillie en foulant le sol de l’Azerbaïdjan. À Bakou, c’est même une minuscule communauté catholique qu’il a rencontrée.

Dans ce pays, ils ne sont que quelques centaines, ils n’ont qu’une seule paroisse, 7 prêtres et 15 religieux, mais c’est une communauté vivante qui a baptisé 14 catéchumènes lors des douze derniers mois. C’est en présence de ce « petit troupeau » que le Pape a présidé la messe dans l’Église de l’Immaculée conception de Bakou. Une Église dont l’histoire reflète l’histoire récente de l’Azerbaïdjan. Construite en 1909 puis détruite par les bolcheviques en 1931, cette église n’a pu renaître qu’au début des années 2000, grâce à l’engagement des quelques catholiques du pays et au soutien qu’ils ont reçu de Saint-Jean Paul II après sa visite 2002.

Une église pour un petit troupeau, mais si important aux yeux de Dieu. Un troupeau pour lequel le pape a décidé, comme lui-même l’a expliqué à la fin de la messe, de perdre du temps."Le Pape perd du temps" en imitant le Saint Esprit qui avait lui aussi perdu du temps en descendant sur la petite communauté enfermée au Cénacle, pour lui redonner la foi et renouveler son élan missionnaire.

Le Pape François François invite les catholiques de Bakou à vivre dans la foi et le service. Deux aspects fondamentaux de la vie chrétienne. La foi qui n’a rien d’une force magique qui tombe du ciel, qui n’est pas non plus un super pouvoir, mais un don de Dieu qu’il faut constamment entretenir par le service. Et les deux, explique le Saint-Père, sont inséparables. Pour être compris, il se sert d’une métaphore en prenant en exemple les tapis qui sont une spécialité du tissage à Bakou :

« Chaque tapis, vous le savez bien, est tissé selon la trame et la chaîne ; seulement avec cette structure l’ensemble se trouve bien composé et harmonieux. C’est ainsi pour la vie chrétienne : elle est chaque jour patiemment tissée, entrecroisant entre elles une trame et une chaîne bien définies : la trame de la foi et la chaîne du service ».

Quant au service, il ne s’agit pas d’une récompense. Servir, c’est imiter Dieu. C’est le style de vie du chrétien. Servir Dieu dans l’adoration et dans la prière, c’ est être ouverts et disponibles ; c’est aimer concrètement son prochain et tout mettre en œuvre pour le bien commun. C’est être unis. Et c’est ainsi que s’édifie et s’embellit l’Église dit le Pape François. Revenant sur l’image du tapis, en l’appliquant au « petit troupeau » de catholiques azéris, il compare chaque fidèle à un splendide fil de soie, des fils tous différents qui ne pourront créer un beau tapis que s’ils sont bien tissés entre eux..

Nous vous proposons de retrouver le texte intégral de l’Homélie du Pape François  :

" La Parole de Dieu nous présente aujourd’hui deux aspects essentiels de la vie chrétienne : la foi et le service. À propos de la foi, deux demandes particulières sont adressées au Seigneur.

La première est celle du prophète Habacuc, qui implore Dieu pour qu’il intervienne et rétablisse la justice et la paix que les hommes ont rompu par la violence, les querelles et les disputes « Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu m’entendes ? » (Ha 1, 2), demande le prophète. Dieu, en répondant, n’intervient pas directement, il ne résout pas la situation d’une manière brusque, il ne se rend pas présent par la force. Au contraire, il invite à attendre avec patience, sans jamais perdre l’espérance ; surtout, il souligne l’importance de la foi. Parce que par sa foi, l’homme vivra (cf. Ha 2, 4). Ainsi Dieu fait de même avec nous : il ne cède pas à nos désirs qui voudraient changer le monde et les autres immédiatement et continuellement, mais il vise surtout à guérir le cœur, le mien, le tien, le cœur de chacun ; Dieu change le monde en changeant nos cœurs, et cela il ne peut le faire sans nous. Le Seigneur désire en effet que nous lui ouvrions la porte de notre cœur, pour pouvoir entrer dans notre vie. Cette ouverture à lui, cette confiance en Lui est vraiment « la victoire remportée sur le monde : c’est notre foi (cf. 1 Jn 5, 4). Parce que lorsque Dieu trouve un cœur ouvert et confiant, là il peut accomplir des merveilles.

Mais avoir la foi, une foi vive, n’est pas facile ; et voici alors la seconde demande, celle que dans l’Évangile les Apôtres adressent au Seigneur : « Augmente en nous la foi : » (Lc 17, 6). C’est une belle demande, une prière que nous aussi nous pourrions adresser à Dieu chaque jour. Mais la réponse divine est surprenante et aussi dans ce cas renverse la demande : « Si vous aviez de la foi… ». C’est Lui qui nous demande d’avoir de la foi. Parce que la foi, qui est un don de Dieu et est toujours demandée, est aussi cultivée de notre part. Ce n’est pas une force magique qui descend du ciel, ce n’est pas une “ dot ” qui se reçoit une fois pour toutes, et non plus un superpouvoir qui sert à résoudre les problèmes de la vie. Parce qu’une foi utile pour satisfaire nos besoins serait une foi égoïste, toute centrée sur nous. La foi n’est pas confondue avec le bien-être ou avec le fait de se sentir bien, avec le fait d’être consolé dans l’âme parce que nous avons un peu de paix dans le cœur. La foi est un fil d’or qui nous lie au Seigneur, la pure joie de rester avec Lui, d’être unis à Lui ; c’est le don qui est valable pour la vie entière, mais qui porte du fruit si nous faisons notre part.

Et quelle est notre part ? Jésus nous fait comprendre que c’est le service. Dans l’Évangile en effet, le Seigneur fait tout de suite suivre aux paroles sur la puissance de la foi, celles sur le service. Foi et service ne peuvent se séparer, elles sont même étroitement liées, nouées entre elles. Pour m’expliquer, je voudrais utiliser une image qui vous est très familière, celle d’un beau tapis : vos tapis sont de véritables œuvres d’art et proviennent d’une histoire très ancienne. La vie chrétienne de chacun vient aussi de loin, c’est un don que nous avons reçu dans l’Église et qui provient du cœur de Dieu, notre Père, qui désire faire de chacun de nous un chef d’œuvre de la création et de l’histoire. Chaque tapis, vous le savez bien, est tissé selon la trame et la chaîne ; seulement avec cette structure l’ensemble se trouve bien composé et harmonieux.
C’est ainsi pour la vie chrétienne : elle est chaque jour patiemment tissée, entrecroisant entre elles une trame et une chaîne bien définies : la trame de la foi et la chaîne du service. Quand à la foi se noue le service, le cœur se maintient ouvert et jeune, et il se dilate en faisant le bien. Alors la foi, comme dit Jésus dans l’Évangile, devient puissante et elle fait des merveilles. Si elle marche sur cette route, alors elle mûrit et devient forte, à condition qu’elle reste toujours unie au service.

Mais qu’est-ce que le service ? Nous pouvons penser qu’il consiste seulement à être fidèle aux propres devoirs ou à accomplir quelque œuvre bonne. Pour Jésus, c’est beaucoup plus. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, il nous demande, avec des paroles très fortes, radicales, une disponibilité totale, une vie mise pleinement à disposition, sans calculs et sans bénéfices. Pourquoi est-il si exigeant ? Parce que Lui nous a aimés ainsi, se faisant notre serviteur « jusqu’au bout » (Jn 13, 1), venant « pour servir et donner sa vie » (Mc 10, 45). Et cela a lieu encore chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie : le Seigneur vient au milieu de nous et pour autant que nous puissions proposer de le servir et de l’aimer, c’est toujours Lui qui nous précède, nous servant et nous aimant plus que tout ce que nous imaginons ou méritons. Il nous donne sa vie-même. Et il nous invite à l’imiter, en nous disant : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive » (cf. Jn 12, 26).

Donc, nous ne sommes pas appelés à servir seulement pour avoir une récompense, mais pour imiter Dieu, qui s’est fait serviteur pour notre amour. Et nous ne sommes pas appelés à servir de temps et temps mais à vivre en servant. Le service est alors un style de vie, il résume même en lui tout le style de vie chrétien : servir Dieu dans l’adoration et dans la prière ; être ouverts et disponibles ; aimer concrètement le prochain : tout mettre en œuvre avec élan pour le bien commun.

Les tentations qui éloignent du style du service et finissent par rendre la vie inutile ne manquent pas aussi pour les croyants. Ici nous pouvons aussi en mettre deux en évidence. L’une est celle de laisser le cœur s’attiédir. Un cœur tiède se ferme dans une vie paresseuse et étouffe le feu de l’amour. Celui qui est tiède vit pour satisfaire ses propres aises, qui ne suffisent jamais, et ainsi il n’est jamais content ; peu à peu il finit par se contenter d’une vie médiocre. Le tiède réserve à Dieu et aux autres des “pourcentages” de son temps et de son cœur, sans jamais exagérer, et même en cherchant toujours à économiser. Ainsi la vie perd du goût : elle devient comme un thé qui était vraiment bon, mais qui lorsqu’il se refroidit ne peut plus se boire. Mais je suis certain que vous, regardant les exemples de ceux qui vous ont précédés dans la foi, ne laisserez pas votre cœur s’attiédir. L’Église entière, qui nourrit pour vous une sympathie spéciale, vous regarde et vous encourage : vous êtes un petit troupeau si précieux aux yeux de Dieu !

Il y a une seconde tentation, dans laquelle on peut tomber non pas parce qu’on est passifs, mais parce qu’on est “trop actifs” : celle de penser comme des propriétaires, de se donner du mal seulement pour gagner du crédit et pour devenir quelqu’un. Le service devient alors un moyen et non une fin, parce que la fin est devenue le prestige ; ensuite vient le pouvoir, la volonté d’être grands. « Parmi vous, – rappelle Jésus à nous tous – il ne devra pas en être ainsi : Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 20, 26). Ainsi s’édifie et s’embellit l’Église. Reprenant l’image du tapis, en l’appliquant à votre belle communauté : chacun de vous est comme un splendide fil de soie, mais les fils différents créent une belle composition seulement s’ils sont bien tissés entre eux ; tout seuls, ils ne servent pas. Restez toujours unis, en vivant humblement dans la charité et dans la joie ; le Seigneur, qui crée l’harmonie dans les différences, vous gardera.

Que nous aide l’intercession de la Vierge Immaculée et des Saints, en particulier de sainte Teresa de Calcutta, dont les fruits de foi et de service sont au milieu de vous. Accueillons quelques-unes de ses paroles splendides, qui résument le message d’aujourd’hui : « Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix » (Le chemin simple, Introduction). "

Suite et fin du Voyage du Saint-Père

Sa visite du pape à Bakou a été courte, elle a été très riche. Après cette messe célébrée dimanche 2 octobre 2016 au matin, le Pape a en effet été reçu par le président de la République Ilham Aliyev, puis il s’est recueilli en silence devant le mémorial de l’indépendance, avant de rencontrer les autorités et les représentants des différentes religions présentes dans le pays. C’est avec cette rencontre interreligieuse que le Pape a achevé son voyage dans le Caucase.

Le pape a tenu à saluer le climat d’harmonie qui prévaut en Azerbaïdjan entre les différentes composantes de la société Azérie, faite de multiculturalisme et de respect réciproque, puis il souligne devant les représentants des différentes religions présentes dans le pays, la nécessité de construire ensemble une culture de la rencontre et de la paix. Autrement, « quelle perspective de vie offrir aux générations futures ? », s’est-il interrogé.

Le rôle des religions « dans la nuit des conflits que nous sommes en train de traverser », est d’être des « aubes de la paix », des échos de dialogue. Le temps est révolu des solutions violentes et brusques, le moment est urgent d’entreprendre des processus patients de réconciliation. Le Pape a évoqué la situation dans le Caucase pour souhaiter que les religions soient des facteurs actifs pour dépasser les tragédies passées et les tensions présentes. Il n’a pas cité le Nagorny Karabakh, l’enclave disputée entre Bakou et Erevan, mais le Cheick l’a fait juste avant lui, soulignant les efforts des représentants des deux religions pour une résolution pacifique du conflit.

« Nous avons déclaré, dit le Cheik Allashukur Pashazadeh, ensemble avec les leaders religieux arméniens, qu’il ne s’agissait pas d’une conflit religieux ». Et c’est l’un des points de convergence qui émerge de cette rencontre.

Car, « les religions ne doivent jamais être instrumentalisées et ne peuvent jamais prêter le flanc à soutenir des conflits et des oppositions… Dieu ne peut pas être invoqué pour des intérêts de parti ou à des fins égoïstes, il ne peut justifier aucune forme de fondamentalisme, d’impérialisme ni de colonialisme… Jamais plus de violence au nom de Dieu ».

Pour le Pape, les religions sont une boussole dont la mission est d’orienter l’homme vers le bien et l’éloigner du mal. Elles ont en cela une tâche éducative : aider l’homme à tirer le meilleur de lui-même, et lui donner des réponses authentiques alors qu’il est perdu dans le tourbillon du nihilisme de celui qui ne croit plus à rien sinon à ses propres intérêts, et le tourbillon du fondamentalisme de celui veut imposer des attitudes extrêmes et radicalisées par la violence. Au cours de cette rencontre interreligieuse, le Pape a une nouvelle fois condamné la prolifération des armes : « La voix de trop de sang crie vers Dieu ».

Retrouvez l’intervention intégrale du Pape François :

" Se retrouver ici ensemble est une bénédiction. Je désire remercier le Chef des Musulmans du Caucase qui, avec sa courtoisie habituelle, nous accueille ainsi que les chefs religieux locaux de l’Eglise Orthodoxe russe et des communautés juives. Nous rencontrer dans l’amitié fraternelle en ce lieu de prières est un grand signe, un signe qui manifeste cette harmonie que les religions peuvent construire ensemble, à partir des relations personnelles et de la bonne volonté des responsables. En sont ici une preuve, par exemple, l’aide concrète que le Chef des Musulmans a apporté, en plusieurs occasions, à la communauté catholique, ainsi que les sages conseils qu’il partage avec elle dans un esprit de famille. Le beau lien qui unit les Catholiques à la communauté Orthodoxe, dans une fraternité concrète et avec une affection quotidienne - qui sont un exemple pour tous - sont aussi à souligner ; et de même l’amitié cordiale avec la communauté juive.

L’Azerbaïdjan profite de cette concorde, pays qui se distingue par l’accueil et l’hospitalité, qui sont des dons que j’ai pu expérimenter en cette journée mémorable pour laquelle je suis très reconnaissant. On souhaite ici conserver le grand patrimoine des religions, et on recherche en même temps une ouverture plus grande et plus féconde : le catholicisme également, par exemple, trouve place et harmonie parmi les autres religions bien plus nombreuses, signe concret qui montre comment, non pas l’opposition mais la collaboration aide à construire des sociétés meilleures et pacifiques. Le fait de nous trouver ensemble est aussi en continuité avec les nombreuses rencontres qui se déroulent à Bakou afin de promouvoir le dialogue et la multi culturalité. En ouvrant les portes à l’accueil et à l’intégration, les portes des cœurs de chacun s’ouvrent ainsi que les portes de l’espérance pour tous. J’ai confiance que ce pays « porte entre l’Orient et l’Occident » (Jean-Paul II, Discours lors de la cérémonie de bienvenue, Bakou 22 mai 2002 : Enseignements XXV, 1 [2002], 838), cultive toujours sa vocation d’ouverture et de rencontre, conditions indispensables pour construire de solides ponts de paix et un avenir digne de l’homme.

La fraternité et le partage que nous désirons faire grandir ne seront pas appréciés par celui qui veut mettre en évidence les divisions, attiser les tensions et tirer profit des oppositions et des différences ; mais elles sont invoquées et attendues par celui qui désire le bien commun, et surtout agréables à Dieu, Compatissant et Miséricordieux, qui veut que les fils et les filles de l’unique famille humaine soient plus unis entre eux et toujours en dialogue. Un grand poète, enfant de cette terre, a écrit : « Si tu es un homme, mélange-toi aux hommes, car les hommes se trouvent bien entre eux » (Nizami Ganjavi, Le livre d’Alexandre, I, Sur son propre état et sur le temps qui passe). S’ouvrir aux autres n’appauvrit pas mais enrichit, car cela aide à être plus humain ; à se reconnaître partie active d’un ensemble plus grand et à interpréter la vie comme un don pour les autres ; à voir comme but, non pas ses propres intérêts mais le bien de l’humanité, à agir sans idéalismes et sans interventionnismes, sans accomplir d’interférences dommageables ni d’actions forcées, mais toujours plutôt dans le respect des dynamiques historiques, des cultures et des traditions religieuses.

Les religions ont une grande tâche : accompagner les hommes en recherche du sens de la vie, en les aidant à comprendre que les capacités limitées de l’être humain et les biens de ce monde ne doivent jamais devenir des absolus. Nizami a écrit aussi : « Ne te repose pas solidement sur tes forces, tant que tu n’auras pas trouvé dans le ciel une demeure ! Les fruits du monde ne sont pas éternels, n’adore pas ce qui est périssable ! » (Leylà et Majnùn, Mort de Majnùn sur la tombe de Leylà). Les religions sont appelées à nous faire comprendre que le centre de l’homme est en dehors de lui, que nous sommes tendus vers le Très Haut infini et vers l’autre qui nous est proche. Il y a là un appel à orienter la vie vers un amour plus élevé et en même temps plus concret : cela ne peut que se trouver au sommet de toute aspiration authentiquement religieuse ; car – dit encore le poète –, « l’amour est ce qui ne change jamais, l’amour est ce qui ne finit jamais » (ibid., Désespoir de Majnùn).

La religion est donc une nécessité pour l’homme, pour qu’il réalise sa fin, une boussole pour l’orienter vers le bien et l’éloigner du mal qui est toujours accroupi à la porte de son cœur (cf. Gn 4, 7). En ce sens, les religions ont une tâche éducative : aider l’homme à tirer le meilleur de lui-même. Et nous, comme guides, nous avons une grande responsabilité pour donner des réponses authentiques à la recherche de l’homme qui est aujourd’hui souvent perdu dans les paradoxes tourbillonnants de notre époque. Nous voyons en effet, comment, de nos jours, d’une part sévit le nihilisme de celui qui ne croit plus à rien sinon à ses propres intérêts, avantages et profits, de celui qui rejette la vie en s’adaptant à l’adage : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis » (cf. F.M. Dostoïevski, Les frères Karamazof, XI, 4.8.9) ; d’autre part apparaissent de plus en plus les réactions rigides et fondamentalistes de celui qui, par la violence de la parole et des gestes, veut imposer des attitudes extrêmes et radicalisées, les plus éloignées du Dieu vivant.

Les religions, au contraire, en aidant à discerner le bien et à le mettre en pratique par les œuvres, par la prière et par l’effort du travail intérieur, sont appelées à construire la culture de la rencontre et de la paix, faite de patience, de compréhension, de pas humbles et concrets. C’est ainsi que l’on sert la société humaine. Celle-ci, pour sa part, est toujours tenue de vaincre la tentation de se servir du facteur religieux : les religions ne doivent jamais être instrumentalisées et ne peuvent jamais prêter le flanc à soutenir des conflits et des oppositions.

Un lien vertueux entre sociétés et religions, est en revanche fécond, une alliance respectueuse qui doit être construite et gardée, et que je voudrais symboliser par une image chère à ce pays. Je fais référence aux précieux vitraux artistiques qui se trouvent depuis des siècles sur cette terre, qui sont faits seulement de bois et de verres colorés (Shebeke). Il y a une particularité unique dans leur fabrication artisanale : les clous et la colle ne sont pas utilisés ; mais le bois et le verre tiennent ensemble et sont assemblés par un long et soigneux travail. De la sorte, le bois soutient le verre et le verre fait entrer la lumière.

De la même manière, c’est un devoir pour chaque société civile de soutenir la religion qui permet l’entrée d’une lumière indispensable pour vivre : c’est pourquoi il est nécessaire de leur garantir une réelle et authentique liberté. Les « colles » artificielles, qui forcent l’homme à croire en lui imposant un credo déterminé et en le privant de la liberté de choix, ne doivent donc pas être employées. Ne doivent pas non plus entrer dans les religions les « clous » extérieurs des intérêts mondains, des désirs de pouvoir et d’argent. Car Dieu ne peut pas être invoqué pour des intérêts de parti ou à des fins égoïstes, il ne peut justifier aucune forme de fondamentalisme, d’impérialisme ni de colonialisme. Encore une fois, de ce lieu si significatif, monte le cri qui vient du cœur : jamais plus de violence au nom de Dieu ! Que son saint Nom soit adoré, et non profané ni marchandé par les haines et les oppositions humaines.

Au contraire honorons la providentielle miséricorde divine envers nous, par la prière assidue et par le dialogue concret, « condition nécessaire pour la paix dans le monde […] devoir pour les chrétiens comme pour les autres communautés religieuses » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 250). La prière et le dialogue sont en relation très profonde : ils sont mus par l’ouverture du cœur et ils sont tendus vers le bien d’autrui ; ils s’enrichissent donc et se renforcent mutuellement. Avec conviction, l’Eglise catholique, à la suite du Concile Vatican II, « exhorte ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux » (Décl. Nostra aetate, n. 2). Pas de « syncrétisme conciliant », pas d’« ouverture diplomatique qui dit oui à tout pour éviter les problèmes » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 251), mais dialoguer avec les autres et prier pour tous : voilà nos moyens pour transformer les lances en faucilles (cf. Is 2, 4), pour faire surgir l’amour où se trouve la haine et le pardon où se trouve l’offense, pour ne pas se lasser d’implorer et de parcourir les chemins de paix.

Une vraie paix, fondée sur le respect réciproque, sur la rencontre et sur le partage, sur la volonté de dépasser les préjugés et les torts du passé, sur le renoncement aux duplicités et aux intérêts de parti ; une paix durable, animée par le courage de dépasser les barrières, d’éradiquer les pauvretés et les injustices, de dénoncer et d’arrêter la prolifération des armes et les gains iniques faits sur le dos des autres. De la terre, notre maison commune, la voix de trop de sang crie vers Dieu (cf. Gn 4, 10). Nous sommes à présent interpellés pour donner une réponse, qui ne peut plus être reportée, afin de construire ensemble un avenir de paix : ce n’est plus le temps des solutions violentes et brusques, mais le moment urgent d’entreprendre des processus patients de réconciliation. La vraie question de notre temps n’est pas comment faire progresser nos intérêts, mais quelle perspective de vie offrir aux générations futures, comment laisser un monde meilleur que celui que nous avons reçu. Dieu et l’histoire même nous demanderont si, aujourd’hui, nous nous sommes dépensés pour la paix ; les jeunes générations, qui rêvent d’un avenir autre, nous le demande déjà du fond du cœur.

Que les religions, dans la nuit des conflits que nous sommes en train de traverser, soient des aubes de paix, des semences de renaissance parmi les dévastations de mort, des échos de dialogue qui résonnent infatigablement, des voies de rencontre et de réconciliation pour réussir là où les tentatives des médiations officielles semblent ne pas être suivies d’effets. Spécialement en cette terre bien-aimée de la région caucasienne, que j’ai tant voulu visiter et sur laquelle je suis arrivé en pèlerin de paix, que les religions soient des facteurs actifs pour dépasser les tragédies du passé et les tensions d’aujourd’hui. Que les inestimables richesses de ces pays soient connues et valorisées : les trésors anciens et toujours nouveaux de sagesse, de culture et de religiosité des peuples du Caucase sont une grande ressource pour l’avenir de la région, et en particulier pour la culture européenne, des biens précieux auxquels nous ne pouvons pas renoncer. "

(Avec R. V.)

Mercredi 28 septembre 2016

Le Pape François, lors de l’audience générale, a poursuivi son cycle de catéchèses sur la miséricorde rappelant que « face au mystère de la mort (…) seul Dieu peut être la réponse libératrice ». Le Saint-Père a invité les fidèles, à l’image du bon larron « qui est un merveilleux exemple de repentir », à invoquer le Christ miséricordieux car « le Salut de Dieu est pour tous, personne n’est exclu ».

Apprendre à demander pardon à Jésus, ne pas se sentir exclu de son amour, c’est l’exhortation du Pape François. « Le Salut de Dieu est offert à tous ». « Il peut atteindre chaque homme dans quelques conditions que ce soit même la plus négative et douloureuse C’est pour cette raison, a encore souligné le Saint-Père, que « ce Jubilé est un temps de grâce pour tous, pour les bons comme pour les mauvais, pour les personnes en bonne santé comme pour celles qui souffrent ».

Comme l’a fait le bon larron qui a appelé Jésus par son nom, qui s’est repenti, non pas par peur mais par crainte de Dieu, nous sommes tous appelés à confesser nos fautes. Et le Pape cite en exemple « le condamné à mort » qui en appelant Jésus à l’aide devient un modèle. « L’Église n’est pas seulement pour les bons ou pour ceux qui semblent bons ou se croient bons : elles est pour tous et de préférence pour les mauvais, parce que l’Église est miséricordieuse ».

Enfin, s’adressant aux personnes qui souffrent, le Saint-Père rappelle que Dieu est avec elles, qu’il reste avec elles sur la croix tout comme il partage « nos petites croix de chaque jour ». Il exhorte « celui qui est immobilisé sur un lit d’hôpital, celui qui vit enfermé dans une prison, ceux qui sont piégés dans des guerres à regarder le crucifix », à se laisser pénétrer « par la force de l’Évangile » qui console et donne l’espérance.

(Avec R. V.)

Dimanche 25 Septembre 2016

Le Pape François a célébré la messe place Saint-Pierre à l’occasion du jubilé des catéchistes qui se déroule à Rome dans le cadre de l’année de la Miséricorde. Plusieurs milliers de catéchistes venus du monde entier, parmi lesquels 150 Français, se sont retrouvés pour un pèlerinage international.

En commentant les textes du jour lors de son homélie, le Pape est revenu sur le commandement de l’Apôtre Paul à Timothée qui rappelle le centre de la foi. « Ce centre autour duquel tout tourne, ce cœur palpitant qui donne vie à tout, c’est l’annonce pascale, la première annonce : le Seigneur Jésus est ressuscité, le Seigneur Jésus t’aime, il a donné sa vie pour toi ; ressuscité et vivant, il est présent à tes côtés et il t’attend chaque jour. Nous ne devons jamais l’oublier ».

« En ce Jubilé des catéchistes, il nous est demandé de ne pas nous lasser de mettre en premier l’annonce principale de la foi : le Seigneur est ressuscité. Il n’y a pas de contenu plus important, rien de plus solide et actuel. » L’annonce de Dieu-amour ne peut se faire qu’en aimant a rappelé aussi le Pape, non pas en cherchant à convaincre, jamais en imposant la vérité, non plus en se raidissant sur des obligations religieuses ou morales. Au contraire, Dieu est annoncé en rencontrant les personnes, en prêtant attention à leur histoire et à leur chemin. François a ainsi rappelé que le message du Seigneur, parce qu’il n’était pas une idée mais bien une personne, passait par un témoignage simple et vrai.

L’Evangile qui relate la parabole de l’homme riche et de Lazare nous aide à comprendre ce que veut dire aimer, a poursuivi le Pape, c’est à dire dépasser nos cécités, sentir avec son cœur avant de voir avec ses yeux. « La mondanité qui anesthésie l’âme est entrée dans son cœur » a encore dit le Saint-Père en évoquant l’homme riche de la parabole, cette mondanité est comme un « trou noir » qui engloutit le bien, qui éteint l’amour parce qu’elle ramène tout au moi.

Le Seigneur regarde celui qui est négligé et mis à l’écart du monde, a précisé le Pape qui a rappelé que « Lazare est le seul personnage, dans toutes les paraboles de Jésus, à être appelé par son nom ». Cette pauvreté de Lazare, à l’inverse de l’ostentation de l’homme riche s’exprime avec une grande dignité. Ceci est enseignement précieux a t-il précisé en lançant une invitation aux catéchistes : « en tant que serviteurs de la parole de Jésus nous sommes appelés à ne pas étaler une apparence et à ne pas rechercher la gloire ; nous ne pouvons pas non plus être tristes ni nous lamenter. Ne soyons pas des prophètes de malheur qui se complaisent à dénicher les dangers ou les déviances ; ne soyons pas des gens qui se retranchent dans leurs propres environnements en émettant des jugements amers sur la société, sur l’Eglise, sur tout et sur tous, polluant le monde de choses négatives. »

Celui qui annonce l’espérance de Jésus est porteur de joie et voit loin, car il sait regarder au-delà du mal et des problèmes, a conclu le Saint-Père, et en même temps il voit bien de près, car il est attentif au prochain et à ses nécessités. « Que le Seigneur nous donne la grâce d’être renouvelés chaque jour par la joie de la première annonce ».

(Avec R.V.)

Rencontre internationale religieuse d’Assise : 20 septembre 20136

À Assise, ils étaient ensemble afin de prier pour la paix, 30 ans après la première Journée mondiale de la paix convoquée par Jean-Paul II. Au dernier jour de la Rencontre internationale interreligieuse organisée par la communauté de Sant’Egidio, ce mardi 20 septembre 2016, juifs, musulmans ou bouddhistes ont prié dans huit endroits différents de la ville, avant la cérémonie finale avec l’appel à la paix du Saint-Père.

Lors de la prière œcuménique des chrétiens, dans la basilique inférieure Saint-François, le Pape François est revenu sur la nécessité de prendre en compte ceux qui souffrent.

Porté par des chants résonnant dans la basilique inférieure de Saint-François, le Pape François a fait son entrée, suivi du Patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, du Patriarche syro-catholique d’Antioche, et de Justin Welby, l’archevêque de Canterbury. « Cette prière commune nous ouvre à l’espérance », a déclaré le Pape.

« Dans la parole de Jésus "J’ai soif ", nous pouvons entendre la voix de ceux qui souffrent et de ceux qui ont le plus besoin de paix », a souligné le Saint-Père. Lors de cette prière œcuménique, il a dénoncé l’indifférence, l’égoïsme de celui qui est agacé, la froideur de celui qui éteint leur cri aussi facilement que l’on change de chaîne de télévision. Il leur est souvent donné, comme à Jésus, « le vinaigre amer du refus ».

Et pourtant, en tant que chrétiens, il faut répandre la miséricorde. « C’est en nous approchant de tous ceux qui vivent comme des crucifiés que grandiront l’harmonie et la communion entre nous ». De quoi a soif le Seigneur ? Certainement d’eau, mais aussi d’amour, tout aussi essentiel pour vivre. Car le Seigneur est, en effet, assoiffé de notre amour de compassion, a rappelé le Saint-Père. Il est consolé, lorsque en son nom, nous nous penchons sur les misères d’autrui.

À la fin de la prière, des bougies ont été allumées pour prier pour la fin des conflits et des violences : en République démocratique du Congo, au Gabon, en Birmanie, dans la région du Cachemire ou encore en Irak. Une longue liste de pays qui rappelle combien la paix est encore fragile et combien elle a besoin d’un dialogue entre les religions et de la force de la prière.

Dans son intervention, l’archevêque de Canterbury a lui rappelé que « Dieu nous appelle tous dans sa miséricorde, chacun d’entre nous, et nous tous ensemble. Il nous offre une vraie richesse qui nous comble. Il nous appelle à écouter, à manger, à venir à sa rencontre, à avoir confiance. »

Le patriarche Bartholomée Ier a déclaré que « nous devons, en tant qu’Églises, opérer un changement radical de mentalité, un repentir profond ».

Enfin, lors de la cérémonie finale, le Pape François, a conclu cette 30ème Rencontre mondiale interreligieuse pour la paix, organisée par la communauté de Sant’Egidio dans la ville de Saint François : près de 500 leaders religieux y étaient présents et neuf religion représentées. L’ensemble des dignitaires religieux ont signé un nouvel appel à la paix.

Avant cela, le Pape avait prononcé un discours, martelant encore le fait que « Le nom de Dieu ne peut justifier la violence ». « Seule la paix est sainte, pas la guerre ! » a répété à deux reprises le Saint-Père, sous les applaudissements. « Aucune forme de violence ne représente la vraie nature de la religion », a encore souligné le Pape, citant son prédécesseur Benoît XVI.

Il a tenu à dénoncer le paganisme de l’indifférence face à ceux qui souffrent. Des mots forts pour condamner le virus qui paralyse, qui rend inerte. : « Nous sommes venus à Assise comme pèlerins en recherche de paix ». Il a rappelé les conflits oubliés, la souffrance que vivent les réfugiés, l’angoisse des peuples qui ont soif de paix et il a cité son déplacement à Lesbos, en compagnie du patriarche Bartholomée Ier, se rappelant des yeux des réfugiés qui exprimaient la douleur de la guerre.

« Nous n’avons pas d’arme, mais nous avons la force de la prière », a déclaré le Saint-Père devant des dizaines de croyants, faisant écho aux mots de Jean-Paul II il y a trente ans. « Nos traditions religieuses sont diverses, mais aujourd’hui, nous avons prié les uns à coté des autres, les uns pour les autres ».

C’est la prière et la volonté de collaboration qui permettront une vraie paix. La Paix, un mot si simple et en même temps difficile, a reconnu le pape François. « Paix veut dire "pardon" qui rend possible de guérir les blessures du passé. Paix veut dire "accueil". Paix veut dire "collaboration", un échange vivant avec l’autre. Paix veut dire enfin "éducation" », a ajouté le Saint-Père : un appel à acquérir la culture de la rencontre, en purifiant la conscience de toute tentation de violence, contraire au nom de Dieu.

« Comme chefs religieux, a conclu le Pape, nous sommes appelés à être des solides ponts de dialogue, des médiateurs créatifs de paix ». Enfin le Saint-Père a lancé un appel aux leaders des nations, car, comme le disait Jean Paul II, la paix est une responsabilité universelle : « Assumons ensemble cette responsabilité » !

Découvrez l’appel final lancé par le saint-Père ce 20 septembre 2016 à Assise :

« Hommes et femmes de religions différentes, nous sommes réunis, comme pèlerins, dans la cité de Saint François. Ici, en 1986, il y a 30 ans, à l’invitation du Pape Jean-Paul II, se réunirent des Représentants religieux du monde entier, pour la première fois en si grand nombre et avec une telle solennité, pour affirmer le lien indissoluble entre le grand bien de la paix et un authentique engagement religieux. De cet événement historique, s’est amorcé un long pèlerinage qui, touchant de nombreuses villes du monde, a rassemblé beaucoup de croyants dans le dialogue et dans la prière pour la paix ; il a uni sans confondre, donnant vie à de solides amitiés interreligieuses et contribuant à éteindre de nombreux conflits. Voilà l’esprit qui nous anime : réaliser la rencontre dans le dialogue, s’opposer à toute forme de violence et d’abus de la religion pour justifier la guerre et le terrorisme. Pourtant, au cours des années passées, de nombreux peuples ont encore été douloureusement blessés par la guerre. On n’a toujours pas compris que la guerre détériore le monde, laissant un héritage de douleurs et de haines. Tous, avec la guerre, sont des perdants, même les vainqueurs.

Nous avons adressé notre prière à Dieu, afin qu’il donne la paix au monde. Nous reconnaissons la nécessité de prier constamment pour la paix, parce que la prière protège le monde et l’illumine. La paix est le nom de Dieu. Celui qui invoque le nom de Dieu pour justifier le terrorisme, la violence et la guerre, ne marche pas sur Sa route : la guerre au nom de la religion devient une guerre à la religion elle-même. Avec une ferme conviction, nous réaffirmons donc que la violence et le terrorisme s’opposent au véritable esprit religieux.

Nous nous sommes mis à l’écoute de la voix des pauvres, des enfants, des jeunes générations, des femmes et de nombreux frères et sœurs qui souffrent de la guerre ; avec eux nous disons avec force : Non à la guerre ! Que le cri de douleur de tant d’innocents ne reste pas inécouté. Nous implorons les Responsables des Nations afin que soient désamorcés les mobiles des guerres : l’avidité du pouvoir et de l’argent, la cupidité de qui fait du commerce d’armes, les intérêts des parties, les vengeances à cause du passé. Qu’augmente l’engagement concret pour éliminer les causes sous-jacentes aux conflits : les situations de pauvreté, d’injustice et d’inégalité, l’exploitation et le mépris de la vie humaine.

Qu’enfin s’ouvre un temps nouveau, où le monde globalisé devienne une famille de peuples. Que soit mise en œuvre la responsabilité de construire une véritable paix, que l’on soit attentif aux besoins authentiques des personnes et des peuples, que l’on prévienne les conflits par la collaboration, que l’on vainc les haines et surmonte les barrières, par la rencontre et le dialogue. Rien n’est perdu en pratiquant effectivement le dialogue. Rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière. Tous nous pouvons être des artisans de paix ; d’Assise nous renouvelons avec conviction notre engagement à l’être, avec l’aide de Dieu, avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. »

(Avec R. V.)

Dimanche 18 septembre 2016

Lors de la prière de l’Angélus, le Pape François a évoqué son prochain déplacement à Assise, en Ombrie, ce mardi 20 septembre, où il participera à la 30e édition des Rencontres internationales pour la paix organisées par les franciscains d’Assise et la communauté de Sant’Egidio, près de 30 ans après la rencontre historique, convoquée par le Saint Pape Jean-Paul II, le 27 octobre 1986.

J’invite les paroisses, les associations ecclésiales et les fidèles du monde entier », à prier pour la paix en ce jour. « La guerre est partout, nous devons prier ensemble pour la paix », a insisté le Pape, sous les applaudissements des fidèles réunis Place St Pierre…

« À l’exemple de Saint François, homme de fraternité et de douceur, a-t-il encore ajouté, nous sommes tous appelés à offrir au monde un témoignage fort de notre engagement commun pour la paix et la réconciliation entre les peuples ».

Le Saint-Père s’est auparavant arrêté sur l’Évangile du jour, tiré de Saint-Luc : « Nul ne peut servir deux maîtres » : Avec la parabole du gérant malhonnête, Jésus nous invite à choisir entre deux voies : la sienne, celle de la rectitude et du partage, ou celle du monde, marquée par l’avidité et la corruption.

Jésus loue l’habileté du gérant malhonnête. Il ne le présente cependant « pas comme un modèle à suivre, mais comme un exemple de ruse ». À ce style de vie proprement mondain, fait de corruption, d’illusion, d’abus, somme toute facile à suivre, nous devons répondre avec ce que le Pape appelle « l’astuce chrétienne », laquelle requiert un « style de vie sérieux mais joyeux », honnêteté et rectitude, « respect des autres et de leur dignité ».

Ce sont à ces deux voies diamétralement opposées que le Christ nous invite à réfléchir, et c’est un choix ferme qui nous est demandé : entre « honnêteté et malhonnêteté, entre altruisme et égoïsme, entre le Bien et le mal ». « On ne peut osciller entre l’une et l’autre », assure le Pape, car ces voies impliquent des « logiques différentes et contraires ». La conclusion du passage évangélique de ce dimanche est d’ailleurs catégorique : « nul ne peut servir deux maitres, ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre » (Luc 16, 13).

Jésus nous pose donc devant « un choix clair, entre Lui et l’esprit du monde », entre la « logique de la corruption et de l’avidité, et celle de la rectitude et du partage ». L’usage de la corruption s’apparente à celle des drogues, affirme le Pape. « On pense pouvoir en user, et s’arrêter quand on veut ». Or la corruption produit une certaine dépendance, « génère pauvreté, exploitation, souffrance ». « Combien de victimes de cette corruption dans le monde, aujourd’hui ! », a-t-il déploré.

En choisissant au contraire la voie de l’Évangile, celle de l’intégrité, nous devenons « artisans de paix et ouvrons des horizons d’espérance pour l’humanité ». « Dans la gratuité et le don de nous-mêmes, a-t-il conclu, nous servons le maître juste : Dieu ».

(Avec R. D.)

Mercredi 14 Septembre 2016

« Venez à moi », « prenez mon joug » et « mettez-vous à mon école » : ce sont ces trois invitations adressées par Jésus à ses disciples que le Pape François a développées lors de l’audience générale ce mercredi 14 septembre 2016 place Saint-Pierre. Dans sa catéchèse, le Pape a expliqué que « l’invitation du Seigneur est surprenante : il appelle à le suivre des personnes simples et marquées par une vie difficile ».

Si les fidèles en cette année jubilaire passent la porte de la miséricorde c’est « pour trouver Jésus, pour trouver l’amitié de Jésus, pour trouver le repos que seul Jésus donne ». Le Pape rappelle ainsi qu’en disant « venez à moi », Jésus s’adresse d’abord et avant tout à ceux qui sont fatigués et opprimés, aux pauvres et aux petits, à ceux « qui ne peuvent pas compter sur leurs propres moyens ni sur des amitiés importantes ». De même, les fidèles d’aujourd’hui qui entreprennent de passer la porte sainte, expriment par ce chemin « la conversion de chaque disciple qui se met à la suite de Jésus », et « la conversion consiste toujours à découvrir la miséricorde du Seigneur, infinie et inépuisable ».

« Prenez mon joug » reprend une image déjà utilisée dans la Bible. Jésus, cette fois, précise le Pape François, veut apprendre à ses disciplines qu’ils découvriront la volonté de Dieu via sa personne et non au travers de lois et de « prescriptions froides ». « Lui, il est au centre de leur relation avec Dieu, il est au cœur des relations entre les disciples et se pose comme le cœur de la vie de chacun ».

De là, vient le troisième enseignement : « mettez-vous à mon école ». Loin d’imposer avec sévérité un poids qu’il ne porte pas, il propose un chemin de connaissance et d’imitation. « Il comprend les pauvres et les souffrants parce que lui-même est pauvre et marqué par la douleur ». Cette capacité d’enseigner, Jésus l’a eu car il « s’est fait tout à tous, proche de tous, aux plus pauvres ! C’était un pasteur parmi les gens, parmi les pauvres : il travaillait avec eux toute la journée ». Le Pape fustige alors de nouveau certaines dérives de l’Église. « Jésus n’était pas un prince. Ce n’est pas bien pour l’Église quand les pasteurs deviennent des princes, loin des gens, loin des pauvres : ce n’est pas l’esprit de Jésus ».

Enfin, le Pape François a encouragé les fidèles présents à ne pas se laisser submerger par la fatigue et la désillusion. Souvent, cela vient d’avoir fait confiance dans des choses qui ne sont pas essentielles et qui nous éloignent de ce qui vaut réellement dans la vie. « Nous sommes appelés à apprendre » du Seigneur « ce que signifie vivre de miséricorde pour être des instruments de miséricorde ».

Messe en hommage au Père Jacques Hamel

Auparavant, ce mercredi matin, en la fête de la Croix Glorieuse, dans la chapelle de la Maison Sainte Marthe, le Saint-Père avait célébré la messe en mémoire du Père Jacques Hamel, assassiné le 26 Juillet 2016 alors qu’il célébrait la messe. Dans son homélie, il a rappelé avec force : "Tuer au nom de Dieu est satanique". Cette célébration s’est tenue en présence de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, et d’un groupe de 80 pèlerins du diocèse, dont deux sœurs et un neveu du père Jacques Hamel.

Découvrez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

" Dans la Croix de Jésus-Christ – aujourd’hui, l’Église célèbre la fête de la Croix de Jésus-Christ – nous comprenons pleinement le mystère du Christ, ce mystère d’annihilation, de proximité pour nous. « Lui, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Lettre de Saint Paul aux Philippiens, chapitre 2, versets 6 à 8)

Ceci est le mystère du Christ. Ceci est un mystère qui se fait martyr pour le salut des hommes. Jésus-Christ, le premier Martyr, le premier qui donne la vie pour nous. Et à partir de ce mystère du Christ commence toute l’histoire du martyre chrétien, des premiers siècles jusqu’à aujourd’hui.

Les premiers chrétiens ont fait la confession de Jésus-Christ, en le payant avec leur vie. Aux premiers chrétiens était proposée l’apostasie, c’est-à-dire : « Dites que notre dieu est le vrai, et non pas le vôtre. Faites un sacrifice à notre dieu, ou à nos dieux. » Et quand ils ne faisaient pas cela, quand ils refusaient l’apostasie, ils étaient tués. Cette histoire se répète jusqu’à aujourd’hui ; et aujourd’hui dans l’Église il y a plus de martyrs chrétiens qu’aux premiers temps. Aujourd’hui, il y a des chrétiens assassinés, torturés, emprisonnés, égorgés parce qu’ils ne renient pas Jésus-Christ. Dans cette histoire, nous arrivons à notre père Jacques : lui, il faut partie de cette chaîne des martyrs. Les chrétiens qui souffrent aujourd’hui, que ce soit en prison, que ce soit avec la mort ou les tortures, pour ne pas renier Jésus-Christ, font voir justement la cruauté de cette persécution. Et cette cruauté qui demande l’apostasie, disons le mot : elle est satanique. Et comme il serait bien que toutes les confessions religieuses disent : « Tuer au nom de Dieu est satanique ».

Le père Jacques Hamel a été égorgé sur la Croix, justement pendant qu’il célébrait le sacrifice de la Croix du Christ. Un homme bon, doux, de fraternité, qui cherchait toujours à faire la paix, a été assassiné comme s’il était un criminel. Ceci est le fil satanique de la persécution. Mais il y a une chose, en cet homme qui a accepté son martyre là, avec le martyre du Christ, à l’autel, il y a une chose qui me fait beaucoup réfléchir : au milieu du moment difficile qu’il vivait, au milieu aussi de cette tragédie que lui, il voyait venir, un homme doux, un homme bon, un homme qui faisait de la fraternité, n’a pas perdu la lucidité d’accuser et de dire clairement le nom de l’assassin, et il a dit clairement : « va-t’en, Satan ! » Il a donné la vie pour nous, il a donné la vie pour ne pas renier Jésus. Il a donné la vie dans le sacrifice même de Jésus sur l’autel, et de là, il a accusé l’auteur de la persécution : « va-t’en, Satan ! »

Et que cet exemple de courage, mais aussi le martyre de la propre vie, de se vider de soi-même pour aider les autres, de faire de la fraternité entre les hommes, nous aide nous tous à aller de l’avant sans peur. Que lui, du Ciel, - parce que nous devons le prier, c’est un martyr ! Et les martyrs sont bienheureux, nous devons le prier – nous donne la douceur, la fraternité, la paix, et aussi le courage de dire la vérité : tuer au nom de Dieu est satanique. "

(Avec R. V.)

Dimanche 4 septembre 2016

C’est l’un des points d’orgue de l’Année sainte de la Miséricorde : le Pape a inscrit Mère Teresa, fondatrice de la congrégation des Missionnaires de la Charité au calendrier des Saints devant 120 000 fidèles qui ont participé à cette messe de canonisation.

Dans son homélie, le Pape François a rappelé que « partout où il y a une main tendue qui demande une aide pour se remettre debout, doit se percevoir notre présence, ainsi que la présence de l’Église qui soutient et donne espérance ». François rappelle que les chrétiens sont appelés à traduire dans le concret ce qu’ils invoquent dans la prière et qu’ils professent dans la foi. « L’engagement que le Seigneur demande est l’engagement d’une vocation à la charité ». Un engagement « sérieux », mais joyeux qui demande « radicalité et courage ».

Le Saint-Père rend également hommage à la nouvelle sainte qu’il continue d’appeler Mère Teresa, « il serait un peu difficile de l’appeler sainte Thérèse », glisse-t-il dans un sourire. En se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, Mère Teresa a été tout au long de sa vie une « généreuse dispensatrice de la miséricorde divine ». Elle s’est dépensée dans la défense de la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée. Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes.

Mère Teresa, une sainte de la miséricorde. « La miséricorde a été pour elle le ‘‘sel’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘lumière’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance ».

Sa mission perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres, souligne le Pape. François a remis ce dimanche « cette figure emblématique de femme et de consacrée au monde du volontariat : qu’elle soit votre modèle de sainteté ! » s’est-il exclamé.

Mère Teresa, un « infatigable artisan de miséricorde » dont il espère qu’il nous aidera à comprendre toujours mieux que « notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion ». François a enfin demandé à chacun de porter le sourire de la sainte en leur cœur et de l’offrir à leur prochain pour « ouvrir des horizons de joie et d’espérance à tant de personnes découragées ».

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Pape François lors de la canonisation de Mère Teresa, à l’occasion du Jubilé des volontaires

« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13).

Cette interrogation du livre de la Sagesse, que nous avons écoutée dans la première lecture, nous présente notre vie comme un mystère, dont la clef d’interprétation n’est pas en notre possession. Les protagonistes de l’histoire sont toujours deux : Dieu d’une part et les hommes de l’autre. Nous avons la tâche de percevoir l’appel de Dieu et, ensuite, d’accueillir sa volonté. Mais pour l’accueillir sans hésitation, demandons-nous : quelle est la volonté de Dieu dans ma vie ?

Dans le même passage du livre de la Sagesse, nous trouvons la réponse : « C’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît » (v. 18). Pour authentifier l’appel de Dieu, nous devons nous demander et comprendre ce qui lui plaît. Bien souvent, les prophètes annoncent ce qui plaît au Seigneur. Leur message trouve une admirable synthèse dans l’expression : « C’est la miséricorde que je veux et non des sacrifices » (Os 6, 6 ; Mt 9, 13). Toute œuvre de miséricorde plaît à Dieu, parce que dans le frère que nous aidons nous reconnaissons le visage de Dieu que personne ne peut voir (cf. Jn 1, 18). Chaque fois que nous nous penchons sur les besoins de nos frères, nous donnons à manger et à boire à Jésus ; nous vêtons, nous soutenons et nous visitons le Fils de Dieu (cf. Mt 25, 40).

Nous sommes donc appelés à traduire dans le concret ce que nous invoquons dans la prière et professons dans la foi. Il n’y a pas d’alternative à la charité : ceux qui se mettent au service de leurs frères, même sans le savoir, sont ceux qui aiment Dieu (cf. 1Jn 3, 16-18 ; Jc 2, 14-18). La vie chrétienne, cependant, n’est pas une simple aide qui est fournie dans le temps du besoin. S’il en était ainsi, ce serait certes un beau sentiment de solidarité humaine qui suscite un bénéfice immédiat, mais qui serait stérile, parce que sans racines. L’engagement que le Seigneur demande, au contraire, est l’engagement d’une vocation à la charité par laquelle tout disciple du Christ met sa propre vie à son service, pour grandir chaque jour dans l’amour.

Nous avons écouté dans l’Évangile que « de grandes foules faisaient route avec Jésus » (Lc 14, 25). Aujourd’hui, ces « grandes foules » sont représentées par le vaste monde du volontariat, ici réuni à l’occasion du Jubilé de la Miséricorde. Vous êtes cette foule qui suit le Maître et qui rend visible son amour concret pour chaque personne. Je vous répète les paroles de l’apôtre Paul : « Ta charité m’a déjà apporté de joie et de réconfort, car grâce à toi…, les cœurs des fidèles ont trouvé du repos » (Phm 7). Que de cœurs les volontaires réconfortent ! Que de mains ils soutiennent ! Que de larmes ils essuient ! Que d’amour mis dans le service caché, humble et désintéressé ! Ce service louable manifeste la foi et exprime la miséricorde du Père qui se fait proche de ceux qui sont dans le besoin.

Suivre Jésus est un engagement sérieux et en même temps joyeux ; cela demande radicalité et courage pour reconnaître le divin Maître dans le plus pauvre et pour se mettre à son service. C’est pourquoi, les volontaires qui, par amour pour Jésus, servent les derniers et les démunis n’attendent aucune reconnaissance ni aucune gratification, mais renoncent à tout cela parce qu’ils ont découvert l’amour authentique. Comme le Seigneur est venu vers moi et s’est penché sur moi en temps de besoin, de la même manière moi aussi je vais vers lui et je me penche sur ceux qui ont perdu la foi ou vivent comme si Dieu n’existait pas, sur les jeunes sans valeurs et sans idéaux, sur les familles en crise, sur les malades et les détenus, sur les réfugiés et les migrants, sur les faibles et sur ceux qui sont sans défense corporellement et spirituellement, sur les mineurs abandonnés à eux-mêmes, ainsi que sur les personnes âgées laissées seules. Partout où il y a une main tendue qui demande une aide pour se remettre debout, doit se percevoir notre présence, ainsi que la présence de l’Église qui soutient et donne espérance.

Mère Teresa, tout au long de son existence, a été une généreuse dispensatrice de la miséricorde divine, en se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée. Elle s’est dépensée dans la défense de la vie, en proclamant sans relâche que « celui qui n’est pas encore né est le plus faible, le plus petit, le plus misérable ». Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes, en reconnaissant la dignité que Dieu leur a donnée ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes face aux crimes de la pauvreté qu’ils ont créée eux-mêmes. La miséricorde a été pour elle le ‘‘sel’’ qui donnait de la saveur à chacune de ses œuvres, et la ‘‘lumière’’ qui éclairait les ténèbres de ceux qui n’avaient même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leur souffrance.

Sa mission dans les périphéries des villes et dans les périphéries existentielles perdure de nos jours comme un témoignage éloquent de la proximité de Dieu aux pauvres parmi les pauvres. Aujourd’hui, je remets cette figure emblématique de femme et de consacrée au monde du volontariat : qu’elle soit votre modèle de sainteté ! Que cet infatigable artisan de miséricorde nous aide à comprendre toujours mieux que notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de culture, de race ou de religion. Mère Teresa aimait dire : « Je ne parle peut-être pas leur langue, mais je peux sourire ». Portons son sourire le dans le cœur et offrons-le à ceux que nous rencontrons sur notre chemin, surtout à ceux qui souffrent. Nous ouvrirons ainsi des horizons de joie et d’espérance à tant de personnes découragées, qui ont besoin aussi bien de compréhension que de tendresse. »

(Avec R. V.)

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