Eglise catholique de Martinique
http://martinique.catholique.fr/savoir-dire-merci

Savoir dire "Merci"

Dans ce monde où nous pensons que tout nous est dû, nous ne savons plus dire merci.
Dans l’Evangile de ce 28ème dimanche du temps ordinaire, un seul des dix lépreux guéris par Jésus revient lui dire merci : Jésus nous a sauvés en donnant sa vie pour nous, pensons-nous à lui dire merci personnellement, ou bien alors nous comportons nous plutôt comme les neuf autres lépreux ?


Chers frères et sœurs, la Paix soit avec vous !

peut être quelques uns d’entre vous, d’un certain âge, comme moi, se souviennent-ils encore de cette époque où les premiers mots que l’on apprenait aux bébés était le mot « Merci ». Comme les bébés avaient du mal à prononcer les deux syllabes qui composent ce mot, la maman ou la grand’mère ou la tante qui s’occupait d’eux mettait l’accent pour eux sur la dernière syllabe :« Ci !! »… « Dis : « Ci , maman… Ci tati ! » chantonnait-elle !

Dire « Merci » est en effet quelque chose de primordial dans une vie d’homme. Remercier est fondamental. Car nous sommes redevables à Dieu et à d’autres de tout ce que nous sommes. C’est si vrai que le sacrement qui est la source et le sommet de toute vie chrétienne porte dans l’Eglise catholique, le beau nom d’Eucharistie : un mot grec qui signifie « action de grâces », remerciement. Aujourd’hui encore, en Grèce, pour dire « je remercie » on dit « Eucharisto. »

Ce n’est pas un hasard si l’Evangile de ce 28° dimanche ordinaire, de l’ année liturgique C que nous célébrons, nous parle de remerciement .

La lèpre figure de nos jours parmi les maladies que l’on connaît et maîtrise le mieux. Elle est même en voie d’éradication dans beaucoup de régions du monde . Mais il n’en était pas ainsi autrefois : La lèpre était une maladie horrible, contagieuse, qui déformait les visages, rongeait les membres, couvrait le corps de plaies purulentes et excluait de la communauté les personnes qui en étaient victimes.

Bien plus, cette maladie avait une signification symbolique, une signification religieuse : elle était considérée comme un châtiment de Dieu et on en avait fait l’image du péché, ce mal qui défigure l’homme créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance.

En effet en créant l’homme, Dieu avait voulu une créature qui soit aussi belle que lui et qui lui ressemble. Mais le péché était venu contrecarrer le projet de Dieu. Les yeux de l’homme faits pour regarder les autres avec les yeux de Dieu, obscurcis par le péché s’étaient retournés vers soi-même pour ne regarder que les intérêts personnels et égoïstes. Les mains faites pour travailler et pour partager, avaient été rongées par la lèpre de l’avidité et la volonté de s’approprier toute chose égoïstement. Quant au cœur fait pour aimer, le péché l’avait défiguré en l’endurcissant dans l’orgueil et l’égoïsme. La lèpre s’identifiait donc parfaitement au péché.

Dans l’évangile de ce jour, donc, dix lépreux viennent à la rencontre de Jésus . Ils s’arrêtent à distance comme le leur intimait la Loi et ils crient : « Jésus Maître, prends pitié de nous ! »

Les lépreux, effectivement, avaient l’interdiction d’entrer dans les endroits habités, afin de ne pas contaminer ceux qui s’y trouvaient. Les lépreux obéissent donc à la Loi et crient : « Seigneur, prends pitié de nous ! » Un cri qui nous est familier puisque c’est le même que nous lançons au début de nos eucharisties : « Seigneur, prends pitié ! » Mais avons-nous conscience, comme les lépreux, d’avoir vraiment besoin de la pitié du Seigneur pour nos péchés ?
Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » Dans la Loi, précisément à cause de la connotation de péché que comportait la lèpre, ceux qui étaient guéris de cette maladie devaient aller faire constater leur guérison par les prêtres.

Ce qui est étonnant c’est que Jésus demande aux lépreux de faire cette démarche alors qu’ils ne sont pas encore guéris et sont encore porteurs des stigmates de leur maladie . Alors ! Est-ce pour mettre à l’épreuve leur obéissance et leur foi ?

Peu importe ! Tous obéissent à Jésus et se mettent en route. Pendant qu’ils vont se montrer aux prêtres ils constatent qu’ils sont guéris. Alors l’un des dix, en voyant cela, revient sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix. Et il se jette la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Et cet homme était un Samaritain.
Quand je dis « un samaritain » il ne s’agit pas du tout d’un habitant de l’une de nos communes appelée Sainte Marie , mais un homme originaire de la Samarie, région du nord du pays de Jésus. C’était une région qui s’était coupée du reste du pays, qui avait un culte religieux différent de celui qui se déroulait dans le temple de Jérusalem. Les habitants de cette région étaient considérés par les juifs comme des hérétiques, des personnes à ne pas fréquenter.
Alors Jésus demande : « Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n’y a que cet étranger ! »

La remarque de Jésus révèle la tristesse qu’il éprouve. Il remarque que le miracle qu’il a accompli pour les dix n’a pas eu le résultat qu’il aurait dû avoir. En effet, lorsque Jésus fait un miracle c’est pour glorifier son Père, c’est pour que les hommes rendent grâce à Dieu. Or il est forcé de constater que sur dix personnes une seule s’est souciée de rendre grâce à Dieu et de le remercier. Alors il dit au samaritain reconnaissant : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

Nous ne pouvons avoir une véritable relation personnelle avec Dieu sans lui rendre grâce. Cela est absolument fondamental dans notre vie de foi. Un chrétien est une personne qui rend continuellement grâce à Dieu qui lui a tout donné par l’intermédiaire de son Fils Jésus-Christ dont Saint Paul dit : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’Etre. » Nous recevons tout de lui.

Aujourd’hui nous entendons des chrétiens dire : « Mon corps est à moi, j’en dispose comme je le veux, je décide d’en faire ce que je veux. » Mais ce corps, l’as-tu choisi, as-tu fait quelque chose pour l’avoir, ou bien ne l’as-tu pas plutôt reçu de quelqu’un d’autre qui n’est pas toi, mais ceux qui te l’ont transmis : tes parents qui eux-mêmes ont reçu de Dieu ta vie ? »

Aujourd’hui on milite pour avoir le droit de mettre fin à sa propre vie quand on l’aura décidé, pour – comme on aime le répéter – mourir dans la dignité. Mais cette vie, , tu l’as reçu, tu n’en es que le dépositaire, tu n’en es pas le maître absolu par conséquent tu ne peux pas la supprimer par ta seule volonté.

Et cela est encore plus que vrai quand il s’agit de la vie des autres. Cette vie est un don de Dieu que nous ne pouvons que respecter et non supprimer ou mettre en danger par notre égoïsme ou notre irresponsabilité.
« Rendez grâce à Dieu en toutes circonstances, écrit Saint Paul dans sa première lettre aux Thessaloniciens (5,18), c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. »

La plupart du temps nous ne faisons que murmurer, nous plaindre, nous apitoyer sur nous mêmes, notre santé, nos difficultés, nos déceptions. Et cela nous arrive d’incriminer Dieu et même de lui adresser des reproches : « Qu’est-ce que j’ai fait à Dieu pour mériter ceci ou cela ? Pourquoi ne me répond-il pas ? Pourquoi a-t-il permis que je sois dans telle ou telle situation ? »

Nous devrions plutôt remercier Dieu pour tout ce qu’il nous donne à chaque instant. C’est lui qui nous garde en vie. C’est par les autres, à travers les services les plus divers qui nous sont chaque jour nécessaires, c’est par les éléments de la nature, que Dieu répond à nos besoins. Nous devrions plutôt le remercier, lui rendre grâce au lieu de penser que tout nous est dû.

En ouvrant nos yeux et notre cœur, nous pouvons nous apercevoir que Dieu fait toujours pour nous des merveilles, même dans les situations les plus difficiles et les plus douloureuses que nous puissions connaître.
Une des caractéristiques de la foi, c’est de vivre dans l’action de grâce à l’égard de Dieu. Le premier but de la prière est de louer Dieu, de lui rendre grâce.
Bien souvent nos prières se limitent à demander à Dieu ce dont nous avons besoin. Ce sont des prières de demandes. Quelques fois, il nous arrive de demander à Dieu quelque chose pour d’autres personnes : ce sont les prières d’intercession.
Mais nous oublions la plupart du temps ce qui est premier et fondamental : la prière de louange, celle dans laquelle nous glorifions Dieu pour tout ce qu’il est et tout ce qu’il nous donne.

Nous devrions avoir une reconnaissance débordante pour Dieu, car il nous aime. Il nous aime si fort qu’il nous promet de nous donner la vie éternelle en nous ressuscitant d’entre les morts au moment voulu par lui, mais déjà en nous permettant de continuer à vivre d’une autre manière après être passé par notre mort physique inéluctable, comme il l’a fait pour son Fils Jésus.

Le lépreux guéri revient vers Jésus et se jette la face contre terre, devant lui. C’est un geste d’adoration que nous ne faisons que très rarement aujourd’hui, dans notre société sécularisée.
Il nous reste encore la génuflexion, ce qui veut dire « plier le genou » devant Dieu, ce que nous faisons encore dans nos églises, devant le tabernacle qui contient les hosties consacrées qui ne sont pas du pain béni mais la présence sacramentelle de Jésus vivant ressuscité.

Mais le geste d’adoration est là pour nous aider à exprimer notre conviction personnelle : nous reconnaissons la puissance et la grandeur de Dieu, nous savons que sans lui nous ne sommes rien ; Nous savons que ce que nous sommes ou ce que nous avons , nous ne le devons pas à nos seules forces ou à nos seules actions, mais à Lui. Quel que soit le bien que nous puissions faire, nous ne sommes que des serviteurs inutiles, des serviteurs quelconques, comme disait le Seigneur.

Le lépreux guéri rend gloire à Dieu en se prosternant devant Jésus. Le chrétien est quelqu’un qui se prosterne devant Jésus de Nazareth, que nous appelons Jésus-Christ depuis que, par sa résurrection, il a confirmé qu’il est le Fils unique de Dieu. Le chrétien est quelqu’un qui croit en Jésus-Christ.

On ne redira jamais assez que la foi chrétienne n’est pas seulement une foi en Dieu. Tous les hommes qui ont une religion quelle qu’elle soit croient aussi en Dieu. Mais Dieu, personne ne l’a jamais vu, personne ne le connaît dit la Bible, sauf celui qui était auprès de lui depuis toujours et qui s’est incarné, s’est fait homme, pour nous révéler le vrai visage de Dieu : Jésus-Christ.

Croire en lui est la seule chose qui compte vraiment et c’est la foi qu’il veut trouver en chacun de nous : « Va, ta foi t’a sauvé. » dit Jésus au lépreux guéri. Qu’il dise cela à chacun de nous en ce dimanche.
Nous sommes encore dans l’année de la Foi initiée il y a un an par le pape émérite Benoît XVI, une année pour redécouvrir les fondamentaux de notre foi, en redécouvrant le catéchisme de l’Eglise catholique promulgué il y a vingt ans.

Une année de la foi coïncidant avec le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II, pour nous inviter aussi à éclairer notre foi par les décisions et les écrits conciliaires.

Mais surtout une année pendant laquelle nous sommes encore invités à revenir vers le Christ Jésus comme ce lépreux, pour nous prosterner devant lui en reconnaissant que lui seul peut nous guérir de tout ce qui déforme son visage en nous et dans ce monde dans lequel nous vivons.

Un mot de conclusion en ce dimanche : n’oublions pas de glorifier Dieu et de lui dire merci à lui personnellement et à tous ceux qui sont ses intermédiaires auprès de nous.

Bon dimanche et bonne semaine à tous !

En savoir +

Vous pouvez écouter ce Mot de l’Evêque en vous rendant sur le site internet de Radio Saint Louis : www.radiosaintlouis.com , en choisissant la rubrique "Réécouter nos émissions", puis en cliquant sur le "Mot de l’Evêque", et enfin "Mgr MERANVILLE - Dimanche 13 octobre 2013".

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Votre réaction

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



Edito

Radio Saint Louis en direct

Ma paroisse en un clic


Radio Saint-Louis

Dans l'Eglise

Nouvelles du Vatican

Eglise de France

Dieu m'est témoin

Saint(s) du jour

Lectures du jour