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      Homélie de la messe solennelle du Pèlerinage du Sacré-Coeur

Homélie de la messe solennelle du Pèlerinage du Sacré-Coeur

Vendredi 7 juin 2013

L’homélie du Père Thierry Aurokiom, prédicateur du pèlerinage 2013, nous rappelle le sens de la Fête du Sacré-Coeur de Jésus.


Frères et sœurs,

La parabole de la brebis retrouvée donne le ton de cette fête du sacré-cœur. A chaque eucharistie, invités à faire église, nous sommes appelés à entrer dans la joie de Dieu, à communier à sa vie. Il nous a créés par Amour, cet Amour qui nous devance et nous rejoints en nous ouvrant un avenir. Par sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, par le Don de sa vie, Jésus-Christ nous révèle le Père. N’a-t-il pas dit à ses disciples « la vie éternelle c’est qu’ils te connaissent toi le vrai Dieu et celui que tu as envoyé… ». Joie d’être connus et reconnus, joie de savoir que dans le cœur de Dieu chacun occupe une place privilégiée.

L’église que nous formons, engagée plus que jamais dans les combats qui ont été ceux du fils pendant sa vie terrestre est signe de la création nouvelle. Dans la liturgie du baptême, il est dit du baptisé qu’il est « une création nouvelle » dans le Christ. Cette création nouvelle est clairement perceptible dans le Don de l’Esprit. Dans un de ses récits d’apparition de Jésus ressuscité à ses disciples, St Jean nous dit que le Ressuscité s’introduit dans l’espace clos ou se trouvaient les apôtres (les portes de la maison étaient verrouillées). Après leur avoir dit « la paix soit avec vous », il « souffla » sur eux en leur disant « recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19ss). Il y a là une évocation de la première création de l’homme et de la nouvelle création.

Le visage de l’église en ce monde se donne à voir, dans le mystère du Christ, comme le visage de l’humanité réconciliée entre elle et avec Dieu. Elle est le signe de l’amour vainqueur du Christ : il est venu non seulement pour soigner les plaies et les blessures de l’humanité mais aussi et surtout la renouveler et la restaurer intégralement.

La vie de Jésus a été un amen, un oui à la volonté d’amour du Père. Soumission d’amour et expérience authentique de liberté. Le fruit de sa Pâque est désormais cette humanité réconciliée entre elle et avec Dieu, capable d’entendre et de comprendre ces mots « réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée ma brebis qui était perdu ».

La vie chrétienne est expérience d’une rencontre toujours à faire, celle du Ressuscité et de son amour, à l’exemple de ce qu’à vécu l’apôtre Paul. Elle s’inscrit dans un cheminement où le regard de la foi s’ouvre à la Présence qui illumine de l’intérieur et fait naître la joie… Joie des retrouvailles, joie de se savoir attendu, espéré et aimé. D’ailleurs après le récit de la parabole de la brebis perdue, St Luc, l’évangéliste de la Miséricorde nous livre « la parabole du fils retrouvé » ou du « Père prodigue ». En réfléchissant bien, nous pouvons affirmer que ce n’est pas tant l’homme qui cherche Dieu que Dieu qui le cherche. Pour autant la démarche de l’homme n’est pas vaine. C’est Dieu lui-même qui lui inspire de le chercher. A la lumière de la parabole de la brebis retrouvée, il apparaît plus juste et plus réaliste de dire que c’est Dieu qui cherche l’homme. Il l’a enfin trouvé ! En effet, le Fils nous révèle notre vocation divine qui est de mener une vie conforme en tout point au projet de Dieu sur nous. Dans le Fils, nous devenons des fils en prolongeant sa mission par l’Esprit qui l’a lui-même inspiré.

Dans l’évangile qui vient d’être proclamé, nous avons pu mesurer le risque pris par le berger. Il est au-delà de tout esprit calculateur, il défie l’entendement et la raison. Le risque du berger répond clairement à la logique de l’Amour au nom de la vie. Dieu s’est risqué jusqu’à la folie de la croix ( la folie de l’amour !) pour répondre à la folie des hommes, quand ceux-ci se ferment à sa voix et laissent dans leur sillage désastre et désolation.

Beaucoup de nos contemporains se demandent s’il y a un Dieu et s’il existe, où il est ? Conscients de ces interrogations qui peuvent revêtir le sens d’une certaine souffrance, nous sommes appelés à témoigner de notre espérance en l’amour vainqueur du Christ. Dans ce monde où s’affrontent en permanence deux forces, celle du bien et celle du mal, l’Esprit de Pentecôte nous invite à discerner les signes du royaume advenu et en marche dans le cœur de tant d’hommes et de femmes, croyants ou hommes et femmes de bonne volonté ! Dans le même temps, en érigeant la raison humaine comme norme absolue de la vérité, l’homme s’ouvre à lui-même de vrais chemins d’impasse car se fermant à la voix du Dieu incarné.

L’aujourd’hui de Dieu dans notre histoire n’est pas une fiction et n’a rien de virtuel. Nous en faisons l’expérience comme d’une réalité, d’un engagement effectif du Dieu de l’alliance qui appelle sans nul doute le nôtre. L’aujourd’hui de Dieu, en église, nous le percevons dans le don de l’amour du Christ, le don de son Esprit qui nous rend comme capable d’aimer comme lui en faisant de nous des « hommes et des femmes nouveaux », acteurs de cette création nouvelle dont le baptême est le signe. Jésus avait dit à la samaritaine « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui, qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive » (Jn 4, 10).

Un trait caractéristique de la vie chrétienne est l’expérience de la joie divine  : « votre cœur se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira » (Jn 16,22). C’est dans cette joie que l’Esprit Saint veut nous transfigurer chaque jour. Mais le chrétien ne regarde pas béatement vers le ciel et « l’amour de Dieu » répandu dans son cœur n’éclipse pas comme par un coup de baguette magique les multiples raisons et situations qui peuvent attrister son âme, voire de le faire douter de la présence aimante du Père. Nos fardeaux sont parfois si lourds à porter qu’il nous semble vaciller. En cette fête du Sacré Cœur, il nous est bon d’entendre Jésus nous dire « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau… prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples car je suis doux et humble de cœur… » (Mt 11,28). Ce cœur qui a tant aimé !

Concernant le coup de lance qui fut porté à Jésus, Benoît XVI précise « Mais alors, les soldats voient que Jésus est déjà mort. Ils renoncent à lui briser les jambes. Au lieu de cela, l’un d’eux transperce le côté droit de Jésus –le cœur- « et il en sortit aussitôt du sang et de l’eau » (Jn 19,34). C’est l’heure où les agneaux pascals sont abattus… Jésus apparaît ici comme l’agneau pascal véritable, pur et parfait… Il porte le péché du monde, et il l’enlève… Sang et eau jaillirent du cœur transpercé de Jésus. Tout au long des siècles, l’Eglise, suivant la parole de Zacharie, a tourné son regard vers ce cœur transpercé et a reconnu en lui la source de bénédiction indiquée à l’avance dans le sang et l’eau… Les Pères ont vu dans ce double flux de sang et d’eau une image des deux sacrements fondamentaux –l’Eucharistie et le Baptême- qui jaillissent du côté transpercé du Seigneur, de son cœur. Ce double flux est le courant nouveau qui crée l’Eglise et renouvelle les hommes… » (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, pages 256 et 257 « Jésus meurt sur la croix »).

C’est au cœur de nos détresses, de nos nuits les plus épaisses que Dieu est venu. La résurrection du Christ est l’expérience de sa présence et de son amour vivant.
Quelle joie pour les premiers disciples quand ils ont retrouvé Jésus qu’ils croyaient à tout jamais perdu et engloutis dans les eaux de la morts. A bien des reprises, Jésus ressuscité s’est manifesté à eux, faisant renaître leur espérance morte. Pensons à l’apôtre Thomas auquel nous pouvons nous identifier quand, dans notre désir que Dieu se manifeste à nous, nous attendons de signes ou des preuves ! Thomas avait dit « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main sans son côté, je ne croirai pas… » (Jn 20,25). Quelques jours plus tard, il sera invité à concrétiser son désir… mais par le regard de la foi où l’on touche à l’indicible et à l’essentiel, Thomas s’exclame « Mon seigneur et mon Dieu ». Et Jésus de lui dire « Parce que tu m’as vu, tu as cru : bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru » (Jn 20,28). Les stigmates de la Passion évoquent ce que le prophète Isaïe avait annoncé dans sa description du serviteur souffrant « En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées… et dans ses plaies se trouvaient notre guérison… » (Isaïe 53, 3ss) ».

Nous sommes envoyés dans ce monde où Dieu s’est risqué. Ce monde qu’il aime tant et qui est comme imprimé dans le Cœur Sacré de Jésus. Puissions-nous, chrétiens, en cette fête du Sacré Cœur de Jésus, nous laisser inspirer par l’attitude du vrai et du beau berger qui nous dit ce matin « Réjouissez-vous avec moi ! », Celui dont les blessures d’amour sont notre guérison.

Comme nous le rappelle le Concile Vatican II « Comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la Rédemption, l’Eglise elle aussi est donc appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut… Ainsi l’Eglise (…) n’est pas faite pour chercher une gloire terrestre, mais pour répandre par son exemple aussi l’humilité et l’abnégation… Elle enveloppe de son amour tous ceux que l’infirmité humaine afflige, bien plus dans les pauvres et les souffrants, elle reconnaît l’image de son fondateur pauvre et souffrant ; elle s’efforce de soulager leur détresse et en eux c’est le Christ qu’elle veut servir » (LG n° 8).

En la fête du Sacré-Cœur de Jésus,
Paroisse de Balata
Le 7 juin 2013

Père Thierry AUROKIOM

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