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        Bilan du 10ème Voyage apostolique du Pape François

Bilan du 10ème Voyage apostolique du Pape François

Dans l’avion qui le ramenait à Rome après son 10ème voyage apostolique, le Saint-Père a tiré le bilan de ce voyage et répondu aux questions des journalistes qui l’ont accompagné à Cuba et aux Etats-Unis. Nous vous proposons de retrouver quelques uns de ses propos.

Pendant plus de 45 minutes, il a répondu aux questions de la presse sur des thèmes aussi divers que l’indissolubilité du mariage, l’objection de conscience, le succès ou encore la crise migratoire.

Sur ce premier voyage aux Etats-Unis, le Souverain Pontife a tout d’abord expliqué qu’il avait été frappé par la "chaleur" des gens, que ce soit à Washington, New York ou Philadelphie. Concernant les abus sexuels (un thème très repris aux Etats-Unis et en particulier à Philadelphie, un diocèse très touché par la pédophilie), le Pape François a parlé de "sacrilège". « Les abus, nous savons qu’il y en a partout : dans l’environnement familial, dans le voisinage, les écoles, les salles de sport, mais quand un prêtre commet un abus, c’est très grave, parce que la vocation d’un prêtre est de faire croître l’enfant, la jeune fille, vers le haut, vers l’amour de Dieu, (…) c’est presque un sacrilège »

A quelques jours du synode sur la famille, les questions sur les nullités de mariage tout comme les divorcés-remariés ont également été abordées. Ainsi, à la question de savoir si la réforme récente des procédures de reconnaissance de nullité de mariage n’est pas un "divorce catholique", le Pape a répondu : « Dans la réforme des procès de nullité, j’ai fermé la porte à la voie administrative qui était la voie par laquelle le divorce pouvait entrer ». La simplification des procédures en nullité matrimoniale a été demandée par la majorité des pères synodaux lors du synode de l’an passé, a t-il fait remarquer.

Le Saint-Père a tenu à préciser que le récent Motu Proprio n’était en aucun cas la porte ouverte à un "divorce catholique" : « ce n’est pas un divorce parce que le mariage est indissoluble quand il est un sacrement, et l’Eglise ne peut le changer, c’est la doctrine, c’est un sacrement indissoluble » a t-il martelé. « Si cela n’a pas été un mariage : nullité, il n’a pas existé. S’il a existé, il est indissoluble. C’est clair », a-t-il résumé. Le Pape a encore cité le manque de liberté face au sacrement comme l’un des motifs possibles de sa nullité, comme lorsqu’une femme se marie parce qu’elle est enceinte. « À Buenos Aires, je conseillais aux prêtres avec force, j’interdisais presque, de faire un mariage dans ces conditions », a-t-il rappelé, en tant qu’ ancien archevêque de la capitale argentine.

Concernant l’épineuse question de l’accès aux sacrements pour les divorcés-remariés, le Pape a répondu : « Il me semble un peu simpliste de dire que le synode soit la solution pour ces gens et qu’ils peuvent communier. Ce n’est pas la solution, l’unique. »

Le Saint-Père est aussi revenu sur une question qui fait débat aux Etats-Unis, à savoir l’objection de conscience. A la question d’une journaliste américaine lui demandant s’il pourrait soutenir, par exemple,des fonctionnaires gouvernementaux, qui refuseraient par objection de conscience, de valider des mariages de couples homosexuels, François a répondu que l’objection de conscience était un droit de l’homme et par conséquent devait être respectée.

Comme le veut la tradition, le Souverain Pontife a également répondu à plusieurs questions d’actualité internationales. Il est revenu sur la crise migratoire et l’apparition de nouvelles barrières en Europe : « Vous savez comment finissent les murs : tous s’écroulent, a t-il dit, ces murs ne sont pas une solution ». Questionné sur les bombardements en Syrie, le Pape a répété ce qu’il avait dit au Congrès américain et aux Nations unies : à savoir qu’il fallait les éviter.

François s’est aussi félicité de l’annonce par le gouvernement colombien d’un prochain accord avec les Forces armées révolutionnaires colombiennes, pour lequel le Saint-Siège a joué un rôle déterminant ; il a également redit toute son admiration pour le peuple chinois et souhaiter que les relations continuent à aller de l’avant avec Pékin.

Enfin, sur une note plus personnelle, le Pape a été interrogé sur son statut de nouvelle "star" aux Etats-Unis : « Tu sais quel est le titre qu’utilisaient les papes et que l’on doit utiliser ? Serviteur des serviteurs de Dieu… c’est un peu différent d’une star ! » a t-il conclu.

(Avec R. V. et le bureau de presse du Vatican)


28 Septembre 2015

Lundi 28 Septembre 2015, après une visite historique de six jours aux Etats-Unis, le Pape François a quitté le pays pour rentrer à Rome. Lors de la cérémonie d’adieu, le Saint-Père a fait part d’une "immense grâce" d’avoir pu vivre ces journées qui l’ont mené à Washington, New York puis Philadelphie. Le vice-président américain Joe Biden s’est rendu à l’aéroport pour saluer le Pape. Etait également présent l’archevêque de Philadelphie Mgr Charles Chaput qui avait concélébré la messe aux côtés du Pape François quelques minutes auparavant.

Le Pape a remercié toutes les autorités ainsi que les organisateurs et les bienfaiteurs qui ont permis que ce voyage soit une réussite, en particulier les acteurs de la rencontre mondiale et a fait part de « l’assurance de (s)es prières pour le peuple américain ». « Je prie pour que vous puissiez tous être de bons et généreux intendants des ressources humaines et matérielles qui vous ont été confiées » a également dit le Saint-Père, comme en écho à son discours historique devant le Congrès américain, jeudi dernier.

L’avion du Pape François s’est posé peu avant 10 heures sur l’aéroport de Ciampino à Rome, après huit heures de vol depuis Philadelphie. Comme le veut la tradition après chaque voyage apostolique, le Saint-Père s’est aussitôt rendu à la Basilique Sainte-Marie Majeure afin d’aller remercier la Vierge, déposant un bouquet de fleurs blanches et jaunes devant l’icône de Marie. François s’est agenouillée devant la "Salus Populi Romani" et a prié quelques instants.

Retrouvez le dernier discours du Pape avant de quitter les Etats-Unis :

« Monsieur le Vice-Président,

Distinguées autorités,

chers frères Evêques,

chers amis,

Mons séjour au milieu de vous a été bref. Mais ces jours ont été des jours d’immense grâce pour moi, et j’espère, pour vous aussi. S’il vous plaît, sachez qu’au moment de partir, j’ai le cœur plein de gratitude et d’espérance.

Je suis reconnaissant à vous tous et à tous ceux qui ont travaillé si dur pour rendre cette visite possible et pour préparer la Rencontre Mondiale des Familles. En particulier, je remercie l’Archidiocèse de Philadelphie, les autorités civiles, les organisateurs ainsi que tous les volontaires et bienfaiteurs qui y ont contribué, dans les grandes comme dans les petites choses.

Je remercie aussi les familles qui ont partagé leur témoignage durant la Rencontre. Il n’est pas si facile de parler ouvertement de son propre parcours de la vie ! Mais leur honnêteté ainsi que leur humilité devant le Seigneur et devant chacun de nous ont montré la beauté de la vie familiale dans toute sa richesse et sa diversité. Je prie pour que les jours de prière et de réflexion sur l’importance de la famille pour une société saine inspirent les familles à continuer de tendre vers la sainteté et de voir l’Eglise comme leur compagne fidèle, quels que soient les défis qu’elles pourraient affronter.

A la fin de ma visite, je voudrais aussi remercier tous ceux qui ont préparé mon séjour dans les Archidiocèses de Washington et de New York. C’était particulièrement émouvant pour moi de canoniser saint Junipéro Serra, qui nous rappelle à tous notre appel à être des disciples missionnaires ; et aussi de me trouver avec mes frères et sœurs d’autres religions au Ground Zero, cet endroit qui nous parle si puissamment du mystère du mal. Cependant, nous savons avec assurance que le mal n’a jamais le dernier mot, et que, dans le plan miséricordieux de Dieu, l’amour et la paix triomphent de tout.

Monsieur le Vice-Président, je vous prie de renouveler ma gratitude au Président Obama et aux Membres du Congrès, avec l’assurance de mes prières pour le peuple américain. Ce pays a été béni à travers d’immenses dons et opportunités. Je prie pour que vous puissiez tous être de bons et généreux intendants des ressources humaines et matérielles qui vous ont été confiées.

Je remercie le Seigneur d’avoir pu expérimenter la foi du peuple de Dieu dans ce pays, manifestée dans nos moments de prière commune et exprimée dans de si nombreuses œuvres de charité. Jésus déclare dans les Ecritures : ‘‘Vraiment, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait’’. Votre sollicitude envers moi et votre généreux accueil sont le signe de votre amour pour Jésus et de votre foi en lui. Il en est de même de votre sollicitude envers les pauvres, les malades, les sans-abri et les migrants, de votre défense de la vie à toutes ses étapes, et de votre souci de la vie familiale. Dans tout cela, vous reconnaissez que Jésus est au milieu de vous et que votre sollicitude les uns pour les autres est sollicitude pour Jésus lui-même.

En prenant congé, je vous demande tous, surtout aux volontaires et aux bienfaiteurs qui ont apporté une contribution pour la Rencontre Mondiale des Familles : ne laissez pas votre enthousiasme pour Jésus, pour l’Eglise, pour nos familles, et pour la famille plus grande de la société se dessécher. Puissent nos jours passés ensemble porter du fruit qui dure, une générosité et une sollicitude pour les autres qui perdurent ! Tout comme nous avons reçu beaucoup de Dieu – des dons librement accordés, et non pas issus de notre propre effort – de la même manière donnons librement aux autres en retour.

Chers amis, je vous embrasse tous dans le Seigneur et je vous confie à la maternelle protection de Marie Immaculée, Patronne des Etats-Unis. Je prierai pour vous et pour vos familles, et je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi. Que Dieu vous bénisse tous ! Que Dieu bénisse l’Amérique ! »

27 Septembre 2015

Messe de clôture

La messe de conclusion de cette 8ème Rencontre mondiale des familles s’est terminée. On sait désormais le thème de la prochaine rencontre mondiale des familles, et la ville, Dublin en Irlande, où se tiendra cette neuvième encontre mondiale de la famille. Car Philadelphie n’est que le point de départ de la mission de témoignage confiée aux familles chrétiennes.

Ainsi s’achève ce 10ème voyage apostolique qui, du 19 au 27 septembre a touché une infinité de thèmes et de couches sociales, depuis Cuba où a été célébré la diplomatie du dialogue jusqu’à Philadelphie où la famille s’est confirmée dans sa mission de pilier de la société en passant le Congrès où le Pape s’est adressé aux élus américains ; l’Assemblée générale des Nations-Unies, Ground Zero à NewYork, autre lieu de réaffirmation du dialogue, celui des religions, pour vaincre la haine.

En cette fin de journée du dimanche 27 Septembre, plusieurs centaines de milliers de milliers de personnes étaient rassemblées sur l’avenue Benjamin Franklin de Philadelphie pour la messe conclusive de la huitième rencontre des familles, point d’orgue de ce 10ème voyage apostolique. C’est sous les vivats de la foule que le Saint-Père est arrivé en papamobile sur cette artère de la ville, bénissant les enfants ou des sans-abris. Une foule multicolore à l’image de ces nombreuses familles venues de tous les continents et qui ont passé la semaine dans la capitale de Pennsylvanie.

Dans son homélie écoutée avec une grande attention, à une semaine de l’ouverture du deuxième synode des évêques sur la famille à Rome, le Pape François a demandé aux familles de participer à l’effort de l’Eglise pour sauver la maison commune, en se montrant généreuses, attentives et aimantes, et en se positionnant contre le scandale de l’amour étroit.

« Dieu veut que tous ses enfants prennent part au festin de l’Evangile »

Malgré l’hostilité dont il faisait l’objet, Jésus ne s’est jamais fatigué. Dieu ne cesse de répandre les semences de sa présence dans notre monde, et fort de la certitude d’avoir été aimés par lui en premier lieu, cela nous donne confiance a dit le Pape. « Dieu veut que tous ses enfants prennent part au festin de l’Evangile. » Ce festin, joyeux, cette joie d’être aimé, c’est au quotidien que chaque famille est appelée à les faires rayonner.

« La foi ‘‘fenêtre’’ à la présence et à l’œuvre de l’Esprit nous montre que, comme le bonheur, la sainteté est toujours liée à de petits gestes » a poursuivi le Saint-Père, des petits gestes qui sont ceux que nous apprenons à la maison, en famille et qui rendent chaque jour différent. Ces petites attentions faites par chaque génération, que ce soit un petit-déjeuner pour quelqu’un qui se lève tôt pour aller au travail, ou une bénédiction avant d’aller au lit sont autant de petits signes quotidiens de l’amour. « Voilà pourquoi nos familles, nos maisons, sont de vraies Eglises domestiques » a encore précisé le Pape.

Ces traces de Dieu dans les petits gestes doivent nous interroger sur le type de monde dans lequel nous voulons vivre a poursuivi François, qui s’est alors fait plus grave en reprenant des passages de son encyclique Laudato Si : « Notre maison commune ne peut plus tolérer des divisions stériles. Le défi urgent de sauvegarde de notre maison inclut l’effort de réunir la famille humaine tout entière dans la recherche d’un développement intégral et durable ».

Le Pape a enfin expliqué que les chrétiens demandaient aux familles du monde de les aider. Cette foule de Philadelphie est prophétique a t-il lancé. C’est une sorte de "miracle" dans le monde d’aujourd’hui. « Puissions-nous tous être ouverts aux miracles de l’amour pour toutes les familles du monde, et ainsi vaincre le scandale de l’amour étroit, mesquin, enfermé sur lui-même, impatient envers les autres » a conclu le Saint-Père.

Découvrez le texte de l’homélie du Pape :

« Aujourd’hui, la parole de Dieu nous surprend par des images puissantes et provocantes incitant à la réflexion. Des images qui nous lancent un défi, mais aussi attisent notre enthousiasme.

Dans la première lecture, Josué dit à Moïse que deux membres du peuple prophétisent, annoncent la parole de Dieu, sans mandat. Dans l’Evangile, Jean dit à Jésus que les disciples avaient empêché quelqu’un de chasser les mauvais esprits au nom de Jésus. Voici la surprise : tous deux, Moïse et Jésus ont réprimandé ces proches pour leur étroitesse d’esprit ! Puissent tous ceux-là être des prophètes de la parole de Dieu ! Puisse chacun accomplir des miracles au nom du Seigneur !

Jésus a rencontré l’hostilité de la part de personnes qui n’ont pas accepté ce qu’il a dit et fait. Pour ceux-là, son ouverture, à la fois honnête et sincère, de nombreux hommes et femmes qui ne faisaient pas partie du peuple de Dieu choisi, semblait intolérable. Les disciples, de leur côté, ont agi de bonne foi. Mais la tentation d’être scandalisé par la liberté de Dieu, qui fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (cf. Mt 5, 45), en contournant la bureaucratie, les cercles administratifs et restreints, menace l’authenticité de la foi. Par conséquent, cela doit être vigoureusement rejeté.

Une fois que nous réalisons cela, nous pouvons comprendre pourquoi les paroles de Jésus sur le fait de provoquer ‘‘scandale’’ sont si dures. Pour Jésus, le vrai scandale ‘‘intolérable’’ consiste en tout ce qui rompt et détruit notre confiance dans l’œuvre de l’Esprit !

Notre Père ne se laissera pas vaincre en générosité et il continue de répandre des semences. Il répand des semences de sa présence dans notre monde, car l’amour consiste en ceci : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu mais, mais c’est lui qui nous a aimés en premier lieu (cf. 1Jn 4, 10). Cet amour nous donne une profonde certitude : nous sommes désirés par Dieu ; il nous attend. C’est cette confiance qui fait que les disciples encouragent, soutiennent et entretiennent les bonnes choses arrivant tout autour d’eux. Dieu veut que tous ses enfants prennent part au festin de l’Evangile. Jésus dit : ‘‘N’entravez rien qui soit bon, au contraire aidez-le à croître !’’. Emettre des doutes sur l’œuvre de l’Esprit, donner l’impression qu’il ne peut trouver place en ceux qui ne ‘‘font pas partie de notre groupe’’, qui ne sont pas ‘‘comme nous’’, est une tentation dangereuse. Non seulement cela bloque la conversion à la foi, mais aussi c’est une perversion de la foi.

La foi ouvre une ‘‘fenêtre’’ à la présence et à l’œuvre de l’Esprit. Elle nous montre que, comme le bonheur, la sainteté est toujours liée à de petits gestes. Quiconque vous donne un verre d’eau en mon nom ne restera pas sans récompense, a dit Jésus (cf. Mc 9, 41). Ces petits gestes sont ceux que nous apprenons à la maison, en famille ; ils se perdent dans toutes les autres choses que nous faisons, cependant ils rendent chaque jour différent. Ce sont les simples choses faites par les mères et les grands-mères, par les pères et les grands-pères, par les enfants. Ce sont les petits signes de tendresse, d’affection et de compassion. Comme la soupe chaude que nous attendons avec impatience la nuit, ou bien le petit déjeuner attendant quelqu’un qui se lève tôt pour aller au travail. Des gestes familiers. Comme une bénédiction avant d’aller au lit, ou bien une étreinte à notre retour après une dure journée de travail. L’amour se montre par de petites choses, par l’attention aux petits signes quotidiens qui font que nous nous sentons chez nous. La foi grandit lorsqu’elle est vécue et avivée par l’amour. Voilà pourquoi nos familles, nos maisons, sont de vraies Eglises domestiques. Elles sont le lieu approprié pour que la foi devienne vie, et que la vie devienne foi.

Jésus nous dit de ne pas entraver ces petits miracles. Au contraire, il veut que nous les encouragions, que nous les diffusions. Il nous demande de vivre la vie, notre vie quotidienne, en encourageant tous ces petits signes d’amour comme des signes de sa propre vie et de sa présence agissante dans notre monde.

Alors, nous pourrions nous demander : comment essayons-nous de vivre de cette manière dans nos maisons, dans nos sociétés ? Quel genre de monde voulons-nous laisser à nos enfants (cf. Laudato Si’, n. 160) ? Nous ne pouvons pas répondre à ces questions seuls, par nous-mêmes. C’est l’Esprit qui nous lance le défi de répondre en tant que membres de cette grande famille humaine. Notre maison commune ne peut plus tolérer des divisions stériles. Le défi urgent de sauvegarde de notre maison inclut l’effort de réunir la famille humaine tout entière dans la recherche d’un développement intégral et durable, car nous savons que les choses peuvent changer (cf. Ibid, n. 13). Puissent nos enfants trouver en nous des modèles et des incitations à la communion ! Puissent nos enfants trouver en nous des hommes et des femmes capables de se joindre à d’autres pour faire fleurir toutes les bonnes semences que le Père a plantées.

Sèchement, mais avec affection, Jésus nous dit : « Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11, 13). Que de sagesse dans ces quelques paroles ! Certes, en ce qui concerne la bonté et la pureté de cœur, nous les hommes, nous n’avons beaucoup pas à faire valoir ! Mais Jésus sait que, quand il s’agit des enfants, nous sommes capables d’une générosité sans bornes. Ainsi, il nous rassure : si seulement nous avions la foi, le Père nous donnerait son Esprit.

Nous les chrétiens, disciples du Seigneur, nous demandons aux familles du monde de nous aider ! Combien sommes-nous ici à cette célébration ! Cela même est prophétique, une sorte de miracle dans le monde d’aujourd’hui. Puissions-nous être tous des prophètes ! Puissions-nous tous être ouverts aux miracles de l’amour pour toutes les familles du monde, et ainsi vaincre le scandale de l’amour étroit, mesquin, enfermé sur lui-même, impatient envers les autres.

Et qu’il serait beau si, partout, même au-delà de nos frontières, nous pouvions apprécier et encourager cette prophétie et ce miracle ! Nous renouvelons notre foi dans la parole du Seigneur qui invite les familles croyantes à cette ouverture. Elle invite tous ceux qui veulent partager la prophétie de l’alliance entre l’homme et de la femme, qui donne vie et révèle Dieu !

Quiconque veut fonder dans ce monde une famille qui enseigne aux enfants à être enthousiasmés par chaque geste visant à vaincre le mal – une famille qui montre que l’Esprit est vivant et à l’œuvre – trouvera notre gratitude et notre appréciation. Quels que soient la famille, le peuple, la région ou la religion auxquels il appartient.

Puisse Dieu accorder à nous tous, en tant que disciples du Seigneur, la grâce d’être dignes de cette pureté de cœur qui n’est pas scandalisée par l’Evangile ! »

La journée de Dimanche 27 Septembre a représenté "la journée par excellence" de cette 8ème Rencontre mondiale des familles de Philadelphie. Elle s’est ouverte par une rencontre matinale avec les Evêques venus à cette rencontre, puis s’est prolongée par la visite du Pape à la prison de Curran-Fromhold de Philadelphie. Le tout avant le clou final, la messe de clôture de cette 8ème Rencontre mondiale des familles à Philadelphie.

En attendant cette messe de clôture de la huitième Rencontre mondiale des familles de Philadelphie, la matinée du Pape dimanche a porté sur le socio-pastoral : rencontre avec cinq victimes d’abus sexuels commis par des prêtres ou des membres de leur famille, venus avec des proches, puis visite à la prison de Curran-Romhold où son discours a également mis l’accent sur la souffrance.

Entre ces deux rendez-vous, le Pape en a intercalé une autre avec les évêques invités à cette rencontre mondiales des Familles de Philadelphie. « Le principal défi pastoral de notre époque en évolution est d’aller résolument vers la reconnaissance du don des familles que Dieu nous fait. Sans la famille, même l’Eglise n’existerait pas », leur a rappelé François. Il a souligné les mutations qui dans les sociétés bousculent aujourd’hui la famille chrétienne : « Ces changements nous affectent tous, croyants comme non-croyants. Les chrétiens ne sont pas ‘‘immunisés’’ contre les changements de leurs temps ».

Le pasteur doit accompagner ces mutations, conseiller les jeunes et les moins jeunes : « Notre ministère a besoin d’approfondir l’alliance entre l’Église et la famille. Autrement, il devient aride, et la famille humaine sera irrémédiablement toujours plus loin, par notre faute, de la joyeuse Bonne Nouvelle de Dieu », a encore dit le Souverain Pontife.

Avant d’exhorter les évêques à la patience : « Si nous nous révélons capables de l’exigeante tâche de refléter l’amour de Dieu, alors même une Samaritaine avec cinq ‘‘hommes qui ne sont pas ses maris’’ découvrira qu’elle est capable de témoigner ».

Découvrez ci-dessous l’intervention complète du Pape François devant les évêques :

« Chers frères Evêques,

Je suis heureux de pouvoir partager ces moments de réflexion pastorale avec vous, dans le cadre des joyeuses célébrations de la Rencontre Mondiale des Familles.

Pour l’Eglise, la famille n’est pas d’abord et avant tout une cause de préoccupations, mais plutôt la joyeuse confirmation de la bénédiction de Dieu sur le chef d’œuvre de la création. Chaque jour, à travers le monde, l’Eglise peut se réjouir du don du Seigneur de tant de familles qui, même au milieu de dures épreuves, restent fidèles à leurs promesses et gardent la foi !

Je voudrais dire que le principal défi pastoral de notre époque en évolution est d’aller résolument vers la reconnaissance de ce don. Malgré tous les obstacles devant nous, gratitude et appréciation devraient prévaloir sur les préoccupations et les plaintes. La famille est le lieu fondamental de l’alliance entre l’Eglise et la création de Dieu. Sans la famille, même l’Eglise n’existerait pas. Et elle ne pourrait pas non plus être ce qu’elle est appelée à être, à savoir « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium, n. 1).

Cela va sans dire, notre compréhension, forgée par l’interaction de la foi de l’Eglise et l’expérience conjugale de la grâce sacramentelle, ne doit pas nous conduire à faire fi des changements sans précédent en cours dans la société contemporaine, avec leurs effets sociaux, culturels – et désormais juridiques – sur les liens familiaux. Ces changements nous affectent tous, croyants comme non-croyants. Les chrétiens ne sont pas ‘‘immunisés’’ contre les changements de leurs temps. Ce monde concret, avec tous ses nombreux problèmes et ses nombreuses possibilités, est là où nous devons vivre, croire et témoigner.

Jusqu’à récemment, nous avons vécu dans un contexte social où les similitudes entre l’institution civile du mariage et le sacrement chrétien étaient considérables et partagées. Les deux étaient en corrélation et se soutenaient mutuellement. Ce n’est plus le cas. Pour décrire notre situation aujourd’hui, j’utiliserais deux images familières : les boutiques de quartier et nos grands supermarchés.

Il y eut une époque où une boutique de quartier avait tout ce qui était nécessaire pour la vie personnelle et familiale. Les produits pouvaient n’être pas exposés adéquatement, ou ne pas offrir beaucoup de choix, mais il y avait un lien personnel entre le marchand et ses clients. Le commerce se faisait sur la base de la confiance, les gens se connaissaient, ils étaient des voisins. Ils se faisaient confiance mutuellement. Ils avaient construit la confiance. Ces boutiques étaient souvent connus simplement comme ‘‘le marché local’’.

Par la suite, un autre genre de commerce s’est répandu : le supermarché. D’immenses espaces avec une gamme variée de marchandises. Le monde semble devenir l’un de ces grands supermarchés ; notre culture est devenue de plus en plus compétitive. Le commerce n’est plus mené sur la base de la confiance ; on ne peut plus faire confiance aux autres. Il n’y a plus de relations personnelles de proximité. La culture d’aujourd’hui semble encourager les gens à ne nouer de relations avec rien ni avec personne, à ne pas faire confiance. Aujourd’hui, suivre la dernière tendance ou activité semble être la chose la plus importante. C’est vrai, même de la religion. De nos jours, le consumérisme détermine ce qui est important. Consommer les relations, consommer les amitiés, consommer les religions, consommer, consommer... Peu importent le coût ou les conséquences. Une consommation qui ne favorise pas la relation, une consommation qui a peu à voir avec les relations humaines. Les liens sociaux sont de purs ‘‘moyens’’ pour la satisfaction de ‘‘mes besoins’’. Ce qui est important, ce n’est plus notre voisin, avec son visage familier, son histoire et sa personnalité.

Le résultat est une culture qui écarte tout ce qui, au goût du consommateur, n’est plus ‘‘utile’’ ou ‘‘satisfaisant’’. Nous avons transformé notre société en une énorme vitrine multiculturelle liée uniquement aux goûts de certains ‘‘consommateurs’’, tandis que tant d’autres sont réduits à manger « les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres » (Mt 15, 27).

Cela provoque de grands dommages. Je voudrais dire qu’à la racine de nombreuses situations contemporaines se trouve un genre d’appauvrissement né d’un sens de la solitude, répandu et radical. En courant après la dernière mode, en accumulant les ‘‘amis’’ sur l’un des réseaux sociaux, nous sommes pris au piège de ce que la société contemporaine a à offrir. La solitude avec la peur de l’engagement dans un effort, sans limites, de nous sentir reconnus.

Devrions-nous blâmer nos jeunes gens parce qu’ils ont grandi dans ce genre de société ? Devrions-nous les condamner parce qu’ils vivent dans ce genre de monde ? Devraient-ils écouter leurs pasteurs qui disent que tout était mieux avant, que le monde s’écroule et que si les choses continuaient ainsi, qui sait où nous aboutirions ? Non, je ne pense pas que ce soit la bonne voie. En tant que pasteurs suivant les pas du Dieu Pasteur, nous sommes appelés à rechercher, à accompagner, à relever, à soigner les blessures de notre temps ; à regarder les choses de manière réaliste, avec les yeux de quelqu’un qui se sent appelé à l’action, à la conversion pastorale. Le monde, de nos jours, demande cette conversion de notre part. ‘‘Il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu” (Evangelii Gaudium, n. 23).

Nous nous méprendrions, cependant, si nous voyions cette ‘‘culture’’ du monde contemporain comme une pure indifférence vis-à-vis du mariage et de la famille, comme un pur et simple égoïsme. Est-ce que les jeunes d’aujourd’hui sont irrémédiablement timides, faibles, inconsistants ? Nous ne devons pas tomber dans ce piège. Beaucoup de jeunes gens, dans le contexte de cette culture de découragement, ont cédé à une forme de consentement inconscient. Ils sont paralysés lorsqu’ils rencontrent les beaux défis, nobles et vraiment nécessaires, auxquels la foi les confronte. Beaucoup reportent le mariage, attendant des conditions idéales, quand tout sera parfait. Pendant ce temps, la vie continue, sans être réellement vécue pleinement. Car, les vrais plaisirs de la vie s’expérimentent seulement comme le fruit d’un investissement à long terme de notre intelligence, de notre enthousiasme et de notre passion.

En tant que pasteurs, nous, Evêques, sommes appelés à unir nos forces et à rebâtir l’enthousiasme pour faire en sorte que les familles correspondent toujours davantage pleinement à la bénédiction de Dieu, selon leur vocation ! Nous avons besoin d’investir nos énergies non pas tant en ressassant les problèmes du monde qui nous entourent et les mérites du christianisme, mais en adressant une invitation sincère aux jeunes à être courageux et à opter pour le mariage et la famille. Ici aussi, il nous faut une sainte parrhesia ! Un christianisme qui ‘‘fait’’ peu concrètement, tout en ‘‘dispensant’’ son enseignement, est dangereusement déséquilibré. Je voudrais même dire qu’il est coincé dans un cercle vicieux. Un pasteur doit montrer que ‘‘l’Evangile de la famille’’ est vraiment ‘‘bonne nouvelle’’ dans un monde où l’égoïsme semble régner de façon absolue ! Nous ne parlons pas d’un rêve romantique : la persévérance nécessaire pour avoir une famille et pour la faire grandir transforme le monde et l’histoire humaine.

Un pasteur proclame la parole de Dieu sereinement mais passionnément. Il encourage les croyants à viser haut. Il rendra ses frères et sœurs capables d’écouter et d’expérimenter la promesse de Dieu, qui peut étendre leur expérience de la maternité et de la paternité à l’horizon d’une nouvelle ‘‘familiarité’’ avec Dieu (cf. Mc 3, 31-35).

Un pasteur veille sur les rêves, les vies et la croissance de son troupeau. Cette ‘‘veille’’ n’est pas le résultat de paroles mais celui du fait de paître. Seul quelqu’un capable d’être ‘‘au milieu’’ du troupeau peut être attentif, pas quelqu’un qui a peur des questions, du contact, de l’accompagnement. Un pasteur veille d’abord et avant tout grâce à la prière, en soutenant la foi de son peuple et en inculquant la confiance au Seigneur, en sa présence. Un pasteur reste vigilant en aidant les personnes à élever leur regard aux moments de découragement, de frustration et d’échec. Nous pourrions aussi nous demander si dans notre ministère pastoral nous sommes prêts à ‘‘perdre’’ du temps avec les familles. Si nous sommes prêts à leur être présents, en partageant leurs difficultés et leurs joies.

Bien entendu, expérimenter l’esprit de cette joyeuse familiarité avec Dieu, et en diffusant sa puissante fécondité évangélique, doit être la première caractéristique de notre style de vie en tant qu’évêques : un style de vie de prière et de prédication de l’Evangile (cf. Ac 6, 4). Par notre humble apprentissage chrétien des vertus de la vie familiale caractérisant le peuple de Dieu, nous deviendrons toujours davantage [comme] des pères et des mères (à l’instar de Saint Paul : cf. 1Tm, 7,11), et moins [comme] des personnes qui ont juste appris à vivre sans famille. Notre idéal n’est pas de vivre sans amour ! Un bon pasteur renonce à l’amour d’une famille précisément afin de focaliser toutes ses énergies, et la grâce de sa vocation particulière, sur la bénédiction évangélique de l’amour des hommes et des femmes qui font avancer le plan divin de la création, en commençant par ceux qui sont perdus, abandonnés, blessés, brisés, abattus et privés de leur dignité. Cette oblation à l’agapè de Dieu n’est certainement pas une vocation qui manque de tendresse et d’affection ! Il nous suffit de regarder Jésus pour le comprendre (cf. Mt 19, 12). La mission du bon pasteur à la manière de Dieu – et seulement Dieu peut le permettre ; nous ne pouvons pas en présumer – imite sous toutes les formes et pour toutes les personnes l’amour du Fils pour le Père. Cela se reflète dans la tendresse avec laquelle un pasteur se dévoue aux soins pleins d’amour pour les hommes et les femmes de notre famille humaine.

Aux yeux de la foi, c’est un signe très précieux. Notre ministère a besoin d’approfondir l’alliance entre l’Eglise et la famille. Autrement, il devient aride, et la famille humaine sera irrémédiablement toujours plus loin, par notre faute, de la joyeuse Bonne Nouvelle de Dieu.

Si nous nous révélons capables de l’exigeante tâche de refléter l’amour de Dieu, armés de patience infinie ainsi que de sérénité, en nous efforçant de semer les graines de cet amour dans les sillons souvent tortueux où nous sommes appelés à planter, alors même une Samaritaine avec cinq ‘‘hommes qui ne sont pas ses maris’’ découvrira qu’elle est capable de témoigner. Et pour chaque jeune homme riche, sentant avec tristesse qu’il a encore besoin de réfléchir, un publicain avancé en âge descendra de l’arbre et donnera le quadruple aux pauvres, à ceux pour qui, jusqu’alors, il n’avait jamais eu la moindre pensée.

Puisse Dieu nous accorder ce don d’une proximité renouvelée entre la famille et l’Eglise. La famille est notre alliée, notre fenêtre sur le monde, et l’évidence d’une bénédiction irrévocable de Dieu destinée à tous les enfants qui, à chaque époque, sont nés dans cette création difficile et cependant belle que Dieu nous a demandé de servir ! »

Ce fut aussi un emps fort de cette dernière journée du Pape aux Etats-Unis, la visite qu’il a effectué il y a quelques minutes à des détenus dans une prison de haute sécurité de la banlieue de Philadelphie, la Prison Curran-Fromhold, un centre carcéral où sont enfermés près de 3000 prisionniers, le plus important du district de Philadelphie. François a rencontré une centaine de prisonniers dans le gymnase de l’établissement, leur apportant des mots de réconfort et de proximité, mais a aussi dénoncé une société qui ne ferait rien pour réhabiliter ses détenus.

« Toute société, toute famille, qui ne peut pas partager ou prendre au sérieux la peine de ses enfants, et voit cette peine comme une chose normale est une société ‘‘condamnée’’ à demeurer otage d’elle-même » a dit le Pape, qui a porté une violente charge contre une prison qui ne serait pas un lieu de rédemption, de réhabilitation : « Cela fait mal de voir les systèmes carcéraux qui ne se préoccupent pas de soigner les blessures, a lancé François, de soulager la peine, d’offrir de nouvelles possibilités. Cela fait mal de voir des personnes qui pensent que ce sont seulement les autres qui ont besoin d’être nettoyés, purifiés ».

26 Septembre 2015

Samedi 26 Septembre, le Pape François a quitté New-York pour rejoindre Philadelphie où il participera à la fin de la 8ème Rencontre mondiale des familles, troisième et dernière étape de son voyage apostolique aux Etats-Unis.

Après Washington et New York, Philadelphie accueille donc à son tour le Pape François. Le Souverain Pontife est arrivé dans la matinée dans cette ville de Pennsylvanie, dans l’Est des États-Unis, pour sa dernière étape américaine.

Philadelphie est la cinquième ville du pays, une ville chargée d’histoire, berceau de l’indépendance américaine, qui abrite plusieurs monuments fondateurs de l’identité américaine. Elle a été envahie depuis mardi par des milliers de familles du monde entier venues participer à la VIII° rencontre mondiale des familles. C’est autour de ce grand rendez-vous que ce voyage apostolique a été pensé. Un million et demi de personnes sont attendues dimanche pour la messe finale.

Le premier geste du Pape François à Philadelphie a été de célébrer une messe à la cathédrale des Saints Pierre et Paul. Quelque 2000 prêtres, évêques, religieux, religieuses et laïcs étaient présents dans cet édifice imposant de style corinthien romain à la façade ornée de colonnes et à l’intérieur richement décorée, et dont la construction remonte à la moitié du XIXème siècle. Dans son homélie, le pontife argentin a invité le clergé américain à impliquer davantage le laïcat dans la mission de l’Église.

Pour le Saint-Père, l’un des plus grands défis auquel l’Église est confrontée dans cette génération est d’encourager chez tous les fidèles le sens de la responsabilité personnelle pour la mission de l’Église, et de leur permettre d’assumer cette responsabilité en tant que disciples missionnaires.

Cela demande de la créativité dans l’adaptation aux situations changeantes. Cela demande d’être ouvert aux possibilités que l’Esprit révèle en communiquant la joie de l’Évangile, jour après jour et à chaque étape de la vie. François reconnaît qu’il faut préserver l’héritage du passé, mais que cela ne veut pas dire maintenir les structures et les institutions. L’avenir de l’Église dans une société en évolution rapide appellera, et même appelle déjà, à un engagement beaucoup plus actif du laïcat, a-t-il encore souligné.

Il ne s’agit pas pour le clergé et les religieux de renoncer à l’autorité spirituelle dont ils ont été investis. Cela signifie plutôt discerner et employer avec sagesse les multiples dons que l’Esprit répand sur l’Église. Le Pape souhaite en particulier que la contribution des jeunes et des femmes soit mise davantage en valeur : les jeunes avec leurs grands idéaux et leur générosité auxquels, dit-il, il faut faire de la place et qu’il faut aider à accomplir leur part ; les femmes, laïques et religieuses, dont il faut évaluer l’immense contribution apportée à la vie des communautés.

Pour appuyer son propos, François a évoqué en particulier sainte Catherine Drexel, une religieuse de la congrégation de Saint Joseph qui fait partie des grands saints issus de l’Église de Philadelphie. Elle est restée dans l’Histoire notamment pour avoir soigné les blessées sur les champs de bataille. François a rappelé un épisode de sa vie : quand elle a fait part au Pape Léon XIII des besoins des missions, le Pape lui a demandé sèchement : « Et vous ? Qu’allez-vous faire ? » Ces paroles ont changé la vie de Catherine, parce qu’elles lui ont rappelé qu’après tout, chaque chrétien ou chrétienne, en vertu du baptême, a reçu une mission.

Avant de prendre congé, François a invité le clergé et les religieux de Pennsylvanie à réfléchir sur leur ministère auprès des familles, auprès des couples se préparant au mariage et auprès des jeunes. Il leur a demandé de prier avec ferveur pour elles, et pour les délibérations du prochain Synode sur la Famille.

A la fin de la veillée de prière, le Pape François avait conclu la prière en rappelant que c’est l’amour de Dieu qui a créé la famille. Dieu a choisi de venir au monde dans une famille : « Le rêve de Dieu est inchangé ; il demeure intact et nous invite à travailler pour une société qui soutienne les familles. Ce soir nous sommes venus prier ensemble, prier en tant que famille, pour faire de nos foyers le visage joyeux de l’Église. Pour rencontrer ce Dieu qui n’a pas voulu venir dans notre monde d’une autre manière que dans une famille, pour rencontrer « Dieu avec nous », le Dieu qui est toujours parmi nous.”

25 Septembre 2015

Vendredi 25 Septembre, le Saint-Père est à New-York où il a été reçu à l’ONU dans la matinée. Il a célébré une messe en fin d’après-midi au Madison Square Garden avant de s’envoler demain pour Philadelphie et la 8ème Rencontre mondiale des familles.

Retrouvez ci-dessous le texte de l’homélie du Pape François :

" Nous sommes à Madison Square Garden, un lieu synonyme de cette cité. C’est le lieu d’évènements sportifs, artistiques et musicaux importants, qui attirent des personnes non seulement de cette cité mais aussi du monde entier. En ce lieu, qui représente à la fois la variété et la communion d’intérêts de si nombreux peuples différents, nous avons entendu ces paroles : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1).

Le peuple qui marchait – rattrapé dans ses activités et ses habitudes, dans ses succès et ses échecs, ses inquiétudes et ses attentes – a vu une grande lumière. Le peuple qui marchait – avec ses joies et ses espérances, ses déceptions et ses regrets – a vu une grande lumière.

A toutes les époques, le Peuple de Dieu a été appelé à contempler cette lumière. Une lumière pour les nations, comme le vieillard Siméon l’a exprimé. Une lumière destinée à resplendir dans chaque recoin de la ville, sur nos concitoyens, dans chaque partie de nos vies.

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Une qualité particulière du peuple de Dieu est sa capacité à voir, à contempler, même dans les « moments d’obscurité », la lumière que le Christ apporte. Le peuple fidèle de Dieu peut voir, discerner et contempler sa présence vivante au cœur de sa vie, au cœur de sa ville. Avec le prophète Isaïe nous pouvons dire : ‘Le peuple qui marche, respire et vit au milieu du brouillard, a vu une grande lumière, a expérimenté un souffle d’air frais’.

Vivre dans une grande ville n’est pas toujours facile. Un contexte multiculturel présente plusieurs défis complexes. Mais les grandes villes sont un rappel des richesses cachées présentes dans notre monde : dans la diversité de ses cultures, de ses traditions et de ses expériences historiques. Dans la variété de ses langues, de ses costumes et de ses cuisines. Les grandes villes réunissent ensemble toutes les manières différentes que les êtres humains ont découvertes pour exprimer le sens de la vie, où que nous soyons.

Mais les grandes villes cachent aussi les visages de toutes ces personnes qui ne semblent pas lui appartenir, ou être des citoyens de seconde classe. Dans les grandes villes, dans le grondement du trafic, au ‘‘rythme rapide du changement’’, beaucoup de visages passent inaperçus, parce qu’ils n’ont pas le ‘‘droit’’ d’être là, le droit de faire partie de la ville. C’est l’étranger, l’enfant sans instruction, ceux qui sont privés d’assurance médicale, le sans toit, le vieillard délaissé. Ces personnes restent sur les bords de nos grandes avenues, dans nos rues, dans un anonymat assourdissant. Elles font désormais partie, à nos yeux, et surtout dans nos cœurs, d’un paysage urbain qui est de plus en plus considéré comme allant de soi.

Savoir que Jésus marche encore dans nos rues, qu’il fait partie de la vie des siens, qu’il est engagé avec nous dans une grande histoire de salut, nous remplit d’espérance. Une espérance libératrice des forces qui nous poussent à l’isolement et au manque de souci pour la vie des autres, pour la vie de notre ville. Une espérance qui nous libère des ‘‘connexions’’ vides, des analyses abstraites, ou des habitudes sensationnalistes. Une espérance qui n’a pas peur de l’engagement, qui agit comme un levain partout où il nous arrive de vivre et de travailler. Une espérance qui nous fait voir, même au milieu du brouillard, la présence de Dieu qui continue à marcher dans les rues de nos villes.

A quoi ressemble-t-elle, cette lumière se déplaçant dans nos rues ? Comment rencontrons-nous Dieu, qui vit parmi nous au milieu du brouillard de nos villes ? Comment rencontrons-nous Jésus, vivant et agissant dans la vie quotidienne de nos villes multiculturelles ?

Le prophète Isaïe peut nous guider dans ce processus consistant à ‘‘apprendre à voir’’. Il nous présente Jésus comme le « Conseiller-merveilleux, le Dieu-fort, le Père-à-jamais, le Prince-de-la-paix ». De cette manière, il nous introduit dans la vie du Fils, pour que sa vie soit notre vie.

Conseiller-merveilleux. L’Évangile nous dit que de nombreuses personnes viennent à Jésus pour lui demander : « Maître, que devons-nous faire ? » La première chose que Jésus répond est de proposer, d’encourager, de motiver. Il continue de dire à ses disciples d’aller, de sortir. Il les presse de sortir et de rencontrer les autres là où ils sont réellement, et non où nous pensons qu’ils devraient être. Sortir, encore et encore, sortir sans peur, sans hésitation. Sortir et proclamer cette joie qui est pour tout le peuple.

Le Dieu-fort. En Jésus, Dieu lui-même devient Emmanuel, Dieu-avec-nous, le Dieu qui marche à nos côtés, qui s’est impliqué dans nos vies, dans nos maisons, au milieu de nos « marmites », comme sainte Thérèse de Jésus aimait à le dire.

Le Père-à-jamais. Rien ni personne ne peut nous séparer de son amour. Sortir et proclamer, sortir et montrer que Dieu est au milieu de vous comme un père miséricordieux qui sort lui-même, matin et soir, pour voir si son fils est sur le chemin de retour à la maison ; et dès qu’il le voit venir, il sort en courant pour l’embrasser. Une étreinte qui veut reprendre, purifier et élever la dignité de ses enfants. Un Père qui, par son étreinte, est bonne nouvelle pour les pauvres, guérison pour les affligés, libération pour les prisonniers, consolation pour ceux qui sont affligés (cf. Is 61, 1-2).

Prince-de-la paix. Il sort vers les autres et partage la bonne nouvelle que Dieu notre Père, marche à nos côtés. Il nous libère de l’anonymat, d’une vie vide et égoïste, et nous conduit à l’école de la rencontre. Il nous retire de la mêlée de la compétition et de l’égocentrisme, et il ouvre devant nous le chemin de la paix. Cette paix qui naît de l’acceptation des autres, cette paix qui remplit nos cœurs lorsque nous considérons ceux qui sont dans le besoin comme nos frères et nos sœurs.

Dieu vit dans nos cités. L’Église vit dans nos cités, et elle veut être comme la levure dans la pâte. Elle veut entrer en relation avec tout le monde, rester aux côtés de chacun, alors qu’elle proclame les prodiges du Conseiller-merveilleux, du Dieu-fort, du Père-à-jamais, du Prince-de-la-Paix.

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Et nous sommes nous-mêmes les témoins de cette lumière. "

Après Cuba, après Washington, New York avec une intense activité diplomatique comme le discours à l’assemblée générale de l’ONU mais aussi des événements de haute portée religieuse telle la rencontre interreligieuse de Ground Zero, là où le 11 septembre 2001, des avions de fanatiques attaquèrent les deux tours dites Jumelles. Telle aussi la messe au Madison Square Garden, lieu mythique d’événements de musique ou de sport et transformé, le temps d’une messe en lieu d’élévation de prière à la gloire de Dieu. L’Amérique, puissance économique mondiale berceau du capitalisme et de matérialisme à tout crin, sait aussi reconnaitre la toute-puissance de Dieu.

Après tout cela donc, le Pape s’envolera demain matin à Philadelphie, capitale de Pennsylvanie et symbole plus que tout autre de l’Amérique de la liberté, de l’Amérique des libertés. C’est ici que fut signée la déclaration d’indépendance des premiers Etats qui allaient fonder les Etats-Unis d’aujourd’hui. C’est ici aussi, en pleine rencontre mondiale des familles que se tiendra, sous la présidence du Pape l’importante rencontre pour la liberté religieuse. A Philadelphie désormais tout est prêt. Philly comme disent les Américains, attend le Pape.

Peu après son discours devant les Nations Unies, le Pape s’est rendu au mémorial de Ground Zero dans le sud de Manhattan, site des attentats du 11 septembre 2001, afin de participer à une rencontre interreligieuse. Accompagné du cardinal Thimothy Dolan, l’archevêque de New York, le Souverain Pontife s’est recueilli sur ce lieu symbolique du terrorisme et a déposé une rose blanche sur l’une des stèles de marbre noir où sont gravés les noms de près de 3000 victimes, fauchées dans l’effondrement des tours jumelles. Il a salué ensuite des familles des victimes des attentats, en particulier des secouristes.

François est descendu dans le sous-sol du mémorial où se situe un musée du souvenir, comportant notamment des morceaux de la structure du World Trade Center, pour rencontrer plusieurs leaders religieux de la ville de New York. Une cérémonie interreligieuse au cours de laquelle sont intervenus un rabin, un imam, ainsi que des leaders de la communauté sikhe, bouddhiste, hindouiste et grecque-orthodoxe

Le Saint-Père a ensuite pris la parole pour expliquer, en termes fort et poétiques combien la lumière peut jaillir des ténèbres dans ce lieu chargé de symboles, rendant hommage à l’héroïsme de ceux qui ont donné leur vie et faisant part de son espérance que la présence des différents leaders religieux soit l’occasion de "réaffirmer le désir d’être des forces de réconciliation".

Auparavant, à l’ONU, le Saint-Père avait prononcé un second discours très attendu après celui tenu au Capitole, à Washington, où il a été le premier Pape accueilli par les deux assemblées, Chambre des représentants et sénat, réunies en Congrès.

Pendant 45 minutes, le Souverain Pontife s’est adressé à la communauté internationale à la tribune des Nations-Unies à New York, dans la salle de l’Assemblée Générale, invitant avec des mots forts chaque nation et chaque responsable politique à prendre leurs responsabilités pour la "sauvegarde de la maison commune". Le Pape a livré une leçon de géopolitique telle que le conçoit le Saint-Siège, en donnant les clés pour une coopération internationale au service de la justice et de la dignité humaine.

Retrouvez l’intégralité de ce second discours du pape François :

« Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Une fois encore, en suivant une tradition dont je me sens honoré, le Secrétaire Général des Nations Unies a invité le Pape à s’adresser à cette honorable assemblée des nations. En mon nom propre et au nom de toute la communauté catholique, Monsieur Ban Ki-moon, je voudrais vous exprimer la plus sincère et cordiale gratitude. Je vous remercie aussi pour vos aimables paroles. Je salue également les Chefs d’Etat et de Gouvernement ici présents, les Ambassadeurs, les diplomates et les fonctionnaires politiques et techniques qui les accompagnent, le personnel des Nations Unies impliqué dans cette 70ème session de l’Assemblée Générale, le personnel de tous les programmes et agences de la famille de l’ONU, et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, participent à cette réunion. A travers vous, je salue aussi les citoyens de toutes les nations représentées dans cette rencontre. Merci pour les efforts de tous et de chacun en faveur de l’humanité.

C’est la cinquième fois qu’un Pape visite les Nations Unies. Ainsi de mes prédécesseurs : Paul VI en 1965, Jean-Paul II en 1979 et en 1995 et mon prédécesseur immédiat, aujourd’hui le Pape émérite Benoît XVI, en 2008. Aucun d’eux n’a été avare d’expressions de reconnaissance pour l’Organisation, la considérant comme la réponse juridique et politique appropriée au moment historique caractérisé par le dépassement technologique des distances et des frontières et, apparemment, par le dépassement de toute limite naturelle de l’affirmation du pouvoir. Une réponse indispensable puisque le pouvoir technologique, aux mains d’idéologies nationalistes et faussement universalistes, est capable de provoquer de terribles atrocités. Je ne peux que m’associer à l’appréciation de mes prédécesseurs, en réaffirmant l’importance que l’Eglise catholique accorde à cette institution et l’espérance qu’elle met dans ses activités.

L’histoire de la communauté organisée des Etats représentée par les Nations Unies, qui célèbre ces jours-ci son 70ème anniversaire, est une histoire d’importants succès communs, dans une période d’accélération inhabituelle des événements. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut mentionner la codification et le développement du droit international, la construction de la législation internationale des droits humains, le perfectionnement du droit humanitaire, la résolution de nombreux conflits ainsi que des opérations de paix et de réconciliation, et tant d’autres acquis dans tous les domaines de portée internationale de l’activité humaine. Toutes ces réalisations sont des lumières en contraste avec l’obscurité du désordre causé par les ambitions incontrôlées et par les égoïsmes collectifs. Certes, les graves problèmes non résolus sont encore nombreux, mais il est évident que si toute cette activité internationale avait manqué, l’humanité pourrait n’avoir pas survécu à l’utilisation incontrôlée de ses propres potentialités. Chacun de ces progrès politiques, juridiques et techniques est un chemin d’accomplissement de l’idéal de fraternité humaine et un moyen pour sa plus grande réalisation.

Je rends hommage, pour cela, à tous les hommes et femmes qui ont servi loyalement, et dans un esprit de sacrifice, toute l’humanité durant ces 70 ans. En particulier, je voudrais rappeler aujourd’hui ceux qui ont donné leur vie pour la paix et la réconciliation des peuples, depuis Dag Hammarskjöld jusqu’aux très nombreux fonctionnaires de tous niveaux, décédés dans des missions humanitaires, dans des missions de paix et de réconciliation.

L’expérience de ces 70 années, au-delà de tous les acquis, montre que la réforme et l’adaptation aux temps est toujours nécessaire, progressant vers l’objectif ultime d’accorder à tous les peuples, sans exception, une participation et une incidence réelle et équitable dans les décisions. Cette nécessité de plus d’équité vaut en particulier pour les corps dotés d’une capacité d’exécution effective, comme c’est le cas du Conseil de Sécurité, des Organismes Financiers et des groupes ou mécanismes spécialement créés pour affronter les crises économiques. Cela aidera à limiter tout genre d’abus et d’usure surtout par rapport aux pays en voie de développement. Les Organismes Financiers Internationaux doivent veiller au développement durable des pays, et à ce qu’ils ne soient pas soumis, de façon asphyxiante, à des systèmes de crédits qui, loin de promouvoir le progrès, assujettissent les populations à des mécanismes de plus grande pauvreté, d’exclusion et de dépendance.

Le travail des Nations Unies, à partir des postulats du Préambule et des premiers articles de sa Charte constitutionnelle, peut être considéré comme le développement et la promotion de la primauté du droit, étant entendu que la justice est une condition indispensable pour atteindre l’idéal de la fraternité universelle. Dans ce contexte, il faut rappeler que la limitation du pouvoir est une idée implicite du concept de droit. Donner à chacun ce qui lui revient, en suivant la définition classique de la justice, signifie qu’aucun individu ou groupe humain ne peut se considérer tout-puissant, autorisé à passer par-dessus la dignité et les droits des autres personnes physiques ou de leurs regroupements sociaux. La distribution de fait du pouvoir (politique, économique, de défense, technologique, ou autre) entre une pluralité de sujets ainsi que la création d’un système juridique de régulation des prétentions et des intérêts, concrétise la limitation du pouvoir. Le panorama mondial aujourd’hui nous présente, cependant, beaucoup de faux droits, et – à la fois- de grands secteurs démunis, victimes plutôt d’un mauvais exercice du pouvoir : l’environnement naturel ainsi que le vaste monde de femmes et d’hommes exclus. Deux secteurs intimement liés entre eux, que les relations politiques et économiques prépondérantes ont fragilisés. Voilà pourquoi il faut affirmer avec force leurs droits, en renforçant la protection de l’environnement et en mettant un terme à l’exclusion.

Avant tout, il faut affirmer qu’il existe un vrai ‘‘droit de l’environnement’’ pour un double motif. En premier lieu, parce que nous, les êtres humains, nous faisons partie de l’environnement. Nous vivons en communion avec lui, car l’environnement comporte des limites éthiques que l’action humaine doit reconnaître et respecter. L’homme, même s’il est doté de « capacités inédites » qui « montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique » (Encyclique Laudato si’, n. 81), est en même temps une portion de cet environnement. Il a un corps composé d’éléments physiques, chimiques et biologiques, et il peut survivre et se développer seulement si l’environnement écologique lui est favorable. Toute atteinte à l’environnement, par conséquent, est une atteinte à l’humanité. En second lieu, parce que chacune des créatures, surtout les créatures vivantes, a une valeur en soi, d’existence, de vie, de beauté et d’interdépendance avec les autres créatures. Nous les chrétiens, avec les autres religions monothéistes, nous croyons que l’Univers provient d’une décision d’amour du Créateur, qui permet à l’homme de se servir, avec respect, de la création pour le bien de ses semblables et pour la gloire du Créateur. Mais l’homme ne peut abuser de la création et encore moins n’est autorisé à la détruire. Pour toutes les croyances religieuses l’environnement est un bien fondamental (cf. Ibid, n. 81).

L’abus et la destruction de l’environnement sont en même temps accompagnés par un processus implacable d’exclusion. En effet, la soif égoïste et illimitée de pouvoir et de bien-être matériel conduit autant à abuser des ressources matérielles disponibles qu’à exclure les faibles et les personnes ayant moins de capacités, soit parce que dotées de capacités différentes (les handicapés), soit parce que privées des connaissances et des instruments techniques adéquats, ou encore parce qu’ayant une capacité insuffisante de décision politique. L’exclusion économique et sociale est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l’environnement. Les plus pauvres sont ceux qui souffrent le plus de ces atteintes pour un triple motif grave : ils sont marginalisés par la société, ils sont en même temps obligés de vivre des restes, et ils doivent subir injustement les conséquences des abus sur l’environnement. Ces phénomènes constituent la ‘‘culture de déchet’’ aujourd’hui si répandue et inconsciemment renforcée.

Le drame de toute cette situation d’exclusion et d’injustice, avec ces conséquences claires, me conduit, avec tout le peuple chrétien et avec tant d’autres, à prendre conscience aussi de ma grave responsabilité à ce sujet, et pour cette raison, j’élève la voix, me joignant à tous ceux qui souhaitent des solutions urgentes et efficaces. L’adoption de l’‘‘Agenda 2030 pour le Développement Durable’’ au Sommet mondial, qui commencera aujourd’hui même, est un signe important d’espérance. J’espère que la Conférence de Paris sur le changement climatique aboutira à des accords fondamentaux et efficaces.

Cependant, les engagements assumés solennellement ne suffisent pas, même s’ils constituent un pas nécessaire aux solutions. La définition classique de la justice, à laquelle je me suis référé plus haut, contient comme élément essentiel une volonté constante et permanente : Iustitia est constans et perpetua voluntas ius suum cuique tribuendi. Le monde réclame de tous les gouvernants une volonté effective, pratique, constante, des pas concrets et des mesures immédiates, pour préserver et améliorer l’environnement naturel et vaincre le plus tôt possible le phénomène de l’exclusion sociale et économique, avec ses tristes conséquences de traites d’êtres humains, de commerce d’organes et de tissus humains, d’exploitation sexuelle d’enfants, de travail esclave - y compris la prostitution -, de trafic de drogues et d’armes, de terrorisme et de crime international organisé. L’ampleur de ces situations et le nombre de vies innocentes qu’elles sacrifient sont tels que nous devons éviter toute tentation de tomber dans un nominalisme de déclarations à effet tranquillisant sur les consciences. Nous devons veiller à ce que nos institutions soient réellement efficaces dans la lutte contre tous ces fléaux.

La multiplicité et la complexité des problèmes exigent de compter sur des instruments techniques de mesure. Cela, cependant, comporte un double danger : se limiter au travail bureaucratique consistant à rédiger de longues listes de bonnes intentions – buts, objectifs et indicateurs statistiques – ou bien croire qu’une unique solution théorique et aprioriste donnera une réponse à tous les défis. À aucun moment, il ne faut oublier que l’action politique et économique est efficace seulement lorsqu’on l’entend comme une activité prudentielle, guidée par un concept immuable de justice, et qui ne perd jamais de vue, qu’avant et au-delà des plans comme des programmes il y a des femmes et des hommes concrets, égaux aux gouvernants, qui vivent, luttent et souffrent, et qui bien des fois se voient obligés de vivre dans la misère, privés de tout droit.

Pour que tous ces hommes et femmes concrets puissent échapper à l’extrême pauvreté, il faut leur permettre d’être de dignes acteurs de leur propre destin. Le développement humain intégral et le plein exercice de la dignité humaine ne peuvent être imposés. Ils doivent être édifiés et déployés par chacun, par chaque famille, en communion avec les autres hommes, et dans une juste relation avec tous les cercles où se développe la société humaine – amis, communautés, villages et communes, écoles, entreprises et syndicats, provinces, nations, entre autres. Cela suppose et exige le droit à l’éducation – également pour les filles (exclues dans certaines régions) -, droit qui est assuré en premier lieu par le respect et le renforcement du droit primordial de la famille à éduquer, et le droit des Eglises comme des regroupements sociaux à soutenir et à collaborer avec les familles dans la formation de leurs filles et de leurs fils. L’éducation, ainsi conçue, est la base pour la réalisation de l’Agenda 2030 et pour sauver l’environnement.

En même temps, les gouvernants doivent faire tout leur possible afin que tous puissent avoir les conditions matérielles et spirituelles minimum pour exercer leur dignité, comme pour fonder et entretenir une famille qui est la cellule de base de tout développement social. Ce minimum absolu a, sur le plan matériel, trois noms : toit, travail et terre ; et un nom sur le plan spirituel : la liberté de pensée, qui comprend la liberté religieuse, le droit à l’éducation et les autres droits civiques.

Pour toutes ces raisons, la mesure et l’indicateur les plus simples et les plus adéquats de l’exécution du nouvel Agenda pour le développement seront l’accès effectif, pratique et immédiat, de tous, aux biens matériels et spirituels indispensables : logement personnel, travail digne et convenablement rémunéré, alimentation adéquate et eau potable ; liberté religieuse, et, plus généralement, liberté de pensée et éducation. À la fois, ces piliers du développement humain intégral ont un fondement commun, qui est le droit à la vie, et, plus généralement, ce que nous pourrions appeler le droit à l’existence de la nature humaine elle-même.

La crise écologique, avec la destruction d’une bonne partie de la biodiversité, peut mettre en péril l’existence même de l’espèce humaine. Les conséquences néfastes d’une mauvaise gestion irresponsable de l’économie mondiale, guidée seulement par l’ambition du profit et du pouvoir, doivent être un appel à une sérieuse réflexion sur l’homme : « L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature » (Benoît XVI, Discours au parlement Fédéral d’Allemagne, 22 septembre 2011, cité dans Enc. Laudato si’, n. 6). La création subit des préjudices « là où nous-mêmes sommes les der¬nières instances… Le gaspillage des ressources de la Création commence là où nous ne reconnais¬sons plus aucune instance au-dessus de nous, mais ne voyons plus que nous-mêmes » (Id., Discours au clergé du Diocèse de Bolzano-Bressanone, 6 août 2008, cité Ibid.). C’est pourquoi, la défense de l’environnement et la lutte contre l’exclusion exigent la reconnaissance d’une loi morale inscrite dans la nature humaine elle-même, qui comprend la distinction naturelle entre homme et femme (cf. Ibid, n. 155), et le respect absolu de la vie à toutes ses étapes et dans toutes ses dimensions (cf. Enc. Laudato si’, nn. 123 ; 136).

Sans la reconnaissance de certaines limites éthiques naturelles à ne pas franchir, et sans la concrétisation immédiate de ces piliers du développement humain intégral, l’idéal de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » (Charte des Nations Unies, Préambule) et de « favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande » court le risque de se transformer en un mirage inaccessible ou, pire encore, en paroles vides qui servent d’excuse à tous les abus et à toutes les corruptions, ou pour promouvoir une colonisation idéologique à travers l’imposition de modèles et de styles de vie anormaux, étrangers à l’identité des peuples et, en dernier ressort, irresponsables.

La guerre est la négation de tous les droits et une agression dramatique contre l’environnement. Si l’on veut un vrai développement humain intégral pour tous, on doit poursuivre inlassablement l’effort pour éviter la guerre entre les nations et entre les peuples.

A cette fin, il faut assurer l’incontestable état de droit et le recours inlassable à la négociation, aux bons offices et à l’arbitrage, comme proposé par la Charte des Nations Unies, vraie norme juridique fondamentale. L’expérience des 70 ans d’existence des Nations Unies, en général, et en particulier l’expérience des 15 premières années du troisième millénaire montrent aussi bien l’efficacité de la pleine application des normes internationales que l’inefficacité de leur inobservance. Si l’on respecte et applique la Charte des Nations Unies dans la transparence et en toute sincérité, sans arrière-pensées, comme point de référence obligatoire de justice et non comme instrument pour masquer des intentions inavouées, on obtient des résultats de paix. En revanche, lorsqu’on confond la norme avec un simple instrument, à utiliser quand cela convient et à éviter dans le cas contraire, on ouvre une véritable boîte de Pandore de forces incontrôlables, qui nuisent gravement aux populations démunies, à l’environnement culturel, voire à l’environnement biologique.

Le Préambule et le premier article de la Charte des Nations Unies montrent quels sont les ciments de la construction juridique internationale : la paix, la résolution pacifique des conflits et le développement de relations d’amitié entre les nations. La tendance toujours actuelle à la prolifération des armes, spécialement les armes de destruction massive comme les armes nucléaires, contraste fortement avec ces affirmations et les nie dans la pratique. Une éthique et un droit fondés sur la menace de destruction mutuelle – et probablement de toute l’humanité – sont contradictoires et constituent une manipulation de toute la construction des Nations Unies, qui finiraient par être ‘‘ Nations unies par la peur et la méfiance’’. Il faut œuvrer pour un monde sans armes nucléaires, en appliquant pleinement l’esprit et la lettre du Traité de non-prolifération, en vue d’une prohibition totale de ces instruments.

Le récent accord sur la question nucléaire dans une région sensible de l’Asie et du Moyen Orient est une preuve des possibilités d’une bonne volonté politique et du droit, exercés de façon sincère, patiente et constante. Je forme le voeu que cet accord soit durable et efficace, et qu’il porte les fruits désirés avec la collaboration de toutes les parties impliquées.

En ce sens, ne manquent pas de rudes épreuves liées aux conséquences négatives des interventions politiques et militaires qui n’ont pas été coordonnées entre les membres de la communauté internationale. C’est pourquoi, tout en souhaitant ne pas avoir besoin de le faire, je ne peux m’empêcher de réitérer mes appels incessants concernant la douloureuse situation de tout le Moyen Orient, du nord de l’Afrique et d’autres pays africains, où les chrétiens, avec d’autres groupes culturels ou ethniques, y compris avec les membres de la religion majoritaire qui ne veulent pas se laisser gagner par la haine et la folie, ont été forcés à être témoins de la destruction de leurs lieux de culte, de leur patrimoine culturel et religieux, de leurs maisons comme de leurs propriétés, et ont été mis devant l’alternative de fuir ou bien de payer de leur propre vie, ou encore par l’esclavage, leur adhésion au bien et à la paix.

Ces réalités doivent constituer un sérieux appel à un examen de conscience de la part de ceux qui sont en charge de la conduite des affaires internationales. Non seulement dans les cas de persécution religieuse ou culturelle, mais aussi dans chaque situation de conflit, comme en Ukraine, en Syrie, en Irak, en Libye, au Sud Soudan et dans la région des Grands Lacs, avant les intérêts partisans, aussi légitimes soient-ils, il y a des visages concrets. Dans les guerres et les conflits, il y a des êtres humains concrets, des frères et des sœurs qui sont nôtres, des hommes et des femmes, des jeunes et des personnes âgées, des enfants qui pleurent, souffrent et meurent, des êtres humains transformés en objet mis au rebut alors qu’on ne fait que s’évertuer à énumérer des problèmes, des stratégies et des discussions.

Comme je le demandais au Secrétaire Général des Nations Unies dans ma lettre du 9 août 2014, « la compréhension la plus élémentaire de la dignité humaine […] contraint la communauté internationale, en particulier en vertu des normes et des mécanismes du droit international, à faire tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter et prévenir d’ultérieures violences systématiques contre les minorités ethniques et religieuses » et pour protéger les populations innocentes.

Dans cette même ligne, je voudrais faire mention d’un autre genre de conflit pas toujours clairement déclaré mais qui, en silence, provoque la mort de millions de personnes. Un autre genre de guerre que vivent beaucoup de nos sociétés à travers le phénomène du narcotrafic. Une guerre ‘‘assumée’’ et faiblement combattue. Le narcotrafic, de par sa propre dynamique, est accompagné par la traite des personnes, le blanchiment des actifs, le trafic des armes, l’exploitation des enfants et par d’autres formes de corruption. Corruption qui a infiltré les divers niveaux de la vie sociale, politique, militaire, artistique et religieuse, en générant, dans beaucoup de cas, une structure parallèle qui met en péril la crédibilité de nos institutions.

J’ai commencé cette intervention en rappelant les visites de mes prédécesseurs. Je voudrais à présent que mes paroles soient surtout comme une suite des paroles conclusives du discours de Paul VI, prononcées il y a exactement 50 ans, mais qui sont d’une valeur perpétuelle. « Voici arrivée l’heure où s’impose une halte, un moment de recueillement, de réflexion, quasi de prière : repenser à notre commune origine, à notre histoire, à notre destin commun. Jamais comme aujourd’hui, […] n’a été aussi nécessaire l’appel à la conscience morale de l’homme. Car le péril ne vient, ni du progrès, ni de la science, qui, bien utilisés, pourront […] résoudre un grand nombre des graves problèmes qui assaillent l’humanité » (Discours à l’Organisation des Nations Unies à l’occasion du 20ème anniversaire de l’Organisation, 4 octobre 1965). Entre autres, sans doute, le génie humain, bien utilisé, aidera à affronter les graves défis de la dégradation écologique et de l’exclusion. Paul VI a poursuivi : « Le vrai péril se tient dans l’homme, qui dispose d’instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu’aux plus hautes conquêtes » (Ibid.).

La maison commune de tous les hommes doit continuer de s’élever sur une juste compréhension de la fraternité universelle et sur le respect de la sacralité de chaque vie humaine, de chaque homme et de chaque femme ; des pauvres, des personnes âgées, des enfants, des malades, des enfants à naître, des chômeurs, des abandonnés, de ceux qui sont jugés bons à exclure, parce qu’on ne les perçoit plus que comme des chiffres de l’une ou l’autre statistique. La maison commune de tous les hommes doit aussi s’édifier sur la compréhension d’une certaine sacralité de la nature créée.

Cette compréhension et ce respect exigent un niveau supérieur de sagesse, qui accepte la transcendance, renonce à la construction d’une élite toute puissante, et comprenne que le sens plénier de la vie individuelle et collective se révèle dans le service dévoué des autres et dans la prudente et respectueuse utilisation de la création, pour le bien commun. Pour reprendre les paroles de Paul VI, « l’édifice de la civilisation moderne doit se construire sur des principes spirituels, les seuls capables non seulement de le soutenir, mais aussi de l’éclairer » (Ibíd.).

Le Gaucho Martin Fierro, un classique de la littérature de mon pays natal, chante : « Les frères sont unis parce que c’est la loi primordiale. Qu’ils cultivent une vraie union en toute circonstance, parce que s’ils se querellent entre eux, ceux du dehors les dévoreront ».

Le monde contemporain, apparemment relié, expérimente une fragmentation sociale, croissante et soutenue, qui met en danger « tout fondement de la vie sociale » et par conséquent « finit par nous opposer les uns autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts » (Enc. Laudato si’, n. 229).

Le temps présent nous invite à privilégier des actions qui créent de nouveaux dynamismes dans la société jusqu’à ce qu’ils fructifient en événements historiques importants et positifs (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, 223). Nous ne pouvons pas nous permettre de reporter pour plus tard ‘‘certains agendas’’. L’avenir exige de nous des décisions critiques et globales face aux conflits mondiaux qui augmentent le nombre des exclus et de ceux qui sont dans le besoin.

La louable construction juridique internationale de l’Organisation des Nations Unies et de toutes ses réalisations, perfectible comme toute œuvre humaine et, en même temps, nécessaire, peut être le gage d’un avenir sûr et heureux pour les futures générations. Elle le sera si les représentants des Etats sauront laisser de côté des intérêts sectoriels et idéologiques, et chercher sincèrement le service du bien commun. Je demande à Dieu Tout-Puissant qu’il en soit ainsi, et je vous assure de mon soutien, de ma prière ainsi que du soutien et des prières de tous les fidèles de l’Eglise catholique, pour que cette institution, tous ses Etats membres et chacun de ses fonctionnaires rendent toujours un service efficace à l’humanité, un service respectueux de la diversité et qu’ils sachent renforcer, pour le bien commun, le meilleur de chaque peuple et de tout citoyen.

La bénédiction du Très-Haut, la paix et la prospérité à vous tous et à vos peuples. Merci ! »

24 Septembre 2015

Jeudi 24 septembre, le pape François a vécu la deuxième journée de son voyage apostolique aux Etats-Unis. Le discours qu’il a adressé aujourd’hui, à Washington, aux membres du Congrès était très attendu.

C’était un discours annoncé comme historique puisque jamais un pape n’avait jusqu’ici été invité à s’exprimer devant le Congrès américain, cœur du pouvoir législatif des Etats-Unis.

Le Pape François s’est donc rendu au capitole ce jeudi matin à Washington pour s’adresser aux 435 membres de la Chambres des Représentants et aux 100 élus du Sénat. Le Saint-Père a été accueilli par John Boehner, le président républicain de la Chambre des représentants, ainsi que par Joe Biden, président démocrate du Sénat et vice-président des États-Unis. puis a rejoint l’hémicycle, où se trouvaient également les neuf membres de la Cour Suprême ainsi que les membres du cabinet présidentiel.

Dans un discours habile, tout en finesse, le pape jésuite a évoqué les défis actuels qui lui tiennent à cœur, faisant appel aux richesses de l’héritage culturel et de l’esprit du peuple américain. Pour trouver des solutions aux problèmes du présent, fondamentalisme, capitalisme, immigration, commerce des armes, ou encore peine capitale, il a invité ses auditeurs à honorer la mémoire à s’inspirer de quatre illustres Américains : Abraham Lincoln, le gardien de la liberté ; Martin Luther King, avec ses batailles contre l’exclusion ; Dorothy Day, fondatrice du Mouvement des Travailleurs catholiques, connue pour sa passion pour la justice et pour la cause des opprimés, et le moine cistercien Thomas Merton, qui, au début de la Grande Guerre, défiant les certitudes de son temps, fut un promoteur de paix entre les peuples et les religions. Sans éluder les questions sensibles, le Pape François n’a pas voulu passer à l’offensive. Il a préféré exhorter les Américains à puiser dans leurs réserves culturelles les plus profondes.

A peine sorti du Congrès où était réunie toute l’élite politique des Etats-Unis, le Pape François, fidèle à ses principes, a rencontré quelque 200 sans-abri au centre caritatif de Saint-Patrick, liée à la paroisse catholique du même nom, la plus ancienne de la capitale fédérale américaine. « Je veux être avec vous, leur a-t-il dit, j’ai besoin de votre soutien, de votre proximité. Parlant lentement, le Saint-Père a affirmé qu’il n’y avait aucune justification au manque de logement. « Vous me rappelez Saint-Joseph », a-t-il insisté, en soulignant que Joseph n’avait pas de toit à offrir à sa femme, Marie, quand Jésus est né à Bethléem.

Le Souverain Pontife a cherché à réconforter ces personnes sans domicile : « Jésus continue de frapper à nos portes à travers les visages de ceux qui sont à côté de nous » a t-il expliqué. Certains membres du Congrès avait espéré que le Saint-Père partage avec eux le déjeuner après son discours, mais le Pape François, comme à son habitude, a préféré aller voir aux "périphéries" de la capitale, en alternant les rencontres très officielles avec celles avec les catégories défavorisées de la société.

Après deux jours passés à Washington, le Saint-Père s’envole pour New York où il sera reçu vendredi à la tribune des Nations Unies, où il prononcera un second discours également très attendu.

Retrouvez ci-dessous l’intégralité du discours que le Pape François a prononcé au Capitole devant le Congrès :

« Monsieur le Vice-Président,
Monsieur le Président,
Honorables Membres du Congrès,
Chers amis,

Je suis très reconnaissant pour votre invitation à m’adresser à cette Session conjointe du Congrès dans « le pays des hommes libres et dans la maison des hommes courageux ». Je crois que la raison de cette invitation est que, moi aussi, je suis fils de ce grand continent, dont nous avons tous tant reçu et vis-à-vis duquel nous partageons une responsabilité commune.

Chaque fils ou fille d’un pays a une mission, une responsabilité personnelle et sociale. Votre responsabilité en tant que membres du Congrès est de permettre à ce pays, à travers votre activité législative, de prospérer en tant que nation. Vous êtes le visage de ce peuple, ses représentants. Vous êtes appelés à défendre et à préserver la dignité de vos concitoyens dans la recherche inlassable et exigeante du bien commun, car c’est le principal objectif de toute politique. Une société politique perdure, si elle cherche, comme vocation, à satisfaire les besoins communs en stimulant la croissance de tous ses membres, spécialement ceux qui sont en situation de plus grande vulnérabilité ou de risque. L’activité législative est toujours fondée sur la protection du peuple. C’est à cela que vous avez été invités, appelés et convoqués par ceux qui vous ont élus.

Votre tâche est un travail qui m’inspire une double réflexion sur la figure de Moïse. D’une part, le patriarche et législateur du peuple d’Israël symbolise le besoin des peuples de maintenir vivant leur sens d’unité au moyen d’une juste législation. D’autre part, la figure de Moïse nous conduit directement à Dieu et ainsi à la dignité transcendante de l’être humain. Moïse nous donne une bonne synthèse de votre travail : vous êtes chargés de protéger, à travers la loi, l’image et la ressemblance de Dieu façonnées en chaque visage humain.

Aujourd’hui, je ne voudrais pas seulement m’adresser à vous, mais à travers vous, au peuple des Etats-Unis tout entier. Ici, avec ses représentants, je voudrais saisir cette occasion pour dialoguer avec les milliers d’hommes et de femmes qui s’efforcent chaque jour d’accomplir un honnête travail, pour apporter à la maison le pain quotidien, pour épargner de l’argent et – étape par étape – bâtir une vie meilleure pour leurs familles. Ce sont des hommes et des femmes qui ne sont pas concernés simplement par le paiement de leurs impôts, mais qui, individuellement, de façon discrète, soutiennent la vie de la société. Ils génèrent la solidarité par leurs actions, et ils créent des organisations qui tendent une main secourable à ceux qui sont le plus dans le besoin.

Je voudrais aussi entrer en dialogue avec les nombreuses personnes âgées qui sont un dépôt de sagesse forgée par l’expérience, et qui cherchent de diverses façons, spécialement à travers le travail bénévole, à partager leurs histoires et leurs visions. Je sais que beaucoup d’entre elles, bien qu’étant à la retraite, sont encore actives ; elles continuent de travailler pour construire ce pays. Je voudrais aussi dialoguer avec tous les jeunes qui travaillent pour réaliser leurs grandes et nobles aspirations, et qui ne se laissent pas séduire par la facilité. Ces jeunes affrontent des situations difficiles, résultant souvent de l’immaturité de beaucoup d’adultes. Je voudrais dialoguer avec vous tous, et je voudrais le faire à travers la mémoire historique de votre peuple.

Ma visite a lieu à un moment où des hommes et des femmes de bonne volonté célèbrent les anniversaires de plusieurs illustres Américains. Malgré les complexités de l’histoire et la réalité de la faiblesse humaine, ces hommes et ces femmes, au-delà de leurs nombreuses différences et limites, ont été capables grâce à l’effort et au sacrifice – certains au prix de leur vie – de bâtir un avenir meilleur. Ils ont forgé des valeurs fondamentales qui vont perdurer dans l’esprit du peuple américain. Un peuple doté de cet esprit peut traverser beaucoup de crises, des tensions et des conflits, tout en trouvant toujours des ressources pour avancer, et pour le faire dans la dignité. Ces hommes et ces femmes nous offrent une façon de voir et d’interpréter la réalité. En honorant leur mémoire, nous sommes inspirés, même au milieu de conflits, et dans l’ici et le maintenant de chaque jour, à puiser dans nos réserves culturelles les plus profondes.

Je voudrais mentionner quatre de ces Américains : Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day et Thomas Merton.

Cette année marque le 150ème anniversaire de l’assassinat du Président Abraham Lincoln, le gardien de la liberté, qui a travaillé sans relâche en sorte que ‘‘cette nation, sous Dieu, [puisse] avoir une nouvelle naissance de liberté’’. Bâtir un avenir de liberté demande l’amour du bien commun et la coopération dans un esprit de subsidiarité et de solidarité.

Nous sommes tous conscients de l’inquiétante situation sociale et politique du monde aujourd’hui, et nous en sommes préoccupés. Notre monde devient de plus en plus un lieu de violent conflit, de haine et d’atrocités brutales, perpétrées même au nom de Dieu et de la religion. Nous savons qu’aucune religion n’est exempte de formes d’illusion individuelle ou d’extrémisme idéologique. Cela signifie que nous devons faire spécialement attention à tout type de fondamentalisme, qu’il soit religieux ou de n’importe quel autre genre. Un équilibre délicat est nécessaire pour combattre la violence perpétrée au nom d’une religion, d’une idéologie ou d’un système économique, tout en sauvegardant aussi la liberté religieuse, la liberté intellectuelle et les libertés individuelles. Mais il y a une autre tentation dont nous devons spécialement nous prémunir : le réductionnisme simpliste qui voit seulement le bien ou le mal ; ou, si vous voulez, les justes et les pécheurs. Le monde contemporain, avec ses blessures ouvertes qui affectent tant de nos frères et sœurs, exige que nous affrontions toute forme de polarisation qui le diviserait en deux camps. Nous savons qu’en nous efforçant de nous libérer de l’ennemi extérieur, nous pouvons être tentés de nourrir l’ennemi intérieur. Imiter la haine et la violence des tyrans et des meurtriers est la meilleure façon de prendre leur place. C’est quelque chose qu’en tant que peuple vous rejetez.

Notre réponse doit au contraire être une réponse d’espérance et de guérison, de paix et de justice. Nous sommes appelés à unir le courage et l’intelligence pour résoudre les nombreuses crises géopolitiques et économiques actuelles. Même dans le monde développé, les effets de structures et d’actions injustes sont trop visibles. Nos efforts doivent viser à restaurer l’espérance, à corriger ce qui va mal, à maintenir les engagements, et ainsi promouvoir le bien-être des individus et des peuples. Nous devons aller de l’avant ensemble, unis, dans un esprit renouvelé de fraternité et de solidarité, en coopérant généreusement pour le bien commun.

Les défis qui nous attendent aujourd’hui appellent un renouvellement de cet esprit de coopération, qui a accompli tant de bien tout au long de l’histoire des Etats-Unis. La complexité, la gravité et l’urgence de ces défis exigent que nous mettions en commun nos ressources ainsi que nos talents et que nous essayions de nous soutenir les uns les autres, dans le respect de nos différences et de nos convictions dictées par la conscience.

Dans ce pays, les diverses dénominations religieuses ont énormément contribué à construire et à renforcer la société. Il est important qu’aujourd’hui, comme par le passé, la voix de la foi continue d’être entendue, car c’est une voix de fraternité et d’amour, qui essaie d’exprimer le meilleur dans chaque personne et dans chaque société. Une telle coopération est une ressource puissante dans le combat pour éliminer les nouvelles formes d’esclavage, nées de graves injustices qui peuvent être vaincues seulement grâce à de nouvelles politiques et de nouvelles formes de consensus social.

Ici, je pense à l’histoire politique des Etats-Unis, où la démocratie est profondément enracinée dans l’esprit du peuple américain. Toute activité politique doit servir et promouvoir le bien de la personne humaine et être fondée sur le respect de sa dignité. « Nous tenons pour évidentes ces vérités, que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de droits inaliénables, que parmi ceux-ci, figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur » (Déclaration de l’Indépendance, 4 juillet 1776). Si la politique doit vraiment être au service de la personne humaine, il en découle qu’elle ne peut être asservie à l’économie et aux finances. La politique est, en effet, une expression de notre impérieux besoin de vivre unis, en vue de bâtir comme un tout le plus grand bien commun : celui de la communauté qui sacrifie les intérêts particuliers afin de partager, dans la justice et dans la paix, ses biens, ses intérêts, sa vie sociale. Je ne sous-estime pas la difficulté que cela implique, mais je vous encourage dans cet effort.

Ici, je pense aussi à la marche que Martin Luther King a conduite de Selma à Montgomery, il y a cinquante ans, dans le cadre de la campagne pour réaliser son ‘‘rêve’’ de pleins droits civils et politiques pour les Afro-américains. Ce rêve continue de nous inspirer tous. Je suis heureux que l’Amérique continue d’être, pour beaucoup, un pays de ‘‘rêves’’. Des rêves qui conduisent à l’action, à la participation, à l’engagement. Des rêves qui réveillent ce qu’il y a de plus profond et de plus vrai dans la vie d’un peuple.

Au cours des derniers siècles, des millions de gens sont venus dans ce pays pour poursuivre leur rêve de bâtir un avenir de liberté. Nous, le peuple de ce continent, nous n’avons pas peur des étrangers, parce que la plupart d’entre nous était autrefois des étrangers. Je vous le dis en tant que fils d’immigrés, sachant que beaucoup d’entre vous sont aussi des descendants d’immigrés. Tragiquement, les droits de ceux qui étaient ici longtemps avant nous n’ont pas été toujours respectés. À ces peuples et à leurs nations, du cœur de la démocratie américaine, je souhaite réaffirmer ma plus haute estime et mon appréciation. Ces premiers contacts ont été souvent mouvementés et violents, mais il est difficile de juger le passé avec les critères du présent. Cependant, quand l’étranger parmi nous nous sollicite, nous ne devons pas répéter les péchés et les erreurs du passé. Nous devons nous résoudre à présent à vivre de manière aussi noble et aussi juste que possible, alors que nous éduquons les nouvelles générations à ne pas tourner le dos à nos ‘‘voisins’’, ni à rien autour de nous. Bâtir une nation nous demande de reconnaître que nous devons constamment nous mettre en relation avec les autres, en rejetant l’esprit d’hostilité en vue d’adopter un esprit de subsidiarité réciproque, dans un constant effort pour faire de notre mieux. Je suis confiant que nous pouvons le faire.

Notre monde est confronté à une crise de réfugiés d’une ampleur inconnue depuis la Seconde Guerre Mondiale. Cette crise nous place devant de grands défis et de nombreuses décisions difficiles. Dans ce continent aussi, des milliers de personnes sont portées à voyager vers le Nord à la recherche d’une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leurs proches, à la recherche de plus grandes opportunités. N’est-ce pas ce que nous voulons pour nos propres enfants ? Nous ne devons pas reculer devant leur nombre, mais plutôt les voir comme des personnes, en les regardant en face et en écoutant leurs histoires, en essayant de répondre le mieux possible à leur situation, de répondre d’une manière toujours humaine, juste et fraternelle. Nous avons besoin d’éviter une tentation fréquente de nos jours : écarter tout ce qui s’avère difficile. Souvenons-nous de la Règle d’Or : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour les autres aussi » (Mt 7, 12).

Cette règle nous indique une direction claire. Traitons les autres avec la même passion et compassion avec lesquelles nous voulons être traités. Cherchons pour les autres les mêmes possibilités que nous cherchons pour nous-mêmes. Aidons les autres à prospérer, comme nous aimerions être aidés nous-mêmes. En un mot, si nous voulons la sécurité, donnons la sécurité ; si nous voulons la vie, donnons la vie ; si nous voulons des opportunités, offrons des opportunités. La mesure que nous utilisons pour les autres sera la mesure que le temps utilisera pour nous. La Règle d’Or nous rappelle aussi notre responsabilité de protéger et de défendre la vie humaine à chaque étape de son développement.

Cette conviction m’a conduit, depuis le début de mon ministère, à défendre, à différents niveaux, la cause de l’abolition totale de la peine de mort. Je suis convaincu que ce chemin est le meilleur, puisque chaque vie est sacrée, chaque personne humaine est dotée d’une dignité inaliénable, et la société ne peut que bénéficier de la réhabilitation de ceux qui sont reconnus coupables de crimes. Récemment, mes frères Evêques, ici aux Etats-Unis, ont renouvelé leur appel pour l’abolition de la peine de mort. Non seulement je les soutiens, mais aussi j’apporte mes encouragements à tous ceux qui sont convaincus qu’une juste et nécessaire punition ne doit jamais exclure la dimension de l’espérance et l’objectif de la réhabilitation.

En ces temps où des préoccupations sociales sont si importantes, je ne peux pas ne pas mentionner la Servante de Dieu Dorothy Day, qui a fondé le Mouvement des Travailleurs Catholiques. Son activisme social, sa passion pour la justice et pour la cause des opprimés étaient inspirés par l’Evangile, par sa foi et par l’exemple des saints.

Que de progrès ont été réalisés dans ce domaine dans de nombreuses parties du monde ! Que de choses accomplies durant ces premières années du troisième millénaire pour sortir les peuples de l’extrême pauvreté ! Je sais que vous partagez ma conviction que beaucoup reste encore à faire, et qu’en temps de crise et de difficultés économiques, l’esprit de solidarité globale ne doit pas se perdre. En même temps, je voudrais vous encourager à vous souvenir de tous ces peuples autour de nous, enlisés dans le cycle de la pauvreté. Ils ont besoin eux aussi qu’on leur donne l’espérance. La lutte contre la pauvreté et la faim doit être menée constamment et sur plusieurs fronts, spécialement en prenant en considération leurs causes. Je sais qu’aujourd’hui beaucoup d’Américains, comme par le passé, travaillent pour résoudre ce problème.

Il va de soi qu’une part de ce grand effort est la création et la distribution de la richesse. La juste utilisation des ressources naturelles, la convenable application de la technologie et l’exploitation de l’esprit d’entreprise sont des éléments essentiels d’une économie qui vise à être moderne, inclusive et durable. « L’activité d’entreprise, qui est une vocation noble orientée à produire de la richesse et à améliorer le monde pour tous, peut être une manière très féconde de promouvoir la région où elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la création de postes de travail est une partie incontournable de son service du bien commun » (Laudato Si’, n. 129). Ce bien commun inclut aussi la terre, un thème central de l’Encyclique que j’ai écrite récemment afin « d’entrer en dialogue avec tous au sujet de notre maison commune » (Ibid, n. 3). « Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous » (Ibid, n. 14).

Dans Laudato si’, j’ai invité à un effort courageux et responsable pour « repréciser le cap » (Ibid, n. 61), et pour inverser les effets les plus graves de la détérioration environnementale causée par l’activité humaine. Je suis certain que nous pouvons faire la différence et je n’ai aucun doute que les Etats-Unis – et ce Congrès – ont un rôle important à jouer. C’est le moment d’actions et de stratégies courageuses, visant à mettre en œuvre une « culture de protection » (Ibid, n. 231) et « une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature » (Ibid, n. 139). « La liberté humaine est capable de limiter la technique, de l’orienter » (Ibid, n. 112) ; cela « interpelle notre intelligence [à] reconnaître comment nous devrions… cultiver et limiter notre pouvoir » (Ibid, n. 78) ; et à mettre la technologie « au service d’un autre type de progrès, plus sain, plus humain, plus social, plus intégral » (Ibid, n. 112). A ce sujet, je suis confiant que les remarquables institutions académiques et de recherches américaines peuvent apporter une contribution vitale dans les années à venir.

Il y a un siècle, au début de la Grande Guerre, que le Pape Benoît XV a qualifiée de « massacre inutile », naissait un autre illustre Américain : le moine cistercien Thomas Merton. Il demeure la source d’une inspiration spirituelle et un guide pour beaucoup de personnes. Dans son autobiographie, il a écrit : « Je suis venu dans le monde. Libre par nature, à l’image de Dieu, j’ai été cependant prisonnier de ma propre violence et de mon propre égoïsme, à l’image du monde dans lequel je suis né. Ce monde était l’image de l’Enfer, plein d’hommes comme moi, aimant Dieu et le haïssant néanmoins ; né pour l’aimer, vivant toutefois dans la peur de faims contradictoires désespérées ». Merton était avant tout un homme de prière, un penseur qui a défié les certitudes de son temps et ouvert de nouveaux horizons pour les âmes et pour l’Eglise. Il était aussi un homme de dialogue, un promoteur de paix entre les peuples et les religions.

Dans cette perspective de dialogue, je voudrais reconnaître les efforts réalisés au cours des derniers mois pour aider à surmonter les différences historiques liées à de déplorables épisodes du passé. C’est mon devoir de bâtir des ponts et d’aider tous les hommes et toutes les femmes, de toutes les manières possibles, à faire de même. Lorsque des pays qui avaient été en désaccord reprennent le chemin du dialogue – un dialogue qui aurait pu avoir été interrompu pour des raisons les plus légitimes – de nouvelles opportunités s’offrent pour tous. Cela a demandé, et demande, courage et hardiesse, qui ne sont pas synonymes d’irresponsabilité. Un bon dirigeant politique est quelqu’un qui, ayant à l’esprit les intérêts de tous, saisit le moment dans un esprit d’ouverture et de pragmatisme. Un bon dirigeant politique choisit toujours d’initier des processus plutôt que d’occuper des espaces (cf. Evangelii gaudium, n. 222-223).

Etre au service du dialogue et de la paix signifie aussi être vraiment déterminé à réduire et, sur le long terme, à mettre fin aux nombreux conflits armés dans le monde. Ici, nous devons nous demander : pourquoi des armes meurtrières sont-elles vendues à ceux qui planifient d’infliger des souffrances inqualifiables à des individus et à des sociétés ? Malheureusement, la réponse, comme nous le savons, est simple : pour de l’argent ; l’argent qui est trempé dans du sang, souvent du sang innocent. Face à ce honteux et coupable silence, il est de notre devoir d’affronter le problème et de mettre fin au commerce des armes.

Trois fils et une fille de ce pays, quatre individus et quatre rêves : Lincoln, la liberté ; Martin Luther King, la liberté dans la pluralité et la non-exclusion ; Dorothée Day, la justice sociale et les droits des personnes ; et Thomas Merton, la capacité au dialogue et l’ouverture à Dieu.

Je terminerai ma visite dans votre pays à Philadelphie, où je prendrai part à la Rencontre Mondiale des Familles. Je souhaite qu’à travers ma visite la famille puisse être un thème récurrent. Que la famille a été importante pour la construction de ce pays ! Et combien elle demeure digne de notre soutien et de notre encouragement ! Cependant, je ne peux cacher ma préoccupation pour la famille, qui est menacée, peut-être comme jamais auparavant, de l’intérieur comme de l’extérieur. Les relations fondamentales sont en train d’être remises en cause, comme l’est la base même du mariage et de la famille. Je peux seulement rappeler l’importance et, par-dessus tout, la richesse et la beauté de la vie familiale.

En particulier, je voudrais attirer l’attention sur ces membres les plus vulnérables des familles : les jeunes. Devant beaucoup d’entre eux s’ouvre un avenir plein d’innombrables possibilités, cependant beaucoup d’autres semblent désorientés et sans but, piégés dans les dédales désespérants de la violence, des abus et du désespoir. Leurs problèmes sont nos problèmes. Nous ne pouvons pas les éviter. Il nous faut les affronter ensemble, échanger à ce sujet et chercher des solutions efficaces au lieu de nous enliser dans des discussions. Au risque de simplifier à l’extrême, nous pourrions dire que nous vivons dans une culture qui pousse les jeunes à ne pas fonder une famille, parce qu’il n’y a pas de perspectives d’avenir. Par ailleurs, la même culture offre à d’autres tant d’options qu’ils sont aussi dissuadés de créer une famille.

Une nation peut être considérée comme grande quand elle défend la liberté comme Lincoln l’a fait, quand elle promeut une culture qui permet aux personnes de ‘‘rêver’’ de droits pléniers pour tous leurs frères et sœurs, comme Martin Luther King a cherché à le faire ; quand elle consent des efforts pour la justice et la cause des opprimés, comme Dorothée Day l’a fait par son travail inlassable, fruit d’une foi devenue dialogue et semence de paix dans le style contemplatif de Thomas Merton.

A travers ces réflexions, j’ai cherché à présenter quelques-unes des richesses de votre héritage culturel, de l’esprit du peuple américain. Je souhaite que cet esprit continue de se développer et de croître, en sorte que le plus de jeunes possible puissent en hériter et le perpétuer dans un pays qui a inspiré le rêve de tant de personnes.

Que Dieu bénisse l’Amérique ! »

Il a quitté Washington pour gagner New-York seconde étape de son voyage aux Etats-Unis. Il est arrivé à New-York hier en fin d’après-midi : après une heure de vol depuis Washington, l’avion du Pape François s’est posé à New York où il a entamé jeudi après-midi la deuxième étape de son voyage aux Etats-Unis. A sa descente de l’avion, le Saint-Père a été accuelli par l’évêque de Brooklyn où se situe l’aéroport J.F Kennedy, puis s’est rendu en hélicoptère à Manhattan. C’est dans ce quartier symbolique de New-York que se poursuit le voyage papale. François a remonté une partie de la mythique cinquième avenue en papamobile, sous les cris de joies de la foule, pour se rendre à la célèbre cathédrale Saint-Patrick, afin de présider les Vêpres en compagnie du clergé et des religieux de la ville. Etait également présent Bill de Blasio, le maire de New-York.

Le pape a voulu d’abord commencer son allocution en ayant quelques mots pour ses "amis musulmans qui célèbrent la fête du sacrifice". Le pape a voulu faire part de son sentiment de proximité après la tragédie de la Mecque.

« Cette magnifique Cathédrale Saint Patrick, construite durant des années grâce aux sacrifices de nombreux hommes et femmes, peut servir de symbole du travail des générations de prêtres, religieux et laïcs américains, qui ont aidé à bâtir l’Eglise aux Etats-Unis » a dit le Pape en commençant son homélie. « Ce soir, chers frères et sœurs, je suis venu me joindre à vous pour prier afin que toutes nos vocations continuent de construire le grand édifice du Royaume de Dieu dans ce pays »

François a fait allusion aux épreuves qui ont marqué l’Eglise américaine ces dernières années, en particulier le scandale de la pédophilie : « Je sais que, en tant que presbyterium au sein du peuple de Dieu, vous avez beaucoup souffert dans un passé récent, a t-il expliqué, en prenant sur vous la honte de certains de vos frères qui ont porté préjudice à l’Eglise et l’ont scandalisée dans les plus vulnérables de ses membres, je vous accompagne en ce moment de peine et de difficulté, et je remercie Dieu pour votre service fidèle de son peuple. »

Le Saint-Père a ensuite développé deux axes qui caractérisent les prêtres et religieux. En premier lieu, l’esprit de gratitude : « La joie des hommes et des femmes qui aiment Dieu attire d’autres ». Le Pape a demandé aux religieux de ne pas oublier la "grâce de la mémoire" , celle du moment où ils ont reçu le premier appel, mémoire du chemin parcouru, mémoire des grâces reçues. « Chercher la grâce de la mémoire de manière à grandir dans l’esprit de gratitude. » a souligné François.

La deuxième réflexion concerne l’esprit du travail dévoué. « Nous savons combien l’esprit du sacrifice de soi généreux peut facilement s’atténuer. Il y a deux façons dont cela peut arriver ; toutes deux sont des exemples de cette ‘‘mondanité spirituelle’’ qui affaiblit notre engagement à servir, et qui diminue l’émerveillement de notre première rencontre avec le Christ. » a expliqué le Pape. Comme il l’a souvent fait, François a listé les obstacles de la vie apostolique : paresse, mondanité ou jalousie qui empêchent de rencontrer Dieu en vérité.

Le Saint-Père a voulu rendre hommage à l’esprit de sacrifice de tant de prêtres et religieux, dont les fruits sont parfois connus de Dieu seul. Il a tenu aussi à témoigner son admiration et sa gratitudes aux religieuses américaines, dont les relations ont parfois été tendues avec Rome ces dernières années : « Que serait l’Eglise sans vous ? Femmes fortes, combatives ; armées de cet esprit de courage qui vous place en première ligne dans l’annonce de l’Évangile. À vous, religieuses, sœurs et mères de ce peuple, je voudrais dire « merci », un « merci » très grand…, et vous dire aussi que je vous apprécie beaucoup. » a conclu le Pape argentin, très applaudi par l’assistance.

Avant de quitter la cathédrale, le Pape a béni la cathédrale récemment restaurée pour cette venue, à l’invitation du cardinal Thimothy Dolan, l’archevêque de New-York. « En franchissant la porte de cette cathédrale, vous êtes devenu un vrai new-yorkais, a dit ce dernier, même si vous habitez déjà dans nos cœurs ! ».

23 Septembre 2015

Mercredi 23 septembre, le Saint-Père a poursuivi son premier voyage apostolique aux Etats-Unis, où il avait été accueilli hier en fin d’après-midi par le président Obama. Une rencontre s’est déroulée dans la matinée à la Maison Blanche entre celui que les Américains appelle le "Pape des pauvres" et le président de la première puissance mondiale.

Devant près de 20 000 personnes installées dans les jardins de la résidence présidentielle, dont les cardinaux américains, les responsables de la conférence épiscopale et les évêques auxiliaires de Washington, le président américain et sa femme Michelle ont salué le Saint-Père. Les honneurs militaires ont été rendus et les hymnes nationaux ont été interprêtés par le corps des Marines.

Dans son discours de bienvenue, le président américain s’est adressé au Saint-Père, « Votre message d’amour et d’espoir inspire des millions de gens, c’est un grand honneur de vous recevoir » et, il a rendu hommage au rôle des catholiques dans la société américaine, et fait part de ses souvenirs personnels à Chicago quand il côtoyait des communautés catholiques hispaniques très engagées auprès des exclus.

Le président américain a fait part de son admiration pour le Souverain Pontife, le remerciant d’avoir œuvré pour la réconciliation avec le peuple cubain, pour ses appels constants à la paix et à suivre la voix de la diplomatie. « Nous sommes à vos cotés pour défendre la liberté religieuse » a également lancé le chef de la Maison Blanche, déplorant que de nombreux chrétiens soient menacés dans le monde en raison de leur foi. Il a aussi souligné l’humilité et la générosité de son hôte. « Vous secouez nos consciences, nous donnez confiance » a enfin expliqué Obama en rendant hommage à François pour son rôle joué dans le réveil des esprits face la crise climatique, ou encore les crises migratoires. « Vous nous rappelez que nous avons une secrète obligation de défendre notre planète. » a conclu le président américain.

Retrouvez en intégralité le discours de réponse du Saint-Père  :

« Monsieur le Président,

Je suis profondément reconnaissant pour votre accueil au nom de tous les Américains. Comme fils d’une famille d’immigrés, je suis heureux d’être un hôte en ce pays, qui a été en grande partie bâti par de semblables familles. J’attends avec impatience ces jours de rencontre et de dialogue, où j’espère écouter et partager nombre des espérances et des rêves du peuple américain.

Durant ma visite, j’aurai l’honneur de m’adresser au Congrès, où j’espère, en tant que frère de ce pays, offrir des paroles d’encouragement à ceux qui sont appelés à guider l’avenir politique de cette nation dans la fidélité à ses principes fondateurs. Je me rendrai aussi à Philadelphie pour la Huitième Rencontre Mondiale des Familles, afin de célébrer et de soutenir les institutions du mariage et de la famille en ce moment critique dans l’histoire de notre civilisation.

Monsieur le Président, avec leurs concitoyens, les catholiques américains sont engagés dans la construction d’une société qui soit véritablement tolérante et inclusive, dans la sauvegarde des droits des individus et des communautés, et dans le rejet de toute forme d’injuste discrimination. Avec d’innombrables autres personnes de bonne volonté, ils nourrissent également le souci que les efforts pour bâtir une société juste et ordonnée avec sagesse respectent leurs plus profondes préoccupations et leur droit à la liberté religieuse. Cette liberté demeure l’un des plus précieux acquis de l’Amérique. Et, comme mes frères, les Evêques des Etats-Unis, nous l’ont rappelé, tous sont appelés à être vigilants, précisément en tant que bons citoyens, pour préserver et défendre cette liberté de tout ce qui la menacerait ou la compromettrait.

Monsieur le Président, je trouve encourageant que vous promouviez une initiative pour la réduction de la pollution de l’air. En acceptant cette urgence, à moi également il semble clair que le changement climatique est un problème qui ne peut plus être laissé à la future génération. En ce qui concerne la sauvegarde de notre ‘‘maison commune’’, nous vivons un moment critique de l’histoire. Il est encore temps d’opérer les changements qui s’imposent en vue « d’un dévelop­pement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer » (Laudato si’, n. 13). Un tel changement exige de notre part que, de manière sérieuse et responsable, nous prenions en considération, non seulement le genre de monde que nous pourrions léguer à nos enfants, mais aussi les millions de personnes vivant dans un système qui les a marginalisés. Notre maison commune fait partie de ce groupe d’exclus qui crient vers le ciel et qui aujourd’hui frappent avec force à la porte de nos maisons, de nos villes et de nos sociétés. Pour utiliser une expression imagée du Pasteur Martin Luther King, nous pouvons dire que nous avons manqué d’honorer un billet à ordre et le moment est arrivé de le faire.

Nous savons par la foi que le « Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre mai­son commune » (Laudato Si’, n. 13). En tant que chrétiens inspirés par cette certitude, nous voulons nous engager, de manière consciencieuse et responsable, pour la sauvegarde de notre maison commune.

Les efforts réalisés récemment afin d’amender les relations rompues et afin d’ouvrir de nouvelles portes à la coopération au sein de notre famille humaine sont des étapes positives sur le chemin de la réconciliation, de la justice et de la liberté. Je voudrais que tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté de cette grande nation soutiennent les efforts de la communauté internationale pour protéger les personnes vulnérables dans notre monde et pour encourager les modèles de développement intégral et inclusif, en sorte que nos frères et sœurs partout puissent connaître les bénédictions de paix et de prospérité que Dieu veut pour tous ses enfants.

Monsieur le Président, une fois encore, je vous remercie de votre accueil, et j’attends impatiemment ces jours à passer dans votre pays.
Dieu bénisse l’Amérique ! »

Le Pape s’est ensuite rendu à la cathédrale Saint Matthieu de Washington pour y rencontrer les évêques américains. C’est dans cette cathédrale, située en plein centre de la capitale américaine que Jean-Paul II avait célébré la messe le 16 octobre 1979, lors de sa première visite aux Etats-Unis. Cette rencontre avec l’épiscopat américain était particulièrement attendue. 350 prélats avaient pris place dans la cathédrale pour accueillir et écouter l’évêque de Rome.

Après avoir prié l’office du jour, le Saint-Père a été chaleureusement accueilli par le cardinal Donald Wuerl, archevêque de Washington et salué par Mgr Josepf Kurtz, archevêque de Louisville et président de la conférence épiscopale américaine. Il a pris la parole, en italien, pour saluer tout d’abord la communauté juive qui fête ces jours-ci la fête de Kippour. Puis le Pape est entré dans le vif du sujet, faisant part de sa joie d’être aux Etats-Unis. Il s’est réjoui du dynamisme de l’Eglise américaine, de son engagement indéfectible pour la cause de la vie et de la famille. ainsi que de l’effort considérable d’accueil et d’intégration des émigrés. Le Pape a également fait allusion aux drames de la pédophilie -sans la nommer- qui fut une lourde épreuve pour l’épiscopat local, remerciant les évêques pour leur généreux engagement pour guérir les victimes, afin que de tels crimes ne se répètent plus jamais.

Le Pape a achevé son discours en faisant deux recommandations aux évêques américains : la première, d’être « des pasteurs proches de vos gens, et des serviteurs », exprimant ainsi la maternité de l’Église qui engendre et fait grandir ses enfants ; et la seconde de continuer à accueillir les migrants. Le Saint-Père, en effet, a tenu à rendre un vibrant hommage à l’Église et aux institutions catholiques américaines dans l’accueil réservé aux migrants et leur travail auprès d’eux, apprenant leur langue et soutenant leur cause : « Encore à présent, aucune institution américaine ne fait davantage pour les immigrés que vos communautés chrétiennes », « Accueillez-les donc sans peur ... Je suis certain que, encore une fois, ces gens enrichiront l’Amérique et son Église. »

La première journée du Pape François dans la capitale américaine a eu une tonalité très hispanique. Le Saint-Père a en effet célébré la messe au sanctuaire national de l’Immaculée Conception, au cours de laquelle il a canonisé le Bienheureux Junípero Serra, un franciscain espagnol qui évangélisa l’Ouest des Etats-Unis et donna une impulsion décisive au catholicisme dans le pays. Il est devenu ainsi le premier Saint hispanique proclamé pour l’Eglise américaine.

Au cours de ce voyage, au deuxième et troisième jour de son déplacement aux Etats-Unis, le pape François tiendra aussi deux discours très attendus : devant le Congrès américain, jeudi à Washington, et à la tribune des Nations Unies, le lendemain à New York. Dans le premier cas, c’est inédit pour un pontife. Dans le second, François s’inscrit dans la ligne diplomatique du Saint-Siège, à la suite de ses prédécesseurs, notamment Paul VI il y a exactement 50 ans.

22 Septembre 2015

Mardi 22 septembre, l’avion du Pape François s’est posé sur le sol américain vers 16h heure locale, à la base militaire de Saint-Andrews, dans le Maryland, après 3h30 de vol depuis Santiago de Cuba. Il a été accueilli par le président Barack Obama, sa femme et ses deux filles, visiblement émues et ravies de rencontrer le souverain pontife. Le vice-président Joe Biden, qui est de confession catholique, était également présent, avec son épouse et ses deux filles. Il est rarissime que les deux têtes de l’exécutif se déplacent ensemble, en raison des protocoles de sécurité prévus dans ce pays.

Plusieurs représentants de l’épiscopat américain étaient également présents, parmi lesquels le cardinal Wuerl, archevêque de Washington, les responsables de la conférence épiscopale, et l’évêque aux armées, dont dépend cette base militaire. Les différents corps d’armée ont fait une haie d’honneur au Pape François, mais dans un protocole très allégé. Les honneurs militaires lui seront formellement rendus mercredi matin lors de sa visite à la Maison Blanche.

Quatre enfants représentant la diversité de la population américaine ont pu embrasser le Saint-Père. Quelques dizaines d’autres jeunes, rassemblés à quelques mètres, criaient en espagnol, « Pape François, bénis tes enfants ».

Ensuite, le Pape et le président américain se sont entretenus quelques minutes dans le salon d’honneur de la base, pendant que les autres membres de la délégation pontificale, parmi lesquels le cardinal Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, rencontraient les jeunes rassemblés sur le tarmac dans une ambiance très chaleureuse et informelle.

Le Pape est parti à bord d’une modeste Fiat 500, encadrée par le cortége habituel des véhicules blindés affectés aux chefs d’État en visite aux États-Unis, pour le dîner et à la nuit à la nonciature apostolique à Washington, située à 26 kilomètres de la base de Saint-Andrews.

Barack Obama et François se retrouveront mercredi matin à la Maison Blanche.

Le Pape François avait célébré sa dernière messe dans la basilique du sanctuaire de la Vierge de la Charité del Cobre. Lié à l’histoire nationale de Cuba et à sa lutte pour l’indépendance nationale, ce sanctuaire est le plus fréquenté de l’île. C’est là que fut proclamé en 1801 le Manifeste pour la liberté des esclaves. La statuette, délicate et fragile, vénérée avec ferveur à Cuba, y compris par les non-croyants, aurait été retrouvée par trois jeunes esclaves dans les eaux d’une baie vers 1612.

Il y a deux ans, la Vierge de la charité a parcouru l’ensemble des paroisses de l’île. Cet événement fut perçu comme un signe révélateur du changement d’attitude du régime à l’égard du christianisme. Jean-Paul II en 1998, puis Benoît XVI en 2012 s’y sont rendus en pèlerinage.

Dans son homélie, le Pape François n’a pas manqué de rappeler que la patrie cubaine est née et a grandi dans la chaleur de la dévotion à la Vierge de la Charité. Une homélie mariale, profondément spirituelle, mais ancrée dans le contexte historique. « L’âme du peuple cubain, a affirmé le Saint-Père, a été forgée dans les douleurs et les privations, mais celles-ci n’ont pas réussi à éteindre la foi. Cette foi s’est maintenue vivante grâce à la tendresse et au courage de tant de grand-mères et de mères. » Le Pape François a relevé que « Marie a accompagné la gestation dramatique de nombreux peuples ; elle a protégé la lutte de tous les peuples qui ont souffert pour défendre les droits de leurs fils. Aujourd’hui, a-t-il dit, elle protège nos racines, notre identité pour que nous ne nous perdions pas sur les chemins du désespoir. »

Évoquant la visite de Marie à sa cousine Élisabeth, le Souverain Pontife a souligné que « la présence de Dieu dans notre vie ne nous laisse jamais tranquilles ; elle nous pousse à nous mettre en mouvement. La joie qui jaillit de savoir que Dieu est avec nous, avec notre peuple, réveille le cœur, nous met en mouvement, nous conduit à partager la joie reçue comme service, comme dévouement. » Le Pape François a alors invité les catholiques cubains à vivre « la révolution de la tendresse », comme Marie, Mère de la Charité.

« Comme Marie, nous voulons être une Église qui sert, qui sort de ses temples, de ses sacristies, pour accompagner la vie, soutenir l’espérance, être signe d’unité de ce peuple noble et digne. Comme Marie, nous voulons être une Église qui sort de chez elle pour établir des ponts, abattre les murs, semer la réconciliation. » Le Saint-Père exhorte l’Eglise cubaine à ne pas se cacher, mais à cheminer avec le peuple cubain ; « tous ensemble », a-t-il insisté. Elle devra donc accompagner toutes les situations difficiles des cubains, engagés dans la vie, la culture, la société.

Lundi soir, à son arrivée à Santiago, le Pape François avait déjà prié la Vierge pour l’avenir du peuple cubain.

Le Saint-Père poursuit maintenant son dixième voyage apostolique en se rendant sur le continent américain dès ce mardi, après les trois jours passés à Cuba.

Avec la rencontre avec Barack Obama, le président américain, ses discours devant les Nations Unies et le Congrès, une première pour un Pape dans ce dernier cas, ce déplacement aura une forte connotation politique. Mais celle-ci n’occultera pas l’aspect pastoral très important pour l’église catholique aux Etats-Unis.

Mais, il est vrai que son arrivée à Washington porte avec elle une charge politique forte puisqu’ il rentre aux Etats-Unis par Cuba, alors que les deux pays vienne t de relancer leurs relations, notamment grâce au Vatican. Ainsi, avant même de fouler le sol américain, le Pape François a joint le geste à la parole en appuyant sur la nécessité de construire des ponts et son voyage établit, de fait, un pont entre Cuba et les Etats-Unis.

21 Septembre 2015

Lundi 21 septembre, le voyage apostolique du Pape à Cuba se poursuit. Le Saint-Père s’est envolé ce lundi pour Holguín, ville considérée comme le berceau natal du christianisme à Cuba et région natale des frères Castro, où il restera seulement une demi-journée avant de se rendre à Santiago. Dans ce pays si spécifique, par son histoire et sa géographie, les attentes des Cubains sont grandes à l’occasion de cette visite et notamment sur le plan politique. Même si l’embargo américain, mis en place en 1962, s’est peu à peu levé, le peuple subit encore de plein fouet ses conséquences économiques. S’ils sont reconnaissants envers le pape du rôle qu’il a joué dans le rapprochement entre les Etats-Unis et leur pays, les Cubains, catholiques ou non, attendent maintenant les retombées de cette situation nouvelle dans leur vie quotidienne.

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Avant la bénédiction de la ville, depuis une colline qui abrite une immense croix, le Pape François a célébré une messe devant des milliers de fidèles. En cette fête liturgique de l’apôtre Saint-Matthieu, il a insisté sur la figure de Matthieu, un pécheur appelé par le Christ et auquel le Pape a appelé chacun à s’identifier.

Comme Matthieu, a-t-il dit, « Laissons-nous regarder par le Seigneur dans la prière, dans l’Eucharistie, dans la confession, dans nos frères surtout ceux qui se sentent abandonnés, les plus esseulés. Et apprenons à regarder comme lui nous regarde. Partageons sa tendresse et sa miséricorde avec les malades, les prisonniers, les personnes âgées ou les familles en difficulté »

Le pape François a rejoint dans l’après-midi Santiago de Cuba, grand port de l’est de l’île, où il doit rencontrer les évêques et se recueillir au sanctuaire de la Vierge del Cobre . Il quittera Cuba demain après avoir célébré sa dernière messe sur le sol cubain pour rejoindre les Etats-Unis.

20 Septembre 2015

Le Pape François a célébré ce dimanche 20 septembre la première messe de son 10e voyage apostolique à l’étranger. La cérémonie s’est déroulée sur l’immense place de la Révolution à la Havane, théâtre de nombreux événements marquants de l’histoire cubaine, notamment les messes célébrées par Jean-Paul II en 1998 et Benoît XVI en 2012. Après la messe, le Pape François a rendu visite à Fidel Castro à son domicile, puis dans l’après-midi, il a présidé la célébration des vêpres à la cathédrale de La Havane, en présence des religieux et religieuses, prêtres, diacres et séminaristes.

Cette place est dominée par un portrait gigantesque du révolutionnaire marxiste argentin Che Guevara, un portrait retravaillé sur du métal, et par le monument dédié au héros national cubain José Marti, grand intellectuel aux talents multiples, apôtre de la lutte pour l’indépendance.

L’autel du Saint-Père avait été placé sur une estrade jaune, surmontée d’un toit blanc, avec au sommet une simple croix. Une banderole sur la façade du théâtre national représentait le Pape François lavant les pieds aux laissés pour compte. Une foule immense était au rendez-vous, plusieurs centaines de milliers de fidèles catholiques, mais aussi des militants du Parti communiste, car cette visite a mobilisé l’ensemble des cubains. La messe solennelle, en présence du président Raul Castro, et de 3500 invités officiels parmi lesquels la présidente argentine Cristina Kirchner, a été animée par des chants cubains exécuté par un chœur de 350 personnes

À bord d’une papamobile entourée d’une dizaine de gardes du corps, sous une chaleur accablante, le Pape a été accueilli dans la ferveur populaire par les vivats de la foule qui brandissait des drapeaux cubains, des portraits et des pancartes avec des messages d’amour. Sans descendre du véhicule, il a ensuite effectué un petit parcours ponctué de nombreux arrêts pour saluer de près ses fidèles, dont selon l’AFP, certains avaient commencé à converger vers la grande esplanade dès le milieu de la nuit.

Dans son homélie, commentant l’Évangile de ce 25ème dimanche du Temps ordinaire, le Souverain Pontife s’est attardé sur le sens chrétien du service qui « n’est jamais idéologique. Il ne sert pas les idées mais les personnes. Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus affirme : "si quelqu’un veut être grand il doit servir les autres, pas se servir lui-même". Loin de tout type d’élitisme, l’horizon de Jésus n’est pas pour quelques privilégiés capables d’arriver ‘‘à la connaissance désirée’’ ou à divers niveaux de spiritualité. Jésus bouscule la logique humaine en disant que la vie authentique se vit à travers l’engagement concret pour le prochain. »

« Servir signifie, en grande partie, prendre soin de la fragilité. L’amour se manifeste à travers les diverses tâches qu’en tant que citoyens, nous sommes invités à accomplir. Être chrétien implique lutter pour la dignité de nos frères. C’est pourquoi le chrétien est toujours invité à laisser de côté, ses aspirations, ses envies, ses désirs de toute puissance. » Le Pape François met par ailleurs en garde contre « la tentation du ‘‘service’’ qui ‘‘se’’ sert des autres, qui vise comme intérêt le bénéfice des ‘‘miens’’, au nom de ce qui est ‘‘nôtre’’ et qui génère une dynamique d’exclusion. La prise en charge mutuelle par amour ne vise pas à asservir, au contraire. Voilà pourquoi, le service n’est jamais idéologique, puisqu’il ne sert pas les idées, mais les personnes. »

Le Saint-Père a encore exhorté le peuple cubain à conserver ses valeurs : « le sens de la fête, de l’amitié, de la beauté. C’est un peuple qui a des blessures, comme tout peuple, mais qui sait ouvrir les bras, qui marche avec espérance, parce que sa vocation a de la grandeur. Ne négligez pas le service de vos frères les plus fragiles pour des projets qui peuvent être séduisants, mais qui se désintéressent du visage de celui qui est à côté de vous. La vie de celui qui ne vit pas pour servir ne vaut pas la peine d’être vécue. »

Enfin, le Pape François a donné la communion à une dizaine d’enfants, une première dans le contexte de ses voyages apostoliques : jusqu’à présent, seuls des adultes avaient reçu la communion de ses mains.

Après la messe, le Pape François a rencontré l’ancien président Fidel Castro : cet entretien, qui a duré de trente à quarante minutes, s’est déroulé au domicile de l’ancien leader de la révolution cubaine, en présence d’une quinzaine de membres de sa famille, dont son épouse Dalia Soto del Valle.

Le Saint-Père, qui a effectué cette visite juste après la messe célébrée sur place de la Révolution, était notamment accompagné du nonce apostolique à Cuba, Mgr Giorgio Lingua. Selon le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège,la conversation s’est déroulée dans une ambiance très familière et informelle. Il a notamment été question des atteintes contre l’environnement dont parle l’encyclique Laudato sì’. Le Pape François a offert à Fidel Castro un ouvrage écrit par un jésuite qui avait été son professeur à l’école primaire. Fidel Castro a offert au Pape François le recueil de ses entretiens sur la religion avec le dominicain brésilien Frei Betto, théologien de la libération.

Pendant la cérémonie des Vêpres, l’après-midi, il s’est adressé aux prêtres pour leur rappeler qu’il y a un lieu privilégié pour faire vivre la miséricorde, pour rencontrer les plus petits, « c’est le confessional ! Quand un homme et une femme te montre sa misère, s’il te plait, ne l’arrête pas, ne le punis pas ! Si tu n’as pas de péché, jette la première pierre ! Sinon, pense que toi, à ce moment, tu tiens un trésor dans la main, la miséricorde du Père... Ne vous fatiguez pas de pardonner, comme le faisait Jésus ! »

Avec un mélange d’humour et de gravité, le Pape François a encore cité Saint Ambroise : « Là où il y a la miséricorde, il y a l’esprit de Jésus. Là ou il y a de la rigdité, il n’y a que ses ministres. »

« Là où sont les plus petits, resplendit Jésus. Là où sont la pauvreté et la miséricorde, il y a Jésus », a conclu le Saint-Père.

Samedi 19 Septembre 2015

L’avion du Pape François a atterri samedi 19 septembre 2015, vers 15h45 heure locale, soit 21h45 heure de Rome, à l’aéroport international José Marti de La Havane. Accueilli à sa descente d’avion par le chef de l’État Raul Castro et par l’archevêque de La Havane Mgr Ortega, le Saint-Père s’est vu offrir des bouquets par des enfants, qu’il a chacun longuement étreint.

Après les honneurs militaires, dans son discours, le président Raul Castro a affirmé au Pape que le peuple et le gouvernement cubains le recevait avec « de profonds sentiments de respect et d’hospitalité ».

Il a évoqué sa « rencontre mémorable » du 10 mai dernier au Vatican. Le président cubain a encore déclaré qu’il avait été stimulé par la lecture de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium et de l’encyclique Laudato Si’, évoquant l’importance de cette contribution du Saint-Père dans la perspective des deux grandes rencontres internationales à venir : l’Assemblée des Nations Unies sur les objectifs de développement post-2015, la semaine prochaine, et la conférence de Paris sur le changement climatique, en fin d’année.

Il a aussi salué les prises de position du Saint-Père en faveur de la dignité humaine, notamment lors des rencontres mondiales des mouvements populaires, à Rome en 2014 et en Bolivie en juillet dernier. Raul Castro a estimé que cet engagement se situait dans la continuité du Vénérable Felix Varela, un prêtre cubain du XIXe siècle dont le procès en béatification est en cours. Felix Varela fut un ardent opposant à l’esclavage à Cuba avant de s’investir dans l’accueil des migrants irlandais à New York, diocèse dont il fut le vicaire général.

Sur un plan diplomatique, le président cubain a rendu hommage à l’habileté du Pape François. « Nous avons apprécié votre soutien pour la normalisation des relations avec les États-Unis », a-t-il déclaré, rappelant que l’embargo est « illégal et immoral » avant d’appeler à la restitution à Cuba du territoire de la base de Guantanamo, toujours occupé par l’armée américaine. Enfin il a conclu son discours d’accueil en rendant hommage à la mission de l’Église catholique à Cuba, qui « inculque des valeurs morales que la nation apprécie et cultive. »

Dans sa réponse, le Pape François a tenu à remercier « tous ceux qui se sont dépensés afin de préparer cette visite pastorale ». Il a aussi évoqué l a figure de Fidel Castro, qui avait reçu Jean-Paul II en 1998 et s’est depuis retiré de la vie politique en raison de son état de santé. « Je voudrais vous demander, Monsieur le Président, de transmettre mes sentiments de considération spéciale et de respect à votre frère Fidel », a-t-il déclaré, qui s’est aussi adressé à la diaspora. « Je voudrais aussi que mes salutations arrivent, en particulier, à toutes ces personnes que, pour divers motifs, je ne pourrai pas rencontrer et à tous les Cubains dispersés à travers le monde. »

« En cette année 2015, se célèbre le 80ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République de Cuba et le Saint-Siège, a encore rappelé le Pape François. La Providence me permet d’arriver aujourd’hui dans cette chère Nation, en suivant les traces indélébiles du chemin ouvert par les inoubliables voyages apostoliques qu’ont réalisés en cette Île mes deux prédécesseurs, saint Jean-Paul II et Benoît XVI. (…) Aujourd’hui, nous voulons renouveler ces liens de coopération et d’amitié pour que l’Église continue d’accompagner et d’encourager le peuple cubain dans ses espérances et dans ses préoccupations, dans la liberté ainsi que par les moyens et dans les conditions nécessaires pour l’annonce du Royaume jusqu’aux périphéries existentielles de la société. »

« Ce voyage apostolique coïncide, en outre, avec le 1er centenaire de la déclaration de la Vierge de la Charité del Cobre comme Patronne de Cuba par Benoît XV, en réponse à une demande des vétérans de la guerre d’Indépendance. »

« Du point de vue géographique, Cuba est un archipel, d’une importance extraordinaire comme ‘‘clef’’ entre le nord et le sud, entre l’est et l’ouest, qui regarde vers tous les chemins. Sa vocation naturelle est d’être le point de rencontre pour que tous les peuples se réunissent dans l’amitié, comme l’a rêvé José Martí, "au-delà de la langue des isthmes et de la barrière des mers". Ce fut aussi le souhait de saint Jean-Paul II avec son vibrant appel pour que Cuba puisse "s’ouvrir, avec toutes ses magnifiques possibilités, au monde" et que le monde puisse "s’ouvrir à Cuba" », a poursuivile Saint-Père, citant les mots du Pape polonais lors de son arrivée en 1998.

« Depuis quelques mois, nous sommes témoins d’un événement qui nous remplit d’espérance : la normalisation des relations entre deux peuples, après des années d’éloignement, s’est réjoui François, sans citer explicitement les États-Unis. C’est un processus. C’est un signe de la victoire de la culture de la rencontre, du dialogue, sur la culture de la confrontation, du "système de l’accroissement universel… sur le système, mort pour toujours, de dynastie et de groupes" a rappelé le pape, tenant à préciser qu’il citait l’écrivain José Marti. J’encourage les responsables politiques à continuer d’avancer sur ce chemin et à développer toutes vos potentialités, comme preuve du haut service qu’ils sont appelés à assurer en faveur de la paix et du bien-être de leurs peuples, de toute l’Amérique, et comme exemple de réconciliation pour le monde entier. » Oui, « Le monde a besoin de réconciliation, dans ce contexte de troisième guerre mondiale par étapes que nous sommes en train de vivre. »

« Je place ces jours sous l’intercession de la Vierge de la Charité del Cobre, des bienheureux Olallo Valdés et José López Pieteira et du vénérable Félix Varela, grand propagateur de l’amour entre les Cubains et entre tous les hommes, afin que s’accroissent nos liens de paix, de solidarité et de respect mutuel », a conclu le Saint-Père.

Après avoir salué les représentants du corps diplomatique, et les évêques de Cuba, le Saint-Père s’est entretenu avec le président cubain dans le salon d’honneur de l’aéroport, avant de se diriger en papamobile à la nonciature apostolique devant une foule très enthousiaste sur les 18 kilomètres de parcours.

François est le troisième Pape à visiter l’île, après Jean-Paul II qui était venu du 21 au 26 janvier 1998 et Benoît XVI du 26 au 29 mars 2012.

(Avec R. V.)

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