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        Présentation de l’Exhortation sur la famille du Pape François

Présentation de l’Exhortation sur la famille du Pape François

L’exhortation apostolique post-synodale du Pape François sur la famille, "Amoris Laetitia ("La Joie de l’amour"), a été rendue publique vendredi 8 avril en salle de presse du Vatican. Ce texte fixe les nouvelles orientations de la pastorale familiale de l’Église catholique avec un langage nouveau, mais dans une grande continuité doctrinale avec les pontificats précédents de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI.


Plus de 260 pages, neuf chapitres, 322 paragraphes. Amoris laetitia (La joie de l’amour), l’exhortation post-synodale du pape François sur la famille, parue ce vendredi 8 avril, offre un texte riche, parlant le langage de l’expérience, dans lequel évêques, prêtres, agents pastoraux et surtout, couples et parents, pourront puiser des conseils avisés, notamment pour soigner leur union, éduquer leurs enfants et surmonter leurs difficultés.

Amoris Laetitia (AL – « La joie de l’amour »), l’Exhortation apostolique post-synodale « sur l’amour dans la famille » qui ne porte pas par hasard la date du 19 mars, jour de la Solennité de Saint Joseph, rassemble les résultats des deux Synodes sur la famille convoqués par le Pape François en 2014 et 2015.

Les Relations conclusives des deux Synodes y sont largement citées, ainsi que d’autres documents et enseignements des prédécesseurs du Pape François et des nombreuses catéchèses qu’il a prononcé sur la famille. Comme cela est déjà arrivé avec d’autres documents magistériels, le Pape puise également dans des documents de différentes Conférences épiscopales du monde (Kenya, Australie, Argentine…) et cite des personnalités bien connues telles que Martin Luther King ou Erich Fromm. À noter, une citation du film Le Festin de Babette, que le Pape a souhaité évoquer pour expliquer le concept de gratuité.

Préambule

L’Exhortation apostolique frappe par son amplitude et son articulation. Elle est divisée en neuf chapitres et plus de 300 paragraphes. Elle s’ouvre avec sept paragraphes introductifs qui révèlent la conscience de la complexité du thème et de l’approfondissement qu’il requiert. Il y est dit que les interventions des Pères du Synode ont composé un « magnifique polyèdre » (AL 4) qui doit être préservé. En ce sens, le Pape écrit que « tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles ». Ainsi concernant certaines questions, « dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux. Car “les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général […] a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué ” » (AL 3). Ce principe d’inculturation se révèle très important jusque dans la manière de formuler et de comprendre les problèmes qui, au-delà des questions dogmatiques bien définies par le Magistère de l’Eglise, ne peuvent être « mondialisées ».

Mais surtout, le Pape affirme d’emblée et avec clarté qu’il faut sortir de l’opposition stérile entre l’angoisse du changement et l’application pure et simple de normes abstraites. Il écrit : « Les débats qui se déroulent dans les moyens de communication ou bien dans les publications et même entre les ministres de l’Église, vont d’un désir effréné de tout changer sans une réflexion suffisante ou sans fondement, à la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales ou bien en tirant des conclusions excessives de certaines réflexions théologiques » (AL 2) .

Chapitre premier : « À la lumière de la Parole »

Ce préambule étant posé, le Pape articule sa réflexion à partir des Saintes Ecritures dans ce premier chapitre qui se développe comme une méditation sur le psaume 128, caractéristique tant de la liturgie nuptiale hébraïque que chrétienne. La Bible « abonde en familles, en générations, en histoires d’amour et en crises familiales » (AL 8) et à partir de cet état de fait, on peut méditer sur la manière dont la famille n’est pas un idéal abstrait, mais une « œuvre artisanale » (AL 16) qui s’exprime avec tendresse (AL 28) mais qui s’est confrontée aussi et dès le début au péché, quand la relation d’amour s’est transformée en une domination (cfr AL 19). Alors la Parole de Dieu « ne se révèle pas comme une séquence de thèses abstraites, mais comme une compagne de voyage, y compris pour les familles qui sont en crise ou sont confrontées à une souffrance ou à une autre, et leur montre le but du chemin » (AL 22).

Chapitre deux : « La réalité et les défis de la famille »

À partir du terrain biblique, le Pape considère, dans le deuxième chapitre, la situation actuelle des familles, en gardant « les pieds sur terre » (AL 6), en puisant amplement dans les Relations conclusives des deux Synodes, et en affrontant de nombreux défis : du phénomène migratoire aux négations idéologiques de la différence des sexes (idéologie du genre) ; de la culture du provisoire à la mentalité antinataliste et à l’impact des biotechnologies dans le domaine de la procréation ; du manque de logements et de travail à la pornographie et aux abus sur mineurs ; de l’attention aux handicapés, au respect des personnes âgées ; de la déconstruction juridique de la famille aux violences à l’encontre des femmes. Le Pape insiste sur le caractère concret qui est une donnée fondamentale de l’Exhortation. Le caractère concret et le réalisme établissent une différence essentielle entre la « théorie » d’interprétation de la réalité, et les « idéologies ».

Citant Familiaris consortio, le Pape François affirme qu’il « convient de prêter attention à la réalité concrète, parce que “les exigences, les appels de l’Esprit se font entendre aussi à travers les événements de l’histoire”, à travers lesquels “ l’Église peut être amenée à une compréhension plus profonde de l’inépuisable mystère du mariage et de la famille” » (AL 31). Sans écouter la réalité, il est impossible de comprendre aussi bien les exigences du présent, que les appels de l’Esprit. Le Pape note qu’en raison de l’individualisme exaspéré, il est aujourd’hui difficile de se donner avec générosité à une autre personne (cfr AL 33). Voilà une description intéressante de la situation : « On craint la solitude, on désire un milieu de protection et de fidélité, mais en même temps grandit la crainte d’être piégé dans une relation qui peut retarder la réalisation des aspirations personnelles » (AL 34).

L’humilité du réalisme aide à ne pas présenter « un idéal théologique du mariage trop abstrait, presqu’artificiellement construit, loin de la situation concrète et des possibilités effectives des familles réelles » (AL36). L’idéalisme nous empêche de prendre le mariage pour ce qu’il est, c’est-à-dire « un chemin dynamique de développement et d’épanouissement ». Pour cette raison, il ne faut pas croire que pour défendre la famille, il suffise d’insister « seulement sur des questions doctrinales, bioéthiques et morales, sans encourager l’ouverture à la grâce » (AL 37). Le Pape invite à l’autocritique face à une présentation inadéquate de la réalité matrimoniale et familiale et il insiste sur le fait qu’il est nécessaire d’accorder de la place à la formation des consciences des fidèles : « Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles » (AL 37). Jésus proposait un idéal exigeant mais « ne renonçait jamais à une proximité compatissante avec les personnes fragiles comme la samaritaine ou la femme adultère » (AL 38).

Chapitre trois : « La vocation de la famille »

Le troisième chapitre est consacré à un certain nombre d’éléments essentiels de l’enseignement de l’Église concernant le mariage et la famille. L’existence de ce chapitre est important parce qu’il présente de manière synthétique, en 30 paragraphes, la vocation de la famille selon l’Evangile et la manière dont elle a été reçue par l’Église à travers les époques, surtout sur le thème de l’indissolubilité, du caractère sacramentel du mariage, de la transmission de la vie et de l’éducation des enfants. La constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile Vatican II, l’Encyclique Humanae vitae de Paul VI et l’Exhortation apostolique Familiaris consortio de Jean-Paul II sont amplement citées.

Le regard est vaste et inclut aussi les « situations imparfaites ». On peut lire en effet : « “Le discernement de la présence des semina Verbi dans les autres cultures (cf. Ad Gentes, n. 11) peut être appliqué aussi à la réalité conjugale et familiale. Outre le véritable mariage naturel, il existe des éléments positifs présents dans les formes matrimoniales d’autres traditions religieuses”, même si les ombres ne manquent pas non plus » (AL 77). La réflexion inclut aussi « les familles blessées » devant lesquelles le Pape affirme, en citant la Relatio finalis du Synode de 2015 - qu’« il faut toujours rappeler un principe général : ‘‘Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses situations’’ (Familiaris consortio, n. 84). Le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas et il peut exister des facteurs qui limitent la capacité de décision. C’est pourquoi, tout en exprimant clairement la doctrine, il faut éviter les jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition » (AL 79).

Chapitre quatre : « L’amour dans le mariage »

Le quatrième chapitre traite de l’amour dans le mariage, et l’illustre à partir de « l’hymne à l’amour » de saint Paul dans sa Première Lettre aux Corinthiens (13, 4-7). Ce chapitre est une véritable exégèse attentive, ponctuelle, inspirée et poétique du texte de saint Paul. Nous pouvons dire qu’il s’agit d’une collection de fragments d’un discours amoureux, soucieux de décrire l’amour humain en des termes absolument concrets. On est frappé par la capacité d’introspection psychologique qui caractérise cette exégèse. L’analyse psychologique nous fait entrer dans le monde des émotions des conjoints – positives ou négatives - et dans la dimension érotique de l’amour. Il s’agit d’une contribution extrêmement riche et précieuse pour la vie chrétienne des conjoints ; on ne trouve rien de comparable dans les précédents documents pontificaux .

A sa manière, ce chapitre constitue un petit traité au sein d’un développement plus ample, pleinement conscient de la quotidienneté de l’amour qui est l’ennemie de tout idéalisme : « il ne faut pas faire peser sur deux personnes ayant leurs limites la terrible charge d’avoir à reproduire de manière parfaite l’union qui existe entre le Christ et son Église ; parce que le mariage, en tant que signe, implique “un processus dynamique qui va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu” » (AL 122). Le Pape insiste par ailleurs, et de manière forte et déterminée sur le fait que « dans la nature même de l’amour conjugal il y a l’ouverture au définitif » (AL 123), et c’est justement dans ce « mélange de satisfactions et d’efforts, de tensions et de repos, de souffrances et de libérations, de satisfactions et de recherches, d’ennuis et de plaisirs » (AL 126) que se trouve le mariage.

Le chapitre se conclut par une réflexion très importante sur la « transformation de l’amour » car « la prolongation de la vie conduit à quelque chose qui n’était pas fréquent à d’autres époques : la relation intime et l’appartenance réciproque doivent se conserver durant quatre, cinq ou six décennies, et cela se convertit en une nécessité de se choisir réciproquement sans cesse » (AL 163). L’aspect physique change et l’attraction amoureuse ne disparait pas mais elle change : le désir sexuel avec le temps peut se transformer en désir d’intimité et en « complicité ». « Nous ne pouvons pas nous promettre d’avoir les mêmes sentiments durant toute la vie. En revanche, oui, nous pouvons avoir un projet commun stable, nous engager à nous aimer et à vivre unis jusqu’à ce que la mort nous sépare, et à vivre toujours une riche intimité » (AL 163).

Chapitre cinq : « L’amour qui devient fécond »

Le cinquième chapitre est tout entier consacré à la fécondité et la générativité de l’amour. On parle de manière profonde, tant spirituellement que psychologiquement, de l’accueil d’une vie nouvelle, de l’attente d’une grossesse, de l’amour d’une mère et d’un père. Mais aussi de la fécondité élargie, de l’adoption, de l’accueil, de la contribution des familles dans la promotion d’une « culture de la rencontre », de la vie dans la famille dans un sens large, avec la présence des oncles, des cousins, des parents de parents, des amis. Amoris Laetitia ne prend pas en compte les familles « monoparentales » car elle considère la famille comme un réseau d’amples relations. Même la mystique du sacrement du mariage a un caractère social profond (cfr AL 186). A l’intérieur de cette dimension sociale, le Pape souligne en particulier tant le rôle spécifique du rapport entre les jeunes et les personnes âgées que la relation entre frères et sœurs comme un facteur d’apprentissage de la croissance dans la relation avec les autres.

Chapitre six : « Quelques perspectives pastorales »

Dans le sixième chapitre, le Pape aborde un certain nombre de pratiques pastorales qui conduisent à construire une famille solide et féconde, selon le plan de Dieu. Dans cette partie, l’Exhortation accorde une large place aux Relations conclusives des deux Synodes et aux catéchèses du Pape François et de Jean-Paul II. Il est répété que les familles sont sujets et non pas seulement objets d’évangélisation. Le Pape relève qu’il « manque souvent aux ministres ordonnés la formation adéquate pour traiter les problèmes complexes actuels des familles » (AL 202). S’il faut améliorer la formation psycho-affective des séminaristes et impliquer davantage la famille dans la formation au ministère (cfr AL 203), « l’expérience de la vaste tradition orientale des prêtres mariés pourrait être utile » (AL 202).

Le Pape aborde le thème des jeunes fiancés qu’il faut guider sur le chemin de la préparation au mariage, de l’accompagnement des époux dans les premières années de vie conjugale (y compris le thème de la paternité responsable), mais aussi dans certaines situations complexes, et en particulier dans les crises en sachant que « chaque crise cache une bonne nouvelle qu’il faut savoir écouter en affinant l’ouïe du cœur » (AL 232). Certains facteurs de crise sont analysés, comme celle d’une maturation affective retardée (cfr AL 239).

La question de l’accompagnement des personnes abandonnées, séparées ou divorcées, est en outre abordée, et l’importance de la récente réforme des procédures pour la reconnaissance des cas de nullité des mariages est soulignée. La souffrance des enfants dans les situations conflictuelles est mise en avant. « Le divorce est un mal, et l’augmentation du nombre des divorces est très préoccupante. Voilà pourquoi, sans doute, notre tâche pastorale la plus importante envers les familles est de renforcer l’amour et d’aider à guérir les blessures, en sorte que nous puissions prévenir la progression de ce drame de notre époque » (AL 246). Sont également abordées, les mariages mixtes, les mariages avec disparité de culte, et la situation des familles qui ont en leur sein des personnes à tendance homosexuelle. Il y est répété le respect à avoir à leur encontre et le refus de toute discrimination injuste ou de toute forme d’agression et de violence. La partie finale du chapitre est précieuse sur le plan pastoral : « Quand la mort transperce de son aiguillon » évoque le thème de la perte des personnes chères et du veuvage.

Chapitre sept : « Renforcer l’éducation des enfants »

Le septième chapitre est entièrement consacré à l’éducation des enfants : leur formation éthique, la valeur de la sanction comme stimulation, le patient réalisme, l’éducation sexuelle, la transmission de la foi, et de manière plus générale la vie de famille comme contexte éducatif. La sagesse pratique qui ressort à chaque paragraphe est intéressante, et surtout l’attention à la gradualité et aux petits pas « qui peuvent être compris, acceptés et valorisés » (AL 271).

Il y a un paragraphe particulièrement significatif, et pédagogiquement fondamental, dans lequel François affirme clairement que « l’obsession n’éduque pas ; et on ne peut pas avoir sous contrôle toutes les situations qu’un enfant pourrait traverser. Ici, vaut le principe selon lequel "le temps est supérieur à l’espace".C’est-à-dire qu’il s’agit plus de créer des processus que de dominer des espaces. Si un parent est obsédé de savoir où se trouve son enfant et de contrôler tous ses mouvements, il cherchera uniquement à dominer son espace. De cette manière, il ne l’éduquera pas, ne le fortifiera pas, ne le préparera pas à affronter les défis. Ce qui importe surtout, c’est de créer chez l’enfant, par beaucoup d’amour, des processus de maturation de sa liberté, de formation, de croissance intégrale, de culture d’une authentique autonomie » (AL 261).

À noter, le passage dédié à l’éducation sexuelle, intitulé de manière très expressive : « Oui à l’éducation sexuelle ». On la juge nécessaire, et une question est posée : « Nous devrions nous demander si nos institutions éducatives ont pris en compte ce défi (…) à une époque où la sexualité tend à se banaliser et à s’appauvrir. Elle ne peut être comprise que dans le cadre d’une éducation à l’amour, au don de soi réciproque » (AL 280). On met en garde contre l’expression « sexe sûr », parce que cela transmet « une attitude négative quant à la finalité procréatrice naturelle de la sexualité, comme si un éventuel enfant était un ennemi dont il faut se protéger. Ainsi, l’on promeut l’agressivité narcissique au lieu de l’accueil » (AL 283).

Chapitre huit : « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité »

Le chapitre huit est une invitation à la miséricorde et au discernement pastoral face aux situations qui ne répondent pas pleinement à ce que le Seigneur propose. Le Pape utilise ici trois verbes très importants : « accompagner, discerner et intégrer » qui sont fondamentaux pour affronter les situations de fragilité, complexes ou irrégulières. Le Pape présente la nécessaire gradualité dans la pastorale, l’importance du discernement, les normes et les circonstances atténuantes dans le discernement pastoral, et enfin ce qu’il définit comme « la logique de la miséricorde pastorale ».

Le chapitre huit est très délicat. Pour le lire, il faut se rappeler que « souvent la mission de l’Église ressemble à celle d’un hôpital de campagne » (AL 291). Ici le Souverain Pontife assume le fruit de la réflexion du Synode sur des thématiques controversées. Il répète ce qu’est le mariage chrétien et ajoute que les « autres formes d’union contredisent radicalement cet idéal, mais certaines le réalisent au moins en partie et par analogie ». Ainsi l’Église « ne cesse de valoriser “les éléments constructifs dans ces situations qui ne correspondent pas encore ou qui ne correspondent plus” à son enseignement sur le mariage » (AL 292).

En ce qui concerne le “discernement” vis-à-vis des situations irrégulières, le Pape note qu’il faut « éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition » (AL 296). Il poursuit : « Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde “imméritée, inconditionnelle et gratuite” » (AL 297). Ou encore : « Les divorcés engagés dans une nouvelle union, par exemple, peuvent se retrouver dans des situations très différentes, qui ne doivent pas être cataloguées ou enfermées dans des affirmations trop rigides sans laisser de place à un discernement personnel et pastoral approprié » (AL 298).

Dans ce même esprit, accueillant les observations des Pères synodaux, le Pape affirme que « les baptisés divorcés et remariés civilement doivent être davantage intégrés dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale ». « Leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux (…) ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église (…) Cette intégration est nécessaire également pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants » (AL 299).

De manière plus générale, le Pape fait une affirmation extrêmement importante pour comprendre l’orientation et le sens de l’Exhortation : « Si l’on tient compte de l’innombrable diversité des situations concrètes (…) on peut comprendre qu’on ne devait pas attendre du Synode ou de cette Exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas. Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral des cas particuliers, qui devrait reconnaître que, étant donné que “le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas” les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes » (AL 300). Le Pape développe de manière approfondie les exigences et les caractéristiques du chemin d’accompagnement et de discernement dans un dialogue approfondi entre les fidèles et les pasteurs. Pour y parvenir, il attire l’attention de l’Église « sur les conditionnements et les circonstances atténuantes » en ce qui concerne l’imputabilité et la responsabilité des actions, et s’appuyant sur saint Thomas d’Aquin, il s’attarde sur le rapport entre « les normes et le discernement » en affirmant que « certes, les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières. En même temps, il faut dire que, précisément pour cette raison, ce qui fait partie d’un discernement pratique face à une situation particulière ne peut être élevé à la catégorie d’une norme » (AL 304).

Dans la dernière partie du chapitre, « la logique de la miséricorde pastorale », le Pape François, pour éviter des malentendus, rappelle avec force : « Comprendre les situations exceptionnelles n’implique jamais d’occulter la lumière de l’idéal dans son intégralité ni de proposer moins que ce que Jésus offre à l’être humain. Aujourd’hui, l’effort pastoral pour consolider les mariages et prévenir ainsi les ruptures est plus important qu’une pastorale des échecs » (AL 307). Mais le sens global du chapitre et de l’esprit que le Pape François entend inscrire dans la pastorale de l’Église est bien résumé dans les paroles finales : « J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées, à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur pour s’entretenir avec eux. Ils ne trouveront pas toujours en eux la confirmation de leurs propres idées ou désirs, mais sûrement, ils recevront une lumière qui leur permettra de mieux saisir ce qui leur arrive et pourront découvrir un chemin de maturation personnelle. Et j’invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église » (AL 312). Sur « la logique de la miséricorde pastorale », le Pape François affirme avec force que « parfois, il nous coûte beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu dans la pastorale. Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile » (AL 311).

Chapitre neuf : « Spiritualité matrimoniale et familiale »

Le neuvième chapitre est dédié à la spiritualité matrimoniale et familiale, « faite de milliers de gestes réels et concrets » (AL 315). Avec clarté, il est dit que « ceux qui sont animés de profonds désirs de spiritualité ne doivent pas croire que la famille les éloigne de la croissance dans la vie de l’Esprit, mais qu’elle constitue un chemin que le Seigneur choisit pour les conduire aux sommets de l’union mystique » (AL 316). Tout, « les moments de joie, le repos ou la fête, et même la sexualité, sont vécus comme une participation à la vie pleine de sa Résurrection » (AL 317). On parle donc de la prière à la lumière de Pâques, de la spiritualité de l’amour exclusif et libre, dans le défi et le désir de vieillir et de se consumer ensemble, reflétant la fidélité de Dieu (cfr AL 319). Dans le passage portant sur « la spiritualité de l’attention, de la consolation et de l’encouragement », le Pape écrit que « chacun, avec soin, peint et écrit dans la vie de l’autre » (AL 322). « C’est une profonde expérience spirituelle de contempler chaque proche avec les yeux de Dieu et de reconnaître le Christ en lui » (AL 323).

Dans le paragraphe conclusif, le Pape affirme qu’« aucune famille n’est une réalité céleste et constituée une fois pour toutes, mais la famille exige une maturation progressive de sa capacité d’aimer (…). Tous, nous sommes appelés à maintenir vive la tension vers un au-delà de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette stimulation constante. Cheminons, familles, continuons à marcher ! (…) Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise » (AL 325).

L’Exhortation apostolique se conclut par une Prière à la Sainte Famille (AL 325).

***

Comme on le comprend déjà, après un rapide examen de son contenu, l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia entend rappeler avec force non « l’idéal » de la famille, mais sa réalité riche et complexe. On trouve dans ses pages un regard ouvert, profondément positif, qui se nourrit non pas d’abstractions ou de projections idéales mais d’une attention pastorale à la réalité. Ce document offre une lecture riche en suggestions spirituelles et en sagesse pratique, utile pour tous les couples et les personnes qui désirent fonder une famille. On voit surtout que c’est le fruit d’une expérience concrète aux côtés de personnes qui savent par expérience ce qu’est une famille et ce que veut dire vivre ensemble depuis de nombreuses années. L’Exhortation parle en effet le langage de l’expérience.

(Synthèse fournie par la Salle de presse du Saint-Siège)

Mercredi 6 Avril 2016

Le Pape François a tenu ce mercredi matin 6 avril 2016, sa traditionnelle audience générale, Place Saint-Pierre , devant plusieurs dizaines de milliers de personnes rassemblées sous un soleil presque estival.

Après avoir exploré, dans ses précédentes catéchèses, le thème de la miséricorde dans l’Ancien Testament, le Pape François a débuté une nouvelle série d’enseignements pour expliquer comme Jésus a porté cette miséricorde de Dieu « vers son plein accomplissement ». Pour cette première étape, il s’est appuyé sur l’Évangile de Matthieu, versets 13 à 17.

Jésus a toujours « exprimé », « réalisé » et « communiqué » la miséricorde, « à tous les moments de sa vie terrestre ». « En rencontrant les foules, en annonçant l’Évangile, en guérissant les malades, en se rapprochant des derniers, en pardonnant les pécheurs, Jésus rend visible un amour ouvert à tous », a martelé le Pape François.

« Un amour pur, gratuit, absolu. Un amour qui rejoint son point culminant dans le sacrifice de la croix. Oui, l’Évangile est vraiment l’Évangile de la Miséricorde, parce que Jésus est la Miséricorde ! »

Le Pape a rappelé l’humilité de Jésus au début de sa vie publique, qui après 30 ans de discrétion à Nazareth, s’est rendu au Jourdain pour se faire baptiser par Jean-Baptiste. « Il n’a pas eu honte, il était là avec tous, avec les pécheurs, pour se faire baptiser ». Et à partir de ce baptême, il a assumé sa mission de porter à tous l’amour de Dieu.

« Jésus n’a pas apporté la haine, n’a pas apporté l’inimité : il nous a apporté l’amour ! Un amour grand, un cœur ouvert pour tous, pour nous tous ! Un amour qui sauve ! »

Cet amour inconditionnel se contemple en plus clairement si l’on tourne le regard vers Jésus crucifié, qui supplie le Père en criant “Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font”. C’est une « prière sacrificielle », qui vaut pour tous les péchés des contemporains de la Passion du Christ, mais aussi pour nous tous.

« Nous sommes tous pécheurs, mais nous sommes tous pardonnés ». « Tout péché a été porté par le Fils sur la Croix ». « Nous ne devons pas avoir peur de nos misères, chacun de nous a les siennes », a martelé le Pape François, mais il faut les confier au Seigneur : « le sacrement de la Réconciliation rend actuel pour nous la force du pardon qui jaillit de la Croix ».

À la fin de l’audience, le Pape François a rappelé que les Nations-Unies organisent ce 6 avril la Troisième Journée mondiale du sport pour la paix et le développement. « Le sport est un langage universel, qui rapproche les peuples et peut contribuer à faire se rencontrer les personnes et à surmonter les conflits », a souligné le Saint-Père, qui a encouragé à faire du sport un outil pour « la croissance intégrale des individus et des communautés ».

Au terme de l’audience, le Pape a salué les pèlerins francophones venus notamment des diocèses français d’Aix-en-Provence et de Saint-Brieuc et Tréguier, accompagnés par leurs évêques respectifs, Mgr Christophe Dufour et Mgr Denis Moutel.

Il a aussi embrassé la petite Américain Lizzy Myers, atteinte d’une maladie rare qui devrait lui faire perdre la vue et l’ouïe, et qui rêvait de rencontrer le Pape. La rencontre, qui devait avoir lieu la semaine dernière, avait finalement été repoussée à cette semaine. Le cas de cette petite fille avait suscité beaucoup d’émotion, et un fort retentissement dans la presse internationale.

(Avec R. V.)

Dimanche 3 Avril 2016

« L’Évangile de la miséricorde demeure un livre ouvert », le Pape François l’a rappelé en célébrant la messe du dimanche de la Divine Miséricorde. Devant des milliers de fidèles, rassemblés Place Saint-Pierre, le Saint-Père a invité chacun de nous à « devenir écrivains vivants de l’Évangile, porteurs de la Bonne Nouvelle ». Un appel, sur les traces du Christ, à témoigner de « gestes concrets d’amour, qui sont le meilleur témoignage de la miséricorde ».

En ce dimanche de la Divine miséricorde, le Pape François, dans son homélie, a exhorté à poursuivre « ce que Jésus a accompli le jour de Pâques, quand il a répandu dans les cœurs des disciples effrayés la miséricorde du Père, l’Esprit Saint qui pardonne les péchés et donne la joie ». Cela implique d’avoir un « cœur patient et ouvert », être des « serviteurs généreux et joyeux, qui aiment gratuitement sans rien exiger en échange ».

Retrouvez l’homélie du Saint-Père dans son intégralité :

« Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre » (Jn 20, 30). L’Évangile est le livre de la miséricorde de Dieu, à lire et à relire, parce que tout ce que Jésus a dit et accompli est une expression de la miséricorde du Père. Toutefois, tout n’a pas été écrit ; l’Évangile de la miséricorde demeure un livre ouvert, où continuer à écrire les signes des disciples du Christ, gestes concrets d’amour, qui sont le meilleur témoignage de la miséricorde. Nous sommes tous appelés à devenir écrivains vivants de l’Évangile, porteurs de la Bonne Nouvelle à tout homme et à toute femme d’aujourd’hui. Nous pouvons le faire en mettant en pratique les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles, qui sont le style de vie du chrétien. Par ces gestes simples et forts, parfois même invisibles, nous pouvons visiter tous ceux qui sont dans le besoin, portant la tendresse et la consolation de Dieu. On poursuit ainsi ce que Jésus a accompli le jour de Pâques, quand il a répandu dans les cœurs des disciples effrayés la miséricorde du Père, soufflant sur eux l’Esprit Saint qui pardonne les péchés et donne la joie.

Toutefois, dans le récit que nous avons écouté émerge un contraste évident : il y a la crainte des disciples, qui ferment les portes de la maison ; de l’autre, il y a la mission de la part de Jésus, qui les envoie dans le monde porter l’annonce du pardon. Il peut y avoir aussi en nous ce contraste, une lutte intérieure entre la fermeture du cœur et l’appel de l’amour à ouvrir les portes closes et à sortir de nous-mêmes. Le Christ, qui par amour est passé à travers les portes closes du péché, de la mort et des enfers, désire entrer aussi chez chacun pour ouvrir tout grand les portes closes du cœur. Lui, qui par la résurrection a vaincu la peur et la crainte qui nous emprisonnent, veut ouvrir tout grand nos portes closes et nous envoyer. La route que le Maître ressuscité nous indique est à sens unique, elle avance dans une seule direction : sortir de nous-mêmes, sortir pour témoigner de la force de guérison de l’amour qui nous a conquis. Nous voyons devant nous une humanité souvent blessée et craintive, qui porte les cicatrices de la douleur et de l’incertitude. Face à l’imploration douloureuse de miséricorde et de paix, nous entendons, aujourd’hui adressée à chacun de nous, l’invitation confiante de Jésus : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (v. 21).

Chaque infirmité peut trouver dans la miséricorde de Dieu un secours efficace. Sa miséricorde, en effet, ne s’arrête pas à distance : il désire venir à la rencontre de toutes les pauvretés et libérer des nombreuses formes d’esclavage qui affligent notre monde. Il veut rejoindre les blessures de chacun, pour les soigner. Être apôtres de miséricorde signifie toucher et caresser ses plaies, présentes aussi aujourd’hui dans le corps et dans l’âme de tant de ses frères et sœurs. En soignant ces plaies nous professons Jésus, nous le rendons présent et vivant ; nous permettons à d’autres, de toucher de la main sa miséricorde, de le reconnaître « Seigneur et Dieu » (cf. v. 28), comme fit l’Apôtre Thomas. C’est cela la mission qui nous a été confiée. Tant de personnes demandent d’être écoutées et comprises. L’Évangile de la miséricorde, à annoncer et à écrire dans la vie, cherche des personnes au cœur patient et ouvert, « bons samaritains » qui connaissent la compassion et le silence face au mystère du frère et de la sœur ; il demande des serviteurs généreux et joyeux, qui aiment gratuitement sans rien exiger en échange.

« La paix soit avec vous ! » (v. 21) : c’est le salut que le Christ adresse à ses disciples ; c’est la même paix qu’attendent les hommes de notre temps. Ce n’est pas une paix négociée, ce n’est pas l’arrêt de quelque chose qui ne va pas : c’est sa paix, la paix qui vient du cœur du Ressuscité, la paix qui a vaincu le péché, la mort et la peur. C’est la paix qui ne divise pas, mais unit ; c’est la paix qui ne laisse pas seuls, mais nous fait sentir accueillis et aimés ; c’est la paix qui demeure dans la douleur et fait fleurir l’espérance. Cette paix, comme le jour de Pâques, naît et renaît toujours du pardon de Dieu, qui enlève l’inquiétude du cœur. Être porteuse de sa paix : c’est la mission confiée à l’Église le jour de Pâques. Nous sommes nés dans le Christ comme instruments de réconciliation, pour porter à tous le pardon du Père, pour révéler son visage de seul amour dans les signes de la miséricorde.

Dans le Psaume responsorial, il a été proclamé : « Son amour est pour toujours » (117/118, 2). C’est vrai, la miséricorde de Dieu est éternelle ; elle ne finit pas, elle ne s’épuise pas, elle ne se rend pas face aux fermetures, et elle ne se fatigue jamais. Dans ce « pour toujours » nous trouvons un soutien dans les moments d’épreuve et de faiblesse, parce que nous sommes certains que Dieu ne nous abandonne pas : il demeure avec nous pour toujours. Remercions pour son si grand amour, qu’il nous est impossible de comprendre : il est si grand ! Demandons la grâce de ne jamais nous fatiguer de puiser la miséricorde du Père et de la porter dans le monde : demandons d’être nous-mêmes miséricordieux, pour répandre partout la force de l’Évangile, pour écrire ces pages de l’Évangile que l’apôtre Jean n’a pas écrites. »

2 avril 2016

Ce jour marque le 11ème anniversaire de la mort de saint Jean-Paul II. Tout comme en 2005, le souvenir de cette mort coïncide avec le week-end de la Fête de la Divine Miséricorde, instituée par le Pape polonais en l’an 2000.

Alessandro Gisotti, du service italien de Radio Vatican a interrogé le cardinal Angelo Comastri, vicaire général du Pape pour la Cité du Vatican, au sujet du lien entre Jean-Paul II et la miséricorde, un lien qui demeure une source d’inspiration pour le Pape François.

« Je voudrais partir d’un épisode arrivé peu avant le départ pour le Ciel de Jean-Paul II. C’était le 30 mars 2005, un mercredi, le dernier de sa vie. Tous nous savions que l’état de santé du Pape s’était aggravé et donc nous étions un peu en appréhension, nous étions tous en train de prier pour cette raison. Vers midi on me prévient : « La fenêtre de l’appartement a été ouverte ». Je suis sorti de mon bureau, j’ai couru sur la Place Saint-Pierre et à midi j’ai vu que le Pape s’était montré. Il n’a pas réussi à dire une parole : il a seulement levé la main droite et il a tracé un grand signe de Croix, qui fut son testament, son salut à l’Église, son salut au monde.

J’ai su ensuite ce qui était arrivé ce matin-là. À peine réveillé, Jean-Paul II a susurré, parce qu’il parlait seulement d’une manière aphone, à peine perceptible, à sœur Tubiana et à don Stanisalw Dziwisz : « Aujourd’hui, c’est mercredi ». Mais ils n’ont pas donné de poids à cette parole. Il s’est écoulé un peu de temps, puis il a dit de nouveau : « Aujourd’hui, c’est mercredi ! ». Encore une fois ils ont ignoré ces mots du Pape. Vers 10h, il a dit, avec un ton un peu autoritaire : « Aujourd’hui, c’est mercredi, et moi, je me lève ! ». Évidemment, ils se sont effrayés face à cette décision du Pape et ont tenté de l’en dissuader. Le Pape, de façon irrévocable, a dit : « Aujourd’hui, c’est mercredi, et moi je me lève parce que les gens viennent et je ne veux pas les décevoir ». Il était en train de mourir et pensait aux autres.

Il est mort durant les premières Vêpres de la Fête de la Divine Miséricorde. On pourrait penser "laïquement" que c’était une coïncidence, mais les coïncidence n’existent pas : c’était une délicatesse de la Divine Miséricorde ! Le Pape qui avait tant parlé et s’était tant dépensé pour faire connaître ce beau visage de Dieu, ce visage miséricordieux, était accueilli dans la Communion des saints, justement dans le jour de la Divine miséricorde que lui, il avait voulu.

De quelle façon, selon vous, s’exprimait le mieux le témoignage de la miséricorde, en Jean-Paul II ?

Le témoignage de la Miséricorde de Jean-Paul II, il me plait de le synthétiser en deux lampes : celle du pardon, jusqu’à l’héroïsme, et celle de l’annonce de la vérité, parce que pardon et vérité sont deux lampes qui viennent de la Miséricorde. La lampe du pardon : pensez que juste après l’attentat, quand le Pape était dans une mare de sang, alors qu’il avait à peine repris un peu connaissance, ses premières paroles ont été de dire : « Je pardonne le frère qui m’a tiré dessus ». Appeler à ce moment « frère » Ali Agça, cela demande un beau courage, une belle foi, un beau témoignage. Et quand le Pape s’est rétabli, il n’a pas organisé des manifestations, des grèves, des vengeances : seulement la prière ; la prière et le pardon. Ici l’on voit le beau visage du catholicisme.

Mais il y a une autre lampe : celle de la vérité. Jean-Paul II a fait briller cette lampe avec trois encycliques merveilleuses (Veritatis Splendor, Evangelium Vitae, et Fides et Ratio), mais aussi avec tellement de discours. Jean-Paul II a crié la vérité parce que la vérité est un service de Miséricorde ! Parce que le péché est mal et fait mal ! Et n’oublions pas que Jésus, le miséricordieux, Celui qui a dit : « Je suis venu pour les pécheurs … », a ajouté aussi « …afin qu’ils se convertissent ». Jean-Paul II a eu le courage de tenir ensemble les lampes : celle du pardon, parce que Dieu est toujours prêt à pardonner, comme le répète très souvent le Pape François, « Dieu est toujours prêt à pardonner ! Mais attention, le pardon de Dieu entre en nous quand le cœur s’ouvre. »

L’homme et le monde contemporain ont un grand besoin de Miséricorde, écrivait saint Jean-Paul II dans Dives in misericordia, sa seconde encyclique de 1980, après Redemptor hominis. Pourquoi, selon vous, cette exigence urgente de Miséricorde, dans les derniers pontificats en particulier ?

Jean-Paul II, justement dans Dives in misericordia, cite le chapitre de Gaudium et Spes où il est écrit : « Le monde d’aujourd’hui se présente puissant et faible, capable du meilleur mais aussi du pire, parce que s’ouvrent devant lui les voies de la liberté ou de l’esclavage, du progrès ou de la régression, de la fraternité ou de la haine ». Le monde d’aujourd’hui est en train de se rendre compte que le progrès réalisé par la science n’est pas suffisant pour rendre heureuse l’humanité. L’homme a besoin d’une vérité qui lui remplisse le cœur, il a besoin d’un amour qui guérisse les blessures, d’une miséricorde qui guérisse les blessures.

Et tout ceci, seule la Miséricorde de Dieu peut le faire. Voilà pourquoi, en ce moment, l’annonce de la Miséricorde à cette humanité blessée est particulièrement urgente, comme aime le dire le Pape François. L’annonce que Dieu est miséricordieux est certainement un médicament extraordinaire. L’homme moderne qui croyait pouvoir devenir un surhomme, comme en rêvait Nietzsche, se rend compte qu’il est un pauvre homme qui a besoin de la main miséricordieuse de Dieu. Voilà pourquoi, à mon humble jugement, l’annonce de la Miséricorde est extraordinairement actuelle. Le Pape Jean-Paul II le comprenait, le Pape Benoît le comprenait, et le Pape François en a fait, nous pouvons dire, le slogan de son pontificat. »

(Avec R. V.)

31 Mars 2016

L’Exhortation apostolique post-synodale du Pape François sur l’amour dans la famille, intitulée Amoris laetitia, sera rendue publique et présentée aux journalistes le 8 avril 2016 en salle de presse du Saint-Siège. C’est ce qu’a indiqué le jeudi 31 mars le Bureau de presse du Saint-Siège.

Ce texte très attendu du Pape François sur la famille sera rendu public le 8 avril, en fin de matinée. Cette Exhortation apostolique post-synodale s’intitulera Amoris Laetitia, la joie de l’amour, et portera sur l’amour dans la famille, précise le Bureau de presse du Saint-Siège. Le document sera disponible en plusieurs langues dont le français. Quelque 200 pages ont été annoncées. Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, lui-même fils de divorcés, fait partie des personnes choisies pour présenter le texte à la presse. L’Exhortation, de nature essentiellement pastorale, est l’aboutissement des deux synodes d’octobre 2014 et d’octobre 2015 sur la famille, eux-mêmes précédés d’une vaste consultation auprès des Églises locales.

Comme les précédentes, elle devrait confirmer les conclusions menées dans le cadre d’une réflexion collégiale et proposer des orientations claires. Or le texte final, très ouvert et consensuel, adopté, fin octobre 2015, par les 270 pères synodaux préconise un discernement au cas par cas plutôt que des normes générales, un accompagnement personnalisé vers la conversion, plus de pouvoir aussi aux conférences épiscopales y compris sur le plan doctrinal face aux problématiques présentes sur leur territoire. En clair, tout ne doit pas nécessairement remonter vers Rome.

Les références aux enseignements de Jean-Paul II et aux catéchèses du Pape François sur la famille ne devraient pas manquer non plus. Révolution ou évolution ? Première étape d’une réforme ou continuité avec le magistère de l’Église ? Les spéculations divergentes, parfois contradictoires, n’ont pas manqué ces dernières semaines d’autant que les questions sensibles sont nombreuses et les sensibilités très diversifiées dans l’Eglise : divorcés-remariés, homosexualité, concubinage…. Ces sujets ont retenu presque toute l’attention des médias. Mais le texte, assure-t-on au Vatican, aura une portée plus large et abordera la diversité des problèmes auxquels sont confrontés les différents continents.

Le Vatican redoute les simplifications et les déformations médiatiques qui pourraient suivre la publication du texte. Il souhaite donc que les évêques s’efforcent de soigner la présentation du document pour éviter les malentendus. Il est essentiel que les diocèses, paroisses, mouvements et laïcs engagés dans la pastorale familiale puissent le mettre en pratique en pratique, par le biais de véritables parcours pastoraux. Objectif : aider les fidèles à vivre l’enseignement de l’Église sur la famille et faire ressentir aux couples en situation dite "irrégulière" qu’ils font entièrement partie de l’Eglise et qu’ils peuvent participer à la vie de la communauté. Pour le Pape François, il faut aller chercher les brebis qui se sont éloignées de l’Église, une Église qui ne doit pas avoir peur de se salir les mains.

Le 8 avril 2016, l’Exhortation sera présentée à 11h30 en salle de presse du Saint-Siège par le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du Synode des évêques, par le cardinal Christoph Schönborn, l’archevêque de Vienne en Autriche et par un couple d’universitaires italiens : Francesco Miano, professeur de Philosophie morale à l’université Roma III et Giuseppina De Simone in Miano, professeur de philosophie auprès de la faculté de théologie de l’Italie méridionale à Naples.

Ce texte du Saint-Père sera publié en français, en italien, en anglais, en allemand, en espagnol et en portugais.

(Avec R. V.)

Mercredi 30 Mars 2016

Le Pape François a consacré l’audience générale de ce mercredi 30 mars 2016, place Saint-Pierre, au pardon divin qui efface le péché en commentant le psaume 50

Ce psaume rapporte la prière pénitentielle attribuée au roi David qui, après avoir commis un adultère et un meurtre, confesse ses péchés ; le Saint-Père a souligné qu’il faut montrer ses faiblesses au Seigneur, en étant certain de sa miséricorde.

« N’oublions pas ceci : Dieu est plus grand que notre péché. Dieu est plus grand que tous les péchés que nous pouvons faire ». A plusieurs reprises, le Saint-Père a répété cette phrase. En priant avec ce psaume, il faut avoir les mêmes sentiments de repentir et de confiance en Dieu que le roi David, car le Dieu de la miséricorde est mû par un amour aussi grand que celui d’un père ou d’une mère.

Dans cette prière se manifeste le vrai besoin de l’homme souligne le Pape. « L’unique chose dont nous avons besoin dans notre vie, c’est d’être pardonné, libérés du mal et de ses conséquences ». Avec le pardon, les pécheurs deviennent des personnes nouvelles, pleines de joies avec un nouveau cœur et un nouvel esprit.

Le Seigneur ne dissimule pas le péché, explique François, mais il le détruit et il le supprime. « Il le supprime à la racine comme ils font chez le teinturier quand nous apportons un vêtement pour supprimer une tache » ajoute-t-il.

A ceux qui disent "Mon père, je suis faible, je tombe, je tombe", le Saint-Père répond : Mais si tu tombes, relève toi. Comme l’enfant tend la main à son père ou à sa mère pour se relever, si tu tombes par faiblesse dans tes péchés, tend la main. Le Seigneur la prendra et t’aidera à te relever. Parce que Dieu a créé l’homme et la femme pour qu’ils restent debout.

(Avec R. V.)

28 Mars 2016

« Un exécrable attentat » : c’est ainsi que le Pape François, à l’issue de la prière du Regina cæli, ce lundi 28 mars 2016, a qualifié l’attentat-suicide qui a frappé la ville de Lahore. Après cette attaque qui visait explicitement des chrétiens, il a exprimé devant la foule des fidèles, réunis place Saint-Pierre en ce lundi de Pâques, sa « proximité à ceux qui ont été frappés par ce crime vil et insensé » et a invité « à prier le Seigneur pour les nombreuses victimes et pour leurs proches ».

Un homme portant une ceinture d’explosifs s’est fait exploser dans le parc Gulshan-e-Iqbal alors que des chrétiens y fêtaient Pâques. Selon un dernier bilan des autorités pakistanaises, 72 personnes y ont perdu la vie, dont 29 enfants et six femmes, le kamikaze ayant actionné sa bombe près d’un parc à jeux qui était bondé à cette heure de la journée. Cet acte terroriste a été revendiqué ce lundi par les talibans pakistanais du Jamaat-ul-Ahrar. « Nous avons perpétré l’attentat de Lahore car les chrétiens sont notre cible » a déclaré le porte-parole des talibans. Parmi les victimes, les autorités locales comptent entre dix et quinze chrétiens.

Le Saint-Père a lancé un appel aux « autorités civiles et à toutes les composantes sociales de cette Nation pour qu’ils mettent tout en œuvre afin de rétablir la sécurité et de redonner la sérénité à la population, et en particulier, aux minorités religieuses les plus vulnérables ».

Après avoir déjà condamné le terrorisme lors de la Semaine Sainte, notamment dans sa prière au Chemin de croix et dans son message Urbi et Orbi, le Pape a répété que « la violence et la haine meurtrière conduisent seulement à la douleur et à la destruction » et que « le respect et la fraternité sont l’unique voie pour parvenir à la paix ».

Le Pape a ensuite exprimé le vœu que « la Pâque du Seigneur suscite en nous, de manière encore plus forte, la prière à Dieu afin que les mains des violents qui sèment la terreur et la mort, s’arrêtent » et que « dans le monde puissent régner l’amour, la justice et la réconciliation ». François a enfin invité les fidèles à prier pour « les morts de ces attentats, pour leurs proches, pour les minorités chrétiennes et ethniques de cette nation ».

Un peu plus tôt, le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, avait lui aussi condamné cet « horrible massacre de dizaines d’innocents » qui « jette une ombre de tristesse et d’angoisse sur la fête de Pâques ». « Encore une fois, la haine meurtrière s’abat lâchement sur des personnes sans défense ». Le porte-parole du Vatican a précisé que le Pape, mis au courant immédiatement, priait pour les blessés, les familles concernées, les membres de la minorité chrétienne, ainsi que l’ensemble du peuple pakistanais, frappés par « la violence fanatique ». Il concluait en donnant un message d’espoir, espérant que le Seigneur continuât à « nous donner le courage et l’espoir nécessaires pour construire des voies de compassion, de solidarité avec les souffrants, de dialogue, de justice, de réconciliation et de paix ».

(Avec R. V.)

Dimanche 27 mars 2016

Le Pape François, après la messe de Pâques, place Saint-Pierre, a prononcé le traditionnel message en ce jour de la Résurrection du Christ depuis la loggia de la basilique vaticane. Il a souhaité que le Christ ouvre des chemins d’espérance pour tous les hommes et en particulier ceux qui vivent dans des pays en guerre.

Retrouvez ce message Urbi et Orbi :

« Chers frères et sœurs, bonnes fêtes de Pâques.

Jésus-Christ, incarnation de la miséricorde de Dieu, est mort par amour sur la croix, et, par amour, est ressuscité. C’est pourquoi nous proclamons aujourd’hui : Jésus est le Seigneur !

Sa résurrection accomplit pleinement la prophétie du Psaume : la miséricorde de Dieu est éternelle, son amour est pour toujours, il ne mourra jamais. Nous pouvons nous confier totalement à lui, et nous lui rendons grâces parce qu’il est descendu pour nous jusqu’au fond de l’abîme.

Face aux gouffres spirituels et moraux de l’humanité, face aux vides qui s’ouvrent dans les cœurs et qui provoquent la haine et la mort, seule une miséricorde infinie peut nous donner le salut. Seul Dieu peut remplir de son amour ces vides, ces abîmes, et nous permettre de ne pas nous écrouler, mais de continuer à marcher ensemble vers le Terre de la liberté et de la vie.

L’annonce joyeuse de Pâques : Jésus, le crucifié, n’est pas ici, il est ressuscité (cf. Mt 28, 5-6), nous offre la consolante certitude que l’abîme de la mort a été traversé et, avec lui, le deuil, la plainte et l’angoisse (cf. Ap 21, 4) ont été vaincus. Le Seigneur, qui a souffert l’abandon de ses disciples, le poids d’une condamnation injuste, et la honte d’une mort infâmante, nous rend maintenant participants de sa vie immortelle, et il nous donne son regard de tendresse et de compassion envers les affamés et les assoiffés, les étrangers et les prisonniers, les marginaux et les exclus, les victimes des abus et de la violence. Le monde est rempli de personnes qui souffrent dans leur corps et dans leur esprit, et chaque jour les journaux sont pleins de nouvelles de crimes atroces, commis souvent dans les murs du foyer domestique, et de conflits armés, à grande échelle, qui soumettent des populations entières à des épreuves indicibles.

Que le Christ ressuscité ouvre des chemins d’espérance à la Syrie bien aimée, pays déchiqueté par un long conflit, avec son triste cortège de destructions, de mort, de mépris du droit humanitaire et de décomposition de la cohabitation civile. Nous confions à la puissance du Seigneur ressuscité les discussions en cours, pour que, grâce à la bonne volonté et à la collaboration de tous, on puisse recueillir des fruits de paix et engager la construction d’une société fraternelle, respectueuse de la dignité et des droits de tout citoyen. Que le message de vie, qui a retenti dans la bouche de l’Ange près de la pierre basculée du tombeau, soit victorieux de la dureté des cœurs et promeuve une rencontre féconde des peuples et des cultures dans les autres zones du bassin méditerranéen et du Moyen Orient, en particulier en Irak, au Yémen et en Libye.

Que l’image de l’homme nouveau qui resplendit sur le visage du Christ favorise la cohabitation entre Israéliens et Palestiniens en Terre Sainte, ainsi que la disponibilité patiente et l’engagement quotidien à se dévouer pour construire les bases d’une paix juste et durable, par le moyen de négociations directes et sincères. Que le Seigneur de la vie accompagne aussi les efforts visant à trouver une solution définitive à la guerre en Ukraine, en inspirant et en soutenant également les initiatives d’aide humanitaire, parmi lesquelles la libération des personnes détenues.

Que le Seigneur Jésus, notre Paix (cf. Ep. 2, 14), qui par sa résurrection a vaincu le mal et le péché, stimule en cette fête de Pâques notre proximité aux victimes du terrorisme, forme aveugle et atroce de violence qui ne cesse pas de répandre le sang innocent en diverses parties du monde, comme cela s’est produit dans les récents attentats en Belgique, en Turquie, au Nigéria, au Tchad, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, et en Irak. Que les ferments d’espérance et les perspectives de paix en Afrique aboutissent ; je pense en particulier au Burundi, au Mozambique, à la République Démocratique du Congo et au Sud Soudan, marqués par des tensions politiques et sociales.

Avec les armes de l’amour, Dieu a vaincu l’égoïsme et la mort ; son Fils Jésus est la porte de la miséricorde grand ouverte à tous. Que son message pascal se projette de plus en plus sur le peuple vénézuélien, qui se trouve dans des conditions difficiles pour vivre, et sur tous ceux qui ont en main les destinées du pays, afin que l’on puisse travailler en vue du bien commun, en cherchant des espaces de dialogue et de collaboration avec tous. Que partout on se dévoue pour favoriser la culture de la rencontre, la justice et le respect réciproque, qui seuls peuvent garantir le bien être spirituel et matériel des citoyens.

Le Christ ressuscité, annonce de vie pour toute l’humanité, se prolonge au long des siècles, et nous invite à ne pas oublier les hommes et les femmes en chemin, dans la recherche d’un avenir meilleur, file toujours plus nombreuse de migrants et de réfugiés – parmi lesquels de nombreux enfants – fuyant la guerre, la faim, la pauvreté et l’injustice sociale. Ces frères et sœurs rencontrent trop souvent en chemin la mort ou du moins le refus de ceux qui pourraient leur offrir un accueil et de l’aide. Que le rendez-vous du prochain Sommet Humanitaire Mondial n’oublie pas de mettre au centre la personne humaine avec sa dignité et d’élaborer des politiques capables d’assister et de protéger les victimes des conflits et des autres situations d’urgence, surtout les plus vulnérables et tous ceux qui sont persécutés pour des raisons ethniques et religieuses.

En ce jour glorieux, « que notre terre soit heureuse, irradiée de tant de feux » (cf. Exultet ), terre qui est pourtant tellement maltraitée et vilipendée par une exploitation avide de gain qui altère les équilibres de la nature. Je pense en particulier à ces zones touchées par les effets des changements climatiques, qui provoquent souvent la sécheresse ou de violentes inondations, avec, en conséquence, des crises alimentaires en plusieurs endroits de la planète.

Avec nos frères et sœurs qui sont persécutés pour la foi et pour leur fidélité au nom du Christ, et face au mal qui semble avoir le dessus dans la vie de beaucoup de personnes, réécoutons la consolante parole du Seigneur : « Courage ! Moi, je suis vainqueur du monde » (Jn 16, 33). C’est aujourd’hui le jour resplendissant de cette victoire, parce que le Christ a foulé aux pieds la mort, et par sa résurrection il a fait resplendir la vie et l’immortalité (cf. 2Tm 1, 10). « Il nous fait passer de l’esclavage à la liberté, de la tristesse à la joie, du deuil à la fête, des ténèbres à la lumière, de l’esclavage à la rédemption. Disons-lui : Alléluia ! » (Méliton de Sardes, Homélie de Pâques).

A tous ceux qui, dans nos sociétés, ont perdu toute espérance et le goût de vivre, aux personnes âgées écrasées qui, dans la solitude, sentent leur forces diminuer, aux jeunes qui pensent ne pas avoir d’avenir, à tous j’adresse encore une fois les paroles du Ressuscité : « Voici que je fais toutes choses nouvelles…A celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement (Ap 21, 5-6).

Que le message rassurant de Jésus nous aide chacun à repartir avec plus de courage et d’espérance pour construire des chemins de réconciliations avec Dieu et avec les frères. Nous en avons tellement besoin. »

Vigile pascale - Samedi 26 Mars 2016

« Aujourd’hui c’est la fête de notre espérance », a déclaré le Saint-Père lors de la veillée pascale à Saint-Pierre, dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 mars. Il a invité à imiter Pierre qui « cherche Jésus, pas lui-même ». Au cours de cette messe, le pape François a conféré les sacrements de l’initiation chrétienne – baptême, communion, confirmation – à douze catéchumènes – 8 femmes et 4 hommes -, de six pays : du Cameroun, d’Italie, d’Albanie, de Corée, d’Inde, et de Chine.

Retrouvez le texte intégral de l’homélie du pape.lors de cette veillée pascale :

« Pierre courut au tombeau » (Lc 24, 12). Quelles pensées pouvaient donc agiter l’esprit et le cœur de Pierre pendant cette course ? L’Evangile nous dit que les Onze, parmi lesquels Pierre, n’avaient pas cru au témoignage des femmes, à leur annonce pascale. Plus encore, « ces propos leur semblèrent délirants » (v. 11). Il y avait donc le doute dans le cœur de Pierre, accompagné de nombreuses pensées négatives : la tristesse pour la mort du Maître aimé, et la déception de l’avoir trahi trois fois pendant la Passion.

Mais il y a un détail qui marque un tournant : Pierre, après avoir écouté les femmes et ne pas les avoir cru, cependant « se leva » (v. 12). Il n’est pas resté assis à réfléchir, il n’est pas resté enfermé à la maison comme les autres. Il ne s’est pas laissé prendre par l’atmosphère morose de ces journées, ni emporter par ses doutes ; il ne s’est pas laissé accaparer par les remords, par la peur ni par les bavardages permanents qui ne mènent à rien. Il a cherché Jésus, pas lui-même. Il a préféré la voie de la rencontre et de la confiance et, tel qu’il était, il s’est levé et a couru au tombeau, d’où il revint « tout étonné » (v. 12 ). Cela a été le début de la « résurrection » de Pierre, la résurrection de son cœur. Sans céder à la tristesse ni à l’obscurité, il a laissé place à la voix de l’espérance : il a permis que la lumière de Dieu entre dans son cœur, sans l’éteindre.

Les femmes aussi, qui étaient sorties tôt le matin pour accomplir une œuvre de miséricorde, pour porter les aromates à la tombe, avaient vécu la même expérience. Elles étaient « saisies de crainte et gardaient le visage incliné vers le sol », mais elles ont été troublées en entendant les paroles de l’ange : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » (v. 5).

Nous aussi, comme Pierre et les femmes, nous ne pouvons pas trouver la vie en restant tristes, sans espérance, et en demeurant prisonniers de nous-mêmes. Mais ouvrons au Seigneur nos tombeaux scellés, pour que Jésus entre et donne vie ; portons-lui les pierres des rancunes et les amas du passé, les lourds rochers des faiblesses et des chutes. Il souhaite venir et nous prendre par la main, pour nous tirer de l’angoisse. Mais la première pierre à faire rouler au loin cette nuit, c’est le manque d’espérance qui nous enferme en nous-mêmes. Que le Seigneur nous libère de ce terrible piège d’être des chrétiens sans espérance, qui vivent comme si le Seigneur n’était pas ressuscité et comme si nos problèmes étaient le centre de la vie.

Nous voyons et nous verrons continuellement des problèmes autour de nous et en nous. Il y en aura toujours. Mais, cette nuit, il faut éclairer ces problèmes de la lumière du Ressuscité, en un certain sens, les « évangéliser ». Les obscurités et les peurs ne doivent pas accrocher le regard de l’âme et prendre possession du cœur ; mais écoutons la parole de l’Ange : le Seigneur « n’est pas ici, il est ressuscité » (v. 6). Il est notre plus grande joie, il est toujours à nos côtés et ne nous décevra jamais.

Voilà le fondement de l’espérance, qui n’est pas un simple optimisme, ni une attitude psychologique ou une bonne invitation à nous donner du courage. L’espérance chrétienne est un don que Dieu nous fait, si nous sortons de nous-mêmes et nous ouvrons à lui. Cette espérance ne déçoit pas car l’Esprit Saint a été répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5). Le Consolateur ne rend pas tout beau, il ne supprime pas le mal d’un coup de baguette magique, mais il infuse la vraie force de la vie, qui n’est pas une absence de problèmes mais la certitude d’être toujours aimés et pardonnés par le Christ qui, pour nous, a vaincu le péché, la mort et la peur. Aujourd’hui c’est la fête de notre espérance, la célébration de cette certitude : rien ni personne ne pourra jamais nous séparer de son amour (cf. Rm 8, 39).

Le Seigneur est vivant et veut être cherché parmi les vivants. Après l’avoir rencontré, il envoie chacun porter l’annonce de Pâques, susciter et ressusciter l’espérance dans les cœurs appesantis par la tristesse, chez celui qui peine à trouver la lumière de la vie. Il y en a tellement besoin aujourd’hui. Oublieux de nous-mêmes, comme des serviteurs joyeux de l’espérance, nous sommes appelés à annoncer le Ressuscité avec la vie et par l’amour ; autrement nous serions une structure internationale avec un grand nombre d’adeptes et de bonnes règles, mais incapables de donner l’espérance dont le monde est assoiffé.

Comment pouvons-nous nourrir notre espérance ? La liturgie de cette nuit nous donne un bon conseil. Elle nous apprend à faire mémoire des œuvres de Dieu. Les lectures nous ont raconté, en effet, sa fidélité, l’histoire de son amour envers nous. La Parole vivante de Dieu est capable de nous associer à cette histoire d’amour, en alimentant l’espérance et en ravivant la joie. L’Évangile que nous avons entendu nous le rappelle aussi ; les anges, pour insuffler l’espérance aux femmes, disent : « Rappelez-vous ce qu’il vous a dit » (v. 6). N’oublions pas sa Parole ni ses œuvres, autrement nous perdrions l’espérance ; au contraire, faisons mémoire du Seigneur, de sa bonté et de ses paroles de vie qui nous ont touchés ; rappelons-les et faisons-les nôtres, pour être les sentinelles du matin qui sachent découvrir les signes du Ressuscité.

Chers frères et sœurs, le Christ est ressuscité ! Ouvrons-nous à l’espérance et mettons-nous en route ; que la mémoire de ses œuvres et de ses paroles soit une lumière éclatante qui guide nos pas dans la confiance, vers la Pâque qui n’aura pas de fin. »

Samedi 26 Mars 2016

Le Pape François a présidé ce vendredi 25 mars 2016, pour la 4e fois de son pontificat, le Chemin de Croix au Colisée. Au terme de la méditation des 14 stations, le Saint-Père a prononcé une prière d’une grande force, mettant en évidence la présence de la Croix dans les souffrances du monde d’aujourd’hui.

Vendredi saint 25 Mars 2016

Retrouvez la prière du Pape : « Ô Croix du Christ »

« Ô Croix du Christ, symbole de l’amour divin et de l’injustice humaine, icône du sacrifice suprême par amour et de l’égoïsme extrême par stupidité, instrument de mort et chemin de résurrection, signe de l’obéissance et emblème de la trahison, échafaud de la persécution et étendard de la victoire.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dressée en nos sœurs et nos frères tués, brûlés vifs, égorgés et décapités avec des épées barbares et dans le silence lâche.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des enfants, des femmes et des personnes, épuisés et apeurés qui fuient les guerres et les violences et ne trouvent souvent que la mort et tant de Pilate aux mains lavées.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les docteurs de la lettre et non de l’esprit, de la mort et non de la vie, qui au lieu d’enseigner la miséricorde et la vie, menacent de punition et de mort et condamnent le juste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres infidèles qui au lieu de se dépouiller de leurs vaines ambitions dépouillent même les innocents de leur dignité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les cœurs endurcis de ceux qui jugent facilement les autres, cœurs prêts à les condamner même à la lapidation, sans jamais s’apercevoir de leurs propres péchés et de leurs fautes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les fondamentalismes et dans le terrorisme des adeptes de certaines religions qui profanent le nom de Dieu et l’utilisent pour justifier leurs violences inouïes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui en ceux qui veulent t’enlever des lieux publics et t’exclure de la vie publique, au nom de quelque paganisme laïc ou même au nom de l’égalité que tu nous as toi-même enseignée.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les puissants et dans les vendeurs d’armes qui alimentent le four des guerres avec le sang innocent des frères.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les traitres qui, pour trente deniers, livrent n’importe qui à la mort.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les voleurs et les corrompus qui au lieu de sauvegarder le bien commun et l’éthique se vendent dans le misérable marché de l’immoralité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les sots qui construisent des entrepôts pour conserver des trésors qui périssent, laissant Lazare mourir de faim à leurs portes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les destructeurs de notre “maison commune” qui par leur égoïsme ruinent l’avenir des générations futures.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes âgées abandonnées de leurs proches, dans les personnes avec un handicap et dans les enfants sous-alimentés et écartés par notre société hypocrite et égoïste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans notre Méditerranée et dans la Mer Égée devenues un cimetière insatiable, image de notre conscience insensible et droguée.

Ô Croix du Christ, image de l’amour sans fin et chemin de la Résurrection, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes bonnes et justes qui font le bien sans chercher les applaudissements ou l’admiration des autres.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres fidèles et humbles qui éclairent l’obscurité de notre vie comme des bougies qui se consument gratuitement pour éclairer la vie de ceux qui sont les derniers.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des sœurs et des personnes consacrées – les bons samaritains – qui abandonnent tout pour panser dans le silence évangélique, les blessures de la pauvreté et de l’injustice.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les miséricordieux qui trouvent dans la miséricorde l’expression la plus haute de la justice et de la foi.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes simples qui vivent joyeusement leur foi dans le quotidien et dans l’observance filiale des commandements.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les repentis qui savent, de la profondeur de la misère de leurs péchés, crier : Seigneur, souviens-toi de moi dans ton Royaume !

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bienheureux et dans les saints qui savent traverser l’obscurité de la nuit de la foi sans perdre la confiance en toi et sans prétendre comprendre ton silence mystérieux.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les familles qui vivent leur vocation au mariage avec fidélité et fécondité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bénévoles qui secourent généreusement les personnes dans le besoin et celles qui sont battues.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les persécutés pour leur foi qui dans la souffrance continuent à rendre un témoignage authentique à Jésus et à l’Évangile.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les rêveurs qui vivent avec un cœur d’enfant et qui travaillent chaque jour pour rendre le monde un peu meilleur, plus humain et plus juste.

Dans ta sainte Croix, nous voyons Dieu qui aime jusqu’au bout, et nous voyons la haine qui fait la loi et assèche les cœurs et les esprits de ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière.

Ô Croix du Christ, Arche de Noé qui a sauvé l’humanité du déluge du péché, sauve-nous du mal et du malin ! Ô Trône de David et sceau de l’alliance divine et éternelle, réveille-nous des séductions de la vanité ! Ô cri d’amour, suscite en nous le désir de Dieu, du bien et de la lumière.

Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’aube du soleil est plus forte que l’obscurité de la nuit. Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’apparente victoire du mal se dissipe devant le tombeau vide et face à la certitude de la Résurrection et de l’amour de Dieu que rien ne peut vaincre ou obscurcir ou affaiblir. Amen ! »

Messe de la Cène du Seigneur à Rome

Pour échanger avec les jeunes migrants de ce centre, le Pape François était secondé par trois interprètes : un Afghan, un Malien et un Érythréen. Les plus nombreux dans ce centre arrivent d’Erythrée, parmi lesquels 32 mineurs, suivis du Mali et du Nigéria. Dans la matinée, le Souverain Pontife avait fait parvenir aux jeunes demandeurs d’asile des œufs en chocolat, des ballons et un échiquier. Le foyer est dirigé par un Palestinien musulman.

Le Pape est arrivé dans ce centre de réfugiés vers 17h. Ces longs bâtiments blancs qui abritent près de 900 migrants, composent l’un des plus grands centres en Italie. Le Saint-Père a été accueilli par des banderoles de « bienvenue » en différentes langues et des drapeaux dessinés des 25 nationalités présentes ici, portés par une foule de demandeurs d’asile en majorité africains et musulmans, installés dehors, prêts à faire la rencontre de ce Pape des périphéries.

François a choisi ce lieu pour célébrer la Cène du Seigneur, le dernier repas de Jésus avec ses disciples. « Il y a deux gestes », a dit le Pape devant eux sous un soleil couchant, « celui de Jésus qui sert et qui lave les pieds de ses disciples, lui qui est le Maitre et se fait le plus petit » et celui, opposé, de « Judas qui trahit Jésus pour de l’argent ».

Comme ces deux gestes lors de la Cène, « aujourd’hui aussi il y a deux gestes », explique le Saint Père. « Ce soir nous sommes tous réunis, ensemble, musulmans, hindous, catholiques, coptes, évangéliques, tous différents mais tous frères, tous enfants du même Dieu, qui veulent vivre en paix ; et il y a trois jours, un autre geste de destruction dans une ville d’Europe » poursuit le Pape, faisant référence aux attentats meurtriers de Bruxelles. « Comme judas, ceux-là veulent la guerre et le sang, ils ne veulent pas la paix et la fraternité. »

Après l’homélie, accompagné par des chants, le Pape s’est penché devant chacune des douze personnes, émues, assises devant lui. Tour à tour, il a lavé puis embrassé les pieds de onze réfugiés et une employée du centre d’accueil. « Un geste de fraternité » a dit le Pape, « que nous devons tous faire, car nous voulons tous vivre en paix. »

Le Saint-Père s’est aussi abaissé devant quatre femmes. Une nouveauté rendue possible par un décret publié au mois de janvier par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Le Pape François a fait ainsi modifier le Missel romain pour ouvrir aux femmes la possibilité de participer au lavement des pieds, lors de la messe du Jeudi saint. Car, comme le décret l’explique, le Christ est venu donner sa vie pour sauver l’ensemble du genre humain.

(Avec R. V.)

Messe chrismale

Le Pape François avait déjà célébré la messe chrismale dans la matinée. Dans la basilique Saint-Pierre, les prêtres du diocèse de Rome, évêques et cardinaux ont renouvelé les promesses faites lors de leur ordination. L’huile des malades, des catéchumènes et le Saint-Chrême ont été bénis.

Dans son homélie, le Pape François a développé une réflexion sur la miséricorde de Dieu, invitant les pasteurs à ne pas avoir peur « d’exagérer en miséricorde ». Il les a également appelés à un examen de conscience.

« Jésus ne combat pas pour consolider un espace de pouvoir. S’il brise les clôtures et remet en cause les sécurités, c’est pour ouvrir une brèche au torrent de miséricorde qu’il désire déverser sur la terre, avec le Père et l’Esprit ». Infinie et ineffable, la miséricorde de Dieu s’oppose, selon François, à l’indifférence et la violence. Elle est dynamique, toujours en chemin.

En faisant mémoire des gestes miséricordieux de Dieu à notre égard, nous pouvons lui demander plus, « brisant les schémas étroits dans lesquels nous enfermons tant de fois la surabondance de son cœur ».

Le Pape invite d’ailleurs les pasteurs, qui ont pour « tache » « d’incarner » la miséricorde à ne pas craindre d’exagérer dans leur témoignage et mission. Toute rencontre est une fête. Tout retour d’un fils égaré, l’objet d’une reconnaissance. « La miséricorde restaure tout et rend aux personnes leur dignité. C’est pourquoi, explique François, la réponse juste est de remercier avec effusion ». Ensuite, on peut demander pardon et réparer le mal commis.

Le pardon est d’ailleurs l’autre domaine dans lequel le Seigneur « exagère », faisant passer le pécheur « de la honte la plus honteuse à la dignité la plus haute, sans étape intermédiaire ». Nous devrions toujours nous maintenir « dans cette saine tension entre une honte digne et une dignité qui sait avoir honte : attitude de celui qui par lui-même cherche à s’humilier et s’abaisser, mais qui est capable d’accepter que le Seigneur l’élève pour le bien de la mission, sans s’y complaire ». Le Pape donne un modèle aux confesseurs, saint Pierre « qui se laisse longuement interroger sur son amour et, en même temps, renouvelle son acceptation du ministère de paître les brebis que le Seigneur lui confie ».

Au matin de ce Jeudi saint, le Pape a enfin tancé les maux dont souffrent les prêtres qui devraient plutôt s’identifier au peuple rejeté que le Seigneur sauve. « Chacun sait dans quelle mesure, souvent, nous sommes aveugles, privés de la belle lumière de la foi, non parce que nous n’aurions pas l’Évangile à portée de la main, mais par excès de théologies compliquées. Nous sentons que notre âme est assoiffée de spiritualité, mais non par manque d’Eau Vive – que nous buvons seulement à petits coups – mais par excès de spiritualité “pétillante”, de spiritualité “légère”. Nous nous sentons aussi prisonniers, non pas entourés, comme tant de peuples, par d’infranchissables murs de pierres ou par des clôtures d’acier, mais par une mondanité virtuelle qui s’ouvre et se ferme d’un simple clic. Nous sommes oppressés, non par des menaces et des bourrades, comme beaucoup de pauvre gens, mais par l’attrait de mille propositions de consommation dont nous ne pouvons pas nous défaire en nous secouant pour marcher, libres, sur les sentiers qui nous conduisent à l’amour de nos frères, au troupeau du Seigneur, aux brebis qui attendent la voix de leurs pasteurs. »

Comme les autres, Jésus vient racheter les prêtres « pour les transformer de pauvres et aveugles, de prisonniers et opprimés en ministres de miséricorde et de consolation ».

« Accueillons, avec une dignité qui sait avoir honte, la miséricorde dans la chair blessée de notre Seigneur Jésus-Christ, et demandons-lui de nous laver de tout péché et de nous libérer de tout mal ; et avec la grâce de l’Esprit Saint engageons-nous à communiquer la miséricorde de Dieu à tous les hommes, en pratiquant les œuvres que l’Esprit suscite en chacun pour le bien de tout le peuple fidèle de Dieu », a conclu le Saint-Père..

(Avec R. V.)

Mercredi 232 Mars 2016

Au lendemain des attentats qui ont fait une trentaine de morts et plus de 200 blessés ce mardi 22 mars 2016 à Bruxelles, le Pape François a exprimé sa compassion ce mercredi matin au terme de l’audience générale, devant la foule rassemblée Place Saint-Pierre.

« Avec un cœur douloureux, j’ai suivi les tristes nouvelles des attentats terroristes qui sont survenus hier à Bruxelles, qui ont provoqué de nombreuses victimes et blessés, a affirmé le Saint-Père, dans une prise de parole spontanée. J’assure de ma prière et de ma proximité la chère population belge, à tous les proches des victimes et à tous les blessés. Je renouvelle un appel à toutes les personnes de bonne volonté pour s’unir dans la condamnation unanime de ces abominations cruelles, qui sont en train de causer seulement la mort, la terreur et l’horreur. À tous, je demande de persévérer dans la prière et dans la demande au Seigneur, dans cette Semaine Sainte, de réconforter les cœurs affligés et de convertir les cœurs de ces personnes aveuglées par le fondamentalisme cruel. »

Le Saint-Père ensuite demandé à la foule de réciter un Ave Maria, puis de prier en silence, « pour les morts, les blessés, leurs proches, et pour tout le peuple belge ».

« Je confie à la miséricorde de Dieu les personnes qui ont perdu la vie #Bruxelles », avait-il lancé mardi soir dans un tweet, diffusé à 21h dans les différences langues de son compte Twitter, Pontifex.

Dès la fin de matinée de mardi, il avait envoyé un message de condoléances à l’archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Jozef de Kesel.

(Avec R. V.)

Dimanche des Rameaux

Lors de la messe solennelle du dimanche des Rameaux qu’il a présidée sur la place Saint-Pierre, le sort des migrants a été encore très présent dans les pensées du Pape François. Le Saint-Père a aussi évoqué les nombreuses personnes marginalisées, les réfugiés, les exilés. A la fin de la célébration, il s’est également adressé aux jeune

Beaucoup, a-t-il déploré sans citer explicitement les pays européens, ne veulent pas assumer la responsabilité de leur destin. La belle célébration des Rameaux qui inaugure la Semaine Sainte avait commencé par la procession traditionnelle : précédé par les nombreux concélébrants avec leur chasuble rouge, le pontife s’était dirigé du Portail de Bronze vers le parvis de la basilique, tenant dans sa main une crosse en bois d’olivier. Près de l’obélisque, il avait béni les palmes et les rameaux d’olivier brandis par des dizaines de milliers de religieux et de fidèles du monde entier. Parmi eux, de nombreux jeunes du diocèse de Rome. La place Saint-Pierre avait été transformée comme chaque année en un jardin fleuri.

Dans son homélie, le Pape François a fustigé l’égoïsme, la recherche du pouvoir et de la gloire. Commentant le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem sous les acclamations de la foule enthousiaste peu avant sa Passion, il a souligné que le Seigneur ne nous a pas sauvés par une entrée triomphale ni par le biais de miracles puissants. Il a vécu parmi nous une condition de serviteur ; il a été humilié, trahi, renié.

Comme les migrants aujourd’hui, il a connu aussi l’indifférence lorsque personne n’a voulu assumer la responsabilité de son destin. En pardonnant sur la croix, au faîte de l’anéantissement, Il a révélé le vrai visage de Dieu, qui est miséricorde. Et le Souverain Pontife a exhorté les fidèles à répondre à son amour infini par un peu d’amour concret. Il semble que nous sommes loin de la manière d’agir de Dieu, lorsque nous ne parvenons pas à nous oublier un peu nous-mêmes, à renoncer à quelque chose pour Lui et pour les autres, lorsque nous sommes attirés par les mille flatteries de l’apparence en oubliant que « l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a » (Gaudium et spes, n. 35) .

Au début de la Semaine Sainte, le Pape François presse les chrétiens de choisir la route du service, du don, de l’oubli de soi, d’apprendre l’amour humble qui sauve et qui donne la vie. Par son humiliation, a-t-il dit, Jésus nous invite à purifier notre vie. Il désire entrer dans nos villes et dans nos vies, comme il est entré à Jérusalem, humblement mais « au nom du Seigneur ». Si le mystère du mal est abyssal, la réalité de l’Amour qui l’a transpercé est infinie. Que rien ne nous empêche de trouver en lui la source de notre joie, de la vraie joie, qui demeure et qui donne la paix.

À l’issue de la célébration liturgique, avant la prière de l’Angelus, le Pape François a invité les jeunes à se rendre nombreux fin juillet à Cracovie à l’occasion des JMJ. Le dimanche des Rameaux coïncide avec la célébration diocésaine de la Journée mondiale de la Jeunesse. Mais c’est en Pologne, pays natal de Jean-Paul II, qu’aura lieu la prochaine rencontre mondiale. À l’occasion de l’Année Sainte de la Miséricorde, a indiqué le Saint-Père, les JMJ de Cracovie constitueront le Jubilé des jeunes au niveau de l’Église universelle :

« Je salue tous ceux qui ont participé à cette célébration et ceux qui se sont unis à nous grâce à la télévision, la radio, ou d’autres moyens de communication. Aujourd’hui, nous célébrons la 31e Journée mondiale de la Jeunesse, dont le point d’orgue sera la grande rencontre mondiale à Cracovie à la fin du mois de juillet. Le thème est « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5,7). Je salue particulièrement les jeunes présents ici, ainsi que ceux dans le monde entier. J’espère que vous pourrez venir nombreux à Cracovie, la patrie de Saint Jean-Paul II, à l’origine de la Journée Mondiale de la Jeunesse. Nous lui confions les derniers mois de préparation de ce pèlerinage qui, dans le contexte de l’Année Sainte de la Miséricorde, sera le Jubilée des jeunes au niveau de l’Église universelle. Les nombreux jeunes volontaires de Cracovie sont ici avec nous. En retournant en Pologne, ils porteront aux responsables de la nation des rameaux d’olivier, cueillis à Jérusalem, à Assise et du Mont Cassin et bénis aujourd’hui sur cette place, comme une invitation à cultiver les intentions de paix, de réconciliation et de fraternité. Merci pour cette belle initiative ; avancez avec courage ! Et maintenant prions la Vierge Marie, parce qu’elle nous aide à vivre la Semaine Sainte avec une intensité spirituelle. »

(Avec R. V.)

Samedi 19 mars 2016

Deux nouveaux évêques ont été ordonnés par le Pape François ce samedi matin 19 mars dans la basilique Saint-Pierre : un combonien espagnol de 64 ans, Mgr Miguel Ángel Ayuso Guixot, actuellement secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, après avoir été notamment missionnaire en Egypte et au Soudan puis président du Pisai, l’Institut pontifical des Etudes arabes et d’Islamologie ; et un américain de 53 ans, Mgr Peter Brian Wells, ancien assesseur aux affaires générales de la secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, nommé nonce apostolique en Afrique du Sud, Botswana, Lesotho et Namibie.

Dans son homélie le Saint-Père a mis l’accent sur la responsabilité ecclésiale des évêques. C’est par l’intermédiaire du ministère épiscopal que le Christ continue de prêcher l’Evangile du salut et à sanctifier les croyants. C’est grâce à la prudence et à la sagesse des évêques qu’Il guide le peuple de Dieu. L’Episcopat, a expliqué le Pape François, n’est pas un honneur mais un service ; l’évêque n’est pas appelé à dominer mais à servir. Sa tâche principale c’est la prière, la deuxième c’est l’annonce de la Parole à toute occasion.

Le Souverain Pontife a exhorté les deux nouveaux membres du collège épiscopal à mettre en garde, à réprimander et à encourager leurs fidèles avec magnanimité et e s’appuyant sur la doctrine. Un évêque doit connaître ses fidèles un par un, mais surtout à écouter les prêtres et les diacres. Trop d’évêques refusent de recevoir leurs collaborateurs sous prétexte qu’ils sont trop occupés, qu’ils n’ont pas le temps. Cela fait peine à voir, a martelé le Pape François. Le Saint-Père recommande enfin aux membres du collège épiscopal d’être attentifs aussi aux non chrétiens et à se montrer généreux à l’égard des Eglises qui ont besoin d’aide

(Avec R. V.)

Mercredi 16 mars 2016

le Pape François a évoqué le sort des réfugiés et des migrants d’aujourd’hui lors de l’audience générale place Saint-Pierre, consacrée à la miséricorde et à la consolation en disant : « J’aime beaucoup quand les nations, les gouvernements ouvrent leur cœur et leurs portes » !

Il est revenu sur le livre du prophète Jérémie qui parle de « la miséricorde de Dieu » qui « se présente avec toute sa capacité de réconforter et d’ouvrir le cœur des affligés à l’espérance ».

Quand Jérémie annonce le retour d’Israël sur sa terre, c’est « le signe de l’amour infini de Dieu le Père qui n’abandonne pas ses enfants mais en prend soin et les sauve ». Cette histoire, le Pape la compare à l’Albanie qui, « après tant de persécutions et de destructions est parvenue à se lever dans la dignité et dans la foi ».

Mais le Pape ne s’est pas contenté de faire allusion à l’Albanie qu’il a visitée en septembre 2014. Il a évoqué directement ceux qui vivent « une sorte d’exil, quand la solitude, la souffrance, la mort nous font penser que nous avons été abandonnés par Dieu ». « Combien de nos frères, a-t-il poursuivi, vivent en ce moment une situation vraiment dramatique d’exil, loin de leur patrie, avec dans les yeux les ruines de leurs maisons, dans le cœur la peur, et souvent, malheureusement, la douleur de la perte d’êtres chers ».

Et il a regretté que « quand ils cherchent à entrer, on leur ferme la porte », et « ils sont là, à la frontière, parce que tant de portes et tant de cœurs sont fermés ». D’où cet appel indirect aux États européens pour qu’ils accueillent les réfugiés qui quittent la Syrie ou l’Irak.

A ces situations dramatiques, Dieu apporte un message de « consolation ». Il n’est pas « absent ». « Dieu est proche, et réalise de grandes œuvres de salut pour qui a confiance en lui ». Le Pape exhorte ainsi les fidèles à ne pas « céder à la désespérance, mais à continuer à être sûrs que le bien triomphe toujours du mal », car « Dieu aime d’un amour sans fin que pas même le péché ne peut freiner et grâce à lui le cœur de l’homme se remplit de joie et de consolation ».

Dimanche 13 Mars 2016

Au cours de la prière de l’angélus, le Pape François est revenu sur l’Évangile de ce cinquième dimanche de Carême, tiré de Saint-Jean qui relate l’épisode de la femme adultère. Cet Évangile met en avant le thème de la miséricorde de Dieu, qui ne veut jamais la mort du pécheur mais qui souhaite qu’il se convertisse et qu’il vive ! Rappelons que le Saint-Père fête aujourd’hui le troisième anniversaire de son pontificat, son élection par le conclave remontant au 13 mars 2013.

Cette femme se trouve entre Jésus et la foule, entre la miséricorde du Fils de Dieu et la violence de ses accusateurs. Ceux-là ne sont pas venus en réalité pour demander au Maître un avis, mais bien pour lui tendre un piège, a rappelé le Pape : si Jésus devait suivre la loi, alors il aurait approuvé la lapidation de la femme adultère, mais en étant miséricordieux, il va contre la loi, lui qui a dit qu’il n’était pas venu pour l’abolir, mais pour l’accomplir.

Jésus, en ne répondant pas à la question provocatrice des scribes : « et toi, que dis-tu ? », invite au calme, à ne pas répondre de façon impulsive, invite à chercher la justice de Dieu.

La réponse déconcertante de Jésus : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre », éloigne un à un les accusateurs et Jésus se retrouve seul avec la femme pécheresse, la misère et la miséricorde sont l’une en face de l’autre. Le regard plein de miséricorde et d’amour du Christ fait sentir à cette personne, peut-être pour la première fois, qu’elle a une dignité, qu’elle ne peut être réduite à son péché, qu’elle peut changer de vie, sortir de l’esclavage et marcher sur un chemin nouveau.

Cette femme nous représente tous, a poursuivi le Saint-Père, nous pécheurs qui sommes adultères devant Dieu, qui avons trahi sa fidélité. Son expérience représente la volonté de Dieu pour chacun de nous : non pas notre condamnation mais notre salut en Jésus, qui sauve du péché et de la mort. Dieu ne nous cloue pas à notre péché, ne nous identifie pas au mal que nous avons commis. Il veut au contraire nous libérer et veut que nous soyons avec lui. Dieu veut que notre liberté se convertisse du mal au bien, et cela est possible avec sa grâce.

(Avec R. V.)

Audience jubilaire

Plein soleil sur la place Saint-Pierre, pour la plus grande joie des pèlerins qui étaient 40 000 ce samedi matin, 12 mars 2016, pour assister à l’audience générale du Pape François. Lors de cette troisième audience jubilaire, le Pape François est revenu sur l’Évangile selon saint Jean qui relate le lavement des pieds.

Par le lavement des pieds Jésus nous a indiqué que le service est le chemin à parcourir pour vivre la foi en lui et témoigner de son amour. Jésus lui-même s’est appliqué l’image de "servant de Dieu" utilisée par le prophète Isaïe. En lavant les pieds de ses disciples a expliqué le Pape, Jésus a aussi voulu révéler au monde la façon d’agir de Dieu à notre égard et donner l’exemple de son commandement nouveau, celui de « nous aimer les uns les autres, comme il nous a aimés ».

« L’amour est un service concret que nous rendons aux autres, a poursuivi François, un service humble, fait dans le silence et le secret. Cela implique de mettre à disposition les dons que l’Esprit Saint nous a fait, pour que la communauté puisse croître. Cet amour s’exprime aussi dans le partage des biens matériels avec ceux qui sont le plus dans le besoin. »

« Jésus nous invite enfin à confesser nos manquements et à prier les uns pour les autres, afin que nous sachions pardonner avec le cœur, s’oublier soi-même et suivre le Christ sur la voie du service », a-t-il insisté.

Dimanche 6 Mars 2016

Au terme de la prière de l’angélus, le Pape François a de nouveau exprimé sa proximité aux Missionnaires de la Charité après la mort au Yémen de quatre sœurs assassinées dans un foyer pour personnes âgées à Aden, avec douze autres personnes.

« Je prie pour elles, a déclaré le Saint-Père, pour les autres personnes tuées lors de cette attaque et pour leurs proches. » « Elles sont les martyrs d’aujourd’hui, elles ne sont pas les couvertures des journaux, elles ne font pas la Une », a-t-il souligné. « Elles ont donné leur sang pour l’Eglise. » « Elles sont, a poursuivi le Pape, les victimes de l’attaque par ceux qui les ont assassinées mais aussi de l’indifférence, de la globalisation de l’indifférence. » « Que Mère Teresa les accompagne au paradis, ses filles martyres de la charité, et intercède pour la paix et le respect sacré de la vie humaine. »

Dans un télégramme signé par le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin, le Saint-Père, « choqué et profondément attristé », avait, ce samedi, assuré de ses prières les victimes de cet acte qu’il avait qualifié « d’insensé » et de « diabolique ». Le Pape François avait dit souhaiter « que ce carnage inutile réveille les consciences, qu’il conduise à une conversion des cœurs et qu’il pousse les parties concernées par ce conflit à renoncer à la violence ».

Les quatre religieuses, infirmières étrangères, ont été attaquées vendredi matin par un groupe d’hommes armés qui s’est infiltré dans la maison de retraite où elles s’occupaient de personnes âgées et handicapées. Le gardien et des résidents yéménites ont été également abattus. On est toujours sans nouvelles d’un salésien qui résidait au couvent des sœurs.

(Avec R. V.)

Mercredi 2 Mars 2016 : audience générale

Lors de l’audience générale, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèses sur la miséricorde. « Le Seigneur ne renie jamais son peuple, le plus mauvais des hommes et la plus mauvaise des femmes restent enfant de Dieu »

Le Pape François, prenant appui sur le livre d’Isaïe, qui décrit le Père déçu par l’ingratitude des fils d’Israël, a rappelé que Dieu « même blessé, laisse parler l’amour » et « en appelle à la conscience de ses enfants pour qu’ils se repentent et se laissent de nouveau aimer ». Il a exhorté à se tourner vers Dieu et non pas vers d’autres « voies » qui ne sont pas des solutions, précisant que « ce ne sont pas les sacrifices qui sauvent, mais la miséricorde de Dieu qui pardonne le péché ».

Dieu accompagne son peuple, Il lui pardonne, « laisse toujours la porte ouverte » et dans le même temps l’éduque et le corrige « lorsqu’il n’est pas sur la bonne voie ». Dieu ne renie aucun de ses enfants, c’est cela « la miséricorde de Dieu ». « La conséquence du péché, est la souffrance » a encore souligné le Saint-Père car « là où il y a refus de Dieu, de sa paternité, la vie n’est plus possible, elle perd ses racines, tout apparait perverti et anéanti ».

Le peuple fait alors l’expérience du « vide désolant, d’un choix de mort » mais « la souffrance doit faire réfléchir le pécheur, pour l’ouvrir à la conversion et au pardon ». « Le châtiment » devient alors « l’instrument qui provoque la réflexion ». Le Pape a exhorté les fidèles à se rapprocher de Dieu, les mains purifiées, évitant le mal et pratiquant le bien et la justice.

Et, sortant de son texte, il s’est insurgé face aux comportements de « certains bienfaiteurs de l’Église » dont les offrandes sont « le fruit du sang de tant de personnes exploitées, maltraitées, rendues esclaves, avec un travail mal payé ». « Je dirais à ces personnes : s’il te plaît, remporte ton chèque, brûle-le ! Le peuple de Dieu, l’Église n’a pas besoin d’argent sale mais de cœurs ouverts à la miséricorde de Dieu ».

Et c’est en évoquant une nouvelle fois le drame des réfugiés que le Saint-Père a conclu sa catéchèse. « Pensez à tous ces réfugiés qui débarquent en Europe et ne savent pas où aller », a-t-il déclaré. Dimanche dernier, lors de la prière de l’angélus, le Pape François avait appelé à une « réponse unanime », une « coopération de toutes les nations » pour faire face à cette crise.

Retrouvez le résumé du texte du Saint-Père :

« Frères et sœurs, comme un bon père de famille Dieu éduque et corrige ses enfants, favorisant leur croissance dans le bien. Dans le livre d’Isaïe, le Père est blessé et déçu par l’ingratitude des fils d’Israël, portés, dans leur orgueil, à des prétentions d’autonomie et d’autosuffisance. Dieu en appelle à leur conscience pour qu’ils se repentent et se laissent de nouveau aimer. La conséquence du péché est alors la souffrance, car là où il y a refus de Dieu, la vie n’est plus possible, elle perd ses racines, tout est perverti et anéanti. Mais le châtiment même doit faire réfléchir le pécheur, pour l’ouvrir à la conversion et au pardon. Le salut comporte ainsi la décision d’écouter et de se laisser convertir. Il est nécessaire de se rapprocher de Dieu, les mains purifiées, évitant le mal et pratiquant le bien et la justice.

La miséricorde de Dieu est offerte à tous. Mettons à profit ce temps du carême qui nous est donné pour regretter nos péchés, et nous engager courageusement dans une vie nouvelle.

Je vous souhaite un bon chemin vers Pâques, et que Dieu vous bénisse. »

(Avec R. V.)

Audience de l’Angélus, dimanche 28 Février 2016

S’appuyant sur l’Évangile du jour selon Saint-Luc, le Pape évoque des événements tragiques qui à cette époque avaient causé beaucoup d’émoi : " une répression sanglante par les soldats romains à l’intérieur du temple ; et l’effondrement de la tour de Siloé à Jérusalem, qui avait fait dix-huit victimes (cf. Lc 13,1 à 5). Aujourd’hui aussi "des mauvaises nouvelles sont rapportées chaque jour : les meurtres, les accidents, les catastrophes... " dit-il.

"Jésus connaît la mentalité superstitieuse de ceux qui l’écoutent, et il sait qu’ils interprètent ce genre d’événements dans un mauvais sens. Comme s’ils disaient : « ils le méritaient »" explique François "En effet, ils pensent que si ces hommes sont morts si cruellement, c’est le signe que Dieu les a punis pour une faute grave qu’ils avaient commise. Et le fait d’avoir été épargné de la disgrâce équivalait à se sentir « bien ». "Eux le méritaient, moi je vais bien." résume le Saint-Père.

Mais nul ne mérite le mal qu’il subit. "Jésus rejette clairement ce point de vue, parce que Dieu ne permet pas la tragédie pour punir les péchés, et affirme que ces pauvres victimes ne sont pas du tout pires que les autres." Au contraire même, "il nous invite à tirer de ces événements douloureux, un avertissement qui concerne tout le monde, parce que nous sommes tous pécheurs." Et Jésus dit à ceux qui lui avait demandé : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière » (v. 3).

"Aujourd’hui encore, face à certains malheurs et aux événements tragiques, on peut être tenté de "décharger" la responsabilité sur les victimes, ou même sur Dieu lui-même". Mais l’Évangile nous invite à réfléchir : "Quelle idée de Dieu que nous nous sommes faite ? Sommes-nous convaincu que Dieu est ainsi ? Ou ce n’est autre que notre projection, d’un dieu fait "à notre image" ?

" Jésus, au contraire, nous appelle à changer notre cœur, à faire un changement radical dans le chemin de notre vie". Et pour cela, il faut "abandonner les compromis avec le mal, et ça nous en faisons tous, des compromis", et abandonner "les hypocrisies, que nous avons tous un peu en nous". Le seul chemin à suivre résolument, c’est celui de l’Évangile. Mais là encore, nous sommes tentés de nous justifier.

Le Pape nous met devant notre propre hypocrisie où nous nous disons : « Mais de quoi devrions-nous nous convertir ? Ne sommes-nous pas, dans l’ensemble, de bonnes personnes ? Ne sommes-nous pas croyants, et même assez pratiquants ? ". Et ainsi nous nous justifions.

Pour le Pape François, "chacun de nous ressemble un peu à un arbre qui, pendant des années, a donné de nombreuses preuves de sa stérilité" ... "Mais, heureusement pour nous, Jésus est comme le paysan qui, avec une patience sans limite, obtient encore une extension du figuier infécond : "Laissez-le encore cette année - dit le maître - Nous verrons s’il portera des fruits à l’avenir "(v. 9). Une « année » de grâce : le temps du ministère du Christ, le temps de l’Église avant son retour glorieux, le temps de notre vie, ponctuée par un certain nombre de Carêmes, qui nous sont offerts comme des occasions de repentance et de salut."

"La patience invincible de Jésus, avez-vous pensé à la patience de Dieu, et aussi à sa préoccupation irréductible pour les pécheurs ? Comme il devrait nous provoquer à l’impatience contre nous-mêmes !" Car, "il n’est jamais trop tard pour se convertir, on peut se convertir jusqu’au dernier moment." insiste encore le Saint-Père.

Il rappelle "cette petite histoire de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, quand elle priait pour cet homme condamné à mort, un criminel, qui ne voulait pas recevoir le confort de l’Église, il refusait le prêtre, il voulait mourir ainsi. Et elle, priait dans le couvent. Lorsque l’homme était là, juste au moment d’être tué, il se retourne vers le prêtre, prend le crucifix et l’embrasse. "

C’est un exemple de la patience de Dieu ! Et Dieu "fait la même chose avec nous, avec nous tous ! " ... "combien de fois nous sommes là, sur le point de tomber, et le Seigneur nous sauve, nous sauve, car il a beaucoup de patience avec nous. Et c’est ça sa miséricorde. " "Il n’est jamais trop tard pour se convertir, c’est urgent, c’est maintenant ! Commençons aujourd’hui. "

Mercredi 24 février 2016

Lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a insisté dans sa catéchèse sur le lien entre miséricorde et pouvoir, en soulignant que la miséricorde divine est plus forte que le péché des hommes.

« La richesse et le pouvoir ne sont pas toujours de mauvaises choses » a précisé le Pape, « ce sont des réalités qui peuvent être bonnes et utiles au bien commun », mais à une condition, prévient François, « qu’elles soient mises au service des pauvres et de tous, avec justice et charité ».

Pourtant, comme cela arrive trop souvent, met en garde le Saint-Père, « si elles sont vécues comme un privilège, avec égoïsme et arrogance, elles se transforment en instruments de corruption et de mort. »

La Bible aborde, dans divers passages, les abus des puissants, des rois, des personnes haut placées. Le Pape s’est appuyé sur l’histoire d’Achab, ce roi d’Israël qui veut s’emparer de la vigne de Nabot sous prétexte qu’elle avoisine son palais royal. « Naboth refuse, a raconté le Saint-Père aux fidèles, et « le roi Achab réagit avec amertume et colère. Il se sent offensé, lui le roi, le puissant, il se sent frustré et rabaissé dans son autorité souveraine » a poursuivi le Pape, soulignant la méchanceté de la femme du roi. Pour arriver à ses fins, Jézabel fera accuser et exécuter Naboth, à partir de faux témoignages, libérant ainsi la vigne tant désirée par le roi.

« Cette histoire n’est pas d’un autre temps », a insisté le Pape, « c’est aussi l’histoire d’aujourd’hui, celle des puissants qui, pour avoir plus d’argent exploitent les pauvres, les gens. C’est l’histoire, a poursuivi le Saint-Père, de la traite des personnes, du travail forcé, des pauvres gens qui travaillent au noir avec un salaire minimum qui enrichit les puissants. » « C’est l’histoire des politiques corrompus qui veulent plus et plus et plus ! », s’est-il insurgé. « Voilà où mène l’exercice de l’autorité sans respect pour la vie, sans justice, sans miséricorde. »

Le Pape a cité un texte du prophète Isaïe dans lequel le Seigneur met en garde contre la cupidité de ceux qui veulent tout posséder, et finissent dans la solitude. Et « pourtant Isaïe n’était pas communiste ! », a-t-il improvisé. Comme Achab qui comprendra son crime et demandera pardon, « il serait beau que les puissants exploiteurs d’aujourd’hui fassent la même chose ! », a lancé le Pape.

Car Dieu pardonne. « Dieu est plus grand que la méchanceté et que les jeux sales des humains. Dans sa miséricorde, il invite à la conversion. La miséricorde peut guérir les blessures, et changer l’histoire. La miséricorde divine est plus forte que le péché des hommes. Nous en connaissons la puissance quand nous rappelons la venue du Fils de Dieu qui s’est fait homme pour détruire le mal par son pardon. »

(Avec R. V.)

Dimanche 21 Février 2016

C’est sous un beau soleil que le Pape François est revenu sur son voyage apostolique au Mexique, au cours de la prière de l’angélus, récité depuis la fenêtre du palais apostolique. En rappelant le récit de la Transfiguration du Christ de ce deuxième dimanche de Carême, où Jésus laisse apparaître sa gloire divine aux apôtres Pierre, Jacques et Jean, un récit qui préfigure sa résurrection, le Pape a rappelé que son récent voyage au Mexique avait été « une expérience de transfiguration ».

Le Seigneur nous a montré la lumière de sa gloire à travers le corps de son Eglise, de son peuple saint qui vit sur cette terre, a dit le Pape, un corps tant de fois blessé, opprimé, méprisé et violé dans sa dignité. » Les diverses rencontres qui se sont tenues au Mexique ont été pleine de lumière, « cette lumière de la foi qui transfigure les visages et éclaircit le chemin ». Le Pape a rappelé que le centre de gravité de son voyage était le sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, le sanctuaire marial le plus fréquenté au monde. « Je me suis laissé guider par Celle qui porte dans ses yeux les regards de tous ses enfants, et vient recueillir les douleurs de ceux victimes de violences, d’enlèvements, de meurtres, de tant de femmes victimes d’abus ».

Le Saint-Père a aussi rendu une nouvelle fois hommage au peuple mexicain et l’héritage que Dieu a laissé au Mexique : celui de garder la richesse dans la diversité, et de manifester en même temps l’harmonie de la foi commune, une foi franche et robuste, marquée par une grande vitalité et humanité. Cela s’est vu en particulier dans la rencontre avec les familles a expliqué François, des familles mexicaines « qui m’ont accueilli avec joie comme pasteur de toute l’Eglise et qui m’ont montré un témoignage limpide et fort de foi vécue, de foi qui transfigure la vie » . Un exemple « édifiant pour toutes les familles chrétiennes du monde » a encore précisé le Pape.
Enfin, il a tenu à faire « une louange spéciale » pour sa rencontre à Cuba avec le patriarche de Moscou Cyrille 1er, au début de son voyage, le « cher frère Cyrille » :
« Cet évènement est aussi une lumière prophétique de la Résurrection dont le monde a besoin ». A cette occasion, le Pape a fait réciter un Je vous salue Marie aux fidèles réunis, en priant particulièrement la Vierge de Kazan en Russie, souhaitant « qu’elle continue à nous guider sur le chemin de l’unité »

(Avec R. V.)

Samedi 20 Février 2016

Ce samedi 20 février, le Pape François a tenu sa deuxième audience jubilaire, place Saint-Pierre, dans le cadre de l’année jubilaire de la Miséricorde. Au cours de sa catéchèse, le Saint-Père est revenu sur la notion d’engagement, invitant les fidèles à mettre autant d’énergie à faire œuvre de miséricorde que celle que nous mettons dans nos activités quotidiennes.

Le Jubilé de la Miséricorde est une véritable opportunité pour nous faire entrer dans le mystère de la bonté et de l’amour de Dieu. « Ce temps de Carême, a souligné le Pape, nous invite à connaitre toujours plus le Seigneur et à vivre notre foi de manière cohérente, avec un style de vie qui exprime la miséricorde du Père ». Le Pape s’est arrêté en particulier sur la notion d’engagement. « Quand je m’engage, cela veut dire que j’assume une responsabilité, un devoir envers quelqu’un et suppose un style, une attitude de fidélité et de dévouement particuliers. Toutes nos activités, que ce soit au travail, dans la prière ou en faisant du sport font appel à l’engagement. » En somme, a expliqué François, « s’engager signifie mettre en œuvre notre bonne volonté et nos forces pour améliorer la vie ».

« Dieu s’est engagé lui aussi, d’abord en créant le monde, mais son engagement le plus grand, a précisé le Pape, fut de nous donner Jésus. En Jésus, Dieu s’est engagé à nous rendre l’espérance, à la rendre à ceux qui ont le plus besoin, les pauvres, ceux qui sont privés de dignité, malades, prisonniers et tous les pécheurs. Nous aussi nous pouvons et devons répondre à cet amour par notre engagement, surtout envers ceux qui ont le plus soif d’espérance. »

« Dans toutes les réalités douloureuses, a conclu le Pape, nous pouvons porter la miséricorde de Dieu par le témoignage de notre foi dans le Christ »

(Avec R. V.)

Voyage apostolique du pape au Mexique

Jeudi 18 Février, le Saint-Père a terminé son douzième voyage apostolique et quitté le Mexique pour regagner Rome. L’appareil a décollé mercredi soir de l’aéroport de Ciudad Juarez, au nord du Mexique, à la frontière américaine, après une cérémonie officielle en présence du président Enrique Pena Nieto. Vendredi, le pape a assisté à la première prédication de carême donnée par le père Raniero Cantalamessa, capucin et prédicateur de la Maison pontificale, pour le Saint-Père et la curie à la chapelle Redemptoris Mater.
Le Saint-Père a achevé son 12ème voyage apostolique par une messe, devant des centaines de milliers de fidèles, dans un endroit très symbolique : la frontière entre le Mexique et les États-Unis à Ciudad Juarez, à quelques dizaines de mètres seulement du fleuve Rio Grande/Rio Bravo. Une célébration durant laquelle il a dénoncé la « tragédie humaine » des migrations forcées.

Le Pape a remercié les Mexicains pour leur « si chaleureuse hospitalité ». Il a confié avoir rarement vu tant d’espérance parmi un peuple qui souffre autant. Durant ces cinq jours passés sur le sol mexicain, le Pape a plaidé pour un Mexique sans violence « sans trafiquants de la mort » et il a exhorté les Mexicains à ne pas renoncer à leurs rêves.

Mercredi 17 Février 2016

Le Saint-Père a visité le centre de réadaptation de Ciudad Juarez, ville du nord du pays, à la frontière avec les États-Unis. Lors de cette dernière journée, il s’est rendu dans une prison, le CeReSo n°3, le Centre de Réadaptation Social d’État n°3, et il a ensuite rencontré le monde du travail avant de célébrer une dernière messe, sur la frontière.

Pour le dernier jour de son voyage apostolique, le Pape a tenu à visiter la prison de cette ville située exactement sur la frontière avec les États-Unis, juste en face de la ville du Texas d’El Paso.

Ciudad juarez est le symbole des maux qui affligent la société mexicaine depuis des années : criminalité organisée, violences envers les femmes, conditions de travail difficiles dans les « maquiladoras », ces immenses usines d’entreprises américaines qui y délocalisent leur production, passage de migrants du Mexique vers les États-Unis. Cette cité est le cas typique des périphéries dont le Pape François parle tant depuis le début de son pontificat.

Il a célébré une de ses messes les plus symboliques. L’autel a été dressé à quelques mètres à peine de la clôture qui marque la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Les fidèles ont participé à la messe aussi bien depuis Ciudad Juarez, côté mexicain, que depuis El Paso, côté américain. C’était un des souhaits du Pape les plus forts pour ce voyage.

Retrouvez son homélie :

Situant son propos dans le cadre de l’Année Sainte, il a évoqué un "temps de conversion, le temps du salut, le temps de la miséricorde. Tous ensemble, face à tant de souffrance disons : Pitié pour moi, Seigneur, dans ton amour, selon ta grande miséricorde. Purifie-nous de nos péchés et crée en nous un cœur pur, un esprit nouveau". Puis il a affirmé, à la suite de saint Irénée, que "la gloire de Dieu est la vie de l’homme. La gloire du Père est la vie de ses enfants. Il n’y a pas de plus grande gloire pour un père que de voir la réussite de ses proches. Il n’y a pas pour lui de plus grande satisfaction que de les voir progresser, de les voir grandir et s’épanouir".

Alors que Ninive allait disparaître en s’autodétruisant par sa violence et son injustice, voilà qu’apparut "le Seigneur, secouant le cœur de Jonas, voilà qu’apparut le Père envoyant son messager. Jonas est convoqué pour recevoir une mission", car dans quarante jours Ninive sera détruite : "Va, aide-les à comprendre qu’avec cette manière de se traiter, de se réguler, de s’organiser, ils ne font que provoquer la mort et la destruction, la souffrance et l’oppression. Montre-leur qu’il n’y a de vie pour personne, ni pour le roi ni pour ses sujets, ni pour les champs ni pour le bétail. Va et annonce qu’ils se sont tellement habitués à la dégradation qu’ils ont perdu la sensibilité face à la douleur. Va et dis-leur que l’injustice s’est installée dans leur regard. C’est pour cela que Jonas part. Dieu l’envoie pour mettre en évidence ce qui se passe, il l’envoie pour réveiller un peuple ivre de lui-même.

Dans ce texte nous nous trouvons face au mystère de la miséricorde divine. La miséricorde rejette toujours le mal, en prenant au sérieux l’être humain. Elle s’adresse toujours à la bonté endormie, anesthésiée de chaque personne. Loin d’anéantir comme bien souvent nous souhaitons ou voulons le faire, la miséricorde s’approche de toute situation pour la transformer de l’intérieur. C’est précisément le mystère de la miséricorde divine. Elle s’approche et invite à la conversion, elle invite au repentir. Elle invite à voir le dommage qu’on crée à tous les niveaux. La miséricorde pénètre toujours le mal pour le transformer... La miséricorde de Dieu révèle ce qui est notre certitude et notre espérance : Il y a toujours une possibilité de changement, il est temps de réagir et de transformer, de modifier et de changer, de convertir ce qui nous détruit comme peuple, ce qui nous dégrade comme humanité.

La miséricorde nous encourage à regarder le présent et à faire confiance à ce qui bat de sain et de bon dans chaque cœur. La miséricorde de Dieu est notre bouclier et notre force". Comme pour Jonas il faut être capables de pleurer, "de pleurer pour l’injustice, de pleurer pour la dégradation, de pleurer pour l’oppression. Ce sont des larmes qui peuvent ouvrir la voie à la transformation, ce sont les larmes...qui peuvent purifier le regard et aider à voir le cercle du péché dans lequel souvent on est enfermé. Ce sont les larmes qui réussissent à rendre sensible le regard ainsi que l’attitude rigide et surtout d’indifférence face à la souffrance d’autrui. Ce sont les larmes qui peuvent provoquer une rupture capable de nous ouvrir à la conversion. Cette parole résonne avec force aujourd’hui au milieu de nous, cette parole est la voix qui crie dans le désert et nous invite à la conversion. En cette année de la miséricorde, je voudrais avec vous, implorer ici la miséricorde divine, je voudrais demander avec vous le don des larmes, le don de la conversion".

"Ici, à Juárez, comme dans d’autres régions frontalières, se sont concentrés des milliers de migrants centre-américains et mexicains qui cherchent à passer de l’autre côté. C’est un parcours parsemé de terribles dangers, avec des personnes réduites en esclavage, séquestrées, victimes d’extorsion et objets du trafic des êtres humains. On ne peut nier la crise humanitaire qui, ces dernières années, a provoqué la migration de milliers de personnes. Par le rail ou la route, souvent à pied. Elles ont parcouru des centaines de kilomètres, franchi montagnes et déserts, des zones inhospitalières. La tragédie humaine que représente la migration forcée constitue désormais un phénomène global. Si cette crise se mesure en chiffres, nous voulons la mesurer par des noms, des histoires, des familles.

Ce sont nos frères et sœurs expulsés par la pauvreté et la violence, par le trafic de drogue et la criminalité organisée. A cause des immenses lacunes du droit, toute une série de pièges s’est mise en place, dont sont toujours victimes les plus pauvres. Non seulement ces personnes souffrent de la pauvreté, mais ils doivent subir ces formes de violence. L’injustice radicalise une jeunesse devenue simple chair à canon. Ainsi les jeunes sont-ils persécutés et menacés lorsqu’ils tentent d’échapper à la spirale de la violence et à l’enfer de la drogue. Et de dire tant de femmes auxquelles la vie a été arrachée !".

"Comme les Ninivites, demandons à Dieu le don de la conversion, le don des larmes, demandons-lui d’avoir le cœur ouvert à son appel à travers le visage souffrant de tant d’hommes et de femmes. Plus de mort ni d’exploitation ! Il est toujours temps de changer, il y a toujours une issue et une opportunité, il est toujours temps d’implorer la miséricorde du Père. Comme du temps de Jonas, nous comptons sur la conversion. Des signes deviennent lumière sur le chemin et annoncent le salut. Je connais le travail de nombreuses d’organisations de la société civile en faveur des droits des migrants. Je connais également le travail engagé de tant de religieuses, de religieux et prêtres, de laïcs qui se dévouent dans l’accompagnement et la défense de la vie. Ils sont en première ligne, risquant souvent leur propre vie. Par leurs vies, ils sont des prophètes de la miséricorde, ils sont le cœur compréhensif et les pieds solidaires de l’Eglise qui ouvre ses bras et soutient. Le temps de la conversion, le temps du salut, le temps de la miséricorde est donc arrivé".

Avant de prononcer l’homélie, le Pape François s’était adressé aux fidèles suivant la messe de l’autre côté de la frontière, sur de grands écrans dressés au stade universitaire de El Paso, rappelant qu’aucune frontière ne pourra nous empêcher de partager notre vie de communauté chrétienne, de frères et sœurs.

Mardi 16 Février 2016

Le pape François s’est rendu à Morelia, la capitale du Michoacan, une des régions les plus frappées par la violence, par la grande criminalité. Dans le stade José Maria Morellos y Pavon de Morelia, dans l’État de Michoacán, il a rencontré environ 50 000 jeunes, leur livrant un long discours, improvisant souvent et fut coupé fréquemment par des applaudissements. Le Pape, visiblement heureux et enthousiaste a retrouvé toute son énergie au contact de cette jeunesse du Mexique qu’il a qualifiée de « richesse » comme il l’avait dans son discours aux autorités samedi. Il a particulièrement insisté sur cet aspect, exhortant les jeunes à vivre leurs rêves et à ne pas se les laisser voler, résumant son propos en trois mois : richesse, dignité, celle que l’on doit revendiquer et défendre, espérance, celle que l’on ne doit pas perdre.

Avant de rencontrer les jeunes l’après-midi, il y avait présidé la messe dans la matinée en s’adressant plus particulièrement aux prêtres, aux personnes consacrées et aux séminaMardi 16 Février, le pape quitte à nouveau Mexico pour se rendre à Morelia, la capitale du Michoacan, une des régions les plus frappées par la violence, par la grande criminalité. Dans le stade José Maria Morellos y Pavon de Morelia, dans l’État de Michoacán, il a rencontré environ 50 000 jeunes, leur livrant un long discours, improvisant souvent et fut coupé fréquemment par des applaudissements. Le Pape, visiblement heureux et enthousiaste a retrouvé toute son énergie au contact de cette jeunesse du Mexique qu’il a qualifiée de « richesse » comme il l’avait dans son discours aux autorités samedi. Il a particulièrement insisté sur cet aspect, exhortant les jeunes à vivre leurs rêves et à ne pas se les laisser voler, résumant son propos en trois mois : richesse, dignité, celle que l’on doit revendiquer et défendre, espérance, celle que l’on ne doit pas perdre.ristes, dans le stade Venusiano Carranza, en présence de vingt mille personnes.

Dans son homélie, il a appelé les prêtres à imiter Jésus, à ne pas être des « fonctionnaires du divin ». Il les a conviés à vivre en priant et à prier en vivant, disant « Notre Père » comme Jésus l’a fait avec les siens.

Retrouvez l(intégralité de l’homélie du Saint-Père :

« Un proverbe de chez nous affirme : ‘‘dis-moi comment tu pries et je te dirai comment tu vis, dis-moi comment tu vis et je te dirai comment tu pries ; car en me montrant comment tu pries, je pourrai découvrir le Dieu que tu vis et en me montrant comment tu vis, je pourrai croire au Dieu que tu pries’’. En effet, notre vie parle de la prière et la prière parle de notre vie. En priant, on apprend à prier, comme nous apprenons à marcher, à parler, à écouter. L’école de la prière est l’école de la vie et c’est à l’école de la vie que nous fréquentons l’école de la prière.

Et Paul disait à Timothée, son disciple préféré, quand il l’enseignait ou l’exhortait à vivre la foi : « Rappelle toi de ta mère et de ta grand-mère ». Et les séminaristes me demandaient souvent, quand ils entraient au Séminaire : « Père, je voudrais faire une prière plus profonde et plus mentale ». « Ecoute, continue à prier comme on te l’a enseigné à la maison. Et ensuite, peu à peu, ta prière grandira, de même que ta vie a grandi ». On apprend à prier comme dans la vie.

Jésus a voulu introduire les siens dans le mystère de la Vie, dans le mystère de sa vie. Il leur a montré ce que signifie être Fils de Dieu, en mangeant, en dormant, en soignant, en prêchant, en priant. Il les a invités à partager sa vie, son intimité et en étant avec lui ; il leur a fait toucher dans sa chair la vie du Père. Il leur a fait expérimenter dans son regard, dans sa démarche, la force, la nouveauté de dire : ‘‘Notre Père’’. En Jésus, cette expression, Notre Père, n’a pas ‘‘l’arrière-goût’’ de la routine ou de la répétition ; au contraire, elle a le goût de la vie, de l’expérience, de l’authenticité. Il a su vivre en priant et prier en vivant, disant : Notre Père.

Et il nous a invités à faire de même. Nous sommes d’abord appelés à faire l’expérience de cet amour miséricordieux du Père dans notre vie, dans notre histoire. Il nous appelle d’abord pour nous introduire dans cette nouvelle dynamique d’amour, de filiation. Nous sommes d’abord appelés à apprendre à dire « Notre Père », comme Paul insiste : « Abba ».

Malheur à moi, si je n’évangélise pas, dit Paul, malheur à moi ! Car, évangéliser – poursuit-il – n’est pas un motif de gloire mais une nécessité (1 Cor 9, 16).

Il nous a invités à participer à sa vie, à sa vie divine, malheur à nous – consacrés, séminaristes, prêtres, évêques – malheur à nous si nous ne la partageons pas, malheur à nous si nous ne sommes pas des témoins de ce que nous avons vu et entendu, malheur à nous ! Nous ne voulons pas être des fonctionnaires du divin, nous ne sommes pas, ni ne voulons jamais être des employés de l’entreprise de Dieu, car nous sommes invités à participer à sa vie, nous sommes invités à nous introduire dans son cœur, un cœur qui prie et qui vit en disant : Notre Père. Et qu’est-ce que c’est la mission, sinon dire avec notre vie – du début à la fin, comme notre frère Evêque qui est mort cette nuit – qu’est-ce que c’est la mission, sinon dire avec notre vie : « Notre Père » ?

C’est ce Père que nous prions avec insistance tous les jours. Et que lui disons-nous, entre autres invocations ? Ne nous laisse pas tomber en tentation. Jésus lui-même l’a fait. Il a prié pour que ses disciples – d’hier et d’aujourd’hui – nous ne tombions pas en tentation. Quelle peut être l’une des tentations qui peuvent nous assiéger ? Quelle peut être l’une des tentations qui provient non seulement de la contemplation de la réalité mais aussi du fait de la vivre ? Quelle tentation peut venir de milieux souvent dominés par la violence, la corruption, le trafic de drogue, le mépris de la dignité de la personne, l’indifférence face à la souffrance et à la précarité ? Quelle tentation pouvons-nous avoir sans cesse – nous qui sommes appelés à la vie consacrée, au sacerdoce, à l’épiscopat – quelle tentation pouvons-nous avoir face à tout cela, face à cette réalité qui semble devenir un système inamovible ?

Je crois que nous pourrions la résumer en un seul mot : résignation. Et face à cette réalité, l’une des armes préférées du démon, la résignation, peut nous tenter. « Et que pouvons-nous y faire ? La vie est ainsi ». Une résignation qui nous paralyse et nous empêche non seulement de marcher, mais aussi de faire du chemin ; une résignation qui non seulement nous effraie, mais qui nous fait aussi nous retrancher dans nos ‘‘sacristies’’ et dans nos sécurités apparentes ; une résignation qui non seulement nous empêche d’annoncer, mais qui nous empêche aussi de louer, nous retire l’allégresse, la joie de louer. Une résignation qui non seulement nous empêche de prévoir, mais qui nous empêche aussi de prendre des risques et de transformer.

Qu’il nous fait du bien de recourir, dans les moments de tentation, à notre mémoire ! Comme cela nous aide de regarder ‘‘l’étoffe’’ dont nous sommes faits. Tout n’a pas commencé avec nous, tout ne finira pas non plus avec nous, c’est pourquoi cela nous fait du bien de récupérer l’histoire qui nous a conduits jusqu’ici !

Et dans ce souvenir, nous ne pouvons pas passer sous silence une personne qui tant aimé cet endroit, qui s’est fait fils de cette terre. Une personne qui a su dire d’elle-même : ‘‘Ils m’ont arraché à la magistrature et ils m’ont placé au timon du sacerdoce à cause de mes péchés. Moi, inutile et entièrement inapte pour l’exécution d’une si grande entreprise ; moi, qui ne savais pas manier la pagaie, ils m’ont fait premier Evêque de Michoacán’’ (Vasco Vásquez de Quirogq, Lettre pastorale, 1554).

Je remercie – parenthèse – Monsieur le Cardinal Archevêque qui a voulu que je célèbre cette Eucharistie avec sa crosse et son calice.

Avec vous, je voudrais faire mémoire de cet évangélisateur, connu également comme Tata Vasco, comme ‘‘l’espagnol qui s’est fait indien’’.

La réalité que vivaient les indiens Purhépecha décrits par lui comme ‘‘vendus, harcelés et errants dans les marchés, recueillant les miettes jetées au sol’’, loin de le conduire à la tentation et à la paresse de la résignation, a stimulé sa foi, a stimulé sa vie, a stimulé sa compassion et l’a incité à réaliser divers projets qui ont donné du ‘‘souffle’’ face à cette réalité si paralysante et injuste. La douleur de la souffrance de ses frères s’est faite prière et la prière s’est faite réponse. Et cela lui a fait donner le nom parmi tous les indiens de ‘‘Tata Vasco’’ qui en langue purhépecha signifie : papa.

Voilà la prière, voilà l’expression à laquelle Jésus nous a invités. Père, papa, abba, ne nous laisse pas tomber dans la tentation de la résignation, ne nous laisse pas tomber dans la tentation de l’acédie, ne nous laisse pas tomber dans la tentation de la perte de la mémoire, ne nous laisse pas tomber dans la tentation d’oublier nos anciens qui nous ont appris par leur vie à dire : Notre Père. »

15 Février2016

Lundi 15 Février, le Pape François est parti pour le Chiapas où il a célébré une messe avec la communauté indigène à San Cristobal de Las Casas. Il a choisi de visiter un des États les plus emblématiques des problèmes socioéconomiques et politiques du Mexique.

Chiapas est connu aussi bien au Mexique qu’à l’étranger pour la question indigène qui s’y pose avec acuité. C’est aussi l’Etat le moins catholique du pays : seulement 58% de ses habitants se déclarent de cette foi selon le dernier recensement officiel en 2010.

A partir de 1994, l’État le plus indigène du Mexique, a été secoué par la rébellion de l’Armée zapatiste de libération (EZLN) représentée par le charismatique et médiatique sous-commandant Marcos. L’objectif était de résoudre les nombreux problèmes des indigènes et les injustices dont ils sont victimes depuis des siècles.

La question de la terre a été au centre de cette question. La majorité des terres était détenue par quelques grands propriétaires. Les droits culturels des indigènes, qui parlent toujours leurs nombreuses langues, faisaient partie également des revendications des zapatistes. Les droits politiques étaient aussi un des points d’achoppements.

Plus de vingt ans après le début du soulèvement, une marche très médiatisée sur Mexico et la signature d’un accord politique au niveau fédéral, les conditions de vie des indigènes ne se sont pas vraiment améliorées.

Le Pape François avait particulièrement à cœur de venir dans cette région du Chiapas qui concentre tous les problèmes que connait le Mexique, notamment la question indigène.

Il a donc tenu, dans son homélie, à rendre la dignité à ces peuples originels. Il a d’abord évoqué l’oppression, les mauvais traitements et la dégradation faisant une référence à peine voilée à ce que subissent encore aujourd’hui de nombreux indigènes. Il a affirmé que « dans le cœur de l’homme, et dans la mémoire de beaucoup de nos peuples, est inscrit le désir d’une terre, d’un temps où le mépris sera vaincu par la fraternité, l’injustice par la solidarité, et où la violence sera réduite au silence par la paix. »

Le Pape François a poursuivi, dénonçant sans le dire, la politique entreprise depuis des siècles envers ces peuples amérindiens : « souvent, de manière systématique et structurelle, vos peuples ont été incompris et exclus de la société. Certains ont jugé inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions. D’autres, étourdis par le pouvoir, l’argent et les lois du marché, vous ont dépossédés de vos terres ou ont posé des actes qui les polluent. » Le Pape a appelé ensuite à faire un examen de conscience, et à dire pardon car « le monde d’aujourd’hui, dépouillé par la culture du déchet, a besoin de vous ».

Les jeunes aussi ont besoin des anciens surtout, ces jeunes qui sont aujourd’hui « exposés à une culture qui essaie de supprimer toutes les richesses et caractéristiques culturelles en vue d’un monde homogène ». Il a réaffirmé avec force : « Le monde d’aujourd’hui, pris par le pragmatisme, a besoin de réapprendre la valeur de la gratuité ! ... La création aussi sait élever la voix ... Le défi environnemental que nous vivons et ses racines humaines nous touchent tous et nous interpellent. Nous ne pouvons plus faire la sourde oreille face à l’une des plus grandes crises environnementales de l’histoire. »

Le Pape a abordé ce thème dans une région où les indigènes « savent entrer en relation, d’une manière harmonieuse, avec la nature qu’ils respectent comme “source de subsistance, maison commune et autel du partage humain” ». Or les problèmes sociaux dont sont victimes ces indigènes vont de pair avec les problèmes environnementaux. « Parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui “gémit en travail d’enfantement” ».

Or, « on a voulu anesthésier notre âme, de multiples manières on a essayé d’engourdir et d’endormir la vie de nos enfants et de nos jeunes par l’insinuation que rien ne peut changer ou que ce sont des rêves impossibles. » Une phrase qui s’adresse aussi bien à chacun d’entre nous, nous exhortant à agir pour sauver la création, qu’aux indigènes pour qu’ils ne baissent plus la tête.

Pour la seconde partie de sa journée dédiée au Chiapas, le Pape François a rencontré des familles dans le stade de Tuxtla Guterrez, la capitale de cet État du sud du Mexique. Devant quarante mille personnes, le Saint-Père a défendu la famille, « remise en question » par « un modèle fondé sur l’isolement ». Après avoir écouté le témoignage de quatre familles, le Pape a pris la parole, appelant à prier la Vierge de Guadalupe pour que « ce rêve appelé famille ne se perde pas à cause de la précarité et de la solitude ».

« Je préfère une famille blessée qui essaie tous les jours de vivre l’amour, à une société malade de l’enfermement et de la facilité de la peur d’aimer. Je préfère une famille qui essaie sans cesse de recommencer, à une société narcissique et obnubilée par le luxe et le confort. Je préfère une famille au visage épuisé par le don de soi, aux visages maquillés qui n’ont pas su ce qu’est la tendresse et la compassion. » Le ton est donné. Non, la famille n’est pas « un modèle déjà dépassé et n’ayant plus de place dans nos sociétés ».

Mais outre la modernité qui la menace, la famille doit compter avec deux écueils : la précarité et l’isolement. « La précarité, la pénurie, le manque fréquent du minimum peuvent nous désespérer », « elle peut aussi menacer l’âme, elle peut démotiver » et mener à des chemins dangereux, allusion à la délinquance, à la criminalité ou à la drogue.

Il faut donc des « législations, qui protègent et garantissent le minimum nécessaire pour que chaque famille et pour que chaque personne puisse se développer par la formation et un travail digne ». Il faut aussi servir et se donner aux autres.

Pour tout cela, il faut de l’enthousiasme comme l’avait témoigné un des jeunes intervenants. Et c’est l’Esprit Saint qui nous donne cet enthousiasme, nous fait don de raisons de continuer à risquer, à rêver, et à construire une vie qui ait un goût de foyer, de famille. C’est le message que le Pape François a transmis, heureux de se retrouver pour ainsi dire en famille.

(Avec R. V.)

Dimanche 14 Février 2016

C’est devant une foule immense, entre 300 et 400000 personnes, que le Pape François a célébré, ce 14 Février, la messe de ce premier dimanche de Carême à Ecatepec, une commune de l’agglomération de Mexico qui compte plus de 1,6 million d’habitants. Dans cette ville marquée par une forte criminalité, le Pape a insisté dans son homélie sur le sens du temps du Carême, un moment favorable pour retrouver la joie et l’espérance que nous ressentons du fait d’être enfants aimés du Père.

Retrouvez son homélie dans son intégralité :

« Mercredi dernier nous avons commencé le temps liturgique du Carême où l’Église nous invite à nous préparer à célébrer la grande fête de Pâques. C’est un temps spécial pour rappeler le don de notre baptême, lorsque nous avons été faits enfants de Dieu. L’Église nous invite à raviver le don qui nous a été fait, pour ne pas le laisser endormi comme une chose du passé, ou dans quelque « tiroir aux souvenirs ». Ce temps du Carême est un moment favorable pour retrouver la joie et l’espérance que nous ressentons du fait d’être enfants aimés du Père. Ce Père qui nous attend pour nous enlever les vêtements de la fatigue, de l’apathie, de la méfiance, et nous revêtir de la dignité que seuls un vrai père ou une vraie mère savent donner à leurs enfants, les vêtements qui naissent de la tendresse et de l’amour.

Notre Père est le Père d’une grande famille, il est notre Père. Il sait nourrir un amour unique mais ne sait engendrer ni éduquer des "fils uniques". C’est un Dieu qui sait ce qu’est le foyer, la fraternité, le pain rompu et partagé. Il est le Dieu du "Notre Père", non pas du "Mon Père", ni du "Votre Père".

En chacun de nous se trouve, vit ce rêve de Dieu qu’à chaque Pâques, dans chaque Eucharistie nous célébrons de nouveau : nous sommes enfants de Dieu. Rêve que beaucoup de nos frères ont vécu tout au long de l’histoire. Rêve dont ont témoigné beaucoup de martyrs d’hier et d’aujourd’hui, en versant leur sang.

Le Carême est un temps de conversion parce que nous faisons quotidiennement l’expérience dans notre vie de la façon dont ce rêve est sans cesse menacé par le père du mensonge, -écoutons dans l’Évangile ce qu’il a fait à Jésus !- par celui qui cherche à nous séparer, en créant une société divisée et qui s’affronte. Une société d’un petit nombre et pour un petit nombre. Que de fois ne faisons-nous l’expérience dans notre chair, ou dans notre famille, à travers nos amis ou nos voisins, de la douleur qui naît de ne pas voir reconnue cette dignité que nous portons tous en nous ! Que de fois n’avons-nous pas dû pleurer et regretter de ne nous être pas rendu compte que nous n’avons pas reconnu cette dignité dans les autres ! Que de fois – et je le dis avec douleur – ne sommes-nous pas aveugles et insensibles devant le manque de reconnaissance de notre propre dignité et de celle d’autrui !

Le Carême est un temps pour ajuster les sens, ouvrir les yeux devant tant d’injustices qui portent atteinte directement au rêve et au projet de Dieu. C’est un temps pour démasquer ces trois grandes formes de tentations qui brisent, divisent l’image que Dieu a voulu former.

Trois tentations qu’a souffert le Christ…

Trois tentations du chrétien qui essayent de détruire la vérité à laquelle nous avons été appelés.

Trois tentations qui cherchent à dégrader et à nous dégrader.

1- La richesse, en nous appropriant de biens qui ont été donnés à tous, les utilisant seulement pour moi ou ‘‘pour les miens’’. C’est avoir le "pain" à la sueur du front de l’autre, voire au prix de sa vie. Cette richesse, qui est un pain au goût de douleur, d’amertume, de souffrance. Dans une famille ou une société corrompue, c’est le pain que l’on donne à manger à ses propres enfants.

2- La vanité ; elle est la recherche de prestige sur la base de la disqualification continuelle et constante de ceux qui « ne sont pas comme nous ». La recherche exacerbée de ces cinq minutes de gloire, qui ne supporte pas la "gloire" des autres. « Transformant l’arbre tombé en bois de chauffage », elle conduit à la troisième tentation, la pire :

3- L’orgueil ; c’est-à-dire se mettre sur un plan de supériorité en tout genre, sentant qu’on ne partage pas ‘‘la vie du commun des mortels’’, et prier tous les jours : "Merci Seigneur parce que tu ne m’as pas fait comme eux".

Trois tentations du Christ…

Trois tentations que le chrétien affronte tous les jours.

Trois tentations qui cherchent à dégrader, détruire et ôter la joie ainsi que la fraîcheur de l’Évangile ; qui nous enferment dans un cercle de destruction et de péché.

Il vaut donc la peine de nous demander :

Jusqu’à quel point sommes-nous conscients de ces tentations dans notre personne, en nous-mêmes ? Jusqu’à quel point sommes-nous habitués à un style de vie qui pense que dans la richesse, dans la vanité et dans l’orgueil se trouvent la source et la force de la vie ? Jusqu’à quel point croyons-nous que l’attention à l’autre, notre souci et occupation pour le pain, pour le nom et pour la dignité des autres sont source de joie et d’espérance pour vaincre cette tentation ?

Nous avons choisi Jésus et non le démon. Si nous nous souvenons de ce que nous avons entendu dans l’Évangile, Jésus n’a répondu au démon avec aucune parole propre, mais il lui a répondu avec les Paroles de Dieu, avec les Paroles de l’Écriture, parce que frère et sœurs, mettons-nous le dans la tête : on ne dialogue pas avec le Diable, Seule la force de la Parole de Dieu peut le vaincre !

Nous avons choisi Jésus et non le démon nous voulons suivre ses traces, mais nous savons que ce n’est pas facile. Nous savons ce que signifie être séduit par l’argent, la gloire et le pouvoir. C’est pourquoi l’Église nous offre ce temps, elle nous invite à la conversion avec une seule certitude : Lui nous attend et il veut guérir nos cœurs de tout ce qui le dégrade, en étant dégradé ou en dégradant. Il est le Dieu qui porte un nom : miséricorde. Son nom est notre richesse, son nom est notre gloire, son nom est notre pouvoir et en son nom, une fois de plus, nous redisons avec le Psaume : « Tu es mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance ». Nous pouvons le répéter ensemble « Tu es mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance ».

Qu’en cette Eucharistie le Saint Esprit renouvelle en nous la certitude que son Nom est miséricorde et qu’il nous fasse expérimenter chaque jour que « la joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus, sachant qu’avec Lui et lui, la joie naît et renaît toujours » (Evangelii gaudium, n. 1). »

(CV)
RADIO

Samedi 13 février 2016

En fin d’après-midi, le Saint-Père avait célébré sa première messe à la basilique Notre Dame de Guadalupe devant plusieurs dizaines de milliers de personnes. Il a également pu se recueillir en silence, seul, devant l’image de Sainte Marie de Guadalupe

Le Pape François l’a dit et répété à maintes reprises : « Je viens comme missionnaire de miséricorde et de paix mais également comme un fils qui veut rendre hommage à sa mère, la Vierge de Guadalupe, et se laisser regarder par elle ».

C’est dire l’émotion que le Pape a ressenti ce samedi 13 février 2016 en se rendant au sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe à Mexico. Il s’est recueilli en prière, seul, devant l’image dans le "camerino" situé derrière l’image à l’issue de la cérémonie.

Après avoir traversé la ville à bord de sa papamobile, et avoir goûté à la ferveur et à la joie des Mexicains massés le long du parcours, le Pape, sous un ciel immaculé, est arrivé au sanctuaire. Il s’est d’abord rendu à la vieille basilique, celle qui a été construite après les apparitions. Avant de rejoindre en procession la nouvelle basilique, consacrée en 1976. C’est à l’intérieur qu’il a célébré la messe.

Dans son homélie, le Pape est revenu sur la rencontre entre Marie et sa cousine Elisabeth, Marie venue « en hâte, sans hésiter, sans tarder » alors qu’Elisabeth en était dans ses derniers mois de grossesse. C’est sur la figure de Marie, sur le message qu’elle a transmis à Juan Diego, l’Amérindien qui l’a vue, que le Pape s’est attardé.

C’est la « femme du oui, un oui du don d’elle-même à Dieu, et en en même temps, un oui du don à ses frères. C’est le oui qui l’a poussée à donner le meilleur en se mettant en route vers les autres ». Parmi ces autres figures, il y a bien sûr Juan Diego à qui elle s’est adressée dans sa langue, revêtue de ses costumes. Elle l’a choisi, lui qui ne s’en sentait pas digne. « De la même manière, elle continue d’être présente à nous tous ; surtout à ceux qui, comme lui, sentent “qu’ils ne valaient rien” (cf. Nican Mopohua, 55). Ce choix particulier, disons préférentiel, n’a été contre personne mais en faveur de tous. »

Lors de cette rencontre, dans le matin d’un jour de décembre 1531, « Dieu a réveillé et réveille l’espérance des petits, des souffrants, des déplacés et des marginalisés, de tous ceux qui sentent qu’ils n’ont pas une place digne sur cette terre », a expliqué le Pape. « Ce matin, Dieu s’est approché et s’approche du cœur souffrant mais endurant de tant de mères, pères, grands-parents, qui ont vu leurs enfants partir, se perdre, voire être arrachés de manière criminelle. »

Au-delà du sanctuaire de pierre, il y a « celui de la vie, celui de nos communautés, de nos sociétés et de nos cultures » où « personne ne peut être marginalisé » a expliqué le Pape. « Nous sommes tous nécessaires, surtout ceux qui normalement ne comptent pas parce qu’ils ne sont pas ‘‘à la hauteur des circonstances’’ ou n’ ‘‘apportent pas le capital nécessaire’’ à ces constructions. Le Sanctuaire de Dieu est la vie de ses enfants, de tous et dans toutes leurs conditions, surtout celle des jeunes sans avenir, exposés à d’interminables situations douloureuses, risquées, et celle des personnes âgées non reconnues, oubliées à tant d’endroits. Le Sanctuaire de Dieu, ce sont nos familles qui ont besoin du minimum nécessaire pour pouvoir se construire et grandir. Le Sanctuaire de Dieu, c’est le visage de tant de personnes qui croisent nos chemins. »

Le Pape, se mettant dans la peau du pèlerin se rendant devant la Vierge, reconnait que l’on peut venir « nos douleurs, nos peurs, nos désespoirs, nos tristesses et lui dire : ‘‘Que puis-je apporter si je ne suis pas instruit ?’’ ». Alors, le Pape recommande de faire silence devant la Vierge, elle qui a « l’honneur » « d’être notre mère ». « Cela nous donne la certitude que les larmes de ceux qui souffrent ne sont pas stériles. Elles sont une prière silencieuse qui monte vers le ciel et qui trouve toujours chez Marie une place sous son manteau. En elle et avec elle, Dieu se fait frère et compagnon de route, partage avec nous la croix pour que ne soyons pas écrasés par nos douleurs. »

De la même manière qu’elle a envoyé Juan Diego, la Vierge nous envoie pour être son ambassadeur, « pour construire de nombreux et nouveaux sanctuaires, pour accompagner de nombreuses vies, pour essuyer de nombreuses larmes ». Pour cela, nous devons donner « à manger à l’affamé, à boire à celui qui a soif », accueillir « celui qui est dans le besoin », habiller « celui qui est nu » et visiter « le malade ». « Va au secours du prisonnier, pardonne à celui qui t’a offensé, console celui qui est triste, sois patient avec les autres et surtout supplie et prie notre Dieu. »

Ce samedi 13 Février, le Saint-Père avait déjà rencontré dans la matinée les autorités mexicaines, puis dans l’après-midi les évêques du Mexique.

« Je ne pouvais pas ne pas venir ! Le Successeur de Pierre, appelé du lointain sud latino-américain, pouvait-il se priver de l’opportunité de poser son regard sur la ‘‘Vierge Morenita’’ ? »

Le Pape François a montré son attachement à la Vierge de Guadalupe qu’il a pu voir en début d’après-midi, lors de sa rencontre avec les évêques en la cathédrale de Mexico, à quelques mètres seulement du Palais national où il avait rencontré les autorités et la société civile dans la matinée.

Dans un long discours, le Pape François n’a pas hésité à mettre le doigt sur les problèmes dont souffre le Mexique. Il s’est employé également à rappeler aux évêques certains de leurs devoirs essentiels et leurs responsabilités envers leurs Églises et envers leur peuple. Il leur a prodigué des conseils, s’appliquant à lui-même ce qui leur demande.

Tout au long de son discours, la Vierge Morenita a toujours été invoquée, et quand elle ne l’était pas, elle était toujours là, présente. « Comme je voudrais que ce soit elle-même qui vous exprime, jusqu’au plus profond de vos âmes de Pasteurs et, par vous, à chacune de vos Eglises particulières présentes dans ce vaste Mexique, tout ce qui s’écoule intensément du cœur du Pape » a encore précisé le Pape François.

Vendredi 12 février 2016

A 19h25 heure locale (2h25 heure de Rome), l’avion du Saint-Père, un Airbus A330, est arrivé en provenance de la Havane, où le Pape s’est arrêté pendant trois heures et demi pour rencontrer pour la première fois le patriarche orthodoxe russe Kirill. Leur accolade restera dans l’histoire :

Dans un tweet, le Pape rappelle le but premier de sa venue : « Au Mexique je vais regarder Marie dans les yeux, la supplier de toujours nous regarder avec miséricorde. A Notre Mère je confie mon voyage. »

Le tarmac a été transformé en véritable scène de spectacle. Des tribunes ont été montées permettant à des milliers de Mexicains d’accueillir le Pape, au son des mariachis et des chansons populaires mexicaines. Agitant des foulards blancs et jaunes aux couleurs du Vatican, ils ont acclamé le Pape à sa sortie de la carlingue. Des danseuses en costumes traditionnels ont dansé sur la musique des mariachis. Derrière l’avion, le long d’un hangar, un mur de toile avait été dressé et supportait des photos du Mexique.

A son arrivée à Mexico, le Pape François a été accueilli par le nonce apostolique, Mgr Christophe Pierre qui est monté à bord de l’appareil pour le saluer. Après avoir descendu la passerelle, il a ensuite été reçu par le président de la République Enrique Peña Nieto qui l’attendait en compagnie de son épouse. Quatre enfants ont alors offert un bouquet de fleurs à François qui les a bénis. Sur une petite scène, un groupe tout de blanc vêtu a alors entonné une chanson, le public allumant les briquets. Les mariachis ont pris le relais avec les danseurs. Puis, avant de quitter le tarmac, pressé par la foule pendant de nombreuses minutes, le Pape François a donné sa bénédiction à tous. Deux enfants lui ont été présentés pour recevoir une bénédiction. François a ensuite été coiffé d’un sombrero par le chef du groupe de mariachis.

Le Pape a ensuite salué les autorités présentes ainsi que le conseil permanent des évêques mexicains. Aucun discours n’était prévu lors de cet accueil officiel mais non formel. Le Pape et le président mexicain se sont toutefois entretenus pendant quelques minutes dans la salle présidentielle de l’aéroport. Le Pape passe la nuit à la nonciature apostolique, où il dîne en privé.

Le début effectif de son voyage au Mexique commence ce samedi 13 février par une visite au Palais national, situé au cœur de la capitale fédérale. Après un entretien en privé avec le chef de l’État, l’échange de cadeaux, le Pape rencontrera les autorités politiques, des représentants de la société civile et le corps diplomatique à qui il adressera un discours.

Le Pape se rendra ensuite en fin de matinée à la cathédrale, de l’autre côté de la place centrale de Mexico, où il rencontrera les évêques. En fin d’après-midi, François visitera le sanctuaire de Guadalupe, priera devant l’image de la Vierge et célébrera la messe.

12 Février 2016

Le 12 Février, le Saint-Père a quitté Rome un peu avant 8H00. En saluant les journalistes, au début du vol Rome-La Havane, le Pape François a confié que son désir le plus intime était de s’arrêter devant la Vierge de Guadalupe, de contempler ce mystère que l’on ne cesse d’étudier mais pour lequel il n’existe pas d’explication humaine. Sur son chemin vers le Mexique, il a fait une escale de trois heures à l’aéroport de La Havane, bouclé pour l’occasion.

L’événement est historique : le Pape François et le patriarche Kirill de Moscou se sont rencontrés, ce vendredi 12 février 2016, à Cuba. C’est une première depuis 1054 et le grand schisme qui a séparé Catholiques et Orthodoxes.

Les deux hommes se sont embrassés dans une accolade historique, avant de s’asseoir côte à côte, sur deux fauteuils identiques et devant un grand crucifix peint, sous l’œil des photographes et des caméras. « Enfin, nous nous voyons, nous sommes frères », s’est réjoui le pape François, affirmant : « il est très clair que ceci est la volonté de Dieu ». Les deux chefs spirituels étaient particulièrement souriants.

Le Pape s’est ensuite entretenu longuement, en privé, avec le Patriarche orthodoxe russe avant de signer une déclaration conjointe. Aboutissement d’un projet préparé depuis environ deux ans, dès l’automne 2013, ce rendez-vous a été organisé dans la plus grande discrétion ; la déclaration conjointe, un texte de six pages a été longuement négociée.

Le choix même de Cuba n’est pas anodin, loin de l’Europe dans un pays qui a entretenu des liens étroits avec l’Union soviétique. « L’œcuménisme du sang » dont parle le Pape François, c’est-à-dire la persécution des chrétiens a assurément pesé dans l’organisation de cette rencontre, mais elle est le fruit aussi d’un patient travail entre les deux Églises.

Depuis 10 ans, les échanges culturels, artistiques se sont multipliés entre Rome et Moscou. La rencontre de La Havane ne relève donc pas de l’improvisation, mais elle est bien le fruit d’un effort de longue haleine.

Découvrez le texte intégral de cette déclaration commune :

« La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous » (2 Co 13, 13).

1. Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l’Esprit Saint Consolateur, nous, Pape François et Kirill, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd’hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l’histoire.

Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se « parler de vive voix » (2 Jn 12), de cœur à cœur, et discuter des relations mutuelles entre les Eglises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.

2. Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. De cette île, symbole des espoirs du « Nouveau Monde » et des événements dramatiques de l’histoire du XXe siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d’Amérique latine et des autres continents.

Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l’Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l’expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d’un grand avenir pour cette région.

3. Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l’« Ancien Monde », nous sentons avec une force particulière la nécessité d’un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).

4. Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d’innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus « semence de chrétiens ».

5. Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l’explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes – Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l’unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s’est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur : « Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous » (Jn 17, 21).

6. Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples ! Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d’espérance pour tous les hommes de bonne volonté !

7. Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Evangile du Christ et du patrimoine commun de l’Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.

8. Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d’autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l’exode massif des chrétiens de la terre d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d’autres communautés religieuses.

9. Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche Orient. Elevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d’autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.

10. En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins.

Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d’Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.

11. Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est « le fruit de la justice » (Is 32, 17), pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Eglises et religions qui s’y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l’âme des innocents tués.

Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté et s’asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu’ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu’il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l’Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ.

12. Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Evangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Eglises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s’adresse la parole de l’apôtre : « Très chers !… dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de Sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse » (1 P 4, 12-13).

13. En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue interreligieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, « car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Co 14, 33).

14. Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d’Europe de l’Est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd’hui les fers de l’athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d’établissements d’enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques œuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.

15. Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.

16. Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.

17. Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d’extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l’humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l’on constate dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L’inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d’injustice à l’égard du système des relations internationales qui s’est institué.

18. Les Eglises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1, 27-29).

19. La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.

20. La famille est fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme. L’amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l’un l’autre comme don. Le mariage est une école d’amour et de fidélité. Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.

21. Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu (cf. Gn 4, 10).

Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général.

Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l’immuabilité des principes moraux chrétiens, fondés sur le respect de la dignité de l’homme appelé à la vie, conformément au dessein de son Créateur.

22. Nous voulons adresser aujourd’hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre (cf. Mt 25, 25), mais d’utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l’amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d’aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.

23. Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez la lumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 14, 16). Eduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi (cf. Mt 13, 46) que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N’oubliez pas que vous « avez été rachetés à un cher prix » (1 Co 6, 20), au prix de la mort sur la croix de l’Homme-Dieu Jésus Christ.

24. Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Eglise du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Evangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.

Nous ne sommes pas concurrents, mais frères : de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir « les uns pour les autres la même aspiration » (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : « Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui » (Rm 15, 20).

25. Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd’hui que la méthode de l’« uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Eglise, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.

26. Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d’innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Eglises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.

27. Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.

28. Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne, « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l’existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité.

29. Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l’Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32) !

Le Christ est la source de la joie et de l’espérance. La foi en Lui transfigure la vie de l’homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à qui peuvent s’appliquer les paroles de l’apôtre Pierre : « Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde » (1 P 2, 10).

30. Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l’invoquant par les paroles de l’antique prière : « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu ». Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux qui la vénèrent, afin qu’ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité !

François
Évêque de Rome
Pape de l’Eglise catholique

Kirill
Patriarche de Moscou et de toute la Russie

Après cette escale à La Havane, le pape François est reparti pour le Mexique.

Pays aux forts contrastes sociaux, le Mexique est aux prises avec de nombreuses difficultés causées par la corruption, la violence, le narcotrafic et les flux migratoires. Ce pays catholique plein de ferveur est devenu en effet l’un des plus dangereux du continent américain. Près de 26 000 personnes y ont disparu et environ 80 000 y ont perdu la vie au cours de la dernière décennie.

Si son objectif principal est de prier au sanctuaire de Notre Dame de Guadalupe, patronne des Amériques, le Souverain Pontife a indiqué qu’il n’éluderait pas les problèmes auxquels les mexicains sont confrontés. Fidèle à lui-même il se rendra au sud dans la région défavorisée du Chiapas, en proie à des violents conflits sociaux et politiques, où il déjeunera avec des Indigènes ; il se rendra au Nord ensanglanté par la guerre des cartels de la drogue. Il célébrera la messe à la frontière américaine protégée de barbelés, sur la route des migrants qui traversent le Mexique pour tenter de gagner les États-Unis.

Au cours de son voyage, le pape visitera l’un des plus grands pénitenciers du pays et rencontrera le monde du travail. Les sujets lourds, le Pape François les abordera certainement de front. Mais il veut surtout encourager les artisans de justice et de paix et les catholiques en première ligne.

(Avec R. V.)

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