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Consistoires (extraordinaire et ordinaire) du 12 au 14 février 2015

Jeudi 12 et vendredi 13 février 2015, 165 Cardinaux ont pris part au Consistoire extraordinaire présidé par le Pape François au Vatican (25 ont été excusés pour diverses raisons). Ce consistoire a été consacré à la réforme de la curie préparée par le Pape François et les 9 cardinaux qu’il a nommés dès le début de son pontificat : "Vivement souhaitée par la majorité des cardinaux lors des congrégations générales précédant le Conclave", a rappelé le Pape en inaugurant les travaux de l’assemblée, cette réforme "n’est pas une fin en soi, mais un moyen" pour donner un témoignage chrétien plus authentique. Samedi 14 février, 19 nouveaux cardinaux ont reçu la barrette des mains du Saint-Père. Avec le Service d’Information du Vatican, nous vous proposons le compte-rendu de ces trois jours.


C’est le Père Lombardi qui a résumé à l’attention de la presse le déroulement de la manifestation : le Cardinal Rodríguez Maradiaga a tout d’abord exposé aux Cardinaux où en était le projet de réforme de la Curie Romaine, il a également été question du règlement du Synode, des travaux de la Commission pour la protection des mineurs et du rapport sur l’activité des organismes économiques du Saint-Siège.
Ensuite, c’est Mgr.Semeraro, Secrétaire du Conseil des Cardinaux, qui a tracé les grandes lignes de réformes qui se dégagent depuis la réunion de novembre dernier : La Curie et ses relations avec les Conférences épiscopales, critères de simplification et rationalisation, fonctions de la Secrétairerie d’Etat et coordination des dicastères, rapports entre ecclésiastiques et laïcs et procédures à suivre dans la composition de la nouvelle constitution apostolique. Il a en particulier été question de la création de deux congrégations, l’une regroupant les services compétant pour les laïcs, la famille et la vie, l’autre la charité, la justice et la paix. Les deux pouvant bénéficier de la collaboration des académies pontificales spécialisées. Douze Cardinaux ont pris la parole, qui ont notamment souligné le fait que la réforme revêt un double aspect, théologique et juridique, étant donné que nombre d’aspects relèvent du droit canonique, de la juridiction ecclésiastique et les épiscopats. La Curie est au service du Pape mais aussi du Collège cardinalice et du Synode des évêques. Il a aussi été question de synodalité et de collégialité, avec une préférence pour cette dernière, ainsi que de la formation permanente du personnel curial et des rotations de postes. Accords et désaccords ont été exprimés sur ces hypothèses.

Le Saint-Père a salué une communion dans laquelle s’exprime la collégialité, puis il a remercié le Cardinal Rodríguez Maradiaga et Mgr.Semeraro pour leur présentation des travaux accomplis par le Conseil des neuf en vue de la réforme de la Curie Romaine :

"Leur synthèse est le fruit de très nombreuses suggestions, tant des chefs de dicastères que d’experts, le but à atteindre restant un meilleur fonctionnement, une collaboration plus efficace et une complète transparence qui promeuvent véritablement la synodalité et la collégialité. Une réforme constitue le moyen d’un plus fort témoignage chrétien, d’un esprit oecuménique plus fécond, d’un dialogue constructif avec tous. Vivement espérée par la majorité des Cardinaux lors des débats ayant précédé le dernier conclave, cette réforme devra améliorer l’identité de la Curie, qui assiste le Successeur de Pierre dans l’exercice de son service pastoral suprême, pour le bien et le service de l’Eglise universelle et des Eglises particulières. C’est dans cet exercice que se renforcent la foi et la communion du peuple de Dieu, que s’élaborer la mission spécifique de l’Eglise dans le monde. Certes, il n’est pas facile d’atteindre à ce but. Il faut du temps et de la détermination, mais surtout une large collaboration. Nous avons avant tout besoin de nous en remettre à l’Esprit, véritable guide de l’Eglise, et de prier afin de recevoir le don du juste discernement. Notre rencontre, qui s’ouvre donc sous ces auspices, sera féconde grâce à la contribution de chacun, qui saura s’exprimer dans la fidélité au Magistère et dans la conscience de ce que tout concours à la loi suprême qu’est le salut des âmes".

Vendredi 13 février

La session de vendredi matin s’est concentrée sur les questions économiques avec la présentation des travaux menés par le nouveau secrétariat à l’économie dirigé par le cardinal Pell, ou encore la réforme de l’IOR présentée par son président, Jean Baptiste de Franssu. L’après-midi, c’est le cardinal O’Malley qui a fait le point sur les travaux de la commission de protection des mineurs. Compétence, transparence, responsabilité : tels sont les mots qui sont le plus revenus jusqu’ici a tenu à préciser le père Lombardi.

Samedi 14 février : consistoire ordinaire

Le Saint-Père a remis la barrette à 19 cardinaux lors du consistoire tenu en la basilique St Pierre, en présence de nombreux fidèles, ainsi que du pape émérite Benoît XVI, que le Pape François avait personnellement invité. Ces nouveaux cardinaux viennent du monde entier, de Birmanie, de Thaïlande, des îles Tonga, d’Ethiopie ou du Panama notamment. Mgr José Dépiniento Rodriguez, archevêque émérite de Manizales en Colombie, et qui devait lui aussi se voir remettre la barrette cardinalice, n’a pu faire le déplacement.

Devant ces nouveaux frères dans le cardinalat, le Pape a souhaité revenir, au cours de son allocution, sur le sens même de la mission de cardinal, "une dignité mais pas honorifique".

Nous vous proposons ci-dessous le texte de cette allocution  :

« Chers frères cardinaux,

Le cardinalat est certainement une dignité, mais elle n’est pas honorifique. Le mot « cardinal », qui évoque la « charnière », le dit bien ; ce n’est donc pas quelque chose d’accessoire, de décoratif, qui fait penser à une décoration, mais un pivot, un point d’appui et de mouvement essentiel à la vie de la communauté. Vous êtes des « pivots » et vous êtes incardinés dans l’Église de Rome, qui « préside au rassemblement universel de la charité » (CONC. OECUM. VAT. II, Const. Lumen Gentium, 13 ; cf. IGN. ANT., Ad Rom., Prologue).

Dans l’Église, toute présidence vient de la charité, doit s’exercer dans la charité et a comme fin la charité. En cela aussi l’Église qui est à Rome joue un rôle exemplaire : à la manière dont elle préside dans la charité, toute Église particulière est appelée, dans son domaine, à présider dans la charité.

Je pense donc que « l’hymne à la charité » de la Première Lettre de saint Paul aux Corinthiens peut être la parole qui nous guide pour cette célébration et pour votre ministère, en particulier pour ceux qui parmi vous entrent aujourd’hui dans le Collège cardinalice. Et cela nous fera du bien de nous laisser guider, moi le premier et vous avec moi, par les paroles inspirées de l’Apôtre Paul, en particulier là où il énumère les caractéristiques de la charité. Que Marie notre Mère nous aide dans cette écoute. Elle a donné au monde celui qui est « le Chemin par excellence » (cf. 1Co 12, 31) : Jésus, Amour incarné ; qu’elle nous aide à accueillir cette Parole et à marcher toujours sur cette Voie. Qu’elle nous aide par son attitude de mère humble et tendre, pour que la charité, don de Dieu, grandisse là où se trouvent l’humilité et la tendresse.

Tout d’abord, saint Paul nous dit que l’amour « prend patience » et « rend service ». Plus s’élargit la responsabilité dans le service de l’Église, plus le cœur doit s’élargir, se dilater à la mesure du cœur du Christ. « Rendre service » c’est, en un certain sens, synonyme de catholicité : c’est savoir aimer sans limites, mais en même temps être attentif aux situations particulières, et avec des gestes concrets. Aimer ce qui est grand sans négliger ce qui est petit ; aimer les petites choses dans l’horizon des grandes, parce que « Non coerceri a maximo, contineri tamen a minimo divinum est ». Savoir aimer avec des gestes gratuits. « Rendre service », c’est l’intention ferme et constante de vouloir le bien, toujours et pour tous, y compris pour ceux qui ne nous aiment pas.

L’Apôtre dit aussi que l’amour « ne jalouse pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ». Cela, c’est vraiment un miracle de l’amour, parce que nous, les êtres humains – tous, et à tous les âges de la vie – nous sommes enclins à la jalousie et à l’orgueil en raison de notre nature blessée par le péché. Et les dignités ecclésiastiques aussi ne sont pas exemptes de cette tentation. Mais justement à cause de cela, chers frères, la force divine de l’amour qui transforme le cœur peut surgir encore davantage en nous, de sorte que ce n’est plus toi qui vis, mais le Christ qui vit en toi. Et Jésus est tout amour.

De plus, l’amour « ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt ». Ces deux traits révèlent que celui qui vit dans l’amour est décentré de soi. Celui qui est auto-centré manque inévitablement de respect, et souvent il ne s’en rend pas compte, parce que le « respect » est justement la capacité de tenir compte de l’autre, de sa dignité, de sa condition, de ses besoins. Celui qui est auto-centré cherche inévitablement son propre intérêt, et cela lui semble normal, presque un dû. Cet « intérêt » peut aussi être couvert de nobles revêtements, mais dessous, dessous, il y a toujours le « propre intérêt ». Au contraire, l’amour te dé-centre et te place au véritable centre qui est seulement le Christ. Alors oui, tu peux être une personne respectueuse et attentive au bien des autres.

L’amour, dit Paul, « ne s’emporte pas, n’entretient pas de rancune ». Les occasions de s’emporter ne manquent pas au pasteur qui vit au contact des gens. Et plus encore peut-être nous risquons de nous fâcher dans les relations avec nos confrères, parce qu’en effet, nous sommes moins excusables. En cela aussi c’est l’amour et seulement l’amour, qui nous libère. Il nous libère du danger de réagir de manière impulsive, de dire et de faire des erreurs ; et surtout il nous libère du risque mortel de la colère entretenue, « couvée » à l’intérieur, qui te porte à prendre en compte les maux que tu reçois. Non. Cela n’est pas acceptable chez l’homme d’Église. Cependant, si on peut excuser une colère momentanée et aussitôt retombée, il n’en n’est pas de même pour la rancune. Que Dieu nous en préserve et nous en libère !

L’amour – ajoute l’Apôtre – « ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ». Celui qui est appelé dans l’Église au service du gouvernement doit avoir un fort sens de la justice, de sorte qu’il trouve inacceptable toute injustice, même celle qui pourrait être avantageuse pour lui ou pour l’Église. Et en même temps, « il trouve sa joie dans ce qui est vrai » : que cette expression est belle ! L’homme de Dieu est quelqu’un qui est fasciné par la vérité, et qui la trouve en plénitude dans la Parole et dans la Chair de Jésus Christ. Lui est la source inépuisable de notre joie. Que le peuple de Dieu puisse toujours trouver en nous la ferme dénonciation de l’injustice et le service joyeux de la vérité.

Enfin, l’amour « supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout ». Il y a ici, en quatre mots, un programme de vie spirituelle et pastorale. L’amour du Christ, répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint, nous permet de vivre ainsi, d’être ainsi : des personnes capables de toujours pardonner ; de toujours faire confiance, parce pleines de foi en Dieu ; capables de toujours infuser l’espérance, parce pleines d’espérance en Dieu ; des personnes qui savent supporter avec patience toute situation et chaque frère et sœur, en union à Jésus qui a supporté avec amour le poids de tous nos péchés.

Chers frères, tout cela ne vient pas de nous, mais de Dieu. Dieu est amour et accomplit tout cela, si nous sommes dociles à l’action de son Saint Esprit. Voilà donc comment nous devons être : incardinés et dociles. Plus nous sommes incardinés dans l’Église qui est à Rome, plus nous devons devenir dociles à l’Esprit, afin que la charité puisse donner forme et sens à tout ce que nous sommes et que nous faisons. Incardinés dans l’Église qui préside dans la charité, dociles à l’Esprit Saint qui répand dans nos cœurs l’amour de Dieu (cf. Rm 5, 5). »

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    Michel DEGLISE
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