Eglise catholique de Martinique
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Archevêque émérite

Mgr Michel Méranville, archevêque émérite du diocèse de Saint-Pierre et Fort-de-France, de 2004 à 2015.



Biographie de Mgr Michel Méranville

 

5 février 2015 2015 par P. Pascal DEGRAS

Biographie de Mgr Michel Méranville, Archevêque de Saint Pierre et Fort de France (Martinique).

Dates-clés

Né le 4 février 1936

Ordonné prêtre le 20 décembre 1959

Nommé évêque le 8 janvier 2004

Consacré évêque le 18 avril 2004

Etudes

Etudes primaires au Vauclin

Collège du Séminaire-Collège de Fort-de-France

"Maison des Petits Clercs de Saint-Joseph" à Allex (Drôme)

Diplômes

Licence en théologie à l’Université Urbaniana à Rome

Diplôme d’Études comptables supérieures (CNAM)

Diplôme de programmeur d’exploitation informatique

Ministères

Vicaire aux Terres-Sainville (1960-1962)

Vicaire au Lamentin (1962-1963)

Aumônier au Lycée Schœlcher de Fort-de-France et de la Jeunesse
Etudiante chrétienne (JEC) (1963-1964)

Vicaire aux Terres-Sainville et Sainte-Thérèse (1964-1966)

Ministère en France métropolitaine (1966-1970)

Aumônier du Lycée à Fort-de-France (1970-1972)

Aumônier du Séminaire-Collège et des prisons à Fort-de-France (1974-1981)

Curé de la cathédrale de Fort-de-France (1981-2004)



 


Agenda de Mgr Michel Méranville

 

15 mai 2015 2015 par Michel DEGLISE

Mgr Michel Méranville a présidé sa dernière célébration à la cathédrale Saint Louis lors de la Vigile pascale, samedi 4 avril 2015. Devant une assemblée très nombreuse, il a également proposé sa dernière homélie, en tant qu’administrateur apostolique diocésain, insistant sur la nécessaire unité des fidèles qui tous ensemble, avec leurs pasteurs, sont le Corps du Christ. Sa devise épiscopale le rappelle d’ailleurs : "Être ensemble le Corps du Christ pour le salut du monde." A la fin de la célébration, les paroissiens de la cathédrale, où il a officié comme curé pendant 23 ans, puis comme évêque pendant 11 ans, lui ont témoigné dans un hommage touchant leur reconnaissance, notamment par le témoignage d’une jeune servante d’autel qui lui a remis un présent. Très ému, à son tour, il a remercié la communauté paroissiale et lui a demandé de bien accueillir son successeur, Mgr David Macaire. Il a encore demandé pardon à ceux qu’il aurait déçus, ou choqués, bien qu’il ait essayé de faire de son mieux tout au long de son épiscopat, s’excusant même d’avoir cédé parfois à son "mauvais caractère". De longs applaudissements ont traduit toute l’émotion qui a parcouru à ce moment la cathédrale et quelques larmes ont même coulé. Il a alors conclu en disant qu’il ne disparaissait pas de la Martinique, et qu’il restait au service du Seigneur et de l’Église dont il a été le Pasteur de 2004 à 2011, étant disponible pour les missions qui lui seraient confiées à l’avenir. La célébration s’est terminée par la bénédiction solennelle de la nuit pascale qu’il a donnée à l’assemblée présente et à tous ceux qui suivaient la cérémonie par l’intermédiaire de Radio Saint Louis. L’animation de cette Vigile pascale a été assurée, avec beaucoup de joie et de dynamisme, par le groupe "Louange sans frontière" accompagné par la "Voix des Pèlerins", sous la direction de Joël Cadran.

Cet agenda vous a permis de suivre l’activité pastorale ou de participer aux différentes manifestations présidées par Mgr Michel Méranville, archevêque de la Martinique du 18 avril 2004 au 6 mars 2015, puis administrateur apostolique du diocèse , archevêque émérite de la Martinique depuis le 7 mars 2015, date à laquelle le Saint-Père a nommé Mgr David Macaire archevêque de Saint-Pierre et Fort de France.

Janvier 2015

- Jeudi 1er janvier, 7h15 : Fête de Sainte Marie, Mère de Dieu, Messe au Centre pénitentiaire de Ducos

- Du lundi 5 janvier, 9h au vendredi 9 janvier, 14h : retraite annuelle du Presbytérium au Foyer de Charité de Trinité

- Dimanche 11 janvier, 9h : Messe et confirmation, église des Anses d’Arlet

- Lundi 19 janvier, 15h : Funérailles de Clarissa Jean-Philippe, église de Sainte-Marie

- Du mardi 20 au vendredi 23 janvier : Bureau de la Conférence des Évêques des Antilles, Trinidad.

Février 2015

- Dimanche 1er février, 9h30 : Messe et confirmation à l’église de Trinité

- Dimanche 8 février, 15h : Messe de la Journée diocésaine des malades, à l’église Saint-Jean-Baptiste de Rivière Salée

- Vendredi 20 février, 18h30 : Messe des Cendres, cathédrale Saint Louis, Fort de France

- Dimanche 22 février, 15h : célébration de l’appel décisif des catéchumènes, église Emmaüs, Fort de France

Mars 2015

- Mercredi 10 Mars, 10h30 : conférence de presse à radio Saint Louis, en compagnie de Mgr David Macaire

Avril 2015

- Mercredi 1er Avril 2015, 10h : Messe Chrismale, cathédrale Saint Louis, Fort de France

- Samedi 4 Avril 2015, 20h : Vigile pascale, cathédrale Saint Louis, Fort de France.


Evènements précédents

Juin 2013

- Dimanche 2 juin, 9h : messe et confirmation, à l’église Saint-Hyacinthe du Lorrain

- Vendredi 7 Juin, 10h : Messe de la Fête du Sacré-Cœur, basilique de Balata

- Samedi 8 juin 2013, 18h :messe et confirmation des jeunes du séminaire-collège Sainte Marie, en la cathédrale Saint-Louis, Fort de France.

- Dimanche 16 juin 2013, 7h30  : messe, à l’église de l’Immaculée Conception, Ajoupa-Bouillon.

- Samedi 22 juin 2013, 17h : messe et confirmation, à l’église Saint-Henri des Anses d’Arlet.

- 23 juin, 16h : Fête de la Famille de Radio Saint-Louis - Place des Fêtes, Ducos

Juillet 2013

- Dimanche 7 juillet 2013, 9h : messe et confirmation, à l’église Notre-Dame de l’Assomption de Sainte-Marie.

- 26-28 juillet : JMJ locales à Fort-de-France avec messe de clôture dimanche 28 juillet .

Août 2013

- 25 août, 10h : Messe de la fête de Saint-Louis, à la cathédrale Saint-Louis de Fort de France.

- 30 août, 10h : Messe solennelle de Notre-Dame de la Délivrande, en direct du Morne-Rouge

Septembre 2013

- 8 septembre, 15h : Ordination sacerdotale de frère Thierry, au monastère de Terreville

- 13 - 15 septembre : Ordination épiscopale de Mgr Robert Lianos, nouvel évêque auxiliaire de Port of Spain (Trinidad and Tobago)

- 19 septembre, 10h : Messe du pèlerinage de Notre-Dame de la Salette, à l’église de Sainte-Anne

- 22 septembre, 15h : Envoi en mission des catéchistes, palais des sports du Lamentin

- 26 septembre, 18h30 : Messe d’action de grâce, à la cathédrale Saint-Louis : anniversaire de l’érection du diocèse en archidiocèse de Saint-Pierre et Fort de France (Province ecclésiastique des Antilles et de la Guyane).

- 29 septembre, 10h : Messe de la Saint Michel, à l’église du François

Octobre 2013

- 1er octobre, 18h : Fête de la Sainte-Thérèse, messe sur l’esplanade de l’église de Sainte-Thérèse, à Fort de France.

- 6 octobre, 8h : Messe et confirmation, à l’église sainte Jeanne d’Arc du Vert Pré

- 13 octobre, 15h : Messe de rentrée de la pastorale de Santé, église Emmaüs, Fort de France

Novembre 2013

- du 5 au 10 novembre : Assemblée plénière des Évêques de France, Lourdes

- 11 novembre, 15h : Messe de l’aumônerie antillo-guyanaise, église Saint-Sulpice, Paris

- 30 novembre : Réunion de la Conférence des Évêques des Antilles.

Décembre 2013

- 3 décembre, 11h30 : Accueil du Cardinal Filoni et célébration de l’Office des Heures,
Cathédrale Saint-Louis, Fort de France.

- 7 décembre, 16h : Célébration des funérailles du Dr Pierre Aliker, Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- 20 décembre 11h30 : Messe d’action de grâce pour les anniversaires d’ordination sacerdotale, Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France.

- 24 décembre, 20h : Messe de la Nuit de Noël, église Saint-Michel du François

- 29 décembre, 16h30 : Messe de la Fête de la Sainte Famille, église Emmaüs, Fort de France

Janvier 2014

- 3 janvier, 10h : Messe, église Sainte Rose de Lima du Robert

- Du 15 au 17 janvier : Rencontre de la Province Ecclésiastique à Cayenne

- Du 20 au 23 janvier : Conférence des Évêques des Antilles à Trinidad

- 26 janvier, 9h : assemblée générale de l’ACPM, Couvent St Joseph de Cluny.

- Du 27 au 31 janvier : Retraite du Presbytérium au Foyer de Charité de Trinité

Février 2014

- 2 février, 9h30 : Messe et confirmation, église de Trinité

- 8 février, 9h : Messe de la Journée diocésaine des malades, église de De Briant

- 9 février, 9h : Messe et confirmation, église de Sainte-Anne

- 14 février, 15h : Funérailles de Madame Simone Tarson, église de Saint Joseph

- 16 février, 9h : Messe et confirmation, église du Marin

- 22 et 23 février : Consistoire publique, puis Messe solennelle place Saint-Pierre, Rome

Mars 2014

- 7 mars, 18h30 : Messe des Cendres, cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- 9 mars, 15h : Appel décisif des catéchumènes, église Emmaüs

- 10 mars, 9h : Assemblée générale du presbyterium

Avril 2014

- 13 avril, 9h30 : Messe des Rameaux, , église de Rivière Salée. 11h30 : suite de la Journée diocésaine de la Jeunesse, Palais des Sports de Rivière Salée

- 14 avril, 15h30 : Funérailles de Mme Armande Henderson, église des Trois Ilets

- 16 avril, 11h : Messe chrismale, Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- 17 avril, 18h30 : Messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur, Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- 18 avril, 15h : Célébration de la Passion du Seigneur, Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- 19 avril, 20h : Veillée pascale, Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- 20 avril, 9h : Messe du Dimanche de la Résurrection, Centre pénitentiaire, Ducos

- 27 avril, 10h : Canonisations de Jean XXIII et de Jean-Paul II, Place Saint-Pierre, Rome

Mai 2014

- Du 3 au 9 mai : Conférence des Évêques de la Caraïbe, La Jamaïque

- Dimanche 18 mai, 15h : Confirmation des adultes, cathédrale Saint Louis, Fort de France

- Dimanche 25 mai, 7h30 : Messe et confirmation, église de Saint Joseph

- Jeudi 29 mai : Messe et confirmation, église St Jean Baptiste de Basse Pointe

Juin 2014

- Dimanche 15 juin, 10h : Messe et confirmation, église Saint Hyacinthe du Lorrain

- Dimanche 22 juin, 15h : Messe des néophytes, église Emmaüs, Rivière Roche

- Vendredi 27 juin, 10h : Messe de la fête du Sacré - Cœur, Basilique du Sacré - Cœur de Balata

- Dimanche 29 juin, 9h30 : Messe et confirmation, église de Saint-Esprit
16h : Fête de la Famille de radio Saint Louis, Place des Fêtes,
Ducos

Juillet 2014

- Dimanche 6 juillet, 9h30 : Messe et confirmation, paroisse du Morne-Vert

- Dimanche 13 juillet, 9h : Messe avec les Anciens Combattants, église de Sainte-Anne

- Dimanche 27 juillet, 10h : Messe concélébrée avec Mgr Séraphin François ROUAMBA, Archevêque de Koupela (Burkina Faso), Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

Août 2014

- Lundi 25 août 2014, 18h30 : Fête de Saint Louis, Messe à la Cathédrale Saint Louis, Fort de France

- Jeudi 28 août 2014, 8h : Fête de Saint Augustin, Messe à la Chapelle du Noviciat des Soeurs de Saint Paul de Chartres, Fort de France

- Samedi 30 août, 10h : Messe pontificale de clôture du pèlerinage, Basilique Notre-Dame de la Délivrande, Morne Rouge

Septembre 2014

- Dimanche 14 septembre, 15h : Messe de rentrée de la Pastorale de la Santé, église Emmaüs, Fort de France

- Lundi 29 septembre, 10h : Messe de la Fête de la Saint Michel, église du François

- Mardi 30 septembre ; 9h : réunion de rentrée du presbytérium, Foyer de charité de Trinité.

Octobre 2014

- Dimanche 12 octobre, 15h : Messe d’envoi en mission des catéchistes, palais des sports du Lamentin

Novembre 2014

- Du 4 au 9 novembre : Assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France, Lourdes

- Mardi 11 novembre, 15h : Messe de l’aumônerie antillo-guyanaise, église Saint-Sulpice, Paris

- Samedi 22 novembre, 17h30 : Messe et confirmation, église de Bellevue

- Dimanche 23 novembre, 15h : Ordination sacerdotale d’Olivier Lucenay, cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- Dimanche 30 novembre, 10h30 : Messe avec l’Enseignement Catholique, pour la promulgation du nouveau statut de l’enseignement catholique, Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

Décembre 2014

- Lundi 8 décembre, 9h : Fête de l’Immaculée Conception, Messe avec le Séminaire-collège Sainte-Marie, Cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- Dimanche 14 décembre, 9h : Messe et Confirmation à la cathédrale de Saint-Pierre

- Dimanche 21 décembre, 10h30 : Ouverture de l’Année de la Vie Consacrée dans le diocèse, Messe à la cathédrale Saint-Louis, Fort de France

- Mercredi 24 décembre, 19h : Messe de la Nuit de Noël, Cathédrale Saint-Louis de Fort de France

- Dimanche 28 décembre, 14h30 : Messe de la Sainte Famille, clôture de l’année jubilaire des CPM, église de DE Briant, Fort de france



 


"Tu nous as choisis pour servir en ta présence"

 

23 mars 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

Le pape François vient de nommer Frère David Macaire archevêque de Saint Pierre et Fort de France. Retrouvez le Mot adressé à tous les fidèles du diocèse dans le numéro 498 d’Église en Martinique par Mgr Michel Méranville, désormais administrateur apostolique diocésain jusqu’à l’ordination épiscopale de notre nouvel archevêque qui aura lieu le dimanche 12avril 2015, en la fête de la Divine Miséricorde.

« L’Église catholique latine est régie par un Code de Droit canonique réalisé par Saint Pie X en 1917, rénové par Saint Jean XXIII au cours du Concile Vatican II, et promulgué en 1983 par le pape saint Jean-Paul II.

Ce Code légifère sur l’intégralité de la vie de l’Église tant dans son organisation que dans son fonctionnement. Il se divise en sept Livres qui se subdivisent en sections, en chapitres et en articles exprimés à leur tour par des Canons.

Dans le Livre II consacré au Peuple de Dieu, s’agissant des Évêques, le Canon 401 prescrit que : L’évêque diocésain, qui a atteint soixante-quinze ans accomplis, est prié de présenter la renonciation à son office au Pontife suprême qui y pourvoira après examen de toutes les circonstances (Can.401 §1).

Conformément à ce Canon, j’ai adressé ma renonciation au pape Benoît XVI avant le mois de février 2011. Pour de multiples raisons, la réponse a tardé jusqu’à ce samedi 7 mars 2015.

En effet, le pape François ayant accepté ma renonciation, a nommé le frère David Macaire, de l’ordre des Frères Prêcheurs (communément appelés les Dominicains), archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France.

Avec l’Église qui est en Martinique, je me réjouis de cette bonne nouvelle et souhaite au nouvel élu un fructueux apostolat.

Cependant, conformément au Canon 379 du Code, le Frère David Macaire devra recevoir la consécration épiscopale avant la prise de possession de son office. La date de sa consécration sera annoncée ultérieurement.

« Quant à moi, conservant la plénitude du sacrement de l’ordre mais n’étant plus en charge du Diocèse de la Martinique, je continuerai à servir l’Église selon mes possibilités et avec le titre d’archevêque émérite.

Je profite des circonstances pour remercier toutes celles et tous ceux qui ont collaboré avec moi, m’ont accompagné et soutenu pendant mes onze années d’épiscopat. C’est le Seigneur qui appelle et invite ceux qui croient en Lui, à servir en sa présence. C’est lui qui se chargera de récompenser chacun et chacune selon sa miséricorde.

Souhaitons la bienvenue au Frère David, choisi pour servir en présence de Dieu comme tête visible du corps que constitue l’Eglise particulière de Martinique dans laquelle nous sommes tous appelés à être des membres actifs. »

+ Michel Méranville



 


Le Carême

 

14 février 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

Quand le mot « carême » est prononcé en Martinique, il évoque en priorité la période sèche de l’année, pendant laquelle les animaux crèvent de soif devant les « mares » à sec, au milieu des champs jaunis par le soleil.

En second lieu, dans cette île majoritairement chrétienne, le carême désigne le temps liturgique pendant lequel l’Église catholique invite ses fidèles et toute personne de bonne volonté, à se tourner sincèrement vers Dieu.

L’étymologie du mot se rapporte au nombre « quarante » cher à la Bible : de même que le peuple juif a pérégriné pendant quarante ans dans le désert ; de même que Jésus a passé quarante jours et quarante nuits dans ce lieu hostile avant de commencer sa prédication, le carême chrétien est une période qui dure quarante jours, pour permettre à chacun de hiérarchiser les valeurs de sa vie en se tournant vers Dieu.

Afin que cette quête de sens et de priorité soit le moins possible parasitée par les préoccupations habituelles, le carême invite à proscrire, pendant sa durée, tout ce qui habituellement « divertit » l’homme, au sens où Pascal entendait cette expression qui signifiait pour lui , se détourner de l’essentiel.

Le Carême évite en effet les divertissements, les mondanités, les fêtes tapageuses et même les fastes religieux, pour privilégier le recueillement, la prière, la réflexion personnelle, la méditation, le silence et toute posture contribuant à rappeler que « l’homme ne vit pas que de pain mais doit se nourrir de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Ce retour vers Dieu, dans la contemplation de son amour et de sa bonté, s’appelle la « conversion » et s’accompagne d’une ascèse qui comporte des efforts sur soi-même ainsi que des privations au profit des autres. Ainsi le « jeûne » obligatoire à l’ouverture du carême et le vendredi saint, doit-il creuser en chacun le besoin de nourritures spirituelles à l’instar des si nombreux besoins matériels et inviter à une plus grande maîtrise des instincts et des addictions.

L’aumône qui consiste à donner un peu de ses ressources à ceux qui en sont privés ne se réduira pas à l’obole que l’on fait à un mendiant pour se débarrasser de lui, mais invitera à plus d’empathie avec ceux qui souffrent , sont dans le besoin ou sont sans défense.

Le Pape François rappelle dans sa lettre de carême, ce que l’Apôtre Paul écrit aux chrétiens de Corinthe dans sa première lettre, au chapitre 12 : « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance…car vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres… »

Les chrétiens oublient parfois les dures paroles de l’Apôtre Jean réprimandant les chrétiens fauteurs de divisions dans leur communauté, en leur disant : « Quiconque hait son frère est un meurtrier. Et vous le savez aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. »

Le Carême est un temps privilégié pour mettre à profit toutes les occasions de rencontrer les autres, de les écouter, de se réconcilier si besoin est, pour reconstituer la cohésion de la communauté et œuvrer ensemble pour qu’il y ait davantage de justice et d’amour entre les individus .

Le Carême invite à se sentir responsable du bien commun et à ne se dérober à cette responsabilité sous aucuns prétextes surtout ceux du genre : « Que puis-je faire ? Est-ce moi seul qui changerai le monde ? Je ne puis porter sur mon dos la misère du monde ! »

Certes, tout seul, on ne peut changer le monde. Mais un proverbe local dit : « Cé ti grainn diri ki ka plin sac » (ce sont des petits grains de riz qui remplissent un sac ». C’est aussi le message du Carême.

« Qu’as-tu fait de ton frère Abel ? » demandait le Seigneur à Caïn (Genèse 4,9). Et Caïn répondait : « Je ne sais. Suis-je le gardien de mon frère ? » Cette réponse était l’aveu d’avoir déjà tué son frère. C’est le drame de notre société de plus en plus individualiste sinon égoïste. Le Carême invite à prendre le contre-pied de cette tendance.

« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous aime » dit le Christ. « C’est à ce signe que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples : si vous vous aimez les uns les autres. » « Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur qui entreront dans mon Royaume, mais ceux qui font ma volonté ».

Que tous les hommes de bonne volonté répondent à cette invitation du Christ, ne serait-ce qu’en se souciant de respecter, partout et en toute situation, la politesse qui est la règle du savoir vivre en société : Ce serait déjà un grand pas vers cet Amour que le Seigneur demande aux hommes d’avoir les uns envers les autres.
Bon carême à tous !

+Michel Méranville, Archevêque.



 


A la mémoire de Clarissa Jean-Philippe

 

31 janvier 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

A la demande de nombreuses personnes qui n’avaient pu prendre part aux funérailles de la jeune policière originaire de la Martinique, tombée sous les balles d’un terroriste, notre Archevêque, Mgr Michel Méranville, a accepté de remplacer le « Mot de l’Evêque » par l’homélie qu’il a prononcée à cette occasion.

OUVERTURE DE LA CELEBRATION

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen !
Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude la Paix dans la Foi et que le Seigneur soit toujours avec vous.

Le jeudi 8 janvier 2015, Clarissa Karen Jean-philippe était lâchement assassinée, dans l’exercice de ses fonctions de policière à Paris. Cet odieux assassinat a provoqué dans sa commune de Sainte Marie une vague de réprobation et de tristesse, qui a déferlé sur la Martinique entière, et est allée grossir l’émotion et l’indignation causées dans l’hexagone par les assassinats commis par les mêmes terroristes.

Aujourd’hui, nous voici très nombreux, réunis autour de la dépouille mortelle de l’enfant du pays, pour exprimer la tristesse que nous cause son départ si brutal, pour lui dire Adieu et aussi « Merci ».

Notre présence veut, si possible, réconforter tous les membres de la famille de Clarissa et particulièrement sa maman Marie-Louisa, son frère Wilfried et tous les proches, auxquels nous redisons notre sincère solidarité dans leur deuil.

Notre présence veut aussi évoquer tous les liens qui nous unissent, d’une manière ou d’une autre, à celle qui nous rassemble ce soir : Liens de parenté bien sûr, mais aussi tous ces autres liens que nous tissons habituellement les uns avec les autres : notre présence atteste qu’ils ne se défont pas avec la mort. Et parmi ces liens, il en est un auquel on ne pense pas toujours, mais qui était cher à Clarissa, c’est le lien de la foi. La foi dans laquelle Clarissa a été baptisée, la foi en Dieu tel que nous le révèle son Fils unique Jésus-Christ.

Alors qu’elle avait tout juste un an, Clarissa a reçu le baptême d’eau et d’Esprit qui a fait d’elle une Chrétienne catholique, membre de Jésus-Christ, prêtre, prophète et roi. C’était le 7 octobre 1989, en l’Eglise Sainte Rose de Lima du Robert. Ce baptême est évoqué par l’eau de l’aspersion faite sur son corps. Adolescente, Clarissa a appris à connaître le Christ qui est la lumière venue éclairer tout homme dans ce monde. Elle a reçu le sacrement qui confirme le baptême le 20 juin 2004, ici même à Sainte Marie.

En rallumant ces lumignons autour de la dépouille de Clarissa nous demandons au Christ de nous faire sortir des ténèbres du mal et de la mort pour nous laisser éclairer par lui dans la nuit de notre deuil.

PRIONS
Dieu notre Père,
la mort de notre amie CLARISSA nous rappelle brutalement notre condition d’hommes et la brièveté de notre vie ;
Mais pour ceux qui croient en ton amour la mort n’est pas la fin de tout ;
Il y a l’espérance des fils de Dieu et pour nous, brille la lumière de la résurrection du Christ, vainqueur de la mort.
Lui qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

HOMELIE
Nous savons bien que toute vie doit nécessairement passer par la mort un jour ou l’autre. Mais le désir de vivre que nous portons en nous contredit toujours cette réalité. Nous ne parvenons jamais à nous familiariser avec la mort. Et quand cette échéance inévitable se présente, non de manière naturelle, mais par la volonté délibérée d’un être humain que l’on ne connaît même pas, auquel on ne doit rien, avec lequel on n’a aucun différent, dont on se méfie si peu qu’on lui tourne le dos… alors notre incompréhension n’a d’égales que notre colère et notre révolte.
Notre désarroi est tel que, si nous sommes croyants, nous sommes tentés de demander à Dieu : « Comment peux-tu admettre une telle aberration et une telle abomination ? Toi qui es le seul Maître de la vie, comment peux-tu permettre ou tolérer que de simples créatures s’arrogent le pouvoir suprême de disposer de la vie des autres à leur gré ? »

Le silence de Dieu semblant être la seule réponse à ces questions, alors il ne nous reste plus qu’à choisir entre refus et acceptation. Pouvons-nous refuser la mort de Clarissa ? Nous pouvons protester contre une telle mort mais nous n’avons malheureusement pas le pouvoir de faire reculer le cours du temps et de faire que ce drame n’ait jamais existé ! Pouvons-nous au contraire faire de cette mort violente et prématurée un sacrifice offert à Dieu ? Oui, dans la foi, nous le pouvons. C’est la raison pour laquelle au début de cette célébration j’ai dit que nous étions venus nous rassembler ici pour plusieurs raisons dont l’une –et sans doute la plus importante– était de dire « Merci » à Clarissa.

Merci pourquoi ? Merci essentiellement pour le don de sa vie à la communauté humaine et pour le bien commun.
Clarissa avait choisi cette profession toujours à risque, en connaissance de cause. Elle savait à quels dangers elle s’exposerait une fois son diplôme obtenu. Aux personnes qui l’aimaient et lui recommandaient la prudence, elle répondait qu’elle faisait attention et prenait des précautions. Néanmoins, le danger ne remettait pas en cause son désir d’être au service de la communauté pour protéger les citoyens et sauvegarder l’ordre public.

Le choix de Clarissa était aux antipodes de celui fait par Caïn vis à vis de son frère Abel, comme nous le dit la Bible : A Dieu qui lui demandait : « Qu’as-tu fait de ton frère Abel ? » Caïn avait répondu : « Suis-je le gardien de mon frère ? » A l’inverse de Caïn, Clarissa avait travaillé dur et passionnément pour devenir la gardienne de ses frères.

Ce n’est pas par hasard que j’ai choisi de faire écouter aujourd’hui le passage de l’Evangile selon Saint Matthieu, bien connu sous le nom de « récit du Jugement dernier ». Il résume les fondamentaux de la foi chrétienne, en nous apprenant d’abord, que pour le Christ, la mort n’est pas le dernier mot de la vie, puisqu’elle sera suivie d’un Jugement. En nous disant ensuite très clairement que nous serons jugés et récompensés selon nos actes.

L’apôtre Pierre sur lequel Jésus a fondé son Eglise écrivait : « Au jour du Jugement, nous serons jugés sur l’amour. Et il ajoutait : « La Charité –c’est à dire l’Amour– couvre la multitude de nos péchés. »

Dans le récit de Saint Matthieu, le Seigneur s’identifie à chacun d’entre nous. A l’entrée de l’Eglise nous avons vu de nombreux porteurs de T-shirts sur lesquels était écrit : « Je suis Clarissa » « Mwen sè Clarissa ». Il était sans doute important de rappeler qu’à côté des victimes travaillant à « Charlie Hebdo », il y avait aussi une jeune femme de 27 ans qui aurait pu être ou notre fille, ou notre sœur, tombée sous les balles terroristes, alors qu’elle effectuait consciencieusement son devoir au service des autres. Le Fils de Dieu s’est identifié aussi à cette jeune femme.
Reconnu comme le Fils unique de Dieu, par plus d’un milliard et demi de personnes sur la planète, Jésus-Christ nous redit depuis plus de deux mille ans :
« Tout ce que vous faites au plus petit d’entre nos frères, c’est à moi-même que vous le faites. Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu et vous m’avez vêtu ; malade et vous m’avez visité ; en prison et vous êtes venus à moi…

En vérité, en vérité je vous le déclare : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25,1-40)

Le Seigneur s’est donc identifié à Clarissa comme il s’identifie à chacun d’entre nous. Tout ce que nous faisons à autrui en bien ou en mal, c’est à Dieu lui-même que nous le faisons. Le monde actuel individualiste et de plus en plus égoïste a tendance à oublier que personne n’est une île. Que nous le voulions ou pas nous sommes intrinsèquement liés les uns aux autres. Mais ce qui doit nous cimenter comme les pierres vivantes d’un même édifice, ce doit être l’amour.

Le monde revendique la liberté d’expression. Certes ! Mais il faut savoir aussi que liberté n’est pas licence. La liberté ne peut pas se définir comme la possibilité de faire tout ce que l’on veut sans tenir compte des autres. Nous connaissons peut être la boutade de l’Evêque américain Fulton Sheen disant : « Pour certaines personnes la liberté est la possibilité de mettre des lames de rasoir dans le matelas de son voisin, si on en a envie. »

La liberté n’est pas l’absence de contrainte, bien au contraire ! Car la liberté doit avoir aussi une finalité et un but qui sont le bien de l’autre et non pas son humiliation, son exploitation, sa marginalisation, son anéantissement.
L’adage populaire dit avec raison : « Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. » L’abbé Pierre va plus loin en disant : « La liberté est faite pour aimer. »
Le grand Saint Paul écrivait : « Je suis libre de manger de la viande offerte en sacrifie aux idoles, car je sais que les idoles ne sont rien devant mon Dieu. Mais si cela devait scandaliser mes frères je m’abstiendrai de manger de cette viande jusque dans l’éternité. » Exemple d’une liberté qui s’impose des limites pour ne pas causer du tort à l’autre !

La seule Loi que revendique le Christ pour ses disciples est la loi de l’amour qui consiste à faire du bien aux autres, et à leur éviter le mal que l’on ne voudrait pas pour soi-même.

La liberté d’expression suppose aussi le respect de l’autre et la politesse élémentaire à son égard. Cela ne s’impose pas par la force ni par la loi, mais par l’éducation et l’amour. Notre monde doit redécouvrir le civisme et l’art du vivre ensemble.

Que le Souvenir de Clarissa nous aide à être comme elle les gardiens de nos frères. Nous savons qu’à notre dernier jour, le Seigneur nous jugera sur l’amour que nous aurons été capables d’avoir, les uns envers les autres.
Que le départ de Clarissa nous permette aussi d’estimer à leur juste valeur les policiers, les gendarmes, les pompiers et toutes les personnes chargées de la sécurité et du service public de la société. Nous sommes souvent prompts à les critiquer ou à les ridiculiser, sachons de temps à autre les remercier en respectant tout simplement les règles du Vivre ensemble et celles du comportement citoyen qu’elles nous rappellent.

Que le sacrifice de Clarissa, à l’instar de celui du Christ, nous aide à mettre notre liberté au service les uns des autres, au service du bien commun. AMEN !

Michel Méranville, Archevêque



 


Nous sommes le Christ

 

20 janvier 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

Le dimanche 11 janvier 2015, une grande partie de la communauté catholique des Anses d’Arlet et des Trois-Ilets se trouvait réunie autour de son Archevêque, dans l’Eglise Saint Henry des Anses d’Arlet, pour célébrer l’Eucharistie au cours de laquelle 87 jeunes de ces deux paroisses devaient recevoir le sacrement de la confirmation.

Ce même jour et à la même heure, des rassemblements et des marches se répandaient dans tout le territoire de la France Métropolitaine, pour protester contre les attentats terroristes qui avaient tué 17 personnes, dont une policière martiniquaise : Clarissa Jean-Philippe.

Dans la petite église paroissiale des Anses d’Arlet, face à la mer, les cantiques des confirmands étaient couverts par le son des radios répétant à plein volume le slogan de plusieurs millions de manifestants en France : Je suis Charlie. Nous sommes Charlie.

La communauté rassemblée dans la petite église pouvait-elle rester étrangère à cet élan de solidarité unissant dans un même cri de protestation tous ceux qui refusaient de se soumettre à la barbarie et à la mort ?
Ceux qui criaient : Je suis Charlie n’entendaient probablement pas faire l’apologie du journal satirique éponyme, dont ils n’appréciaient pas toujours les caricatures blasphématrices. Cependant, ils réalisaient brutalement que le sort réservé aux personnes travaillant dans ce journal, comme celui de celles exerçant leur métier dans la police ou ailleurs, pouvait aussi devenir le leur à n’importe quel moment. L’horreur révélait tout-à coup que tout homme est un homme, que toute vie est précaire et que personne n’est une île.

Cependant, les rafales des pistolets et des kalashnikovs ne réussissaient pas à terroriser ; elles provoquaient, au contraire, un réflexe de solidarité et réveillaient l’audace de s’accepter différents pour faire front ensemble contre toute adversité.
N’est-ce pas cela le projet que Jésus-Christ propose à l’humanité depuis toujours ?
Lorsque Jésus-Christ dit à ses fidèles : Tout ce que vous faites au plus petit d’entre vos frères, c’est à moi que vous le faites, n’est-il pas à la fois et « Charlie » et « Clarissa » ? Jésus-Christ n’est-il pas présent dans celui qui a faim, qui a soif, qui est malade, oublié, bafoué, méprisé, torturé, supprimé ?

Tous ensemble ne formons-nous pas un seul corps qui est le sien ? Lorsqu’un membre souffre, tout le corps n’en est-il pas affecté ?
Vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres chacun pour sa part, écrivait Saint Paul aux Corinthiens. C’est la Bonne Nouvelle que nous devons nous répéter quotidiennement. Refusons de nous contenter d’en faire un simple slogan. Acceptons de la rendre concrète dans nos moindres actes de tous les jours par plus d’attention, de respect et d’amour les uns envers les autres.

+ Michel Méranville, Archevêque

Eglise en Martinique présente ses condoléances à toutes les victimes des récents attentats, et en particulier aux parents et aux proches de la jeune policière Clarissa Jean-Philippe abattue dans l’exercice de ses fonctions.



 


Bonne et Sainte Année 2015

 

3 janvier 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

Chers amis,

à l’aube de l’année 2015, je vous présente mes vœux les meilleurs, après avoir eu soin de les confier au Seigneur, le priant d’intervenir auprès de celles et ceux qui sont dans la peine, dans le deuil, la souffrance physique ou morale, ou qui ont été gravement blessés par les meurtrissures de la vie.

A tous et quelles que soient les conjonctures rencontrées, je souhaite une Bonne et Sainte Année 2015, comblée de toutes les grâces de Dieu.

Nous savons bien qu’il ne suffit pas de confier à Dieu ses vœux pour qu’ils soient exaucés. Ce n’est d’ailleurs pas dans les habitudes du Seigneur d’agir à notre place. Cependant, il nous invite toujours à nous tourner vers lui, pour trouver en lui l’inspiration, le conseil, qui indiquent le chemin à suivre et donnent la force de s’y engager avec détermination, pour réussir sa propre vie, et avoir la joie de partager avec les autres le bonheur auquel tous aspirent.

En ce début d’année, mes souhaits veulent rappeler à tous ce choix que le Seigneur proposait à son peuple, après l’avoir fait sortir miraculeusement d’Egypte où il avait été esclave. Le Seigneur lui disait : Je mets devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en observant ses commandements. Alors tu vivras et Dieu te bénira.

Que nous choisissions la vie semble une évidence. Pourtant, la vie peut parfois devenir un problème lorsqu’elle ne s’accompagne pas de raisons de vivre valables.
Le consumérisme de notre société, la satisfaction des besoins matériels et des passions, ne sont pas toujours des motifs suffisants pour affronter les difficultés de la vie, et permettre de la choisir. L’augmentation des suicides dans notre société, et aussi celle des meurtres, le démontrent malheureusement !

Parallèlement, à la culture de la vie que nous connaissions jusqu’alors, grandit aujourd’hui, dans notre société, une culture de mort, comme l’appelle le Pape.
Les accidents meurtriers de la route, par exemple, sont de plus en plus vécus dans l’indifférence et comme une fatalité, parce qu’on ne se soucie plus de sa propre vie, et encore moins de celle des autres.

On est horrifié d’apprendre que des Talibans ont massacré une centaine d’enfants dans une école du Pakistan. Mais nous n’acceptons pas que l’on rappelle que l’avortement est le meurtre d’un enfant en devenir ; et les milliers d’enfants à naître que l’on supprime chaque année dans nos maternités nous laissent indifférents . Pour éviter tout drame de conscience, nous préférons faire admettre que l’avortement est un droit imprescriptible pour la femme. Il en sera bientôt de même pour le droit au suicide assisté que beaucoup appellent de leurs vœux.

On s’habitue à cette culture de mort qui s’installe progressivement et que banalisent les attentats terroristes, les prises d’otages, les mises en scène de décapitations, et la barbarie des jihadistes de toute sorte.

La menace qui pèse aujourd’hui sur notre civilisation, c’est bien cette culture de violence et de mort.

Il semble donc plus urgent que jamais de souhaiter à tous de militer pour le choix de la vie. Dieu est la vie. Son Fils, dont nous fêtons la naissance parmi nous à Noël, nous dit : Je suis venu pour que vous ayez la vie en abondance.

Choisir la vie ne se réduit pas à éviter la mort. Cela consiste plutôt à promouvoir tout ce qui est capable de donner du sens à la vie et lui proposer une finalité.

Choisir la vie, c’est protéger la nature, respecter l’être humain de sa naissance à sa mort naturelle, mettre en œuvre la solidarité là où l’on vit, avoir un idéal qui permette d’élever son âme au dessus de la vie animale et les instincts, et laisser une place à la transcendance dans nos vies.

Choisir la vie c’est contribuer, par nos paroles et surtout par nos actes, à l’humanisation du monde en faisant triompher l’amour sur toutes les puissances de mort.
C’est l’exemple que le Fils de Dieu nous a donné et nous a laissé comme commandement suprême.

Seul l’amour peut sauver l’homme de la barbarie et lui donner la vie. Tu choisiras la vie . dit Dieu. C’est le vœu que je formule aussi pour chacun et chacune. Et particulièrement pour toutes celles et ceux qui ont été éprouvés récemment par un deuil, par la maladie, par un échec ou une déconvenue.

Notre Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. Il nous dit par la voix de son Fils : Tout homme qui vit et qui croit en moi, fut-il mort vivra, je le ressusciterai. C’est la foi et l’espérance qui animent ceux qui lui font confiance.

En ce début d’année nouvelle, que cette année soit le rocher sur lequel s’enracine notre vie.

Bonne et heureuse Année à tous.

+Michel Méranville, Archevêque



 


Joyeux Noël !

 

25 décembre 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Cette année encore des milliards d’hommes croyants ou incroyants, chrétiens ou pas, fêteront Noël.
Noël est une fête incontournable depuis plus de deux mille ans. Sans doute parce que Noël est d’abord une fête familiale, empreinte de douceur, de paix et d’amour ; faisant une large place aux enfants, car Noël est d’abord la fête d’une naissance. Or la naissance est le moment le plus merveilleux de la vie !

Mais Noêl n’est pas uniquement un moment d’émotion dans la douceur de la nuit. Ni une simple halte sur la route cahoteuse de la vie. Ou une occasion de faire ripaille, comme le sont devenus bon nombre de nos réveillons.

Noël c’est une naissance, et une naissance qui invite à naître ou à renaître.
Noël est étymologiquement la contraction de « Emmanu-El » ce qui signifie en hébreux : « Dieu est avec nous »
Noël, pour les croyants, c’est Dieu venant naître dans ce monde pour faire naître tout homme à sa vie, et pour qu’avec lui, les hommes soient capables de faire naître un monde nouveau, de fraternité, de justice et de paix.
Noël n’est cependant ni un conte pour enfant, ni une légende qui serait née au IIIe siècle pour supplanter la fête païenne du "Soleil Invaincu".
Noêl est d’abord un fait historique, attesté par des ’historiens paradoxalement non chrétiens, tels Flavius Joseph auteur des Antiquités Hébraïques (vers les années 90), ou le consul Pline le Jeune, (dans ses lettres à l’Empereur Trajan.), sans parler des témoignages des Evangiles selon Saint Luc et Saint Matthieu.

Noêl c’est la naissance avérée d’un enfant auquel ses parents, conseillés par un ange, donnent le nom de « Jésus » (Jeshoua en hébreux signifie « le Seigneur Sauve »).
Quand cet enfant est-il né ? Etait-ce vraiment le 25 décembre ? La réponse à cette question est secondaire puisque notre calendrier grégorien n’existait même pas à l’époque. L’important est la véracité de cette naissance d’un enfant dans lequel les croyants ont reconnu le Fils de Dieu.
Les chrétiens croient que le Fils de Dieu, appelé par Saint Jean : « Le Verbe », c’est-à-dire la Parole de Dieu existant depuis toujours, a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme à Noêl. Dieu est donc entré dans notre histoire à un moment bien précis.

Cependant, Noël n’est pas un événement cantonné uniquement dans le passé. Le Fils de Dieu ne peut être en effet assujéti au temps. « Pour le Seigneur, mille ans sont comme un jour et un jour comme mille ans » chante le psaume.
Le Verbe de Dieu existait de toute éternité, depuis toujours, bien avant son incarnation dans notre chair. Depuis sa mort et sa résurrection, il a promis d’être avec nous jusqu’à la fin des temps.
Noël est un événement du présent. C’est en effet aujourd’hui, dans la vie de tous les jours, que le Seigneur demande d’être reconnu et accueilli pour que nous soyons sauvés.
Il demande de le voir présent dans le pauvre, le faible, l’exploité, l’étranger, le sans défense, comme il a été lui-même un enfant né sur la paille d’une étable, dans la plus grande indifférence ou ignorance des grands et des puissants de ce monde.

Nous sommes sauvés si nous croyons en lui. Si nous lui ouvrons la porte de notre cœur pour qu’il puisse s’y réfugier, et nous transformer par son amour. C’est pour que tout homme devienne fils de Dieu qu’il est venu à Noël.
Dans nos vies encombrées par toutes sortes de soucis, de préoccupations, d’ambitions et de passions, faisons-lui à Noël la place qu’il sollicite humblement.
Noêl s’est sécularisé avec le temps. La fête chrétienne est devenue une opération commerciale. La vraie joie de Noêl s’est dénaturée pour faire place à des plaisirs plus ou moins frelatés. Mais le message de Noël n’est pas mort. Il nous appartient de l’entendre aujourd’hui et de le crier bien fort à tous les hommes de Bonne Volonté.
Un Sauveur nous est né. C’est lui l’Emmanu-El ! Un enfant nous est donné pour que nous laissions conduire par lui. Gloire à Dieu au plus haut des cieux !

A tous et particulièrement à ceux qui sont seuls, malades, ou dans la peine : « Joyeux Noël ! ». Que le Seigneur naisse dans notre vie ou y grandisse, et nous donne de témoigner de sa présence dans nos vies .

Joyeux Noêl !

+Michel Méranville



 


Bon Avent !

 

13 décembre 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Depuis le 30 novembre de l’année 2014, le temps de l’Avent a commencé pour les fidèles de l’Eglise catholique.

Le mot « Avent » n’a pas la même signification que l’adverbe homophone qui ne s’écrit d’ailleurs pas de la même façon.
Il n’a rien à voir non plus, avec les vents qui soufflent plus fortement en cette saison de l’année, au point qu’on les appelle « les avents ».

L’Avent est un nom dérivé du latin « adventus » qui signifie « arrivée », « venue ». L’Eglise l’a retenu pour désigner un temps liturgique qui invite à préparer la venue du Seigneur parmi les hommes.

La venue du Seigneur a déjà eu lieu : Dieu a tenu ses promesses faites jadis à son Peuple : Il s’est fait chair en la personne de son Fils et il a habité parmi nous.

Dieu s’est fait enfant en s’incarnant dans ce bébé né dans une étable parcque ses « parent », Joseph et Marie, n’avaient pas trouvé place dans l’hôtellerie où ils avaient fait halte, sur la route qui les conduisait à Bethléem pour s’y faire recenser. Noël est la fête chrétienne qui célèbre cette naissance historique.

Le temps de l’Avent invite les croyants à méditer les profondeurs de l’amour de Dieu qui abandonne toute majesté pour se faire vraiment homme et partager avec tout homme son infinie dignité.
Autrefois, le but des chanté Noël » était de réunir les croyants dans une ambiance de convivialité et de prière, pour rendre grâce à Dieu pour la certitude et la joie d’être aimés à ce point, par Lui.

Ce Dieu venu à Noêl partager notre condition humaine, ne nous a jamais quittés. Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, nous en a fait la promesse : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps »
L’Avent invite à prendre au sérieux cette promesse. Il nous invite à faire une place plus grande dans nos vies à Celui qui nous propose de partager tout notre quotidien pour y mettre son Esprit, son amour sa paix et sa joie.

Pour cela, le temps de l’Avent, comme celui du carême, ne se résume pas en une certaine austérité proche de la tristesse, comme peut le suggérer le violet que l’Eglise choisit comme couleur liturgique pendant sa durée. Il est plutôt un temps qui nous rappelle que le Seigneur est avec nous. Nous ne pouvons donc pas laisser nos occupations, nos soucis et nos plaisirs nous faire ignorer sa présence. Nous devons nous tourner sérieusement vers lui pour écouter sa Parole et la mettre en pratique. C’est l’enjeu le plus important de notre existence.

Le Seigneur est venu. Il ne nous a jamais quittés. Il est avec nous, jusqu’à la fin des temps. Il reviendra dans sa gloire à la fin des temps : ce sera la Parousie.
Dans l’attente de cette venue, l’Eglise nous invite à nous préparer à le rencontrer à tout moment et en tout lieu et à l’heure qu’il aura décidé de notre passage de ce monde auprès de lui .

« Soyez prêts pour cette rencontre », nous dit le temps de l’Avent : « Prenez garde et restez éveillés ; car vous ne savez pas quand ce sera le moment » (Matthieu 13,33)

En ce temps de l’Avent : « Ecoutons la voix du Seigneur ». Préparons aujourd’hui la venue dans nos vies du Seigneur qui est venu, qui vient et qui viendra.

Au moment où nous souhaitons à chacun et à tous une « Bonne nouvelle année liturgique », comment ne pas penser à tous les BENEVOLES qui se dévouent en permanence pour apporter leur contribution concrète à la réalisation de ce vœu ?

Je pense en particulier à celles et ceux qui réalisent notre revue Eglise en Martinique et participent à son expédition.
Je pense aussi à toutes ces personnes qui, dans divers lieux et dans diverses situations, donnent de leur temps, de leurs économies, de leurs compétences professionnelles au service de leur Eglise pour en faire une vraie famille, sous le regard de Dieu, et un peuple ardent à faire le bien.

A toutes ces personnes j’adresse un grand merci au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et je souhaite à tous un Bon temps de l’Avent et une Bonne Nouvelle Année Liturgique.

+Michel Méranville



 


Fête du Christ Roi de l’Univers

 

9 décembre 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

Dimanche 24 novembre 2013

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. La Paix soit avec vous.

Frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la fête du Christ Roi de l’univers qui vient clôturer l’année liturgique « C » commencée le 2 décembre 2012 et qui nous a réunis chaque dimanche et jours de fête, jusqu’à aujourd’hui, 34ème dimanche du temps ordinaire de l’Église.

Dimanche prochain, commencera une nouvelle année liturgique , appelée « l’année A, » tout au long de laquelle sera mis à l’honneur l’Évangile selon Saint Matthieu. Cette nouvelle année liturgique s’ouvrira par la célébration du premier dimanche du temps de l’Avent.
Mais au risque d’enfoncer des portes ouvertes, permettez-moi, de rappeler rapidement ce que nous entendons par année liturgique.
Vous n’ignorez pas en effet que, de même qu’il y a une année calendaire qui commence le premier janvier et se termine le 31 décembre, de même qu’il y a une année scolaire qui commence en septembre et prend fin en juillet, il y a pour l’Église une année dite liturgique qui commence le premier dimanche de l’avent et se clôture par la fête du Christ Roi d’ l’univers, le 34° dimanche du temps ordinaire de l’Église.

Le mot liturgie en grec( λειτουργία / leitourgía,) signifie littéralement « le service du peuple »). Dans le langage courant, il désigne l’ensemble des rites, cérémonies et prières dédiés au culte d’une divinité religieuse. Dans la religion chrétienne, il s’agit du culte public et officiel institué par l’Église.

L’année liturgique a pour but de rassembler les fidèles du Christ chaque dimanche de l’année et à l’occasion des grandes fêtes du Christ, de la Vierge Marie et des saints, pour leur permettre de revivre ensemble les grands moments de leur foi et les mystères de leur salut.

Depuis le Concile Vatican II l’Église catholique a organisé l’année liturgique sur trois ans, comme je viens de le rappeler. De sorte que l’on a l’année Liturgique A, puis l’année liturgique B, enfin l’année liturgique C,

A chacun de ces cycles correspond la lecture de l’un des quatre évangélistes : ainsi l’année A dans laquelle nous entrerons dimanche prochain proposera aux fidèles la lecture de l’Évangile selon Saint Matthieu.
L’année suivante, donc l’année B, ce sera l’Évangile selon Saint Marc et enfin l’année C , celle qui s’achève aujourd’hui , tirera son éclairage principalement de l’Évangile selon Saint Luc.

Mais, un Évangile semble avoir été oublié : c’est l’Évangile selon Saint Jean. Bien au contraire, loin d’avoir été oublié, il est présent, tout au long de l’année liturgique, qu’elle soit A ou B ou C, au temps pascal et à des moments bien précis.

Toutes les années liturgiques, qu’elles soient année A , B ou C sont clôturées par la célébration de la fête du Christ Roi. Et à partir de cette fête, le dimanche suivant, commence une nouvelle année liturgique qui débute par le premier dimanche de l’Avent. En l’occurrence, ce sera pour nous l’année liturgique A dont l’éclairage principal nous viendra de l’Évangile selon Saint Matthieu.

Mais qu’est-ce que cette fête du Christ Roi de l’univers ? Avant de répondre à cette question, relisons si vous le voulez bien l’Évangile de ce dimanche dans Luc, chapitre 23, versets 33 à 43.
C’est le Pape Pie XI qui a institué en 1925, la fête du Christ-Roi, qui est devenue en 1970 « la fête du Christ Roi de l’univers ».

Parler de Roi à une société qui vit en démocratie sous la cinquième République peut sembler vraiment anachronique, sinon réactionnaire. Mais il faut se demander quelle réalité se cache vraiment sous le mot : « roi ».

Jésus a admis lui-même qu’il était Roi. C’est surtout au cours de son procès devant Pilate qu’il a reconnu qu’il était Roi. Mais , comme il l’a affirmé , pas à la manière dont le monde comprend habituellement ce mot.

Pour le monde, , le mot Roi évoque le pouvoir. Le Monarque est celui qui commande et se fait servir. Celui qui domine les autres et profite de tout et de tous à sa guise même lorsque sa liberté se trouve tant soit peu encadrée par un parlement. Le Roi, c’est celui qui se fait servir, obéir et respecter au besoin par la force, celui qui est au centre des honneurs et du respect.
Jésus précise que sa Royauté n’est pas semblable à celle de ce monde.

Il est Roi, c’est un fait : car il est né de Dieu. Il est le Fils unique de Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père. Par lui, tout a été fait. Il est l’image du Dieu invisible, l’auteur de toute la création, le maître absolu de toute chose : Jésus constate humblement tout cela, en présence de ses Apôtres, auxquels il dit : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et je le suis en effet ». Mais il ajoute aussitôt : « Mais je suis parmi vous comme celui qui sert. »

Pour donner plus de poids à ces paroles, le Jeudi Saint, veille de sa mort, au cours du dernier repas qu’il prend avec ses disciples, il se ceint d’un tablier et une bassine d’eau à la main il s’agenouille devant chacun de ses disciples pour leur laver les pieds , comme le faisaient à l’époque les esclaves pour leurs maîtres.

Jésus l’affirme à Pilate : Il est Roi. Mais sa Royauté est au service de la Vérité.
« Qu’est-ce que la vérité ? » lui demandera Pilate. Jésus ne répondra pas à cette question pour obliger Pilate, mais aussi tout homme, à se poser la même question et à en trouver personnellement la réponse : en fait, qu’est-ce que la vérité ?

Lorsque l’on cherche bien et que l’on se laisse instruire par toutes les Écritures, on découvre que la Vérité, c’est l’Amour.
On est dans le vrai lorsqu’on aime vraiment. « Celui qui aime est né de Dieu » dit l’Écriture. Celui qui aime est passé de la mort à la vie.

Mais qu’est-ce qu’aimer ?

Aimer, ce n’est pas « faire l’amour ». Ce n’est pas satisfaire son égoïsme et ses passions. Aimer ce n’est pas simplement avoir du plaisir, être content de soi.
Aimer, selon Dieu et ce que son Fils est venu nous dire, « aimer c’est tout donner et se donner soi-même » comme le disait la petite Sainte Thérèse de Lisieux.

L’exemple parfait de l’Amour est Dieu lui même. Dieu donne sans condition tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. C’est Dieu qui prend l’initiative de créer l’univers. Au centre de cet univers il place l’homme. Il veut que cet homme soit heureux, qu’il peuple la terre par sa progéniture et que tous soient heureux. »

Pour nous dire tout cela en clair, Dieu envoie son propre Fils, Celui qui est auprès de Lui depuis toujours. Il le fait naître d’une vierge, la Vierge Marie, promise à un homme du village appelé Joseph. Avant qu’ils soient unis par les liens du mariage, Marie donne naissance à cet enfant, œuvre du Très Haut, qu’elle appelle « Jésus »ce qui signifie « le Seigneur sauve. »

Jésus nous sauve en nous montrant la voie du salut. Cette voie, c’est lui-même et l’exemple qu’il nous donne. « Il est passé en faisant le bien », nous dit de lui Saint Pierre dans les Actes des Apôtres. Et il nous demande de le suivre dans la voie du service de nos frères, particulièrement les plus pauvres, les plus nécessiteux, les moins considérés , et il nous dit … « Tout ce que vous leur ferez, c’est à moi que vous l’aurez fait. »

Jésus est Roi, mais il le précise à Pilate : « Ma Royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux juifs » (Jn 18,36).

En fait, la couronne de ce roi a été la couronne d’épines enfoncée à coups de bâtons sur sa tête et le manteau écarlate mis sur ses épaules, tandis que les gardes pour le tourner en dérision s’inclinaient devant lui en disant « salut roi des juifs ! »

Le trône de ce roi, c’est la croix sur laquelle il a été cloué.

Jésus attendait cette heure. Il savait que pour réconcilier l’humanité avec Dieu son Père il devait accepter librement toutes ces vexations , toutes ces tortures et cette mort humiliante et combien douloureuse afin de pouvoir dire : « Voilà jusqu’où peut aller l’amour quand il est vrai ! »

Et en effet , il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Pour fêter le Christ Roi de l’univers, l’Église n’a pas choisi de nous rappeler par exemple la scène des Mages venus d’Orient, s’inclinant devant l’enfant de la crèche pour reconnaître en lui le roi des Juifs et lui offrir leurs trésors, l’or comme à un roi, l’encens comme à un Dieu, la myrrhe comme à un mort ressuscité.

Elle n’a pas choisi de nous rappeler une scène comme celle de la transfiguration qui nous montre Jésus complètement transfiguré, ses vêtements resplendissant de lumière tandis qu’il s’entretenait avec Moïse et Élie décédés pourtant depuis des siècles.

L’Église ne nous présente pas Jésus dans sa gloire de ressuscité, elle préfère évoquer cette scène poignante de la passion selon saint Jean où Jésus humilié, sanguinolent, chargé de chaines comparaît devant Pilate représentant de l’empereur. Lequel des deux, Pilate ou Jésus, peut-il revendiquer un pouvoir réel ? Humainement, on peut se tromper et répondre que c’est Pilate, puisqu’il représente l’Empereur, il a pour lui des gardes et des soldats, il peut condamner à mort ou libérer.

Pourtant c’est Jésus, qui deux jours plus tard sortira triomphant de son tombeau. Car pour lui une seule chose compte, c’est la vérité. La vérité vous rendra libre, répétait-il.
Toute sa vie, Jésus a servi la vérité, il a rendu témoignage à la vérité. La vérité sur le Père, car c’est lui qui nous révèle le vrai visage de Dieu son Père. Et ce visage c’est celui de l’amour parfait, infini.

La vérité sur la vie éternelle, la vérité sur le sens de notre vie, la vérité sur le combat que tout homme doit mener contre le mal et le péché, la vérité sur la vie et sur la mort.
Voilà ce que c’est qu’être roi de l’univers. C’est entrer dans la vérité et lui rendre témoignage. Tous les disciples de Jésus sont appelés à partager sa royauté, s’ils écoutent sa voix.

Est vraiment roi celui que la vérité a rendu libre (Jn 8,32). Par leur baptême, les chrétiens ont été plongés dans la vie du Christ ressuscité . Le jour de leur baptême, les chrétiens se sont entendus dire par le ministre qui venait de les plonger dans l’eau symbolisant la vie de Dieu : « Untel, Une telle, par le baptême le Dieu tout puissant, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit.Toi qui fait maintenant partie de son peuple, il te marque avec l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus-Christ, « prêtre, prophète et roi. »

Il faut savoir que la mission du roi, dans l’Ancien Testament consistait à défendre son peuple, à protéger la veuve et l’orphelin, à chercher l’amélioration des conditions de vie de tous ceux dont il avait la garde.

Célébrer aujourd’hui la Royauté du Christ consiste pour ceux qui croient en lui à faire notre sa mission : il est venu pour témoigner de la vérité.

Comme lui, nous avons à témoigner de la vérité dans ce monde de mensonge et d’hypocrisie, ce monde qui abolit la Parole de Dieu pour la remplacer par les élucubrations des hommes.
Dans ce monde qui répète, à la suite de Lucifer : « Non serviam » c’est-à-dire, je refuse de servir, et dont l’ambition est de dominer les plus faibles et de les utiliser à des fins égoïstes, les chrétiens ont pour mission, comme le Christ, de dire par leurs paroles et surtout par leurs actes, que la grandeur d’un homme et le vrai sens de sa vie est de servir les autres et se soucier du bien commun.

Dans un monde d’apparence où ce qui compte c’est de se faire remarquer, distinguer, honorer, le chrétien cherchera comme le Christ à prendre non pas la première place mais la dernière, celle de l’humble serviteur qu’il a la joie d’être.

Une nouvelle année liturgique commencera dimanche prochain. Dans l’attente du renouvellement qu’elle nous apportera, demandons aujourd’hui au Seigneur d’être vraiment le Roi de l’univers et, par conséquent, le roi et le maître de notre propre vie.

Amen !

Comme nous l’avons fait pour Thierry Dol et ses compagnons de captivité n’oublions pas de prier pour le prêtre français Georges Vandenbeush enlevé par la secte Boko Haram au nord du Cameroun le jeudi 14 novembre dernier.



 


Le Christ, Roi de l’univers

 

20 novembre 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Le point culminant de chaque année liturgique est, pour l’Eglise Catholique, la fête du Christ Roi.
De même qu’il y a une année civile qui commence le 1er janvier et s’achève le 31 décembre ; une année scolaire qui débute en septembre et se termine en juillet ; il y a pour l’Eglise une année dite « liturgique », qui commence le premier dimanche de l’Avent, quatre semaines avant Noël, et s’achève à la fête du Christ Roi de l’univers.

Tout au long de cette année-là, l’Eglise propose à ses fidèles de revivre l’ensemble de l’histoire du salut en célébrant la venue du Christ en notre monde, sa mort, sa résurrection, l’effusion de son Esprit, particulièrement reconnaissable dans la vie de ceux que nous appelons « les saints », au nombre desquels la Vierge Marie tient une place prépondérante.
L’Eglise invite les chrétiens à accueillir Dieu au cœur de leur vie et à participer dans l’espérance, la foi et la charité, à la réalisation du Royaume du Christ.

L’année liturgique n’est pas le simple recommencement d’un cycle, mais plutôt la continuation d’une marche vers l’accomplissement du Jour du Seigneur, quand le Christ reconnu roi par tout l’univers, remettra toute chose entre les mains de Dieu son Père. Dans l’attente de cette Parousie, tout homme est invité à conformer sa vie à celle du Christ dans tous les compartiments de son existence quotidienne.

Fêter la Royauté du Christ, parler de son Règne ou de son Royaume peuvent être perçus aujourd’hui, en notre vingt-et-unième siècle républicain et démocrate, comme des anachronismes ou même des provocations. Mais c’est intentionnellement que le le pape Pie XI institua, le 11 décembre 1925, cette Fête du Christ-Roi qui devint, en 1970, la fête du Christ Roi de l’univers.

A l’époque, il lui fallait réagir contre des idéologies et un pouvoir politique qui avaient l’ambition de régenter la vie des personnes, en leur imposant par la force leur manière de voir et leur haine de la religion, en excluant la foi chrétienne de la société.
Le pape voulait affirmer par cette fête que le Christ Jésus a autorité, comme Dieu, sur toute chose et sur toute personne. Il est roi au sens premier de ce mot qui vient du latin regere qui signifie : régir, assurer une direction, une règle, une rectitude.

Le Christ est le Fils de Dieu, la Parole vivante de Dieu venue s’incarner pour révéler aux hommes l’amour dont Dieu les aime, et leur dire en clair ce qui doit diriger leur vie en lui donnant son vrai sens, c’est-à-dire, sa réussite.
Le Christ est Roi, et il revendique lui-même ce titre comme le montre sa réponse à Pilate lors de sa passion ; mais il ajoute : Mon Royaume n’est pas de ce monde. Si mon Royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs, mais mon Royaume n’est pas d’ici. Je suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui demande alors : Qu’est-ce que la vérité ? Mais Jésus ne lui dit plus rien.

C’est à chacun de nous de répondre à cette question que le Christ nous pose à chacun ! Il nous faut donc loyalement nous demander : Qu’est-ce que pour moi la vérité ? Quelle est la vérité de ma vie ?
Le Christ nous met sur la piste de la bonne réponse. Par sa vie, sa mort et sa résurrection, il nous fait comprendre que la seule vérité qui soit, c’est l’amour. Pas n’importe quel amour, mais l’amour qui nous fait aimer comme lui nous aime : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, disait-il. Le Christ nous a aimés jusqu’à donner sa vie sur la croix pour chacun de nous. Nous sommes dans le vrai lorsque nous écoutons sa voix nous invitant à faire comme lui.

Le Christ est notre Roi lorsqu’il inspire nos actes, dirige nos vies, rectifie nos comportements et nous fait participer à l’extension de son Royaume de paix, de justice et d’amour.
Que le Christ règne dans nos vies de personnes concrètes individuelles et collectives. Que rien ni personne n’ait plus d’importance pour nous que Lui. C’est la grâce que nous devrions demander les uns pour les autres.

Jésus Ressuscité n’est pas un mythe, ni un héros du passé dont l’exemple nous est laissé par l’histoire. Il est le Fils de Dieu qui nous dit aujourd’hui : Je suis la résurrection et la vie. Tout homme qui vit et qui croit en moi, fut-il mort vivra, je le ressusciterai au dernier jour. Croire en lui est une incontournable question de vie.
Lorsque nous croyons absolument en ses promesses, c’est alors qu’il devient notre roi. Il est notre Roi lorsque nous nous laissons convaincre par lui que notre vie n’a de sens que lorsqu’elle accepte de servir aux autres.

Lui, le Christ, que l’on appelait Maître et Seigneur, disait à ses disciples : Je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Celui qui veut être le plus grand parmi vous ; qu’il soit le serviteur de tous.
De nos jours de telles paroles sont incompréhensibles pour la majorité des gens. Elles sont cependant lumière et vie, pour celles et ceux qui sont inconditionnellement disciples du Christ.
Rangeons-nous donc sous la bannière du Christ Jésus. Que le Christ soit notre Roi !

+Michel Méranville



 


Etre ensemble le Corps du Christ

 

24 octobre 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

La devise, se détachant en lettres géantes sur les banderoles accrochées à l’entrée et à la sortie de l’édifice, ne pouvait pas ne pas être remarquée par les mille sept cents catéchistes rassemblés dans le Hall des sports du Lamentin. Elle ne pouvait surtout pas les laisser indifférents, car elle résume le projet pastoral constamment rappelé à l’ensemble du Diocèse : Etre ensemble le Corps du Christ pour le salut du monde.

Cette devise trouve son fondement dans la prière de Jésus, la veille de sa mort lorsqu’il dit à Dieu son Père : Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé (Jean 17,21).

Etre ensemble. Cela ne signifie pas simplement être rassemblés le temps d’une célébration ou d’une manifestation, côte à côte, l’un près de l’autre.

Etre ensemble signifie encore moins afficher une unité de façade, donner l’impression d’être unis, sauver les apparences et faire croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Etre ensemble n’est pas juste un compagnonnage, ou la solidarité d’un moment dans le seul but d’une plus grande efficacité.
Etre ensemble s’enracine dans le mystère même de l’incarnation.

Du fait que le Fils de Dieu se soit fait homme, en revêtant la nature humaine, tous les hommes sont devenus les membres de son corps. Qu’ils en soient conscients ou pas, tous les hommes sont reliés entre eux par le Christ. Il est grand ce mystère de la foi !

Pour l’illustrer l’Apôtre Paul a trouvé cette belle image du corps, qu’il propose aux Corinthiens, au chapitre 12 de sa Première Lettre (1Cor.12,12). Saint Paul leur dit : Prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est de même du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps. Le corps en effet ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs.

Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps » cesserait-il pour autant d’appartenir au corps ?
Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps, cesserait-elle pour autant d’appartenir au corps ? »
Si le corps entier était œil, où serait l’ouïe ? Si tout était oreille, où serait l’odorat ? Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.
Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres mais un seul corps.

L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ».
Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié tous les membres partagent sa joie.
Or, vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres chacun pour sa part.

Par le réalisme de cette image, Saint Paul voulait faire comprendre aux chrétiens de Corinthe qu’il était temps pour eux de mettre fin à leurs rivalités et à leurs divisions pour former ensemble le Corps du Christ.
Il ne faisait que traduire, de manière concrète et prosaïque, la Bonne Nouvelle que Jésus-Christ est venu révéler aux hommes par sa vie, sa mort et sa Résurrection. Cette Bonne Nouvelle est d’abord que Dieu aime tous les hommes, c’est-à-dire qu’il veut pour tous un bonheur qui n’a pas de fin.

Pour que les hommes soient heureux et vivent en paix, Dieu veut qu’ils prennent conscience qu’ils sont tous frères et ne forment qu’une seule famille.

La Catéchèse a pour mission, de faire connaître à tous, cette Bonne Nouvelle. La catéchèse, comme le catéchuménat, les catéchistes, le catéchisme… sont des mots qui tirent tous leur origine d’un verbe grec signifiant : Provoquer un écho.
Nous savons ce qu’est un écho : par exemple, dans un tunnel la voix crie OHO et l’écho répète OHO. C’est comme une réponse.

La catéchèse n’est ni un cours de religion, ni la connaissance et l’observance de règles morales, la catéchèse est plutôt la rencontre avec quelqu’un qui a vraiment vécu parmi nous, qui est mort crucifié, qui a été mis au tombeau mais est revenu de la mort et reste avec nous jusqu’à la fin des temps.

La catéchèse sert à provoquer la rencontre entre cette Personne nommée Jésus-Christ, et ceux qui la cherchent, de telle manière que quelque chose se passe entre eux et que l’amour de Jésus-Christ trouve un écho, une réponse, dans toute leur vie.

Le monde actuel se contente souvent d’avoir la croissance pour horizon, et la consommation comme impératif. Il ne croit plus à l’éternité, nie la transcendance et se prosterne devant les idoles matérielles dont l’argent est le dieu suprême. La Bonne Nouvelle qu’il attend sans le savoir c’est Jésus-Christ, inconnu par le plus grand nombre, rejeté par d’autres.

Qu’en ces temps de reprise pastorale, Jésus-Christ soit annoncé partout et rassemble tous les hommes, sans distinction, afin qu’ils ne forment plus qu’un seul Corps, soucieux du bien de tous et du salut éternel. Alors sacrifiant leurs rivalités et leurs intérêts égoïstes, les hommes se préoccuperont du bien commun et de l’intérêt de tous, puisqu’ils auront conscience d’être les membres d’un seul et même Corps.

La communion de ce Corps incitera le monde à croire en Dieu et en son Fils Jésus-Christ.
Nous devons tous prier pour la réalisation de ce souhait.

+ Mgr Michel Méranville



 


Synode extraordinaire sur la famille

 

10 octobre 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Le Pape François a convoqué, à Rome, un synode extraordinaire sur la famille, qui durera du 05 au 19 octobre 2014. A cette occasion il n’est pas inutile d’essayer de rappeler ce qu’est un synode, d’autant que l’on a tendance à confondre « synode » et « concile ».

Un synode, c’est une assemblée d’évêques convoquée par le Pape pour réfléchir sur divers enjeux. Les Evêques qui participent à cette assemblée y ont été délégués par leurs conférences épiscopales. La plupart du temps, ils sont accompagnés d’experts, laïcs ou clercs, femmes ou hommes.

Le Pape convoque et rassemble autour de lui toutes ces personnes, d’abord pour écouter ce qu’elles répondent aux questions préalables qui leur ont été posées sur un thème bien précis, questions que l’on appelle en latin les lineamenta.
Lors de leur audience à Rome, en présence du Pape, ces questions déjà posées sont devenues l’Instrumentum laboris (littéralement l’objet des débats). Les intervenants ont à peu près cinq minutes chacun pour donner leur réponse aux lineamenta.

Lorsque tous les intervenants se seront exprimés, deux documents seront publiés : l’un résumera les propositions qui auront été faites ; l’autre sera un message à l’adresse du peuple chrétien.
Enfin, le pape lui-même s’exprimera dans un message qui sera présenté comme une Exhortation post Synodale.

Pendant plusieurs semaines les médias se focaliseront sur les interventions des pères synodaux. Néanmoins, faut-il attendre la conclusion du synode extraordinaire qui se déroule actuellement, et celle du synode ordinaire qui lui fera suite l’an prochain, pour s’interroger sur la famille ?
Point n’est besoin d’être « grand grec » - comme nous disons familièrement – pour constater que la famille, cellule de base de la société et « église domestique », se porte bien mal en ce moment.

La violence endémique qui gangrène la vie quotidienne et s’installe dans les établissements scolaires, les incivilités, la consommation de drogues et d’alcool, les « rackets » et tous les autres fléaux, face auxquels on ne fait que baisser les bras, ont tous en point commun : la détérioration de la famille.

La famille, bien malmenée depuis des lustres, ne peut évidemment pas être le « bouc émissaire » auquel il faut imputer tous les maux de notre société. Mais elle peut, en toute certitude, être le point de départ de la guérison sociale que l’on souhaite. C’est une des raisons majeures pour laquelle il est nécessaire d’ausculter avec soin la famille pour relever ses défis, dans le contexte de la Bonne Nouvelle que le Christ est venu porter à l’humanité.

Au moment où débute ce synode, nous devons d’abord prier pour son succès qui sera celui de la famille. Nous devons surtout demander au Seigneur la grâce de nous sentir tous et chacun responsables de nos familles. Cela n’exige pas de grandes compétences de notre part, ni de grandes capacités intellectuelles, mais avant tout beaucoup d’amour, de respect et d’attention pour les autres.

Jésus disait dans l’une de ces paraboles qu’il aimait proposer à ses contemporains : Quiconque boit du vin vieux n’en désire pas du nouveau, car il dit : « Le vieux est meilleur ». C’est vrai que nous avons souvent tendance à dire que le passé était meilleur que le présent que nous connaissons. Néanmoins, il est raisonnable de croire que le simple retour à quelques habitudes du passé, aujourd’hui totalement oubliées ou méconnues, contribuerait déjà à modifier en bien nos comportements de tous les jours.

J’en cite pêle-mêle quelques unes : retrouver l’habitude qu’avaient les membres de la famille de se dire « bonjour » au lever, « bonsoir » avant d’aller se coucher…. S’’attendre les uns les autres avant de se mettre à table. Faire précéder le repas d’une prière pour rendre grâce à Dieu de la nourriture qui est sur la table alors que tant d’hommes et de femmes meurent de faim… Que l’on ne se précipite pas sur la plus grosse part. Que l’on sache dire « S’il te plait » et « merci »… Qu’on se tienne correctement à table… Que l’on donne un coup de main pour desservir, faire la vaisselle… Que l’on ne jette pas le pain…
Ce sont là des tout petits « riens » qui se faisaient automatiquement autrefois, mais qui aujourd’hui ont disparu dans de nombreuses familles. Or, ils apprenaient le respect, le service, la tolérance. Ils ouvraient au souci des autres et du bien commun.
Quand tout cela est suivi d’une prière même une fois par semaine, au cours de laquelle est rendue grâce à Dieu… Quand avant d’aller se coucher on demande ensemble pardon à Dieu pour le mal que l’on a pu commettre et merci pour le bien dont on a été aussi capable, c’est le comportement général qui s’améliore, mine de rien et petit à petit.

Que le lecteur ait l’indulgence de pardonner ce côté un peu niais de mes propos. Je pense cependant que rechercher ce qui permettait à nos familles de tenir bon dans le passé, malgré les conjonctures économiques qui n’étaient pas meilleures que celles d’aujourd’hui, peut être une contribution positive à la finalité du Synode qui veut nous faire retrouver « La joie de l’Evangile ».

+Michel Méranville



 


Rentrée : Routine ? Reprise ? Réaction ?

 

26 septembre 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Les vacances sont terminées, faisant place à la rentrée pour tous : Rentrée des classes pour les enfants ; rentrée dans les collèges et les lycées pour les adolescents ; rentrée universitaire pour les plus grands, accompagnée des drames de l’éloignement de la famille et du dépaysement.

Rentrée pour tous avec la reprise des activités professionnelles pour ceux qui ont la chance d’en avoir, avec en toile de fond les embouteillages et en prime les barrages des sempiternelles grèves. Car la rentrée est aussi celle de tous les conflits et toutes les occasions de prendre les autres en otages pour parvenir à ses fins personnelles ou catégorielles.

C’est la rentrée, et la majorité de la population s’accommode de ses inconvénients en disant : « Chaque année c’est la même chose ! Rien ne change ! On recommence comme l’an dernier ! »

Ce point de vue date de l’époque des Hébreux. Ces derniers avaient une conception circulaire du temps. Pour eux le temps était une réalité concrète qui revenait toujours à son point de départ.

Vanité des vanités, tout est vanité disait Qohéleth (appelé l’Ecclésiaste). Ce qui a été, c’est ce qui sera, ce qui s’est fait c’est ce qui se fera : rien de nouveau sous le soleil !
D’où un certain fatalisme, un constat d’impuissance qui invite à baisser les bras et à se laisser porter comme un bouchon par le flot des évènements.

Cette nouvelle rentrée sera-t-elle vécue ainsi, comme une "routine", c’est-à-dire l’habitude prise de faire la même chose toujours de la même façon, comme la roue qui tourne toujours dans le même sens, confondant point de départ et point d’arrivée ?
Cette rentrée sera-t-elle plutôt une "reprise", c’est à dire la simple continuation d’une manière de vivre et d’agir, interrompue par les vacances ? Ou bien s’accompagnera-t-elle d’une vraie décision de réagir contre toute fatalité ?

Par l’incarnation, le Fils de Dieu est entré dans notre temps pour rompre l’enchaînement de son enfermement invariable et nous ouvrir les perspectives d’un véritable avenir. Cet avenir consiste d’abord par devenir véritablement ses disciples, en acceptant de vivre une vie toute autre avec lui, en lui faisant confiance et en mettant en œuvre sa Parole.

Pour les chrétiens, le temps n’est pas une réalité concrète et circulaire qui enferme l’homme dans son perpétuel recommencement : le temps est un cheminement vers le Royaume de Dieu. Le temps est chemin vers l’éternité bienheureuse avec Dieu.

Le Royaume vers lequel le chrétien est en marche, c’est Dieu lui-même. Le cheminement vers le Royaume de Dieu passe par l’abolition de toute forme d’esclavage, fût-ce des habitudes et de la routine pour permettre au Royaume de s’étendre au-delà de toutes frontières.

Ce Royaume est déjà présent lorsque l’amour envahit totalement le cœur de l’homme et l’amène à briser les routines, les habitudes, les réflexes qui l’enferment dans la peur, dans son égoïsme et la mauvaise bonne conscience de l’indifférence.
Que cette nouvelle rentrée, ni routine, ni reprise, soit l’occasion de ruptures permettant de redevenir les acteurs de nos vies. C’est le vœu que je formule pour tous ceux et toutes celles qui se souhaitent en ce moment même une "Bonne rentrée".

+Michel Méranville, Archevêque



 


Saint Louis, un modèle à suivre

 

11 mai 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

Voici le texte de l’homélie préparée par Mgr Michel Méranville pour la fête de Saint Louis, Saint Patron de la Cathédrale de Fort de France.

Lundi 25 Août 2014

Nous sommes réunis pour remercier le Seigneur de nous avoir donné Saint Louis, comme Patron de notre cathédrale.

Mais tout d’abord , pour l’Eglise, qu’est-ce qu’un patron ?

Les couturières d’un certain âge qui sont parmi nous se souviennent sans doute de l’époque où il n’existait pas encore de « prêt à porter ». C’étaient les couturières et les couturiers qui confectionnaient robes et costumes. Et pour cela, ils disposaient d’un modèle de robe, de chemise ou de pantalon, réalisé en papier fort ou en carton . Il suffisait de déposer ce modèle sur une pièce de tissu et de découper le tissu en suivant les contours de ce modèle : on disait alors « tailler ». Ensuite il n’y avait plus qu’à faire l’assemblage et la couture pour obtenir le vêtement désiré. Ce modèle s’appelait « un patron ».

Pour notre Eglise, un Patron est une personne homme ou femme qui joue à peu près le même rôle vis à vis des chrétiens. C’est à dire que les chrétiens peuvent prendre modèle sur cette personne, se calquer sur elle, en quelque sorte l’imiter dans ce qu’elle a d’exemplaire, afin de suivre le Christ comme cette personne l’a suivi et servi.

Un Patron est aussi un Saint ou une Sainte chargé de donner l’exemple à toute une communauté religieuse et de la prendre ainsi sous sa protection, en intercédant pour elle auprès de Dieu.
Donc, Saint Louis a été choisi comme Patron et protecteur de la Cathédrale, sans doute parce qu’il était le saint Patron de monsieur de Valmenière qui avait donné à l’Eglise le terrain sur lequel est construit la cathédrale, mais aussi pour honorer le roi de France qui portait le même nom et surtout parce que Louis avait été un roi éminent par sa foi, sa vie et ses actes.

Mais, qui était Saint Louis ?

Saint Louis est venu au monde le 25 avril 1214. Cette année, on a fêté le huitième centenaire de sa naissance.
Il était fils du roi de France Louis VIII et de son épouse Blanche de Castille.
Huit jours après sa naissance Louis a été baptisé dans l’Eglise de Poissy, pas loin de Paris, qui existe encore de nos jours. Ses parents et particulièrement sa maman avaient tenu à donner très tôt à cet enfant une rigoureuse éducation chrétienne.
On se souvient sans doute de ces paroles que Blanche de Castille adressait à son fils, alors qu’elle lui apprenait à faire le bien et à haïr le mal , elle lui disait : « Mon Fils, je préférerais vous voir mort à mes pieds que de vous savoir en état de péché mortel. »
Elle avait inculqué à son enfant un tel sentiment de respect et de considération pour le baptême qui avait fait de lui un enfant de Dieu que Louis, au lieu de se faire appeler « Louis de France » comme cela convenait à sa condition de Roi, préférait dans les grandes circonstances décliner son nom comme « Louis de Poissy » en référence à cette Eglise de Poissy qui avait été celle de son baptême, car disait-il, « C’est par mon baptême que je suis devenu enfant de Dieu et de l’Eglise ce qui est bien plus noble que d’être descendant de roi ».

Louis a 12 ans lorsque meurt son père. Il est alors désigné pour lui succéder comme roi de France . Mais comme il n’est encore qu’un enfant c’est sa mère Blanche de Castille qui gouvernera à sa place avec le titre de Régente.
Cependant elle initiera son fils à toutes ses responsabilités de roi, mais aussi de chrétien. Elle en fera un excellent cavalier, un homme plein de courage, capable de commander ses sujets et d’aller au combat, mais aussi un homme de prière, familier des saintes Ecritures, et féru de théologie. Surtout un homme Juste et humble, respectant les pauvres et leur faisant souvent une place à sa table.

Lorsque Louis parvient à l’âge de Vingt ans, sa mère le marie à Marguerite de Provence avec laquelle il aura 11 enfants.
Pour s’acquitter d’un vœu qu’il avait fait : celui de délivrer le tombeau du Christ occupé par les Sarrasins, Louis accompagné de sa femme, part pour la Terre Sainte en 1248. Ce sera pour lui sa première croisade, mais la septième effectuée à l’époque, qui débutera bien, par un succès : la prise de la ville de Damiette, mais se terminera par l’échec du roi devant la Manshoura non loin du Caire et sa captivité qui durera 4 ans. Au terme desquels le roi sera libéré moyennant le versement d’une très lourde rançon de 500.000 livres de l’époque.

De retour en France où sa mère était morte entre temps, Louis se consacrera d’avantage encore à faire le bien en s’efforçant d’être un homme juste et charitable.
Il interdit les duels. Il privilégie tout ce qui peut amener les adversaires à se réconcilier.
Lui même consacre beaucoup de temps à la prière, à la messe quotidienne, il fait partie du Tiers Ordre de Saint François.

Il reçoit à sa table des théologiens comme Saint Bonaventure et Saint Thomas d’Aquin, Robert de Sorbon avec lequel il fonde la Sorbone en 1257 pour permettre à des jeunes de condition modeste de poursuivre leurs études à Paris. (La Sorbonne existe encore).

Il a un grand souci de la justice. Il aimait d’ailleurs rendre justice lui-même à l’ombre d’un chêne devenu légendaire, près de son château de Vincennes. Et pour s’assurer que la justice soit bien rendue à tous ses sujets indépendamment de leur condition sociale il créa les Juridictions d’appel, les cours d’appel où les petits peuvent venir se plaindre s’ils ont le sentiment que la Justice a privilégié les Seigneurs et les riches à leur dépens.

Il reçoit souvent à sa table des pauvres qu’il sert lui-même et auxquels il lui arrive de leur laver les pieds. Pour accueillir les croisés qui revenaient au pays souvent estropiés et avec des yeux crevés il fonda l’hospice des Quinze-Vingt, hôpital appelé ainsi parce qu’il pouvait accueillir 300 personnes soit Quinze fois vingt personnes ; cet hôpital existe encore de nos jours sous ce même vocable et s’est spécialisé dans l’ophtalmologie.

Parmi les réalisations dont nous devons l’initiative à Saint Louis, il y a entre autres la Sainte Chapelle qu’il a fait construire pour accueillir les reliques de la Couronne d’épines posée sur la tête du Christ pendant la passion. Ce joyau d’architecture gothique se trouve dans la cour du palais de justice de Paris.
Il faudrait davantage de temps pour évoquer tout ce que ce roi du Moyen Age a fait et qui conserve de nos jours encore une grande actualité, tel son effort pour donner à l’Europe une monnaie unique et pour fédérer des Etats qui passaient leur temps à se faire la guerre.

Aujourd’hui on reproche beaucoup à Saint Louis ses croisades. En effet en dépit de sa captivité en Egypte, Louis ne rêvait que de retourner en Terre Sainte pour libérer définitivement le pays du Christ en convertissant les musulmans.
En 1270 il organise donc la huitième croisade qui sera aussi la dernière, mais il ne peut aller plus loin que Carthage, l’actuelle Tunis, car la maladie a raison de lui et il meurt le 25 aout 1270 à l’âge de 56 ans.

Son corps est ramené en France après de nombreuses vicissitudes puisqu’on dût le faire bouillir dans du vinaigre pour détacher ses chairs de son squelette . Et c’est après un voyage de plus d’un an en 1271 que ses obsèques furent célébrées à Notre-Dame de Paris.

En 1297 Saint Louis était canonisé par le Pape Boniface VII.
Il y a bien sûr des comportements de Saint Louis que nous avons du mal à admettre de nos jours, tels son intolérance vis à vis des Cathares (considérés comme hérétique) des juifs qu’il marginalisa dans son Royaume, des Sarrasins qu’il voulait convertir de gré ou de force. Et ces croisades qui sont à nos yeux des expéditions coloniales.) Mais il faut replacer tout cela dans le contexte du temps et dans le souci de Louis de combattre tout ce qui selon lui, s’opposait au Christ.

Néanmoins nous pouvons nous réjouir de l’avoir pour saint Patron. C’est un homme jeune, fort, en bonne santé, riche, puissant qui choisit de servir le Christ et de lui consacrer toutes ses énergies. Il se sanctifie, non pas en fuyant le monde. Mais en ayant une vie familiale exemplaire. En se consacrant à ses onze enfants. En exerçant consciencieusement ses responsabilités de chef d’Etat. En s’efforçant d’être honnête en respectant sa parole donnée, la vérité dans ses relations. En ayant pour idéal la paix. En souhaitant ramener au Christ ceux qui étaient loin de lui.
En ces temps où les chrétiens sont tentés de fuir les réalités de la vie en pensant qu’il suffit de prier et de chanter pour que le monde change, Louis nous rappelle que nous avons surtout à faire comme le Fils de Dieu qui s’est incarné, qui s’est fait charpentier, qui a pris du pain et du vin pour en faire les signes de son corps et de sa présence au milieu de nous. Afin que nous ayons assez de foi pour le croire lorsqu’il nous dit : « Tout ce que vous faites au plus petit d’entre vos frères, c’est à moi que vous le faites. »

Comme nous le rappelle l’Evangile de ce jour que nous écoutons dans Matthieu au chapitre 23(versets 13 à22), le Seigneur nous invite à distinguer l’essentiel de l’accessoire et à nous mettre à l’oeuvre dans ce monde Pour que son règne vienne, par plus de justice, plus de charité et plus d’amour.

Louis avait compris ce message . Jusqu’à sa mort il a voulu être au service de sa famille, de son pays, de son Eglise, des plus pauvres et des plus nécessiteux . Puisqu’il est le Patron de la Paroisse mère du Diocèse, qu’il nous donne de savoir à notre tour mettre en pratique son exemple.

« Tu nous as choisis pour servir en ta présence » dira tout à l’heure la prière Eucharistique, que le Seigneur nous donne de comprendre comme Saint Louis, que c’est par nos actes que nous témoignerons de notre fidélité à sa Parole.
Amen

Dans l’abside de notre Cathédrale 5 vitraux évoquent des scènes de la vie de Saint Louis que je viens d’évoquer. ( Avec sa mère Blanche de Castille qui lui enseigne la Parole de Dieu, le catéchisme. Louis rendant la justice sous le chène de Vincennes. Louis tenant la relique de la couronne d’épines. Louis partant pour la Croisade. Louis mort aux portes de Tunis).

+ Michel Méranville



 


Partageons nos pains et nos poissons

 

2 août 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Dimanche 3 Août 2014

Sœurs et Frères, la Paix soit avec vous !

Dans un monde actuellement incertain et en crise, les hommes cherchent avant tout la sécurité matérielle. Ils veulent pouvoir manger à leur faim et boire à leur soif et pouvoir jouir de la vie en paix, sans trop de fatigue, et en espérant que cette vie sera dans l’avenir encore bien meilleure que celle qu’ils ont aujourd’hui.

L’Evangile de ce dix-huitième dimanche du temps ordinaire de l’année liturgique A est la réponse de Jésus, Fils de Dieu, à cette aspiration des hommes depuis toujours. Lisons le maintenant, si vous le voulez bien, c’est l’Evangile selon Saint Matthieu au chapitre 14, versets 13 à 21 :

« Quand il apprit la mort de Jean Baptiste, Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes. Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les-moi ici. » Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants. »

Sœurs et Frères, la première chose qui nous frappe dans ce récit, - c’est d’ailleurs la phrase par laquelle il commence - est ceci : « Jésus partit en barque pour un endroit désert. » Nous pouvons nous demander pourquoi cette démarche de Jésus ; pourquoi se rendait-il dans un endroit désert ? Qu’allait-il y faire ?

Tout au long de la Bible, le désert est constamment présent. Le peuple de Dieu pérégrina pendant 40 ans au désert avant d’entrer dans la terre promise.
Avant de commencer à annoncer aux hommes la Bonne Nouvelle de sa venue libératrice au milieu d’eux, Jésus passa quarante jours et quarante nuits au désert, pour y être mis à l ‘épreuve par le diable.

Dans la Bible, le désert est le lieu de l’essentiel. Le lieu où l’on choisit entre la mort et la vie, entre l’indispensable et l’accessoire, entre Dieu et soi-même. Aller au désert signifie prendre le temps de rentrer en soi-même en se mettant sous le regard de Dieu pour faire avec lui le point de sa vie. Le désert est le moment privilégié de re choisir Dieu alors que l’on serait tentés de prendre le chemin qui détourne de lui.

Jésus avait constamment besoin de prendre un peu de distance par rapport à ses obligations, ses activités, ses voyages, pour rencontrer Dieu son Père, en tête à tête , loin de toute distraction, loin de toute agitation.Nous le voyons donc prendre une barque pour se diriger vers un endroit désert, à l’écart.

En ce temps de vacances, beaucoup de personnes font de même : elles veulent changer d’air, quitter la pollution des villes pour retrouver la salubrité de la mer ou de la campagne, s’éloigner du bruit, de la promiscuité, redécouvrir le silence et les bienfaits de la solitude au milieu du monde rural et de la nature si belle, si chatoyante qui parle spontanément de Dieu.

Jésus éprouve ce besoin de s’éloigner momentanément des foules, du bruit, du verbiage et des sollicitations de toutes sortes, pour retrouver Dieu, son Père bien aimé, dans un tête à tête qui est pour lui vital, puisque lui-même l’a dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père » et c’est dans le calme, la distance par rapport à toutes les sollicitations du monde, que Jésus prie et, conscient d’être le Fils unique de Dieu peut garder et suivre le Cap fixé par son Père dès l’instant de son incarnation.

Cependant, nous dit Saint Matthieu, « Les foules apprenant que Jésus se trouvait dans cet endroit désert, quittent leurs villes et se rendent à pieds à sa rencontre.
« En débarquant, Jésus vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes. »

C’est la caractéristique de Jésus : il ne pense pas à soi-même d’abord . Il est toujours attentif aux autres. Il avait prévu de se retirer à l’écart de tous, pour se retrouver seul à seul avec son Père. Mais la foule vient contrarier son projet. Elle est là maintenant avec la multitude de ses besoins. Jésus voit la fatigue des gens, leurs souffrances, leurs maladies et leur handicap . Il met de côté son projet personnel pour leur venir en aide tout de suite .

Dans le monde d’aujourd’hui, nous ne savons plus voir la misère des autres tant la notre nous rend aveugles. « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » disait autrefois un homme politique célèbre. Nous sommes parfois tentés de nous justifier en parodiant la même phrase : « Que puis-je faire pour aider les autres ? alors que moi-même j’ai besoin d’être aidé ? Et même si je voulais aider, ce que je pourrais faire ne serait qu’une minuscule goutte d’eau que je verserais dans un océan infini de misères ! »

Cette manière de penser ferme notre cœur, nous fait détourner notre regard des autres pour le centrer sur nous même ; et nous nous donnons bonne conscience en oubliant que notre vocation de baptisés consiste essentiellement à passer notre vie sur terre en faisant le bien, comme le Seigneur Jésus nous en a donné l’exemple.
Jésus voit donc cette foule. Il est conscient de ses besoins et il est saisi de pitié. Alors, sans attendre, il guérit quelques infirmes.

Le soir venu, les disciples s’approchent de lui et lui disent : « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger. » Le réflexe des disciples nous est bien familier, car nous réagissons comme eux bien souvent : lorsque surgit une difficulté, un problème, une situation dérangeante nous sommes souvent tentés de nous en décharger sur les autres. « On passe à l’autre la patate chaude » dit-on familièrement. Dans notre société chacun renvoie la balle au voisin.

Jésus répond à ses disciples : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous mêmes à manger. » En clair il leur dit : « Vous êtes mes disciples, vous êtes avec moi pour faire ce que je fais. Ces gens sont venus de bien loin pour m’écouter, mais surtout pour être soulagés pour trouver une réponse à leurs besoins et être guéris de leurs maux, vous ne pouvez pas simplement les renvoyer chez eux ou dans les villages avoisinants. Vous en êtes responsables au même titre que moi. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Pour se donner bonne conscience les disciples disent à Jésus : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » C’est l’inventaire des provisions qu’ils ont à leur disposition. Effectivement cela est dérisoire comparé aux besoins de cette foule affamée. » Il nous arrive aussi de dire : « Voyez la pauvreté de nos moyens. Nous sommes dépassés. Nous ne pouvons rien faire. Alors nous nous tournons vers Dieu pour le prier. Nous remettons notre fardeau entre ses mains. Et nous disons : « Lui se chargera de trouver une solution. »

Mais, Dieu ne nous demande pas de nous décharger de nos fardeaux sur lui. Il veut au contraire nous inviter à les porter, mais avec lui. Jésus dit au disciples : « Apportez-moi les pains et les poissons et faites asseoir la foule dans l’herbe ».
Il faut consentir à mettre en commun ces rares provisions, ne pas les garder pour soi tout seul ou pour un petit groupe restreint, mais consentir à les offrir à tous et à Dieu. Alors Jésus lève les yeux au ciel, il s’adresse à son Père, il prononce la bénédiction, il rompt les pains et les donne aux disciples et les disciples les donnent à la foule.

Non seulement tous mangent à leur fin ; mais encore, à la fin tu repas on ramasse douze paniers pleins des morceaux qui restent. Douze, ce nombre fait penser aux douze tribus d’Israël qui donnèrent naissance au Peuple de Dieu qui préfigure cette foule innombrable d’hommes, de femmes et d’enfants qui peuplent l’univers et avec laquelle Dieu fait Alliance par son Fils Jésus.

La multiplication des pains préfigure aussi le sacrement de l’Eucharistie dans lequel Jésus se donne en nourriture à ceux qui croient en lui : « Je suis le pain vivant descendu du ciel - dit-il - Celui qui mange de ce pain n’aura plus jamais faim. Celui qui boit de ce vin n’aura plus jamais soif. Ce pain, c’est mon corps livré pour vous. Ce vin c’est mon sang répandu pour vous. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui. Faites ceci en mémoire de moi. »

L’Eucharistie est le sacrement voulu par le Christ et donné en testament à ses disciples la veille de sa mort. Sacrement qui a pour but de rassembler dans l’action de grâce et dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. Pour qu’ils puissent se nourrir de la Parole de Dieu qui nous invite à ouvrir nos yeux afin de regarder nos frères non pas avec indifférence ou mépris mais avec compassion, pour déceler leurs besoins et y répondre avec solidarité et amour. Sacrement qui nous invite à ne pas garder pour nous tout seuls les charismes et les dons que Dieu nous faits. Mais à consentir à les offrir en partage à ceux qui sont dans le besoin.

Le monde souffre de manque d’amour et il en meurt, par l’égoïsme, la violence, et la mauvaise bonne conscience de chacun et de tous. L’Eucharistie nous fait consentir à remettre nos vies entre les mains de Jésus, Fils de Dieu, pour qu’il les offre au Père à notre place et nous rende ces vies transformées et disponibles, prêtes à être mangées par nos frères. Alors le miracle se réalise en dépit de notre pauvreté personnelle et collective.

C’est le grand mystère de la foi que nous avons tous à redécouvrir et à approfondir.
Jésus ne reste pas indifférent à la misère des hommes. Au contraire il veut combler leur besoin de compassion, leur faim de nourriture, leur besoin de guérison. Mais il ne veut pas le faire à partir de rien, mais à partir du peu qui est en notre possession et que nous acceptons de remettre entre ses mains pour qu’il le partage à tous. Le miracle est alors toujours possible si notre amour pour lui et pour les autres est plus fort que notre peur de nous dessaisir de ce qui est en notre possession.

Dans la deuxième lecture de ce dimanche, Saint Paul écrit aux Romains : « Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. » Que le récit de la multiplication des pains, selon l’Evangile de Saint Matthieu renforce notre confiance en Jésus-Christ et notre amour pour lui, c’est la grâce que je demande au Seigneur pour nous tous.

En vous souhaitant de bonnes vacances je me confie aussi à vos prières.
Pendant les deux semaines de congé que je prendrai au cours de ce mois d’août, je n’aurai pas l’occasion de vous adresser le mot que je vous réserve chaque semaine. Néanmoins, je vous resterai uni par la pensée et la prière.

En attendant de nous retrouver bientôt, que le Seigneur vous bénisse tous : Le Père, le Fils et le Saint Esprit ! Et à bientôt !

+ Michel Méranville



 


L’ivraie et le bon grain

 

18 juillet 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Frères et sœurs, la Paix soit avec vous.
C’est la célébration du 16ème dimanche du temps ordinaire de l’Église, année liturgique A, qui nous rassemble.

Dimanche 20 juillet 2014

L’Église nous propose en ce dimanche de méditer d’abord un passage du Livre de la Sagesse, dans l’Ancien Testament, pour contempler la sagesse infinie de Dieu qui prend patience avec nous, précisément parce qu’il est le tout puissant, le Maître de tout.

Tandis que l’homme, dont la puissance est discutée, ne cesse d’essayer de montrer sa force, Dieu dont la force est à l’origine de toute chose, ne cesse de nous juger avec beaucoup d’indulgence et de patience.

C’est déjà là, pour nous, un sujet de réflexion. Nous sommes enclins à préférer la Loi du Talion, à l’exemple que Dieu nous donne par son Fils Jésus qui s’est laissé arrêter et crucifier sans résistance alors qu’il aurait pu demander à douze légions d’anges de venir le défendre et montrer ainsi à tous, qu’il est le Seigneur et le maître de toute chose. Mais comme le dit l’Ecriture dans ce passage du Livre de la Sagesse, au chapitre 12 : « Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain, et tu as pénétré tes fils d’une belle espérance : à ceux qui ont péché, tu accordes la conversion. »

En effet « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. » C’est pour cela que Dieu attend et prend pitié. Nous interprétons à tort sa patience, nous la prenons pour de la faiblesse. Nous pensons non pas que Dieu est bon, mais plutôt qu’il est bonasse et c’est pour cela que nous nous permettons toute sorte de libertés à son égard. Mais Dieu est tout simplement « Bon », il veut le bien de tout homme et de toute créature. Dieu sait qu’il faut du temps et de la patience avant que la graine semée dans un champ devienne un arbre capable d’abriter les oiseaux du ciel dans ses branches.

Le Psaume 85 qui accompagne cette première lecture nous fait demander à Dieu d’imiter sa patience : « Dieu patient, fais lever dans mon cœur une belle espérance. La vertu d’espérance ne peut exister sans la patience. Et c’est cette patience qui nous manque le plus. Nous voulons tout avoir immédiatement, sur le champ. Parfois nous sacrifions l’avenir au profit du présent immédiat. Ainsi les parents veulent que leurs enfants passent dans la classe supérieure alors que pour leur bien il eut fallu leur faire redoubler une classe…Et par la suite ils seront incapables de réussir, néanmoins, dans l’immédiat aux yeux de leurs copains et des autres, ils auront eu la satisfaction de ne pas redoubler !

De même, on veut se voir confier tout de suite de grandes responsabilités avant même d’y être formés …. La mentalité générale abonde dans ce sens et bien des profiteurs en tirent profit : « Achetez maintenant et payez à Noël ou à Pâques » disent-ils ! « Pourquoi vous priver ? La vie est trop courte. » Et l’on s’engage dans la voie de la précipitation et celles des dépenses inconsidérées qui coûtent bien cher plus tard. Manque de sagesse, manque de patience !
L’on s’étonne aujourd’hui du nombre de faillites dans les entreprises, du nombre de divorces parmi les couples, et du nombre de ratés dans la vie de tous les jours. Et cela, parce que nous avons tout simplement oublié notre petit proverbe créole qui dit « `Trop pressé pa ka fè jou wouvè ». Notre impatience n’oblige pas le jour à se lever plus tôt. »

A la lumière des Écritures Saintes, même notre manière de prier doit être évangélisée, nous dit Saint Paul aujourd’hui, dans ce passage du chapitre 8 de sa lettre aux Romains : pour que nos prières soient valables aux yeux de Dieu et qu’il les accueille, il faut qu’elles soient inspirées par l’Esprit Saint lui-même. C’est l’Esprit Saint seul qui peut nous faire demander à Dieu uniquement ce qui est conforme à sa volonté.

Aujourd’hui encore, comme à notre habitude, c’est l’Evangile de ce jour, tiré de Saint Matthieu au chapitre 12 qui inspirera principalement notre réflexion. Je vous invite à le lire avec moi :

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13, 24-43.

« Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ’Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? ’Il leur dit : ’C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent :’Alors, veux-tu que nous allions l’enlever ? Il répond : ’Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps.Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.’ » Il leur proposa une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C’est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines. Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le démon ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

Dimanche dernier déjà, l’Église nous faisait écouter la parabole du Semeur. C’était l’occasion de nous rappeler que dans la Bible, la Parabole est un genre littéraire qu’affectionnait beaucoup le Seigneur Jésus, et qui consiste à inventer une petite histoire, souvent inspirée de la vie de tous les jours, pour illustrer et enrichir un enseignement, par des exemples , des comparaisons, des analogies. Ainsi cette parabole du Semeur dont les grains qu’il lance à la volée tombent en partie sur un sol pierreux, ou dans les ronces, ou enfin dans la bonne terre où ils portent du fruit ; parabole expliquée et commentée par Jésus lui même à ses disciples.

Aujourd’hui, les trois paraboles que nous propose l’Évangile de Saint Matthieu prolongent la réflexion que nous avions amorcée la semaine précédente : Jésus compare le Royaume des cieux à un champ dans lequel le propriétaire a semé du bon grain, disons du blé. Mais pendant son sommeil son ennemi est venu à son tour semer de l’ivraie, c’est à dire de mauvaises herbes, dans ce même champ, de sorte que le blé et l’ivraie grandissent en même temps.

Des ouvriers s’en aperçoivent et vont interroger le propriétaire du champ : « N’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? » lui demandent-ils.
C’est par exemple la question que se posent bien des parents qui ne comprennent plus le comportement de leur enfant :. « Ne lui avons-nous pas donné une bonne éducation ? Nous lui avons interdit les mauvaises fréquentations. Nous l’avons mis dans une école privée. Nous lui avons fait faire sa première communion et sa confirmation. D’où vient son comportement actuel ? Où a-t-il appris à fumer, à mentir, à parler grossièrement ? Pourquoi ne va-t-il plus à l’Église et n’a-t-il plus de respect pour ses parents ? »

Le Maître du champ répond : « C’est un ennemi qui a fait cela. » C’est un ennemi de Dieu et un ennemi de l’homme qui a introduit le mal dans le monde, car Dieu ne peut pas faire le mal puisqu’il est Amour, puisqu’il est la vie. On ne doit jamais imputer à Dieu ce qu’il nous arrive de mal, car Dieu ne veut pas le mal, il ne veut pas la mort, donc ce n’est pas lui l’auteur du mal.
La proposition des travailleurs agricoles est celle que nous ferions, nous aussi volontiers, au maître du champ : « Veux-tu que nous allions enlever l’ivraie de ton champ ? »

La réponse du Maître est un « non » catégorique qu’il justifie ainsi : « Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier. »

La parabole de l’ivraie mêlée au bon grain se vérifie aussi dans notre Eglise dont nous affirmons pourtant qu’elle est « sainte ». Et elle l’est effectivement puisqu’elle est fondée sur le Christ qui est le Fils de Dieu qui en est la tête et qui est Saint. Mais les membres de cette Eglise ne sont pas tous saints. Ils souillent parfois cette Eglise par leurs mauvais comportements et leurs péchés. Nous en sommes scandalisés, à bon droit, et il nous arrive de penser et de dire « Pourquoi Dieu les laisse faire ? Pourquoi ne les arrête-t-il pas ? Pourquoi ne leur donne-t-il pas tout de suite le châtiment qu’ils méritent ? »

C’est Dieu lui-même qui répond à notre interrogation. Sa Parole nous dit à travers les Psaumes : « Que Dieu est lent à la colère, il est plein d’amour et de bonté. Il ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il vive et se convertisse. » Chacun de nous, en dépit des grâces reçues depuis le baptême reste foncièrement enclin au mal. Même le grand Saint Paul disait : « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je réprouve. » C’est tous les jours que nous disons : « Seigneur, prends pitié de nous » car nous sommes forcés de constater ce mélange de bien et de mal en nous-mêmes et si le Seigneur devait éradiquer tout de suite les mauvaises herbes de son champ nous serions très certainement parmi celles destinées à être jetées au feu. Nous sommes bien contents de la patience de Dieu.

Aujourd’hui, le Seigneur nous demande d’avoir cette même patience à l’égard des autres.
La patience qui n’est pas une tolérance complice avec le mal, une sorte de permissivité et de laisser aller qui ne fait plus de distinction entre le bien et le mal. Mais patience qui est plutôt la conviction profonde que Dieu arrive toujours à vaincre le mal et que par conséquent nous ne devons pas nous décourager de faire le bien et de semer ces petits grains d’amour, de justice et de paix qui germeront petit à petit et deviendrons ce grand arbre dans les branches duquel les oiseaux du ciel viennent faire leur nid.

La patience n’est pas la violence qui juge, qui condamne, qui prétend éradiquer tout de suite le mal. Notre monde actuel est prompt à la dénonciation et à la vindicte. Il passe son temps à faire la chasse aux boucs émissaires : dès que se produit une catastrophe, un crime, un malheur quel qu’il soit il faut pointer du doigt celui ou celle qui en est responsable et lui faire payer au prix fort la responsabilité qu’on lui impute. Dieu patiente et prend pitié, il cherche à soigner et à guérir, il croit aux capacités du bien qui est enfoui dans le cœur de tout homme fut-il le plus mauvais de tous les criminels. Et il mise sur la croissance de ce bien-là.

Nous efforcer d’imiter la patience de Dieu : c’est l’invitation de ce dimanche. Cette patience que nous demandons au Seigneur d’exercer à notre encontre efforçons-nous de l’avoir envers les autres. Que cette patience soit comme la pincée de levure qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé.
Notre rôle de baptisés consiste à rendre le monde meilleur en y faisant grandir l’amour et le pardon que nous recevons en permanence de Dieu qui nous aime infiniment. C’est cela notre mission ! Demandons au Seigneur la grâce de l’accomplir.

Bon dimanche et bonnes vacances à tous !

+ Michel Méranville



 


"Venez à moi vous tous qui peinez"

 

7 juillet 2014 2014 par Michel DEGLISE

Dimanche 6 juillet 2014

Sœurs et Frères, la Paix soit avec vous.

Nous sommes dans la première semaine de juillet : un mois qui est synonyme de vacances.

Après une année scolaire bien chargée, après les épreuves qui portent bien leur nom d’épreuves que sont le Brevet des collèges, le Baccalauréat et autres examens ; après bien d’autres épreuves encore au quotidien, pour beaucoup d’entre nous commence maintenant le temps des vacances.

La liturgie de ce 14ème dimanche du temps ordinaire de l’Eglise, année liturgique A, rejoint l’aspiration générale au repos, mais aussi au ressourcement et à la régénération, qu’évoque pour tous, le mot vacances.
Commençons, si vous le voulez bien, par nous mettre à l’écoute du Seigneur lui-même, dans ce passage de l’Evangile selon Saint Matthieu au chapitre 11, versets 25 à 30.

Vous avez été certainement émus comme moi par cette prière que Jésus adresse à Dieu son Père. Il commence sa prière en disant : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. »
Prier, c’est parler à Dieu, disons-nous. Mais qui est Dieu ? Qui l’a jamais vu ? Qui le connaît ?

Ce sont les questions auxquelles la Bible répond précisément aujourd’hui par les paroles de Jésus, né de la Vierge Marie, mais qui existait depuis toujours dans l’éternité de Dieu, avant même la création du monde.
Jésus dit : « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Dans cette prière que nous devrions imiter, parce qu’elle est le modèle de toute vraie prière, Jésus remercie son Père pour avoir caché aux savants et aux sages ce qu’il a révélé aux tout petits.

Le Peuple de la Bible, nos prédécesseurs dans la foi, croyaient que l’on ne pouvait voir Dieu sans mourir. Et c’est très vrai d’une certaine manière. Car Dieu est le Très haut, l’inaccessible, celui qui est au delà de tout, celui que l’on ne peut ni concevoir ni même imaginer. C’est par lui que le monde a été créé et c’est lui qui soutient ce monde et l’empêche de retourner au néant à partir duquel il l’a fait naître. Dieu est le tout autre qui donne le vertige à tout être qui se permettrait de chercher à découvrir ce qu’il est ou ce qu’il n’est pas.

Mais Dieu, dans son grand amour pour nous, nous a donné son Fils unique. Et c’est ce Fils qui nous parle aujourd’hui, surtout par ses actes, sa mort et sa résurrection.
Il nous invite d’ailleurs à venir à lui.
A qui s’adresse-t-il ? : « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. »

Pouvons-nous écouter ces paroles sans nous sentir personnellement concernés ?
Qui parmi nous n’a jamais éprouvé un moment de fatigue physique ou spirituelle ? Qui n’ a jamais connu dans sa vie des moments de lassitude, de douleurs et de souffrance qui ne sont pas seulement dus au CHIKUNKUNIA, mais à la perte d’un être cher, par exemple ou à un échec, une déception, une trahison ?

L’invitation du Seigneur s’adresse à tous ceux qui peinent sous le poids du fardeau de la vie. Et il leur dit : « Venez à moi et moi je vous procurerai le repos. » En cette période de vacances, beaucoup de personnes voyagent, vont en croisière, visitent un pays étranger ou partent en changement d’air. C’est une manière pour ces personnes de couper avec leurs activités et leur milieu habituels pour trouver ainsi le repos sinon physique du moins intellectuel.

Jésus nous invite à venir à lui. Répondons à son invitation, acceptons de faire ce voyage vers lui. Nous n’avons pas besoin d’aller bien loin, il suffit de l’accueillir au plus profond de notre cœur. Nous avons une fâcheuse tendance à imaginer que Dieu se trouve là-haut, bien loin dans le ciel, par dessus les nuages. Ce sont notre imagination, notre vocabulaire et notre manière de parler qui ont configuré ainsi cet imaginaire.

Mais Dieu n’est ni en haut, ni en bas, ni à droite ni à gauche, il est simplement avec nous, il est en nous. Jésus lui même nous dit par l’intermédiaire de l’Evangéliste Matthieu : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. » C’est en nous-mêmes, dans notre cœur, notre conscience que nous devons d’abord le rencontrer.
Pour cela, il nous faut bien entendu nous mettre en condition, faire un peu le calme et le silence autour de nous et en nous mêmes, et nous concentrer sur Dieu qui nous aime tels que nous sommes et qui nous veut du bien, qui veut que nous soyons heureux.

Nous pouvons, bien sûr, parler à Dieu, mais nous devons surtout l’écouter. Et la meilleure manière consiste à méditer sa Parole. Le lieu privilégié de cette Parole c’est la Bible. En ce temps de vacances prenons le temps de redécouvrir la Bible, parcourons les nombreux itinéraires qu’elle nous propose, redécouvrons les 73 livres qui la composent. Privilégions surtout les Quatre Evangiles et les Actes des Apôtres, les Epitres de Paul, La lettre aux Hébreux, les Epitres de Jacques, de Pierre, de Jean, de Jude et enfin l’Apocalypse.

Un conseil pratique : l’Eglise universelle privilégie cette année, la lecture et la méditation de l’Evangile selon Saint Matthieu. Nous savons que depuis le Concile Vatican II, pour amener les fidèles à une meilleure connaissance de la Parole de Dieu, l’Eglise a institué un cycle liturgique de trois années qui sont appelés l’année A, l’Année B et l’année C.

La première année, celle dans laquelle nous sommes entrés depuis le 1° décembre 2013 et qui se clôturera le 23 novembre 2014, c’est l’année A qui privilégie l’Evangile selon Saint Matthieu. L’année suivante, année B, ce sera l’Evangile selon Saint Marc,
La troisième année, année C, ce sera l’Evangile selon Saint Luc. L’Evangile selon Saint Jean n’est pas oublié, car on le retrouve au long des trois années de ce cycle, notamment au temps pascal.

Pendant ces vacances, pourquoi ne prendrions-nous pas le temps de redécouvrir l’Evangile selon Saint Matthieu, proposé à toute l’Eglise en cette année liturgique A et nous astreindre à faire une lecture suivie des 28 chapitres que comporte ce récit fait par Matthieu, l’ancien publicain devenu apôtre de Jésus. D’autant que ce n’est pas un ouvrage volumineux ? Il n’est pas conseillé de le lire d’une seule traite, mais de manière suivie et en entier.

En relisant les passages difficiles, en demandant au Seigneur de nous aider à bien en comprendre le sens, en comparant notre vie à ce que ce texte nous dit, petit à petit nous ferons un bout de chemin avec le Seigneur, nous entrerons plus profondément dans son intimité et son amitié et nous consentirons à prendre sur nous son joug.
Le Joug, c’était cette pièce de bois qui servait à atteler les bœufs enemble, l’un à côté de l’autre, au temps où il y avait des attelages de chars, notamment pour le transport de la canne.

Jésus nous dit que son joug est facile à porter et son fardeau léger. L’amitié du Seigneur n’est jamais un fardeau pour celui ou celle qui en fait l’expérience. Bien au contraire ! C’est cette amitié qui permet au fidèle d’affronter avec sérénité toutes les contrariétés de la vie. Progressivement cette amitié permet de se mettre à l’école du Christ. Il est doux et humble de cœur. Certes, il n’est pas facile de parler d’humilité dans un monde d’orgueil et de violence, dans lequel il faut paraître, étaler son pouvoir et sa puissance fut-ce au détriment des autres. L’humilité évoque plutôt l’humus, la terre. Pourtant il est important et indispensable que les chrétiens marchent sur les traces du Christ. Lui, le Maître, s’est fait le serviteur et l’esclave de tous.

En ce dimanche demandons au Seigneur de nous apprendre à prier.
Que notre prière soit d’abord une prière de louange.
Ensuite, qu’elle nous fasse demander au Seigneur de nous permettre d’entrer plus avant dans son intimité pour devenir doux et humbles comme son Fils.
Que l’Esprit Saint chasse de nous tout esprit de domination, de puissance et d’orgueil et fasse de nous des serviteurs de Dieu à travers nos frères, même et surtout en ces temps de vacances. Bonne semaine à tous.

+Michel Méranville



 


La Sainte Trinité

 

6 novembre 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

En ce jour, c’est la fête de Dieu lui-même que nous célébrons.

« Dieu, personne ne le connaît » nous dit l’Évangéliste Saint Jean dans le premier chapitre de son Évangile. Mais dans son amour, par son Fils Jésus-Christ, Dieu nous a introduits dans son mystère. Il nous a permis de voir son visage.

Dieu s’est fait connaître par son Fils Jésus-Christ. C’est lui qui nous introduit dans le mystère de la vie de Dieu. Le mot Mystère dérive d’un mot grec « musterion » qui s’emploie couramment pour parler de ce qui est secret, caché.

Dans notre Église catholique, il a conservé cette signification. Il désigne une vérité, quelque chose que nous ne pourrions pas découvrir par nous même, car il s’agit de la nature et de la vie de Dieu qui est au delà de toute connaissance et toute intelligence. Cependant, dans son amour Dieu nous révèle un peu de cette vérité, il soulève en quelque sorte le voile sur son intimité et sa nature.

Aujourd’hui, en cette fête, le Seigneur nous fait entrer dans l’intimité de sa vie qui est Trinitaire.
Nous chercherions en vain dans la Bible le mot « Trinité ». Il n’existe ni dans l’Ancien Testament ni dans le Nouveau. Car c’est un mot qui a été créé au III° siècle, un néologisme fabriqué à partir du latin Tres qui signifie Trois et Unus qui signifie Un. Les chrétiens ont fait ce que font aujourd’hui de nombreux parents pour donner un prénom à leurs enfants : ils prennent une syllabe du prénom de la grand mère, puis une syllabe du prénom du papa, etc et combinent tout cela ensemble pour former ces prénoms insolites et imprononçables qui surprennent le prêtre ou le diacre lors de la célébration du baptême.

Le mot TRINITÉ a connu cet avatar. Il est à la fois composé du mot Un et du mot Trois. Il signifie « Trois qui sont Un », pour désigner notre Dieu.
Nous croyons en Un seul Dieu. C’est la première affirmation de notre crédo. Mais ce Dieu est Père, Fils et Esprit.
Il ne s’agit pas pour nous de trois Dieu. Ce ne sont pas non plus trois aspects d’un même Dieu. Il s’agit d’ un seul Dieu, mais qui est la communion de trois personnes, c’est à dire trois de trois êtres bien distincts, le Père, le Fils et l’Esprit.

- Nous croyons en un seul Dieu. Il n’y a pas plusieurs Dieu. C’est l’affirmation de toute la Bible. Après les Juifs mais avant les Musulmans, nous croyons en un Dieu Unique. Nous sommes Monothéistes, comme l’est le Judaïsme, comme l’est l’Islam. Mais Dieu nous a permis d’entrer dans l’intimité de sa vie. Et par son fils Jésus-Christ, il nous a fait connaître ce que nous affirmons en cette fête son Unité, car il n’y a qu’un seul Dieu, et la communion de ces trois êtres distincts et personnels qui sont le Père, le Fils et l’Esprit, qui partagent la même nature divine et qui forment un seul et même Dieu.

Ce n’est pas l’Esprit humain qui a pu inventer une telle vérité.
Lorsque j’étais enfant, au catéchisme, on nous faisait répondre à la question : « qu’est-ce que le mystère de la sainte trinité ? » Et nous récitions en chœur : « Le mystère de la sainte Trinité est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes, le Père, le Fils et le Saint Esprit. »
Mais nous restions étourdis par cette mauvaise équation que nous tentions en vain de résoudre : « comment trois peuvent-ils former un ? »

Alors souvent pour réfuter nos doutes, la catéchiste prenait un exemple : « Regardez un triangle, il a trois côtés, mais c’est un seul triangle ! » Regardez une famille : il y a papa, maman et l’enfant mais ça forme une seule famille ». Voyez ma main, elle a cinq doigts qui ne forment qu’une seule main… Mais c’étaient là des exemples qui ne répondaient pas vraiment à notre interrogation.

Peut être étions-nous davantage attentifs à l’explication de la catéchiste lorsqu’elle disait : « Voyez, lorsqu’on nous regarde on ne voit qu’une seule personne. Mais en nous mêmes il y a plusieurs personnes : au moins deux. Une qui veut faire le bien et l’autre qui veut faire le mal. Et pourtant ces deux personnes ne forment qu’un seul être. »

On aura beau chercher toute sorte d’exemple, on ne parviendra jamais à expliquer ce mystère qui n’est pas une énigme, une devinette, une équation qu’il faut chercher à résoudre.
C’est ce qui appartient à la nature divine qui est totalement autre que la nature humaine et que nous ne pouvons pas comprendre, parce que nous ne pouvons même pas l’imaginer, mais que Dieu dans son amour infini nous révèle.

Prenons un autre exemple : chacun d’entre nous, chacune d’entre nous a sa vie personnelle et souvent secrète. Nous ne pouvons imaginer ce qui se passe dans le secret de la vie de tel ou telle. Et si nous l’imaginons nous risquons fort de nous tromper. Notre imagination n’est pas forcément la réalité. Mais la personne en question peut nous faire la faveur de nous révèler elle-même l’intimité de sa vie. Elle nous fait entrer chez elle, elle ne nous cache rien de son intérieur, de ses problèmes, de sa vie… alors nous la connaissons mieux, nous savons ce qu’est l’essentiel de sa vie. C’est ce que Dieu a fait pour nous en nous donnant son Fils Jésus.

Il nous révèle que l’intimité de la vie de Dieu est une étroite communion d’amour entre trois êtres bien distincts l’un de le l’autre et qui pourtant ne font qu’un dans leur nature, à la manière dont un couple bien uni ne forme qu’une seule entité bien que constitué par l’union de deux personnes bien distinctes.

Face à ce mystère qui nous est révélé, l’important n’est pas tant de chercher à comprendre. Nous n’y parviendrons jamais. L’important est plutôt de croire et de croire surtout que désormais, nous sommes nous-mêmes grâce à Jésus, plongés , immergés, dans l’intime de cette vie d’amour que Dieu partage avec nous, puisque nous avons été baptisés au nom du Père et du Fils et du saint Esprit.

C’est Jésus qui nous a fait connaître que le Dieu unique en qui nous croyons est son Père et Notre Père. A l’apôtre Philippe qui lui disait : « Montre nous le Père » il répondait : « Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Personne ne va au Père si ce n’est en moi » (Jean 14)
C’est constamment que Jésus parlait à ses disciples de ce Père qu’il priait souvent, seul au cœur de la nuit.

Déjà, le jour de son baptême par Jean sur les rives du Jourdain, le ciel s’était comme déchiré au moment où il sortait de l’eau et on avait vu l’Esprit Saint descendre sur lui sous la forme d’une colombe tandis qu’une voix venue du ciel disait : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez le. » Le Dieu unique se manifestait comme le Père tout puissant envoyant son Esprit sur son Fils, ce même Esprit envoyé à la Vierge Marie pour lui permettre de concevoir ce Jésus qui s’appelle aussi Emmanuel : Dieu avec nous.

A la veille de sa mort, dans cet inoubliable chapitre 16 de l’Évangile selon Saint Jean Jésus dit à ses disciples : « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet ,si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si au contraire je pars, je vous l’enverrai…. J’ai encore bien des choses à vous dire mais vous ne pouvez les porter maintenant. Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. Car il ne parlera pas de son propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Il me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera. Tout ce que possède mon Père est à moi, c’est pourquoi j’ai dit qu’il vous communiquera ce qu’il reçoit de moi. »(Jean 16,7)

Il s’agit donc d’un seul Dieu qui est cependant Père, Fils et Esprit. Trois être distincts qui ne sont pas trois dieux séparés, mais qui constituent un seul Dieu dans la communion de la même nature et cette nature c’est l’amour dans lequel Dieu nous fait entrer puisque les dernières paroles de l’Evangile selon Matthieu sont celles que Jésus adresse à ses disciples en leur disant : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Matthieu 28) Ce que Dieu nous révèle de l’intimité de sa vie, nous avons pour mission de le partager au monde entier.

Dieu nous révèle qu’il est une communion de personnes que rien ne peut séparer, qui sont distinctes et cependant inséparables. Il nous a faits à son image. Donc nous sommes comme lui des être relationnels et complémentaires. C’est pour cela qu’il a fait l’homme Homme et Femme. Et que l’union de l’homme et de la femme donne l’enfant, faisant de la famille un des plus beaux exemples de la Trinité.

Dieu nous révèle qu’il est Amour. Nous devons nous efforcer de lui ressembler en nous acceptant différents les uns des autres, mais complémentaires.

La Trinité n’est pas une fête abstraite comme on pourrait le penser. C’est au contraire une fête qui nous grandit car Dieu nous prouve son estime et son amour en nous révélant l’intimité de sa vie. Par la bouche de son Fils il nous dit : « désormais je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ». Bien plus, par le baptème, Dieu fait véritablement de nous ses enfants.
Nous avons désormais en conséquences de cette révélation que Dieu nous a faite de l’intimité de sa vie, à vivre à sa manière à lui, pour demeurer dans son amitié : c’est à dire nous efforcer de vivre en communion les uns avec les autres comme Lui qui est communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.

Amen



 


"Je suis avec vous tous les jours"

 

17 juin 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

A la fête de l’Ascension, les chrétiens ont célébré le moment où le Seigneur Jésus a cessé d’être corporellement présent parmi les siens pour « monter au ciel où il est assis à la droite du Père », comme dit leur credo ! Cependant, un cosmonaute célèbre, en l’occurrence Youri Gagarine, revenu sur terre après le premier saut d’un homme dans l’espace, avait déclaré sans sourire : « Je n’y ai pas rencontré Dieu ». En dépit de toutes ses compétences astronautiques et de ses connaissances scientifiques, ce pionnier de l’espace n’avait pas appris que les hommes ne peuvent parler de Dieu que de manière imagée.

Pour exprimer la transcendance de Dieu, sa suprématie, l’impossibilité de l’enfermer dans un concept quel qu’il soit, les hommes disent de Dieu qu’il est « Grand », qu’il est « Le Très haut », qu’il est « au-dessus de tout », qu’il est « là haut, tout en haut »… Autant d’expressions qui veulent simplement exprimer, si possible, la distance infinie qui existe entre Dieu qui est le Tout Autre et ses créatures, même celles qui sont à son image et à sa ressemblance.

Le ciel est donc censé être la demeure de Dieu, parce qu’il est au-dessus de la terre, tout là-haut. On a cru longtemps que le ciel était un lieu habité. On a vite découvert qu’au-delà des nuages auxquels on l’assimile, il n’y a que le vide sidéral.
Dieu ne peut être enfermé dans nos catégories habituelles. Dieu n’est ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche. Cela est d’autant plus compréhensible que dans l’espace il n’y a ni haut ni bas, ni droite, ni gauche.

Dire qu’à l’Ascension, Jésus est « monté au ciel » n’est donc qu’une manière imagée de dire que cet homme, né de la Vierge Marie, qui cependant existait avant la création du monde, est entré avec son corps dans la vie de Dieu, après avoir accompli sa mission au milieu des hommes.

Avant son « ascension » Jésus disait à ses disciples : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C’est lui, l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous... Il vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit ».
Au cours d’un repas avec ses disciples, Jésus leur avait recommandé de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père, celle d’être baptisés dans l’Esprit Saint.

Cette promesse s’est réalisée pour les Apôtres le soir de la Résurrection et surtout le jour de la Pentecôte, cinquante jours après la fête de Pâques. Nous devons le récit de cet événement à saint Luc, l’auteur des Actes des Apôtres que l’on considère comme la deuxième partie de l’évangile qui porte son nom.

Saint Luc rapporte que ce jour-là, qui était un jour de fête rassemblant à Jérusalem des Juifs venus de tous les pays appartenant à l’Empire Romain, les disciples se trouvaient tous réunis, autour de la Vierge Marie, dans une salle -probablement le Cénacle- qu’ils avaient verrouillée par crainte des Juifs.
Et tout à coup, la maison dans laquelle ils se trouvaient fut ébranlée par un bruit venu du ciel, semblable à un violent coup de vent. Alors apparurent comme des langues de feu qui vinrent se poser sur chacun d’eux, et ils furent remplis de l’Esprit Saint.

Ayant reçu la plénitude de l’Esprit, les Apôtres ouvrirent bien grandes les portes qu’ils tenaient verrouillées. Ils allèrent au-devant de la foule dont ils avaient peur. Et ils annoncèrent la Bonne Nouvelle qu’ils n’osaient pas proclamer : « Jésus le Nazaréen que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, nous en sommes témoins ».

En entendant ces paroles, la foule émerveillée leur demanda : « Que devons-nous faire frères, pour être sauvés ». Ils répondirent : « Convertissez-vous ; que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez le don du Saint Esprit ». Il y eut ce jour-là environ trois mille personnes qui se joignirent aux Apôtres.

Ceux qui s’étaient convertis et avaient reçu le baptême étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Ils constituèrent une communauté qui est à l’origine de notre Eglise catholique, celle à laquelle nous appartenons pour la plupart.
L’Esprit Saint continue aujourd’hui à descendre sur les fidèles au moment du baptême et de la confirmation. C’est lui qui permet aux chrétiens de croire que Jésus est ressuscité et qu’il est vivant pour montrer, à ceux qui croient en lui, le chemin du Salut et les guider dans la vérité par sa Parole, afin qu’ils soient heureux et transforment la vie du monde.

C’est l’Esprit Saint qui permet de comprendre et de mettre en pratique ces paroles du Christ : « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera. Celui qui ne m’aime pas n’observe pas mes paroles, or cette Parole que vous entendez n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé ».

Ces temps derniers, notre diocèse a connu de nombreuses célébrations du sacrement de la confirmation dans plusieurs paroisses. Il faut se réjouir du nombre de jeunes qui demandent ce sacrement afin de rester fidèles au Christ, et surtout de témoigner de l’Esprit qu’il nous a donné et qui habite en nous pour faire le bien et rendre gloire à Dieu.

Puissent celles et ceux qui ont reçu la plénitude de l’Esprit rester fidèles à ses aspirations et mettre en pratique ses dons de Sagesse et d’Intelligence, de Conseil et de Force, de Connaissance et d’Affection filiale, et se confondre en actions de grâces et en Adoration devant Dieu qui nous aime tant qu’Il nous a donné son Fils Unique.

+Michel Méranville



 


Le dimanche de la Prière

 

11 mai 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

C’est un dimanche un peu particulier que nous célébrons en ce jour, un dimanche situé entre l’Ascension du Seigneur que nous avons célébrée il y a deux jours, fête qui évoquait ce jour où Jésus a cessé d’être visible parmi les siens, et la Pentecôte qui est la venue de l’Esprit Saint sur les Apôtres, venue qui permet aux disciples du Christ de le voir d’une manière nouvelle, avec eux, jusqu’à la fin des temps.

Dimanche 1er juin 2014

Sœurs et Frères, la paix soit avec vous.

Ce dimanche est aussi par excellence le dimanche de la prière.

Dès la première lecture que nous propose la liturgie de la Parole, les disciples de Jésus en prière autour de la Vierge Marie, nous donnent envie de les imiter, tandis que l’Evangile de Jean au chapitre 17, non seulement nous montre Jésus en prière mais encore nous fait entendre les paroles qu’il adresse à son Père et qui font que cette prière soit appelée « sacerdotale ».
Si vous le voulez bien, Sœurs et Frères, vous pouvez relire cette prière qui se trouve au chapitre 17 de l’Evangile selon Saint Jean, versets 1 à 11. Cette prière, Jésus l’a formulée à haute voix devant ses disciples, tandis qu’il se rendait du Cénacle où il venait d’instituer l’Eucharistie, au jardin des Oliviers, où il devait être arrêté.

On appelle donc cette conversation bouleversante du Seigneur avec Dieu son Père : « la prière sacerdotale ». En l’écoutant nous ne pouvons pas nous empêcher d’éprouver dans nos cœurs des sentiments de gratitude et d’action de grâce.
En effet c’est pour nous que Jésus prie. Il le dit explicitement à son Père : « Ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à moi et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

Il est émouvant de penser que chacun de nous était présent à ce moment là, dans la pensée et la prière du Christ.
Il est bouleversant de savoir qu’au moment même où la mort s’approchait de Lui, Jésus ne pensait qu’à nous et priait son Père pour nous.
Cette prière nous révèle le prix que chacun de nous a pour Jésus, puisqu’il dit à son Père en parlant de nous : « Je trouve ma gloire en eux. » Oui, nous avons du prix aux yeux du Fils de Dieu !
Il faut aussi se remémorer que cette prière est, pour ainsi dire, la conclusion de la vie de Jésus sur la terre. Tout au long de sa vie terrestre, Jésus de Nazareth n’a jamais cessé de prier son Père qui est Dieu.
Les Evangélistes, et particulièrement Saint Luc, nous le montrent très souvent en prière, partant la nuit dans la montagne ou dans un endroit désert pour parler seul à seul à son Père. Mais cette prière sacerdotale qu’il adresse au Père en ce soir du Jeudi Saint est le résumé et la conclusion de toute sa vie.
C’est une prière de demande, certes, mais qui demande au Père l’aboutissement de son projet qui est de sauver les hommes. Jésus ne demande rien pour lui même, mais il demande la vie éternelle pour ceux qui croient en lui.
Il précise que la vie éternelle « c’est de te connaître, toi le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ».
Jésus disait : « Personne ne peut aller au Père sans passer par moi. » Il est, lui Jésus, le chemin qui nous conduit au Père et qui nous permet de connaître déjà le Père, si nous le connaissons, lui, le Fils.

C’est ce que Jésus avait voulu faire comprendre à Philippe lorsque ce dernier lui avait demandé : « Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit. » Jésus lui avait répondu sur un ton de reproche : « Philippe je suis avec vous depuis si longtemps et tu me dis « montre-nous le Père ! Ne crois-tu pas que le Père est en moi et que je suis dans le Père ? Philippe qui me voit, voit aussi le Père. »

La prière du Christ nous interpelle à de nombreux niveaux. Tout d’abord elle nous rappelle qu’aucune vie chrétienne n’est possible sans la prière. Jésus disait : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Lui, bien que Fils de Dieu, nous a donné l’exemple. Il passait son temps en prière, surtout lorsqu’il devait prendre une décision importante, par exemple choisir ses apôtres ; lorsqu’il se trouvait en présence de situations difficiles ou d’évènements heureux. Le Père était constamment Celui vers lequel il se tournait pour lui parler. Et cette prière le remplissait de joie. L’on comprend la recommandation qu’il fait à ses disciples : « Priez sans cesse et ne vous lassez pas. » leur dit-il.

Cette prière donne aussi la force de rester fidèle aux commandements. C’est d’ailleurs la fidélité aux commandements qui permet de reconnaître les vrais disciples du Christ qui dit : « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père. »
C’est cette volonté-là que les Evangélistes appellent « Les commandements ». Et tous ces commandements se résument en un seul mot qui est l ‘ « Amour. » Celui qui aime est né de Dieu, celui qui n’aime pas demeure dans la mort », dit Saint Jean.

Alors, e dimanche nous permet de nous interroger sur la conception que nous nous faisons de la prière. On comprend sans peine que la prière ne se borne pas à lire ou à répéter des mots ou des phrases, même appris par cœur. Sur ce point-là Jésus est formel. Il dit, comme nous le rapporte l’Evangéliste Matthieu au chapitre 6 : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. »

Jésus nous a laissé le modèle parfait de toute prière, c’est le Notre Père qui commence par souhaiter que vienne le Règne de Dieu sur la terre et que sa sainte volonté soit faite partout, sur la terre comme au ciel. Par conséquent dans notre vie de tous les jours, dans notre cœur, dans nos pensées, dans nos actes.
Il n’est pas interdit d’adresser à Dieu nos demandes, même s’il est déjà au courant de nos besoins. Mais à condition d’avoir l’humilité et la confiance de lui dire : « cependant que se fasse non pas notre volonté, mais la tienne. »
C’est encore Jésus qui nous donne l’exemple, lorsqu’au jardin des Oliviers il prie son Père pour lui dire : « Père, si c’est possible, éloigne de moi ce calice » Il ajoute immédiatement : « cependant non pas ma volonté mais la tienne. »
La vraie prière exprime la confiance que nous mettons dans le Seigneur malgré notre petitesse et nos péchés. Nous savons par Jésus-Christ que Dieu nous aime infiniment et que nous sommes son unique souci. Nous sommes pour ainsi dire dans le creux de sa main. Il ne peut pas nous oublier, il ne peut pas ne pas nous voir ou ne pas nous entendre. Demandons-lui avant toute chose le pardon de nos péchés et sa miséricorde.

La prière de ce dimanche, est celle que Jésus adresse au Père au moment où il sait que son heure est arrivée. Cette heure dont Jésus parlait souvent à ses disciples et qu’il attendait impatiemment, c’est l’heure de sa passion et de sa mort. Toute sa vie était orientée vers cette heure qui serait comme le point culminant de son amour pour son Père et pour nous. Il l’avait dit : « Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Et c’est au moment où cette heure est arrivée qu’il adresse au Père l’émouvante prière que nous avons lue.

Aujourd’hui, pensons que chacun de nous s’oriente aussi vers son heure, qui peut sonner à tout instant. Ayons le souci de préparer cette heure, comme Jésus, en en parlant avec le Père.
N’oublions pas non plus que la prière est un dialogue. Dans la prière, nous parlons à Dieu, mais Dieu aussi nous parle. Prenons le temps de l’écouter.
La plupart du temps, dans nos prières nous donnons l’impression que Dieu a besoin de nos conseils pour qu’il sache ce qu’il doit faire. Et c’est peut être à cause de cela que nous sommes bien souvent déçus de ne pas avoir été exaucés par Dieu.

Notre prière est trop souvent centrée sur nous mêmes et sur nos besoins immédiats alors que Dieu nous demande en permanence : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Nous sommes les gardiens les uns des autres et Dieu nous rappelle qu’il est un Père commun dont les enfants ressemblent souvent à des brebis dispersées qui errent misérablement, en proie à tous les maux, victimes de toutes sortes de prédateurs.
C’est pourquoi à la messe il est question de « Prière universelle ». Les fidèles rassemblés doivent élargir leur souci aux dimensions du monde.

Comment, en effet, ne pas nous sentir concernés par les soulèvements, les guerres, les massacres qui ont lieu en ce moment même partout dans le monde ?
Comment se désintéresser du sort de cette jeune femme de 27 ans qui vient d’accoucher dans sa prison d’une petite fille qu’elle a eu de l’homme avec lequel elle est mariée chrétiennement et dont elle a déjà un enfant de deux ans ? Elle est condamnée à être pendue, après avoir reçu 100 coups de fouet, par la justice de Khartoum au Soudan qui lui reproche d’avoir renié la religion musulmane pour adopter le christianisme. Le tribunal avait donné trois jours à cette femme pour se détourner du christianisme et choisir l’Islam si elle voulait échapper à cette condamnation. La jeune femme a préféré rester fidèle au Christ.
Comment ne pas prier pour elle en ce jour ? Mais aussi porter dans notre prière toutes celles et tous ceux qui, aujourd’hui, ont à faire comme elle des choix peut être pas aussi dramatiques, mais parfois tout autant pénibles, pour rester attachés au Christ en observant ses commandements.

La première lecture de ce dimanche était le début des Actes des Apôtres. Un récit fait par Luc, auteur de l’Evangile du même nom et qui retrace les débuts de notre église catholique. Il nous rapporte ce que les disciples firent juste après l’Ascension du Seigneur : Ils retournèrent à Jérusalem. Et dans cette ville ils montèrent à l’étage d’une maison appelée « le cénacle » qui appartenait probablement à la maman de Jean Marc, l’évangéliste. Ils étaient tous là : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélémy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote et Jude fils de Jacques. D’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

La Vierge Marie était donc là, en prière, avec eux. A quelques jours de la Pentecôte, demandons lui de rester près de nous pour nous apprendre à prier.

Ce 31 mai est le cinquantième anniversaire de la création de la paroisse de Coridon confiée à la protection de la Vierge sous le vocable de Notre-Dame du Sacré-Cœur : portons aussi cette communauté dans nos prières. Bonne fête aussi à tous ceux qui se prénomment Justin comme ce saint qui fit l’apologie du Christianisme au II° siècle et diffusa l’Evangile par les écoles et l’enseignement.

Bon dimanche et Bonne semaine à tous.

+Michel Méranville, Archevêque.



 


La Conférence des Evêques des Antilles

 

1er juin 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

L’une des nombreuses réformes à l’actif du Pape Paul VI, qui sera bientôt déclaré « bienheureux », est la redéfinition de la Collégialité des Evêques dans l’Eglise et par voie de conséquence, la restauration des conférences épiscopales.

Une conférence épiscopale ou conférence des évêques est une institution permanente, reconnue par le Droit de l’Église. Elle consiste en la réunion des évêques d’une nation ou d’un territoire donné, pour exercer ensemble certaines tâches pastorales d’intérêt commun.

La Conférence des Évêques des Antilles (en anglais : « Antilles Épiscopal Conférence », en bref « AEC »), est l’une des plus anciennes conférences épiscopales : elle existe depuis plus de 50 ans. Elle est constituée par la réunion de 19 diocèses des Petites Antilles au nombre desquels figure le Diocèse de la Martinique.

On sait qu’un diocèse est une portion de l’Église universelle confiée aux soins d’un Évêque. Le Pape, évêque de Rome, ville où mourut Saint Pierre chef des Apôtres, a pour mission, outre la charge de son propre diocèse, celle d’assurer la communion et l’unité entre tous les diocèses du monde.

Dans ce but, le Pape réunit entre eux des diocèses limitrophes ou qui ont entre eux certaines affinités, pour constituer des entités canoniques appelées« Provinces Ecclésiastiques » .
Chaque Province Ecclésiastique a pour siège un diocèse désigné par le Pape qui l’élève au rang d’« Archidiocèse » ou « Métropole ». L’évêque de ce diocèse porte le titre d’Archevêque ou de Métropolitain, et les évêques des autres diocèses constituant la Province sont ses « suffragants ».

Le diocèse de la Martinique a été élevé au rang d’archidiocèse le 30 septembre 1967, par le Pape Paul VI. Son Évêque, alors Mgr Henri Marie François de Salles Varin de la Brunelière, est le premier « archevêque » de l’histoire de cette église particulière qui a pour suffragants les évêques de la Guadeloupe et de la Guyane.

Ce sont là des explications pas forcément évidentes mais qui peuvent aider à mieux comprendre ce qu’est la Conférence des Évêques des Antilles. Cette dernière est en fait la réunion de cinq Provinces Ecclésiastiques (ayant chacune à sa tête un archevêque) et deux missions « Sui Juris » (territoires qui ne sont pas des diocèses mais ont un statut canonique particulier).

Les unités ecclésiastiques constituant la Conférence des Évêques des Antilles sont les suivantes :

1) Province de Port of Spain (Trinidad and Tobago) : A la tête de cette Province l’archevêque de Port of Spain : Mgr Joseph HARRIS. Suffragants :
a) Le diocèse de Georgetown (Guyana) : Mgr Francis Alleyne
b) Le diocèse de Willemstad (Curaçao et les îles) : Mgr Luigi Secco
c) Le diocèse de Paramaribo (Surinam) : Mgr Wilhelmus De Bekker
d) Le diocèse de Bridgetown (Barbados) : Mgr Gordon Jason.

2) Province de Kingston (Jamaique) : Archevêque de Kingston Mgr Charles Dufour
a) Le diocèse de Montego Bay (Jamaique) : Mgr Burtchell McPherson
b) Le diocèse de Mandeville (Jamaique) : Mgr Neil Tiedemann
c) Le diocèse de Belize et Belmopan : Mgr Dorick Wright et Mgr Chr. Glancy
d) La mission sui juris Cayman Islands : Mgr Francis Reiss.

3) Province de Nassau : Archevêque Mgr Patrick Pinder, Président de la Conférence
a) Le diocèse de Hamilton (Bermuda) : Mgr Robert Kurtz
b) La mission sui juris Turks and Caicos Islands

4) Province de Saint Pierre et Fort de France : Archevêque Michel Méranville
a) Le diocèse de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) : Mgr Jean-Yves Riocreux
b) Le diocèse de Cayenne (Guyane Française) : Mgr Emmanuel Lafont.

5) Province de Ste Lucie - Archevêque de Castries : Mgr Robert Rivas
a) Le diocèse de Roseau (Dominique) : Mgr Gabriel Malzaire
b) Le diocèse de Saint Georges (Grenade) : Mgr Vincent Darius
c) Le diocèse de St. John’s Basseterre : Mgr Kenneth Richards

C’est donc l’ensemble de ces cinq Provinces Ecclésiastiques et celui des deux Missions Sui Juris qui constituent la conférence des Évêques des Antilles, animée par un Conseil permanent dont le siège est situé à Port of Spain, Trinidad, avec à sa tête un Président élu pour trois ans renouvelables.

Le lien entre la Conférence et Rome est assuré par le Nonce auprès des Etats de la Caraïbe et Délégué Apostolique pour les Antilles et la Guyane, son Excellence Mgr Nicola GIRASOLI.

La Conférence est régie par un Conseil Permanent dont les archevêques sont membres de droit et les autres membres élus.

Chaque année, tous les membres de la Conférence se retrouvent pour une Assemblée plénière qui se tient dans un diocèse de leur choix, au cours de la semaine qui suit le troisième dimanche de Pâques. C’est ainsi que cette année, l’Assemblée plénière de la Conférence s’est tenue à la Jamaïque, à Mandeville, du 3 au 10 mai 2014.

L’agenda bien rempli de cette Assemblée a voulu faire une large place, d’abord à une réflexion spirituelle qui a duré deux jours, autour du thème de « La réconciliation ». Cette mini « retraite » était animée par le père Robert Schreiter, spécialiste de la question. Elle était nourrie par l’eucharistie quotidienne, la prière des heures et la lectio divina.

La réconciliation était un thème d’autant plus souhaité qu’il demeure d’actualité en ces temps de violence et de guerre, au moment surtout où l’on célèbre le vingtième anniversaire du début du génocide au Rwanda, qui fit plus de 800.000 victimes en l’espace de 10 mois.

La Conférence devait renouveler le mandat de plusieurs de ses membres et donc procéder à plusieurs élections. C’est ainsi qu’elle reconduisit pour un nouveau mandat de trois ans son Président actuel : son Excellence Mgr Patrick Pinder, archevêque de Nassau (Bahamas) ; ainsi que le Vice Président son Excellence Mgr Francis Alleyne, évêque de Georgetown (Guyana) et son trésorier, Son Excellence Mgr Neil Tiedemann, évêque de Mandeville (Jamaïque).

La Conférence tint à rendre un vibrant hommage au diacre permanent Mike James et à son épouse Maria pour leur dévouement et leur compétence au Secrétariat Général de la Conférence pendant six ans. Mike devait céder sa place au père John Persaud originaire de Georgetown qui lui succède comme secrétaire général de la Conférence.

Avant d’entreprendre ses travaux, la Conférence célébra solennellement son ouverture le dimanche 4 mai, par une Eucharistie présidée par le Cardinal Kelvin Edward Felix, ancien président de la Conférence et premier cardinal de la Caraïbe, élevé au Cardinalat le 22 février 2014, en même temps que le premier Cardinal d’Haïti, son Eminence Chibly Longlois et le secrétaire du Pape Saint Jean XXIII, son Eminence Mgr Francesco Loris Capovilla.

Les réflexions sur la famille devaient être au centre de la plupart des travaux de la Conférence surtout dans la perspective des deux synodes sur la famille qui auront lieu bientôt à Rome.
Dans ce même contexte de la famille et pour répondre à la théorie du « Genre », les Evêques de la Caraïbe ont co-écrit une lettre pastorale. Publiée en anglais, elle sera bientôt traduite en français.

L’emploi des technologies nouvelles pour proclamer la Bonne Nouvelle du salut n’a pas laissé indifférents les membres de la Conférence. Ils ont apprécié la video-conférence de Mgr Tighe, secrétaire du Conseil Pontifical de la communication à Rome sur ce sujet et ils ont beaucoup appris des interventions de jeunes volontaires venus aider les évêques à découvrir ces techniques, et aussi leur faire part de ce qu’est pour eux aujourd’hui la culture numérique.

En concomitance avec les séances de travail, la Conférence a rencontré l’archevêque de Miami, son Excellence Mgr Wenski, membre du bureau d’aide à l’Eglise en Amérique Latine. Elle a aussi effectué des visites dans les centres Don Bosco qui viennent en aide à des enfants handicapés mentaux, et à des jeunes laissés pour compte par notre société.

La Conférence a été hébergée pendant son séjour, à Mount Calvary Retreat Center à Mandeville, maison tenue par les Sœurs des pauvres, dans un écrin de verdure, de végétation luxuriante et de fleurs qui peuvent permettre à Mandeville de rivaliser avec la Martinique lorsqu’elle prétend être « l’île aux fleurs ».

Sans entrer dans tous les détails de l’agenda de la Conférence qu’il soit permis de remercier encore toutes celles et tous ceux qui ont permis à cette 58ème assemblée plénière de la Conférence des Antilles de se dérouler dans un climat d’amitié et de fraternité, au contact des réalités concrètes du pays, au milieu d’initiatives et réalisations qui font toucher du doigt que l’amour qu’exige le Christ de ses disciples n’est jamais un vain mot lorsqu’il est pris au sérieux et vécu au quotidien. Les religieuses qui se dévouent à Don Bosco, en sont l’illustration. Qu’elles soient remerciées pour leur témoignage.

Avant la séparation de ses membres, la Conférence a pris note pour 2015. Il est possible qu’elle se retrouve à Rome pour sa visite « Ad limina Apostolorum » auprès du Saint Père, après les fêtes de Pâques ; sinon c’est à Montego Bay, encore à la Jamaïque, qu’elle se réunira du 18 au 25 avril 2015, « Si Dieu veut », comme nous avons l’habitude de dire à la Martinique.

+Michel Méranville



 


Après Pâques... le Kérygme

 

18 mai 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Il y a vingt et un siècles de cela, une nouvelle ahurissante s’était propagée à Jérusalem, parmi celles et ceux qui étaient devenus disciples de Jésus de Nazareth. Cette nouvelle affirmait qu’il était vivant. Après sa mort bien réelle, confirmée par le coup de lance qu’il avait reçu en plein cœur, celui qui se faisait appeler le Fils de l’homme, s’était manifesté vivant à plusieurs de ses proches et de ses disciples.

Ceux-là n’avaient pu admettre d’emblée que c’était Lui. Ils se croyaient plutôt victimes d’une hallucination ou d’une manifestation de fantôme. Comment, en effet, ce Jésus, après avoir été enseveli dans un caveau dont l’entrée avait été condamnée par un énorme bloc de roc , pouvait-il leur apparaître tout à coup, dans cette salle où ils se trouvaient, alors que tous les accès en avaient été soigneusement verrouillés par peur des Juifs ?

C’était pourtant bien Lui. Il leur avait montré les plaies laissées par la crucifixion, dans ses mains et dans ses pieds, de même que la blessure encore béante dans son côté, faite par la lance d’un soldat. Pour les convaincre il leur avait demandé quelque chose à manger et il leur avait dit : Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez : un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. (Luc 24,39).

Ils avaient dû se rendre à l’évidence sans encore comprendre : c’était bien Lui ! Il avait vaincu la mort ! Il était revenu à la vie, mais à une vie tout autre que celle qu’il possédait auparavant : Il n’était plus assujetti aux lois terrestres de l’espace et du temps et s’il mangeait avec eux, ce n’était pas pour satisfaire un besoin physiologique, mais pour leur dire : Je ne suis ni un esprit, ni un fantôme.

Après leur avoir dit : C’est bien moi !, il leur avait confié cette mission : Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.

Le verbe « ressusciter » n’existait pas encore. On ne connaissait pas non plus le substantif « résurrection. » On avait certes connaissance, au temps de Jésus, de nombreux cas de personnes physiquement mortes et revenues miraculeusement à la vie. Mais ces cas ne différaient guère de celui des personnes qui sont aujourd’hui en réanimation dans nos hôpitaux : elles retrouvent leur vie mise en sommeil pendant un temps, mais égale à celle qu’elles avaient auparavant et elles sont sujettes à nouveau à tous les aléas de la vie y compris la mort.

La résurrection est une vie nouvelle partagée avec Dieu : une vie qui ne connaît plus la mort. La Résurrection de Jésus de Nazareth est l’unique cas de résurrection que connaisse l’humanité depuis sa création. La résurrection de Jésus n’est ni une réincarnation, ni une réanimation, ni une métempsychose, mais le passage de Jésus avec son corps, son âme et son humanité, dans la vie même de Dieu son Père.

La nouvelle de la Résurrection de Jésus, est une « bonne nouvelle » qu’il faut annoncer, « crier » à l’humanité entière, sur toute la planète. C’est ce que l’on appelle « kérygme », du mot grec kêrygma qui signifie « proclamation ».
Le kérygme est la proclamation originelle par les Apôtres, de la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus, reconnu comme Christ et Sauveur.

Saint Paul écrit aux Corinthiens : Je vous rappelle frères, l’Evangile que je vous ai annoncé et par lequel vous serez sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé : Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures. Il est apparu à Céphas, puis aux Douze… Il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. En tout dernier lieu, il m’est aussi apparu, à moi l’avorton, moi qui ne suis pas digne d’être appelé Apôtre parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu.

Dans cette même lettre, l’Apôtre s’étonne et demande : Comment certains d’entre vous disent qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection, Christ non plus n’est pas ressuscité et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi.

Les Evêques, successeurs des Apôtres, sont à la tête de communautés appelées « diocèses » ou « Eglises particulières » qui ont pour mission de proclamer avant toute chose que Jésus est vivant, jusqu’à la fin des temps. Cette proclamation est faite par l’annonce orale de la Bonne Nouvelle, par la catéchèse, les enseignements, les sacrements. Elle se fait surtout par le témoignage de vie de chacun et de tous.

Au début du christianisme, les païens s’étonnaient de l’amour qui unissait entre eux les chrétiens. Ils disaient :Voyez comme ils s’aiment et ils cherchaient à connaître ce qui leur permettait de s’aimer ainsi. Ils découvraient que c’était le Christ Vivant Ressuscité, présent au milieu d’eux, qui leur donnait la force et la joie de s’aimer ainsi.

Les diocèses, ou Eglises catholiques, existant dans les Petites Antilles se regroupent en Conférence. Une fois par an, ils se retrouvent en Assemblée Plénière. Ce fut le cas pour eux cette année : du 3 au 10 mai dernier vingt-deux diocèses des Petites Antilles se sont retrouvés à Mandeville, en Jamaïque, pour partager, pour la cinquante-huitième année consécutive, ce qui fait la réalité de leur vie et comment, concrètement, ils s’efforcent de réaliser la mission que le Christ leur a confiée. Le prochain numéro de Eglise en Martinique tâchera de se faire l’écho de ce qui a été l’essentiel de leur cinquante-huitième assemblée plénière.

Pâques signifie « le Passage ». C’est la Bonne Nouvelle du Christ Ressuscité vivant avec nous jusqu’à la fin des temps. Cette Bonne Nouvelle est le Kérygme que nous devons crier jusqu’aux confins du monde, par notre foi, notre espérance et notre charité. C’est aussi l’unique raison d’être de nos Eglises catholiques et celle de tout homme de bonne volonté.

+ Michel Méranville



 


Dimanche des quatre papes

 

3 mai 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Ce dimanche 27 avril 2014 à Rome, deux Papes étaient canonisés : Jean XXIII et Jean-Paul II déclarés officiellement « saints » par le Pape François en présence du Pape émérite Benoît XVI.

C’étaient quatre Papes qui étaient en même temps rendus présents au Peuple de Dieu, dans cette célébration qui avait lieu le dimanche dit « dans l’Octave de Pâques », parce que célébré huit jours après la grande fête de la Résurrection du Seigneur Jésus.

Ce dimanche est appelé aussi « Dimanche de la Divine Miséricorde ».
C’est en effet le Pape Jean-Paul II qui a institué la fête de la Divine Miséricorde le 30 avril 2000, jour où il a canonisé la sœur Faustine Kowalska, apôtre de la Miséricorde. L’année suivante, cette fête fut célébrée le 22 avril, et elle est célébrée depuis, chaque année, le dimanche qui suit le dimanche de Pâques.
C’est le dimanche de la Divine Miséricorde, 2 avril 2005, que Jean-Paul II a quitté ce monde. En l’honneur de sa dévotion à sainte Faustine et à la divine miséricorde, Jean-Paul II a été béatifié le 1° mai 2011, dimanche dans l’octave de Pâques. Il convenait que le Pape François choisisse de le déclarer Saint ce dimanche 27 avril 2014.

Jean-Paul II, né Karol Wojtyla le 18 mai 1920 à Wadowice, à 50 kilomètres de Cracovie en Pologne, a été élu Pape le 16 octobre 1978, à l’âge de 58 ans, devenant le 263e successeur de Saint Pierre.

Personne n’ignore le mot d’ordre qu’il lança aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté au moment de son élection : « N’ayez pas peur. » Ces mots prononcés avant lui par Jésus Ressuscité devaient sous-tendre son apostolat, tout au long de son pontificat qui dura vingt-sept ans, avec son ouverture au monde, ses centaines de voyages autour du monde, l’attentat qui devait le diminuer pour le reste de sa vie, ses nombreuses encycliques, sa passion des jeunes pour lesquels il institua les Journées mondiales de la jeunesse.

Nous aurions certes beaucoup à dire au sujet de Jean-Paul II. Nous nous contentons de rappeler que le pape François a tenu à lui associer, dans la même canonisation, celui dont l’Esprit Saint s’est servi pour initier « l’aggiornamento » de l’Eglise : Jean XXIII, de son vrai nom Angelo Giuseppe Roncalli, né à Sotto il Monte, près de Bergamo, Italie, le 25 novembre 1881, d’une modeste famille de paysans. Elu Pape le 28 octobre 1958, il surprit le monde entier en annonçant, dès le début de son pontificat, son intention de convoquer un Concile Oecuménique. Ce concile fut convoqué le 10 octobre 1962 sous le nom de Concile Vatican Il, et se termina en 1965. Jean XXIII n’en vit pas la fin puisqu’il fut rappelé à Dieu le lundi de la Pentecôte, le 3 juin 1963.

Jean XXIII, au cours de son bref Pontificat, a ouvert la porte à ses successeurs et montré la voie : c’est lui le premier Pape à sortir du Vatican, à aller visiter les enfants à l’hôpital du Bambino Gésù, les détenus de la prison Regina Coeli, les prêtres âgés à Monte Mario.

Il a eu le temps d’écrire d’admirables encycliques telles que « Pacem in terris. »Trois mois avant sa mort. Il a introduit la simplicité dans la liturgie et dans le mode de vie du clergé, insistant sur le service et la bonté.
La bonté était ce qui le caractérisait le mieux et explique qu’on lui ait donné en Italie le surnom de « Papa Buono » (Le Bon Pape).

Ce dimanche de la Divine Miséricorde, la Ville de Rome était trop petite pour contenir le million de pèlerins venus participer à l’événement qui se déroulait sur la place Saint Pierre, embrassant difficilement entre ses bras huit cent mille personnes. Un millier d’évêques venus du monde entier concélébraient avec le pape François et le Pape émérite Benoît XVI. Je me tenais parmi eux, juste derrière le Cardinal Sarah qui a gardé un bon souvenir de son séjour en Martinique et a été plein de prévenance à notre égard.

Ma présence se justifiait par la reconnaissance impérissable que j’ai envers ces deux Papes que j’ai connus personnellement, et qui sont intervenus de manière particulière dans le cours de ma vie. Elle s’expliquait surtout par le besoin très fort de « faire église » avec tous les hommes représentés par cette grande diversité de personnes.

Si en effet Jésus a choisi les hommes qu’il voulait et en a fait ses « apôtres » c’est pour leur dire Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Allez, de tous les hommes faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps.

Ces deux Papes ont été grands, « géants » même, parce que successeurs des Apôtres, comme le sont tous les évêques, ils ont simplement fait ce que le Seigneur exige de chaque baptisé, et plus encore de ceux qui sont consacrés de manière exclusive au service de son Peuple.

Que Saint Jean XXIII et Jean-Paul II intercèdent pour nous de manière efficace ? et obtiennent du Seigneur les grâces dont notre Eglise particulière a d’avantage besoin, et que le Seigneur vous bénisse.

+Michel Méranville



 


Pâque le passage

 

19 avril 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Le mot Pâque s’écrit de deux manières : au singulier sans « s », il désigne la fête fondatrice de la religion juive.
Quand il est écrit au pluriel avec « s », il s’agit de la Fête des Fêtes pour les chrétiens, qui célèbrent la Résurrection de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu fait homme.

Qu’on l’écrive « Pâque » ou « Pâques » cette fête a la connotation de passage, de libération, de salut. Elle exprime la volonté de Dieu de faire l’homme passer de l’enfermement du mal à la vraie liberté des enfants de Dieu.
Cela se comprend d’autant mieux lorsque l’on garde en mémoire que le mot Pâque tire son origine de l’hébreu pesha qui signifie passage.

Le Livre de l’Exode rapporte au chapitre 12, comment Dieu, ému par les souffrances de son peuple asservi, décida de passer lui-même au milieu de lui pour le faire sortir de la servitude du pays d’Égypte et le conduire vers la terre de liberté, en lui faisant passer la mer à pied sec. Événement dont il fit pour le peuple un mémorial et un rituel immuable : celui de la Pâque du Seigneur.

C’est à l’occasion de la célébration de la Pâque juive que Jésus de Nazareth est passé de la mort à la vie. Sa résurrection devenant pour les chrétiens la fête fondatrice de leur foi, leur donnant l’envie et la grâce de sortir de l’enfermement du péché pour vivre une vie nouvelle avec le Christ.

Les chrétiens de jadis avaient bien compris cela quand ils décidaient de faire leurs Pâques.
Faire ses Pâques, c’était autrefois, d’abord obéir à la loi de l’Église qui demandait à ses fidèles de se confesser et de communier au moins une fois l’an.

Ensuite, c’était pour les adultes, s’acquitter du Denier de l’Église en mettant à jour la carte du Denier du Culte que l’on devait présenter pour accomplir toute démarche religieuse. Les jours de célébration pénitentielle voyaient des files interminables de fidèles attendant leur tour de confession. Les chrétiens tenaient à faire leurs Pâques pour être en règle avec leur Église.

Sans vouloir absolument faire l’apologie du passé : « faire ses Pâques » avait du bon, même si les « pascalisants » (comme on les appelait) ne devaient revenir à l’Église que l’année suivante. Faire ses Pâques, c’était malgré tout un moment de vérité qui se traduisait par l’acceptation de se laisser regarder par le Christ et faire avec lui le point de sa vie à la lumière de la Parole de Dieu et des commandements.

Faire ses Pâques, c’était pouvoir communier après avoir reçu le sacrement de la pénitence qui réconcilie avec les autres, avec Dieu et avec soi-même et donne la force de se libérer de la mort du péché.

Avec le temps, les habitudes aussi ont changé. Mais le désir de renaître à Pâques avec le Christ est encore prégnant chez de nombreux chrétiens. La Résurrection du Seigneur Jésus n’est pas un souvenir du passé. C’est une réalité qui se vit au présent, avec la certitude que si le Christ est avec nous jusqu’à la fin des temps, c’est bien pour nous permettre de faire avec lui le pas qui nous libère de tout ce qui nous enfermait dans le mal et dans la mort.

Pâques, c’est le Seigneur qui passe et soulève la pierre tombale qui recouvre ce Monde où le paraître est devenu plus important que l’être, dans lequel la sécurité réside dans l’argent et le pouvoir, et pour lequel l’horizon ne va pas au-delà de la satisfaction immédiate des désirs et des besoins. Le Ressuscité fait passer ceux qui croient en lui, de l’esclavage des idoles à la liberté des enfants de Dieu.

Dans ce monde qui fabrique des zombis qui n’ont plus d’existence personnelle, conditionnés qu’ils sont par la mode, la publicité et la dictature des médias ; dans ce monde de bruits et de fureur, monde de violence, d’égoïsme, de haine et de mort, le Seigneur vient renouveler l’Exode, Il est le Dieu qui s’est incarné pour rejoindre les hommes de bonne volonté et les faire sortir de la captivité du mal pour construire avec lui un monde nouveau.

Pâques, c’est le Passage du Fils de Dieu dans la nuit de nos peurs, de nos lâchetés et de nos égoïsmes, pour nous faire passer du repli sur nous-mêmes à l’ouverture généreuse envers les autres et nous permettre d’expérimenter qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.

En somme, Pâques c’est Dieu avec nous pour nous faire passer d’une manière de vivre purement humaine à une autre manière de vivre qui est la sienne.
Que la Pâque chrétienne qui nous a fait naître à la vie du Christ par notre baptême, fasse de nous de vrais enfants de Dieu, soucieux de témoigner par leurs paroles et leurs actes, l’amour reçu de Notre Père.

Que la Pâque nous permette de faire le « passage » que le Christ attend de chacun qu’il fasse pour se libérer de tout enfermement afin d’être en communion « vraiment » avec lui et avec les autres.

Bonnes et Saintes Fêtes de Pâques à tous.

+Michel Méranville, Archevêque



 


La Passion du Seigneur

 

18 avril 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Homélie du Vendredi Saint

Nous venons d’écouter le récit de la Passion et de la mort du Christ selon Saint Jean . Jean a été un témoin oculaire de tout ce que nous avons entendu. Il a d’ailleurs été le seul disciple du Christ à le suivre jusqu’au calvaire et à se tenir près de la croix auprès de la Vierge Marie, et de la sœur de la Vierge qui s’appelait aussi Marie et était l’épouse de Cléophas, en compagnie d’une troisième Marie qui était Marie Madeleine.

C’est à Jean que Jésus confie sa mère avant de mourir en disant à sa Mère : « Femme voici ton fils ». Et au disciple : « Voici ta mère. »
Jean était très proche de Jésus il se désigne lui-même comme étant le disciple que Jésus aimait.

Il est donc un des mieux placés pour saisir les raisons profondes qui expliquent le sacrifice du Christ, sa passion et sa mort.

Ces raisons sont l’amour de Jésus pour Dieu son Père en accomplissant sa volonté jusqu’au bout. Et l’amour de Jésus pour les hommes, ses frères, pour lesquels il donne sa vie.

Il a accepté d’être humilié, torturé, crucifié , sans se défendre, sans appeler à son aide une armée d’anges qui l’auraient libéré… tout cela pour nous dire concrètement qu’il n’y a pas de plus grand preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

C’est pour cela que la Croix qui était un instrument de supplice et de mort est devenue pour nous signe de victoire de l’amour sur la haine, sur la peur et sur la mort.

C’est la raison pour laquelle nous la vénérons au cours de cette célébration du Vendredi Saint.

Je voudrais enfin rappeler les sept dernières paroles que le Christ a prononcées sur la Croix pour que nous puissions les méditer pendant ce temps de silence qui nous sépare de la Vigile pascale.

1

Matthieu 27, 46 : 
Et vers la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : " Éli, Éli, lema sabachtani ? ", c’est-à-dire : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? "

Marc 15, 34 : 
Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : " Élôï, Élôï, lema sabachthani ", ce qui se traduit : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? "

2

Luc 23, 34 : 
Et Jésus disait : " Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. " Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort.

3

Luc 23, 43
 : Et il lui dit : " En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. "

4

Jean 19, 26-27 : 
Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : " Femme, voici ton fils. "
Puis il dit au disciple : " Voici ta mère. " Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui.

5

Jean 19, 28 : 
Après quoi, sachant que désormais tout était achevé pour que l’Écriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit : " J’ai soif. "

6

Luc 23, 46
 : Et, jetant un grand cri, Jésus dit : " Père, en tes mains je remets mon esprit. " Ayant dit cela, il expira.

7

Jean 19, 30
 : Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : " C’est achevé " et, inclinant la tête, il remit l’esprit.



 


Qui suis-je devant mon Seigneur ?

 

14 avril 2014 2014 par Michel DEGLISE

Telle est la question que le Saint-Père a appelé chaque chrétien à se poser tout au long de la semaine sainte. Découvrez le texte de l’homélie qu’il a prononcée à Rome lors de la célébration du dimanche des Rameaux et de la Passion.

Dimanche 13 avril 2014

Cette semaine commence par la procession festive avec les rameaux d’olivier : tout le peuple accueille Jésus. Les enfants, les jeunes gens chantent, louent Jésus.

Mais cette semaine avance dans le mystère de la mort de Jésus et de sa résurrection. Nous avons écouté la Passion du Seigneur. Il sera bon de nous poser seulement une question : qui suis-je ? Qui suis-je, devant mon Seigneur ? Qui suis-je, devant Jésus qui entre en fête à Jérusalem ? Suis-je capable d’exprimer ma joie, de le louer ? Ou est-ce que je prends de la distance ? Qui suis-je, devant Jésus qui souffre ?

Nous avons entendu beaucoup de noms. Le groupe des dirigeants, quelques prêtres, quelques pharisiens, quelques maîtres de la loi, qui avaient décidé de le tuer. Ils attendaient l’opportunité de le prendre. Suis-je comme l’un d’eux ?

Nous avons entendu aussi un autre nom : Judas. Trente pièces de monnaie. Suis-je comme Judas ? Nous avons entendu d’autres noms : les disciples qui ne comprenaient rien, qui s’endormaient alors que le Seigneur souffrait. Ma vie est-elle endormie ? Ou suis-je comme les disciples, qui ne comprenaient pas ce qu’était trahir Jésus ? Comme cet autre disciple qui voulait tout résoudre par l’épée : suis-je comme eux ? Suis-je comme Judas, qui fait semblant d’aimer et embrasse le Maître pour le livrer, pour le trahir. Suis-je un traître ? Suis-je comme ces dirigeants qui en hâte font un tribunal et cherchent de faux témoins : suis-je comme eux ? Et quand je fais ces choses, si je les fais, est-ce que je crois que par là je sauve le peuple ?

Suis-je comme Pilate ? Est-ce que quand je vois que la situation est difficile, je me lave les mains et je ne sais pas assumer ma responsabilité et je laisse condamner – ou je condamne – les personnes ?
Suis-je comme cette foule qui ne savait pas bien si elle était dans une réunion religieuse, dans un jugement ou dans un cirque, et choisit Barrabas ? Pour eux c’est la même chose : c’était plus divertissant, pour humilier Jésus.

Suis-je comme les soldats qui frappent le Seigneur, lui enlèvent ses vêtements, l’insultent, se divertissent par l’humiliation du Seigneur ?

Suis-je comme le Cyrénéen qui revenait du travail, fatigué, mais qui a eu la bonne volonté d’aider le Seigneur à porter la croix ?

Suis-je comme ceux qui passaient devant la croix et se moquaient de Jésus : « Il était si courageux ! Qu’il descende de la croix et nous croirons en lui ! » Se moquer de Jésus…

Suis-je comme ces femmes courageuses, et comme la Maman de Jésus, qui étaient là et souffraient en silence ?

Suis-je comme Joseph, le disciple caché, qui porte le corps de Jésus avec amour, pour lui donner une sépulture ?

Suis-je comme les deux Marie qui demeurent devant le sépulcre pleurant, priant ?

Suis-je comme ces chefs qui le lendemain sont allés chez Pilate pour dire : « Regarde ce que celui-ci disait, qu’il ressusciterait. Qu’il n’y ait pas une autre tromperie ! », et ils bloquent la vie, ils bloquent le sépulcre pour défendre la doctrine, pour que la vie ne sorte pas ?

Où est mon cœur ? A laquelle de ces personnes je ressemble ?

Que cette question nous accompagne durant toute la semaine sainte.



 


Vingt ans après

 

14 avril 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Il est parfois des anniversaires que l’on préfèrerait oublier : tel est celui du début du génocide au Rwanda, qui fit du 7 avril à juillet 1994, plus de huit cent mille victimes.

1994 - 2014

En cent jours, 800.000 personnes (à titre de comparaison c’est le double de la population de la Martinique), avaient été massacrées.

Pendant quatre mois, chaque jour, environ deux mille personnes avaient été sauvagement exécutées à coups de machettes, par armes à feu, ou par n’importe quel autre moyen, après avoir été pourchassées, vilipendées et abandonnées sans sépulture sur leur lieu d’exécution.

Quel était le crime commis par ces victimes ? Seulement celui d’appartenir à l’ethnie « Tutsie » alors que leurs adversaires , au pouvoir, étaient des « Hutus ».

Le Rwanda, petit pays d’Afrique de l’est, qui compte 26.338 km2 (quand même 26 fois la Martinique) pour une population de 10 300 000 habitants , était appelé « La Suisse de l’Afrique » tant pour sa situation géographique, que pour l’entente entre elles, de ses deux principales composantes ethniques : les Hutus et les Tutsies, majoritairement chrétiennes toutes les deux , priant et adorant le même Dieu .

Que s’est-il passé pour que se déclenche soudain cette folie meurtrière qui appela à l’extermination, à la « solution finale », au « génocide » de l’une des deux composantes de la société Rwandaise ? Vingt ans après la réponse à cette question n’a toujours pas été donnée.

Ce qui reste sidérant, c’est de voir comment un petit pays si calme, dans lequel il faisait si bon vivre, put devenir soudainement un pays dans lequel la moitié de la population se sentit investie d’une vocation de bourreau pour exécuter l’autre moitié.

Ceux qui massacrèrent à coups de machettes leurs voisins, parfois leurs alliés par le biais des unions et mariages entre les deux ethnies, étaient ceux qui participaient ensemble à la messe le dimanche ; c’étaient en outre des « gens biens » dirions-nous à la Martinique, des personnes qui avaient des situations importantes et respectables : des policiers, des enseignants, des magistrats et même des religieux et des religieuses.

On ne pourra jamais donner une explication rationnelle à cette folie sanguinaire. Et même si les puissances coloniales ont leur part de responsabilité, on ne peut en faire les boucs émissaires de ce génocide qui laisse encore pantois quiconque prend le temps d’y réfléchir.

Et c’est la raison pour laquelle, vingt ans plus tard, je pense que les chrétiens et pas uniquement eux, mais tous les hommes de bonne volonté qui vivent en Martinique, ont le devoir de méditer, de s’interroger et de prier à partir de ce qui s’est passé il y a vingt ans au Rwanda. « Quand le feu a pris dans la barbe de ton camarade arrose la tienne » dit un proverbe local.

Ne disons pas trop vite que cela ne pourrait pas se produire en Martinique. Nous savons par expérience combien facilement, le moindre conflit social dégénère en affrontement ethnique. Lors de la grève de 2009, certaines personnes ont failli être lynchées à cause de la couleur de leur peau.

Au Rwanda, les personnes étaient mises à mort à cause uniquement de leur appartenance ethnique. Leurs bourreaux étaient souvent des personnes qui les exécutaient par « devoir », sans animosité spéciale, mais pour sauver leur propre peau. La plupart étaient de respectables familles et des catholiques exemplaires.

Preuve que l’on peut devenir fonctionnaire du crime tout en se prétendant chrétien.
C’est une occasion formidable qui nous est donnée de nous demander : « Mais comment suis-je chrétien ? » ou « Pourquoi ne le suis-je pas ? »

Dans une province du sud du Rwanda, à Kibeho, entre 1981 et 1989, la Vierge Marie, Mère de Dieu s’est manifestée comme elle l’avait fait auparavant à Lourdes, ou à Fatima. Comme lors de toutes ses apparitions, elle se plaignait de l’endurcissement du cœur des hommes et elle les invitait à la conversion.

Le 29 juin 2001, l’Evêque des lieux, Mgr Augustin Misago reconnaissait le caractère surnaturel de ces apparitions. Depuis, Kibeho est devenu un lieu de pèlerinage mais surtout un lieu de guérison des cœurs, de réconciliation et de pardon.

Vingt ans après, lorsqu’on se retrouve, ce n’est certainement pas pour se venger, ou pour se justifier, mais pour avouer humblement n’avoir pas compris le message du Christ qui nous demande simplement de nous aimer comme Lui, nous aime.

Que nous sachions méditer le génocide du Rwanda en unissant notre prière à celle de tous les croyants de ce pays, pour que le Seigneur réalise ce que les forces humaines seules sont incapables de faire : une réconciliation véritable de ce pays.

Que cet anniversaire nous permette aussi de développer le respect mutuel de nos origines, de notre métissage, une meilleure connaissance des uns et des autres, et par la foi que nous avons reçue de nos ancêtres nous ayons la possibilité de re - choisir le Christ et de le suivre dans son infinie charité.
Par l’intermédiaire de la Mère de Jésus qui n’hésite pas à manifester sa présence dans un pays où a coulé tant de sang innocent, que Dieu dont l’amour est tout puissant nous bénisse : Le Père, le Fils et le Saint Esprit.



 


Seigneur, fais que nous puissions voir toute chose avec tes yeux !

 

2 avril 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Sœurs et Frères, la Paix soit avec vous !
Nous célébrons aujourd’hui le quatrième dimanche de Carême que les catéchumènes et ceux qui les accompagnent, appellent « Le dimanche de l’illumination baptismale. »
En effet la liturgie de la Parole de ce dimanche nous invite à nous laisser éclairer par Celui qui se définit comme la lumière du monde, Jésus-Christ, venu nous apporter les moyens d’avoir une juste appréciation du monde, des hommes et de la vie ; il est venu pour que nous puissions voir toute chose avec ses yeux à lui.

Dimanche 30 mars 2014

De lui, l’Evangéliste Jean déclare : « Il est la lumière venue éclairer tout homme dans le monde. » Il est venu ouvrir les yeux des aveugles et non seulement les guérir de la cécité physique, mais aussi et surtout de l’aveuglement du cœur qui les enferme dans la nuit du péché et du mal.

Nous pouvons lire l’Evangile de ce jour, dans Saint Jean, chapitre 9, versets 1 à 41.

Les passages de la Sainte Ecriture que nous lisons aujourd’hui orientent notre regard vers Dieu qui est la vraie lumière venue nous éclairer pour que nous puissions voir les choses et les gens, pas seulement avec nos yeux de chair, mais avec son regard à lui qui ne s’arrête pas aux apparences, mais va jusqu’au fond des cœurs.

C’est, dans la première lecture tirée du premier livre de Samuel, la leçon que Dieu donne au prophète qu’il envoie dans la maison de Jessée pour donner l’onction royale à l’un de ses fils. Samuel se rend donc à la maison de Jéssée, une corne d’huile à la main. Lorsqu’il aperçoit Eliab, l’un des fils de Jessée, il se dit : « Sûrement, c’est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l’onction. » Mais le Seigneur lui dit : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

Jessée présenta donc successivement à Samuel ses sept fils, mais Samuel lui dit chaque fois : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. N’as-tu pas d’autres garçons ? » Jessée répondit : « Oui, il reste encore le plus jeune. Il est en train de garder le troupeau. » Samuel l’envoya chercher. Le Seigneur lui dit alors : « C’est lui, donne-lui l’onction ». C’est ainsi que David – puisque c’était le nom du garçon – devint roi d’Israël.

Dans le monde d’aujourd’hui les apparences ont beaucoup d’importance : la tenue vestimentaire, le look, mais aussi les signes extérieurs de richesse, la voiture, les décorations, les titres. Nous aimons paraître dans les médias, être reconnus.

Très souvent aussi, nous jugeons les autres selon leurs apparences, de là nos préjugés et aussi les jugements téméraires que nous exprimons sans fondement. Dieu, lui, voit le fond des cœurs, il voit la vérité en chacun et c’est pour cela qu’il nous demande de ne pas juger et surtout de ne pas condamner.

Les critères du Seigneur ne sont pas forcément les nôtres. Un vrai discernement n’est possible qu’avec l’aide de Dieu. C’est cette aide de Dieu que le Psaume 22 nous fait demander aujourd’hui en nous donnant la certitude qu’avec le Seigneur, rien ne saurait nous manquer.

Et puis en ce dimanche, l’Eglise nous fait écouter un passage d’une lettre que l’Apôtre Paul écrit aux chrétiens de la ville d’Ephèse ; il leur dit notamment : « Maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière, or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité. »

Ces paroles nous ont été adressées personnellement le jour de notre baptême lorsque le célébrant nous a remis par l’intermédiaire de nos parrain et marraine, le cierge allumé qui symbolisait le Christ qui est notre lumière.

En effet, le baptême a fait de nous des « fils de lumière », comme le Christ nous le rappelle.
Nous efforçons-nous de vivre comme tels ? Est-ce que trop souvent, nous ne nous laissons pas envahir par les ténèbres de la routine, de la lassitude, de la tiédeur et du péché ?

Est-ce que trop souvent, nous ne nous contentons pas des apparences de la foi, sans que notre vie soit une vie de bonté, de vérité et de justice ?

Le monde qui nous entoure sombre de plus en plus dans les ténèbres du péché, du mal, du mensonge, de la violence et de la mort. Suffit-il de dénoncer le mal que font les autres pour devenir juste soi-même ?

Au jour du jugement, le Seigneur ne nous demandera pas : « Qu’est-ce que ton frère a fait de mal ? » Par contre il nous demandera inévitablement : « Qu’as-tu fait de ton frère ? Comment l’as-tu aidé ? Qu’est-ce que ton amour lui a apporté de positif pour améliorer sa vie ?

On est parfois horrifié du mal que des soi disant « chrétiens » colportent contre d’autres personnes, contre d’autres chrétiens, contre des personnes consacrées et même contre leur Evêque et le Pape lui-même. En agissant ainsi qu’apportent-ils à cette Eglise dont ils sont les membres ?

Ils oublient les Paroles que le Christ nous rappelait récemment dans l’Evangile de Luc au chapitre 11 : « Tout royaume divisé devient un désert, ses maisons s’écroulent les unes sur les autres… Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi, disperse. »

Jésus se présente lui-même comme la vraie lumière du monde. Cela signifie que sans lui, les hommes ne peuvent avoir une juste mesure, une juste appréciation de ce qui fait leur vie. Sans la lumière du Christ, ils demeurent enfermés dans les ténèbres et donc ne peuvent ni voir ni comprendre.
Voir et comprendre sont d’ailleurs souvent synonymes. Au point que nous disons familièrement : « Je vois », pour dire : « J’ai compris, je comprends. »

Quelqu’un nous explique un problème ou nous décrit une situation, il nous arrive de lui dire : « Je vois, maintenant », ce qui équivaut à dire : « Je comprends ». Il nous arrive même d’ajouter malicieusement « Pas la peine de faire un dessin. »

Jésus est celui qui vient nous éclairer pour nous permettre de comprendre et surtout de croire.
L’Evangile de ce dimanche a été choisi par l’Eglise pour permettre aux catéchumènes qui approchent du terme de leur parcours, de revivre en quelque sorte, ce qu’a vécu cet aveugle de naissance à qui Jésus a donné la vue.

Les catéchumènes sont invités à passer comme cet homme, des ténèbres de ce monde à l’admirable lumière de Dieu. Mais il faut qu’ils soient bien conscients que ce passage va aussi les entraîner dans une aventure qui risque d’être semblable à celle qu’a connue cet homme guéri par le Christ.
C’était un aveugle de naissance. C’est ce que nous sommes tous, avant notre baptême. C’est le baptême qui nous ouvre les yeux de la foi en faisant de nous des enfants de Dieu, alors qu’avant notre baptême nous n’étions que de simples créatures.

Tant que cet homme était aveugle, il ne dérangeait personne ; il bénéficiait pour ainsi dire de l’indifférence de tous. Mais voici que cet homme rencontre Jésus qui lui frotte sur les yeux un peu de boue qu’il fait avec sa salive et qui lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (Ce nom signifie l’Envoyé).

L’homme obéit, il fait ce que Jésus lui demande et il est guéri, il voit. Et voici qu’il dérange tous ceux qui prétendaient le connaître et qui hésitent maintenant à l’identifier. Ils disent « Ce n’est pas lui ! C’est quelqu’un qui lui ressemble ! » Alors que lui, ne cesse de leur répéter bien fort : « C’est bien moi ! »
Mais comment se fait-il que tu vois maintenant ! Que t’a fait cet homme pour que tu vois ? » Et lui ne peut que répéter inlassablement la même chose : « Il a craché sur le sol et avec sa salive a fait de la boue qu’il m’a appliqué sur les yeux, puis il m’a dit « Va te laver à la piscine de Siloé, et maintenant je vois. »

Alors on amène l’ancien aveugle aux pharisiens. Nous nous souvenons que le mot « pharisien » veut dire « séparé ». Les pharisiens étaient des hommes religieux qui observaient méticuleusement la Loi de Moïse. C’étaient des gens qui se gardaient des aliments impurs, évitaient toute activité le jour du Sabbat, jour de repos sacré, des gens qui croyaient aussi à la Résurrection. »

Tout de suite, ils s’étonnent que celui qui a guéri l’homme ait pu faire cela un jour de sabbat ; ils disent : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » Ils ont le même réflexe que ceux qui reprochaient aux disciples de Jésus d’égrener des raisins et de les manger le jour du sabbat, parce qu’ils avaient faim.

Il faut se rappeler que le jour du sabbat on ne devait pas faire la cuisine, pas laver la vaisselle ; il y avait certaines distances à ne pas parcourir à pieds… Tout cela était codifié, et même les miracles ne pouvaient avoir lieu un jour de sabbat, comme le chef d’une synagogue le rappelle à un homme dont Jésus avait redressé la main le jour du sabbat (Mt 12,12) : « Qui d’entre vous, s’il n’a qu’une brebis et qu’elle tombe dans un trou le jour du sabbat, n’ira la prendre et l’en retirer ? Or combien l’homme l’emporte sur la brebis ! Il est permis de faire le bien le jour du sabbat. » Telle avait été la réponse de Jésus.

Jésus disait des pharisiens : « Ils filtrent le moucheron, mais avalent le chameau. »
Cette propension existe souvent chez de nombreux « bons chrétiens » (entre guillemets), qui se croient meilleurs que les autres parce qu’ils sont pratiquants, religieux, ne fréquentent pas n’importe qui et se sentent à ce titre « séparés » des autres. Propension à chercher la petite bête, l’accessoire, le détail non respecté par les autres, en oubliant que ce qui est le plus important, c’est la personne qui se tient là, qui a tel besoin, telle souffrance que l’on oublie totalement pour satisfaire aux seules formalités administratives.

Pour les pharisiens, le jugement est sans appel : « Celui-là ne vient pas de Dieu puisqu’il n’observe pas le sabbat. » Ils demandent à l’homme guéri ce qu’il en pense et l’homme répond : « C’est un prophète ». Cependant les pharisiens ne veulent pas se rendre à cette évidence. Comme ils sont de mauvaise foi, ils font venir les parents de l’homme pour leur faire dire que leur fils n’est pas aveugle de naissance. Les parents voulant éviter tout ennui se dérobent en disant : « Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »

Le manque de courage, la lâcheté, la mauvaise foi se rencontrent partout et même et surtout chez ceux qui se croient meilleurs que les autres et à se titre se permettent de juger, de condamner, de diffamer les autres.

L’ancien aveugle lui, ne sait qu’une chose : « Il était aveugle et maintenant il voit. »
Jésus vient pour nous permettre de voir ce qu’auparavant on voyait mal. Il nous permet de voir ce que nous devons changer dans notre manière de voir, de juger et d’agir.

Lorsque nous nous engageons sur la nouvelle route que Jésus nous montre, les autres ne comprennent pas forcément. Quand par exemple une personne qui était autrefois très attachée à l’argent devient capable de faire un don, ou un geste purement bénévole, ceux qui la connaissent mettent en doute son acte et pensent que ce geste est fait par calcul, afin d’en tirer un plus grand profit…

Si nous croyons au Fils de l’homme, c’est-à-dire à Jésus-Christ, prosternons-nous devant lui comme l’aveugle-né en reconnaissant en Lui l’envoyé du Père, la lumière de ce monde.

Que sa lumière nous délivre des ténèbres qui obscurcissent encore notre vie, et nous entraîne bien loin sur le chemin de conversion où il nous a engagés depuis le début de ce carême. Amen !



 


Anniversaire de la mort de Mgr Oscar ROMERO

 

5 avril 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Personne à la Martinique, et même dans le monde, ne devrait oublier ce 24 mars 1980, jour où mourut assassiné Monseigneur Oscar ROMERO, archevêque catholique de San Salvador (Salvador).

24 Mars 1980 - 24 Mars 2014, 34 ans déjà !

Le soir du 24 mars 1980, Oscar Romero, de son nom complet Oscar Arnulfo Romero y Galdamez, né le 15 aout 1917 à Ciudad Barrios ( Salvador), tombait la face contre l’autel, au cours de la messe qu’il célébrait dans la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence, au Salvador, foudroyé par le coup de fusil d’un tireur d’élite embusqué au fond de la chapelle.

Mgr Romero est le second d’une fratrie de sept enfants d’une famille modeste, dont le père est postier. Après quelques années d’école il devient apprenti menuisier à l’âge de 12 ans. Deux ans plus tard, en dépit de l’avis contraire de son papa, il entre au petit séminaire. En 1937, il rejoint le séminaire national de San Salvador dirigé par les Jésuites qui l’envoient à Rome, où il est ordonné prêtre le 4 avril 1942. Il rentre dans son pays et se consacre pendant vingt ans aux services que lui demande le diocèse de San Miguel.

Le 25 avril 1970, le Pape Paul VI le nomme évêque auxiliaire de San Salvador. Trois ans plus tard, le 3 février 1977 il devient l’Archevêque de San Salvador, capitale du pays.

Mgr Romero a la réputation d’être un conservateur. Le jour de son installation comme archevêque, plus de la moitié de son clergé ne participe pas à la célébration pour exprimer sa déception. Les prêtres pensent, en effet, que le nouvel archevêque fera des courbettes à l’oligarchie qui dirige le pays d’une main de fer.

Petit pays d’Amérique centrale, d’une superficie de 21.000 km2 (21 fois la Martinique), le Salvador et ses 4 millions d’habitants est dirigé alors par quelques familles riches qui forment une oligarchie qui contrôle toute l’économie du pays. L’Eglise est en bons termes avec dirigeants et possédants et la nomination de Mgr Romero semble rendre pérenne cette situation.

Mais c’était sans compter sur la volonté de Dieu : le 12 mars 1977, le Père Rutilio Grande, Jésuite, qui avait été le professeur de Mgr Romero, est tué en compagnie de ses accompagnateurs Manuel Solorzano âgé de 76 ans ans et le jeune Nelson Rutilio Lemus, âgé de 16 ans. Ils sont criblés de balles par un « escadron de la mort » au moment où ils traversent un champ de cannes à sucre pour se rendre à Paisna, où le père Rutilio Grande devait célébrer l’eucharistie du samedi soir.

Ce triple assassinat devait bouleverser l’Archevêque. Ce fut l’élément déclencheur de sa conversion. A partir de ce jour, il prit courageusement le parti des paysans exploités et des Salvadoriens sans voix. Il proclama que la foi ne sépare pas le croyant du monde réel, mais au contraire, doit lui donner plus d’audace et d’espérance pour y faire régner la justice et l’amour.

Dénoncé à Rome par les puissants de son pays, Mgr Romero dut aller s’expliquer auprès du Pape Paul VI. Avec sous le bras un épais dossier des exactions et meurtres perpétrés impunément dans son pays pour exploiter les pauvres et les obliger à se taire, Mgr Romero plaida la cause du Salvador auprès d’un Pape qui en était déjà convaincu.

Le Pape Paul VI l’encouragea à continuer son apostolat, avec la même ardeur. Ce fut sa condamnation à mort. Pour le faire taire, ses ennemis organisèrent contre lui une campagne de diffamation et de calomnies. Ils usèrent de menaces et d’agressions physiques. L’Archevêque se savait en danger et ne dormait plus chaque soir au même endroit. Cependant, il répétait : « Ils peuvent me tuer, mais je renaîtrai dans le peuple du Salvador ».

Le 24 mars 1980, alors qu’il proclamait les derniers mots du chapitre 12 de l’Evangile selon Saint Jean : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. S’il meurt, il porte beaucoup de fruit », une détonation ponctua cette affirmation : Mgr Oscar ROMERO venait confirmer par son sang le don de sa vie au service des plus pauvres de son pays et par ricochet, de l’Amérique Latine.

Je ne saurais assez remercier Monsieur Césaire alors à la tête de l’Edilité de Fort de France, ainsi que le père Georges Zaïre, lui même conseiller de cette édilité, pour avoir obtenu que la place qui sert de parvis à la Cathédrale Saint Louis de Fort de France soit appelée désormais : Place Mgr Oscar ROMERO.

Je serais reconnaissant aux éventuels donateurs et mécènes qui jugeraient bon d’ édifier, sur cette place, une stèle ou une statue à la Mémoire de cet évêque qui a témoigné par sa vie et sa mort de ce que Dieu peut accomplir en chacun de nous, dès lors que nous lui faisons confiance et l’aimons de tout notre cœur.

+Michel Méranville



 


Buvons, nous aussi, à la Source de la Vie éternelle

 

23 mars 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Dimanche 23 Mars 2014

Sœurs et Frères, la paix soit avec vous !

Notre marche vers Pâques se poursuit tranquillement, ponctuée par ces haltes que nous offrent les dimanches qui évoquent toujours la Mort et la Résurrection du Seigneur Jésus, et qui sont pour nous chrétiens, une occasion incontournable de nous rassembler autour de la table où nous invite le Ressuscité, pour nous nourrir de sa présence et aussi de sa Parole.

Et aujourd’hui, cette Parole prend sa source dans l’eau. Il ne s’agit pas là d’un simple jeu de mots, car ce dimanche, tant dans sa première lecture tirée du Livre de l’Exode que dans l’Evangile selon Saint Jean au chapitre 4, évoque pour nous l’eau nécessaire et constitutive de toute forme de vie, mais aussi l’eau source de vie éternelle qui jaillit du Fils de Dieu pour que nous soyons régénérés par elle et capables d’y faire renaître ceux qui en auront soif.

Sœurs et Frères, nous le savons : l’eau est un des éléments les plus indispensables à la vie de l’homme.

Est-ce parce que tout enfant à naître dépend dans les premiers mois de sa gestation du liquide amniotique dans lequel il est plongé, ou tout simplement parce que les savants cherchent l’origine de la vie dans l’eau, dans toutes les civilisations et toutes les cultures l’eau est synonyme de « vie ».

Là où il y a de l’eau, la vie a été possible ou l’est encore, disent les savants d’aujourd’hui qui se lancent à la recherche de traces d’eau sur les planètes qui nous sont les plus proches .
Le drame de notre époque est que bientôt l’eau potable fera défaut sur la planète. Et sans eau, les hommes ne pourront que périr.

L’eau est synonyme de vie : pas uniquement de vie biologique, matérielle. L’homme n’est pas qu’un tube digestif qui mange, digère, dort et se reproduit. L’homme est aussi « un roseau pensant », comme disait Pascal, qui ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

L’eau est donc aussi l’image de cette « eau vive » dont Jésus a parlé à la Samaritaine, dans l’évangile de ce dimanche, cette eau qui étanche toute soif et qui rejaillit en vie éternelle.
En ce temps de carême qui voit de nombreux catéchumènes continuer leur cheminement vers Pâques avec l’espoir d’être plongés par le baptême dans l’eau qui régénère et donne une vie nouvelle qui ne finira pas, essayons en ce dimanche de réfléchir un peu à l’eau vive que la plupart d’entre nous avons reçue au moment de notre baptême.

Incidemment, je vous demande de vous joindre à moi dans l’action de grâce et la prière puisque aujourd’hui c’est précisément l’anniversaire de mon baptême, il y a de cela 78 ans.

De même qu’une plante a besoin d’eau pour grandir et pour vivre, de même que l’homme dès ses origines a besoin de l’eau pour devenir un être humain, l’homme a aussi besoin de cette eau qui devient en lui source jaillissante pour la vie éternelle.

C’est ce que Jésus s’emploie à faire comprendre à la Samaritaine venue puiser de l’eau au puits de Jacob. En parlant avec Jésus, cette femme ne voit d’abord qu’une chose et elle le dit à Jésus : « Seigneur, donne-moi de cette eau : pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Elle se situe sur un plan matériel et bien concret : que Jésus fasse un miracle pour lui faciliter la vie et lui éviter cette corvée d’eau sans doute bien pénible lorsqu’elle est répétée chaque jour.

Jésus ne cherche pas à la dissuader il lui dit seulement : « Va, appelle ton mari et reviens. »
Nous ressemblons souvent à cette femme. Nous sommes nous aussi comme elle, à la suite de Jésus pour qu’il réalise nos souhaits, nos envies, nos besoins immédiats. On a parfois catalogué notre religion aux chapitres du « magico-religieux ».

Il existe de nombreuses manifestations religieuses souvent accompagnées de neuvaines et de pèlerinages pour obtenir telle grâce précise, la guérison de telle maladie, la résolution de tel problème, le changement de telle situation… En fait nous sollicitons l’intervention du Seigneur pour que notre volonté soit faite et pas nécessairement la sienne.

Le Seigneur ne nous interdit pas de lui exprimer nos demandes ou nos besoins. Bien au contraire, c’est lui-même qui nous invite à le prier sans nous lasser. Mais il existe une priorité dans nos prières. Il nous dit : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et le reste vous sera donné de surcroit. »

Le Seigneur n’est pas venu dans notre monde, il ne s’est pas incarné, il ne s’est pas fait homme pour que notre vie soit facilitée par des miracles. Il ne s’est pas incarné pour que cette pauvre femme de Samarie soit libérée de l’obligation de se rendre au puits de Jacob pour la corvée d’eau, mais pour que cette femme retrouve sa vraie liberté d’enfant de Dieu et qu’elle réalise sa vocation à être heureuse, dans un foyer stable, avec quelqu’un qui l’aime vraiment sans avoir à satisfaire les désirs des hommes qu’elle rencontre.

Jésus est humain, mais il est exigeant. Il ne se résout pas aux solutions de facilité. Il aurait pu donner à la femme cette eau magique qu’elle demandait, une eau qui aurait étanché pour toujours sa soif et l’aurait dispensée de toute corvée. La femme aurait été sans doute satisfaite, elle aurait crié au miracle sur tous les toits, mais elle serait restée dans son péché, elle n’aurait pas ressenti l’appel à la conversion, l’invitation à entrer dans le Royaume de Dieu que Jésus est venu annoncer en ce monde.

Chrétiens, bien souvent nous sommes comme cette femme. Nous suivons le Christ, pour obtenir de lui les grâces qui nous intéressent et qui nous semblent les plus importantes et les plus urgentes. Alors que Lui, Jésus se préoccupe toujours de notre manière de vivre : « Va, appelle ton mari et reviens. »nous dit-il.

Tu voudrais obtenir telle grâce : tu te plains du comportement de ton mari ou de tes enfants. Tu es déçu par l’ambiance dans ton milieu de travail. Tu pries pour que ton chef de service soit muté ailleurs, parce que tu ne le supportes pas. Tu demandes au Seigneur d’exaucer ta prière ! Mais comment vis-tu ? Quelle est ta situation matrimoniale ? Est-ce que tu pries ? Dans ta famille, priez-vous ensemble ? Est-ce que tu cherches à connaître la Parole de Dieu ? Est-ce que tu respectes les commandements de Dieu » en t’efforçant de les mettre en pratique ?
De telles questions agacent certainement, lorsqu’elles sont posées. Mais elles évitent de mettre la charrue avant les bœufs.

Jésus pose ces questions vitales à la femme, non pas pour l’humilier ou pour la juger, mais pour l’amener à demander l’essentiel. L’essentiel pour cette femme n’est pas d’éviter les corvées d’eau, mais de rencontrer et d’adorer le Vrai Dieu qui peut radicalement transformer sa vie.
Nous sommes très religieux, à la Martinique, mais nous devons tous demander au Seigneur d’aller au delà de nos neuvaines, de nos pèlerinages et de nos pratiques pour le rencontrer vraiment et le laisser nous dire ce qu’il faut radicalement changer dans nos vies.

Nous faisons de nombreuses prières mais le Seigneur nous dit qu’il ne suffit pas de prier : « Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père. » Pour lui, sa nourriture consiste à faire la volonté de son Père.

Nous jeûnons, c’est-à-dire que nous nous privons parfois de nourriture. Mais par la voix du prophète Isaïe, le Seigneur nous dit : « Votre jeûne se passe en disputes et querelles, en coups de poing sauvages. Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix. Quel est donc le jeûne qui me plait ? N’est-ce pas faire tomber les chaînes injustes, rendre la liberté aux opprimés ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le malheureux sans abri, ne pas te dérober à ton semblable ? » Et Jésus ajoute ce conseil : « Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère et ensuite viens présenter ton offrande. »

Ce temps de carême nous rappelle que Dieu voit dans le secret ce que nous faisons. Nous pouvons donner le change aux hommes, mais Dieu connaît notre vie et surtout il voit le fond de notre cœur. Il sait si c’est l’amour ou bien la méchanceté, la haine, qui nous anime.

Jésus a posé à la Samaritaine la question qui l’a obligée à regarder sa propre vie et à découvrir qu’elle avait besoin de l’eau vive qui est la grâce de Jésus lui-même. Que le Seigneur nous aide à nous reconnaître pécheurs.

La grande misère de notre monde consiste à se croire sans péché. On entend dire ici ou là : « Moi, je n’ai rien à me reprocher. Ma conscience est tranquille, je n’ai de leçon à recevoir de personne. » Et nous dénonçons les autres, nous les accusons sans preuves, nous les diffamons et nous accomplissons ainsi les œuvres du démon que Jésus appelle « Satan », le menteur depuis les origines, et l’accusateur de nos frères.

Quant à ceux qui prétendent ne rien avoir à se reprocher, il n’y a pas de salut pour eux. Dieu lui-même ne peut rien pour eux, car ils sont comme une bouteille pleine. On ne peut rien y mettre d’autre puisqu’elle est déjà pleine.

Lorsque nous n’avons rien à nous reprocher, cela signifie que nous ne regrettons rien, que nous n’avons pas de pardon à demander, ni de miséricorde à solliciter de la part de Dieu. Nous nous dispensons nous mêmes de recevoir ce que nous demandons à Dieu au début de toutes nos célébrations : « Qu’Il nous accorde son pardon, parce que nous reconnaissons que nous sommes pécheurs. »

C’est parce qu’elle a reconnu sa misère que la Samaritaine a reçu la grâce d’adorer Dieu en Esprit et en vérité, en la personne de Jésus notre Sauveur qui est la source vive qui purifie nos âmes et nous donne la joie de partager avec tous la vie nouvelle de notre baptême.

Prions pour les catéchumènes qui sont en marche vers cette joie qui sera la leur à Pâques. A tous et à toutes , bon dimanche et bonne semaine !



 


Pourquoi dors-tu Seigneur ?

 

20 février 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

« Réveille-toi, pourquoi dors-tu Seigneur ? Tu nous exposes à la moquerie et au rire de notre entourage et devant nous les peuples haussent les épaules. »

Cette lamentation du psaume 44 pourrait bien être celle de notre Eglise en Martinique, à la suite de la bévue inadmissible de quatre de ses prêtres.
Ces derniers, voyant approcher le moment où la renonciation de l’actuel archevêque deviendrait effective, avaient voulu barrer la route à l’un des prêtres qu’ils supposaient pressenti par Rome pour lui succéder.

Ces prêtres avaient remis alors le dossier qu’ils destinaient au Pape et au Nonce apostolique, à un illuminé du pays prétendant depuis des années, purifier l’Eglise Catholique locale, en distribuant à la ronde force courriers diffamatoires contre son évêque et son clergé.

Les médias furent les premiers destinataires de ces courriers signés par ces quatre prêtres, avec les témoignages de deux jeunes hommes aspirant à devenir séminaristes et celui d’un pseudo « jeune prêtre » se camouflant dans l’anonymat par crainte de représailles tout en clamant « qu’il faut aimer le Christ jusqu’à donner son sang pour lui ! »

Les auteurs du dossier avaient vilipendé leur victime, en l’occurrence le père Jean-Max Renard, actuel vicaire général : lui reprochant de nombreux défauts et surtout, essayant par des allégations mensongères, de jeter le doute sur son comportement avec les séminaristes, suggérant des tendances immorales de sa part.

Dans son journal de 19 heures, « Martinique Première » avait donné la priorité à ce qu’elle appelait « l’affaire Renard » et son présentateur avait ajouté l’information mensongère selon laquelle la candidature du père Renard avait été écartée aussitôt par Rome qui interdisait la présence du père dans le Diocèse.

Le père en question se trouvait alors momentanément à Paris, pour une session de formation des personnels d’officialité à l’Institut Catholique de Paris. Quant à sa candidature, elle ne pouvait être « écartée » pour la bonne raison qu’elle n’avait jamais existé, étant donné qu’il n’y a jamais de dépôt de candidature à la fonction d’évêque.

Néanmoins la médiatisation du « scandale » eut un fort impact sur la population. On vit de nombreux chrétiens en larmes et d’autres, indignés de découvrir que des prêtres pouvaient se livrer à de si basses manœuvres afin de discréditer l’un des leurs, à des fins partisanes.
Ces prêtres prétendant avoir agi pour le bien de notre Eglise locale n’avaient pas réalisé que la fin ne justifie pas tous les moyens et que le mal ne fait jamais le bien.

Certes nous pouvons nous lamenter avec le psaume 44. Cependant ce n’est pas Dieu qui nous expose aujourd’hui aux railleries de nos ennemis.
Nous n’avons pas besoin non plus de réveiller Dieu, car il ne dort jamais. Ce sont plutôt nous, les croyants, qui avons besoin de nous réveiller.
« Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation », disait Jésus « car l’esprit est prompt mais la chair est faible. »

Le péché par définition, consiste à vouloir substituer sa propre volonté à celle de Dieu. C’est toujours la tentation des hommes d’obtenir par eux-mêmes ce qu’ils ne demandent même plus à Dieu. La prière devient alors un acte dont on attend une efficacité magique : elle n’est plus le dialogue humble, fait de contemplation et d’écoute de la parole, dans lequel l’orant dit : « Parle Seigneur ton serviteur écoute. »

Malgré tout, ne jetons pas la pierre à nos prêtres. Ils ont sans doute été contaminés par cet esprit de sécularisation qui enferme Dieu à double tour à la sacristie pour permettre à chacun de faire de son choix personnel le seul critère du bien et du mal.

Je suis cependant convaincu que les prêtres prennent conscience amèrement maintenant, du mal qu’ils ont fait à notre Eglise en Martinique et qu’ils cherchent comment réparer ce mal et par quelle démarche en demander pardon à notre Eglise.

A quelques jours de l’ouverture du Carême, qu’ils nous donnent le bon exemple en revenant vraiment à Celui qui est le chemin, la vérité et la vie ; qu’ils nous entraînent avec eux à sa suite et nous rendent attentifs à la question qu’il adresse à chacun et à chacune d’entre nous :
« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel se dénature avec quoi va-t-on lui redonner sa saveur ? » Il attend notre réponse.

Croyons avec Lui que ce qui est impossible à l’homme ne l’est pas à Dieu.

+Michel Méranville



 


Il ne suffit pas de dire

 

10 février 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

La campagne des « municipales » est commencée. De nombreux candidats sont déjà entrés en lice. Ils déclinent leur programme et ce qu’ils comptent faire s’ils sont élus à la tête de la municipalité qu’ils convoitent. Leurs auditeurs, souvent blasés, les écoutent avec scepticisme et disent sentencieusement : « ils disent, ils promettent, mais une fois élus ils ne font rien »

Depuis longtemps, l’expérience a démontré qu’il existe un énorme hiatus entre le dire et le faire. Mais ce n’est pas que dans le domaine public qu’existe cette incohérence entre les paroles et les actes.

Déjà, le Seigneur Jésus mettait en garde ses disciples en les avertissant : Il ne suffit pas de me dire :« Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le Royaume des cieux (Matthieu 7,21). Saint Jacques écrivait, dans sa lettre aux premiers chrétiens : « La foi sans les œuvres est une foi morte. » Avec provocation, il leur demandait : Montrez-moi votre foi sans les œuvres !

Les chrétiens, disciples du Christ, ont souvent été partagés entre contemplation et action. A l’instar des célèbres sœurs Marthe et Marie recevant Jésus dans leur maison de Béthanie, ils se demandent quelle place choisir. Est-ce celle de Marthe qui s’activait à faire le ménage et à préparer le repas ? Ou celle de Marie, assise aux pieds de Jésus pour écouter sa Parole ? La réponse de Jésus à Marthe confirme la prééminence du choix de Marie d’écouter le Seigneur. Cependant, cette écoute est loin de la dispenser de l’action, bien au contraire, car action et contemplation ne s’opposent jamais. La prière et la contemplation doivent être l’âme de tout apostolat.

Que des chrétiens participant à cette réunion d’approfondissement de la foi laissent la salle de leur rencontre dans un état de désordre et de saleté qui n’existait pas à leur arrivée, cela interpelle ! C’est la démonstration que la formation, sans doute éclairée par les lumières d’en haut, a oublié de redescendre sur terre, là où se déroule la vie et se joue le mystère de l’incarnation du Seigneur. A aucun moment, ceux qui étaient venus parler de Dieu et poser les conditions d’entrer dans son royaume n’ont pensé que cette salle avait été nettoyée par des bénévoles d’un certain âge, qui l’avaient même fleurie à leur intention ; que c’était leur manière de servir ainsi leur Église.Sans doute sont-ils repartis enrichis dans leurs connaissances théoriques, mais toujours aussi pauvres dans leur amour pour les autres.

Dire « Seigneur, Seigneur » n’est pas mauvais en soi et peut même être nécessaire, mais n’est pas suffisant. Il faut aussi mettre en pratique ce que le Seigneur attend de nous : l’amour vrai de notre prochain.

Le prochain n’est pas un concept abstrait ou un extra-terrestre. C’est un homme ou une femme qui a comme moi des droits et des devoirs. C’est une personne, enfant de Dieu, qui est donc mon frère ou ma sœur. Et le Seigneur me demande de l’aimer comme moi-même.

Toute réflexion théologique sur Dieu doit m’amener à prendre en compte mon prochain. « Connais-tu tes copains de catéchisme ? » demandais-je un jour à un jeune. « Oui, Monsieur » me répondit-il.« Alors, comment s’appelle ce garçon, à ta droite ? » lui demandai-je ? « Ah ! Oui ! Machin ? » me répondit-il.

Je prétends connaître mes copains, mais j’ignore leur nom, l’endroit où ils habitent, leur profession, leurs préoccupations, leurs problèmes... Dans un monde devenu un village de commérages et de « cancans » grâce ou à cause de Facebook, Tweeter, Google ou autre réseau social, quel temps prenons-nous pour être attentifs les uns aux autres ?

Nous aimer les uns les autres suppose d’abord un peu d’attention les uns pour les autres.Autrefois, il y avait la politesse, les normes du savoir-vivre en société. C’était l’essentiel de ce qu’il fallait respecter pour vivre ensemble. Aujourd’hui, on ne se dit même plus bonjour, ni merci, ni pardon...

Respecter le code de la route est, sans aucun doute, la première charité que je dois exercer à l’égard des autres usagers de la route comme moi. Baisser les décibels de mon installation audio à partir de 22 heures est la moindre attention que je dois aux voisins qui vivent dans mon immeuble. Participer au tri collectif, utiliser les poubelles mises à ma disposition, laisser les lieux publics aussi propres que je les ai trouvés... sont là autant d’actes que je ne rapproche pas de la religion ou de Dieu. Pourtant, c’est en les accomplissant que je fais la volonté du Seigneur qui me demande d’aimer mon prochain auquel il s’identifie en disant : Tout ce que vous faites à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites.

Au jour du jugement, nous serons jugés sur l’amour. Cet amour ne sera visible que par nos actes. Puissions-nous ne pas nous contenter de dire : « Seigneur, Seigneur ! ». Que Dieu nous donne la grâce de faire comme son Fils qui est passé en faisant le bien ! Que nous ne nous contentions pas de paroles ! Que nous passions aussi aux actes en faisant la volonté du Père !

+ Michel Méranville, Archevêque



 


Bonnes nouvelles

 

24 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Le vendredi 17 janvier 2014, dans l’Eglise Saint-Louis de Mirza en Guyane Française, avait lieu la messe solennelle de clôture de la conférence annuelle de la Province Ecclésiastique des Antilles Françaises et de la Guyane.

La Province Ecclésiastique est un regroupement de plusieurs diocèses, voulu par l’Eglise catholique et inscrit dans son Droit Canonique en 1983. Ce regroupement d’églises particulières est confié par le Pontife Romain à un évêque qui porte le titre d’Archevêque ou de Métropolitain et se trouve ainsi à la tête d’un « Archidiocèse ». Les évêques des autres diocèses qui constituent la Province Ecclésiastique sont ses « suffragants ». Ils ne lui sont pas inféodés puisqu’ils conservent leur pleine autorité et leur totale liberté dans leurs diocèses, la mission de l’archevêque étant plutôt un service de coordination et de recours en certains cas.
Chaque année, la Province Ecclésiastique qui, en l’occurrence, regroupe la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, tient sa conférence, successivement, dans l’un de ces trois diocèses. La dernière réunion ayant eu lieu à la Martinique, c’était donc cette année à la Guyane d’accueillir les Evêques accompagnés de leurs vicaires généraux et de l’économe de l’archidiocèse, au centre spirituel Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, tenu par les sœurs de Saint Paul de Chartres, à la Madeleine.

Dans ce cadre invitant au recueillement et à la prière, les sujets d’échange, de discussion et de décisions ne manquèrent pas. Après avoir exprimé nos sentiments de satisfaction suite à la visite dans nos diocèses de son Eminence le Cardinal Filoni, préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, nous commençâmes par l’actualité dans nos Eglises respectives sur fonds de violence, de crimes, de grèves .
Nous devions déplorer les tristes records de meurtres par armes à feu qui mettent à égalité la Guadeloupe et la Martinique.

La pastorale des Jeunes et celle des vocations retinrent notre souci particulier : que faire pour répondre aux attentes des jeunes qui ont surtout besoin de modèles et de familles stables et aimantes pour s’épanouir, découvrir un idéal et surmonter victorieusement l’échec scolaire !
Quelle aide pourrions-nous mieux apporter à la préparation au mariage, au soutien des couples, à la préparation au baptême, à la rénovation de la catéchèse, au recrutement des catéchistes et des animateurs de cheminement dont le nombre a diminué de manière inquiétante ? Pouvons-nous aider les chrétiens à comprendre qu’ils sont les membres de l’Eglise qui a besoin d’eux pour évangéliser ce monde qui a tant besoin de découvrir le Christ pour le suivre et le faire connaître ?

Nous avons décidé d’harmoniser nos procédures concernant les célébrations de mariages et de funérailles et de faire passer les honoraires de messe de 16 à 17 euros comme le demande la Conférence des Evêques de France .

Nous avons comparé les réponses que Rome attend de nous pour finaliser le Synode sur la famille qui aura lieu à Rome du 5 au 19 octobre prochain.

Nous n’avons pas manqué de nous réjouir de la décision du Pape François, d’élever au Cardinalat, pour la première fois dans l’histoire de la Caraïbe, deux originaires de cette région : son Eminence Mgr Kelvin Eward FELIX, archevêque émérite de Sainte Lucie, né à la Dominique et son Eminence Chibly LANGLOIS actuellement évêque des Cailles, en Haïti que nous congratulons. Cela prouve si besoin était, que notre Pape François est loin de se désintéresser des Eglises particulières de notre région et qu’il veille sur elles avec beaucoup de sollicitude.
Une nomination qui m’a personnellement comblé de bonheur a été celle de son Eminence Monseigneur Francesco Loris CAPOVILLA, archevêque émérite de Chiéti dont j’ai eu plusieurs fois l’occasion de vous entretenir dans « Eglise en Martinique » spécialement dans le numéro 427 de Pentecôte 2011.

Dans ce numéro, je rappelais les circonstances qui me firent connaître Son Eminence Capovilla, qui était alors secrétaire particulier du Bienheureux Pape Jean XXIII qui sera déclaré « Saint » au mois d’avril prochain.

Je ne puis m’empêcher de reproduire ici la confidence que Monseigneur Capovilla m’avait faite lorsque j’étais allé le voir. Elle caractérise bien ce très grand serviteur de notre Eglise et singulièrement du Bon Pape Jean dont il est à 98 ans l’héritier spirituel et le conservateur de sa pensée et de ses écrits.Voici littéralement traduit de l’Italien, ce que me disait Monseigneur Capovilla :

« Michel, lorsqu’un jeune capucin de couleur noire, un Brésilien, a voulu venir à Loretto pour être ordonné prêtre par moi, quand nous sommes sortis de la sacristie : moi avec ma crosse et ma mitre et ce jeune à côté de moi, il y a eu sur notre parcours des applaudissements ponctués de ces exclamations : « C’est un noir ! Un noir ! »

Quand nous sommes arrivés à l’autel j’ai dit : « Quel bel accueil vous avez réservé à mon ami Jason Do Santos. Je voue en remercie. Mais pourquoi avez-vous dit : « C’est un noir ? Et vous n’avez pas dit : l’Evêque est un blanc ? Vous avez sans doute été impressionnés par sa couleur. Alors laissez-moi vous le présenter, moi : Jason est un citoyen du Brésil avec tous ses droits et ses devoirs. Il est lauréat de l’université de Rio di Janeiro mais aussi de l’université de la Grégorienne. Il a ses papiers en règle et parle cinq langues . Il a voulu devenir frère capucin par amour de Saint François d’Assise et de l’Italie. Il a voulu être ordonné par moi.
Mais moi qui suis un évêque blanc, je n’ai pas le courage de lui imposer les mains sans avoir évoqué au préalable une page de son histoire. Car Jason est citoyen brésilien mais son sang n’est pas brésilien : il lui vient d’Afrique.

Dans notre histoire chrétienne, il y a quelques pages qui ne sont pas à notre honneur. Ce ne sont pas des pages chrétiennes. Nous devons croire que la Providence se sert de tout … Mais à part quelques rares exceptions, nous avons accepté sans réagir que 200 millions de noirs soient transportés chez nous comme esclaves, pour notre profit . Essayons seulement de nous représenter un tel drame !

Je me suis agenouillé devant Jason, je lui ai baisé les pieds et je l’ai embrassé comme un frère. Alors l’Assemblée a compris ce que nous étions en train de faire. Ce n’était plus le moment des applaudissements mais celui de la grande réflexion. Je leur ai dit : « Jason m’a raconté son histoire. Il est le dernier d’une fratrie de 11 enfants. Sa maman est morte au moment où elle le mettait au monde. Celle qui l’a éduqué est Nonna Judita, une femme noire, analphabète. Elle a fait de ces onze enfants onze chrétiens, disciples de Jésus. N’éprouvez-vous pas de la tendresse envers eux et le désir de les embrasser ?

Ici, en Italie, il y a des milliers de femmes de couleur qui s’occupent des personnes âgées. On les utilise mais on ne les aime pas. Et pourtant on leur confie ce que l’on a de plus cher : nos parents, nos enfants. N’y-a-t-il pas là une aberration ? Si l’Eglise ne parle pas, qui parlera ? Il ne suffit pas de faire l’aumône. Il faut faire la justice sociale.

Au moment où nous assistons à une résurgence du racisme, ces propos de Monseigneur Francesco Loris conservent toute leur actualité en nous révélant aussi la pureté d’âme et le courage de leur auteur .

Auguri* aux cardinaux élus par le Pape et qui recevront de ses mains la barrette cardinalice le 22 février prochain et à Monseigneur Francesco Loris CAPOVILLA, longue vie et que le Seigneur le bénisse !

* En italien, félicitations.



 


Comme les Rois Mages ...

 

19 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

A la Martinique, la plupart des fêtes religieuses ont une connotation culinaire. C’est le cas de l’Épiphanie qui évoque surtout la galette des rois, « feuilletée » ou « A la frangipane », qui provoque la ruée chez les pâtissiers et l’explosion de joie dans les familles où l’un ou l’autre des convives découvre la fève qui s’y trouvait dissimulée.

La tradition de la galette a des origines incertaines. Néanmoins, elle se rapporte quelque peu au récit que fait l’Évangéliste Matthieu de la visite des Mages à l’enfant Jésus, peu après sa naissance.
Matthieu rapporte que Jésus étant né à Bethléem au temps du roi Hérode le Grand, des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »

Les Mages n’étaient pas des magiciens, mais plutôt des savants qui scrutaient le ciel, à la recherche du signe dont parlaient certaines prophéties. Elles annonçaient que la naissance du Messie, Roi de Juifs, serait signalée par l’apparition d’un astre insolite. Les Mages scrutaient le ciel. Voyant y apparaître une étoile d’une lumière spéciale, les Mages avaient compris que la prophétie s’était réalisée. Et tout de suite, ils avaient entrepris le voyage de la Perse (Iran) qui était leur pays, jusqu’à Jérusalem, capitale religieuse du Peuple de Dieu.

Dans la ville Sainte, ils interrogent chefs des prêtres et scribes pour qu’ils leur disent où doit naître l’enfant annoncé par l’astre. Mais ces religieux, familiers de la Bible sont incapables de les renseigner.

Quant au sanguinaire roi Hérode qui gouverne le pays, apprenant le motif du voyage des Mages, il leur demande de continuer leur recherche et de revenir l’informer du lieu exact où se trouverait l’enfant. C’était dans le but d’éliminer celui qui pouvait mettre en péril son trône.

La quête des Mages s’arrête lorsqu’ils découvrent le lieu où se trouve l’enfant avec Marie sa mère. Tombant à genoux, ils se prosternent devant lui ; ils ouvrent leurs coffrets et lui offrent en présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnent leur pays par un autre chemin.

L’aventure des Mages peut être une très belle allégorie pour les chrétiens et les hommes de bonne volonté d’aujourd’hui. Les Mages étaient des hommes qui savaient relever la tête et tourner leur regard vers le ciel. Dans notre monde matérialiste, n’avons-nous pas trop souvent les yeux rivés au sol : « Notre ventre colle à la terre » dit le psaume 43. Savons-nous tourner nos regards vers le haut, vers ce qui n’est pas matériel, vers un idéal, une transcendance ?

Les Mages cherchaient le Dieu Sauveur. Dans un monde sécularisé, tenté de chercher son salut dans les seuls progrès de la technique et de la science, cherchons-nous notre salut au-delà de nous-mêmes, en Celui que nous appelons « Notre Père des Cieux » et dont Jésus de Nazareth nous a révélé le visage ?

Les Mages connaissent les Écritures et la Tradition. Néanmoins ils ont besoin des autres pour continuer leur route. On ne peut pas être chrétien tout seul. Il ne suffit pas de connaître la Bible même par cœur, pour découvrir le Fils de Dieu vivant aujourd’hui avec nous. C’est « là où deux ou trois se rassemblent en mon nom que je suis », dit le Christ. L’Église est-elle pour nous une communauté « nécessaire » sans laquelle nous ne pouvons pas être véritablement « enfants de Dieu » !

Pour aller adorer l’enfant qui vient de naître, les Mages prennent des risques énormes : ils quittent leur pays, leur sécurité, leurs habitudes. Pour suive Jésus, aujourd’hui, sommes-nous capables de prendre certains risques ? Celui de quitter nos mauvaises habitudes, de risquer de ne pas avoir de promotion professionnelle, d’être ridiculisé, de se retrouver tout seul !

Les Mages s’attendaient à trouver « un roi ». Ils tombent à genoux devant un enfant et sa mère. Ils l’adorent et lui présentent leur trésor. Nous cherchons Dieu dans le merveilleux et les miracles. Nous cherchons Dieu dans les apparitions, nous le cherchons au plus haut des cieux. Nous oublions que Dieu habite en chacun de nous et dans la vie de tout homme. C’est son Fils qui le dit : « Tout ce que vous faites au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi-même que vous le faites. »

Les Mages se prosternent. Geste d’adoration. Autrefois on disait « On n’adore que Dieu seul. » Aujourd’hui nous disons : « J’adore le chocolat. » Ne plions nos genoux que devant Dieu seul. Refusons d’être les « fans » « d’idoles » que l’on traite comme des dieux ou des déesses et qui sont la plupart du temps de pauvres malheureux que leur trop plein d’argent rend encore plus malheureux.

Les Mages se dessaisissent de ce qui est leur trésor : l’Or, l’Encens et la Myrrhe, et l’offrent à l’Enfant en qui ils ont reconnu le Fils de Dieu. Et nous ? Qu’offrons-nous au Seigneur en dehors de la très petite pièce de monnaie qui alourdit notre porte feuille ?

Lorsque la proposition nous est faite de travailler le dimanche, avons-nous le courage de dire que c’est « Le jour du Seigneur ». Quand nous-mêmes, chrétiens, déclarons que le travail du dimanche arrondit nos fins de mois et que, pour cette raison, il est bienvenu, rappelons-nous ces paroles du Christ : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? »

Le désir de tous ceux qui partagent la galette des rois est d’être couronnés « roi » ou « reine « en trouvant la fève ou son ersatz dissimulé dans la pâtisserie. Que ce titre même très éphémère nous rappelle que par notre baptême, nous sommes devenus membres de Jésus-Christ qui est prêtre, prophète et roi.

Nous sommes donc « rois » par participation. Mais dans la Bible, le roi n’est pas celui qui se fait servir, mais celui qui se fait volontairement esclave de ses frères. En devenant roi ou reine, même de manière très éphémère, pour avoir trouvé la fève volontairement cachée dans une galette, acceptons-nous de suivre celui qui a été Roi dans l’Amour et le Service et qui nous a faits ses disciples ?

Comme les Mages, mettons-nous en route à la suite du Christ, sans attendre !



 


Bonne et heureuse année !

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Chers amis,

A l’aube de la nouvelle année, permettez-moi de vous présenter mes vœux les meilleurs de santé, de bonheur et de prospérité. Que cette année vous apporte 365 jours de confort, de tranquillité et de paix !


Toutefois, je reste convaincu que ces vœux laisseront indifférents la plupart d’entre vous et même paraîtront insultants à certains. Pour quelles raisons ?

Parce que, quels que soient votre âge, votre condition physique, votre éducation, votre rang social, votre passé et votre situation actuelle, vous avez, au plus profond de vous-même, une vocation.

Cette vocation ne peut se réduire à attendre le bonheur de la seule satisfaction des besoins matériels, ou de le chercher dans une sorte d’autarcie qui consiste à s’enfoncer dans le fauteuil douillet du spectateur et regarder défiler sa propre vie à la suite des mirages de la mondialisation et de la consommation.

Nous sommes faits pour être les acteurs de notre vie et de notre avenir. Plus que jamais, nous le sentons, nous ne pouvons accepter d’être les jouets d’un destin pensé, voulu et décidé par d’autres que nous-mêmes. Notre inconscient brûle du désir de prendre en main les rênes de notre vie.

Les souhaits de confort, de tranquillité et de paix sont illusoires, nous le savons. Car rien de valable ne peut s’obtenir sans effort et sans sacrifice. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », écrivait Corneille. On pourrait paraphraser ce vers en disant que rien de grand ne peut se faire sans effort ni sans prise de risque.

Aujourd’hui, le monde est à un tournant décisif de son histoire. Il est aux mains d’apprentis sorciers qui ont décidé de faire mieux que Nietzsche qui voulait la mort de Dieu. Eux, ce qu’ils veulent, c’est l’éradication de toute religion et de toute transcendance. Ils veulent préserver l’homme de toute influence parentale ou religieuse, le libérer de tout déterminisme, y compris celui de la nature, ainsi l’homme ne sera plus qu’une chose, un objet, une marchandise et aussi un déchet, lorsqu’il n’aura plus de valeur marchande. « Or la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », disait saint Irénée.

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’échanger des vœux pieux et d’attendre que le Seigneur les exauce. Dieu lui-même nous a donné l’exemple en venant à Noël prendre sa place parmi nous, au milieu des pauvres, des méprisés, des migrants, des sans papier, sans argent et sans voix. Il nous demande de nous mettre debout pour relever les défis de ce monde et lui dire, par nos actes de générosité, de solidarité et de courage, que le chemin de la vraie liberté, de la joie et de la réussite de la vie est celui que nous propose son Fils Jésus.

Je sais que mes vœux ressemblent plutôt au sermon que vous pourriez entendre en allant à la messe. Tout de même, faites-moi l’amitié de croire qu’ils proviennent du fond de mon cœur de citoyen, de prêtre et d’évêque.

Il est temps pour tout homme de bonne volonté d’entrer en résistance dans le monde d’aujourd’hui, en suivant le Christ et en s’efforçant de faire ce qu’il nous commande, si nous voulons être sauvés : d’abord respecter tout homme, quel qu’il soit, de sa conception à sa mort, et lui témoigner la même amitié que Dieu a pour chacun de nous.

Bonne, heureuse et sainte Année !



 


La Paix de Noël

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Chers Sœurs et frères,

La Paix de Noël soit avec vous !

Aujourd’hui, c’est Noël. Et Noël est synonyme de naissance.
Puisque Noël c’est Dieu qui vient partager notre condition humaine en s’incarnant dans ce bébé qui nait de la Vierge Marie.
La naissance d’un enfant apporte toujours de la joie à ceux qui l’attendent.

Accueillons donc avec joie la naissance de Dieu parmi nous. Laissons-nous inonder par sa lumière et chantons sa gloire, en lui demandant d’abord de nous accorder sa miséricorde.

Je vous redis le message que les anges adressaient aux bergers le soir de Noël : ils leur disaient :« Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la Ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. »

De nos jours, les Bonnes Nouvelles sont plutôt rares. Les médias ont pris l’habitude de privilégier les catastrophes, les faits divers les plus horribles, dans la mesure où ces informations font sensation, tiennent en haleine et se …vendent bien.

Ces mêmes médias déplorent souvent l’absence de grands hommes qui pourraient juguler la crise financière, inverser la courbe du chômage, donner plus de sécurités aux citoyens. Ils constatent que ce qui fait le plus cruellement défaut à notre époque ce sont des hommes providentiels et charismatiques capables de provoquer le sursaut salutaire dont le monde a tant besoin aujourd’hui.

Et voici que l’Évangile nous annonce cette bonne nouvelle : un Sauveur vous est né dans la ville de David : C’est Jésus que nous appelons aujourd’hui « Christ ». Cette annonce n’est pas un conte de fée. Elle n’est pas non plus la récupération du culte païen du soleil invaincu, que l’on célébrait à l’occasion du solstice d’hiver.

C’est l’annonce de la réalisation de l’événement le plus considérable de toute l’histoire de l’humanité : car il s’agit du moment où Dieu tient sa promesse de faire définitivement Alliance avec les hommes, en s’incarnant, en devenant l’un d’entre nous en la personne de son Fils Unique.

Noël, c’est Dieu venant habiter parmi les hommes en épousant totalement leur condition humaine : Il a pris chair de la Vierge Marie et il est né à Bethléem, aux temps du roi Hérode, au cours du recensement décidé par Quirinius, gouverneur de Syrie.

Ce sont des anges, donc des envoyés de Dieu, qui annoncent l’incroyable nouvelle, à des bergers qui faisaient paître leurs troupeaux dans les environs.

Les bergers, c’étaient à l’époque des pauvres parmi les pauvres. Des personnes peu considérées et souvent méprisées.
Ce sont eux qui ont le privilège de l’annonce des anges et non pas les puissants ou les riches de ce monde, qui refuseront d’ailleurs de croire en la nouvelle.

Et les anges disent aux bergers : « Voilà le signe qui vous est donné : Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Noël c’est cela : une mangeoire, un enfant, et près de cet enfant sa mère Marie et Joseph l’époux de Marie.
Pas d’apparat autour. Pas de déploiement de puissance et de force. Pas de luxe : Dieu a choisi la pauvreté, le dénuement. Il a dédaigné les honneurs et la considération des hommes, celle qui vient de l’étalement de la richesse, du prestige, de la notoriété, de l’exercice du pouvoir.

Pour nous parler, Dieu nous donne le signe d’humilité le plus éloquent qui soit : Il se présente non pas comme le créateur et le maître tout puissant de l’univers, ce qu’il est, mais comme un enfant nouveau-né, fragile, qui attend des hommes d’être nourri, habillé, protégé , éduqué. Dieu va jusqu’à dépendre des hommes pour sa protection. C’est inouï !

Cependant cet enfant est signe de joie et d’espérance. Car dans sa pauvreté et sa fragilité, il permet à la bonté et l’amour de Dieu d’éclater. Personne ne peut contempler cet enfant sans se dire : « Voilà donc jusqu’où est allé l’amour de Dieu pour nous. »

Et c’est cette preuve incroyable de son amour qui peut changer nos cœurs et transformer nos vies. La joie de Noël n’est pas dans la commercialisation de cette fête et la surconsommation qui en résulte. Elle n’est pas dans la profusion des cadeaux ou l’étourdissement de réveillons qui se transforment parfois en beuveries.

La joie de Noël réside toute entière dans le message que nous adresse l’enfant qui repose sur la paille d’une crèche, car cet enfant est le Fils de Dieu, par qui tout a été fait. Ce n’est que dans le recueillement, la méditation , la prière et la foi que nous pouvons comprendre et accueillir son message.

Il nous invite à croire en la proximité de Dieu avec chacun de nous. Quelle que soit notre histoire, quelle que soit notre condition actuelle.
Il nous dit que Dieu est avec nous. Il ne peut pas ignorer nos souffrances, nos solitudes, nos deuils. Il est avec nous même si nous avons du mal à le croire ; même si nous ne voulons pas le savoir.

Mais cet enfant nous invite, en contre partie, à nous dépouiller de nos fausses richesses et de nos fausses sécurités.
Il nous dit que le bonheur n’est pas dans les plaisirs qui nous étourdissent et nous aliènent.

Il nous demande d’écouter sa parole, de lui faire confiance et de lui ouvrir notre vie. Car il n’est pas venu pour nous empêcher de vivre mais, au contraire, pour nous aider et nous rendre libres et heureux.
Il nous apprend qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir et nous suggère d’en faire l’expérience aujourd’hui même, dès maintenant.
Souvent notre vie s’essouffle à vouloir accumuler des richesses que nous dilapidons et que de toute manière nous n’emportons pas avec nous dans la tombe.

Noël,au contraire, c’est Dieu qui se dépossède de ses prérogatives divines, qui se fait pauvre pour nous rendre riches de son amour et de sa vie.

Puissions-nous apprendre, à son exemple, « qu’aimer c’est tout donner et se donner soi-même » comme disait si bien la petite Thérèse de l’Enfant Jésus.

Ce qui donne son vrai sens à notre vie c’est la volonté de rendre à Dieu un peu de l’amour qu’il nous manifeste en cette nuit en aimant nos frères de notre mieux.

Puisse cette fête de Noël nous rendre plus solidaires et respectueux les uns envers les autres, avec une option privilégiée pour les plus pauvres d’entre nous.

Soyons les uns pour les autres un reflet de la bonté de Dieu parmi nous.

Saint Augustin écrivait : « Homme, éveille toi : pour toi, Dieu s’est fait homme. Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. Pour toi, je le répète, Dieu s’est fait homme. » Écoutons ce message et réveillons-nous !

Bon Noël à tous !

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur terre aux hommes qu’il aime. »



 


C’est le temps de l’Avent

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Dans notre culture martiniquaise, « l’avent » a une connotation plus climatique que liturgique. Il désigne une saison particulière au cours de laquelle le temps et le climat changent : les alizés soufflent avec plus de force que d’habitude et rafraîchissent la température. On parle d’eux en disant : « les « avents ». Ils précèdent Noël et annoncent la récolte de la canne à sucre dont les flèches blanches qui flottent dans le vent sont les fleurs qui annoncent la maturité de la tige.

Pour l’Eglise, « l’Avent » a une autre signification qu’exprime son origine latine : Aventus qui signifie « venue - arrivée - avènement ». L’Avent est un temps d’attente qui prépare la venue du Seigneur.

Le Seigneur est venu. Les chrétiens célèbrent son incarnation à Noël. Le temps de l’Avent les invite à se remémorer ce moment qui n’est ni un conte de fées pour enfants, ni une occasion de réveillons pour adultes, mais historiquement le moment où le Fils de Dieu s’est fait homme en prenant chair dans le sein de la Vierge Marie.

Les chrétiens sont celles et ceux qui croient que Jésus de Nazareth, né au temps du Roi Hérode, est bien le Messie que l’humanité attendait depuis toujours, et donc le Fils unique de Dieu. Après avoir partagé en toute chose la condition humaine, Jésus a été crucifié sous Ponce Pilate, il est mort sur une croix et a été enseveli. Mais, contrairement à toute attente, il est ressuscité le troisième jour, donnant ainsi la preuve qu’il est vraiment le Fils de ce Dieu que personne ne peut connaître, sinon lui.

Jésus s’est déclaré lui-même comme étant le Chemin, la Vérité et la Vie. Il a promis à ses disciples qu’il reviendrait dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Le temps de l’Avent nous demande de croire en ce retour, de l’attendre et de le préparer.

Entre ce moment de la venue du Fils de Dieu dans notre chair et celui où il reviendra dans sa gloire, il y a « l’aujourd’hui ». Le temps de l’Avent demande de le privilégier car c’est en ce temps, qui n’est ni hier ni demain, que le Seigneur fait signe à chaque heure, chaque minute, chaque seconde et chaque instant. Le Seigneur est là, qui frappe à la porte de chacun. Mais, étourdis par l’ivresse de leurs passions, les bruits et les fureurs de leur violence, les hommes d’aujourd’hui peuvent-ils encore l’entendre ?

Déjà, il y a bien longtemps de cela, saint Augustin disait : Je crains le Seigneur qui passe et qui frappe à ma porte. J’ajoute : Et qui passe parce que je ne lui ai pas ouvert ma porte.

L’Avent demande aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté d’être vigilants, attentifs au Seigneur qui passe et vient frapper à leur porte. Invitation à signer une pétition contre tel licenciement injuste ! Faire un don à une œuvre caritative ! S’inscrire dans une association de parents ! Il y a tant de manières pour le Seigneur de frapper à la porte de chacun !

Le temps de l’Avent invite à relever la tête et à rester vigilants car le Seigneur vient. Ne soyons pas comme les escargots dont le ventre colle à la terre, englués dans leur propre bave. Notre horizon va au-delà des choses matérielles qui nous hypnotisent. Gardons notre tête dans les étoiles et surtout, laissons-nous inonder par la lumière de Celui qui est venu éclairer tous les hommes.

Bonne nouvelle année liturgique à tous !



 


Bienvenue à Son Eminence, le Cardinal Fernando Filoni

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Eminence, Excellence,
Mesdames et Messieurs représentant les Autorités Civiles et Militaires,
Prêtres et Diacres,
Religieuses et Religieux,
Et vous tous Sœurs et Frères en Jésus-Christ membres du Peuple de Dieu,
C’est une grande joie pour moi d’accueillir dans cette Cathédrale Saint Louis de Fort de France celui qui est depuis le 10 mai 2011 le Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples.

C’est la première fois dans l’histoire religieuse de la Martinique qu’un représentant du Pape et du Saint Siège d’un tel rang, fasse à notre Église locale l’honneur de sa présence, de surcroît accompagné par le Nonce de la Région son Excellence l’Archevêque Nicola Girasoli Délégué Apostolique, c’est-à-dire représentant personnel du Saint-Père François, dans notre région.

A l’occasion de cette visite qui nous honore, plusieurs personnes m’ont posé des questions bien concrètes, telles celles-ci : Qu’est-ce qu’un préfet, dans l’Église Catholique ? Qu’est-ce qu’une Congrégation ? Qu’est-ce que l’Évangélisation des Peuples ?

Il me semble primordial d’essayer de répondre même très succinctement à ces questions.

Mais avant toute chose, je me permettrai de rappeler ce qu’est l’Église.
Le mot « Église » évoque souvent pour nous un Bâtiment, un lieu de Culte : exemple l’église de Sainte Thérèse, l’église de Balata !
Ce mot évoque aussi une institution hiérarchisée, avec le Pape à son sommet, et en dessous de lui : les évêques, les prêtres, les diacres, les religieuses et religieux et tout en bas de cette pyramide : les laïcs, couramment appelés : les fidèles.

Certes, ces évocations ne sont pas totalement erronées. Mais elles font parfois oublier que l’ÉGLISE est avant tout un PEUPLE. C’est à dire des hommes, des femmes, des enfants CONVOQUES par Dieu, appelés par Dieu à devenir ensemble un SEUL PEUPLE, ARDENT A FAIRE LE BIEN.

C’est un peuple qui n’est pas extra-terrestre . Il est présent partout dans le monde. C’est pourquoi l’on dit qu’il est « Catholique » c’est-à-dire universel. Mais une portion de ce peuple, à l’endroit où il existe, est confiée à la vigilance et aux soins d’un Évêque, successeur des douze Apôtres choisis par Jésus lui même.

L’unité de ces Évêques est confiée au successeur de Pierre, celui à qui Jésus a déclaré : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les forces du mal ne pourront rien contre elle. L’Évêque qui succède à Pierre est appelé « PAPE » et prend le nom de son choix. Le pape actuel a choisi FRANÇOIS.

Le Pape a besoin autour de lui de multiples collaborateurs. L’ENSEMBLE des services qui l’aident s’appelle « LA CURIE ». A la tête de la Curie il y a le SECRETAIRE D’ETAT, à l’heure actuelle : Mgr Pietro PAROLIN. C’est comme s’il était le premier ministre du Pape. Car, dépendant de lui, il y a les CONGREGATIONS qui sont comme les MINISTERES dans notre État laïc. Au lieu de dire « Ministères » dans notre jargon d’Eglise, nous disons « Dicastères ». Il y a neuf Dicastères ou Congrégations :
1° Congrégation pour la Doctrine et la foi. 2° Pour les Églises orientales. 3° Pour le Culte divin et la Discipline des sacrements. 4° Pour la cause des Saints. 5° Pour les Évêques. 6° Pour l’Évangélisation des peuples. 7° Pour le Clergé. 8° Pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique. 9° Pour l’Éducation catholique.

Le Cardinal FILONI est donc le préfet, c’est-à-dire le ministre, d’une congrégation parmi les plus importantes de l’Église car c’est elle qui a la responsabilité, avant toute chose, de faire connaître l’Évangile partout dans le monde, où il n’est pas ou très peu connu. C’est dans ces pays, ces contrées qui ne le connaissent pas ou très peu, que le Seigneur veut se faire connaître et aimer. C’est l’ordre qu’il intime à ses disciples, après sa résurrection : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Allez ! De toutes les nations faites des disciples. Apprenez-leur à observer ce que je vous ai prescrit. Baptisez-les au nom du Père et du `Fils et du Saint Esprit. Et moi, je suis avec vous tous les jours , jusqu’à la fin du monde. »

L’Église existe pour annoncer la Bonne Nouvelle de la Parole du Christ. La première mission de l’Église est de révéler le Christ au monde en rendant présente sa Parole. L’importance et le rôle de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples sont donc primordiaux pour l’Église et celui à qui elle confie cette responsabilité, c’est actuellement le Cardinal Fernando FILONI.

Né en Italie, le 15 avril 1946, le Cardinal après ses études et un doctorat en Philosophie et en Droit Canon a été ordonné prêtre le 3 juillet 1970.
Il est entré ensuite au service de diverses nonciatures, notamment celles du Sri Lanka, d’Iran, du Brésil et des Philippines. Il a séjourné notamment en Irak pendant la guerre dans ce pays.
Basé à Hong-Kong tandis qu’il était au service de la Nonciature des Philippines, il a beaucoup contribué au rapprochement du Saint Siège avec la Chine.
En mai 2011 le Pape Emérite Benoit XVI l’a nommé préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, en lui donnant droit de regard sur tous les territoires de missions, dont dépendent encore aujourd’hui la plupart des Diocèses des petites Antilles, dont le nôtre fait partie.
C’est du plus profond de notre cœur que nous disons « Bienvenue au Cardinal Filoni » en lui demandant de présider la Liturgie du Milieu du Jour qui nous rassemble.

Vous savez comme moi que la Liturgie des Heures est la prière officielle, donc liturgique de l’Eglise. C’est la prière du peuple de Dieu tout entier, qui doit sanctifier l’ensemble de la journée. La journée était divisée autre fois, surtout pour les Moines, en diverses tranches de trois heures qui s’appelaient Prime, Laudes, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies.
Prier, c’est parler à Dieu et aussi l’écouter.
Aujourd’hui, nous demandons à son Eminence de présider la prière officielle de notre Eglise particulière en ce milieu du jour (liturgie de Sexte).

[ Après la prière de l’office du milieu du jour, Monseigneur Méranville reprend la parole.]

Jésus disait à ses disciples : « Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme. » Au contraire, comme le dit aujourd’hui le Livre des Proverbes « Heureux qui a trouvé la Sagesse. Sa possession vaut mieux que possession d’argent et d’or. »

Son Eminence sait déjà un peu qui nous sommes. Mais je le rappelle sommairement :
La Martinique est une petite île des Antilles, découverte par Christophe Colomb en 1605. Elle est française depuis 1635. D’une longueur de 100 kilomètres, d’une largeur de 35 kilomètres elle a une superficie de 1100 kilomètres carrés pour une population de près de 410.00 habitants, soit une densité record d’un peu moins de 400 habitants au kilomètre carré.

La population est majoritairement chrétienne. Près de 80% de cette population sont des personnes baptisées catholiques. Les traditions chrétiennes imprègnent la vie même de ceux qui se prétendent Athées. On dit encore et on le pense : « Grâce à Dieu » ou « Demain si Dieu veut. » Cependant, il ne s’agit pas toujours de foi, mais plutôt de tradition. Parfois même, ces traditions religieuses sont aux confins de la superstition.

On demande à Dieu des grâces, qui consistent à le faire entrer dans notre jeu pour guérir d’une maladie, gagner au loto, ou remporter la victoire dans un matche ou une course de yoles. Mais on peut demander le même service au « quimboiseur » si le prêtre n’accepte pas d’entrer dans ce jeu ou bien s’y montre incompétent.

Sociologiquement, la population est jeune. L’espérance de vie à la naissance est estimée à 77,9 ans pour les hommes et 84,3 ans pour les femmes soit des chiffres similaires à la moyenne nationale française.
Le taux de mortalité infantile est de 8,3 pour 1000 habitants en 2010 selon l’Insee.
Près de 30% des martiniquais ont entre 40 et 59 ans .
L’âge moyen de la population martiniquaise était de 42 ans en 2012 et pourrait être de 57 ans en 2040. Le vieillissement de la population fera bientôt de la Martinique l’un des plus vieux départements de France.

Car politiquement, la Martinique est de nos jours à la fois un Département et une Région de France. En 2015, ce statut fera place à une collectivité unique qui regroupera les compétences de la Région et du Département, avec une large autonomie de décision tout en restant attachée à la `France.

Près de 60% des jeunes actifs sont au chômage. Une grande partie de la population vit de l’aide sociale. Le chômage est endémique. L’aide sociale a des effets pervers. Elle est souvent détournée de son but pour permettre la satisfaction de besoins accessoires et superficiels : changer de smartphone, de voiture, de look, de femme, d’homme. Nous sommes en plein dans la société de consommation. La population est très métissée, dans laquelle on ne connaît pas de conflits racistes en période calme. Mais la guerre des classes et des races peut facilement éclater à la moindre étincelle.

47 paroisses et un clergé de 38 prêtres actifs dont les 2/3 originaires du pays servent notre Église en Martinique. Et parmi eux, encore en activité Mgr Gaston Jean-Michel que le Pape Benoît a accepté de nommer à ma demande « prélat de sa Sainteté ». Il a été l’un des fondateurs de Radio Saint Louis et celui qui milite le plus farouchement pour la réactivation des mouvements d’Action Catholique.

Nous avons le Monastère des Pères Bénédictins.
Celui des Moniales de Bout Bois, bénédictines rattachées à Solesmes.
3 séminaristes actuellement en formation dans l’Hexagone au Séminaire de Paris et au séminaire de Saint Sulpice.

Quelques délégués et responsables des mouvements existants dans notre Église complèteront très rapidement mais avec sans doute plus d’efficacité que moi, le tableau sommaire de l’Église particulière qui a aujourd’hui l’honneur de votre visite Éminence.

Dans nos prières nous n’oublierons pas le Père Georges Vandenbeusch, otage de Boko Haram dans le nord du Cameroun, les six autres otages français retenus dans le monde, ni la situation en République Dominicaine, des descendants de parents Haïtiens.



 


L’Assemblée Plénière des Evêques à Lourdes

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

La Conférence des Evêques de France a tenu son Assemblée Plénière à Lourdes du 5 au 10 novembre 2013. En tant que membre de droit de cette conférence, j’y ai participé et c’est avec joie que j’ai retrouvé la centaine d’évêques de l’Hexagone auxquels s’étaient joints la plupart des évêques des Départements et Territoires d’Outre Mer ainsi que d’autres invités.

Lors de sa session d’avril dernier, à laquelle ne participaient pas les évêques d’outre mer en raison de leur éloignement et du coût de leur déplacement, la Conférence a procédé au renouvellement de son bureau, notamment en élisant comme Président Monseigneur Georges Pontier, archevêque de Marseille, et comme vice-présidents Monseigneur Pascal Delanoix et Monseigneur Pierre-Marie Carré.

En communion profonde avec le Pape François qui écrivit une très cordiale lettre d’encouragement à son Président, l’Assemblée, comme chaque année se déroula dans un climat intense de prière, de travail et de célébrations sous le regard de la Vierge Marie, dans son sanctuaire se relevant à peine grâce à la générosité des croyants, des suites des terribles inondations de l’an dernier.

L’Assemblée aborda différents sujets tels que :

- La relecture et l’analyse des évènements vécus récemment aux JMJ de Rio et durant Diaconia 2013.

-  La formation des séminaristes en France, avec pour thème : « Quels prêtres pour quelles communautés ? »

-  La manière dont les communautés chrétiennes préparent et accompagnent ceux qui veulent célébrer le sacrement de mariage.
L’Assemblée apprécia l’expérience de l’Ecole de Vie Conjugale présentée par la Communauté de l’Emmanuel.

-  Elle réfléchit longuement sur le phénomène social de l’avortement et l’éducation affective des jeunes.
A l’approche des élections européennes qui auront lieu du 22 au 25 mai prochain l’Assemblée voulut comprendre les enjeux de la Construction Européenne, avec l’aide de Mme Sylvie Goulard, députée européenne, auteure de « L’Europe pour les nuls. »

-  L’Assemblée s’interrogea sur « la présence des chrétiens dans la société contemporaine. »

-  La place de la diaconie dans la vie de nos Eglises diocésaines.

-  Elle eut le bonheur de recevoir les premiers exemplaires de la traduction liturgique de la Bible.

-  L’Assemblée eut la joie d’accueillir plusieurs nouveaux évêques nommés en remplacement de ceux atteints par la limite d’âge ou empêchés par la maladie ou la mort.

Elle fit place aussi à des échanges avec nos frères chrétiens du Moyen Orient.

Les points que nous avons travaillés pendant cette Assemblée sont trop nombreux pour que je les énumère tous.

Il me serait aussi bien difficile de décrire ces sentiments de fraternité et de communion que j’ai une fois de plus éprouvés au contact de tous ces frères, successeurs des Apôtres, portant collégialement le souci de toute l’Eglise.

Participer à ces Assemblées Plénières est une grande grâce pour laquelle je remercie le Seigneur.



 


Parlez-moi des morts !

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Discutant avec des Sadducéens qui ne croyaient pas en la Résurrection, le Seigneur Jésus leur disait : « Vous êtes dans l’erreur en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu ». Dieu vous dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Ce n’est pas de morts mais de vivants qu’il est le Dieu ! »

Cette controverse relatée à l’occasion des fêtes de la Toussaint par notre revue « Eglise en Martinique » a été l’occasion pour plusieurs de ses lecteurs de faire part de leurs questions.

Certains demandaient : « Comment pouvez-vous dire que Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, alors que l’Eglise prie pour les morts et célèbre la liturgie des défunts au lendemain de la Toussaint ? Comment comprendre ces contradictions ? ».

C’est précisément pour éviter de telles équivoques, que chaque fois que cela est possible, l’Église préfère parler de « défunts » plutôt que de « morts ».

La mort désigne la fin de la vie et son absence définitive. Le mort n’est plus la personne vivante qu’il était mais son cadavre ou sa dépouille. Certaines langues ont dans leur vocabulaire un mot pour désigner un animal vivant et un autre pour nommer ce même animal une fois qu’il est mort.

L’Église a beaucoup de considération pour le cadavre de l’être humain, car avant d’être cadavre c’était un corps animé par lequel la personne a vécu, est entrée en relation avec les autres, a aimé, a prié, a souffert, est passée de vie à trépas. A ce titre le cadavre ou dépouille humaine comme on l’appelle mérite le respect et parfois même une certaine vénération. Il ne peut cependant plus être considéré comme une « personne ». C’est pourquoi l’Église n’administre pas de sacrement à un « mort ».

La personne humaine porte en soi une dimension spirituelle qui ne se réduit pas aux seules molécules constituant son corps. Pour l’Église cette dimension perdure au delà de la mort biologique. L’Église croit en la vie qui demeure en dépit de la mort. Sa foi s’enracine dans les paroles et les actes de son Seigneur Jésus.

Dans une de ses paraboles, - petites histoires inventées par lui pour rendre plus compréhensibles ses messages -, Jésus met en scène un riche et un pauvre au moment de leur mort. Il laisse clairement entendre que la mort est suivie d’un jugement, puisque celui de ces deux hommes qui n’avait pensé qu’à soi même et n’avait cherché le sens de sa vie que dans la possession et la jouissance des biens matériels est condamné aux tourments éternels tandis que le pauvre, privé de tout pendant sa vie, est reçu dans le sein d’Abraham.

Cette parabole révèle que pour Jésus, la vie continue au delà de la mort. Elle affirme que toute vie humaine sera soumise au jugement de Dieu après ce passage de la mort.

Elle se trouve justifiée par les paroles de Jésus à l’adresse du Larron crucifié en même temps que lui : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi au paradis. » La mort physique sera donc suivie du jugement de Dieu.

Mais demandera-t-on, s’il en est ainsi, où sont donc ces défunts qui sont toujours vivants pour Dieu, même si leur cadavre a été enterré ou incinéré ?
L’Église répond qu’ils sont passés de ce monde auprès de Dieu. Cela ne satisfait pas notre imagination qui localise souvent Dieu « dans le ciel », au dessus de nous, là-haut dans les nuages.

Mais Dieu est Esprit par excellence. On ne peut l’enfermer dans un lieu. Rien ne peut le contenir ni le comprendre, pas même notre imagination. Le Ciel qui est conventionnellement son domaine n’est ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche. Nous disons par commodité que « Dieu est partout ».

En passant par la mort physique notre vie se transforme et passe dans une autre dimension comme le grain tombé en terre qui ne devient pas un autre grain qui aurait grossi mais une plante combien différente de ce grain ! Comme une larve qui se transforme en moustique. Comme les ondes invisibles, inaudibles de nos portables et smartphones qui se transforment en sons, en images et en vidéos.

Ces analogies, n’ont pas la prétention de répondre à nos interrogations, pas plus qu’elles ne pourront nous dire où est ce que nous étions avant notre naissance. Scientifiques, philosophes, penseurs et sages auront encore longtemps à épiloguer, sans réponse apodictique, autour de l’origine et du terme de notre existence humaine.

Les chrétiens préfèrent se fier à Jésus Christ. Cet homme – le seul – qui a vraiment connu la mort et qui s’en est relevé dans son corps, à la fois le même et transformé. C’est lui qui nous dit : Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ».

Il nous révèle que Dieu nous aime et nous a créés par Amour, pour que nous ayons avec lui la vie éternelle.

Lui, Fils de Dieu ne cesse de nous dire : Je suis la résurrection et la vie, tout homme qui vit et qui croit en moi, fut-il mort vivra, je le ressusciterai au dernier jour.
Croyons en lui ! Et qu’en toute chose, sa vie soit toujours pour nous plus forte que la mort !



 


Tous saints !

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Contrairement à une opinion très largement répandue à la Martinique, la fête de la Toussaint n’est pas la fête des morts, mais la fête des vivants. Dieu n’est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants, répondait Jésus aux Sadducéens qui ne croyaient pas à la Résurrection.

La Toussaint est la fête de tous ceux qui vivent dans la sainteté de Dieu. C’est aussi la fête de tous ceux qui s’efforcent de répondre à l’invitation que le Seigneur leur adresse : Pour vous, soyez saints, comme votre Père des cieux est saint.

Cette fête fait monter vers Dieu l’action de grâce de l’Église pour ces centaines de millions d’hommes et de femmes, de toutes les époques et de tous les temps, chrétiens ou autres hommes de bonne volonté, qui ont rendu concrète la plus belle utopie qui soit : « Etre tous saints ».

Dieu seul est saint, clame l’Église catholique. La Sainteté est, en effet, ce qui caractérise Dieu seul. Cependant, nous ne sommes pas dans l’erreur lorsque nous disons que la Toussaint est la fête de « tous les saints ». Car, dans son amour infini, Dieu a voulu offrir en partage à l’humanité cette sainteté qui est son privilège exclusif. C’est en effet Dieu lui-même qui nous dit : Vous donc, soyez saints car je suis saint, moi, le Seigneur votre Dieu (Lévitique 19).
Jésus, Fils de Dieu, venu nous révéler le vrai visage de Dieu, dit à ses disciples : Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Matthieu 5,48). En d’autres termes : Soyez saints comme Dieu, votre Père, est saint.

Malgré nos misères et nos péchés, nous sommes déjà « saints » par notre participation à la sainteté de Dieu lorsqu’il fait alliance avec nous. Par le baptême, il nous plonge dans la personne et dans la vie de son Fils Jésus et de l’Esprit Saint et donc, il nous fait partager sa nature divine. Cela est si vrai que Jésus Christ, son Fils, vrai Dieu et vrai homme, s’identifie à chacun de nous et dit : Tout ce que vous faites à l’un de ces plus petits d’entre vos frères, c’est à moi-même que vous le faites . (Matthieu 25,40).

Les premiers chrétiens, qui avaient conscience de participer à la sainteté de Dieu, se donnaient entre eux le nom de « saints ». Lorsque saint Paul écrit aux chrétiens qui sont à Rome, il dit : Je salue les saints qui sont à Rome. Quand il fait une collecte, c’est, dit-il, pour venir en aide aux « saints » qui sont à Jérusalem.

La fête de tous les saints rend grâce à Dieu pour le partage de sa sainteté avec nous. Elle nous invite aussi à devenir ce que nous sommes déjà, c’est-à-dire des « saints ». On peut la comprendre comme une exhortation, comme un mot d’ordre : « Tous ! Saints ! »

Le vocable « saint » évoque presque toujours l’image de ces personnes « canonisées » par l’Église et statufiées dans le marbre. Mais la sainteté ne nous fossilise pas, ni ne nous momifie. Être saint ne signifie nullement se couper de la vie terrestre et de ses réalités. Bien au contraire, c’est en s’acquittant consciencieusement et avec amour de toutes ses responsabilités humaines que l’on se sanctifie. Saint Joseph s’est sanctifié en accomplissant son métier de charpentier et en faisant à tout moment ce que le Seigneur attendait de lui. La Vierge Marie elle-même, bien que conçue sans péché, s’est sanctifiée en répondant à l’annonce de l’Ange : Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon sa parole.

La sainteté nous invite à vivre intensément l’instant présent, comme s’il était notre dernier instant, sous le regard de Dieu, avec le désir de lui obéir et de lui plaire, au service de notre prochain. Elle nous fait expérimenter déjà la joie qui vient de Dieu quand notre conscience est en paix avec lui et nous fait pressentir le bonheur qui sera le notre si Dieu nous juge dignes d’être accueillis dans son Royaume au terme de notre vie humaine.

Nous sommes en marche vers ce moment où nous serons des « défunts » et non pas des morts. Le mot défunt tient son origine du latin defunctus qui vient lui-même d’un verbe qui signifie s’acquitter de. Le mot fonctionnaire a la même racine. Le défunt est donc comme quelqu’un qui s’est acquitté de ce pour quoi il a été créé ; comme un bon fonctionnaire qui a fait son devoir et, au terme de sa carrière, va prendre une retraite bien méritée.

A partir du 9ème siècle, l’Église a voulu associer la mémoire de ces fidèles défunts à la belle fête de Tous les Saints. Il nous est bon d’évoquer de manière particulière ceux qui nous ont quittés, qui nous étaient proches, que nous continuons à aimer, et de penser qu’ils font maintenant partie de cette immense cohorte des bienheureux que nous espérons rejoindre un jour, dans la vie éternelle, dans ce bonheur et cette joie qu’absolument rien ne pourra plus leur ravir.

Que la fête de la Toussaint soit aussi dès maintenant la nôtre !
Bonne fête !



 


Je vous envoie

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Le soir de sa Résurrection, Jésus, apparaissant à ses disciples rassemblés dans un local dont ils avaient verrouillé les portes par crainte des Juifs, leur dit : La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie.

Où les envoyait-il ? Et pour faire quoi ?

"Envoyé" se dit "missus" en latin. Participe passé du verbe "mittere", il a aussi donné naissance au mot "mission".
La Journée Missionnaire Mondiale célébrée ce dimanche 20 octobre a pour but de rappeler à tous les chrétiens qu’ils sont et doivent être des envoyés de Jésus Christ. Mais, encore une fois, ils doivent être envoyés où et pour quoi ?

Les Actes des Apôtres, dont les exégètes attribuent la paternité à saint Luc et considèrent ce livre comme étant la deuxième partie de son Évangile, répondent à cette double question. Ils nous apprennent qu’à la veille de l’Ascension, Jésus dit à ses disciples : Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre (Actes des Apôtres 1,8).

Que les disciples de Jésus soient ses témoins, c’est ce que le Christ attend d’eux et c’est la mission qu’il leur a confiée et qu’il leur demande d’exercer partout dans le monde.

Le mot "témoin" se dit en grec "martus". Il est à l’origine du mot français "martyr" qui définit une personne qui est restée attachée au Christ au prix de sa vie.

Dans l’Église catholique, sont dits "martyrs" les chrétiens qui ont versé leur sang pour le Christ en préférant subir les morts les plus cruelles plutôt que de le renier.

Être ses martyrs est la mission que le Christ a confiée à tous ceux et toutes celles qui croient en lui et se disent ses disciples : être ses témoins jusqu’au don total de leur vie, partout dans le monde.

Cependant en quoi consiste "témoigner du Christ" ?

Autrefois, surtout à l’époque des persécutions, on n’avait guère l’embarras du choix pour répondre à cette question : les persécuteurs proposaient aux chrétiens la vie sauve s’ils reniaient le Christ et une mort précédée des plus incroyables tortures dans le cas contraire. Le choix à faire était clair et limpide. Très nombreux cependant ont été les chrétiens ayant choisi la fidélité au Christ.

De nos jours, les choix ne sont plus aussi évidents mais demeurent bien réels ; et c’est tous les jours que sont proposées aux chrétiens les occasions d’être martyrs, parfois sans le savoir.
Dans l’une de ses homélies sur le psaume 118, saint Ambroise écrit : "Tu étais tenté par l’esprit d’impureté ; mais par crainte du jugement futur tu as jugé qu’il ne fallait pas souiller la chasteté de l’esprit et du corps : tu es martyr du Christ. Tu étais tenté par l’esprit de lucre pour saisir la propriété d’un pauvre ou pour violer les droits d’une veuve sans défense ; mais, par la contemplation des préceptes divins, tu as jugé qu’il valait mieux porter secours que commettre une injustice : tu es témoin du Christ. En effet le Christ veut avoir de tels témoins".

A la suite de saint Ambroise, nous pourrions multiplier les exemples. Chaque fois que nous avons résisté aux tentations du monde pour suivre les commandements de Dieu et ce que le Christ nous demande, nous sommes des "martyrs" et des "témoins" du Christ.

Plus que jamais sans doute, le monde d’aujourd’hui a besoin de ces témoins qui ne se conforment pas aux goûts du temps et à la mode, quel que soit le domaine d’intervention dans lequel ils se trouvent, mais prennent pour référence le Christ Jésus et son enseignement.

Par exemple, en ce moment où la famille traditionnelle, fortement ébranlée depuis longtemps, se trouve remise en question par des lois nouvelles qui nient la tradition naturelle, vieille de milliers d’années, les chrétiens se doivent de rester fidèles au Christ venu confirmer la révélation divine. Ce faisant, ils sont témoins, mais aussi assument le risque d’être "martyrs" au sens courant du mot.

Tout homme ou toute femme choisissant de suivre vraiment le Christ aujourd’hui doit s’attendre à subir des sévices d’autant plus douloureux qu’ils sont sournois, déguisés et pernicieux. Cependant, c’est la volonté du Christ que ces disciples aillent partout porter sa Bonne Nouvelle et faire de l’humanité tout entière une grande famille, un peuple de frères.

Le Christ nous envoie, mais il ne nous laisse pas seuls. Il est avec nous jusqu’à la fin des temps. N’ayons pas peur d’être ses témoins.



 


Savoir dire "Merci"

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Dans ce monde où nous pensons que tout nous est dû, nous ne savons plus dire merci.
Dans l’Evangile de ce 28ème dimanche du temps ordinaire, un seul des dix lépreux guéris par Jésus revient lui dire merci : Jésus nous a sauvés en donnant sa vie pour nous, pensons-nous à lui dire merci personnellement, ou bien alors nous comportons nous plutôt comme les neuf autres lépreux ?

Chers frères et sœurs, la Paix soit avec vous !

peut être quelques uns d’entre vous, d’un certain âge, comme moi, se souviennent-ils encore de cette époque où les premiers mots que l’on apprenait aux bébés était le mot « Merci ». Comme les bébés avaient du mal à prononcer les deux syllabes qui composent ce mot, la maman ou la grand’mère ou la tante qui s’occupait d’eux mettait l’accent pour eux sur la dernière syllabe :« Ci !! »… « Dis : « Ci , maman… Ci tati ! » chantonnait-elle !

Dire « Merci » est en effet quelque chose de primordial dans une vie d’homme. Remercier est fondamental. Car nous sommes redevables à Dieu et à d’autres de tout ce que nous sommes. C’est si vrai que le sacrement qui est la source et le sommet de toute vie chrétienne porte dans l’Eglise catholique, le beau nom d’Eucharistie : un mot grec qui signifie « action de grâces », remerciement. Aujourd’hui encore, en Grèce, pour dire « je remercie » on dit « Eucharisto. »

Ce n’est pas un hasard si l’Evangile de ce 28° dimanche ordinaire, de l’ année liturgique C que nous célébrons, nous parle de remerciement .

La lèpre figure de nos jours parmi les maladies que l’on connaît et maîtrise le mieux. Elle est même en voie d’éradication dans beaucoup de régions du monde . Mais il n’en était pas ainsi autrefois : La lèpre était une maladie horrible, contagieuse, qui déformait les visages, rongeait les membres, couvrait le corps de plaies purulentes et excluait de la communauté les personnes qui en étaient victimes.

Bien plus, cette maladie avait une signification symbolique, une signification religieuse : elle était considérée comme un châtiment de Dieu et on en avait fait l’image du péché, ce mal qui défigure l’homme créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance.

En effet en créant l’homme, Dieu avait voulu une créature qui soit aussi belle que lui et qui lui ressemble. Mais le péché était venu contrecarrer le projet de Dieu. Les yeux de l’homme faits pour regarder les autres avec les yeux de Dieu, obscurcis par le péché s’étaient retournés vers soi-même pour ne regarder que les intérêts personnels et égoïstes. Les mains faites pour travailler et pour partager, avaient été rongées par la lèpre de l’avidité et la volonté de s’approprier toute chose égoïstement. Quant au cœur fait pour aimer, le péché l’avait défiguré en l’endurcissant dans l’orgueil et l’égoïsme. La lèpre s’identifiait donc parfaitement au péché.

Dans l’évangile de ce jour, donc, dix lépreux viennent à la rencontre de Jésus . Ils s’arrêtent à distance comme le leur intimait la Loi et ils crient : « Jésus Maître, prends pitié de nous ! »

Les lépreux, effectivement, avaient l’interdiction d’entrer dans les endroits habités, afin de ne pas contaminer ceux qui s’y trouvaient. Les lépreux obéissent donc à la Loi et crient : « Seigneur, prends pitié de nous ! » Un cri qui nous est familier puisque c’est le même que nous lançons au début de nos eucharisties : « Seigneur, prends pitié ! » Mais avons-nous conscience, comme les lépreux, d’avoir vraiment besoin de la pitié du Seigneur pour nos péchés ?
Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » Dans la Loi, précisément à cause de la connotation de péché que comportait la lèpre, ceux qui étaient guéris de cette maladie devaient aller faire constater leur guérison par les prêtres.

Ce qui est étonnant c’est que Jésus demande aux lépreux de faire cette démarche alors qu’ils ne sont pas encore guéris et sont encore porteurs des stigmates de leur maladie . Alors ! Est-ce pour mettre à l’épreuve leur obéissance et leur foi ?

Peu importe ! Tous obéissent à Jésus et se mettent en route. Pendant qu’ils vont se montrer aux prêtres ils constatent qu’ils sont guéris. Alors l’un des dix, en voyant cela, revient sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix. Et il se jette la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Et cet homme était un Samaritain.
Quand je dis « un samaritain » il ne s’agit pas du tout d’un habitant de l’une de nos communes appelée Sainte Marie , mais un homme originaire de la Samarie, région du nord du pays de Jésus. C’était une région qui s’était coupée du reste du pays, qui avait un culte religieux différent de celui qui se déroulait dans le temple de Jérusalem. Les habitants de cette région étaient considérés par les juifs comme des hérétiques, des personnes à ne pas fréquenter.
Alors Jésus demande : « Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n’y a que cet étranger ! »

La remarque de Jésus révèle la tristesse qu’il éprouve. Il remarque que le miracle qu’il a accompli pour les dix n’a pas eu le résultat qu’il aurait dû avoir. En effet, lorsque Jésus fait un miracle c’est pour glorifier son Père, c’est pour que les hommes rendent grâce à Dieu. Or il est forcé de constater que sur dix personnes une seule s’est souciée de rendre grâce à Dieu et de le remercier. Alors il dit au samaritain reconnaissant : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

Nous ne pouvons avoir une véritable relation personnelle avec Dieu sans lui rendre grâce. Cela est absolument fondamental dans notre vie de foi. Un chrétien est une personne qui rend continuellement grâce à Dieu qui lui a tout donné par l’intermédiaire de son Fils Jésus-Christ dont Saint Paul dit : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’Etre. » Nous recevons tout de lui.

Aujourd’hui nous entendons des chrétiens dire : « Mon corps est à moi, j’en dispose comme je le veux, je décide d’en faire ce que je veux. » Mais ce corps, l’as-tu choisi, as-tu fait quelque chose pour l’avoir, ou bien ne l’as-tu pas plutôt reçu de quelqu’un d’autre qui n’est pas toi, mais ceux qui te l’ont transmis : tes parents qui eux-mêmes ont reçu de Dieu ta vie ? »

Aujourd’hui on milite pour avoir le droit de mettre fin à sa propre vie quand on l’aura décidé, pour – comme on aime le répéter – mourir dans la dignité. Mais cette vie, , tu l’as reçu, tu n’en es que le dépositaire, tu n’en es pas le maître absolu par conséquent tu ne peux pas la supprimer par ta seule volonté.

Et cela est encore plus que vrai quand il s’agit de la vie des autres. Cette vie est un don de Dieu que nous ne pouvons que respecter et non supprimer ou mettre en danger par notre égoïsme ou notre irresponsabilité.
« Rendez grâce à Dieu en toutes circonstances, écrit Saint Paul dans sa première lettre aux Thessaloniciens (5,18), c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. »

La plupart du temps nous ne faisons que murmurer, nous plaindre, nous apitoyer sur nous mêmes, notre santé, nos difficultés, nos déceptions. Et cela nous arrive d’incriminer Dieu et même de lui adresser des reproches : « Qu’est-ce que j’ai fait à Dieu pour mériter ceci ou cela ? Pourquoi ne me répond-il pas ? Pourquoi a-t-il permis que je sois dans telle ou telle situation ? »

Nous devrions plutôt remercier Dieu pour tout ce qu’il nous donne à chaque instant. C’est lui qui nous garde en vie. C’est par les autres, à travers les services les plus divers qui nous sont chaque jour nécessaires, c’est par les éléments de la nature, que Dieu répond à nos besoins. Nous devrions plutôt le remercier, lui rendre grâce au lieu de penser que tout nous est dû.

En ouvrant nos yeux et notre cœur, nous pouvons nous apercevoir que Dieu fait toujours pour nous des merveilles, même dans les situations les plus difficiles et les plus douloureuses que nous puissions connaître.
Une des caractéristiques de la foi, c’est de vivre dans l’action de grâce à l’égard de Dieu. Le premier but de la prière est de louer Dieu, de lui rendre grâce.
Bien souvent nos prières se limitent à demander à Dieu ce dont nous avons besoin. Ce sont des prières de demandes. Quelques fois, il nous arrive de demander à Dieu quelque chose pour d’autres personnes : ce sont les prières d’intercession.
Mais nous oublions la plupart du temps ce qui est premier et fondamental : la prière de louange, celle dans laquelle nous glorifions Dieu pour tout ce qu’il est et tout ce qu’il nous donne.

Nous devrions avoir une reconnaissance débordante pour Dieu, car il nous aime. Il nous aime si fort qu’il nous promet de nous donner la vie éternelle en nous ressuscitant d’entre les morts au moment voulu par lui, mais déjà en nous permettant de continuer à vivre d’une autre manière après être passé par notre mort physique inéluctable, comme il l’a fait pour son Fils Jésus.

Le lépreux guéri revient vers Jésus et se jette la face contre terre, devant lui. C’est un geste d’adoration que nous ne faisons que très rarement aujourd’hui, dans notre société sécularisée.
Il nous reste encore la génuflexion, ce qui veut dire « plier le genou » devant Dieu, ce que nous faisons encore dans nos églises, devant le tabernacle qui contient les hosties consacrées qui ne sont pas du pain béni mais la présence sacramentelle de Jésus vivant ressuscité.

Mais le geste d’adoration est là pour nous aider à exprimer notre conviction personnelle : nous reconnaissons la puissance et la grandeur de Dieu, nous savons que sans lui nous ne sommes rien ; Nous savons que ce que nous sommes ou ce que nous avons , nous ne le devons pas à nos seules forces ou à nos seules actions, mais à Lui. Quel que soit le bien que nous puissions faire, nous ne sommes que des serviteurs inutiles, des serviteurs quelconques, comme disait le Seigneur.

Le lépreux guéri rend gloire à Dieu en se prosternant devant Jésus. Le chrétien est quelqu’un qui se prosterne devant Jésus de Nazareth, que nous appelons Jésus-Christ depuis que, par sa résurrection, il a confirmé qu’il est le Fils unique de Dieu. Le chrétien est quelqu’un qui croit en Jésus-Christ.

On ne redira jamais assez que la foi chrétienne n’est pas seulement une foi en Dieu. Tous les hommes qui ont une religion quelle qu’elle soit croient aussi en Dieu. Mais Dieu, personne ne l’a jamais vu, personne ne le connaît dit la Bible, sauf celui qui était auprès de lui depuis toujours et qui s’est incarné, s’est fait homme, pour nous révéler le vrai visage de Dieu : Jésus-Christ.

Croire en lui est la seule chose qui compte vraiment et c’est la foi qu’il veut trouver en chacun de nous : « Va, ta foi t’a sauvé. » dit Jésus au lépreux guéri. Qu’il dise cela à chacun de nous en ce dimanche.
Nous sommes encore dans l’année de la Foi initiée il y a un an par le pape émérite Benoît XVI, une année pour redécouvrir les fondamentaux de notre foi, en redécouvrant le catéchisme de l’Eglise catholique promulgué il y a vingt ans.

Une année de la foi coïncidant avec le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II, pour nous inviter aussi à éclairer notre foi par les décisions et les écrits conciliaires.

Mais surtout une année pendant laquelle nous sommes encore invités à revenir vers le Christ Jésus comme ce lépreux, pour nous prosterner devant lui en reconnaissant que lui seul peut nous guérir de tout ce qui déforme son visage en nous et dans ce monde dans lequel nous vivons.

Un mot de conclusion en ce dimanche : n’oublions pas de glorifier Dieu et de lui dire merci à lui personnellement et à tous ceux qui sont ses intermédiaires auprès de nous.

Bon dimanche et bonne semaine à tous !



 


Soyons de bons anges

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

La fête des saints Archanges Michel, Gabriel et Raphaël rassemble toujours, dans notre île, une foule impressionnante de pèlerins au milieu desquels se distinguent les parachutistes en uniforme qui se réclament de leur saint patron Michel.

A cette occasion, quelques voix dubitatives ne manquent pas de demander : "Les anges existent-ils vraiment ou ne sont-ils qu’une invention de l’Eglise ?".

La Bible répond à cette question en mentionnant, déjà dans son premier livre, la Genèse (ch. 16,7), la présence de l’Ange du Seigneur aux côtés de la servante Hagar, pour la réconforter. Dans son dernier livre, l’Apocalypse (chap. 21), la Bible parle d’un ange mesurant les remparts de la Ville Sainte. Tout au long des soixante-dix autres livres qui la composent, la Bible fait état des anges qui manifestent la volonté et la présence de Dieu en de multiples circonstances. Cependant, la meilleure preuve de l’existence des anges nous est donnée par le Seigneur Jésus lui-même. Non seulement il a affirmé leur existence et leur présence aux côtés de chacun de nous, mais encore, plusieurs fois, il s’est vu proposé leur aide. Un chrétien ne peut mettre en doute l’existence des anges.

Cependant, les anges ne sont pas des créatures dotées d’un corps comme le nôtre. Ils sont des êtres spirituels et, par conséquent, invisibles. S’ils sont représentés dans notre iconographie comme des humains asexués, dotés d’une paire d’ailes, c’est uniquement grâce au fruit de notre imagination. Les anges n’ont pas besoin d’attributs humains pour s’acquitter auprès des hommes de leur mission de messagers de Dieu. Ils tiennent leur nom précisément de la mission qui leur est confiée par Dieu. Angelos signifie en grec envoyé et ce mot est à l’origine du latin angelus qui a donné ange en français. Les anges sont, par définition, des messagers de Dieu.

La Bible nous révèle qu’il existe une multitude d’anges et, parmi eux, une hiérarchie au sommet de laquelle se trouvent les archanges . Trois de ces archanges sont particulièrement présents dans la Bible et personnifiés : ce sont les Archanges Michel, Gabriel et Raphaël.

Michel - dont le nom hébreu signifie : Qui est comme Dieu - est le prince des anges. Il livre un combat incessant au mal et remporte la victoire finale sur le Diable appelé Satan.

Gabriel - qui se traduit par Force de Dieu - est le messager par excellence. Celui qui porte à Zacharie l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste et surtout celui qui vient annoncer à la Vierge Marie qu’elle a été choisie par Dieu pour être la Mère du Sauveur.

Raphaël enfin - dont le nom signifie Dieu a guéri - personnifie la Providence divine qui accompagne tout homme au long de son itinéraire, comme Raphaël a été la présence tutélaire qui a protégé le jeune Tobie tout au long de sa route semée d’embuches et d’épreuves.

Les anges nous accompagnent en permanence. Notre ange gardien surtout, auquel il ne nous est pas interdit de nous adresser, bien au contraire, pour lui demander conseil, intercession pour nous auprès de Dieu et protection.

Les anges sont des compagnons qui nous rassurent et nous encouragent à faire la volonté de Dieu, c’est-à-dire à faire le bien. Ils nous proposent leur exemple, eux dont l’existence consiste à obéir à Dieu et à manifester son amour.

Nous avons, nous aussi, reçu la mission d’être des messagers de Dieu. en venant dans ce monde et en donnant sa vie pour nous, le Christ a dit : Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.

Le mot mission provient du verbe latin mitto, missum, mittere qui signifie envoyer. Missus , c’est-à-dire envoyé, est étymologiquement synonyme de anglos ou ange .

A quelques jours de la Semaine missionnaire mondiale, nous avons besoin de redécouvrir notre vocation d’envoyés et nous devons demander à Dieu de nous donner d’être ses envoyés, porteurs de la bonne nouvelle de sa présence avec nous jusqu’à la fin des temps, témoins de sa bonté et de son amour.

On n’est pas chrétien pour soi tout seul. Notre foi doit briser les tours d’ivoire dans lesquelles nous avons le mauvais réflexe de nous réfugier. Nous devons nous préoccuper des autres et de leur être solidaires.

Quelques exemples, parmi de nombreux autres : A la Martinique la grève des transporteurs publics a duré plus d’un mois et n’est pas terminée, affectant les plus démunis, ceux qui ne possèdent pas de véhicules et qui ne peuvent compter que sur ces transports pour aller au travail, faire leurs courses, se déplacer. Mais comme la majorité des habitants de l’île possèdent un véhicule, on a entendu dire : "cette grève peut durer aussi longtemps que la guerre de cent ans, elle ne me dérange pas".

Cet état d’esprit peut être transposé dans de nombreux domaines de la vie. Par exemple, des jeunes passent leur temps à arracher les chaînes et les boucles d’oreilles de personnes qui ne peuvent se défendre. Ils vendent le produit de leurs agressions à des bijoutiers malhonnêtes qui ne posent aucune question sur la provenance de ces vols qui affectent sérieusement l’état physique et psychique des victimes. C’est "chacun pour soi" dit-on et on ajoute parfois : débouya pas péché = débrouillardise n’est pas péché". Il faut attendre d’être personnellement concerné pour dire que cette situation ne peut durer !

Dans nos cités existent des poubelles, tout est mis en œuvre pour que la Martinique soit propre, évite les épidémies de dengue ou la leptospirose que propagent les rats. Mais c’est plus pratique de jeter ses ordures n’importe où, de se débarrasser sans frais de ses encombrants, à condition de ne pas se faire prendre.

Qu’en pensent saint Michel et nos anges gardiens ? Eux qui veulent nous faire sortir de notre égoïsme pour être porteurs, comme eux, de l’amour de Dieu par notre courage, notre altruisme, notre solidarité. Pouvons-nous décemment leur demander de nous protéger, alors que nous faisons le jeu des anges mauvais qu’ils ont combattus ?

Il existe, en effet, des anges de malheur à la manière de Satan, "l’accusateur de nos frères", comme l’appelle la Bible.

Il y a, heureusement, des anges de bonheur et de paix : ils ont comme émules ces personnes convaincues qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir et qui donnent de leur temps et même de leur argent pour que le bien triomphe de l’indifférence, de la haine, de la violence et de toute forme d’injustice.

Que les saints Archanges que nous fêtons nous encouragent à être comme eux des anges de lumière, en étant tout simplement de meilleurs disciples du Christ Jésus.



 


Bonne rentrée !

 

10 janvier 2014 2014 par Mgr Michel Méranville

Pour beaucoup d’entre nous, septembre est le mois de la rentrée scolaire et celui de la reprise de nombreuses activités : les vacances étant terminées, la vie quotidienne retrouve ses rythmes et ses contraintes.

Editorial de Mgr Michel Méranville, Eglise en Martinique N° 468

Nombreux sont celles et ceux qui ne voient dans la rentrée que le simple recommencement d’une routine qui durera au moins jusqu’à l’année prochaine, au mieux jusqu’à la fin de la vie.

Plus nombreux encore qu’on ne le pense, sont ceux et celles qui refusent de faire de la vie une simple succession d’habitudes et de routines, mais veulent profiter de chacun de ses instants pour la rendre meilleure pour eux-mêmes et pour les autres.

Cependant, s’il est important de rêver dans la vie -à la manière du célèbre I have a dream, du pasteur Martin Luther King- il est aussi important pour réaliser ce rêve, de le concrétiser par des actes.

On comprend donc ceux qui disent : "Non à la routine ! Oui ! à l’instant présent", dans la mesure où on peut en faire la petite pierre qui, s’ajoutant aux autres, permet de réaliser l’édifice spirituel que Dieu nous a donné mission de construire.

En cette nouvelle "rentrée" des chrétiens s’interrogent : il y a eu l’annonce de l’Année de la Foi. Le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II. Le vingtième anniversaire de la promulgation du catéchisme de l’Eglise Catholique. La renonciation de Benoit XVI à sa charge d’Evêque de Rome et de pasteur de l’Eglise universelle. Les 28e Journées mondiales de la Jeunesse, célébrées par le nouveau Pape François, au Brésil...

Tous ces temps forts de la vie de l’Eglise catholique qui ont interpellé, non seulement les catholiques mais les hommes du monde entier, pourront-ils nous aider à envisager la "rentrée", quelle qu’elle soit, autrement comme le simple recommencement d’une routine ?

La grâce de toutes ces célébrations émanant du Christ qui est vivant avec nous jusqu’à la fin des temps, avait pour but de raviver notre foi. De nous rappeler que le Christ est la pierre angulaire sur laquelle repose l’édifice de tout vie. De nous redire que Jésus de Nazareth mort, crucifié et ressuscité, est pour ceux qui croient en lui le chemin, la vérité et la vie.

Ces célébrations ont ranimé la joie de notre baptême. On oublie trop souvent que le baptême chrétien n’est pas simplement un acte administratif enregistrant l’adhésion d’un nouveau membre dans une communauté qui en inscrit le nom dans ses registres. Le baptême est le choix délibéré de ceux qui veulent mourir à eux-mêmes en noyant leur égoïsme, leur volonté, leurs peurs et leur fausse sécurité, dans l’eau qui symbolise la vie du Christ qui a le pouvoir de désaltérer tout homme, de le purifier, de le faire renaître enfant de Dieu, capable, avec d’autres frères, de construire un monde nouveau, un monde meilleur.

En ce temps de reprise de nos activités, je suggère que chaque jour, ceux d’entre nous qui sont baptisés au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, se souviennent de leur baptême en début de chaque jour, pour en rendre grâce à Dieu en lui disant, par exemple, cette belle prière attribuée au Cardinal Suenens :

Seigneur, dans le silence de ce jour nouveau, je viens te demander la paix, la sagesse et la force. Je veux regarder aujourd’hui le monde avec des yeux tout remplis d’amour, être patient, compréhensif, doux et sage. Voir au-delà des apparences tes enfants comme tu les vois toi-même, et ainsi ne voir que le bien en chacun.

Ferme mes oreilles à toute calomnie, garde ma langue de toute malveillance, que seules les pensées qui bénissent demeurent en mon esprit,

Que je sois si bienveillant et si joyeux, que tous ceux qui m’approchent sentent ta présence.

Revêts-moi de ta bonté, Seigneur, et qu’au long de ce jour, je te révèle.
Amen.

Aujourd’hui, selon les statistiques, il y aurait plus de deux milliards de chrétiens dans le monde. Un homme sur trois serait chrétien.
Si chaque chrétien se rappelait son baptême au début de chaque jour et s’efforçait de vivre en baptisé, c’est-à-dire en regardant les autres et le monde avec les yeux du Christ, en aimant son prochain avec le cœur du Christ et en faisant la volonté de Dieu comme le Christ l’a faite, le monde ne serait-il pas totalement différent de cette jungle de plus en pus inhumaine dans laquelle il se débat actuellement ?

Mais, comment revivre son baptême et en célébrer l’anniversaire comme on le fait pour sa naissance, si on en ignore la date ?

Pour retrouver cette date il suffit de la demander dans la paroisse où l’on a reçu le baptême. Si la paroisse a des difficultés à repérer cette date dans ses registres, on aura le recours de s’adresser au bureau des archives diocésaine, à l’Archevêché.

Il ne suffit pas de se souvenir de son baptême pour être chrétien. Il faut surtout connaître le Christ et le suivre, en adhérant à sa Parole, en respectant ses commandements. Sa Parole est dans l’Ecriture Sainte que nous appelons aussi "La Bible".

Parce que le Christ est la Parole vivante du Père, tout passage de la Bible, même dans l’Ancien Testament, se rapporte à Lui.

La Bible est le moyen le plus sûr de nourrir sa foi et de renforcer ses liens avec les autres membres de l’Eglise.

Si nous voulons reprendre nos activités sur des bases nouvelles et construire sur elles notre réussite, faisons une très large place à la Parole de Dieu dans nos vies.

Bonne rentrée à tous.



 


Prière pour l’année sacerdotale

 

11 septembre 2013 2013 par Mgr Michel Méranville

Mgr Michel Méranville a ouvert l’assemblée de rentrée du presbytérium par cette belle prière adressée au Seigneur.

Seigneur Jésus,
Tu as voulu donner à l’Eglise, à travers Saint Jean-Marie Vianney, une vivante image de toi-même, et une personnification de ta charité pastorale.

Fais que nous puissions apprendre du Saint Curé d’Ars comment trouver notre joie à rester longuement devant le Saint-Sacrement ;
comme ta Parole qui nous enseigne est simple et quotidienne ;
avec quelle tendresse ton amour accueille les pécheurs repentis ;
comme est consolant l’abandon confiant à ta Très Sainte Mère Immaculée ;
comme il est nécessaire de lutter avec vigilance contre le Malin.

Fais, ô Seigneur Jésus,
que nos jeunes puissent aussi apprendre de l’exemple du Saint Curé d’Ars, combien est nécessaire, humble et glorieux le ministère sacerdotal que tu veux confier à ceux qui s’ouvrent à ton appel.

Fais que dans nos communautés également - comme à Ars en ce temps-là - se réalisent ces merveilles de grâce que tu accomplis quand un prêtre sait « mettre de l’amour dans sa paroisse ».

Fais que nos familles chrétiennes se sentent chez elles dans l’église - là où tes ministres peuvent toujours être rencontrés - et sachent rendre leur maison belle comme une église.

Fais que la charité de nos pasteurs enflamme et nourrisse la charité de tous les fidèles,
de sorte que toutes les vocations et tous les charismes donnés par ton Esprit Saint puissent être accueillis et valorisés.

Mais surtout, ô Seigneur Jésus, accorde-nous l’ardeur et la vérité du coeur pour que nous puissions nous adresser à ton Père Céleste, en faisant nôtres les mots mêmes que Saint Jean-Marie Vianney utilisait lorsqu’il s’adressait à lui :

« Je vous aime ô mon Dieu, et mon seul désir est de vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie.
Je vous aime, ô Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en vous aimant, que de vivre un seul instant sans vous aimer.

Je vous aime, Seigneur, et la seule grâce que je vous demande,
c’est de vous aimer éternellement.

Mon Dieu, si ma langue ne peut dire à tous moments que je vous aime, je veux que mon coeur vous le répète autant de fois que je respire.

Je vous aime, ô mon divin Sauveur, parce que vous avez été crucifié pour moi ;
et parce que vous me tenez ici-bas crucifié pour vous.

Mon Dieu, faites-moi la grâce de mourir en vous aimant et en sentant que je vous aime. »

AMEN



 


Fête de Notre-Dame de la Délivrande, Patronne du diocèse de la Martinique

 

11 mai 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

PELERINAGE DE NOTRE DAME DE LA DELIVRANDE

Basilique du Morne Rouge, le 30 août 2013 à 10 heures.
Accueil et homélie de Mgr Michel Méranville

ACCUEIL : Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Sœurs et Frères de la Paroisse du Morne Rouge, et vous tous, pèlerins venus des quatre coins de la Martinique vénérer celle qui est la Patronne de Notre Diocèse, Notre-Dame de la Délivrande : « La paix soit avec vous ! ».
C’est toujours pour nous tous une grande joie de nous retrouver le 30 août pour fêter ensemble celle qui est la Patronne officielle de notre diocèse depuis le 13 décembre 1851, en offrant à Dieu le sacrifice eucharistique qui est la source et le sommet de notre vie chrétienne.
Au moment d’entrer dans cette Eucharistie qui est par excellence le mystère de notre foi , demandons au Seigneur de purifier nos vies en nous accordant son pardon et sa miséricorde.

HOMELIE

Sœurs et Frères, en préambule à l’homélie de ce jour, je veux rapidement rappeler les origines du pèlerinage qui nous rassemble aujourd’hui bien qu’elles soient déjà connues de la plupart d’entre vous.

Ce pèlerinage du 30 août au Morne Rouge est la suite d’un vœu que le premier Evêque de la Martinique, Monseigneur Le Herpeur, fit au cours du voyage en mer qui lui permettait de relier Brest à Fort de France, sur la corvette La fortune, où il s’était embarqué le 14 mars 1851, en compagnie de son vicaire général, d’un contingent de prêtres et de séminaristes.

Monseigneur Le Herpeur avait été jusque là et pendant trente années, chapelain de notre Dame de la Délivrande, un sanctuaire du Diocèse de Bayeux, en Normandie, à treize kilomètres de Caen, qui attirait depuis le 16° siècle une foule de pélerins.

Nommé évêque de la Martinique par le Pape Pie IX, Monseigneur le Herpeur s’embarque donc à Brest le 14 mars 1851. Au bout de dix jours de navigation le bâtiment qui le transporte est pris dans une tempête qui fait craindre un naufrage imminent. Le capitaine avertit l’Evêque de la gravité de la situation. On se confesse et on attend la mort.
Monseigneur le Herpeur qui était au courant des nombreux miracles qui avaient eu lieu dans le sanctuaire de Notre-Dame de la Délivrande, se tourne vers la Vierge Marie, l’invoque sous ce vocable et lui promet de lui consacrer son Diocèse si ses compagnons et lui-même parviennent sains et saufs en Martinique. Quelques heures après ce vœu, le vent tombait et la tempête se calmait.

Monseigneur Le Herpeur Débarquant à la Martinique le 25 avril 1851, avait eu pour premeir souci , de s’acquitter de son vœu à la Vierge. Mais où construire la chapelle qu’il voulait lui dédier ?
Il pensa d’abord à la ville de Saint Pierre où se trouvait l’Evêché. Mais une épidémie de fièvre jaune se déclarant à Saint Pierre l’évêque dût se réfugier au Morne Rouge pour s’y mettre à l’abri. C’est dans ce village qu’il prit la décision irrévocable de construire le sanctuaire qu’il destinait à la Vierge.

Monseigneur le Herpeur avait décidé d’organiser dans cette chapelle un pèlerinage semblable à celui qui existait en Normandie à Notre-Dame de la Délivrande . Il confia l’execution de sa volonté à la Congrégation des pères du Saint Esprit et tout particulièrement au révérend Père Dufrien qui fut le véritable organisateur de ce pèlerinage. Lorsque ce père mourut en 1868, il laissa la paroisse du Morne Rouge bien organisée et le pèlerinage en pleine extension. On peut donc dire que le Pèlerinage de Notre-Dame de la Délivrande, au Morne Rouge, date aujourd’hui de plus de 160 ans.

Mais qu’est-ce qu’un pèlerinage ?

Le pèlerinage est un phénomène qui remonte aux premiers siècles de l’histoire de l’Eglise. Alors que la société de ce temps là était très peu mobile , rivée à la terre et que les commerçants étaient peu nombreux, les croyants avaient déjà l’habitude de se rendre en groupe vers des lieux plus ou moins éloignés pour y vénérer soient des reliques, soit le tombeau d’une sainte ou d’un saint, y compris le tombeau du Christ à Jérusalem , ou un lieu où la Vierge se serait manifestée.

Le pèlerinage est une démarche qui conduit à sortir de soi, à se faire étranger (sens du mot latin peregrinus d’où vient le mot pèlerin) dans une volonté de conversion.
Cette démarche rappelle que la vie est un voyage plus ou moins long qui conduit à la rencontre avec Dieu. Nous sommes des pélerins, en marche non pas vers la mort, mais vers la vision ineffable de notre Dieu.
Pour cela il faut partir, se mettre en marche. « Quitte ton pays, quitte ta famille et les tiens » dit Dieu à Abraham. « Je te conduirai vers une terre où couleront le lait et le miel. » Abraham crut et il se mit en route. Prototype de tous les vrais croyants .

Le pèlerinage est donc autre chose qu’un voyage touristique pour se divertir en découvrant des paysages nouveaux, des personnes nouvelles et des particularités culinaires. C’est plutôt un ressourcement dans la foi, une démarche de conversion personnelle et collective.

C’est ainsi que l’Eglise le conçoit. Dès le 8° siècle, les pèlerinages faisaient partie des pénitences canoniques que l’on imposait aux pécheurs ayant pris la résolution de se convertir.

Toute la Bible est l’histoire d’un peuple que Dieu arrache à sa captivité, à son esclavage, pour le conduire vers la terre promise, la terre de la vraie liberté. Mais pour cela ce peuple doit traverser la mer qui symbolise tous les dangers, passer par le désert qui ne peut lui procurer sa subsistance qu’il menace au contraire par les morsures des serpents et des scorpions. Mais sous la conduite de Dieu qui marche avec lui sous la forme d’une nuée lumineuse le peuple peut poursuivre sa route.

Dieu lui-même le sustente en lui fournissant miraculeusement la nourriture et l’eau dont il a besoin et en le protégeant des morsures des serpents venimeux. Dieu est toujours en avant. Mais Il n’est jamais là où le peuple est tenté de l’enfermer. Et chaque fois que le peuple croit être arrivé au terme du chemin, qu’il s’installe et se sédentarise en se protégeant derrière les murs et les forteresses qu’il érige, alors c’est la catastrophe : le peuple est vaincu par ses voisins et emmené en déportation. L’itinéraire du peuple, loin de toute fausse sécurité doit l’amener à mettre sa confiance en Dieu seul et à prendre conscience que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu.

Dans l’Evangile de ce jour, Saint Luc nous montre Jésus passant d’une rive du lac à une autre rive. Il est installé avec ses disciples dans une barque qui cherche à effectuer cette traversée du lac, comme Monseigneur Le Herpeur, celle de l’Atlantique en passant de Brest à Fort de France. Et c’est la tempête ! Si violente que les disciples prennent peur et croient périr. Ils appellent le Maître qui sommeille. Leurs cris le réveillent. Jésus leur dit alors :« Hommes de peu de foi ». Il calme la tempête. Et cette interrogation monte spontanément sur leurs lêvres : « Qui est-il donc, puisque le vent et la mer lui obéissent ? »

Notre vie est un voyage, au cours duquel il nous faut traverser bien souvent des tempêtes et des turbulences que sont les échecs, les déconvenues de la vie, les tentations, le péché, la souffrance, la mort. Pendant ce temps, Dieu semble dormir. Et quand survient une catastrophe, un échec, une maladie, un deuil, nous sommes tentés de dire : « Mais que fait Dieu ? Pourquoi dort-il ? »

Dieu est toujours là et même lorsqu’il semble dormir, il veille sur nous, il est présent dans notre barque. Et cette barque ne peut couler, si nous lui faisons confiance, si nous crions vers lui de toutes nos forces, mais surtout si nous écoutons sa voix.

Les pèlerinages nous invitent à sortir de nos enfermements habituels : nos peurs, nos routines, notre égoïsme, nos préjugés . Ils nous donnent de prendre le risque de nous ouvrir à la découverte des autres, à élargir notre fraternité et la dimension de notre cœur.

Dans tous les lieux de pèlerinage consacrés à la Vierge, la Mère du Sauveur nous redit inlassablement le même message : « Allez à mon Fils et faites tout ce qu’il vous dira. »
Et le Fils nous demandera toujours de nous convertir à sa suite. Il nous demandera de quitter notre ancienne manière d’être. De rompre avec nos mauvaises habitudes et notre péché. Il nous demandera de renoncer à notre égoïsme pour nous ouvrir d’avantage aux autres et cheminer avec eux de manière plus solidaire sur la route dont nous ne savons pas à quel moment elle s’achèvera ici-bas.

Le Seigneur nous demande de rester vigilants : « Veillez et priez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».
Le pèlerinage, à sa manière, nous invite à rester éveillés, c’est à dire constamment en marche, actifs à faire le bien en se dépassant pour Dieu et pour nos frères.

Que par l’intercession de Notre-Dame de la Délivrande, nous soyons délivrés de nous-mêmes.

Amen !

+Michel MERANVILLE



 


Restez en tenue de service, tenez-vous prêts !

 

15 août 2013 2013 par Mgr Michel Méranville

Retrouvez le dernier éditorial proposé pour le site diocésain par Mgr Michel Méranville :

c’est le moment des vacances que Jésus choisit pour nous demander de « rester en tenue de service et de garder nos lampes allumées comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces. » Il nous rappelle que nous ne sommes jamais en vacances du point de vue du service !

Sœurs et Frères, la Paix soit avec vous !

Dimanche dernier, le Christ nous disait avec force que ce serait une folie de s’attacher inconsidérément aux biens matériels et de chercher sa sécurité dans l’argent et la richesse. Il nous disait sentencieusement : « La vie d’un homme, fut-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. »
En ce dix-neuvième dimanche du temps ordinaire, année liturgique « C » l’Église nous fait entendre un message à peu près semblable, mais qui insiste surtout sur la nécessité d’être toujours prêts à accueillir le Christ, dès qu’il viendra frapper à notre porte.
Lisons d’abord, si vous le voulez bien, l’Évangile de ce jour, qui est un passage de la Bonne Nouvelle, selon Saint Luc, au chapitre 12, versets 32 à 48.

Nous sommes à mi parcours du temps des vacances, qui nous invite au repos, à la détente, à un certain assouplissement de nos activités habituelles. Et c’est précisément ce moment que Jésus choisit pour nous demander de « rester en tenue de service et de garder nos lampes allumées comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces. » Il nous rappelle en quelque sorte, que nous ne sommes jamais en vacance, du point de vue du service : « Restez en tenue de service » dit-il. « Gardez vos lampes allumées », « Soyez comme des serviteurs qui attendent le retour de leur maître pour lui ouvrir. »
Ce sont là autant d’invitations à ne pas se relâcher, à ne pas se démobiliser, à ne pas opter pour le désœuvrement, l’inaction, la paresse.

Jésus dit : « Tenez-vous prêts » et il ajoute :« Heureux le serviteur que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller. »
Mais pourquoi cette insistance de la part du Christ ? Pourquoi demande-t-il tant à ses disciples d’être des serviteurs vigilants et actifs ? Et de quel service s’agit-il ?
La veille de sa mort, au cours du dernier repas qu’il prenait avec ses disciples, Jésus s’était ceint les reins avec un linge, et une bassine d’eau entre les mains, au grand scandale de ses disciples, il s’était mis à genoux devant eux pour leur laver les pieds.
A ceux , notamment Pierre, qui s’en étonnaient et étaient même scandalisés par ce geste, il avait dit : « Vous m’appelez maître et Seigneur, je le suis en effet. Mais je suis parmi vous comme celui qui sert. » C’est l’exemple que je vous donne . Le disciple n’est pas au dessus du maître. Donc si moi, je suis votre serviteur, vous devez vous aussi être au service les uns des autres.

Le mot « service » est très mal compris aujourd’hui. Il a même une connotation péjorative. Sans doute parce qu’il nous rappelle la condition d’esclaves de la plupart de nos ancêtres. Mais dans la bouche de Jésus, ce mot a une signification théologique même. Parce qu’il exprime sa nature même et pour quoi il est venu dans notre monde.
C’est vrai que le serviteur n’est pas comme le maître. Le serviteur est quelqu’un qui est essentiellement tourné vers les autres et non pas vers soi-même. C’est celui qui même lorsqu’il aura fait tout ce qu’on attend de lui ne peut prétendre à une reconnaissance quelconque, car il n’aura fait que son devoir.

Le Serviteur est celui qui après une lourde journée de travail obéit sans rechigner au maître qui rentre chez lui et lui dit : « Fais la cuisine, dresse la table, sers moi à manger et après tu pourras te reposer… » Son rôle de serviteur, c’est cela : être au service.
Jésus est venu pour servir. Lorsque Saint Pierre veut résumer la vie de Jésus, dans les Actes des Apôtres il dit simplement ceci : « Il est passé en faisant le bien. » Il n’avait pas une pierre ou poser la tête ; il n’a jamais fait de miracle pour lui même, afin d’assouvir sa faim ou d’avoir une vie confortable. Tout ce qu’il a fait a toujours été pour les autres : il leur a tout donné y compris sa vie. Et s’il nous appelle à être ses disciples, c’est pour « servir » comme lui. « Tu nous as choisis pour servir en ta présence » dit une prière eucharistique !
Mais qui devons-nous servir en priorité ? La jeune sainte Jeanne d’Arc répondait à cette question en disant : « Messire Dieu, premier servi. »

Le premier commandement dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, par dessus tout. » Dieu passe avant toute chose, avant toute urgence.
Jésus est Dieu et il affirme très nettement que c’est lui le maître que nous devons servir. Nous devons nous tenir toujours prêts à lui ouvrir à tout moment et à le servir en faisant ce qu’il attend de nous.
Sommes-nous prêts à l’accueillir à tout moment ?
Le Grand Saint Augustin exprimait sa crainte de ne pas ouvrir à Jésus « qui passe et frappe à la porte. »

En ce temps de vacances, accordons-nous une plus grande attention au Seigneur désireux d’entrer dans nos vies et de s’y installer ?
Alors que nous avons trouvé du temps et des moyens pour suivre la course des Yoles, avons-nous trouvé une heure pour nous rendre à la messe dominicale ou à celle qui anticipe le dimanche, le samedi soir ?
Avons-nous cherché quelques moments de silence et de tête à tête avec notre Sauveur pendant la semaine ?
Nous sommes-nous efforcés de lire un chapitre d’Évangile en entier ?
Avons-nous médité un passage de la Sainte Écriture ?

Et puis N’oublions pas que le premier commandement est suivi d’un deuxième qui fait un tout avec lui et qui se formule ainsi : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Jésus faisait lui même un commentaire en disant :
« Ces deux commandements n’en font qu’un. »
« On ne peut prétendre aimer Dieu que l’on ne voit pas, sans aimer son frère que l’on voit » affirme Saint Jean.
Jésus dit d’ailleurs : « Tout ce que vous faites à l’un de ces petits, qui sont vos frères, c’est à moi que vous le faites . »
Dans la fameuse scène du Jugement dernier, selon Saint Matthieu au chapitre 25. Jésus s’identifie à chaque homme. Chacun de nos frères est donc Jésus en personne, qui nous interpelle, au-delà de ses apparences.
C’est dans la personne de nos frères que Jésus veut être reconnu, accueilli et servi.
C’est à travers les évènements, les personnes, les situations diverses que le Christ frappe à nos portes et nous demande d’ouvrir nos cœurs, notre intelligence, notre compte en banque s’il le faut, pour faire un acte de solidarité et de service. Cela, nous le savons, même si souvent nous préférons l’oublier. C’est donc à tout moment que nous devons nous tenir au service de nos frères.

Et puis il y a aussi un moment auquel le Christ nous demande de penser : c’est celui où il viendra frapper une dernière fois à la porte de chacun d’entre nous . Ce sera au moment de ce que nous appelons « notre mort » mais dont le Christ nous parle comme d’un passage de ce monde auprès de Dieu ?
Pensons-nous parfois à ce moment ultime de notre existence ?
Tous les jours nous apprenons le décès inattendu de telle ou telle personne, dans un accident de la route, ou de plus en plus fréquemment à l’occasion d’un AVC , ou d’une embolie pulmonaire … Le jeune âge n’immunise pas nécessairement contre la maladie et la mort. Mais nous ne nous sentons pas concernés, parce que cela arrive toujours aux autres et nous préférons croire que cela ne nous arrivera jamais . Nous adoptons l’attitude de l’autruche qui, paraît-il, enfouit sa tête dans le sable pour ne pas voir le danger qui l’approche.

Mais un jour, et c’est la plus certaine des choses, le Christ frappera à notre porte. Pour reprendre l’image qu’il nous donne, « Il viendra comme un voleur, à l’heure où on l’attend le moins. Et il nous demande d’être prêts.
Demandons lui de nous trouver ce jour-là en tenue de travail, prêts à l’accueillir.

Autrefois les prêtres nous incitaient à penser à nos fins dernières, comme on disait à l’époque. Ce n’était pas pour cultiver l’angoisse ou la peur, mais pour nous rappeler d’une part que nous sommes des passagers sur cette terre que nous devrons quitter un jour. Et d’autre part pour nous dire que nous sommes en marche vers une demeure éternelle où nous attend Notre Père des cieux, celui que nous aimons sans le voir. Il nous a déjà préparé une place. Il nous attend. Nous devons penser de temps à autre à cette rencontre indicible avec lui.
Les premiers chrétiens pensaient à ce jour comme à celui de leur vraie naissance et ils avaient parfois hâte qu’il vienne.

Le fait de ne plus avoir cette perspective nous prive de l’espérance dont nous avons tant besoin dans ce monde de plus en plus désabusé.
« Restez en tenue de service ! Tenez-vous prêts ! Nous dit le Christ. C’est à l’heure où vous y penserez le moins que le Fils de l’Homme viendra. » Nous aurions tort de ne pas prendre au sérieux cet avertissement.
Cependant attendre le Seigneur ne signifie pas se croiser les bras. Travaillons à nous dépouiller de tout ce qui n’est pas essentiel. Acquittons-nous consciencieusement de nos tâches, même les plus banales. Assumons nos responsabilités comme autant de services rendus à nos frères. Faisons grandir notre confiance en Dieu par la méditation de sa Parole et la Prière.

Et que Dieu tout puissant nous bénisse : Le Père, le Fils et le Saint Esprit.
Bon dimanche et Bonne semaine à tous.



 


Le bon samaritain

 

10 août 2013 2013 par Mgr Michel Méranville

Retrouvez l’ éditorial publié sur le site diocésain par Mgr Méranville, à l’occasion du dimanche du « Bon Samaritain ».

Frères et sœurs, la Paix soit avec vous.

Sans vouloir faire preuve d’outrecuidance je préférerais appeler « Dimanche de « l’Arroseur arrosé » ce quinzième dimanche du temps ordinaire de l’Église année liturgique « C » connu souvent sous le nom de « Dimanche du Bon Samaritain . »
Pour comprendre et peut être partager ce point de vue, relisons ce passage de l’Évangile selon Saint Luc au chapitre 10, versets 25 à 37).

C’est donc un docteur de la Loi, c’est à dire un spécialiste de la Bible, qui veut mettre Jésus à l’épreuve en lui posant cette question : « Maître que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? »
La Bible comportait des centaines de commandements (613 très exactement dont 365 commandements négatifs, et 248 positifs) alors dans ce foisonnement de préceptes quel commandement devait on impérativement pratiquer pour être sauvé ?

De la part de ce docteur de la loi, la question était un test destiné plutôt à mettre Jésus en difficulté. Néanmoins cette question ne doit pas nous laisser indifférents car au moins elle traduit un certain souci de la vie éternelle qui n’est malheureusement plus aujourd’hui la préoccupation de la plupart des chrétiens ?
Combien parmi eux (et je devrais plutôt dire « parmi nous ») croient-ils encore à la vie éternelle ? Dans ce monde matérialiste et pragmatique, la vie est considérée comme étant uniquement le temps qui s’écoule de notre naissance à notre mort. Et la mort c’est : la fin de la vie , le retour au néant. Après il n’y a plus rien. Aussi disent-ils puisque nous n’avons qu’une seule vie, profitons-en sans nous poser de question. En conséquence on brûle la vie par les deux bouts, on se libère de toute contrainte, de toute morale, on ne pense qu’à satisfaire ses besoins, ses envies, ses caprices fut-ce au grand dam des autres.

La question de ce docteur de la Loi est peut être l’occasion pour chacun d’entre nous de se demander s’il croit vraiment en la vie éternelle et s’il s’inquiète des conditions pour y avoir part.
Un jour ou l’autre, nous avons certainement été visités par cette question : Est-ce que Dieu existe vraiment ? En corollaire à cette question : Qu’est-ce qu’il y a après cette vie ?
Nous avons sans doute déjà entendu parler de ce que l’on a appelé : « Le pari de Pascal ». Ce grand penseur écrivait en effet : « Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter. »
« Prendre croix » dans le langage de l’époque signifiait « miser », « parier ». Pascal incitait ses contemporains à miser sur l’existence de Dieu et de la vie éternelle, en disant en clair : Si vous pariez que Dieu existe, que vous misez sur lui et que Dieu existe vraiment, alors vous gagnez tout. Et s’il s’avère que Dieu n’existe pas, vous ne perdrez rien. Misez donc sur Dieu.

Ce pari est logique. Mais l’éternité de Dieu ne peut se jouer à pile ou face. Il nous faut choisir et c’est la foi qui nous donne la grâce de nous déterminer.
Le docteur de la Loi, voulait mettre Jésus à l’épreuve. Mais c’est là où j’ai envie de dire que l’arroseur se fait arroser, parce que au lieu de répondre à sa question Jésus la lui retourne. « Tu demandes ce que tu dois faire pour avoir part à la vie éternelle ! Mais dans la Loi qu’y a-t-il d’écrit ? Que lis-tu ? » lui demande-t-il. Et l’autre de répondre : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi même. » Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie. »
Pour ce docteur de la Loi, aimer Dieu par dessus tout, c’est évident. Mais aimer son prochain comme soi-même demande des précisions. Car qui est mon prochain ?

Le prochain est par définition : « celui qui nous est proche. » Mais quelles sont l’extension et les limites de cette proximité ? » Autrement dit : le prochain, sont-ce seulement les membres de la famille, les amis , parents et alliés, les compatriotes, les gens du même parti politique, de la même couleur de peau et de la même nationalité ? Les gens qui sont du même milieu social que nous ou qui ont reçu la même éducation que nous ? Comment peut-on dire de quelqu’un qu’il est notre prochain ?
« Et qui est mon prochain ? »demande notre docteur de la Loi !
Jésus ne répond pas par une définition, il répond par une parabole.

Jésus commence cette parabole en disant : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ».Jésus parle seulement d’un homme. Il ne dit pas s’il était Juif , païen ou samaritain. Il ne dit pas quelle serait sa profession, quelles seraient ses croyances religieuses, il nous dit simplement que c’est « un homme . »
Il se rend de Jérusalem à Jéricho.
Jérusalem c’est la ville sainte où se trouve le temple de Dieu. C’est la ville de lumière qui symbolise la présence de Dieu parmi son peuple.
Cet homme sort donc de cet endroit privilégié pour se rendre à Jéricho , cette ville qui se situe à l’endroit le plus bas du globe, près de la mer morte, à 300 mètres en dessous du niveau de la mer. La ville où l’on étouffe.
Cet homme est agressé par des bandits qui le dépouillent de ce qu’il a et le laissent à moitié mort sur la route après l’avoir roué de coups.

Par hasard un prêtre descendait par ce chemin. Il vit le blessé mais passa de l’autre côté de la route. Pourquoi ce prêtre qui devrait donner l’exemple de la charité préfère-t-il passer de l’autre côté du chemin pour ne pas avoir affaire avec le blessé ? Les exégètes disent : Très probablement le prêtre était de service au temple. Et s’il avait touché le blessé qui saignait ou qui était apparemment mort, il aurait contracté une impureté légale prévue par le Lévitique qui lui aurait interdit toute fonction religieuse pendant au moins huit jours.

Arrive un lévite, c’est à dire un serviteur du temple, un religieux tenu de donner l’exemple du respect de la Loi de Dieu. Mais il fait comme le prêtre et pour les mêmes raisons passe de l’autre côté du chemin.

Arrive alors un Samaritain qui était en voyage. A l’époque, les samaritains étaient considérés comme des pestiférés. Ils étaient hérétiques parce qu’ils ne pratiquaient pas comme les Juifs, ils n’adoraient pas Dieu à Jérusalem mais sur le Mont Garizim, ils étaient pour ainsi dire le mal incarné.
A la vue de l’homme qui git sur la route, ce samaritain est saisi de pitié. Il s’approche du blessé, il panse ses plaies en y versant de l’huile et du vin, puis il le charge sur sa propre monture et le conduit dans une auberge. Il demande à l’aubergiste de prendre soin de lui, il le paye à l’avance en lui disant : « Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai. »

Jésus demande alors au docteur de la Loi : « Lequel des trois à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ? »
Ici encore, c’est l’arroseur qui est arrosé. Le docteur de la Loi demandait : « Qui est mon prochain ? » Jésus ne lui répond pas par une définition quelconque comme celles que nous trouvons dans notre petit catéchisme. Mais après lui avoir fait écouter cette parabole , Jésus lui pose la question : « Lequel des trois hommes a été le prochain de l’homme tombé entre les mains des bandits. »

Le Docteur de la Loi ne peut répondre en se réfugiant derrière les textes de la Loi. Il doit donner son propre avis et il répond : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Et Jésus lui dit : « Va , et toi aussi, fais de même. »
On n’est pas obligé d’être chrétien, juif ou croyant pour porter secours à une personne en détresse. La loi civile elle-même nous oblige à venir en aide à personne en danger ou en détresse et si nous ne le faisons pas nous sommes passibles de poursuite pour non assistance à personnes en difficultés.
L’entraide est un sentiment assez spontané que ressentent la plupart des gens sans que la religion ait besoin d’intervenir.

Néanmoins l’Évangile d’aujourd’hui demeure une bonne nouvelle pour les chrétiens mais aussi pour tous les hommes qui cherchent avec droiture et qui attendent un réponse à leurs interrogations.
L’Évangile nous rappelle d’abord que toute la Loi et les Prophètes (toute la religion résume en ceci : « Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit et aimer le prochain comme soi-même. »
Jésus disait : « Ce commandement résume tous les autres. » C’est cela qu’il faut mettre en pratique pour avoir la vie éternelle. Car il ne suffit pas de dire « Seigneur, Seigneur » pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut mettre en pratique les commandements et celui –là résume tous les autres.
Mais qui est mon prochain ?
La grande nouveauté de l’Évangile, c’est de nous obliger à nous demander : Qui est véritablement notre prochain ? Car nous sommes tous tentés de considérer que notre prochain est celui qui fait partie de notre petit cercle humain soit par la parenté, la connaissance, les proximités de toute sorte. De toute manière nous excluons de ce cercle nos ennemis. « Tu aimeras ton prochain » disait l’Ancien Testament, « Mais tu haïras ton ennemi. »
Ce n’est pas par hasard que Jésus a mis en scène un Samaritain car les samaritains étaient considérés comme des ennemis du peuple de l’Alliance. L’amour, la compassion, l’entraide, ne doivent pas se réserver à un petit nombre mais à toute personne en difficulté. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous veulent du mal » c’est le message de l’Évangile.
La parabole de Jésus a certainement converti le docteur de la Loi. Aura-t-elle le même effet dans nos cœurs et dans notre vie ?

Saurons-nous être attentifs aux misères de ceux qui nous entourent ?. Prions-nous pour ceux qui souffrent ,en essayant pendant quelques secondes de prendre leur places sur leur lit de douleur ?
Cherchons-nous à nous rendre proches les uns des autres au lieu de nous renfermer sur notre propre sécurité en invoquant toutes sortes d’excuses y comprises religieuses.

Une des clés de cette parabole c’est le Samaritain. Nous l’appelons « le Bon Samaritain ». Il existe même une fraternité du « Bon Samaritain » qui aide les hommes de bonne volonté à se réconcilier pour panser les blessures que nous portons tous ou que nous infligeons tous aux autres qui nous entourent.
Certains intellectuels maîtrisant bien la langue française font remarquer que dire « Bon samaritain » c’est faire un oxymore, c’est à dire le rapprochement de deux mots contradictoires. Car Samaritain était synonyme de « Mauvais » à l’époque de Jésus. Et dire le « bon samaritain » reviendrait à dire « le bon mauvais » : oxymore par excellence.
Oxymore pour la littérature et la grammaire. Mais chemin de vie et de conversion tel est le message de ce dimanche.

Le Samaritain, en fait, c’est lui, Jésus-Christ. Le Verbe de Dieu qui s’est fait chair.

Nous disons dans notre credo : « Il est descendu du ciel ».

Par amour pour nous, il s’est fait homme. Et il est venu prendre sur lui le poids de nos péchés.
Il est descendu aux enfers. Comme cet homme descendu de Jérusalem à Jéricho.

Il a pris soin de notre humanité laissée comme morte par le péché originel et par le péché et le Mal qui sont devenus les maîtres de notre monde.

Il a soigné cette humanité par la grâce répandue sur elle, par les sacrements qui guérissent ses blessures. Il l’a relevée et l’a installée à sa place, sur sa monture. En effet il a fait de nous ses frères et sœurs, héritiers des promesses du Père.

Il a conduit notre humanité à l’auberge qui est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, chargée d’accueillir tous les hommes pour leur dire qu’ils sont aimés de Dieu parce qu’ils sont ses enfants et qu’ils doivent s’aimer les uns les autres parce qu’ils sont véritablement frères, quelles que soient les différences entre eux.

Le message de Jésus est important, plus encore de nos jours, pour la survie de l’humanité. Car ou bien on continuera à favoriser les sectarismes en tout genre, ou bien par le pardon et l’amour des ennemis, les hommes construiront un monde de paix, de réconciliation et de joie.

En ce dimanche, qui est aussi la fête nationale de la France, rappelons-nous ces idéaux qui sont Liberté, Égalité, Fraternité contenus dans la Bonne Nouvelle que Jésus est venu nous apporter en la signant de son sang, et que Dieu tout puissant vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint Esprit.



 


Défendons la famille ! (2)

 

11 mai 2015 2015 par Mgr Michel Méranville

Dans la seconde partie de cet enseignement qu’il a donné le dimanche 23 juin 2013, lors de la Fête de la Famille organisée à Ducos par radio Saint-Louis, Mgr Méranville insiste sur le sens du mariage chrétien.

Seconde partie

Le mariage chrétien est le signe de la manière dont Dieu nous aime. Par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, Dieu fait Alliance avec nous. Cette Alliance est telle que Dieu ne se contente pas de se manifester ou de nous visiter, mais en la personne de son Fils, le Verbe éternel, Dieu s’incarne, il prend chair, il devient l’un d’entre nous. Cette Alliance est le modèle du mariage chrétien.

Le mariage chrétien n’est pas un simple contrat. Un contrat comporte des conditions : Je te donne ceci et en échange, tu me donnes cela. Je t’aime si tu m’aimes, mais si tu ne m’aimes plus moi aussi je cesserai de t’aimer. Ça ce sont nos accords, nos contrats.
Mais le mariage chrétien, le mariage religieux, c’est un homme qui dit à une femme : « Je me donne à toi. » C’est une femme qui dit à un homme « Je me donne à toi. » Je me donne. Non pas : je me prête à toi. Ou je me donne à l’essai, si ça va, je reste avec toi ; si ça ne va pas, je te quitte.

Ce n’est pas de cette façon que Dieu nous aime. Pour Dieu, aimer c’est tout donner, sans condition. Dieu ne se reprend jamais quel que soit l’accueil que nous fassions à son don.
Donner, c’est faire cadeau. Un cadeau qui serait fait avec des conditions ne serait plus un cadeau, ce serait plutôt une affaire, un bisness , un échange, un troc… un cadeau a une dimension de gratuité.
Je te fais un cadeau parce que je t’aime. Je ne peux pas te facturer un cadeau ou attendre que tu me donnes l’équivalent en retour. Je ne peux pas te dire non plus : « Qu’as-tu fait de mon cadeau ? », car à partir du moment où je te l’ai donné, ce cadeau n’est plus à moi mais à toi et tu en disposes comme tu l’entends.
Bien entendu, lorsque le cadeau et bien accueilli par celui qui le reçoit, le donneur est rempli de joie. Il est sans doute triste lorsque le cadeau est mal compris et mal reçu. Mais c’est le risque que prend celui qui donne. C’est le risque que prend Dieu en nous aimant.

Le mariage chrétien est de cette nature c’est pourquoi un vrai mariage chrétien ne peut jamais être dissous. C’est pourquoi l’on parle de l’indissolubilité du mariage.
Un vrai mariage conclu librement, en toute connaissance de cause, sans empêchements dirimants, ne peut jamais être annulé.
Il y a de plus en plus de couples qui demandent l’annulation de leur mariage. Mais l’Église n’a aucun pouvoir de défaire ce que Dieu a uni. L’Église ne peut que constater la nullité du mariage en reconnaissant qu’il y a des causes qui ont rendu ce mariage nul de sorte qu’en fait, et même s’il a été célébré à l’Église, ce mariage n’a pas existé vraiment.

Prenons un premier exemple, celui de la consanguinité. On découvre que X et Y qui se sont mariés sont des demi-frères et sœurs, qui ignoraient qu’ils avaient le même père. L’Église déclare que leur mariage est nul. Ce n’est pas l’Église qui annule leur mariage. Mais il y a entre les deux conjoints un empêchement dirimant, celui de la consanguinité qui fait que ce mariage est nul à sa racine même. Donc, en fait, même s’il y a eu une belle cérémonie, ce mariage est nul, il n’a jamais existé. Et après avoir recherché les preuves, les témoignages de cet empêchement l’Église déclare que ce mariage est nul. Mais ce n’est pas l’Église qui annule, elle n’en a aucun pouvoir.

Prenons un autre exemple  : Jules a épousé Josette par peur du papa de Josette qui avait promis de le décapiter s’il ne réparait pas ainsi le fait d’avoir eu des relations sexuelles avec Josette. Jules ne voulait pas du tout épouser Josette mais la peur du coutelas lui a fait dire oui et le mariage a eu lieu. On peut prouver que c’est la peur qui a été à l’origine de ce mariage que Jules n’a jamais voulu. Alors on peut entamer une action en annulation au terme de laquelle l’Église constatant qu’ayant été marié de force, Jules n’a en fait jamais été marié. Elle déclare nul son mariage.

Dans chaque Diocèse, il y a une instance que l’on appelle « une Officialité » avec à sa tête un vicaire judiciaire agissant au nom de l’Évêque et chargé d’instruire les causes de plus en plus nombreuses de chrétiens qui, pour une raison ou une autre, souhaitent l’annulation de leur mariage.
Ce qu’il faut retenir en clair, c’est qu’ un mariage que l’on a voulu librement, en connaissance de cause et sans empêchement dirimant ne peut jamais être dissous. Précisons qu’ un empêchement dirimant est un empêchement absolu, qui annule un mariage, qu’il soit de bonne foi ou non. Comme par exemple celui de la consanguinité, ou de la violence ou du dol, etc…

C’est pourquoi le mariage chrétien suppose une bonne préparation.
Préparer son mariage, ce n’est pas seulement se soucier de louer à l’avance l’endroit où se déroulera la réception ou l’orchestre qui viendra animer le bal.
Il ne s’agit pas seulement de prévoir les costumes, la décoration de l’Église ou même les textes qui seront lus ce jour-là. Il s’agit surtout de prendre conscience que le mariage n’est pas simplement une cérémonie religieuse, mais l’engagement pour les époux, de s’aimer comme Dieu nous aime. C’est-à-dire, malgré les difficultés de se garder fidélité et cela pour toute la vie.
L’amour est un feu. Mais un feu ne se réduit pas à un feu de paille, sinon il s’éteint bien vite. Il faut peut être la paille pour l’allumer. Mais pour que le feu dure on va l’alimenter avec des buches ou du charbon de bois ou même des boulets de coke.

Il y a dans les paroisses des centres de préparation au mariage, des équipes formées pour accueillir les demandeurs. Il faut s’y prendre à l’avance, ne pas considérer comme une corvée ou comme une humiliation, le fait de suivre la préparation au mariage.
Le but de ces préparations n’est pas d’obtenir l’autorisation de se marier comme s’il fallait un laisser passer pour être admis par le prêtre à se marier à l’église.

La préparation au mariage est aussi l’occasion de redécouvrir Jésus-Christ et de prendre conscience qu’on décide de vivre le mariage non pas avec les critères du monde mais avec les siens, ceux de l’Evangile.
Hier soir, j’ai rencontré un monsieur qui m’a demandé de prier pour son couple qui devait fêter aujourd’hui ses 25 ans de mariage. Il me disait : il y a eu des hauts et des bas, nous avons tous deux fait des sacrifices, mais nous sommes là, heureux d’être ensemble.

Etre chrétien c’est découvrir qu’avec le Christ tout est possible. Certes, ce n’est jamais facile, mais on n’a rien sans peine. Il faut y mettre le prix.
Dans l’Évangile, le Christ nous dit : « Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt il porte beaucoup de fruit ». Le mariage chrétien comporte nécessairement des sacrifices.
L’amour conjugal vrai et bien compris, sans sous-estimer les autres fins du mariage, rend les époux chrétiens disponibles pour rendre gloire au Créateur en assumant le rôle de procréateur, c’est-à-dire en mettant au monde des enfants qu’ils auront à nourrir à protéger et à éduquer chrétiennement.
Le but du mariage chrétien est de fonder une famille. La famille est la cellule de base de la communauté humaine.

Le Fils de Dieu lui-même en s’incarnant a voulu naître dans une famille. Dans cette famille il a grandi, il a été protégé, éduqué. Il a même été réprimandé lors de son escapade dans le temple de Jérusalem au retour du pèlerinage de Pâques. Il était resté dans le temple alors que ses parents le croyaient avec des proches dans la caravane. Ils l’avaient cherché pendant trois jours. En le retrouvant, la Vierge Marie ne s’est pas empêchée de lui dire : « Mon enfant pourquoi as-tu agi ainsi avec nous ? Vois, ton Père et moi nous te cherchions tout angoissés. »
C’est dans sa famille, auprès de Joseph que Jésus a appris un métier, celui de charpentier. C’est dans sa famille qu’il a appris à prier, à connaître les psaumes, à découvrir la liturgie.

La famille est appelée par Dieu à remplir une mission qui comporte plusieurs devoirs.
D’abord la famille doit former une communauté de personnes fondée par l’amour et vivifié par lui. Sans amour, la famille ne peut vivre, grandir et se perfectionner en tant que communauté de personnes.
La première communion est celle qui s’établit et se développe entre les époux : l’homme et la femme ne sont plus deux, mais une seule chair. Mais cette communion ne peut grandir sans écoute mutuel et sans partage et sans prière.

Les Équipes Notre-Dame (les END) qui forment une association où se regroupent des couples chrétiens, désireux de pérenniser leur vie de couples et de l’épanouir, disent que le secret de leur réussite, c’est la prière en commun et le devoir de s’asseoir, pour échanger à la lumière de l’Evangile.

Tout d’abord, La prière en commun : beaucoup de couples chrétiens ont pris l’habitude de prier, chacun de son côté. Prier ensemble est important. On ne peut prier ensemble si on est fâché l’un contre l’autre ou si l’on a mauvaise conscience. On est obligé de se réconcilier, de faire la paix et d’être aussi en paix devant Dieu pour prier ensemble.

Ensuite, Le devoir de s’asseoir est celui de prendre le temps de faire le point une fois par mois. De même qu’un épicier doit faire l’inventaire des denrées qu’il a dans sa boutique pour savoir ce qu’il a vendu, quel stock lui reste, quel produit s’est vendu le mieux, quelle denrée lui reste sur les bras, le devoir de s’asseoir est le devoir de faire un petit inventaire de sa vie à deux, évaluer les projets que l’on a fait, voir où l’on en est, vider aussi son sac. Sinon ce sont des petites gouttes d’eau qui s’accumulent si on ne dit rien et un jour c’est la goutte de trop qui fait déborder le vase. « Si nous té prend temps pou nous té palé » dit la chanson.

La famille a encore une mission primordiale : celle d’éduquer les enfants. Ce n’est pas d’abord à l’école de faire l’éducation des enfants, mais aux parents. Ce sont eux les premiers éducateurs des enfants.
De même, c’est aux parents de faire découvrir le Christ à leurs enfants, dès leur plus jeune âge (l’Éveil à la foi) et de les instruire par leur exemple. Des parents de plus en plus nombreux prennent conscience de cette tâche.
Dans l’Église primitive les parents et les enfants formaient un seul corps lorsque les parents étaient baptisés, les enfants l’étaient aussi. Nous en avons un exemple dans les actes des Apôtres au chapitre 16, lorsque le gardien de prison qui a vécu le tremblement de terre qui a libéré Paul et Silas de la prison qu’il surveillait demande le baptême : « il reçut le baptême lui et tous les siens. »

La famille est la plus belle image qui soit de la Sainte Trinité. Mais elle a de nombreuses missions : elle est au service de la formation de communautés, elle est au service de la vie, elle participe au développement de la société et de l’Église. Elle est elle-même la première Église domestique.

« L’avenir de l’humanité passe par la famille », écrivait le Pape Jean-Paul II. Et c’est en continuant à le citer que je veux terminer cet entretien. Il disait :

« Il est indispensable et urgent que tout homme de bonne volonté s’emploie de toutes ses forces à sauvegarder et à promouvoir les valeurs et les exigences de la famille. Je me sens poussé à demander à ce sujet un effort particulier aux fils de l’Eglise. Dans la foi, ils ont une pleine connaissance du merveilleux dessein de Dieu, ils ont donc une raison de plus de prendre à cœur la réalité de la famille, dans ce temps d’épreuve et de grâce qui est le nôtre. Ils doivent aimer la famille de façon particulière. C’est là une consigne concrète et exigeante.
Aimer la famille signifie aussi reconnaître les dangers et les maux qui la menacent afin de pouvoir les surmonter.
Oui, il faut que les familles d’aujourd’hui se ressaisissent ! Il faut qu’elles suivent le Christ. »

C’était l’exhortation finale de Jean-Paul II que je reprends à mon compte pour vous l’adresser aujourd’hui : il faut que nos familles se ressaisissent, et elles ne peuvent le faire qu’en décidant de suivre le Christ !

Amen !



 


Défendons la famille ! (1)

 

4 juillet 2013 2013 par Mgr Michel Méranville

Enseignement donné par Mgr Michel Méranville lors de la Fête de la Famille le 23 juin 2013.

1ère partie

Sœurs et Frères, Bonsoir ! La Paix soit avec vous !

Depuis 2007, année où elle a célébré son 25ème anniversaire, radio Saint-Louis organise, fin juin, une grande manifestation qui permet à ses membres actifs (direction, animateurs, bénévoles assurant l’accueil) et à tous ses auditeurs de se rencontrer pour rendre grâce au Seigneur, le remercier pour toutes ces années (31 années en 2013) au cours desquelles, selon le souhait de Mgr Jean-Michel, RSL a permis à l’Evangile de se répandre par-dessus les toits de la Martinique, et aujourd’hui grâce à internet, en passant par-dessus les océans, dans le monde entier !

Cette année encore, Radio Saint Louis a organisé ce rassemblement devenu désormais traditionnel, pour exprimer sa reconnaissance à Dieu, avec la participation de tous dans la joie, la prière et l’action de grâce.
L’Evêque étant la tête du Diocèse est bien entendu invité à chacun de ces rassemblements et c’est avec une grande joie qu’il répond bien volontiers à cette invitation chaque fois que cela lui est possible et que sa santé ne l’en empêche pas.

En l’occurrence, j’en profite pour remercier aujourd’hui tous ceux qui ont prié pour moi lors de mes soucis de santé. Comme vous pouvez le constater puisque je suis là ce soir au milieu de vous, la santé se rétablit avec la grâce de Dieu.

A l’occasion de ce rassemblement annuel, Radio Saint Louis a toujours souhaité qu’il y ait un temps d’enseignement. Après l’agitation que nous avons connu récemment avec le projet de Loi proposant le mariage pour tous, projet qui est devenu désormais une Loi, Radio Saint Louis m’a demandé un enseignement sur la famille.

Ce soir, je n’ai pas l’intention d’ouvrir à nouveau le débat autour du mariage homosexuel qui suscite encore beaucoup d’effervescence. Ce n’est pas non plus une conférence, ni un exposé intellectuel que je vais faire, je n’ai pas la prétention d’être sociologue ou psychologue, je n’en ai d’ailleurs pas la compétence mais je veux simplement partager avec vous quelques réflexions très simples autour du mariage et de la famille à la lumière de ce que nous en disent la Bible et la foi de l’Eglise.

C’est donc en tant que Pasteur, prêtre et Evêque me référant à la Parole de Dieu et au Magistère de notre Eglise, m’inspirant notamment de l’exhortation apostolique du Pape Jean-Paul II intitulée « Familiaris Consortio » en français : « Les tâches de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui », que je m’adresse à vous. Ma référence première sera bien entendu la Sainte Ecriture, La Bible.

La Bible est appelée le Livre de la Révélation. A travers l’histoire d’un peuple qu’il a choisi : Dieu se révèle. Dieu que personne n’a jamais vu se fait progressivement connaître, il se révèle c’est-à-dire qu’il soulève progressivement le voile qui le cache à notre vue.

C’est ainsi que dès le Récit du Commencement, dès le Livre de la Genèse, Dieu se révèle comme étant unique ; il ne peut y avoir qu’un seul Dieu et cependant DIEU parle au pluriel comme s’il y avait plusieurs personnes en lui. Dieu dit en effet : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance ». Et le texte sacré continue au verset 27 du premier chapitre de la Genèse : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa : mâle et femelle il les créa. »

Un Dieu pour ainsi dire en trois personnes : c’est la révélation que Dieu fait à Abraham sous le chêne de Mamré au chapitre 18 de la Genèse.
Abraham était assis à l’entrée de sa tente, dans la pleine chaleur du jour lorsqu’il aperçoit trois hommes debout près de lui. Il se prosterne devant eux, leur apporte de l’eau pour leur laver les pieds, puis il leur fait préparer un bon repas en tuant un jeune veau. Les trois hommes mangent. Et comme Abraham n’avait pas d’enfant et que sa femme Sara, était stérile et en plus très âgée, pour le remercier les trois hommes lui disent : « Je dois revenir au temps du renouveau et voici que Sara, ta femme aura un fils. »
Ils sont trois, et pourtant ils parlent comme un seul en disant « Je reviendrai ».

Ce sont donc déjà dans l’Ancien Testament des indices de cette vérité que Jésus est venu pleinement nous révéler : Il n’y a qu’un seul Dieu, mais ce Dieu est Père, Fils et Esprit Saint.

Jésus nous parle constamment de son Père qui est aux cieux. Il passe de longs moments à le prier. Il nous dit que sa nourriture est de faire la volonté de son Père. Il est tellement uni au Père qu’il peut dire à son apôtre Philippe : « Qui me voit, voit aussi le Père. »

Jésus parle aussi de l’Esprit qui est auprès du Père et qu’il promet à ses disciples d’envoyer sur eux pour qu’il soit leur consolateur, leur donne l’intelligence pour comprendre sa parole et la force d’en témoigner.
Au moment où Jean baptise Jésus dans les eaux du Jourdain, le ciel se déchire on entend une voix qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le » et l’on voit l’Esprit descendre sur Jésus sous la forme d’une colombe. »

Au terme de son existence physique au milieu de nous, Jésus envoie ses disciples à travers le monde en leur disant : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »(Matthieu 28,18)

C’est grâce à Jésus que nous savons que Dieu est UN ; il n’y a qu’un seul Dieu, nous sommes monothéistes comme les Juifs et bien avant les musulmans qui sont arrivés 5 siècles après le christianisme. Mais notre Dieu à la différence des autres religions, tout en étant unique est la communion de trois personnes si étroitement liées qu’elles ne forment qu’un seul Dieu. C’est ce que nous appelons le mystère de la sainte Trinité.
Trinité, un mot forgé par les chrétiens à partir du latin « Unus » qui signifie Un et Très qui signifie trois. Trinitas, Trinité=Trois qui font un.

Et Dieu fait l’homme à son image. Homme et femme il le fit. Ils sont différents, mais complémentaires. Ils sont si complémentaires et ils ont tellement besoin l’un de l’autre que la Bible raconte ainsi de manière imagée la création de la femme au chapitre 2 de la Genèse :
« Le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée. » Le Seigneur Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu’il amena à l’homme pour voir comment il les désignerait. Tout ce que désigna l’homme avait pour nom « être vivant » ; l’homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l’homme ne trouva pas l’aide qui lui soit accordée. Le Seigneur Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place. Le Seigneur Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena. L’homme s’écria : « Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise. »
Aussi, l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et ils deviennent une seule chair. »

L’homme est donc créé à l’image de Dieu qui est Un et Trois. L’être humain est créé homme et femme. Mais tous deux s’uniront pour former une seule chair. Du fruit de cette union sortira l’enfant. Père, Mère, enfant formeront la famille qui est la plus belle image de la Sainte Trinité.
Jésus a cité ce passage de la Bible pour répondre aux pharisiens qui voulaient lui tendre un piège, comme nous le rapporte Matthieu au chapitre 19 de son Évangile.

Les pharisiens lui disaient : « Est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? » Il répondit : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, les fit mâle et femelle et qu’il a dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni ! »
Ils lui disent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de délivrer un certificat de répudiation quand on répudie ? » Il leur dit : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; mais au commencement il n’en était pas ainsi. Je vous le dis : Si quelqu’un répudie sa femme – sauf en cas d’union illégale – et en épouse une autre, il est adultère.
Les disciples lui dirent : « Si telle est la condition de l’homme envers sa femme, il n’y a pas d’intérêt à se marier. » Il leur répondit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui c’est donné. Comprenne qui peut comprendre.

Ce texte est souvent cité pour justifier l’indissolubilité du mariage chrétien. Et chez beaucoup de personnes, même et surtout chrétiennes, il provoque la même réaction que chez les Apôtres qui disent : « S’il en est ainsi, il n’y a pas intérêt à se marier. »
Ils ne voient que la pénibilité de la fidélité. Ce n’est évidemment pas facile de s’accepter différents et complémentaires. Mais la différence n’est pas une discrimination ni une limite.

C’est aujourd’hui le combat de ceux qui militent pour la théorie du Gender (Le Genre) qu’ils veulent enseigner dans les écoles. Théorie qui prétend que le sexe biologique est un conditionnement imposé à l’individu. Ils disent : on n’est pas un homme parce que son sexe biologique est masculin. Ou une femme parce qu’on est son sexe biologique est féminin. Il faut donc abolir ces différences qui conditionnent et discriminent. On est homme ou femme si on le veut.

Bientôt, on verra disparaître de nos document officiels la mention « sexe » : homme ou femme. Bientôt dans nos courriers nous n’oserons plus mettre « Monsieur » ou « Madame ». Ça, c’est le monde qui se croit révolutionnaire et qui prétend libérer l’homme de tout esclavage.
Mais la différence, loin d’être une limite, permet le dialogue, et permet de découvrir que l’un peut être une aide pour l’autre.

Différent et complémentaire, on peut communier, c’est-à-dire mettre ensemble ce que l’on est, pour devenir une seule chair et générer une nouvelle vie.
Ce passage de Saint Matthieu au chapitre 19 fait peur, car il donne le sentiment d’une perte de sa liberté. Au moment où l’on revendique le mariage pour tous, beaucoup de personnes aujourd’hui ne veulent pas se marier religieusement à cause du caractère définitif du mariage chrétien. Elles préfèrent le mariage civil qui comporte dans la plupart des pays du monde, aujourd’hui, la possibilité de divorcer.
L’on oublie, ce que je rappellerai un peu plus tard, que le mariage chrétien est sacrement de l’amour de Dieu. [...]



 


Bienvenue aux internautes du diocèse et d’ailleurs !

 

22 juin 2013 2013 par P. Pascal DEGRAS

Soyez tous les bienvenus sur votre nouveau site diocésain de la Martinique ! (...)

Editorial du père Pascal DEGRAS, responsable éditorial du site.

Bienvenue à tous ,

Ce nouveau site a été ouvert officiellement par Mgr Michel Méranville le dimanche 19 mai 2013, fête de la Pentecôte.

Qu’il soit, pour chacun de vous, l’occasion de découvrir, ou redécouvrir, les réalités de notre diocèse et de notre île.

Il a été conçu comme convivial et pratique. Il suffit de cliquer sur chaque rubrique pour accéder aux différents articles ou aux informations qui vous sont proposés.

Nous avons pris le temps pour vous retrouver sur le web, mais nous espérons que le résultat répondra à vos attentes.

Beaucoup de nos rubriques sont particulièrement inscrites dans la vie spirituelle, comme vous l’avez demandé.

c’est pourquoi, je vous souhaite une bonne navigation dans les différents liens que vous irez consulter.

Soyez indulgents face aux petits défauts qui pourraient vous contrarier, mais nous avons essayé de faire un site qui nous rassemble tous autour de notre évêque.

C’est un site à portée de tous , qui interagit avec tous et qui veut être l’expression de notre vie humaine et de notre vie diocésaine.

Nous en sommes sûrs , le site sera pour chacun un lieu agréable de découverte des différentes contributions de notre nouvelle équipe internet diocésaine .

Je souhaite que vous nous apportiez votre soutien par votre prière et aussi par vos propositions.

Nous vous souhaitons bonne lecture et surtout que, tous, vous trouviez ici de quoi vous informer et nourrir votre réflexion.



 


Cinquante ans déjà !

 

15 juin 2013 2013 par Mgr Michel Méranville

Il y a cinquante ans de cela, le 3 juin 1963, le Pape Jean XXIII -pour l’état civil, Angelo Giuseppe Roncalli - passait de ce monde à la Maison du Père.

Sans faire d’anachronisme, on peut dire que son décès fut comparable à celui de Jean Paul II quant à la vague de tristesse et de regrets qu’il provoqua dans le monde entier et, bien entendu, à la Martinique, tout particulièrement en la paroisse du Lamentin.

A l’époque, j’étais vicaire dans cette paroisse Saint-Laurent du Lamentin où m’avait nommé Monseigneur Henri Marie François de Sales Varin de la Brunelière alors évêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France. Je revenais depuis peu de Rome où j’avais effectué mon séminaire et où j’avais été ordonné prêtre le 20 décembre 1959.

Au cours de ma formation dans la Ville Eternelle, j’avais eu l’immense privilège d’avoir pour pour tuteur le secrétaire particulier du Pape Jean XXIII qui était Mgr Francesco Loris Capovilla, grâce à Dieu encore vivant, et continuant à veiller sur la mémoire de Jean XXIII.

Mgr Capovilla, avec qui je correspondais régulièrement, m’avait informé de la maladie très grave du Pape et des inquiétudes qu’elle suscitait. En conséquence, j’avais demandé aux enfants de cinquième année de catéchisme, dont j’avais la responsabilité, de prier pour le Saint-Père et de lui faire parvenir des témoignages de leur attachement et de leurs prières à son intention.

Avec beaucoup d’amour les jeunes avaient confectionné un album qu’ils avaient illustré avec leurs dessins et dans lequel ils avaient écrit leurs vœux, leurs prières et leurs souhaits de prompt rétablissement au Souverain Pontife.

Mgr Capovilla, dès réception de ce document, l’avait porté au Pape qui en avait pris connaissance et, de son lit de douleur, avait remercié les enfants du Lamentin en leur adressant sa paternelle et particulière bénédiction.

Quelques jours plus tard, le 3 juin 1963, lundi de la Pentecôte, Mgr Capovilla m’adressait un télégramme me faisant part du décès du Saint-Père.
Ce fut la consternation pour le monde entier ; le sentiment général d’avoir perdu un père en la personne du bon Pape Jean comme tous l’appelaient.
Les enfants du catéchisme étaient atterrés. Spontanément, ils renoncèrent à la sortie du lundi de Pentecôte qu’ils avaient prévu de faire à la poterie de Duchasel et, comme un seul homme, se rendirent à l’église paroissiale pour offrir à Dieu dans la prière, le retour à lui de celui qu’ils avaient appris à connaître et à aimer.

Aujourd’hui, il est émouvant pour moi de penser que l’une des dernières bénédictions d’un Pape avait été adressée à des enfants de notre île.

Cinquante ans se sont écoulés depuis. Les jeunes de cette époque sont maintenant des adultes entrés, pour la plupart, dans leur troisième ou quatrième âge.

Que le temps passe vite !! Il nous rappelle par sa fuite rapide, que nous devons nous hâter de le mettre à profit pour faire le bien que Dieu attend de nous !

Qu’est-ce qu’un demi-siècle au regard de l’éternité vers laquelle nous marchons tous consciemment ou inconsciemment ?

Le Christ nous invite à ensemencer l’aujourd’hui et les heures de chaque jour, avec les germes de bonté et d’amour que nous possédons tous en nous, mais que nous avons parfois du mal à reconnaître et davantage encore à partager. Pourtant ce sont eux et le fait de les partager qui donnent à nos vies leur vrai sens et leur vraie valeur.

Que ce cinquantième anniversaire de la naissance au ciel de celui que l’Eglise a reconnu Bienheureux en l’an 2000, fixant sa fête au 11 octobre, fasse monter vers Dieu nos prières d’action de grâce pour nous avoir donné ce Pape si bon, si humble, si plein de confiance dans la Providence, au point d’accepter malgré son âge et la maladie qui le minait déjà, la responsabilité d’Evêque de Rome et de pasteur de l’Eglise universelle.

Sous l’impulsion du Saint Esprit, Jean XXIII a eu l’intuition du concile Vatican II qu’il a annoncé le 25 janvier 1959 et ouvert le 11 octobre 1962. La mort ne lui a pas permis de le conclure, laissant ce soin à son successeur, le Pape VI.

Que le cinquantième anniversaire du décès de Jean XXIII nous invite à redécouvrir ce concile Vatican II et mieux connaître celui qui l’a initié.

Qu’il nous donne aussi envie de redécouvrir les encycliques qu’il nous a laissées dont je ne fais que citer deux d’entre elles parmi les plus riches : Mater et Magistra ("Mère et Educatrice") et Pacem in terris ("La Paix sur la terre",, encyclique s’adressant à tous les hommes de bonne volonté pour fonder la paix sur la charité, la justice et la vérité).

Que les anciens jeunes du Lamentin qui se souviennent encore de ce jour mémorable où ils ont pleuré son passage de ce monde auprès du Père, aient une pensée particulière en ces jours pour lui et avec lui.

Est-ce trop tard pour que certains parmi eux se retrouvent et forment une amicale des amis de Jean XXIII afin de perpétuer dans la Martinique d’aujourd’hui l’Esprit qui anima le Bon Pape Jean pendant sa vie sur terre ?

+Michel Méranville, Archevêque



 


La Sainte Trinité ?

 

11 juin 2013 2013 par Mgr Michel Méranville

Pourquoi fêter la Sainte Trinité ? me demandait une chrétienne. Elle ajoutait : Il suffit de fêter Dieu, tout simplement ! Pourquoi compliquer lorsque l’on peut faire simple ?

Il faut admettre que pour beaucoup de chrétiens la fête de la Sainte Trinité comporte quelque chose d’abscons qui ne soulève pas trop l’enthousiasme. Au point que certains disent même : C’est une fête pour intellectuels, dont nous ne voyons pas l’utilité.

Il y a bien des années de cela, la catéchèse chrétienne s’alignait sur l’école. La catéchiste était appelée maîtresse comme dans le primaire. Elle faisait un cours de catéchisme qui consistait essentiellement à poser des questions auxquelles les élèves donnaient des réponses apprises par cœur.

La question portant sur la Sainte Trinité était l’une des plus récurrentes.

Qu’est-ce que le mystère de la Sainte Trinité ? demandait la catéchiste. La réponse était invariablement celle-ci : Le mystère de la Sainte Trinité est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes : le Père, le Fils et le Saint Esprit.

La catéchiste se satisfaisait de l’exactitude de la réponse, sans se douter du casse-tête qu’elle déclenchait dans le crâne des enfants : comment trois peuvent-ils faire un, tout en restant distincts ? Comment comprendre et résoudre cette mauvaise équation ? A la limite, à quoi sert ce mystère incompréhensible ?

Avec le temps, les chrétiens ont découvert que si le mot mystère signifie fondamentalement ce qui est caché, secret, réservé aux initiés, il n’est pas synonyme d’énigme sans réponse ou absurde.

Dans la Bible, le mystère est plutôt une vérité concernant Dieu, cachée en lui depuis toujours, vérité que l’homme ne peut ni imaginer, ni trouver par lui-même, mais que par amour, Dieu lui révèle.

Par analogie, chacun de nous est en soi un mystère pour les autres. Car les autres ne voient que l’extérieur de nous-même, ils ne connaissent pas le fond de notre cœur, ni nos pensées secrètes, nos rêves, nos déceptions... Tout cela leur est caché.

Par contre, nous pouvons, dans un élan d’amour et de confiance, leur ouvrir notre intimité et leur révéler ce qu’il leur était impossible de découvrir par eux-mêmes.

C’est un peu ce que fait Dieu. Dieu est le tout autre. Dieu, personne ne le connaît, dit saint Jean. Toutes les religions parlent de Dieu. Mais de quel Dieu s’agit-il ? Comment est-il ? Que fait-il ? Chaque religion a sa conception particulière de Dieu. Est-ce la bonne ?

Dans sa bonté, Dieu n’a pas voulu laisser l’homme dans l’ignorance, à la merci de sa manière toute humaine de concevoir Dieu. Dieu a envoyé son Fils unique en la personne de Jésus de Nazareth, né de la Vierge Marie.

C’est Jésus qui nous révèle que Dieu est son Père. Un Père qu’il prie souvent et dont il fait toujours la volonté. C’est lui qui nous révèle qu’il y a l’Esprit Saint qui est le lien entre le Père et lui. Par son Fils Jésus, Dieu ouvre à ’homme l’intimité de sa vie.

C’est déjà là un honneur infini que Dieu fait aux hommes. Il leur permet de découvrir qu’il y a en lui comme trois personnes, trois êtres bien distincts partageant cependant la même nature divine. Ce ne sont pas trois dieux, mais ils sont indissociables les uns des autres, parce qu’ils s’aiment d’un amour infini.

Dieu fait encore plus, puisqu’il fait entrer par le baptême dans l’intimité de sa vie ceux qui librement répondent à son invitation.

A quoi donc peut bien servir cette révélation ? Ne serait-ce qu’à nous dire concrètement que Dieu est Amour puisqu’il est la communion de trois personnes.

Si l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu alors l’homme doit être aussi un être d’amour et de communion. On comprend mieux alors pourquoi l’homme est constamment invité par Dieu à sortir de son égoïsme pour devenir un être de relations, heureux des différences qu’il rencontre et qui lui sont complémentaires.

Dieu qui a fait l’homme à son image l’a créé homme et femme et la Bible dit : l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront qu’une seule chair.

La concrétisation de l’amour de l’homme et de la femme s’exprime dans l’enfant issu de la communion des deux. La famille est la plus belle image de la Sainte Trinité.

Merci à Dieu qui nous révèle tout cela en ces temps troubles de violences et de haines, dans lesquels la nature humaine elle-même est contestée pour faire place aux élucubrations des hommes, décidés dans leur superbe à mettre fin à vingt siècles de civilisation pour satisfaire leurs besoins égoïstes.

Gloire soit au Père, au Fils et au Saint Esprit, comme au commencement, maintenant et toujours. Amen.

+Michel Méranville, Archevêque



 


Bonne nouvelle !

 

20 juin 2013 2013 par Mgr Michel Méranville

Je vous annonce une Bonne Nouvelle, disaient les anges aux bergers, dans la nuit de Noël !
Amis lecteurs, à mon tour, je vous annonce une Bonne Nouvelle, celle de la résurgence du site Internet du Diocèse.

Mot de l’Evêque

Cette renaissance, décidée par l’Archevêque, a été possible grâce à l’opiniâtreté de l’économe du Diocèse, le Diacre Hervé Lordinot, grâce à Madame Mathilde Henry, conceptrice du site, ainsi qu’à d’autres personnes, prêtres et laïcs, gagnées par le souci de permettre au Diocèse de retrouver la voie royale de sa Communication.

Il a fallu la foi, la détermination, la persévérance de ce petit groupe, alliées au savoir-faire de la technicienne, pour que soit mis sur pied cet outil qui sera désormais au service du projet pastoral du Diocèse dont le mot d’ordre est bien connu : Etre ensemble le Corps du Christ pour le salut du monde.

C’est donc une Bonne Nouvelle que j’annonce, avec d’autant plus de bonne humeur que la société gérée par Madame Mathilde Henry, qui a conçu et entretiendra ce site, a pour enseigne : Bonne Nouvelle.fr

Cependant, pour accéder au site Internet du Diocèse de la Martinique, il faudra taper son adresse : martinique.catholique.fr (ou encore se rendre sur le site de la Conférence des Evêques de France (CEF), dans la rubrique Diocèses, et taper Martinique ).

L’ouverture officielle du site est en corrélation avec la belle fête de la Pentecôte et a lieu dans l’octave de la 47e Journée mondiale des communications sociales. Ce n’est pas un hasard.

A la Pentecôte, le Christ Jésus a répandu l’Esprit Saint sur ses disciples pour qu’ils soient remplis de son amour et en témoignent partout dans le monde.

La grâce de l’Esprit a donné aux disciples le courage d’ouvrir les portes qu’ils avaient verrouillées par peur. Elle leur a permis de se comprendre, de s’accepter différents et complémentaires. Elle leur a donné le besoin de communiquer les uns avec les autres, de constituer des communautés et de témoigner, par leurs paroles et par leurs actes, que Jésus est le Sauveur.

Les objectifs de ce site Internet s’inspirent de la Pentecôte. Tout d’abord, le site veut instaurer une communion véritable entre les paroisses, les mouvements et associations ainsi qu’entre les divers organes de communication du Diocèse pour vivre l’unité autour de l’Evêque et en lien avec l’Eglise Universelle dont l’Evêque de Rome, notre Pape François, est garant de l’unité.

Comme à la Pentecôte, le site veut répondre à la nouvelle évangélisation dont notre monde a besoin, en donnant aux chrétiens les moyens de cette évangélisation par une meilleure connaissance de la Parole de Dieu et de la vie de l’Eglise.

Avant d’apprendre le latin à John il faut connaître John, dit un proverbe. Avant d’être un chrétien, un homme est un homme. Dans l’incarnation Dieu s’est fait homme. Le site a donc pour objectif d’être très près de la vie des hommes et de leurs actualités, avec une option préférentielle pour les plus pauvres et les plus démunis.

L’un des objectifs les plus importants du site est de permettre à chacun de découvrir et d’approfondir sa vocation baptismale : par le baptême tout chrétien est devenu membre de l’Eglise Corps du Christ qui est Prêtre, Prophète et Roi. Le chrétien est donc appelé par son baptême à être dans les réalités de la vie comme le sel qui donne du goût à la nourriture et la préserve de la corruption.

Cependant, il ne suffit pas de permettre à un site Internet de renaître de ses cendres. Il faut, certes, saluer cette performance. Mais il ne faut surtout pas oublier que le plus important reste à faire : celui de permettre à ce site d’être informé, de se nourrir des actualités quotidiennes, d’être informé de ce qui se vit et se décide dans le paroisses et les mouvements. Il faut que le site soit informé de l’agenda de chaque paroisse, des fêtes importantes, des horaires des messes et cérémonies. C’est la raison pour laquelle je demande à chaque curé d’avoir dans sa paroisse un comité de communication capable de faire le lien avec les responsables du site.
Il suffira de les contacter à l’adresse que vous trouverez facilement sur martinique.catholique.fr

Amis lecteurs, c’est sur ces Bonnes Nouvelles que je vous quitte donc aujourd’hui en vous disant A bientôt et en souhaitant à chacune et à chacun une bonne et sainte fête de Pentecôte.



 


Conception et développement : bonnenouvelle.fr

http://martinique.catholique.fr/spip.php?page=imprimer_rubrique&id_rubrique=343

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