Eglise catholique de Martinique
http://martinique.catholique.fr/spip.php?page=jour&date=2017-07-29

ECCLESIA’M 2020 !

Pour en savoir plus sur Ecclesia’M 2020 !, retrouvez les synthèses des différentes assemblées synodales qui se sont déroulées en février et mars 2017. Redécouvrez également tous les textes préparatoires de Mgr David Macaire (Prière, Lettre pastorale, présentation des 5 chantiers ...).


Mgr Macaire a lancé le site officiel d’Ecclesiam 2020’ à la cathédrale Saint-Louis lors de la fête de Divine Miséricorde le 23 avril 2017 : cliquez sur le lien suivant pour vous y rendre directement : www.ecclesiam2020.fr

- Vous y trouverez les orientations et directives présentées dans Eglise en Martinique, n°547, en date du 18 juin 2 017, par Mgr David Macaire en conclusion des assemblées synodales du 1er trimestre 2017.
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Vous pouvez aussi télécharger ces"Conclusions des assemblées synodales Ecclesia’M 2020 !" en cliquant sur l’icône ci-dessous :

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Conclusions des assemblées synodales ECCLESIA’M 2020 !
Conclusions et directives dégagées à l’issue des assemblées synodales 2017.

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Synthèses finales des assemblées synodales de Février et Mars 2017

- 25 Mars - 4ème chantier :"Guérir le monde par l’Évangile".

La cinquième et dernière assemblée synodale d’ECCLESIA’M 2020 s’est déroulée samedi 25 mars 2017 par la présentation du 4ème chantier : « Guérir le monde par l’Evangile ». La journée a commencé par la célébration eucharistique à la cathédrale de Fort de France présidée par notre archevêque qui a fait le lien entre la solennité de l’Annonciation et le titre du chantier. L’animation de la messe a été effectuée par les membres de la Pastorale des artistes sous la responsabilité d’Olivier CIPRIA. A l’issue de la célébration, les 110 personnes qui s’étaient inscrites sur le site du diocèse ont été invitées à se diriger à l’ancien cinéma Pax où se déroulait la suite des évènements. En définitive, il y avait plus de 150 personnes dans la salle car beaucoup de participants des rendez-vous de l’OSPEM (qui se déroulent le dernier samedi du mois) sont venus sans inscription préalable.

La deuxième partie a commencé par la présentation des responsables du chantier suivie de celle du programme. Mgr David MACAIRE a ensuite détaillé les grandes lignes du chantier, et notamment les défis à relever. Il a souhaité que des propositions d’actions soient émises par les participants aux trois ateliers répartis à l’image du questionnaire mis en ligne sur le site du diocèse auquel 300 personnes ont répondu :
1) Comment l’Eglise peut-elle travailler à faire de la société martiniquaise une civilisation de l’amour et de l’écologie intégrale ? Qu’est-ce qui vous paraît prioritaire ?
R : Motiver les chrétiens des différents milieux à prendre des responsabilités ; Réconcilier les différentes composantes du peuple martiniquais ; dialoguer avec le monde politique.
2) Comment redonner espoir aux Martiniquais, surtout aux jeunes ?
R : Rebâtir une éducation chrétienne ; Trouver des solutions pour les jeunes perdus et désœuvrés ; S’informer et connaître la vrai cause de cette désespérance.
3) Choisissez 3 mots dans la liste suivante qui, selon vous, vont marquer davantage la société martiniquaise dans le 20 prochaines années.
R : Vieillissement ; Eglise catholique ; Violence.

Trois personnes sont intervenues sur le sujet du jour. Eric NOUVEL de la CGPME qui a présenté la situation démographique à la Martinique particulièrement la problématique du vieillissement de la population et le chômage des jeunes. Puis Madame Elisabeth ZIOUKA, infirmière libérale, a parlé de son vécu dans le monde de la santé. Monsieur Frantz ODONAT, membre de l’aumônerie de la prison, après une présentation de l’activité au sein du centre pénitencier, a livré un témoignage poignant sur le travail effectué auprès des jeunes.

Le travail en ateliers a consisté à partir des réponses au questionnaire à remplir trois fiches projets par groupes constitués à l’exception de celui qui traitait de la société martiniquaise dans 20 ans qui devait à répondre à trois questions.

Après le repas, un membre de la pastorale des artistes J-M DALMAT a réalisé un « slam » en lien avec le thème du jour. La mise en commun s’est faite à partir d’un moyen moderne de communication qui a permis à Mgr MACAIRE de commenter les résultats en donnant des précisions sur les actions qui sont déjà mises en œuvre, celles en cours et celles qui restent à réaliser. La réunion s’est terminée à 15h30 par le chant en lien avec le thème : « Rêve d’un monde… »

Michel Gallet, Yves-Marie Grivalliers, Laurent Vestris - responsables du 4ème chantier

- 11 Mars - 3ème chantier : "Bâtir une éducation chrétienne".

L’Assemblée synodale du Chantier n° 3 « Bâtir une éducation chrétienne », s’est déroulé le samedi 11 mars, de 8h à 16h, au presbytère de Bellevue. Elle a rassemblé, autour de Mgr Macaire, plus de 300 personnes du diocèse (prêtres, diacres, catéchistes, animateurs de cheminement, jeunes de la pastorale...). Le diacre Pierre Valey, délégué diocésain à la catéchèse, et le père Emmanuel Chaulvet, délégué diocésain à la Pastorale des jeunes, ont été épaulés par les membres du service diocésain de la catéchèse pour coordonner cette journée. L’enjeu est de taille, a précisé Mgr Macaire. Il faut que le catéchisme devienne, en Martinique, un grand mouvement de pastorale familiale.

Il faut donc que la catéchèse en Martinique se transforme en un grand mouvement d’évangélisation des familles et des parents, tous les parents, quelles que soient leurs situations matrimoniales. C’est le souhait de Mgr David.
Pour ce chantier qui comportait 3 ateliers, une enquête a été lancée le 18 février : 1) L’aggiornamento du Catéchisme ; 2) La préparation aux sacrements de l’initiation ; 3) La pastorale des jeunes.
Dans un temps très court, vous avez été 1384 à répondre par internet ou sur papier aux différentes questions. Ce sondage a permis de dégager 6 priorités qui ont été débattues lors de l’Assemblée synodale du 11 mars 2017. Autour de Mgr David, il y avait une assemblée composée de 66% de femmes et 34% d’hommes, (jeunes : 20%, prêtres : 8%, papas : 10%, mamans : 16%, catéchistes : 27%, animateurs du Cheminement : 16%.

L’Eucharistie a été présidée par Mgr David. Après la présentation de la journée et la synthèse de l’enquête, nous nous sommes retrouvés en 12 carrefours animés par les prêtres.
A chacune des questions posées, il fallait dégager 3 priorités :
° Comment impliquer les parents dans les séances de caté ?
° Comment assister les catéchistes dans leur mission ?
° Comment réformer la préparation à la Première communion ?
° Comment approfondir une expérience spirituelle au Cheminement ?
° Comment mettre en œuvre cet engagement solennel dont a parlé Mgr David ?
° Comment accompagner les mouvements et les autres groupes paroissiaux de jeunesse ?

Après le repas partagé, nous avons reçu le témoignage de la paroisse des Trois Ilets où la Catéchèse est assurée cette année par les parents. Puis, tous ont participé à la synthèse où les nouvelles technologies ont montré leur utilité à certains réfractaires. Mgr Macaire a commenté ces résultats en nous invitant à poursuivre la réflexion en constituant des groupes de travail.

Un film « Une Aventure avec Jésus » a permis de voir ce que vivent les parents, les enfants et les catéchistes de 1ère Année dans le Diocèse de Martinique.
Il nous faut créer une autre dynamique afin que la fameuse phrase : « i za tan pou nou fini épi sa ! » disparaisse de notre langage.

Diacre Pierre Valey et Père Emmanuel Chaulvet - responsables du 3ème chantier

- 4 Mars - 2ème chantier : "Convertir la pastorale en mission du parvis".

Le 2ème chantier du plan pastoral ECCLESIA’M 2020 ! « Convertir la pastorale en mission du parvis » s’est déroulé le samedi 4 mars, au Couvent de Cluny. Cette journée de réflexion a rassemblé de nombreux prêtres et laïcs autour de Mgr Macaire.
Ce temps fort a débuté par une messe présidée par l’évêque, suivie de la présentation du chantier. Les participants se sont retrouvés ensuite en petits groupes, encadrés par des membres du clergé, pour répondre aux différentes questions formulées dans le cadre de cette Assemblée synodale, mais pour proposer également des actions concrètes de mise en œuvre.

Chacun mesurait la responsabilité qui lui incombait pour contribuer à l’avancement de l’Eglise qui est en Martinique afin qu’elle devienne plus missionnaire.

La synthèse des travaux a été réalisée dans l’après-midi par le père Dégras, référent du chantier, et Mgr Macaire.

Une belle journée de travail conviviale qui a porté du fruit

Père Pascal Dégras - responsable du 2ème chantier

- 11 Février - 5ème chantier : "Soigner et délivrer les âmes".

Le samedi 11 février 2017, au Foyer de Charité de Trinité, s’est déroulée l’assemblée synodale portant sur le 5ème chantier d’ECCLESIA’M 2020 ! : « Soigner et délivrer les âmes », qui a réuni 130 participants, laïcs et clercs.

Mgr Macaire a choisi cette date afin de placer ce chantier sous le regard de Notre-Dame de Lourdes, fêtée le 11 février, et l’associer à la Journée mondiale du Malade, instaurée il y a 25 ans par Saint Jean-Paul II.

La journée a commencé par la célébration eucharistique, organisée par la Pastorale diocésaine de la Santé à Basse Pointe, présidée par notre archevêque et à laquelle ont participé de nombreux malades, professionnels de santé et des participants du 5ème Chantier.

Elle s’est poursuivie par l’assemblée synodale elle-même, ouverte par Mgr Macaire qui, après avoir chanté le « Veni Creator » avec l’assemblée, a rappelé les grandes lignes d uprojet ECCLESIA’M concernant ce chantier n°5. Avant le déjeuner, le Dr Eliane Catorc a présenté la promotion de la santé selon la charte d’Ottawa, et le père Jean-Marie Yang-Ting, une réflexion sur l’accompagnement spirituel et l’écoute, dans une démarche holistique, c’est-à-dire en tenant compte de l’interrelation entre le corps, l’âme et l’esprit.

L’après-midi a été consacrée aux travaux en trois ateliers : le premier, autour de la guérison spirituelle, le deuxième, de l’accompagnement spirituel et le troisième, de la santé et du bien-être.

La restitution des synthèses de ces travaux a montré la richesse des propositions élaborées lors de ces séances, preuve que l’Esprit-Saint a soufflé, et s’est poursuivie par l’analyse du questionnaire mis en ligne pour ce chantier, qui souligne notamment l’importance du sacrement de réconciliation comme sacrement de guérison. Il reste maintenant à établir, à partir de cette base solide, un plan d’action et un calendrier pour répondre aux demandes tirées des réponses au questionnaire proposé préalablement à l’assemblée synodale et soulignant l’attention devant être portée à la santé physique, mentale et spirituelle, et à l’accompagnement de toute personne, jeune, âgée, isolée, handicapée, malade et souffrante (physiquement, psychologiquement et spirituellement).

La journée s’est terminée par le partage d’un goûter « spécial santé », et la bénédiction finale donnée par Mgr David Macaire.

NIcole Déglise et Tony Allaguy-Salachy - responsables du 5ème chantier

- 4 Février - 1er chantier : "Accompagner et protéger la famille"

La première assemblée synodale dans le cadre du projet pastoral du diocèse, ECCLESIA’M 2020, s’est tenue samedi 4 février 2017, au Centre Saint Raphael, sous le présidence de Mgr David Macaire. Les mouvements invités de la pastorale familiale du diocèse et les structures accompagnant la famille en Martinique ont tous participé à cette journée de réflexion et de communion sur les relations entre l’Eglise et les familles.

Les participants ont été heureux de proposer des actions pastorales prioritaires en cohérence avec le mot d’ordre, les directives pastorales et les problématiques indiqués par notre archevêque. Ce fut également un temps fraternel et convivial pendant lequel les invités ont pu mieux se connaître les uns les autres.

Les synthèses des travaux et du questionnaire de préparation seront communiquées par le secrétariat général du synode diocésain.

L’équipe ressource remercie les animateurs, les participants, le centre Saint Raphaël et tous ceux qui ont contribué à l’organisation de ce premier temps fort sur le thème prioritaire de la famille, Eglise domestique et cellule de base de la société.
Que l’Esprit Saint fasse de chacun d’entre nous des prophètes porteurs de cette pastorale familiale et défenseurs des membres de toutes les familles afin de « montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Église."

Alain et Béatrice Arnauld, Père Wilfried Bannais - responsables du 1er chantier

Prière d’ECCLESIA’M 2020 !

« Visite Seigneur notre diocèse, protège-nous !
Pour sanctifier nos âmes, délivre de l’ennemi
les familles, les paroisses, les jeunes, la société.

Apprends-nous, avec l’aide de la Vierge Marie,
comment montrer Jésus partout en Martinique
et au-delà, personnellement et en Eglise.

Cœur Sacré de Jésus … J’ai confiance en Toi !
Cœur Immaculé de Marie … Prie pour nous !
Et que tout esprit loue le Seigneur !

Amen ! »

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Lettre pastorale de Mgr David Macaire

Aux Curés, au clergé, aux religieux et religieuses, aux responsables des services et mouvements diocésains, aux fidèles engagés dans l’Eglise, aux chrétiens pratiquants

Chers fidèles diocésains de la Martinique,
Chers sœurs et frères,

La Martinique a peur, elle a besoin d’être délivrée de tout mal, elle attend que Dieu donne la Paix à notre temps, elle aspire à être libérée du péché et rassurée devant les épreuves qui l’accablent. Elle attend le bonheur et l’espérance, l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ : c’est urgent ! Cette certitude est plus que jamais inscrite en mon âme. Je le sais, je l’ai vu dans les cœurs, entendu sur les lèvres, après avoir fait le tour des communautés et des réalités pastorales et sociales de notre île. Pendant plusieurs mois, le peuple de Dieu a vécu une série de mini-synodes dans les paroisses et les entités pastorales pour accueillir l’évêque et lui présenter sa vie dans le monde et dans l’Esprit-Saint. Oui, l’Eglise est en marche, et le monde attend son passage. Il y a en Martinique une grande attente vis-à-vis de l’Eglise Catholique.

Certes, le pape François a affirmé le mois dernier que nous étions entrés dans la troisième guerre mondiale et, en effet, nous sommes dans une lutte sans merci avec l’esprit du monde prêt à dévorer les fils et les filles de Dieu, les familles, les paroisses, les mouvements et les prêtres. Mais votre pasteur ne peut ignorer qu’il a vu un peuple debout, un peuple vaillant, capable non seulement de résister mais, plus encore, de remporter de grandes victoires sur le mystère d’iniquité qui croît mystérieusement en ce monde.

Notre communauté diocésaine a donc les moyens d’engager enfin ce « renouveau ecclésial qu’on ne peut différer », auquel le pape François nous invite :
« J’imagine, dit-il, un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale deviennent un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié » (Evangelii Gaudium n°27).

C’est pourquoi, plein d’Espérance, j’ai décidé de vous proposer de prolonger la première année de démarche synodale par un plan pastoral en vue d’une conversion missionnaire de toute la vie de l’Eglise : ECCLESIA’M 2020 !

  • Le mot d’ordre… La Sainte Ecriture affirme que « l’Esprit et l’Epouse disent : "Viens ! Viens, Seigneur Jésus" » (Apocalypse 22,17). L’Esprit, c’est l’Esprit-Saint ; l’Epouse, c’est Marie, c’est l’Eglise, c’est nous : chacun de nous et nous tous ensemble.

Eh bien ! Frères et sœurs, écoutez bien cette nouvelle : A notre prière, Jésus est venu chez nous ! Oui, Jésus est présent en Martinique. Plusieurs fois, vous m’avez montré sa présence et son action. D’ailleurs, qui peut en douter !? Nous sommes si nombreux à prier. Il est là, désormais élevé comme un étendard sur ce pays. Le problème, c’est que beaucoup ne le voient pas ; au lieu de tourner les yeux vers le Seigneur, ils baissent le regard, tout tristes, accablés par le mal et leur péché. Dieu merci, le Jubilé de la Miséricorde a permis à beaucoup de relever la tête, de regarder vers Lui et de « resplendir sans ombre ni trouble au visage » (Psaume 33,6). Mais ce n’est pas fini, la Miséricorde n’a pas dit son dernier mot.

C’est pourquoi je déclare dans l’Esprit-Saint que l’objectif principal qui doit guider désormais chaque baptisé de notre Eglise est le suivant :

Montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise.

Ce mot d’ordre est un principe intégral : il touche tout ce que nous sommes. Désormais, il concerne tous les fidèles baptisés. Guide toutes nos actions. Conditionne la mise en place de toutes les structures d’Eglise. Il est la raison d’être de nos groupes, de nos mouvements, de nos communautés et de nos ministères. Il façonne notre être et notre agir profonds et fait de nous un peuple de prophètes (Nombres 11,29). Ce n’est pas une option ! C’est sur cet amour missionnaire que nous serons jugés au soir de notre vie.

En tant que Pasteur, Serviteur de l’Eglise du Christ qui est en Martinique, je demande au Seigneur « de ne pas donner de sommeil à mes yeux » tant que chaque baptisé ne sera pas devenu un témoin authentique du Christ. Pas simplement un bon catholique pratiquant, sage… et endormi, mais un fou, un témoin joyeux, un prophète de la Miséricorde qui Montre Jésus.

Le projet n’est pas une utopie car il est voulu par Dieu. Envoyé parmi vous, je ne serais pas fidèle à ma vocation si je n’avais pas pour ce diocèse et chacun d’entre vous un projet qui ne peut être réalisé que par la grâce de Jésus. Ce projet prophétique dans l’Esprit est la seule façon de sauver notre pays et ses enfants du dessein destructeur du diable qui a déjà commencé. Nous en avons la conviction, c’est le projet de Dieu pour la Martinique. Si telle est la volonté du Tout-Puissant, ne pas y consentir et y répondre entièrement est un péché mortel.

  • Les directives pastorales… L’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique est le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit-Saint. Elle est cependant composée à 100% de pécheurs. Cela est normal. Jésus a voulu que son Eglise soit un hôpital pour des pécheurs et non pas un refuge « 4 étoiles » pour des saints. A bon droit, des hommes et des femmes reprochent à l’Eglise des limites bien réelles. La plupart de ces personnes sont sincères, mais ça ne veut pas dire que toutes ces critiques sont toujours dans la Vérité.

N’oublions jamais que, malgré la fragilité des membres (fidèles et pasteurs), l’Eglise Catholique est seule à rester fidèle depuis l’origine à tous les principaux commandements du Seigneur : elle soigne sur toute la planète les pauvres, les prisonniers, les malades et les ignorants (si elle était une ONG, elle serait de loin la plus grande du monde) (Matthieu 25,35) ; elle fait œuvre de Miséricorde et remet les péchés au nom de Jésus (Matthieu 18,18) ; elle marche à la suite de Pierre et ses successeurs (Matthieu 16,18 ; Jean 21,17) ; elle maintient le peuple de Dieu dans l’Unité et la Communion Universelle et ne se répand pas en de multiples petites communautés indépendantes (Jean 17,21) ; elle prie sans cesse et non pas quelques heures par semaine (1 Thessaloniciens 5,17) ; elle renouvelle le sacrifice du Corps et du Sang en mémoire de Jésus (Luc 22,19) ; elle mange le Corps et boit le Sang du Seigneur pour avoir la Vie éternelle (Jean 6,54) ; elle prêche dans toutes les langues (Marc 16,15) ; elle prend Marie chez elle (Jean 19,27) et enfin elle est persécutée : chaque jour (oui, chaque jour !), le sang de ses martyrs lui donne de suivre son Seigneur dans sa Pâque et de vivre les Béatitudes (Matthieu 5,12)…

D’un autre côté, nous ne pouvons ignorer certaines limites qui causent bien des souffrances qui la défigurent et entravent sa mission de montrer Jésus. Des scandales, des incohérences causent même le départ, sinon la perte, de nombreux frères et sœurs. Un prêtre a fait une grande enquête en Amérique latine qui a révélé :
1. que des personnes qui viennent à l’Eglise ne se sentent pas suffisamment accueillies et aimées. Certaines parfois même se sentent jugées.
2. que les fidèles ne reçoivent pas toujours un enseignement de qualité, c’est-à-dire biblique et doctrinal, capable de changer leur vie. Les pasteurs et prédicateurs ne leur indiquent pas clairement ce qu’ils doivent croire et ce qu’ils doivent faire.
3. que trop peu de catholiques ont fait l’expérience de la rencontre personnelle de Jésus-Christ (en effet, quand on pense à tant de confirmés, de mariés et parents des enfants baptisés qui, malgré les promesses, ne viennent plus à l’Eglise, ou encore aux contre-témoignages de certains fidèles responsables).
4. que les baptisés de notre Eglise ne sont pas assez formés et encouragés à devenir systématiquement des missionnaires.

Les gens ne quittent donc pas l’Eglise du Christ pour des raisons doctrinales (par exemple parce qu’ils rejetteraient l’Eucharistie, le culte de la Vierge Marie et des saints ou le ministère du Pape), mais parce qu’ils n’ont pas fait avec nous, d’abord l’expérience de la communauté, ensuite l’expérience de la foi et enfin l’expérience d’une vie donnée à Dieu et missionnaire. Sans parler d’un certain complexe de supériorité, pour ne pas dire de la « vanité », qu’on trouve parfois dans notre Eglise…

Ces critiques sont fondées, je les fais miennes et j’en déduis trois directives pastorales qui vont mener de façon pratique notre mission de montrer Jésus. Désormais notre pastorale devra permettre à tous les fidèles de faire les trois expériences suivantes, dans l’ordre de priorité :

A- L’expérience de la communauté, qui passera par la Famille.


La dimension familiale est fondamentale pour notre vie et pour notre salut. Fondée par Dieu, la famille est haïe par le démon et par le monde. Les Pères du Synode sur la Famille ont rappelé, dans un message au monde, que l’Eglise est une famille et « une famille de familles ». Notre Eglise n’est pas assez familiale, pas suffisamment fraternelle et pas assez fondée sur les familles. Toute communauté, en particulier les paroisses, doivent se considérer comme une famille. Aujourd’hui, nombre de nos paroisses ressemblent plus à des bureaux de douane, à des administrations du religieux, qu’à des familles. Il faudra en repenser le fonctionnement. D’un autre côté, nos familles ne sont pas assez ecclésiales. Si la famille n’est pas une petite Eglise, elle se détruit et détruit ses membres. On doit donc y prier, y célébrer le Seigneur ; les parents doivent être les pasteurs de cette petite Eglise, les plus faibles doivent y être soignés et accueillis, les jeunes doivent y être éduqués dans l’Evangile !

B- L’expérience de l’Esprit-Saint, qui se fera par et grâce à l’exercice des ministères.


Tous les agents de la pastorale doivent désormais chercher à exercer leur ministère dans l’Esprit-Saint et en vue de préparer des cœurs fervents à l’avènement de ce même Esprit-Saint dans les sacrements. Trop de fidèles (et même des fidèles engagés) vivent comme les johannites d’Ephèse, ces disciples qui connaissaient le baptême de Jean mais qui « ne savaient même pas qu’il y avait un Esprit-Saint » (Actes 19,2). Les prédications, le catéchisme et l’éducation des jeunes, la proclamation des lectures, la préparation aux sacrements, le soin des pauvres, des malades et des prisonniers, les prières de délivrance, l’animation des funérailles, le secrétariat paroissial, l’écoute, le chant choral, l’enseignement de la sainte Ecriture… tous les ministères doivent désormais être repensés de façon charismatique en vue de montrer Jésus et de faire faire l’expérience de l’Esprit-Saint.

C- L’expérience missionnaire, qui doit être au cœur de la préoccupation de chaque baptisé.


En effet, c’est une lourde responsabilité pour les héritiers du Royaume de Dieu que de se montrer peu aptes à en faire bénéficier TOUS nos frères, et de laisser les contre-témoignages de certains d’entre nous éloigner du salut les plus fragiles de ceux qui sont venus frapper à notre porte. Alors que l’Esprit-Saint, par le Concile Vatican II, a demandé à l’Eglise Catholique d’être le Bon Samaritain de ce monde qui se meurt sur le bord du chemin, de s’approcher de lui, de le prendre dans ses bras, de le soigner et même de payer le prix de sa guérison, comment pouvons-nous avoir l’attitude du prêtre et du lévite qui, pour garder leur pureté, passent leur chemin sans toucher le moribond (Luc 10, 25-37) ?

Le temps est venu d’une conversion missionnaire de toute la vie de l’Eglise pour que chaque baptisé, chaque famille, chaque groupe, chaque mouvement, chaque paroisse n’ait d’autre souci que de montrer Jésus au monde qui l’attend.
« J’estime, disait saint Jean-Paul II, que le moment est venu d’engager toutes les forces ecclésiales dans la nouvelle évangélisation et dans la mission ad gentes. Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Eglise ne peut se soustraire à ce devoir suprême : annoncer le Christ à tous les peuples.
(Redemptoris Missio, n°3, 1990 ».

Pawol la té bien di ! N’est-ce pas ? Alors, qu’as-tu fait de cette invitation de l’Esprit-Saint !?

Le Plan ECCLESIA’M 2020 ! et ses chantiers…

Pour réaliser cet objectif ambitieux – impossible sans la grâce de Jésus, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit-Saint et impensable sans la foi, l’espérance et l’amour – je demande au diocèse de Martinique, à chaque baptisé personnellement, mais aussi à chaque réalité de ce diocèse, de participer à la démarche synodale de ECCLESIA’M 2020 !

1) Cette démarche n’est pas venue d’un vouloir de chair : elle est née dans l’Esprit-Saint le 12 avril 2015 au Stade de Dillon, lorsque le peuple de Martinique s’est rassemblé pour célébrer la Pâques, la Miséricorde et l’ordination d’un nouvel évêque.

2) Elle s’est poursuivie, au cours du Jubilé de la Miséricorde, par les visites pastorales des paroisses, des associations, des mouvements, des hôpitaux, des communautés, des écoles, des familles et les grands rendez-vous jubilaires…

3) Elle continue aujourd’hui avec cette Lettre Pastorale qui détermine :

  • le mot d’ordre : « Montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise » ;
  • les trois directives pastorales (Faire faire l’expérience de la communauté, de l’Esprit-Saint et de la mission à chaque baptisé) ;
  • et les 5 chantiers missionnaires et pastoraux composés de différents ateliers à mettre en œuvre d’ici 2020 : Accompagner et protéger les familles, Convertir la pastorale en Mission du Parvis, Bâtir une éducation chrétienne, Soigner et délivrer les âmes et Guérir le monde par l’Evangile .

4) Cette démarche se poursuivra en 2017 par des assemblées synodales chargées d’organiser les chantiers et les ateliers, de mettre en place les équipes et les plans d’action et le calendrier pour les deux années pastorales 2017-2018 et 2018-2019.

5) En début 2020, viendra le temps des bilans et des conclusions. Une Assemblée Synodale festive rassemblera, je l’espère, le diocèse pour présenter les résultats de ce travail communautaire dans l’Esprit-Saint.

Je confie cette démarche à la Vierge Marie, Mère de l’Eglise et Notre-Dame de la Délivrande. A son intercession, je suis persuadé que la Divine Providence a déjà désigné tous les serviteurs de ces chantiers et mis en place tous les moyens logistiques et matériels nécessaires. Déjà, à tous, Maman Marie redit : « Faites tout ce qu’Il vous dira ».

Je sais aussi que l’ennemi ne manquera pas de mettre des bâtons dans nos roues (ses « bâtons » favoris étant la division, la jalousie, le découragement, la peur, la procrastination, la critique…), mais je sais aussi que, le cas échéant, Elle saura dire à son Fils : « Ils n’ont plus de vin ».

Alors : « Même pas peur ! » OUI, n’ayons pas peur ! Au contraire, redisons : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime, je… ! »

En avant pour ECCLESIA’M 2020 !

Montre Jésus !

A Rome le 8 septembre 2016
En la fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

En savoir + sur les 5 chantiers d’Ecclesia’M 2020 !

Retrouvez dans leur intégralité, et dans l’ordre des assemblées synodales de Février et Mars 2017, les entretiens présentant les dossiers des chantiers, suivis d’ un lien permettant de remplir en ligne les questionnaires préparatoires à chacune de ces assemblées et d’un autre lien pour les demandes d’inscription si vous souhaitez participer à une ou plusieurs des 5 assemblées synodales.

- I/ Assemblée synodale n°1 ayant eu lieu le 4 février 2017, de 8h à 16h, au Centre Saint-Raphaël de Terreville : "Accompagner et protéger la famille"

Mgr Macaire, si j’ai bien lu votre lettre pastorale, le premier chantier de l’Eglise en Martinique est celui de la Famille !?
Oui. Et l’énoncé exact de ce chantier est ACCOMPAGNER ET PROTEGER LA FAMILLE.
Pour la petite histoire, c’est au François, alors que je répondais au feu des questions des acteurs de la vie paroissiale rassemblés par le père Jacek Ossowski, que j’ai compris l’importance primordiale de ce chantier pour la vie de l’Eglise, pour répondre aux problèmes de la Martinique et aux défis de l’évangélisation : Pas de famille = pas de société ; pas de famille = pas d’Eglise. Ou encore : famille blessée = société malade ; famille affaiblie = Eglise souffrante.
Au cours de ma première année d’épiscopat, j’ai senti que l’Eglise n’était pas assez familiale (c’est l’objet du deuxième chantier sur la conversion missionnaire de la pastorale), mais la raison profonde de cet état de fait et de bon nombre d’obstacles à l’avènement du bonheur, c’est que les familles de Martinique ne sont pas assez ecclésiales. Les familles ne sont pas considérées comme la première Eglise, la première communauté où Dieu est annoncé, où l’amour est expérimenté, où la mission commence. Je ne reviendrai pas ici sur tous les maux qui touchent et blessent la famille martiniquaise, mais les ateliers que je propose sont là pour répondre à ces problèmes.

Quels sont donc les ateliers de ce premier chantier ?
Je propose quatre ateliers, les voilà :
1. La structuration et consolidation des mouvements de la Pastorale Familiale
2. Le rapport paroisses-familles : les liens entre les familles de la paroisse, le Dimanche familial, le catéchisme et les sacrements, les funérailles…
3. La question du mariage aux Antilles
4. Les problématiques particulières des membres de la famille… la parentalité, la masculinité, la féminité, le célibat.

Parlons maintenant des mouvements.
Je pense principalement aux Centres de Préparation au Mariage, aux Associations Familiales Catholiques, à Solitude Béthanie, aux Equipes Notre-Dame et à la Fraternité « Cana », mais j’espère qu’il y a d’autres réalités. Il s’agit, d’une part de soutenir au maximum, du point de vue logistique et moral, les initiatives de ces mouvements qui portent les différents charismes liés à la famille ; d’autre part, de susciter régulièrement des initiatives diocésaines pour les dynamiser et les faire connaître.

Il n’y a que ces mouvements et communautés qui s’occupent de la famille ?
Non, justement. Il y a d’abord les familles elles-mêmes au sein de leurs paroisses. Les paroisses doivent mettre la famille au centre de la communauté. Voici quelques pistes à envisager :
La constitution de groupes de familles paroissiaux : pourquoi ne pas créer, ou constituer, avec l’aide ou pas des mouvements, dans chaque paroisse, un ou plusieurs groupes de familles que le prêtre rassemblera de temps en temps et visitera régulièrement (ce sera aussi bon pour le prêtre) ? On en profitera pour construire une véritable culture ecclésiale dans les familles : la prière, le pardon, l’accueil de la vie, la lecture de la Parole de Dieu en famille, l’accueil des pauvres, les vacances, les temps spirituels avec d’autres familles et pour les couples (quand il y a un couple), l’autorité parentale, etc.
La célébration festive et familiale du Dimanche  : Il faudra réfléchir au renouvellement total de la culture du dimanche en famille. Les paroisses et les districts devront aussi s’interroger sur l’accueil que l’on réserve aux familles pendant les messes dominicales. Les horaires, la durée, la présence d’une garderie et de l’Eveil à la Foi, des toilettes … sont autant d’éléments qui permettent (ou pas) à un parent de venir à la messe ! Il faut avouer que pour les familles, je pense en particulier aux familles monoparentales, c’est « mission impossible » d’aller à la messe lorsque la célébration est trop tôt ou trop tard, lorsque les enfants deviennent insupportables et que certains paroissiens (voire le prêtre !) grognent parce que les enfants sont "cireurs". Avoir un enfant signifie, pour beaucoup de personnes, être exclu de la pratique. Il faut le reconnaître et il faut que cela cesse !

Comment les acteurs de la paroisse peuvent-ils s’engager et se mettre en mission par rapport aux familles ?
Il y a une opportunité extraordinaire qui nous est fournie par les nombreuses familles qui viennent vers nos paroisses. C’est une opportunité que nous ne saisissons pas ; au contraire, on a parfois l’air de ne pas accueillir ces personnes pour leur montrer Jésus ! Je parle en particulier du catéchisme.
Les familles et le catéchisme : 50 à 60% des familles nous confient leurs enfants pour le catéchisme. Mais nous ne nous occupons pas de ces familles en tant que telles. L’Eglise enseigne que c’est la famille qui est la première responsable de l’éducation chrétienne de l’enfant. Le pape François l’a rappelé dans Amoris Laetitia récemment. On marche sur la tête et on s’épuise inutilement en ignorant les parents dans la catéchèse ; c’est contraire à tous les principes et c’est un échec puisque beaucoup de jeunes abandonnent l’Eglise à l’exemple de leurs parents ! Il faut donc que le catéchisme en Martinique se transforme en un grand mouvement d’évangélisation des familles et des parents (tous les parents, quelles que soient leurs situations matrimoniales). Cela concerne aussi les parents qui se préparent au baptême de leur enfant. On ne peut pas faire de plus beau cadeau à un enfant que de former chrétiennement ses parents, surtout lorsqu’eux-mêmes viennent frapper à la porte de l’Eglise.
En tout cas, l’époque où l’on vient inscrire son enfant au catéchisme et où l’on revient le chercher à la fin de l’année pour qu’il fasse sa communion, sa profession de foi ou sa confirmation doit être définitivement révolue en 2020. Par exemple, une visite annuelle systématique de chaque famille par un responsable de la paroisse et par le prêtre doit être mise en œuvre. On devra aussi imaginer des parcours familiaux plus courts mais plus instances pour préparer les sacrements. Ni l’âge ni le niveau scolaire ne doivent plus être le premier critère pour recevoir un sacrement, mais l’engagement de la famille dans l’Eglise et la formation reçue en famille… (Je reviendrai sur cette question dans le chantier sur l’éducation et le catéchisme).

Cet atelier concerne donc directement chaque paroisse et même chaque famille. La pastorale diocésaine va-t-elle intervenir ?
Vous avez raison, il y a un niveau de réflexion qui appartient au diocèse, notamment en ce qui concerne le discours moral en général. Je rappelle qu’il n’appartient à aucun fidèle de porter un jugement pastoral ou moral sur les personnes et encore moins d’édicter des règles ecclésiales. Cela ne veut pas dire non plus que chacun fait n’importe quoi. Mais ce ministère est du ressort propre des pasteurs et ultimement de l’évêque. Ici, la réflexion du diocèse doit porter sur le mariage et la préparation au mariage, la parentalité, les femmes, les hommes.

Vous pensez que quelque chose doit changer quant au mariage ?
Oh oui ! sans conteste. Le Jubilé des fiancés en février 2016 m’a ouvert les yeux sur les différentes conceptions du mariage et sur les pièges dans lesquels les couples tombent. Il m’appartient, avec les responsables diocésains, de réfléchir et de donner des directives.
Le « mariage aux Antilles » doit faire l’objet d’une étude et d’un programme d’enseignement spécial. Des gouffres successifs d’incompréhension se sont créés entre 3 conceptions différentes : la conception théologale de l’Eglise, l’opinion commune des fidèles et la pratique réelle des fiancés. Tout d’abord l’Eglise enseigne que le mariage est le sacrement qui valide obligatoirement toute relation d’amour légitime entre un homme et une femme. Ensuite, la plupart des fidèles ont parfois une conception mondaine du mariage comme le sacrement des gens-bien-comme-il-faut, ceux qui ont réussi leur vie chrétienne. Ainsi, on dit aux jeunes que tant qu’ils ne sont pas mariés, ils n’ont pas leur place dans l’Eglise ( !). Enfin il y a la conception des fiancés (je parle ici des personnes qui envisagent le mariage à plus ou moins long terme) qui envisagent le mariage quand leur vie de couple est bien installée, qu’ils ont du travail, des enfants et les moyens de dépenser quelques milliers d’euros pour faire une noce. A ce propos, il faudra faire une enquête sur les coûts et le business du mariage chez nous. Cela éloigne tant de couples de la bénédiction divine, du respect de leurs frères chrétiens et de l’amour.
Une évolution du discours sur les couples est aussi nécessaire. Il faudra arrêter de condamner systématiquement les personnes non mariées. Leur situation n’est pas parfaite devant Dieu, mais ils ne vivent pas dans la débauche pour autant. Certaines femmes souffrent tellement de cette situation, qu’elles refusent d’avoir des enfants et même, remplies de honte, font des avortements ( !) pour ne pas concevoir d’enfant « dans le péché ». ( !) Une belle réussite du diable, l’accusateur qui a toujours voulu prendre la place de Dieu. A ma connaissance, aucun enfant n’est conçu « dans le péché » puisque tout enfant est voulu par Dieu ! Pour comprendre la situation psychologique et sociale de ces couples de chrétiens non mariés, il faudra faire une enquête auprès des hommes ; bâtir un programme cursus de réflexion où ces personnes devront se sentir accueillies, aimées par l’Eglise, encouragées dans un chemin de progrès, comme on le fait pour les catéchumènes. Il faudra aussi réfléchir à la préparation et à la célébration du mariage. La pratique actuelle ne convient pas tout-à-fait.
Un autre point concerne l’éducation affective et sexuelle. En cette matière, tout et n’importe quoi se dit et se vit, pour le plus grand malheur des hommes, des femmes, des enfants et des jeunes. Une grande immaturité en ce domaine produit beaucoup de dégâts et de tristesses. Il ne s’agit pas de faire la morale aux gens, mais d’apporter à ceux qui le souhaitent une véritable éducation libératrice en laquelle l’Eglise est experte.

Mais il n’y a pas que la vie de couple dans la famille ?
En effet, la parentalité, le célibat, la féminité et la masculinité constituent aussi un atelier important. L’époque est difficile et stressante pour tous les éducateurs, et en particulier pour les parents. Eux-mêmes peut-être manquent de référentiel éducatif, mais l’environnement ne les aide pas. L’Eglise a des compétences, des associations, des professionnels, des structures d’aide : il faut que cela bénéficie au plus grand nombre ! Je propose que toutes les réalités familiales élaborent une charte des parents (comme cela se fait en Guyane). Que l’on pourrait offrir à chaque famille. Cette charte servirait de base aux enseignements que l’Eglise leur apporte. On peut même imaginer une véritable école des parents. Aujourd’hui, des associations comme Alternative-Espoir offrent déjà ce type d’aide ; il faudra certainement étendre le projet.
Je ne veux pas non plus qu’on oublie le nombre très important de célibataires de tous âges et de toutes situations. L’Eglise de 2020, et peut-être avant, doit réfléchir sur l’accompagnement des personnes célibataires.
La Pastorale des hommes et l’éveil de la féminité sont aussi des pistes de travail auxquelles notre communauté ne peut se dérober. Pour les hommes, on devrait, je pense, leur réserver des tâches particulières dans chaque paroisse. Les milieux trop féminins ne sont pas propices au ministère des hommes. Je préconise qu’on leur réserve de façon stricte certains ministères. Chaque pasteur verra selon le cas. Par exemple, l’accueil et le service d’ordre aux messes, la catéchèse (eh oui, la catéchèse !) ou mieux encore le cheminement, ou le service de l’autel… etc. Le Peuple de Dieu nous le demande et les initiatives prises en ce sens connaissent un véritable succès, signe d’une grande attente. On a fait le jubilé des hommes et on a vu le succès à la Ferme Perrine. Pour les femmes, déjà très présentes dans l’Eglise, mais peut-être pas assez prises en compte « en tant que femmes, mères, épouses, filles, sœurs… », il reste à trouver des projets et à créer par exemple une Journée de la "femme selon le cœur de Dieu", dans l’esprit du Congrès des femmes organisé les 18, 19 et 20 novembre prochains par le Renouveau Charismatique.

Complément : questionnaire préparatoire à l’assemblée synodale du 4 février : enquête statistique pour le chantier n°1 à remplir sur google forms en cliquant sur le lien suivant : https://goo.gl/forms/YIjlBftUaO72pCXk2

Inscription à l’assemblée synodale du 4 février sur le chantier n°1 « Accompagner et protéger la famille » : https://goo.gl/forms/GBpgsoqasT0I5uJG2
Attention : l’inscription ne sera effective que lorsque vous aurez reçu un mail de confirmation, le nombre de places étant limité en fonction de la salle d’accueil de chaque assemblée synodale.

- II/ Assemblée synodale du chantier n°5 ayant eu lieu le 11 février 2017, débutant à 9h30 par la Messe des malades à Basse Pointe puis,se déroulant de 11h à 17h, au Foyer de charité de Trinité : "Soigner et délivrer les âmes".

Fin du suspense !! Aujourd’hui, Monseigneur, vous nous partagez vos réflexions sur le 5éme chantier d’Ecclesia’M 2020 ! : « Soigner et délivrer les âmes ». Qu’est-ce à-dire ?
Fin du suspense… pour vous ! Pour moi, c’est le début. Comment mes frères et sœurs vont-ils s’accaparer ces chantiers et les mettre en œuvre ? Que vont donner les assemblées synodales de 2017 ?...
Mais revenons au sujet du jour.
Les blessures psycho-affectives et les maladies spirituelles sont très répandues, ici comme ailleurs. C’est la conséquence de l’illusion du serpent qui a fait croire aux hommes qu’ils pouvaient « être comme des dieux » (Gn 3,5) s’ils choisissaient eux-mêmes ce qui est bien et ce qui est mal. Des philosophes dits « humanistes » ont voulu montrer, au cours des derniers siècles, que sans Dieu les êtres humains seraient soi-disant plus libres et plus heureux, plus fraternels et moins névrosés. Le résultat est sous nos yeux. Les troubles de l’âme concernent aujourd’hui toutes les couches de la population et tous les âges, dans le monde entier, et particulièrement chez nous aux Antilles. C’est une question de santé publique, mais aussi et surtout une question de Salut et de Vie éternelle.
Les conséquences, dans la société, les familles et la vie des personnes, sont énormes et bien réelles : violences, addictions, maladies, dépression, angoisses… ou, comme le dit saint Paul aux Galates, « tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables » (Gal 5,19). Cette liste terrible ressemble trop à certaines réalités de notre vie sociale ! Enfin, le pasteur que je suis, pas plus que les autres fidèles, ne peut rester indifférent à la sentence de Paul pour « ceux qui commettent de tels actes et qui n’hériteront pas du Royaume » (Gal 5,21).

L’Eglise peut-elle quelque chose en ce domaine ? N’est-ce pas l’affaire des médecins, des psychiatres, des travailleurs sociaux, des éducateurs et des politiques ?
Sans conteste, la société fait de son mieux, avec les moyens qui sont les siens, pour contenir la vague, ou plutôt le tsunami de mal-être qui frappe les hommes et les femmes de notre temps. Mais, même s’il y a des réussites louables et des efforts réels, je ne suis pas certain que ce pouvoir humain soit en mesure de s’attaquer aux causes profondes de cette destruction de l’être humain en son corps, son équilibre, sa dignité, sa famille, ses relations. L’origine de ce combat est spirituelle et c’est par l’Esprit que la vraie victoire peut être remportée. « Le fruit de l’Esprit, dit saint Paul, est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Gal 5, 22-23).
L’héritage de l’Eglise Catholique est très riche en ce domaine, aussi bien dans sa dimension mystique que dans sa dimension scientifique. Côté mystique et spirituel, n’oublions pas que Jésus a donné à ses apôtres le « pouvoir des clés » pour délier les âmes sur terre et au ciel (Mt 18,18) et le pouvoir de prendre autorité en son Nom, sur toutes maladies et sur les esprits mauvais. Les pasteurs, les spirituels et les saints de l’Eglise ont toujours utilisé ce don du Seigneur à son Eglise pour soigner et délivrer les âmes. Côté scientifique et psychologique, les moines, les théologiens et les ascètes ont acquis une connaissance inégalée du psychisme humain dont ils se sont servi pour accompagner tant d’hommes et de femmes vers la liberté à travers les siècles et les méandres complexés de leur vie.
Notre génération ne peut démissionner de cette tâche urgente.

Y a-t-il des particularités antillaises en ce domaine ?
Je crois que nous ignorons souvent la dimension affective dans notre agir. Or, elle est souvent déterminante. Notre sensibilité, quand elle n’est pas maîtrisée, entraîne des violences et de l’outrance. Nous sommes capables de justifier et d’enrober nos réactions avec des grands principes moraux très rationnels. Inversement, il nous arrive d’accuser les autres de malveillance ou de leur prêter toutes sortes d’intentions mauvaises. En fait, nos réactions sont, la plupart du temps, fondées sur des affects, des passions !

C’est-à-dire ?
Eh bien ! Nos réactions et nos relations sont souvent déterminées davantage par nos blessures profondes et inconscientes que par des décisions rationnelles. Un mépris reçu jadis, un abandon, des violences, l’absence d’un parent, un avortement, un divorce, un pardon non-donné ou au contraire des flatteries sont à la source de tant de nos réactions, de nos actes et nos paroles ! Il faut aussi considérer la contamination qui provient des failles de notre culture, des peurs du monde qui nous entoure, de l’héritage plus ou moins sombre de nos ancêtres et de notre histoire et des infestations spirituelles que certains ont contractées en allant voir de mauvaises personnes.
Il est temps de mettre à disposition du peuple de Dieu le trésor spirituel de l’Eglise pour briser ces chaînes dans le Nom de Jésus !?

Quels sont donc les ateliers de ce chantier pour soigner et délivrer les âmes ?
Ce sont, il faut le reconnaître, des ateliers assez spécialisés qui demandent de la formation et des compétences que Dieu demande à l’Eglise de partager. Il y en a trois :
1. La guérison spirituelle qui concerne le ministère de délivrance et d’exorcisme et la formation des ministres.
2. L’accompagnement spirituel pour former et organiser toutes les réalités qui offrent une écoute au plus grand nombre.
3. La santé et le bien-être des gens dont l’Eglise s’est toujours préoccupée au nom du Divin Créateur qui veut le bonheur de ses enfants.

Quelles sont les pistes que vous proposez à ces ateliers ?
En ce qui concerne la guérison spirituelle, la réflexion est l’une des plus avancée du plan ECCLESIA’M 2020 !. Il a fallu en effet mettre en route au plus vite cet atelier car le nombre de demandes était très important et que beaucoup de personnes sont en souffrance. Or, dans ce genre de souffrance, les gens sont prêts à faire n’importe quoi, y compris à se jeter dans la gueule du loup en allant voir des gadé zafè pour être débarrassés de leurs problèmes. Beaucoup s’imaginent aussi que certains ministres ont un pouvoir magique et qu’une simple prière de leur part suffira. Ce n’est pas vrai. L’Eglise n’a d’autre pouvoir que l’Amour du Seigneur qui libère de toutes chaînes. Mais il faut aussi que les fidèles tourmentés soient disposés à accueillir l’Amour et renoncent à toute ténèbre. Et cela demande du temps !
La bonne nouvelle est que cet atelier est en cours et que le « Service diocésain saint Padre Pio » sera bientôt opérationnel. Là-dessus, nous n’attendrons pas 2020 pour communiquer aux fidèles son fonctionnement.
Mais vous comprendrez que ce n’est pas en une journée qu’on peut mettre en place une telle structure. Il aura fallu fédérer des prêtres, des diacres, des religieuses, des laïcs et des professionnels divers, prendre ensuite le temps d’organisation, de structuration et de formation nécessaire. De plus, toutes les demandes ne relèvent pas d’un ministère de délivrance et d’exorcisme, et nous devons savoir apporter une assistance, une réponse et un diagnostic à ces fidèles tourmentés.
Mais les choses avancent. Merci Seigneur !

Quelle différence faites-vous avec l’accompagnement spirituel ?
L’accompagnement spirituel est l’atelier principal de ce chantier ! La pénurie d’accompagnateurs et le manque de disponibilité du clergé, trop peu nombreux, ont fait que bien des fidèles ignorent qu’un des moyens majeurs de la vie spirituelle dans notre Eglise est l’accompagnement. Bien-sûr, la pratique liturgique, la confession régulière, la prière, les lectures ou la radio, ou encore l’engagement missionnaire et le service, nourrissent quotidiennement nos âmes et les protègent du mal. Mais l’accompagnement spirituel avec un frère ou une sœur qui m’écoute régulièrement ou à certains moments de mon existence, est indispensable. Je pense notamment aux jeunes, aux néophytes ou à tous ceux qui sont à un tournant dans leur vie, ou encore les âmes, nombreuses j’espère, qui veulent avancer plus loin sur le chemin du Seigneur, sans parler de ceux qui sont dans des milieux ou des situations où leur vie spirituelle est rendue difficile ou mise en danger…
En Martinique, le Seigneur a suscité des lieux de bénédiction où des âmes, ponctuellement ou régulièrement, peuvent bénéficier de ce trésor. En plus des prêtres, qui y consacrent déjà pas mal de temps, il y a les monastères, le Foyer de Charité, les communautés comme l’Emmanuel, le Chemin Neuf, Vie et Partage, les mouvements comme le Renouveau Charismatique, Mère de Miséricorde ou le Réseau Ignatien qui se met en place. Je me réjouis particulièrement de l’initiative de Sr Bernadette et du père Jean-Marie Yang-Ting qui ont mis toute leur énergie à fonder le Centre Eaux Jaillissantes qui a permis la formation de beaucoup d’écoutants (dont votre serviteur !) et l’accueil de tant de fidèles !
Cet atelier devra réfléchir à parfaire le dispositif, à organiser des formations, à créer des structures (des permanences d’écoute par exemple, notamment dans les trois sanctuaires diocésains de la Délivrande, du Sacré-Cœur et de la Salette), à faire en sorte que des écoutants bien formés soient disponibles dans chaque paroisse, en lien avec les prêtres, le plus souvent possible. C’est l’un des ministères les plus importants de l’Eglise du XXIéme siècle, mais il est très exigeant spirituellement pour ceux qui l’exercent.

Le troisième atelier de ce chantier concerne la santé et le bien-être ! Monseigneur, en quoi l’Eglise catholique est-elle concernée par ce domaine !? Encore une fois, n’est-ce pas l’affaire de professionnels ?
L’un n’empêche pas l’autre ! Je veux dire que les chrétiens doivent savoir être des professionnels dans les domaines où le Seigneur les envoie. Or, précisément, la santé et le bien-être ont toujours été un domaine important de l’action chrétienne. À ma connaissance, le soin des malades et des « mal-en-point » était un élément central du ministère de Jésus. L’Eglise, depuis 2000 ans, a continué dans ce domaine. Les moines et même les mystiques ont mis en pratique, par l’alimentation, le jeûne, l’activité physique, les plantes, tous les ressorts que le Créateur avait mis à leur disposition pour que leur corps sain soit au service de la sainteté de l’âme. Nous avons toute une tradition ecclésiale et monastique en ce domaine du bien-être et de la santé, dont le maillon le plus célèbre est sainte Hildegarde de Bigen, faite docteur de l’Eglise par le pape Benoît XVI.
Le drame, c’est que beaucoup de fidèles et de pasteurs ont négligé ce trésor et oublié cet enseignement basique, alors même qu’en raison d’une alimentation malsaine et des conditions de vie stressantes, les hommes de ce temps en ont d’autant plus besoin. Cet appétit de bien-être est même devenu une idole pour beaucoup. Et les puissances d’argent l’ont bien compris. Elles y répondent avec plus ou moins de philanthropie : médecines nouvelles et parallèles, pratiques orientales et ésotériques, pratiques alimentaires diverses et coûteuses, sports inédits, cures, stages, sessions et même « retraites » … Dans tout cela, il y a du bon et parfois du moins bon, notamment des pratiques occultes. D’un autre côté, plusieurs de ces pratiques sont inspirées de l’enseignement des mystiques catholiques. Il est temps que l’Eglise réintègre son héritage, le purifie et le propose à ses fils et à ses filles.
En outre, la société martiniquaise connaît une période de vieillissement. Ces problématiques sont au cœur de la préoccupation des personnes et des fidèles. Combien de fois, au cours des retraites et des rencontres, ce sujet n’est-il pas abordé dans les conversations ? Cet atelier devra donc mettre en œuvre cette tradition, l’adapter à la réalité antillaise et proposer largement (notamment aux plus jeunes) un style de vie, d’activité physique et sportive et d’alimentation conforme à la volonté de Dieu sur le corps de l’Homme.

Monseigneur Macaire, nous en avons fini… ?
Pour l’exposé des premières idées… oui ! Et encore !? Une plaquette devrait être éditée avec l’ensemble du plan pastoral. Cela constituera un Instrumentum Laboris pour tous : la base commune de travail et de réflexion. Mais ce n’est qu’une étape. Nous consacrerons 2017 à collecter des nouvelles idées et à corriger celles qui sont énoncées dans ces interviews. Déjà plusieurs paroisses se sont saisies de ces textes et des initiatives voient le jour çà et là. J’ai hâte de collectionner tout cela. Sans oublier les cinq chantiers de « fondation » (le secrétariat général d’ECCLESIA’M 2020 !, la formation et la création d’un Institut Catholique, la vie des prêtres et les vocations, le perfectionnement de la Liturgie et l’immobilier) que je n’ai pas détaillés ici, mais sur lesquels des équipes sont déjà à pied d’œuvre.
Enfin, j’attends des cinq assemblées synodales (une par chantier) ce double travail : évaluer les idées de chaque atelier et en fournir les ouvriers… Au travail !

- Complément : questionnaire préparatoire à l’assemblée synodale du 11 février  : à remplir en ligne sur google forms en cliquant sur le lien suivant https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeRozQg6Gnwja2NusqX3djC0_QaCMQGOvUy68W28w24d7-plg/viewform?c=0&w=1

A travers ce questionnaire nous souhaitons connaître vos besoins dans le domaine de l’accompagnement spirituel, de la guérison spirituelle et de la santé. Ce questionnaire étant anonyme, nous vous remercions d’y répondre en toute liberté.
Que Dieu vous bénisse !

Inscription à l’assemblée synodale du 11 février sur le chantier n°5 « Soigner et délivrer les âmes » : https://goo.gl/forms/GcM1vIp1pTAGWkj92

Attention : l’inscription ne sera effective que lorsque vous aurez reçu un mail de confirmation, le nombre de places étant limité en fonction de la salle d’accueil de chaque assemblée synodale.

-  III/ Assemblée synodale du chantier n°2, organisée le 4 mars au Couvent de Cluny : "Convertir la pastorale en mission du parvis."

Monseigneur Macaire, le deuxième chantier d’ECCLESIA’M 2020 ! concerne la CONVERSION MISSIONNAIRE DE TOUTE LA PASTORALE. En quoi cela consiste-t-il ?

Ce chantier est la mise en œuvre pratique des documents majeurs du Magistère de l’Eglise ces dernières années dans la vie paroissiale. C’est un chantier essentiel, qui concerne toute l’Eglise Catholique. Récemment encore, j’en ai parlé à Rome avec des évêques du monde entier, de la Caraïbe, de France ou d’ailleurs. En septembre, j’ai travaillé pendant trois jours avec le clergé de la Guyane sur cette problématique. Voici quelques indications :

  • Evangelii Nuntiandi de Paul VI, Redemptoris Missio & Tertio Millenio adveniente de Jean-Paul II n’ont cessé de nous demander (« nous », c’est chaque chrétien, chaque famille, chaque paroisse, etc.) d’être fondamentalement missionnaires.
  • Le fameux Document d’Aparecida en 2007, des évêques de l’Amérique Latine et de la Caraïbe, consacre un chapitre entier à ce qu’il appelle « la conversion pastorale et le renouveau missionnaire de nos communautés ». Il déclare ceci, qui doit inspirer nos actions : « Une ferme décision missionnaire doit imprégner toutes les structures ecclésiales et tous les plans pastoraux des diocèses, des paroisses, des communautés religieuses, des mouvements et d’autres institutions de l’Église. Aucune communauté ne doit se dispenser d’entrer résolument, avec toutes ses forces, dans les processus constants de renouveau missionnaire, et d’abandonner les structures caduques qui ne facilitent plus la transmission de la foi » (Aparecida n°362).
  • Le Synode sur la Nouvelle Evangélisation, dans son message au monde du 26 octobre 2012, déclarait : « C’est à nous aujourd’hui de rendre concrètement accessibles des expériences d’Église, de multiplier les puits auxquels inviter les hommes et les femmes assoiffés, pour faire rencontrer Jésus, véritable oasis dans les déserts de la vie »).
  • Et surtout la grande Exhortation Apostolique Pastorale du pape François, Evangelii Gaudium (la Joie de l’Evangile), qui est le document pastoral majeur du Pape François : Aujourd’hui, dans cet “allez” de Jésus, nous sommes tous appelés à cette nouvelle “sortie” missionnaire. Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande pour sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile » (EG n°20).

Il nous faut donc sans cesse traduire en termes de structures et en actes concrets cette volonté prophétique que l’Esprit communique à nos pasteurs. Notre pastorale doit devenir à 100% missionnaire.

Pouvez-vous nous expliquer les raisons profondes de cette « Conversion » Pastorale ? Pourquoi !?

Parce que, en raison de circonstances locales et mondiales, nous sommes à un moment de notre histoire où l’équilibre social peut basculer en Martinique. Je l’ai expliqué dans ma lettre pastorale. En parlant de la peur, j’ai fait une référence implicite à la Constitution Pastorale de Vatican II « l’Eglise dans le monde de ce temps ». Celle-ci commence par deux mots « Gaudium et Spes » (les joies et les espoirs), mais les deux autres mots qui suivent sont plus importants, ce sont ceux auxquels le concile va répondre : « luctus et angor », « les angoisses et les tristesses de ce temps ». Le concile avait 50 ans d’avance. Car les angoisses et les tristesses n’ont cessé d’augmenter depuis. La violence semble croître dans le monde et chez nous elle atteint un paroxysme. Une sorte de « 3ème guerre mondiale » nous cerne et nous concerne. Le monde, et notre petite Martinique avec, est devenu une jungle. Il s’en suit une panique sociale systématique organisée par des puissances obscures qui poussent le peuple à deux types majeurs de (mauvaises) réponses : la religion facile et la consommation effrénée.

D’un côté, les mouvements religieux ésotériques et sectaires se développent comme autant de thérapies face aux angoisses suscitées par la culture de mort. Même certains chrétiens offrent une religion où l’expérience de Jésus est avant tout une recherche de consolation personnelle et une fuite du monde. D’autres systèmes plus ou moins archaïques proposent quelques règles morales, alimentaires et vestimentaires, simplistes et rassurantes, où se réfugient les esprits trop tentés par le péché et la violence…

L’autre choix, le plus courant et le plus terrible, face à la terreur ambiante, est de sombrer dans l’hédonisme ambiant et la société de consommation. C’est le fameux « mangeons et buvons car demain nous mourrons » de saint Paul aux Corinthiens… Tant de malheurs sur les enfants de Dieu livrés à Mammon.

Et vous-même Monseigneur, comment voyez-vous les choses pour la Martinique ?

Merci de me poser la question. J’ose dire que même si le Magistère de l’Eglise ne nous avait pas placés dans cette dimension de la Mission, celle-ci s’avère vitale, VI-TALE, (je pèse mes mots) pour l’Eglise du Christ qui est en Martinique aujourd’hui.

Soyons clairs. Les paroisses de Martinique vont bien et même très bien. Elles sont le Corps du Christ au milieu de la cité des hommes, elles sont vivantes, ferventes et joyeuses. La plupart peuvent encore surfer sur la vague pendant quelques années. Mais le rivage s’approche ! Si l’Eglise s’endort, si nos communautés paroissiales ne convertissent pas leur pastorale en mission, dès aujourd’hui, si elles ne sont pas « en sortie » (comme dit le pape François), elles laisseront les femmes et les hommes de ce pays aux mains des vampires dans des chemins de perdition. Il y aura non-assistance à peuple en danger. Les chrétiens vieilliront alors tranquillement dans l’Eglise, protégés par la foi, les pasteurs et les sacrements. Ils tiendront la route et auront bonne conscience, mais pendant ce temps le monde se perdra, leurs enfants et leurs petits-enfants avec ! Nous aurons à rendre des comptes devant Dieu.

En Martinique, de grands mouvements laïcs ont transformé durablement la société et l’Eglise et ont permis à des milliers de personnes de rencontrer Jésus et d’entrer dans l’Eglise, de faire l’expérience de l’Esprit et de devenir missionnaires. Il y a eu les Confréries, puis l’Action Catholique à partir des années 50 et, plus tard, le Renouveau Charismatique dans les années 80. Le temps est venu pour les paroisses de s’interroger sur leur dynamisme et leur capacité à poursuivre cette mission que les mouvements ont assumée et assument encore. Le pape François insiste beaucoup sur ce point.

Je souhaite que le Conseil Presbytéral se charge de ce dossier. On peut par exemple imaginer qu’un délégué « ECCLESIA’M 2020 ! » par paroisse soit nommé. Ce délégué sera membre du Conseil Paroissial et adjoint du Curé pour engager les mutations nécessaires. Il sera aussi le correspondant paroissial du Secrétariat Général, chargé de faire remonter les difficultés, les progrès, les questions, les suggestions.

Quelles sont les caractéristiques de la mission des paroisses en Martinique ?

C’est d’abord ce qu’on appelle une Mission du parvis  ! C’est-à-dire que cette mission ne consiste pas, pour l’instant, à aller vers des étrangers ; elle ne nous demande pas encore d’aller vers des gens des autres religions ; elle nous invite avant tout à accueillir ceux qui frappent à notre porte ou qui sont debout sur le parvis sans entrer dans nos églises.

Nos églises sont encore pleines (et encore pas partout), mais il y a plus de 50% d’enfants catéchisés, et un pourcentage plus élevé encore de baptisés ; la pratique est donc médiocre, en fin de compte ! D’un autre côté, des gens frappent à la porte de l’Eglise pour se préparer au mariage, demander des sacrements pour eux-mêmes ou leurs enfants, pour faire célébrer les funérailles de leurs défunts. Jusqu’à aujourd’hui, nous ne considérons pas assez cette situation comme une opportunité missionnaire, un appel de Dieu. Parfois, au contraire, nous avons un accueil administratif qui ne demande qu’un minimum d’implication, et de la part des demandeurs, et de la part surtout des responsables laïcs ou clercs de l’Eglise.

Il arrive même que des gens soient reçus avec peu d’égard ! Cela nourrit un certain ressentiment vis-à-vis de l’Eglise chez ces catholiques non-pratiquants. Je sais que tous ces frères et sœurs ne sont pas simples, ni toujours très cohérents dans leurs demandes et leurs choix de vie. Mais, souvent, ce sont des jeunes adultes et ils sont maintenus en dehors de la communauté. C’est grave. Notre avenir est en jeu.

Pourquoi, d’après vous, certains apostasient, passent à une autre religion, puis changent soudain de vie alors qu’ils ne le faisaient pas chez nous ? ou d’autres, fuyant la « religion », se perdent dans l’oisiveté, la vie facile, l’alcool, la drogue ou les milieux ésotériques !? Tout simplement parce qu’ils ont été accueillis et se sont sentis aimés… ailleurs ! On comprend alors la volonté très ferme du Pape François d’un « état permanent de mission et non d’une simple administration ». Nous souhaitons que nos paroisses « avancent sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont » (EG n°25). C’est clair ?

C’est clair !

LES ATELIERS SYNODAUX

Alors quels sont les ateliers que vous nous proposez Monseigneur ?

Trois gros ateliers. Les voilà :

  1. L’Accueil dans les paroisses, à l’église et au presbytère : pour établir un dispositif d’accueil à l’église le dimanche et dans les presbytères : bureau, téléphone, site internet… prendre en compte chaque paroissien et répondre positivement à ses demandes.
  1. L’ouverture des portes des Paroisses : pour servir les pauvres, décentraliser la vie paroissiale, établir des programmes paroissiaux d’évangélisation (cours Alpha ?), créer des groupes bibliques, proposer un catéchuménat pour tous et confier des ministères aux jeunes adultes.
  1. La Conversion des structures : pour renouveler régulièrement les cadres et les missions des laïcs, systématiser les Petites Communautés Ecclésiales, et notamment les communautés de quartier.

Peut-on entrer dans le détail de votre réflexion ?

Oui. Je souhaite qu’il y ait une véritable conversion des comportements d’accueil dans nos églises et nos presbytères. C’est l’élément central de cet atelier, et peut-être même de tout le plan ECCLESIA’M 2020 ! :

L’accueil dans les paroisses, dans les églises et dans les presbytères. Demain matin, si Jésus visite une de nos paroisses sous les traits de quelqu’un de mauvaise vie, si Marie-Madeleine débarque en pleurant ou si Matthieu le débauché arrive au presbytère, comment seront-ils accueillis ? Cette question me fait trembler. Mais je tremble plus encore pour les « vrais gens » qui arrivent à la messe ou au presbytère et qui ne sont pas des chrétiens habitués. J’ai peur pour eux. Sur qui vont-ils tomber ? comment seront-ils reçus ? va-t-on leur expliquer les choses avec patience s’ils font des demandes qui ne correspondent pas à nos critères ? Si quelqu’un vient ou revient à la messe pour la première fois, va-t-il avoir au moins un frère ou une sœur pour lui sourire, lui parler, lui demander « comment il va » ? ou va-t-il faire face à « des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques » comme dit le pape François (EG n°6) !? Pour aider les communautés à progresser en ce sens, je demanderai d’ici quelques mois à des « inspecteurs » anonymes, comme pour le guide Michelin, d’aller évaluer l’accueil dans chaque lieu d’Eglise !

Concrètement, comment cela doit-il se traduire selon vous ?

Voilà quelques éléments que j’espère voir mis en place d’ici 2020 :

Un dispositif d’accueil à l’église : Au moins pour chaque messe, il pourrait y avoir une équipe d’accueil souriante et qui va au-devant des gens, surtout des inconnus et des marginaux, un bureau d’accueil habilité à donner tous les renseignements, une cellule d’écoute pour ceux qui auraient quelques détresses à confier ou besoin d’une écoute particulière, des personnes formées aux premiers secours disponibles et des infrastructures indispensables comme des WC propres ! Certains dimanches, même si nous sommes des centaines (raison de plus !), on gagnerait à rompre l’anonymat ; les paroissiens pourraient porter une étiquette avec leur prénom. C’est quand même inadmissible qu’on ait pris l’habitude d’être des anonymes à la messe alors que sur internet, sur les plateformes téléphoniques, dans les soirées, dans l’avion ou dans les magasins, les gens vous appellent par votre nom ! Déjà certaines paroisses organisent de temps en temps des « bwè-mangé » communautaires. Je pense que de façon simple, conviviale et gratuite, des repas ou des apéros, des agapes fraternelles peuvent être partagés de temps en temps à la sortie des messes, pour que tous puissent échanger et se connaître. Je sais que ce n’est pas dans notre culture antillaise de rester après la messe (même pour le prêtre), mais la culture évolue : d’autres populations s’installent chez nous (ne serait-ce que les touristes) et il y a de plus en plus de personnes seules dans le pays ; tout le monde n’a pas une famille à retrouver le dimanche (… et ça non plus, ce n’était pas dans notre culture !).

Une équipe de Caritas (des membres du Secours Catholique ou de Saint-Vincent de Paul) à chaque messe pourrait se tenir d’astreinte pour porter de l’aide aux nécessiteux qui viendraient à nous demander un secours.

Tout se passe à l’église et à la messe ?

Non. Le presbytère est souvent le premier contact pour ceux qui ne connaissent rien à la vie paroissiale. C’est donc un lieu majeur de cette pastorale paroissiale du parvis pour ceux qui sont loin ou qui se sont éloignés de l’Eglise. J’insiste donc sur…

Le bon accueil dans les presbytères est capital. Le presbytère est le premier contact pour ceux qui ne connaissent rien à la vie paroissiale. Les locaux qui reçoivent le public, l’accueil téléphonique, la gestion du site internet, les procédures d’inscription au catéchisme ou à tout autre service… tout doit être repensé en vue de l’accueil des personnes les plus éloignées de l’Eglise. Certaines paroisses font des efforts sur ce point. Mais il faut généraliser cet élan. Il est inadmissible qu’on reçoive parfois chez nous un accueil moins chaleureux que dans les administrations ou les magasins. C’est une honte pour le Christ. Je me montrerai sévère envers les personnes (bénévoles ou salariées) qui donneraient un contre-témoignage pendant un service qui représente toute la communauté chrétienne. Cela vaut aussi et en premier lieu pour les prêtres. Il faudra donc que soient formés à l’accueil du public tous ceux qui doivent exercer ce ministère.

D’ores et déjà, je demande qu’on accueille chacun avec amour et patience, notamment les personnes compliquées, éloignées de l’Eglise ou qui se montrent désagréables. Seuls les prêtres, en tant que pasteurs, peuvent refuser des demandes. Si une requête semble incongrue ou en dehors des règles, les responsables doivent répondre : « je ne crois pas que ce soit possible, nous allons demander au curé ». Je souhaite aussi que les gens sachent clairement où et quand ils peuvent voir leur prêtre sans avoir à subir un parcours du combattant.

Un très bel acte pastoral consiste en l’établissement d’une liste de paroissiens : Je pense qu’à l’heure des réseaux sociaux, des facebook et des whatsapp ou tout simplement des emails, chaque personne ou chaque famille pourrait s’inscrire dans une paroisse. Ainsi chaque fidèle pourrait confier ses coordonnées, ses centres d’intérêt, ses disponibilités, ses attentes vis-à-vis de la communauté. Il aurait aussi la possibilité de faire des remarques et des propositions au pasteur et aux responsables. On organiserait des réunions d’accueil pour les nouveaux paroissiens 2 à 3 fois par an avec les prêtres et leurs collaborateurs.

Une fois que les gens sont accueillis, on continue comme avant ? Quelques sourires suffiront-ils ?

C’est déjà ça ! Mais, je suis d’accord, il faudra aller plus loin et modifier le fonctionnement et les propositions paroissiales. Aujourd’hui, on est trop centré sur nous-mêmes, sur les paroissiens déjà fidèles, sur les locaux déjà existants, sur les horaires déjà en place. Je préconise une opération porte ouverte dans les Paroisses. Je n’ai pas dit une « journée porte ouverte » (ce serait déjà pas mal), une véritable « culture de la porte ouverte » ! Les trois derniers papes nous ont tous demandé d’ouvrir les portes de l’Eglise sans crainte : pour laisser entrer Jésus (Jean-Paul II), pour laisser entrer les gens du parvis (Benoît XVI) ou pour sortir nous-mêmes dans le monde (François). Déjà, dit le pape François, « un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close » (Evangelii Gaudium, n° 47). Ouvrons les portes pour qu’un grand mouvement catéchuménal, le plus large possible, fasse revenir les catholiques dans leur Eglise. Non pas de force, avec des « tu dois », « il faut », mais joyeusement, parce qu’ils se sentiront accueillis et aimés. Ouvrons les portes pour sortir et élargir la vie paroissiale. Elle ne doit plus se cantonner aux bâtiments autour de l’église et du presbytère, mais se répandre dans les quartiers et les maisons et même les rues. Elle ne doit plus continuer à être ultra-concentrée sur la messe du dimanche, mais se prolonger dans bien d’autres réalités toute la semaine (dont l’eucharistie dominicale restera toujours la source et le sommet mais non le tout).

Que demandez-vous aux paroisses ?

Organisons et proposons des programmes paroissiaux d’évangélisation (par exemple les cours ALPHA qui ne sont pas encore introduits en Martinique et qui ont fait leurs preuves dans beaucoup de pays). Il s’agit de temps de formation sur quelques semaines en fonction des besoins. La culture du Voir-Juger-Agir prend ici toute son ampleur. Si on s’aperçoit qu’il manque de catéchistes, que les jeunes de la rue ne sont pas évangélisés, que les hommes restent au fond de l’église ou que les ados sont victimes de la pornographie etc… on commence par arrêter de se plaindre et de critiquer ! Puis le curé et ses équipes doivent monter intelligemment des programme (de une soirée à plusieurs semaines) qui seront adaptés à chaque public dans les horaires comme dans le contenu (film, témoignage, sortie etc…). Bien-sûr, les services diocésains feront des propositions. Il en sera de même pour la préparation aux sacrements.

J’aimerais que des groupes bibliques voient le jour le plus largement possible. Les fidèles auraient la possibilité de participer chaque semaine, avec des horaires adaptés, à un groupe de lecture biblique animé par des personnes compétentes (avec tous ceux qui se forment actuellement dans le diocèse, j’espère pouvoir missionner officiellement pour ce faire des catéchistes pour adultes). Une méthode mise en place par Mgr Emmanuel Lafont, évêque de la Guyane et responsable pour la Caraïbe de l’Animation Biblique de la Pastorale, pourra être utilisée. Il existe une grande exposition sur la Bible que plusieurs diocèses ont déjà reçue avec grand profit ; cela pourrait être un point de départ. Je compte aussi former dans une « école » un certain nombre de ministres de la prédication pour prêcher, enseigner et suppléer les prêtres et les diacres (en dehors de la messe bien-sûr). Il faudra que toujours et partout on rappelle aux fidèles le kérygme qui fonde notre foi en Jésus-Christ : son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection.

Les groupes de catéchuménat pourraient aussi s’étendre. Cela nécessitera de repenser la durée de la formation des catéchumènes et de l’accompagnement des néophytes (le catéchuménat est trop long et le néophytat trop court). Déjà, j’ai demandé que toute formation catéchuménale passe par une retraite fondamentale au Foyer de Charité ; on devrait aussi réfléchir à ouvrir ces groupes à davantage de fidèles. Ils deviendraient alors des groupes de formation permanente pour tous.

La dimension paroissiale est-elle la seule possibilité d’être en Eglise ?

A chaque paroisse, je demande une vraie conversion des structures missionnaires.
Le renouvellement régulier des cadres et des missions des laïcs de la paroisse permettra d’éviter la cléricalisation des laïcs qui détiennent des postes pendant des années. Autant que possible, on fera en sorte de préparer des remplaçants. Je demande aussi de privilégier le ministère des jeunes adultes et des actifs. Les pasteurs devraient leur donner la priorité (et non l’exclusivité) car ils sont trop peu présents parmi les cadres paroissiaux. Attention, pour leur faire de la place, il ne faudra pas seulement remplacer les plus anciens. Il faudra réformer les horaires, les rythmes, les méthodes et les objectifs. Il est certain que le groupe du Rosaire ne pourra pas se réunir à la salle paroissiale le lundi matin à 9h30 s’il est dirigé par une jeune mère de famille célibataire de 35 ans !

La Paroisse est essentielle car elle fédère toutes les autres réalités. C’est la paroisse qui a un pasteur (le « curé ») et qui offre les sacrements du salut et leur préparation. Mais elle ne suffit pas en tant que dimension communautaire et familiale. On a déjà parlé de la famille. Je voudrais aussi insister sur une autre dimension capitale de la vie chrétienne : Les Petites Communautés Ecclésiales (PCE) sans lesquelles aucun baptisé ne vit vraiment la vie chrétienne. Cela est vrai pour tous, même pour les prêtres et l’évêque. Appartenir à une PCE est un élément d’autant plus nécessaire aujourd’hui que les deux autres dimensions de la vie chrétienne, la paroisse et la famille, l’une trop grande et l’autre blessée, n’assurent pas toujours leur rôle. L’objectif est que chaque chrétien adulte, chaque famille ait la possibilité d’appartenir à une PCE.

Pouvez-vous définir plus clairement ce que vous entendez par PCE ?

J’appelle PCE tous les groupes qui correspondent à la définition suivante : un groupe à taille humaine (moins de 50 personnes) dont les responsables sont formés et missionnés par une autorité légitime, où l’on enseigne régulièrement la foi catholique, où l’on prie habituellement avec d’autres et dans lequel chaque membre, connu et reconnu, peut exercer un service ou une responsabilité au nom de l’Evangile. Ce principe concerne les chorales, les aumôneries, les groupes des différentes pastorales (artistes, hommes, migrants…), les équipes de service (liturgie, fleurs, visiteurs de malades, lecteurs, Caritas…), les groupes de prière du Renouveau, les équipes d’Action Catholique, du Mouvement Chrétien des Retraités et des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, les mouvements de la Pastorale Familiale, les communautés nouvelles (Chemin Neuf, Emmanuel, Chemin Néo-Catéchuménal), les Equipes Notre-Dame, les mouvements de jeunes, les groupes bibliques, la Légion de Marie, les tiers-ordres franciscains et dominicains, les groupes de la Prière des mères, de la Croisade des pères, des Hommes du Très-Saint-Sacrement, les « groupes de combat » de Vie et Partage, les Equipes du Rosaire, etc… et, bien entendu, les Communautés de quartier. Chacune de ces réalités vit selon ses charismes propres. Mais je demande que chaque responsable de ces groupes soient conscients de la « charge d’âme » qui lui incombe sous la responsabilité des curés (dans les paroisses) et respecte un cahier des charges minimum (prière, enseignement accompagnement des membres). Que chaque fidèle s’interroge : quelle est ma PCE !?

Avant, on insistait surtout sur les quartiers, on parlait de communauté de quartier ou de secteur. Est-ce encore à l’ordre du jour ?

Plus que jamais. Mais nous sommes dans une époque de réseaux autres que territoriaux. Je me suis réjoui de constater que plusieurs paroisses de l’île fonctionnent, pour le plus grand bien des fidèles, avec un réseau de communautés de quartier. Je pense par exemple à l’énorme paroisse du Lamentin qui doit en grande partie sa vitalité et son dynamisme aux communautés de secteur. On voit aussi comment des mouvements religieux plus ou moins hétérodoxes envahissent les quartiers où l’Eglise est absente. C’est pourquoi les communautés de quartier sont un enjeu majeur de nos structures paroissiales ! Le Délégué Diocésain proposera des méthodes de travail, des thèmes de réflexion, des questionnaires de Carême ou d’Avent, des rassemblements diocésains, des formations pour les responsables… D’ores et déjà, je demande que les responsables paroissiaux développent en priorité cette dimension de la structure de l’Eglise en visitant les communautés existantes, en nommant des « sentinelles de quartier », en organisant des missions ou des visites pastorales des quartiers par les curés et les services paroissiaux, en restaurant ou créant si nécessaire des chapelles ou des salles communes, en faisant appel aux communautés comme le Chemin Néo-catéchuménal pour développer des catéchèses et des communautés dans les quartiers où cela est nécessaire.

Monseigneur, ce plan est riche !?

Oui et il me reste encore trois chantiers à vous présenter ! Mais rassurez-vous. D’abord, nous nous donnons au moins jusqu’en 2020 pour mettre les choses en place. Ce n’est pas pour demain matin ! Ensuite, il ne faut pas que tout le monde s’occupe de tout et que l’on retrouve toujours les mêmes sur tous les chantiers et tous les ateliers. Au contraire, ce plan doit être l’occasion de solliciter de nouveaux responsables, notamment des jeunes et des hommes, et que chacun s’en tienne à un seul service. Nos Assemblées Synodales de 2017 seront consacrées à l’organisation du travail. Nous apporterons ce que nous avons et c’est le Seigneur qui multipliera les pains ! Alors tchenbé réd’ !

Complément : Chantier n°2 " Convertir la pastorale en mission du parvis"

Questionnaire à remplir : lien vers le questionnaire
Inscription : formulaire d’inscription

- IV/ - Assemblée synodale du chantier n°3, organisée le 11 mars à Bellevue : "Bâtir une éducation chrétienne."

Monseigneur Macaire, nous abordons aujourd’hui un troisième chantier : « Bâtir une éducation chrétienne ». Qu’entendez-vous par là ?
En arrivant en Martinique, tout le monde m’a dit que le principal problème du pays était la détresse de la jeunesse (désœuvrement, violence, débauche, exode, chômage, etc.). Quand je dis « tout le monde », ce sont les prêtres, les fidèles, les politiques, les éducateurs, les journalistes, les chefs d’entreprise, les policiers… Enfin, tout’moun ! Ensuite, mon ministère épiscopal m’a donné de rencontrer de nombreux jeunes, et j’ai voulu les écouter et les comprendre. Leur jugement sur leur génération est parfois plus sévère que celui des adultes.

Quelle est selon vous le problème de notre jeunesse ?

Tout d’abord, je ne pense pas du tout que la jeunesse d’aujourd’hui soit pire que la jeunesse d’hier. Par contre, ils se sentent frappés d’une sorte de « malédiction » : on leur a dit que le monde allait mal, de plus en plus mal ; on les a élevés comme des petits rois pour qui tout était permis et accessible, mais on leur a ensuite dit qu’ils étaient finalement incapables de bâtir un monde meilleur ; on les a éduqués culturellement avec la TV et internet, sans contact avec la vraie vie : le goût de l’effort, les vrais amis, la nature, le silence et Dieu… Bref, nous avons suspendu une épée de Damoclès sur leur tête en disant qu’au moindre échec ils seraient perdus… Ils ont fini par croire à nos prophéties de malheur.
Ainsi, beaucoup de nos jeunes n’ont plus aucune espérance, ni en eux-mêmes, ni en notre pays… et ni, malheureusement, en notre Eglise. Le monde leur paraît une jungle dans laquelle ils ne peuvent survivre que par la domination (preuve en est que pour qu’ils puissent naître et vivre dans le confort, toute une génération de leurs frères et sœurs n’ont pas vu le jour !) ; la TV et les réseaux sociaux leur ont fait croire qu’il n’y a qu’un rêve, qu’un bonheur : devenir des stars et être infiniment riches avec des plaisirs sans fin… La domination égoïste et le rêve : deux mensonges ! Un cocktail morbide qui a fini par exploser !
Les plus doués se détournent de la foi et des valeurs de l’Evangile, pour servir le dieu-réussite qui les dévore. Les autres se disent qu’ils n’ont plus de place au soleil du pays ; ils s’effondrent et fuient dans la délinquance, la pornographie, le sexe, les drogues…. La rue pour les garçons, l’avortement pour les filles sont les fruits d’un seul et même manque d’Espérance, pour ne pas dire d’un désespoir généralisé !
On peut accuser l’invasion de la « culture de mort » liée à la mondialisation et aux réseaux sociaux, mais vous et moi n’y pouvons rien sinon, justement, de Bâtir une Education Chrétienne ! Une éducation capable de préserver nos jeunes de l’impact de cette civilisation violente et hédoniste.

N’y a-t-il pas de bons éducateurs en Martinique ?

Bien sûr qu’il y en a. Mais l’éducation est un tout : famille-école-Eglise-médias-associations… et ce « tout » n’est pas assez uni chez nous.
Tout d’abord la famille : sans la famille, pas d’éducation, même si elle est parfois blessée par l’absence de père et toutes les autres failles (déjà abordées dans le premier chantier). C’est elle, avant l’Etat et avant l’Eglise, qui éduque les jeunes.
Ensuite la société : je suis très inquiet, comme je l’ai écrit dans le mot de l’évêque du n° 527 de Eglise en Martinique [1], de l’exode des jeunes leaders de 20 à 30 ans, seuls capables, à grande échelle, de tirer les jeunes de 14 à 18 ans vers le haut. C’est un vrai problème...

Et l’Eglise ?

Soyons francs : l’Eglise catholique est directement concernée par ce problème. Elle porte une vraie responsabilité. Chez nous, près de 56% des jeunes sont catéchisés : c’est le plus fort taux de France ! Dieu merci, il y a une jeunesse catholique formidable qui comble de joie, d’espoir et de confiance mon cœur de Pasteur. Ils ne sont pas « mieux » que les autres, mais beaucoup ont rencontré Jésus et sont remplis d’espérance. Mais ils sont bien peu nombreux, à peine 10% des confirmés. Où sont les autres, les 99 brebis qui ont quitté l’enclos et qui se perdent !? C’est terrible ! Qui a jeté de l’ivraie dans notre champ ? Et à quel moment ? Pourquoi si peu ont été vraiment éduqués à la construction de soi, à la culture, aux valeurs, à la pureté et aux autres vertus… ? Et surtout comment se fait-il que nous n’ayons pas réussi à enseigner la foi de façon vivante et vivifiante ?
J’invite donc à une véritable remise en question de nos familles et de nos institutions (catéchisme, enseignement catholique, pastorale des jeunes, mouvements…). C’est précisément l’objet de ce chantier.

INTERVIEW de Mgr Macaire sur les ateliers du chantier
« Bâtir une éducation chrétienne »

Chaque acteur de l’Education catholique doit-il constituer un atelier de ce chantier pour « bâtir une éducation chrétienne » ?

En quelque sorte, oui. Sachant que l’Enseignement Catholique (sous la direction du père Alain Ransay) et les mouvements étant des entités propres, doivent opérer en interne leur « conversion missionnaire » en fonction de leurs compétences, de leurs fonctionnements, de leur pédagogie et de leurs charismes particuliers. Le diocèse sera là pour les accompagner. Par contre, le catéchisme et la pastorale des jeunes concernent l’ensemble de la famille diocésaine. Dont voici les trois ateliers :

  • L’aggiornamento du Catéchisme : Pour faire faire l’expérience de Dieu et de l’Eglise à toute la famille de l’enfant, il faudra impliquer les parents, repenser les rythmes, la pédagogie et les supports, et trouver les moyens de mieux assister les catéchistes.
  • La préparation aux sacrements de l’initiation qui ne devra plus être liée à l’âge ou à la scolarité des enfants, mais effectuée avec la participation de leur famille.
  • La pastorale des jeunes qui doit faire l’objet d’une vraie réflexion pour pallier l’absence de jeunes animateurs, former des leaders, fournir aux responsables une « boîte-à-outils » pédagogique, faire des propositions aux étudiants, imaginer des solutions pour les jeunes en difficulté, accompagner les groupes de servants d’autel et les vocations.

Parlons du catéchisme !? C’est un grand atelier, vous nous rappeliez que nous sommes les premiers en France en taux de catéchisation. C’est donc un élément capital de la vie de l’Eglise et de la société.

Avant tout, je voudrais louer et bénir les centaines de personnes qui se dévouent pour faire le catéchisme aux enfants et aux jeunes. Et, en premier, féliciter l’Equipe diocésaine et son responsable, le diacre Pierre Valey, qui animent notre armée de catéchistes et d’éducateurs avec tant de bonté et de compétence.

L’aggiornamento du Catéchisme vise avant tout une priorité : faire faire l’expérience de Dieu et de l’Eglise à toute la famille de l’enfant. Car il faut rappeler à tout le monde (aux familles, aux catéchistes et aux curés) que ce sont les parents qui sont les premiers responsables devant Dieu de l’éducation chrétienne de leurs enfants. Donc, si les parents sont exclus ou s’excluent du catéchisme, nous faisons une œuvre qui ne vient pas de Dieu.

Je demanderai donc à cet atelier de réfléchir aux moyens possibles d’impliquer directement les parents dans le catéchisme. Cela veut dire une vraie conversion des responsables et des familles. C’est désormais une priorité absolue, comme je l’ai dit dans la description des ateliers sur la famille. Que le catéchisme en Martinique se transforme en un grand mouvement d’évangélisation des familles et des parents. Je rappelle que le catéchisme des parents se pratiquait déjà en Martinique il y a quelques années. Je ne sais pas pourquoi on a reculé dans ce domaine. Donc, le rôle des catéchistes évoluera d’ici 2020 en accompagnement des familles, comme pour la préparation au baptême ou au mariage. Plus l’enfant grandira, plus il aura affaire avec les catéchistes-éducateurs. Mais, en aucun cas, l’implication des parents ne sera une option.
Le « caté » régulier et hebdomadaire doit rester un principe de base. Mais pas tel qu’il est aujourd’hui où il exclut les parents et ne produit pas assez de fruits. Tout le monde me l’a dit.

Ce ne sera pas facile pour tous les parents de participer aux séances de catéchisme !?

En effet, raison de plus pour être créatif : On peut imaginer par exemple des visites systématiques des familles, ou des séances de caté dans l’une ou l’autre famille des enfants du groupe à tour de rôle. C’est l’occasion aussi de repenser à nouveaux frais les rythmes et la pédagogie, en particulier en ayant une meilleure intelligence de la réforme scolaire et du collège, pour comprendre si ce que nous proposons comme horaires et comme cursus est bien adapté à ce que les jeunes reçoivent à l’école. On pourrait introduire des récollections et des mini-retraites de façon plus systématique. Certaines paroisses proposent aussi une pédagogie nouvelle pendant les vacances et je pense que ceci doit se généraliser. C’est l’occasion d’avoir une pédagogie moins scolaire. Par exemple, pourquoi l’Eglise ne saurait proposer aux familles qui sont en vacances, d’où qu’elles viennent, un programme ludique et intense de catéchisme et préparation aux sacrements… ? Pourquoi faut-il absolument se calquer sur la période scolaire lorsque le sport, l’école et tout le reste envahissent l’emploi du temps ? Des paroisses de métropole retrouvent l’utilité (surtout avec les nouveaux rythmes scolaires) de refonder des patronages. Nous devons y réfléchir (les familles et les municipalités sont très intéressées). Je voudrais aussi qu’il y ait des tests de connaissance : pourquoi pas sous la forme de concours diocésains ou une forme ludique, mais en tout cas un moyen motivant d’évaluer les connaissances.

Pensez-vous changer aussi les manuels de catéchisme ?

En effet, un des points majeurs de cet atelier concerne les parcours, les supports et la pédagogie du catéchisme. Au XXIéme siècle, avec des jeunes qui sont toujours sur leur portable, certaines personnes m’ont suggéré un passage au tout-numérique. Mais cela demanderait des compétences que n’ont pas forcément les catéchistes. Je pense aussi que les supports papier ont l’avantage de rester dans les familles et d’être consultés même des années plus tard. Je sais que des catéchistes se plaignent des manuels, mais y a-t-il des manuels parfaits ? Remettre un livre, quel qu’il soit, entre les mains des catéchistes suffit-il ? Certes, il faudra penser à de nouveaux supports, mais le plus important sera de trouver un moyen d’assister les catéchistes dans leur pédagogie. J’ai rencontré une équipe où la responsable propose des fiches pédagogiques à chaque séance, et ses catéchistes sont les seuls à ne pas s’être plaints du manuel actuel. C’est une piste à creuser ! Les fiches seraient plus souples, plus pédagogiques ; elles proposeraient des éléments du manuel (texte, image,…), un jeu, un chant (local), un document multimédia et surtout un lien avec la liturgie comme le demandent les catéchistes et… le pape François ! Il parle de « l’initiation mystagogique, comme d’une valorisation renouvelée des signes liturgiques de l’initiation chrétienne » (EG N°166).

C’est beaucoup de choses !?

Et ce n’est pas fini ! Mais nous avons 4 ans pour mettre tout cela en place !... Parlons maintenant de la préparation aux sacrements de l’initiation. Elle ne doit plus être idiotement calquée sur le niveau scolaire et sur l’âge des enfants. Elle doit être à la fois plus courte, plus intense et concerner toute la famille. Notamment pour la première communion. Ce n’est pas l’enfant seulement qui doit aller à la messe, c’est toute sa famille. Mais celle-ci doit impérativement se sentir accueillie, attendue, encouragée, aimée. Les catéchistes et la communauté paroissiale doivent leur montrer Jésus.

Le système actuel n’est pas satisfaisant. Les catéchistes s’épuisent en vain et une distance se crée avec les parents. La méthode ne tient pas compte des familles, ni de l’évolution spirituelle de chaque enfant. Parfois, même au bout de trois ans de catéchisme, ni la famille ni l’enfant ne sont vraiment prêts à recevoir Jésus, alors que d’autres enfants y sont disposés depuis l’âge de 7 ans. Je demande à ce que les parents puissent demander l’autorisation de faire faire la première communion à leur enfant dès que celui-ci est prêt, dès la première année de catéchisme s’il le faut, et même avant. Si ces parents sont impliqués et suivent une formation en famille proposée par la paroisse et accompagnée par des catéchistes, quel que soit l’âge de l’enfant, il n’y aucune raison d’attendre. Le pape saint Pie X a demandé de faire faire la première communion à l’âge de raison.

Par contre, la paroisse et les catéchistes se chargeront d’accompagner ce choix des parents, de mettre des normes, de visiter et de guider la famille dans la démarche sacramentelle. Si la famille est très éloignée de l’Eglise, il sera d’autant plus nécessaire d’en prendre soin et de l’accompagner. En aucun cas la réception d’un sacrement ne dispensera une famille de la participation au catéchisme régulier.

Monseigneur, c’est une révolution !?

En esprit, peut-être ; en pratique, pas tant que ça. Il nous faudra inverser la responsabilité : la paroisse aide les parents et non l’inverse. Par contre, ce n’est pas une révolution pour la théologie pastorale catholique qui ne nous laisse pas le choix. Ce sont les parents qui s’impliquent ou rien.

Du point de vue pratique, ce n’est pas non plus une révolution mais une évolution. Ce système est celui que nous proposons déjà pour les préparations au baptême ou au mariage. Nous ferons de même, avec des adaptations, pour la Première Communion et la Profession de Foi. Vous voyez, ce n’est pas un scoop !

Cela dit, on sait très bien qu’on ne pourra pas mobiliser des parents toutes les semaines. Il faudra leur proposer des sessions courtes et intenses à plusieurs dates dans l’année avec des horaires et des méthodes adaptés, où ils s’inscriront librement. En fin de préparation, il faudrait proposer une retraite familiale joyeuse. Les districts, les paroisses, les PCE et les mouvements pourraient s’impliquer. La charte des familles présentera tout cela.

Et la confirmation !?

Ha ! Parlons-en. D’abord, il y a de très belles choses. Ma rencontre avec ces plus de 3000 jeunes par an m’a beaucoup ému et réjoui. Mais j’avoue que je suis bien triste, oui triste, lorsque je repasse dans les paroisses et que je ne vois qu’une infime partie de ces jeunes à la messe. Je ne me suis pas encore habitué à l’absence des jeunes et je ne veux pas m’y habituer. J’en ai assez de raconter ma « vieille blague » des pigeons qui, une fois confirmés par l’évêque, sont sortis de l’église pour ne plus en revenir, alors que rien n’avait pu les en chasser auparavant ! Disons-le franchement, les équipes sont merveilleuses, mais il y a un échec à la clé. En Martinique comme ailleurs. Après 7 à 8 ans de catéchisme, très peu de jeunes ont vraiment fait l’expérience de l’Eglise, l’expérience du Seigneur et très peu sont devenus des témoins. Donc, c’est à mon tour de dire la fameuse phrase : « i za tan pou nou fini épi sa ! »

Ce n’est pas de la faute des jeunes. S’ils ne sont pas fidèles à leur promesse, c’est aussi parce que leurs familles ne sont pas assez impliquées dans leur vie chrétienne et que, dans beaucoup de paroisses, il n’y a plus rien après la confirmation, faute d’animateurs, comme je l’ai déjà dit. C’est un drame. J’y reviendrai.

Que proposez-vous ?

Tout d’abord, je demande une réflexion de fond sur l’âge et la pédagogie de la Confirmation. La théologie ne valide pas notre pratique actuelle d’en faire le sacrement-récompense de ceux qui ont fait deux ou trois ans de catéchisme en plus. La Confirmation est la suite du baptême. Elle est un don, un cadeau de Dieu pour chaque baptisé.

Qui plus est, nous avons la mauvaise idée de proposer le cheminement en classes de 4éme-3éme, l’âge le plus difficile. Ainsi, arrivés au lycée, les jeunes oublient leur promesse, pourtant sincère, et tournent « naturellement » la page. Ils voient la religion comme une discipline pour les « petits collégiens ». Donc, la tentative de faire mûrir davantage les jeunes avec deux ou trois années de cheminement après le catéchisme ne produit pas des témoins du Christ. C’est pourquoi, de plus en plus de diocèses de France reviennent à une confirmation en même temps ou même avant la Profession de Foi.
Il faudra donc envisager, par exemple, de confirmer tous les jeunes dès la fin du catéchisme, et bâtir un cheminement en forme de préparation aux ministères et à la vie théologale pour les jeunes lycéens ou étudiants qui souhaitent volontairement s’engager dans l’Eglise et y prendre des responsabilités (comme devenir parrain ou marraine, par exemple). A ceux-là, on proposerait un engagement solennel. Ce chemin devra comporter trois éléments : une expérience pastorale (dans un groupe de jeunes), une expérience d’Eglise (un service ou un ministère) et une expérience spirituelle (avec des recollections et des retraites) et s’achèverait par l’octroi d’une mission d’Eglise. Certainement, ce nouveau cheminement comportera moins de jeunes, mais ceux qui viendront seront motivés. Mieux vaut 12 apôtres que 200 demi-chrétiens. Une question se posera : Si le nouveau « cheminement » ne s’adresse qu’à des lycéens, quelle offre pour les collégiens : rassemblements, mouvements, institutions nouvelles (aumôneries, patronages !) ? J’attends des idées. Je demande donc à cet atelier de réfléchir sur ces pistes et leurs conséquences et de me faire des propositions.

Et après la confirmation, que proposera l’Eglise en 2020 ?

Ce qu’il y a aujourd’hui ! Avant et après la confirmation, l’Eglise développe, non sans difficulté, certes, une Pastorale des Jeunes. C’est le troisième atelier de ce chantier. Cette pastorale a toujours été très active en Martinique. Mais la tâche est difficile et demande un incessant renouvellement.

Il faut d’abord effectuer une vraie réflexion sur l’absence de jeunes animateurs pour imaginer des solutions palliatives : faut-il envisager d’employer des animateurs professionnels post-cheminement ? Faut-il créer, comme dans certains diocèses voisins de la Caraïbe, un programme systématique de formation pour les « young catholic leaders » ? et engager prioritairement tous les jeunes de 18 à 30 ans qui sont encore au pays à devenir des animateurs des mouvements de cette pastorale ? Cela demandera de vérifier que des adultes trop zélés n’empêchent pas les jeunes de prendre en main ces groupes !

Les responsables sont démunis et doivent réinventer à chaque fois des choses que d’autres ont déjà expérimentées. Il faut donc créer des « boîtes à outils » d’animation et d’activités pour les aider. Dans cette « boîte à outils », chaque responsable pourrait puiser, « à la carte », des idées de témoins, de lieux d’accueil et de prière, de documents culturels, de visites, de jeux, de chants, de livres, de films ou de spectacles, ou de documents multimédia, de conseils, de sessions de formation et, bien sûr, un calendrier de rassemblements diocésains et autres initiatives (défis, concours, etc.). L’animation d’un réseau de responsables devrait permettre un partage d’expérience et l’alimentation de la boîte avec des idées nouvelles ! Chaque âge aurait sa boîte à outils. Par exemple, les 14-18 : plutôt sport-musique et prière…

Et les étudiants ?

Sous ce terme, j’englobe tous les post-bac : les 18-25 ans à qui il faudra offrir de la formation, de l’accompagnement spirituel systématique, des réflexions sur la vocation et des actions envers les plus jeunes et les pauvres… J’espère aussi la création d’un rendez-vous, comme une « paroisse universitaire », qui soit mis en place pour tous les jeunes qui sont en post-bac ou en études professionnelles et qui veulent voir Jésus. Ce projet est déjà en cours grâce au zèle du père Olivier-Marie Lucenay.

Avez-vous pensé aux jeunes en difficulté ?

Oh oui ! Tous les jours. Je tiens à ce qu’une réflexion sur la création d’une pastorale appropriée pour les jeunes en difficulté soit menée. L’Eglise de 2020 (pas plus que celle de 2017 !) ne peut passer à côté de ces centaines de garçons livrés à eux-mêmes, sans tenter quelque chose. L’abbé Jean-Michel, l’abbé Zaïre ou l’abbé Morlan vont venir nous tirer les oreilles ! Il faudra trouver un moyen, avec des professionnels et des pasteurs, de proposer à ces jeunes un chemin de salut. En Jamaïque, par exemple, l’Eglise a lancé un "programme for non attached young people" en 5 points ‘1-Musique/ 2-Sport/3-Accompagnement/ 4-Éducation /5-Foi Catholique). Ici, pourquoi ne pas penser à développer des sortes de camps de formation !? Ou même un centre !? Même pour quelques-uns.

Monseigneur, en arrivant dans le diocèse, l’une de vos premières actions a été de créer une maison pour les séminaristes. Les vocations font-elles partie d’ECCLESIA’M 2020 !?

Oui, bien-sûr ! Les vocations sont un atelier à part entière. En plus des structures déjà en place (la Maison Saint-Jean-Paul II, le Foyer Saint Dominique Savio et les équipes de vocation), il faudra voir comment accompagner les jeunes vocations de façon plus personnelle, comment rejoindre ceux et celles qui partent faire leurs études en Métropole et qui voient naître une vocation à ce moment de leur vie (heureusement, le père Marcel Crépin devrait être un bon support pour ces jeunes).

Les groupes de servants d’autel feront l’objet d’une attention particulière. Ces jeunes qui servent la messe sont parfois les plus engagés dans l’Eglise. Parmi eux naissent des vocations. Ces groupes souffrent aujourd’hui de ce que les jeunes ne sont pas accompagnés personnellement, mais seulement pour leur service, par des adultes qui ne sont ni des animateurs ni des spécialistes en liturgie. Les servants doivent être dirigés par les jeunes eux-mêmes, sous les ordres du prêtre. J’ai déjà personnellement commencé à réfléchir à l’organisation et à la pédagogie qui leur convient. Notamment en vue d’une meilleure intégration des garçons qui sont aujourd’hui minoritaires, ce qui est très dommage. Une vraie coéducation permettra d’éduquer les garçons et les filles de façon distincte, en respectant les caractéristiques féminine et masculine... Vaste programme.

Complément : chantier n°3 " Bâtir une éducation chrétienne"

Questionnaire à remplir : lien vers le questionnaire

- V/ Assemblée synodale du chantier n°4, organisée le 25 mars à la Maison diocésaine des Œuvres :"Guérir le monde par l’Evangile."

Monseigneur, merci de nous dévoiler votre plan pastoral avec ses interviews successives. Nous abordons aujourd’hui l’avant-dernier chantier d’ECCLESIA’M 2020 ! dans lequel vous nous proposez de « guérir le monde par l’Evangile ». Pouvez-vous nous donner quelques précisions ?

Volontiers ! Ce travail consiste à réaliser la mission de l’Eglise exprimée par Vatican II : « Le Concile, témoin et guide de la foi de tout le Peuple de Dieu rassemblé par le Christ, ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité, de respect et d’amour à l’ensemble de la famille humaine, à laquelle ce peuple appartient, qu’en dialoguant avec elle sur ces différents problèmes, en les éclairant à la lumière de l’Évangile, et en mettant à la disposition du genre humain la puissance salvatrice que l’Église, conduite par l’Esprit Saint, reçoit de son Fondateur. C’est en effet l’homme qu’il s’agit de sauver, la société humaine qu’il faut renouveler. (Gaudium et Spes, n°4). Retour ligne automatique

Le chemin est donc clairement tracé : respecter ce monde et lui montrer notre solidarité, entrer en dialogue, apporter les lumières de l’Evangile et la puissance salvatrice de Jésus dans les réalités de ce monde. Car nous savons (et en Martinique beaucoup en sont convaincus) que si l’Evangile n’est pas le levain de ce monde, celui-ci court à sa perte !

Mais on dit que Satan est le « prince de ce monde » !? Comment entrer en dialogue et espérer sauver un « royaume » dont certains pensent qu’il est foncièrement mauvais ?

Même si c’était vrai, pensez-vous que le Christ, qui est descendu aux enfers pour ramener à la vie ceux qui étaient tenus captifs de la mort serait incapable de sauver ce monde !? Pourquoi s’est-il incarné ? Pourquoi a-t-il souffert la passion ? Pourquoi est-il mort sur la croix ? Et pourquoi est-il ressuscité ? Sinon pour sauver le monde ! Cela dit, même si Satan apparaît parfois comme le prince de ce monde, n’oublions pas que Jésus-Christ en est le Roi, l’alpha et l’oméga. C’est lui qui a semé le bon grain. L’autre n’a fait que mettre un peu d’ivraie pour donner l’illusion qu’il a un pouvoir. En d’autres termes, la croissance visible et intempestive du mystère d’iniquité ne doit pas nous détourner de l’Espérance de la croissance du Royaume de Dieu : « n’ayons pas peur » !Retour ligne automatique

D’ailleurs, ce thème est la suite logique du Jubilé de la Miséricorde : Si Dieu nous a arrachés à la misère pour nous transplanter dans sa lumière, ne peut-il le faire pour les réalités de ce monde marquées par le mal !? Miséreux nous-mêmes, nous ne pouvons pas regarder ce monde de haut, mais comme des malades relevés par la grâce du seul médecin de nos vies : Jésus ! En d’autres termes, l’Eglise doit entreprendre ce chantier avec humilité et charité, consciente qu’elle est elle-même un « hôpital de campagne » et non un club de saints.

Sur quoi l’Eglise peut-elle dialoguer et guérir le monde ?

D’abord, si l’Eglise désire entrer en dialogue avec le monde sur différents sujets, c’est parce que l’Esprit la convoque et lui donne mandat de porter la lumière de l’Evangile. Les thèmes changent selon les époques et les lieux, c’est pourquoi nous sommes invités à « scruter les signes des temps », mais le mandat reste le même. C’est un mandat prophétique.Retour ligne automatique

Donc, pour répondre à votre question, bien des sujets de société intéressent l’Eglise, notamment ceux qui concernent la vie et le bonheur de l’Homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu : sa vie sociale, c’est-à-dire étymologiquement « la politique », la justice, son rapport à la nature, la paix dans le monde, le travail, les loisirs, la culture, les religions… Au niveau mondial, nous savons à quel point le Vatican et le Pape jouent un grand rôle en ces domaines au nom du Christ. À l’échelon local, il doit en être de même.Retour ligne automatique

Dieu merci, la pensée de l’Eglise est ancienne et profonde et elle est de plus en plus écoutée, d’autant plus que les grandes idéologies mensongères se sont écroulées ces dernières décennies. C’est donc le moment favorable de proposer au monde cette visée inspirée par l’Evangile, gratuitement et sans arrière-pensée. L’Eglise ne défend aucun intérêt particulier lorsqu’elle apporte sa contribution au monde ; par amour, elle offre les lumières de la Parole de Dieu.

LES ATELIERS DU CHANTIER

Quels ateliers sont pour vous nécessaires ?

Je souhaite qu’il y ait les trois ateliers suivants :

1) La diffusion de la « Doctrine Sociale de l’Eglise ». Au moyen de la pensée de l’Eglise sur les rapports des hommes entre eux dans la société, comment aider le monde politique, le monde de l’entreprise, les décideurs, les communiquants à bâtir une Civilisation de l’Amour et du respect de la Nature.

2) La création et l’animation de pastorales spécialisées, selon les réalités sociales : le tourisme, la culture, les migrants, le monde de la mer…

3) La réflexion prophétique sur l’avenir de la société martiniquaise pour préparer l’Eglise aux évolutions futures.

Enfin, Monseigneur, comme d’habitude, dites-nous ce que vous attendez de ce travail !

La société martiniquaise se cherche ; souvent « la » politique déçoit et divise. Or, il se trouve que l’Eglise a quelque chose à dire au monde. La diffusion de la Doctrine Sociale de l’Eglise est la traduction politique de l’Evangile. Les principes de cette vision politique sont simples ; ils relèvent du bon sens ; ils ne sont ni de droite ni de gauche. Et l’expérience montre que ces principes ont en général l’assentiment de tous quand on les exprime de façon adéquate. Encore faut-il les exprimer et pour cela les connaître. Malheureusement, même les catholiques ignorent ce trésor de leur Eglise.

Or, l’attente est grande. Il est urgent de redonner espoir en la Martinique aux Martiniquais et surtout aux jeunes. Alors que tant de personnes de l’extérieur viennent chez nous, deviennent créateurs et exploitent avec intelligence le potentiel de notre île, il faut que cet atelier montre qu’il y a encore chez nous des places au soleil. Il ne faut plus que notre jeunesse n’envisage son avenir qu’en regardant vers l’extérieur. Qu’ils redeviennent des bâtisseurs remplis d’espérance ! Je suis persuadé qu’en Martinique il y a, certes, peu d’emplois, mais qu’il y a du travail. Il faut inciter les jeunes à créer eux-mêmes leur travail plutôt que d’attendre un emploi. Le pape François l’affirme sans ambiguïté : « Il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale. » (Laudato Si n°129). J’ai demandé spécialement à l’Action Catholique de faire un recensement des raisons socio-économiques d’espérer dans l’avenir du pays. Ce recensement nourrira la réflexion des prêtres, des fidèles et des groupes de formation des jeunes.

Il faut aussi que tous les chrétiens qui s’intéressent aux questions sociales, politiques, économiques et écologiques connaissent l’enseignement de Laudato Si, l’encyclique du pape François, saluée dans le monde entier comme un sommet de la sagesse humaine et un texte fondateur d’une Civilisation du Bonheur ! Je souhaite que toutes les entités ecclésiales veillent à donner accès à cet enseignement au plus grand nombre par des conférences, des groupes de travail ; pourquoi ne pas profiter de certaines homélies !? Je pense notamment à l’Observatoire Socio-Politique de l’Eglise en Martinique (l’OSPEM) dont j’ai confié l’organisation et l’animation à Yves-Marie Grivalliers, accompagné du père Benjamin François-Haugrin. Il s’agira aussi d’entrer en dialogue avec le monde politique et de former les fidèles à cette pensée. Cet atelier comprend aussi la promotion des mouvements et des groupes comme les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, le réseau Zachée, qui mènent une réflexion et offrent un accompagnement spirituel à des décideurs.

Vous êtes ambitieux Monseigneur !?

Je vous ai déjà dit que j’ai l’ambition que la Martinique devienne la première société au monde à bâtir une Civilisation de l’Amour et de l’Écologie intégrale, celle qui englobe et unifie profondément l’Homme, la nature, l’activité humaine… et Dieu ! Mais, pour l’instant, mon ambition est de voir notre Eglise non pas se calfeutrer dans des sanctuaires, mais jouer pleinement son rôle dans cette société.

Ensuite, vous nous proposez un atelier pour répondre aux besoins de certains milieux précis. C’est cela ?

Oui. En « scrutant les signes des temps » (cf. Vatican II), nous entendons des appels de ce monde, les lieux où le monde ouvre une porte et réclame la présence des témoins du Christ. Mon année de visites et de rencontres m’a montré différents milieux qui attendent de l’Eglise une présence, une réponse, un témoignage, des semailles, une âme : l’animation de Pastorales spécialisées.

Mais, qu’est-ce qu’une « Pastorale spécialisée » ?

C’est un service, un groupe de personnes issu d’une réalité sociologique cohérente (par exemple : les jeunes, les migrants, les artistes…) accompagné par un « Délégué Diocésain » qui cherche les moyens de faire de l’Évangile le ferment de ce milieu particulier. On emploie aussi le terme « d’aumônerie » animée par un « aumônier ». Ce groupe de personnes va chercher à Montrer Jésus et répondre aux besoins pastoraux spécifiques (accompagnement, réflexion, rassemblements, formation, prière, sacrements…).

Dans d’autres chantiers, nous avons déjà parlé de l’urgence de la Pastorale de la Famille, de la Pastorale des Hommes, de la Pastorale des Jeunes ou de la mission de l’Aumônerie Antilles-Guyane en Métropole. Dans le cadre de cet atelier-ci, nous pouvons noter qu’il y a dans notre diocèse des pastorales qui sont déjà à l’œuvre : la Pastorale de la Santé (aujourd’hui animée par le Dr Joël Boko et son équipe diocésaine) ou l’Aumônerie de la Prison (animée par le diacre Emmanuel Lordinot et accompagnée par le père Thierry Aurokiom).

Mais j’aimerais insister sur d’autres pastorales qui ne sont pas assez ou pas du tout mises en œuvre dans notre diocèse et qui doivent l’être urgemment dans le cadre de ce chantier.

Quels sont donc ces lieux et milieux où l’Eglise doit intensifier son action ?

D’abord, la Pastorale du Tourisme, que j’ai confiée au père Luc Philippon. Il s’agira d’accompagner les professionnels de ce monde, de penser à des moyens (documents, évènements, formation…) de Montrer Jésus à ceux qui passent en Martinique et qui sont souvent frappés par l’expression de la foi chez nous et de développer un véritable accueil des visiteurs, y compris de nous-mêmes lorsque nous visitons notre pays.

Encore l’Accueil !?

Exactement ! C’est l’un des maîtres mots de ECCLESIA’M 2020 ! Il faudra mettre en œuvre par exemple l’ouverture des églises demandée par le pape en ces termes : « L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close » (Evangelii Gaudium, n°47).

Dans le même ordre d’idée, il faudra davantage développer la Pastorale de la Culture et l’Aumônerie des Artistes, portée par Olivier Cypria. Il s’agit d’encourager le monde culturel dans son ouverture, quasi naturelle chez nous, aux apports de l’Evangile et de l’Eglise catholique. Le travail de Bélè Légliz, de plusieurs prêtres artistes, ou de nos milliers de choristes y est pour beaucoup. Mais il y a aussi les artistes professionnels, les artisans d’art, les écrivains, les poètes, les plasticiens, les associations comme Transcendans et bien d’autres qui œuvrent en ce sens pour la Gloire de Dieu et le salut des hommes.

Je compte beaucoup aussi sur le travail de la Pastorale des Migrants confiée maintenant au père Snell Nord, pour trouver les moyens d’accueillir nos frères venus d’ailleurs dans notre communauté et les aider à trouver leur place dans la société. Il est incompréhensible que bon nombre d’entre eux ne trouvent pas dans notre Eglise un lieu d’accueil fraternel et une famille spirituelle. Je pense à nos chers frères Haïtiens et autres Antillais, mais aussi aux Européens de plus en plus nombreux. Certains sont en grande difficulté, mais pas tous cependant. Tous, par contre, nous apportent de grandes richesses spirituelles et humaines. Honte à nous si nous ne savons pas nous ouvrir à cette visite de notre Seigneur sous les traits de l’étranger. Surtout que c’est un sujet d’avenir dans une Martinique où la population autochtone vieillit et diminue rapidement.

Enfin, je pense à la Pastorale de la Mer que j’ai confiée au père Hyppolite Toglobesse. J’ai reçu un accueil très touchant de ce monde de la mer lors de mes visites pastorales, en particulier de la part des marins-pêcheurs et de leurs familles. J’ai vraiment senti une attente d’un accompagnement de l’Eglise dans ce milieu où la foi, l’espérance et la charité sont nécessaires. J’ai aussi entendu des appels des agriculteurs et du monde des transports… J’espère que des actions concrètes se mettront en place dans le cadre d’ECCLESIA’M 2020 !

En tout cas, je me réjouis d’avoir pu, aux dernières nominations, jeter les bases de la structuration de ces pastorales. D’ores et déjà, des responsables sont au travail, des contacts sont pris dans ces différents milieux et des projets sont en cours de réalisation. Cependant, il reste à produire une vraie réflexion et à structurer un minimum ce travail. C’est un bel atelier !

Vous avez appelé le dernier atelier de ce chantier « Réflexion prophétique ». Que voulez-vous dire ?

« The last but not the least ». En effet, c’est le dernier, mais ce n’est pas le moins important.

Jésus nous dit : « Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera une chaleur torride, et cela arrive. Hypocrites ! Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ? » (Luc 12,54-56). Les autres ateliers s’attelleront à scruter les signes du temps présent et à y répondre par des pastorales adaptées. Mais cet atelier de réflexion prophétique est la réponse à l’invitation du Seigneur de scruter les signes des temps à venir, pour saisir les évolutions de la société dans les prochaines décennies, voir les dangers et les appels en matière religieuse, sociale ou morale…

Il y a les opportunités, mais aussi les menaces pour la foi, pour l’Eglise et même pour la société. L’exemple le plus clair est celui du vieillissement. Si notre société va avoir une moyenne d’âge élevée et moins de jeunes, à quoi va ressembler la vie de l’Eglise : quels ministères pour quelle société !?. Par qui et comment seront utilisées les structures et les bâtiments ? Il faudra adapter. Il n’y aura plus autant d’enfants dans la société et donc au catéchisme (cela a déjà commencé). Retour ligne automatique
Et si nos jeunes sont en grande partie à l’étranger, de qui sera composé le monde du travail ici ? De Martiniquais ? de migrants ? quelle religion auront-ils ? Comment l’urbanisme va-t-il évoluer ? Notre organisation ecclésiale est-elle conforme ? Les choses changent vite, plus vite qu’avant. Quand j’ai quitté la Martinique, il y a près de 25 ans, il n’y avait quasiment personne dans les rues ; aujourd’hui, beaucoup de jeunes hommes s’y retrouvent et notre pastorale est prise au dépourvu…

Vaste programme !?

Oui, plein de questions afin de continuer notre mission de Montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise !

Complément : chantier n°4 "Guérir le monde par l’Evangile."

Lien vers questionnaire

En savoir +

Ecoutez sur Radio Saint Louis Mgr David Macaire présenter la lettre Ecclesia’M 2020 et les différents chantiers de conversion pastorale auxquels il nous invite en cliquant sur le lien suivant : http://service.radiosaintlouis.com/moteveque/ et en choisissant dans la liste proposée l’émission que vous souhaitez réécouter.

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