Eglise catholique de Martinique
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Le bon samaritain

Retrouvez l’ éditorial publié sur le site diocésain par Mgr Méranville, à l’occasion du dimanche du « Bon Samaritain ».


Frères et sœurs, la Paix soit avec vous.

Sans vouloir faire preuve d’outrecuidance je préférerais appeler « Dimanche de « l’Arroseur arrosé » ce quinzième dimanche du temps ordinaire de l’Église année liturgique « C » connu souvent sous le nom de « Dimanche du Bon Samaritain . »
Pour comprendre et peut être partager ce point de vue, relisons ce passage de l’Évangile selon Saint Luc au chapitre 10, versets 25 à 37).

C’est donc un docteur de la Loi, c’est à dire un spécialiste de la Bible, qui veut mettre Jésus à l’épreuve en lui posant cette question : « Maître que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? »
La Bible comportait des centaines de commandements (613 très exactement dont 365 commandements négatifs, et 248 positifs) alors dans ce foisonnement de préceptes quel commandement devait on impérativement pratiquer pour être sauvé ?

De la part de ce docteur de la loi, la question était un test destiné plutôt à mettre Jésus en difficulté. Néanmoins cette question ne doit pas nous laisser indifférents car au moins elle traduit un certain souci de la vie éternelle qui n’est malheureusement plus aujourd’hui la préoccupation de la plupart des chrétiens ?
Combien parmi eux (et je devrais plutôt dire « parmi nous ») croient-ils encore à la vie éternelle ? Dans ce monde matérialiste et pragmatique, la vie est considérée comme étant uniquement le temps qui s’écoule de notre naissance à notre mort. Et la mort c’est : la fin de la vie , le retour au néant. Après il n’y a plus rien. Aussi disent-ils puisque nous n’avons qu’une seule vie, profitons-en sans nous poser de question. En conséquence on brûle la vie par les deux bouts, on se libère de toute contrainte, de toute morale, on ne pense qu’à satisfaire ses besoins, ses envies, ses caprices fut-ce au grand dam des autres.

La question de ce docteur de la Loi est peut être l’occasion pour chacun d’entre nous de se demander s’il croit vraiment en la vie éternelle et s’il s’inquiète des conditions pour y avoir part.
Un jour ou l’autre, nous avons certainement été visités par cette question : Est-ce que Dieu existe vraiment ? En corollaire à cette question : Qu’est-ce qu’il y a après cette vie ?
Nous avons sans doute déjà entendu parler de ce que l’on a appelé : « Le pari de Pascal ». Ce grand penseur écrivait en effet : « Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter. »
« Prendre croix » dans le langage de l’époque signifiait « miser », « parier ». Pascal incitait ses contemporains à miser sur l’existence de Dieu et de la vie éternelle, en disant en clair : Si vous pariez que Dieu existe, que vous misez sur lui et que Dieu existe vraiment, alors vous gagnez tout. Et s’il s’avère que Dieu n’existe pas, vous ne perdrez rien. Misez donc sur Dieu.

Ce pari est logique. Mais l’éternité de Dieu ne peut se jouer à pile ou face. Il nous faut choisir et c’est la foi qui nous donne la grâce de nous déterminer.
Le docteur de la Loi, voulait mettre Jésus à l’épreuve. Mais c’est là où j’ai envie de dire que l’arroseur se fait arroser, parce que au lieu de répondre à sa question Jésus la lui retourne. « Tu demandes ce que tu dois faire pour avoir part à la vie éternelle ! Mais dans la Loi qu’y a-t-il d’écrit ? Que lis-tu ? » lui demande-t-il. Et l’autre de répondre : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi même. » Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie. »
Pour ce docteur de la Loi, aimer Dieu par dessus tout, c’est évident. Mais aimer son prochain comme soi-même demande des précisions. Car qui est mon prochain ?

Le prochain est par définition : « celui qui nous est proche. » Mais quelles sont l’extension et les limites de cette proximité ? » Autrement dit : le prochain, sont-ce seulement les membres de la famille, les amis , parents et alliés, les compatriotes, les gens du même parti politique, de la même couleur de peau et de la même nationalité ? Les gens qui sont du même milieu social que nous ou qui ont reçu la même éducation que nous ? Comment peut-on dire de quelqu’un qu’il est notre prochain ?
« Et qui est mon prochain ? »demande notre docteur de la Loi !
Jésus ne répond pas par une définition, il répond par une parabole.

Jésus commence cette parabole en disant : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ».Jésus parle seulement d’un homme. Il ne dit pas s’il était Juif , païen ou samaritain. Il ne dit pas quelle serait sa profession, quelles seraient ses croyances religieuses, il nous dit simplement que c’est « un homme . »
Il se rend de Jérusalem à Jéricho.
Jérusalem c’est la ville sainte où se trouve le temple de Dieu. C’est la ville de lumière qui symbolise la présence de Dieu parmi son peuple.
Cet homme sort donc de cet endroit privilégié pour se rendre à Jéricho , cette ville qui se situe à l’endroit le plus bas du globe, près de la mer morte, à 300 mètres en dessous du niveau de la mer. La ville où l’on étouffe.
Cet homme est agressé par des bandits qui le dépouillent de ce qu’il a et le laissent à moitié mort sur la route après l’avoir roué de coups.

Par hasard un prêtre descendait par ce chemin. Il vit le blessé mais passa de l’autre côté de la route. Pourquoi ce prêtre qui devrait donner l’exemple de la charité préfère-t-il passer de l’autre côté du chemin pour ne pas avoir affaire avec le blessé ? Les exégètes disent : Très probablement le prêtre était de service au temple. Et s’il avait touché le blessé qui saignait ou qui était apparemment mort, il aurait contracté une impureté légale prévue par le Lévitique qui lui aurait interdit toute fonction religieuse pendant au moins huit jours.

Arrive un lévite, c’est à dire un serviteur du temple, un religieux tenu de donner l’exemple du respect de la Loi de Dieu. Mais il fait comme le prêtre et pour les mêmes raisons passe de l’autre côté du chemin.

Arrive alors un Samaritain qui était en voyage. A l’époque, les samaritains étaient considérés comme des pestiférés. Ils étaient hérétiques parce qu’ils ne pratiquaient pas comme les Juifs, ils n’adoraient pas Dieu à Jérusalem mais sur le Mont Garizim, ils étaient pour ainsi dire le mal incarné.
A la vue de l’homme qui git sur la route, ce samaritain est saisi de pitié. Il s’approche du blessé, il panse ses plaies en y versant de l’huile et du vin, puis il le charge sur sa propre monture et le conduit dans une auberge. Il demande à l’aubergiste de prendre soin de lui, il le paye à l’avance en lui disant : « Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai. »

Jésus demande alors au docteur de la Loi : « Lequel des trois à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ? »
Ici encore, c’est l’arroseur qui est arrosé. Le docteur de la Loi demandait : « Qui est mon prochain ? » Jésus ne lui répond pas par une définition quelconque comme celles que nous trouvons dans notre petit catéchisme. Mais après lui avoir fait écouter cette parabole , Jésus lui pose la question : « Lequel des trois hommes a été le prochain de l’homme tombé entre les mains des bandits. »

Le Docteur de la Loi ne peut répondre en se réfugiant derrière les textes de la Loi. Il doit donner son propre avis et il répond : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Et Jésus lui dit : « Va , et toi aussi, fais de même. »
On n’est pas obligé d’être chrétien, juif ou croyant pour porter secours à une personne en détresse. La loi civile elle-même nous oblige à venir en aide à personne en danger ou en détresse et si nous ne le faisons pas nous sommes passibles de poursuite pour non assistance à personnes en difficultés.
L’entraide est un sentiment assez spontané que ressentent la plupart des gens sans que la religion ait besoin d’intervenir.

Néanmoins l’Évangile d’aujourd’hui demeure une bonne nouvelle pour les chrétiens mais aussi pour tous les hommes qui cherchent avec droiture et qui attendent un réponse à leurs interrogations.
L’Évangile nous rappelle d’abord que toute la Loi et les Prophètes (toute la religion résume en ceci : « Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit et aimer le prochain comme soi-même. »
Jésus disait : « Ce commandement résume tous les autres. » C’est cela qu’il faut mettre en pratique pour avoir la vie éternelle. Car il ne suffit pas de dire « Seigneur, Seigneur » pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut mettre en pratique les commandements et celui –là résume tous les autres.
Mais qui est mon prochain ?
La grande nouveauté de l’Évangile, c’est de nous obliger à nous demander : Qui est véritablement notre prochain ? Car nous sommes tous tentés de considérer que notre prochain est celui qui fait partie de notre petit cercle humain soit par la parenté, la connaissance, les proximités de toute sorte. De toute manière nous excluons de ce cercle nos ennemis. « Tu aimeras ton prochain » disait l’Ancien Testament, « Mais tu haïras ton ennemi. »
Ce n’est pas par hasard que Jésus a mis en scène un Samaritain car les samaritains étaient considérés comme des ennemis du peuple de l’Alliance. L’amour, la compassion, l’entraide, ne doivent pas se réserver à un petit nombre mais à toute personne en difficulté. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous veulent du mal » c’est le message de l’Évangile.
La parabole de Jésus a certainement converti le docteur de la Loi. Aura-t-elle le même effet dans nos cœurs et dans notre vie ?

Saurons-nous être attentifs aux misères de ceux qui nous entourent ?. Prions-nous pour ceux qui souffrent ,en essayant pendant quelques secondes de prendre leur places sur leur lit de douleur ?
Cherchons-nous à nous rendre proches les uns des autres au lieu de nous renfermer sur notre propre sécurité en invoquant toutes sortes d’excuses y comprises religieuses.

Une des clés de cette parabole c’est le Samaritain. Nous l’appelons « le Bon Samaritain ». Il existe même une fraternité du « Bon Samaritain » qui aide les hommes de bonne volonté à se réconcilier pour panser les blessures que nous portons tous ou que nous infligeons tous aux autres qui nous entourent.
Certains intellectuels maîtrisant bien la langue française font remarquer que dire « Bon samaritain » c’est faire un oxymore, c’est à dire le rapprochement de deux mots contradictoires. Car Samaritain était synonyme de « Mauvais » à l’époque de Jésus. Et dire le « bon samaritain » reviendrait à dire « le bon mauvais » : oxymore par excellence.
Oxymore pour la littérature et la grammaire. Mais chemin de vie et de conversion tel est le message de ce dimanche.

Le Samaritain, en fait, c’est lui, Jésus-Christ. Le Verbe de Dieu qui s’est fait chair.

Nous disons dans notre credo : « Il est descendu du ciel ».

Par amour pour nous, il s’est fait homme. Et il est venu prendre sur lui le poids de nos péchés.
Il est descendu aux enfers. Comme cet homme descendu de Jérusalem à Jéricho.

Il a pris soin de notre humanité laissée comme morte par le péché originel et par le péché et le Mal qui sont devenus les maîtres de notre monde.

Il a soigné cette humanité par la grâce répandue sur elle, par les sacrements qui guérissent ses blessures. Il l’a relevée et l’a installée à sa place, sur sa monture. En effet il a fait de nous ses frères et sœurs, héritiers des promesses du Père.

Il a conduit notre humanité à l’auberge qui est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, chargée d’accueillir tous les hommes pour leur dire qu’ils sont aimés de Dieu parce qu’ils sont ses enfants et qu’ils doivent s’aimer les uns les autres parce qu’ils sont véritablement frères, quelles que soient les différences entre eux.

Le message de Jésus est important, plus encore de nos jours, pour la survie de l’humanité. Car ou bien on continuera à favoriser les sectarismes en tout genre, ou bien par le pardon et l’amour des ennemis, les hommes construiront un monde de paix, de réconciliation et de joie.

En ce dimanche, qui est aussi la fête nationale de la France, rappelons-nous ces idéaux qui sont Liberté, Égalité, Fraternité contenus dans la Bonne Nouvelle que Jésus est venu nous apporter en la signant de son sang, et que Dieu tout puissant vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint Esprit.

En savoir +

Vous pouvez écouter l’émission Le Mot de l’Évêque en vous rendant sur le site internet de radio Saint-Louis :
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