Eglise catholique de Martinique
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        La procrastination permanente

La procrastination permanente


- Vous procrastinez !

- Hein ??!

- Je dis que vous souffrez de procrastination !

- Que voulez-vous dire !? La procrastination… c’est grave mon Père !?

- Oh ! Elle est partout, ou presque : à l’école, au travail, à la maison, dans les couples, entre amis, dans le commerce et dans la construction, dans l’administration, dans les études, à l’hôpital, dans la vie spirituelle et, du coup, même dans l’Eglise… et finalement, en nous-même !

- Mais c’est quoi ? Quelle est la définition de la procrastination ?

- C’est le fait de remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour-même. Vous savez, lorsque les choses traînent sans raison, lorsqu’on s’habitue au provisoire qui dure ou qu’on laisse un travail à moitié fait sans l’achever totalement, lorsqu’on a promis de faire quelque chose « yon’n sé jou-a » : un service, un travail, une demande en mariage, un chantier, une visite, un courrier, une corvée, une démarche… et qu’on laisse le temps passer sans jamais le faire. Alors, notre vie ressemble à une vieille voiture qu’on a laissée là, sur le bord du chemin : des gens y volent des pièces, les herbes poussent sous les roues, les moisissures envahissent la carrosserie.

- C’est une maladie ?

- Plutôt un syndrome, le signe d’une maladie spirituelle. Elle tue à petit feu, les sociétés d’abord, les âmes ensuite. Elle décourage tout le monde. Lorsqu’elle atteint une société, une famille, une entreprise, une paroisse, tout le monde ralentit comme un vieux diesel, c’est le déclin… On a de moins en moins d’entrain, de moins en moins de force, le goût de l’effort et la noblesse du travail-bien-fait disparaissent au fur et à mesure : ni "pran kouraj", ni "pran kouri", c’est "rété la, i bon kon sa".

Alors, les anciens, remplis d’amertume, font des reproches aux jeunes générations. Les plus jeunes méprisent les "grandes personnes". Les actifs n’aiment plus ce qu’ils font et critiquent leurs chefs, leurs collègues, leurs collaborateurs. La méfiance s’installe dans le dialogue social, les responsables s’énervent et rouspètent, les subordonnés se sentent oppressés et craquent… L’un des signes de ce syndrome est le dynamisme apparent des personnes extérieures qui arrivent auprès de la communauté procrastinante. Elles réussissent à réaliser des projets, à faire des affaires, à bâtir des choses et même à imposer des idées contre-culturelles, alors que les premiers se demandent ce qui leur arrive.

- C’est chaud !

- Non, c’est froid et glacial comme la mort. Mais il y a pire. Ce sont les jeunes qui sont contaminés par ce virus spirituel. Quand ils regardent une société atteinte de procrastination, ils ne veulent plus rien faire puisque rien ne va. Ils ont envie de s’amuser et de jouir et rien d’autre. Mais les joies sont fausses et éphémères, comme des stupéfiants. Après le déclin, advient la décadence. Et alors que les plus ambitieux vont ailleurs construire leur vie, d’autres s’arrêtent sur le bord du chemin, ils perdent espoir : yo ka pèd’ fwa ! Le pays s’effondre.

- Mais en quoi tout ça regarde-t-il les chrétiens ?

- Pour un chrétien, c’est un péché grave, une offense au Dieu de l’Espérance et de la Vie, un refus de se laisser guider par Lui. Jésus dit un jour à quelqu’un : « 59 "Suis-moi." Celui-ci dit : "Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père." 60 Mais il lui dit : "Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu." 61 Un autre encore dit : "Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens." 62 Mais Jésus lui dit : "Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu." (Luc 9,59-62). Surtout, quand il s’agit des affaires de Dieu, d’un acte de charité, de la remise en ordre de sa vie ou de la réalisation d’une promesse, la procrastination est un péché grave.

- Quel est le médicament ?

- Assez simple. C’est une question de volonté. Prendre la décision, avec l’aide de la sainte Grâce, de ne plus reporter à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui. Voilà une bonne résolution de carême : réaliser une chose que je dois faire depuis longtemps ou faire chaque jour ce que je dois faire… rien de plus, rien de moins. C’est le meilleur remède, une cure surtout pour ceux qui savent que ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui seront sauvés, mais « ceux qui mettent en pratique la Parole de Dieu ».

Bon carême !

Fr. David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

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