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        Le Pape François est rentré à Rome

Le Pape François est rentré à Rome

Après un voyage dense de huit jours, trois pays visités et 22 discours prononcés, le Pape François s’est envolé dimanche 12 Juillet, dans la soirée, d’Asunción, la capitale du Paraguay, direction Rome. Après l’Équateur et la Bolivie, le Paraguay était le dernier pays prévu dans ce neuvième voyage apostolique du Souverain pontife. Le voyage retour a duré 13 heures, le Saint-Père est rentré dans la capitale italienne lundi, 13 juillet en début d’après-midi. Comme il le fait traditionnellement avant et après ses voyages, il s’est rendu en la basilique Sainte-Marie-Majeure pour y déposer des fleurs jaunes et blanches, aux couleurs du Vatican, devant l’icône de Marie.

Au cours de ce 9ème voyage apostolique, le Saint-Père a multiplié les rencontres. Il a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme, a prononcé des paroles fortes et posé de nombreux gestes symboliques en rencontrant notamment des détenus à Santa Cruz en Bolivie, des enfants malades d’un hôpital pédiatrique, ou encore des personnes démunies dans le quartier très pauvre de Banado Norte, au Paraguay. Le père Federico Lombardi , directeur de la salle de presse, a parlé d’un voyage « très positif » avec un message de « grande espérance pour le peuple latino-américain ».

Retrouvez les moments forts de ce voyage ci-dessous.


12 Juillet 2015

Pour la cinquième et dernière messe de son voyage en Amérique Latine, le Pape a célébré l’office du dimanche 12 Juillet à Ñu Guazú, à une dizaine de kilomètres d’Asunción, dans un vaste champ situé à l’intérieur d’une base militaire. Un million et demi de fidèles étaient attendus. Le retable où était installé l’autel, haut de quarante mètres, avait été réalisé selon la tradition de la Semaine Sainte à Tañarandy, petit village à côté de la ville San Ignacio Guasu, et ancienne « Réduction » jésuite (mission d’évangélisation à l’époque de la colonisation au Paraguay). Ce retable original était constitué de 50 000 épis de maïs et 150 000 fruits de coco, en écho à l’appel à la conversion écologique de la récente encyclique du Pape François Laudato Si’.

Dans son homélie, le Saint-Père a voulu s’arrêter sur une parole essentielle de l’Évangile et « centrale dans la spiritualité chrétienne » selon lui : l’hospitalité. C’est ce que Jésus, « en bon maître, pédagogue », apprend à ses disciples quand il leur dit « restez là où on vous accueillera ». Pour le Pape, « le chrétien est celui qui a appris à recevoir, à accueillir ».

« Le chemin du chrétien est de transformer le cœur, a poursuivi le pape, apprendre à vivre d’une autre manière, avec une autre loi, sous une autre norme. C’est passer de la logique de l’égoïsme, de la fermeture, de l’affrontement, de la division, de la supériorité, à la logique de la vie, de la gratuité, de l’amour. De la logique de la domination, de l’oppression, de la manipulation, à la logique de l’accueil, du recevoir, de la sollicitude ».

« L’Église est la maison de l’hospitalité » pour le Saint-Père. Il faut « accueillir comme la Terre qui ne domine pas la semence, mais la reçoit, la nourrit et la fait germer » a conseillé le Saint-Père. La tâche de l’évangélisation n’est donc pas une « stratégie » ou une « tactique » à mettre en place, car le Seigneur nous le dit « très clairement » dans l’Évangile, « on ne convainc pas avec les argumentations, les stratégies, les tactiques, mais en apprenant à accueillir ».

Cet accueil est le seul capable de briser « le silence de la solitude », ce « mal qui, peu à peu, se fait un nid dans notre cœur et "mange" notre vitalité ». Apprendre la « fraternité accueillante » est ainsi la caractéristique de l’Église et « le meilleur témoignage que Dieu est père ». Cet « horizon nouveau » que Dieu nous montre, c’est « le chemin de la fraternité, du don ».

Faire de « nos paroisses, nos communautés, nos chapelles » de vrais « centres de rencontres entre nous et Dieu, avec les portes ouvertes » est l’enjeu qui attend toute l’Église. « Une chose est certaine, nous ne pouvons obliger personne à nous recevoir, à nous héberger ; cela fait partie de notre pauvreté et de notre liberté. Mais il est aussi certain que personne ne peut nous obliger à ne pas être accueillants, hospitaliers envers la vie de notre peuple. Personne ne peut nous demander de ne pas accueillir et embrasser la vie de nos frères, surtout de ceux qui ont perdu l’espérance et le goût de vivre ».

À la fin de la messe, le Pape a récité la prière de l’Angélus, en répétant l’exemple à suivre donné par la Vierge Marie. « Comme dans beaucoup d’autres pays d’Amérique Latine, la foi des Paraguayens est imprégnée d’amour pour la Vierge Marie. (...) Ne cessez pas d’invoquer Marie et de lui faire confiance ; elle est mère de miséricorde pour tous ses enfants sans distinction » a recommandé le Saint-Père. « Avec l’aide de Marie, que l’Église soit la maison de tous, une maison qui sache accueillir, une mère pour tous les peuples » ... « l’Église est mère, comme Marie. En elle nous avons un modèle. Accueillir, comme Marie qui n’a pas dominé ni ne s’est appropriée la Parole de Dieu, mais, au contraire, l’a accueillie, l’a portée dans son sein et l’a donnée ».

11 Juillet 2015

« Aimez votre Patrie, vos concitoyens et, surtout aimez les plus pauvres ». Comme en Équateur, le Pape a rencontré des représentants de la société civile lors de son étape paraguayenne samedi 11 juillet dans l’après-midi. 3800 personnes étaient réunies dans la halle sportive León Condou, d’une école tenue par des prêtres du Sacré-Cœur de Betharram, à Asunción. Heureux de constater que « le Paraguay n’est pas mort », le Pape a comparé la société du pays à « une grande symphonie, chaque association avec sa particularité et sa propre richesse, mais cherchant l’harmonie finale. C’est cela qui compte ».

Il a surtout demandé de changer le regard que l’on porte sur les pauvres : la clé d’une société plus juste et plus inclusive passe d’abord par un changement dans le regard posé sur les plus pauvres. « Un élément fondamental pour promouvoir les pauvres réside dans la manière dont nous les voyons. Un regard idéologique, qui finit par les utiliser au service d’autres intérêts politiques ou personnels ne sert pas. Pour chercher effectivement leur bien, la première chose est d’avoir une vraie préoccupation pour leur personne, de les valoriser dans ce qu’ils ont de bon eux-mêmes. Mais une évaluation réelle exige d’être disposé à apprendre d’eux. Les pauvres ont beaucoup à nous enseigner en humanité, en bonté, en sacrifice. ». Et gare aux idéologies qui, comme l’a montré le XXe siècle, « ont toujours mal fini. Les idéologies pensent pour le peuple et ne le laissent pas penser ». « Il faut respecter le pauvre, le regarder dans les yeux lorsqu’on lui donne une pièce. Il ne faut pas utiliser le pauvre comme un objet pour laver nos fautes ».

Ce nouveau regard sur les pauvres est un pas vers une économie à visage humain pour le Saint-Père : « non à l’économie sans visage ! a-t-il condamné. Dans l’économie, dans l’entreprise, en politique, la priorité est la personne et l’environnement où elle vit ». Le Pape François a enfin dénoncé le chantage et la corruption, véritable « gangrène » d’un pays, un « problème universel » qui concerne le monde entier.

10 Juillet 2015

Après plusieurs rencontres, dont une messe célébrée devant des centaines de milliers de personnes à Santa Cruz, et un dernier discours appelant à une réforme d’un système mondial injuste tenu en conclusion de la rencontre mondiale des mouvements populaires, le pape quitte la Bolivie vendredi 10 juillet pour le Paraguay, dernière étape de son voyage apostolique en Amérique latine.
Après un peu moins de deux heures de vol depuis la Bolivie, l’avion du Pape est arrivé vendredi 10 juillet dans l’après-midi, -15h, heures locales-, à Asuncion, capitale du Paraguay, ultime étape de son voyage en Amérique latine.
Au programme du Saint-Père au Paraguay : des rencontres avec les autorités politiques et le corps diplomatique, avec la société civile, les religieux et les jeunes, une visite dans un hôpital pédiatrique et une messe célébrée sur le parvis du Sanctuaire marial de Caacupé, lequel abrite une Vierge à laquelle on attribue de nombreux miracles.

Parmi les moments forts de ce voyage, la visite du Saint-Père, dimanche, dans le quartier pauvre de Banado Norte, à la périphérie d’Asunción, où résident des dizaines de milliers de familles pauvres, souvent dans des conditions extrêmement précaires.

Le Paraguay est un pays de plus de 6 millions d’habitants, à 93% catholique. Cette ancienne colonie espagnole, indépendante depuis 1811, a connu une longue période de dictature depuis 1954 jusqu’en 2008 où un civil, un ancien évêque fut élu.

Dans son premier discours devant les autorités civiles, le pape François est revenu, entre autres sujets, sur le véritable développement èconomique, celui qui n’exclut pas les faibles, en s’attardant sur le présent du Paraguay, le « cœur de l’Amérique », l’un des pays plus pauvres du continent, et en l’encourageant dans « la construction d’un projet démocratique stable », processus initié depuis quelques années, saluant également les efforts déployés en vue d’une meilleure croissance économique, d’un meilleur accès à l’éducation et aux soins.

Ces efforts, a plaidé François doivent continuer « jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’enfants sans accès à l’éducation, de familles sans foyers, d’ouvriers sans travail digne, de paysans sans terre à cultiver, et tant de personnes obligées à émigrer vers un avenir incertain ; qu’il n’y ait plus de victimes de la violence, de la corruption et du trafic de stupéfiants ». Et le Souverain Pontife de rappeler qu’un « développement économique qui ne tient pas compte des plus faibles et les plus défavorisés n’est pas un vrai développement ».

9 Juillet 2015

Le 9 juillet, en soirée, pendant un temps fort de l’étape bolivienne, le Pape a conclu jla rencontre mondiale des mouvements populaires, qui avait commencé mardi à Santa Cruz. Organisée en collaboration avec le Conseil pontifical Justice et Paix et l’Académie pontificale des Sciences sociales, elle a rassemblé pendant trois jours les délégués d’organisations syndicales de paysans, d’indigènes et d’ouvriers, des travailleurs précaires, des représentants de l’économie dite informelle, des migrants. Cinq thèmes étaient au cœur de ce rendez-vous : logement, travail, violence, terre et climat.

Le Saint-Père a commencé par dresser un constat très sévère et critique du système qui régit la planète actuellement. S’interrogeant à voix haute, le Pape a demandé : « reconnaissons-nous que les choses ne marchent pas bien dans un monde où il y a tant de paysans sans terre, tant de familles sans toit, tant de travailleurs sans droits, tant de personnes blessées dans leur dignité ? Reconnaissons-nous que les choses ne vont bien quand éclatent tant de guerres absurdes et que la violence fratricide s’empare même de nos quartiers ? Reconnaissons-nous que les choses ne vont pas bien quand le sol, l’eau, l’air et tous les êtres de la création sont sous une permanente menace ? ». La réponse de François ne s’est pas faite attendre : « disons-le sans peur : nous avons besoin d’un changement et nous le voulons. (...) On ne peut plus supporter ce système, et la Terre non plus ne le supporte pas ».
François a déploré cette « dictature subtile », qui « porte atteinte au projet de Jésus », où l’« on est en train de châtier la terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, se sent l’odeur de ce que Basile de Césarée appelait “le fumier du diable” ; l’ambition sans retenue de l’argent qui commande. Le service du bien commun est relégué à l’arrière-plan ». Un système qui ruine la société, détruit l’homme et le rend esclave.

Pour amorcer un changement « positif, qui nous fasse du bien, rédempteur », François appelle de ses vœux à remplacer « la globalisation de l’exclusion et de l’indifférence », qu’il a tant de fois dénoncée, par « une globalisation de l’espérance, qui naît des peuples et s’accroît parmi les pauvres ». Le Pape sent aujourd’hui une attente, même dans des lieux inattendus au premier abord, comme par exemple au cœur du système : « même dans cette minorité toujours plus réduite qui croit bénéficier de ce système règnent l’insatisfaction et spécialement la tristesse. Beaucoup espèrent un changement qui les libère de cette tristesse individualiste asservissante » a-t-il constaté. Ce changement est possible et atteignable selon François, et « l’avenir de l’humanité n’est pas uniquement entre les mains des grands dirigeants, des grandes puissances et des élites. Il est fondamentalement dans les mains des peuples ».

C’est pourquoi le pape François appelle chacun à se mobiliser, et plus spécialement les plus pauvres. « Vous êtes des semeurs de changement, a-t-il lancé aux mouvements populaires. Vous, les plus humbles, les exploités, les pauvres et les exclus, vous pouvez et faites beaucoup. J’ose vous dire que l’avenir de l’humanité est, dans une grande mesure, dans vos mains. Ne vous sous-estimez pas ! » s’est-il exclamé. Pour le Saint-Père, l’un des moteurs du changement réside dans l’émotion car elle apporte « un supplément de sens que seuls comprennent les peuples » : « quand nous regardons le visage de ceux qui souffrent, le visage du paysan menacé, du travailleur exclu, de l’indigène opprimé, de la famille sans toit, du migrant persécuté, du jeune en chômage, de l’enfant exploité, de la mère qui a perdu son fils dans une fusillade parce que le quartier a été accaparé par le trafic de stupéfiants, du père qui a perdu sa fille parce qu’elle a été soumise à l’esclavage a énuméré François, quand nous nous rappelons ces ‘‘visages et noms’’, nos entrailles se remuent face à tant de douleur et nous sommes émus car nous avons vu et entendu ».

Dans cet appel à l’action et la mise en place d’une sorte de « programme social qui reflète ce projet de fraternité et de justice que nous attendons », le Pape n’a pas oublié le rôle de l’Église. Mais attention à ne pas attendre d’elle de recette précise : « ni le Pape ni l’Église n’ont le monopole de l’interprétation de la réalité sociale, ni le monopole de proposition de solutions aux problèmes contemporains, a-t-il tenu à souligner. L’histoire, ce sont les générations successives des peuples en marche à la recherche de leur propre chemin et dans le respect des valeurs que Dieu a mises dans le cœur, qui la construisent ».

Temps fort du discours, il a également demandé explicitement pardon aux peuples indigènes du continent américain pour le mal commis par l’Église pendant sa mission d’évangélisation. « De nombreux et de graves péchés ont été commis contre les peuples originaires de l’Amérique au nom de Dieu, a reconnu François, comme ses prédecesseurs. Je demande humblement un pardon, non seulement pour les offenses de l’Église même, mais pour les crimes contre les peuples autochtones durant ce que l’on appelle la conquête de l’Amérique ». Le pape a tout de même tenu à faire mémoire de tous ces prêtres, évêques, sœurs et religieux, « qui se sont opposés à la logique de l’épée avec la force de la croix », prenant la défense des peuples indigènes.

Si le pape François affirme qu’il ne détient pas la recette du changement attendu, il a néanmoins donné trois grands principes pour y parvenir. D’abord, « mettre l’économie au service des peuples et dire non à une économie d’exclusion et d’injustice où l’argent règne au lieu de servir (...). Une économie vraiment communautaire, l’on pourrait dire, une économie d’inspiration chrétienne, doit garantir aux peuples dignité. Cela implique les 3 T : terre, travail et toit pour tous », une formulation fréquemment reprise dans les différents discours de cette rencontre des mouvements populaires. « C’est un devoir moral a répété François. Pour les chrétiens, la charge est encore plus lourde : c’est un commandement. Il s’agit de rendre aux pauvres et aux peuples ce qui leur appartient », afin que tous, nous puissions « vivre bien ».

La deuxième tâche « est d’unir nos peuples sur le chemin de la paix et de la justice a conseillé le Saint-Père. Les peuples du monde veulent être artisans de leur propre destin. Ils veulent conduire dans la paix leur marche vers la justice. Ils ne veulent pas de tutelles ni d’ingérence où le plus fort subordonne le plus faible. Ils veulent que leur culture, leur langue, leurs processus sociaux et leurs traditions religieuses soient respectés ». Dénonçant « le nouveau colonialisme » qui peut prendre des visages différents comme « quelques traités dénommés ‘‘de libre commerce’’ et l’imposition de mesures d’‘‘austérité’’ qui serrent toujours la ceinture des travailleurs et des pauvres », le Pape François s’est aussi insurgé contre « le colonialisme idéologique » qui dérive de la concentration des moyens de communication « qui essaie d’imposer des directives aliénantes de consommation et une certaine uniformité culturelle ». Toutes ces nouvelles formes de colonialisme sont dangereuses car elles génèrent de l’injustice « et l’injustice génère la violence qu’aucun recours policier, militaire ni aucun service d’intelligence ne peut arrêter ».

Enfin, le Pape a renouvelé son appel pressant à la défense de la « Mère Terre » : « la maison commune de nous tous est pillée, dévastée, bafouée impunément. La lâcheté dans sa défense est un grave péché » a-t-il dit, renvoyant à la lecture de son encyclique Laudato Si’.

Pour conclure, le Pape a demandé aux participants de « dire ensemble de tout cœur : aucune famille sans logement, aucun paysan sans terre, aucun travailleur sans droits, aucun peuple sans souveraineté, aucune personne sans dignité, aucun enfant sans enfance, aucun jeune sans des possibilités, aucun vieillard sans une vieillesse vénérable. Continuez votre lutte et, s’il vous plaît, prenez grand soin de la Mère la Terre ».

8Juillet 2015

Le Pape est arrivé, mercredi en fin d’après-midi (heure locale) à La Paz, en Bolivie, deuxième étape de son voyage apostolique en Amérique Latine. Après avoir été accueilli par le président bolivien Evo Morales, le Pape a écouté les hymnes et reçu les honneurs militaires sur le tarmac de l’aéroport El Alto, situé à plus de 4000 mètres d’altitude, ce qui en fait l’aéroport le plus haut du monde.
« Bienvenue, frère Pape François, le Pape des pauvres », c’est ainsi que le président Evo Morales s’est adressé au pape argentin, devant des dizaines de milliers de personnes qui avaient bravé le froid hivernal. Avec des accents très politiques, le président d’origine aymara a souligné que le christianisme et la révolution sociale se rejoignent sur de nombreux objectifs : unité, sacrifice, amour du prochain, condamnation de l’égoïsme, volonté de combattre les abus et les humiliations de l’être humain. « À de nombreuses reprises dans l’Histoire, l’Église a été utilisée pour la domination, la subversion et l’oppression. Aujourd’hui, le peuple bolivien te reçoit avec joie et espérance, et te souhaite la bienvenue comme plus haut représentant de l’Eglise catholique, qui vient en Bolivie pour soutenir la libération de notre peuple » a lancé Evo Morales au Pape, n’ayant pas oublié au passage de rappeler que la Bolivie est un pays qui « a été amputé de son accès à la mer », une revendication politique récurrente et source de tensions avec les pays voisins.

Le Pape François a ensuite pris la parole, se rejouissant de se « trouver dans ce pays d’une beauté singulière, béni par Dieu dans ses diverses régions : le haut-plateau, les vallées, les terres amazoniennes, les déserts, les lacs incomparables (…), dans cette patrie qui se définit comme pacifique, qui promeut la culture de la paix et le droit à la paix ». Pour le Saint-Père, la Bolivie est « une terre bénie dans ses habitants, avec sa réalité culturelle et ethnique bigarrée, qui constitue une grande richesse et un appel permanent au respect mutuel et au dialogue : peuples autochtones millénaires et peuples autochtones contemporains (…) pour donner beauté et unité dans la diversité ».

Rappelant l’importance de prendre soin des plus jeunes (le futur d’une société) et des personnes âgées (la mémoire), il a souhaité « encourager la vocation des disciples du Christ à communiquer la joie de l’Évangile, à être sel de la terre et lumière du monde », sans pour autant oublier « l’option préférentielle » de l’Église pour les exclus. « On ne peut pas croire en Dieu Père sans voir un frère en toute personne, et on ne peut pas suivre Jésus sans donner sa vie pour ceux pour qui il est mort sur la croix » a ajouté le Saint-Père. Enfin, il a répété son souhait de voir se développer « une attention spéciale à la famille de la part des responsables du bien commun, parce qu’elle est la cellule fondamentale de la société », d’autant plus dans « une époque où si souvent on tend à oublier ou à confondre les valeurs fondamentales ».

Après cette cérémonie d’accueil à l’aéroport, le Pape François est parti en papamobile, vêtu d’un poncho blanc, pour rendre une visite de courtoisie au Palais présidentiel dans le centre de La Paz.

Sur le chemin, il s’est arrêté pour bénir le lieu de l’assassinat du père Luis Espinal. Le corps de ce prêtre jésuite espagnol avait été retrouvé au bord d’une route le 22 mars 1980, au lendemain de son arrestation par des miliciens paramilitaires de la dictature de Luis Garcia Meza. Le décès du missionnaire espagnol, également poète, journaliste et cinéaste à ses heures, a provoqué un vrai choc dans la société bolivienne, tant l’apport du père Espinal dans la lutte pour les droits de l’Homme et pour la démocratie, notamment à travers le cinéma, était reconnu en Bolivie.

Enfin, devant les autorités civiles boliviennes, dans la soirée, le Pape François a appelé à œuvrer en faveur du « bien commun », à ne pas confondre avec le « bien être » qui « fait référence seulement à l’abondance matérielle, tend à être égoïste, à défendre les intérêts de parties, à ne pas penser aux autres, et à se laisser porter par la tentation du consumérisme. (…) Il engendre le mal de la corruption ». « Le bien commun, au contraire », a insisté le Saint-Père, « est supérieur à la somme des intérêts particuliers (…) et il comprend tout ce qui donne cohésion à un peuple : objectifs communs, valeurs partagées, idéaux qui aident à élever le regard au-delà d’horizons individuels ».

5-7 Juillet 2015

Le Pape François entame le neuvième voyage apostolique de son pontificat, une visite qui le mènera en Equateur, en Bolivie et au Paraguay : l’Airbus A330 d’Alitalia du Pape a atterri à 14h45 locales, dimanche 5 Juillet, sur la piste de l’aéroport international Mariscal Sucre de Quito, la capitale équatorienne, première étape de son voyage apostolique en Amérique Latine. Il a été accueilli à sa descente d’avion par le président Rafael Correa.

Des enfants en tenue traditionnelle, agitant des drapeaux du Saint-Siège et de l’Équateur se tenaient de part et d’autre du tapis rouge déroulé jusqu’au pavillon présidentiel. Le Pape a pris le temps de les saluer et de les bénir.

« Tous les cœurs des Équatoriens débordent de joie en vous accueillant », a souligné le président Correa, « L’Équateur aime la vie, notre pays protège la vie depuis la conception, a-t-il rappelé, et notre pays est le seul dans le monde à avoir inscrit le droit de la nature dans sa Constitution ». Le chef de l’État équatorien n’ a pas hésité à paraphraser la présidente brésilienne Dilma Rousseff, expliquant que « le Pape est argentin, Dieu est brésilien », mais a ajouté « le paradis est équatorien ! » après avoir rappelé la richesse patrimoniale de son pays.

Rafael Correa a aussi eu des accents plus politiques, insistant sur les injustices économiques et sociales en Amérique Latine qui sont la cause de systèmes pervers, rendant hommage au passage à la récente encyclique du Saint-Père Laudato Si’ dont il a cité des passages, dénonçant notamment les ravages de la mondialisation, qui dévastent certains pays. Le chef de l’État équatorien a aussi fait allusion à la figure de Mgr Oscar Romero, récemment béatifié, et apôtre de la justice sociale. « Bienvenue dans votre maison Saint-Père ! » a t-il conclu.

« Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de retourner en Amérique Latine et d’être aujourd’hui ici avec vous, dans cette belle terre de l’Équateur », a souligné le Pape dans son discours, qui a remercié le président équatorien, se tournant vers lui et lui lançant : « Vous m’avez trop cité ! ». « J’ai visité l’Équateur à diverses occasions pour des raisons pastorales ; de même aujourd’hui, je viens comme témoin de la miséricorde de Dieu et de la foi en Jésus-Christ », a souligné François.

Le Souverain Pontife a rendu hommage au peuple équatorien « qui se tient debout avec humilité », et rappelé la dette qui frappe de nombreux pays du continent latino-américain. « Aujourd’hui, nous aussi nous pouvons trouver dans l’Évangile les clés qui nous permettent d’affronter les défis actuels, a poursuivi le Pape, en mettant en valeur les différences, en promouvant le dialogue et la participation sans exclusions, pour que les réussites dans le progrès et dans le développement qu’on est en train d’obtenir garantissent un meilleur avenir pour tous », a également assuré le Saint-Père, dans ce qui peut être lu comme une allusion aux tensions politiques récentes dans le pays. « Pour cela, Monsieur le Président, vous pourrez toujours compter sur l’engagement et la collaboration de l’Église », a t-il ajouté.

Le Pape François a également eu des formules plus poétiques, en rappelant à son tour les richesses naturelles de l’Équateur : « D’ici je veux embrasser l’Équateur tout entier. Que depuis le sommet du Chimborazo, jusqu’aux côtes du Pacifique ; que depuis la forêt amazonienne, jusqu’aux Îles Galápagos, vous ne perdiez jamais la capacité de rendre grâce à Dieu pour ce qu’il a fait et fait pour vous, la capacité de protéger ce qui est petit et ce qui est simple, de prendre soin de vos enfants et des personnes âgées qui sont la mémoire de notre peuple », a t-il précisé.

« Que le Cœur Sacré de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie, à qui l’Équateur a été consacré, répandent sur vous leur grâce et bénédiction », a conclu le Saint-Père, très applaudi, qui a tenu à préciser avec malice : « Oui, l’Équateur, c’est le paradis ! ». Après avoir salué les personnalités présentes à l’aéroport, le Pape est monté dans une petite Fiat non blindée afin de rejoindre la nonciature apostolique, où il logera durant cette étape équatorienne.

Après avoir passé la nuit à la nonciature apostolique, le Saint-Père se rend ce lundi à Guayaquil, la capitale commerciale de l’Équateur, située sur l’océan Pacifique. Il y célèbre une grande messe avant de déjeuner avec la communauté jésuite de la ville. À son retour à Quito, le Pape se rend au palais présidentiel du Carondelet avant d’effectuer un arrêt dans la cathédrale de la ville où doit lui être symboliquement remise la clé de la ville.

La première journée en Équateur s’est achevée dans le centre historique de Quito, une journée particulièrement riche que le Pape a partagé avec une foule immense d’Équatoriens en liesse, que ce soit au parc de Los Samanes de Guayaquil où il a célébré la messe, ou sur les différents parcours en voiture dans les rues de Quito. La pluie qui s’est abattue sur la capitale en fin d’après-midi n’a pas découragé les très nombreux fidèles qui souhaitaient voir passer son véhicule.

Une fin de journée qui s’est concentrée entre le palais du Carondelet, siège de la présidence de la République où il s’est entretenu avec Rafael Correa, et la cathédrale de la ville, située sur la même place et devant laquelle le Saint-Père a béni les nombreux fidèles réunis. C’est par des chants pleins de passion et des « Francisco nous t’aimons ! » que le Pape a été accueilli au palais présidentiel, tandis que le chef de l’État équatorien lui faisait visiter son palais à la belle architecture coloniale espagnole. Un bâtiment qui a pris les couleurs du Vatican le temps d’une soirée. Dans la cour, des milliers de roses ont été disposées formant des majestueux tapis de couleurs pour accueillir le Souverain Pontife.

Lors de sa rencontre en tête-tête avec le président équatorien, le Pape a fait notamment don à Rafael Correa de son exhortation apostolique Evangelii Gaudium ainsi que de son encyclique Laudato Si, avant de saluer la famille du président et de nombreux officiels. Après le moment politique, le moment spirituel : le Saint-Père s’est rendu à la cathédrale située à quelques mètres de là, où il a pris un temps de prière silencieuse devant le Saint-Sacrement et salué la Vierge. Il est ensuite sorti sur le parvis pour saluer et bénir la foule rassemblée sur la Plaza Grande.

Le Pape a prononcé seulement quelques mots à la place de son discours prévu, comme a précisé le père Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège : « Je voudrais vous donner la bénédiction, pour chacun de vous, pour vos familles, a t-il dit, pour tous ceux qui vous sont chers et pour ce grand et noble peuple équatorien, pour qu’il n’y ait pas de différences, d’exclusivité, que personne ne soit exclu, que tous soient frères, que personne ne reste en dehors de cette grande nation équatorienne. À chacun de vous, à vos familles je donne ma bénédiction ». Des paroles « très précieuses, à méditer », a tenu à préciser le père Lombardi, et qui résume la volonté du Pape de voir un peuple uni. François, qui malgré la fatigue, n’a pas hésité à reprendre brièvement la parole devant la nonciature apostolique pour réciter un Ave Maria et souhaiter une bonne nuit aux nombreuses personnes rassemblées.

Le mardi 7 Juillet, le Pape François a célébré la messe au Parc du bicentenaire de Quito devant plus d’un million et demi de personnes. Dans son homélie, il a longuement développé le « beau défi de l’évangélisation », à laquelle la messe était dédiée et qui est le thème de son voyage en Amérique Latine.

En soirée, a eu lieu un moment très attendu, la rencontre du Pape François avec la société civile équatorienne, qui s’est tenue dans la magnifique église San Francisco de Quito, l’édifice catholique le plus ancien de l’Amérique latine. Dans cette église qui domine le centre-ville classé au patrimoine mondial de l’Unesco et qui fut un lieu de commandement militaire pour les peuples indigènes Inca et Caranqui, le Pape a développé une réflexion sur le modèle de société que chacun est appelé à construire, à commencer par ceux qui « dynamisent la vie sociale ».

Avant de prononcer son discours, le Saint-Père a écouté avec beaucoup d’attention plusieurs témoignages de différents acteurs de la société, en particulier celui très émouvant d’une vieille femme métis du peuple Montubio, une ethnie pauvre qui vit essentiellement sur la côte nord-ouest du pays, et depuis longtemps engagée dans la catéchèse.

Symboliquement, le Pape avait reçu du maire de Quito les clés de la ville quelques minutes avant cette rencontre. Se sentant « à la maison », comme il l’a souligné lui-même, François a à son tour livré les clés d’une coexistence sociale, en se basant sur la vie familiale.« Aimons-nous notre société, notre pays ? » s’est interrogé François, regrettant que l’adversaire politique ou le voisin ne soient pas vu du même œil que les membres de notre famille, parents frères ou sœurs.

Les familles contribuent au bien commun et portent trois valeurs sociales essentielles, a expliqué le Souverain Pontife : la gratuité, la solidarité et la subsidiarité. La gratuité d’abord, qui n’est pas un complément mais une condition requise de la justice. Ce que nous sommes et ce que nous avons nous a été confié pour que nous le mettions au service des autres. Des mots qui ont un écho particulier en Équateur, où l’exploitation des ressources naturelles ne doit pas viser le bénéfice immédiat, a dénoncé François, qui a rendu hommage aux peuples autochtones d’Amazonie.« Être administrateurs de cette richesse que nous avons reçue nous engage envers la société dans son ensemble et envers les générations futures », a t-il expliqué. L’Équateur, a-t il d’ailleurs précisé, a une opportunité pour exercer la pédagogie d’une écologie intégrale.

En évoquant la solidarité, le Pape est revenu sur les profonds changements sociaux et culturels qui ont bouleversé la société équatorienne : migration, concentration urbaine, consumérisme, crise de la famille, manque de travail, et n’a pas hésité à sortir de son texte pour déplorer une nouvelle fois la précarité de nombreux jeunes, qui les conduit à la dépression, parfois au suicide. « Les normes et les lois, ainsi que les projets de la communauté civile, doivent rechercher l’inclusion », a expliqué le Saint-Père.

Enfin, le respect de l’autre qui s’apprend en famille se traduit dans le domaine social par la subsidiarité. « C’est en reconnaissant ce qui est bon dans les autres, même dans leurs limites, que nous voyons la richesse que renferme la diversité et la valeur de la complémentarité ». François a ainsi plaidé pour que toutes les composantes de la société équatoriennes, des indigènes aux femmes en passant par les regroupements de citoyens et tous ceux qui travaillent pour la communauté dans les services publics soient des protagonistes indispensables d’une société où l’on dialogue.

Dans ce contexte, a-t-il conclu, l’Église veut collaborer dans la recherche du bien commun en étant « un signe prophétique qui apporte un rayon de lumière et d’espérance à tous, spécialement à ceux qui sont le plus dans le besoin ».

Ce mercredi 8 Juillet marque le dernier jour de son voyage en Equateur : plus d’un million et demi de fidèles lors de la messe célébrée par le Pape dans le parc du Bicentenaire, à Quito ; un discours fort à la société civile équatorienne, que François a invité à dialoguer et à favoriser une plus grande inclusion. Les dernières heures du Souverain Pontife en Équateur, avant son départ pour la Bolivie mercredi en fin de journée, ont été intenses.

(Avec Radio Vatican)

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