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Homélie du cardinal Chibly Langlois - Stade Pierre Aliker (Fort de France)

Dimanche 12 Avril 2015

Son Éminence, le cardinal Chibly Langlois, a présidé la cérémonie d’ordination épiscopale de Mgr David Macaire dimanche 12 avril 2015, deuxième dimanche de Pâques, en la fête de la Divine Miséricorde. Cette fête a été instituée en août 2002 par Saint Jean-Paul II, lorsqu’il a choisi de confier le monde à la Divine Miséricorde à Cracovie, lors de la consécration du sanctuaire de la Divine Miséricorde, près du couvent de Lagiewniki, où a vécu Sainte Faustine. Pour le Saint Pape, "L’heure [était] venue où le message de la Divine Miséricorde doit répandre l’espérance dans les cœurs et devenir l’étincelle d’une nouvelle civilisation : la civilisation de l’amour." (Homélie de Jean-Paul II 18 août 2002). C’est ce message qu’a voulu aussi faire passer Mgr Macaire en choisissant cette fête pour son ordination épiscopale. Nous vous proposons de retrouver le texte intégral* de l’homélie prononcée par le cardinal Chibly Langlois le 12 avril 2015.


« Son Éminence le cardinal Kelvin Félix, Excellence, Mgr Nicola Girasoli, nonce apostolique de la Caraïbe, Excellences, Mgrs les évêques, Madame Josette Manin, présidente du conseil général de la Martinique, Monsieur Fabrice Rigoulet Roze, préfet de la Région Martinique, Mesdames et Messieurs les maires de la Martinique, honorables sénateurs et députés, Mgrs les vicaires généraux et épiscopaux, Mesdames et Messieurs les fonctionnaires des administrations publiques, chers frères dans le presbytérat, chers diacres de la Sainte Église, chers religieux et religieuses, spécialement les frères prêcheurs, chers parents et amis de Mgr Macaire, chers fidèles de l’archidiocèse de Saint-Pierre et de Fort de France, chrétiens et chrétiennes de la Martinique, frères et sœurs venus d’autres confessions religieuses, frères et sœurs bienaimés de partout, je commence d’abord par exprimer ma joie et ma gratitude envers Mgr David Macaire d’avoir fait choix de moi comme premier consécrateur pour son ordination épiscopale. C’est un très grand et immense honneur qu’il me fait de vouloir être agrégé au collège épiscopal par l’imposition de ma main, avec les deux autres consécrateurs, Mgr Michel Méranville, le prédécesseur, et Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne en France, que je prends plaisir à saluer fraternellement.

J’en mesure toute la profondeur et l’importance ; c’est certainement une expression éloquente de l’universalité et de l’unité de l’Église, qui rappelle à sa façon l’idéal des premières communautés chrétiennes : la multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme. Que le Nom du Seigneur soit glorifié dans cet archidiocèse.

Il est heureux que nous puissions avoir cette ordination en cette période totalement éclairée par la Résurrection et porteuse de joie, cette joie qui naît de la foi, première et dernière béatitude de l’Évangile. « Heureuse celle qui a cru », disait Élisabeth à Marie, et « heureux ceux qui croient », dit Jésus, à Thomas. Avec vous, frères et sœurs bienaimés, je remercie le Seigneur, pour le don de la foi, foi en Dieu et foi en l’homme. Avec vous, frères et sœurs, je remercie le Seigneur pour la foi placée en nous, les hommes, qu’il appelle à sa suite. En ce sens, j’exprime ma reconnaissance à Mgr Méranville qui, à la suite de ses prédécesseurs, a su garder le dépôt de la foi jusqu’à ce jour. Avec vous, je remercie le Seigneur pour mon frère David, qui a accepté dans la foi la charge épiscopale. Il porte, par le choix de ce jour, un double cachet pour son ministère, la forme pascale et la marque de la miséricorde.

C’est par grâce que nous sommes sauvés, que nous sommes associés au ministère du Christ Ressuscité. Par grâce, le Seigneur vous appelle, frère, à être évêque, en vous prenant du milieu des hommes, pour être au service des hommes dans leur relation avec Dieu. L’épiscopat n’est pas une promotion, ni un honneur, comme le rappelle si souvent le pape François. C’est un service ; c’est être utile à son peuple. Il est bon de se rappeler l’exhortation de Jésus à ses apôtres dont vous allez être le successeur dans cet archidiocèse. « Celui qui est le plus grand doit se comporter comme le plus petit, celui qui commande, comme celui qui sert ».

C’est dans cet esprit de servir qu’il faudra prêcher, à temps et à contre temps, exhorter avec une patience inlassable, dans le souci d’instruire. Pour cette œuvre, le Seigneur choisit ses propres ouvriers, comme il le veut, où il le veut. Mon frère David, de prieur du couvent dominicain de la Sainte Baume, et du rectorat du sanctuaire du même nom, le Seigneur vous a choisi pour être successeur des Apôtres par la force de l’Esprit et par l’autorité du Saint Siège. Il vous renvoie sur la terre insulaire de vos racines, déracinement pour un enracinement. En entrant dans ce corps épiscopal, que l’Esprit engendre et suscite continuellement, laissez-vous habiter par la prière du psalmiste : « Tu n’as voulu ni oblation, ni holocauste, alors j’ai dit me voici, je viens pour faire ta volonté. » Et faire la volonté de Dieu signifie précisément, en votre qualité d’évêque, entouré de vos prêtres, rendre le Christ lui-même, le Prêtre Éternel, présent au milieu des fidèles. Par Mgr David, comme par tous les évêques, le Seigneur veut continuer d’exercer sa fonction de proclamer l’Évangile à tous les peuples, de les rassembler en un seul troupeau afin de les sanctifier et de les conduire du pèlerinage terrestre au bonheur du Royaume.

Dans ce contexte, l’Évangile de ce dimanche de la Divine Miséricorde se dresse, devant nous tous, comme un rêve sublime et un grand défi. En effet, quand nous confessons que Jésus-Christ, seul, est Seigneur, quand nous lui disons : « Mon Seigneur et mon Dieu », nous devons témoigner en vérité que rien n’est plus grand dans notre vie que ce Dieu ressuscité, que ce Dieu confessé. Il faut le confesser aujourd’hui face à des générations menacées de la mondanité, comme le pape François l’a si souvent rappelé. Nous prenons des habitudes avec Dieu. Votre épiscopat, frère David, est providentiellement marqué par un appel du Seigneur, en ce dimanche de la Miséricorde, à communiquer à tous, spécialement aux incrédules, comme à Thomas de l’Évangile, la paix, la joie, l’esprit, le pardon, l’amour miséricordieux du Seigneur. C’est la mission de faire voir et de toucher le Crucifié ressuscité aux plus incrédules pour qu’ils le confessent enfin comme leur Seigneur et leur Dieu.

Vous aurez besoin, certes, de vos compétences de formateur, de praticien de la catéchèse, pour vos nouvelles responsabilités dans le champ de l’évangélisation, pour avancer en eaux profondes, jeter les filets. Vous en aurez besoin pour répandre l’Évangile, comme vous le faisiez si bien par la voix des ondes ; mais vous aurez surtout besoin de la grâce, besoin d’entendre de la part de celui qui vous a appelé : « Ma grâce te suffit ! ». Elle réconforte, cette Parole, dans les moments où les résultats tardent à se montrer, dans les moments de découragement et d’angoisse. Elle vient de Celui qui vous dit : « Je suis avec vous, croyez que vous n’êtes pas seuls. »

Aimez à la fois comme un père et comme un frère tous ceux que Dieu vous confie ; ayez une sollicitude pastorale, non seulement pour les prêtres et pour les diacres, vos compagnons de service dans le Christ, mais aussi pour les pauvres et les faibles. Dans l’esprit que toute l’Église est missionnaire, invitez les chrétiens à travailler avec vous dans la vigne du Seigneur. Ayez le souci de les écouter volontiers pour rester fidèle à eux, en quête de vérité et de salut. Ayez le souci d’écouter également les prêtres. Cette proximité pastorale est également chemin vers la nouveauté que l’on attend de votre ministère.

Car, les conditions de la société d’aujourd’hui nous obligent tous à réviser les méthodes, à chercher ensemble, par tous les moyens, à étudier comment faire arriver à l’homme moderne le message chrétien dans lequel il peut trouver la réponse à ses interrogations, et la force pour son engagement de solidarité demain. La fécondité d’un ministère épiscopal dépend toujours de la fidélité à Dieu et la fidélité à l’humanité. Cela peut nous conduire aussi à des actions audacieuses pour atteindre ceux et celles qui ne viennent pas à nos églises, et dans nos cérémonies, mais qui restent ceux et celles pour qui Jésus-Christ est mort. Cette fidélité au message, dont nous sommes les serviteurs, et aux personnes à qui nous devons le transmettre intact et vivant, est l’axe central de l’évangélisation.

C’est pourquoi l’évêque doit contempler, adorer Celui qu’il annonce, Jésus-Christ. Sa première prédication est l’adoration. IL faut faire passer par cet ami tout ce que vous voulez faire, mon frère David, de et dans votre archidiocèse. Dans l’adoration, on trouve la force du zèle apostolique pour l’aujourd’hui et l’audace du lendemain. Elle donne l’inspiration, l’imagination pastorale pour organiser l’Église et affronter les défis. L’Esprit même du Christ Jésus donne des ailes pour l’évangélisation. On n’est jamais seul sur ce chemin. Vous avez à prendre soin de tout le troupeau du Seigneur à l’exemple du Bon Pasteur. Il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Il n’a pas hésité à donner sa vie pour elles.

C’est au cœur de ce troupeau que le Seigneur vous établit comme évêque, pour gouverner l’Église de Dieu, non en votre nom, mais en celui du Père, dont vous êtes le visage dans l’Église, dans celui du Fils dont vous exercez la mission de docteur, de prêtre et de pasteur, et en celui de l’Esprit-Saint qui soutient toujours l’Église du Christ et vient en aide à notre faiblesse. Mon frère David, pour cela, tout peut être lourd à porter. C’est effectivement lourd, cependant soyez confiant. Vous serez agrégé au collège épiscopal, avec la sollicitude de toute l’Église universelle. Ce pouvoir collégial des évêques sur toute l’Église qui tient dans l’unité par le lien de la charité sous la direction de notre Saint-Père le pape, fait de chacun d’eux un intendant et un dispensateur de la grâce divine, le guide et le gardien fidèle. Chacun a le souci de toutes les Églises et apporte volontiers son aide à celles qui en ont besoin.

En ce sens, vous pourrez compter sur la solidarité épiscopale et le soutien de la prière de toute l’Église. La plus grande prière de l’Église, l’’Eucharistie, nous fait être un seul corps d’Église et un seul corps épiscopal. L’évêque est dans l’Église et l’Église dans l’évêque. Avec la confiance de cette communion ecclésiale et épiscopale, il vous sera plus facile d’entreprendre une nouvelle étape de l’évangélisation dans votre Église. Vous n’êtes pas seul, toute l’Église vous porte.

Frères et sœurs bienaimés, chers parents et amis, vous venez d’entrevoir le chemin pastoral du ministère épiscopal de Mgr David. Vous avez bien compris que chacun de vous y est engagé à fond. Évangéliser n’est pas une action, ou une activité, exclusivement épiscopale. Évangéliser est toujours un ministère de collaboration. Il n’y a pas d’un côté, les évangélisateurs, et de l’autre, les évangélisés. L’Église est une unité, où collaborent dans l’harmonie, le pape, les évêques, les diacres, les prêtres, les fidèles laïcs, sans oublier l’immense contribution des religieux et religieuses, à qui le pape a consacré cette année.

Quand l’Esprit nous fait la grâce de nous inviter à travailler avec Lui, c’est pour que nous soyons davantage ancrés dans l’humilité et la sagesse. Le pape Benoît XVI, en inaugurant son ministère comme évêque de Rome, s’est qualifié de simple ouvrier dans la vigne du Seigneur. Nous sommes des ouvriers inutiles. Seul l’Esprit qui décide de considérer ce que nous pouvons apporter sait pourquoi il nous associe à son œuvre de salut.

Accueillez avec joie et gratitude, notre frère, Mgr David, que nous, les évêques, recevons aujourd’hui au sein du collège épiscopal par l’imposition de ma main. Honorez-le comme le ministre du Christ et l’intendant des mystères de Dieu, semblable au Christ, qui est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Écoutez-le, tout en ayant à l’esprit, l’exhortation du Christ à ses Apôtres : « Qui vous écoute, m’écoute ; et qui m’écoute, écoute Celui qui m’a envoyé. » Avec lui, travaillez à la transformation missionnaire de l’Église de la Martinique. Faites de votre Église une communauté de disciples missionnaires, en sortie, qui part à la rencontre des personnes. Soyez des disciples missionnaires fidèles, qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui s’engagent, qui accompagnent, qui fructifient, et qui fêtent, selon l’exhortation du pape François, dans Evangelii gaudium.

Priez également, frères et sœurs, pour votre nouvel archevêque. Priez pour qu’il grandisse encore davantage dans la connaissance de Dieu et la générosité pastorale. Prions pour la famille des frères prêcheurs et les membres de la famille naturelle de Mgr David, qui ont fait à cet archidiocèse, premier des Antilles françaises, ce précieux cadeau. Loin de s’appauvrir par ce don, elles s’enrichissent d’une grâce que connaissent seuls ceux qui donnent. Prions pour que la terre de la Martinique, par ses responsables politiques, prenne résolument le chemin de l’engagement en faveur des pauvres et des victimes sociaux. Que le Seigneur ressuscité fasse pleuvoir sur vous tous, frères et sœurs bienaimés, les diocésains de la Martinique, la paix, la joie et la miséricorde de Dieu.

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, Amen. »

Cardinal Chibly Langois
Ordination épiscopale de Mgr David Macaire, dimanche 12 avril 2015, Fort de France

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Ce texte a été retranscrit à partir de la bande sonore enregistrée dimanche dernier sur radio Saint Louis. Il se peut que les guillemets ou la ponctuation varient par rapport au texte écrit par le cardinal. [Note du rédacteur]

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