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        Conférence des Evêques de France - Discours de clôture de Mgr Georges (...)

Conférence des Evêques de France - Discours de clôture de Mgr Georges Pontier

L’Assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France a terminé ses travaux aujourd’hui à Lourdes. Nous vous proposons de découvrir le discours de clôture qu’a prononcé Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la C.E.F., à la fin de cette assemblée plénière d’automne.


« L’assemblée plénière qui s’achève nous a permis de vivre des moments fraternels, riches et profonds. C’est un moment fort de l’exercice de notre collégialité épiscopale : nous avons prié ensemble, célébré l’eucharistie. Nous avons porté dans la prière ceux qui sont confiés à notre ministère ainsi que notre pays confronté à des défis bien divers. Notre ministère nous met en contact avec les diverses composantes de la société et souvent avec ceux qui rencontrent le plus de difficultés. De nombreux chrétiens sont engagés avec d’autres à leur côté. Une fois encore notre attention a été attirée sur la population de personnes d’origine roumaine, ballotées d’un lieu à l’autre, sans que des propositions de logement plus dignes leur soient faites. Ils sont même ici ou là l’objet de violences verbales ou physiques inacceptables. Leurs projets comme leurs progrès dans l’intégration dans notre pays sont ainsi sans cesse réduits à zéro et tout est à recommencer. Nous n’ignorons pas la complexité de cette situation. Des différences culturelles, des conditions sanitaires dangereuses, des proximités difficiles dans la durée conduisent à des incompréhensions profondes qui empêchent de voir les possibilités réelles de trouver des solutions réalistes et raisonnables. Nous dénonçons les manques de respect de ces personnes et nous invitons les pouvoirs publics à s’engager dans la proposition de solutions pérennes et dignes. Nous remercions et encourageons ceux qui s’engagent à leur côté dans un esprit de service et le désir vrai de les accompagner sur un chemin d’intégration.

Notre prière a rejoint ceux qui aujourd’hui se préparent à être prêtres dans les séminaires de France. Nous avons pris un temps long pour réfléchir à leur formation et à l’élaboration d’une future « Ratio Nationalis ». Si l’état des lieux nous a mis devant la réalité de la baisse du nombre des vocations et de la situation de certains de nos séminaires, nous avons aussi rendu grâce pour les séminaristes de nos diocèses et nous voulons remercier les formateurs qui, jour après jour, sont donnés à la tâche enthousiasmante de former les prêtres que Dieu nous donne.

Tournés vers l’avenir, après avoir écouté Monseigneur Patron Wong, nous avons étudié la « Ratio Fundamentalis » et avons décidé d’avancer dans les réformes nécessaires de nos séminaires. Prenant en compte le caractère désormais obligatoire de la propédeutique, nous étudierons les points de passages incontournables de cette année. Après un premier travail entre formateurs et Évêques, nous reprendrons cette question à partir du texte de base d’une Ratio Nationalis qui nous sera proposée.

« La publication de cette nouvelle Ratio est destinée à donner un nouvel élan, y compris à la pastorale des vocations, en posant un acte de foi ». Son idée de fond est que les Séminaires puissent « former des disciples missionnaires « passionnés » pour le Maître, des pasteurs ayant « l’odeur des brebis », qui vivent au milieu d’elles pour les servir et leur apporter la miséricorde de Dieu. Cette formation intégrale qui tient compte de toutes les dimensions du séminariste, l’amène à faire partie, avec l’ordination, de la « famille » du presbyterium, au service d’une communauté concrète. »*

Notre attention aux jeunes générations a été stimulée par l’approche du synode des évêques à Rome en octobre prochain. La synthèse des réponses au questionnaire reçu nous a décrit une génération en recherche de sens, soucieuse d’avoir des repères, généreuse aussi dans ses engagements. Nous n’oublions pas que ces jeunes sont divers ; que si certains ont une vie relativement facile, d’autres sont marqués par le handicap, les difficultés à trouver un travail, la fragilité des liens familiaux. Nous voulons redire à tous qu’ils sont le présent de notre Église et la richesse de notre société. Nous les exhortons à prendre toute leur place dans nos communautés, à avoir l’audace d’affirmer leur foi paisiblement dans la recherche d’un dialogue qui sera toujours fécond. Avec le Pape François, nous leur renouvelons notre confiance : ils sont les piliers d’un monde à venir où le respect de la création et de l’autre seront des réalités tangibles.

L’actualisation des structures de la conférence des évêques est devenue une tâche nécessaire, onze ans après la publication des statuts qui la régissent. Les réalités changent si vite aujourd’hui dans la société comme dans l’Église. Il s’agit là d’une tâche qui dépasse l’objectif organisationnel. L’évangélisation est l’horizon de l’Église. Notre mission d’évêques diocésains s’exerce pour ce service. La conférence épiscopale est ce lieu où nous portons ensemble notre mission. Nous nous soutenons pour toute la part qui le nécessite. Ainsi sommes-nous entrés dans ce travail par un partage sur notre collégialité qui trouve sa source dans notre ordination épiscopale, qui nous associe à la vie et aux besoins de toutes les Églises, en communion avec le Saint Père. Les conférences épiscopales sont données pour permettre aux évêques d’une même nation de se concerter, de se donner les moyens nécessaires pour le bon exercice de la charge de chacun. Les défis de la mission ne sont pas contenus dans les frontières de chaque diocèse. Ils les débordent de toute part. Déjà la province permet un premier niveau de collaboration proche du terrain. Celui du pays nous situe à l’intérieur des réalités culturelles, sociétales et législatives communes et permet de se donner les moyens d’expertises ou les soutiens pastoraux que chacun ne peut trouver localement. Cette session nous a permis de rentrer dans ces perspectives, de définir l’objet précis qui nous occupe et de dessiner l’esprit dans lequel nous voulons aller ensemble. Du travail reste encore à accomplir. Il faudra préciser les priorités qui nous apparaissent pour aujourd’hui et en fonction d’elles, organiser les structures pertinentes pour les mettre en œuvre. L’équipe chargée de conduire cette réflexion va poursuivre son travail et nous guidera dans les prochaines assemblées. Ainsi pourrons-nous ensemble nous accorder sur les objectifs de fond comme sur les moyens que nous souhaitons mettre pour les atteindre. C’est un appel à avancer ensemble, à être attentifs aux réalités diverses de nos diocèses, aux besoins de chacun, aux répercussions de la vie des uns sur celles des autres. Nous sommes invités au souci des autres Églises, celles de notre pays et celles du monde entier. C’est ensemble que nous avançons. L’humilité, l’ouverture aux autres, la collaboration, la confiance, la complémentarité, l’écoute commune de ce que dit aujourd’hui l’Esprit à nos Églises sont à la racine de notre travail commun. Nous remercions tous ceux et celles qui nous aident aujourd’hui tant au secrétariat général que dans les divers services de la conférence. Leur travail nous est indispensable.

Le témoignage de Mgr Mirkis, archevêque de Kirkouk et Souleymanié a été un moment particulièrement fort de notre assemblée. Son témoignage sur la situation en Irak, sa perception des enjeux, la place, la vie des chrétiens dans cette région du monde, tout cela nous a touchés en deçà toutefois d’une réalité bien plus dure et inconcevable pour nous. Son courage apostolique est une leçon pour nous. Il est habité par l’amour de son peuple, de son pays, de ses fidèles et bien au-delà. L’avenir des jeunes et avec lui, celui du pays inspire ses initiatives. Il ne regarde pas ce qui sépare ou divise mais bien ce qui remet debout, ce qui permet de tenir. Son initiative pour les étudiants que nous avons soutenue bien modestement est au service de l’avenir du pays, de l’avenir de ces jeunes et de celui de la communauté chrétienne. Pour rester là-bas, il faut avoir un projet porteur d’avenir. Il leur a offert la possibilité de poursuivre leurs études en ce temps de guerre. Il leur a donné d’expérimenter la vie ensemble, chrétiens, yézidis, musulmans sunnites et chiites. Cette expérience est une semence d’avenir pour le pays. Tout ce qui favorise la rencontre, la culture, l’éducation est indispensable pour vaincre les peurs, les préjugés, les caricatures. Plus encore, Mgr Mirkis nous a montré trop brièvement comment les chrétiens traversent de telles épreuves unis au Christ, réconfortés par Lui, sauvés par Lui de la haine, de la peur, de la violence. N’a -t-il pas fait référence à cette phrase de Jésus à ses disciples, rapportée par l’évangéliste Jean au chapitre seizième de son évangile : « l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Ils agissent ainsi parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi. » Quelle lumière ! Quel réconfort ! Il est des moments où les évènements exigent du croyant des choix lumineux, crucifiants, mais signes de la profondeur de la confiance en Christ et en son évangile. C’est ce courage-là qui permet à cette communauté chrétienne de tenir, de chanter sa confiance en Dieu et de croire en un avenir possible. A plusieurs moments de l’assemblée, nous avons évoqué la situation des chrétiens d’un occident marqué par la sécularisation profonde, l’absence de Dieu, la perte du sens de la dignité de tout homme, la soumission exacerbée aux désirs individuels. Ici aussi, nous ne pourrons pas exister sans des choix de vie en rupture avec ceux qu’une culture dominante impose comme libérateurs, au nom d’une conception d’une égalité qui ne se déploie qu’en certains domaines de la vie. Oui, nous devons choisir la défense de la vie, le témoignage d’une vie de famille solide, le refus du repli identitaire, un mode de vie sobre, libre par rapport à la course à toujours plus d’argent, à l’égoïsme. Notre foi en Dieu nous pousse à trouver notre liberté dans le fruit de sa rencontre plutôt que dans la possession des biens matériels ou la soumission à nos insatiables désirs. Elle nous pousse aussi à avoir le courage de refuser de poser des actes que notre conscience refuse.

Grâce aux interventions des Évêques de rites orientaux, nous avons entendu l’histoire de ces peuples arméniens, libanais, ukrainiens qui les a conduits à l’exil, sans oublier les fidèles d’autres Églises orientales. Ils sont chez nous, s’insèrent souvent mais sont marqués par des ruptures culturelles profondes qui rejaillissent parfois sur leur vie de famille. Ils sont nos frères au titre supplémentaire de la foi en Christ. Leur accueil, leur présence est une richesse pour nous. Leur témoignage de foi intense nous interpelle. Notre fraternité les réconforte.

Avant de conclure je voudrais exprimer notre reconnaissance à Mgr Nicolas Brouwet pour l’excellent accueil que nous trouvons ici à Lourdes, pour ceux qui sont à notre service et pour la générosité des sanctuaires à notre égard.

Nous allons repartir dans nos diocèses. Nous continuerons à servir la communion et la mission dans nos Églises diocésaines. Nous vivrons d’une manière autre la communion entre nous par le souci les uns des autres, la charité et la prière. Le 19 Novembre, nous vivrons la Journée mondiale des pauvres, telle que le Pape François l’a demandé à toute l’Église. Nous savons bien que c’est le souci des plus pauvres qui nous garde de nous replier sur nous-mêmes. Par leur fréquentation, souvent le Seigneur vient à nous, nous décentre, élargit l’espace de notre tente, adoucit nos cœurs et prépare en nous cet amour dont l’aimerons toujours.

Je voudrais terminer en reprenant un extrait de la lecture faite ici-même hier à l’office des Vêpres. Elle est tirée de la lettre aux Romains au chapitre douzième : « Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne brisez pas l’élan de votre générosité, mais laissez jaillir l’Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur. Aux jours d’espérance, soyez dans la joie ; aux jours d’épreuve, tenez bon : priez avec persévérance. »

* extraits de l’introduction de la Ratio et de la première conférence de Mgr Patron Wong)

Vendredi 3 Novembre 2017

L’Assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France a ouvert ses travaux ce matin à Lourdes. C’est Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la C.E.F., qui a prononcé le discours d’ouverture de cette session d’automne 2017. Nous vous proposons de le découvrir dans son intégralité :

Une Bonne Nouvelle pour notre temps

Le texte des Béatitudes a été proclamé dans nos églises pour la récente fête de Toussaint. Cette succession des neuf interpellations du Christ commençant chacune par le mot « Heureux », donne un programme de vie au service de la conquête de la liberté intérieure soumise aux addictions multiples de l’existence, au service encore de l’engagement pour la justice et pour la paix. Il permet de relire le temps des épreuves subies à cause de la foi en Christ et met en son centre le sommet de l’amour : « la miséricorde ». On y trouve une charte de vie personnelle et collective. On y trouve la manière dont Dieu s’est fait homme parmi nous.

Les écoutant et revenant à elles, j’y ai vu une bonne nouvelle pour notre temps. J’y ai perçu cette source du bonheur que chacun recherche. J’y ai entendu l’appel que le Christ nous adresse à les mettre en pratique. Elles expriment une part du contenu de notre témoignage de vie chrétienne dans cette société que Dieu aime et sauve.

Encourager le dialogue en toutes circonstances

N’est-il pas vrai que notre monde est traversé par de grandes tensions qui sèment le trouble et que seuls le dialogue, la justice, la confiance et la réconciliation entre les peuples peuvent apaiser ? L’histoire de notre Europe en est un exemple réconfortant. Des nations en guerre durant des siècles ont trouvé le chemin de la paix, le courage de se faire confiance en vivant la réconciliation et la coopération. Nous sommes invités à nous regarder avec respect, à privilégier le dialogue. Il n’y a pas d’autres chemins pour obtenir la paix et bâtir un monde plus juste et plus fraternel. Nous encourageons les artisans de paix qui œuvrent en tous pays et en toutes situations. Ils nous émerveillent par leur constance, leur persévérance, leur obstination à toute épreuve. Ils finissent toujours par gagner. Ce n’est pas dans le repli sur soi ni la recherche des seuls intérêts nationaux ou catégoriels que l’on peut offrir un horizon de bonheur pour aujourd’hui et pour demain. « Amour et vérité se rencontrent, Justice et paix s’embrassent » chante le psaume 84. Nous invitons les responsables politiques à faire confiance au dialogue, à la rencontre, à la justice, à la force de la réconciliation, toujours possible. Nous savons que cela va être le chantier qui attend les pays engagés dans les conflits du Moyen Orient. Daesch a perdu une bonne partie de sa capacité de nuisance sur le territoire de la Syrie et de l’Irak. Mais il n’a sûrement pas perdu ce qu’il a semé en termes de méfiance, de violence, de haine, de désir de vengeance. Ceux qui s’étaient alliés pour cette guerre ne vont-ils pas chercher à tirer avantage pour eux-mêmes plutôt que pour l’ensemble des peuples vivant dans cette région ? L’exil a déjà vidé ces pays de populations trop nombreuses. Les dégâts matériels sont terrifiants. Les réparer prendra du temps et de l’argent. Mais qui redonnera la confiance qui permet de vivre ensemble ? Qui redonnera l’estime réciproque et la nécessaire réconciliation ? Nous le croyons : les religions lorsqu’elles promeuvent la fraternité et le pardon sont source de paix. Nous accueillerons ici-même dans quelques jours Mgr Yousif Thomas Mirkis, Archevêque de Kirkouk et de Souleymanié, dans la région kurde de l’Irak. Il nous partagera ce qu’il perçoit de ce temps de l’après-guerre encore si incertain, des perspectives de reprise d’une vie plus paisible et des conditions d’un avenir durable. Nous avons soutenu ces deux dernières années ses initiatives en faveur de la formation de jeunes étudiants réfugiés dans cette zone. Nous espérons que les responsables politiques locaux et ceux des grandes puissances contribueront à bâtir un contexte favorable à une paix durable, indispensable pour une reprise d’une vie possible dans cette région. Nous prions à cette intention. Nous rendons grâce pour les nombreuses initiatives locales porteuses d’avenir.

Un certain nombre de Syriens et d’Irakiens ont rejoint notre pays. Parmi eux, des chrétiens se retrouvent dans nos diocèses et nous les accompagnons de notre mieux. Nous prendrons le temps d’écouter nos trois confrères éparques des Églises arménienne, maronite et ukrainienne. Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient et vicaire général de l’archevêque de Paris, ordinaire des catholiques de rite oriental en France, nous rejoindra pour regarder avec nous les questions qui se posent à ces communautés. Et nous n’oublierons pas les douloureux événements qui continuent à marquer l’Ukraine.

Vaincre la peur et choisir l’espoir

La violence s’exprime sous des formes bien diverses dans notre monde. Les conflits en Afrique et en Asie ne manquent pas et nous voulons rendre hommage aux confrères de ces pays pour leur action en faveur de la paix chez eux. Marseille a été frappée après bien d’autres voici un mois à la gare St Charles. Mauranne et Laura, deux cousines qui fêtaient ensemble leurs anniversaires ont été sauvagement assassinées. Leur faute était sûrement d’être jeunes, belles et en ce lieu au mauvais moment. Leur vie a été brisée, leurs familles ébranlées. La solidarité s’est évidemment manifestée. La communauté chrétienne les a accompagnées à Eguilles comme à Rillieux la Pape. Marseille-Espérance qui regroupe autour du Maire de Marseille les responsables des diverses communautés de croyants s’est aussitôt réunie pour condamner ces actes et pour soutenir l’engagement en faveur du respect et de l’estime réciproque entre tous les Marseillais. Nous ne voulons pas que des Français aient peur les uns des autres. Nous sommes ensemble contre ce fléau de la violence aveugle. Nous voulons travailler à guérir les germes de violence présents dans les cœurs et les esprits. Nous sommes reconnaissants pour le travail des forces de l’ordre et de nos militaires qui accomplissent une difficile mission. Nous faisons confiance à nos gouvernants pour assurer au mieux notre sécurité dans le respect total des libertés publiques.

Bien d’autres formes de violence existent aussi dans ce monde et dans notre pays également. Comment ne pas penser ici à ceux qui n’ont pas de logement ou de travail, à ceux qui connaissent des conditions de vie trop dures ? Le Pape François vient d’instituer la Journée mondiale des Pauvres qui sera célébrée le 19 novembre prochain. Selon le Saint-Père, « cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité » (Message pour la Journée mondiale des Pauvres § 6) C’est un vrai défi pour notre pays de s’unir pour relever ces déficits de justice sociale et briser par-là les germes de violence, de révolte et de désespoir que cela engendre. On peut se réjouir de voir des efforts faits dans ce sens. Au-delà de ce qui est à la charge de l’État et des collectivités territoriales, trouvent place des initiatives citoyennes. Je pense aux colocations qui se développent et même aux initiatives diverses telle celle de l’association Lazare qui propose à de jeunes professionnels de vivre avec des gens de la rue. Cela donne de l’espoir.

Je ne peux pas taire encore la situation de ceux qui manquent de patrie, de ceux qui fuient la leur à cause des problèmes de guerre, de misère, de climat, de conditions de vie devenues insupportables. Ils viennent jusque chez nous chercher une terre accueillante. Bien sûr il appartient aux États de fixer les règles de ces flux migratoires. Nous nous réjouissons de l’accord conclu entre les pouvoirs publics, des Églises chrétiennes et la communauté « Sant’Egidio » en faveur de couloirs humanitaires, contournant ainsi les plans des passeurs et les aléas de l’immigration illégale. Mais quand les personnes sont là à nos portes, quand nous voyons ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces mineurs étrangers isolés dont le nombre ne cesse d’augmenter, comment résister à une indifférence qui déshumanise, comment ne pas comprendre les gestes de ceux qui vivent un accueil risqué ? Oui, l’esprit de solidarité n’est pas mort dans notre pays. Beaucoup savent s’en emparer et en payent parfois le prix fort. Plus d’un en ont fait leur projet de vie, leur engagement. Ils sont des artisans de paix et de fraternité. Ils savent pleurer avec ceux qui pleurent. Ils savent risquer l’amitié et l’accueil. Ils en recueillent des fruits de joie et un peu de fierté. Ils sont témoins de la richesse de la rencontre, du courage et de la foi qui soutient ceux qui sont partis de chez eux dans une aventure aux contours inconnus. Certains évoquent souvent les racines chrétiennes de l’Europe. Les uns pour les protéger dans un espace étroit et tranquille, les autres pour s’en inspirer. Le christianisme porte la vision d’une fraternité universelle de l’humanité. Cette expression permet de dépasser toutes les peurs et de s’engager dans l’audace de l’accueil. Nous nous réjouissons de voir beaucoup de jeunes vivre de cet idéal en s’engageant sur cette voie ici ou en donnant quelques années de leur vie au service du développement des peuples dans une expérience dont ils reviennent grandis.

Avoir sa place dans une société en débats

Ces questions et bien d’autres suscitent des débats profonds dans notre société. L’époque est incertaine, les intérêts souvent inconciliables, les ambitions aveuglantes. Notre pays a du mal à trouver un projet accepté par une majorité. Nous nous sommes exprimés dans un document qui a suscité un réel intérêt : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Nous constations que dans une société marquée par la prééminence des projets individuels, par un sentiment d’insécurité dû aux attentats terroristes, par le manque de perspectives de progrès et de partage juste des richesses nationales, des fractures se creusaient entre citoyens, des coupables étaient recherchés et désignés, la confiance se délitait. Nous insistions sur la nécessité de bâtir ensemble un nouveau projet social qui fasse place à tous, aux plus fragiles en particulier. Nous insistions sur la nécessité de la confiance qui permet l’existence d’un débat fructueux entre les diverses composantes de la société. Nous rappelions la fragilité de nos démocraties quand les intérêts catégoriels ou individuels sont sans limites. Nous regrettions les invectives violentes, les propos irresponsables dangereux. Ce qui doit fonder l’exercice du pouvoir, « c’est, disions-nous, le politique, la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées. » (p.21) Ce débat, nous voulons y participer. Certains nous en refusent le droit, convaincus que la place des religions doit rester dans les limites closes des maisons et des célébrations cultuelles. Nous ne le pensons pas. La société est faite de citoyens aux diverses convictions dont certaines sont religieuses. Ils n’en sont pas moins des citoyens loyaux, cherchant le bien de tous et de chacun. Nous nous réjouissons de la part que les membres de nos communautés prennent en bien des domaines, dans celui de l’enseignement, de la santé, de la solidarité, de l’accueil des plus fragiles, de la défense de la vie, de la famille et des droits de l’homme, de la recherche de la paix. Beaucoup essaient de vivre cet idéal dans l’exercice de leur profession et nous constatons leur dynamisme même dans des situations les plus difficiles. Je pense en particulier à ceux qui s’investissent dans les chantiers de ce que nous appelons l’Église en périphérie ou dans les initiatives en milieu rural. Oui, c’est notre joie de voir les chrétiens refuser le repli sur soi et avoir le souci du bien de tous, de ceux qui ont le plus de difficultés pour vivre.

Dans quelques mois sera lancé le chantier de la révision des lois de bioéthique, et peut être de la loi sur la fin de vie. Cela donnera lieu à des débats importants. Ces débats seront féconds à la mesure de la qualité du dialogue, qui présidera aux échanges. Si les progrès de la science nécessitent de réfléchir à frais nouveaux, la réflexion ne peut se contenter des acquis scientifiques : elle doit aussi et surtout s’enrichir de la conception raisonnable que chacun se fait de la personne humaine et de sa dignité. Elle doit dépasser le seul objectif d’aller de révision en révision pour obtenir ce que l’on veut imposer.

Pour notre part, nous nous réjouissons de voir que du temps sera accordé pour ces débats. Nous nous y engagerons avec toute la force de la raison humaine, soutenus par des experts. Nous voulons rappeler que la dignité de la personne humaine, de sa conception à sa mort naturelle, est inaliénable. C’est d’ailleurs une des raisons qui pousse l’Église à proscrire radicalement la peine de mort, comme vient de le déclarer le pape François. Nul ne peut prendre la place de Dieu ! Si nous comprenons l’apport bénéfique des progrès scientifiques, nous souhaitons qu’ils ne deviennent pas immédiatement la source incontestée de soi-disant droits nouveaux. Il y va du juste respect de chacun.

S’agissant de l’enfant, nous ne pouvons que redire la beauté du mystère de la vie. Accueillir un nouveau-né est une des expériences humaines les plus belles et les plus riches. Nous le percevons bien sur le visage des nouveaux parents. Nous comprenons l’épreuve de ceux qui sont confrontés à la réalité de la stérilité. Leur souffrance appelle un accompagnement compréhensif. Pour autant, on ne peut en déduire qu’il y aurait un droit à l’enfant pour toute personne ou pour tout couple qui souhaiterait en avoir un. L’enfant est un don et non un bien qu’on pourrait acheter et s’offrir à tout prix. Il est à accueillir et à accompagner avec beaucoup de respect, d’affection et de disponibilité. L’attitude d’accueil de la vie reçue comme un don gratuit est humanisante. Elle prépare et fortifie le véritable respect entre les êtres humains : nul ne peut mettre la main sur son semblable, en aucune circonstance.

Les concepts d’égalité et de liberté employés pour justifier des évolutions de la législation sont souvent utilisés d’une manière erronée, parfois sous le coup de l’émotion entretenue médiatiquement. Il s’agit alors d’uniformisation et de concession aux désirs individuels, sous peine de discrimination et sans réflexion anthropologique. Or, en s’appuyant seulement sur ce raisonnement, on risque fort de créer d’autres injustices qui seront comme des sources latentes de violences. Et que penser du principe de précaution qui est utilisé en certains domaines d’application des sciences et qui serait rejeté pour les techniques biomédicales ? Personne ne peut souhaiter fragiliser une société en brouillant les repères de la filiation, en taisant les droits et le bien primordial de l’enfant et en déconstruisant les liens entre générations. La loi n’est pas le résultat de désirs individuels qu’il faudrait autoriser, mais l’expression d’une conception de l’être humain fondée sur un humanisme partagé en vue du bien commun.

Tout cela mérite réflexion, prudence et sagesse. Grâce au dialogue véritable, les voies du respect du plus fragile seront discernées et encouragées. Nous continuerons à porter le souci d’une loi juste pour la paix en notre société et pour son bien.

A l’écoute des jeunes

Au mois d’octobre 2018, dans moins d’un an se tiendra à Rome autour du pape François un synode ordinaire des Évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. » Les jeunes désignent ici les jeunes adultes de 16 à 29 ans. Ils sont divers. Nos Églises diocésaines saisissent cette opportunité pour se mettre à leur écoute, pour faciliter leur participation à la vie des communautés chrétiennes. Le monde dans lequel ils vivent évolue à grande vitesse. Ils ont besoin de soutiens pour leur vie chrétienne et pour avancer dans leur recherche spirituelle. Certains sont rejoints par des mouvements ou des communautés, d’autres se retrouvent dans des paroisses qui leur sont dédiées. Des temps forts leur sont proposés. Cette étape de leur vie est importante. L’accès à un métier est parfois difficile. L’avancée vers une vie affective stable ne l’est pas moins. Certains sont habités par un réel souci spirituel et nous savons qu’un nombre certes moindre est traversé par la question de la vie religieuse ou de la vocation presbytérale. Beaucoup de générosité se manifeste dans leur vie : année sabbatique, service civil, expérience à l’étranger, engagement humanitaire. Tout cela nous réjouit et manifeste la qualité humaine qui est la leur. Nous partagerons les initiatives prises dans nos diocèses en ce domaine. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier tous les acteurs de la pastorale des jeunes et des vocations dans nos diocèses.

Notre premier temps de travail sera consacré à l’élaboration d’une ratio nationale sur la formation des futurs prêtres inspirée par la Ratio fundamentalis que nous venons de recevoir de la congrégation romaine compétente. Les enjeux sont multiples. Nous poursuivrons ce qui a déjà été échangé entre nous en nous laissant parfois sur notre faim. Tout cela nous permet de redire notre confiance dans cette jeunesse et parmi elle à ceux et celles qui portent le souci d’une vie spirituelle profonde. Nous les encourageons à se tourner vers le Christ dont la rencontre est source de joie, de paix, de lumière. L’Eglise est là pour accompagner leur recherche et leur partager les trésors de l’évangile. Elle les remercie pour la place qu’ils tiennent dans la vie de nos communautés, pour les initiatives qu’ils prennent dans la vie de la société.

Continuer avec détermination la lutte contre la pédophilie

Près d’un an et demi après la décision des évêques de France de mettre en œuvre de nouvelles mesures, le travail pour lutter contre la pédophilie s’amplifie. Des cellules d’écoute et d’accueil des victimes fonctionnent dans nos diocèses. Les évêques se sont rendus disponibles pour rencontrer et écouter le témoignage de ceux qui le souhaitaient. Certains d’entre eux ont fait des propositions spirituelles à des personnes ayant été victimes. Nous sommes profondément marqués par ces rencontres et par les conséquences traumatiques vécues par ces personnes et leur famille. Ainsi tant au niveau national qu’au niveau local, la « Cellule permanente de lutte contre la pédophilie » continue de mettre en place un travail de fond -sessions de prévention et de formation- pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église en France.

Nous sommes conscients que le champ de travail demeure vaste tant pour l’Église que pour la société dans la lutte contre les violences sexuelles et notamment celles faites aux personnes vulnérables. Pour ne parler que de l’Église, il est clair qu’il nous faut encore aller plus loin dans la compréhension de ce qui se joue dramatiquement dans ces crimes sexuels et dans l’existence de ceux et celles qui en ont été victimes. Il nous faut tout mettre en œuvre pour tendre vers la tolérance « zéro » à laquelle nous appelle le pape François. Ce travail, et celui que nous menons contre les dérives sectaires dans les communautés catholiques, se poursuit avec détermination et humilité.

Chrétiens ensemble

Les Cinq cents ans de la Réforme permettent des rencontres fructueuses entre protestants et catholiques. Celles-ci permettent de se remettre ensemble devant le visage du Christ, devant sa vie, son Évangile, devant la mission confiée. Nous sommes attentifs à sa prière pour l’unité de ses disciples comme à celle de l’envoi pour annoncer son amour infini et miséricordieux pour tous les hommes. Le visage du Christ renouvelle ceux qui le contemplent. Il est une véritable bonne Nouvelle. Il apaise la soif de sens que beaucoup recherchent.

Conclusion

Notre Église continue sa mission essentielle qui est celle d’annoncer l’Évangile à tous. Elle le fait avec des moyens limités que ce soit en ce qui concerne les personnes disponibles et les financements. Nous le constatons dans nos diocèses où nous cherchons à nous adapter au mieux. C’est vrai également en ce qui concerne la Conférence épiscopale. Celle-ci est l’un des lieux, avec la Province, où notre collégialité se manifeste de manière concrète. Nous aurons à échanger sur notre pratique avant de poursuivre la réflexion sur l’actualisation des structures de notre Conférence.

Durant ces journées d’assemblée, nous nous tournerons souvent vers le Seigneur dans la prière pour nous-mêmes, pour l’ensemble des chrétiens, pour notre Pape François. Nous prierons pour notre monde, notre pays. Nous lui rendrons grâce pour son amour infini, pour l’œuvre de son Esprit en ce temps qui est le nôtre. Nous demanderons à Notre Dame de Lourdes d’accompagner nos travaux de sa présence maternelle et de nous entraîner à la rencontre des souffrants et des petits.

Mgr Georges Pontier
Archevêque de Marseille
Président de la Conférence des évêques de France

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