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        De quoi as-tu peur ? (suite et fin)

De quoi as-tu peur ? (suite et fin)

En principe, un bon chrétien n’a peur que d’une seule chose : de l’enfer ! C’est-à-dire de perdre son âme et de rompre le lien avec Dieu en commettant un péché mortel. Mais pour qu’un péché soit mortel, il faut trois conditions : une matière grave, un acte commis en pleine conscience et de propos délibéré" (CEC 1857). Autant dire que pour aller en enfer, il faut le vouloir. Si quelqu’un continue à aimer Dieu et à le chercher de tout son cœur, les conséquences de ses péchés le feront souffrir, lui et son entourage, cependant la Miséricorde de Dieu le sauvera. La peur de l’enfer est salutaire, mais Dieu ne cesse de nous redire sa Miséricorde… Alors « qui pourra nous séparer de l’amour de Dieu ? » (Rm 8…)


Rassurés par la révélation de la Miséricorde divine quant à l’enfer de l’Au-delà, n’aurions-nous pas plutôt peur de l’enfer d’ici-bas ? Aujourd’hui, le terrorisme médiatisé à outrance est arrivé jusqu’à nos portes (c’est-à-dire à Paris, où vivent tant de nos compatriotes). Avouons que cela nous fait peur, cette mort qui peut frapper à chaque instant, sauvage, injuste, inhumaine, impitoyable… Pourtant, notre culture aurait dû nous préparer à vivre en résistance à cette idée que la mort est possible. Ne disons-nous pas « si Dieu veut » en donnant un rendez-vous à quelqu’un, en sachant très bien qu’un cyclone, un tremblement de terre, une éruption volcanique, une épidémie et même la violence des hommes peuvent ôter la vie à n’importe qui, à chaque instant. Les catastrophes qui ont sillonné notre histoire ont façonné ces « nonm’ ek fanm’ vayan » qu’étaient nos parents. Cesserions-nous de vivre aux Antilles parce que des sauvages frappent sur d’autres continents ? Que laissons-nous pour les chrétiens d’Orient frappés et massacrés depuis des siècles, et en particulier aujourd’hui, et qui continuent à vivre et à prier Jésus sur la terre de leurs ancêtres… ?

Mais si ce n’est la guerre elle-même qui nous fait peur, c’est peut-être que nous en craignons les conséquences ? C’est à se demander si notre vraie peur n’est pas celle de manquer. Rappelez-vous comment, lors de la première guerre du Golfe, nous nous sommes jetés, affolés comme « an tan wobè », sur les allumettes, le riz et l’huile… Mais où est le père Jean-Michel pour nous rappeler que même si des besoins factices ont été créés artificiellement dans notre peuple, la Martinique peut encore vivre (différemment certes !) mais vivre heureuse (et certainement plus heureuse et plus libre) en produisant elle-même ce dont elle a besoin ? Cette peur du manque est l’un des plus grands pièges du démon. Au fait, comment faisions-nous pour vivre sans portable il y a 15 ans ?… Nous, chrétiens, notre secours est-il vraiment dans le Nom du Seigneur où dans les biens de consommation qui viennent d’ailleurs ???

En fait, nous avons surtout peur des autres, et en particulier des autres cultures qui entrent avec violence dans les âmes, les cœurs, les modes et les intelligences des jeunes générations. D’Amérique, d’Europe et même du Moyen-Orient, de nouveaux modes de penser viennent balayer la sagesse antillaise que nous avons reçue de nos traditions. Par les médias gavés de la culture et de l’actualité des autres mondes, des nouveautés comme l’islam ou la culture gay s’imposent chez nous comme une évidence, et créent un déséquilibre entre notre réalité et ce que nous voyons à la TV. Mais si d’autres cultures nous envahissent, n’est-ce pas tout simplement parce que nous sommes en train de perdre la nôtre ? Pourquoi ne serait-ce pas nous qui apporterions au monde notre culture avec sa foi chrétienne, son ouverture, sa structure cosmopolite, sa joie ? Sommes-nous plus faibles que les autres, n’y a-t-il pas eu assez de grands hommes et femmes de chez nous qui ont su diffuser sur tous les continents le meilleur de nous-mêmes, pour le bien de tous ? De quoi avons-nous peur ?

Eh bien, je vais vous le dire : je pense finalement que nous avons peur de nous-mêmes. Nous nous sommes laissé convaincre que ce que nous étions est moins bien que ce que nous importons. Personnellement, je crois que c’est l’inverse. Non pas parce que nous sommes les meilleurs, mais parce que comme Israël sorti d’Egypte, nous devons tout à notre Dieu : c’est Lui qui nous a libérés et nous libère encore de nos esclavages, et c’est sa Parole qui a façonné notre langage et nos habitudes et qui a coloré notre Sagesse populaire. Certes, les puissances ténébreuses ne manquent pas dans la Caraïbe, mais nous savons bien que c’est le Christ qui est notre référence, notre force et notre rempart.

Alors, même si tu as peur de toi-même, avec Jésus, même pas peur !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

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