Eglise catholique de Martinique
https://martinique.catholique.fr/audience-de-l-angelus-avec-le-pape
        Audience de l’Angélus du Pape François à Rome

Audience de l’Angélus du Pape François à Rome

En ce 18 février, premier dimanche de Carême, le Pape a expliqué combien ces quarante jours de « pénitence » avant Pâques représentaient l’occasion inespérée de s’engager « aussi joyeusement que sérieusement », pour lutter contre l’esprit du mal, et ainsi renouveler « la grâce de son baptême ».


Avant la prière de l’angélus, le Pape François a commenté l’évangile du jour, dimanche 18 février, développant une réflexion autour de la lutte contre la tentation et contre l’esprit du mal, largement diffus dans nos existences.

Citant l’évangile selon Saint Marc (Mc 1, 12-13), « aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan », le Souverain pontife a pointé le caractère « nécessaire » du passage de Jésus par le désert. « En tant qu’homme, Jésus doit passer par cette épreuve pour nous donner la grâce de surmonter la tentation ».

Dès lors, le Carême apparait comme « un temps d’agonisme spirituel », a estimé François devant l’assemblée de pèlerins amassée sur la place Saint-Pierre, malgré le temps pluvieux.

Ce terme d’ « agonisme » employé par le Pape est issu du latin agonisticus et signifie « qui lutte ». Il équivaut à l’idée d’« un affrontement » spirituel, en l’occurrence, entre le bien et le mal.

Pour affronter ce mal instillé dans nos existences et nos environnements, « où la violence, le rejet de l’autre, les fermetures, les guerres, les injustices se produisent », un seul remède : la prière.

C’est en effet immédiatement après l’épisode de la tentation dans le désert que Jésus avait commencé à prêcher l’Évangile, étymologiquement Bonne Nouvelle en grec ancien. L’Évangile exigeant de l’homme à la fois « la conversion et la foi », Le Pape François a rappelé combien nous n’étions « jamais suffisamment orientés vers Dieu ». Et pour cela, « nous devons avoir le courage de rejeter tout ce qui nous induit en erreur, dont ces fausses valeurs qui nous trompent en attirant sournoisement notre égoïsme », a-t-il recommandé.

De ce fait, le Carême est bien « un temps de pénitence », mais « non pas triste », s’est exclamé le Pape. « C’est un engagement joyeux et sérieux pour se dépouiller de notre égoïsme, et pour renouveler la grâce de notre baptême ».

« Seul Dieu peut donner le vrai bonheur. Il est donc inutile que nous perdions notre temps à le chercher ailleurs, dans les richesses, dans les plaisirs, dans le pouvoir ou dans la carrière ... », a conclu le Pape François, avant de réciter l’angélus.

Peu après la prière de l’angélus, il a adressé quelques mots aux 300 jeunes du monde entier qui viendront à Rome dans un mois, du 19 au 24 mars, pour le pré-synode des évêques. Souhaitant « fortement » que l’ensemble de la jeunesse prenne part à ce rendez-vous, le Pape a annoncé la création de « groupes de réseaux » numériques, dont la contribution sera prise en compte lors du pré-synode. Toutes les informations sont à retrouver sur le site du secrétariat pour le synode des évêques.

Par ailleurs, le Pape a également eu quelques mots pour les personnes détenues. En ce début de Carême, « voyage de conversion et de lutte contre le mal », il a encouragé ces personnes à vivre ces quarante jours comme « une opportunité pour la réconciliation et le renouvellement de la vie ».

(Avec V. N.)

Mercredi des Cendres

« Arrête-toi, regarde et reviens ! » C’est l’appel pressant du pape François pour l’entrée en carême. En célébrant la messe pour le Mercredi des Cendres, ce 14 février 2018, dans l’église Sainte-Sabine de Rome, le pape a offert une méditation sur ces attitudes, trois antidotes contre les « démons » de la méfiance, de l’apathie et de la résignation.

Le Carême est un temps précieux pour « laisser notre cœur recommencer à battre au rythme du cœur de Jésus », a souligné le pape qui a invité : « Arrête-toi un peu, laisse cette agitation et cette course insensée qui remplit le cœur de l’amertume… Regarde les signes qui empêchent d’éteindre la charité… Reviens, sans peur, vers les bras ouverts et impatients de ton Père. »

Déclinant ces appels à la deuxième personne, dans un style direct, il a aussi encouragé à « la vraie vie » qui est « quelque chose de bien différent et notre cœur le sait bien ».

Le mercredi des Cendres est traditionnellement aussi la première « station » de carême à Rome : une antique tradition propose un pèlerinage quotidien en différentes églises de Rome, pour le carême, la Semaine sainte, et la première semaine de Pâques. Le pape a présidé cette première station en l’église bénédictine Saint-Anselme, sur la colline de l’Aventin, avant la traditionnelle procession pénitentielle jusqu’à Sainte-Sabine.

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du pape François

Le temps du Carême est un temps favorable pour corriger les accords dissonants de notre vie chrétienne et accueillir l’annonce de la Pâque du Seigneur toujours nouvelle, joyeuse et pleine d’espérance. L’Église dans sa sagesse maternelle nous propose de prêter une attention particulière à tout ce qui peut refroidir et rouiller notre cœur de croyant.

Les tentations auxquelles nous sommes exposés sont nombreuses. Chacun d’entre nous connaît les difficultés qu’il doit affronter. Et il est triste de constater comment, face aux vicissitudes quotidiennes, profitant de la souffrance et de l’insécurité, se lèvent des voix qui ne savent que semer la méfiance. Et si le fruit de la foi est la charité – comme aimait le répéter Mère Térésa de Calcutta -, le fruit de la méfiance est l’apathie et la résignation. Méfiance, apathie et résignation : ces démons qui cautérisent et paralysent l’âme du peuple croyant.

Le Carême est un temps précieux pour débusquer ces dernières, ainsi que d’autres tentations et laisser notre cœur recommencer à battre au rythme du cœur de Jésus. Toute cette liturgie est imprégnée par ces sentiments et nous pourrions dire que cela fait écho à trois expressions qui nous sont offertes pour « réchauffer le cœur du croyant » : arrête-toi, regarde et reviens.

Arrête-toi un peu, laisse cette agitation et cette course insensée qui remplit le cœur de l’amertume de sentir que l’on n’arrive jamais à rien. Arrête-toi, laisse cette injonction à vivre en accéléré qui disperse, divise et finit par détruire le temps de la famille, le temps de l’amitié, le temps des enfants, le temps des grands-parents, le temps de la gratuité… le temps de Dieu.

Arrête-toi un peu devant la nécessité d’apparaître et d’être vu par tous, d’être continuellement à “l’affiche ”, ce qui fait oublier la valeur de l’intimité et du recueillement.

Arrête-toi un peu devant le regard hautain, le commentaire fugace et méprisant qui naît de l’oubli de la tendresse, de la compassion et du respect dans la rencontre des autres, en particulier de ceux qui sont vulnérables, blessés et même de ceux qui sont empêtrés dans le péché et l’erreur.

Arrête-toi un peu devant l’obsession de vouloir tout contrôler, tout savoir, tout dévaster, qui naît de l’oubli de la gratitude face au don de la vie et à tant de bien reçu.

Arrête-toi un peu devant le bruit assourdissant qui atrophie et étourdit nos oreilles et qui nous fait oublier le pouvoir fécond et créateur du silence.

Arrête-toi un peu devant l’attitude favorisant des sentiments stériles, inféconds qui surgissent de l’enfermement et de l’apitoiement sur soi-même et qui conduisent à oublier d’aller à rencontre des autres pour partager les fardeaux et les souffrances.

Arrête-toi devant la vacuité de ce qui est immédiat, momentané et éphémère, qui nous prive de nos racines, de nos liens, de la valeur des parcours et du fait de nous savoir toujours en chemin.

Arrête-toi pour regarder et contempler !

Regarde les signes qui empêchent d’éteindre la charité, qui maintiennent vive la flamme de la foi et de l’espérance. Visages vivants de la tendresse et de la bonté de Dieu qui agit au milieu de nous.

Regarde le visage de nos familles qui continuent à miser jour après jour, avec beaucoup d’effort, pour aller de l’avant dans la vie et qui, entre les contraintes et les difficultés, ne cessent pas de tout tenter pour faire de leur maison une école de l’amour.

Regarde les visages interpellant de nos enfants et des jeunes porteurs d’avenir et d’espérance, porteurs d’un lendemain et d’un potentiel qui exigent dévouement et protection. Germes vivants de l’amour et de la vie qui se fraient toujours un passage au milieu de nos calculs mesquins et égoïstes.

Regarde les visages de nos anciens, marqués par le passage du temps ; visages porteurs de la mémoire vivante de nos peuples. Visages de la sagesse agissante de Dieu.

Regarde les visages de nos malades et de tous ceux qui s’en occupent ; visages qui, dans leur vulnérabilité et dans leur service, nous rappellent que la valeur de chaque personne ne peut jamais être réduite à une question de calcul ou d’utilité.

Regarde les visages contrits de tous ceux qui cherchent à corriger leurs erreurs et leurs fautes et qui, dans leurs misères et leurs maux, luttent pour transformer les situations et aller de l’avant.

Regarde et contemple le visage de l’Amour Crucifié qui, aujourd’hui, sur la croix, continue d’être porteur d’espérance ; main tendue à ceux qui se sentent crucifiés, qui font l’expérience dans leur vie du poids leurs échecs, de leurs désenchantements et de leurs déceptions.

Regarde et contemple le visage concret du Christ crucifié par amour de tous sans exclusion. De tous ? Oui, de tous. Regarder son visage est l’invitation pleine d’espérance de ce temps de Carême pour vaincre les démons de la méfiance, de l’apathie et de la résignation. Visage qui nous incite à nous écrier : le Royaume de Dieu est possible !

Arrête-toi, regarde et reviens. Reviens à la Maison de ton Père. Reviens, sans peur, vers les bras ouverts et impatients de ton Père riche en miséricorde qui t’attend (cf. Ep. 2,4).

Reviens ! Sans peur, c’est le temps favorable pour revenir à la maison, à la maison « de mon Père et de votre Père » (cf. Jn. 20,17). C’est le temps pour se laisser toucher le cœur… Rester sur le chemin du mal n’est que source d’illusion et de tristesse. La vraie vie est quelque chose de bien différent et notre cœur le sait bien. Dieu ne se lasse pas et ne se lassera pas de tendre la main (Cf. Bulle Misericordiae Vultus, n.19).

Reviens, sans peur, pour faire l’expérience de la tendresse de Dieu qui guérit et réconcilie.

Laisse le Seigneur guérir les blessures du péché et accomplir la prophétie faite à nos pères : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez. 36,26).

Arrête-toi, regarde et reviens !

Audience générale du mercredi matin 14 février

Le Pape François a poursuivi ce mercredi, jour d’entrée dans le Carême, son cycle de catéchèse sur la messe. Il est revenu sur la liturgie de la Parole, et plus précisément sur le Credo et la prière universelle.

Le Peuple de Dieu a « un droit » : celui de « recevoir abondamment la Parole de Dieu », « bien lue, bien dite et ensuite, bien expliquée dans l’homélie », affirme le Pape. Dieu parle à tous, et « sa Parole frappe au cœur et change les cœurs ». C’est pourquoi, après l’homélie, nous observons un temps de silence pour bien penser à ce qui a été dit.

Vient ensuite la réponse des fidèles qui se manifeste dans la profession de foi de l’Église, dans le Credo. « Il y a un nœud vital entre l’écoute et la foi. Ils sont unis » poursuit le Pape qui précise : « la foi ne nait pas de la fantaisie des esprits humains mais, comme le rappelle saint Paul, elle naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ ».

Cette réponse s’exprime également dans une supplique commune, la prière universelle, parce qu’elle « embrasse les nécessités de l’Église et du monde ». « C’est le moment de demander au Seigneur les choses les plus fortes lors de la messe, les choses dont nous avons besoin, que nous voulons » précise François.

Il rappelle que « tout est possible à celui qui croit » comme l’a dit le Seigneur. Nous devons adresser notre prière avec cet esprit, demandant au Seigneur de nous aider, et d’aider notre peu de foi, souligne le Pape. Toutefois, met en garde le Saint-Père, « les prétentions de logiques mondaines ne décollent pas vers le Ciel, tout comme les demandes autoréférencées qui restent inécoutées ».

La prière universelle, conclut le Pape, « nous exhorte à faire nôtre le regard de Dieu qui prend soin de tous ses enfants ».

(Avec V. N.)

Dimanche 11 Février 2018

Ce n’est pas la maladie qui rend impur, mais bien le péché : le Pape l’a affirmé ce dimanche 11 février 2018, jour où l’Eglise fête Notre-Dame de Lourdes, et célèbre la Journée mondiale du malade. Au cours de l’Angélus, récité devant des milliers de fidèles réunis sur une Place Saint Pierre inondée de soleil, le Souverain pontife s’est attardé sur l’Evangile de ce jour : la guérison d’un lépreux par Jésus, le médecin des corps et des âmes (Mc 1, 40-45).

Comme la première lecture de ce dimanche, tirée du Lévitique, le montre, la lèpre était considérée comme une « grave impureté », et elle impliquait que le lépreux se sépare de toute la communauté et vive à l’écart. « Sa condition était vraiment pénible, note le Pape, parce que la mentalité de l’époque le faisait se sentir impur devant Dieu et devant les hommes ».

Le lépreux, dont parle l’Evangile de Marc, rencontre Jésus et le supplie : « si tu le veux, tu peux me purifier ! ». Devant ce cri, Jésus ressent de la compassion. « On ne peut comprendre l’œuvre du Christ, on ne peut comprendre le Christ lui-même, si l’on n’entre pas dans son cœur rempli de compassion », a affirmé le Pape François. Jésus touche donc le lépreux, en lui disant : « je le veux, sois purifié ». Ce geste est spectaculaire et bouleversant : la loi mosaïque interdisait en effet de toucher toute personne atteinte de cette maladie, au risque de se voir également devenir impur. Mais dans ce cas, observe le Pape, le mouvement ne va pas du lépreux vers Jésus pour le contaminer, mais bien de Jésus vers le lépreux, pour le purifier. Le Saint-Père insiste sur l’audace du Christ, qui n’a cure des prescriptions ou de la contagion, mais qui est seulement « mû par sa volonté de libérer l’homme de la malédiction qui l’opprime ».

Aucune maladie n’est cause d’impureté, ajoute le Pape. Certes, « elle concerne toute la personne, mais n’influence, ni n’empêche la relation avec Dieu ». Au contraire, « une personne malade peut être unie encore plus à Dieu ». Ce qui rend impur, c’est le péché, assène François : « l’égoïsme, l’orgueil, l’appartenance au monde de la corruption », voilà les « maladies du cœur qui ont besoin d’être purifiées ». Le Saint-Père a alors demandé à chacun de faire silence, de regarder dans son coeur ses propres péchés et impuretés, et de faire sienne la supplication du lépreux de l’Evangile : « si tu le veux, tu peux me purifier ! » Une phrase que le Pape a lentement répétée, à trois reprises.

Et à chaque fois que nous recevons le sacrement de la Réconciliation, conclut le Pape, « Jésus nous répète, ‘je le veux, sois purifié’. Ainsi, la lèpre du péché disparait, nous retournons vivre avec joie notre relation filiale avec Dieu », pleinement intégrés au sein de la communauté.

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a symboliquement ouvert les inscriptions pour les prochaines Journées mondiales de la jeunesse ; Il a également lancé plusieurs appels.

C’est entouré de deux jeunes, et pourvu d’une tablette tactile que le Pape s’est inscrit symboliquement « comme pèlerin », aux prochaines Journées mondiales de la jeunesse, qui auront lieu dans un an, au Panama. « J’invite tous les jeunes du monde entier à vivre avec foi et enthousiasme cet événement de grâce et de fraternité, soit en se rendant au Panama, soit au sein de leurs propres communautés », a-t-il déclaré.

Le Pape a ensuite présenté ses vœux aux millions de personnes qui s’apprêtent à fêter le nouvel an lunaire, le 15 février prochain, notamment en Extrême-Orient (Chine, Vietnam, Japon ou Corée). Il les a invités à vivre toujours plus la « solidarité, la fraternité, et le désir du bien, en contribuant à créer une société dans laquelle chaque personne soit accueillie, protégée, promue et intégrée », et à prier pour le don précieux de la paix.

Parmi les pèlerins présents sur la Place Saint Pierre ce dimanche matin, des centaines de congolais vivant à Rome, parmi lesquels de nombreux prêtres, religieux et religieuses. Ils sont arrivés peu avant l’Angélus, brandissant des drapeaux de leur pays. « Je m’associe à la prière (de cette communauté) pour la paix en République démocratique du Congo. (…) Cette intention sera particulièrement présente lors de la journée de prière et de jeûne du 23 février ». Une journée que le Pape a convoquée en raison des nombreux conflits qui agitent plusieurs parties du monde, comme au Soudan du sud et en RDC. Dans ce pays, ces dernières semaines ont été marquées par la répression violente de plusieurs marches pacifiques demandant le départ du président Joseph Kabila. Le comité de laïcs catholiques de Kinshasa, organisateur des précédentes marches, appelle de nouveau à la mobilisation le 25 février prochain.

Enfin, en cette Journée mondiale du malade, le Pape a prié pour tous ceux qui, de par le monde, souffrent dans leur corps et leur esprit, de la solitude ou de la marginalisation. « Que la Vierge Marie, Salut des infirmes, aide chacun a trouver le réconfort dans le corps et l’esprit, grâce à une assistance sanitaire adéquate, et à la charité fraternelle qui se fasse attention concrète et solidaire ».

(Avec V. N.)

Mercredi 7 février 2018

Au cours de l’audience générale en salle Paul VI du Vatican, le Pape François a poursuivi son cycle d’enseignements sur la messe, s’attardant, pour la deuxième semaine consécutive, sur la Liturgie de la Parole, et notamment sur la proclamation de l’Évangile et l’homélie.

L’Évangile est le point culminant du dialogue entre Dieu et son peuple ; il est la « lumière qui permet de comprendre le sens des textes bibliques qui l’ont précédé ». C’est d’ailleurs pour cela que la Liturgie le distingue des autres lectures, et l’entoure d’une vénération toute particulière : encens, bougies, signe de croix de l’assemblée sur le front, la bouche, et le cœur. Autant de signes qui manifestent la reconnaissance, par l’assemblée, de la présence du Christ.

C’est d’ailleurs le Christ qui est au centre de tout, a rappelé le Pape, c’est Lui qui nous parle, directement, à travers l’Évangile. « Nous ne lisons pas l’Évangile pour savoir comment les choses se sont passées, mais pour prendre conscience de ce que Jésus a dit et fait une fois et de ce qu’il continue de nous dire et d’accomplir pour nous ». Cette parole est « vivante » et parle à notre cœur.

Pour faire parvenir son message, « le Christ se sert aussi de la parole du prêtre », à travers l’homélie. Mais attention, a prévenu le Pape, l’homélie n’est ni un discours de circonstance, ni une catéchèse. Elle est une « reprise de ce dialogue déjà engagé entre le Seigneur et son peuple ». D’où l’importance pour celui qui prêche, -le prêtre, le diacre et l’évêque-, de bien préparer son homélie, en ayant bien à l’esprit qu’il donne la parole à Jésus. Et l’homélie, a insisté le Pape, doit être brève. Et de prendre l’assistance à témoin : « combien de fois voyons-nous, pendant l’homélie, plusieurs qui s’endorment, sortent ou vont fumer une cigarette ? ». Pour être efficace, l’homélie requiert une préparation soigneuse, a recommandé le Pape, par la prière et l’étude de la Parole de Dieu ; elle doit être une synthèse claire, et ne doit pas excéder les dix minutes.

Et le Souverain Pontife de conclure : « si nous nous mettons à l’écoute de la ‘Bonne nouvelle’, nous serons convertis et transformés par elle, et partant, capables de nous changer nous-mêmes et changer le monde. (…) Parce que la Bonne nouvelle, la Parole de Dieu entre par les oreilles, va au cœur et arrive dans les mains, pour accomplir des œuvres bonnes ».

(Avec V. N.)

Dimanche 4 février 2018

Lors de l’audience de l’angélus, le Pape François a invité chaque fidèle « à planter sa tente parmi les personnes pour apporter, à tous, les paroles régénératrices de Jésus, le médecin des âmes et des corps ».

Dans sa catéchèse, le Pape a commenté l’Évangile de Marc, évoquant la venue de Jésus à Capharnaüm, en Galilée, et sa présence parmi la foule. L’Évangéliste met en avant le rapport entre l’activité curatrice de Jésus et le réveil de la foi chez les personnes qu’il rencontre. En effet, précise François, « avec les signes de guérison qu’il accomplit parmi les malades de tous types, le Seigneur veut susciter la foi ».

Autre point essentiel souligné par le Pape François, « Jésus ne fait pas des prédications de laboratoire, détaché des gens : il est parmi la foule ! ». La foule est « le milieu vital au sein duquel s’accomplit la mission de Jésus », qui passa la plus grande partie de sa vie publique sur les routes, parmi les personnes, pour guérir les blessures physiques et spirituelles de cette humanité « traversée par la souffrance, les fatigues et les problèmes ». C’est à cette « pauvre » humanité que s’adresse « l’action puissante, libératrice et régénératrice de Jésus ».

À la fin de la journée après avoir rencontré la foule, Jésus sort sans se faire voir de la ville, et le Pape explique le sens de sa retraite en prière. Ce faisant « Jésus soustrait de sa personne et de sa mission toute vision triomphaliste qui fausserait le sens des miracles et de son pouvoir charismatique ». Les miracles sont des signes qui invitent à répondre par la foi, et qui sont toujours accompagnés de paroles qui illuminent. « Ensemble, signes et paroles provoquent la foi et la conversion ».

Le Pape rappelle enfin la réponse de Jésus aux disciples venus le chercher dans son lieu de prière pour le ramener en ville. Jésus souhaite aller ailleurs, pour prêcher dans d’autres villages. Voilà le chemin du Fils de Dieu, ce qui sera le chemin de ses disciples et « qui doit être le chemin de chaque chrétien », affirme François. « La route comme lieu joyeux de l’annonce de l’Évangile ». Elle place la mission de l’Église « sous le signe du mouvement et jamais de l’immobilisme ».

Le Saint-Père s’est également associé à la Journée pour la Vie organisée ce dimanche en Italie. S’associant au message des évêques italiens, il a adressé ses encouragements aux « différentes réalités ecclésiales qui de nombreuses façons promeuvent et soutiennent la vie », notamment le Mouvement pour la vie.

Sortant de son texte, le Pape a toutefois dit regretter que ceux qui luttent pour la vie soient si peu nombreux. « Ceci me préoccupe », s’est-il attristé, « dans un monde où chaque jour on construit plus d’armes, chaque jour on fait plus de lois contre la vie, chaque jour on avance avec cette culture du déchet, d’écarter ce qui ne sert pas, ce qui gêne. S’il vous plait, prions pour que notre peuple soit plus conscient de la défense de la vie dans ce moment de destruction et d’exclusion de l’humanité », a demandé le Pape dans un appel improvisé et vibrant.

Il a également évoqué la béatification samedi à Vigevano, au nord de l’Italie, du jeune Teresio Olivelli, « tué pour sa foi chrétienne en 1945, au camp de Hersbruck. Il a donné témoignage du Christ dans l’amour envers les plus faibles, et il s’unit à la longue ligne de martyrs du siècle dernier. Que son sacrifice héroïque soit une semence d’espérance et de fraternité, surtout pour les jeunes. »

Le Pape a par ailleurs assuré de sa « proximité pour les populations de Madagascar, récemment frappées par un fort cyclone, qui a provoqué des victimes, des déplacés et d’importants dégâts. Que le Seigneur les réconforte et les soutienne », a-t-il lancé.

Au terme de la prière de l’angélus, le Pape François a encore annoncé la convocation, le vendredi 23 février, d’une journée de prière et de jeûne pour la paix.

« Devant la poursuite tragique de situations de conflit dans différentes parties du monde, j’invite tous les fidèles à une Journée spéciale de prière et de jeûne pour le paix le 23 février prochain, vendredi de la Première semaine du Carême », a annoncé le Pape François à la fenêtre du Palais apostolique. Le Saint-Père a précisé que cette journée serait offerte « en particulier pour les populations de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud », deux nations africaines marquées par des situations de conflit dans lesquelles l’Église catholique est particulièrement exposée.

En RDC, depuis le 31 décembre dernier, les manifestations de laïcs catholiques contre le maintien au pouvoir du président sortant Joseph Kabila, dont le mandat constitutionnel est arrivé à échéance en décembre 2016, ont suscité une répression violente qui a fait plusieurs morts. Au Soudan du Sud, la guerre civile en cours depuis 2013 a fait plusieurs dizaines de milliers de morts.

Faute de pouvoir se rendre physiquement au chevet des populations, le Pape avait déjà participé le 23 novembre dernier à une célébration de prière à la basilique Saint-Pierre à l’intention de ces deux pays. Cette nouvelle initiative du 23 février rappelle aussi la Journée de prière pour la Syrie organisée en septembre 2013, alors qu’une offensive franco-américaine sur Damas semblait imminente, mais fut finalement annulée.

« Comme dans d’autres occasions similaires, j’invite aussi les frères et les sœurs non catholiques et non chrétiens à s’associer à cette initiative », a expliqué le Pape, rappelant que « notre Père céleste écoute toujours ses enfants qui crient vers Lui dans la douleur et dans l’angoisse », il « guérit ceux qui ont le cœur brisé et il panse leurs blessures », a répété François en citant le Psaume 147.

Le Pape a donc lancé un appel pressant pour que chacun écoute ce cri et se demande, dans sa propre conscience, devant Dieu : « Qu’est-ce que je peux faire, moi, pour la paix ? » Il faut prier mais aussi dire concrètement non à la violence, « parce que les victoires obtenues avec la violence sont de fausses victoires, alors que travailler pour la paix fait du bien à tout le monde ! ».

(Avec V. N.)

Fête de la Présentation du Seigneur à Rome

La rencontre personnelle avec Jésus est au cœur de la vie consacrée : le Pape François l’a rappelé avec insistance dans son homélie ce vendredi 2 février, en la fête de la Présentation de Jésus au Temple, qui est également, depuis 1987, la Journée mondiale de la Vie consacrée. A cette occasion, le Souverain Pontife a présidé une messe solennelle en la Basilique Saint-Pierre. Retrouvez le texte de l’homélie du Saint-Père dans son intégralité :

" Quarante jours après Noël, nous célébrons le Seigneur qui, en entrant dans le temple, va à la rencontre de son peuple. Dans l’Orient chrétien, cette fête est précisément désignée comme la ‘‘Fête de la rencontre’’ : c’est la rencontre entre le Divin Enfant, qui apporte la nouveauté, et l’humanité en attente, représentée par les anciens du temple.

Dans le temple se produit également une autre rencontre, celle entre deux couples : d’une part les jeunes gens Marie et Joseph, d’autre part les anciens Siméon et Anne. Les anciens reçoivent des jeunes gens, les jeunes gens se ressourcent auprès des anciens. Marie et Joseph retrouvent en effet dans le temple les racines du peuple, et c’est important, car la promesse de Dieu ne se réalise pas individuellement et d’un seul coup, mais ensemble et tout au long de l’histoire. Et ils trouvent aussi les racines de la foi, car la foi n’est pas une notion à apprendre dans un livre, mais l’art de vivre avec Dieu, qui s’apprend par l’expérience de ceux qui nous ont précédés sur le chemin. Ainsi, les deux jeunes, en rencontrant les anciens, se retrouvent eux-mêmes. Et les deux anciens, vers la fin de leurs jours, reçoivent Jésus, le sens de leur vie. Cet épisode accomplit ainsi la prophétie de Joël : « Vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1). Dans cette rencontre, les jeunes voient leur mission et les anciens réalisent leurs rêves. Tout cela parce qu’au centre de la rencontre se trouve Jésus.

Regardons-nous, chers frères et sœurs consacrés. Tout a commencé par la rencontre avec le Seigneur. D’une rencontre et d’un appel, est né le chemin de consécration. Il faut en faire mémoire. Et si nous faisons bien mémoire, nous verrons que dans cette rencontre nous n’étions pas seuls avec Jésus : il y avait également le peuple de Dieu, l’Église, les jeunes et les anciens, comme dans l’Évangile. Il y a là un détail intéressant : tandis que les jeunes gens Marie et Joseph observent fidèlement les prescriptions de la Loi – l’Évangile le dit quatre fois – ils ne parlent jamais ; les anciens Siméon et Anne arrivent et prophétisent. Ce devrait être le contraire : en général, ce sont les jeunes qui parlent avec enthousiasme de l’avenir, tandis que les anciens gardent le passé. Dans l’Evangile c’est l’inverse qui se passe, car quand on rencontre le Seigneur, les surprises de Dieu arrivent à point nommé. Pour leur permettre d’avoir lieu dans la vie consacrée, il convient de se rappeler qu’on ne peut pas renouveler la rencontre avec le Seigneur sans l’autre : ne jamais laisser quelqu’un derrière, ne jamais faire de mise à l’écart générationnelle, mais s’accompagner chaque jour, mettant le Seigneur au centre. Car si les jeunes sont appelés à ouvrir de nouvelles portes, les anciens ont les clefs. Et la jeunesse d’un institut se trouve dans le ressourcement aux racines, en écoutant les anciens. Il n’y a pas d’avenir sans cette rencontre entre les anciens et les jeunes ; il n’y a pas de croissance sans racines et il n’y a pas de floraison sans de nouveaux bourgeons. Jamais de prophétie sans mémoire, jamais de mémoire sans prophétie ; et il faut toujours se rencontrer.

La vie frénétique d’aujourd’hui conduit à fermer de nombreuses portes à la rencontre, souvent par peur de l’autre. - Les portes des centres commerciaux et les connexions de réseau demeurent toujours ouvertes -. Mais que dans la vie consacrée ceci ne se produise pas : le frère et la sœur que Dieu me donne font partie de mon histoire, ils sont des dons à protéger. Qu’il n’arrive pas de regarder l’écran du téléphone portable plus que les yeux du frère ou de s’attacher à nos programmes plus qu’au Seigneur. Car quand on place au centre les projets, les techniques et les structures, la vie consacrée cesse d’attirer et ne communique plus ; elle ne fleurit pas, parce qu’elle oublie ‘‘ce qu’elle a sous terre’’, c’est-à-dire les racines.

La vie consacrée naît et renaît de la rencontre avec Jésus tel qu’il est : pauvre, chaste et obéissant. Il y a une double voie qu’elle emprunte : d’une part l’initiative d’amour de Dieu, d’où tout part et à laquelle nous devons toujours retourner ; d’autre part, notre réponse, qui est la réponse d’un amour authentique quand il est sans si et sans mais, quand il imite Jésus pauvre, chaste et obéissant. Ainsi, tandis que la vie du monde cherche à accaparer, la vie consacrée renonce aux richesses qui passent pour embrasser Celui qui reste. La vie du monde poursuit les plaisirs et les aspirations personnelles, la vie consacrée libère l’affection de toute possession pour aimer pleinement Dieu et les autres. La vie du monde s’obstine à faire ce qu’elle veut, la vie consacrée choisit l’obéissance humble comme une liberté plus grande. Et tandis que la vie du monde laisse rapidement vides les mains et le cœur, la vie selon Jésus remplit de paix jusqu’à la fin, comme dans l’Évangile, où les anciens arrivent heureux au soir de leur vie, avec le Seigneur entre les mains et la joie dans le cœur.

Que de bien cela nous fait, comme à Siméon, de tenir le Seigneur « dans les bras » (Lc 2, 28) ! Non pas seulement dans la tête et dans le cœur, mais dans les mains, en tout ce que nous faisons : dans la prière, au travail, à table, au téléphone, à l’école, auprès des pauvres, partout. Avoir le Seigneur dans les mains, c’est l’antidote contre le mysticisme isolé et l’activisme effréné, car la rencontre réelle avec Jésus redresse aussi bien les sentimentalistes dévots que les affairistes frénétiques. Vivre la rencontre avec Jésus, c’est aussi le remède à la paralysie de la normalité, c’est s’ouvrir au remue-ménage quotidien de la grâce. Se laisser rencontrer par Jésus, faire rencontrer Jésus : c’est le secret pour maintenir vivante la flamme de la vie spirituelle. C’est la manière de ne pas se faire absorber par une vie morne, où les plaintes, l’amertume et les inévitables déceptions prennent le dessus. Se rencontrer en Jésus comme frères et sœurs, comme jeunes et anciens, pour surmonter la rhétorique stérile des ‘‘beaux temps passés’’ – cette nostalgie qui tue l’âme -, pour faire taire le ‘‘ici plus rien ne va’’. Si on rencontre chaque jour Jésus et les frères, le cœur ne se polarise pas vers le passé ou vers l’avenir, mais il vit l’aujourd’hui de Dieu en paix avec tous.

À la fin des Évangiles, il y a une autre rencontre avec Jésus qui peut inspirer la vie consacrée : celle des femmes au tombeau. Elles étaient allées rencontrer un mort, leur chemin semblait inutile. Vous aussi, vous allez à contre-courant dans le monde : la vie du monde rejette facilement la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Mais, comme ces femmes, vous allez de l’avant, malgré les préoccupations concernant les lourdes pierres à enlever (cf. Mc 16, 3). Et comme ces femmes, les premiers, vous rencontrez le Seigneur ressuscité et vivant, vous l’étreignez (cf. Mt 28, 9) et vous l’annoncez immédiatement aux frères, les yeux pétillants d’une grande joie (cf. v. 8). Vous êtes aussi l’aube sans fin de l’Église : vous, personnes consacrées, vous êtes l’aube sans fin de l’Eglise ! Je vous souhaite de raviver aujourd’hui même la rencontre avec Jésus, en marchant ensemble vers lui : et cela donnera de la lumière à vos yeux et de la vigueur à vos pas."

Mercredi 31 janvier 2018

Lors de l’audience générale de ce jour , tenue sur la Place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi sa série d’enseignements sur la messe. Pour la huitième étape de ce parcours, le Saint-Père s’est arrêté sur la liturgie de la Parole, qui permet « d’écouter ce que Dieu a fait et entend encore faire pour nous ».

« La Parole de Dieu fait un chemin à l’intérieur de nous, a expliqué le Pape François : Nous l’écoutons avec les oreilles, elle passe au cœur, elle ne reste pas dans les oreilles, elle doit aller au cœur et du cœur elle passe aux mains, aux bonnes œuvres ». Il faut être toujours attentif à la cohérence nécessaire entre la pratique liturgique des chrétiens et leurs engagements concrets dans la vie quotidienne.

Dans la Liturgie de la Parole, « les pages de la Bible cessent d’être un écrit pour devenir une parole vivante, prononcée par Dieu ». Il est très important de ne pas se laisser distraire, et d’écouter attentivement pour « recevoir la parole dans le cœur ». Les « trésors de la Bible », qu’ils soient tirés de l’Ancien Testament ou du Nouveau Testament, annoncent l’unique mystère du Christ et apportent donc une nourriture spirituelle abondante. Dans la liturgie, la Parole de Dieu ne peut donc pas être esquivée : si certaines paroisses ou communautés ont l’idée de lire d’autres textes, comme les nouvelles d’un journal, il s’agit d’une faute à corriger immédiatement : « la substitution avec des textes non-bibliques est interdite », a rappelé le Pape avec fermeté.

Il a aussi affirmé qu’il est nécessaire de trouver de bons lecteurs pour que la Parole de Dieu nous illumine, comme il est écrit dans le Psaume 119 : ta Parole est « une lampe pour mes pas, une lumière sur ma route ». Et le devoir du chrétien est ensuite de mettre en pratique les appels de Dieu.

S’adressant en italien aux jeunes, aux malades et aux nouveaux époux, le Pape François a aussi évoqué la figure de saint Jean Bosco, « père et maître de la jeunesse », dont c’est aujourd’hui la mémoire liturgique. Il a invité les jeunes à le regarder comme un « éducateur exemplaire », les malades à se confier toujours, comme don Bosco, dans le Christ crucifié, et les nouveaux époux à « recourir à son intercession pour assumer la mission conjugale avec un engagement généreux ».

(Avec V. N.)

Dimanche 28 janvier 2018

Avant de réciter la prière de l’angélus, place Saint-Pierre, le Pape François a commenté l’évangile du jour, en soulignant combien l’autorité de Jésus se voit dans son enseignement et dans ses œuvres.

Jésus se présente en effet comme un prophète puissant en paroles et en œuvres : c’est ce que nous montre l’Évangile de Marc. Le Pape explique que les personnes présentes dans la synagogue de Capharnaüm « restent surprises » par les paroles de Jésus parce que « ce ne sont pas des paroles ordinaires, elles ne ressemblent pas à ce qu’ils écoutent d’ordinaire ».

« Jésus enseigne comme quelqu’un qui a autorité, se révélant ainsi comme l’Envoyé de Dieu et non comme un homme simple qui doit fonder son propre enseignement sur les traditions précédentes » comme le font les scribes. Le Pape insiste : « Jésus a une pleine autorité. Sa doctrine est nouvelle ».

En délivrant un homme possédé par le diable, Jésus, par sa puissance, confirme l’autorité de son enseignement, explique le Pape. « Il ne prononce pas un mot mais agit. C’est ainsi que se manifeste le projet de Dieu avec les mots et avec la puissance des actes », poursuit-il.

« Jésus nous communique toute la lumière qui illumine les routes, parfois sombres, de notre existence ; il nous communique même la force nécessaire pour dépasser les difficultés, les épreuves et les tentations », Jésus est ainsi un « maître et un ami » insiste le Saint-Père.

Cet angélus fut riche en bruit. Plusieurs milliers de membres l’Action catholique de Rome (ACI) sont venus assistés à l’angélus place Saint-Pierre au terme de leur caravane de la paix. Au son des sifflets et des tambours, dans une ambiance de kermesse, ils ont été salués par le Pape François qui a espéré qu’ils fassent autant de bonnes œuvres que de bruit.

Après l’angélus, le Pape François a prié pour les victimes des récents attentats en Afghanistan et pour ceux qui y travaillent à construire la paix.

« Hier est arrivée d’Afghanistan la douloureuse nouvelle du terrible massacre terroriste commis dans la capitale, Kaboul, qui a fait quasiment une centaine de morts et de nombreux blessés » : le Pape a évoqué les récentes attaques menées par les taliban cette semaine en Afghanistan. « Il y a quelques jours, un autre grave attentat, toujours à Kaboul, avait semé la terreur et la mort dans un grand hôtel ».

Samedi 27 janvier, au centre de la ville, dans un quartier où se situent un grand nombre d’institutions et de représentations étrangères, ainsi que le siège de la police, une ambulance piégée a explosé devant un hôpital géré par une ONG italienne, Emergency. Selon un dernier bilan officiel, 103 personnes sont mortes et 235 ont été blessées. Selon les autorités, de nombreux policiers font partie des victimes. L’attentat a été revendiqué par les taliban.

Le 20 janvier, toujours dans la capitale, l’hôtel Intercontinental, dont la clientèle est internationale, a été attaqué par des taliban qui ont tué vingt personnes, dont quatorze étrangers. Le mercredi 24 janvier, à Jalalabad, dans l’est du pays, c’est une antenne de l’ONG britannique Save the children qui a été prise pour cible par des membres de l’organisation de l’État islamique. Cinq personnes, dont quatre membres de l’ONG ont été tués.

« Jusqu’à quand le peuple afghan devra supporter cette violence inhumaine ? » s’est interrogé le Pape. Il a alors demandé aux fidèles réunis place Saint-Pierre de prier pour les victimes et pour leurs familles, et pour ceux, dans le pays, qui continuent de travailler à construire la paix.

Enfin, en ce dimanche, journée mondiale des malades de la lèpre, le Pape a regretté que cette « maladie touche encore malheureusement surtout les personnes les plus démunies et les plus pauvres ». « À ces frères et sœurs, nous assurons notre proximité et notre solidarité et nous prions aussi pour ceux qui les assistent et travaillent à leur réinsertion dans la société ».

(Avec V. N.)

Fête de la Conversion de Saint Paul

Comme chaque 25 janvier, dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs de Rome, le Pape a présidé les vêpres en la fête de la conversion de Saint-Paul, point d’orgue de la semaine de l’unité des chrétiens

Cette cérémonie a été présidée en présence notamment des représentants du patriarcat de Constantinople et de l’archevêché de Canterbury, mais aussi, cette année, d’une délégation évangélique luthérienne que le Pape François avait reçu ce jeudi matin au Vatican.

Le Pape est revenu dans son homélie sur le récit tiré du livre de l’Exode où Moïse, avec le peuple de Dieu, chante sa louange après avoir été libéré de l’Egypte. Moïse lui-même avait déjà été précédemment sauvé des eaux après que Pharaon avait ordonné de jeter au Nil « tous les fils qui naitront aux Hébreux ». Ce sauvetage de Moïse préfigure encore un sauvetage plus important, a rappelé le Pape, celui du peuple de Dieu qui a traversé à sec la Mer Rouge avant qu’elle ne se referme sur ses ennemis.

De nombreux pères antiques ont considéré ce passage comme une préfiguration du baptême a souligné le Saint-Père : ce sont en effet nos péchés qui sont noyés dans les eaux vives baptismales. Beaucoup plus que l’Egypte, le péché nous menaçait de nous rendre à jamais esclaves, mais la force de l’amour divin l’a renversé.

Saint Augustin, de son côté, a interprété la Mer Rouge, où le peuple d’Israël a été sauvé, comme une préfiguration du sang du Christ crucifié, source de salut.

Nous tous chrétiens, a expliqué le Pape, sommes passés par les eaux du Baptême, et la grâce du sacrement a détruit nos ennemis, le péché et la mort. Sortis des eaux, nous avons retrouvé la liberté des fils, nous avons émergé comme un peuple, comme une communauté de frères et sœurs sauvés, comme des concitoyens des saints, et membres de la famille de Dieu (Eph, 2-19).

Nous partageons l’expérience fondamentale a poursuivi François : la grâce de Dieu, sa miséricorde puissante qui nous sauve. Et c’est justement parce que Dieu a opéré cette victoire en nous que nous pouvons chanter ensemble ses louanges.

Dans la vie, nous expérimentons la tendresse de Dieu, qui chaque jour nous sauve avec amour du péché, de la peur et de l’angoisse, a encore souligné le Saint-Père, des expériences précieuses qui sont gardées dans le cœur et la mémoire.

Comme pour Moïse, les expériences individuelles sont liées à une histoire qui nous dépasse, celle du salut de tout le peuple de Dieu. Quand les Hébreux élèvent leur chant vers Dieu, chacun se rend compte qu’il n’est pas seul sur les rives de la Mer Rouge, mais entouré de frères et de sœurs qui ont reçu la même grâce et proclament la même louange.

Le Pape a aussi rappelé que saint Paul avait lui aussi fait l’expérience de la grâce, qui de persécuteur des chrétiens, l’a fait devenir apôtre. Cette grâce de Dieu l’a poussé lui aussi à chercher la communion avec les autres chrétiens, d’abord à Damas, puis à Jérusalem.

Quand nous grandissons dans la vie spirituelle, nous comprenons toujours mieux que la grâce nous rejoint en même temps que les autres et qu’elle est à partager avec les autres. Les différentes confessions chrétiennes ont fait cette expériences, a encore précisé le pape François. Au siècle dernier, nous avons finalement compris que nous étions ensemble sur les rives de la Mer Rouge.

Dans le baptême, nous avons été sauvés, et le chant reconnaissant de la louange, que les autres frères et sœurs entonnent, nous appartient, parce qu’il est aussi le nôtre.

Lorsque nous disons reconnaître le baptême des chrétiens des autres traditions, nous confessons qu’eux aussi ont reçu le pardon du Seigneur et sa grâce qui œuvre en eux a dit le Pape, et nous accueillons leur culte comme une expression authentique de louange pour tout ce que Dieu fait. Nous désirons alors prier ensemble, en unissant encore plus nos voix. Et même quand les divergences nous séparent, a-t-il poursuivi, nous reconnaissons appartenir au peuple de des croyants, à la même famille de frères et sœurs aimés de l’unique Père.

Après la libération, le Peuple de Dieu a entrepris un long et difficile voyage à travers le désert, souvent en vacillant, mais en puisant la force dans le souvenir de l’œuvre salvifique de Dieu et de sa présence toujours proche.

Les chrétiens d’aujourd’hui rencontrent aussi sur le chemin de nombreuses difficultés a noté le Souverain Pontife, entourés de tant de déserts spirituels, qui font se tarir l’espérance et la joie.

Sur le chemin a poursuivi le pape, existent aussi de graves périls, qui mettent la vie en danger : combien de frères subissent aujourd’hui les persécutions au nom de Jésus ! Quand leur sang est versé, même appartenant à des confessions diverses, ils deviennent ensemble des témoins de la foi, des martyrs, unis dans le lien de la grâce baptismale.

Les chrétiens, aux côtés d’amis d’autres traditions religieuses affrontent également des défis qui avilissent la dignité humaine : ils fuient des situations de conflit ou de misère, sont victimes de la traite d’êtres humains et d’autres esclavages modernes, ils ont faim dans un monde toujours plus riche de moyens et pauvre d’amour, où augmentent toujours plus les inégalités.

Mais comme les Hébreux de l’Exode a précisé le Pape, les chrétiens sont appelés à garder ensemble le souvenir de ce que Dieu a réalisé pour eux.

(Avec V. N.)

Mercredi 24 janvier 2018

Lors de l’audience générale, ce mercredi, le Pape François est revenu sur son voyage apostolique au Chili et au Pérou. Il a évoqué les moments forts et l’essentiel de ses messages aux Chiliens et aux Péruviens.

La prison des femmes de Santiago, les moments de tension au Chili, l’incroyable mobilisation des jeunes pour l’organisation du voyage : ce sont quelques-uns des points sur lesquels le Pape François est revenu lors de l’audience générale place Saint-Pierre.

Le Pape n’a pas caché le climat de tension qui a précédé son arrivée au Chili où plusieurs manifestations hostiles ont eu lieu. « Ce a rendu encore plus actuel et vivant le thème de ma visite : “Je vous donne ma paix.” (…) Ce n’est pas seulement chacun d’entre nous qui a besoin de la paix, mais le monde, aujourd’hui, dans cette troisième guerre mondiale en morceaux. S’il vous plait, prions pour la paix ! » s’est-il exclamé.

Ces manifestations avaient pour cause l’affaire Barros, cet évêque nommé par François et accusé d’avoir couvert les agissements d’un prêtre condamné pour abus sexuels. Le Pape a évoqué la « souffrance éprouvée à cause de blessures qui affligent l’Église dans ce pays ». « J’ai confirmé mes frères dans le refus de toute compromis avec les abus sexuels sur mineurs, et en même temps dans la confiance en Dieu qui, à travers cette dure épreuve, purifie et renouvelle ses ministres ».

Toujours au Chili, le Saint-Père a encouragé « le chemin de la démocratie », et a indiqué « comme méthode la voie de l’écoute » des pauvres, des jeunes et des personnes âgées, des immigrés et de la terre. Il faut également aborder et parler de tous les conflits, nationaux comme familiaux a-t-il souligné, évoquant sa rencontre avec les jeunes chiliens.

Mais ce qui a particulièrement touché le Pape, c’est sa visite à la prison pour femmes de Santiago où il a pu répéter son exigence d’une véritable réinsertion des détenus dans la société. « Sans cette espérance de réinsertion sociale, la prison est une torture sans fin » a-t-il dit.

Au Pérou, le Pape a dénoncé la colonisation économique et à la colonisation idéologique lors de sa visite à Puerto Maldonado, en Amazonie. Il a aussi dénoncé la corruption devant les autorités du pays en plein crise politique et la dégradation écologique et sociale. La corruption « est plus dangereuse que la grippe ! Elle se mélange et ruine les cœurs » s’est insurgé François.

Tout comme au Chili à Araucania, avec les indiens Mapuches, le Pape à Trujillo, dans le nord du Pérou, a exhorté les fidèles à être fidèles à leurs racines et à leur dévotion populaire, notamment celle à la Vierge Marie. Il a décrit sa rencontre avec les 500 religieuses cloitrées, de vie contemplative, comme « un poumon de foi et de prière pour l’Église et pour toute la société ».

Des enfants malades ont également assisté à cette audience générale, mais depuis la salle Paul VI afin qu’ils ne prennent pas froid. Ils ont été reliés à la place Saint-Pierre par vidéo afin qu’ils puissent voir le Pape et que les fidèles de la place puissent à leur tour les voir. C’est le Pape François qui a prévenu l’assistance de leur présence.

(Avec V. N.)

Voyage du Pape François au Chili et au Pérou

À l’heure où le Pape a rejoint Rome à bord de l’avion papal, les souvenirs de son voyage apostolique sont déjà gravés dans les têtes de nombreux Péruviens. À Puerto Maldonado, Trujillo ou Lima, le Pape est parti à la rencontre des disparités du pays andin, marquant fortement les esprits.

« Combien ai-je désiré ce voyage ! », a répété plusieurs fois le Pape devant les Péruviens, comme s’il avait pressenti que tout un peuple l’attendait. Un peuple qui n’avait pas vu de Souverain pontife depuis 30 ans, lors de la dernière visite de Jean-Paul II. Et François ne s’est pas trompé, si l’on juge la ferveur qui a étreint le pays pendant trois jours. Trois jours, pendant lesquels le Pérou a semblé s’être retrouvé.

Les fractures péruviennes sont pourtant nombreuses, dans la société, la politique, comme dans l’Église, et le Pape n’a cessé d’exhorter à l’unité.

Il est venu surtout rappeler que chaque Péruvien a sa place, dans un pays fragilisé et blessé. Dans sa beauté naturelle d’abord, en venant défendre les communautés d’Amazonie face aux prédateurs en tout genre, déplorant que les forêts et les fleuves autant que les personnes, étaient exploitées jusqu’à l’épuisement.

Ce voyage aura aussi été celui de la piété populaire et de ses saints, ceux de la « Vierge de la Porte » à Trujillo, ou du Seigneur des miracles à Lima, les visages de Sainte Rose de Lima, Saint Martin de Porrès ou Saint Turibio de Mogrovejo. Ces saints, qui demeurent des figures actuelles, ont su conserver l’unité du Pérou.

Enfin, dans ce pays très polarisé, les propos du Pape ont eu un écho très politique. Le Saint-Père n’a pas hésité, y compris devant les plus autorités du pays, à dénoncer la corruption, « fléau social » et « démon à expulser ». Devant toutes ces adversités, François a délivré à Lima un message consolant de courage au peuple péruvien, en le confiant à la Vierge « qui ne laisse jamais seul ses enfants », et au Christ « qui marche avec chacun dans les villes ».

(Avec V. N.)

Dimanche 21 Janvier 2018

Au cours de ce troisième et dernier jour de son voyage au Pérou, dimanche 21 janvier, dans l’après-midi, le Pape François a célébré la messe sur la base aérienne Las Palmas, à Lima, devant 1,3 million de fidèles.

Point d’orgue de son voyage au Pérou, cette cérémonie s’est déroulée sous le regard du Seigneur des miracles, cette image du Christ crucifié révéré par tout un peuple, et qui avait été déplacée de son sanctuaire lors d’un impressionnant cortège quelques jours auparavant.

Le voyage du Pape François au Pérou s’est donc achevé par une messe grandiose sur une base militaire de la capitale. Plus d’un million de Péruviens avaient fait le voyage pour écouter une dernière fois le souverain pontife. La cérémonie s’est déroulée en présence du président de la république et de son épouse ainsi que sept représentants d’autres religions. Etaient également présent le métropolite grec-orthodoxe Tarasios, archevêque de Buenos-Aires, qui était déjà présent à Temuco, au Chili.

Au cours de son homélie, le Saint-Père a repris les paroles avec lesquelles le Seigneur d’adresse à Jonas dans la première lecture : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle », tout comme dans l’Evangile, Jésus est en route vers la Galilée pour prêcher sa Bonne nouvelle.

Ces deux lectures nous révèlent Dieu en mouvement vers les villes d’hier et d’aujourd’hui, a expliqué le Pape. Le Seigneur se met en marche, et tout comme il va à Ninive ou en Galilée, il va aussi à Lima, à Trujillo et à Puerto Maldonado.

L’Emmanuel, a dit le pape est le Dieu qui veut « être toujours avec nous. » Il est dans la vie quotidienne du travail routinier, dans l’éducation des enfants avec espérance, dans l’intimité du foyer et dans le bruit assourdissant de nos rues.

Les « Ninive » existent aujourd’hui a poursuivi François, qui a expliqué que nous aussi nous pouvons avoir le « syndrome de Jonas », avoir la tentation initiale de fuir l’appel du Seigneur. Ces raisons de s’échapper ne manquent pas.

En regardant la ville nous pourrions constater qu’aux côtés de ceux qui ont les moyens de survivre, beaucoup sont laissés sur le bord du chemin et il est douloureux a souligné le Pape de constater que, très souvent, parmi ces “restes urbains” on distingue des visages de beaucoup d’enfants et d’adolescents.

Les villes ne doivent pas devenir le lieu de l’indifférence, qui nous transforme en des personnes anonymes et sourdes vis-à-vis des autres, qui nous font devenir des êtres impersonnels au cœur insensible, a expliqué le Saint-Père.

Lorsque Jésus entre en Galilée, c’est pour annonce la proximité du Royaume de Dieu, et l’Evangile nous rappelle la joie que cela produit de savoir que Dieu est au milieu de nous. Cet Evangile a été porté jusqu’à nous dans l’histoire, a expliqué le Pape, depuis les apôtres, en passant par les saints péruviens Rose de Lima, saint Torobio, Martin de Porres, Jean Macias, François Solano. « Il est parvenu jusqu’à nous pour être de nouveau un antidote renouvelé contre la globalisation de l’indifférence. »

Jésus, a poursuivi le Pape, a invité ses disciples à vivre aujourd’hui ce qui a saveur d’éternité : l’amour de Dieu et du prochain et il le fait de la seule manière dont il peut le faire, avec son amour miséricordieux.

En parcourant les villes avec ses disciples, Jésus change leur regard, il leur montre de nouvelles urgences, lui qui a prêté attention à ceux qui ont succombé sous le manteau de l’indifférence, lapidés à cause du grave péché de la corruption.

François a tenu à rappeler combien, aujourd’hui encore Jésus continuait à marcher dans nos rues. Comme hier il continue à frapper aux portes, à frapper aux cœurs pour rallumer l’espérance et les aspirations : que l’avilissement soit surmonté grâce à la fraternité, l’injustice vaincue par la solidarité et la violence réduite au silence par les armes de la paix.

Dieu ne se lasse pas ni ne se lassera jamais de marcher pour rejoindre ses enfants, chacun d’entre eux a précisé le Pape.

« Comment ferons-nous face à l’avenir s’il nous manque l’unité ? Comment Jésus parviendra-t-il à tant de lieux reculés si des témoins courageux et audacieux manquent ? » a lancé le Saint-Père. Aujourd’hui, le Seigneur invite chacun à parcourir la ville avec lui, à être son disciple missionnaire et à faire résonner dans chacune de nos vie cette certitude qu’il est avec nous.

Rencontre avec les évêques et les jeunes

En fin de matinée, il avait rencontré les évêques après avoir prié devant les reliques des saints péruviens à la cathédrale de Lima. Il s’était ensuite adressé aux jeunes, avant de prier l"angélus.

« Chers jeunes, je suis heureux de pouvoir me retrouver avec vous. Ces rencontres sont pour moi très importantes, et plus encore cette année où nous nous préparons pour le Synode sur les jeunes. Vos visages, vos recherches, vos vies sont importantes pour l’Eglise et nous devons vous donner l’importance que vous méritez et avoir le courage qu’ont eu beaucoup de jeunes de cette terre qui n’ont pas eu peur d’aimer et de miser sur Jésus.

Chers amis, que d’exemples vous avez ! Je pense à saint Martin de Porres. Rien n’a empêché ce jeune d’accomplir ses rêves, rien ne l’a empêché de dépenser sa vie pour les autres, rien ne l’a empêché d’aimer ; et il l’a fait parce qu’il avait fait l’expérience que le Seigneur l’avait aimé en premier. Tel qu’il était : métis, et devant faire face à de nombreuses privations. Au regard des hommes, de ses amis, il semblait avoir tout à “perdre”, mais il a su faire une chose qui serait le secret de sa vie : faire confiance. Il a fait confiance au Seigneur qui l’aimait. Savez-vous pourquoi ? Parce que le Seigneur lui avait d’abord fait confiance ; comme il fait confiance à chacun d’entre vous et ne se lassera jamais de le faire.

Vous pourriez me dire : mais il y a des fois où cela devient très difficile. Je vous comprends. Dans ces moments-là des pensées négatives peuvent venir ; sentir qu’il y a beaucoup de choses qui nous tombent dessus, que nous allons être ‘‘exclus du mondial’’. Il semblerait qu’on est en train de l’emporter sur nous. Mais ce n’est pas comme ça, pas vrai ?

Il y a des moments où vous pouvez sentir que vous êtes sans possibilité de réaliser le désir de votre vie, vos rêves. Nous sommes tous passés par de telles situations. Chers amis, dans ces moments où il semble que la foi s’éteint, n’oubliez pas que Jésus est à vos côtés. Ne vous avouez pas vaincus, ne perdez pas espérance ! N’oubliez pas les saints qui, du ciel, nos accompagnent ; allez à eux, priez et ne vous lassez pas demander leur intercession. Ces saints d’hier, mais aussi d’aujourd’hui : cette terre en a beaucoup, parce que c’est une terre “sanctifiée”. Cherchez l’aide, le conseil de personnes dont vous savez qu’elles sont bonnes pour donner des conseils parce que leurs visages débordent de joie et de paix. Faites-vous accompagner par elles pour parcourir ainsi le chemin de la vie.

Jésus veut vous voir en mouvement ; il veut te voir poursuivre tes idéaux, et décidé à suivre ses instructions. Il vous conduira sur le chemin des béatitudes, un chemin en rien facile mais passionnant, un chemin qu’on ne peut parcourir seul, mais en équipe, où chacun peut collaborer avec le meilleur de lui-même. Jésus compte sur toi, comme il l’a fait il y a longtemps avec sainte Rose de Lima, saint Toribio, saint Juan Macias, saint Francisco Solano et tant d’autres. Aujourd’hui il te demande, comme à eux, si tu es-tu disposé à le suivre. Es-tu disposé à le suivre ? À te laisser pousser par son Esprit pour rendre présent son Royaume de justice et d’amour ?

Chers amis, le Seigneur vous regarde avec espérance, il ne désespère jamais de nous. Nous, peut-être, nous pouvons désespérer de nous-mêmes et des autres.

Je sais qu’il est très beau de regarder les photos retouchées numériquement, mais cela ne sert que pour les photos, nous ne pouvons pas faire le “photoshop” aux autres, à la réalité ni à nous-mêmes. Les filtres de couleurs et la haute définition ne marchent que pour les vidéos, mais nous ne pouvons jamais les appliquer aux amis. Il y a des photos qui sont très belles, mais elles sont complètement truquées ; et laissez-moi vous dire que le cœur ne peut pas se “photoshoper”, parce que c’est là que se joue l’amour véritable, c’est là que se joue le bonheur.

Jésus ne veut pas que tu te “maquilles” le cœur ; il t’aime comme tu es et il a un rêve à réaliser avec chacun de vous. N’oubliez pas, il ne désespère pas de nous. Et si vous désespérez, je vous invite à prendre la Bible et à vous rappeler les amis que Dieu s’est choisis.

Moïse était bègue ; Abraham, un vieillard ; Jérémie, très jeune ; Zachée, de petite taille ; les disciples, quand Jésus leur demandait de prier, s’endormaient ; Paul, un persécuteur des chrétiens ; Pierre, il l’a renié… Et nous pourrions ainsi allonger la liste. Quelle excuse pourrions-nous avoir ?

Quand Jésus nous regarde, il ne considère pas combien nous sommes parfaits, mais à tout l’amour que nous avons dans le cœur à offrir et pour servir les autres. Pour lui, c’est cela qui est important, et il va toujours insister sur la même chose – il ne regarde pas ta taille, si tu parles bien ou mal, si tu dors en priant, si tu es trop jeune ou vieux. La seule question, c’est : Veux-tu me suivre et être mon disciple ? – Ne dépense pas pour maquiller ton cœur, remplis ta vie de l’Esprit !

Il attend sans se lasser pour nous donner son Esprit qui est l’Amour que Dieu veut répandre en nos cœurs afin de faire de nous ses disciples missionnaires.

En suivant Jésus, on ne peut jamais, mais jamais, être rejeté. Même si tu commets des erreurs ; toujours le Seigneur nous offre une nouvelle chance pour marcher de nouveau avec lui.

Chers jeunes, dans ma prière, je vous mets dans les mains de la Vierge. Soyez certains qu’elle vous accompagnera à chaque instant de votre vie, à toutes les croisées de vos chemins, spécialement quand vous aurez à prendre des décisions importantes ; elle sera là comme une bonne Mère, vous encourageant, vous soutenant afin que vous ne perdiez pas courage. Et si tu te décourages pour ces raisons, ne t’en fais pas, elle le dira à Jésus. Seulement, ne cesse pas de prier, ne cesse pas de demander, ne cesse pas de faire confiance à sa maternelle protection. »

(Avec V. N.)

Samedi 20 janvier 2018

Le Pape François a présidé ce samedi une messe sur l’esplanade côtière de Huanchaco, à Trujillo. Dans son homélie, le Saint-Père a rappelé que malgré les nombreuses épreuves, notamment naturelles, qui ont touché cette région, chacun est appelé à remplir sa vie avec l’espérance du Christ.

C’est sur une côte maltraitée par les calamités naturelles, dont les inondations meurtrières d’avril 2017 liées au phénomène El Nino, que le Pape François a célébré cette messe devant 200 000 fidèles venus de tout le nord du Pérou. Dans son homélie, le Pape a d’ailleurs rapproché ce peuple de pécheurs, qui gagnent leur vie sur de frêles bateaux de roseau, aux disciples d’hier.

Découvrez le texte intégral de l’homélie du Pape à Trujillo :

« Cette terre a un goût d’Évangile. Tout l’environnement avec cette immense mer en arrière-fond nous aide à mieux comprendre l’expérience que les apôtres ont eue avec Jésus et que nous aussi, aujourd’hui, nous sommes invités à vivre. Je me réjouis de savoir que vous êtes venus de différents endroits du nord Pérou pour célébrer cette joie de l’Évangile.

Les disciples d’hier, comme beaucoup parmi vous aujourd’hui, gagnaient leur vie par la pêche. Ils utilisaient des barques comme certains d’entre vous continuent à le faire, avec les “embarcations de roseaux” [petits chevaux de roseaux] et, dans le même but, aussi bien pour eux que pour vous : gagner le pain de chaque jour. Voilà l’enjeu de la plupart de nos fatigues quotidiennes : pouvoir faire progresser nos familles et leur donner ce qui les aidera à construire un avenir meilleur.

Cette ‘‘lagune aux poissons dorés’’, comme on a voulu l’appeler, a été une source de vie et de bénédiction pour de nombreuses générations. Elle a su nourrir les rêves et les espérances au fil du temps.

Vous, comme les apôtres, vous connaissez la violence de la nature et vous avez subi ses coups. Tout comme eux ont affronté la tempête sur la mer, vous avez été frappés par le terrible coup du phénomène ‘‘El Niño de la côte’’, dont les conséquences douloureuses durent encore dans de nombreuses familles, en particulier dans les familles qui n’ont toujours pas pu reconstruire leurs maisons. C’est également pour cette raison que j’ai voulu être ici et prier avec vous.

En cette Eucharistie, nous nous souvenons également de ce moment si difficile qui interpelle et bien des fois fait douter notre foi. Nous voulons nous unir à Jésus. Il connaît la souffrance et les épreuves ; il a traversé toutes les souffrances pour pouvoir nous accompagner dans les nôtres. Jésus sur la croix veut être proche de chaque situation douloureuse pour nous donner la main et nous aider à nous relever. Car il est entré dans notre histoire, il a voulu partager notre chemin et toucher nos plaies. Nous n’avons pas un Dieu insensible à ce que nous éprouvons et à ce que nous souffrons, au contraire, au cœur de la souffrance il nous donne la main.

Ces chocs interpellent et mettent en jeu la valeur de notre esprit et de nos attitudes les plus élémentaires. Ainsi nous voyons combien il est important de ne pas être seuls mais unis, d’être riches de cette union qui est le fruit de l’Esprit Saint.

Qu’est-ce qui est arrivé aux jeunes filles de l’Évangile que nous venons d’entendre ? Soudain, elles entendent un cri qui les réveille et les met en mouvement. Certaines se sont rendu compte qu’elles n’avaient pas l’huile nécessaire pour éclairer le chemin dans l’obscurité ; les autres, en revanche, ont rempli leurs lampes et ont pu trouver et éclairer le chemin qui les conduisait vers l’époux. Au moment opportun, chacune a montré avec quoi elle avait rempli sa vie.

Il en va de même pour nous. Dans des circonstances déterminées, nous prenons conscience de ce avec quoi nous avons rempli notre vie. Comme il est important de remplir nos vies avec cette huile qui permet d’alimenter nos lampes dans les divers moments d’obscurité et de trouver les chemins pour aller de l’avant !

Je sais que, dans l’obscurité, quand elles ont subi le choc du ‘‘Niño’’, ces populations ont su se mettre en mouvement et elles avaient l’huile pour accourir et s’entraider comme de vrais frères. Il y avait l’huile de la solidarité, de la générosité qui vous a mis en mouvement et vous êtes allés à la rencontre du Seigneur par d’innombrables gestes concrets d’aide. En pleine obscurité, avec beaucoup d’autres, vous avez été des cierges vivants qui ont éclairé le chemin grâce à des mains ouvertes et disponibles pour atténuer la souffrance et partager ce que vous aviez dans leur pauvreté.

Dans la lecture, nous pouvons observer comment les jeunes filles qui n’ont pas d’huile sont parties au village pour en acheter. A ce moment crucial de leur vie, elles se sont rendu compte que leurs lampes étaient vides, qu’il leur manquait l’essentiel pour trouver le chemin de la joie authentique. Elles étaient seules et ainsi elles ont été privées de la fête. Il y a des choses, comme vous le savez, qui ne s’improvisent pas et qui, encore moins, ne s’achètent pas. L’âme d’une communauté se juge à la manière dont elle parvient à s’unir pour faire face aux moments difficiles, à l’adversité, pour maintenir vivante l’espérance. Par cette attitude, vous donnez le meilleur témoignage évangélique : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Parce que la foi nous ouvre à un amour concret, fait d’œuvres, de mains tendues, de compassion ; un amour qui sache construire et reconstruire l’espérance quand tout semble perdu. Ainsi, nous devenons participants de l’action divine, telle que nous la présente l’apôtre Jean quand il nous montre que Dieu essuie les larmes de ses enfants. Et cette mission divine, Dieu l’accomplit avec la même tendresse que celle d’une mère qui cherche à faire sécher les larmes de ses enfants. Quelle belle question nous posera le Seigneur : combien de larmes as-tu essuyées aujourd’hui ?

D’autres tempêtes peuvent s’abattre sur ces côtes et avoir des effets dévastateurs sur la vie des enfants de ce pays. Des tempêtes qui nous interpellent également comme communauté et mettent en jeu la valeur de notre esprit. Ces tempêtes s’appellent la violence organisée telle que l’assassinat et l’insécurité qu’il provoque ; le manque de perspectives éducatives et professionnelles, en particulier dans les rangs des plus jeunes, ce qui les empêche de construire un avenir avec dignité ; le manque d’un toit sûr pour de nombreuses familles forcées de vivre dans des zones de grande instabilité et sans accès sûrs ; ainsi que tant d’autres situations que vous connaissez et que vous subissez, qui comme les pires glissements de terrain détruisent la confiance mutuelle si nécessaire pour construire un réseau de soutien et d’espérance. Des glissements de terrain qui affectent l’âme et nous interpellent concernant l’huile dont nous disposons pour y faire face.

Bien des fois, nous nous interrogeons sur la manière d’affronter ces tempêtes, ou sur la façon d’aider nos enfants à aller de l’avant face à ces situations. Je voudrais vous le dire : il n’y a pas de meilleure solution que celle de l’Évangile. Elle s’appelle Jésus Christ. Remplissez toujours vos vies de l’Évangile. Je voudrais vous encourager à être une communauté qui se laisse oindre par son Seigneur avec l’huile de l’Esprit. Il transforme tout, renouvelle tout, consolide tout. En Jésus, nous avons la force de l’Esprit pour ne pas rendre naturel ce qui nous fait du mal, ce qui assèche notre cœur, et pire, ce qui nous vole l’espérance. En Jésus, nous avons l’Esprit qui nous tient unis pour nous soutenir les uns les autres et pour affronter ce qui veut nous prendre le meilleur de nos familles. En Jésus, Dieu fait de nous une communauté croyante qui sait se soutenir ; une communauté qui espère et par conséquent lutte pour faire reculer et transformer les nombreuses adversités ; une communauté qui aime, car elle ne permet pas que nous croisions les bras. Avec Jésus, l’âme de ce peuple de Trujillo pourra continuer à s’appeler ‘‘la ville de l’éternel printemps’’, parce qu’avec le Seigneur tout est une opportunité pour l’espérance.

Je connais l’amour que ce pays a pour la Vierge, et je sais combien la dévotion à Marie vous soutient toujours en vous conduisant jusqu’à Jésus. Demandons-lui de nous couvrir de son manteau et de nous conduire toujours à son Fils ; mais disons-le-lui par cette belle chanson populaire : « Petite Vierge de la porte, accorde-moi ta bénédiction. Petite Vierge de la porte, donne-nous la paix et beaucoup d’amour ».

Veillée mariale à Trujillo

C’est sous le signe de la Vierge que le Pape François a achevé sa journée dans la ville de Trujillo ce samedi 20 janvier, en présidant une grande veillée mariale place de Las Armas, au coeur de la ville. Cette cérémonie très recueillie devant une place pleine à craquer était placée sous la protection de la « Vierge de la Porte », patronne du Nord du Pérou, particulièrement vénérée dans le pays. Quarante images de Vierges et de saints de la région avaient convergé à cette occasion, incarnant cette fois populaire très enracinée chez les Péruviens.

(Avec V. N.)

Vendredi 19 janvier 2018

Ce jour a eu lieu une rencontre très attendue de ce voyage en Amazonie péruvienne. Au Colisée « Madre de Dios » de Puerto Maldonado, première étape de ce voyage apostolique au Pérou, le Saint-Père a rencontré des délégations de nombreux peuples indigènes venus parfois de très loin, du Brésil ou de la Bolivie.
Danses traditionnelles et témoignages forts de plusieurs tribus ont débuté cette rencontre émouvante et vivante.

Cette région du Pérou amazonien est une mosaïque d’ethnies, de petites peuplades, où cohabitent vingt-deux peuples indigènes. « J’ai beaucoup désiré cette rencontre », a confessé le Saint-Père, remerciant ses hôtes pour la richesse de leurs visages et de leurs traditions. Ils sont, a-t-il dit, le visage de cette terre, « un visage pluriel, d’une diversité infinie et d’une énorme richesse biologique, culturelle, spirituelle. »

Le Pape a repris le cantique de Saint François d’Assise, « Loué sois-tu », titre de son encyclique sur la sauvegarde de la maison commune. « Loué sois-tu Seigneur pour cette œuvre merveilleuse de tes peuples amazoniens et pour toute la biodiversité que ces terres renferment. ». Mais une nouvelle fois le Pape François a déploré les nombreuses meurtrissures infligées à cette terre luxuriante : « les peuples autochtones amazoniens n’ont probablement jamais été aussi menacés sur leurs territoires qu’ils le sont présentement », s’est-il inquiété.

Le Souverain Pontife a ainsi dénoncé deux fléaux qui menacent cet écosystème unique : la forte pression des grands intérêts économiques qui convoitent les ressources naturelles, mais aussi « la perversion » de certaines politiques qui promeuvent la « conservation » de la nature sans tenir compte de l’être humain.

« Nous devons rompre avec le paradigme historique qui considère l’Amazonie comme une réserve inépuisable des États sans prendre en compte ses populations », a encore expliqué François, applaudi à de nombreuses reprises pendant son discours.

Cet après-midi, au cœur de ce poumon qu’est l’Amazonie, le Souverain pontife a voulu marteler ce message : « la défense de la terre n’a d’autre finalité que la défense de la vie. » Ici, cette atteinte à la vie est multiple : dans la pollution des sols et des rivières, mais aussi dans la main-d’œuvre esclave, l’abus sexuel, la dislocation de la famille.

L’Église n’est pas étrangère à ces problématiques :« pour nous, il est nécessaire que les peuples autochtones modèlent culturellement les Églises locales amazoniennes » a enfin plaidé le Saint-Père. « C’est avec ses évêques et ses missionnaires que vous pourrez façonner une Église avec un visage amazonien et une Église avec un visage indigène » a-t-il rappelé à ces indigènes : ce sera la feuille de route du prochain synode sur l’Amazonie, qui se tiendra au Vatican en octobre 2019.

À l’issue de la rencontre, le Pape a arboré une couronne de plumes multicolores et un collier traditionnel, offert par les Indiens. Il leur a consigné son encyclique Laudato Si, traduite en plusieurs langues de ces peuples premiers.

(Avec V. N.)

Jeudi 18 Janvier 2018

Le Pape François a quitté le Chili dans l’après-midi. Après un peu plus de deux heures de vol depuis Santiago, l’avion du Souverain pontife s’est posé sur la piste de l’aéroport international de Lima, point de départ d’une visite de trois jours en terre péruvienne.

Comme à son arrivée au Chili trois jours plus tôt, l’avion du Pape était en avance, d’une quarantaine de minutes sur l’horaire prévu. Un avion spécial affreté par la Latam dont la carlingue était frappée du blason de François et du hastag : "#LevoldeFrançois". Avant de descendre de son avion, le Pape est allé saluer les pilotes dans le cockpit.

Le premier à saluer le Saint-Père fut le nonce apsotolique au Pérou Mgr Nicola Girasoli, qui est monté dans l’avion à peine immobilisé. A sa descente, le Saint-Père a été accueilli par le président de la République, Pedro Pablo Kuczynski, par l’archevêque de Lima, le cardinal Luis Cipriani Thorne, par Mgr Jose-Luis de Palacio l’évêque de Callao, diocèse sur lequel est situé l’aéroport ainsi que par le président de la conférence épiscopale du Pérou, Mgr Salvador Garcia-Calderon, l’archevêque de Ayacucho.

Une arrivée, qui comme les autres étapes de ses voyages apostoliques s’est faite en musique. L’orchestre "symphonie pour le Pérou" a notamment interprété l’Alleluia du Messie de Haendel pour le Pape à cette occasion, un orchestre composé notamment de jeunes du quartier de Manchay, une des zones les plus défavorisées de Lima, située au nord de la capitale péruvienne.

Le Saint-Père a ensuite rallié la nonciature apostolique dans le centre de Lima, où il passera trois nuits. Aux abords de la nonciature, des centaines de personnes dont beaucoup de jeunes étaient rassemblés, agitant le drapeau jaune et blanc du Vatican et chantant l’hymne du voyage. François a remercié les nombreuses personnes pour leur accueil chaleureux, a prié un Ave Maria et béni la foule.

Son voyage rentrera dans le vif du sujet ce vendredi, puisqu’il est attendu dans l’Amazonie péruvienne, à Puerto Maldonado, près de la frontière avec la Bolivie. Une visite très attendue à la rencontre des peuples indigènes qui vivent dans des conditions très difficiles, marquées par la destruction de la plus grande forêt de la planète. Cette étape sera aussi l’occasion de poser les bases du prochain synode spéciale sur l’Amazonie qui se tiendra en octobre 2019 au Vatican.

Cette étape amazionienne est très attendue. Une veillée festive avec chants et danses traditionnels se tenait jeudi soir sur la place centrale de Puerto Maldonado en présence d’une vingtaine d’évêques venue de toutes les pays de la région et les membres du Repam, le réseau ecclésial panamazionien.

« Unis dans l’espérance » est le thème choisi pour ce voyage au Pérou qui mènera le Pape aussi à Trujillo au nord du pays et à Lima la capitale. C’est la première fois que le Pérou accueille un pape depuis près de trente ans puisque la dernière visite remonte à celle de Jean-Paul II en mai 1988.

Dernier jour au Chili

Pour ce troisième et dernier jour au Chili, le Pape était à Iquique, ce jeudi 18 janvier, non loin des frontières avec la Bolivie et le Pérou, où il a poursuivi son 22ème voyage apostolique. Cette province du nord du Chili est une zone riche en minéraux où viennent de nombreux migrants sud-américains, pour creuser la terre ou travailler dans la ville éponyme. Au bord de l’eau, le Saint-Père y a présidé une célébration de « fraternité pour l’intégration des peuples ».

C’est la troisième messe que célèbre le pape François, au pied des Andes chiliennes. Une estrade aux couleurs du Saint-Siège a été montée à même le sable, à quelques mètres de l’Océan pacifique, sur la Playa Lobito, à 20 km d’Iquique. Cette messe est célébrée en l’honneur de la Sainte Patronne du Chili, la Vierge du Mont Carmel. À cette occasion, une statue de la Vierge a été acheminée du sanctuaire le plus proche, celui de la Tirana, un petit village au milieu des montagnes. La statue est placée à la droite de l’autel. Le Pape déposera une couronne sur le front de Marie.

Mais cette messe est également célébrée en l’honneur la fraternité pour l’intégration des peuples, car la province et, encore plus, le grand port et vaste zone franche qu’est la ville d’Iquique est une terre de brassage. Un habitant du dix est un immigré venu, souvent illégalement, des pays limitrophes, la Bolivie et le Pérou, mais également de Colombie, d’Haïti ou du Venezuela en crise. En venant à Iquique, le Pape souhaite leur exprimer sa proximité et encourager plus de fraternité au sein de la société chilienne. Plus de 500 000 étrangers vivent actuellement au Chili en situation légale, soit 3% de la population.

L’autel est orné de quelque 12 000 fleurs en fer blanc, une tradition à Iquique, où les habitants de la région récupèrent des boîtes de conserve et d’autres objets pour fabriquer des fleurs, des couronnes et des croix qu’ils disposent sur les tombes dans les cimetières, rapporte l’agence d’information catholique argentine Aica. Les fleurs, des roses et les œillets, sont faites de cannettes, peintes dans des tons dorés et cuivrés. Elles seront insérées dans 48 tableaux, remis ensuite aux institutions et aux paroisses en témoignage de la visite du Pape François dans la ville, signale cath.ch.

L’origine des fleurs en fer-blanc remonte à l’époque de l’exploitation du salpêtre, lorsque les Anglais, voyant que les fleurs naturelles ne duraient pas en raison de l’aridité du désert, fabriquèrent des fleurs artificielles en métal.

Après la messe, deux victimes de la répression de Pinochet dans les années 70-80, remettront une lettre au Pape. Et avant de partir pour le Pérou, le Saint-Père saluera des malades au sanctuaire de Notre Dame de Lourdes, toujours dans le nord chilien.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 Janvier 2018

Au deuxième jour de sa visite apostolique au Chili, ce mercredi 17 janvier, le Pape François s’est rendu à Temuco, capitale de la région de l’Araucanie, située à près de 700 kilomètres au sud de la capitale Santiago. Durant cette messe pour le « progrès des peuples », célébrée en présence de nombreux membres de la communauté Mapuche, le Pape a lancé un nouvel appel au respect des populations locales, à la paix et à l’unité.

« Arauco sent une douleur que je ne peux faire taire, ce sont les injustices de plusieurs siècles que tous voient commettre ». En reprenant ces paroles de la chanteuse Violeta Parra, le Pape s’est fait le porte-voix de populations souvent affectées par des projets d’exploitation qui portent atteinte à leur mode de vie. Le Souverain pontife a salué nommément les différentes communautés natives qui ont forgé la nation chilienne, les Mapuche, mais aussi les Aymara, Quechua, Atacamenos, et même les Rapanui, les habitants de l’île de Pâques.

Rappelant que « de graves violations des droits humains » avaient été commises sur l’aérodrome même où était célébré la messe, François a dit offrir cette célébration « pour tous ceux qui chaque jour, portent sur les épaules le poids de nombreuses injustices. Le don de Jésus prend en charge avec tout le péché et toute la souffrance de nos peuples, une souffrance pour être racheté. » Évoquant la prière pour l’unité, prononcée par Jésus alors qu’il savait sa fin proche, le Pape a invité à entrer dans « ce jardin de souffrance » pour contrer les tentations de l’affrontement et de la division.

Invitant à vaincre la tentation d’une « uniformité asphyxiante », le Pape François a rappelé que « l’unité demandée et offerte par Jésus reconnait ce que tout peuple, toute culture, est invité à apporter à cette terre bénie. L’unité est une diversité réconciliée puisqu’elle ne tolère pas qu’en son nom soient légitimées des injustices personnelles ou communautaires. Nous avons besoin de la richesse que chaque peuple a à apporter, et il faut laisser de côté la logique de croire qu’existent des cultures supérieures ou inférieures. »

Citant son exhortation apostolique Evangelii gaudium, il a répété que « l’unité dont nos peuples ont besoin demande que nous nous écoutions, mais surtout que nous nous reconnaissions mutuellement, qu’il ne faut pas tant "recevoir des informations sur les autres …, mais recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi pour nous" ».

L’unité ne doit pas se construire par la contrainte. Ni des accords factices, ni la violence ne doivent être des stratégies recevables. « La violence appelle la violence, la destruction augmente la fracture et la séparation. La violence finit par faire mentir la cause la plus juste. »

« Ces attitudes sont comme la lave du volcan qui rase tout, brûle tout, laissant seulement sur son passage stérilité et désolation. Cherchons, en revanche, le chemin de la non-violence active "comme style d’une politique de paix" », a dit le Pape, reprenant le thème de son message du 1er janvier 2017.

La recherche de l’unité et de la paix répond à cette devise du peuple Mapuche, « Küme Monge », « Bien vivre », « un désir profond qui jaillit non seulement de nos cœurs, mais qui résonne comme un cri, comme un chant dans toute la création. »

(Avec V. N.)

Mardi 16 Janvier 2018

Première rencontre entre le Pape François et les fidèles catholiques du Chili : la messe pour la paix et la justice que le Souverain Pontife a présidé, ce mardi 16 janvier 2017, au premier jour de sa visite dans le pays. Ils étaient plus de 400 000 fidèles dans le grand parc O’Higgins de Santiago, là même où 31 ans auparavant, en 1987, le saint Pape Jean-Paul II avait célébré une eucharistie. La messe, célébrée en espagnol et ponctuée de beaux chants, s’est déroulée dans un climat de ferveur et de joie simple.

Retrouvez l’intégralité de l’homélie du Pape lors de la messe pour la paix et la justice au parc O’Higgins de Santiago  :

« Voyant les foules » (Mt 5, 1). En ces premières paroles de l’Évangile, nous trouvons dans quelle attitude Jésus veut venir à notre rencontre, cette même attitude par laquelle Dieu a toujours surpris son peuple (cf. Ex 3, 7). La première attitude de Jésus est de voir, c’est de regarder le visage des siens. Ces visages suscitent l’amour viscéral de Dieu. Ce ne sont pas des idées ou des concepts qui font agir Jésus… ce sont les visages, ce sont les personnes ; c’est la vie qui crie vers la Vie que le Père veut nous transmettre.

En voyant les foules, Jésus regarde le visage des personnes qui le suivaient et le plus beau, c’est de constater qu’en retour ils trouvent dans le regard de Jésus l’écho de leurs quêtes et aspirations. De cette rencontre naît la liste des béatitudes qui sont l’horizon vers lequel nous sommes invités et les défis à affronter. Les béatitudes ne naissent pas d’une attitude passive face à la réalité, ni ne peuvent non plus trouver leur origine dans un spectateur devenant un triste auteur de statistiques de ce qui se passe. Elles ne proviennent pas de prophètes de malheur qui se contentent de semer de la désillusion. Ni non plus de mirages qui nous promettent le bonheur avec un ‘‘clic’’, le temps d’ouvrir et de fermer les yeux. Par contre, les béatitudes naissent du cœur compatissant de Jésus qui rencontre le cœur d’hommes et de femmes qui veulent et désirent une vie bénie ; d’hommes et de femmes qui savent ce qu’est la souffrance ; qui connaissent le désarroi et la douleur qu’on éprouve quand ‘‘tout s’affaisse sous vos pieds’’ ou que ‘‘les rêves sont noyés’’ et que le travail de toute une vie s’écroule ; mais qui sont davantage tenaces et davantage combatifs pour aller de l’avant ; qui sont davantage capables de reconstruire et de recommencer.

Que le cœur chilien est capable de reconstruire et de recommencer ! que vous êtes capables de vous lever après de nombreuses chutes ! C’est à ce cœur que Jésus fait appel ; c’est à ce cœur que sont destinées les béatitudes.

Les béatitudes ne naissent pas d’attitudes critiques ni de ‘‘bavardages à bon marché’’ de ceux qui croient tout savoir mais ne veulent s’engager ni à rien ni avec personne, et finissent ainsi par bloquer toute possibilité de créer des processus de transformation et de reconstruction dans nos communautés, dans nos vies. Les béatitudes naissent du cœur miséricordieux qui ne se lasse pas d’espérer. Et il fait l’expérience que l’espérance « est le jour nouveau, l’extirpation d’une immobilité, la remise en cause d’une prostration négative » (PABLO NERUDA, El habitante y su esperanza, p. 5).

En disant heureux le pauvre, celui qui pleure, la personne affligée, le malade, celui qui a pardonné…, Jésus vient extirper l’immobilité paralysante de celui qui croit que les choses ne peuvent pas changer, de celui qui a cessé de croire au pouvoir régénérateur de Dieu le Père et en ses frères, spécialement en ses frères les plus fragiles, en ses frères rejetés. Jésus, en proclamant les béatitudes, vient remettre en cause cette prostration négative appelée résignation qui nous fait croire que nous pouvons vivre mieux si nous esquivons les problèmes ou nous enfermons dans nos conforts, si nous nous endormons dans un conformisme tranquillisant (Cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 2). Cette résignation qui nous conduit à nous isoler de tout le monde, à nous diviser, à nous séparer ; à devenir aveugles face à la vie et à la souffrance des autres.

Les béatitudes sont ce jour nouveau pour tous ceux qui continuent de miser sur l’avenir, qui continuent de rêver, qui continuent de se laisser toucher et pousser par l’Esprit de Dieu.

Qu’il nous fait du bien de penser que Jésus, depuis le Cerra Renca ou Puntilla vient nous dire : heureux… ! Oui, heureux vous et vous ; heureux vous qui vous laissez contaminer par l’Esprit de Dieu et qui luttez et travaillez pour ce jour nouveau, pour ce Chili nouveau, car le royaume des cieux vous appartiendra. « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).

Face à la résignation qui, comme une méchante rumeur, compromet les relations vitales et nous divise, Jésus nous dit : heureux ceux qui œuvrent pour la réconciliation. Heureux ceux qui sont capables de se salir les mains et de travailler pour que d’autres vivent en paix. Heureux ceux qui s’efforcent pour ne pas semer de la division. Ainsi, la béatitude fait de nous des artisans de paix ; elle nous invite à nous engager pour que l’esprit de réconciliation gagne de l’espace parmi nous. Veux-tu l’épanouissement ? Veux-tu le bonheur ? Heureux ceux qui œuvrent pour que les autres puissent avoir une vie épanouie. Veux-tu la paix ? Travaille pour la paix.

Je ne peux m’empêcher d’évoquer ce grand pasteur de Santiago, quand lors d’un Te Deum il disait : « Si tu veux la paix, travaille pour la justice… Et si quelqu’un nous demande ‘‘qu’est-ce que la justice ?’’ ou si au contraire elle consiste simplement à ‘‘ne pas voler’’, nous lui dirons qu’il existe une autre justice : celle qui exige que chaque homme soit traité comme homme » (Card. Raúl SILVA HENRÍQUEZ, Homélie lors du Te Deum Œcuménique, 18 septembre 1977).

Semer la paix par la proximité, dans le voisinage ! En sortant de sa maison et en regardant les visages, en allant à la rencontre de celui qui est dans une mauvaise passe, qui n’a pas été traité comme une personne, comme un digne enfant de ce pays. C’est pour nous l’unique façon de tisser un avenir de paix, de recoudre une réalité qui peut s’effilocher. L’artisan de paix sait qu’il faut souvent vaincre de grandes ou de petites mesquineries et des ambitions, qui trouvent leur origine dans la prétention de grandir et de ‘‘se faire un nom’’, de gagner du prestige au détriment des autres. L’artisan de paix sait qu’il ne suffit pas de dire : je ne fais de mal à personne, puisque comme disait saint Albert Hurtado : « C’est très bien de ne pas faire de mal, mais c’est très, très, mal de ne pas faire le bien » (Meditación radial, avril 1944).

Construire la paix est un processus qui nous place en face d’un défi et stimule notre créativité à créer des relations permettant de voir dans mon voisin non pas un étranger, un inconnu, mais un enfant de ce pays.

Confions-nous à la Vierge Immaculée qui depuis le Cerra San Cristobal protège et accompagne cette ville. Qu’elle nous aide à vivre et à désirer l’esprit des béatitudes ; pour que partout dans cette ville on entende comme un susurrement : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).

Autre moment fort : la rencontre avec les prêtres, les consacrés et les séminaristes

Ils sont venus en nombre et ont rempli la cathédrale de Santiago, réservant un accueil très chaleureux au Pape argentin.

C’est un véritable programme de vie qu’a proposé le Pape au clergé, aux religieux et aux consacrés de l’Église chilienne. Pour ce faire, François s’est basé sur l’Évangile proclamé lors de la liturgie de la Parole, qui relate la pêche miraculeuse et l’apparition de Jésus ressuscité à ses disciples sur le lac de Tibériade (Jn 21, 1-19) ; un passage que le Pape a partagé en trois moments-clés et symboliques : Pierre/communauté abattue, Pierre/communauté bénéficiaire, et Pierre/communauté transfigurée, expliquant que l’expérience d’apôtre relève toujours d’un double aspect, personnel et communautaire.

(Avec V. N.)

Du 15 au 21 janvier 2018

Le 22ème voyage apostolique du Saint-Père l’emmène une nouvelle fois en Amérique latine, son continent natal : c’est en effet au Chili et au Pérou que se rend à partir d’aujourd’hui le Pape François. La défense des peuples autochtones sera l’un des axes forts de sa visite.

Parti de l’aéroport de Rome Fiumicino à 8h du matin ce lundi 15 janvier, l’avion papal est arrivé à l’aéroport de Santiago du Chili à 20h10 heure locale, soit un petit peu après minuit heure de Rome. Après la cérémonie de bienvenue sur le tarmac, le Pape ’est rendu directement à la nonciature apostolique, où il était attendu vers 21h.

Programme officiel

Son programme officiel commence réellement le mardi 16 janvier, avec à 8h20 (12h20 heure de Rome, compte tenu des quatre heures de décalage horaire) la rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique au Palais de la Moneda, qui sera l’occasion de son premier discours. Il s’entretiendra ensuite vers 9h heure locale avec la présidente sortante Michelle Bachelet. Le président élu, Sebastian Pinera (vainqueur de l’élection présidentielle du 17 décembre dernier, mais qui ne prendra ses fonctions que le 22 mars), devrait lui saluer le Pape en marge de sa rencontre du mardi avec les évêques, mais il n’aura pas d’entretien privé avec lui.

Vers 10h30 (14h30), le Pape célébrera la messe au Parc O’Higgins, le grand parc de la capitale chilienne dans lequel saint Jean-Paul II avait célébré une eucharistie en 1987, dans un contexte alors tendu marqué par des manifestations qui allaient mener progressivement à la fin du régime d’Augusto Pinochet.

Vers 16h (20h), François se rendra en visite dans une prison pour femmes, avant une rencontre à 17h15 (21h15) avec les prêtres, religieux, consacrés et séminaristes. Il prononcera alors un discours, avec une rencontre avec les évêques dans la sacristie de la cathédrale, vers 18h15. La dernière étape de cette journée sera une visite privée au sanctuaire de saint Alberto Hurtado, un prêtre chilien qui fut un pionnier du syndicalisme chrétien, et a été canonisé par Benoît XVI en 2005. Cette visite sera pour le Pape l’occasion d’un dialogue informel avec les jésuites du Chili.

Le mercredi 17 janvier sera une journée particulièrement dense, avec un déplacement en avion à Temuco, une ville située à 700 kilomètres au sud de Santiago. François y célébrera la messe vers 10h30 (14h30) à l’aéroport de Maquehue, puis déjeunera vers 12h45 (16h45) avec des habitants de la région dans un centre géré par l’Église locale, la maison "Madre de la Santa Cruz" ("Mère de la Sainte-Croix").

François repartira ensuite à Santiago pour une fin de journée consacrée à la jeunesse : il rencontrera les jeunes au sanctuaire de Maipu à 17h30 (21h30), puis il visitera à 19h (23h) l’Université pontificale catholique du Chili. Des discours sont prévus durant ces deux rencontres.

Le jeudi 18 janvier, le Pape se rendra en avion à Iquique, le grand port du nord du Chili. Il y célèbrera la messe à 11h30 (15h30) au Campus Lobito, avant un déjeuner à 14h (18h) dans une maison de retraite tenue par les pères oblats, au sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. Il fera ses adieux au Chili lors d’une cérémonie de congé prévue à 16h45, (20h45) avant de s’envoler pour le Pérou, où il sera accueilli à l’aéroport de Lima à 17h20 heure locale (23h20 à Rome, compte tenu des six heures de décalage horaire).

Son séjour au Pérou sera marqué par la rencontre avec les peuples de l’Amazonie

Concernant la journée du vendredi 19 janvier, le programme a été inversé par rapport à ce qui était initialement prévu. Pour des raisons climatiques et pour la sécurité du voyage, François se rendra dès le matin dans la ville amazonienne de Puerto Maldonado. Il participera à 10 h30 (16h30) à une rencontre avec les peuples de l’Amazonie. Il doit y prononcer un discours très attendu, qui posera les jalons du parcours vers le Synode sur l’Amazonie prévu à Rome en octobre 2019. Après avoir salué la population vers 11h30 (17h30), François visitera le Hogar Principito, un foyer pour enfants en difficulté, avant de déjeuner avec des représentants de ces peuples d’Amazonie.

Le Pape repartira vers Lima l’après-midi. Il rencontrera à 16h45 (22h45) les autorités, la société civile et le corps diplomatique au Palais du gouvernement, avant un entretien avec le président Pedro Pablo Kuczynski. Il participera enfin vers 18h (minuit) à une rencontre privée avec les jésuites du Pérou en l’église de San Pedro.

Le samedi 20 janvier, François se déplacera en avion à Trujillo, sur la côte pacifique. Il célébrera la messe à 10h (16h) sur l’esplanade côtière de Huanchaco, puis circulera en papamobile dans le quartier portant le nom de Buenos Aires, comme sa ville argentine natale. Après une brève visite à la cathédrale vers 15h (21h), François rencontrera vers 15h30 (21h30) les prêtres, religieux et séminaristes du nord du Pérou au séminaire local. Il y prononcera un discours, avant de conclure la journée par une prière mariale sur la Place d’Armes de cette ville de Trujillo, vers 16h45 (22h45). Un discours est également prévu lors de cette célébration. Il rentrera ensuite en avion à Lima en fin de journée.

La dernière journée de son voyage, le dimanche 21 janvier, sera consacrée à la capitale péruvienne. François participera à 9h15 (15h15) à un office des heures avec des religieuses contemplatives au sanctuaire du Seigneur des miracles, et prononcera une homélie. Vers 10h30 (16h30), il se rendra à la cathédrale de Lima pour une prière devant les reliques des saints péruviens, puis il rencontrera vers 10h50 (16h50) les évêques du pays au Palais archiépiscopal, où il prononcera un discours. François prononcera ensuite à midi (18h) la prière de l’Angélus devant les fidèles rassemblés sur la Place d’Armes, avant de rentrer à la nonciature pour le déjeuner et un temps de repos.

Le dernier temps fort de ce voyage sera la messe célébrée à 16h15 (22h15) sur la base militaire de Las Palmas. François partira ensuite pour l’aéroport, avec une cérémonie d’adieu prévue à 18h30 (00h30). Son avion s’envolera vers 18h45 (00h45) pour Rome, où il est attendu le lendemain, lundi 22 janvier, vers 14h15, à l’aéroport de Rome Ciampino.

(Avec V. N.)

Dimanche 14 janvier 2018

Le Pape François a présidé la messe pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié en la basilique Saint-Pierre au Vatican, en présence de migrants et réfugiés originaires de 49 pays. Quelques 70 représentants diplomatiques accrédités près le Saint-Siège et l’Italie, étaient également présents. Découvrez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père.

" Cette année, j’ai voulu célébrer la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié par une messe à laquelle vous avez été invités, vous en particulier, migrants, réfugiés et demandeurs d’asile. Certains d’entre vous sont arrivés depuis peu en Italie, d’autres y résident et y travaillent depuis de nombreuses années, et d’autres encore constituent ce qu’on appelle les « deuxièmes générations ».

Tous ont entendu résonner dans cette assemblée la Parole de Dieu, qui nous invite aujourd’hui à approfondir l’appel spécial que le Seigneur adresse à chacun de nous. Comme il l’a fait avec Samuel (cf. 1 S 3, 3b-10.19), il nous appelle par notre nom -à chacun de nous- et nous demande d’honorer le fait que nous avons été créés comme des êtres absolument uniques, tous différents entre nous et avec un rôle singulier dans l’histoire du monde. Dans l’Évangile (cf. Jn 1, 35-42), les deux disciples de Jean demandent à Jésus : « Où demeures-tu ? » (v. 38), laissant entendre que, de la réponse à cette question, dépend leur jugement sur le maître de Nazareth. La réponse de Jésus est claire : « Venez et voyez ! » (v. 39), et ouvre à une rencontre personnelle, qui comporte un temps approprié pour accueillir, connaître et reconnaître l’autre.

Dans le Message pour la Journée d’aujourd’hui, j’ai écrit : « Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus-Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté (cf. Mt 25, 35.43) ». Et, pour l’étranger, le migrant, le réfugié, l’exilé et le demandeur d’asile, chaque porte de la nouvelle terre est aussi une occasion de rencontre avec Jésus. Son invitation « Venez et voyez ! » nous est aujourd’hui adressée à tous, communautés locales et nouveaux arrivés. C’est une invitation à surmonter nos peurs pour pouvoir aller à la rencontre de l’autre, pour l’accueillir, le connaître et le reconnaître. C’est une invitation qui offre l’opportunité de se faire le prochain de l’autre pour voir où et comment il vit. Dans le monde d’aujourd’hui, pour les nouveaux arrivés, accueillir, connaître et reconnaître signifie connaître et respecter les lois, la culture et les traditions des pays où ils sont accueillis. Cela signifie également comprendre leurs peurs et leurs appréhensions vis-à-vis de l’avenir. Et pour les communautés locales, accueillir, connaître et reconnaître signifie s’ouvrir à la richesse de la diversité sans préjugés, comprendre les potentialités et les espérances des nouveaux arrivés, de même que leur vulnérabilité et leurs craintes.

La vraie rencontre avec l’autre ne s’arrête pas à l’accueil, mais elle nous invite tous à nous engager dans les trois autres actions que j’ai mis en évidence dans le Message pour cette Journée : protéger, promouvoir et intégrer. Et, dans la rencontre vraie avec le prochain, serons-nous capables de reconnaître Jésus-Christ, qui demande d’être accueilli, protégé, promu et intégré ? Comme nous l’enseigne la parabole évangélique du jugement dernier : le Seigneur avait faim, il avait soif, il était assoiffé, malade, étranger et en prison et il a été secouru par certains, mais pas par d’autres (cf. Mt 25, 31-46). Cette vraie rencontre avec le Christ est source de salut, un salut qui doit être annoncé et apporté à tous, comme nous l’enseigne l’apôtre André. Après avoir révélé à son frère Simon : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41), André le conduit à Jésus, afin qu’il fasse, lui aussi, cette même expérience de la rencontre.

Il n’est pas facile d’entrer dans la culture des autres, de se mettre à la place de personnes si différentes de nous, de comprendre leurs pensées et leurs expériences. Ainsi nous renonçons souvent à rencontrer l’autre et nous élevons des barrières pour nous défendre. Les communautés locales ont parfois peur que les nouveaux arrivés perturbent l’ordre établi, “volent” quelque chose de ce que l’on a construit péniblement. Les nouveaux arrivés aussi ont des peurs : ils craignent la confrontation, le jugement, la discrimination, l’échec. Ces peurs sont légitimes, elles se fondent sur des doutes parfaitement compréhensibles d’un point de vue humain. Ce n’est pas un péché d’avoir des doutes et des craintes. Le péché, c’est de laisser ces peurs déterminer nos réponses, conditionner nos choix, compromettre le respect et la générosité, alimenter la haine et le refus. Le péché, c’est de renoncer à la rencontre avec l’autre, à la rencontre avec celui qui est différent, à la rencontre avec le prochain, alors que cela constitue, de fait, une occasion privilégiée de rencontre avec le Seigneur.

C’est de cette rencontre avec Jésus présent dans le pauvre, dans celui qui est rejeté, dans le réfugié, dans le demandeur d’asile, que jaillit notre prière d’aujourd’hui. C’est une prière réciproque : migrants et réfugiés prient pour les communautés locales, et les communautés locales prient pour les nouveaux arrivés et pour les migrants de long séjour. Nous confions à l’intercession maternelle de la Très Sainte Vierge Marie les espérances de tous les migrants et de tous les réfugiés du monde, ainsi que les aspirations des communautés qui les accueillent pour que, conformément au commandement divin le plus élevé de la charité et de l’amour du prochain, nous apprenions tous à aimer l’autre, l’étranger, comme nous nous aimons nous-mêmes. "

Lundi 8 janvier 2018

Le pape François a défendu les droits fondamentaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ce 8 janvier 2018, devant le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège : droit à la vie, à la liberté et à l’inviolabilité de chaque personne humaine, droit de former une famille, liberté de mouvement, droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, le droit au travail… Découvrez le discours du Saint-Père dans son intégralité.

"Excellences, Mesdames et Messieurs,

Elle constitue une belle coutume, cette rencontre qui, en conservant encore vive dans les cœurs la joie de Noël, m’offre l’occasion de vous présenter personnellement les vœux pour l’année commencée depuis peu et de manifester ma proximité ainsi que mon affection aux peuples que vous représentez. Je remercie le Doyen du Corps Diplomatique, Son Excellence Monsieur Armindo Fernandes do Espiríto Santo Vieira, Ambassadeur de l’Angola, pour les paroles déférentes qu’il vient de m’adresser au nom de tout le Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège. J’adresse une spéciale bienvenue aux Ambassadeurs venus de l’extérieur de Rome pour l’occasion, dont le nombre s’est accru suite aux relations diplomatiques nouées avec la République de l’Union du Myanmar, en mai dernier. De même, je salue les Ambassadeurs résidents à Rome toujours plus nombreux, parmi lesquels se trouve, à présent, l’Ambassadeur de la République de l’Afrique du Sud, tandis je voudrais dédier une pensée particulière à feu l’Ambassadeur de la Colombie, Guillermo León Escobar-Herran, décédé quelques jours avant Noël. Je vous remercie pour les relations fructueuses et constantes que vous entretenez avec la Secrétairerie d’État et avec les autres Dicastères de la Curie Romaine, en témoignage de l’intérêt de la communauté internationale pour la mission du Saint-Siège et pour l’engagement de l’Église catholique dans vos pays respectifs. Dans cette perspective se situe aussi l’activité du Saint-Siège concernant les Conventions, qui l’an dernier a vu la signature, au mois de février, de l’Accord Cadre avec la République du Congo et, au mois d’août, de l’Accord entre la Secrétairerie d’État et le Gouvernement de la Fédération Russe sur les voyages sans visa des titulaires de passeports diplomatiques.
Dans les relations avec les Autorités civiles, le Saint-Siège ne vise rien d’autre que de favoriser le bien-être spirituel et matériel de la personne humaine et la promotion du bien commun. Les voyages apostoliques que j’ai effectués au cours de l’année passée en Égypte, au Portugal, en Colombie, au Myanmar et au Bangladesh ont été une expression de cette sollicitude. Je me suis rendu au Portugal, en pèlerin, lors du centenaire des apparitions de la Vierge à Fatima, pour célébrer la canonisation des pastoureaux Jacinthe et François Marto. J’ai pu y constater la foi remplie d’enthousiasme et de joie que la Vierge Marie a suscitée chez les nombreux pèlerins venus pour l’occasion. De même en Égypte, au Myanmar et au Bangladesh, j’ai pu rencontrer les communautés chrétiennes locales qui, bien que numériquement réduites, sont appréciées pour la contribution qu’elles offrent au développement et à la convivialité civile de leurs pays respectifs. Des rencontres avec les représentants des autres religions n’ont pas manqué, témoignant combien les spécificités de chacune ne sont pas un obstacle au dialogue, mais plutôt la sève qui l’alimente dans le désir commun de connaître la vérité et de pratiquer la justice. Enfin, en Colombie, j’ai voulu bénir les efforts et le courage de ce peuple bien-aimé, marqué par un ardent désir de paix après plus d’un demi-siècle de conflit interne.
Chers Ambassadeurs,
Au cours de cette année, aura lieu le centenaire de la fin de la première Guerre Mondiale : un conflit qui a remodelé le visage de l’Europe et du monde entier, avec la naissance de nouveaux États qui ont pris la place des anciens empires. Des cendres de la Grande Guerre, on peut tirer deux avertissements, que malheureusement l’humanité n’a pas su comprendre immédiatement, arrivant dans le laps d’une vingtaine d’années à affronter un nouveau conflit encore plus dévastateur que le précédent. Le premier avertissement, c’est que vaincre ne signifie jamais humilier l’adversaire défait. La paix ne se construit pas comme une affirmation du pouvoir du vainqueur sur le vaincu. Ce n’est pas la loi de la peur qui dissuade de futures agressions, mais plutôt la force de la raison douce qui encourage au dialogue et à la compréhension réciproque pour aplanir les différences (Cf. JEAN XXIII, Lettre encyclique, Pacem in terris, 11 avril 1963, nn. 126-129). De cela découle le second avertissement : la paix se consolide lorsque les Nations peuvent traiter entre elles dans un climat de parité. Il y a un siècle – tout juste aujourd’hui –, le Président américain d’alors, Thomas Woodrow Wilson, l’a compris lorsqu’il a proposé la création d’une association générale des Nations destinée à promouvoir pour tous les États, indistinctement grands et petits, des garanties mutuelles d’indépendance et d’intégrité territoriale. Ainsi ont été jetées les bases de cette diplomatie multilatérale, qui a acquis progressivement au cours des années un rôle et une influence croissante au sein de la Communauté internationale tout entière.
Aussi bien les relations entre les Nations que les relations humaines « doivent […] [s’]harmoniser […] selon la vérité et la justice, en esprit d’active solidarité et dans la liberté » (Ibid., n. 80). Cela comporte « l’égalité naturelle de toutes les communautés politiques en dignité » (Ibid., n. 86), ainsi que la reconnaissance des droits mutuels, avec l’accomplissement des devoirs correspondants (cf. Ibid., n. 91). La condition fondamentale de cette attitude est l’affirmation de la dignité de chaque personne humaine, dont le mépris et la méconnaissance portent à des actes de barbarie qui offensent la conscience de l’humanité (cf. Déclaration universelle des droits de l’homme, 10 décembre 1948). D’autre part, « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde » (Ibid., Préambule), comme l’affirme la Déclaration universelle des droits de l’homme.
C’est à cet important document que, soixante ans après son adoption de la part de l’Assemblée Générale des Nations Unis, advenue le 10 décembre 1948, je voudrais consacrer notre rencontre d’aujourd’hui. Pour le Saint-Siège, en effet, parler des droits humains signifie, avant tout, proposer de nouveau la centralité de la dignité de la personne, en tant qu’elle est voulue et créée par Dieu à son image et à sa ressemblance. Le Seigneur Jésus lui-même, en guérissant le lépreux, en redonnant la vue à l’aveugle, en s’entretenant avec le publicain, en sauvant la vie à la femme adultère et en invitant à prendre soin du voyageur blessé, a fait comprendre combien chaque être humain, indépendamment de sa condition physique, spirituelle ou sociale, mérite respect et considération. Du point de vue chrétien, il y a donc une relation significative entre le message évangélique et la reconnaissance des droits humains, dans l’esprit des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Ces droits trouvent leur fondement dans la nature qui objectivement unit le genre humain. Ils ont été proclamés pour faire tomber les murs de séparation qui divisent la famille humaine et favoriser ce que la doctrine sociale de l’Église appelle le développement humain intégral, puisqu’il concerne la promotion de chaque homme et de tout l’homme, jusqu’à comprendre l’humanité tout entière (cf. PAUL VI, Lettre encyclique, Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 14). Une vision réductrice de la personne humaine ouvre au contraire la voie à la propagation de l’injustice, de l’inégalité sociale et de la corruption.
Il faut, toutefois, constater qu’au cours des années passées, surtout suite aux bouleversements sociaux de ‘1968’, l’interprétation de certains droits s’est progressivement modifiée, de façon à inclure une multiplicité de ‘‘nouveaux droits’’, souvent en contradiction entre eux. Cela n’a pas toujours favorisé la promotion de relations amicales entre les Nations (cf. Déclaration universelle des droits de l’homme, Préambule), car des conceptions controversées des droits humains ont été exprimées, en contraste avec la culture de nombreux pays, qui ne se sentent pas par conséquent respectés dans leurs traditions socio-culturelles propres, mais plutôt négligés quant aux nécessités réelles qu’ils doivent affronter. Il peut donc y avoir le risque – paradoxal par certains côtés – que, au nom des mêmes droits humains, on en vienne à instaurer des formes modernes de colonisation idéologique des plus forts et des plus riches au détriment des plus pauvres et des plus faibles. En même temps, il convient d’avoir présent à l’esprit que les traditions de chaque peuple ne peuvent être évoquées comme un prétexte pour manquer au respect dû aux droits fondamentaux énoncés par la Déclaration universelle des droits humains.
Après soixante ans, il est regrettable de relever comment de nombreux droits fondamentaux sont aujourd’hui encore violés. Le premier d’entre tous ces droits est celui à la vie, à la liberté et à l’inviolabilité de chaque personne humaine (cf. Ibid., art. 3). Ce ne sont pas seulement la guerre ou la violence qui les compromettent. En notre temps, il y a des formes plus subtiles : je pense d’abord aux enfants innocents, rejetés avant même de naître ; non voulus parfois uniquement parce qu’ils sont malades ou malformés, ou à cause de l’égoïsme des adultes. Je pense aux personnes âgées, elles aussi bien des fois rejetées, surtout si elles sont malades, car considérées comme un poids. Je pense aux femmes, qui souvent subissent des violences et des abus y compris au sein de leurs propres familles. Je pense, ensuite, à ceux qui sont victimes de la traite des personnes qui viole la prohibition de toute forme d’esclavage. Que de personnes, surtout fuyant la pauvreté et la guerre, sont objet de ce commerce illicite perpétré par des sujets sans scrupules ?
Défendre le droit à la vie et à l’intégrité physique signifie, ensuite, promouvoir le droit à la santé de la personne et de ses proches. Aujourd’hui, ce droit à la santé a adopté des implications qui dépassent les intentions d’origine de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui visait à affirmer le droit de chacun à bénéficier des soins médicaux et des services sociaux nécessaires (cf. ibid., art. 25). Dans cette perspective, je souhaite que, au niveau des instances internationales compétentes, on œuvre pour favoriser surtout un accès facile de tous aux soins et aux traitements sanitaires. Il est important d’unir les efforts afin qu’on puisse adopter des politiques en mesure de garantir, à des prix accessibles, la fourniture des médicaments essentiels pour la survie des personnes démunies, sans négliger la recherche et le développement des traitements qui, bien que n’étant pas économiquement importants pour le marché, sont déterminants pour sauver des vies humaines.
Défendre le droit à la vie implique également d’œuvrer activement pour la paix, universellement reconnue comme l’une des valeurs les plus hautes à rechercher et à défendre.
Cependant de graves conflits locaux continent à embraser diverses régions de la terre. Les efforts collectifs de la communauté internationale, l’action humanitaire des organisations internationales et les demandes incessantes de paix, qui s’élèvent des terres ensanglantées par des combats, semblent toujours moins efficaces face à la logique aberrante de la guerre. Cette situation n’entame pas notre désir et notre engagement pour la paix, conscients que sans elle le développement intégral de l’homme est hors de portée.
Le désarmement intégral et le développement intégral sont étroitement liés entre eux. D’autre part, la recherche de la paix comme condition préalable au développement implique de combattre l’injustice et d’éradiquer, de manière non violente, les causes de désaccord qui conduisent aux guerres. La prolifération des armes aggrave clairement les situations de conflit et comporte des coûts humains et matériels considérables qui minent le développement ainsi que la recherche d’une paix durable. Le résultat historique atteint l’année dernière avec l’adoption du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, au terme de la Conférence des Nations Unies, visant à négocier un instrument juridiquement contraignant pour prohiber les armes nucléaires, montre combien le désir de paix est toujours vif. La promotion de la culture de paix en vue d’un développement intégral demande des efforts persévérants pour le désarmement et la limitation du recours à la force armée dans la gestion des affaires internationales. Je voudrais, par conséquent, encourager un débat serein et le plus ample possible sur la question, qui évite des polarisations de la communauté internationale sur un sujet aussi délicat. Tout effort dans ce sens, si modeste soit-il, représente un résultat important pour l’humanité.
Pour sa part, le Saint-Siège a signé et ratifié, également au nom et pour le compte de l’État de la Cité du Vatican, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, dans la perspective exprimée par saint Jean XXIII dans Pacem in terris, selon laquelle « La justice, la sagesse, le sens de l’humanité réclament par conséquent, qu’on arrête la course aux armements ; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l’armement existant dans les divers pays, la proscription de l’arme atomique » (n. 112). En effet, « qu’il y ait des hommes au monde pour prendre la responsabilité des massacres et des ruines sans nombre d’une guerre, cela peut paraître incroyable ; pourtant, on est contraint de l’avouer, une surprise, un accident suffiraient à provoquer la conflagration » ( Ibid. n. 111).
Le Saint-Siège réaffirme donc la ferme conviction « que les éventuels conflits entre les peuples ne doivent pas être réglés par le recours aux armes, mais par la négociation » (Ibid., n. 126). D’autre part, précisément la fabrication ininterrompue d’armes toujours plus sophistiquées et plus ‘‘perfectionnées’’ ainsi que la persistance de nombreux foyers de conflit – de ce que j’ai, plus d’une fois, qualifié de ‘‘troisième guerre mondiale par morceaux’’ – ne peut que nous faire répéter avec force les paroles de mon saint Prédécesseur : « Il devient humainement impossible de penser que la guerre soit, en notre ère atomique, le moyen adéquat pour obtenir justice […] Néanmoins, il est permis d’espérer que les peuples, intensifiant entre eux les relations et les échanges, découvriront mieux les liens d’unité qui découlent de leur nature commune ; ils comprendront plus parfaitement que l’un des devoirs primordiaux issus de leur communauté de nature, c’est de fonder les relations des hommes et des peuples sur l’amour et non sur la crainte. C’est, en effet, le propre de l’amour d’amener les hommes à une loyale collaboration, susceptible de formes multiples et porteuse d’innombrables bienfaits » (Ibid., nn. 127-129).
Dans cette perspective, il est d’une importance primordiale qu’on puisse soutenir toute tentative de dialogue dans la péninsule coréenne, afin de trouver de nouvelles voies pour surmonter les oppositions actuelles, d’accroître la confiance réciproque et d’assurer un avenir de paix au peuple coréen et au monde entier.
De même, il est important qu’on puisse poursuivre, dans un climat constructif de confiance accrue entre les parties, les diverses initiatives de paix en cours en faveur de la Syrie, pour qu’on puisse finalement mettre fin au long conflit qui a affecté le pays et causé d’effroyables souffrances. Le souhait général est que, après tant de destructions, arrive le temps de la reconstruction. Mais plus encore que la reconstruction des édifices, s’avèrent nécessaires la reconstruction des cœurs, le retissage de la toile de la confiance réciproque, préalables indispensables pour l’épanouissement de toute société. Il faut donc travailler à favoriser les conditions juridiques, politiques et sécuritaires, pour une reprise de la vie sociale, où chaque citoyen, indépendamment de son appartenance ethnique et religieuse, puisse participer au développement du pays. En ce sens, il est vital que soient protégées les minorités religieuses, parmi lesquelles se trouvent les chrétiens, qui depuis des siècles contribuent activement à l’histoire de la Syrie.
Il est aussi important que puissent retourner dans leur patrie les nombreux réfugiés qui ont trouvé accueil et refuge dans les nations limitrophes, surtout en Jordanie, au Liban et en Turquie. L’engagement et les efforts accomplis par ces pays dans cette situation difficile mérite l’appréciation et le soutien de toute la communauté internationale, qui est en même temps appelée à œuvrer pour créer les conditions en vue du rapatriement des réfugiés provenant de la Syrie. C’est un engagement qu’elle doit concrètement prendre en commençant par le Liban, afin que ce pays bienaimé continue à être un ‘‘message’’ de respect et de cohabitation ainsi qu’un modèle à imiter pour toute la région et pour le monde entier.
La volonté de dialogue est nécessaire également dans le bien-aimé Irak, pour que les diverses composantes ethniques et religieuses puissent retrouver le chemin de la réconciliation et de la cohabitation et collaboration pacifiques, tout comme au Yémen et dans d’autres parties de la région, ainsi qu’en Afghanistan.
J’adresse une pensée particulière aux Israéliens et aux Palestiniens, suite aux tensions des dernières semaines. Le Saint-Siège, en exprimant sa douleur pour ceux qui ont perdu la vie dans les récents affrontements, renouvelle son appel pressant à pondérer toute initiative afin qu’on évite d’exacerber les oppositions, et il invite à un engagement commun à respecter, en conformité avec les Résolutions pertinentes des Nations Unies, le status quo de Jérusalem, ville sacrée pour les chrétiens, les juifs et les musulmans. Soixante-dix ans d’affrontements rendent plus que jamais urgent de trouver une solution politique qui permette la présence dans la région de deux États indépendants dans des frontières internationalement reconnues. Même au sein des difficultés, la volonté de dialoguer et de reprendre les négociations reste le principal chemin pour arriver finalement à une cohabitation pacifique des deux peuples.
De même dans des contextes nationaux, l’ouverture et la disponibilité à la rencontre sont essentielles. Je pense surtout au bien-aimé Venezuela, qui traverse une crise politique et humanitaire toujours plus dramatique et sans précédent. Le Saint-Siège, alors qu’il exhorte à répondre sans tarder aux besoins primaires de la population, souhaite que soient créées les conditions afin que les élections prévues pour l’année en cours soient en mesure d’apporter une solution aux conflits existants, et qu’on puisse envisager l’avenir avec une sérénité retrouvée.
Que la communauté internationale n’oublie pas non plus les souffrances de nombreuses parties du Continent africain, spécialement au Sud-Soudan, en République Démocratique du Congo, en Somalie, au Nigéria et en République Centrafricaine, où le droit à la vie est menacé par l’exploitation abusive des ressources, par le terrorisme, par la prolifération de groupes armés et par des conflits persistants. Il ne suffit pas de s’indigner face à tant de violence. Il faut plutôt que chacun, dans son domaine propre, œuvre activement pour éradiquer les causes de la misère et pour construire des ponts de fraternité, condition fondamentale d’un développement humain authentique.
Un engagement commun pour reconstruire les ponts est urgent également en Ukraine. L’année qui vient de s’achever a connu de nouvelles victimes dans le conflit qui affecte le pays, en continuant à infliger de grandes souffrances à la population, en particulier aux familles qui résident dans les zones touchées par la guerre et qui ont perdu des proches, souvent des personnes âgées et des enfants.
Je voudrais précisément dédier à la famille une pensée spéciale. Le droit de former une famille, en tant qu’« élément naturel et fondamental de la société [qui] a le droit à la protection de la société et de l’État » (Déclaration universelle des droits de l’homme), est en effet reconnu par la Déclaration de 1948 elle-même. Malheureusement, on sait comment, surtout en Occident, la famille est considérée comme une institution dépassée. À la stabilité d’un projet définitif, on préfère de nos jours des liens fugaces. Mais une maison construite sur le sable des relations fragiles et instables ne tient pas. Il faut plutôt une roche, sur laquelle ancrer des bases solides. Et la roche est précisément cette communion d’amour, fidèle et indissoluble, qui unit l’homme et la femme, une communion qui a une beauté austère et simple, un caractère sacré et inviolable et une fonction naturelle dans l’ordre social (cf. PAUL VI, Discours à l’occasion de la visite à la Basilique de l’Annonciation, Nazareth, 5 janvier 1964). Je juge, par conséquent, urgent qu’on entreprenne de réelles politiques de soutien aux familles, dont par ailleurs dépendent l’avenir et le développement des États. Sans cette politique, en effet, on ne peut pas construire des sociétés en mesure d’affronter les défis de l’avenir. Le désintérêt pour les familles entraîne, en outre, une autre conséquence dramatique – et particulièrement actuelle dans certaines régions – qui est la baisse de la natalité. On vit un véritable hiver démographique ! C’est le signe de sociétés qui ont du mal à affronter les défis du présent et qui deviennent donc toujours plus craintives face à l’avenir, en finissant par se replier sur elles-mêmes.
En même temps, on ne peut oublier la situation de familles brisées à cause de la pauvreté, des guerres et des migrations. Nous avons trop souvent sous nos yeux le drame des enfants qui, seuls, traversent les frontières séparant le sud du nord du monde, souvent victimes du trafic d’êtres humains.
Aujourd’hui, on parle beaucoup de migrants et de migrations, parfois juste pour susciter des peurs ancestrales. Il ne faut pas oublier que les migrations ont toujours existé. Dans la tradition judéo-chrétienne, l’histoire du salut est essentiellement une histoire de migrations. Il ne faut pas non plus oublier que la liberté de mouvement, tout comme celle de quitter son propre pays et d’y retourner, fait partie des droits fondamentaux de l’homme (cf. Déclaration universelle des droits de l’homme, art. 13). Il faut donc sortir d’une rhétorique répandue sur la question et aller au fait essentiel que devant nous, il y a d’abord et avant tout des personnes.
C’est ce que j’ai voulu réaffirmer par le Message pour la Journée Mondiale de la Paix, célébrée le 1er janvier dernier, consacré aux : ‘‘[Les] migrants et [les] réfugiés : des hommes et des femmes en quête de paix’’. Tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas toujours tous animés des meilleures intentions, on ne peut pas oublier que la majorité des migrants préfèrerait rester dans leur propre pays, alors qu’elle se trouve contrainte à le quitter « à cause des discriminations, des
persécutions, de la pauvreté et de la dégradation environnementale. […] Accueillir l’autre exige un engagement concret, une chaîne d’entraide et de bienveillance, une attention vigilante et compréhensive, la gestion responsable de nouvelles situations complexes qui, parfois, s’ajoutent aux autres problèmes innombrables déjà existants, ainsi que des ressources qui sont toujours limitées. En pratiquant la vertu de prudence, les gouvernants sauront accueillir, promouvoir, protéger et intégrer, en établissant des dispositions pratiques, « dans la mesure compatible avec le bien réel de leur peuple, …[pour] s’intégrer » (Pacem in terris, n. 106). Ils ont une responsabilité précise envers leurs communautés, dont ils doivent assurer les justes droits et le développement harmonieux, pour ne pas être comme le constructeur imprévoyant qui fit mal ses calculs et ne parvint pas à achever la tour qu’il avait commencé à bâtir (cf. Lc 14, 28-30) » (FRANÇOIS, Message pour la 51ème Journée Mondiale de la Paix, 13 novembre 2017, n. 1).
Je voudrais de nouveau remercier les Autorités de ces États qui se sont prodigués au cours de ces années pour fournir une assistance aux nombreux migrants parvenus à leurs frontières. Je pense d’abord à l’engagement de nombreux pays en Asie, en Afrique et dans les Amériques, qui accueillent et assistent un grand nombre de personnes. Je garde encore vivante dans le cœur la rencontre que j’ai eue à Dacca avec quelques membres du peuple Rohingya et j’aimerais renouveler aux autorités du Bangladesh mes sentiments de gratitude pour l’assistance qu’elles offrent, sur leur propre territoire, à ces personnes.
Je voudrais ensuite exprimer une gratitude spéciale à l’Italie qui, ces années, a montré un cœur ouvert et généreux et a su aussi donner des exemples positifs d’intégration. Mon souhait est que les difficultés que le pays a traversées ces dernières années, et dont les conséquences persistent, ne conduisent pas à des fermetures et à des verrouillages, mais au contraire à une redécouverte de ces racines et de ces traditions qui ont nourri la riche histoire de la Nation et qui constituent un inestimable trésor à offrir au monde entier. De même, j’exprime mon appréciation pour les efforts accomplis par d’autres États européens, en particulier la Grèce et l’Allemagne. Il ne faut pas oublier que de nombreux réfugiés et migrants cherchent à rejoindre l’Europe parce qu’ils savent qu’ils pourront y trouver paix et sécurité, qui sont d’ailleurs le fruit d’un long cheminement né des idéaux des Pères fondateurs du projet européen après la seconde guerre mondiale. L’Europe doit être fière de ce patrimoine, fondé sur certains principes et sur une vision de l’homme qui plonge ses bases dans son histoire millénaire, inspirée par la conception chrétienne de la personne humaine. L’arrivée des migrants doit la pousser à redécouvrir son patrimoine culturel et religieux propre, de sorte que, reprenant conscience de ses valeurs sur lesquelles elle s’est édifiée, elle puisse en même temps maintenir vivante sa tradition et continuer à être un lieu accueillant, annonciateur de paix et de développement.
L’an passé, les gouvernements, les organisations internationales et la société civile se sont consultés réciproquement sur les principes de base, sur les priorités et sur les modalités les plus opportunes pour répondre aux mouvements migratoires et aux situations persistantes qui concernent les réfugiés. Les Nations Unies, suite à la Déclaration de New York pour les Réfugiés et les Migrants de 2016, ont initié d’importants processus de préparation en vue de l’adoption de deux Pactes Mondiaux (Global Compacts), respectivement sur les réfugiés et pour une migration sûre, ordonnée et régulière.
Le Saint Siège souhaite que ces efforts, grâce aux négociations qui s’ouvriront bientôt, conduisent à des résultats dignes d’une communauté mondiale toujours plus interdépendante, fondée sur les principes de solidarité et d’aide mutuelle. Dans le contexte international actuel, les possibilités et les moyens d’assurer à tout homme et à toute femme qui vit sur terre des conditions de vie dignes de la personne humaine ne manquent pas.
Dans le Message pour la Journée Mondiale de la Paix de cette année j’ai suggéré quatre ‘‘jalons’’ pour l’action : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer (Ibid., n. 4). Je voudrais m’arrêter en particulier sur ce dernier, sur lequel s’affrontent différentes positions à la lumière d’autant d’évaluations, d’expériences, de préoccupations et de convictions. L’intégration est un “processus bidirectionnel”, avec des droits et des devoirs réciproques. Celui qui accueille est en effet appelé à promouvoir le développement humain intégral, alors qu’on demande à celui qui est accueilli de se conformer immanquablement aux normes du pays qui l’accueille, ainsi qu’au respect de ses principes identitaires. Tout processus d’intégration doit toujours maintenir au centre des normes qui concernent les divers aspects de la vie politique et sociale, la défense et la promotion des personnes, surtout de celles qui se trouvent dans des situations de vulnérabilité.
Le Saint Siège n’a pas l’intention d’interférer dans les décisions qui reviennent aux Etats, lesquels, à la lumière de leurs situations politiques, sociales et économiques respectives, et aussi des capacités propres et des possibilités d’hospitalité et d’intégration, ont la première responsabilité de l’accueil. Cependant, il estime nécessaire de jouer un rôle pour le “rappel” des principes d’humanité et de fraternité qui fondent toute société unie et harmonieuse. Dans cette perspective, il est important de ne pas oublier l’interaction avec les communautés religieuses, tant institutionnelles qu’au niveau associatif, qui peuvent jouer un rôle précieux de renfort dans l’assistance et la protection, de médiation sociale et culturelle, de pacification et d’intégration.
Parmi les droits humains que je voudrais rappeler aujourd’hui, il y a aussi le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, qui inclut le droit à la liberté de changer de religion (cf. Déclaration universelle des droits de l’homme, art. 18). On sait malheureusement combien le droit à la liberté de religion est souvent violé et la religion devient souvent ou l’occasion pour justifier idéologiquement de nouvelles formes d’extrémisme ou bien un prétexte à l’exclusion sociale, voire à des formes de persécutions des croyants. La construction de sociétés inclusives exige comme condition une compréhension intégrale de la personne humaine, qui peut se sentir vraiment accueillie quand elle est reconnue et acceptée dans toutes les dimensions qui constituent son identité, y compris religieuse.
Enfin, je souhaite rappeler l’importance du droit au travail. Il n’y a pas de paix ni de développement si l’homme est privé de la possibilité de contribuer personnellement, par son travail, à l’édification du bien commun. Il est regrettable de constater, au contraire, combien le travail est, en de nombreuses régions du monde, un bien rare. Peu nombreuses sont parfois les opportunités, surtout pour les jeunes, de trouver du travail. Il est souvent facile de le perdre non seulement à cause des conséquences de l’alternance des cycles économiques, mais aussi en raison du recours progressif à des technologies et à des machines toujours plus perfectionnées et plus précises, capables de remplacer l’homme. Et si, d’un côté, on constate une répartition inéquitable des offres de travail, de l’autre on relève la tendance à demander à celui qui travaille des rythmes toujours plus pressants. Les exigences du profit, dictées par la globalisation, ont conduit à une réduction progressive des temps et des jours de repos, avec comme résultat la perte d’une dimension fondamentale de la vie – celle du repos – qui permet à la personne de se refaire non seulement physiquement mais aussi spirituellement. Dieu lui-même s’est reposé le septième jour. Il l’a béni et l’a consacré « car il avait chômé après tout son ouvrage de création » (Gn 2, 3). Dans l’alternance du travail et du repos, l’homme participe à la “sanctification du temps” accomplie par Dieu et il ennoblit son travail, le soustrayant aux dynamiques répétitives d’un quotidien aride qui ne connaît pas d’arrêt.
En outre, les données publiées récemment par l’Organisation Mondiale du Travail sur l’augmentation du nombre d’enfants employés dans des activités de travail et du nombre des victimes des nouvelles formes d’esclavage sont un motif de particulière préoccupation. Le fléau du travail des mineurs continue de compromettre sérieusement le développement psycho-physique des enfants, les privant des joies de l’enfance, fauchant des victimes innocentes. On ne peut penser projeter un avenir meilleur, ni souhaiter construire des sociétés plus inclusives si l’on continue à maintenir des modèles économiques orientés vers le simple profit et l’exploitation des plus faibles, tels que les enfants. Eliminer les causes structurelles de ce fléau devrait être une priorité des gouvernements et des organisations internationales, appelés à intensifier leurs efforts pour adopter des stratégies intégrées et des politiques coordonnées visant à faire cesser le travail des mineurs sous toutes ses formes.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
En rappelant certains des droits contenus dans la Déclaration Universelle de 1948, je n’entends pas omettre un aspect qui lui est strictement connexe : tout individu a aussi des devoirs envers la communauté, visant à « satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique » (Ibid., n. 29). Le juste rappel des droits de tout être humain doit tenir compte du fait que chacun fait partie d’un corps plus grand. Nos sociétés aussi, comme tout corps humain, jouissent d’une bonne santé si chaque membre accomplit sa tâche, conscient que celle-ci est au service du bien commun.
Parmi les devoirs particulièrement impérieux, il y a aujourd’hui celui de prendre soin de notre terre. Nous savons que la nature peut être en elle-même meurtrière même quand il n’y a pas de responsabilité de l’homme. Nous l’avons vu cette dernière année avec les tremblements de terre qui ont touché diverses régions, particulièrement ces derniers mois au Mexique et en Iran, causant de nombreuses victimes, tout comme avec la force des ouragans qui ont touché plusieurs pays des Caraïbes jusqu’à atteindre les côtes des États-Unis et qui, plus récemment, ont investi les Philippines. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une importante responsabilité de l’homme dans l’interaction avec la nature. Les changements climatiques, avec la hausse générale des températures et les effets dévastateurs qu’elle entraîne sont aussi une conséquence de l’action de l’homme. Il convient donc de faire face, dans un effort commun, à la responsabilité de laisser aux générations qui suivront une terre plus belle et plus vivable, en œuvrant, à la lumière des engagements pris à Paris en 2015, pour réduire les émissions de gaz nocifs pour l’atmosphère et dangereux pour la santé humaine.
L’esprit qui doit animer chaque personne comme les nations dans ce travail, est comparable à celui des constructeurs des cathédrales médiévales qui constellent l’Europe. Ces édifices imposants racontent l’importance de la participation de chacun à une œuvre capable de franchir les limites du temps. Le constructeur de cathédrales savait qu’il ne verrait pas l’achèvement de son travail. Néanmoins, il se prodiguait activement, comprenant qu’il faisait partie d’un projet dont jouiraient ses enfants, qui – à leur tour – l’embelliraient et l’agrandiraient pour leurs enfants. Chaque homme et chaque femme de ce monde – et en particulier celui qui a la responsabilité de gouverner – est appelé à cultiver le même esprit de service et de solidarité intergénérationnel, et être ainsi un signe d’espérance pour notre monde tourmenté.
C’est avec ces considérations que je renouvelle à chacun de vous, à vos familles et à vos peuples les vœux d’une année riche de joie, d’espérance et de paix.
Merci."

(Librairie éditrice du Vatican)

Dimanche 7 Janvier 2018

En la solennité du Baptême du Seigneur, le Pape François a baptisé trente-quatre nouveau-nés, ce dimanche 7 janvier 2018, dans le cadre somptueux de la Chapelle Sixtine au Vatican. Le Saint-Père a rappelé aux parents qui faisaient baptiser leurs enfants leur devoir de transmission de la foi, dans le « dialecte de l’amour » qui se parle à la maison.

Le Saint-Père a baptisé 18 fillettes et 16 garçonnets, pour la plupart des enfants d’employés du Vatican. Le Pape a rappelé à leurs parents le devoir de transmettre la foi, aidés de l’Esprit Saint, car « sans lui, on ne peut y parvenir ». La possibilité de transmettre la foi et, pour leur enfant, de recevoir la Trinité qui habitera leur cœur, est une grâce, a-t-il souligné.

Mais comment transmettre la foi ? Le Pape a donné un conseil aux jeunes parents : « Cela ne peut se faire qu’en dialecte, dans le dialecte de la famille ». Les catéchistes viendront ensuite nourrir cette première transmission, avec des idées et des explications. « Si on ne parle pas ce dialecte à la maison, le langage de l’amour, alors, avertit François, la transmission ne sera pas facile, elle ne se fera pas ».

Les parents ont leur dialecte, tout comme les enfants qui « parlent comme ils peuvent ». Remarquant un relatif silence, le Pape a noté dans un sourire qu’il suffit qu’un petit s’y mette pour que « tout l’orchestre suive ». François a invité les adultes à ne pas oublier le langage des enfants, « Jésus l’aime tant ». Il a suggéré aux parents d’être simples dans leur prière. « Dites à Jésus ce qui vient à votre cœur, comme vos enfants le font aujourd’hui en pleurant ». Le dialecte des parents est l’amour pour transmettre la foi, celui des enfants doit être accueilli par les parents pour grandir dans la foi.

Lors de la célébration, des vestes blanches ont été remises aux enfants, puis une bougie a été confiée aux papas qui les ont allumées à la flamme du cierge pascal, comme aux premiers temps de l’Église. Alors le baptême s’appelait « l’illumination », le Pape l’a d’ailleurs rappelé dans un tweet publié ce dimanche matin, « parce que la foi illumine le cœur et fait voir les choses sous une autre lumière. » Enfin, les concélébrants ont procédé au rite Ephata - Ouvre-toi, en faisant un signe de croix sur les oreilles et la bouche des nouveau-nés, car Jésus a ouvert les oreilles et la bouche du sourd-muet.

Dans son homélie, le Pape a autorisé les mamans à allaiter les enfants affamés, comme il l’avait fait les années précédentes. « Car, cela aussi, est un langage d’amour ».

(Avec V. N.)

Samedi 6 janvier 2018

Le Pape François a présidé ce samedi à la basilique Saint-Pierre la messe de l’Épiphanie, qui commémore la visite des rois mages au Fils de Dieu. Dans son homélie, le Saint-Père s’est arrêté sur trois caractéristiques du comportement des mages.

Les Mages « voient l’étoile, ils marchent et ils offrent des présents », a rappelé le Pape François. Mais pourquoi sont-ils les seuls à voir l’étoile ? Il a délivré une réponse à la fois pragmatique et pleine de poésie : « Peut-être parce que peu nombreux sont ceux qui avaient levé le regard vers le ciel. Souvent, en effet, dans la vie on se contente de regarder vers le sol : la santé, un peu d’argent et quelques divertissements suffisent. Et je me demande : nous, savons-nous encore lever le regard vers le ciel ? Savons-nous rêver, désirer Dieu, attendre sa nouveauté ; ou bien nous laissons-nous emporter par la vie comme un rameau sec au vent ? Les Mages ne se sont pas contentés de vivoter, de surnager. Ils ont eu l’intuition que, pour vivre vraiment, il faut un but élevé et pour cela il faut avoir le regard levé. »

Le Pape a invité à choisir la bonne étoile, et non pas des « météores », qui brillent un peu mais « tombent vite », des « étoiles filantes qui désorientent au lieu d’orienter ». « L’étoile du Seigneur, au contraire, n’est pas toujours fulgurante, mais toujours présente : elle te prend par la main dans la vie, elle t’accompagne », à condition de marcher, d’assumer cet effort, et « d’accepter les imprévus qui apparaissent sur la carte de la vie tranquille. Dieu, qui a libéré son peuple à travers la route de l’exode, et qui a appelé de nouveaux peuples à suivre son étoile, donne la liberté et distribue la joie toujours et seulement en chemin », a répété le Saint-Père.

Enfin, comme les rois mages, il faut offrir des cadeaux à Jésus. « Offrir un don gratuit à Jésus c’est soigner un malade, donner du temps à une personne difficile, aider quelqu’un qui ne présente pas d’intérêt, offrir le pardon à qui nous a offensé », a expliqué le Pape François. « L’Évangile se réalise quand le chemin de la vie parvient au don. Donner gratuitement, pour le Seigneur, sans s’attendre à quelque chose en retour : voilà le signe certain d’avoir trouvé Jésus ».

Retrouvez le texte intégral de l’homélie du Pape en la fa fête de l’Épiphanie du Seigneur :

" Trois gestes des Mages orientent notre marche à la rencontre du Seigneur qui se manifeste aujourd’hui comme lumière et salut pour tous les peuples. Les Mages voient l’étoile, ils marchent et ils offrent des présents.

Voir l’étoile. C’est le point de départ. Mais pourquoi, pourrions-nous nous demander, seuls les Mages ont-ils vu l’étoile ? Peut-être parce que peu nombreux sont ceux qui avaient levé le regard vers le ciel. Souvent, en effet, dans la vie on se contente de regarder vers le sol : la santé, un peu d’argent et quelques divertissements suffisent. Et je me demande : nous, savons-nous encore lever le regard vers le ciel ? Savons-nous rêver, désirer Dieu, attendre sa nouveauté ; ou bien nous laissons-nous emporter par la vie comme un rameau sec au vent ? Les Mages ne se sont pas contentés de vivoter, de surnager. Ils ont eu l’intuition que, pour vivre vraiment, il faut un but élevé et pour cela il faut avoir le regard levé.

Mais nous pourrions nous demander encore, pourquoi, parmi ceux qui levaient le regard vers le ciel, beaucoup d’autres n’ont pas suivi cette étoile, « son étoile » (Mt 2,2) ? Peut-être parce que ce n’était pas une étoile voyante, qui brillait plus que les autres. C’était une étoile – dit l’Evangile – que les Mages avaient vu « se lever » (v 2.9). L’étoile de Jésus n’aveugle pas, elle n’étourdit pas, mais elle invite doucement. Nous pouvons nous demander quelle étoile nous choisissons dans la vie. Il y a les étoiles éblouissantes qui créent des émotions fortes mais qui n’orientent pas la marche. Il en est ainsi du succès, de l’argent, de la carrière, des honneurs, des plaisirs recherchés comme but de l’existence. Ce sont des météores : ils brillent un peu mais ils tombent vite et leur lueur disparaît. Ce sont des étoiles filantes qui désorientent au lieu d’orienter. L’étoile du Seigneur, au contraire, n’est pas toujours fulgurante, mais toujours présente ; elle est douce : elle te prend par la main dans la vie, elle t’accompagne. Elle ne promet pas de récompenses matérielles, mais elle assure la paix et donne, comme aux Mages, « une très grande joie » (Mt 2, 10). Mais elle demande de marcher.

Marcher, la deuxième action des Mages, est essentielle pour trouver Jésus. Son étoile, en effet, demande la décision de se mettre en route, la fatigue quotidienne de la marche ; elle demande de se libérer des poids inutiles et des fastes encombrants qui entravent, et d’accepter les imprévus qui apparaissent sur la carte de la vie tranquille. Jésus se laisse trouver par qui le cherche, mais pour le chercher il faut bouger, sortir. Ne pas attendre ; risquer. Ne pas rester immobile ; avancer. Jésus est exigeant : il propose à celui qui le cherche de quitter le fauteuil du confort mondain et les tiédeurs rassurantes de nos cheminées. Suivre Jésus n’est pas un protocole poli à respecter mais un exode à vivre. Dieu qui a libéré son peuple à travers la route de l’exode, et qui a appelé de nouveaux peuples à suivre son étoile, donne la liberté et distribue la joie toujours et seulement en chemin. En d’autres termes, pour trouver Jésus il faut abandonner la peur de se mettre en jeu, la satisfaction de se sentir arrivé, la paresse de ne plus rien demander à la vie. Il faut risquer, simplement pour rencontrer un Enfant. Mais cela en vaut immensément la peine, car en trouvant cet Enfant, en découvrant sa tendresse et son amour, nous nous retrouvons nous-mêmes.

Se mettre en chemin n’est pas facile. L’Evangile nous le montre à travers divers personnages. Il y a Hérode, troublé par la peur que la naissance d’un roi menace son pouvoir. Par conséquent il organise des rencontres et envoie les autres recueillir des informations ; mais lui ne bouge pas, il reste enfermé dans son palais. « Tout Jérusalem » (v. 3) aussi a peur : peur de la nouveauté de Dieu. Elle préfère que tout reste comme avant – “ on a toujours fait ainsi ”-et personne n’a le courage d’aller. Plus subtile est la tentation des prêtres et des scribes. Ils connaissent le lieu exact et l’indiquent à Hérode, en citant l’ancienne prophétie. Ils savent mais ne font pas un pas vers Bethléem. Ce peut être la tentation de celui qui est croyant depuis longtemps : il disserte sur la foi, comme d’une chose qu’il sait déjà mais il ne se met pas en jeu personnellement pour le Seigneur. On parle mais on ne prie pas ; on se lamente mais on ne fait pas de bien. Les Mages, en revanche, parlent peu et marchent beaucoup. Bien qu’ignorants des vérités de foi, ils ont le désir et ils sont en chemin, comme le montrent les verbes de l’Evangile : « venus pour se prosterner » (v. 2), « ils partirent ; entrés ils se prosternèrent ; ils regagnèrent leurs pays » (v. 9.11.12) : toujours en mouvement.

Offrir. Arrivés à Jésus, après un long voyage, les Mages font comme lui : ils donnent. Jésus est là pour offrir sa vie, eux offrent leurs biens précieux : or, encens et myrrhe. L’Evangile se réalise quand le chemin de la vie parvient au don. Donner gratuitement, pour le Seigneur, sans s’attendre à quelque chose en retour : voilà le signe certain d’avoir trouvé Jésus qui dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Faire le bien sans calcul, même si personne nous le demande, même si l’on n’y gagne rien, même si cela ne nous fait pas plaisir. Dieu désire cela. Lui, se faisant petit pour nous, nous demande d’offrir quelque chose pour ses frères les plus petits. Qui sont-ils ? Ils sont justement ceux qui n’ont rien à rendre, comme celui qui se trouve dans le besoin, l’affamé, l’étranger, le prisonnier, le pauvre (cf. Mt 25, 31-46). Offrir un don gratuit à Jésus c’est soigner un malade, donner du temps à une personne difficile, aider quelqu’un qui ne présente pas d’intérêt, offrir le pardon à qui nous a offensé. Ce sont des dons gratuits, ils ne peuvent pas manquer dans la vie chrétienne. Autrement, nous rappelle Jésus, si nous aimons ceux qui nous aiment, nous faisons comme les païens (cf. Mt 5, 46-47). Regardons nos mains, souvent vides d’amour, et essayons aujourd’hui de penser à un don gratuit, sans contrepartie, que nous pouvons offrir. Il sera apprécié du Seigneur. Et demandons-lui : “Seigneur, fais-moi redécouvrir la joie de donner”.

Chers frères et sœurs, faisons comme les Mages : lever la tête, marcher, et offrir des dons gratuits. "

(Avec V. N.)

Mercredi 3 janvier 2018

Devant les pèlerins rassemblés en Salle Paul VI pour la première audience générale de l’année 2018, le Pape François a poursuivi ses enseignements sur la messe, en s’arrêtant cette fois sur l’un des rites d’ouverture : la prière pénitentielle.

« Écouter en silence la voix de la conscience permet de reconnaître que nos pensées sont éloignées des pensées divines, que nos paroles et nos actions sont souvent mondaines, et donc guidées par des choix contraires à l’Évangile. »

Le Pape François a donc expliqué que l’entrée dans la célébration eucharistique nécessite une purification de la conscience à travers une formule de « confession générale », mais qui est prononcée à la « première personne du singulier », pour se responsabiliser. Pour être disciple de Jésus, il ne suffit pas en effet de se dire « je n’ai fait de mal à personne » mais il faut « choisir de faire le bien », en renonçant donc explicitement et publiquement au péché.

Le geste de se frapper symboliquement la poitrine permet de se pencher sur sa propre responsabilité, au lieu de toujours pointer celle des autres. Mais après la confession du péché, « nous supplions la Bienheureuse Vierge Marie, les anges et les saints de prier le Seigneur pour nous ». Intégrer la « communion des Saints » dans cette démarche pénitentielle permet un soutien de ces « amis et modèles de vie » dans le chemin vers la pleine communion avec Dieu.

La Bible regorge d’exemples de pécheurs qui ont recherché la miséricorde du Seigneur, du roi David à l’enfant prodigue, en passant par saint Pierre, Zachée ou encore la femme samaritaine. L’acte pénitentiel au début de la messe permet donc d’entrer dans cette longue histoire : « Se mesurer avec la fragilité de l’argile dont nous sommes faits est une expérience qui nous fortifie », qui « nous ouvre le cœur à invoquer la miséricorde divine qui transforme et convertit », a conclu le Pape François

(Avec V. N.)

Lundi 1er Janvier 2018

Après la messe solennelle célébrée en la Basilique Saint-Pierre, le Pape François a prié l’Angélus avec les fidèles et les pèlerins réunis nombreux sur la Place St Pierre, malgré une pluie persistante.

Le Pape est d’abord revenu sur la Solennité de Marie Sainte Mère de Dieu, que l’Eglise célèbre aujourd’hui. « C’est par Marie que le Fils de Dieu assume sa corporéité », sa matérialité, avance le Saint-Père. Mais la maternité de la Vierge « ne se réduit pas seulement à ça ». C’est en effet grâce à sa foi, pure et constante, qu’elle devient la Mère de l’Eglise.

Comme mère, elle intercède pour nous auprès de son Fils Jésus, lui présentant les besoins de tous les hommes, surtout des plus faibles et des plus indigents. Et le Pape de rappeler que c’est justement à ces personnes qu’est dédiée la 51ème Journée mondiale de la Paix, célébrée en ce jour, sous le thème : « migrants et réfugiés : hommes et femmes en quête de paix ».

« Je désire, une fois encore, me faire la voix de nos frères et sœurs qui invoquent pour leur avenir un horizon de paix. Pour cette paix, à laquelle tous ont droit, beaucoup parmi eux sont prêts à risquer leur vie dans un voyage souvent long et périlleux, à affronter les épreuves et les souffrances. »

« N’éteignons pas l’espérance dans leurs cœurs, n’étouffons pas leurs attentes de paix ! », a lancé le Saint-Père, souhaitant qu’il y ait un engagement, de la part des institutions civiles, réalités éducatives, de l’Etat et de l’Eglise, pour assurer aux migrants et aux réfugiés « un avenir de paix ».

Après la prière de l’Angélus, le Pape a salué les multiples initiatives de prières et d’action pour la paix, citant par exemple la manifestation « paix sur toutes les terres », promue depuis des années par la communauté de Sant’Egidio, à Rome et dans plusieurs pays.

(Avec V. N.)

Dimanche 31 décembre 2017

Avant de réciter la prière de l’Angélus, ce dimanche, le Pape François est revenu sur la Sainte Famille au centre de l’Evangile du jour. Il a insisté sur la confiance que Marie et Joseph ont placée en Dieu en présentant Jésus au temple.

En ce premier dimanche après Noël, l’Eglise célèbre la Sainte-Famille et l’Evangile de ce jour nous invite à réfléchir sur l’expérience vécue par Marie, Joseph et Jésus a expliqué le Pape, alors qu’il grandissaient comme une famille dans l’amour réciproque et la confiance en Dieu. Cette confiance se manifeste quand Marie et Joseph présentent Jésus au temple, il montrent qu’il appartient à Dieu et qu’eux sont les gardiens de sa vie et non les propriétaires.

Ce geste signifie que seul Dieu est le Seigneur de l’histoire individuelle et familiale, que tout vient de Lui. Chaque famille est invitée à le reconnaître, en prenant soin et en éduquant ses enfants à s’ouvrir à Dieu et ainsi à la source même de la vie, a expliqué François. Le Pape a aussi mentionné la figure du vieillard Syméon, inspiré de l’Esprit Saint, qui dit à propos de Jésus : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction (…) ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

Ces paroles prophétiques révèlent que Jésus est venu pour faire tomber les fausses images que nous nous faisons de Dieu et aussi de nous-mêmes, a poursuivi le Pape, et pour contredire les sécurités mondaines sur lesquelles nous prétendons nous appuyer. Jésus est venu pour faire renaître un chemin humain et chrétien authentique, fondé sur les valeurs de l’Evangile.

Aucune situation familiale n’est exclue de ce nouveau chemin de renaissance et de résurrection, a précisé le Pape François. Chaque fois que les familles, y compris celles marquées par les fragilités, les échecs et les difficultés reviennent à la source de l’expérience chrétienne, s’ouvrent des chemins nouveaux et des possibilités insoupçonnées.

Le récit évangélique de ce dimanche s’achève sur Marie et Joseph : « Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. »

Une grande joie de la famille est la croissance des enfants, a souligné le Saint-Père. Ils sont destinés à grandir, à se développer, à acquérir la sagesse et la grâce de Dieu, à l’image de Jésus. Il est vraiment l’un de nous : le Fils de Dieu se fait enfant, il accepte de grandir, il est plein de sagesse et la grâce de Dieu est sur lui. Marie et Joseph ont la grâce de voir tout cela dans leur fils. Ceci est la mission à laquelle est appelée la famille, a conclu le Pape : créer les conditions favorables pour une croissance harmonieuse et pleine des enfants, afin qu’ils puissent vivre une vie bonne, digne de Dieu et constructive pour le monde.

Au terme de l’Angélus ce 31 décembre, le Saint-Père a fait part de sa proximité avec les chrétiens après le nouvel attentat qui a fait .

A l’issue de l’Angélus ce dimanche le Pape François est revenu sur les nouveaux attentats qui ont visé la communauté copte d’Egypte faisant 10 morts : « J’exprime ma proximité aux frères coptes-orthodoxes d’Egypte, frappés il y a deux jours par deux attentats qui ont visé une église et un magasin dans la banlieue du Caire. Que le Seigneur accueille les âmes des défunts, soutienne les blessés, leur proches et toute la communauté, et qu’il convertisse le cœur des violents » a dit le Saint-Père.

Vendredi 29 décembre, en effet, un terroriste a visé un magasin puis une église de Helouan, un quartier populaire du sud de la capitale égyptienne. 10 personnes ont été tuées. Revendiqué par le groupe État islamique, cet énième attentat contre une église copte est survenu alors que les coptes orthodoxes se préparent à la veillée du Nouvel An, puis à la célébration de Noël, le 7 janvier.

(Avec V. N.)

Mercredi 27 décembre 2017

Lors de l’audience générale de ce mercredi, tenue en salle Paul VI, le Pape François est revenu sur le sens de Noël, la fête de la Nativité du Seigneur. Le Pape a regretté une dénaturation de cette fête, notamment en Europe, où au nom d’un « faux respect de qui n’est pas chrétien », on élimine toute référence explicite à la naissance de Jésus, dans une volonté de « marginaliser la foi ».

« Sans Jésus il n’y a pas Noël. Il y a une autre fête, mais pas Noël ». Le Pape a rappelé que Jésus devait rester au centre de la fête, car « si nous le retirons, la lumière s’éteint et tout devient feint, apparent ». Il a redit avec force que le rôle des personnes d’Église, comme celui des bergers de l’Évangile, est de « chercher et trouver la vraie lumière, celle de Jésus qui, fait homme comme nous, se montre d’une façon surprenante : il naît d’une pauvre fille inconnue, qui accouche de lui dans une étable, avec seulement l’aide du mari… Le monde ne se rend compte de rien, mais au ciel les anges qui savent la chose exultent ! Et c’est ainsi que le Fils de Dieu se présente aussi aujourd’hui à nous : comme le don de Dieu pour l’humanité, qui est immergée dans la nuit et dans la torpeur du sommeil. »

Le Pape François a remarqué que souvent, aujourd’hui aussi, « l’humanité préfère rester dans l’obscurité » pour empêcher la lumière de révéler les actions et les pensées qui donnent des remords à la conscience. Mais Jésus nous est donné, sa naissance est « le geste d’amour le plus grand de notre Père du Ciel », elle ouvre à une « vie nouvelle, fondée non sur l’égoïsme mais sur l’amour ».

À travers la venue des bergers, les premiers à honorer le Fils de Dieu, c’est l’amitié privilégiée du Seigneur avec les plus petits, les marginalisés, qui est signifiée. Le Pape a donc appelé chacun à ouvrir son cœur pour que Jésus puisse encore venir « naître dans la vie de chacun » et puisse continuer à être « don de salut pour les petits et les exclus ».

Comme c’est la tradition lors des audiences en ce temps de Noël, des artistes du "Golden Circus Festival" de Liana Orfei se sont produits devant le Pape, qui a visiblement apprécié le spectacle. « L’art du cirque comme la beauté nous rapproche de Dieu. Et vous, avec votre travail, avec votre art, vous rapprochez les gens de Dieu. Merci pour ce que vous faites ! », s’est-il exclamé.

Dans son salut aux pèlerins francophones, le Pape a notamment salué les participants aux pèlerinages des diocèses de Cambrai et de Séez.

(Avec V. N.)

Lundi 25 Décembre 2017

Lors de sa bénédiction Urbi et Orbi, prononcée ce lundi 25 décembre à midi depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, le Saint-Père a délivré son message de Noël. Nous vous proposons de le découvrir dans son intégralité.

" Chers frères et sœurs, bon Noël !

À Bethléem, Jésus est né de la Vierge Marie. Il n’est pas né d’une volonté humaine, mais du don d’amour de Dieu le Père, qui « a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3,16).

Cet évènement se renouvelle aujourd’hui dans l’Église, en pèlerinage dans le temps : la foi du peuple chrétien revit dans la liturgie de Noël le mystère de Dieu qui vient, qui prend notre chair mortelle, qui se fait petit et pauvre pour nous sauver. Et cela nous nous remplit d’émotion, parce que la tendresse de notre Père est très grande.

Les premiers à voir l’humble gloire du Sauveur, après Marie et Joseph, ont été les bergers de Bethléem. Ils ont reconnu le signe que les anges leur avait annoncé et ils ont adoré l’Enfant. Ces hommes humbles mais vigilants sont un exemple pour les croyants de tous les temps qui, en présence du mystère de Jésus, ne se scandalisent pas de sa pauvreté, mais, comme Marie, se fient à la parole de Dieu et contemplent sa gloire avec un regard simple. Devant le mystère du Verbe fait chair, les chrétiens de tous lieux confessent, avec les paroles de l’évangéliste Jean : « Nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14).

Aujourd’hui, alors que soufflent sur le monde des vents de guerre et qu’un modèle de développement déjà dépassé continue à engendrer de la dégradation humaine, sociale et environnementale, Noël nous renvoie au signe de l’Enfant, et nous appelle à le reconnaître sur les visages des enfants, spécialement de ceux pour qui, comme pour Jésus, « il n’y a plus de place dans la salle commune » (Lc 2,7).

Nous voyons Jésus dans les enfants du Moyen Orient, qui continuent à souffrir à cause de l’aggravation des tensions entre Israéliens et Palestiniens. En ce jour de fête, demandons au Seigneur la paix pour Jérusalem et pour toute la Terre Sainte ; prions pour qu’entre les parties la volonté de reprendre le dialogue l’emporte et que l’on puisse finalement parvenir à une solution négociée qui permette la coexistence pacifique de deux États à l’intérieur de frontières définies entre eux et reconnues internationalement. Que le Seigneur soutienne aussi l’effort de ceux qui, au sein de la Communauté internationale, sont animés par la bonne volonté d’aider cette terre meurtrie à trouver, malgré les graves obstacles, la concorde, la justice et la sécurité qu’elle attend depuis longtemps.

Nous voyons Jésus sur les visages des enfants syriens, encore marqués par la guerre qui a ensanglanté le pays en ces années. Que la bien-aimée Syrie puisse retrouver finalement le respect de la dignité de chaque personne, à travers un engagement commun à reconstituer le tissu social indépendamment de l’appartenance ethnique et religieuse. Nous voyons Jésus dans les enfants de l’Irak, encore blessé et divisé par les hostilités qui l’ont affecté au cours de ces quinze dernières années, et dans les enfants du Yémen, où se déroule un conflit en grande partie oublié, avec de profondes implications humanitaires sur la population qui subit la faim et la propagation de maladies.

Nous voyons Jésus dans les enfants de l’Afrique, en particulier en ceux qui souffrent au Sud Soudan, en Somalie, au Burundi, dans la République Démocratique du Congo, dans la République Centrafricaine et au Nigéria.

Nous voyons Jésus dans les enfants du monde entier là où la paix et la sécurité sont menacées par le risque de tensions et de nouveaux conflits. Prions pour que dans la péninsule coréenne les oppositions puissent être dépassées et que la confiance réciproque puisse se développer dans l’intérêt du monde entier. À l’Enfant Jésus nous confions le Venezuela pour qu’une relation sereine puisse reprendre entre les différentes composantes sociales au bénéfice de l’ensemble du bien-aimé peuple vénézuélien. Nous voyons Jésus dans les enfants qui, avec leurs familles, souffrent de la violence du conflit en Ukraine et de ses graves répercussions humanitaires et nous prions pour que le Seigneur accorde la paix au plus vite à ce cher pays.

Nous voyons Jésus dans les enfants dont les parents n’ont pas de travail et ont du mal à leur offrir un avenir sûr et serein. Et dans ceux dont l’enfance a été volée, obligés de travailler depuis tout-petits ou enrôlés comme soldats par des mercenaires sans scrupule.

Nous voyons Jésus dans les nombreux enfants contraints de quitter leurs propres pays, de voyager seuls dans des conditions inhumaines, proies faciles des trafiquants d’êtres humains. Dans leurs yeux, voyons le drame de tant de migrants forcés qui mettent en danger même leur vie pour affronter des voyages exténuants qui tant de fois finissent en tragédie. Je revois Jésus dans les enfants que j’ai rencontré durant mon dernier voyage en Birmanie et au Bangladesh, et je souhaite que la Communauté internationale ne cesse pas d’agir pour que la dignité des minorités présentes dans la région soit adéquatement protégée. Jésus connait bien la souffrance de ne pas être accueilli et la fatigue de ne pas avoir un lieu où pouvoir reposer la tête. Que notre cœur ne soit pas fermé comme le furent les maisons de Bethléem.

Chers frères et sœurs,

À nous aussi est montré le signe de Noël : « un nouveau-né emmailloté… » (Lc 2,12). Comme la Vierge Marie et saint Joseph, comme les bergers de Bethléem, accueillons dans l’Enfant Jésus l’amour de Dieu fait homme pour nous, et engageons-nous, avec sa grâce, à rendre notre monde plus humain, plus digne des enfants d’aujourd’hui et de demain. "

Après ce message Urbi et Orbi, le Pape François a encore adressé ses vœux de Bon et Saint Noël à tous :

À vous, chers frères et sœurs, arrivés de toutes les parties du monde sur cette place, et à tous ceux qui, de différents pays, sont reliés par la radio, la télévision et les autres moyens de communication, j’adresse mes vœux les meilleurs.

Que la naissance du Christ Sauveur renouvelle nos cœurs, qu’elle suscite le désir de construire un avenir plus fraternel et solidaire, qu’elle apporte à tous joie et espérance. Joyeux Noël !

(Avec Vatican News)

Dimanche 24 Décembre 2017

Comme Marie, accepter avec humilité de servir le projet de Dieu… C’est le conseil donné par le Pape François avant la prière de l’Angélus ce 24 décembre 2017, veille de Noël. S’appuyant sur l’Évangile de ce quatrième dimanche de l’Avent, celui de l’Annonciation, le Saint-Père a posé Marie en exemple.

Le Pape a d’abord noté le contraste entre les promesses de l’ange et la réponse de Marie, qui se manifeste tant dans la dimension que dans le contenu de leurs expressions. La tirade de l’ange (Lc 1, 30-33) est « une longue révélation, qui ouvre des perspectives inimaginables », souligne François. L’enfant, nous dit l’Evangile, sera appelé fils du Très-Haut : « on ne peut concevoir une dignité plus haute que celle-ci », souligne le Pape.

Au contraire, Marie répond par une courte phrase, « qui ne parle pas de joie ni de privilège, mais juste de disponibilité et de service » : « je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). Le contenu aussi diffère. « Marie ne s’exalte pas devant la perspective de devenir la mère du Messie, elle reste modeste et exprime son adhésion au projet du Seigneur. » Loin de se vanter, Marie « reconnaît être petite devant Dieu » et elle en est heureuse. « En même temps, elle est consciente que de sa réponse dépend la réalisation du projet de Dieu, et qu’elle est donc appelée à y adhérer de tout son être. »

Cette disponibilité « reflète » celle même du Christ quand il vient au monde : « il veut devenir le Serviteur de Dieu, se mettre au service de l’humanité pour accomplir le projet du Père ». Le Pape met d’ailleurs en parallèle les paroles de Marie, « Je suis la servante du Seigneur », et celle du Fils de Dieu, « Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (Eb 10, 7.9).

« La Madone se révèle collaboratrice parfaite du projet de Dieu, et se révèle aussi disciple de son fils ». C’est ainsi qu’elle proclamera dans le Magnificat que Dieu élève les humbles (Lc 1,52) « parce qu’avec cette réponse humble et généreuse, elle a obtenu une joie immense et une gloire immense », commente le Saint-Père, avant de conclure : « Demandons à Marie d’aider chacun d’entre nous à accueillir le projet de Dieu dans notre vie, avec une humilité sincère et une courageuse générosité. »

Après la prière de l’Angélus, le Pape a lancé des appels pour la paix dans le monde et pour les victimes de la tempête aux Philippines.

« Dans l’attente priante de la naissance de Jésus, le Prince de la Paix, invoquons le don de la paix pour le monde entier, spécialement pour les populations qui souffrent le plus à cause des conflits en cours », a exhorté le Saint-Père. « Je renouvelle en particulier mon appel afin qu’à l’occasion de la sainte Nativité, les personnes séquestrées - prêtres, religieux et religieuses et fidèles laïcs -, soient relâchées et puissent retourner à leurs maisons. Prions pour eux. »

Le Pape a exprimé une intention particulière « pour la population de l’île de Mindanao, aux Philippines, frappée par une tempête qui a causé de nombreuses victimes et destructions. Que Dieu miséricordieux accueille les âmes des défunts et réconforte ceux qui souffrent pour cette calamité. »

Près de 200 morts sont recensés pour le moment après la tempête qui a frappé Mindanao ce vendredi 22 décembre, et des milliers d’autres personnes ont perdu leur maison. Cette année 2017 a été particulièrement éprouvante pour cette île, meurtrie également en mai dernier par l’offensive d’un groupe islamiste dans la ville de Marawi, finalement reprise par l’armée en octobre dernier après une longue bataille qui a fait des centaines de morts.

Enfin, comme il l’avait déjà fait durant l’Avent, après avoir salué les pèlerins présents sur la Place Saint-Pierre, François a invité chacun à « trouver un moment pour s’arrêter en silence et en prière devant la crèche, pour adorer dans le cœur le mystère du vrai Noël, celui de Jésus, qui se rapproche de nous avec amour, humilité et tendresse ».

(Avec R. V.)

Jeudi 21 décembre 2017

Nous vous proposons de découvrir dans son intégralité le discours du Pape François, prononcé devant les responsables de la Curie romaine ce jeudi.

" Chers frères et sœurs,

Noël est la fête de la foi dans le Fils de Dieu qui s’est fait homme pour redonner à l’homme sa dignité filiale, perdue à cause du péché et de la désobéissance. Noël est la fête de la foi dans les cœurs qui se transforment en mangeoire pour le recevoir, dans les âmes qui permettent à Dieu de faire germer, du tronc de leur pauvreté, le rejeton d’espérance, de charité et de foi.

C’est aujourd’hui une nouvelle occasion de nous échanger les vœux de Noël et pour vous souhaiter à tous, à vos collaborateurs, aux représentants pontificaux, à toutes les personnes qui prêtent service à la Curie et à toutes les personnes qui vous sont chères un saint et joyeux Noël et une heureuse Année nouvelle. Que ce Noël nous ouvre les yeux pour abandonner le superflu, le faux, le mauvais, le factice, et pour voir l’essentiel, le vrai, le bon et l’authentique. Vraiment, tous mes vœux !

Chers frères,

Ayant parlé précédemment de la Curie ad intra, je désire cette année partager avec vous quelques réflexions sur la réalité de la Curie ad extra, c’est-à-dire la relation de la Curie avec les Nations, avec les Eglises particulières, avec les Églises Orientales, avec le dialogue œcuménique, avec le Judaïsme, avec l’Islam et les autres religions, c’est-à-dire avec le monde extérieur.

Mes réflexions se fondent certainement sur les principes canoniques de base de la Curie, sur l’histoire même de la Curie, mais aussi sur la vision personnelle que j’ai cherché à partager avec vous dans les discours de ces dernières années, dans le contexte de l’actuelle réforme en cours.

Et parlant de la réforme me vient à l’esprit l’expression sympathique et significative de Mgr Frédéric-François-Xavier De Mérode : « faire les réformes à Rome c’est comme nettoyer le Sphinx d’Égypte avec une brosse à dents ».[1] Ceci met en évidence combien il faut de patience, de dévouement et de délicatesse pour atteindre cet objectif, dans la mesure où la Curie est une institution ancienne, complexe, vénérable, composée d’hommes provenant de diverses cultures, langues et constructions mentales, et que, structurellement et depuis toujours, elle est liée à la fonction de primauté de l’Evêque de Rome dans l’Eglise, c’est-à-dire à l’office “sacré” voulu par le Christ Seigneur lui-même pour le bien de tout le corps de l’Eglise (ad bonum totius corporis).[2]

L’universalité du service de la Curie provient donc et jaillit de la catholicité du Ministère pétrinien. Une Curie fermée sur elle-même trahirait l’objectif de son existence et tomberait dans l’autoréférentialité, se condamnant à l’autodestruction. La Curie, ex natura, est projetée ad extra parce que et en tant que liée au Ministère pétrinien, au service de la Parole et de l’annonce de la Bonne Nouvelle : le Dieu Emmanuel qui naît parmi les hommes, qui se fait homme pour montrer à tout homme sa proximité viscérale, son amour sans limites et son désir divin que tous les hommes soient sauvés et parviennent à jouir de la béatitude céleste (Cf. 1Tm 2, 4) ; le Dieu qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants (Cf. Mt 5, 45) ; le Dieu qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir (Cf. Mt 20, 28) ; le Dieu qui a constitué l’Église pour être dans être dans le monde, mais non pas du monde, et pour être un instrument de salut et de service.

Pensant, justement, à cette finalité ministérielle, pétrinienne et curiale, c’est-à-dire de service, en saluant récemment les Pères et les Chefs des Églises Orientales Catholiques[3] j’ai eu recours à l’expression de “primat diaconal”, renvoyant tout de suite à l’image chère à Saint Grégoire le Grand de Servus servorum Dei. Cette définition, dans sa dimension christologique, est avant tout expression de la ferme volonté d’imiter le Christ, lequel a pris la condition de serviteur (Cf. Ph 2, 7). Benoît XVI, quand il en a parlé, a dit que sur les lèvres de Grégoire cette phrase n’était pas « une formule pieuse, mais la manifestation véritable de son mode de vivre et d’agir. Il était intimement frappé par l’humilité de Dieu, qui en Christ s’est fait notre serviteur, qui a lavé et lave nos pieds sales ».[4]

Une attitude diaconale analogue doit caractériser aussi tous ceux qui, à des titres divers, travaillent dans le cadre de la Curie romaine laquelle, comme le rappelle également le Code de Droit Canonique, agissant au nom et avec l’autorité du Souverain Pontife « accomplit sa fonction pour le bien et le service des Églises » (CIC c. 360 ; cf. CCEO c. 46).

Primat diaconal “relatif au Pape” ;[5] et tout autant diaconal, par conséquent, est le travail qui s’accomplit à l’intérieur de la Curie romaine, ad intra, et à l’extérieur, ad extra. Ce thème de la diaconie ministérielle et curiale me renvoie à un ancien texte de la Didascalia Apostolorum où l’on affirme : « Que le diacre soit l’oreille et la bouche de l’Evêque, son cœur et son âme »,[6] puisque à cette concorde sont liées la communion, l’harmonie et la paix dans l’Église, car le diacre est le gardien du service dans l’Eglise.[7] Je ne crois pas que ce soit par hasard que l’oreille, organe de l’audition, soit aussi celui de l’équilibre ; et que la bouche, organe du goûter, celui de la parole.

Un autre texte ancien ajoute que les diacres sont appelés à être comme les yeux de l’Evêque.[8] L’œil regarde pour transmettre les images à l’esprit, l’aidant à prendre les décisions et à diriger pour le bien de tout le corps.

La relation que l’on peut déduire de ces images est celle de communion d’obéissance filiale pour le service du peuple saint de Dieu. Il ne fait pas de doute, ensuite, que telle doit être aussi celle qui existe entre tous ceux qui travaillent dans la Curie romaine, des Chefs de Dicastères et des Supérieurs, aux officiers et à tous. La communion avec Pierre renforce et stimule la communion entre tous les membres.

De ce point de vue, l’appel aux sens de l’organisme humain aide à avoir le sens de l’extraversion, de l’attention à ce qu’il y a dehors. Dans l’organisme humain, en effet, les sens sont notre premier lien avec le monde ad extra, ils sont comme un pont vers lui ; ils sont notre possibilité de nous mettre en relation. Les sens nous aident à percevoir le réel et également à nous mettre dans le réel. Ce n’est pas par hasard que saint Ignace a recours aux sens dans la contemplation des Mystères du Christ et de la vérité.[9]

Ceci est très important pour dépasser cette logique déséquilibrée et dégénérée des complots et des petits cercles qui, en réalité, représentent – malgré toutes leurs justifications et leurs bonnes intentions – un cancer qui conduit à l’autoréférentialité, qui s’infiltre aussi dans les organismes ecclésiastiques en tant que tels, et en particulier chez les personnes qui y travaillent. Mais quand cela se produit, la joie de l’Evangile, la joie de communiquer le Christ et d’être en communion avec lui, se perd ; la générosité de notre consécration se perd (cf. Ac 20, 35 et 2Co 9, 7).

Permettez-moi de dire ici deux mots sur un autre danger, celui de ceux qui trahissent la confiance ou de ceux qui profitent de la maternité de l’Eglise, c’est-à-dire les personnes qui sont choisies soigneusement pour donner une plus grande vigueur au corps et à la réforme, mais – ne comprenant pas la hauteur de leur responsabilité – se laissent corrompre par l’ambition ou par la vaine gloire ; et lorsqu’elles sont délicatement renvoyées s’auto-déclarent faussement martyres du système, du “Pape qui n’est pas informé”, de la “vieille garde”… au lieu de dire le “mea culpa”. A côté de ces personnes, il y en a ensuite d’autres qui travaillent encore à la Curie, à qui l’on donne tout le temps pour reprendre le juste chemin, dans l’espérance qu’elles trouvent dans la patience de l’Eglise une chance pour se convertir et non pour en profiter. Cela, évidemment, sans oublier la très grande majorité des personnes fidèles qui y travaillent avec un louable engagement, fidélité, compétence, dévouement et aussi beaucoup de sainteté.

Il est opportun, alors, revenant à l’image du corps, de mettre en évidence que ces “sens institutionnels”, auxquels on pourrait d’une certaine manière comparer les Dicastères de la Curie romaine, doivent opérer de manière conforme à leur nature et à leur finalité : au nom et avec l’autorité du Souverain Pontife, et toujours pour le bien et le service des Eglises.[10] Ils sont appelés à être dans l’Eglise comme de fidèles antennes sensibles : émettrices et réceptrices.

Antennes “émettrices” en tant qu’habilitées à transmettre fidèlement la volonté du Pape et des Supérieurs. Le mot “fidélité”[11] pour tous ceux qui travaillent près le Saint-Siège « assume un caractère particulier, du moment qu’ils mettent au service du Successeur de Pierre une bonne partie de leurs énergies, de leur temps et de leur ministère quotidien. Il s’agit d’une grave responsabilité mais aussi d’un don spécial, qui, avec le temps, développe un lien affectif avec le Pape, de confiance intérieure, un sentir avec naturel, qui est bien exprimé par la parole “fidélité” ».[12]

L’image de l’antenne renvoie aussi à l’autre mouvement, inverse, celui du “récepteur”. Il s’agit de recueillir les requêtes, les questions, les demandes, les cris, les joies et les larmes des Eglises et du monde pour les transmettre à l’Evêque de Rome afin de lui permettre d’assurer plus efficacement son devoir et sa mission de « principe et fondement perpétuel et visible d’unité de la foi et de communion »[13]. Par cette réceptivité, qui est plus importante que l’aspect de donner des préceptes, les Dicastères de la Curie Romaine entrent généreusement dans ce processus d’écoute et de synodalité dont j’ai déjà parlé.[14]

Chers frères et soeurs,

j’ai eu recours à l’expression “primat diaconal”, à l’image du Corps, des sens et de l’antenne pour expliquer que pour atteindre vraiment les espaces où l’Esprit parle aux Églises (c’est-à-dire l’histoire) et pour réaliser le but de l’agir (le salus animarum) il s’avère nécessaire même indispensable, de pratiquer le discernement des signes des temps[15], la communion dans le service, la charité dans la vérité, la docilité à l’Esprit et l’obéissance confiante aux Supérieurs.

Il est peut-être utile de rappeler ici que les noms mêmes des différents Dicastères et des Bureaux de la Curie romaine laissent entendre quelles sont les réalités en faveur desquelles ils doivent opérer. Il s’agit, à bien regarder, d’actions fondamentales et importantes pour toute l’Église et je dirais pour le monde entier.

L’œuvre de la Curie étant vraiment très vaste, je me limiterai cette fois à vous parler génériquement de la Curie ad extra, c’est-à-dire de quelques aspects fondamentaux, sélectionnés, à partir desquels il ne sera pas difficile, dans un proche avenir, d’énumérer et d’approfondir les autres domaines de l’action de la Curie.

La Curie et le rapport avec les Nations  :

Dans ce domaine joue un rôle fondamental la Diplomatie vaticane qui est la recherche sincère et constante de faire en sorte que le Saint Siège soit un constructeur de ponts, de paix et de dialogue entre les Nations. Etant une Diplomatie au service de l’humanité et de l’homme, de la main tendue et de la porte ouverte, elle s’engage à écouter à comprendre, à aider, à soulager et à intervenir rapidement et avec respect dans n’importe quelle situation pour rapprocher les distances et pour tisser la confiance. L’unique intérêt de la Diplomatie vaticane est celui d’être libre de n’importe quel intérêt mondain ou matériel.

Le Saint-Siège est donc présent sur la scène mondiale pour collaborer avec toutes les personnes et les Nations de bonne volonté et pour toujours rappeler l’importance de garder “notre maison commune” de tout égoïsme destructeur ; pour affirmer que les guerres apportent seulement mort et destruction ; pour retenir du passé les enseignements nécessaires qui nous aident à mieux vivre le présent, à construire de manière solide l’avenir et à le protéger pour les nouvelles générations.

Les rencontres avec les Chefs des Nations et avec les différentes Délégations, ainsi que les Voyages apostoliques en sont le moyen et l’objectif.

Voilà pourquoi a été constituée la Troisième Section de la Secrétairerie d’Etat, avec la finalité de montrer l’attention et la proximité du Pape et des Supérieurs de la Secrétairerie d’Etat au personnel diplomatique di ruolo et aussi aux religieux et aux religieuses, aux laïcs/laïques qui travaillent dans les Représentations pontificales. Une Section qui s’occupe des questions afférentes aux personnes qui travaillent dans le service diplomatique du Saint-Siège ou qui s’y préparent, en étroite collaboration avec la Section pour les Affaires Générales et avec la Section pour les Relations avec les Etats[16].

Cette attention particulière se base sur la double dimension du service du personnel diplomatique di ruolo : pasteurs et diplomates, au service des Eglises particulières et des Nations où ils agissent.

La Curie et les Eglises particulières  :

La relation qui lie la Curie aux diocèses et aux éparchies est de première importance. Ceux-ci trouvent dans la Curie romaine le soutien et le support nécessaire dont ils peuvent avoir besoin. C’est une relation qui se base sur la collaboration, sur la confiance et jamais sur la supériorité ou sur l’adversité. La source de cette relation est dans le décret conciliaire sur le ministère pastoral des évêques, où est expliqué plus amplement que le travail de la Curie est mené “à l’avantage des Églises et au service des pasteurs sacrés”[17].

La Curie romaine, donc, a comme point de référence non seulement l’évêque de Rome, dont elle tire son autorité, mais aussi les Eglises particulières et leurs pasteurs dans le monde entier, pour le bien desquels elle œuvre et agit.

J’ai fait référence à cette caractéristique de “service du Pape et des évêques, de l’Eglise universelle, des Eglises particulières” et du monde entier, au début de nos rencontres annuelles, quand j’ai souligné que « dans la Curie romaine on apprend, ‘on respire’ de manière spéciale cette double dimension de l’Eglise, cette compénétration entre l’universel et le particulier » et j’ai ajouté : « je pense que c’est une des expériences les plus belles de celui qui vit et travaille à Rome »[18].

Les visites ad limina apostolorum, en ce sens, représentent une grande opportunité de rencontre, de dialogue et d’enrichissement réciproque. Voilà pourquoi j’ai préféré, en rencontrant les évêques, avoir un dialogue d’écoute réciproque, libre, confidentiel, sincère qui va au-delà des schémas protocolaires et de l’échange habituel de discours et de recommandations. Le dialogue entre les évêques et les différents dicastères est également important. Cette année, en reprenant les visites ad limina, après l’année du Jubilé, les évêques m’ont confié qu’ils avaient été bien accueillis et écoutés par tous les dicastères. Cela me réjouit beaucoup, et je remercie les Chefs de Dicastères ici présents.

Permettez-moi aussi ici, en ce moment particulier de la vie de l’Église, d’attirer notre attention sur la prochaine XVème Assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques, convoquée sur le thème “Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel”. Appeler la Curie, les évêques et toute l’Eglise à porter une attention spéciale à la personne des jeunes, ne veut pas dire les regarder seulement eux, mais aussi mettre au point un thème central pour un ensemble de relations et d’urgences : les relations intergénérationnelles, la famille, les domaines de la pastorale, la vie sociale… Le Document préparatoire l’annonce clairement dans son introduction : « l’Église a décidé de s’interroger sur la façon d’accompagner les jeunes à reconnaître et à accueillir l’appel à l’amour et à la vie en plénitude. Elle souhaite également demander aux jeunes eux-mêmes de l’aider à définir les modalités les plus efficaces aujourd’hui pour annoncer la Bonne Nouvelle. À travers les jeunes, l’Église pourra percevoir la voix du Seigneur qui résonne encore aujourd’hui. Comme jadis Samuel (cf. 1 S 3,1-21) et Jérémie (cf. Jr 1, 4-10), certains jeunes savent découvrir les signes de notre temps qu’indique l’Esprit. En écoutant leurs aspirations, nous pouvons entrevoir le monde de demain qui vient à notre rencontre et les voies que l’Église est appelée à parcourir » [19].

La Curie et les Églises Orientales :

L’unité et la communion qui dominent la relation de l’Église de Rome et des Églises orientales représentent un exemple concret de richesse dans la diversité pour toute l’Église. Celles-ci, dans la fidélité à leurs propres Traditions bimillénaires et dans l’ecclesiastica communio font l’expérience et réalisent la prière sacerdotale du Christ (cf. Jn 17)[20].

En ce sens, au cours de la dernière rencontre avec les Patriarches et les Archevêques majeurs des Eglises orientales, parlant du “primat diaconal”, j’ai souligné aussi l’importance d’approfondir et de revoir la question délicate de l’élection des nouveaux Évêques et Éparques qui doit correspondre, d’une part, à l’autonomie des Églises orientales et, en même temps, à l’Esprit de responsabilité évangélique et au désir de renforcer toujours plus l’unité avec l’Eglise catholique. « Tout cela, dans l’application la plus sincère de cette authentique pratique synodale, qui distingue les Églises d’Orient »[21]. L’élection de tout Evêque doit refléter et renforcer l’unité et la communion entre le Successeur de Pierre et tout le collège épiscopal[22].

La relation entre Rome et l’Orient est d’un enrichissement spirituel et liturgique réciproque. En réalité, l’Église de Rome ne serait pas vraiment catholique sans les inestimables richesses des Églises orientales et sans le témoignage héroïque de tant de nos frères et sœurs orientaux qui purifient l’Église en acceptant le martyre et en offrant leur vie pour ne pas renier le Christ[23].

La Curie et le dialogue œcuménique :

Il y aussi des domaines dans lesquels l’Église catholique, spécialement après le Concile Vatican II, est particulièrement impliquée. Parmi ceux-ci l’unité des chrétiens qui « est une exigence essentielle de notre foi, une exigence qui naît du plus profond de notre identité de croyants en Jésus Christ »[24]. Il s’agit bien d’un “chemin” mais, comme cela a été répété plusieurs fois aussi par mes prédécesseurs, c’est un chemin irréversible et non en marche arrière. “L’unité se fait en marchant, pour rappeler que quand nous marchons ensemble, c’est-à-dire quand nous nous rencontrons comme des frères, quand nous prions ensemble, quand nous collaborons ensemble dans l’annonce de l’Évangile et dans le service des derniers, nous sommes déjà unis. Toutes les divergences théologiques et ecclésiologiques qui divisent encore les chrétiens ne seront dépassées que le long de ce chemin, sans que nous sachions aujourd’hui comment et quand, mais cela aura lieu selon ce que l’Esprit Saint voudra suggérer pour le bien de l’Église »[25].

La Curie agit dans ce domaine pour favoriser la rencontre avec le frère, pour défaire les nœuds des incompréhensions et des hostilités, et pour lutter contre les préjugés et la peur de l’autre qui ont empêché de voir la richesse de la et dans la diversité et la profondeur du Mystère du Christ et de l’Eglise qui reste toujours plus grand que n’importe quelle expression humaine.

Les rencontres qui ont eu lieu avec les Papes, les Patriarches et les Chefs des différentes Eglises et Communautés m’ont toujours rempli de joie et de gratitude.

La Curie et le Judaïsme, l’Islam et les autres religions  :

La relation de la Curie romaine avec les autres religions se base sur l’enseignement du Concile Vatican II et sur la nécessité du dialogue. « Car l’unique alternative à la civilisation de la rencontre, c’est la barbarie de la confrontation »[26]. Le dialogue est construit sur trois orientations fondamentales : « le devoir de l’identité, le courage de l’altérité et la sincérité des intentions. Le devoir de l’identité, car on ne peut bâtir un vrai dialogue sur l’ambigüité ou en sacrifiant le bien pour plaire à l’autre ; le courage de l’altérité, car celui qui est différent de moi, culturellement et religieusement, ne doit pas être vu et traité comme un ennemi, mais accueilli comme un compagnon de route, avec la ferme conviction que le bien de chacun réside dans le bien de tous ; la sincérité des intentions, car le dialogue en tant qu’expression authentique de l’humain, n’est pas une stratégie pour réaliser des objectifs secondaires, mais un chemin de vérité, qui mérite d’être patiemment entrepris pour transformer la compétition en collaboration »[27].

Les rencontres qui ont eu lieu avec les autorités religieuses dans les différents voyages apostoliques et dans les rencontres au Vatican en sont la preuve concrète.

Voilà seulement quelques aspects, importants mais non exhaustifs, de l’action de la Curie ad extra. Aujourd’hui j’ai choisi ces aspects liés au thème du “primat diaconal”, des “sens institutionnels” et des “ fidèles antennes émettrices et réceptrices”.

Chers frères et sœurs,

Comme j’ai commencé notre rencontre en parlant de Noël comme de la fête de la foi, je voudrais la conclure en mettant en évidence que Noël nous rappelle aussi qu’une foi qui ne nous met pas en crise est une foi en crise ; une foi qui ne nous fait pas grandir est une foi qui doit grandir ; une foi qui ne nous interroge pas est une foi sur laquelle nous devons nous interroger ; une foi qui ne nous anime pas est une foi qui doit être animée ; une foi qui ne nous bouleverse pas est une foi qui doit être bouleversée. En réalité, une foi seulement intellectuelle ou tiède est seulement une proposition de foi qui pourrait se réaliser quand elle arrivera à impliquer le cœur, l’âme, l’esprit et tout notre être, quand on permet à Dieu de naître et de renaître dans la mangeoire du cœur, quand on laisse l’étoile de Bethléem nous guider vers le lieu où se trouve le Fils de Dieu, non parmi les rois et le luxe, mais parmi les pauvres et les humbles.

Angelo Silesio, dans Il pellegrino cherubico, a écrit : « Cela dépend seulement de toi : Ah, puisse ton cœur devenir une mangeoire ! Dieu naîtrait enfant de nouveau sur la terre »[28].

Avec ces réflexions, je renouvelle mes vœux de Noël les plus fervents à vous et à tous ceux qui vous sont chers.

Merci !

Paroles du Saint-Père après le discours à la Curie

Je voudrais, comme cadeau de Noël, vous laisser cette version en italien de l’ouvrage du Bienheureux Père Marie Eugène de l’Enfant-Jésus, Je veux voir Dieu : Voglio vedere Dio. C’est une œuvre de théologie spirituelle, elle nous fera du bien à nous tous. Peut-être pas en la lisant tout entière, mais en cherchant dans la table des matières le point qui intéresse plus ou dont j’ai le plus besoin. J’espère que cela sera profitable à nous tous.

Et puis le Cardinal Piacenza a été bien généreux en faisant, avec le travail de la Pénitencerie, et aussi de Mgr Nykiel, ce livre : La festa del perdono, comme résultat du Jubilé de la Miséricorde ; et il a voulu aussi l’offrir. Merci au Cardinal Piacenza et à la Pénitencerie apostolique. Ils vous donneront cela à tous à la sortie.

Merci !

Et s’il vous plaît, priez pour moi. "

[1] Cf. Giuseppe Dalla Torre, Sopra una storia della Gendarmeria Pontificia, 19 ottobre 2017.

[2] « Le Christ Seigneur, pour assurer au peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Eglise des ministres variés qui tendent au bien de tout le corps », Lumen gentium n. 18.

[3] Cf. Salut aux Pères et aux Chefs des Eglises Orientales Catholiques, 9 octobre 2017.

[4] Audience générale, 4 juin 2008.

[5] Cf. Jean-Paul II, Discours à la réunion plénière du Sacré Collège des Cardinaux, 21 novembre 1985, n. 4.

[6] Didascalia 2, 44 : (Funk, 138-166) : (cf. W. Rordorf, Liturgie et eschatologie, in Augustinianum 18 [1978], 153-161 ; Id., Que savons-nous des lieux de culte chrétiens de l’époque préconstantinienne ? in L’Orient Syrien 9 [1964], 39-60)

[7] Cf. Rencontre avec les prêtres et les personnes consacrées, Solennité de l’Annonciation du Seigneur, Cathédrale de Milan, 25 mars 2017.

[8] “ Quant aux diacres de l’Eglise, qu’ils soient comme les yeux de l’Evêque qui savent voir tout autour, examinant les actions de chacun de l’Eglise, au cas où quelqu’un soit sur le point de pécher : de cette manière, prévenu par l’avertissement de celui qui préside, peut-être n’ira-t-il pas au bout [de son péché] “ ». (Lettre de Clément à Jacques, 12 : Rehm 14-15, in I Ministeri nella Chiesa Antica, Testi patristici dei primi tre secoli a cura di Enrico Cattaneo, Edizione Paolina, 1997, p. 696).

[9] Cf. Exercices spirituels, n. 121 : « La cinquième contemplation consistera à appliquer les cinq sens sur la première et la deuxième contemplation ».

[10] Dans le commentaire de l’Evangile selon saint Matthieu de saint Jérôme on trouve une curieuse comparaison entre les cinq sens de l’organisme humain et les vierges de la parabole évangélique, qui deviennent folles quand elles n’agissent plus selon la fin qui leur est assignée (cf. Comm. in Mt XXV : PL 26, 184).

[11] Le concept de fidélité est très exigeant et éloquent car il souligne aussi la durée dans le temps de l’engagement pris, il renvoie à une vertu qui, comme l’a dit Benoît XVI, « exprime le lien très particulier qui s’établit entre le Pape et ses collaborateurs directs, aussi bien dans la Curie romaine que dans les Représentations pontificales ». Discours à la Communauté de l’Académie Pontificale ecclésiastique, 11 juin 2012.

[12] Ibid.

[13] Lumen gentium, n.18.

[14] « Une Eglise synodale est une Eglise de l’écoute, avec la conscience qu’écouter “est plus qu’entendre”. C’est une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre. Le peuple fidèle, le Collège épiscopal, l’Evêque de Rome, chacun à l’écoute des autres ; et tous à l’écoute de l’Esprit Saint, l’”Esprit de Vérité” (Jn 14, 17), pour savoir ce qu’il “dit aux Eglises” (Ap 2, 7) » Discours pour le 50ème anniversaire du Synode des évêques, 17 octobre 2015.

[15] Cf. Lc 12, 54-59 ; Mt 16, 1-4 ; Conc. Oecum. Vat. II, Const. Past. Gaudium et spes, n.11 : Le peuple de Dieu, mû par la foi selon laquelle il croit qu’il est conduit par l’Esprit du Seigneur qui remplit le monde, s’applique à discerner dans les événements, les requêtes et les aspirations auxquelles il participe avec les autres hommes de notre temps, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu. La foi, en effet, éclaire toutes chose d’une lumière nouvelle et nous fait connaître le plan de Dieu au sujet de la vocation intégrale de l’homme, et oriente ainsi l’esprit vers des solutions pleinement humaines”.

[16] Cf. Lettre pontificale, le 18 octobre 2017 ; Communiqué de la Secrétairerie d’Etat, le 21 novembre 2017.

[17] Christus Dominus, n. 9.

[18] Discours à la Curie romaine, le 21 décembre 2013 ; cf. Homélie de Paul VI pour son 80ème anniversaire, 16 octobre 1977 : “Oui, j’ai aimé Rome, dans l’obsession continuelle d’en méditer et d’en comprendre le secret transcendant, incapable certainement de le pénétrer et de le vivre, mais toujours passionné, comme je le suis encore, de découvrir comment et pourquoi « le Christ est romain » (cf. Dante Alighieri, La Divine Comédie, « le Purgatoire », XXXII, 102) … que votre « conscience romaine » ait elle-même pour origine la citoyenneté native de cette Ville/l’Urbs fatidique, ou bien la permanence du domicile ou l’hospitalité dont vous y jouissez ; « conscience romaine » qui a elle-même une vertu d’infuser le sens d’un humanisme universel à qui sait le respirer” (Insegnamenti di Paolo VI, XV 1977, 1957)

[19] Synode des évêques, XVème Assemblée générale ordinaire : Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, Introduction.

[20] D’une part, l’unité qui répond au don de l’Esprit, trouve sa naturelle et pleine expression dans « l’union indéfectible avec l’Evêque de Rome » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente, n. 40). Et d’autre part, le fait d’être insérés dans la communion du Corps du Christ tout entier, nous rend conscients de devoir renforcer l’union et la solidarité au sein des différents Synodes patriarcaux, « privilégiant toujours la concertation sur des questions de grande importance pour l’Eglise en vue d’une action collégiale et unitaire » (ibid.).

[21] Paroles aux Patriarches des Eglises Orientales et aux archevêques majeurs, 21 novembre 2013.

[22] Avec les Chefs et les Pères, les Archevêques et les Evêques orientaux, en communion avec le Pape, avec la Curie et entre eux, nous sommes tous appelés “à rechercher toujours « la justice, la piété, la foi, la charité, la constance et la douceur » (cf. I Tm 6, 11) ; [à adopter] un style de vie sobre à l’image du Christ, qui s’est dépouillé pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9) … [à] la transparence dans la gestions des biens et la sollicitude envers toutes les faiblesses et les nécessités”, (Paroles aux Patriarches des Eglises Orientales catholiques et aux archevêques majeurs, 21 novembre 2013).

[23] Nous “voyons tant de nos frères et sœurs chrétiens des Eglises orientales faire l’expérience des persécutions dramatiques et une diaspora toujours plus inquiétante… Su ces situations, personne ne peut fermer les yeux” (Homélie à l’occasion du centenaire de la Congrégation pour les Eglises orientales et de l’Institut pontifical oriental, Basilique de Sainte Marie Majeure, le 12 octobre 2017). “Sur ces situations, personne ne peut fermer les yeux” (Message pour le centenaire de la fondation de l’Institut pontifical oriental, 12 octobre 2017).

[24] Discours à la Plénière du conseil Pontifical pour la promotion de l’Unité des Chrétiens, 10 novembre 2016.

[25] Ibid.

[26] Discours aux participants à la Conférence internationale pour la paix, à l’Al-Azhar Conférence Centre, Le Caire, vendredi 28 avril 2017.

[27] Ibid.

[28] Edizione Paoline, 1989, p. 170 ; [234-235] 170 : “Es mangelt nur an dich : Ach, könnte nur dein Herz zu einer Krippe werden, Gott würde noch einmal ein Kind auf dieser Erden”.

(Avec Vatican News)

Mercredi 20 Décembre 2017

On ne peut pas arriver en retard à la messe en se disant que, ouf, l’homélie n’a pas été prononcée. Le Pape estime même qu’il faut arriver à l’avance « pour préparer son cœur à la célébration ». La liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique forment ensemble un unique acte de culte, rappelle le Saint-Père, et pour vivre pleinement la célébration et en « savourer la beauté », il est nécessaire de connaître la signification de tous ses signes.

Ainsi les rites d’introduction qui ouvrent la célébration : la procession, le signe de croix, l’acte pénitentiel, le kyrie, la collecte qui est « la réunion des intentions des peuples qui monte au Ciel comme une prière ». Ces rites ont pour but de faire en sorte que les fidèles réunis forment une communauté, se disposent à écouter avec foi la Parole de Dieu et à célébrer dignement l’Eucharistie. C’est à ce moment-là, dit encore le Pape François que « notre communauté commence unie à adorer Dieu ».

La procession d’entrée et la vénération de l’autel ne sont pas des gestes insignifiants, au contraire. Ils veulent signifier que la messe est une rencontre d’amour avec le Christ. L’autel est le centre de l’action de grâce qui se réalise dans l’Eucharistie. Si toute la communauté se trouve le visage tourné vers l’autel, « ce n’est pas pour s’observer les uns les autres, mais pour regarder le Christ qui est au centre de la communauté, jamais lointain. »

Le Pape invite ensuite les parents et grands-parents à veiller à ce que leurs enfants apprennent à faire correctement leur signe de croix. « Expliquez-leur que c’est comme avoir la protection de la Croix de Jésus ». Par le signe de la croix, poursuit le Pape, non seulement nous faisons mémoire de notre baptême, mais nous affirmons que la prière liturgique est la rencontre avec Dieu en Jésus Christ qui pour nous s’est incarné, est mort en croix et est glorieusement ressuscité.

C’est ensuite le moment du salut liturgique du prêtre et de la réponse de l’assemblée, un « dialogue » qui manifeste le mystère de l’Église rassemblée. « Nous y exprimons notre foi commune ainsi que le désir réciproque de demeurer avec le Seigneur et de vivre l’unité avec toute la communauté ».

Enfin, « si quelqu’un n’est pas pécheur qu’il lève la main » : le Pape a expliqué que l’acte pénitentiel invite à se reconnaître pécheurs devant Dieu, mais aussi devant nos frères, « avec humilité et sincérité, pour renaître avec le Christ à une vie nouvelle ». Il juge d’ailleurs important d’approfondir, et annonce que l’acte pénitentiel sera au cœur de sa prochaine catéchèse.

A l’issue de la catéchèse, et à quelques jours des célébrations de Noël, le Pape a également invité les pèlerins rassemblés place Saint-Pierre, à quelques jours des célébrations de Noël, « à ouvrir leur cœur à l’Enfant de Bethléem pour accueillir l’amour que Dieu a pour chacun ». Le Saint-Père a salué les jeunes, les malades, les époux, en invitant à contempler l’exemple de la Sainte Famille pour pratiquer les mêmes vertus. Il a souhaité un joyeux Noël avant de leur impartir sa bénédiction.

(Avec R V)

Dimanche 17 décembre 2017

En ce troisième dimanche de l’Avent ou « dimanche de la joie », le Pape François avant la prière de l’angélus a exhorté les fidèles, rassemblés Place Saint-Pierre, à « préparer la venue du Seigneur » en saisissant « l’esprit de Noël ». Saint Paul, a rappelé le Saint-Père, nous invite à « vivre Noël de façon authentique » en assumant trois attitudes : la joie constante, la prière persévérante et l’action de grâce continue.

Le Pape François, lors des précédents dimanches, avait observé ce que signifie être dans une attitude de « vigilance » et ce qu’implique concrètement « préparer la voie du Seigneur ». En cette dernière étape du temps de l’Avent, il met l’accent sur la joie qui doit guider nos pas vers Noël. Cette « joie constante » qui vient du Christ et qui nous permet de dépasser « les angoisses, les difficultés et les souffrances qui traversent la vie de chacun ».

« Tant de fois, observe le Saint-Père, la réalité qui nous entoure semble être inhospitalière et aride, semblable au désert ». Mais comme nous le rappelle l’Évangile du jour, ce désert est habité par Jésus, c’est en cette certitude que repose notre joie comme nous le rappelle les paroles de Jean-Baptiste. Jésus, envoyé par le Père vient, comme l’a souligné Isaïe, pour « apporter la bonne nouvelle aux plus pauvres, panser les plaies des cœurs brisés, proclamer la liberté des esclaves et promulguer l’année de grâce du Seigneur (61,1-2). Jésus est venu sur terre pour redonner aux hommes la dignité et la liberté des fils de Dieu, que Lui seul peut communiquer ».

« Cette joie qui caractérise l’attente du Messie est basée sur la prière persévérante », c’est la deuxième attitude proposée par Saint Paul qui nous dit « prier sans interruption ». « C’est à travers la prière, affirme le Pape, que nous pouvons établir une relation stable avec Dieu qui est la source de la vraie joie ». « La joie du chrétien vient de la foi et de la rencontre avec Jésus-Christ, qui est la raison de notre bonheur ».

Et « plus nous sommes enracinés dans le Christ, plus nous trouvons la sérénité intérieure, même au milieu des contradictions quotidiennes ». « C’est pour cette raison, que le chrétien, qui a rencontré Jésus, ne peut être un prophète du malheur, mais un témoin et un héraut de joie. Une joie à partager avec les autres ; une joie contagieuse qui rend moins fatiguant le chemin de la vie ».

La troisième attitude indiquée par Saint Paul est « l’action de grâce continue », c’est-à-dire, précise le Saint-Père, « l’amour reconnaissant vis-à-vis de Dieu ». Dieu qui est « très généreux avec nous, et nous sommes invités à reconnaître toujours ses bienfaits, son amour miséricordieux, sa patience et sa bonté en vivant dans une action de grâce continue ». « La joie, la prière et la gratitude, conclut le Pape, sont donc les trois attitudes qui nous préparent à vivre Noël de façon authentique ».

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a lancé un appel pour la libération de six religieuses nigérianes.

« Je m’unis de tout cœur à l’appel des évêques du Nigéria pour la libération des six sœurs du Cœur eucharistique du Christ, enlevées il y a près d’un mois de leur couvent à Iguoriakhi, a déclaré le Pape. Je prie avec insistance pour elles et pour toutes les autres personnes qui se trouvent dans cette douloureuse condition : qu’elles puissent, à l’occasion de Noël, retourner finalement dans leurs maisons. »

Dans un communiqué rendu public le vendredi 15 décembre, le président et le vice-président de la conférence épiscopale nigériane avaient dénoncé l’action des « agents des ténèbres » qui sèment l’insécurité dans leur pays en procédant à de nombreux enlèvements. Les évêques appellent tous les catholiques, les chrétiens d’autres confessions et les personnes de bonne volonté à prier pour la libération de ces religieuses.

Comme c’est la tradition dans cette période de l’Avent, le Pape François a aussi béni les "Bambinelli", ces petits santons représentant l’Enfant-Jésus, qui seront déposés dans les crèches en Italie à l’occasion de Noël. Le Pape a rappelé que l’Enfant-Jésus doit être au centre de Noël, et il a expliqué aux enfants qu’il faut contempler la crèche en se laissant « attirer par la tendresse de Jésus, né pauvre et fragile au milieu de nous, pour nous donner son amour ».

(Avec R. V.)

Mercredi 13 Décembre 2017

Pourquoi aller à la messe ? Le Pape François a répondu en détail à cette question lors de l’audience générale du 13 décembre, poursuivant sa série de catéchèses sur la messe, et s’arrêtant sur l’importance de s’y rendre chaque dimanche. Le Pape en a aussi profité pour louer les vertus du repos dominical.

« C’est la messe qui fait le dimanche chrétien ! Le dimanche chrétien tourne autour de la messe. Qu’est-ce que le dimanche pour un chrétien, s’il n’y a pas de rencontre avec le Seigneur ? » s’est d’abord exclamé François.

« Contribution spécifique du christianisme », le repos dominical permet aux chrétiens de « vivre comme des fils et non comme des esclaves », a poursuivi le Pape, rappelant que la célébration dominicale de l’Eucharistie demeurait au « centre de la vie de l’Église ».

Le Pape a ainsi visé « certaines de ces sociétés laïques qui ont perdu le sens chrétien du dimanche ». « C’est dommage », a regretté le Saint-Père, qui souhaiterait une prise de conscience à ce sujet : « Il faut retrouver le sens de cette célébration, qui est celui de la joie, de la communauté paroissiale, de la solidarité, et de tout ce qui rafraîchit l’âme et le corps. »

« Sans le Christ, a poursuivi le Saint-Père, nous sommes condamnés à être dominés par la fatigue de la vie quotidienne, par nos soucis et par la peur du lendemain.

C’est pourquoi le Pape nous rappelle que « nous n’allons pas à la messe pour donner quelque chose à Dieu, mais pour recevoir de Lui ce dont nous avons vraiment besoin ».

« La messe sert à mettre en pratique le commandement de Dieu, et ainsi à faire de nous des témoins crédibles ».

(Avec R. V.)

Dimanche 10 Décembre 2017

L’Avent est un temps pour « reconnaitre les vides à combler dans notre vie », et « aplanir les aspérités de l’orgueil », pour faire de la place à Jésus qui vient. Le Pape François l’a affirmé ce dimanche 10 décembre, lors de l’Angélus, Place Saint-Pierre.

Le Saint-Père s’est longuement appuyé sur la première lecture, proposée par la liturgie en ce deuxième dimanche de l’Avent, tirée du Livre de la Consolation (Is 40, 1-5.9-11) où le prophète Isaïe annonce au peuple d’Israël la fin de son exil à Babylone et son retour à Jérusalem.

« Préparez le chemin du Seigneur (…) Tracez droit une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé », s’écrie le Prophète. Ces ravins symbolisent, pour le Pape, les « vides de notre comportement devant Dieu, tous nos péchés d’omission », comme nos absences de prières, ou encore nos manques de charité envers ceux qui ont besoin d’aide matérielle ou spirituelle. Ainsi, l’Avent est un « temps favorable pour prier avec plus d’intensité », pour « réserver à notre vie spirituelle l’espace important qui lui est due », suggère le Pape. Nous sommes également appelés en ce temps liturgique à « être plus attentifs aux nécessités des autres, leur être plus proches », « ouvrir des chemins d’espérance dans le cœur aride de tant de personnes », à l’instar de St Jean-Baptiste.

« Que toute montagne et toute colline soit abaissée », exhorte encore le prophète Isaïe. Ces montagnes et collines qui doivent être abaissées, « ce sont l’orgueil, la hauteur, la supériorité », explique le Saint-Père, qui encourage plutôt des « attitudes de douceur et de d’humilité » pour préparer la venue du Seigneur. « Il nous est également demandé d’éliminer tous les obstacles que nous mettons à notre union avec le Seigneur », a encore déclaré François, prenant de nouveau appui sur les paroles d’Isaïe : « que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! »

« Quand nous attendons chez nous la visite d’une personne chère, nous préparons tout avec bonheur et attention », fait remarquer le Pape François, pour qui il doit en être de même pour la venue de Jésus ; nous devons nous y préparer avec « zèle » et dans la joie, « afin d’être comblés par sa grâce quand il viendra ».

Dans l’Evangile, Jean-Baptiste réalise la figure annoncée par Isaïe, celle de la « voix qui crie dans le désert ». Le désert, où vit le prophète, nous rappelle « le climat de conversion et de pénitence qui permet de se préparer à la rencontre avec le Seigneur ». Jean déclare « Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1, 8). « Le Sauveur que nous attendons est capable de transformer notre vie avec la force de l’Esprit Saint, a conclu le Pape, avec la force de son amour. L’Esprit Saint, en effet, répand dans nos coeurs l’amour de Dieu, source inépuisable de purification, de vie nouvelle et de liberté ».

Ce dimanche, le Saint-Père a lancé un appel à la sagesse et à la paix au Moyen-Orient.

La décision américaine de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël a soulevé un vent de colère au Proche et Moyen-Orient. Dans ce contexte « particulièrement grave », le Saint-Père lance « un appel à la sagesse et la prudence » et élève ses prières afin que les responsables des nations « s’engagent à conjurer une nouvelle spirale de violence, en répondant, en paroles et en actes, aux désirs de paix de justice et de sécurité des populations ». Il se dit sensible aux préoccupations pour la paix exprimées par la Ligue arabe ou l’Organisation pour la Coopération islamique.

Dans le communiqué publié ce dimanche 10 décembre par le Bureau de presse du Saint-Siège, François rappelle également « le caractère singulier » de la Ville sainte et « le respect essentiel du status quo » à Jérusalem. Il réitère sa conviction propre que seule une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens pourra porter une paix stable et durable, et garantir la coexistence pacifique de deux Etats, à l’intérieur de frontières internationalement reconnues.

"Le Saint-Siège suit avec grande attention les développements de la situation au Moyen-Orient, spécialement à Jérusalem, ville sacrée pour les chrétiens, les juifs et les musulmans du monde entier. Tout en exprimant sa douleur suite aux récents affrontements qui ont fait des victimes ces derniers jours, le Saint-Père renouvelle son appel à la sagesse et la prudence de tous et élève ses prières avec ferveur afin que les responsables des nations, en ce moment particulièrement grave, s’engagent à conjurer une nouvelle spirale de violence, en répondant, en paroles et en actes, aux désirs de paix de justice et de sécurité des populations de cette terre martyrisée.

Les inquiétudes pour les perspectives de paix dans la région font l’objet, ces jours-ci, de diverses initiatives, parmi lesquelles, les réunions convoquées en urgence par la Ligue Arabe et l’Organisation pour la Coopération islamique. Le Saint-Siège est sensible à de telles préoccupations, et rappelant les paroles pressantes du Pape François, réaffirme sa position sur le caractère singulier de la Ville sainte et l’essentiel du respect du status quo, en conformité avec les délibérations de la communauté internationale et les demandes répétées des chefs des Eglises et des communautés chrétiennes de Terre Sainte. Dans le même temps, il réitère sa conviction propre que seule une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens pourra porter une paix stable et durable, et garantir la coexistence pacifique de deux Etats, à l’intérieur de frontières internationalement reconnues."

(Avec R. V.)

Vendredi 8 décembre 2017

En cette fête de l’Immaculée Conception qui est une fête religieuse majeure et un jour férié très important en Italie, le Pape François a prononcé sa traditionnelle bénédiction de l’Angélus, depuis la fenêtre du Palais apostolique.

Le Pape a délivré une méditation sur la beauté de Marie et sur sa jeunesse, due au fait qu’elle n’a pas été corrompue par le péché.

« Que veut dire "pleine de grâce" ? Cela veut dire que Marie est pleine de la présence de Dieu. Et si elle est entièrement habitée par Dieu, il n’y a pas de place en elle pour le péché. » Rappelant le fait que chacun de nous a des « côtés obscurs », même les plus grands saints, François a relevé que Marie est l’unique « oasis toujours verte » de l’humanité, « créée immaculée pour accueillir pleinement, avec son "oui", Dieu qui venait dans le monde et commencer ainsi une histoire nouvelle ».

« Quand nous la reconnaissons "pleine de grâce", nous lui faisons le compliment le plus grand, le même que Dieu lui a fait ». François a remarqué que c’est un beau compliment à faire à une femme, de lui dire gentiment qu’elle semble jeune. Quand nous qualifions Marie de « pleine de grâce », cela revient à la reconnaître jeune, « plus jeune que le péché », « la plus jeune du genre humain », a expliqué le Pape François en utilisant des expressions utilisées par l’écrivain français Georges Bernanos dans le Journal d’un curé de campagne.

Marie n’avait pourtant pas une vie spectaculaire, elle venait d’une humble famille, et d’un petit village presque inconnu. « Elle n’était pas célèbre : quand l’ange l’a visitée, personne ne l’a su, ce jour-là, il n’y avait aucun reporter sur place ». Et pourtant, sa vie fut belle, car Marie avait l’habitude de dialoguer avec Dieu. « La Parole de Dieu était son secret », elle avait « le cœur dirigé vers Dieu ». Le Pape a donc invité les fidèles à lui demander de nous aider à rester jeunes, en disant « non au péché, et à vivre une vie belle, en disant oui à Dieu ».

Au terme de sa méditation, le Pape a rappelé qu’il se rendrait comme chaque année place d’Espagne cet après-midi pour « renouveler la traditionnel acte d’hommage et de prière au pied du monument de l’Immaculée ».

(Avec R. V.)

Mercredi 6 Décembre 2017

Outre son appel pour Jérusalem, le Pape François a consacré l’essentiel de son audience générale au bilan de son voyage récent en Birmanie et au Bangladesh. Il a chaleureusement remercié les organisateurs et les peuples de ces pays, qui lui ont montré « beaucoup de foi et beaucoup d’affection ».

« Pour la première fois un successeur de Pierre visitait la Birmanie », a rappelé le Saint-Père, précisant que ce voyage avait été organisé à l’occasion de l’établissement des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Birmanie. « J’ai voulu exprimer la proximité du Christ et de l’Église à un peuple qui a souffert à cause des conflits et de la répression, et qui maintenant est en train de cheminer lentement vers une nouvelle condition de liberté et de paix. » Dans ce pays majoritairement bouddhiste, le Pape a pu rencontrer le « petit troupeau » des catholiques, saluant leur témoignage de foi assumé face aux persécutions. François est notamment revenu sur sa rencontre avec les jeunes, à la cathédrale Sainte-Marie de Rangoon. « Dans les visages de ces jeunes, pleins de joie, j’ai vu le futur de l’Asie : un futur qui ne sera pas à celui qui construit des armes, mais à celui qui sème la fraternité. »

Dans ses échanges avec les autorités civiles, François a voulu encourager les efforts de pacification du pays, en souhaitant que « toutes les diverses composantes de la nation, aucune n’étant exclue, puissent coopérer à un tel processus dans le respect réciproque ». Le Pape a aussi évoqué sa rencontre avec les moines bouddhistes, auxquels il a manifesté « l’estime de l’Église pour leur antique tradition spirituelle, et la confiance que chrétiens et bouddhistes puissent ensemble aider les personnes à aimer Dieu et le prochain, en rejetant toute violence et en s’opposant au mal avec le bien ».

Et c’est avec le même état d’esprit que le Pape s’est rendu au Bangladesh voisin, afin de marquer « un pas ultérieur en faveur du respect et du dialogue entre le christianisme et l’islam ». François a rappelé aux autorités l’importance de protéger la liberté religieuse, et il a exprimé sa solidarité au Bangladesh « dans son engagement de secourir les réfugiés Rohingyas arrivés en masse sur son territoire, où la densité de population est déjà parmi les plus hautes du monde ».

Concernant la minorité catholique, François a remarqué que « grâce à Dieu les vocations ne manquent pas, signe de communautés vivantes, où résonne la voix du Seigneur qui appelle à le suivre ». Il a vu dans les visages des jeunes séminaristes et novices « les germes de l’Église dans cette terre ». Il s’est aussi souvenu avec émotion de sa visite dans une communauté des sœurs de Mère Teresa, « des sœurs qui prient beaucoup, qui servent les souffrants, et continuellement avec le sourire ».

Il a enfin évoqué sa rencontre avec les jeunes à l’Université Notre-Dame, une institution catholique qui accueille aussi des jeunes musulmans et d’autres religions : « un signe d’espérance pour le Bangladesh, pour l’Asie et pour le monde entier », a-t-il conclu. Il a par ailleurs salué la présence à l’audience générale de plusieurs prêtres, religieuses et laïcs originaires du Bangladesh et de Birmanie, venus le remercier pour sa visite dans leurs pays d’origine.

Appel pour Jérusalem

Toujours, lors de l’audience générale de ce matin, le Pape a lancé un appel pour Jérusalem, dans un contexte tendu, compte tenu de l’annonce par le président américain Donald Trump d’un transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et non plus Tel-Aviv, ce qui correspond à une reconnaissance formelle par les États-Unis de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël.

« Je ne peux pas taire ma préoccupation profonde pour la situation qui s’est créée dans les derniers jours, et dans le même temps, je veux adresser un appel afin que tous s’engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes des Nations Unies », a lancé le Saint-Père lors de l’audience générale en Salle Paul VI. Depuis le début de son pontificat, le Pape François a manifesté à de nombreuses reprises sa préoccupation pour la paix en Terre Sainte. Il s’était rendu sur place en mai 2014 et avait organisé quelques jours plus tard au Vatican une prière pour la paix en présence du président palestinien Mahmoud Abbas et de son homologue israélien de l’époque, Shimon Peres.

« Jérusalem est une ville unique, sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, qui y vénèrent les Lieux Saints de leurs religions respectives, et a une vocation spéciale à la paix », a-t-il martelé.

« Je prie le Seigneur pour que cette identité soit préservée et renforcée au bénéfice de la Terre Sainte, du Moyen-Orient et du monde entier, et que prévalent la sagesse et la prudence, pour éviter d’ajouter de nouveaux éléments de tension dans un panorama mondial déjà troublé et marqué par des conflits cruels et nombreux » a ajouté le Pape, qui avait justement reçu, avant l’audience générale, une délégation interreligieuse de Palestine.

Par ailleurs, le Pape François et le président palestinien Mahmoud Abbas ont eu un échange téléphonique hier. Le directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège, Greg Burke, a précisé que cet échange avait été organisé à l’initiative du président palestinien, après qu’il ait été informé par Donald Trump de sa décision de transférer l’ambassade américaine en Israël.

Dans son échange téléphonique avec le président américain, le président palestinien Mahmoud Abbas l’avait mis en garde hier contre les conséquences potentiellement très graves de cette décision. Même l’Arabie Saoudite, pourtant alliée de Washington, a mis en garde l’administration américaine contre le risque de « colère des musulmans ».

(Avec R. V.)

Dimanche 3 Décembre 2017

Être attentif et rester éveillé pour accueillir le Christ, c’est l’appel du Saint-Père pour ce premier dimanche de l’Avent. Lors de la prière de l’Angelus, ce 3 décembre 2017, de retour du Bangladesh et de la Birmanie, son 21ème voyage apostolique, le Pape François a ainsi exhorté les fidèles à se préparer au retour du Seigneur « qui vient à notre rencontre » en ces fêtes de Noël.

Ce chemin de l’Avent qui s’ouvre aujourd’hui et culmine à Noël, a commencé le Pape, est un temps « qui nous ai donné pour vérifier notre désir de Dieu ». Ce temps « nous rappelle aussi sa venue dans l’humilité de la condition humaine » à la rencontre de tous ceux qui sont disposés à l’accueillir. C’est pour cette raison, explique le Saint-Père, qu’il fait toujours être dans la veille et dans l’attente.

La personne attentive, souligne ainsi François, est celle qui, se tourne d’abord vers les autres. « Dans le bruit du monde, elle ne se laisse pas submerger par les distractions ou la spécialité, mais qui vit de pleinement et avec conscience, avec une préoccupation tournée avant tout vers les autres », qui permet de voir leurs larmes et leurs besoins. La personne qui fait attention, continue François, se tourne aussi vers le monde, et cherche à « combattre l’indifférence et la cruauté qui s’y trouvent, et se réjouir de ses trésors de beautés qu’il faut préserver ». Il s’agit donc, insiste François, d’avoir « un regard de compréhension pour reconnaître à la fois la misère et la pauvreté des individus et de la société, et la richesse cachée dans les petites choses de chaque jour », là aussi il y a une place pour le Seigneur.

Le Pape a ensuite appelé à rester éveillé, en cette période de l’Avent. La « personne qui veille » est celle qui « ne se laisse pas emporter par le sommeil du découragement, du manque d’espérance, de la déception », et dans le même temps, « rejette toutes les vanités » qui gâchent le temps pour soi ou sa famille. Ainsi, résume le Saint-Père, être attentif et éveillé sont les « conditions préalables » pour arrêter de s’éloigner des chemins du Seigneur, à se perdre « dans nos péchés et dans nos infidélités », car en étant de l’attention et la veille, Dieu peut « pénétrer dans notre existence, lui redonner du sens et de la valeur à travers sa présence pleine de bonté et de tendresse ».

(Avec R. V.)

Samedi 2 décembre 2017

Après avoir rencontré les évêques bangladais vendredi, le Pape François avait rendez-vous ce samedi dans la matinée avec les prêtres, séminaristes, religieux et religieuses, novices et personnes consacrées en l’église du Saint-Rosaire, au centre de Dacca, dans le quartier de Tejgaon.

Il s’agit d’un des plus vieux complexes catholiques de la capitale du Bangladesh comprenant l’ancienne église, du XVIe et XVIIe siècle, l’un des deux cimetières catholiques de la ville où sont enterrés de nombreux missionnaires, la maison de Mère Teresa qu’il a visitée auparavant, et deux écoles préparatoires, ainsi que la nouvelle église en forme de coquille où s’est déroulée la rencontre.

Le Pape François devait prononcer un discours préparé. Mais craignant d’être « ennuyant », il a préféré consigner son texte au cardinal archevêque D’Rozario, et a pris la parole en espagnol, improvisant ce qui lui venait du cœur. Les précisions de notre envoyé spécial Xavier Sartre

C’est un Pape heureux, confiant, à l’aise qui s’est présenté aux prêtres, aux séminaristes, aux religieux et religieuses, dont de nombreuses missionnaires de la Charité, venues en voisines… il a abordé trois thèmes qui lui sont chers et qui lui paraissent essentiels pour les différentes communautés ecclésiastiques.

Tout d’abord, il a insisté sur le fait de prendre soin de sa vocation, de cette graine que Dieu a donné à certains. Il faut en prendre soin comme on prend soin des enfants, des personnes âgées, et ce grâce à la tendresse, sinon, la jeune pousse qui a germé ne pourra jamais grandir. « Attention toutefois à l’ennemi qui sème la mauvaise graine, celle de la zizanie parmi tous les groupes. »

Prendre soin, c’est aussi « discerner, prier et demander à Dieu de nous accorder cette tendresse indispensable à la croissance de cette pousse ».

S’adressant ensuite plus spécifiquement aux communautés religieuses, le Pape a reconnu que cette vie n’était pas facile. Il faut que chaque groupe sache se défendre contre tout type de division. Citant le cardinal Tauran, il a rappelé que le Bangladesh était l’un des meilleurs exemples de dialogue interreligieux. « Le Bangladesh se doit donc d’être un exemple d’harmonie » a exhorté le Pape, faisant référence aux communautés religieuses. Or, ces dernières doivent faire face à un ennemi en particulier : les bavardages, ces médisances qui empoisonnent les relations humaines. « Mieux vaut se mordre la langue que de dire du mal des autres » prévient le Pape. Ou mieux vaut dire les choses en face quand cela ne va pas.

Enfin, il a souligné combien il était important d’être habité par l’esprit de joie pour servir Dieu. Reprenant sa métaphore des visages tristes, celles de ceux qui ont mangé du vinaigre, le Pape a rappelé combien il était nécessaire de supporter certaines contrariétés pour se rendre compte des bienfaits que dispense Dieu à notre égard.

Retrouvez le discours du Pape aux prêtres, aux consacrés, aux séminaristes et aux novices

"Chers frères et sœurs,
Je suis très heureux d’être avec vous. Je remercie l’Archevêque Moses Costa pour la salutation chaleureuse qu’il m’a adressée en votre nom. Je suis spécialement reconnaissant à ceux qui ont donné leurs témoignages et partagé avec nous leur amour de Dieu. J’exprime aussi ma gratitude au Père Mintu Palma pour avoir composé la prière à la Vierge que nous réciterons tout à l’heure. En tant que successeur de Pierre il est de mon devoir de vous confirmer dans la foi. Mais je voudrais que vous sachiez qu’aujourd’hui, à travers vos paroles et votre présence, vous aussi vous me confirmez dans la foi et me donnez une grande joie.

La Communauté catholique au Bangladesh est petite. Mais vous êtes comme la graine de moutarde que Dieu porte à son accomplissement, en son temps. Je me réjouis de voir comment cette graine est en train de grandir et d’être le témoin direct de la foi profonde que Dieu vous a donnée (cf. Mt 13, 31-32). Je pense aux dévoués et fidèles missionnaires qui ont planté et soigné cette graine de foi pendant presque cinq siècles. Tout à l’heure je visiterai le cimetière et je prierai pour ces hommes et ces femmes qui, avec beaucoup de générosité, ont servi cette Église locale. Tournant le regard vers vous, je vois des missionnaires qui poursuivent cette œuvre sainte. Je vois aussi de nombreuses vocations nées sur cette terre : elles sont un signe des grâces par lesquelles le Seigneur la bénit. Je suis particulièrement heureux de la présence parmi nous des sœurs de clôture, et de leurs prières.

Il est beau que notre rencontre ait lieu dans cette ancienne église du Saint Rosaire. Le Rosaire est une méditation magnifique sur les mystères de la foi qui sont la sève vitale de l’Eglise, une prière qui forge la vie spirituelle et le service apostolique. Que nous soyons prêtres, religieux, personnes consacrées, séminaristes ou novices, la prière du Rosaire nous stimule à donner complètement nos vies au Christ, en union avec Marie. Elle nous invite à participer à l’empressement de Marie envers Dieu au moment de l’Annonciation, à la compassion du Christ pour toute l’humanité lorsqu’il est suspendu à la croix, et à la joie de l’Eglise quand elle reçoit du Seigneur ressuscité le don de l’Esprit Saint.

Y a-t-il eu, dans toute l’histoire, une personne aussi empressée que Marie au moment de l’Annonciation ? Dieu l’a préparée pour ce moment et elle a répondu avec amour et confiance. De même le Seigneur a préparé chacun de nous, et il nous a appelés par notre nom. Répondre à cet appel est un processus qui dure toute la vie. Chaque jour nous sommes appelés à apprendre à être plus empressés envers le Seigneur dans la prière, en méditant ses paroles et en cherchant à discerner sa volonté. Je sais que le travail pastoral et l’apostolat demandent beaucoup de vous, et que vos journées sont souvent longues et vous fatiguent. Mais nous ne pouvons pas porter le nom du Christ ou participer à sa mission sans être avant tout des hommes et des femmes enracinés dans l’amour, enflammés par l’amour, par la rencontre personnelle avec Jésus dans l’Eucharistie et dans les paroles de la Sainte Ecriture. Père Abel, tu nous as rappelé cela quand tu as parlé de l’importance de faire grandir une relation intime avec Jésus, parce que là nous faisons l’expérience de sa miséricorde et nous puisons une énergie renouvelée pour servir les autres.

L’empressement pour le Seigneur nous permet de voir le monde à travers ses yeux et de devenir ainsi plus sensibles aux nécessités de tous ceux que nous servons. Nous commençons à comprendre leurs espérances et leurs joies, les peurs et les poids, nous voyons plus clairement les nombreux talents, charismes et dons qu’ils apportent pour édifier l’Eglise dans la foi et dans la sainteté. Frère Lawrence, quand tu parlais de ton ermitage, tu nous as aidé à comprendre l’importance de prendre soin des personnes pour rassasier leur soif spirituelle. Puissiez-vous tous, dans la grande variété de vos apostolats, être une source de restauration spirituelle et d’inspiration pour ceux que vous servez, les rendant capables de partager toujours plus pleinement entre eux leurs dons, faisant progresser la mission de l’Eglise.

Le Rosaire nous introduit dans la méditation de la passion et de la mort de Jésus. En entrant plus profondément dans ces mystères douloureux, nous parvenons à connaître leur force salvifique et nous sommes confirmés dans l’appel à en être participants par nos vies, par la compassion et le don de soi. Le sacerdoce et la vie religieuse ne sont pas des carrières. Ils ne sont pas des véhicules pour avancer. Ils sont un service, une participation à l’amour du Christ qui se sacrifie pour son troupeau. En nous configurant chaque jour à Celui que nous aimons, nous parvenons à apprécier le fait que nos vies ne nous appartiennent pas. Ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous (cf. Ga 2, 20).

Nous incarnons cette compassion quand nous accompagnons les personnes, spécialement dans leurs moments de souffrance et d’épreuve, en les aidant à trouver Jésus. Père Franco, merci pour avoir mis cet aspect au premier plan : chacun de nous est appelé à être un missionnaire, portant l’amour miséricordieux du Christ à tous, surtout à tous ceux qui se trouvent aux périphéries de nos sociétés. Je suis particulièrement reconnaissant que beaucoup d’entre vous, de nombreuses manières, soyez engagés dans les domaines du social, de la santé et de l’éducation, servant aux besoins de vos communautés locales et des nombreux migrants et réfugiés qui arrivent dans le pays. Votre service à la plus large communauté humaine, en particulier à ceux qui se trouvent le plus dans le besoin, est précieux pour construire une culture de la rencontre et de la solidarité.

Enfin, le Rosaire nous remplit de joie par le triomphe du Christ sur la mort, par son ascension à la droite du Père et par l’effusion de l’Esprit Saint sur le monde. Tout notre ministère est orienté pour proclamer la joie de l’Evangile. Dans la vie et dans l’apostolat, nous sommes tous bien conscients des problèmes du monde et des souffrances de l’humanité, mais nous ne perdons jamais la confiance dans le fait que la force de l’amour du Christ prévaut sur le mal et sur le Prince du mensonge qui cherche à nous induire en erreur. Ne vous laissez jamais décourager par vos manquements ni par les défis du ministère. Si vous demeurez empressés envers le Seigneur dans la prière et persévérants à offrir la compassion du Christ à vos frères et sœurs, alors le Seigneur remplira certainement vos cœurs de la réconfortante joie de son Esprit Saint.

Sœur Mary Chandra, tu as partagé avec nous la joie qui jaillit de ta vocation religieuse et du charisme de ta Congrégation. Marcelius, toi aussi, tu nous as parlé de l’amour que toi et tes compagnons de séminaire avez pour la vocation au sacerdoce. Tous les deux, vous nous avez rappelé que nous sommes tous appelés, et, chaque jour, à renouveler et à approfondir notre joie dans le Seigneur en nous efforçant de l’imiter toujours plus pleinement. Au début, cela peut sembler ardu, mais cela remplit nos cœurs de joie spirituelle. Car chaque journée devient une occasion de recommencer, de répondre à nouveau au Seigneur. Ne vous découragez jamais, parce que la patience du Seigneur est notre salut (cf. 2P 3, 15). Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur !

Chers frères et sœurs, je vous remercie pour votre fidélité dans le service du Christ et de son Eglise à travers le don de votre vie. Je vous assure tous de ma prière et je vous la demande pour moi. Tournons-nous vers la Vierge, la Reine du Saint Rosaire, en lui demandant de nous obtenir à tous la grâce de grandir en sainteté et d’être des témoins toujours plus joyeux de la force de l’Evangile, afin de porter guérison, réconciliation et paix à notre monde."

Dernière rencontre avec les jeunes

Tout comme avant-hier en Birmanie, la visite du Pape François au Bangladesh s’est achevée ce samedi avec une rencontre entre le Pape et les jeunes, à l’université Notre-Dame. 7000 jeunes, des catholiques, mais aussi des musulmans et des croyants d’autres religions, ont participé à un temps festif marqué par des danses et des témoignages. Le Pape n’a pas caché son plaisir en déclarant « Je me sens rajeunir chaque fois que je vous rencontre ! ». Et à quelques instants de reprendre l’avion pour Rome, le Pape a articulé son discours autour de la notion de « voyage ».

Le Pape François qui avait été professeur de lettres et de psychologie dans ses années de noviciat jésuite, a renoué avec sa vocation d’éducateur en invitant les jeunes étudiants à ne pas « divaguer sans but », et à choisir la bonne voie en utilisant la sagesse qui nait de la foi. Devant ces étudiants, parmi lesquels de futurs ingénieurs, le Pape a utilisé une métaphore informatique en déclarant que Dieu a mis en quelque sorte en nous « un logiciel qui nous aide à discerner son programme divin », un logiciel qui doit être régulièrement mis à jour en écoutant le Seigneur.

Pour atteindre cette sagesse, « nous devons regarder le monde, nos situations, nos problèmes avec les yeux de Dieu, écouter les autres avec les oreilles de Dieu, aimer avec le cœur de Dieu, et évaluer les choses avec les valeurs de Dieu ». Il ne faut pas pour autant « se replier dans son petit monde », parce que quand un peuple, une religion ou une société deviennent un petit monde fermé, les personnes sombrent dans l’arrogance, et dans des discours binaires du type « je suis bon, tu es mauvais ».

La sagesse de Dieu doit nous ouvrir aux autres et nous aider à voir au-delà de notre confort et des fausses sécurités, et nous ouvrir aux autres. François a insisté aussi sur l’écoute réciproque entre les jeunes et les plus anciens. Nous faisons partie d’une longue chaine de transmission, et il ne faut pas vivre accroché à son téléphone portable, mais avoir conscience que la réalité est plus grande que nos individualités.

« En regardant vos visages, je suis plein de joie et d’espérance, pour vous, pour votre pays, pour l’Église et pour vos communautés ». « Que Dieu bénisse le Bangladesh », a conclu le Saint-Père, avant de repartir vers l’aéroport.

(Avec R. V.)

Vendredi 1er Décembre 2017

Ce matin, sous un soleil déjà chaud, le Pape François a célébré la messe dans le parc Suhrawardy Udyan à Dacca devant environ cent mille fidèles, soit le tiers de toute la communauté catholique du pays. C’est le grand moment que tous les catholiques du Bangladesh attendaient.

Cette célébration eucharistique, unique grand moment de rencontre entre le Pape et les Bangladais, a été marquée par l’ordination de seize séminaristes ayant étudié au séminaire majeur du Saint-Esprit. Le Pape a remercié celles et ceux qui sont venus parfois de très loin, au prix de plusieurs jours de voyage, signe de leur amour pour Jésus . Il les a remerciés pour leur fidélité, et les a appelés à prier pour leurs prêtres, tout particulièrement ceux qu’il a ordonnés. C’est la responsabilité du peuple de Dieu de soutenir les prêtres. Il suffit pour cela, a affirmé le Pape François, de se fier à sa générosité qu’il sait grande chez les Bangladais.

Son homélie a été centrée sur le rôle et la responsabilité des nouveaux prêtres.

Les prêtres, collaborateurs des évêques, eux-mêmes successeurs des Apôtres choisis par Jésus, sont appelés à continuer la mission personnelle du Christ, de maître, de prêtre et de pasteur. Le Pape résume ainsi l’enjeu de cette ordination.

Ces nouveaux pasteurs devront dispenser à tous la Parole de Dieu, la lisant et la méditant pour croire ce qu’ils ont lu. Ils devront vivre ce qu’ils ont enseigné. « Que votre doctrine soit donc une nourriture pour le peuple de Dieu, une joie et un soutien pour les fidèles du Christ, le parfum de votre vie, pour que par la parole et l’exemple vous édifiez la maison de Dieu, qui est l’Église » a déclaré le Pape François.

Il a insisté sur le fait de vivre en accord avec sa foi et ses vœux : « reconnaissez donc ce que vous faites, imitez ce que vous célébrez, afin que, en participant au mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, vous portiez la mort du Christ dans vos membres et que vous marchiez avec lui dans une vie renouvelée. »

Au-delà du rappel des sacrements qu’ils administreront dorénavant, le Pape les a enjoints à exercer dans « la joie et la charité sincère l’œuvre sacerdotale du Christ, dans l’unique intention de plaire à Dieu » et non à soi-même.

Le Pape a conclu en les incitant à avoir toujours devant les yeux l’exemple du Bon Pasteur, « qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et pour chercher et sauver ce qui était perdu ».

Retrouvez le texte intégral de l’homélie du Pape  :

"Frères très chers, nos fils ont été appelés à l’ordre du sacerdoce. Réfléchissons attentivement à quel ministère ils seront élevés dans l’Eglise.

Comme vous le savez bien, mes frères, le Seigneur Jésus est le seul grand-prêtre du Nouveau Testament ; mais en lui tout le peuple saint de Dieu a également été constitué peuple sacerdotal. Néanmoins, parmi tous ses disciples, le Seigneur Jésus a voulu en choisir certains en particulier, pour que, en exerçant publiquement dans l’Eglise en son nom la charge sacerdotale en faveur de tous les hommes, ils continuent sa mission personnelle de maître, prêtre et pasteur.

En effet, de même qu’il avait été envoyé par le Père pour cela, ainsi il envoya à son tour dans le monde d’abord les Apôtres, puis les évêques, leurs successeurs, auxquels enfin ont été donnés comme collaborateurs les prêtres qui, unis à eux dans le ministère sacerdotal, sont appelés au service du peuple de Dieu.
Après une mûre réflexion, nous allons maintenant élever à l’ordre des prêtres nos frères, afin qu’au service du Christ maître, prêtre et pasteur, ils coopèrent en vue d’édifier le corps du Christ, qui est l’Église, en peuple de Dieu et temple saint de l’Esprit.

Quant à vous, très chers fils, qui allez être promus à l’ordre du presbytérat, considérez qu’en exerçant le ministère de la doctrine sacrée, vous participerez à la mission du Christ, unique maître. Dispensez à tous la Parole de Dieu, que vous avez vous-mêmes reçue avec joie. Lisez et méditez assidûment la parole du Seigneur pour croire ce que vous avez lu, enseigner ce que vous avez appris dans la foi, vivre ce que vous avez enseigné. Que votre doctrine soit donc une nourriture pour le peuple de Dieu, une joie et un soutien pour les fidèles du Christ, le parfum de votre vie, pour que par la parole et l’exemple vous édifiez la maison de Dieu, qui est l’Eglise.

Vous continuerez l’œuvre sanctificatrice du Christ.
Par votre ministère, le sacrifice spirituel des fidèles est rendu parfait, parce que uni au sacrifice du Christ, qui à travers vos mains, au nom de toute l’Église, est offert sans effusion de sang sur l’autel au cours de la célébration des saints mystères.
Reconnaissez donc ce que vous faites, imitez ce que vous célébrez, afin que, en participant au mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur, vous portiez la mort du Christ dans vos membres et que vous marchiez avec lui dans une vie renouvelée.
Par le Baptême, vous ajouterez de nouveaux fidèles au peuple de Dieu ; par le sacrement de la Pénitence, vous remettrez les péchés au nom du Christ et de l’Église ; avec l’Huile sainte, vous soulagerez les malades ; en célébrant les rites sacrés et en élevant aux différentes heures du jour la prière de louange et de supplication, vous deviendrez la voix du peuple de Dieu et de l’humanité tout entière.

Conscients d’avoir été choisis parmi les hommes et constitués en leur faveur pour vous occuper des choses de Dieu, exercez dans la joie et la charité sincère l’œuvre sacerdotale du Christ, dans l’unique intention de plaire à Dieu et non à vous-mêmes.
Enfin, en participant à la mission du Christ, tête et pasteur, en communion filiale avec votre évêque, engagez-vous à unir les fidèles dans une unique famille, pour les conduire à Dieu le Père par le Christ dans l’Esprit Saint. Ayez toujours devant les yeux l’exemple du Bon Pasteur, qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et pour chercher et sauver ce qui était perdu.

Maintenant, je veux m’adresser à vous, chers frères et sœurs qui êtes venus à cette fête, à cette grande fête de Dieu dans l’ordination de ces frères prêtres. Je sais que beaucoup d’entre vous êtes venus de loin, dans un voyage de plus de deux jours… Merci pour votre générosité ! Ceci indique l’amour que vous avez pour l’Église, ceci indique l’amour que vous avez pour Jésus-Christ. Merci beaucoup ! Merci beaucoup pour votre générosité, merci beaucoup pour votre fidélité. Continuez à aller de l’avant, avec l’esprit des Béatitudes.

Et je vous demande de toujours prier pour vos prêtres, spécialement pour ceux qui aujourd’hui vont recevoir le sacrement de l’ordre sacré. Le peuple de Dieu soutient les prêtres avec la prière. C’est votre responsabilité de soutenir les prêtres. Quelqu’un parmi vous pourrait me demander : « Mais, père, comment fait-on pour soutenir un prêtre ? » Fiez-vous à votre générosité. Le cœur généreux que vous avez-vous dira comment soutenir les prêtres. Mais le premier soutien du prêtre est la prière. Le peuple de Dieu, c’est-à-dire tous, soutient le prêtre avec la prière. Ne vous fatiguez jamais de prier pour vos prêtres. Je sais que vous le faites. Merci beaucoup ! Et maintenant continuons le rite de l’ordination de ces diacres qui seront vos prêtres. Merci."

Rencontre avec les évêques du Bangladesh

Après la messe célébrée dans le parc Suhrawardy Udyan de Dacca devant près de 100 000 fidèles, le Pape François a rejoint la Maison pour les prêtres âgés de la capitale, où il s’est librement entretenu avec les seize évêques du pays, ce vendredi 1er décembre 2017.

Saluant « le zèle missionnaire » propre à la communauté catholique bangladaise, le Pape, sortant du discours qui était prévu, a rappelé l’importance de la collégialité pour tous les prêtres de terrain. Égrenant les priorités pastorale de l’Église bangladaise, François a commencé par évoquer la nécessité d’instaurer une proximité plus grande envers les fidèles laïcs.

À cette occasion, le Souverain Pontife a rendu un hommage appuyé aux actions sociales déjà amorcées par l’Église locale, dans son assistance aux familles ou son engagement pour la promotion des femmes.

Les nombreuses œuvres destinées aux pauvres ont également été évoquées, même si, selon le Pape, celles-ci doivent redoubler d’intensité, au regard de la grave crise humanitaire que traverse actuellement le Bangladesh avec l’arrivée massive de réfugiés en provenance de Birmanie.

Dès lors, le Pape François a développé une réflexion sur la compréhension interreligieuse, cruciale dans ce pays où la diversité ethnique reflète la diversité des traditions religieuses. Séminaires, programmes didactiques et initiatives personnelles en faveur du dialogue interreligieux doivent essaimer.

Dans un tel contexte, la responsabilité des autorités religieuses est conséquente : celles-ci se doivent en effet d’accompagner le plus mieux possible les jeunes générations tentées par la logique du mal pour les conduire vers « la patiente recherche du bien ».

Rencontre œcuménique et interreligieuse

Enfin, la deuxième journée du séjour du Pape au Bangladesh s’est achevée avec une rencontre œcuménique et interreligieuse pour la paix, dans le jardin de l’archevêché de Dacca. En présence des représentants des différentes confessions chrétiennes, et des représentants des communautés musulmanes, hindoues et bouddhistes, le Pape François a martelé une nouvelle fois son attachement à un dialogue sincère et constructif entre les religions.

Il a rappelé que dans ce pays où le droit à la liberté religieuse est reconnu comme un « principe fondamental », cet engagement doit constituer « un appel respectueux mais ferme à qui cherchera à fomenter des divisions, de la haine et de la violence au nom de la religion ».

Le Saint-Père a également rappelé les exigences d’un dialogue enraciné dans la vérité : « Cela requiert plus qu’une simple tolérance » mais « une attitude de confiance réciproque et de compréhension, pour construire une unité qui intègre la diversité non comme une menace, mais comme une source potentielle d’enrichissement et de croissance. »

« L’ouverture du cœur », qui est la condition pour une culture de la rencontre, est à la fois une porte, une échelle et un chemin. Une porte qui permet d’entreprendre un dialogue de vie, non pas un simple échange d’idées. (…). Elle est aussi une échelle qui rejoint l’Absolu, en rendant nécessaire la « purification des cœurs », et elle est aussi un chemin qui conduit à la recherche de la bonté, de la justice et de la solidarité.

« Les diverses communautés religieuses du Bangladesh ont embrassé cette route d’une manière particulière dans l’engagement à prendre soin de la terre, notre maison commune, et dans la réponse aux catastrophes naturelles qui ont affligé la nation au cours de ces dernières années », a remarqué le Pape. François a aussi évoqué « la manifestation commune de douleur, de prière et de solidarité qui a accompagné le tragique écroulement du Rana Plaza », qui avait fait plus d’un millier de morts en 2013.

« Le chemin de la bonté conduit à la coopération au service des autres. Il est un cœur qui bat avec force, pour contrer le virus de la corruption politique, les idéologies religieuses destructrices, la tentation de fermer les yeux face aux besoins des pauvres, des réfugiés, des minorités persécutées et des plus vulnérables », a martelé François.

Retrouvez le discours à la Rencontre Interreligieuse et Œcuménique pour la Paix
prononcé à la Résidence de l’Archevêque, Ramna

"Illustres Hôtes,
Chers amis,
Notre rencontre qui rassemble les représentants des diverses communautés religieuses de ce pays représente un moment très significatif de ma visite au Bangladesh. Nous sommes réunis pour approfondir notre amitié et pour exprimer notre désir commun du don d’une paix authentique et durable.

Ma reconnaissance va au Cardinal D’Rozario pour ses aimables paroles de bienvenue et à ceux qui m’ont accueilli chaleureusement au nom des communautés musulmanes, hindoues et bouddhistes, et aussi des autorités civiles. Je suis reconnaissant à l’Évêque anglican de Dhaka pour sa présence, aux diverses communautés chrétiennes et à ceux qui ont contribué à rendre possible cette réunion.

Les paroles que nous avons écoutées, mais aussi les chants et les danses qui ont animé notre assemblée, nous ont parlé de manière éloquente du désir d’harmonie, de fraternité et de paix incarnés dans les enseignements des religions du monde. Puisse notre rencontre de cet après-midi être un signe clair des efforts des leaders et des adeptes des religions présentes dans ce pays pour vivre ensemble dans le respect réciproque et la bonne volonté. Au Bangladesh, où le droit à la liberté religieuse est un principe fondamental, que cet engagement soit un appel respectueux mais ferme à qui cherchera à fomenter des divisions, de la haine et de la violence au nom de la religion.
C’est un signe particulièrement réconfortant de notre temps que les croyants et les personnes de bonne volonté se sentent toujours plus appelés à coopérer à la formation d’une culture de la rencontre, du dialogue et de la collaboration au service de la famille humaine. Cela requiert plus qu’une simple tolérance. Cela nous stimule à tendre la main à l’autre dans une attitude de confiance réciproque et de compréhension, pour construire une unité qui intègre la diversité non comme une menace, mais comme une source potentielle d’enrichissement et de croissance. Cela nous incite à nous exercer à l’ouverture du cœur, de manière à voir les autres comme un chemin, non pas comme un obstacle.

Permettez-moi d’explorer brièvement quelques caractéristiques essentielles de cette “ouverture du cœur” qui est la condition pour une culture de la rencontre.
En premier lieu, celle-ci est une porte. Ce n’est pas une théorie abstraite, mais une expérience vécue. Cela nous permet d’entreprendre un dialogue de vie, non pas un simple échange d’idées. Cela demande de la bonne volonté et de l’accueil, mais ne doit pas être confondu avec l’indifférence ou la réticence à exprimer nos convictions les plus profondes. S’engager fructueusement avec l’autre signifie partager nos identités religieuses et culturelles distinctes, mais toujours avec humilité, honnêteté et respect.

L’ouverture du cœur est aussi semblable à une échelle qui rejoint l’Absolu. En rappelant cette dimension transcendante de notre activité, nous nous rendons compte de la nécessité de purifier nos cœurs, de manière à pouvoir voir toutes choses dans leur perspective la plus vraie. A chaque pas, notre vue deviendra plus claire et nous recevrons la force de persévérer dans l’engagement à comprendre et à valoriser les autres et leur point de vue. De cette façon, nous trouverons la sagesse et la force nécessaires pour tendre à tous la main de l’amitié.

L’ouverture du cœur est aussi un chemin qui conduit à la recherche de la bonté, de la justice et de la solidarité. Cela incite à rechercher le bien de nos proches. Dans sa lettre aux chrétiens de Rome, Saint Paul les a exhortés ainsi : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais combats le mal par le bien » (Rm 12,21). C’est un sentiment que tous nous pouvons imiter. La sollicitude religieuse pour le bien de notre prochain, qui provient d’un cœur ouvert, coule comme un vaste fleuve, en irriguant les terres arides et désertes de la haine, de la corruption, de la pauvreté et de la violence qui dégrade tellement les vies humaines, divise les familles et défigure le don de la création.

Les diverses communautés religieuses du Bangladesh ont embrassé cette route d’une manière particulière dans l’engagement à prendre soin de la terre, notre maison commune, et dans la réponse aux catastrophes naturelles qui ont affligé la nation au cours de ces dernières années. Je pense aussi à la manifestation commune de douleur, de prière et de solidarité qui a accompagné le tragique écroulement du Rana Plaza, qui demeure imprimé dans l’esprit de tous. Dans ces diverses expressions, nous voyons combien le chemin de la bonté conduit à la coopération au service des autres.

Un esprit d’ouverture, d’acceptation et de coopération entre les croyants ne contribue pas simplement à une culture d’harmonie et de paix ; celui-ci est son cœur battant. Comme notre monde a besoin de ce cœur qui bat avec force, pour contrer le virus de la corruption politique, les idéologies religieuses destructrices, la tentation de fermer les yeux face aux besoins des pauvres, des réfugiés, des minorités persécutées et des plus vulnérables ! Cette ouverture est nécessaire pour accueillir les personnes de notre monde, spécialement les jeunes, qui parfois se sentent seuls et déconcertés dans la recherche du sens de la vie !

Chers amis, je vous remercie pour vos efforts à promouvoir la culture de la rencontre, et je prie pour qu’avec la démonstration de l’engagement commun des adeptes des religions à discerner le bien et à le mettre en pratique, nous aidions tous les croyants à grandir dans la sagesse et dans la sainteté, et à coopérer pour construire un monde toujours plus humain, uni et pacifique.

J’ouvre mon cœur à vous tous et je vous remercie encore une fois de votre accueil. Souvenons-nous les uns des autres dans nos prières."

(Avec R. V.)

Jeudi 30 Novembre 2017

Après la messe célébrée en la cathédrale de Rangoun avec les jeunes, le Pape François a quitté la Birmanie pour vivre la deuxième étape de son 21ème voyage apostolique au Bangladesh : le Pape François a atterri vers 15h (heure locale) à l’aéroport de Dacca, la capitale du Bangladesh pour un voyage de deux jours et demi au pays du nymphéa. C’est un pays en pleine mutation économique et sociale que le Saint-Père va visiter et sa capitale, Dacca, en est la vitrine contrastée.

Cette première journée est essentiellement politique. Comme le prévoit le protocole des visites de chefs d’État, le Pape s’est d’abord rendu au mémorial des martyrs de l’indépendance où il a signé le livre d’or du mémorial.

En effet, l’indépendance du Bangladesh, proclamée en 1971, s’est faite dans le sang. À l’époque, le pays s’appelle le "Pakistan oriental", et il a fallu une guerre avec le Pakistan occidental, l’actuel Pakistan, pour obtenir la liberté. Le Pape s’est donc rendu au mémorial qui se situe à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de l’agglomération, au centre d’un parc pour y déposer une gerbe de fleurs, y signer le livre d’or et y planter un arbre.

Dans la lumière du jour qui tombe, le Pape s’est recueilli quelques instants devant ce monument imposant, avant de rejoindre un autre haut lieu de la mémoire national, la maison du père fondateur du Bangladesh, Sheikh Mujibum Rahman, assassiné avec toute sa famille en 1975 par des militaires. Cette figure nationale apparait sur d’innombrables panneaux politiques qui s’alignent le long des artères de cette ville étouffante. Il apparait toujours aux côtés d’une femme, Sheikh Hassina, qui n’est autre que sa fille, l’une des deux seuls membres de la famille à avoir échappé au massacre, et qui est actuellement la Première ministre du pays.

Les premières heures du Pape au Bangladesh sont donc très politiques, avec également son discours aux autorités. La rencontre avec la petite communauté catholique (environ 350000 fidèles sur une population de 165 millions d’habitants) qui a hâte de le saluer, ce fera vendredi matin, avec la grande messe dans un parc, qui lui aussi est un haut-lieu de l’indépendance, puisque c’est là que Sheikh Mujibum Rahman a prononcé un fameux discours ouvrant à l’indépendance et que les troupes pakistanaises ont signé leur reddition.

Premier discours officiel

Dans son premier discours au Bangladesh, au palais présidentiel à Dacca, le Saint-Père a plaidé en faveur d’un dialogue sincère pour réconcilier les divisions, et a demandé que l’Église catholique continue de jouir de la liberté de poursuivre ses bonnes œuvres.

Devant le président de la République, Abdul Hamid, les autorités politiques, le corps diplomatique et les représentants de la société civile, poursuivant dans la veine des deux précédentes visites de la journée au Bangladesh, celle au mémorial des martyrs de la nation et celle au musée Bangabandhu, la maison du père fondateur de la nation, Sheikh Mujibur Rahman, le Pape a rendu hommage à ce dernier, avant de saluer le pays pour son action en faveur des réfugiés rohingyas.

Le Bangladesh est comme sa géographie marquée par d’innombrables fleuves et rivières. C’est une « nation qui s’efforce d’atteindre une unité de langage et de culture avec le respect des différentes traditions et communautés, qui coulent comme tant de ruisseaux et viennent enrichir le grand cours de la vie politique et sociale du pays », a déclaré le Pape.

Il a rendu hommage à Sheikh Mujibur Rahman qui « a imaginé une société moderne, pluraliste et inclusive, dans laquelle chaque personne et chaque communauté pourrait vivre dans la liberté, la paix et la sécurité, avec le respect de la dignité innée et de l’égalité des droits de tous ». Puis, le Pape a plaidé en faveur d’un dialogue sincère, ce qui n’est pas forcément évident au Bangladesh, l’opposition ayant boycotté les dernières élections et menaçant de faire de même lors du prochain scrutin. Or, « le vrai dialogue est tourné vers l’avenir », et est attentif aux pauvres, aux défavorisés et à ceux qui n’ont pas de voix.

Le Bangladesh en est capable, comme le prouve « l’esprit de générosité et de solidarité, signes caractéristiques de la société du Bangladesh » envers les « réfugiés arrivés en masse de l’Etat de Rakhine, leur procurant un abri temporaire et les premières nécessités pour vivre », a encore souligné le Pape.

Revenant sur un sujet qu’il a déjà abordé lors de son passage en Birmanie, il a lancé un nouvel appel à la communauté internationale pour qu’elle mette en œuvre « des mesures décisives face à cette grave crise, non seulement en travaillant pour résoudre les questions politiques qui ont conduit à ce déplacement massif de personnes, mais aussi en offrant une assistance matérielle immédiate au Bangladesh dans son effort pour répondre efficacement aux besoins humains urgents ».

Dans cette crise, les catholiques bangladais prennent leur part. C’est le trait caractéristique de cette communauté qui cherche à « exercer un rôle constructif dans le développement de la nation », grâce à l’éducation, aux cliniques et aux dispensaires. Le Pape apprécie la liberté dont l’Église locale de pratiquer sa propre foi et d’accomplir ses propres œuvres caritatives. Mais c’est pour mieux souhaiter que les catholiques continuent de « jouir de la liberté de poursuivre ces bonnes œuvres comme l’expression de son engagement pour le bien commun ».

Inutile de cacher que le Bangladesh est confronté à l’islamisme qui a débouché l’année dernière sur un sanglant attentat, ici-même à Dacca, qui a fait la une des médias occidentaux. Le Bangladesh combat, certes, avec force cette dérive terroriste. Mais il faut maintenir « cette atmosphère de respect mutuel et un climat grandissant de dialogue interreligieux » que salue le Pape, atmosphère et climat qui « permettent aux croyants d’exprimer librement leurs plus profondes convictions sur la signification et sur le but de la vie ».

Le Pape sait bien que « la religion est souvent – scandaleusement – mal utilisée pour fomenter des divisions ». Or, la rencontre interreligieuse de ce vendredi doit montrer que le « pouvoir de réconciliation et d’union [de la religion] est plus que jamais nécessaire » comme l’a prouvé la réaction des autorités religieuses bangladaises après l’attentat de juillet 2016, qui ont réaffirmé que « le saint nom de Dieu ne peut jamais être invoqué pour justifier la haine et la violence contre les autres êtres humains, nos semblables ».

Le Pape François a donc rappelé au Bangladesh ce qui a fait sa force et ce qui devrait continuer à prévaloir, son respect pour toutes les composantes de la société alors que les nuages sont loin d’être tous dissipés.

(Avec R. V.)

Fin du voyage en Birmanie

Jeudi matin 30 novembre, en conclusion de son séjour en Birmanie, le Pape François a célébré une messe avec les jeunes, en la cathédrale Sainte-Marie de Rangoun. Dans une atmosphère très joyeuse et très chaleureuse, le Saint-Père a exhorté les jeunes à contribuer au développement de leur pays en assumant leur foi catholique avec enthousiasme.

« Comme ils sont beaux les pas des messagers qui annoncent une bonne nouvelle ! ». C’est sur cette phrase tirée du livre d’Isaïe que François a basé son homélie. « Il est beau et encourageant de vous voir, parce que vous nous portez « une bonne nouvelle », la bonne nouvelle de votre jeunesse, de votre foi et de votre enthousiasme. (…) Vous êtes une bonne nouvelle parce que vous êtes des signes concrets de la foi de l’Eglise en Jésus Christ, qui nous apporte une joie et une espérance qui n’auront jamais de fin. »

Face aux fractures de la société birmane, le Pape François a invité les jeunes à résister à la tentation du découragement : « Je voudrais que les gens sachent que vous, jeunes hommes et jeunes femmes de Birmanie, vous n’avez pas peur de croire en la bonne nouvelle de la miséricorde de Dieu, parce qu’elle a un nom et un visage : Jésus Christ », a répété le Saint-Père. « Comme messagers de cette bonne nouvelle, vous êtes prêts à porter une parole d’espérance à l’Église, à votre pays, au monde. Vous êtes prêts à porter la bonne nouvelle aux frères et aux sœurs qui souffrent et qui ont besoin de vos prières et de votre solidarité, mais aussi de votre passion pour les droits humains, pour la justice et pour la croissance de ce que Jésus donne : l’amour et la paix. »

Le Pape a aussi invité les jeunes à cultiver le silence, la prière, l’intériorité : « Cultivez la vie intérieure, comme vous feriez dans un jardin ou dans un champ. Cela demande du temps, demande de la patience. Mais comme un cultivateur sait attendre la croissance de la moisson, ainsi, si vous savez avoir de la patience, le Seigneur vous donnera de porter beaucoup de fruit, un fruit que vous pourrez ensuite partager avec les autres ». « Parlez aussi aux saints, à nos amis du ciel qui peuvent nous inspirer », a-t-il insisté.

Lors de cette célébration, le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun, a chaleureusement remercié le Pape, « apôtre de l’espérance », qualifiant sa visite de « miracle ». « Saint-Père, quand vous été élu, vous aviez dit que les cardinaux étaient allés chercher le nouveau Pape presque au bout du monde. Devenu Pape, vous avez choisi de bénir les communautés catholiques les plus reculées. Nous sommes profondément touchés par Votre amour paternel pour cette Église », s’est exclamé le cardinal Bo.

Et pour que cette visite ait des effets durables, l’archevêque de Rangoon a invité les jeunes à former « une brigade de paix, une armée de paix ».

Découvrez le texte intégral de l’homélie prononcée par la Saint-Père :

"Alors que ma visite à votre belle terre approche de sa conclusion, je m’unis à vous afin de remercier Dieu pour les nombreuses grâces que nous avons reçues en ces jours. En vous regardant, vous, jeunes du Myanmar, et tous ceux qui nous suivent au dehors de cette cathédrale, je désire partager une phrase de la première lecture d’aujourd’hui, qui résonne en moi. Il s’agit du prophète Isaïe, que Saint Paul a repris dans sa lettre à la jeune communauté chrétienne de Rome. Écoutons encore une fois ces paroles : « comme ils sont beaux les pas des messagers qui annoncent une bonne nouvelle ! » (cf. Rm 10, 15 ; Is 52, 7).

Chers jeunes du Myanmar, après avoir entendu vos voix et vous avoir écouté chanter aujourd’hui, je voudrais vous appliquer ces paroles à vous. Oui, vos pas sont beaux, et il est beau et encourageant de vous voir, parce que vous nous portez « une bonne nouvelle », la bonne nouvelle de votre jeunesse, de votre foi et de votre enthousiasme. Bien sûr, vous êtes une bonne nouvelle parce que vous êtes des signes concrets de la foi de l’Eglise en Jésus Christ, qui nous apporte une joie et une espérance qui n’auront jamais de fin.
Certains se demandent comment est-il possible de parler de bonnes nouvelles quand beaucoup souffrent autour de nous. Où sont les bonnes nouvelles quand tant d’injustice, de pauvreté et de misère jettent une ombre sur nous et sur notre monde ? Mais je voudrais que de ce lieu parte un message très clair. Je voudrais que les gens sachent que vous, jeunes hommes et jeunes femmes du Myanmar, vous n’avez pas peur de croire en la bonne nouvelle de la miséricorde de Dieu, parce qu’elle a un nom et un visage : Jésus Christ. Comme messagers de cette bonne nouvelle, vous êtes prêts à porter une parole d’espérance à l’Église, à votre pays, au monde. Vous êtes prêts à porter la bonne nouvelle aux frères et aux sœurs qui souffrent et qui ont besoin de vos prières et de votre solidarité, mais aussi de votre passion pour les droits humains, pour la justice et pour la croissance de ce que Jésus donne : l’amour et la paix.

Mais je voudrais aussi mettre devant vous un défi. Avez-vous écouté attentivement la première lecture ? Là saint Paul répète par trois fois la parole sans. C’est une petite parole, qui cependant nous pousse à penser à notre place dans le projet de Dieu. En effet, Paul pose trois questions, que je voudrais adresser à chacun de vous personnellement. La première : « Comment croire en lui, si on ne l’a pas entendu ? » La deuxième : « Comment entendre si personne ne proclame ? » La troisième : « Comment proclamer sans être envoyé ? » (cf. Rm 10, 14-15).
J’aimerais que tous, vous pensiez à fond à ces trois questions. Mais n’ayez pas peur ! Comme un père (peut-être serait-il mieux de dire un grand-père !) bienveillant, je ne veux pas que vous soyez seuls à affronter ces questions. Permettez-moi de vous offrir quelques pensées qui puissent vous conduire sur le chemin de la foi et vous aider à discerner ce que le Seigneur vous demande.

La première question de saint Paul est : « Comment croire en lui, si on ne l’a pas entendu ? ». Notre monde est plein de beaucoup de bruits et de distractions qui peuvent étouffer la voix de Dieu. Pour que d’autres soient appelés à en entendre parler et à croire en Lui, ils ont besoin de le trouver dans des personnes qui soient authentiques, des personnes qui sachent comment écouter. C’est certainement ce que vous voulez être. Mais seul le Seigneur peut vous aider à être authentiques. Pour cela, parlez-lui dans la prière. Apprenez à écouter sa voix, en lui parlant tranquillement du plus profond de votre cœur.

Mais parlez aussi aux saints, à nos amis du ciel qui peuvent nous inspirer. Comme saint André, que nous fêtons aujourd’hui. Il était un simple pécheur et il est devenu un grand martyr, un témoin de l’amour de Jésus. Mais avant de devenir un martyr, il a fait ses erreurs et il a eu besoin d’être patient, d’apprendre graduellement comment être un vrai disciple du Christ. Vous aussi, n’ayez pas peur d’apprendre de vos erreurs ! Que les saints puissent vous guider vers Jésus, en vous enseignant à mettre vos vies entre ses mains. Vous savez que Jésus est plein de miséricorde. Donc partagez avec Lui tout ce que vous avez dans le cœur : les peurs et les préoccupations, les rêves et les espérances. Cultivez la vie intérieure, comme vous feriez dans un jardin ou dans un champ. Cela demande du temps, demande de la patience. Mais comme un cultivateur sait attendre la croissance de la moisson, ainsi, si vous savez avoir de la patience, le Seigneur vous donnera de porter beaucoup de fruit, un fruit que vous pourrez ensuite partager avec les autres.

La seconde question de Paul est : « Comment entendre si personne ne proclame ? » Voilà une grande tâche confiée de manière spéciale aux jeunes : être “disciples-missionnaires”, messagers de la bonne nouvelle de Jésus, surtout pour vos contemporains et vos amis. N’ayez pas peur de mettre de la pagaille, de poser des questions qui fassent réfléchir les gens ! Et n’ayez pas peur si parfois vous vous verrez être peu nombreux et éparpillés ici et là. L’Evangile croît toujours à partir de petites racines. Pour cela, faites-vous entendre ! Je voudrais vous demander de crier, mais non, non pas avec la voix, je voudrais que vous criiez par votre vie, par votre cœur, pour être ainsi des signes d’espérance pour celui qui est découragé, une main tendue pour celui qui est malade, un sourire accueillant pour celui qui est étranger, un soutien attentif pour celui qui est seul.

La dernière question de Paul est : « Comment proclamer sans être envoyé ? » Au terme de la messe, nous serons tous envoyés prendre les dons que nous avons reçus et les partager avec les autres. Cela pourrait être un peu décourageant, du moment que nous ne savons pas toujours où Jésus peut nous envoyer. Mais il ne nous envoie jamais sans marcher en même temps à nos côtés, et toujours un petit peu devant nous, pour nous introduire dans de nouvelles et magnifiques parties de son Royaume.
Comment le Seigneur envoie-il saint André et son frère Simon Pierre dans l’Evangile d’aujourd’hui ? « Suivez-moi » leur dit-il (cf. Mt 4, 19). Voilà ce que signifie être envoyés : suivre le Christ, ne pas se précipiter en avant avec ses propres forces ! Le Seigneur invitera certains d’entre vous à le suivre comme prêtres et à devenir de cette façon “pécheurs d’hommes”. Il en appellera d’autres à devenir des personnes consacrées. Et d’autres encore il les appellera au mariage, à être des pères et des mères affectueux. Quelle que soit votre vocation, je vous exhorte : soyez courageux, soyez généreux et, surtout, soyez joyeux !

Ici dans cette belle Cathédrale dédiée à l’Immaculée Conception, je vous encourage à regarder Marie. Quand elle a dit oui au message de l’ange, elle était jeune comme vous ; mais elle a eu le courage de faire confiance à la bonne nouvelle qu’elle avait entendue et de la traduire dans une vie de fidèle dévouement à sa vocation, de total don de soi et de confiance complète à la tendre prévenance de Dieu. Comme Marie, puissiez-vous être tous humbles mais courageux pour porter Jésus et son amour aux autres !

Chers jeunes, avec une grande affection, je vous confie tous ainsi que vos familles à sa maternelle intercession. Et je vous demande, s’il vous plaît, de vous rappeler de prier pour moi. Que Dieu bénisse le Myanmar ! [Myanmar pyi ko Payathakin Kaung gi pei pa sei]

(Avec R. V.)

Mercredi 29 novembre 2017

En ce troisième jour de son voyage apostolique en Birmanie, le Pape François a rencontré les responsables bouddhistes du pays au Centre bouddhique Kaba Aye. Devant le Conseil Suprême Sangha Maha Nayaka des moines bouddhistes, il a appelé à parler d’une seule voix pour offrir une parole d’espérance pour la justice, la paix et la dignité, pas seulement en Birmanie, mais dans le monde entier, et rappelé la disponibilité de l’Église catholique pour travailler ensemble à la paix.

Cette occasion, a commencé le Pape qui s’était déchaussé en entrant dans le centre selon la tradition bouddhiste, est une opportunité pour affirmer un engagement commun pour les valeurs de « justice, de paix et de respect de la dignité fondamentale de chaque être humain », afin de porter ensemble un message d’espérance au-delà de la Birmanie et ainsi aider à « lutter pour une plus grande harmonie dans les communautés », a dit le Saint-Père dont le discours a été traduit au fur et à mesure en birman aux moines attentifs.

Face aux défis d’un contexte actuel de difficultés « particulièrement graves », fait « d’injustices, de moments de conflits et d’inégalité », où les blessures des conflits, de la pauvreté et de l’oppression subsistent, et créent de nouvelles divisions, le Pape a ensuite exhorté à suivre la voie de la compréhension mutuelle et du respect, « fondée sur la compassion et sur l’amour ».

Le Bouddhisme, estime le Saint-Père face aux moines en robes oranges, forme « aux valeurs de la patience, de la tolérance et du respect de la vie, ainsi qu’à une spiritualité attentive à notre environnement naturel et profondément respectueuse de celui-ci ». Ces valeurs suivies par 87% des Birmans, comme l’a rappelé le président du Comité d’État Sangha au début de la rencontre, « sont essentielles pour un développement intégral de la société », de la famille à la « commune humanité », à travers « une véritable culture de la rencontre », a salué François.

Dans le grand salon bleu et or du centre Kaba Aye où une statue de Bouddha clignote dans le fond de la pièce, le Pape a relever un défi d’aujourd’hui : « aider les personnes à être capables de regarder profondément à l’intérieur de soi et de se connaître soi-même de manière à reconnaître l’interconnexion réciproque entre toutes les personnes ». Car « nous ne pouvons pas rester isolés les uns des autres ».

Invitant à l’unité contre l’isolement, source « d’incompréhension, d’intolérance, de préjugé et de haine », le Saint-Père cite alors les paroles du Bouddha, en parallèle de celles de saint François d’Assise : « Éimine la colère avec l’absence de colère, vaincs le méchant avec la bonté, défais l’avare avec la générosité, vaincs le menteur avec la vérité » (Dhammapada, XVII, 223).

Cet effort de Sagesse, met en garde le Pape, n’est pas réservé aux leaders religieux, ni à l’État, mais « c’est toute la société, tous ceux qui sont présents au sein de la communauté qui doivent participer au travail de dépassement du conflit et de l’injustice ». En revanche, c’est « aux leaders civils et religieux d’assurer que chaque voix soit entendue ». Et pour que « ces efforts produisent des fruits durables, une plus grande coopération entre les leaders religieux sera certainement nécessaire » pour la promotion de la justice et de paix en Birmanie, notamment grâce aux rencontres et aux échanges entre leaders religieux, a continué le Pape en écho au discours du président du Comité d’État.

Devant le Comité Sangha Maha Nayaka composé de 47 moines, il a ainsi souhaité que les Bouddhistes et les Catholiques « cheminent ensemble sur ce chemin de guérison, et travaillent côte à côte pour le bien » de tous. Le Pape a ainsi assuré « que l’Église catholique est un partenaire disponible » pour continuer « à semer des graines de paix et de guérison, de compassion et d’espérance sur cette terre ».

Le Pape François est intervenu après le discours de Bhaddanta Kumarabivamsa, président du Comité d’État Sangha Maha Nayaka. Le responsable bouddhiste a d’abord tenu à rappeler que la Birmanie, à majorité bouddhiste, compte six millions de moines et moniales bouddhistes de la doctrine Theravada, dont 1200 membres sont élus délégués et 47 sont désignés au sein du Comité d’État Shanga pour administrer les activités sur la totalité du territoire.

Le moine, au micro, a aussi souligné que « quelles que soient les religions, toutes cheminent sur la même voix qui mène au bien-être de l’humanité », car « toutes les croyances peuvent apporter paix et prospérité ». Le président du Comité d’État Sangha a par ailleurs qualifié d’inacceptable le « terrorisme et l’extrémisme mis en acte au nom des croyances religieuses » dans le monde d’aujourd’hui, nés de mauvaises interprétations des enseignements originaux. C’est la responsabilité des leaders religieux, estime-t-il, de s’exprimer publiquement contre la mauvaise utilisation de la religion, afin de renforcer la paix et la sécurité.

Condamnant les discours de haine, de fausses propagandes, toute forme de guerre ou de conflits aux prétextes religieux, il appelle donc les peuples du monde entier « à coopérer et s’engager sans peur à réaliser une harmonieuse vie sociale ». « Toutes les sensibilités spirituelles et traditions religieuses étant également valables », il y a ainsi « un besoin urgent à construire entre nous une compréhension réciproque, respect et confiance ».

Après cette rencontre, le Saint-Père a retrouvé les 22 évêques birmans

Cette rencontre s’est déroulée dans le complexe de la cathédrale de Rangoun, pour le troisième jour de son voyage apostolique en Birmanie, le 29 novembre 2017.

« L’Église est un hôpital de campagne. N’oubliez pas d’être le plus proche possible des prêtres, et que chaque prêtre ne sache pas, mais sente aussi qu’il peut trouver un père en chaque évêque ! La prière est le premier devoir de l’évêque », a enjoint le Pape François, sortant de son discours officiel aux évêques birmans.

Le Saint-Père a ensuite livré sa vision des défis à venir de l’Église dans ce pays, où la minorité catholique ne représente que 6% de la population, en insistant sur trois piliers pastoraux : la guérison, l’accompagnement et la prophétie.

En Birmanie tout particulièrement, la notion de guérison revêt une signification précise, que le Pape a rappelé : « Étant donné que le pays travaille à vaincre des divisions profondément enracinées et à construire l’unité nationale, chaque prédication de l’Évangile doit être un appel à favoriser l’unité, la charité et la guérison ». Selon le Pape, l’Évangile comme message de guérison, doit s’appliquer en particulier aux pauvres, et surtout ces temps-ci, « aux déplacés qui gisent blessés au bord de la route ». Sans mentionner explicitement la minorité rohingya contrainte de fuir vers le Bangladesh, le Pape a remercié les catholiques birmans « qui se dévouent pour porter ce baume de la guérison, sans tenir compte de la religion ou de l’ethnie ».

Devant les 22 évêques birmans rassemblés, le Saint Père a souligné l’importance de la dimension missionnaire de leur ministère, en insistant sur « l’accompagnement », notamment auprès des jeunes, très nombreux dans l’Église Birmane, s’est réjoui le Pape.

Pour son troisième pilier pastoral, et non des moindres, le Pape a choisi la « prophétie ». François a ainsi appelé la communauté catholique à poursuivre « son rôle constructif dans la vie de la société birmane », l’invitant à faire entendre sa voix « sur toutes les questions d’intérêt national, dont celles concernant le respect de la dignité et des droits, de tous ».

Enfin, le Pape a incité les évêques à veiller sur la correcte utilisation des riches ressources naturelles du pays, au bénéfice des générations à venir, réaffirmant son attachement à « une saine écologie humaine et sociale, indissociable du don divin de la création ».

Après cette rencontre, le Pape est allé s’entretenir avec 33 jésuites birmans pour un échange sous forme de questions-réponses.

Messe au stade Kyaikkasan de Rangoun

Le Pape François avait célébré ce matin une messe devant 150 000 catholiques birmans au stade Kyaikkasan de Rangoun, accompagné de 22 évêques de Birmanie et des pays voisins. Il a demandé aux catholiques de répondre par la sagesse pour guérir les blessures de la Birmanie.

Dans son homélie, le pape a invité les fidèles à suivre Jésus, qui a donné sa vie sur la croix, comme un « GPS spirituel », seule source de guérison.

Après quelques mots de salut en birman, le Pape a d’abord souligné qu’il était venu ici, auprès de la petite et discrète communauté catholique birmane comme un pèlerin « pour écouter et apprendre » d’elle , et pour lui « offrir quelques paroles d’espérance et de consolation ».

S’appuyant sur la première lecture du jour, du livre de Daniel, il a rappelé aux fidèles l’importance de faire confiance à Jésus qui a enseigné la sagesse, non pas par « de longs discours ou de grandes démonstrations de pouvoir politique ou terrestre, mais en donnant sa vie sur la croix ». C’est lui la seule « boussole sûre », le « GPS spirituel » ; qui « nous guide infailliblement » vers Dieu et le prochain.

De la croix, vient la sagesse, et ainsi la guérison. Voilà le message essentiel du Pape ce matin devant les 150.000 fidèles birmans rassemblés dans l’ancien hippodrome de Rangoun. Même si en Birmanie, « beaucoup portent les blessures de la violence, qu’elles soient visibles ou invisibles » poursuit François, il faut résister à la tentation de répondre à ces blessures par la colère ou la vengeance.

« La voie de Jésus est radicalement différente. Quand la haine et le refus l’ont conduit à la passion et à la mort, il a répondu par le pardon et la compassion » rappelle le Saint-Père.

Devant les refus et les obstacles, le Christ « nous donnera une sagesse à laquelle personne ne peut résister » rassure François. Cette sagesse irrésistible, c’est celle reçue par l’Esprit Saint, qui rend « capable chacun de nous d’être signes de sa sagesse, qui triomphe sur la sagesse de ce monde, et signes de sa miséricorde, qui apporte aussi soulagement aux blessures les plus douloureuses ».

Le Pape a alors invité, à travers le don de l’Eucharistie, du pain et du vin, à prendre refuge et trouver le repos dans les blessures du Christ afin de « goûter le baume apaisant de la miséricorde du Père et trouver la force de le porter aux autres, pour soigner chaque blessure et chaque mémoire douloureuse. De cette manière, vous serez des fidèles témoins de la réconciliation et de la paix. »

Le Saint-Père a ainsi salué et encouragé l’action de l’Église de Birmanie pour « porter le baume de guérison de la miséricorde de Dieu » à un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants, sans distinction de religion ou de provenance ethnique » et qui sont dans le besoin. Une Église birmane vivante, témoigne le Pape dont les « efforts de semer des graines de guérison et de réconciliation dans vos familles, vos communautés et dans la société plus vaste de cette nation » seront récompensés.

« Que Dieu vous bénisse tous ! Que Dieu bénisse l’Église en Birmanie ! Qu’il bénisse cette terre par sa paix ! Que Dieu bénisse la Birmanie ! » a terminé le Pape.

Lors de cette première messe en public et en plein air d’un pape en Birmanie, les prières d’intercession ont été lues par les fidèles des différentes ethnies en langues shan, chin, tamil, karen, kachin, et kayan.

À la fin de la célébration, le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun, a lu un message de remerciement au Pape François. Il a comparé la rencontre du Saint-Père avec les catholiques birmans au Mont Thabor, où Jésus a été transfiguré et révélé sa nature divine aux apôtres en Terre Sainte. Cette visite du Saint-Père donne une « extraordinaire énergie spirituelle, et nous rend fiers d’être catholiques » a déclaré le prélat.

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

"Chers frères et sœurs "bonjour" (en birman),
avant de venir dans ce pays, j’ai longtemps attendu ce moment. Beaucoup parmi vous sont venus de loin et de régions montagneuses éloignées, quelques-uns aussi à pied. Je suis venu comme un pèlerin pour vous écouter et apprendre de vous, et pour vous offrir quelques paroles d’espérance et de consolation.

La première lecture d’aujourd’hui, du livre de Daniel, nous aide à voir combien la sagesse du roi Balthazar et de ses voyants est limitée. Ils savaient comment louer « leurs dieux d’or et d’argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre » (Dn 5, 4), mais ils ne possédaient pas la sagesse pour louer Dieu dans les mains duquel est notre vie et notre souffle. Daniel au contraire, avait la sagesse du Seigneur et il était capable d’interpréter ses grands mystères.

L’interprète définitif des mystères de Dieu est Jésus. Il est la sagesse de Dieu en personne (cf. 1 Co 1, 24). Jésus ne nous a pas enseigné sa sagesse avec de longs discours ou par de grandes démonstrations de pouvoir politique ou terrestre, mais en donnant sa vie sur la croix. Nous pouvons tomber quelquefois dans le piège de faire confiance à notre sagesse elle-même, mais la vérité est que nous pouvons facilement perdre le sens de la direction. À ce moment, il est nécessaire de nous rappeler que nous disposons devant nous d’une boussole sûre, le Seigneur crucifié. Dans la croix, nous trouvons la sagesse, qui peut guider notre vie avec la lumière qui provient de Dieu.

De la croix, vient aussi la guérison. Là, Jésus a offert ses blessures au Père pour nous, les blessures par lesquelles nous sommes guéris (cf. 1 P 2, 24). Que ne nous manque jamais la sagesse de trouver dans les blessures du Christ la source de tout soin ! Je sais qu’au Myanmar beaucoup portent les blessures de la violence, qu’elles soient visibles ou invisibles. La tentation est de répondre à ces blessures avec une sagesse mondaine qui, comme celle du roi dans la première lecture, est profondément faussée. Nous pensons que le soin peut venir de la colère et de la vengeance. La voie de la vengeance n’est cependant pas la voie de Jésus.

La voie de Jésus est radicalement différente. Quand la haine et le refus l’ont conduit à la passion et à la mort, il a répondu par le pardon et la compassion. Dans l’Evangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous dit que, comme lui, nous aussi nous pouvons rencontrer le refus et des obstacles, mais que toutefois, il nous donnera une sagesse à laquelle personne ne peut résister (cf. Lc 21, 15). Il parle ici de l’Esprit Saint, par lequel l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5). Avec le don de l’Esprit, Jésus rend capable chacun de nous d’être signes de sa sagesse, qui triomphe sur la sagesse de ce monde, et signes de sa miséricorde, qui apporte aussi soulagement aux blessures les plus douloureuses.

À la veille de sa passion, Jésus s’est donné à ses Apôtres sous les espèces du pain et du vin. Dans le don de l’Eucharistie, nous ne reconnaissons pas seulement avec les yeux de la foi, le don de son corps et de son sang ; nous apprenons aussi comment trouver le repos dans ses blessures, et là être purifiés de tous nos péchés et de nos routes déformées. En prenant refuge dans les blessures du Christ, chers frères et sœurs, vous pouvez goûter le baume apaisant de la miséricorde du Père et trouver la force de le porter aux autres, pour oindre chaque blessure et chaque mémoire douloureuse. De cette manière, vous serez des fidèles témoins de la réconciliation et de la paix, que Dieu désire voir régner dans chaque cœur humain et dans chaque communauté.

Je sais que l’Eglise au Myanmar fait déjà beaucoup pour porter le baume de guérison de la miséricorde de Dieu aux autres, spécialement à ceux qui en ont le plus besoin. Il y a des signes clairs que, même avec des moyens très limités, de nombreuses communautés proclament l’Evangile à d’autres minorités tribales, sans jamais forcer ou contraindre, mais toujours en invitant et en accueillant. Au milieu d’une grande pauvreté et de difficultés, beaucoup parmi vous offrent concrètement assistance et solidarité aux pauvres et à ceux qui souffrent. A travers l’attention quotidienne de ses évêques, prêtres, religieux et catéchistes, et particulièrement à travers le louable travail de Catholic Karuna Myanmar et de la généreuse assistance fournie par les Œuvres Pontificales missionnaires, l’Église dans ce pays aide un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants, sans distinction de religion ou de provenance ethnique. Je peux témoigner que l’Église ici est vivante, que le Christ est vivant et qu’il est là, avec vous et avec vos frères et sœurs des autres communautés chrétiennes. Je vous encourage à continuer de partager avec les autres la sagesse sans prix que vous avez reçue, l’amour de Dieu qui jaillit du cœur de Jésus.

Jésus veut donner cette sagesse en abondance. Certainement, il récompensera vos efforts de semer des graines de guérison et de réconciliation dans vos familles, vos communautés et dans la société plus vaste de cette nation. Ne nous a-t-il pas dit que sa sagesse est irrésistible (cf. Lc 21, 15) ? Son message de pardon et de miséricorde utilise une logique que tous ne voudront pas comprendre, et qui rencontrera des obstacles. Cependant son amour, révélé sur la croix est, en dernière analyse, inéluctable. Il est comme un “GPS spirituel” ; qui nous guide infailliblement vers la vie intime de Dieu et le cœur de notre prochain.

La Bienheureuse Vierge Marie a suivi aussi son Fils sur la montagne obscure du Calvaire et elle nous accompagne à chaque pas de notre voyage terrestre. Qu’elle puisse, Elle, nous obtenir toujours la grâce d’être des messagers de la véritable sagesse, profondément miséricordieux envers ceux qui sont dans le besoin, avec la joie qui vient du repos dans les blessures de Jésus, qui nous a aimés jusqu’au bout.

Que Dieu vous bénisse tous ! Que Dieu bénisse l’Église au Myanmar ! Qu’il bénisse cette terre par sa paix ! Que Dieu bénisse le Myanmar !"

(Avec R. V.)

Mardi 28 novembre 2017

Deuxième jour du Pape François en Birmanie pour son 21ème voyage apostolique, le Saint-Père a rencontré ce matin 17 responsables religieux birmans bouddhistes, musulmans, hindous, juifs, catholiques et chrétiens d’autres confessions.

Selon le compte-rendu de la Salle de presse du Saint-Siège, la rencontre interreligieuse, qui a eu lieu dans la matinée dans le réfectoire de l’archevêché de Rangoun, a duré une quarantaine de minutes. Lors de cet échange, le Pape a adressé quelques mots en espagnols aux leaders des différentes religions, soulignant l’importance de l’unité dans la diversité.

Citant les psaumes « qu’il est beau de voir des frères unis », François a tenu à expliquer que « unis ne veut pas dire égaux. L’unité n’est pas l’uniformité, même au sein d’une même confession. Chacun a ses valeurs, ses richesses », ses traditions et aussi ses défauts, car « nous sommes tous différents ». Mais chacun a des richesses à partager, ce qui peut arriver qu’en temps de paix, estime-t-il. « Et la paix se construit dans le cœur de la différence. L’unité se fait toujours dans la différence ».

La paix est l’harmonie, a continué le Saint-Père après les quelques brèves interventions des représentants religieux. Aujourd’hui, « nous expérimentons une tendance mondiale à l’uniformité, à tout rendre identique ». Cette « colonisation culturelle », « c’est ce qui tuera l’humanité » pour le Pape François. Il appelle à « comprendre la richesse de nos différences » ethniques, religieuses, populaires, et que de ces différences naisse un dialogue, pour apprendre de l’autre comme des frères qui discutent et se réconcilient, seul moyen d’aider à construire la paix et « ce pays, qui aussi géographiquement a tant de richesses et de diversités ». « N’ayons pas peur des différences ! » a exhorté le souverain pontife.

Après la rencontre et avant de célébrer une messe en privée dans la chapelle de l’archevêché, le Pape a échangé brièvement avec le chef religieux bouddhiste Sitagou Sayadaw qui représente la force « d’encourager la paix et la coexistence fraternelle comme unique chemin à parcourir » a rapporté le Bureau de presse du Vatican.

Cérémonie officielle de bienvenue

Au lendemain de son arrivée en Birmanie, a eu lieu la cérémonie officielle de bienvenue. Le Saint-Père a été reçu par le président de la République Htin Kyaw, avant de s’entretenir en privé avec Aung San Suu Kyi, ministre des affaires étrangères, fondatrice de la Ligue nationale pour la Démocratie et prix Nobel de la paix en 1991. Pour son combat non-violent en faveur de la démocratie, Aung San Suu Kyi a été plusieurs fois arrêtée et condamnée. Elle a passé 15 ans assignée à résidence ente 1989 et 2010.

Premier temps fort du programme du voyage papal en Birmanie

Le Saint-Père a rejoint l’International Convention Center de la capitale pour prononcer son premier discours lors d’une rencontre officielle avec les autorités du gouvernement, la société civile et le corps diplomatique.

Aung San Suu Kyi s’est adressée la première au Pape François. Elle n’a pas parlé de son passé, si ce n’est une allusion à une partie de son éducation au Couvent franciscain Saint-François de Rangoun. « Vous nous apportez force et espoir », a-t-elle dit au Saint-Père, « pour la paix, la réconciliation nationale et l’harmonie sociale ».

C’est elle aussi, qui en évoquant les nombreux défis que son pays est en train d’affronter, évoque sans détour la situation des Rohingyas. Sans utiliser ce qualificatif, Aung San Suu Kyi parle de la situation dans l’État Rakhine, qui a capté dit-elle, l’attention du monde. « Un problème social, économique et politique de longue date qui a érodé la confiance et la compréhension, l’harmonie et la coopération entre les différentes communautés », précise la dirigeante birmane en exprimant son appréciation pour les encouragements du Pape en faveur d’une paix durable.

Le Saint-Père s’est ensuite, à son tour, exprimé depuis la tribune de ce centre de Naypyidaw. Il a tenu à souligner la nécessité de guérir les blessures et de respecter les minorités. François est même plus précis, en évoquant la garantie du respect des droits de tous ceux qui considèrent la Birmanie comme leur maison.

Il prend soin de ne pas parler directement des Rohingyas, mais la référence à la minorité à laquelle le gouvernement a retiré la nationalité birmane est limpide. Le Pape François ajoute par ailleurs que l’avenir de la Birmanie doit être la paix, « fondée sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité ». Il affirme qu’il est avant tout venu en Birmanie « pour prier avec la communauté catholique, pour l’encourager dans son effort de contribution au bien de la nation ».

Le Pape précise encore que les différences religieuses ne doivent pas être source de division et de méfiance, mais plutôt une force pour l’unité. Il conclut en évoquant la formation des jeunes sur lesquels repose l’avenir du pays. Une formation aux valeurs éthiques d’honnêteté, d’intégrité et de solidarité visant à garantir le renforcement de la démocratie.

(Avec R. V.)

Lundi 27 Novembre 2017

Le Pape François a entamé ce lundi en Birmanie son 21ème voyage apostolique, sous le signe du dialogue et de la réconciliation. Sur une population de 51 millions d’habitants, seulement 7% sont chrétiens dont 1,4% catholiques, soit 700.000 personnes. L’Église entretient de bonnes relations avec les baptistes et les autres chrétiens, ainsi qu’avec les bouddhistes et les responsables musulmans. "Tous sont prêts et favorables à la venue du Pape François" a dit le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun qui a accueilli le Saint-Père à son arrivée.

Le Pape François est arrivé aujourd’hui en Birmanie : son avion a atterri peu avant 13h30 heure locale à l’aéroport international de Rangoun. Il avait décollé de l’aéroport de Rome Fiumicino hier soir vers 22h.

Aucun engagement officiel n’est prévu aujourd’hui : le Saint-Père doit se rendre directement à l’archevêché pour se reposer de ce long voyage. Mais ses premiers pas sont historiques, car il s’agit de la première visite d’un Pape dans ce pays à majorité bouddhiste.

Le Pape François poursuit son exploration des périphéries auxquelles il attache beaucoup d’importance. Ce voyage va donner une visibilité inédite aux catholiques de Birmanie.

La journée de demain sera politique, avec un déplacement dans la capitale administrative, Naypiydaw, où il rencontrera notamment le chef de l’État, ainsi que la ministre des Affaires étrangères Aung San Suu Kyi. La journée de mercredi sera elle plutôt pastorale et interreligieuse, avec notamment la messe dans un stade de Rangoun. Sont également au programme une rencontre avec le Conseil suprême des moines bouddhistes, ainsi qu’une rencontre avec les évêques. Enfin le jeudi 30 novembre, le Pape François rencontrera dans la matinée les jeunes Birmans à la cathédrale de Rangoun, avant de prendre l’avion pour le Bangladesh.

Ce voyage intense et complexe, dans deux nations frontalières mais très différentes, la Birmanie, à majorité bouddhiste, et le Bangladesh, à majorité musulmane, vise à encourager la participation des minorités chrétiennes dans le développement de l’Asie, avec le souci de la liberté religieuse et de la construction de la paix et de l’harmonie entre tous les citoyens.

Comme avant chaque voyage apostolique, le Pape s’est rendu samedi soir en visite privée dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, pour prier devant l’icône de Marie Salus Populi Romani. Il s’agit du 21e voyage apostolique du Pape François depuis le début de son pontificat, et de sa deuxième visite en Extrême-Orient, après son voyage de janvier 2015 au Sri Lanka et aux Philippines.

Rencontre avec le chef de l’armée birmane

Le Pape François a rencontré le chef de l’armée birmane en fin d’après-midi lors de son premier jour en Birmanie : une « visite de courtoisie » anticipée de Min Aung Hlaing qui aura duré 15 minutes à l’archevêché de Rangoun, selon le communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège.

Lors de cet échange surprise, qui était prévu le dernier jour du voyage, le Saint-Père a souligné « la grande responsabilité des autorités dans cette période de transition du pays » a rapporté Greg Burke, directeur du Bureau de presse du Vatican, sur place.

L’an dernier, les Nations Unies avaient appelé la Birmanie à mettre fin aux opérations militaires qui « mènent aux violation et abus systématiques des droits humains » des minorités de l’État Rakhine, où ont éclaté fin août des violences après des attaques contre des villages de la communauté musulmane aujourd’hui réfugiée au Bangladesh voisin par centaines de milliers. L’armée a toujours nié les accusations d’actes répréhensibles de ses forces. Elle est aujourd’hui accusée par l’ONU d’épuration ethnique à l’encontre de cette minorité.

Pour rencontrer le Pape, le général de l’armée birmane était accompagné de plusieurs officiers dont des commandants des opérations spéciales. Ce rendez-vous s’est conclu sur un échange de cadeaux. Le Saint-Père a offert la médaille de son voyage, et le général une harpe en forme de bateau et un bol de riz fleuri.

(Avec R. V.)

Dimanche 26 novembre 2017

En cette fête du Christ-Roi et dernier dimanche de l’année liturgique, le Pape a concentré sa méditation de l’Angélus sur la notion du service des petits et des pauvres, qui est le principal critère de notre appartenance au Royaume de Dieu.

Le Pape François a expliqué qu’à l’heure du jugement universel, Jésus, dans sa gloire, nous séparera selon la charité que nous aurons su mettre à l’œuvre dans notre existence terrestre.

« Après avoir vécu l’existence terrestre dans l’humilité et la pauvreté, Jésus se présente maintenant dans la gloire divine qui lui appartient (…). L’humanité entière est convoquée devant Lui, et Il exerce son autorité en séparant les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. » Jésus surprend les justes en offrant l’héritage du Royaume de Dieu à ceux qui se sont abaissés au rang de serviteurs. « Tout ce que vous avez fait à un seul de mes frères les plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait »… Jésus révèle ainsi « le critère décisif de son jugement, c’est-à-dire l’amour concret pour le prochain en difficulté », a rappelé le Saint-Père.

« À la fin de notre vie, nous serons jugés sur l’amour, c’est-à-dire sur notre engagement concret d’aimer et de servir Jésus dans nos frères les plus petits et les plus dans le besoin. » Il nous demande de « L’accueillir dès aujourd’hui, de Le recevoir dans l’eucharistie, et dans le même temps de le recevoir dans nos frères et nos sœurs qui souffrent de la faim, de la maladie, de l’oppression, de l’injustice. »

Sortant de son texte, le Pape a invité à chacun à « prendre conscience du fait que ce mendiant qui tend la main est Jésus, ce malade que je dois visiter est Jésus, ce prisonnier est Jésus, cet affamé est Jésus ».

Le Pape a invité nos cœurs à « L’accueillir dans l’aujourd’hui de notre vie, pour que nous soyons accueillis par Lui dans l’éternité de son Règne de lumière et de paix. »

Après la prière de l’Angélus, Il a lancé plusieurs appels. À quelques heures de son départ pour la Birmanie, il a d’abord invité les fidèles à prier pour le voyage apostolique qui le mènera également au Bangladesh : « Je vous demande de m’accompagner par la prière, afin que ma présence soit pour ces populations un signe de proximité et d’espérance ».

Deux jours après l’attentat contre une mosquée dans le nord du Sinaï, qui a fait 305 morts, le Pape a de nouveau exprimé sa « grande douleur » face à ce drame : « Je continue à prier pour les nombreuses victimes, pour les blessés et pour toute cette communauté, si durement frappée. Que Dieu nous libère de ces tragédies et soutienne les efforts de tous ceux qui œuvrent pour la paix ». Soulignant que les victimes priaient au moment du drame, il a ensuite lui-même observé un temps de prière silencieuse pour eux, accompagné de la foule réunie place Saint-Pierre.

En saluant la communauté ukrainienne présente devant lui, le Pape a également prié pour d’autres victimes : celles de la tragédie de l’Holodomor, commémorée hier en Ukraine. Cette grande famine des années 1932-1933, provoquée par le régime stalinien, avait conduit à la mort de millions de personnes : « Je prie pour l’Ukraine, afin que la force de la foi puisse contribuer à guérir les blessures du passé et promouvoir des chemins de paix ».

Il a encore rendu hommage à mère Catalina de Maria Rodriguez, béatifiée hier à Cordoba, en Argentine. La fondatrice de la congrégation des Sœurs esclaves du Sacré-Cœur de Jésus, premier institut religieux féminin de vie apostolique en Argentine, a vécu au XIXème siècle. « Catalina s’est d’abord marié puis, devenue veuve, elle se consacra à Dieu et se dédia au soin spirituel et matériel des femmes plus pauvres et vulnérables », a affirmé le Pape, appelant à louer le Seigneur pour cette « femme passionnée du Cœur de Jésus et de l’humanité ».

Enfin, le Saint-Père a salué l’ensemble des fidèles ayant prié avec lui, place Saint-Pierre, notamment les membres de l’Association italienne des accompagnateurs des Sanctuaires mariaux du monde.

(Avec R. V.)

Mercredi 22 Novembre 2017

Lors de l’audience générale de ce matin, sur la Place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi sa nouvelle série de catéchèses sur la messe, "mémorial du calvaire du Christ"

Pour cette troisième étape, le Saint-Père a livré une réflexion sur la messe en tant que « mémorial du mystère pascal », nous faisant participer « au calvaire du Christ ». Le Saint-Père a d’abord justifié l’emploi du terme de « mémorial », et notamment son sens biblique.

« Le mémorial n’est pas seulement un souvenir, il rend présents et actuels des faits du passé. Israël entend ainsi sa libération de l’Égypte. Chaque fois que la Pâque est célébrée, les événements de l’Exode sont rappelés à la mémoire des croyants afin qu’ils conforment leur propre vie. »

La messe en tant que mémorial de la passion du Christ, de sa mort, de sa résurrection et de son ascension au ciel n’est donc pas seulement un souvenir. « Elle est davantage. Elle rend présent ce qui est arrivé il y a vingt siècles », a rappelé le Pape François.

Ainsi, prendre part à la messe chaque dimanche équivaut à « entrer dans la victoire du ressuscité ». « Nous, dans la messe, nous restons avec Jésus, mort et ressuscité, il nous entraine vers la vie éternelle. Dans la messe, nous nous unissons à Lui », a encore insisté le Saint Père.

Le sang du Christ versé pour nous, libère donc de la mort et de la crainte de la mort, non seulement de la mort physique, mais aussi de la mort spirituelle : « Le Christ restaure la vie ; le Christ est la plénitude de la vie. Il est mort par amour ! ».

« Quand nous allons à la messe, c’est comme si nous allions au calvaire même », a précisé le Pape, dénonçant une nouvelle fois la désinvolture de ceux qui se permettent de « bavarder » ou de « prendre des photos ».

Face à Jésus, l’attitude juste est de rester dans « le silence, les larmes et la joie d’être sauvé. Quand nous entrons dans l’église pour célébrer la messe nous devons penser ceci : j’entre dans le calvaire, où Jésus donne sa vie pour moi. »

Il doit être ainsi clair dans nos esprits qu’en nous faisant entrer dans le mystère pascal, le Christ nous permet de passer avec lui, de la mort à la vie.

(Avec R. V.)

Dimanche 19 Novembre 2017 : Journée Mondiale des Pauvres

Devant des milliers de fidèles, dont 4000 hommes et femmes défavorisés, le Saint-Père qui a instauré cette rencontre en novembre 2016, à la fin du Jubilé de la miséricorde, a appelé à partager le pain avec les pauvres et à rejeter l’omission de faire le bien envers eux, c’est-à-dire l’indifférence, alors que ce sont eux « nos passeports pour le paradis ».

Le message du Pape François lors de la messe célébrée pour la première journée mondiale des pauvres en la Basilique Saint-Pierre ce dimanche 19 novembre 2017 est clair : l’indignation sans action ne suffit pas, il s’agit de faire le bien pour les pauvres.

Dans l’Évangile du jour qui relate la parabole des talents, raconte d’abord le Pape François, deux serviteurs sont félicités par leur maître pour avoir réussi à faire fructifier leur argent, mais le troisième, par peur, a enterré son unique pièce et se fait traiter de « mauvais et paresseux ». « Qu’est-ce qui n’a pas plu au Seigneur ? » dans son comportement, interroge le Saint-Père. « En un mot, peut-être tombé un peu en désuétude mais très actuel », l’omission. C’est-à-dire que « son mal a été de ne pas faire le bien ». Se contenter de ne rien faire de mal ne suffit pas, insiste le Pape, il ne suffit pas de se limiter « à respecter les règles, à s’acquitter des commandements, comme des salariés ». Car, « Dieu n’est pas un contrôleur à la recherche de billets non compostés », poursuit François, « il est un Père à la recherche d’enfants à qui confier ses biens et ses projets », pour les faire fructifier, des enfants qui prennent des risques et omettent seulement une chose : ce qui est utile à lui. « Voilà l’unique omission juste » dit le Pape.

L’omission d’agir pour l’autre s’applique aussi au rapport aux pauvres et prend alors « un nom précis : indifférence ». L’indignation sans action ne suffit pas, il s’agit de faire le bien, lance le Saint-Père qu’on appelle le Pape des pauvres et des périphéries. Faire le bien pour « l’affamé et le malade, l’étranger et le prisonnier, le pauvre et l’abandonné, celui qui souffre sans aide et celui qui est dans le besoin et exclu », c’est « vaincre l’indifférence » et ouvrir « la porte de notre cœur » à Jésus qui se manifeste dans les pauvres. « Non des poings fermés et des bras croisés, mais des mains actives et tendues vers les pauvres », voilà la véritable force salvatrice. Car ce sont eux, les pauvres, « qui nous ouvrent le chemin du ciel, ils sont nos “passeports pour le paradis” » poursuit le Pape. Ainsi, François appelle chacun à prendre soin d’eux, véritable richesse, « non seulement en donnant du pain, mais aussi en rompant avec eux le pain de la Parole, dont ils sont les destinataires les plus naturels ». Il faut trouver le courage d’aimer, non en paroles mais avec des faits.

« Aimer le pauvre signifie lutter contre toutes les pauvretés, spirituelles et matérielles », car « ce que nous investissons dans l’amour demeure, le reste s’évanouit », conclut le Saint-Père qui invite à se demander : « qu’est-ce qui compte pour moi dans la vie : vivre pour avoir sur terre ou donner pour gagner le ciel », sachant que pour le ciel, ne vaut pas ce que l’on possède, mais ce que l’on donne. « Alors ne cherchons pas le superflu pour nous, mais le bien pour les autres, et rien de précieux ne nous manquera ».

Comme le Pape François l’a exprimé dans son homélie, il a invité les pauvres à sa table du déjeuner ce dimanche après la prière de l’Angelus. Environ 500 personnes pauvres, migrantes, sans emploi, sans domicile ont ainsi pu partager un repas en salle Paul VI du Vatican avec le Saint-Père. Le Pape a demandé la bénédiction du Seigneur pour ce « moment ensemble », ceux qui ont préparé le repas, ceux qui y ont participé, leurs cœurs, leurs familles, leurs désirs et leur vie.

(Avec R. V.)

Mercredi 15 Novembre 2017

Lors de l’audience générale de ce matin, mercredi 15 novembre 2017, sur la Place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi sa nouvelle série de catéchèses sur la messe. Pour cette 2e étape, le Saint-Père s’est arrêté sur la messe comme « prière », c’est-à-dire comme une occasion de dialogue et de relation personnelle avec Dieu.

« La messe est prière, et c’est même la prière par excellence, la plus haute, la plus sublime, et en même temps la plus "concrète". C’est en effet la rencontre d’amour avec Dieu, à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus. C’est une rencontre avec le Seigneur », a précisé le Pape François.

Comme c’est écrit dans le Livre de la Genèse, « l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, lequel est Père et Fils et Saint-Esprit ». Cette dimension trinitaire doit nous permettre de comprendre que « nous avons tous été créés pour entrer dans une relation parfaite d’amour ». Il faut pouvoir « expérimenter que la messe, l’eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus, et à travers Lui, avec Dieu et avec les frères ». Le Pape a invité chacun à arriver en avance et à se tenir en prière en silence pour se préparer à cette rencontre. « Ce n’est pas le moment de bavarder » car la messe n’est pas « un spectacle ».

Il faut savoir demander à Dieu de nous enseigner à prier, en étant humbles, en se reconnaissant comme ses enfants, en reposant en Lui, en lui faisant confiance… et en « se laissant surprendre ». Aller à la messe pour prier, ce n’est pas visiter un musée ni répéter des paroles routinières, « comme des perroquets ». Non, c’est « se confier et ouvrir le cœur pour se laisser émerveiller ».

Malgré toutes nos activités et préoccupations, il ne faut pas « perdre de vue ce qui est fondamental : notre vie du cœur, notre vie spirituelle, notre vie qui est la rencontre avec le Seigneur dans la prière » et dans l’eucharistie, qui est le moment durant lequel le Seigneur rencontre notre fragilité et nous invite à Sa table, malgré toutes nos faiblesses.

(Avec R. V.)

Dimanche 12 novembre 2017

Avant la prière de l’Angélus, Place Saint-Pierre, le Pape François a appelé les fidèles à se tenir toujours prêts à la rencontre avec le Seigneur en suivant l’exemple des Vierges sages de l’Evangile de ce jour.

Frapper à la porte du royaume des cieux n’est pas une mince affaire. L’évangile de ce dimanche retrace la parabole des 10 jeunes filles qui au milieu de la nuit devaient se rendre à la rencontre de leur époux. Elles le firent en prenant une lampe à huile, mais seule la moitié d’entre elles a pensé prendre une réserve d’huile. Et les autres, parties à la recherche d’un peu d’huile, ont raté le rendez-vous avec l’époux.

Pour le Saint-Père, elles n’étaient pas prêtes à la rencontre avec le Seigneur : « C’est là toute la signification de la sagesse et de la prudence ». « Il ne s’agit pas d’attendre le dernier moment de notre vie pour collaborer à la grâce de Dieu, mais il faut le faire maintenant ». Il n’y a pas que la foi qui compte, développe le Saint Père, pour préparer la rencontre avec le Seigneur, mais également une vie chrétienne riche en amour pour le prochain.

« Si nous nous laissons guider par ce qui nous semble le plus commode, par la recherche de nos intérêts, notre vie devient stérile ». Être vigilants, au contraire, en cherchant de répandre le bien autour de nous avec des gestes d’amour, de partage, en aidant notre prochain en difficulté, permet d’assumer une certaine tranquillité dans l’attente de la venue du Seigneur. Il pourra alors se présenter à tout moment, a dit le Pape François, « sans que nous ne soyons effrayés par le sommeil de la mort », parce que nos bonnes œuvres de chaque jours constituent la réserve d’huile, la réserve de charité qui alimente notre foi.

Au terme de l’Angélus, le Saint Père a évoqué la béatification, samedi à Madrid, de Vicente Querait Lloret et de ses 20 compagnons martyrs, ainsi que celle de José Maria Fernandez Sanchez et de ses 38 compagnons martyrs. Certains de ces bienheureux étaient membres de la Congrégation de la Mission tandis que les autres appartenaient à l’Association de la Médaille Miraculeuse. Tous ont été tués pour leur foi au cours des persécutions religieuses de la guerre civile espagnole entre 1936 et 1937.

(Avec R. V.)

Mercredi 8 novembre 2017

Lors de l’audience générale, le Pape François a débuté un nouveau cycle de catéchèse. Après plusieurs mois consacrés à l’espérance chrétienne, le Saint-Père entame une réflexion sur le « cœur » de l’Église, à savoir l’Eucharistie.

Dans ce nouveau cycle, il propose de « répondre à certaines questions importantes sur l’Eucharistie et la messe pour découvrir ou redécouvrir comment à travers ce mystère de la foi resplendit l’amour de Dieu ».

« Nous ne pouvons oublier le grand nombre de chrétiens qui, dans le monde entier, en deux mille ans d’Histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie ». C’est par ces mots que le Pape François a débuté sa catéchèse rappelant que des chrétiens meurent encore aujourd’hui pour leur fidélité à la messe dominicale. Faisant référence à la persécution de Dioclétien, le Saint-Père a encore précisé qu’en l’an 304, « des chrétiens d’Afrique du Nord furent surpris en train de célébrer la messe et arrêtés ». Ils déclarèrent alors que s’ils étaient empêchés de célébrer l’eucharistie, ils ne pouvaient vivre.

« Ces chrétiens furent tués parce qu’ils célébraient l’Eucharistie » a redit le Pape. Ils témoignent « que l’on peut renoncer à la vie terrestre pour l’Eucharistie, parce qu’elle nous donne la vie éternelle ». Leur témoignage doit nous interpeller, invitant chacun de nous à s’interroger sur « le sens profond de la Sainte Eucharistie ».

Le Concile Vatican II, observe le Saint-Père, « a été animé par le désir de conduire les chrétiens à comprendre la grandeur de la foi et la beauté de la rencontre avec le Christ ». Et le Pape de souligner la nécessité d’ « un renouveau approprié de la Liturgie et de la « formation liturgique des fidèles ».

Pour le Pape, « L’Eucharistie est un évènement merveilleux dans lequel Jésus Christ, notre vie, se fait présent (…) C’est une théophanie ». Il est donc important de redécouvrir ce qui est essentiel dans la célébration de ce sacrement, déclare le Saint-Père déplorant notre inattention parfois lorsque le prêtre célèbre. Et alors que nous sommes distraits, « le Seigneur est là ».

D’où cette exhortation à retourner aux fondamentaux : le Pape a proposé, à titre d’exemple, d’enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix. « C’est ainsi que débute la messe (…) et c’est ainsi que doit démarrer la journée ». Le Saint-Père, sortant de son texte, s’est dit par ailleurs attristé lorsqu’il « célèbre la messe dans la basilique ou sur la place Saint-Pierre, de voir tant de fidèles mais aussi des prêtres et des évêques, prendre des photos avec leur téléphone portable ». Pour lui, « La messe n’est pas un spectacle, elle signifie aller rencontrer la passion et la résurrection du Seigneur ». Dans sa conclusion, il a voulu rappeler l’essentiel : « Les sacrements, et en particulier la célébration eucharistique, sont les signes de l’amour de Dieu, la voie privilégiée pour Le rencontrer ».

(Avec R. V.)

Dimanche 5 Novembre 2017

Avant la prière de l’Angélus, Place St Pierre, ce dimanche, devant les fidèles réunis nombreux sous les fenêtres du Palais apostolique, sous un ciel nuageux et menaçant, le Souverain Pontife est revenu sur l’évangile du jour, en St Matthieu (23, 1-12), dans lequel Jésus dénonce avec sévérité la duplicité et l’hypocrisie des scribes et des pharisiens, qui courent après les honneurs.

Les disciples de Jésus ne doivent pas chercher les honneurs, ne pas se sentir supérieurs aux autres ; entre eux doit régner une attitude simple et fraternelle.
Jésus met en garde la foule et ses disciples, à propos des pharisiens : « n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas ». C’est là un défaut fréquent chez ceux qui ont une autorité, observe le Pape : « celui d’exiger des autres des choses, qu’eux-mêmes, pourtant, ne mettent pas en pratique ». Alors que l’autorité doit faire valoir la force de l’exemple, afin d’aider les autres à faire ce qui est juste. « L’autorité est une aide, assure le Pape, mais si elle s’exerce mal, elle devient oppressive, (…) crée un climat de défiance, d’hostilité et porte à la corruption ».

Jésus réprouve le comportement des pharisiens, eux qui cherchent la reconnaissance, les meilleures places, les récompenses, et aiment à se faire appeler « maître ». Autant de tentations qui correspondent à « l’orgueil humain, pas toujours faciles à vaincre », typiques de celui « qui vit pour l’apparence », reconnait le Pape, qui s’est ensuite attardé sur les consignes que Jésus donne à ses disciples, et donc aux croyants.

« Personnellement, je suis triste de voir des personnes qui vivent en courant derrière la vanité des honneurs », a asséné le Pape. « Nous les disciples de Jésus, nous ne devons pas faire ainsi, puisqu’entre nous doit régner une attitude simple et fraternelle ». « Nous sommes tous frères, et nous ne devons en aucun cas écraser les autres, les regarder de haut » a encore affirmé le Saint-Père, qui exhorte à mettre « les qualités que nous avons reçues du Père céleste », au service de nos frères.

« Nous ne devons pas nous considérer supérieurs aux autres », a encore martelé le Pape, invitant plutôt à pratiquer le modestie, une vertu « essentielle » pour qui veut vivre conformément à l’enseignement de Jésus, « doux et humble de cœur. venu pour non être servi, mais pour servir ».

Au terme de l’Angélus, le Pape a rappelé la béatification, advenue samedi 4 novembre à Indore, de Regina Maria Vattalil, religieuse indienne assassinée en 1995, en raison de sa foi. « Que son sacrifice soit semence de foi et de paix, spécialement en terre indienne ».

(Avec R. V.)

Mercredi 1er novembre 2017

En cette solennité de la Toussaint, le Saint-Père a rappelé que les saints « ne sont pas des modèles parfaits mais des personnes traversées par Dieu ». Les béatitudes ne sont pas pour des surhommes mais pour ceux qui vivent les épreuves de tous les jours.

« La solennité de la Toussaint est “notre” fête : pas parce que nous sommes bons, mais parce que la sainteté de Dieu a touché notre vie », a d’abord expliqué le Pape. Il prend alors l’image des vitraux d’une Église. Comme eux, les saints accueillent la lumière, celle de Dieu, dans leur cœur, et la transmettent au monde, « chacun dans sa propre tonalité ». « Ils sont tous transparents : ils ont lutté pour enlever les taches et les obscurités du péché, afin de faire passer la bonne lumière de Dieu. »

Pas besoin d’être un surhomme ou d’agir avec éclat ; non : les saints respirent comme nous « l’air pollué par le mal » mais il « ne perdent jamais de vue le chemin tracé par Jésus, celui indiqué par les béatitudes » dans l’Évangile du jour. « Les Béatitudes sont la carte de la vie chrétienne » car l’Évangile est une « route du bonheur », d’où son nom qui signifie « Bonne nouvelle ». « Le bonheur n’est pas d’avoir quelque chose ou de devenir quelqu’un, non, le vrai bonheur est d’être avec le Seigneur et de vivre pour aimer. »

Ainsi, en cette fête de la Toussaint, on ne célèbre « pas seulement les saints du calendrier », mais tant de frères et sœurs « de la porte d’à côté, que nous avons peut-être rencontrés et connus ». « Aujourd’hui est une fête de famille, de tant de personnes simples et cachées qui aident Dieu à faire aller le monde de l’avant. Et il y en a tant », rappelle le Saint-Père. Sortant de son texte, il fait alors applaudir ces saints de notre temps par la foule réunie place Saint-Pierre.

Les saints d’hier et d’aujourd’hui sont « pauvres en esprit », nous dit la première Béatitude. Ils ne vivent pas « pour le succès, le pouvoir et l’argent » mais croient que le Seigneur « est le trésor de la vie, que l’amour envers le prochain est la véritable source de richesses ». Ce n’est pas dans la reconnaissance que l’on trouve le bonheur mais dans le Seigneur : « c’est seulement avec Lui, seulement en aimant qu’on vie comme des bienheureux ».

À la veille de la fête des morts, le Pape a également demandé aux fidèles de prier demain pour leurs défunts, rappelant une béatitude présente dans le livre de l’Apocalypse : « Heureux, les morts qui meurent dans le Seigneur ». Lui-même se rendra au cimetière américain de Nettuno, au sud de Rome, demain, puis au sanctuaire des Fosses ardéatines pour une prière pour les victimes du massacre du 24 mars 1944.

« Les guerres ne produisent rien d’autres que des cimetières et la mort : voilà pourquoi j’ai voulu donner ce signe au moment où notre humanité ne semble pas avoir tiré les leçons » de l’histoire, a indiqué le Pape après l’Angélus.

Il s’est également dit attristé par les attaques terroristes survenues ces derniers jours en Somalie, en Afghanistan et à New-York ; priant pour les défunts, les blessés et leurs familles. « Demandons au Seigneur qu’il convertisse les cœurs des terroristes et libère le monde de la haine et de la folie meurtrière qui abuse du nom de Dieu pour disséminer la mort ».

(Avec R. V.)

Mardi 31 Octobre 2017

Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, publiée le 31 octobre 2017, pour la conclusion de l’année de commémoration conjointe de la Réforme : « Nous reconnaissons que, si le passé ne peut être changé, son influence sur nous aujourd’hui peut être transformée pour devenir l’impulsion d’une communion croissante et un signe d’espérance pour le monde qui doit surmonter la division et la fragmentation. »

" En ce 31 octobre 2017, dernier jour de l’année de commémoration œcuménique commune de la Réforme, nous rendons grâces pour les dons spirituels et théologiques reçus à travers la Réforme, une commémoration que nous avons vécue ensemble et avec nos partenaires œcuméniques dans le monde entier. De même, nous avons demandé pardon pour nos échecs et pour la manière dont les chrétiens ont blessé le Corps du Seigneur et se sont offensés mutuellement pendant les cinq cents ans qui se sont écoulés entre le début de la Réforme jusqu’à aujourd’hui.

Nous, luthériens et catholiques, sommes profondément reconnaissants du chemin œcuménique que nous avons parcouru ensemble durant les cinquante dernières années. Ce pèlerinage, soutenu par notre prière, notre culte et notre dialogue œcuménique communs, a abouti à la disparition des préjugés, à l’amélioration de la compréhension réciproque et à l’identification d’accords théologiques décisifs. Devant tant de bénédictions qui jalonnent notre parcours, nous élevons nos cœurs afin de louer le Dieu trinitaire pour la miséricorde que nous recevons.

En ce jour, nous revenons sur une année d’événements œcuméniques remarquables, commencée le 31 octobre 2016 par une prière luthéro-catholique commune à Lund, en Suède, en présence de nos partenaires œcuméniques. Lorsqu’ils présidaient ce service, le pape François et l’évêque Munib A.Younan, alors président de la Fédération luthérienne mondiale, ont signé une déclaration commune d’engagement à poursuivre le chemin œcuménique commun vers l’unité pour laquelle le Christ a prié (cf. Jean17,21). Le même jour, notre service commun pour les personnes ayant besoin de notre aide et de notre solidarité s’est vu renforcé par une déclaration d’intention de Caritas Internationalis et du épartement d’entraide mondiale de la Fédération luthérienne mondiale.

Ainsi que l’ont déclaré ensemble le pape François et le président Younan : « Beaucoup de membres de nos communautés aspirent à recevoir l’Eucharistie à une même table, comme expression concrète de la pleine unité. Nous faisons l’expérience de la souffrance de celles et ceux qui partagent leur vie tout entière, mais ne peuvent pas partager la présence rédemptrice de Dieu à la table eucharistique. Nous reconnaissons notre responsabilité pastorale commune pour répondre à la soif et à la faim spirituelles de nos fidèles d’être un dans le Christ. Nous désirons ardemment que cette blessure dans le Corps du Christ soit guérie. C’est l’objectif de nos efforts œcuméniques, que nous voulons faire progresser, y compris en renouvelant notre engagement pour le dialogue théologique. »

Parmi les bénédictions de cette année de commémoration figure le fait que pour la première fois luthériens et les catholiques ont considéré la Réforme dans une perspective œcuménique. Cela a permis de poser un regard neuf sur les événements du seizième siècle qui ont conduit à notre séparation. Nous reconnaissons que, si le passé ne peut être changé, son influence sur nous aujourd’hui peut être transformée pour devenir l’impulsion d’une communion croissante et un signe d’espérance pour le monde qui doit surmonter la division et la fragmentation. Une fois encore, il apparaît clairement que ce que nous avons en commun est bien plus grand que ce qui nous divise encore.

Nous nous réjouissons que la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, solennellement signée par la Fédération luthérienne mondiale et l’Église catholique romaine en 1999, ait également été signée par le Conseil méthodiste mondial en 2006 et, pendant cette année de commémoration de la Réforme, par la Communion mondiale d’Églises réformées. La Déclaration est accueillie et reçue aujourd’hui même par la Communion anglicane au cours d’une cérémonie solennelle à l’abbaye de Westminster. Sur ce fondement, nos communions chrétiennes peuvent nouer des liens toujours plus étroits de consensus spirituel et de témoignage commun au service de l’Évangile.

Nous nous félicitons des nombreux services communs de prière et de culte que les luthériens et les catholiques ont organisés de concert avec leurs partenaires œcuméniques dans différents pays du monde, ainsi que des rencontres théologiques et des publications marquantes qui ont donné corps à cette année de commémoration.

Nous nous engageons à continuer à cheminer ensemble, guidés par l’Esprit de Dieu, vers la plus grande unité selon la volonté de notre Seigneur Jésus Christ. Avec l’aide de Dieu, nous désirons discerner par la prière notre compréhension de l’Église, de l’Eucharistie et du Ministère, en quête d’un consensus substantiel pour aplanir les différences subsistantes entre nous. Avec une joie et une gratitude profondes, nous sommes convaincus que « Celui qui a commencé en [nous] une œuvre excellente en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour de Jésus Christ » (cf. Ph1,6). "

Dimanche 29 octobre 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, le Pape François a insisté sur la réponse de Jésus aux Pharisiens : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement ».

Les Pharisiens voulaient mettre Jésus à l’épreuve en lui posant une question : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? ». Demande insidieuse car dans la loi de Moise il existe plus de 600 préceptes. Mais Jésus n’hésite pas une seconde pour apporter sa réponse et y ajouter que le second lui est semblable au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Le Pape a précisé que la réponse de Jésus n’est pas attendue car dans les multiples préceptes de la loi hébraïque, les plus importants étaient certainement les 10 commandements. Or ce que le Christ veut faire comprendre aux Pharisiens en apportant une réponse loin d’être escomptée, c’est que sans l’amour de Dieu et du prochain il ne peut y avoir de véritable fidélité à l’alliance avec le Seigneur. Pour corroborer ses propos, le Saint Père fait référence au livre de l’Exode et au « code de l’alliance » où il est dit qu’on ne peut pas être fidèle à l’alliance et maltraiter ceux que le Seigneur protège, la veuve, l’orphelin et l’étranger, autrement dit des personnes sans défense.

La réponse de Jésus aux Pharisiens veut aussi les aider à remettre de l’ordre dans leur religiosité, à rétablir ce qui compte véritablement et ce qui est de moindre importance. Jésus ajoute : « De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes ». De fait c’est ainsi que le Christ a vécu : en prêchant et faisant ce qui compte le plus et qui est essentiel : L’amour qui donne élan et fécondité à la vie et au cheminement de foi. Sans amour, la vie et la foi sont stériles.

Jésus propose un idéal merveilleux, qui correspond au désir le plus authentique des cœurs, car nous avons été créés pour aimer et pour être aimés. Pour être aimés de Dieu, pour l’aimer et avec lui aimer toutes les autres personnes. « C’est le rêve de Dieu pour l’homme », a rappelé le Pape François. Et pour le réaliser, nous avons besoin de sa grâce et de recevoir en nous la capacité d’aimer qui nous provient de Dieu lui-même. « Jésus s’offre à nous dans l’eucharistie exactement pour cela », poursuit le Saint Père. L’Eucharistique par laquelle nous recevons son Corps et son Sang, par laquelle de fait nous recevons Jésus dans la plus grande expression de son amour, lorsqu’il s’est offert au Père pour notre Salut.

Même si nous connaissons ce « grand commandement » de l’amour du Christ depuis notre enfance, a conclu le Pape, nous devons le mettre en pratique dans les différentes situations que nous traversons.

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a salué la communauté togolaise présente en Italie et les vénézuéliens venus place Saint Pierre avec une représentation de Notre Dame de Chinquinquirà, et a confié « les espoirs et les aspirations légitimes de ces deux pays » à la Vierge Marie.

(Avec R. V.)

Mercredi 25 Octobre 2017

Lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a prononcé ce mercredi la dernière catéchèse de son cycle sur l’espérance chrétienne, qu’il avait entamé au début de l’année liturgique. Le Saint-Père est revenu à cette occasion sur le terme « paradis », l’une des dernières paroles de Jésus sur la croix, adressée au bon larron.

Rappelant l’épisode de Jésus sur la Croix, François a rappelé qu’il n’était pas seul mais entourée de deux malfaiteurs. L’un d’entre eux en particulier a reconnu sa faute et qu’il méritait son supplice. Celui-là fait des reproches au premier qui demande au Fils de Dieu de le sauver, en ayant ces paroles : « après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. » (LC, 23, 41)

Au Calvaire, Jésus atteint le sommet de sa solidarité avec nous pécheurs, a expliqué le Pape, c’est là qu’il a son ultime rendez-vous avec un pécheur pour lui ouvrir, à lui aussi, les portes de son Royaume. François a relevé aussi que cet épisode de la mort du Christ en Croix est le seul dans les Evangiles où apparait le terme « Paradis ». C’est à un « pauvre diable » que Jésus promet le paradis, à quelqu’un qui n’avait rien, mais qui se confie à lui. Les paroles humbles de repentance du bon larron sont suffisantes pour touche le cœur de Jésus.

Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu : que nous sommes ses fils, qu’il éprouve pour nous de la compassion, qu’il est désarmé chaque fois que nous manifestons la nostalgie de son amour. Dans les chambres de tant d’hôpitaux ou les cellules de tant de prison a poursuivi le Saint-Père, ce miracle s’est répété d’innombrables fois : il n’existe personne à qui ne reste que le désespoir, qui est privé de la grâce.

Devant Dieu, nous nous présentons tous les mains vides, un peu comme le publicain de la parabole qui restait prier au fond du temple. Chaque fois qu’un homme découvre que ses manques dépassent de beaucoup ses œuvres bonnes, il ne doit pas se décourager, mais se confier à la miséricorde de Dieu, a expliqué le Saint-Père, ceci nous donne de l’espérance, nous ouvre le cœur !

Dieu est Père et attend notre retour, au fils prodigue qui reconnait ses fautes, le père lui ferme la bouche et le prend dans ses bras. C’est comme cela que Dieu nous aime. Le paradis n’est pas un conte de fées, a poursuivi le Pape, encore moins un jardin enchanté, mais il est le lieu de la tendresse de Dieu. Jésus nous y introduit avec le bien que nous avons fait dans notre vie et avec tout ce qui en nous a encore besoin d’être racheté. Le but de notre existence c’est que tout s’accomplisse et soit transformé en amour.

Si nous croyons cela, a conclu le Saint-Père, la mort ne nous fera plus peur et nous pourrons partir de ce monde sereinement et avec confiance. Celui qui a connu Jésus ne craint plus rien. Nous pourrons alors répéter les paroles du vieillard Siméon : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole » (LC, 2, 29).

(Avec R. V.)

Message du Pape François pour la 91ème Journée Mondiale des Missions

Depuis 1926, toutes les paroisses catholiques du monde sont invitées à célébrer le Dimanche missionnaire mondial et à participer à la quête mondiale des Œuvres Pontificales Missionnaires. En 2017, cette journée mondiale des missions est célébrée le dimanche 22 octobre. Nous vous invitons à découvrir le message que le Pape François a adressé à tous les catholiques :

" Chers frères et sœurs,

Cette année également, la Journée missionnaire mondiale nous rassemble autour de la personne de Jésus, « le premier et le plus grand évangélisateur » (Bienheureux Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, n. 7), qui, continuellement, nous envoie annoncer l’Evangile de l’amour de Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint.

Cette Journée nous invite à réfléchir à nouveau sur la mission au cœur de la foi chrétienne. En effet, l’Eglise est missionnaire par nature. Si ce n’était pas le cas, elle ne serait plus l’Eglise du Christ mais une association parmi tant d’autres qui, bien vite, finirait par épuiser son but et disparaître. C’est pourquoi nous sommes invités à nous poser un certain nombre de questions qui touchent notre identité chrétienne même et nos responsabilités de croyants dans un monde confus par tant d’illusions, blessé par de grandes frustrations et lacéré par de nombreuses guerres fratricides qui frappent injustement les innocents en particulier. Quel est le fondement de la mission ? Quel est le cœur de la mission ? Quelles sont les attitudes vitales de la mission ?

La mission et le pouvoir transformant de l’Evangile du Christ, Chemin, Vérité et Vie

1. La mission de l’Eglise, destinée à tous les hommes de bonne volonté, est fondée sur le pouvoir transformant de l’Evangile. L’Evangile est une Bonne Nouvelle qui porte en soi une joie contagieuse parce qu’il contient et offre une vie nouvelle : celle du Christ ressuscité qui, en communiquant son Esprit vivifiant, devient Chemin, Vérité et Vie pour nous (cf. Jn 14, 6). Il est le Chemin qui nous invite à Le suivre avec confiance et courage. En suivant Jésus comme notre Chemin, nous faisons l’expérience de la Vérité et nous recevons sa Vie, qui est pleine communion avec Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint, nous rend libre de toute forme d’égoïsme et se trouve être source de créativité dans l’amour.

2. Dieu le Père veut une telle formation existentielle de ses fils et de ses filles ; transformation qui s’exprime en tant que culte en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23-24), par une vie animée par l’Esprit Saint à l’imitation du Fils, Jésus, à la gloire de Dieu le Père. « La gloire de Dieu est l’homme vivant » (Saint Irénée de Lyon, Adversus haereses IV, 20, 7). De cette manière, l’annonce de l’Evangile devient parole vivante et efficace qui met en œuvre ce qu’elle proclame (cf. Is 55, 10-11) c’est-à-dire Jésus Christ, qui se fait continuellement chair dans toute situation humaine (cf. Jn 1, 14).

La mission et le kairos du Christ

3. La mission de l’Eglise n’est donc pas la diffusion d’une idéologie religieuse et pas même la proposition d’une éthique sublime. De nombreux mouvements de par le monde savent produire des idéaux élevés ou des expressions éthiques remarquables. Par le biais de la mission de l’Eglise, c’est Jésus Christ qui continue à évangéliser et à agir, et par suite elle représente le kairos, le temps propice au salut dans l’histoire. Par l’intermédiaire de la proclamation de l’Evangile, Jésus devient toujours à nouveau notre contemporain, afin que ceux qui l’accueillent avec foi et amour fassent l’expérience de la force transformatrice de son Esprit de Ressuscité qui féconde l’être humain et la Création comme le fait la pluie avec la terre. « Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 276).

4. Rappelons-nous toujours que « à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Benoît XVI, Encyclique Deus caritas est, n. 1). L’Evangile est une Personne, qui s’offre continuellement et continuellement invite ceux qui l’accueillent avec une foi humble et laborieuse à partager sa vie au travers d’une participation effective à son mystère pascal de mort et résurrection. L’Evangile devient ainsi, par le Baptême, source de vie nouvelle, libérée de la domination du péché, illuminée et transformée par l’Esprit Saint ; par le biais de la Confirmation, il devient onction fortifiante qui, grâce à ce même Esprit, indique des chemins et des stratégies nouvelles de témoignage et de proximité ; et par l’intermédiaire de l’Eucharistie, il devient nourriture de l’homme nouveau, « remède d’immortalité » (Ignace d’Antioche, Epistula ad Ephesios, 20, 2).

5. Le monde a essentiellement besoin de l’Evangile de Jésus Christ. Au travers de l’Eglise, il continue sa mission de Bon Samaritain, en soignant les blessures sanglantes de l’humanité, et de Bon Pasteur, en cherchant sans relâche celui qui s’est égaré sur des chemins tortueux et sans but. Et, grâce à Dieu, les expériences significatives témoignant de la force transformante de l’Evangile ne manquent pas non plus. Je pense au geste de cet étudiant Dinka qui, au prix de sa propre vie, protège un étudiant de la tribu Nuer destiné à être tué. Je pense à cette Célébration eucharistique, à Kitgum, dans le nord de l’Ouganda, alors ensanglanté par la férocité d’un groupe de rebelles, lorsqu’un missionnaire a fait répéter aux personnes les paroles de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », en tant qu’expression du cri désespéré des frères et des sœurs du Seigneur crucifié. Cette célébration fut pour le peuple source de grande consolation et de beaucoup de courage. Et nous pouvons également penser aux nombreux, aux innombrables témoignages de la manière dont l’Evangile aide à surmonter les fermetures, les conflits, le racisme, le tribalisme en promouvant partout et entre tous la réconciliation, la fraternité et le partage.

La mission inspire une spiritualité d’exode continuel, de pèlerinage et d’exil

7. La mission de l’Eglise est animée par une spiritualité d’exode continuel. Il s’agit de « sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 20). La mission de l’Eglise stimule une attitude de pèlerinage continuel à travers les différents déserts de la vie, à travers les diverses expériences de faim et de soif de vérité et de justice. La mission de l’Eglise inspire une expérience d’exil continuel, pour faire percevoir à l’homme assoiffé d’infini sa condition d’exilé en chemin vers la patrie définitive, tendu entre le « déjà » et le « pas encore » du Royaume des Cieux.

8. La mission dit à l’Eglise qu’elle n’est pas une fin en soi mais un humble instrument et une médiation du Royaume. Une Eglise autoréférentielle, qui se complait de ses succès terrestres, n’est pas l’Eglise du Christ, son corps crucifié et glorieux. Voila pourquoi nous devons préférer « une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités » (ibid., n. 49).

Les jeunes, espérance de la mission

9. Les jeunes représentent l’espérance de la mission. La personne de Jésus et la Bonne Nouvelle qu’il proclame continuent à fasciner de nombreux jeunes. Ils cherchent des parcours au travers desquels mettre en œuvre le courage et les élans du cœur au service de l’humanité. « Nombreux sont les jeunes qui offrent leur aide solidaire face aux maux du monde et entreprennent différentes formes de militance et de volontariat [...].Qu’il est beau que des jeunes soient “pèlerins de la foi”, heureux de porter Jésus dans chaque rue, sur chaque place, dans chaque coin de la terre ! » (ibid., n. 106). La prochaine Assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques, qui se tiendra en 2018 sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations », se présente comme une occasion providentielle pour impliquer les jeunes dans la responsabilité missionnaire commune qui a besoin de leur riche imagination et de leur créativité.

Le service des Œuvres pontificales missionnaires

10. Les Œuvres pontificales missionnaires constituent un instrument précieux pour susciter en chaque communauté chrétienne le désir de sortir de ses propres frontières et de ses propres sécurités et de prendre le large pour annoncer l’Evangile à tous. Au travers d’une profonde spiritualité missionnaire à vivre au quotidien, d’un engagement constant de formation et d’animation missionnaire, des adolescents, des jeunes, des adultes, des familles, des prêtres, des religieux et des religieuses, des Evêques sont impliqués afin que grandisse en chacun un cœur missionnaire. La Journée missionnaire mondiale, promue par l’Œuvre de la Propagation de la Foi, constitue l’occasion propice pour que le cœur missionnaire des communautés chrétiennes participe par la prière, le témoignage de la vie et la communion des biens afin de répondre aux graves et vastes besoins de l’Evangélisation.

Etre missionnaires avec Marie, Mère de l’évangélisation

11. Chers frères et sœurs, soyons missionnaires en nous inspirant de Marie, Mère de l’Evangélisation. Mue par l’Esprit, elle accueillit le Verbe de la vie dans la profondeur de son humble foi. Que la Vierge nous aide à dire notre « oui » dans l’urgence de faire résonner la Bonne Nouvelle de Jésus à notre époque ; qu’elle nous obtienne une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Evangile de la vie qui remporte la victoire sur la mort ; qu’elle intercède pour nous afin que nous puissions acquérir la sainte audace de rechercher de nouvelles routes pour que parvienne à tous le don du salut. "

Pape François

Mercredi 18 octobre 2017

Lors de l’audience générale, Place Saint-Pierre, le Pape François s’est arrêté sur l’espérance chrétienne face à la mort, « une réalité que notre civilisation moderne tend à annuler », a-t-il regretté à quelques jours de la Toussaint et de la commémoration des défunts. Cet oubli de la mort est pour le Pape une grave erreur spirituelle et anthropologique, car seule la prise en compte de cette réalité permet de donner à la vie un sens.

« Nous pourrions dire que l’homme est né avec le culte des morts ». Le Pape François a rappelé que toutes les civilisations se sont construites dans le rapport aux défunts, en ayant « le courage de regarder la mort en face ». La conscience de la mort permettait d’aborder la vie avec une certaine sagesse, comme nous l’enseignent les psaumes. « La mort met notre vie à nu. Elle nous fait découvrir que nos actes d’orgueil, de colère et de haine étaient de la vanité, de la pure vanité », a précisé le Pape, en montrant aussi que c’est quand notre vie s’achève que se révèle ce que nous avons semé de bon.

La tristesse face à la mort d’un proche est naturelle et universelle. Jésus lui-même, profondément bouleversé, a pleuré devant la tombe de son ami Lazare. Mais en le ressuscitant, comme lorsqu’il ressuscite la fille de Jaïre, Jésus montre que la foi est plus forte que la mort.

Jésus encore aujourd’hui nous interpelle sur notre foi en la résurrection, jusqu’à notre dernier souffle « où se joue toute notre existence, entre le versant de la foi et le précipice de la peur ». Même si nous sommes tous « petits et sans défense devant le mystère de la mort », le Pape François a invité chacun à fermer les yeux et à penser à ce moment de notre mort, « quand Jésus nous prendra par la main, avec sa tendresse, sa douceur, son amour, et nous invitera à nous relever ». « Pour celui qui croit, c’est une porte qui s’ouvre complètement. Pour celui qui doute, c’est un interstice de lumière qui filtre d’une porte qui ne s’est pas complètement fermée. Mais pour nous tous ce sera une grâce quand cette lumière de la rencontre avec Jésus nous illuminera. »

Au terme de cette audience, le Saint-Père a exprimé son émotion après l’attentat au camion piégé qui a fait près de 300 morts samedi à Mogadiscio, en Somalie. Disant « vouloir exprimer sa douleur » suite à cette « tragédie », le Pape a déclaré que « cet acte terroriste mérite la plus ferme condamnation, aussi parce qu’il s’acharne sur une population déjà très éprouvée ». Il « prie pour les défunts et les blessés, pour leurs proches et pour tout le peuple de la Somalie » et il « implore la conversion des violents » et « encourage ceux qui, avec d’énormes difficultés, travaillent pour la paix dans cette terre martyrisée ».

(Avec R. V.)

Dimanche 15 octobre 2017

Le Pape François a présidé ce dimanche la messe et la canonisation de bienheureux parmi lesquels les martyrs brésiliens André de Soveral, Ambroise François Ferro et leurs 27 compagnons, dont un français, Jean Lostau Navarro ; 3 martyrs mexicains Christophe, Faustin et Jean tués alors qu’ils étaient encore adolescents entre 1527 et 1529 ; l’espagnol Faustino Miguez, prêtre et fondateur en 1885 de la Congrégation des Sœurs Calasanciennes qui se consacrent à l’éducations des jeunes filles, et un italien, Angelo da Acri, décédé en 1739 après avoir prêché dans l’Italie méridionale.

Revenant sur l’Évangile de ce dimanche, qui parle du Royaume de Dieu comme de la célébration de noces, François commence son homélie en soulignant que le Seigneur désire « célébrer les noces » avec chacun d’entre nous. Des noces qui inaugurent la communion de toute la vie, et qui font de nous des serviteurs fidèles. Par cette noce, poursuit François le Seigneur nous désire, et nous invite à une relation faite de dialogue, de confiance et de pardon. C’est la définition de la vie chrétienne, faite d’amour gratuit, et qui peut conduire jusqu’au don total de soi, jusqu’à donner la vie pour le Seigneur.

Les saints canonisés ce dimanche indiquent cette voie. Ils n’ont pas dit « oui » au Seigneur pour un certain temps, « mais par leur vie et jusqu’au bout » dit François. La vie chrétienne n’est pas une routine qui se contente de normalité sans enthousiasme et sans élan, et surtout avec la mémoire courte. Nous devons nous rappeler constamment du premier amour, du premier « oui » dit au Seigneur lorsque par le baptême, il nous a invités à la noce.

L’invitation peut aussi être refusée, et c’est précisément ce que rappelle l’évangile de Saint Mathieu. Lorsque le Roi invite les serviteurs à la noce de son fils, de nombreux invités ont répondu « non » et son allés qui au camp, qui à son commerce, détournés par leurs intérêts, plutôt que d’accepter de se mettre en jeu. En se comportant ainsi, lorsqu’on préfère s’asseoir sur des sécurités, sur des commodités, on s’assoit sur les fauteuils des gains, des plaisirs, de quelque hobby qui rend joyeux, on finit par vieillir vite et mal, dit le Saint Père, « on devient rigide et méchant ».

L’Evangile nous demande de quel côté se positionner. Du côté de son propre égoïsme ou du côté de Dieu. Dieu qui continue de préparer le bien même pour celui qui fait le mal, parce que l’amour est toujours plus fort que le mal. Lorsque nous lui répondons « non », Dieu ne se résigne pas. Il continue de nous inviter à la fête, il répond avec un amour toujours plus grand et ne perd jamais l’espérance, et aujourd’hui encore, il nous appelle à « dépasser la résignation et les caprices de notre moi susceptible et paresseux ».

Enfin, l’Évangile souligne que le vêtement des invités à la noce du fils du Roi est indispensable. Accepter l’invitation de Dieu n’est pas suffisant. Encore faut-il se revêtir chaque jour de l’amour de Dieu. Cet habit est aussi le vêtement blanc que nous avons reçu dans le baptême, l’habit nuptial de Dieu que nous devons endosser chaque jour et maintenir propre en allant recevoir sans peur le pardon du Seigneur.

Au terme de la messe, le Pape a annoncé la tenue d’un synode pour la région de l’Amazonie : « J’ai accueilli le désir de plusieurs conférences épiscopales de l’Amérique latine, ainsi que la parole de nombreux pasteurs et fidèles d’autres régions du monde, et j’ai décidé de convoquer une Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour la région de l’Amazonie ». Cette rencontre aura pour objectif de trouver des nouvelles voies pour l’évangélisation des populations locales, particulièrement les populations indigènes, « souvent oubliées et sans la perspective d’un avenir serein ». Avenir assombri aussi par la déforestation du poumon amazonien, d’une importance capitale pour la planète.

(Avec R. V.)

Mercredi 11 Octobre 2017

Lors de l’audience générale de ce matin, sur la Place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi son parcours catéchétique sur l’espérance. Pour la 36ème étape, le Pape s’est arrêté ce matin sur la notion « d’attente vigilante ».

« Le thème de la vigilance est un des fils conducteurs du Nouveau Testament », a d’abord rappelé le Pape François. À plusieurs reprises dans les Évangiles, Jésus avertit ses disciples et les invite à se tenir prêts pour le retour du Maître. Avec cet appel pour une « responsabilité » assumée avec amour, Jésus nous interpelle dans notre quotidien : « Chaque matin est une page blanche que le chrétien commence à écrire avec des œuvres de bien », « Nous sommes déjà sauvés par la Rédemption de Jésus, mais maintenant nous attendons la pleine manifestation de sa seigneurie : quand finalement Dieu sera tout en tous. » Nous devons alors vivre dans l’attente de cette étreinte qui sera une « grande joie ».

Le chrétien « n’est donc pas fait pour l’ennui » mais « pour la patience », a rappelé le Saint-Père. Malgré la monotonie apparente de leur quotidien, « il y a des personnes qui avec la persévérance de leur amour deviennent comme des puits qui irriguent le désert ». Les nuits les plus obscures sont toujours suivies par l’aurore. Même quand nous sommes saisis par l’épuisement et le découragement, la « douce et puissance mémoire du Christ » doit éloigner de nous la tentation de penser que notre vie est ratée.

Pour le Pape, la résignation n’est pas une attitude chrétienne, et le chrétien doit prendre des risques, apporter aux autres « le bien que Jésus nous a donnés comme un trésor », même si cela porte atteinte à sa paix personnelle et à son confort. C’est cet effort de disponibilité qui permettra au Seigneur de venir nous guérir et nous relever.

Et au terme de cette audience, le Saint-Père s’est exprimé au sujet du centenaire des dernières apparitions mariales à Fatima. Ce 13 octobre sera en effet commémoré le "miracle du soleil", un phénomène céleste dont 70 000 personnes auraient été témoins le 13 octobre 1917. Le Pape François, qui s’était rendu sur place au Portugal en mai dernier, en a profité pour inviter à prier tout au long du mois d’octobre le Saint Rosaire « à l’intention de la paix dans le monde ».

« Que la prière puisse faire bouger les âmes les plus rétives, afin qu’elles bannissent la violence de leur cœur, de leurs paroles et de leurs gestes, et construisent des communautés non-violentes qui prennent soin de la maison commune. Rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière. Que tous puissent être artisans de paix », a exhorté le Pape, en reprenant les termes de son message du 1er janvier dernier sur la non-violence.

Par ailleurs, il a également rappelé que ce 13 octobre sera aussi la Journée internationale pour la réduction des catastrophes naturelles. Il en a profité pour renouveler son appel à protéger l’environnement : « J’encourage les institutions et ceux qui ont une responsabilité publique et sociale à promouvoir toujours plus une culture qui ait comme objectif la réduction de l’exposition aux risques », et, en particulier, pour « les populations les plus vulnérables », a insisté le Saint-Père.

(Avec R. V.)

Dimanche 8 octobre 2017

Avant la prière de l’Angélus, commentant l’Évangile de ce dimanche consacré à la parabole des vignerons (Mt 21, 33-43), le Pape François est revenu sur « la grande nouveauté qu’offre le christianisme », la miséricorde. Il demande aux chrétiens d’être pour tous un signe d’espérance.

C’est l’histoire d’une vigne confiée par son propriétaire à des vignerons. Ces derniers manquent de loyauté et tuent les hommes venus récupérer les fruits de la vendange dont le fils du propriétaire, qui s’était pourtant montré patient.

« C’est une histoire qui nous appartient », il s’agit de « l’alliance que Dieu a voulu établir avec l’humanité et à laquelle il nous appelle nous aussi à pendre part ». Une alliance qui, « comme toutes les histoires d’amour, connaît des moments positifs, mais est également marquée par des trahisons et des refus ». Face à ces comportements de rejet, quelle est la réponse de Dieu ? « Quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ?(v40) ». Une question qui souligne combien « la déception de Dieu concernant le comportement mauvais des hommes n’est pas le dernier mot ! ».

C’est là que se trouve « la grande nouveauté du christianisme », dit le Pape : « Un Dieu qui, même lorsqu’il est déçu de nos erreurs et péchés, ne manque pas à sa parole, il ne s’y arrête pas et surtout ne se venge pas (…) il continue de mettre en circulation le ‘bon vin’ de sa vigne, c’est-à-dire sa miséricorde. »

En effet, « Le christianisme n’est pas la somme de préceptes et de normes morales »

Il y a seulement un obstacle à la volonté tenace de Dieu, c’est notre arrogance qui devient aussi violence. Et « face à ces comportements qui ne produisent aucun fruit, la Parole de Dieu conserve toute sa force de reproche et de réprimande : ’Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits’ (v43) ».

« L’urgence de répondre à l’appel du Seigneur par de bons fruits » aide à comprendre « la nouveauté et l’originalité du christianisme ». Ce n’est pas « la somme de préceptes et de normes morales, explique François, mais c’est avant tout une proposition d’amour que Dieu, à travers Jésus, a faite et continue de faire à l’humanité ». C’est un appel à entrer dans cette histoire d’amour, en devenant « une vigne vivace et ouverte, riche de fruits et d’espérance pour tous ».

Le Pape rappelle que nous sommes appelés à sortir de la vigne pour « nous mettre au service des frères qui ne sont pas avec nous, pour nous secouer et nous encourager les uns les autres, pour nous rappeler de devoir d’être la vigne du Seigneur dans tous les milieux, même les plus lointains et défavorisés ». La vigne plantée par le Seigneur est pour le bien de tous.

(Avec R. V.)

Mercredi 4 octobre 2017

Le Pape François a poursuivi ce matin, mercredi 4 octobre 2017, dans le cadre de l’audience générale Place Saint-Pierre, sa série de catéchèses sur l’espérance. Pour la 35ème étape de ce parcours, en ce jour de la Fête de saint François d’Assise et au début du mois de la mission, le Pape s’est penché sur « les missionnaires de l’espérance ».

« Le chrétien n’est pas un prophète de malheur », « l’essence de son annonce est l’opposé : c’est Jésus, mort par amour, et que Dieu a ressuscité au matin de Pâques ». Cette annonce de la Résurrection est le noyau de la foi chrétienne : « Si les Évangiles s’arrêtaient à la sépulture de Jésus, l’histoire de ce prophète irait rejoindre les nombreuses biographies de personnages héroïques qui ont dépensé leur vie pour un idéal. L’Évangile sera alors un livre édifiant (…), mais ne serait pas une annonce d’espérance », a expliqué le Pape François.

Après le Vendredi Saint, certains disciples, déçus et apeurés, avaient quitté Jérusalem, mais le « fait inattendu » de la résurrection de Jésus a renversé leur cœur et leur esprit. Et grâce à la Pentecôte, les disciples « n’ont pas seulement une belle nouvelle à apporter à tous », mais sont transformés par le souffle de l’Esprit Saint. Le chrétien ne peut donc pas vivre dans le ressentiment et la colère, mais doit être convaincu « qu’aucun mal n’est infini, qu’aucune nuit n’est sans fin, qu’aucun homme n’est définitivement dans l’erreur », et que la haine peut être vaincue par l’amour.

Les martyrs qui offrent leur vie dans ce témoignage d’espérance chrétienne, comme aujourd’hui beaucoup de « nos sœurs et nos frères du Moyen-Orient », nous rappellent que l’injustice ne doit pas avoir le dernier mot, et que les chrétiens ne doivent pas être soumis ou accommodants. « Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de prudence », écrivait saint Paul à Timothée. Voilà ce qui fait du chrétien un véritable missionnaire de l’espérance, a conclu le Pape François.

(Avec R. V.)

Dimanche 1er octobre 2017

Après avoir quitté le centre régional d’accueil des migrants de Bologne, le Pape François s’est rendu sur la Grand Place de la ville (Piazza Maggiore) pour une rencontre avec le monde du travail, les chômeurs, représentants d’entreprises, de syndicats et de coopératives.

A ces réalités diverses, le Pape a rappelé l’importance d’un dialogue concerté : « c’est seulement ensemble qu’on peut sortir de la crise et construire l’avenir. Seul le dialogue (…) peut permettre de trouver des réponses efficaces et innovantes pour tous », a exhorté le Saint-Père.

L’évêque de Rome a ensuite évoqué la longue tradition coopérative présente en Emilie-Romagne, et particulièrement à Bologne, de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au début des années soixante-dix. Cette expérience, « née de la valeur fondamentale de la solidarité », « a encore beaucoup à offrir », a soutenu le Pape François.

« Ne cédons jamais la solidarité à la logique du profit financier, parce qu’ainsi, nous l’enlevons, -nous la volons dirais-je-, aux plus faibles qui en ont le plus besoin ». Chercher une solution juste n’est pas un rêve du passé, assure le Pape, mais un engagement, un travail, qui a besoin aujourd’hui de tous.

L’accueil et la lutte contre la pauvreté passent à travers le travail et la dignité, a aussi plaidé le Pape. En ce sens, le « récent ‘pacte pour le travail’, qui a vu toutes les composantes sociales et l’Eglise signer un commun engagement pour s’aider mutuellement dans la recherche de réponses stables, (…) est une méthode importante qui, je l’espère, pourra donner les fruits escomptés ».

« La crise économique une dimension européenne et globale », a encore affirmé le Souverain Pontife. Aux racines de cette crise, se trouve une « trahison du bien commun, de la part des individus et des groupes de pouvoir » ... « Il est donc nécessaire d’enlever la centralité à la loi du profit et de l’assigner à la personne, et au bien commun ». Pour que cette centralité soit effective, « il faut augmenter les opportunités de travail digne », et cette tâche incombe à la société toute entière, a déclaré le Pape sous les applaudissements.

« L’Eglise, la municipalité et l’Université sont les trois aspects constitutifs de votre identité », a encore lancé le Pape aux Bolonais. « Quand ceux-ci dialoguent et collaborent entre eux, le précieux humanisme qu’ils expriment se renforce et la ville ‘respire’, a un horizon, et n’a pas peur d’affronter les défis qui se présentent ». Et le Pape a conclu par un encouragement à valoriser cet humanisme pour chercher des solutions sages aux problèmes complexes de notre temps.

Après cette adresse au monde du travail et la prière de l’Angélus, le Pape a évoqué la figure du père Titus Zeman, prêtre slovaque, béatifié ce dimanche 1er octobre à Brastislava. Ce salésien mourut en 1969, après une longue période d’emprisonnement et de privations qu’il souffrit en raison de sa foi et de son service pastoral. « Que son témoignage nous soutienne dans les moments les plus difficiles de la vie, et nous aide à reconnaître, également dans les épreuves, la présence du Seigneur ».

Parmi les délégations saluées par le Pape, plusieurs parents et familles des victimes de l’attentat de la gare de Bologne (2 août 1980) ; l’attaque la plus meurtrière des « années de plomb » en Italie, et qui fut l’œuvre d’un groupuscule fasciste d’extrême-droite.

(Avec R. V.)

Mercredi 27 Septembre 2017

Le Pape François a repris le cours de son cycle de catéchèses consacré à l’espérance chrétienne. Ce mercredi 27 septembre 2017, place Saint-Pierre, pour la 34ème étape de ce parcours catéchétique, le Saint-Père s’est penché sur les ennemis de l’espérance, appelant à vaincre dans la simplicité de cœu
« C’est l’espérance qui maintient debout la vie, qui la protège, en prend soin, et la fait croître », a rappelé le Pape François. « Si les hommes n’avaient pas cultivé l’espérance, s’ils n’avaient pas été soutenus par cette vertu, ils ne seraient jamais sortis des cavernes, et ils n’auraient pas laissé de trace dans l’histoire du monde. C’est ce qu’il y a de plus divin qui puisse exister dans le cœur de l’homme. »

Le Pape a cité l’écrivain français Charles Péguy, qui dans un livre de 1911 intitulé Le Porche du mystère de la deuxième vertu, rendait hommage à l’espérance des gens simples, en écrivant que « ces pauvres enfants voient comment vont les choses et qu’ils croient que cela ira mieux demain matin ». « L’image du poète rappelle les visages de tellement des gens passés dans ce monde, des paysans, de pauvres ouvriers, des migrants en recherche d’un futur meilleur, qui ont lutté avec ténacité malgré l’amertume d’un aujourd’hui difficile (…). Ils luttaient pour leurs enfants, ils luttaient dans l’espérance », a appelé le Pape. Alors, « N’ayons pas peur de "partager le chemin" de ceux qui espèrent ».

« L’espérance n’est pas une vertu pour les gens avec l’estomac plein », a encore expliqué le Saint-Père, rappelant que les premiers porteurs de l’espérance sont les pauvres, souvent rejetés et incompris par ceux « qui se sont endormis dans des certitudes acquises ». Dans la nuit de Noël, Dieu a eu besoin de ces petites gens pour entrer dans le monde, à travers Joseph et Marie et les bergers de Bethléem, qui préparaient silencieusement « la révolution de la bonté ». Face au démon du découragement, de l’ennui, de l’acédie, il faut rendre son cœur disponible aux surprises de Dieu. Personne ne doit laisser quiconque lui voler son espérance.

Dans un appel lancé à la fin de l’audience, le Pape a apporté son soutien à la campagne de la Caritas pour les migrants, "Partageons le chemin". Il a salué les migrants et les volontaires présents sur la Place Saint-Pierre en les faisant applaudir, et saluant ce « signe d’une Église qui cherche à être ouverte, inclusive et accueillante ». « Avec votre engagement quotidien, vous nous rappelez que le Christ lui-même nous demande d’accueillir nos frères et sœurs migrants et réfugiés avec les bras bien ouverts », « un peu comme ces colonnades de la Place, qui représentent l’Église mère qui embrasse tout le monde dans le partage du voyage commun ».

Sur un plan plus politique, concernant l’Italie, le Pape a apporté son soutien aux organisations d’aide aux migrants qui ont lancé une pétition afin de soutenir « une nouvelle loi migratoire plus adaptée au contexte actuel ». Le 12 septembre dernier, le débat sur une proposition de loi sur le droit du sol, qui devait être discutée au Parlement ce mois-ci, a été reporté. 600 000 mineurs étrangers nés en Italie et résident dans la Péninsule depuis au moins 10 ans pourraient bénéficier de la nationalité italienne, si cette loi était adoptée selon sa version la plus extensive.

(Avec R. V.)

Mercredi 20 septembre 2017

Ce mercredi, place Saint-Pierre,le Pape François a voulu s’adresser à la foule des fidèles « comme un éducateur, comme un père » pour parler du thème : « éduquer à l’espérance ».

« Dieu ne déçoit pas : s’il a mis l’espérance dans nos cœurs, il ne veut pas la briser par de continuelles frustrations ». Il a ainsi dressé une liste de recommandations aux jeunes et à toute personne prête à apprendre, tutoyant son auditoire comme pour mieux le toucher.

« Là où Dieu t’a semé, espère ! ». C’est la première exhortation du Pape François qui rappelle d’emblée que « le premier ennemi n’est pas hors de toi : il est dedans ». « Ce monde est le miracle que Dieu a fait » ; « crois à l’existence des vérités plus hautes et plus belles », « crois, Lui, il t’attend », assène-t-il.

L’espérance à laquelle nous invite le Pape doit nous conduire à ne jamais penser que les luttes menées ici-bas sont « inutiles » car en nous « palpite une graine d’absolu ». Fort de ces certitudes, il faut aussi affronter ceux qui répandent « la haine et les divisions » et ne pas les écouter. Il faut cependant savoir, lors des confrontations avec autrui, que « chacun est dépositaire d’un fragment de vérité ».

Autres recommandations du Pape : « aime les personnes » en respectant le parcours des uns et des autres car « chacun de nous a sa propre histoire à raconter ». Et surtout, s’exclame François, « n’aie pas peur de rêver », « rêve un monde qu’on ne voit pas encore mais qui arrivera certainement ». Le Pape invite son auditoire à penser aux hommes et aux femmes qui ont réalisé des découvertes scientifiques, qui ont cultivé des espérances : « ceux sont eux qui ont vaincu l’esclavage et permis d’améliorer les conditions de vie sur cette terre ».

Le Pape exhorte ses interlocuteurs à être responsables « de ce monde et de la vie de chaque homme ». « Chaque injustice contre un pauvre est une blessure ouverte et amoindrit ta propre dignité », souligne-t-il. S’appuyant sur Jésus, nous devons vaincre la « peur », « notre ennemi la plus déloyale », qui « ne peut rien contre la foi ».

Derniers conseils que le Pape adresse aux jeunes ou à toute personne de bonne volonté : avoir le courage de la vérité, sans se sentir supérieur à quiconque ; cultiver les idéaux, car il faut vivre « pour quelque chose qui dépasse l’homme » ; et se relever malgré ses erreurs : « rien n’est plus humain que de commettre des erreurs ». Et pourquoi, s’interroge faussement le Pape : « parce que Dieu est ton ami ».

(Avec R. V.)

Dimanche 17 septembre 2017

Lors de l’Angélus de ce dimanche, le Pape est revenu sur l’extrait évangélique du jour, tiré du 18ème chapitre de saint Matthieu, dans lequel Jésus invite ses disciples à pardonner « jusqu’à 77 fois sept fois » à ceux qui les auraient offensé.

« L’extrait évangélique du jour nous offre un enseignement sur le pardon, qui ne nie pas le tort subi mais reconnaît que l’être humain, créé à l’image de Dieu, est toujours plus grand que le mal qu’il commet. » Le Pape a profité du texte proposé par la liturgie pour lancer un appel au pardon, le pardon divin étant aussi une interpellation pour un pardon fraternel sincère.

La parabole du roi miséricordieux et du serviteur cruel « montre l’incohérence de celui qui a d’abord été pardonné, et qui ensuite refuse de pardonner », a souligné le Pape François. Jésus met en lumière le risque d’une attitude égoïste, en racontant l’histoire d’une remise de dette accordée par un roi à un serviteur, qui ensuite refusera toute compassion pour un autre serviteur lui devant une somme bien moins importante. Pourtant, « quiconque a expérimenté la joie, la paix et la liberté intérieure qui vient du fait d’être pardonné peut s’ouvrir à la possibilité de pardonner à son tour », a précisé le Pape.

Le pardon de Dieu, que nous recherchons quand nous récitons le Notre Père, « est le signe de son amour débordant pour chacun de nous. C’est l’amour qui nous laisse libres de nous éloigner, comme le fils prodigue, mais qui attend chaque jour notre retour ; c’est l’amour entreprenant du berger pour la brebis perdue ; c’est la tendresse qui accueille chaque pécheur qui frappe à sa porte. Le Père céleste est plein d’amour et veut nous l’offrir, mais ne peut pas le faire si nous fermons notre cœur à l’amour pour les autres », a rappelé le Pape François.

(Avec R. V.)

Mercredi 13 septembre 2017

Lors de l’audience générale, Place Saint-Pierre, le Saint-Père est revenu sur son voyage en Colombie. Le Pape François était rentré lundi à Rome, avec un œil au beurre noir dû à un petit accident dans la papamobile dimanche à Carthagène, mais aussi et surtout avec dans sa mémoire le souvenir des foules immenses qui l’avaient accueilli chaleureusement dans les quatre villes qu’il a visitées, Bogotà, Villavicencio, Medellin et Carthagène.

« Un peuple joyeux malgré les nombreuses souffrances, un peuple avec de l’espérance » : c’est ainsi que le Pape François a défini le peuple colombien qu’il a remercié pour son accueil affectueux tout au long des cinq journées de ce voyage. Le Pape a notamment rappelé son émotion en voyant les nombreux enfants que des parents lui tendaient avec fierté pour qu’il les bénisse. « Je me suis dit : un peuple capable de faire des enfants, et capable de les faire voir avec fierté, avec espérance, ce peuple a de l’avenir », a confié le Saint-Père.

Venu marcher sur les pas de Paul VI et de Jean-Paul II, dans « une continuité fortement animée par l’Esprit, qui guide les pas du peuple de Dieu sur les routes de l’histoire », François s’est réjoui de voir s’ouvrir un processus de réconciliation dans ce pays traumatisé par une longue guerre civile. « Avec ma visite j’ai voulu bénir l’effort de ce peuple, le confirmer dans la foi et dans l’espérance, et recevoir son témoignage, qui est une richesse pour mon ministère et pour toute l’Église », a expliqué le Saint-Père.

« Il est évident que le Malin a voulu diviser le peuple pour détruire l’œuvre de Dieu, mais il est aussi évident que l’amour du Christ, son infinie miséricorde, est plus forte que le péché et la mort ». Le Pape est notamment revenu sur la rencontre pour la Réconciliation nationale devant le Christ de Bocayà, « sans bras et sans jambe, mutilé comme son peuple », suite à un attentat survenu dans une église en 2002. « Miséricorde et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent », a répété le Pape, reprenant les paroles du Psaume 85. La vraie révolution n’est pas idéologique mais évangélique, a enfin insisté le Pape François en prenant l’exemple de saint Pierre Claver, l’évangélisateur des esclaves. « S’incliner, toucher la chair du frère blessé et abandonné, et le faire le Christ qui est devenu esclave pour nous », est le chemin pour « construire ensemble, jour après jour, la paix dans l’amour, dans la justice et dans la vérité. »

Au terme de l’audience, le Saint-Père a exprimé aux pèlerins italiens sa « proximité spirituelle à ceux qui souffrent à cause de l’inondation qui a frappé le territoire de Livourne. Nous prions pour les morts et les blessés, pour leurs proches, et pour ceux qui sont dans l’épreuve ». Dimanche, des inondations avaient fait 6 morts dans cette ville portuaire de Toscane.

(Avec R. V.)

Lundi 11 Septembre 2017

Le Voyage apostolique en Colombie est terminé. Le Pape François est rentré au Vatican en début d’après-midi, ce lundi 11 septembre 2017. Après l’atterrissage de son avion à l’aéroport militaire de Ciampino vers 12h55, le Pape s’est immédiatement rendu à la basilique Sainte-Marie-Majeure pour un temps de prière d’actions de grâce devant l’icône de la Vierge "Salus Populi Romani", comme il l’a déjà fait plus de 50 fois depuis le début de son pontificat.

Durant ce long voyage de 11h, outre la conférence de presse qui a duré une quarantaine de minutes, le Pape a adressé un tweet aux « frères colombiens » : « J’ai connu de nombreuses personnes qui m’ont touché le cœur, peut-on lire. Vous m’avez fait tellement de bien ! ».

Troisième Pape à se rendre en Colombie, après Paul VI en 1968 et Jean-Paul II en 1986, François avait voulu entreprendre ce 20e voyage apostolique pour encourager le processus de réconciliation de la nation colombienne.

Départ du Pape François

Le Pape François a quitté la Colombie dimanche 10 septembre 2017, après la messe à Carthagène, au terme de son 20ème voyage apostolique. Voici ce qu’il faudra retenir de cinq journées intenses, écoulées au rythme des gestes symboliques, des multiples rencontres avec la population dans quatre villes d’un pays qui entame le chemin de la réconciliation, un thème au cœur de cette visite.

Le Pape François, saluant deux ex-guérilleros et deux femmes marquées par le conflit, à peine leur témoignage achevé : c’est sans doute l’une des images marquantes vendredi, lors d’une grande rencontre pour la Réconciliation nationale.

La réconciliation, un thème présent dès la descente du Pape de l’avion, lorsqu’un enfant né d’une mère otage des Farc lui remet une Colombe en porcelaine. Et jusqu’à la fin de son voyage quand Juan Pablo Escobar prie aux cotés du fils d’une des victimes de son père, l’un des plus grands narcotrafiquants des dernières décennies.

Dans ses homélies, le Pape demande de « dissiper les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine ». Il appelle les victimes à croire au pas en avant des repentis, et ces derniers à « assumer la vérité », « compagne indissociable de la justice et de la miséricorde ». « La justice doit s’accomplir », martèle-t-il, et les souffrances se transformer en « bénédiction et en capacité de pardon pour briser le cycle de violence ».

Aux autorités, le Saint-Père a demandé de « favoriser la culture de la rencontre » ; aux évêques de se lever frontalement contre les plaies qui minent la nation : la violence, la corruption et le narcotrafic. Pour François, ce n’est qu’en mettant fin à l’ensemble des injustices qui touchent la société que les jeunes pourront construire la nouvelle Colombie. « Prenez le risque de rêver en grand », a d’ailleurs lancé le Pape aux jeunes.

Rêver en grand dans cet esprit de réconciliation avec Dieu, avec les autres et avec la Création. Car aux portes de l’Amazonie, François a bien entendu exhorté à la sauvegarde de la Maison commune et à prendre la défense des peuples indigènes.

Dimanche 10 septembre, 2017

Pour la dernière journée de sa visite apostolique en Colombie, le Pape François s’est rendu à Carthagène des indes, une ville parmi les plus touristiques du pays, mais également une ville où les inégalités sont criantes : 294.000 Carthaginois vivent dans la pauvreté, dont plus de 55.000 dans la rue, selon l’association Cartagena « Como Vamos ». Une population qui représente un tiers du million d’habitants de la ville.

C’est ici au milieu des pauvres de la ville que le Saint-Père est venu prier l’Angélus, juste après avoir béni les premières pierres de maisons destinées à des familles de sans-abri. Le Pape a aussi visité la maison d’une dame, Madame Lorenza, extrêmement émue, qui s’occupe de personnes dans le besoin pour leur donner de la nourriture et de l’affection.

« Ces rencontres m’ont fait beaucoup de bien, a dit le Souverain Pontife, parce que là, on peut voir comment l’amour de Dieu se rend concret, se rend quotidien ». Et d’ajouter : « Ce sont les pauvres, les humbles, qui contemplent la présence de Dieu ; c’est à eux que se révèle le mystère de l’amour de Dieu avec le plus de clarté ».

L’église dans laquelle le Saint Père et les fidèles ont prié l’Angélus est celle de Saint Pierre Claver, là où sont conservées les reliques du saint Jésuite qui a consacré sa vie au service des victimes de la traite des esclaves, les nourrissant, les habillant, les soignant et les consolant. Saint Pierre Claver attendait les navires en provenance d’Afrique chargés des esclaves du Nouveau Monde.

« Saint Pierre Claver a témoigné admirablement de la responsabilité et de l’intérêt que chacun d’entre nous doit avoir pour ses frères » a dit le Pape louant le zèle du jésuite injustement accusé d’être indiscret et qui a dû affronter la critique et l’opposition persistante de la part de ceux qui craignaient que son ministère n’entrave le commerce lucratif d’esclaves.

Mais, l’exemple de Saint Pierre Claver est toujours d’actualité, il doit inspirer les bonnes volontés car aujourd’hui encore, en Colombie et dans le monde, des millions de personnes sont vendues comme esclaves, ou sont réduites à mendier un peu d’humanité, un moment de tendresse ; sans compter ceux prennent la mer ou la route, parce qu’elles ont tout perdu, à commencer par leur dignité et leurs propres droits.

« Pierre Claver nous invite à travailler pour la dignité de tous nos frères, spécialement pour les pauvres et pour les personnes marginalisées par la société, pour ceux qui subissent la violence et la traite » déclare François avec force. Tous ont leur dignité et sont une image vivante de Dieu.

Retrouvez les paroles du pape avant la prière de l’Angélus

Chers frères et sœurs,

Peu avant de rentrer dans cette église où sont conservées les reliques de saint Pierre Claver, j’ai béni les premières pierres de deux institutions destinées à offrir de l’assistance à des personnes dans de graves besoins et j’ai visité la maison de Madame Lorenza, où elle accueille chaque jour beaucoup de nos frères et sœurs pour leur donner de la nourriture et de l’affection. Ces rencontres m’ont fait beaucoup de bien, parce que là, on peut voir comment l’amour de Dieu se rend concret, se rend quotidien.

Tous ensemble, nous prierons l’Angelus, en nous souvenant de l’Incarnation du Verbe. Et nous pensons à Marie, qui a conçu Jésus et lui a donné naissance. Nous la contemplons ce matin sous l’invocation de Notre Dame de Chiquinquirá. Comme vous le savez, pendant longtemps, cette image a été abandonnée ; elle a perdu ses couleurs, elle était restée abîmée et trouée. Elle était traitée comme un morceau de vieux sac, utilisée sans aucun respect jusqu’à ce qu’on finisse par la jeter.

C’est alors qu’une femme simple, la première dévote de la Vierge de Chiquinquirá qui, selon la tradition s’appelait María Ramos, première dévote de la Vierge de Chiquinquirá, a vu en cette toile quelque chose de différent. Elle a eu le courage et la foi de placer cette image floue et détériorée en un lieu en vue, lui redonnant sa dignité perdue. Elle a su trouver et honorer Marie, qui tenait son Enfant dans les bras, précisément dans ce qui pour les autres était méprisable et inutile.

Ainsi, elle s’est faite le modèle de tous ceux qui, de diverses manières, cherchent à récupérer la dignité du frère abattu par la souffrance des blessures de la vie, de ceux qui ne se résignent pas et travaillent pour leur construire un logement digne, pour satisfaire leurs besoins urgents et, surtout, qui prient avec persévérance pour qu’ils puissent retrouver la splendeur d’enfants de Dieu qui leur a été arrachée.

Le Seigneur nous enseigne à travers l’exemple des humbles et de ceux qui ne comptent pas. Oui il a concédé à María Ramos, une femme modeste, la grâce d’accueillir l’image de la Vierge dans la pauvreté de cette toile abîmée, oui il a accordé à Isabel, une femme indigène, et à son fils Miguel, le privilège d’être les premiers à voir ce tableau de la Vierge transformé et restauré. Ils ont été les premiers à regarder avec des yeux simples ce morceau de toile totalement nouveau et à y voir la splendeur de la lumière divine qui transforme et renouvelle toute chose. Ce sont les pauvres, les humbles, qui contemplent la présence de Dieu ; c’est à eux que se révèle le mystère de l’amour de Dieu avec le plus de clarté. Eux, les pauvres et les personnes simples, ont été les premiers à voir la Vierge de Chiquinquirá et sont devenus ses missionnaires, des annonciateurs de la beauté et de la sainteté de la Vierge.

Et dans cette église, nous prierons Marie, qui s’est désignée elle-même comme ‘‘l’esclave du Seigneur’’, et saint Pierre Claver l’‘‘esclave des noirs pour toujours’’, comme il s’est fait appeler dès le jour de sa profession solennelle. Il attendait les navires qui arrivaient de l’Afrique au principal marché d’esclaves du Nouveau Monde. Bien des fois, il les attendait uniquement avec des gestes évangélisateurs, en raison de l’impossibilité de communiquer avec eux, à cause de la différence de langues : Mais la charité va au delà de toutes les langues. Pierre Claver savait que le langage de la charité et de la miséricorde était compris par tous. De fait, la charité aide à comprendre la vérité et la vérité réclame des gestes de charité, les deux choses ne peuvent être séparées, elle vont de pair. Quand il éprouvait de la répugnance envers eux, lorsque ces pauvres arrivaient dans un état véritablement répugnant, Pierre Claver baisait leurs plaies.

Austère et rempli de charité jusqu’à l’héroïsme, après avoir soulagé la solitude de centaines de milliers de personnes, que s’est-il passé ? il est mort abandonné, oublié de tous. Il a passé les quatre dernières années de sa vie, malade et dans sa cellule, dans un état épouvantable d’abandon.
C’est ainsi que le monde paie, mais Dieu récompense d’une autre façon. Effectivement, saint Pierre Claver a témoigné admirablement de la responsabilité et de l’intérêt que chacun d’entre nous doit avoir pour ses frères. Pour les autres, ce saint a été accusé injustement d’être indiscret par son zèle et a dû affronter de dures critiques ainsi qu’une opposition persistante de la part de ceux qui craignaient que son ministère n’entrave le commerce lucratif d’esclaves.

Cependant aujourd’hui, en Colombie et dans le monde, des millions de personnes sont vendues comme esclaves, ou bien mendient un peu d’humanité, un moment de tendresse, prennent la mer ou la route, parce qu’elles ont tout perdu, à commencer par leur dignité et leurs propres droits. Notre Dame de Chiquinquirá et Pierre Claver nous invitent à travailler pour la dignité de tous nos frères, spécialement pour les pauvres et pour les personnes marginalisées par la société, pour ceux qui subissent la violence et la traite. Tous, ils ont leur dignité et sont une image vivante de Dieu. Nous avons tous été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la Vierge nous tient tous dans ses bras comme des enfants chéris.

Adressons, à présent, notre prière à la Vierge Mère, pour qu’elle nous fasse découvrir, dans chacun des hommes et des femmes de notre temps, le visage de Dieu.

Samedi 9 septembre 2017

Pour le premier rendez-vous de son étape à Medellin, le Pape François a présidé la messe à l’aéroport Enrique Olaya Herrera de la deuxième ville de Colombie. Des centaines de milliers de fidèles l’ont accueilli avec un enthousiasme débordant malgré la pluie. Le Pape a célébré la mémoire liturgique de saint Pierre Claver (1580-1654), prêtre jésuite catalan, missionnaire auprès des esclaves africains.

Le Pape a centré son homélie sur « la vie chrétienne comme disciple », un style de vie qui suppose d’aller à l’essentiel, de se renouveler et de s’engager. Reprenant l’évangile lu deux jours plus tôt à Bogota, le Saint-Père explique que le chemin sur lequel se sont engagés les premiers disciples, puis les douze, a nécessité « beaucoup d’efforts de purification », tout en les mettant « face aux lépreux, aux paralytiques, aux pécheurs ».

« Ces réalités demandaient beaucoup plus qu’une recette, une norme établie », développe le Pape. Il rappelle que les disciples ont dû rompre avec des pratiques plus proches de celles des pharisiens, des docteurs « paralysés par une interprétation et une pratique rigoristes de la loi », que de celles de Jésus. Cette manière de faire du Christ, qui doit se traduire dans notre vie de disciple, le Pape la détaille en trois attitudes.

« Aller à l’essentiel », d’abord, c’est-à-dire aller « en profondeur, à ce qui compte et qui a de la valeur pour la vie ». La relation avec Dieu ne peut être ni « un attachement froid à des normes et à des lois », ni « un accomplissement de certains actes extérieurs qui ne nous conduisent pas à un changement réel de vie », ni une simple « habitude, parce que nous avons un certificat de baptême ». Pour le Pape, cette relation doit partir d’une « expérience vivante de Dieu et de son amour », « un mouvement continuel vers le Christ », « un apprentissage permanent par l’écoute de sa Parole ». Cette parole, qui « s’impose à nous dans les besoins concrets de nos frères ».

Deuxième attitude : se renouveler, se laisser « secouer » par l’Esprit comme les docteurs de la loi l’ont été par Jésus. Attention, préviens le Pape : « on ne se renouvelle pas selon son caprice » mais « en restant solidement fondé dans la foi ». « Le renouvellement suppose le sacrifice et le courage, non pas pour se considérer comme les meilleurs ou les plus propres, mais pour mieux répondre à l’appel du Seigneur. »

Car le Christ nous appelle « à pondérer ce qui est normatif quand est en jeu la marche à la suite de Jésus ; quand ses plaies ouvertes, son cri de faim et de soif de justice nous interpellent et nous imposent des réponses nouvelles », poursuit François, rappelant l’actualité de ces défis pour les Colombiens.

« Ils sont nombreux ceux qui ont faim, faim de Dieu, faim de dignité parce qu’ils ont été dépouillés », déplore le Pape qui, sortant de son texte, se demande si ce n’est pas nous qui les avons dépouillés. Ainsi, il faut s’engager, défend François, et les aider à se rassasier de Dieu. « Mes frères, l’Église n’est pas une douane. Elle a besoin de portes ouvertes, parce que le cœur de Dieu n’est pas seulement ouvert, mais est percé de l’amour qui s’est fait douleur. »

Et le Pape de demander aux chrétiens de ne pas continuellement lever la bannière « passage interdit » car « l’Église n’est pas à nous, elle est à Dieu » et Dieu a appelé tous les hommes. « Tous », répète le Saint-Père. Loin d’empêcher cette rencontre, nous devons la favoriser, suivant l’appel du Christ à donner à nourrir nos frères (Mt 14, 16).

C’est ainsi que le Pape conclut en invitant l’Église colombienne « à s’engager avec plus d’audace dans la formation de disciples missionnaires », comme l’ y invitait le document d’Apareceda : « des disciples qui sachent voir, juger et agir ».

Retrouvez l’intégralité de l’homélie du Saint-Père :

« A la messe de jeudi, à Bogota, nous avons entendu l’appel de Jésus à ses premiers disciples ; cette partie de l’Evangile de Luc qui commence par ce récit culmine avec l’appel des douze. Que rappellent les évangélistes dans ces deux événements ? Que ce chemin à la suite de Jésus a supposé chez ses premiers disciples beaucoup d’efforts de purification. Certains préceptes, certaines interdictions et certains ordres leur donnaient de l’assurance ; s’acquitter de pratiques déterminées et de rites les dispensait du souci de se demander : qu’est-ce qui plaît à notre Dieu ? Jésus, le Seigneur leur indique qu’accomplir c’est marcher derrière lui, et que cette marche les mettait face aux lépreux, aux paralytiques, aux pécheurs. Ces réalités demandaient beaucoup plus qu’une recette, une norme établie. Ils ont appris que suivre Jésus suppose d’autres priorités, d’autres considérations pour servir Dieu. Pour le Seigneur, aussi pour la première communauté, il est de la plus grande importance que nous qui nous disons disciples, nous ne nous accrochions pas à un certain style, à certaines pratiques qui nous rapprochent plus de la manière d’être de certains pharisiens d’alors que de celle de Jésus. La liberté de Jésus s’oppose au manque de liberté des docteurs de la loi de cette époque qui étaient paralysés par une interprétation et une pratique rigoristes de la loi. Jésus n’en reste pas à un accomplissement apparemment « correct », il porte la loi à sa plénitude et veut donc nous mettre dans cette direction, dans ce style de vie à sa suite qui suppose d’aller à l’essentiel, de se renouveler, et de s’impliquer. Ce sont trois attitudes que nous devons traduire dans notre vie de disciples.

La première, aller à l’essentiel. Cela ne veut pas dire « rompre avec tout » ce qui ne nous convient pas, car Jésus n’est pas venu non plus « abolir la loi, mais l’accomplir » (Mt 5, 17). C’est plutôt aller en profondeur, à ce qui compte et qui a de la valeur pour la vie. Jésus enseigne que la relation avec Dieu ne peut pas être un attachement froid à des normes et à des lois, non plus un accomplissement de certains actes extérieurs qui ne nous conduisent pas à un changement réel de vie. Notre vocation de disciple ne peut pas être non plus motivée simplement par une habitude, parce que nous avons un certificat de baptême, mais il doit partir d’une expérience vivante de Dieu et de son amour. La vocation de disciple n’est pas une chose statique, mais un mouvement continuel vers le Christ ; il ne s’agit pas simplement de l’attachement à l’explication d’une doctrine, mais de l’expérience de la présence amicale, vivante et opérante du Seigneur, un apprentissage permanent par l’écoute de sa Parole. Et cette Parole, nous l’avons entendu, s’impose à nous dans les besoins concrets de nos frères : ce sera la faim des plus proches dans le texte proclamé, ou la maladie dans ce que rapporte Luc à la suite.

Le second terme, se renouveler. De même que Jésus « secouait » les docteurs de la loi pour qu’ils sortent de leur rigidité, l’Eglise, aujourd’hui, est aussi « secouée » par l’Esprit afin qu’elle quitte ses facilités et ses attachements. Le renouvellement ne doit pas nous faire peur. L’Eglise est toujours en renouvellement – Ecclesia semper reformanda -. On ne se renouvelle pas selon son caprice, mais on le fait en restant solidement fondé dans la foi, sans se détourner de l’espérance reçue en écoutant l’Evangile (cf. Col 1, 23). Le renouvellement suppose le sacrifice et le courage, non pas pour se considérer comme les meilleurs ou les plus propres, mais pour mieux répondre à l’appel du Seigneur. Le Seigneur du sabbat, le fondement de tous nos commandements et prescriptions, nous invite à pondérer ce qui est normatif quand est en jeu la marche à la suite de Jésus ; quand ses plaies ouvertes, son cri de faim et de soif de justice nous interpellent et nous imposent des réponses nouvelles. Et en Colombie il y a beaucoup de situations qui demandent des disciples le style de vie de Jésus, en particulier l’amour converti en faits de non-violence, de réconciliation et de paix.

Le troisième terme, s’engager. S’engager, bien que pour certains cela semble dire se salir, se souiller. Comme David et les siens qui entrèrent dans le Temple parce qu’ils avaient faim, et comme les disciples de Jésus qui entrèrent dans le champ et mangèrent les épis, il nous est aussi demandé aujourd’hui de grandir en audace, en courage évangélique qui jaillit de la prise de conscience qu’ils sont nombreux ceux qui ont faim, faim de Dieu, faim de dignité parce qu’ils ont été dépouillés. Et, comme chrétiens, les aider à se rassasier de Dieu ; ne pas les empêcher ou leur interdire cette rencontre. Nous ne pouvons pas être des chrétiens qui lèvent continuellement la bannière « passage interdit », ni considérer que ce terrain est le mien, m’appropriant une chose qui n’est absolument pas à moi. L’Eglise n’est pas à nous, elle est à Dieu ; c’est lui le maître du temple et de la moisson ; tous ont une place, tous sont invités à trouver, ici et parmi nous, leur nourriture. Nous sommes de simples « serviteurs » (cf. Col 1, 23) et nous ne pouvons pas être de ceux qui empêchent cette rencontre. Au contraire, Jésus nous demande, comme il l’a fait avec ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14, 16). C’est cela notre service. Pierre Claver que nous célébrons aujourd’hui dans la liturgie et que je vénérerai demain à Carthagène, a bien compris cela. « Esclave des noirs pour toujours » fut sa devise, parce qu’il comprit que, comme disciple de Jésus, il ne pouvait pas rester indifférent devant la souffrance des plus démunis et outragés de son époque et qu’il devait faire quelque chose pour les soulager.

Frères et sœurs, l’Eglise en Colombie est appelée à s’engager avec plus d’audace dans la formation de disciples missionnaires, comme les évêques réunis à Aparecida en 2007 l’ont indiqué. Des disciples qui sachent voir, juger et agir, comme le proposait ce document latino-américain qui est né sur cette terre (cf. Medellin, 1968). Des disciples missionnaires qui sachent voir, sans myopies héréditaires ; qui examinent la réalité avec les yeux et le cœur de Jésus, et à partir de là, jugent. Et qui prennent des risques, agissent, s’engagent.

Je suis venu jusqu’ici justement pour vous confirmer dans la foi et dans l’espérance de l’Evangile : demeurez fermes et libres dans le Christ, de manière à le refléter dans tout ce que vous faites ; assumez de toutes vos forces la sequela de Jésus, en le connaissant, en vous laissant convoquer et instruire par lui, en l’annonçant avec la plus grande joie.

Demandons, à notre Mère, Notre Dame de la Chandeleur, de nous accompagner sur notre route de disciples, pour que, mettant notre vie dans le Christ, nous soyons simplement des missionnaires qui portons la lumière et la joie de l’Evangile à tous les peuples. »

Vendredi 8 septembre 2017

Le Pape François a poursuivi son voyage apostolique en Colombie. Pour cette deuxième journée sur place, ce vendredi, le Pape a quitté Bogota pour se rendre à Villavicencio, à une centaine de kilomètres au sud.

C’est là que, devant plusieurs centaines de milliers de fidèles, il a célébré la messe de béatification de deux serviteurs de Dieu, l’évêque d’Arauca, Mgr Jesús Emilio Jaramillo, tué en 1989 par la guérilla de l’ELN, ainsi que le prêtre diocésain Pedro María Ramírez Ramo, assassiné en 1948 après des émeutes dans le pays. Deux visages récents qui montrent les blessures de l’Eglise colombienne.

Ce sont deux martyrs des temps modernes que le Pape s’apprête à béatifier. La mort de Mgr Jesús Emilio Jaramillo, exécuté en 1989, fait un triste écho avec l’histoire récente du pays. 5 ans plus tôt, il avait été nommé par Jean-Paul II à la tête du diocèse d’Arauca, au nord-est du pays, à la frontière vénézuélienne, une zone où sévissait les guérilleros et où a longtemps prospéré la contrebande d’armes et le trafic de drogue. Infatigable promoteur de l’Evangile dans cette région pauvre, Mgr Jaramillo effectuait une visite pastorale à Fortul lorsqu’il est pris en otage par des guerriers de l’ELN qui l’assassineront de quatre balles dans la tête. « Il avait le cœur d’un vrai missionnaire, et a été au service de l’Evangile, de la paix, de la réconciliation, de la coexistence et de la défense des droits sacrés de la personne humaine » lui avait rendu hommage la conférence épiscopale colombienne.

La figure du père Pedro Maria Ramirez Ramos est aussi exemplaire. Curé d’Armero, entre Bogota et Medellin, il a marqué l’Eglise colombienne pour être resté toujours un pasteur proche de ses brebis. Le 9 avril 1948, alors qu’il rend visite à un malade à l’hôpital, des émeutes éclatent, provoquées par l’assassinat d’un candidat à la présidence de la République. La violence se répand à Armero et des groupuscules s’acharnent sur le curé, qui se réfugie dans l’église. Le père Ramos refuse de fuir en abandonnant le peuple. Accusé de cacher des armes dans le couvent voisin, il sera tué et pendant dix jours les fidèles seront empêchés de lui offrir une sépulture. Le père Ramos est connu en Colombie comme le « martyr d’Armero ».

Découvrez l’homélie donnée par le saint-Père lors de la messe de béatification  :

" Ta naissance, Vierge Mère de Dieu, est la nouvelle aube qui a annoncé la joie au monde entier, car de toi est né le soleil de justice, le Christ, notre Dieu (cf. Antienne du Benedictus) ! La fête de la naissance de Marie projette sa lumière sur nous, comme rayonne la douce lumière de l’aube sur la vaste plaine colombienne, très beau paysage dont Villavicencio est la porte, tout comme dans la riche diversité de ses peuples indigènes.

Marie est la première splendeur qui annonce la fin de la nuit et surtout la proximité du jour. Sa naissance nous fait pressentir l’initiative amoureuse, tendre et compatissante de l’amour avec lequel Dieu s’incline vers nous et nous appelle à une merveilleuse alliance avec lui que rien ni personne ne pourra rompre.
Marie a su être la transparence de la lumière de Dieu et a reflété les rayonnements de cette lumière dans sa maison, qu’elle a partagée avec Joseph et Jésus, et également dans son peuple, sa nation et dans cette maison commune à toute l’humanité qu’est la création.

Dans l’Évangile, nous avons entendu la généalogie de Jésus (Mt 1, 1-17), qui n’est pas une ‘‘simple liste de noms’’, mais une ‘‘histoire vivante’’, l’histoire d’un peuple avec lequel Dieu a marché. Et, en se faisant l’un de nous, ce Dieu a voulu nous annoncer que dans son sang se déroule l’histoire des justes et des pécheurs, que notre salut n’est pas un salut aseptique, de laboratoire, mais un salut concret, de vie qui marche. Cette longue liste nous dit que nous sommes une petite partie d’une histoire vaste et nous aide à ne pas revendiquer des rôles excessifs, elle nous aide à éviter la tentation de spiritualismes évasifs, à ne pas nous détacher des circonstances historiques concrètes qu’il nous revient de vivre. Elle intègre aussi, dans l’histoire de notre salut, ces pages plus obscures ou tristes, les moments de désolation ou d’abandon comparables à l’exil.

La mention des femmes – aucune de celles citées dans la généalogie n’a le rang des grandes femmes de l’Ancien Testament - nous permet un rapprochement spécial : ce sont elles, dans la généalogie, qui annoncent que dans les veines de Jésus coule du sang païen, qui rappellent des histoires de rejet et de soumission. Dans des communautés où nous décelons encore des styles patriarcaux et machistes, il est bon d’annoncer que l’Évangile commence en mettant en relief des femmes qui ont marqué leur époque et fait l’histoire.

Et dans tout cela, Jésus, Marie et Joseph. Marie avec son généreux ‘oui’ a permis que Dieu assume cette histoire. Joseph, homme juste, n’a pas laissé son orgueil, ses passions et les jalousies le priver de cette lumière. Par la forme du récit, nous savons avant Joseph ce qui était arrivé à Marie, et il prend des décisions, révélant sa qualité humaine, avant d’être aidé par l’ange et de parvenir à comprendre tout ce qui se passait autour de lui. La noblesse de son cœur lui fait subordonner à la charité ce qu’il a appris de la loi ; et aujourd’hui, en ce monde où la violence psychologique, verbale et physique envers la femme est patente, Joseph se présente comme une figure d’homme respectueux, délicat qui, sans même avoir l’information complète, opte pour la renommée, la dignité et la vie de Marie. Et, dans son doute sur la meilleure façon de procéder, Dieu l’aide à choisir en éclairant son jugement.

Ce peuple de Colombie est peuple de Dieu ; ici aussi nous pouvons faire des généalogies remplies d’histoires, pour beaucoup, d’amour et de lumière ; pour d’autres, de désaccords, de griefs, et aussi de mort… Combien d’entre vous ne peuvent-ils pas raconter des exils et des désolations ! Que de femmes, dans le silence, ont persévéré seules et que d’hommes de bien ont tenté de laisser de côté la colère et les rancœurs, en cherchant à associer justice et bonté ! Comment ferons-nous pour laisser entrer de la lumière ? Quels sont les chemins de réconciliation ? Comme Marie, dire oui à l’histoire dans sa totalité, non à une partie ; comme Joseph, laisser de côté les passions et les orgueils ; comme Jésus Christ, prendre sur nous, assumer, embrasser cette histoire, car nous tous les Colombiens, vous êtes impliqués dans cette histoire ; ce que nous sommes s’y trouve… ainsi que ce que Dieu peut faire avec nous si nous disons oui à la vérité, à la bonté, à la réconciliation. Et cela n’est possible que si nous remplissons nos histoires de péché, de violence et de désaccord, de la lumière de l’Évangile.

La réconciliation n’est pas un mot abstrait ; s’il en était ainsi, cela n’apporterait que stérilité, plus d’éloignement. Se réconcilier, c’est ouvrir une porte à toutes les personnes et à chaque personne, qui ont vécu la réalité dramatique du conflit. Quand les victimes surmontent la tentation compréhensible de vengeance, elles deviennent des protagonistes plus crédibles des processus de construction de la paix. Il faut que quelques-uns se décident à faire le premier pas dans cette direction, sans attendre que les autres le fassent. Il suffit d’une personne de bonne volonté pour qu’il y ait de l’espérance ! Et chacun de nous peut être cette personne ! Cela ne signifie pas ignorer ou dissimuler les différences et les conflits. Ce n’est pas légitimer les injustices personnelles ou structurelles. Le recours à la réconciliation ne peut servir à s’accommoder de situations d’injustice. Plutôt, comme l’a enseigné saint Jean-Paul II : c’est « une rencontre entre des frères disposés à surmonter la tentation de l’égoïsme et à renoncer aux tentatives de pseudo justice ; c’est un fruit de sentiments forts, nobles et généreux, qui conduisent à instaurer une cohabitation fondée sur le respect de chaque individu et des valeurs propres à chaque société civile » (Lettre aux Évêques du Salvador, 6 août 1982). La réconciliation, par conséquent, se concrétise et se consolide par l’apport de tous, elle permet de construire l’avenir et fait grandir l’espérance. Tout effort de paix sans un engagement sincère de réconciliation sera voué à l’échec.
Le texte évangélique que nous avons entendu atteint son sommet en appelant Jésus l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous. C’est ainsi que Matthieu commence, c’est ainsi qu’il termine son Évangile : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Cette promesse se réalise également en Colombie : Mgr Jesús Emilio Jaramillo Monsalve, Évêque d’Arauca, et le Père Pedro Maria Ramirez Ramos, en sont des signes, une expression d’un peuple qui veut sortir du bourbier de la violence et de la rancœur.

Dans ce décor merveilleux, il nous revient de dire oui à la réconciliation. Que le oui inclue également notre nature ! Ce n’est pas un hasard si, y compris contre elle, nous avons déchaîné nos passions possessives, notre volonté de domination. Un de vos compatriotes le chante admirablement : « Les arbres pleurent, ils sont témoins de tant d’années de violence. La mer est brune, mélange de sang et de terre » (Juanes, "Minas piedras"). La violence qu’il y a dans le cœur humain, blessé par le péché, se manifeste aussi à travers les symptômes de maladies que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants (cf. Lettre encyclique Laudato si’, n. 2). Il nous revient de dire oui comme Marie et de chanter avec elle les « merveilles du Seigneur », car comme il l’a promis à nos pères, il aide tous les peuples et chaque peuple, il aide la Colombie qui veut se réconcilier aujourd’hui et sa descendance pour toujours. "

Autre temps fort de cette journée

Cette grande rencontre de prière pour la réconciliation nationale a eu lieu dans le parc Las Maloca de Villavicencio. Le Pape a notamment rencontré 4000 victimes du conflit et 500 anciens combattants des guérillas et des paramilitaires. La journée s’est achèvée par un moment de recueillement au pied de la croix de la réconciliation, dans un autre parc de la ville.

- Découvrez le discours du Saint-Père :

« Chers frères et sœurs,

Depuis le premier jour j’ai désiré qu’arrive ce moment de notre rencontre. Vous portez dans vos cœurs et dans votre chair les empreintes de l’histoire vivante et récente de votre peuple, histoire marquée par des événements tragiques mais aussi pleine de gestes héroïques de grande humanité et de haute valeur spirituelle, de foi et d’espérance. Je viens ici avec respect et avec la claire conscience, comme Moïse, de fouler une terre sacrée (cf. Ex 3, 5). Une terre arrosée par le sang de milliers de victimes innocentes et par la douleur déchirante de leurs familles et de leurs proches. Des blessures qu’il coûte de faire cicatriser et qui nous font mal à tous, parce que chaque violence commise contre un être humain est une blessure dans la chair de l’humanité ; chaque mort violente nous diminue en tant que personnes.

Je suis ici non pas tant pour parler moi, mais pour être près de vous et vous regarder dans les yeux, pour vous écouter et ouvrir mon cœur à votre témoignage de vie et de foi. Et, si vous me le permettez, je désirerais aussi vous embrasser et pleurer avec vous, je voudrais que nous prions ensemble et que nous nous pardonnions – moi aussi je dois demander pardon – et qu’ainsi, tous ensemble, nous puissions regarder et aller de l’avant avec foi et espérance.

Nous sommes rassemblés aux pieds du Crucifié de Bojaya, qui, le 2 mai 2002, vit et souffrit le massacre de dizaines de personnes réfugiées dans son église. Cette statue a une forte valeur symbolique et spirituelle. En la regardant nous contemplons non seulement ce qui s’est passé ce jour-là, mais aussi tant de souffrance, tant de mort, tant de vies brisées et tant de sang versé en Colombie ces dernières décennies. Voir le Christ ainsi, mutilé et blessé, nous interpelle. Il n’a plus de bras et il n’a plus de corps, mais il a encore son visage qui nous regarde et qui nous aime. Le Christ brisé et amputé est pour nous encore « davantage le Christ », parce qu’il nous montre, une fois de plus, qu’il est venu pour souffrir pour son peuple et avec son peuple ; et pour nous apprendre aussi que la haine n’a pas le dernier mot, que l’amour est plus fort que la mort et la violence. Il nous apprend à transformer la souffrance en source de vie et de résurrection, pour que, unis à lui et avec lui, nous apprenions la force du pardon, la grandeur de l’amour.

Je remercie nos frères qui ont voulu partager leurs témoignages, au nom de beaucoup d’autres. Combien cela nous fait du bien d’écouter vos histoires ! Je suis bouleversé. Ce sont des histoires de souffrances et d’amertume, mais aussi et surtout, ce sont des histoires d’amour et de pardon qui nous parlent de vie et d’espérance ; de ne pas laisser la haine, la vengeance et la souffrance s’emparer de notre cœur.

L’oracle final du Psaume 85 : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (v. 11) est postérieur à l’action de grâce et à la supplication où l’on demande à Dieu : Fais-nous revenir ! Merci Seigneur pour le témoignage de ceux qui ont infligé de la souffrance et qui demandent pardon ; de ceux qui ont injustement souffert et qui pardonnent. Cela est possible seulement avec ton aide et ta présence… cela est déjà un très grand signe que tu veux restaurer la paix et la concorde sur cette terre colombienne.

Pastora Mira, tu l’as très bien dit : tu veux déposer toute ta souffrance, et celle de milliers de victimes, aux pieds de Jésus crucifié pour qu’elle soit associée à la sienne et soit ainsi transformée en bénédiction et en capacité de pardon pour briser le cycle de violence qui a prévalu en Colombie. Tu as raison : la violence engendre plus de violence, la haine plus de haine et la mort plus de mort. Nous devons briser cette chaîne qui parait inéluctable, et cela est possible seulement par le pardon et la réconciliation. Et toi, chère Pastora, et beaucoup d’autres comme toi, vous nous avez montré que c’est possible. Oui, avec l’aide du Christ vivant au milieu de la communauté, il est possible de vaincre la haine, il est possible de vaincre la mort, il est possible de recommencer et d’apporter la lumière à une Colombie nouvelle. Merci Pastora ; quel grand bien tu nous fais à tous, aujourd’hui, par le témoignage de ta vie. C’est le crucifié de Bajaya qui t’a donné cette force de pardonner et d’aimer, et pour t’aider à voir, en la chemise que ta fille Sandra Paola avait offerte à ton fils Jorge Anibal, non seulement le souvenir de leur mort, mais aussi l’espérance que la paix triomphe définitivement en Colombie.

Ce qu’a dit Luz Dary dans son témoignage nous bouleverse aussi : les blessures du cœur sont plus profondes et difficiles à guérir que celles du corps. C’est ainsi. Et, ce qui est le plus important, tu t’es rendu compte qu’on ne peut pas vivre de rancœur, que seul l’amour libère et construit. Et de cette manière tu as commencé à guérir aussi les blessures d’autres victimes, à reconstruire leur dignité. Cette sortie de toi-même t’a enrichie, t’a aidé à regarder devant, à trouver la paix et la sérénité, et une raison pour aller de l’avant. Je te remercie pour la béquille que tu m’offres. Bien que tu gardes encore des séquelles physiques de tes blessures, ta marche spirituelle est rapide et sûre parce que tu penses aux autres et tu veux les aider. Cette béquille est un symbole de cette autre béquille plus importante, dont nous avons tous besoin, celle de l’amour et du pardon. Par ton amour et ton pardon tu aides beaucoup de personnes à marcher dans la vie. Merci.

Je veux remercier aussi pour le témoignage éloquent de Deisy et de Juan Carlos. Ils nous ont fait comprendre que tous, en fin de compte, d’une manière ou d’une autre, nous sommes aussi des victimes, innocentes ou coupables, mais tous victimes. Tous unis dans cette perte d’humanité que provoquent la violence et la mort. Deisy l’a dit clairement : tu as compris que toi-même avais été une victime et que tu avais besoin qu’on te donne une chance. Et tu as commencé à réfléchir, et maintenant tu travailles pour aider les victimes et pour que les jeunes ne tombent pas dans les réseaux de la violence et de la drogue. Il y a aussi une espérance pour celui qui a fait le mal ; tout n’est pas perdu. Il est certain que dans cette régénération morale et spirituelle de l’agresseur, la justice doit s’accomplir. Comme l’a dit Deisy, il faut contribuer positivement à guérir cette société qui a été déchirée par la violence.

Il semble difficile d’accepter le changement de ceux qui ont fait appel à la violence cruelle pour promouvoir leurs intérêts, pour protéger leurs commerces illicites et s’enrichir, ou pour, hypocritement, prétendre défendre la vie de leurs frères. C’est certainement un défi pour chacun de nous de croire qu’il puisse y avoir un pas en avant de la part de ceux qui ont infligé des souffrances à des communautés et à un pays tout entier. Il est certain qu’en cet immense champ qu’est la Colombie, il y a de la place encore pour l’ivraie… Soyez attentifs aux fruits… prenez soin du blé, et ne perdez pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie au milieu du blé n’a pas de réactions alarmistes. Il trouve la manière dont la Parabole s’incarnera dans une situation concrète et donnera des fruits de vie nouvelle, bien qu’ils soient en apparence imparfaits ou inachevés (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 24). Même quand perdurent les conflits, la violence ou les sentiments de vengeance, n’empêchons pas la justice et la miséricorde de se rencontrer dans une étreinte que l’histoire de souffrance de la Colombie assumera. Guérissons cette souffrance et accueillons tout être humain qui a commis des délits, les reconnaît, se repent et s’engage à réparer en contribuant à la construction de l’ordre nouveau où brillent la justice et la paix.

Comme l’a laissé entrevoir dans son témoignage Juan Carlos, dans tout ce processus, long, difficile, mais qui donne l’espérance de la réconciliation, il est indispensable aussi d’assumer la vérité. C’est un défi grand mais nécessaire. La vérité est une compagne indissociable de la justice et de la miséricorde. Ensemble, elles sont essentielles pour construire la paix et, d’autre part, chacune d’elle empêche que les autres soient altérées et se transforment en instruments de vengeance sur celui qui est le plus faible. La vérité ne doit pas, de fait, conduire à la vengeance, mais, bien plutôt, à la réconciliation et au pardon. La vérité, c’est de dire aux familles déchirées par la douleur ce qui est arrivé à leurs parents disparus. La vérité, c’est d’avouer ce qui s’est passé avec les plus jeunes enrôlés par les acteurs violents. La vérité, c’est de reconnaître la souffrance des femmes victimes de violence et d’abus.

Je voudrais, enfin, comme frère et comme père, dire : Colombie, ouvre ton cœur de peuple de Dieu et laisse-toi réconcilier. Ne crains pas la vérité ni la justice. Chers Colombiens : n’ayez pas peur de demander ni d’offrir le pardon. Ne résistez pas à la réconciliation pour vous rapprocher, vous rencontrer comme des frères et dépasser les inimitiés. C’est le moment de guérir les blessures, de construire des ponts, d’aplanir les différences. C’est le moment de désactiver les haines, de renoncer aux vengeances, et de s’ouvrir à la cohabitation fondée sur la justice, sur la vérité et sur la création d’une véritable culture de la rencontre fraternelle. Puissions-nous vivre en harmonie et dans la fraternité, comme désire le Seigneur. Demandons à être constructeurs de paix, que là où il y a la haine et le ressentiment, nous mettions l’amour et la miséricorde (cf. Prière attribuée à saint François d’Assise).

Je souhaite déposer toutes ces intentions devant la statue du crucifié, le Christ noir de Bojaya :

Oh, Christ noir de Bojaya,

qui nous rappelles ta passion et ta mort ;

avec tes bras et tes pieds

ils t’ont arraché à tes enfants

qui cherchaient refuge en toi.

Oh, Christ noir de Bojaya,

qui nous regardes avec tendresse,

la sérénité règne sur ton visage ;

ton cœur bat aussi

pour nous accueillir dans ton amour.

Oh, Christ noir de Bojaya,

fais que nous nous engagions

à restaurer ton corps. Que nous soyons

tes pieds pour sortir à la rencontre

du frère dans le besoin ;

tes bras pour étreindre

celui qui a perdu sa dignité ;

tes mains pour bénir et consoler

celui qui pleure dans la solitude.

Fais que nous soyons témoins

de ton amour et de ton infinie miséricorde. »

Jeudi 7 septembre 2017

Au lendemain de son arrivée, et au terme d’une première journée très dense, le Pape a présidé une célébration eucharistique pour la paix et la justice en présence de 1,1 million de fidèles réunis dans le parc Simon Bolivar, le plus grand de la capitale colombienne, là même où Jean-Paul II avait célébré une messe lors de sa visite apostolique en 1986. Dans son homélie, le Pape a a dénoncé « les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine qui tache de sang humain les mains de ceux qui se rendent justice eux-mêmes ».

Découvrez dans son intégralité l’homélie du Pape François :

« Constructeurs de la paix, promoteurs de la vie »

L’Evangéliste rappelle que l’appel des premiers disciples eut lieu sur les rives du lac de Génésareth, là où les gens se rassemblaient pour écouter une voix capable de les orienter et de les éclairer ; c’est aussi le lieu où les pêcheurs finissent leurs fatigantes journées durant lesquelles ils cherchent la subsistance pour mener une vie sans pénuries, digne et heureuse. C’est la seule fois, dans tout l’Evangile de Luc, que Jésus prêche près de la mer dite de Galilée. Sur la mer ouverte, s’entremêlent l’espérance d’un travail fécond et la frustration due à l’inutilité des efforts vains. Selon une ancienne interprétation chrétienne, la mer représente aussi l’immensité où cohabitent tous les peuples. Enfin, par son agitation et son obscurité, elle évoque tout ce qui menace l’existence humaine et qui a le pouvoir de la détruire.

Pour définir les multitudes, nous utilisons des expressions comme celles-ci : une marée humaine, une mer de gens. Ce jour-là, Jésus a derrière lui la mer, et, devant lui, une multitude qui l’a suivi parce qu’elle connaît son émotion devant la souffrance humaine… et ses paroles justes, profondes, appropriées. Ils viennent tous l’écouter ; la Parole de Jésus a quelque chose de spécial qui ne laisse personne indifférent. Sa Parole a le pouvoir de convertir les cœurs, de changer les plans et les projets. Elle est une Parole confirmée par les actes, elle n’est pas une conclusion de bureau, d’accords froids et éloignés de la souffrance des gens ; c’est pourquoi elle est une parole qui sert autant à la sécurité du rivage qu’à la fragilité de la mer.

Cette chère ville, Bogota, et ce merveilleux pays, la Colombie, ressemblent beaucoup à ces décors humains présentés dans l’Evangile. Il y a ici des multitudes qui attendent une parole de vie qui illumine de sa clarté tous les efforts et qui montre le sens et la beauté de l’existence humaine. Ces multitudes d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées, habitent une terre d’une inimaginable fécondité qui pourrait donner du fruit pour tous. Mais ici aussi, comme en d’autres lieux, il y a d’épaisses ténèbres qui menacent et détruisent la vie : les ténèbres de l’injustice et de l’inégalité sociale ; les ténèbres corruptrices des intérêts d’individus ou de groupes qui consomment de manière égoïste et démesurée ce qui est destiné au bien-être de tous ; les ténèbres de l’irrespect envers la vie humaine qui fauche quotidiennement l’existence de tant d’innocents dont le sang crie vers le ciel ; les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine qui tache de sang humain les mains de ceux qui se rendent justice eux-mêmes ; les ténèbres de ceux qui deviennent insensibles face à la souffrance de tant de victimes. Jésus dissipe et détruit toutes ces ténèbres par son ordre dans la barque de Pierre : « Avance au large » (Lc 5, 4).

Nous pouvons nous perdre dans des discussions interminables, accumuler des tentatives manquées, et faire une liste d’efforts qui n’ont rien donné ; de même que Pierre, nous savons ce que signifie l’expérience de travailler sans aucun résultat. Cette nation en sait quelque chose, quand, sur une période de 6 ans, en ces temps-là, à ses débuts, elle a eu 16 présidents et a payé cher ses divisions (« la patrie stupide »). L’Eglise en Colombie aussi a l’expérience de travaux pastoraux vains et infructueux…, mais, comme Pierre, nous sommes aussi capables de nous en remettre au Maître dont la Parole suscite la fécondité même là où l’inhospitalité des ténèbres humaines rend infructueux beaucoup d’efforts et de fatigues. Pierre est l’homme qui accueille résolument l’invitation de Jésus, qui laisse tout et le suit, pour devenir un nouveau pêcheur dont la mission consiste à porter à ses frères le Royaume de Dieu où la vie est pleine et heureuse.

Mais la demande de jeter les filets n’est pas adressée seulement à Simon Pierre ; il lui a été demandé d’aller au large, comme ceux qui, dans votre patrie, ont vu en premier ce qui presse le plus ; ceux qui ont pris des initiatives de paix, de vie. Jeter les filets entraîne une responsabilité. A Bogota et en Colombie pérégrine une immense communauté qui est appelée à devenir un solide filet qui rassemble tout le monde dans l’unité, en travaillant à la défense et à la sauvegarde de la vie humaine, en particulier quand elle est plus fragile et vulnérable : dans le sein maternel, dans l’enfance, dans la vieillesse, dans les conditions de handicap et dans des situations de marginalisation sociale. Les multitudes qui vivent à Bogota et en Colombie peuvent aussi devenir de vraies communautés vivantes, justes et fraternelles si elles écoutent et accueillent la parole de Dieu. Dans ces multitudes évangélisées surgiront beaucoup d’hommes et de femmes devenus disciples qui, d’un cœur vraiment libre, suivront Jésus ; des hommes et des femmes capables d’aimer la vie en toutes ses étapes, de la respecter et de la promouvoir.

Nous devons nous appeler les uns les autres, nous faire signe, comme les pêcheurs, recommencer à nous considérer comme des frères, des compagnons de route, des membres de cette entreprise commune qu’est la patrie. Bogota et la Colombie sont, en même temps, rivage, lac, mer ouverte, ville où Jésus est passé et passe pour offrir sa présence et sa Parole féconde, pour nous tirer des ténèbres et nous porter à la lumière et à la vie. Appeler les autres, tous les autres, pour que personne ne dépende de l’arbitraire des tempêtes ; faire monter sur la barque toutes les familles, sanctuaires de la vie ; faire place au bien commun qui est au-dessus des intérêts mesquins ou particuliers, porter les plus fragiles en promouvant leurs droits.

Pierre fait l’expérience de sa petitesse, de l’immensité de la Parole et de l’action de Jésus ; Pierre connaît ses fragilités, ses hésitations…, comme nous connaissons les nôtres, comme les connaît l’histoire de violence et de division de votre peuple qui ne nous a pas toujours trouvés partageant la barque, la tempête, les malheurs. Mais comme Simon, Jésus nous invite à aller au large, il nous pousse au risque partagé, à laisser nos égoïsmes et à le suivre ; à nous défaire des peurs qui ne viennent pas de Dieu, qui nous immobilisent et qui retardent l’urgence d’être des constructeurs de la paix, des promoteurs de la vie.

Discours aux jeunes de Colombie

Au premier jour de son voyage en Colombie, le Pape François s’est adressé aux jeunes rassemblés sur la place Bolivar, au cœur de Bogota, depuis le balcon de l’archevêché : " Prenez le risque de rêver en grand !", pour aller de l’avant et construire la paix.

Il les a encouragés à transmettre aux générations plus âgées leur capacité de pardon pour regarder en avant « sans le fardeau de la haine » dans ce pays où la paix reste fragile, un an après les accords signés entre la guérilla des Farcs et les autorités.

Avant de rencontrer ces jeunes place Bolivar, le Pape s’était rendu du Palais présidentiel à la cathédrale de Bogotà. François a passé un long moment à saluer la foule réunie sur le parvis avant de pénétrer dans la cathédrale. En son sein, 3 000 fidèles attendaient le Pape. Celui-ci s’est recueilli devant une peinture représentant la Vierge de Chiquinquira. Il a ensuite signé le livre d’or de la cathédrale de l’Immaculée Conception, demandant à la Vierge « de ne pas arrêter de guider et de prendre soin de ses enfants colombiens et de les regarder toujours avec ses yeux miséricordieux ».

Après sa rencontre avec les jeunes, François s’est adressé aux 130 évêques colombiens.

Découvrez le discours que le Saint-Père a adressé aux jeunes de Colombie :

« Chers frères et sœurs,

Je vous salue avec grande joie et je vous remercie pour votre bienvenue chaleureuse. « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison”. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous » (Lc 10, 5-6).

J’entre aujourd’hui dans cette maison qu’est la Colombie en vous disant : la paix soit avec vous ! C’était l’expression qu’utilisait tout juif, et aussi Jésus, pour saluer. J’ai voulu venir jusqu’ici comme pèlerin de paix et d’espérance, et je désire vivre ces moments de rencontre avec joie, rendant grâce à Dieu pour tout le bien qu’il a fait dans cette nation, en chacune de vos vies.

Je viens aussi pour apprendre ; oui, pour apprendre de vous, de votre foi, de votre force devant l’adversité. Vous savez que l’évêque, le prêtre doivent apprendre de leur peuple ; c’est pour cette raison que je suis venu apprendre de vous. Je suis évêque mais je viens apprendre. Vous avez vécu des moments difficiles et sombres, mais le Seigneur est près de vous, il est dans le cœur de chaque fils et fille de ce pays. Lui, il n’est pas sélectif, il n’exclut personne et embrasse chacun ; et écoutez, tous nous sommes importants et nécessaires pour lui. Durant ces jours, je voudrais partager avec vous la vérité la plus importante : Dieu nous aime avec un amour de Père et il vous encourage à continuer à chercher et à désirer la paix, cette paix qui est authentique et durable. Dieu nous aime avec son amour de Père. Répétons ensemble : “Dieu nous aime avec son amour de Père”.

Bien. J’avais écris : “Je vois ici beaucoup de jeunes”, mais même les yeux fermés, je sais que seulement les jeunes sont capables de faire autant de bruit ! (Les jeunes l’acclament encore plus fort). Vous, les jeunes, je vais vous parler, vous qui êtes venus des quatre coins du pays. C’est toujours pour moi un motif de joie de me retrouver avec les jeunes. Aujourd’hui je vous le dis : S’il vous plait, gardez vive votre joie, parce qu’elle est le signe d’un cœur jeune, d’un cœur qui a rencontré le Seigneur. Personne ne pourra vous l’enlever (cf. Jn 16, 22). Personne ! Mais dans le doute, je vous le conseille à nouveau : Ne vous la laissez pas voler ; gardez cette joie qui unifie tout, conscients d’être aimés par le Seigneur. Parce que, comme nous venons de le dire : Dieu nous aime avec son amour de Père. Cela est le principe de la joie. Le feu de l’amour de Jésus-Christ fait déborder cette joie, et il est suffisant pour enflammer le monde entier. Comment n’allez-vous pas pouvoir changer cette société, et comment voulez vous vous y prendre ? N’ayez pas peur de l’avenir ! Osez rêver grand ! C’est à ces grands rêves que je voudrais vous inviter aujourd’hui. S’il vous plait, ne faites pas de petites choses : volez haut et rêver en grand !

Vous, les jeunes, vous avez une sensibilité spéciale pour reconnaître la souffrance des autres ; C’est curieux, vous vous en rendez compte immédiatement. Les volontaires du monde entier proviennent de milliers d’entre vous qui sont capables de renoncer à leur temps, à votre confort, à leurs projets centrés sur eux-mêmes pour se laisser émouvoir par les besoins des plus fragiles et se dévouer pour eux. Mais il peut arriver aussi que vous soyez nés dans des environnements où la mort, la souffrance, la division vous ont imprégnés si profondément qu’elles vous ont laissés à moitié étourdis, comme anesthésiés de la douleur. Pour cette raison, je voudrais vous demander de laisser la souffrance de vos frères colombiens vous faire bouger ! Et nous, les plus âgés, aidez-nous à ne pas nous habituer à la souffrance et à l’abandon. Nous avons besoin de vous, aidez-nous à ne pas nous habituer à la douleur et à l’abandon.

Vous également, jeunes gens et jeunes filles, qui vivez dans des milieux complexes, avec des réalités différentes, et des situations familiales les plus diverses, vous vous êtes habitués à voir que dans le monde, tout n’est pas tout blanc ou tout noir ; que la vie quotidienne consiste en une large gamme de tonalités grises. C’est vrai ! Mais cela peut vous exposer au risque de tomber dans une atmosphère de relativisme, qui met de côté cette capacité qu’ont les jeunes d’entendre la douleur de ceux qui ont souffert. Vous avez la capacité non seulement de juger, de souligner des erreurs, mais également cette autre capacité magnifique et constructive : celle de comprendre. Comprendre que même derrière une erreur – parce qu’on doit prler clairement : une erreur est une erreur et il ne faut pas le maquiller – et vous êtes à même de le comprendre, que derrière une erreur, il y a une infinité de raisons, de circonstances atténuantes. Combien la Colombie a besoin de vous pour se mettre dans la peau de tous ceux pour lesquels de nombreuses générations n’ont pas pu ou n’ont pas su le faire, ou n’ont pas trouvé les modalités d’une compréhension adéquate !

A vous, les jeunes, il vous est très facile de vous rencontrer. J’ai d’ailleurs une demande. Ici, vous êtes tous rassemblés. Depuis combien de temps êtes-vous ici ? (réponses indistinctes) Vous voyez que vous courageux ? Pour vous, c’est très facile de se rencontrer. Il vous suffit d’un événement comme celui-ci, d’un bon café, d’un bon verre ou quoi que ce soit comme prétexte pour susciter la rencontre. Les jeunes se retrouvent sur la musique, l’art…oui, même une finale, une partie, entre l’Atlético Nacional et l’América de Cali est une occasion pour se réunir ! Pour cette raison, vous pouvez nous enseigner à nous les grands, que la culture de la rencontre ne consiste pas à penser, à vivre ni à réagir tous de la même manière, non ce n’est pas cela : La culture de la rencontre consiste à savoir qu’au-delà de nos différences nous faisons tous partie de quelque chose de grand qui nous unit et nous transcende, nous faisons partie de ce merveilleux pays. Aidez-nous, nous les grands, à entrer et à pas de géant dans cette culture de la rencontre que vous maitrisez si bien.

Votre jeunesse vous rend capables aussi de quelque chose de très difficile dans la vie : pardonner. Pardonner à ceux qui nous ont blessés ; il est remarquable de voir comment vous ne vous laissez pas embobiner par de vieilles histoires, comment vous nous regardez avec étonnement, nous les adultes, répéter des histoires de divisions seulement pour rester prisonniers des rancœurs. Vous nous aidez dans cette tentative de laisser derrière ce qui nous a blessés et vous nous aidez à regarder en avant sans le fardeau de la haine, parce que vous nous faites voir le monde entier qu’il y a devant, toute la Colombie qui veut grandir et continuer à se développer ; cette Colombie qui a besoin de chacun de nous et que, nous les plus âgés, nous vous devons.

Et c’est précisément pour cette capacité à pardonner que vous, les jeunes, affrontez l’énorme défi de nous aider à guérir notre cœur. Vous entendez ce que je vous demande ? aidez-nous à guérir notre cœur. On le dit tous ensemble ? (Ils le répètent) C’est une demande d’aide que je vous lance : transmettez-nous l’espérance jeune qui est toujours prête à donner aux autres une seconde chance. Les environnements d’inquiétude et d’incrédulité enferment l’âme, environnements qui ne trouvent pas d’issue aux problèmes et qui boycottent ceux qui essayent, abiment l’espérance dont toute communauté a besoin pour avancer. Que vos illusions et vos projets donnent de l’oxygène à la Colombie et la remplissent de saines utopies. Jeunes, rêvez, bougez, prenez des risques, regardez la vie avec un sourire nouveau, allez de l’avant, N’ayez pas peur !

C’est seulement ainsi que vous vous résoudrez à découvrir le pays qui se cache derrière les montagnes ; celui qui ne fait pas les titres des journaux et n’apparaît pas parmi les préoccupations quotidiennes parce qu’il est très loin. Ce pays que l’on ne voit pas et qui fait partie de ce corps social qui a besoin de nous : vous les jeunes, êtes capables de découvrir la Colombie profonde. Les cœurs jeunes sont stimulés devant les grands défis : combien de beautés naturelles y-a-t-il à contempler sans avoir besoin de les exploiter ! Que de jeunes comme vous ont besoin de votre main tendue, de votre épaule pour entrevoir un avenir meilleur.

Aujourd’hui j’ai voulu passer ces moments avec vous, je suis sûr que vous avez la capacité nécessaire pour construire – construire ! - la nation que nous avons toujours rêvée. Les jeunes sont l’espérance de la Colombie et de l’Eglise ; sur leur chemin et sur leurs pas nous devinons ceux de Jésus, Messager de paix, de celui qui nous porte toujours de bonnes nouvelles.

Je m’adresse maintenant à vous tous. Chers frères et sœurs de ce pays bien-aimé, enfants, jeunes, adultes et personnes âgées, vous qui voulez être porteurs d’espérance ; que les difficultés ne vous oppriment pas, que la violence ne vous abatte pas, que le mal ne vous vainque pas. Nous croyons que Jésus, par son amour et sa miséricorde qui demeurent pour toujours, a vaincu le mal, le péché et la mort. Répétons : Il suffit d’aller à sa rencontre. Allez à la rencontre de Jésus. Je vous invite à l’engagement - non à l’achèvement – mais à l’engagement. A quoi êtes-vous invités ? (La foule crie) Bravo, c’est cela. Prenez soin de vous engager pour la rénovation de la société afin qu’elle soit juste, stable, féconde. De ce lieu, je vous encourage à vous appuyer sur le Seigneur, qui est le seul qui nous soutient et le seul qui nous encourage à contribuer à la réconciliation et à la paix.

Je vous embrasse tous et chacun qui êtes ici, les malades, les plus pauvres, les marginalisés, ceux qui sont dans le besoin, les personnes âgées, ceux qui sont dans leurs maisons… chacun de vous ; vous êtes tous dans mon cœur. Et je demande à Dieu de vous bénir. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci beaucoup. »

Arrivée du Pape François le 6 septembre 2017

Le pape François est arrivé en Colombie. Il effectue son cinquième voyage en Amérique latine, allant à la rencontre d’un pays meurtri par un conflit armé d’un demi-siècle mais plein d’espoir après la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et les FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie.Pays catholique, évangélisé depuis l ’arrivée des premiers Espagnols au XVIe siècle par de nombreux ordres religieux, comme les franciscains, les jésuites, les augustiniens, la Colombie n’a jamais perdu la foi pendant toutes ces années de guerre. Son avion s’est posé à Bogota peu après 16h00 heure locale, mercredi 6 septembre 2017.

Le plan de vol de l’avion a dû être modifié pour contourner l’ouragan Irma, qui est en train de dévaster les Caraïbes.

Quatre pays des Amériques ont été survolés : les États-Unis (et plus précisément l’île de Porto Rico), la Barbade, la Grenade et le Venezuela. Dans son télégramme adressé au président de ce dernier pays, Nicolás Maduro, le Pape assure de sa prière « pour que toute la nation puisse promouvoir des chemins de solidarité, justice et concorde ». Évoquant le survol de ce pays devant les journalistes à bord, le Pape a demandé de prier que le Venezuela retrouve « une bonne stabilité par un dialogue avec tous ».

Sur le tarmac, tout sourire pour accueillir le Saint-Père : le président colombien Juan Manuel Santos, accompagné de son épouse et du nonce apostolique Mgr Ettore Balestrero. Après quelques mots échangés, des enfants sont venus saluer le Pape. Le premier d’entre eux s’appelle Emmanuel et il a eu un geste qui rappelle, dès les premiers pas de François en terre colombienne, le sens de ce voyage.

C’est une petite colombe en porcelaine blanche que l’enfant tend au Pape François pour signifier la paix et la réconciliation. Le cadeau donne la tonalité de ce voyage et prend un sens encore plus particulier lorsque l’on sait qu’Emmanuel est né dans la jungle colombienne, d’une mère alors détenue par les FARC et devenue parlementaire après sa libération.

Tout un symbole pour un Pape venu « aider la Colombie à aller de l’avant sur son chemin de paix », comme il l’a répété dans l’avion. Ce chemin de paix a été entamé il y a moins d’un an par l’accord avec la guérilla des FARC et s’est poursuivi il y a quelques jours, suite à la signature d’un cessez-le-feu avec l’autre guérilla du pays, l’ELN.

Le Pape n’oublie pas les victimes des années de guerre. Après la présentation des délégations, c’est vers des personnes malades et handicapées qu’il se tourne : des enfants mais aussi des civils et des militaires blessés lors des conflits. Une caresse, un sourire devant les pas de danses locales qui se déroulent devant lui, et c’est déjà l’heure de partir pour la nonciature apostolique. Durant les 15 kilomètres du trajet, la papamobile sera plusieurs fois arrêtée par les centaines de milliers de personnes venus accueillir le Pape.

À son arrivée à la nonciature, le Saint-Père a encore un mot pour des jeunes sortis de la rue ou de la drogue, dont il salue l’ « héroïsme ». « Ne perdez pas la joie, ne perdez pas l’espérance », leur lance le Pape, en endossant une « ruana », une sorte de poncho colombien offert par les jeunes.

Mercredi 6 septembre 2017

ce mercredi à 11 heures, heure de Rome, le Pape François a décollé pour la Colombie. Cinq jours en terre colombienne qui le conduiront dans quatre villes : Bogotá, Villavicencio, Medellín et Carthagène. Avec pour thème « Faisons le premier pas », ce 20ème voyage apostolique du Saint-Père est placé sous le signe de la réconciliation

Après 50 ans de conflit armé, le gouvernement et la guérilla des Farc ont signé un accord de paix fin 2016. Et il y a tout juste deux jours, ce lundi, le dernier groupe armé encore actif, l’ELN, a également signé un cessez-le-feu bilatéral historique avec le pouvoir, le premier de l’histoire de la Colombie.

Dans un télégramme adressé au président de la République italienne Sergio Mattarella, le Pape François a déclaré qu’il se rendait en Colombie « pour soutenir la mission de l’Église locale et porter un message d’espérance ».

Au cours du vol, le Saint-Père a ainsi évoqué un voyage « un peu spécial », puisqu’il doit « aider la Colombie à aller de l’avant sur son chemin de paix ». Le Pape a invité à prier pour cette mission, mais aussi pour le Venezuela, qu’il doit survoler, « afin qu’il puisse y avoir un dialogue et que le pays trouve une belle stabilité ».

À cause de l’ouragan Irma qui touche actuellement les Caraïbes, le vol suivra un trajet plus au sud que celui prévu initialement, a indiqué la salle de presse du Saint-Siège, sans préciser si ce détour aura une incidence sur l’heure d’arrivée à l’aéroport de Bogotá (prévue vers 16h30 heure locale, 23h30 heure de Rome).

Après la cérémonie de bienvenue sur place, le Pape ira à la nonciature apostolique. Outre la capitale colombienne, le Saint-Père se rendra également à Villavicencio, Medellín et Carthagène durant ce 20ème voyage apostolique. Il devrait repartir dimanche 10 septembre à 19h de l’aéroport de Carthagène (2h du matin lundi 11 septembre, heure de Rome) et arriver à l’aéroport de Rome-Ciampino lundi vers 12h40, heure locale.

Programme complet du voyage du Saint-Père en Colombie

Mercredi 6 septembre 2017

- 11h00 Départ en avion de l’Aéroport de Rome/Fiumicino pour Bogotá

- 16h30 Arrivée dans la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogotá :
Cérémonie de bienvenue

Jeudi 7 septembre 2017

BOGOTA

- 9h00 Rencontre avec les autorités sur la Plaza de Armas de la Casa de Nariño et discours du Pape

- 9h30 Visite de courtoisie au Président dans la Salle du protocole de la Casa de Nariño

- 10h20 Visite à la Cathédrale

- 10h50 Bénédiction des fidèles du balcon du palais cardinalice

- 11h00 Rencontre avec les évêques dans la salle du Palais cardinalice

- 15h00 Rencontre à la nonciature apostolique avec le Comité de direction du CELAM, le Conseil épiscopal latino-américain dont le siège est à Bogotá

- 16h30 Messe au Parc Simon Bolivar

Vendredi 8 septembre 2017

BOGOTA-VILLAVICENCIO-BOGOTA

- 7h50 Départ en avion de la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogotá pour Villavicencio

- 8h30 Arrivée à la Base aérienne d’Apiay à Villavicencio

- 9h30 Messe présidée par le Pape sur le terrain CATAMA

- 15h40 Grande rencontre de prière pour la réconciliation nationale au parc Las Malocas et discours du Saint-Père

- 17h20 Visite à la Croix de la Réconciliation au Parque de los Fundadores

- 18h00 Départ en avion pour Bogota

- 18h45 Arrivée dans la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogota

Samedi 9 septembre 2017

BOGOTÁ-MEDELLÍN-BOGOTÁ

- 8h20 Départ en avion de la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogota pour Rionegro

- 9h10 Arrivée sur la base aérienne de Rionegro

- 9h15 Transfert en hélicoptère à l’Aéroport de Medellin

- 10h15 Messe présidée par le Pape à l’Aéroport Enrique Olaya Herrera de Medellin

- 15h00 Rencontre à l’Hogar San José

- 16h00 Rencontre avec les prêtres, les religieux/ses, les consacrés/es, les séminaristes et leurs familles de provenance au stade couvert La Macarena et discours du Pape

- Transfert en hélicoptère à la base aérienne de Rionegro

- 17h30 Départ en avion pour Bogota

- 18h25 Arrivée dans la zone militaire (CATAM) de l’Aéroport de Bogota

Dimanche 10 septembre 2017

BOGOTA-CARTHAGENE-ROME

- 8h30 Départ en avion pour Carthagène

- 10h00 Arrivée à l’Aéroport de Carthagène

- 10h30 Bénédiction par le Saint-Père de la première pierre d’une maison pour les sans-abri de l’Œuvre Talitha Qum sur la place Saint-François-d’Assise

- 12h00 Angélus du Pape devant l’église Saint-Pierre-Claver

- 12h15 Visite à la Maison sanctuaire de saint Pierre Claver

- 15h45 Transfert en hélicoptère de la base navale à la zone portuaire du Contecar

- 16h30 Messe présidée par le Pape dans la zone portuaire du Contecar

- 18h30 Transfert en hélicoptère à l’Aéroport de Carthagène

- 18h45 Cérémonie de congé

- 19h00 Départ en avion pour l’Aéroport de Rome/Ciampino

Lundi 11 septembre 2017

- 12h40 Arrivée à l’Aéroport de Rome/Ciampino

(Avec R. V.)

Dimanche 3 Septembre 2017

lors de la prière de l’Angélus, ce dimanche, depuis la fenêtre des appartements pontificaux, le Pape François a commenté l’Évangile du jour, tiré du 16ème chapitre de Saint-Matthieu. En revenant sur la réaction hostile de Pierre quand Jésus lui annonce qu’à Jérusalem, il devra souffrir, être tué et ressusciter, le Pape a interpellé notre propre scepticisme, nous invitant à suivre le Christ dans la croix pour avoir une vie féconde, ancrée dans l’amour et non pas dans l’égocentrisme

« Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Par cette réprobation vigoureuse adressée à Pierre, Jésus avertit l’ensemble de ses disciples : il n’y a qu’une seule voie à suivre. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

Alors que nous avons souvent la tentation de refuser la Croix, ou même de dire à Dieu ce qu’Il doit faire, « Jésus nous rappelle que sa voie est la voie de l’amour, et qu’il n’y a pas de vrai amour sans sacrifice de soi ». Les chrétiens doivent donc « cheminer à contre-courant » en acceptant ces paroles qui « défient la mentalité et les comportements égocentriques. « Celui qui veut sauver sa propre vie, la perdra ; mais celui qui perdra sa propre vie à cause de moi, la trouvera », nous avertit le Christ. « Dans ce paradoxe est contenue la règle d’or que Dieu a inscrit dans la nature humaine créée dans le Christ : la règle que seul l’amour donne du sens et du bonheur dans la vie », a précisé le Pape François.

L’eucharistie, qui fait revivre le Sacrifice rédempteur, rappelle qu’il n’est de vie féconde que dans le sacrifice de soi, a enfin précisé le Pape François, qui a conclu son intervention en demandant à la Vierge Marie d’aider les chrétiens à « ne pas avoir peur de souffrir par amour de Dieu et des frères ».

Au terme de son intervention lors de la prière de l’angélus, le Pape a redit sa « proximité spirituelle aux populations de l’Asie du Sud », qui souffrent des conséquences de la mousson, et il a également exprimé sa « vive participation aux souffrances des habitants du Texas et de la Louisiane, frappés par un ouragan et des pluies exceptionnelles, qui ont provoqué des victimes, des milliers de déplacés et d’importants dégâts matériels ». Il a demandé à la Vierge Marie, « consolatrice des affligés », d’obtenir du Seigneur « la grâce du réconfort pour nos frères durement éprouvés ».

La mousson qui frappe l’Asie du Sud actuellement a pris cette année une ampleur particulièrement dramatique dans trois États : l’Inde, le Bangladesh et le Népal. Le bilan global, forcément approximatif et provisoire compte tenu de l’immense territoire concerné, avoisinerait les 1500 morts. Plus de 40 millions de personnes sont affectées, dont un million qui ont dû quitter leur maison.

Très attentif à l’Asie, le Pape François se rendra à Dacca, au Bangladesh, du 30 novembre au 2 décembre prochains.

Une autre catastrophe frappe le sud des États-Unis. Là aussi, la saison traditionnelle des ouragans s’est montrée particulièrement dévastatrice. L’ouragan Harvey et surtout les fortes pluies qui ont suivi ont provoqué d’énormes dégâts en Louisiane et au Texas, où une partie de la ville de Houston est sous les eaux. Le bilan humain s’élève pour le moment à une quarantaine de morts, et les conséquences économiques devraient être très lourdes. Une grande partie de l’industrie chimique et pétrolière est à l’arrêt.

L’Église catholique, très dynamique au Texas, est très active auprès des personnes affectées par des inondations, et la solidarité s’organise au niveau national. Le cardinal Daniel DiNardo, président de la Conférence épiscopale et archevêque de Galveston-Houston, a invité tout le monde à la prière et à la solidarité, surtout envers les plus pauvres qui vivent dans la rue, et se trouvent en grand danger. « Les personnes sont piégés sur des toits, et l’eau continue à monter, a écrit l’évêque dans un message à ses confrères, repris par l’agence Sir. Nous remercions tous ceux qui en ce moment sont en train de risquer leur vie pour sauver les autres et tous ces héros inconnus qui sont en train d’aider leurs proches les plus dans le besoin. »

(Avec R. V.)

Dimanche 27 août 2017

Devant une foule de fidèles et de pèlerins réunis nombreux Place St Pierre, le Souverain Pontife est revenu sur l’Evangile de ce dimanche, celui de la Confession de Pierre, en St Matthieu, « un passage-clé du chemin de Jésus et de ses disciples ».

Jésus veut construire son Eglise avec nous, nous en faisons tous partie et chacun de nous y a sa place : c’est le cœur de la méditation du Pape François en ce dimanche.

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » demande Jésus à ses disciples. Le Maitre sait ce que disent de Lui les gens du peuple, mais maintenant, Il veut savoir ce pensent ceux qui lui sont proches, ceux qui partagent sa vie et le connaissent de près. Et la réponse jaillit des lèvres de Simon-Pierre : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Avec ces paroles, inspirées par le Père céleste, Jésus comprend que, « grâce à la foi donnée par le Père, il existe un fondement solide sur lequel Il peut construire sa communauté, son Eglise ». Et c’est pour cela qu’Il affirme à Simon : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise ».

Et c’est avec nous, aujourd’hui, que Jésus veut continuer à construire son Eglise, assure le Pape François, cette maison solide, « qui ne manque pas de fissures, et qui a constamment besoin d’être réparée, comme aux temps de St François d’Assise ». « Nous sommes des petites pierres, mais aucune de ces pierres n’est inutile ». Au contraire, « dans les mains de Jésus, elle devient précieuse, car Il la recueille, la garde avec grande tendresse, la travaille avec son Esprit, et la met à sa juste place ». C’est ainsi qu’avec l’amour de Jésus, nous devenons des « pierres vivantes », et chacun de nous a sa place et sa mission dans l’Eglise : « elle est communauté de vie, constituée de nombreuses petites pierres qui forment un seul édifice, dans le signe de la fraternité et de la communion ».

L’Evangile de ce jour nous rappelle en outre, ajoute le Pape, que Jésus a voulu, pour son Eglise, « un centre visible de communion à Pierre et ses successeurs, identifiés depuis les origines comme évêques de Rome, la ville où Pierre et Paul ont rendu témoignage », en versant leur sang.

Et le Saint-Père d’invoquer l’intercession et le soutien de la Vierge Marie, Reine des Apôtres et Mère de l’Eglise, « afin que nous réalisions pleinement l’unité et la communion pour lesquels le Christ et les apôtres ont prié et ont donné leur vie ».

A l’issue de la prière de l’Angélus, le Pape François a de nouveau lancé un appel en faveur de la minorité des Rohingyas en Birmanie. « De tristes nouvelles sont arrivées sur la persécution de la minorité religieuse, nos frères Rohingyas, a dit le Souverain Pontife, je voudrais leur exprimer toute ma proximité, et nous tous, demandons au Seigneur de les sauver, et de susciter des hommes et femmes de bonne volonté pour les aider. Qu’ils leur donnent de pleins droits, prions pour nos frères Rohingyas ».

Enfin, il a prié pour toutes les victimes des catastrophes naturelles qui ont frappé différentes régions du monde.

Dimanche 20 août2017

Lors de l’audience de l’Angélus, place saint-Pierre, le Pape François est revenu sur la persévérance, "exemple de foi indestructible", donnée par la Cananéenne dans l’Evangile de ce jour. Cette persévérance doit nous encourager à ne jamais perdre l’espoir.

L’Évangile de ce dimanche est, en effet, un point de départ pour comprendre qu’il ne faut jamais se décourager, jamais désespérer face aux dures épreuves de la vie, à l’exemple de la femme Cananéenne, qui implore Jésus de toutes ses forces pour qu’il guérisse sa fille « tourmentée par un démon » (Mt 15, 22). Aux premiers appels de cette étrangère aux yeux du peuple de Judée, Jésus semble de fait ne pas l’entendre, mais c’est sa persévérance qui finira par l’emporter.

« Le seigneur ne tourne pas le dos devant nos nécessités, et s’il peut paraitre insensible quelquefois à notre appel à l’aide, c’est pour mettre notre foi à l’épreuve et la renforcer »

Cet épisode de l’Évangile de Saint-Mathieu nous aide à comprendre le besoin que nous avons grandir dans la foi, et de renforcer notre confiance en Jésus. Lui peut nous aider à retrouver notre chemin lorsque nous avons perdu la boussole de notre route, lorsqu’il nous devient difficile de rester fidèles à nos engagements.

Il est donc important d’alimenter chaque jour notre foi, rappelle le Pape François, par l’écoute de la Parole de Dieu, par la célébration des Sacrements, par la prière personnelle comme un cri vers Dieu, et par des actions concrètes de charité pour aider notre prochain.

Après la prière de l’Angélus, le Pape a salué les membres de l’association française « Roulons pour l’espoir » qui sont venue en vélo à Rome en partant de Besançon. Tout au long de leur périple de plus de mille kilomètres, les cyclistes de l’association récoltent des fonds pour les enfants malades.

Une nouvelle fois ce dimanche, après le tweet de samedi, le Saint Père a condamné fermement les attentats terroristes de cette semaine :

« Nous portons dans nos cœurs la douleur des actions terroristes qui ont, ces derniers jours, provoqué de nombreuses victimes au Burkina Faso, en Espagne et en Finlande. Prions pour tous les défunts, les blessés et pour leurs familles. Supplions le Seigneur, Dieu de Miséricorde et de paix, de libérer le monde de cette violence inhumaine ».

Ces paroles du Pape François interviennent alors qu’à Barcelone, une messe a été célébrée ce dimanche matin dans la basilique de la Sagrada Familia. Une cérémonie religieuse à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme, et pas uniquement les victimes espagnoles, selon le souhait du Cardinal Juan José Omella, l’Archevêque de Barcelone.

Dans l’assemblée, parmi les milliers de fidèles dans et devant la basilique emblématique de la ville, étaient présents le roi d’Espagne Felipe VI, le chef du gouvernement Mariano Rajoy et le président de la Catalogne Carles Puigdemont.

(Avec R. V.)

Mardi 15 Août 2017

En ce jour de la fête de l’Assomption, le Pape François a insisté sur la joie de Jésus apportée par la Vierge Marie au monde. Le Saint-Père a commenté l’Évangile du jour, celui de la visitation selon saint Luc, quand Marie enceinte du Christ se rend auprès de sa cousine Elisabeth, qui attend Jean-Baptiste.

« Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. » Voici le cri d’exclamation d’Elisabeth dès l’arrivée de Marie dans sa maison. Ce sont ces mots qui commenceront la populaire prière de l’Ave Maria, Je vous salue Marie, rappelle le Pape. Ce cri d’émerveillement, c’est un cri de grande joie car « Marie vient de faire un don à Elisabeth, et même au monde entier », explique le Saint-Père.

C’est le don de « Jésus qui vit déjà en elle, pour prendre chair humaine, pour accomplir sa mission de salut ». Tout d’un coup dans la demeure d’Elisabeth et Zacharie, il y a « la présence invisible mais réelle de Jésus qui remplit tout de sens : la vie, la famille, le salut du peuple, tout ! »

Cette joie, poursuit le Pape, s’exprime par la voix de Marie, « dans la belle prière que Saint-Luc nous transmet, qui s’appelle Magnificat, un chant de louange à Dieu qui s’opère à travers les personnes humbles comme Marie elle-même, comme son époux Joseph et le lieu où ils vivent Nazareth ». Car, « l’humilité est comme un vide qui laisse place à Dieu ». « L’humble est puissant car il est humble et non car il est fort, c’est ça la grandeur de l’humilité » rappelle François qui a proposé aux fidèles place Saint-Pierre de se poser la question, en répondant dans son cœur, « comment va mon humilité ? ». « Le Magnificat chante le Dieu miséricordieux et fidèle qui accomplit son dessein de salut avec les petits et les pauvres, avec ceux qui se fient à sa Parole comme Marie ».

Ainsi, dans la maison d’Elisabeth, la présence de Jésus crée non seulement un « climat de joie et de communion fraternelle, mais aussi de foi qui apporte espérance, prière et louange ». C’est ce qui doit se passer aujourd’hui dans nos maisons, appelle le Saint-Père, en célébrant « celle qui nous apporte ce don immense, cette grâce au-dessus de toute autre grâce, la grâce de Jésus-Christ ! ». Car « en portant Jésus, la Vierge nous apporte aussi une joie nouvelle, pleine de sens, une nouvelle capacité de traverser avec foi les moments douloureux et difficiles, la capacité de miséricorde, de nous pardonner, de nous comprendre, de nous soutenir les uns les autres ». « Marie est un modèle de vertu et de foi ».

Le Pape a enfin invité les fidèles à la remercier de « toujours nous précéder dans le pèlerinage de la vie et de la foi », et à lui demander « son soutien pour avoir une foi forte, joyeuse et miséricordieuse qui nous aide à être saints pour la rencontrer un jour, au Paradis ».

Après l’Angélus, le Saint-Père a confié à la Vierge Marie « les angoisses et les douleurs des populations de tant de parties de monde qui souffrent à cause des catastrophes naturelle, des tensions sociales et des conflits ».

(Avec R. V.)

Dimanche 13 août 2017

Lors de la prière de l’Angelus, le Pape François s’est appuyé sur l’Évangile du jour, récit de Jésus marchant sur l’eau qui tend la main pour sauver Pierre dans le lac de Galilée.

C’est toute l’histoire de la foi, a souligné le Saint-Père devant la foule. Il a ainsi rappelé que croire n’est pas un chemin de tranquillité mais l’assurance d’un soutien qui donne sens au chemin de vie.

Ce récit de Pierre qui coule en voulant marcher sur l’eau vers Jésus, contient un « riche symbole et fait réfléchir à notre foi » explique le Pape. Une réflexion qui se mène « soit comme un individu, soit comme communauté ecclésiale, mais aussi sur la foi de nous tous qui sommes réunis aujourd’hui sur la place Saint-Pierre.

La barque dans laquelle se trouve les disciples sur le lac de Galilée, et confrontée à des vents contraires, représente à la fois « la vie de chacun et la vie de l’Église ». Les vents eux sont les difficultés et les épreuves de la vie. Ainsi, quand Pierre appelle Jésus à l’aide, il révèle « notre désir de sentir la proximité du Seigneur mais aussi la peur et l’angoisse qui accompagnent les moments les plus durs de notre vie et de notre communauté, marquées par des fragilités internes et des difficultés externes ». Dans ces moments, si comme pour Pierre la parole rassurante de Jésus ne suffit pas, le Pape met en garde ceux qui « consultent les horoscopes et les diseurs de bonne aventure et commencent à sombrer vers le fond ». À l’inverse, le Saint-Père appelle à s’accrocher à la parole du Seigneur « comme à une corde tendue à laquelle s’agripper pour affronter les eaux hostiles et turbulentes ».

Cet Évangile justement, « nous rappelle que la foi en le Seigneur et sa parole n’ouvre pas un chemin de facilité et ne nous soustrait pas aux tempêtes de la vie ». En somme, la foi n’est pas un long fleuve tranquille, « elle n’est pas si forte » souligne le Pape François. Mais la foi « nous donne l’assurance d’une Présence qui nous pousse à dépasser les orages existentiels, la certitude d’une main qui nous saisit pour nous aider à affronter les difficultés, nous indiquant la route dans le brouillard ». En résumé, « la foi n’est pas une échappatoire aux problèmes de la vie, mais apporte un soutien et donne un sens au chemin ».

Finalement, conclut le Pape, « cet épisode est une belle image de la réalité de l’Église en tout temps : une barque menacée de se renverser par des vents contraires est sauvée par la foi en le Christ et sa parole ». C’est ça la garantie contre le naufrage. « Sur cette barque nous sommes en sécurité malgré nos malheurs et nos faiblesses, en particulier quand nous nous mettons à genoux pour adorer le Seigneur et, comme les disciples, se prosterner devant lui pour lui dire : Tu es vraiment le fils de Dieu ».

Le Pape François a alors fait répéter la phrase aux fidèles places Saint-Pierre, priant Marie de « rester solides dans la foi pour résister aux tempêtes de la vie, rester sur la barque de l’Église en refusant la tentation de monter sur des bateaux enchanteurs mais douteux sur les idéologies, la mode et les slogans ».

(Avec R. V.)

Dimanche 6 août 2017

Des milliers de personnes étaient réunies Place St Pierre malgré une chaleur écrasante, pour la prière de l’Angélus. Dans sa méditation, le Pape François a choisi d’expliciter le sens profond de la Transfiguration du Seigneur, que l’Eglise fête en ce jour.

Cet événement « nous offre un message d’Espérance : il nous incite à rencontrer Jésus pour ensuite être au service de nos frères », a notamment déclaré le Pape.

L’ascension des disciples Pierre, Jacques et Jean vers le Mont Thabor nous invite à réfléchir sur « l’importance de se détacher des choses mondaines, pour marcher vers les hauteurs et contempler Jésus ». Il s’agit de « nous disposer à l’écoute priante et attentive du Christ », le Fils bien-aimé du Père, en recherchant des moments intimes de prière. Car c’est le « silence pacifiant et régénérant de la méditation de l’Evangile » que nous sommes appelés à redécouvrir. C’est en cela que le temps des vacances peut devenir providentiel, suggère le Pape François, car il favorise la rencontre avec le Seigneur. Il est important que le temps du repos nous permette de revigorer les forces du corps et de l’esprit, insiste le Saint-Père.

Le Pape évoque également ce qui se passe après l’ascension et la Transfiguration. Les disciples redescendent de la montagne, « le coeur et les yeux transfigurés par cette rencontre avec le Seigneur » ; « c’est le parcours que nous pouvons accomplir nous aussi ». La redécouverte de Jésus n’est pas en une fin en soi, mais nous pousse à « descendre de la montagne », remplis de l’Esprit Saint, à faire de nouveaux « pas d’authentique conversion », à « témoigner de la charité, comme loi de vie quotidienne ».

« Transformés par la présence du Christ et l’ardeur de sa parole, nous serons signes concrets de l’amour vivifiant de Dieu pour tous nos frères, surtout ceux qui souffrent, ceux qui sont seuls ou abandonnés, les malades, et la grande multitude de ceux qui, dans le monde, sont humiliés par l’injustice, de toute-puissance et la violence ».

Et le Pape François a conclu en confiant à la protection de la Vierge Marie tous ceux qui profitent de leurs vacances, et ceux qui ne peuvent en avoir, en raison d’un âge avancé, de leur santé, de leur travail, ou de motifs économiques. « Que ce temps estival soit malgré tout un temps de détente, enrichi par des présences amicales et des moments de joie ».

(Avec R. V.)

Mercredi 2 Août 2017

Après la pause estivale du mois de juillet, le Pape François a repris, ce mercredi 2 août, les audiences générales. Devant près de 7.000 pèlerins réunis en salle Paul VI dans un climat festif, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèses sur l’espérance chrétienne.

Il a choisi de revenir sur le rite du baptême et a exhorté les fidèles à porter la lumière du Christ dans le monde.

« Que veut dire être chrétien ? C’est regarder la lumière, continuer à professer la foi en la lumière, même quand le monde est enveloppé par la nuit et les ténèbres ». Ces paroles, le Pape François les illustre en rappelant les rites antiques du baptême, quand les catéchumènes, regardant vers l’occident, renonçaient à Satan ; avant de se tourner vers l’abside, en direction de l’Orient où le soleil se lève, pour professer leur foi en la trinité.

Par la grâce du baptême, les chrétiens « ne croient pas en l’obscurité, mais en la clarté du jour ; ne succombent pas à la nuit, mais espèrent en l’aurore ; ne sont pas défaits par la mort, mais aspirent à ressusciter ».

« Nous sommes ceux qui croient que Dieu est père (…), que Jésus est descendu parmi nous (…), que l’Esprit Saint œuvre sans arrêt pour le bien de l’humanité et du monde » : « voilà la lumière », répète encore le Pape, « voilà l’espérance qui nous réveille chaque matin ! »

Cette lumière est appelée à se propager, comme le cierge pascal le jour de Pâques mais aussi à chaque baptême, lorsqu’on y allume la bougie remise aux parents ou au catéchumène. « La vie de l’Église est contagion de lumière », souligne le Pape, avant de se demander si l’histoire retiendra de nous « que nous avons été capable d’espérance, ou que nous avons mis notre lumière sous le boisseau. »

Pour toujours se souvenir de transmettre cette lumière d’espérance, le Saint-Père donne un conseil : trouver et « se rappeler la date de notre baptême ! »

(Avec R. V.)

Dimanche 30 Juillet 2017

Lors de la prière de l’Angélus ce dimanche midi, devant les fidèles qui avaient affronté la chaleur écrasante de ce milieu d’été, le Pape François est revenu sur les images utilisées dans l’Évangile du jour, tiré du 13ème chapitre de Saint-Matthieu : le « trésor caché » et la « perle précieuse ».

À travers ces deux paraboles, Jésus invite ses disciples à renoncer à leur confort et à leurs biens pour le suivre et découvrir un plus grand bien encore : l’amour infini de Dieu.

« Il est vrai que le Royaume de Dieu est offert à tous, est un don, un cadeau, une grâce, mais il n’est pas mis à disposition sur un plateau d’argent, il demande un dynamisme. » Le Pape François a insisté sur cette double dimension de « recherche » et de « sacrifice » qui donne tout son relief à l’expérience chrétienne.

« L’attitude de la recherche est la condition essentielle pour trouver ; il faut que le cœur brûle du désir de rejoindre le bien précieux, c’est-à-dire le Royaume de Dieu qui se fait présent dans la personne de Jésus. C’est Lui le trésor caché, c’est Lui la perle de grande valeur. Il est la découverte fondamentale, qui peut donner un tournant décisif à notre vie, en la remplissant de sens. »

La découverte de ce trésor implique « sacrifice, détachements et renoncements ». « Il ne s’agit pas de mépriser le reste, mais de le subordonner à Jésus, en le mettant Lui à la première place. » C’est cela la clé de la grâce, et il ne faut pas en tirer une quelconque frustration ou tristesse, au contraire : « Le disciple de Jésus n’est pas quelqu’un qui s’est privé de quelque chose d’essentiel, c’est quelqu’un qui a trouvé beaucoup plus : il a trouvé la joie pleine que seul le Seigneur peut donner. C’est la joie évangélique des malades guéris, des pécheurs pardonnés, du voleur pour qui s’ouvre la porte du paradis. » « Ceux qui se laissent sauver par Jésus « sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. »

Le Pape a conclu en invitant à prier pour que tous ceux qui adhèrent à la foi chrétienne sachent « témoigner, avec les paroles et les gestes quotidiens, de la joie d’avoir trouvé le trésor du Royaume de Dieu, c’est-à-dire l’amour que le Père nous a donné à travers Jésus ».

(Avec R. V.)

Dimanche 23 Juillet 2017

Lors de la prière de l’Angélus devant les fidèles rassemblés sous une chaleur écrasante place Saint-Pierre, le Pape François s’est appuyé sur la parabole du bon grain et de la mauvaise herbe, racontée dans l’Évangile du jour, selon Saint-Mathieu. Une histoire qui « illustre le problème du mal dans le monde et met en lumière la patience de Dieu ».

Toute « mauvaise herbe peut devenir un bon produit », c’est l’espérance.

Ce récit se situe dans un champ, avec deux protagonistes opposés, raconte le Pape François. D’un côté, il y a le patron du champ, il représente Dieu, et il sème un bon grain de blé. De l’autre côté, il y a l’ennemi qui représente Satan et sème de la mauvaise herbe. Cette mauvaise herbe « avec le temps, commence à pousser en même temps que le bon grain ». Mais il ne faut surtout pas arracher tout de suite les herbes folles, car comme le dit le maître à ses serviteurs, « en arrachant la mauvaise herbe vous déracineriez le blé ». Quand Jésus fait ce récit, explique le Pape, « il nous dit que dans ce monde, le bien et le mal sont totalement imbriqués, qu’il est impossible de les séparer et d’extirper tout le mal ». « Seul Dieu en est capable et il le fera lors du jugement dernier. »

Cette situation présentée dans l’Évangile, « situation ambiguë et complexe », illustre « le champ de liberté des chrétiens, dans lequel s’accomplit le difficile exercice du discernement entre le bien et le mal ». Dans ce champ, il s’agit alors, poursuit le Saint-Père, « de faire conjoindre, avec une grande confiance en Dieu et sa providence, deux attitudes apparemment contradictoires : la décision et la patience ». La décision, analyse François, « c’est de vouloir être une bonne graine, de toutes ses forces, et ainsi s’éloigner du mal et de sa séduction ». Ensuite, la patience, c’est « préférer une Église qui est le levain de la pâte, qui n’a pas peur de se salir les mains en lavant les vêtements sales de ses enfants, plutôt qu’une Église de « purs », qui prétend juger à l’avance qui est au Royaume de Dieu et qui ne l’est pas ».

La parabole du jour aide ainsi à comprendre que « le bien et le mal ne peuvent pas s’identifier par des territoires définis ou des groupes humains déterminés, certains mauvais d’autres bons », car nous sommes tous pécheurs, « la frontière entre le bien et le mal passe dans le cœur de chacun ». Le Pape appelle alors à retenir cet enseignement de Jésus qui propose de regarder autrement le champ du monde. En apprenant « les temps de Dieu -qui ne sont pas les nôtres- et le regard de Dieu, ce qui était ou que l’on croyait être une mauvaise herbe peut devenir un bon produit. C’est ça la réalité de la conversion. C’est ça, la perspective de l’espérance. »

Après la prière de l’Angelus depuis la fenêtre du palais apostolique, le Pape François a également évoqué la situation à Jérusalem. Suivant « avec une vive inquiétude les graves tensions et les violences de ces jours-ci à Jérusalem », le Saint-Père a lancé un « vibrant appel à la modération et au dialogue ». Il a ainsi invité les fidèles place Saint-Pierre à s’unir à sa prière pour que « le Seigneur inspire à tous des intentions de réconciliation et de paix ».

Depuis le 14 juillet, jour d’une attaque qui a coûté la vie à deux policiers israéliens, des affrontements opposent des Palestiniens et des policiers israéliens à Jérusalem et en Cisjordanie. La semaine de heurts s’est achevée par une soirée meurtrière, faisant six morts des deux côtés et plus de 500 blessés. Le lendemain, samedi 22 juillet, deux Palestiniens ont été tués près de Jérusalem. Ces dernières violences ont été provoquées par les nouvelles mesures de sécurité israéliennes à l’entrée de l’esplanade des Mosquées.

Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a été convoquée lundi 24 juillet à la demande de la France, de la Suède et de l’Égypte.

(Avec R. V.)

Dimanche 16 juillet 2017

Au cours de l’audience de l’Angélus, place Saint-Pierre, le Pape a demandé aux fidèles de « radiographier » l’état spirituel de leur cœur. Celui-ci est-il un terrain fertile ou est-il imperméable ?

Le Pape François pousse les catholiques paresseux à laisser Jésus s’enraciner en eux. Il invite chacun à reconnaitre et nommer les ronces qui étouffent la Parole de Dieu en leur cœur. Des vices que sont l’égoïsme, l’avidité du pouvoir ou de la richesse.

L’Évangile de ce dimanche célèbre la parabole du semeur racontée par Jésus à la foule qui se tient pour l’écouter sur le rivage (Matthieu 13, 1-23). Jésus ne s’impose pas à eux, il leur propose de l’écouter. « Jésus ne cherche pas à attirer par la conquête, mais en se donnant ». Sa Parole n’est pas « une cage ou un piège, mais une semence qui peut porter ses fruits ». Comment ? « Si nous l’accueillons » affirme François. Pour le Pape, cette parabole parle « surtout de nous », du terrain plus que du semeur. Jésus fait une « radiographie spirituelle de notre cœur, qui est le terrain sur lequel tombe la semence de sa Parole ».

Il existe des bons terrains, et ainsi de bons cœurs, pour faire pousser les grains. Au contraire, il y a des terrains durs « imperméables » sur lesquels la Parole de Dieu « rebondit » sans pénétrer.

Le Pape décrit d’autres types de terrains intermédiaires. Celui qui est plein de pierres, avec peu de terre. Le grain y tombe, il pousse, mais ne parvient pas à s’enraciner. « Ainsi sont les cœurs superficiels, qui accueillent le Seigneur, veulent prier, aimer, témoigner, mais ne persévèrent pas . Ils se fatiguent et ne décollent jamais. Là, l’amour est inconstant et passager ». Le Pape affirme que le grain de celui qui accueille le Seigneur « quand cela lui plaît », ne porte pas de fruits.

Enfin, le terrain plein de ronces qui étouffent les bonnes plantes, dont parle l’Évangile. Ces ronces sont « les préoccupations du monde, la séduction de la richesse (v22) ». Ce sont « les idoles de la richesse mondaine, le goût pour une vie avide pour soi-même ou le goût pour l’avoir et le pouvoir » : les vices qui se battent avec Jésus et étouffent sa présence, nous dit le Pape qui met en garde. « Si on cultive ces ronces, on empêche Jésus de grandir en nous ». Le Pape invite chacun à reconnaitre les vices qui habitent leur cœur, l’interdisant d’être « un cœur propre », pour ensuite les arracher.

Avec cette parabole, Jésus pousse les fidèles à regarder l’état de son cœur, à montrer de la gratitude pour les terrains fertiles, et à travailler sur les terrains qui ne sont pas encore bons. « Demandons-nous si notre cœur est ouvert et prêt à accueillir avec foi les grains de la Parole de Dieu. Demandons-nous si les cailloux de la paresse sont encore nombreux et grands. (…) Trouvons le courage de bonifier le terrain qu’est notre cœur, en confiant nos pierres et nos ronces au Seigneur dans la confession ou la prière ». Jésus sera heureux d’aider au travail de purification de nos cœurs, assure le Saint-Père.

(Avec R. V.)

Dimanche 9 juillet 2017

Lors de la Prière de l’Angélus, Place Saint Pierre, devant les pèlerins venus en nombre à Rome en ce mois de juillet, le Pape François a proposé une réflexion sur le passage de l’Évangile de ce jour.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » L’invitation faite par le Christ et racontée par l’évangéliste Matthieu s’adresse à tous ceux qui se sentent fatigués et opprimés.

Jésus, qui sait combien la vie peut être difficile, en raison des déceptions et les blessures du passé, ou des incertitudes et des inquiétudes pour l’avenir, nous appelle à réagir et à ne pas rester dans le désarroi, ce qui serait une erreur. Réagir peut paraitre une évidence mais en réalité il n’en est pas ainsi : « Dans les moments sombres, il nous semblerait naturel de rester seul, de ruminer sur les injustices de la vie, sur l’ingratitude des autres, sur la méchanceté du monde », dit le Pape François, observant que dans de telles circonstances, si l’on reste enfermés sur nous-mêmes, on se familiarise avec la tristesse. Mais Jésus, lui, veut nous sortir de ces « sables mouvants », et c’est le sens de son appel « Venez ».

Le chemin de la sortie passe par la relation à l’autre, par cette main tendue et en levant le regard vers celui nous aime réellement. « Car, poursuit le Saint Père, sortir de son propre enfermement n’est pas suffisant. Encore faut-il savoir où aller. De nombreuses destinations sont illusoires, elles promettent le repos et distraient quelque peu. Elles promettent la paix et le divertissement, mais en fin de compte, elles nous renvoient à notre précédente solitude. Ce sont des feux de paille ».

Jésus ne se limite pas à nous appeler, il nous indique la direction : « Venez à moi ». Il arrive souvent que dans les moments difficiles on cherche à parler à un ami, un expert, à quelqu’un qui nous écoute. « C’est un grand bien », « mais n’oublions pas Jésus. N’oublions pas de nous ouvrir à lui et de lui raconter la vie, de lui confier des personnes et des situations. »

Il ne faudra pas cependant attendre que d’un coup de baguette magique Jésus puisse résoudre les problèmes. Jésus ne fera pas disparaitre les problèmes, il soulagera de l’angoisse. Il ne nous ôtera pas notre croix, il la portera avec nous. Car c’est lui, le repos que nous cherchons. Aller vers le Christ, lui donner de notre temps, le rencontrer chaque jour dans la prière, se familiariser avec sa parole, redécouvrir sans crainte son pardon, c’est se sentir aimé et consolé par lui.

Alors, en ce mois de juillet qui est un temps de vacances où nous recherchons le repos loin de ce qui fatigue le corps, le Saint-Père conclut : « N’oublions pas de chercher le vrai repos dans le Seigneur ».

(Avec R. V.)

Dimanche 2 Juillet 2017

Lors de la prière de l’Angélus, le Pape François a rappelé que les disciples missionnaires sont le lien avec Jésus et en font le témoignage. C’est sous une forte chaleur que les fidèles ont écouté l’enseignement du Saint-Père au sujet du premier envoi des disciples de Jésus en mission.

Dans cet Evangile du jour, Jésus souligne deux aspects essentiels de la vie du disciple missionnaire : la puissance de la relation avec Jésus et l’importance du témoignage et de la transparence.

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi. » Le premier aspect essentiel de la vie d’un disciple missionnaire envoyé par Jésus c’est celui-là : « que les liens entre Jésus et le disciple soit plus fort que tout autre lien ». « L’affection d’un père, la tendresse d’une mère, la douce amitié entre frère et sœur, tout cela est légitime » explique le Pape, mais « la condition d’un disciple exige un rapport prioritaire avec le maître ». C’est presque une paraphrase de la Genèse, analyse le Saint-Père : « c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’unira à Jésus, et ils ne feront qu’une seule chair ».

« Celui qui se laisse attirer dans cet engagement d’amour et de vie avec Jésus, en devient son représentant, son ambassadeur ». C’est le deuxième aspect essentiel de la vie d’un disciple missionnaire : « le missionnaire ne se porte pas lui-même mais porte Jésus et à travers Lui l’amour du Père céleste ». Cela signifie, poursuit François devant les fidèles, que celui qui accueille le disciple chez lui, accueille aussi Jésus, peu importe « ses limites ou ses fautes, tant qu’il a l’humilité de les reconnaitre » et soit un cœur simple et honnête envers lui-même et les autres. Ces deux aspects essentiels sont « connectés » explique le Pape, car « plus Jésus est au centre du cœur et de la vie du disciple, plus ce disciple est transparent à sa présence ».

Voilà un enseignement très beau pour les prêtres : « c’est cet accueil du saint peuple fidèle de Dieu qui aide à être un bon pasteur ». La mission est réciproque souligne le Saint-Père : « si tu lâches tout pour Jésus le gens reconnaissent en toi le Seigneur, et en même temps cela t’aide à te purifier des compromis et à dépasser les tentations ».

Après la prière de l’Angelus place Saint-Pierre, le Saint-Père a évoqué les violences répétées dans le pays. Depuis tout juste trois mois, les manifestations se multiplient dans les rues de la capitale Caracas contre le président Nicolas Maduro. Le mouvement de révolte a fait plusieurs dizaines de victimes.

« Je lance un appel pour que cesse les violences et soit trouvée une solution pacifique et démocratique à la crise » politique et économique qui frappe la « chère nation » du Venezuela, a déclaré le Pape.

À l’occasion de la fête de l’indépendance vénézuélienne le 5 juillet prochain, le Saint-Père a assuré de ses prières et de sa proximité pour le pays et les « familles qui ont perdu leur enfant dans les manifestations ». Avec les fidèles place Saint-Pierre, il a ainsi récité l’Ave Maria.

(Avec R. V.)

Jeudi 29 Juin 2017

Confession, persécution et prière : ce sont les trois mots qui ont été au cœur de l’homélie du Pape François lors de la messe qu’il a célébrée en la Solennité des saints Pierre et Paul ce jeudi matin place Saint-Pierre.

En présence des nouveaux archevêques métropolitains nommés pendant l’année et en présence des cinq nouveaux cardinaux créés la veille, ainsi que des membres de la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, le Pape a demandé à l’ensemble des fidèles, si notamment, ils étaient devenus des « chrétiens de salon ».

Quand Pierre répond que Jésus est le Fils du Dieu vivant, il donne une réponse de vie affirme le Pape. C’est ce genre de réponse entière que François nous exhorte à donner. Il nous demande de devenir des « apôtres en chemin qui confessent Jésus par la vie parce qu’ils l’ont dans le cœur », et non des « chrétiens de salon qui bavardent sur la manière dont vont les choses dans l’Église et dans le monde ».

Celui qui confesse Jésus, insiste François, « ne peut pas croire de manière tiède », « il doit risquer de prendre le large, renouvelant chaque jour le don de soi ». Il suit également Jésus jusqu’à la fin sur son chemin, celui « de la vie nouvelle, de la joie et de la résurrection, le chemin qui passe aussi par la croix et par les persécutions ».

Les persécutions, elles, n’ont pas visé que Pierre et Paul. « Aujourd’hui aussi, souligne le Pape, en diverses parties du monde, parfois dans un climat de silence – un silence souvent complice – beaucoup de chrétiens sont marginalisés, calomniés, discriminés, faits l’objet de violences même mortelles, souvent en l’absence d’engagement de la part de ceux qui pourraient faire respecter leurs droits sacrosaints ».

Tous supportent le mal, à l’image de Paul. Car « supporter, explique le Pape, c’est imiter Jésus : c’est porter le poids, le porter sur ses épaules pour lui et pour les autres » ; « c’est accepter la croix ». « Supporter, poursuit François, c’est savoir vaincre avec Jésus à la manière de Jésus, non pas à la manière du monde ».

Le Pape est enfin revenu sur le mot prière. C’est « l’eau indispensable qui nourrit l’espérance et fait grandir la confiance » explique-t-il. « Dans l’Église c’est la prière qui nous soutient tous et nous fait surmonter les épreuves ». « Sans prière les prisons intérieures qui nous retiennent captifs ne s’ouvrent pas », continue-t-il. Et de souhaiter que dans l’Église, il y ait d’urgence, « des maîtres de prière » qui « vivent la prière ».

Découvrez l’homélie du Pape François dans son intégralité :

"La liturgie de ce jour nous offre trois mots essentiels pour la vie de l’Apôtre : confession, persécution, prière.

La confession est celle de Pierre dans l’Evangile, quand la question du Seigneur, de générale devient particulière. En effet, Jésus demande d’abord : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13). Chez la plupart des gens, il émerge de ce “sondage” que le peuple considère Jésus comme un prophète. Alors le Maître pose aux disciples la question vraiment décisive : « Et vous ? Que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » (v.15). A ce moment seul Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Voilà la confession : reconnaître en Jésus le Messie attendu, le Dieu vivant, le Seigneur de sa propre vie.

Cette question vitale, Jésus l’adresse aujourd’hui à nous, à nous tous, en particulier à nous pasteurs. C’est la question décisive, devant laquelle il n’y a pas de réponses de circonstance, parce que la vie est en jeu : et la question de la vie demande une réponse de vie. Car si l’on ne confesse pas Jésus Seigneur par sa propre vie, connaître les articles de foi sert à peu de choses. Aujourd’hui il nous regarde dans les yeux et demande : « Qui suis-je pour toi ? » Comme pour dire : « Suis-je encore, moi, le Seigneur de ta vie, la direction de ton cœur, la raison de ton espérance, ta confiance indestructible ? » Avec saint Pierre, renouvelons aujourd’hui, nous aussi, notre choix de vie comme disciples et apôtres. Passons de nouveau de la première à la seconde question de Jésus, pour être « à lui » non seulement en paroles, mais dans les faits et dans la vie.

Demandons-nous si nous sommes des chrétiens de salon, qui bavardent sur la manière dont vont les choses dans l’Eglise et dans le monde, ou plutôt des apôtres en chemin, qui confessent Jésus par la vie parce qu’ils l’ont dans le cœur. Celui qui confesse Jésus sait qu’il est tenu non seulement de donner son opinion mais de donner la vie ; il sait qu’il ne peut pas croire de manière tiède mais qu’il est appelé à “brûler” d’amour ; il sait que dans la vie il ne peut “se laisser vivre” ou s’installer dans le bien être, mais qu’il doit risquer d’avancer au large, renouvelant chaque jour le don de soi. Celui qui confesse Jésus fait comme Pierre et Paul : il le suit jusqu’à la fin ; non jusqu’à un certain point, mais jusqu’à la fin, et il le suit sur son chemin, non pas sur nos chemins. Son chemin est le chemin de la vie nouvelle, de la joie et de la résurrection, le chemin qui passe aussi par la croix et par les persécutions.

Voilà le second mot, persécutions. Ce ne sont pas seulement Pierre et Paul qui ont donné le sang pour le Christ, mais toute la communauté, au début, a été persécutée, comme le rappelle le Livre des Actes des Apôtres (cf. 12, 1). Aujourd’hui aussi, en diverses parties du monde, parfois dans un climat de silence – un silence souvent complice -, beaucoup de chrétiens sont marginalisés, calomniés, discriminés, faits l’objet de violences même mortelles, souvent en l’absence d’engagement de la part de ceux qui pourraient faire respecter leurs droits sacrosaints.

Mais je voudrais surtout souligner ce que l’Apôtre Paul affirme avant d’« être – comme il écrit – offert en sacrifice » (2Tm 4, 6). Pour lui, vivre c’était le Christ (cf. Ph 1, 21), et le Christ crucifié (cf. 1Co 2, 1), qui a donné sa vie pour lui (cf. Ga 2, 20). Ainsi, fidèle disciple, Paul a suivi le Maître en offrant lui aussi sa vie. Sans la croix il n’y a pas de Christ, mais sans la croix il n’y a pas non plus de chrétien. En effet, « c’est le propre de la vertu chrétienne, non seulement de faire le bien, mais aussi de savoir supporter les maux » (Augustin, Disc. 46, 13), comme Jésus. Supporter le mal, ce n’est pas seulement avoir de la patience et aller de l’avant avec résignation ; supporter, c’est imiter Jésus : c’est porter le poids, le porter sur ses épaules pour lui et pour les autres. C’est accepter la croix, allant de l’avant avec confiance parce que nous ne sommes pas seuls : le Seigneur crucifié et ressuscité est avec nous. Ainsi, avec Paul nous pouvons dire qu’ « en toute circonstance nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés » (2Co 4, 8-9).

Supporter, c’est savoir vaincre avec Jésus à la manière de Jésus, non pas à la manière du monde. Voilà pourquoi Paul – nous l’avons entendu – se considère comme un vainqueur qui va recevoir la couronne (cf. 2Tm 4, 8) et il écrit : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (v. 7). L’unique conduite de son bon combat a été de vivre pour : non pour lui-même mais pour Jésus et pour les autres. Il a vécu “en courant”, c’est-à-dire sans s’épargner, mais au contraire en se consumant. Il dit avoir gardé une chose : non pas la santé, mais la foi, c’est-à-dire la confession du Christ. Par amour pour lui, il a vécu les épreuves, les humiliations et les souffrances, qu’il ne faut jamais rechercher mais accepter. Et ainsi, dans le mystère de la souffrance offerte par amour, en ce mystère que tant de frères persécutés, pauvres et malades incarnent encore aujourd’hui, resplendit la force salvifique de la croix de Jésus.

Le troisième mot est prière. La vie de l’Apôtre, qui jaillit de la confession et débouche en offrande, se déroule tous les jours dans la prière. La prière est l’eau indispensable qui nourrit l’espérance et fait grandir la confiance. La prière fait que nous nous sentons aimés et nous permet d’aimer. Elle nous fait aller de l’avant dans les moments sombres, car elle allume la lumière de Dieu. Dans l’Eglise c’est la prière qui nous soutient tous et nous fait surmonter les épreuves. Nous le voyons encore dans la première lecture : « Tandis que Pierre était ainsi détenu dans la prison, l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance » (Ac 12, 5). Une Eglise qui prie est gardée par le Seigneur et marche en sa compagnie. Prier c’est lui confier le chemin pour qu’il en prenne soin. La prière est la force qui nous unit et nous soutient, le remède contre l’isolement et l’autosuffisance qui conduisent à la mort spirituelle. Car l’Esprit de vie ne souffle pas si l’on ne prie pas, et sans prière les prisons intérieures qui nous retiennent captifs ne s’ouvrent pas.

Que les saints Apôtres nous obtiennent un cœur comme le leur, fatigué et pacifié par la prière : fatigué parce qu’il demande, frappe et intercède, chargé de beaucoup de personnes et de situations à confier ; mais en même temps pacifié, parce que l’Esprit apporte consolation et force quand on prie. Combien il est urgent dans l’Eglise d’avoir des maîtres de prière, mais avant tout d’être des hommes et des femmes de prière, qui vivent la prière !

Le Seigneur intervient quand nous prions, lui qui est fidèle à l’amour que nous lui avons confessé et qui nous est proche dans les épreuves. Il a accompagné le chemin des Apôtres et il vous accompagnera vous aussi, chers frères Cardinaux, ici réunis dans la charité des Apôtres qui ont confessé la foi par le sang. Il sera aussi proche de vous, chers frères Archevêques qui, en recevant le Pallium, serez confirmés à vivre pour le troupeau, en imitant le Bon Pasteur qui vous soutient en vous portant sur ses épaules. Que le Seigneur lui-même, qui désire ardemment voir tout son troupeau réuni, bénisse et garde aussi la Délégation du Patriarche Œcuménique, et le cher frère Bartholomée, qui l’a envoyée en signe de communion apostolique. "

Après la messe, le Saint-Père a récité l’angélus  :

Dans son commentaire de l’Évangile de ce jeudi 29 juin 2017, il est revenu sur les deux « libérations » des deux saints. Elles révèlent « le chemin commun des deux Apôtres qui furent envoyés par Jésus pour annoncer l’Évangile dans des environnements difficiles et dans certains cas, hostiles », a expliqué François.

Ces deux exemples nous parlent à nous, aujourd’hui et nous disent que « le Seigneur est toujours à notre côté, qu’il marche avec nous, qu’il ne nous abandonne jamais » a précisé le Pape. « Dieu nous tend la main, particulièrement quand nous traversons des épreuves, il nous vient en aide et nous libère des menaces de nos ennemis » a-t-il poursuivi. Mais, met-il en garde, « notre vrai ennemi est le péché ».

Heureusement, via le sacrement de la pénitence, « en recevant la grâce du pardon, nous sommes libérés des liens du mal et allégés du poids de nos erreurs. Ainsi nous pouvons continuer notre parcours de joyeux annonciateurs et témoins de l’Évangile, démontrant que nous, les premiers, nous avons reçu la miséricorde ».

Après la prière, le Pape est revenu sur la célébration de la matinée, lors de laquelle il a béni les palliums des archevêques métropolitains nommés au cours de l’année. Il les a encouragés à « poursuivre avec joie leur mission au service de l’Évangile, en communion avec toute l’Église ». Il a également salué la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople dont la « présence est le signe des liens fraternels existant entre nos Églises ».

Les cinq nouveaux cardinaux sont :

- Mgr Jean Zerbo, archevêque de Bamako, au Mali
- Mgr Juan José Omella, archevêque de Barcelone, en Espagne
- Mgr Anders Arborelius, ocd, évêque de Stockholm, en Suède
- Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, évêque titulaire d’Acque nuove di Proconsolare, vicaire apostolique de Paksé, au Laos
- Mgr Gregorio Rosa Chávez, évêque titulaire de Mulli, auxiliaire de l’archidiocèse de San Salvador, au San Salvador

Le Collège cardinalice compte dorénavant 225 membres dont 121 électeurs.

(Avec R. V.)

Mercredi 28 juin 2017

Le Pape François a tenu sa dernière audience générale avant la pause estivale sur le thème de l’espérance chrétienne, force des martyrs : il a expliqué dans sa catéchèse que les « chrétiens sont des hommes et des femmes à contre-courant », qui doivent être humbles et pauvres, détachés des richesses et du pouvoir, et de soi-même

« L’unique force du chrétien est l’évangile », a-t-il souligné, ajoutant « La persécution n’est pas en contradiction avec l’Évangile, elle en fait partie ». « S’ils ont persécuté notre Maître, comment pouvons-nous espérer être épargnés par la lutte ? » s’est-il interrogé. Pas question cependant de céder à la tentation du mal car « pour vaincre le mal, on ne peut pas partager les méthodes du mal ».

« Les chrétiens, poursuit le Pape, doivent toujours se faire trouver sur l’autre versant du monde, celui choisi par Dieu : pas persécuteurs mais persécutés ; pas arrogants mais doux ; pas fumistes mais soumis à la vérité ; pas imposteurs mais honnêtes ». C’est dans cette perspective que « les chrétiens répugnent à l’idée que les auteurs d’attentats suicide puissent être appelés “martyrs” : il n’y a rien dans leur fin qui puisse s’approcher au comportement des enfants de Dieu », a encore réaffirmé François.

C’est ce style de vie fidèle à Jésus qui sera appelé par les premiers chrétiens d’un « très beau nom : “martyre” qui signifie “témoignage” », explique François. « Les martyrs ne vivent pas pour eux, ils ne combattent pas pour affirmer leurs propres idées, ils acceptent de devoir mourir pour rester fidèles à l’évangile », détaille-t-il. Mais, précise-t-il, ce n’est pas « l’idéal suprême de la vie chrétienne parce qu’au-dessus il y a la charité, c’est-à-dire l’amour vers Dieu et vers son prochain ».

Le Pape a enfin rappelé que les martyrs d’aujourd’hui étaient plus nombreux que ceux des premiers temps du christianisme. Dans tous les cas, confesse-t-il, « on reste étonné face à la force avec laquelle ils ont affronté leur épreuve. Cette force est le signe de la grande espérance qui les anime : l’espérance certaine que rien ni personne ne pouvaient les séparer de l’amour de Dieu qui nous a été donné en Jésus Christ ».

Les audiences générales reprendront le mercredi 2 août.

(Avec R. V.)

Dimanche 25 juin 2017

Lors de la traditionnelle prière de l’Angélus, devant quelques milliers de fidèles rassemblés Place Saint-Pierre malgré la chaleur accablante, le Pape François est revenu sur l’Évangile du jour, tiré du 10e chapitre de saint Luc, dans lequel le Christ prévient ses disciples des persécutions qu’ils rencontreront, tout en les appelant à ne pas avoir peur.

Le Pape a mis en évidence l’actualité de ces paroles de Jésus : « Aller en mission n’est pas faire du tourisme, et Jésus prévient les siens : "Vous trouverez des persécutions" ».

Il s’est appuyé sur l’Évangile du jour et sur la réalité historique du christianisme pour rappeler que « l’envoi en mission de la part de Jésus ne garantit pas aux disciples le succès, ni ne les met à l’abri des échecs et des souffrances. » Suivre le Christ, c’est en effet vivre la même expérience que Jésus, qui « a été persécuté par les hommes, a connu le rejet, l’abandon et la mort sur la croix ».

Et pourtant, Dieu « n’abandonne pas ses enfants à l’heure de la tempête ». Il rassure ses disciples en leur disant « N’ayez pas peur ! ». Cet appel s’adresse aujourd’hui à ceux qui vivent des persécutions très concrètes, immédiates, mais aussi à ceux qui vivent dans des contextes apparemment tranquilles mais marqués par l’indifférence. « Dieu nous envoie comme des sentinelles au milieu de gens qui ne veulent pas être réveillés de leur torpeur mondaine, qui ignorent les paroles de Vérité de l’Évangile, en se construisant leurs propres vérités éphémères », a expliqué le Pape.

Face aux attaques, mais aussi, parfois, face à ceux qui nous ignorent ou qui nous sourient de façon hypocrite, il faut garder son ancrage en Jésus. « Il ne nous laisse pas seuls parce que nous sommes précieux pour lui », il nous accompagne toujours, a répété le Pape, rappelant que ce qui compte aux yeux de Dieu, ce ne sont pas nos réussites, mais notre fidélité.

Reprenant la parole après la prière de l’Angélus, le Pape a exprimé sa « proximité pour la population du village chinois de Xinmo », dévasté samedi par un glissement de terrain. Se recueillant en silence, le Pape a assuré de sa prière pour les défunt, les blessés, et ceux qui ont perdu leur maison. Il a demandé à Dieu de réconforter les familles et de soutenir les secouristes.

Le Saint-Père a aussi évoqué la béatification ce dimanche à Vilnius, en Lituanie, de l’évêque Teofilius Matulionis, « tué en haine de la foi » en 1962, au temps du communisme soviétique, alors qu’il avait près de 90 ans. « Rendons grâce à Dieu pour le témoignage de ce fervent défenseur de la foi et de la dignité de l’homme » a déclaré le Pape, qui a demandé à la foule rassemblée Place Saint-Pierre de l’applaudir, lui et le peuple lituanien.

Enfin le Pape a salué les pèlerins présents à Rome, notamment un groupe de fidèles de l’Église gréco-catholique ukrainienne, venus d’Ukraine et de Biélorussie pour le 150e anniversaire de la canonisation de saint Josaphat. Le Pape a dit s’unir spirituellement à la Divine Liturgie célébrée ce dimanche à la basilique Saint-Pierre, avec l’archevêque majeur et les évêques de cette Église, « invoquant du Seigneur pour chacun le courage du témoignage chrétien et le don de la paix pour la bien-aimée terre ukrainienne ».

Enfin, parmi les groupes présents, le Pape François a notamment salué les pèlerins venus de Montpellier et de Corse.

(R. V.)

Mercredi 21 juin 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi, place Saint-Pierre, son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne. Lors de l’audience générale, le Saint-Père est revenu sur notre vocation à la sainteté, pour rejoindre cette longue suite de « témoins et compagnons de l’espérance ».

« Le christianisme cultive une incurable confiance : il ne croit pas que les forces négatives et perturbatrices puissent prévaloir. » Pour le Pape, ni la mort, ni la guerre n’ont le dernier mot et les saints, cette « multitude de témoins » nous disent « que la vie chrétienne n’est pas un idéal inaccessible ». « Et en même temps, ils nous confortent : nous ne sommes pas seuls ».

Au contraire, ils nous accompagnent, tout au long de notre vie. Et le Pape de lister les sacrements où l’on invoque l’intercession des saints : le baptême, pour la première fois, le mariage, parce qu’on a « besoin de la grâce du Christ et de l’aide des saints pour pouvoir vivre la vie matrimoniale pour toujours ». « Pour toujours », insiste le Pape, et non « tant que dure l’amour ».

Mais aussi durant l’ordination sacerdotale, où la litanie des saints retentit lorsque le futur prêtre est allongé, face contre terre. « Un homme resterait écrasé sous le poids de la mission qui lui est confiée, mais en entendant que tout le paradis est à ses côtés, que la grâce de Dieu ne manquera pas parce que Jésus reste toujours fidèle, alors on peut partir serein et rassuré. Nous ne sommes pas seuls. »

Si pour le Pape nos forces sont « faibles », le mystère de la grâce présent dans la vie chrétienne, lui, est « puissant ». « Dieu ne nous abandonne jamais : chaque fois que nous aurons besoin, un de ses anges viendra nous relever et nous apporter consolation. “Des anges” avec parfois un visage et un cœur humain, parce que les saints de Dieu sont toujours ici, cachés parmi nous. » Le PapeFrançois insiste : les saints sont présents dans notre vie, « même si c’est difficile à comprendre et aussi à imaginer »
Il souhaite ainsi que le Seigneur nous donne tous « l’espérance d’être des saints », car la sainteté est accessible « dans la vie de tous les jours ». En priant toute la journée ? Non, soutient le Pape, mais en vaquant à nos activités quotidiennes « avec le cœur ouvert vers Dieu, afin que le travail, même dans la maladie et la souffrance, même dans la difficulté, soit ouvert à Dieu. C’est ainsi que l’on peut devenir saint (...) parce que le Seigneur nous aide ».

À la fin de l’audience générale, le Saint-Père a lancé un nouvel appel pour les migrants. Deux jours après avoir rencontré une trentaine de réfugiés hébergés dans le diocèse de Rome et au lendemain de la Journée mondiale du Réfugié, il a fait part de sa « sincère reconnaissance » à la campagne « J’étais étranger – L’humanité qui fait du bien », soutenue par la Caritas, la Fondation Migrantes et divers organisations catholiques. Cette campagne défend une loi italienne d’initiative populaire concernant l’immigration, basée sur l’accueil, le travail et l’inclusion.

(Avec R. V.)

Dimanche 18 juin 2017

En cette journée où nous célébrons le Corpus Domini, le sacrement du Corps et du Sang du Christ, le Pape François lors de l’angélus, de ce dimanche, a insisté sur « la beauté de l’Eucharistie » instituée par Jésus lors de la dernière Cène, « mystère central de la foi ». Prenant appui sur le passage de l’Évangile du jour selon Saint Jean lorsque Jésus disait à la foule : “Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel”, le Saint-Père a invité les fidèles à « s’abandonner à Jésus avec confiance et à se laisser conduire par Lui ».

« Qui se nourrit de l’Eucharistie demeure en Jésus et vit par Lui. Assimiler Jésus signifie être en Lui ». Le Pape rappelle que dans l’Eucharistie « le Christ s’offre lui-même comme force spirituelle pour nous aider à mettre en pratique son commandement » d’amour, « construisant des communautés accueillantes et ouvertes à tous en particulier aux plus fragiles et pauvres ».

Dans l’Eucharistie, souligne le Saint-Père, « Jésus est à nos côtés, pèlerins dans l’Histoire pour alimenter en nous la foi, l’espérance et la charité ; pour nous réconforter dans les épreuves et nous soutenir dans l’engagement en faveur de la justice et la paix ». Et cette « présence solidaire du Fils de Dieu est partout : dans les villes et dans les campagnes, au Nord et au Sud du monde, dans les pays de tradition chrétienne et dans ceux de première évangélisation ». Une exhortation du Pape à « accueillir Jésus à la place de notre propre moi » afin que « l’amour gratuit reçu du Christ dans la communion eucharistique (…) alimente notre amour pour Dieu » et pour notre prochain.

Au terme le de l’angélus, le Pape a rappelé qu’il présidera ce dimanche soir, en la Fête-Dieu, une messe sur le parvis de la basilique Saint-Jean-de-Latran, suivie d’une procession jusqu’à la basilique Sainte-Marie-Majeure. Le Saint-Père a invité tous les fidèles à y participer, « même spirituellement » aidés « par la radio et la télévision ». « Je pense en particulier, a-t-il dit, aux communautés de cloitrées, aux personnes malades et aux prisonniers ».

(Avec R. V.)

Mercredi 14 Juin 2017

Lors de l’audience générale tenue ce mercredi Place Saint-Pierre sous une très forte chaleur qui a contraint le personnes les plus fragiles à trouver abri en salle Paul VI, le Pape a poursuivi sa série d’enseignement sur l’espérance en s’arrêtant cette fois sur la parabole de l’Enfant prodigue, racontée dans le 15ème chapitre de l’Évangile selon saint Luc. Il a rappelé que l’amour filial est une expression de l’amour chrétien.

« Aucun de nous ne peut vivre sans amour. Et un mauvais esclavage dans lequel nous pouvons tomber est celui de croire que l’amour soit mérité. » Avec cette entrée en matière, le Pape s’est arrêté sur les impasses de ce que la société appelle l’amour, mais qui prend parfois des visages trompeurs : « Beaucoup de personnes aujourd’hui cherchent une visibilité seulement pour compenser un vide intérieur (…) De nombreux narcissismes naissent d’un sentiment de solitude, du sentiment d’être orphelin. » Mais en fait, tous ces comportements qui peuvent sembler inexplicables expriment seulement une question : « Est-ce que je suis digne d’être aimé ? »

Derrière tellement de formes de haine sociale et de banditisme il y a souvent un cœur qui n’a pas été reconnu, a encore souligné le Pape, en remarquant qu’il n’existe « pas d’enfants mauvais ou d’adolescents totalement méchants », mais il existe surtout des « personnes malheureuses ». Parfois il suffit de peu pour trouver « une voie de sortie » : un sourire donné gratuitement peut changer la vie de celui qui était « fermé dans la tristesse ».

L’amour de Dieu est inconditionnel et n’est pas lié à nos mérites, à l’image du père de l’enfant prodigue : « Quand il était encore loin, son père le vit, et eut compassion », est-il écrit dans l’Évangile. C’est cet amour filial, plus grand que tous les conflits et ressentiments, qui exprime le mieux l’amour de Dieu pour tous. Le Pape s’est souvenu de toutes ces mamans de prisonniers qu’il rencontrait lors de ses visites en prison : leur amour pour leur fils était inconditionnel. Aucun péché, aucune erreur ne pouvait annuler leur amour.

En effet, « l’amour appelle l’amour, d’une façon plus forte que la haine n’appelle la mort. Jésus n’est pas mort et ressuscité pour lui-même, mais pour nous, pour que nos péchés soient pardonnés. C’est donc un temps de résurrection pour tous : le temps de soulager les pauvres du découragement, surtout ceux qui gisent dans le sépulcre depuis un temps bien plus long que trois jours. Que souffle ici sur nos visages, un vent de libération. Que germe ici le don de l’espérance. Et l’espérance est celle de Dieu le Père qui nous aime comme nous le sommes : il nous aime tous et toujours », a conclu le Saint-Père.

Au terme de son audience, le Pape François a évoqué la mémoire liturgique, célébrée hier 13 juin, de saint Antoine de Padoue, « saint patron des pauvres et des souffrants ». Il a invité les jeunes à « imiter la droiture de sa vie chrétienne », les malades à ne pas se fatiguer de demander son intercession à Dieu le Père pour ce dont ils ont besoin, et enfin aux nouveaux époux de se mettre à son école dans la connaissance de la Parole de Dieu.

(Avec R. V.)

Mercredi 7 juin 2017

« A notre époque, chrétiens, musulmans et juifs, nous avons tant besoin de prier pour la paix ». A l’issue de l’audience générale, le Pape a marqué son adhésion à une initiative argentine intitulée « Une minute pour la paix ». Celle-ci appelle demain jeudi, à 13 heures, à prier et à se faire promoteurs de paix à l’occasion du 3ème anniversaire de la rencontre, au Vatican, entre le Pape et les présidents israélien et palestinien, Shimon Peres et Mahmoud Abbas, en 2014. Le Pape nous appelle à prendre « ce petit moment de prière » pour la paix.

C’est justement de la prière dont parle le Pape dans sa catéchèse ce mercredi place Saint-Pierre. La prière de Jésus qui exerce une telle fascination sur les Apôtres, qui demandent au Christ d’y être introduits.

Jésus leur transmet ce qui deviendra « la prière chrétienne par excellence » : le ’Notre Père’. Jésus nomme Dieu du nom de ‘Père’. Il a le « courage » de le faire. Cela ne va pas de soi, explique François. En effet, « nous serions tentés d’utiliser des titres plus élevés et qui nous semblent plus conforme à la transcendance divine ». Mais, souligne-t-il, le mot ‘Père’ place dans une relation de confiance avec lui ; comme un enfant qui s’adresse à son papa et se sait aimé de lui, protégé par lui. « C’est la grande révolution que le christianisme introduit dans la psychologie religieuse de l’homme ». Le mystère de Dieu qui toujours nous fascine et nous fait nous sentir petit, mais qui ne nous fait plus peur, qui ne nous écrase pas, ni nous angoisse.

Cette révolution est parfois compliquée à accepter, reconnait François. Les femmes face au tombeau vide sont parties en courant effrayées, mais Jésus nous révèle que Dieu est un Père bon, et nous dit de ne pas avoir peur.

Evoquant la parabole du Fils prodigue (Lc 15,11-32), le Pape rappelle que Dieu est miséricordieux. Dieu est un père qui n’applique pas les critères de la justice humaine. Quand son fils rentre au foyer, son père sent le besoin de pardonner, d’embrasser ce fils qui lui a tant manqué. « C’est un père bon, sans défense face au libre arbitre de l’homme, et uniquement capable de conjuguer le verbe ’aimer’ ».

Ainsi, conclut le Pape, « que nous soyons au loin, hostiles ou que nous nous proclamions sans Dieu, nous ne sommes jamais seuls ». Et cette certitude est « la source de notre espérance ». Quand nous avons besoin d’aide, Jésus ne nous demande pas de nous résigner ou de nous fermer en nous-mêmes, mais de nous tourner vers le Père. Eau, nourriture, travail, santé, besoin d’être pardonné ou de résister à la tentation : « en toute circonstance nous avons un Père qui nous regarde avec amour et ne nous abandonne pas ». Ensemble, le Pape et les fidèles, ont finalement récité le ‘Notre Père’.

(Avec R. V.)

Dimanche 4 Juin 2017

Le Pape François a célébré la messe de Pentecôte ce dimanche 4 juin place Saint-Pierre au Vatican, devant des milliers de fidèles. Sous le soleil romain, le Saint-Père a rappelé le sens de cette fête, cinquante jours après Pâques. L’Esprit Saint qui est descendu sur les apôtres ce jour-là est l’Esprit créateur qui « réalise toujours des choses nouvelles ». Ainsi, deux nouveautés ressortent de ces lectures de la Pentecôte : un peuple nouveau et un cœur nouveau.

Le jour de la Pentecôte, « l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ». C’est la première nouveauté réalisée par l’Esprit Créateur, a commencé le Pape François. Un peuple nouveau, car le jour de la Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de langues de feu, pour se poser sur chacun. Tous ainsi remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, raconte le Saint-Père. C’est « l’action de l’Esprit, qui met tout le monde en communication ». C’est un don fait à chacun qui « réunit tout le monde dans l’unité » et recompose l’harmonie. « En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : c’est l’Église universelle ». L’Esprit fait « en sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence » explique le Pape.

Mais il met en garde, car il y a deux tentations récurrentes qu’il faut éviter pour préserver cette unité vraie. « La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité », par exemple en voulant se distinguer, en créant des coalitions ou se raidissant sur ses positions, « en jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison » avec ce comportement, dénonce François, « on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de ‘‘Jésus’’ ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité ». L’autre tentation à éviter, c’est celle de « chercher l’unité sans la diversité », car l’unité devient alors uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière, qui élimine toute liberté.

Pour vivre cette unité multiforme, il faut aussi demander à l’Esprit Saint « un cœur qui sente l’Église, notre mère et notre maison ». Un cœur nouveau, c’est la deuxième nouveauté réalisée par l’Esprit de la Pentecôte, poursuit le Pape, car c’est l’Esprit du pardon des péchés, premier don de Jésus Ressuscité. « Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : c’est le pardon » a expliqué le Saint-Père. Cet « Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, pousse à refuser les voies du jugement ou de la critique », mais « à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain et de la charité ».

Retrouvez le texte intégral de l’homélie du Saint-Père :

" Se conclut aujourd’hui le temps de Pâques, cinquante jours qui, de la Résurrection de Jésus à la Pentecôte, sont marqués de manière spéciale par la présence de l’Esprit Saint. C’est lui, en effet, le Don pascal par excellence. C’est l’Esprit créateur, qui réalise toujours des choses nouvelles. Deux nouveautés nous sont montrées dans les Lectures d’aujourd’hui : dans la première, l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ; dans l’Évangile, il crée dans les disciples un cœur nouveau.

Un peuple nouveau. Le jour de Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa sur chacun […]. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 3-4). La Parole de Dieu décrit ainsi l’action de l’Esprit, qui se pose d’abord sur chacun et ensuite met tous en communication. Il fait à chacun un don et réunit tous dans l’unité. En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : l’Église universelle. D’abord, avec imagination et de manière imprévisible, il crée la diversité ; à chaque époque, en effet, il fait fleurir des charismes nouveaux et variés. Ensuite, le même Esprit réalise l’unité : il relie, réunit, recompose l’harmonie : « Par sa présence et son action, il réunit dans l’unité les esprits qui sont distincts les uns des autres et séparés » (Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean, XI, 11). En sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence.

Pour réaliser cela, il convient de nous aider à éviter deux tentations récurrentes. La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s’enferme dans des particularismes propres, jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison. Alors, on choisit la partie, non le tout, l’appartenance à ceci ou à cela avant l’appartenance à l’Église ; on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de Jésus ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité. La tentation opposée est en revanche celle de chercher l’unité sans la diversité. Cependant, ainsi, l’unité devient uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l’unité finit par être homologation et il n’y a plus de liberté. Mais, dit saint Paul, « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Notre prière à l’Esprit Saint, c’est alors de demander la grâce d’accueillir son unité, un regard qui embrasse et aime, au-delà des préférences personnelles, son Église, notre Église ; de prendre en charge l’unité de tous, de mettre fin aux bavardages qui sèment la division et aux envies qui empoisonnent, car être des hommes et des femmes d’Église signifie être des hommes et des femmes de communion ; c’est de demander également un cœur qui sente l’Église notre mère et notre maison : la maison accueillante et ouverte, où on partage la joie multiforme de l’Esprit Saint.

Et venons-en à la seconde nouveauté : un cœur nouveau. Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas.

L’Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, nous pousse à refuser d’autres voies : celles hâtives de celui qui juge, celles sans issue de celui qui ferme toutes les portes, celles à sens unique de celui qui critique les autres. L’Esprit nous exhorte, au contraire, à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain, de la charité comme « unique critère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou pas changé » (Isaac de l’Étoile, Discours 31). Demandons la grâce de rendre toujours plus beau le visage de notre Mère l’Église en nous renouvelant par le pardon et en nous corrigeant nous-mêmes : ce n’est qu’alors que nous pourrons corriger les autres dans la charité.

Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : ‘‘Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes ! Amen’’.

Prière du Regina Coeli

Le Pape François, à la fin de la messe lors de la prière du Regina Caeli, est revenu sur l’attentat de Londres qui a frappé la capitale britannique la veille au soir. Le samedi 3 juin vers 22h, trois hommes ont tué au moins sept personnes et blessés 48 dans le quartier du London Bridge, en fonçant avec une camionnette sur les piétons puis en menant des attaques au couteau dans le quartier très vivant du Borough Market. Ils ont été abattus par les policiers. Une attaque qualifiée de terroriste très rapidement par la police et la première ministre Theresa May. La campagne électorale des législatives anticipées du 8 juin a été suspendue dès le lendemain. Cette tragique attaque intervient moins de deux semaines après l’attentat à la sortie d’un concert à Manchester qui a fait 22 morts.

« L’Esprit Saint soutient la mission de l’Église dans le monde entier et donne force à tous les missionnaires de l’Évangile » a souligné le Saint-Père, mais aussi « paix au monde ; guérit les plaies de la guerre et du terrorisme, qui a encore cette nuit à Londres, touché des civils innocents ». « Nous prions pour les victimes et les familles » a ajouté le Pape.

Le Pape a aussi salué les pèlerins provenant du monde entier, en particulier pour le Renouveau charismatique catholique qui fête les 50 ans de sa fondation. Le Saint-Père s’est adressé à eux samedi 3 juin lors d’une grande veillée à Rome.

Le Saint-Père a enfin rappelé son message pour la prochaine Journée missionnaire mondiale, qui est célébrée chaque année au mois d’octobre. Le thème cette année est « la mission au cœur de la foi chrétienne ».

(Avec R. V.)

Mercredi 31 mai 2017

Lors de l’audience générale, Place St Pierre, le Pape François a affirmé que l’Esprit-Saint nous rend capables d’espérer et fait de nous des "semeurs d’espérance", des consolateurs auprès des plus pauvres et des personnes rejetées. A quatre jours de la Pentecôte, et devant des milliers de pèlerins venus à Rome pour fêter le Jubilé d’Or du Renouveau charismatique, il a centré sa catéchèse sur le rapport entre l’Esprit-Saint et l’espérance chrétienne.

L’espérance est comme une voile, affirme le Pape : « elle recueille le vent de l’Esprit et le transforme en force motrice qui pousse le bateau vers le large ou vers le rivage ». Saint Paul, dans la lettre aux Romains souhaite que « nous débordions d’espérance par la puissance de l’Esprit-Saint ». Déborder d’espérance, explique le Saint-Père, signifie ne jamais se décourager. Et c’est justement l’Esprit-Saint qui rend possible cette espérance invisible, car il atteste à notre esprit que « nous sommes enfants de Dieu et ses héritiers ». L’Esprit de Dieu qui est en nous « nous pousse en avant, et c’est pour cela que l’espérance ne déçoit pas ».

Mais l’Esprit-Saint ne nous rend pas seulement capables d’espérer, il fait de nous des « semeurs d’espérance ». « Un chrétien peut semer l’amertume, il peut semer la perplexité, mais si tu fais cela, tu n’es pas un bon chrétien », a mis en garde le Pape .Le chrétien doit au contraire « semer l’huile et le parfum de l’espérance, et non le vinaigre de l’amertume et de la désespérance ».

L’Esprit-Saint fait également de nous des paraclets, c’est-à-dire des défenseurs de nos frères, les pauvres et les exclus. Et le Pape d’insister : « ce que l’Esprit-Saint fait pour chacun de nous, qui sommes ici sur cette Place, nous devons le faire pour ceux qui souffrent le plus », avant de souhaiter que la fête de la Pentecôte, « qui est l’anniversaire de l’Eglise », fasse des croyants des semeurs d’espérance pour tous ceux qui en ont besoin.

Le Pape François dénonce l’attentat de Kaboul

A près avoir pris connaissance de l’attentat qui a eu lieu ce mercredi 31 mai 2017 à Kaboul, le Pape François a dénoncé cette attaque « abjecte » . L’explosion d’un camion piégé dans un quartier diplomatique et très sécurisé de la capitale afghane a causé la mort d’au moins 80 personnes ; on déplore également des centaines de blessés.

Dans un télégramme signé par le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, le Souverain Pontife exprime ses « plus sincères condoléances à tous ceux qui ont été frappés par cet acte de violence brutale ». Il confie « les âmes des défunts à la grâce du Tout-puissant et assure le peuple afghan qu’il continue de prier pour la paix ».

Cet attentat, particulièrement meurtrier, a été commis en pleine heure de pointe, dans une rue fréquentée, proche de l’ambassade allemande. Selon une source citée par l’agence France presse, « l’explosion a été causée par une citerne à eau qui contenait plus d’une tonne et demi d’explosifs. Elle a laissé un cratère de 7 mètres de profondeur ».

Les Talibans, qui ont lancé il y a quelques semaines leur « offensive de printemps », affirment ne pas être à l’origine de cet attentat.

(Avec R. V.)

Dimanche 28 Mai 2017

A l’issue de la prière du Regina Caeli, le Pape François a une nouvelle fois fait part de ses pensées après les récents attentats terroristes en Egypte et à Manchester. Il est également revenu sur la 51ème Journée mondiale des communications sociales fêtée par l’Eglise en ce dimanche.

« Je souhaite de nouveau exprimer ma proximité à mon cher frère le Pape Tawadros II et à toute la nation égyptienne, qui il y a deux jours a subi un autre acte de violence féroce, a dit François depuis la fenêtre du palais apostolique. Les victimes, a rappelé le Saint-Père, parmi lesquelles des enfants, étaient des fidèles et se rendaient dans un sanctuaire pour prier, ils ont été tués après qu’ils aient refusé de renier leur foi chrétienne. Que le Seigneur accueille dans sa paix ces courageux témoins, ces martyrs, et convertisse les cœurs des terroristes. » Quelques heures après ce nouvel attentat visant la communauté chrétienne en Egypte, le Souverain pontife avait envoyé un télégramme au président égyptien Al Sissi pour lui faire part de sa peine. 29 personnes avaient été tuées.

Le Pape a également demandé de prier pour les victimes « de l’horrible attentat » perpétré le 22 mai à Manchester, « où tant de jeunes vies ont été cruellement brisées. « Je suis proche de leurs familles et de tous ceux qui pleurent leur disparition » a-t-il dit. Au lendemain de cet attentat, le Pape avait dénoncé une « attaque barabare ». L’explosion d’un kamikaze avait fait 22 morts et 116 blessés.

L’attentat de Manchester comme l’attaque qui a visé les coptes vers la ville de Minya en Moyenne-Egypte ont été revendiqués par le groupe état islamique.

Le Pape François a également évoqué la 51ème Journée mondiale des Communications sociales que l’Eglise fête ce dimanche 28 mai 2017. Le thème choisi cette année : « Ne crains pas, car je suis avec toi » (Is,43,5). « Les moyens de communication offrent la possibilité de partager et d’étendre en un instant les nouvelles de manière capillaire » a rappelé François. « Ces nouvelles peuvent être belles ou laides, vraies ou fausses » et ainsi le Pape invite à prier « pour que les communications, sous toutes ses formes, soient effectivement constructives, au service de la vérité en refusant les préjugés, et qu’elles diffusent de l’espérance et de la confiance en ce monde ».

Le Pape François avait célébré samedi en fin d’après-midi la messe au parc des expositions « Fiera del Mare », de Gênes, au bord de la Méditerranée, dernier temps fort de cette visite pastorale dans la capitale ligurienne. Une eucharistie célébrée en présence de plus de 60 000 personnes sous un soleil éclatant.

Dans son homélie, le Pape est revenu sur le pouvoir de Jésus, la force de Dieu, à travers les textes de l’Ascension du Seigneur. « Aujourd’hui nous célébrons ce mystère où Dieu unit le ciel et la terre », a dit le Saint-Père. Quand Jésus est monté vers le Père, notre chair humaine a traversé le seuil des Cieux, notre humanité est là, en Dieu, c’est là qu’est notre confiance parce que Dieu ne se fatigue jamais de l’homme.

Le pouvoir de Jésus n’est pas fini une fois qu’il est monté au Ciel a précisé le Pape, « il continue aujourd’hui et dure pour toujours ». Jésus est vraiment avec nous et pour nous, il est notre avocat a t-il expliqué. Le premier mot clé du pouvoir de Jésus est intercession , cette capacité d’intercéder, dans notre monde où l’on court , où l’on travaille, où tant de choses nous demandent des efforts, le monde en a besoin.

Le Pape qui dans cette homélie est revenu aussi sur le sens de la prière, qui n’est pas qu’un moyen pour trouver la paix intérieure, mais bien le fait de tout confier à Dieu. Notre pouvoir est dans la force douce de la prière a dit le Saint-Père. La prière n’est pas la tranquillité, mais la charité. Intercéder sans jamais se fatiguer, telle est notre responsabilité. « Comme Jésus intercède toujours pour nous auprès du Père, nous ses disciples ne nous fatiguons jamais de prier pour rapprocher la terre du Ciel ».

L’autre mot-clé de l’Evangile, est l’annonce, a poursuivi le Saint-Père. Le Seigneur nous envoie l’annoncer : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (MT, 28, 16-20). Jésus nous envoie, grâce à notre baptême à travers le monde, c’est un acte de grande confiance qu’il a envers nous : « Jésus croit en nous beaucoup plus que nous croyons en Lui ! ». Il est important pour Jésus que nous dépassions une grande imperfection qui est celle de la fermeture a aussi expliqué François. Il faut donc sortir : « Le Seigneur nous veut en sortie, libres des tentations de se contenter lorsque nous allons bien et que nous avons tout sous contrôle »

« Comme pour ses premiers disciples, nos lieux d’annonce sont les chemins du monde, a encore souligné le Saint-Père, comme avec eux, il désire que l’annonce soit portée avec sa force, non avec celle du monde, mais la force limpide et douce du témoignage joyeux, ceci est urgent » a-t-il conclu.

A l’issue de la cérémonie, le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de la ville, qui a concélébré, a remercié le Pape au nom de tous les Gênois, en lui demandant de ne "pas oublier sa ville de Gênes", au même titre que "sa Buenos Aires", allusion aux grands-parents italiens de Jorge Maria Bergoglio qui partirent de la ville pour migrer en Argentine. A l’issue de la messe, le Pape devait regagner l’aéroport de Gênes afin de rentrer au Vatican.

(Avec R. V.)

Mercredi 24 Mai 2017

Près de trente minutes d’entretien en privé, et une première rencontre ce mercredi : le président américain Donald Trump a été reçu ce matin par le Pape François au Vatican. Une rencontre très attendue, la première entre les deux hommes, qui a débuté dans une ambiance crispée avant d’afficher un plus franc sourire à l’issue de leur tête-à tête.

C’est en effet un Pape à la mine grave qui a accueilli le président américain, comme s’il était pressé de s’entretenir avec son hôte, à l’abri du regard des photographes. François et Donald Trump ont finalement passé une demi-heure en tête à tête. Au menu des discussions : l’engagement en faveur de la liberté religieuse et de conscience, mais aussi l’engagement de l’Eglise catholique américaine dans les domaines de la santé de l’éducation et de l’aide aux migrants.

Mais c’est bien la paix qui a dominé les entretiens à en croire les quelques images publiées lors de cette rencontre. Comme un symbole, le Pape a offert au président américain un médaillon représentant un olivier, symbole de paix et son message pour la journée mondiale de la paix, qu’il a signé personnellement. « Je vous le donne pour que vous soyez un instrument de paix » a dit le Pape a son hôte, qui rentre d’Arabie Saoudite après avoir signé un contrat record de ventes d’armes. « On a besoin de paix », a répondu le président américain.

Une rencontre qui malgré les différends s’est achevée dans une atmosphère plus détendue. « Je n’oublierai pas ce que vous avez dit » a affirmé Donald Trump au Souverain Pontife en le saluant, juste avant que le président américain ne s’entretienne avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège. Une rencontre de 50 minutes cette fois-ci, pour rentrer dans le vif des sujets.

(Avec R. V.)

Dimanche 21 Mai 2017

Lors de la prière du Regina Coeli, devant des milliers de fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape est revenu sur l’Évangile du jour, qui reprend le passage de la dernière Cène de Jésus avec ses disciples. A la fin de cette prière, il a annoncé la création de cinq nouveaux cardinaux.

Dans ce moment dramatique, juste avant sa passion et sa mort, Jésus promet à ses disciples qu’ils recevront « un autre Paraclet », c’est-à-dire un autre « avocat, défenseur et consolateur », qu’il ne ne les laissera pas orphelins. « Ces paroles transmettent la joie d’une nouvelle venue du Christ : ressuscité et glorifié, il demeure dans le Père, et en même temps, il vient à nous dans l’Esprit Saint ».

« Qui m’aime sera aimé de mon Père et moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui », promet le Christ à ses disciples. « Le Seigneur aujourd’hui nous appelle à répondre généreusement à l’appel évangélique à l’amour, en mettant Dieu au centre de notre vie et nous dédiant au service des frères, spécialement ceux qui ont le plus besoin de soutien et de consolation », a rappelé le Pape François.

« Une communauté de chrétiens doit donc vivre dans la charité du Christ », spécialement à l’égard des personnes spirituellement les plus faibles, a repris le Pape. « Combien d’entre elles se sont éloignées parce qu’elles ne se sont pas senties accueillies, comprises et aimées. Aussi pour un chrétien, savoir aimer n’est jamais une donnée acquise une fois pour toutes ; chaque jour, il faut recommencer, il faut s’exercer pour que notre amour envers les frères et les sœurs que nous rencontrons devienne mûr et purifié de ces limites ou péchés qui rendent partial, égoïste, stérile et infidèle. Chaque jour il faut essayer l’art d’aimer, chaque jour il faut suivre avec patience l’école du Christ, avec l’aide de l’Esprit », a conclu le Pape François.

Au terme de la prière du Regina Coeli, ce dimanche, le Pape a annoncé la création de cinq nouveaux cardinaux. Ils seront élevés à la pourpre cardinalice le 28 juin prochain, à la veille de la fête des saints Pierre et Paul, le 29 juin, durant laquelle les nouveaux cardinaux concélèbreront la messe avec le Pape François et les nouveaux archevêques nommés durant l’année écoulée.

Ces futurs nouveaux cardinaux sont :

Mgr Jean Zerbo, 73 ans, archevêque de Bamako (Mali), très engagé dans le dialogue islamo-chrétien.

Mgr Anders Arborelius, 67 ans, évêque de Stockholm (Suède). Il avait accueilli le Pape dans son pays en 2016, dans le cadre d’une commémoration oecuménique de la Réforme luthérienne.

Mgr Juan José Ornella, 71 ans, archevêque de Barcelone (Espagne). Il s’agit du seul siège traditionnellement cardinalice parmi les cinq nouveaux cardinaux qui seront créés le 28 juin.

Mgr Louis-Marie Ling Mangkhanekhoun, 73 ans, vicaire apostolique de Paksé (Laos). Il devient le premier cardinal originaire de ce petit pays d’Asie du sud-est, dont le régime communiste autoritaire a longtemps bridé la liberté de la petite minorité catholique. Le dimanche 11 décembre 2016, 17 martyrs du Laos, parmi lesquels dix missionnaires français, morts pour la foi entre 1954 et 1970, avaient été béatifiés ensemble à Vientiane, la capitale de ce pays indépendant depuis 1953.

Mgr José Gregorio Rosa Chavez, 74 ans, évêque auxiliaire de San Salvador (Salvador). Il s’agit du premier cardinal de l’histoire de ce petit pays très catholique d’Amérique centrale, marqué par la figure de Mgr Oscar Romero, assassiné en 1980 et béatifié en 2015. À noter qu’il est très inhabituel qu’un simple évêque auxiliaire soit élevé à la pourpre cardinalice, mais ce choix du Pape est certainement lié au très long service de cet évêque, en responsabilité dans ce diocèse depuis 1982, et qui a dû accompagner depuis 25 ans une communauté traumatisée par la mort de Mgr Romero, par la répression de l’ex-dictature d’extrême-droite et par l’insécurité liée notamment au trafic de drogue et à la pauvreté.

Il s’agira de la quatrième convocation d’un consistoire extraordinaire voué à la création de nouveaux cardinaux depuis le début du pontificat du Pape François. Il en avait créé 56 lors de trois consistoires en 2014, 2015 et 2016, offrant les premiers cardinaux de l’histoire à de nombreuses nations "périphériques" comme le Lesotho, la Papouasie Nouvelle-Guinée ou encore les Iles Tonga.

Ce "mini-consistoire" de 2017 confirme cette attention portées à des territoires inhabituels, avec la création des premiers cardinaux de l’histoire du Mali, du Laos, du Salvador et de la Suède.

« Leur provenance de diverses parties du monde manifeste la catholicité de l’Église, diffusée sur toute la terre, et l’attribution d’un titre ou d’une diaconie de l’Urbe (de "la Ville", de Rome, ndlr) exprime l’appartenance des cardinaux au diocèse de Rome, qui, selon la célèbre expression de saint Ignace, "préside à la charité" de toutes les Églises », a expliqué le Pape.

« Confions les nouveaux cardinaux à la protection des saints Pierre et Paul, afin qu’avec l’intercession du Prince des Apôtres, ils soient d’authentiques serviteurs de la Communion ecclésiale, et qu’avec celle de l’Apôtre des gentils, ils soient des annonciateurs joyeux de l’Évangile dans le monde entier, et qu’avec leur témoignage et leur conseil, ils me soutiennent plus intensément dans mon service d’évêque de Rome, pasteur universel de l’Église », a exhorté le Pape François.

(Avec R. V.)

Mercredi 17 mai 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi ses catéchèses sur le thème de l’Espérance. Au cours de l’audience générale place Saint-Pierre, le Souverain pontife est revenu sur la figure de Marie-Madeleine, la première qui a vu le Christ ressuscité. Marie-Madeleine, que Jésus a appelé par son nom est une apôtre de l’Espérance a rappelé le Saint-Père.

Marie-Madeleine est la première des femmes à arriver au tombeau de Jésus, elle qui le suivit en Galilée en se mettant au service de l’Eglise naissante. L’Evangile de Jean nous la décrit revenant déçue vers les disciples qui se cachaient, leur expliquant que la pierre tombale avait été roulée et que le corps de Jésus déplacé. Mais l’Ecriture raconte un second voyage de Marie-Madeleine vers le sépulcre, elle qui fut têtue, a précisé le Pape, car elle n’était pas convaincue parce qu’elle avait vu. Son pas est alors lent, Marie-Madeleine souffre, avant tout pour la mort de Jésus et pour la disparition inexplicable de son corps.

C’est alors qu’en s’approchant du tombeau les yeux pleins de larmes que Dieu la surprend. Elle ne se rend pas compte de la présence de deux anges ni de Jésus qu’elle prend pour le jardinier. Et c’est lorsque Jésus l’appelle par son nom "Marie" qu’elle découvre l’évènement le plus déconcertant de l’histoire humaine.

De cet épisode, le Pape François s’est réjoui que la première apparition du ressuscité se fasse sur un mode aussi personnel. « Il y a quelqu’un qui nous connait, a expliqué François, qui voit notre souffrance et notre désillusion, et qui s’émeut pour nous, nous appelle par notre nom ».

Tant de personnes cherchent Dieu, mais ce qui est prodigieux est que Dieu avant tout se préoccupe de notre vie, il veut nous réconforter, et pour cela il nous appelle par notre nom. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu, a insisté le Pape, il nous connait par notre nom, nous regarde, nous attend, nous pardonne, il est patient avec nous.

La joie de Marie-Madeleine reconnaissant le Christ ressuscité est bien réelle. « Cette résurrection de Jésus n’est pas, pour le chrétien, une petite joie quelconque, éphémère » a encore expliqué le Saint-Père, elle est au contraire une cascade qui envahit toute notre vie.

« Notre Dieu n’est pas inerte, il est "un rêveur" : il rêve la transformation du monde, et l’a réalisée dans le mystère de sa résurrection »

« Marie-Madeleine aurait voulu étreindre le Seigneur. Mais lui l’envoie porter la bonne nouvelle aux Apôtres, il l’a fait apôtre de la nouvelle et plus grande espérance. Au milieu des désillusions et des échecs que chacun porte dans son cœur, a conclu le Saint-Père, il y a un Dieu, tout près de nous, qui nous dit : cesse de pleurer, parce que je suis venu pour le libérer ! »

Le Pape François lors de cette audience a également salué « la fidélité de tant de femmes » qui se dévouent pendant des années dans les allées des cimetières, en souvenir des défunts, et qui continuent à aimer. Les liens « les plus authentiques » ne sont pas brisés par la mort..

(Avec R. V.)

Dimanche 14 Mai 2017

Devant des milliers de fidèles réunis sous les fenêtres du Palais apostolique, le Pape François a récité la prière du Regina Coeli, ce 5ème Dimanche de Pâques. Au lendemain de son retour à Rome, le Souverain Pontife a longuement évoqué son pèlerinage à Fatima, au Portugal, revenant sur le sens profond de ce 19e voyage apostolique éminemment marial.

« A Fatima, je me suis immergé dans la prière du peuple fidèle, prière qui coule comme un fleuve depuis cent ans, pour implorer la protection maternelle de Marie sur le monde entier », a affirmé le Pape avant de rendre grâce à Dieu de lui avoir permis de se rendre aux pieds de la Vierge, comme « pèlerin d’espérance et de paix ».

Il est ensuite revenu sur les temps forts de ce voyage, notamment sur son long temps de prière, vendredi après-midi dans la chapelle des Apparitions, devant la statue de Notre-Dame du Rosaire. Un face-à-face intense, empreint de dévotion filiale, accompagné par le « silence orant des fidèles ». Et au milieu de tout, il y avait « le Christ ressuscité, présent au milieu de son peuple, (…) et au milieu des nombreux malades, qui sont protagonistes de la vie liturgique et pastorale de Fatima, comme de chaque sanctuaire marial ».

A Fatima, a encore rappelé le Pape, « la Vierge Marie a choisi des cœurs purs et innocents pour être les dépositaires de son message », les petits bergers, Lucie, Jacinthe et François. En canonisant Jacinthe et François, « j’ai voulu proposer à toute l’Eglise leur exemple d’adhésion au Christ », a précisé le Saint-Père, qui souligne toutefois que la sainteté de ces enfants n’est pas la conséquence des apparitions reçues, mais bien de leur « fidélité et de l’ardeur avec lesquels ils ont répondu au privilège de pouvoir voir la Vierge Marie. Après leur rencontre avec la ‘Belle Dame’, ils récitaient souvent le chapelet, ils faisaient pénitence, offraient des sacrifices pour la fin de la guerre, pour les âmes ayant le plus besoin de la Divine Miséricorde ».

Aujourd’hui encore, a conclu le Pape « il y a tant besoin de prière et de pénitence pour implorer la grâce de la conversion, ainsi que la fin des conflits absurdes et des violences qui défigurent le visage de l’humanité ». Et le Saint-Père de confier à Marie, « la Reine de la Paix, le sort des populations affligées par les guerres et les conflits, en particulier au Moyen-Orient. Tant de personnes innocentes sont durement éprouvées, qu’elles soient chrétiennes, musulmanes, ou qu’elles appartiennent à des minorités comme les Yézidis, lesquelles subissent des violences tragiques et des discriminations ».

Après avoir assuré ces populations de sa solidarité et de sa prière, le Pape a remercié « ceux qui s’engagent à subvenir aux besoins humanitaires » de tous, et encouragé toutes les communautés à « suivre le chemin du dialogue et de la réconciliation pour construire un futur de respect, de sécurité et de paix. »

Le Pape a encore rappelé la béatification à Dublin, ce samedi 13 mai, du jésuite irlandais, John Sullivan (1861-1933), qui consacra sa vie à l’enseignement et à la formation spirituelle des jeunes.

Et en ce 14 mai 2017, fête des mères en Italie, François a enfin appelé à se « souvenir avec gratitude et affection de toutes les mères, également de celles qui sont au Ciel, en les confiant à Marie, la mère de Jésus », avant d’inviter la foule des fidèles à prier en silence quelques instants, chacun, pour sa maman.

(R. V.)

Samedi 13 mai 2017 : Voyage du pape François à Fatima

Avec une trentaine de minutes de retard sur le programme prévu, l’avion du Pape François, affrêté par la compagnie aérienne portugaise TAP, s’est envolé vers 15h30 heure locale (16h30 heure de Rome) de la base aérienne de Monte Real pour rejoindre Rome en fin d’après-midi

Après un dernier entretien protocolaire avec le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, le Pape a pu saluer quelques centaines de fidèles présents sur place, avant de monter dans l’avion.

En début d’après-midi, après la très longue messe de trois heures pour la canonisation de François et Jacinthe Martho, le Pape avait déjeuné avec les évêques portugais, sans prise de parole officielle.

Ce très court voyage d’à peine 24h à été marqué par de nombreuses images fortes, et a donné l’occasion au Pape François d’exprimer une nouvelle fois son attachement à la prière mariale, dans la continuité de ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI.

Comme un enfant qui rend visite à sa Mère, le Pape était, chez lui, à Fatima. Comme un simple pèlerin, il s’est confié à elle, un simple pèlerin parmi des milliers : ceux qui sont venus pour confier un proche en difficulté, pour prier les deux bergers proclamés saints, ou pour rencontrer Notre-Dame du Rosaire. En 24 heures, le Pape a ainsi fait redécouvrir à tous la figure de Marie qui s’est manifestée il y a cent ans. Une « Mère douce et attentive » qui prend dans ses bras, ceux qui en ont besoin : elle est cette force révolutionnaire de la tendresse, de l’affection et de l’humilité.

C’est à ses pieds que François a prié hier dans la Chapelle des apparitions, un véritable moment de communion avec toute la foule fervente, qui a récité la prière du Rosaire offerte par la Vierge de Fatima.

Pour ce centenaire des apparitions, le Pape est venu ici délivrer un message, un message d’espérance et de paix redécouvert pendant ces deux jours, un message toujours actuel, face aux violences d’aujourd’hui dans le monde. Cet appel à l’espérance, c’est aussi celui des saints François et Jacinthe, exigeants dans la prière, conscients des souffrances des autres. Pour suivre leur exemple, le Pape François a canonisé ces deux petits bergers portugais, cent ans après les apparitions, un évènement empreint d’une grande émotion qui aura marqué la célébration de ce centenaire en présence du Saint-Père au Sanctuaire.

Messe de canonisation

Cent ans après les apparitions de Fatima, les frère et sœur François et Jacinthe Marto ont été proclamés saints par le Pape. François a présidé la messe de canonisation devant 500 000 pèlerins rassemblés sous le soleil portugais, sur l’immense parvis du Sanctuaire de Fatima.

Après s’être incliné en prière devant les tombes en marbres de François et Lucie à l’intérieur de la basilique de Notre-Dame du Rosaire, il a invité à prendre exemple sur ces enfants, saint François Marto et sainte Jacinthe pour supporter les souffrances de la vie et être messager d’espérance.

« Nous avons une Mère ! » s’est réjoui à plusieurs reprises le Pape dans son homélie, depuis le parvis du Sanctuaire. C’est « une Dame très belle » avaient dit avec leur langage d’enfant les petits voyants de Fatima, accompagnés de leur cousine Lucie. Ce Mère est venue avec un message, rappelle le Saint-Père. Un message « présageant et mettant en garde sur le risque de l’enfer pour celui qui mène une vie – souvent proposée et imposée – sans Dieu ». Après cent années de bénédictions reçues du Ciel, ce message, parti « de ce Portugal riche d’espérance », s’est répandu aux quatre coins de la terre.

Le Pape François a invité à prendre exemple sur Saint François Marto et Sainte Jacinthe pour « surmonter les contrariétés et les souffrances » de la vie. Une force qui leur vient de « la Lumière de Dieu » et son adoration, offertes par Marie. Elle leur vient aussi de la prière insistante, souligne le Saint-Père. Ainsi, cette prière, que ces enfants faisaient chaque jour, a rendu constante la présence divine dans leur vie.

En 1917 au Portugal, la jeune Jacinthe, du haut de ses 7 ans, était touchée par la souffrance autour d’elle, de toutes ces « personnes qui pleurent à cause de la faim et qui n’ont rien à manger ». La souffrance « des fils et filles » de Marie, le Pape l’a confiée lors de cette messe en plein air, en particulier pour apporter paix et espérance « pour les malades et les handicapés, les prisonniers et les chômeurs, les pauvres et les abandonnés ».

Comme les pastoureaux, le Pape a appelé à être « une espérance pour les autres, une espérance réelle et réalisable ». Une mission très exigeante, reconnait François, qui « met en route une vraie mobilisation générale contre l’indifférence qui nous glace le cœur et aggrave notre myopie » face aux souffrances de l’autre. « Nous ne voulons pas être une espérance avortée ! La vie peut survivre seulement grâce à la générosité d’une autre vie. »

Comme les bergers de la Cova da Iria, nous « nous cramponnons à Marie comme des enfants, et ainsi vivons de l’espérance qu’elle appuie sur Jésus ». C’est elle qui donne son humanité à Jésus en l’engendrant, poursuit le Saint-Père, et ainsi, par Lui, « apporte auprès du Père céleste notre humanité dans le ciel à la droite du Père ». Il a invité les pèlerins à faire de cette espérance un « levier de la vie », à apprendre à « redécouvrir le visage jeune et beau de l’Eglise, qui resplendit quand elle est missionnaire, accueillante, libre, fidèle, pauvre en moyens et riche d’amour ».

Le 13 mai 1917, trois petits bergers de la Cova da Iria, petite bourgade du centre du Portugal ont vu la Vierge apparaitre devant eux. A six reprises, le 13 de chaque mois, Marie s’est manifestée à ces enfants, François, Jacinthe et Lucie, leur délivrant un secret, prophétique d’évènements tragiques du XXè siècle mais aussi de la miséricorde infinie de Dieu pour l’humanité.

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

« Apparut dans le ciel une femme ayant le soleil pour manteau » atteste le voyant de Patmos dans l’Apocalypse (12,1), faisant aussi observer qu’elle est sur le point de donner naissance à un fils. Puis, dans l’Evangile, nous avons entendu Jésus dire au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27). Nous avons une Mère ! Une “Dame très belle“, comme disaient entre eux les voyants de Fatima sur la route de la maison, en ce jour béni du 13 mai, il y a cent ans. Et, le soir, Jacinthe ne réussit pas à se retenir, et elle révèle le secret à sa maman : « Aujourd’hui j’ai vu la Vierge ». Ils avaient vu la Mère du ciel. Le regard d’un grand nombre s’est dirigé dans la direction que suivaient leurs yeux, mais… ils ne l’ont pas vue. La Vierge Mère n’est pas venue ici pour que nous la voyions : pour cela nous aurons toute l’éternité, si nous allons au ciel, bien entendu.

Mais elle, présageant et nous mettant en garde contre le risque de l’enfer où mène la vie – souvent proposée et imposée – sans Dieu et qui profane Dieu dans ses créatures, elle est venue nous rappeler la lumière de Dieu qui demeure en nous et qui nous couvre, car, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, « l’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu » (Ap 12, 5). Et, selon les paroles de Lucie, les trois privilégiés se trouvaient dans la lumière de Dieu qui rayonnait de la Vierge. Elle les enveloppait dans le manteau de lumière que Dieu lui avait donné. Comme le croient et le sentent de nombreux pèlerins, si non tous, Fatima est surtout ce manteau de lumière qui nous couvre, ici comme partout ailleurs sur la terre quand nous nous réfugions sous la protection de la Vierge Marie pour lui demander, comme l’enseigne le Salve Regina, “montre-nous Jésus”.

Chers pèlerins, nous avons une Mère. Cramponnés à elle comme des enfants, vivons de l’espérance fondée sur Jésus, car, comme nous l’avons entendu dans la seconde lecture, à cause de Jésus-Christ, et de lui seul, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes régneront dans la vie (cf. Rm 5,17). Quand Jésus est monté au ciel, il a apporté auprès du Père céleste l’humanité – notre humanité – qu’il avait assumée dans le sein de la Vierge Mère ; et il ne s’en séparera jamais plus. Fixons notre espérance, comme une ancre, dans cette humanité placée dans le ciel à la droite du Père (cf. Ep 2,6). Que cette espérance soit le levier de la vie de chacun de nous ! Une espérance qui nous soutient toujours, jusqu’au dernier souffle.

Forts de cette espérance, nous sommes réunis ici pour remercier des innombrables bienfaits que le Ciel a accordés au cours de ces cent années, passées sous ce manteau de lumière que la Vierge, à partir de ce Portugal porteur d’espérance, a étendue aux quatre coins de la terre. Nous avons comme exemples devant nos yeux saint François Marto et sainte Jacinthe, que la Vierge Marie a introduits dans la mer immense de la lumière de Dieu et y a conduits pour l’adorer. De là leur venait la force de surmonter les contrariétés et les souffrances. La présence divine devint constante dans leur vie, comme cela se manifeste clairement par la prière insistante pour les pécheurs et par le désir permanent de rester près de “Jésus caché” dans le Tabernacle.

Dans ses Mémoires (III, n. 6), Sœur Lucie donne la parole à Jacinthe qui venait d’avoir une vision : « Ne vois-tu pas beaucoup de routes, beaucoup sentiers et de champs pleins de gens qui souffrent de faim et qui n’ont rien à manger ? Et le Saint-Père dans une église, devant le Cœur Immaculé de Marie en prière ? Et beaucoup de monde en prière avec lui ? ». Merci frères et sœurs, de m’accompagner ! Je ne pouvais pas ne pas venir ici pour vénérer la Vierge Mère et lui confier ses fils et ses filles. Sous son manteau ils ne se perdent pas ; de ses bras viendront l’espérance et la paix dont ils ont besoin, et que je demande pour tous mes frères dans le baptême et en humanité, en particulier pour les malades et les personnes avec handicap, pour les détenus et les chômeurs, pour les pauvres et les personnes abandonnées. Chers frères, prions Dieu dans l’espérance que les hommes nous écoutent ; et adressons-nous aux hommes avec la certitude que Dieu nous porte secours.

En effet, il nous a créés comme une espérance pour les autres, une espérance réelle et réalisable selon l’état de vie de chacun. En “demandant” et “exigeant” de chacun de nous l’accomplissement de son devoir d’état (Lettre de Sœur Lucie, 28 février 1943), le ciel déclenchait une vraie mobilisation générale contre cette indifférence qui nous gèle le cœur et aggrave notre myopie. Nous ne voulons pas être une espérance avortée ! La vie ne peut survivre que grâce à la générosité d’une autre vie. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24), a dit et fait le Seigneur qui nous précède toujours. Quand nous passons par quelque croix, il y est déjà passé en premier. Ainsi nous ne montons pas sur la croix pour trouver Jésus ; mais c’est lui qui s’est humilié et qui est descendu jusqu’à la croix pour nous trouver et, en nous, vaincre les ténèbres du mal et nous reconduire à la lumière.

Sous la protection de Marie, nous sommes, dans le monde, des sentinelles du matin qui savent contempler le vrai visage de Jésus Sauveur, celui qui brille à Pâques, et redécouvrir le visage jeune et beau de l’Eglise, qui resplendit quand elle est missionnaire, accueillante, libre, fidèle, pauvre en moyens et riche d’amour. »

Bénédiction des malades :

À la fin de la messe de canonisation Saint François Marto et Sainte Jacinthe, sous les arcades de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire à Fatima, le Pape François est allé bénir les personnes malades. Des enfants et adultes, en fauteuils roulants pour beaucoup, accompagnés des hospitaliers du Sanctuaire. Il leur a rappelé que dans leur souffrance et leurs blessures se cache Jésus, comme il est « caché mais présent dans l’Eucharistie », car Il « sait ce que signifie la douleur, il nous comprend, nous console, et nous donne la force ».

Cent ans après être apparue à Fatima, aujourd’hui la Vierge Marie répète à tous la demande qu’elle a faite aux pastoureaux : « Voulez-vous vous offrir à Dieu ? ». Le Saint-Père donne la réponse : « chers malades, vivez votre existence comme un don et dites à la Vierge, comme les pastoureaux, que vous voulez vous offrir à Dieu de tout votre cœur ». Car avec leur maladie, ils sont des témoins du Christ qui a souffert et ont une vraie place au sein de l’Église. « Ne vous considérez pas seulement comme des destinataires de solidarité caritative, mais sentez-vous pleinement participants de la vie et de la mission de l’Église » leur a lancé le Pape. Il les a invité à offrir à l’Église leur « présence silencieuse mais plus éloquente que beaucoup de paroles », leur « prière, offrande quotidienne de leurs souffrances ». Accepter avec patience et joie leur conditions « est une ressource spirituelle, un patrimoine pour toute communauté chrétienne. N’ayez pas honte d’être un trésor précieux de l’Église » les a assuré le Saint-Père.

Il les enfin appelé à confier leurs douleurs, leurs souffrances, leur fatigue au Saint-Sacrement que le Pape a présenté devant les malades à la fin de la messe de canonisation.

Retrouvez le texte du salut du Pape aux malades et handicapés :

« Chers frères et sœurs malades,

Comme je l’ai dit dans l’homélie, le Seigneur nous précède toujours : quand nous passons par quelque croix, il y est déjà passé. Dans sa Passion, il a pris sur lui toutes nos souffrances. Jésus sait ce que signifie la souffrance, il nous comprend, il nous console, et il nous donne la force, comme il a fait pour saint François Marto et sainte Jacinthe, pour les saints de tous les temps et de partout. Je pense à l’Apôtre Pierre, enchaîné dans la prison de Jérusalem, alors que toute l’Eglise priait pour lui. Et le Seigneur a consolé Pierre. Voilà le mystère de l’Eglise : l’Eglise demande au Seigneur de consoler les affligés et il vous console, même de manière cachée ; il vous console dans l’intimité du cœur et il vous console par sa force.

Chers pèlerins, nous avons devant les yeux Jésus caché mais présent dans l’Eucharistie, comme nous avons Jésus caché mais présent dans les blessures de nos frères et sœurs malades et souffrants. Sur l’autel, nous adorons la chair de Jésus ; en ces frères, nous trouvons les plaies de Jésus. Le chrétien adore Jésus, le chrétien cherche Jésus, le chrétien sait reconnaître les plaies de Jésus. Aujourd’hui la Vierge Marie nous répète à tous la question qu’elle a posée, il y a cent ans, aux pastoureaux : « Voulez-vous vous offrir à Dieu ? ». La réponse – « Oui, nous le voulons ! » - nous permet de comprendre et d’imiter leur vie. Ils l’ont vécue, avec tout ce qu’elle comportait de joie et de souffrance, dans une attitude d’offrande au Seigneur.

Chers malades, vivez votre existence comme un don et dites à la Vierge, comme les pastoureaux, que vous voulez vous offrir à Dieu de tout votre cœur. Ne vous considérez pas seulement comme des bénéficiaires de la solidarité caritative, mais sentez-vous pleinement participants de la vie et de la mission de l’Eglise. Votre présence silencieuse mais plus éloquente que beaucoup de paroles, votre prière, l’offrande quotidienne de vos souffrances unies à celles de Jésus crucifié pour le salut du monde, l’acceptation patiente et même joyeuse de votre condition sont une ressource spirituelle, un patrimoine pour chaque communauté chrétienne. N’ayez pas honte d’être un trésor précieux de l’Eglise.

Jésus passera près de vous dans le Saint Sacrement pour vous manifester sa proximité et son amour. Confiez-lui vos douleurs, vos souffrances, votre fatigue. Comptez sur la prière de l’Eglise, qui de partout monte vers le ciel pour vous et avec vous. Dieu est Père et il ne vous oublie jamais. »

(Avec R. V.)

Vendredi 12 Mai 2017

Une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes a accueilli le Pape François à son arrivée en hélicoptère au Sanctuaire de Fatima. Une foule venue de tout le Portugal, puisqu’un jour férié avait été décrété pour faciliter la participation à ce pèlerinage de prière ; une foule venue également des quatre coins du monde pour prier au pied de Notre Dame de Fatima qui il y a cent ans apparaissait à trois petits bergers, François, Jacinthe et leur cousine Lucie. C’est le 19ème voyage international du Pape François, et le 6ème voyage d’un pape à Fatima.

« Avec Marie en pèlerin d’espérance et de paix », comme l’annonce la devise de ce 19ème voyage apostolique, le Saint Père s’est incliné devant la « Reine du Rosaire de Fatima », et a longuement prié, demandant à Celle qui voit les douleurs de la famille humaine, « la concorde entre tous les peuples ».

Se déclarant, dans sa longue prière mariale, « prophète et messager pour laver les pieds à tous les hommes », le Pape François demande à Marie de nous faire suivre l’exemple des petits bergers, François et Jacinthe, pour « abattre tous les murs », pour « vaincre toutes les frontières », et pour aller « vers toutes les périphéries », afin de révéler la justice et la paix de Dieu. « Nous serons une Eglise vêtue de blanc, de la pureté blanchie dans le sang de l’agneau versé aujourd’hui encore dans toutes les guerres qui détruisent le monde ».

Le Saint Père a déposé une Rose pour Notre Dame de Fatima, une rose d’or qu’il avait déjà annoncée dans le message vidéo adressée deux jours avant son voyage. Une rose d’or en signe de l’union physique ou spirituelle avec tous les pèlerins de Fatima.

A son arrivée, le Saint-Père a traversé la foule en papamobile avant de se recueillir longuement en silence devant la petite chapelle, et devant la statue de Notre Dame de Fatima. La foule s’était alors faite silencieuse pour partager avec le Pape l’intensité de sa prière.

Retrouvez le texte intégral de la prière du Pape François à la Chapelle des apparitions :

" Salut Reine,
Bienheureuse Vierge de Fatima,
Dame au Cœur Immaculé,
refuge et chemin qui conduit à Dieu !
Pèlerin de la Lumière qui nous vient de tes mains,
je rends grâce à Dieu le Père qui, en tout temps et en tout lieu, agit dans l’histoire humaine ;
pèlerin de la Paix qu’en ce lieu tu annonces,
je loue le Christ, notre paix, et pour le monde je demande la concorde entre tous les peuples ;
pèlerin de l’Espérance que l’Esprit anime,
je me veux prophète et messager pour laver les pieds à tous les hommes, à la même table qui nous unit.

Ave o clemens, ave o pia !
Salve Regina Rosarii Fatimae.
Ave o clemens, ave o pia !
Ave o dulcis Virgo Maria.

Salut, Mère de Miséricorde,
Dame au manteau blanc !
En ce lieu où, il y a cent ans,
tu as montré à tous les desseins de la Miséricorde de notre Dieu,
je regarde ton manteau de lumière,
et, en tant qu’évêque vêtu de blanc,
je me souviens de tous ceux qui,
vêtus de la pureté baptismale,
veulent vivre en Dieu
et prient les mystères du Christ pour obtenir la paix.

Salut, vie et douceur,
Salut, notre espérance,
Ô Vierge Pèlerine, ô Reine universelle !
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
vois les joies de l’être humain
lorsqu’il est en pèlerinage vers la Patrie céleste.
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
vois les douleurs de la famille humaine
qui gémit et pleure dans cette vallée de larmes.
Au plus profond de ton être,
en ton Cœur Immaculé,
orne-nous de la splendeur de tous les joyaux de ta couronne
et fais de nous des pèlerins comme tu as été pèlerine.
Par ton sourire virginal
affermis la joie de l’Église du Christ
Par ton regard de douceur, renforce l’espérance des enfants de Dieu.
Par les mains orantes que tu élèves vers le Seigneur,
unis tous les hommes dans une unique famille humaine.

Ô clémente, ô pieuse,
O douce Vierge Marie,
Reine du Rosaire de Fatima !
Fais-nous suivre l’exemple des bienheureux François et Jacinthe,
et de tous ceux qui témoignent du message de l’Évangile.
Nous parcourrons, ainsi, toutes les routes,
nous serons pèlerins sur tous les chemins,
nous abattrons tous les murs
et nous vaincrons toutes les frontières,
en allant vers toutes les périphéries,
en y révélant la justice et la paix de Dieu.
Nous serons, dans la joie de l’Évangile, une Église vêtue de blanc, de la pureté blanchie dans le sang de l’Agneau
versé aujourd’hui encore dans toutes les guerres qui détruisent le monde dans lequel nous vivons.
Et ainsi nous serons, comme Toi, une image de la colonne lumineuse
qui éclaire les chemins du monde,
en montrant à tous que Dieu existe,
que Dieu est présent,
que Dieu habite au milieu de son peuple,
hier, aujourd’hui et pour toute l’éternité.

Salut, Mère du Seigneur,
Vierge Marie, Reine du Rosaire de Fatima !
Bénie entre toutes les femmes,
tu es l’image de l’Église vêtue de la lumière pascale,
tu es l’honneur de notre peuple,
tu es le triomphe sur l’assaut du mal.

Prophétie de l’Amour miséricordieux du Père,
Maîtresse de l’Annonce de la Bonne Nouvelle du Fils,
Signe du Feu ardent de l’Esprit Saint,
enseigne-nous, dans cette vallée de joies et de douleurs,
les vérités éternelles que le Père révèle aux tout-petits.

Montre-nous la force de ton manteau protecteur.
En ton Cœur Immaculé,
Sois le refuge des pécheurs
et le chemin qui conduit à Dieu.

Uni à mes frères,
dans la Foi, dans l’Espérance et dans l’Amour,
je me confie à Toi.
Uni à mes frères, par Toi, je me consacre à Dieu,
ô Vierge du Rosaire de Fatima.

Et finalement, enveloppé dans la Lumière qui nous vient de tes mains,
je rendrai gloire au Seigneur pour les siècles des siècles.
Amen !

Prière à la Chapelle des Apparitions

« Si nous voulons être chrétiens, nous devons être marials ». Citant les paroles de Paul VI, c’est l’invitation du Pape François qui a salué ainsi les pèlerins de Fatima vendredi 12 mai 2017 au soir, lors de ce centenaire des apparitions de la Vierge. Après un dîner en privé à la Casa « Nossa Senhora do Carmo », cet ancien hôpital qui donne directement sur le sanctuaire, le Saint-Père est descendu de la papamobile sur l’esplanade, pour se présenter en pèlerin, à pieds, au milieu des fidèles. Il s’est ensuite adressé à la foule fervente, éclairée de milliers de bougies, venue prier un peu plus tôt aux pieds de la statue de Marie dans la Chapelle des apparitions. C’est un « pèlerinage vécu dans l’espérance et dans la paix » a rappelé le Pape, comme le dit le slogan de ce 19è voyage apostolique, le premier au Portugal. Lors de cette veillée mariale, il a développé le sens de la figure de Marie.

« Qui est Marie ? » a interrogé le Pape. C’est une « Maîtresse de vie spirituelle, la première qui a suivi le Christ sur la “voie étroite” de la croix » qui donne l’exemple, bien plus qu’une « Dame “inaccessible” et donc inimitable » ou une « “image pieuse” à laquelle on a recours pour recevoir des faveurs à bas coût », répond-il avec fermeté. C’est elle, cette « Mère douce et attentive » qui a donné un visage humain au Fils du Père éternel, rappelle le Pape. Un visage à contempler « dans les moments joyeux, lumineux, douloureux et glorieux de sa vie ». Car c’est avec la récitation du Rosaire, que « l’Évangile reprend sa route dans la vie de chacun, dans la vie des familles, des peuples et du monde ». En effet, « si nous voulons être chrétiens, nous devons être marials, c’est-à-dire que nous devons reconnaître le rapport essentiel, vital, providentiel qui unit Marie à Jésus et qui nous ouvre le chemin qui nous conduit à Lui ».

Elle n’est pas non plus celle « qu’on voit tenir ferme le bras justicier de Dieu prêt à punir » insiste le Pape. Car les pêcheurs ne sont pas punis par le jugement de Dieu, mais sont pardonnés par sa miséricorde, met-il en garde. Marie, poursuit le Pape, c’est cette « force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection », et de l’humilité qui ne « sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants » estime enfin le Saint-Père, avant d’inviter les pèlerins à prier pour que cette « Mère les prenne dans ses bras, les couvre de son manteau et les place à côté de ton Cœur ».

Ce vendredi, le Pape a tenu a respecté l’enseignement de la Vierge, en confiant à Jésus « spécialement ceux qui en ont le plus besoin » (Apparition de juillet 1917), « les déshérités et malheureux à qui a été volé le temps présent, chacune des personnes exclues et abandonnées à qui est nié l’avenir, chacun des orphelins et des victimes de l’injustice à qui il n’est pas permis d’avoir un passé ».

(Avec R. V.)

Mercredi 10 Mai 2017

« Pèlerins d’espérance et de paix : que vos mains unies en prière continuent de soutenir mes prières ». Place Saint-Pierre, ce mercredi 10 mai 2017, le Pape demande aux fidèles de langue portugaise de s’unir à lui. Vendredi et samedi, il se rendra en pèlerinage à Fatima, au Portugal « pour confier à la Vierge les sorts temporel et éternel de l’humanité et implorer, par son intercession, les bénédictions du Ciel ». Le Saint-Père prie pour que « la plus grande et la meilleure des Mères veille sur chacun, tous les jours jusqu’à l’éternité ».

Deux jours avant son déplacement dans le sanctuaire marial portugais, le Pape a dédié sa catéchèse, lors de l’audience générale et dans le cadre de son cycle sur l’espérance chrétienne, à la figure de Marie, la Mère de l’espérance. « Elle nous enseigne la vertu de l’attente confiante, même quand tout est privé de .

« Dès sa première apparition dans l’histoire des Evangiles, sa figure se profile comme celle d’un personnage de drame », nous dit le Pape. Il n’était pas facile de dire « oui » à l’invitation de l’ange, et pourtant sollicitée en pleine jeunesse, elle répond avec courage, sans savoir rien du destin qui l’attendait. « En cet instant, elle nous apparaît comme une de toutes ces mères du monde, courageuses jusqu’à l’extrême quand il s’agit d’accueillir en elle l’histoire d’un homme nouveau qui naît ».

Ce « oui » marque le début d’une « longue liste d’obéissance ». Marie apparaît comme une femme silencieuse dans les Evangiles ... qui souvent ne comprend pas tout ce qui lui arrive, mais qui médite chaque parole et chaque évènement dans son cœur ».

Le Pape dresse une sorte de profil psychologique de Marie : « Ce n’est pas une femme qui déprime face aux incertitudes de la vie, en particulier quand tout semble aller de travers. Ce n’est pas non plus une gemme qui proteste avec violence, qui fulmine contre le destin de la vie quand il prend un tour hostile. C’est une femme, au contraire, qui écoute ». Le Pape rappelle à tous qu’il y a toujours un lien solide entre l’espérance et l’écoute. Marie écoute et accueille l’existence telle qu’elle se livre, avec ses jours heureux et avec ses drames, jusqu’à la crucifixion.

Et c’est « à ce moment crucial » qu’elle réapparait dans les Evangiles. À l’heure de la nuit la plus extrême, quand son Fils est cloué sur le bois de la croix, ils nous disent qu’elle « restait » là, au pied de la croix. « L’imagination des poètes et des peintres nous ont offert des images qui sont aujourd’hui entrées dans l’histoire de l’art », mais les Evangiles sont eux « laconiques et extrêmement discrets ». Elle « restait » là, par fidélité au projet de Dieu dont elle s’est proclamée la servante, et avec son amour de mère qui souffre.

Marie qui est là encore pour accompagner les premiers pas de l’Église, dans la lumière de la Résurrection, « mère d’espérance » au milieu de cette communauté de disciples tellement fragiles : « L’un avait renié, beaucoup avaient fui, tous avaient peur ». Marie était là « tout naturellement », et c’est pour cela, poursuit François que « nous l’aimons comme Mère, parce qu’elle nous enseigne la vertu de l’attente, même quand tout semble privé de sens ». Le Pape lance enfin cette prière : « Que Marie, la Mère que Jésus nous a donnée à tous, puisse toujours soutenir nos pas, dans les moments difficiles ; qu’elle puisse toujours s’adresser à nos cœurs en disant : lève-toi et regarde devant toi, regarde l’horizon. »

A l’issue de sa catéchèse, le Pape a tenu à prendre la parole pour saluer de tout cœur les jeunes prêtres russes du Patriarcat de Moscou, hôtes du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens. « Que Dieu tout puissant, par intercession de la Mère de Dieu, bénisse votre pays et l’engagement de l’Eglise orthodoxe russe pour le dialogue entre les religions et pour le bien commun ! »

(Avec R. V.)

Dimanche 7 Mai 2017

À l’occasion de la 54ème journée mondiale de prière pour les vocations, ce dimanche, le Pape François a ordonné dix prêtres dont six du diocèse de Rome, en la Basilique Saint Pierre de Rome. Il a ensuite prier le Regina Caeli en compagnie de 4 nouveaux prêtres place Saint-Pierre.

Le Saint-Père leur a rappelé qu’ils étaient choisis par le Seigneur « non pour faire carrière », mais pour faire, en son nom, une mission de maitre, de sacerdoce et de pasteur.

« Lisez et méditez assidument la Parole du Seigneur pour croire ce que vous avez lu, enseigner ce que vous avez appris dans la foi, vivre ce que ce que vous avez enseigné » a déclaré le Pape François lors de l’ordination, avant de donner quelques conseils. « Ne faites pas des homélies trop intellectuelles et élaborées : parlez simplement, parlez aux cœurs. » « La parole sans l’exemple de vie ne sert à rien » a continué le Saint-Père, ajoutant que « une double-vie est une maladie mauvaise dans l’Église. »

« Un prêtre qui a étudié beaucoup la théologie, qui a eu un, deux, trois diplômes mais qui n’a pas appris à porter la croix du Christ n’est pas utile » a souligné le Pape. « Ce sera un bon académicien, un bon professeur, mais pas un prêtre ». Le Pape qui souligne l’importance de la miséricorde. « Je vous demande, au nom du Christ et de l’Église, d’être miséricordieux. Toujours. Ne chargez pas sur les épaules des fidèles des poids qu’ils ne peuvent porter » a expliqué le Saint-Père. « Jésus a réprimandé ces médecins et les a appelés hypocrites. »

Autre recommandation du Pape, celle d’aller voir les malades, même si cette tâche est « peut-être ennuyante, et aussi douloureuse. Faites-le vous. » Enfin le souverain pontife donne ce dernier conseil. « Soyez joyeux, jamais tristes. Joyeux. Avec la joie du service du Christ, même au milieu de la souffrance, de l’incompréhension ». « Ayez toujours devant les yeux l’exemple du Bon Pasteur, qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. Ne soyez pas des seigneurs, mais des pasteurs : des pasteurs du peuple de Dieu. »

Audience du Regina Caeli

C’est ensuite en compagnie de quatre nouveaux prêtres que le Pape François a donné sa bénédiction ce dimanche 7 mai 2017, « dimanche du Bon Pasteur », lors de la prière du regina caeli, au Vatican. Il avait auparavant célébré la messe en la basilique Saint-Pierre à l’occasion de la journée mondiale de prière pour les vocations au cours de laquelle il a ordonné dix nouveaux prêtres dont six du diocèse de Rome. Dans son commentaire de l’Évangile, le Pape est revenu sur la figure de Jésus, Bon Pasteur.

Dans cette parabole, Jésus s’identifie au bon pasteur qui conduit son troupeau de brebis. Il utilise aussi l’image de la porte. Le Bon Pasteur « est devenu la porte du salut de l’humanité parce qu’il a offert sa vie pour ses brebis » a expliqué le Pape.

« Jésus, bon pasteur et porte des brebis, est un chef dont l’autorité s’exprime dans le service, un chef qui, pour commander, donne la vie et ne demande pas aux autres de la sacrifier. On peut avoir confiance en un tel chef, comme le font les brebis qui écoutent la voix de leur pasteur parce qu’elle savent qu’avec lui on va vers de bons et abondants pâturages » poursuit François. Il qualifie ainsi le pasteur de « présence amicale, forte et douce en même temps, qui conduit, protège, console et soigne ».

« Le Christ est ainsi pour nous » précise le Pape qui regrette que nous rationnalisions trop la foi et que nous perdions la perception du timbre de la voix de Jésus le bon pasteur. François nous demande donc de nous poser cette question : « est-ce-que je me sens aimé par Jésus ? ». « Nous ne sommes jamais des étrangers pour lui, mais des amis et des frères », souligne le Pape qui invite les fidèles à rester attentifs. « Il y a toujours le risque d’être distraits par le vacarme de nombreuses autres voix. Aujourd’hui, nous sommes invités à nous détacher des faux savoirs de ce monde et à suivre Jésus, le Ressuscité comme un unique guide qui donne du sens à notre vie ».

Après la prière du regina caeli, le Pape a rappelé la béatification la veille en Espagne, à Gérone, d’Antonio Arribas Hortigüela et de six de ses compagnons, religieux de la Congrégation des Missionnaires du Sacré Cœur. « Ces disciples fidèles et héroïques de Jésus ont été tués en haine de la foi en un temps de persécution religieuse. Que leur martyr, accepté par amour de Dieu et par fidélité à leur vocation, suscite dans l’Église le désir de témoigner avec force l’Évangile de la charité » a-t-il déclaré. Les nouveaux bienheureux ont été exécutés en 1936 pendant la Guerre d’Espagne.

Le Pape a salué ensuite les membres de l’association italienne Meter qui depuis vingt ans lutte contre toutes formes d’abus sexuels sur mineurs. Le Pape les a remerciés pour leur travail incessant en faveur de l’Église et de la société.

Enfin, avant de saluer les pèlerins, il leur a demandé de prier leur rosaire pour la paix, « comme l’a demandé la Vierge à Fatima » où il se rendra dans moins de deux semaines à l’occasion du centenaire de la première apparition.

(Avec R. V.)

Mercredi 3 mai 2017

« Un signe de paix pour l’Egypte et pour toute cette région » : c’est ainsi que le Pape François a qualifié, lors de l’audience générale qu’il a tenue Place Saint-Pierre ce mercredi, son voyage apostolique au Caire la semaine dernière.

Le Pape François est revenu sur les moments forts de ce déplacement de 24h dans la capitale égyptienne, effectué à l’invitation du président Al-Sissi, du patriarche copte-orthodoxe Tawadros II, du patriarche copte-catholique Sidrak, et du recteur de l’université islamique d’Al-Azhar, cheikh al-Tayeb.

« L’Egypte, pour nous, a été signe d’espérance, de refuge et d’aide ». « Vous raconter ce voyage signifie parcourir le chemin de l’espérance » Le Pape a voulu raconter son voyage au Caire commencé par la visite à l’université Al-Azhar, placée sous le signe du « dialogue entre les chrétiens et les musulmans et, en même temps, de la promotion de la paix dans le monde ». Lors de sa rencontre avec le recteur et les participants à la conférence internationale pour la paix, il a rappelé que « la paix se construit aussi en repartant de l’alliance entre Dieu et l’homme, fondement de l’alliance entre tous les hommes, basée sur le décalogue écrit sur les tables de pierre du Sinaï, mais beaucoup plus profondément dans le cœur de chaque homme de chaque temps et lieu, loi qui se résume dans les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain ».

Ce fondement vaut évidemment pour l’Egypte, dont « le grand patrimoine historique et religieux […] et son rôle dans la région proche-orientale, lui confèrent un rôle particulier dans le chemin vers une paix stable et durable, qui s’appuie non sur le droit de la force mais sur la force du droit ».

Le pape a également évoqué le sort des chrétiens d’Egypte, « appelés à être levain de fraternité », s’ils vivent en eux la communion dans le Christ. Le Pape François et Tawadros II ont renouvelé leur engagement à ne pas répéter le baptême administré dans les Églises respectives. Ils ont prié pour les récents martyrs, en compagnie du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, « mon cher frère » comme l’a qualifié le saint-Père.

Autre rencontre, celles avec les fidèles catholiques : le Pape les a exhortés lors de la messe du samedi à « vivre l’expérience des disciples d’Emmaüs : à trouver toujours dans le Christ, Parole et Pain de vie, la joie de la foi, l’ardeur de l’espérance et la force de témoigner dans l’amour que “nous avons rencontré le Seigneur” ».

Enfin, le Pape François, en rencontrant les nombreux séminaristes lors d’une audience, a confié y avoir vu « une consolation ».

(Avec R. V.)

Dimanche 30 Avril 2017

Ce dimanche, place Saint-Pierre, le Saint-Père est revenu lors de la prière du Regina Cæli sur la situation au Vénézuela, a salué les Sœurs de la Sainte Famille, l’Université catholique du Sacré-Cœur, l’Action catholique italienne. Il a également confié le peuple égyptien à la Vierge Marie au lendemain de son voyage en Egypte.

Après avoir adressé un appel pour une solution négociée à la crise au Venezuela, et dit son inquiétude pour les pays en difficultés dont la République de Macédoine, le Pape François a salué la béatification samedi 29 avril à Vérone de la Fondatrice des Soeurs de la Sainte Famille, Léopoldine Naudet. Issue de la Cour des Hasbourg, élevée à Florence puis à Vienne, elle toujours démontré une forte vocation pour la prière et à l’éducation. Léolpoldine s’est consacrée à Dieu, et après différentes expériences, elle a fondé à Vérone une nouvelle communauté religieuse sous la protection de la Sainte Famille, toujours très active aujourd’hui dans l’Eglise. Le Saint Père s’unit à la joie de la communauté, au lendemain de cette béatification.

A l’occasion de la Journée de l’Université Catholique du Sacré Coeur, le Pape François apporte son soutien et ses enrouragement à « cette importante institution » qui investit sans cesse sur la formation des jeunes pour améliorer le monde. « La formation chrétienne se base sur la Parole de Dieu », a dit le Saint-Père. "C’est pour cette raison que je souhaite aussi évoquer le « dimanche biblique » en Pologne ». Une journée où dans les paroisses, les écoles et dans les médias sont lus des extraits des Saintes Ecritures.

Enfin, le Pape François a salué et remercié les membres de l’Action Catholique Italienne qui à l’occasion du 150ème anniversaire de leur fondation ont rempli la place Saint Pierre de Fidèles pour célébrer une journée de fête : « Avancez ! », leur a lancé le Pape.

Au lendemain de son 18ème voyage apostolique - il est rentré samedi soir d’Egypte - le Saint Père s’est adressé à Marie pour la remercier de sa visite de 27 heures au Caire : « Qu’elle Bénisse le peuple égyptien tout entier si accueillant, a dit François, les autorités, les fidèles chrétiens et musulmans ; et qu’elle donne la paix à ce pays ».

(Avec R. V.)

Samedi 29 Avril 2017

Deuxième et dernière journée : le Pape François a célébré la messe avec les catholiques d’Egypte. « L’unique extrémisme admis pour le croyant est celui de la charité » : le Pape l’a affirmé avec force ce samedi matin, 29 avril 2017, lors de la messe qu’il a célébrée à l’Air Defense Stadium, en banlieue du Caire, au deuxième et dernier jour de son 18e voyage apostolique en Egypte.

Devant des milliers de fidèles catholiques, venus de tout le pays et qui lui ont réservé un accueil chaleureux et enthousiaste, le Souverain Pontife est revenu longuement sur l’Evangile de ce 3e Dimanche de Pâques, celui des disciples d’Emmaüs ; un Evangile que l’on peut résumer en trois mots : « mort, résurrection et vie ».

Découvrez l’homélie du Saint-Père  :

« Al Salamò Alaikum : la paix soit avec vous !
Aujourd’hui, l’évangile du troisième dimanche de Pâques nous parle de l’itinéraire des deux disciples d’Emmaüs qui ont quitté Jérusalem. Un Évangile qu’on peut résumer en trois mots : mort, résurrection et vie.
Mort : les deux disciples retournent à leur vie quotidienne, chargés de déception et de désespoir : le Maître est mort et il est donc inutile d’espérer. Ils étaient désorientés, sans illusions et déçus. Leur chemin est un retour en arrière ; c’est un éloignement de la douloureuse expérience du Crucifié. La crise de la Croix, voire le ‘‘scandale’’ et la ‘‘folie’’ de la Croix (cf. 1 Co 1, 18 ; 2, 2), semble avoir enterré toute leur espérance. Celui sur lequel ils ont construit leur existence est mort, vaincu, emportant avec lui dans la tombe toutes leurs aspirations.
Ils ne pouvaient pas croire que le Maître et le Sauveur qui avait ressuscité les morts et guéri les malades puisse finir pendu à la croix de la honte. Ils ne pouvaient pas comprendre pourquoi Dieu Tout-Puissant ne l’avait pas sauvé d’une mort si ignoble. La croix du Christ était la croix de leurs idées sur Dieu ; la mort du Christ était une mort de ce qu’ils imaginaient que Dieu était. C’étaient eux qui étaient, en effet, les morts dans la tombe de la limitation de leur compréhension.
Que de fois l’homme s’auto paralyse, en refusant de surmonter son idée de Dieu, d’un dieu créé à l’image et à la ressemblance de l’homme ; que de fois il désespère, en refusant de croire que la toute-puissance de Dieu n’est pas la toute-puissance de la force, de l’autorité mais qu’elle n’est que la toute-puissance de l’amour, du pardon et de la vie !
Les disciples ont reconnu Jésus à la ‘‘fraction du pain’’, dans l’Eucharistie. Si nous ne laissons pas rompre le voile qui obscurcit nos yeux, si nous ne rompons pas l’endurcissement de notre cœur et de nos préjugés, nous ne pourrons jamais reconnaître le visage de Dieu.
Résurrection : dans l’obscurité de la nuit la plus sombre, dans le désespoir le plus bouleversant, Jésus s’approche des deux disciples et emprunte leur chemin pour qu’ils puissent découvrir qu’il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Jésus transforme leur désespoir en vie, car lorsque disparaît l’espérance humaine, commence à briller l’espérance divine : « ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu » (Lc 18, 27 ; cf. 1, 37). Quand l’homme touche le fond de l’échec et de l’incapacité, quand il se défait de l’illusion d’être le meilleur, d’être autosuffisant, d’être le centre du monde, alors Dieu lui tend la main pour transformer sa nuit en aube, son affliction en joie, sa mort en résurrection, sa marche en un retour vers Jérusalem, c’est-à-dire vers la vie et vers la victoire de la Croix (cf. He 11, 34).
Les deux disciples, en effet, après avoir rencontré le Ressuscité, reviennent pleins de joie, de confiance et d’enthousiasme, prêts pour le témoignage. Le Ressuscité les a fait resurgir de la tombe de leur incrédulité et de leur affliction. En rencontrant le Crucifié-Ressuscité, ils ont trouvé l’explication et l’accomplissement de toute l’Écriture, de la Loi et des Prophètes ; ils ont trouvé le sens de l’échec apparent de la Croix.
Celui qui ne traverse pas l’expérience de la Croix jusqu’à la Vérité de la Résurrection s’auto condamne au désespoir. En effet, nous, nous ne pouvons pas rencontrer Dieu sans crucifier d’abord nos idées limitées d’un dieu qui reflète notre compréhension de la toute-puissance et du pouvoir.
Vie : la rencontre avec Jésus ressuscité a transformé la vie de ces deux disciples, parce que rencontrer le Ressuscité transforme toute vie et rend féconde toute stérilité (cf. Benoît XVI, Audience générale, mercredi, 11 avril 2007). En effet, la Résurrection n’est pas une foi née dans l’Église, mais l’Église est née de la foi en la Résurrection. Saint Paul dit : « si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co 15, 14).
Le Ressuscité disparaît de leurs yeux, pour nous enseigner que nous ne pouvons pas retenir Jésus dans son caractère visible historique : « heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 21, 29 ; cf. 20, 17). L’Église doit savoir et croire qu’il est vivant avec elle et la vivifie dans l’Eucharistie, dans les Écritures et dans les Sacrements. Les disciples d’Emmaüs ont compris cela et sont retournés à Jérusalem pour partager avec les autres leur expérience : ‘‘Nous avons vu le Seigneur… Oui, il est vraiment ressuscité’’ (cf. Lc 24, 32).
L’expérience des disciples d’Emmaüs nous enseigne qu’il ne vaut pas la peine de remplir les lieux de culte, si nos cœurs sont vidés de la crainte de Dieu et de sa présence ; il ne vaut pas la peine de prier, si notre prière adressée à Dieu ne se transforme pas en amour du frère ; beaucoup de dévotion ne vaut pas la peine, si elle n’est pas animée par beaucoup de foi et par beaucoup de charité ; il ne vaut pas la peine de soigner l’apparence, car Dieu regarde l’âme et le cœur (cf. 1 Sam 16, 7) et déteste l’hypocrisie (cf. Lc 11, 37-54 ; Ac 5, 3-4)[1]. Pour Dieu il vaut mieux ne pas croire que d’être un faux croyant, un hypocrite !
La vraie foi est celle qui nous rend plus charitables, plus miséricordieux, plus honnêtes et plus humains ; c’est celle qui anime les cœurs pour les porter à aimer tout le monde gratuitement, sans distinction et sans préférences ; c’est celle qui nous conduit à voir dans l’autre non pas un ennemi à vaincre, mais un frère à aimer, à servir et à aider ; c’est celle qui nous conduit à diffuser, à défendre et à vivre la culture de la rencontre, du dialogue, du respect et de la fraternité ; qui nous conduit au courage de pardonner à celui qui nous offense ; de tendre la main à celui qui est tombé ; à vêtir celui qui est nu ; à donner à manger à celui qui a faim ; à visiter le détenu ; à aider l’orphelin ; à donner à boire à celui qui a soif ; à aller au secours de la personne âgée et de celui qui est dans le besoin (cf. Mt 25, 31-45). La vraie foi est celle qui nous conduit à protéger les droits des autres, avec la même force et avec le même enthousiasme avec lesquels nous défendons les nôtres. En réalité, plus on grandit dans la foi et dans la connaissance, plus on grandit dans l’humilité et dans la conscience d’être petit.
Chers frères et soeurs,
Dieu n’apprécie que la foi professée par la vie, parce que l’unique extrémisme admis pour les croyants est celui de la charité ! Toute autre forme d’extrémisme ne vient pas de Dieu et ne lui plaît pas !
A présent, comme les disciples d’Emmaüs, retournez à votre Jérusalem, c’est-à-dire à votre vie quotidienne, à vos familles, à votre travail et à votre chère patrie, pleins de joie, de courage et de foi. N’ayez pas peur d’ouvrir votre cœur à la lumière du Ressuscité et laissez-le transformer votre incertitude en force positive pour vous et pour les autres. N’ayez pas peur d’aimer tout le monde, amis et ennemis, car c’est dans l’amour vécu que résident la force et le trésor du croyant !
Que la Vierge Marie et la Sainte Famille, qui ont vécu sur cette terre bénie, illuminent nos cœurs et vous bénissent ainsi que la chère Égypte qui, à l’aube du christianisme, a accueilli l’évangélisation de saint Marc et a donné tout au long de l’histoire de nombreux martyrs et un grand cortège de saints et de saintes !
Al Massih Kam/ Bilhakika kam – Le Christ est ressuscité/ Il est vraiment ressuscité ! »

[1] Saint Ephrem s’exclame : « mais déchirez le masque qui couvre l’hypocrite et vous, vous n’y verrez que pourriture » (Serm.). « Malheur à celui qui a le cœur double » dit l’Ecclésiastique (2, 14, Vulg.).

(Avec R. V.)

Vendredi 28 avril, 2017

Ll’avion du Pape François s’est posé vers 14h à l’aéroport du Caire. Le Pape a notamment été accueilli par le Premier ministre Chérif Ismaïl, par le nonce apostolique, Mgr Bruno Musarò, et par le patriarche d’Alexandrie des coptes catholique, Ibrahim Isaac Sidrak. Le Souverain pontife s’est ensuite rendu au Palais présidentiel pour y rencontrer le président Abdel Fattah al-Sissi. Au cours de cette première journée, il s’est rendu à l’université Al-Azhar et a rencontré le patriarche copte Tawadros II.

« L’Égypte a un devoir particulier : renforcer et consolider la paix régionale » : le Pape François est revenu dans son discours prononcé aux autorités égyptiennes, sur le rôle incontournable du pays qui l’accueille dans la région du Proche-Orient. Lors de ce deuxième grand rendez-vous, ce vendredi 28 avril 2017, au Caire, le Pape a condamné sans appel, sans les nommer, l’organisation de l’État islamique et toutes les organisations terroristes se réclamant de l’islam. Dans un pays marqué par de récurrentes attaques visant les chrétiens, le Pape a voulu encourager les autorités égyptiennes dans leur lutte contre le terrorisme et encourager les Égyptiens qui montrent depuis plusieurs siècles que chrétiens et musulmans peuvent vivre ensemble.

Il y a d’abord la reconnaissance envers l’Égypte, qui, il y a plus de deux mille ans, a offert avec générosité l’hospitalité à Joseph, à Marie et à Jésus. Cette hospitalité se vérifie une fois de plus aujourd’hui avec l’accueil des réfugiés venant des pays voisins, victimes de régimes dictatoriaux, de problèmes sociaux ou fuyant l’extrémisme religieux.

L’Égypte même est confrontée à ce dernier problème. Le Pape tient alors à saluer les personnes mortes ces dernières années pour sauvegarder leur pays, les victimes des attentats et des assassinats, celles et ceux qui ont été obligés de fuir leur maison pour échapper aux massacres. Dans ce contexte trouble, le gouvernement égyptien a une lourde responsabilité : celle d’assurer « le développement, la prospérité et la paix », car « le développement authentique se mesure à la sollicitude envers l’homme – cœur de tout développement – à son éducation, à sa santé et à sa dignité ».

Le Pape rappelle alors « qu’on ne peut pas construire la civilisation sans rejeter toute idéologie du mal, de la violence et toute interprétation extrémiste qui prétend annuler l’autre et anéantir les diversités, en manipulant et en outrageant le Saint Nom de Dieu ». François insiste, attaquant les fondamentalistes islamiques : « Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, n’a pas besoin d’être protégé par les hommes, au contraire c’est lui qui protège les hommes ; lui ne veut jamais la mort de ses enfants mais leur vie et leur bonheur ; il ne peut ni demander ni justifier la violence, au contraire il la déteste et la rejette. Le vrai Dieu appelle à l’amour inconditionnel, au pardon gratuit, à la miséricorde, au respect absolu de toute vie, à la fraternité entre ses enfants, croyants et non croyants. »

Il est donc de la responsabilités des religions et des autorités politiques de « démasquer les vendeurs d’illusions sur l’au-delà, qui prêchent la haine pour voler aux gens simples leur vie présente et leur droit de vivre avec dignité, en les transformant en bois à brûler et en les privant de la capacité de choisir avec liberté et de croire avec responsabilité. Nous avons le devoir de démonter les idées homicides et les idéologies extrémistes, en affirmant l’incompatibilité entre la vraie foi et la violence, entre Dieu les actes de mort. »

C’est pourquoi, du fait de sa situation géographique, de son histoire, de son présent, du contexte géopolitique actuel, l’Égypte « est appelée à sauver cette région bien-aimée de la famine de l’amour et de la fraternité ; elle est appelée à condamner et à vaincre toute violence et tout terrorisme ; elle est appelée à donner le grain de la paix à tous les cœurs affamés de cohabitation pacifique, de travail digne, d’éducation humaine ».

Dans cette Égypte, sur qui pèse tant de responsabilité, les chrétiens ont toute leur place. « Votre présence dans ce pays n’est ni nouvelle ni fortuite, mais historique et inséparable de l’histoire de l’Égypte ». « Vous avez démontré et vous démontrez qu’on peut vivre ensemble, dans le respect réciproque et dans la confrontation loyale, en trouvant dans la différence une source de richesse et jamais un motif d’affrontement ».

Rencontre avec les participants de la Conférence internationale pour la paix organisée par le grand imam de l’université Al-Azhar, le cheikh Ahmed al-Tayeb

Le Pape a livré un discours à l’assemblée centré sur la nécessité pour les religions de défendre la paix et de rappeler qu’aucune violence ne peut être commise au nom de Dieu. François a rappelé l’importance primordiale de l’éducation qui devient sagesse de vie.

Dans cette « terre de civilisation » et cette « terre d’alliances » qu’est l’Égypte, le Pape François a insisté sur l’éducation et le dialogue, seules clés pour construire la paix entre les hommes. « Il n’y aura pas de paix sans une éducation adéquate des jeunes générations. Et il n’y aura pas une éducation adéquate pour les jeunes d’aujourd’hui si la formation offerte ne correspond pas bien à la nature de l’homme, en tant qu’être ouvert et relationnel ».

La sagesse qui en découle « recherche l’autre en surmontant la tentation de se raidir et de s’enfermer ». Elle « prépare un avenir dans lequel on ne vise pas à se faire prévaloir, mais à faire prévaloir l’autre comme partie intégrante de soi ; elle ne se lasse pas, dans le présent, de repérer des occasions de rencontre et de partage ; elle apprend du passé que du mal n’émane que le mal, et de la violence que la violence, dans une spirale qui finit par emprisonner. Cette sagesse, en rejetant la soif de prévarication, met au centre la dignité de l’homme, précieux aux yeux de Dieu, et une éthique qui soit digne de l’homme, en refusant la peur de l’autre et la crainte de connaître par ces moyens dont le Créateur l’a doté. »

En matière de dialogue, le Pape affirme que « l’avenir de tous dépend aussi de la rencontre entre les religions et les cultures ». Il salue ainsi le travail mené par le Comité mixte pour le Dialogue entre le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux et le Comité d’Al-Azhar pour le Dialogue.

Pour mener à bien le dialogue, François identifie alors trois orientations fondamentales : « le devoir de l’identité, le courage de l’altérité et la sincérité des intentions ».

Constante dans les prises de position du Saint-Siège en matière de dialogue interreligieux, la liberté religieuse. La reconnaissance des droits et des libertés fondamentales « constitue la meilleure voie pour bâtir ensemble l’avenir, pour être des bâtisseurs de civilisation. Car l’unique alternative à la civilisation de la rencontre, c’est la barbarie de la confrontation ».

Les chrétiens et les musulmans sont donc appelés à apporter leur contribution selon le Pape qui souhaite que d’Égypte, « jaillisse » « l’aube d’une civilisation de la paix et de la rencontre ». L’Égypte, aux yeux du Pape, apparait comme le lieu par excellence de ce dialogue au regard de son histoire. Les différentes cultures et religions qui ont coexisté ont reconnu selon lui, l’importance de « l’alliance pour le bien commun ». Et dans le contexte actuel, « des alliances de ce genre sont plus que jamais urgentes ». « L’humanité ne peut se proposer de jouir de la paix en excluant Dieu de l’horizon », affirme François.

Il rappelle alors que dans nos sociétés actuelles « on tend à reléguer la religion dans la sphère privée, sans la reconnaître comme dimension constitutive de l’être humain et de la société ; d’autre part, on confond, sans distinguer de manière appropriée, la sphère religieuse et la sphère politique. Il existe le risque que la religion en vienne à être absorbée par la gestion des affaires temporelles et à être tentée par les mirages des pouvoirs mondains qui, en réalité, l’instrumentalisent. »

Or, « la religion n’est pas un problème mais fait partie de la solution : contre la tentation de s’accommoder à une vie plate, où tout naît et finit ici-bas, elle nous rappelle qu’il faut élever l’âme vers le Haut pour apprendre à construire la cité des hommes », insiste le Pape.

Dans un monde, et dans une région où le fondamentalisme religieux utilise la violence pour imposer ses vues, François répète avec force qu’il « est indispensable d’exclure toute absolutisation qui justifie des formes de violence. La violence, en effet, est la négation de toute religiosité authentique. En tant que responsables religieux, nous sommes donc appelés à démasquer la violence sous les airs d’une présumée sacralité, qui flatte l’absolutisation des égoïsmes au détriment de l’authentique ouverture à l’Absolu ».

Il appelle ainsi les musulmans à dire « un ‘‘non’’ fort et clair à toute forme de violence, de vengeance et de haine commises au nom de la religion ou au nom de Dieu. Ensemble, affirmons l’incompatibilité entre violence et foi, entre croire et haïr. Ensemble, déclarons la sacralité de toute vie humaine opposée à toute forme de violence physique, sociale, éducative ou psychologique ». Il ajoute : « plus l’on grandit dans la foi en Dieu, plus l’on grandit dans l’amour du prochain ».

C’est pourquoi il faut aujourd’hui des « bâtisseurs de paix, non des gens qui provoquent des conflits ; des sapeurs-pompiers et non des pyromanes ; des prédicateurs de réconciliation et non des propagateurs de destruction ».

Pour agir concrètement, le Pape François exhorte à « œuvrer pour résorber les situations de pauvreté et d’exploitation » et à « combattre la prolifération des armes qui, si elles sont fabriquées et vendues, tôt ou tard, seront aussi utilisées ». Tous sont responsables, les religions au premier rang.

Rencontre entre le Pape François, chef de l’Église catholique, et son homologue copte orthodoxe, Tawadros II

Ils ont signé une Déclaration commune qui marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre coptes et catholiques, en incluant le principe de reconnaissance mutuelle des baptêmes. Les deux Églises renoncent donc solennellement à la possibilité d’un deuxième baptême en cas de passage d’une juridiction à une autre.

En voici le texte dans son intégralité :

« Voyage apostolique en Égypte

Déclaration commune de Sa Sainteté François

et de Sa Sainteté Tawadros II

Nous, François, Évêque de Rome et Pape de l’Église catholique, et Twardros II, Pape d’Alexandrie et Patriarche du Siège de saint Marc, remercions Dieu dans l’Esprit Saint de nous offrir la joyeuse occasion de nous rencontrer une fois encore, pour échanger une fraternelle accolade et pour nous unir de nouveau dans la prière. Nous glorifions le Tout-Puissant pour les liens de fraternité et d’amitié existant entre le Siège de saint Pierre et le Siège de saint Marc. Le privilège d’être ensemble ici, en Égypte, est le signe que la solidité de notre relation s’accroît d’année en année, que nous grandissons dans la proximité, dans la foi et dans l’amour du Christ notre Seigneur. Nous remercions Dieu pour l’Égypte bien-aimée, cette ‘‘patrie qui vit en nous’’ comme aimait le dire Sa Sainteté Shenouda III, pour le ‘‘peuple béni de Dieu’’ (cf. Is 19, 25), avec cette antique civilisation des pharaons, avec l’héritage grec et romain, avec la tradition copte et la présence islamique. L’Égypte est le lieu où la Sainte Famille a trouvé refuge, une terre de martyrs et de saints.

Notre profond lien d’amitié et de fraternité a son origine dans la pleine communion qui a existé entre nos Églises au cours des premiers siècles et qui était exprimée de multiples manières par les premiers Conciles œcuméniques, jusqu’au Concile de Nicée en 325 et par la contribution du courageux Père de l’Église saint Athanase, qui a reçu le titre de ‘‘Protecteur de la foi’’. Notre communion était exprimée par la prière et par des pratiques liturgiques similaires, par la vénération des mêmes martyrs et saints, ainsi que par le développement et par l’expansion du monachisme, suivant l’exemple du grand saint Antoine, connu comme le Père des moines.

Cette même expérience de communion avant le temps de la séparation a une signification spéciale dans nos efforts pour restaurer la pleine communion aujourd’hui. La plupart des relations existant au cours des premiers siècles entre l’Église catholique et l’Église copte orthodoxe ont perduré jusqu’aujourd’hui malgré les divisions, et ont été revivifiées récemment. Elles nous incitent à intensifier nos efforts communs afin de persévérer dans la recherche d’une unité visible dans la diversité, sous la conduite de l’Esprit Saint.

Nous nous souvenons avec gratitude de la rencontre historique, il y a quarante-quatre ans, entre nos prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Pape Shenouda III, dans une accolade de paix et de fraternité, après plusieurs siècles où nos liens mutuels d’amour n’étaient pas capables de trouver une expression à cause de la distance qui est survenue entre nous. La Déclaration commune qu’ils ont signée le 10 mai 1973 a représenté un jalon sur le chemin de l’œcuménisme, et a servi de point de départ à la Commission pour le dialogue théologique entre nos deux Églises, qui a porté beaucoup de fruit et a ouvert la voie à un dialogue plus large entre l’Église catholique et toute la famille des Églises Orientales orthodoxes. Dans cette Déclaration, nos Églises ont reconnu que, en lien avec la tradition apostolique, elles professent « une foi dans le Dieu Un Trine » et « la divinité de l’Unique Fils né de Dieu… Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité ». Il a également été reconnu que « la vie divine nous est donnée et est nourrie en nous à travers les sept sacrements » et que « nous vénérons la Vierge Marie, Mère de la Vraie Lumière », la « Theotokos ».

C’est avec une profonde gratitude que nous nous rappelons notre rencontre fraternelle à Rome, le 10 mai 2013, et la proclamation du 10 mai comme le jour où chaque année nous approfondissons l’amitié ainsi que la fraternité entre nos Églises. Cet esprit renouvelé de proximité nous a rendus capables de reconnaître une fois encore que le lien qui nous unit était reçu de notre unique Seigneur le jour de notre baptême. Car c’est à travers le baptême que nous devenons membres du corps unique du Christ qu’est l’Église (cf. 1 Co 12, 13). Cet héritage commun est la base du pèlerinage que nous faisons ensemble vers la pleine communion, tandis que nous grandissons dans l’amour et la réconciliation.

Nous sommes conscients d’avoir encore un long chemin à parcourir dans ce pèlerinage, cependant nous nous souvenons de tout ce qui a été déjà accompli. En particulier, nous nous rappelons la rencontre entre le Pape Shenouda III et saint Jean-Paul II, venu en Égypte en pèlerin durant le Grand Jubilé de l’an 2000. Nous sommes déterminés à suivre leurs pas, animés par l’amour du Christ le Bon Pasteur, profondément convaincus qu’en marchant ensemble, nous grandissons dans l’unité. Puissions-nous puiser notre force de Dieu, parfaite source de communion et d’amour !

Cet amour trouve sa plus profonde expression dans la prière commune. Lorsque des chrétiens prient ensemble, ils en viennent à réaliser que ce qui les unit est plus grand que ce qui les divise. Notre désir d’unité est inspiré par la prière du Christ « que tous soient un » (Jn 17, 21). Approfondissons nos racines communes dans la foi apostolique en priant ensemble et en recherchant les traductions communes de la Prière du Seigneur et une date commune pour la célébration de Pâques.

Alors que nous cheminons vers le jour béni où, enfin, nous serons rassemblés autour de la même table eucharistique, nous pouvons coopérer dans plusieurs domaines et démontrer d’une manière tangible la grande richesse qui nous unit déjà. Nous pouvons témoigner ensemble de valeurs fondamentales telles que la sainteté et la dignité de la vie humaine, le caractère sacré du mariage et de la famille, ainsi que le respect de toute la création, qui nous a été confiée par Dieu. Face à de nombreux défis contemporains comme la sécularisation et la globalisation de l’indifférence, nous sommes appelés à offrir une réponse commune fondée sur les valeurs de l’Évangile et sur les trésors de nos traditions respectives. À ce sujet, nous sommes encouragés à entreprendre une étude plus approfondie des Pères orientaux et latins, et à promouvoir un échange fructueux sur le plan pastoral, spécialement dans la catéchèse, et pour un mutuel enrichissement spirituel entre des communautés monastiques et religieuses.

Notre témoignage chrétien commun est un signe de réconciliation et d’espérance rempli de grâce pour la société égyptienne et pour ses institutions, un grain semé pour porter des fruits de justice et de paix. Puisque nous croyons que tout être humain est créé à l’image de Dieu, nous luttons pour la sérénité et la concorde à travers une cohabitation pacifique des chrétiens et des musulmans, en témoignant ainsi du désir de Dieu pour l’unité et l’harmonie de la famille humaine tout entière et pour l’égale dignité de chaque être humain. Nous partageons la préoccupation pour le bien-être et l’avenir de l’Égypte. Tous les membres de la société ont le droit et le devoir de participer pleinement à la vie de la nation., en jouissant de la pleine et égale citoyenneté et en collaborant pour bâtir leur société. La liberté de religion, incluant la liberté de conscience, enracinée dans la dignité de la personne, est la pierre angulaire de toutes les autres libertés. C’est un droit sacré et inaliénable.

Intensifions notre inlassable prière pour tous les chrétiens en Égypte et de par le monde entier, et spécialement au Moyen Orient. Les expériences tragiques ainsi que le sang versé par nos fidèles persécutés et tués pour la seule raison d’être chrétiens rappellent à nous tous combien davantage l’œcuménisme du martyre nous unit et nous encourage sur le chemin de la paix et de la réconciliation. Car, comme l’a écrit saint Paul : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Co 12, 26).

Le mystère de Jésus qui est mort et ressuscité par amour se trouve au cœur de notre cheminement vers l’unité. Une fois encore, les martyrs sont nos guides. Dans l’Église primitive, le sang des martyrs était la semence de nouveaux chrétiens. De même, de nos jours, puisse le sang des très nombreux martyrs être la semence d’unité parmi les disciples du Christ, un signe et un instrument de communion comme de paix pour le monde.

Obéissant au travail de l’Esprit Saint, qui sanctifie l’Église, la garde tout au long des siècles, et la conduit vers la pleine unité – cette unité pour laquelle Jésus a prié :

Aujourd’hui nous, Pape François et Pape Tawadros II, en vue de satisfaire le cœur du Seigneur Jésus, ainsi que les cœurs de nos fils et filles dans la foi, nous déclarons mutuellement que, dans le même esprit et d’un même cœur, nous chercherons sincèrement à ne plus répéter le baptême qui a été administré dans nos respectives Églises pour toute personne qui souhaite rejoindre l’une ou l’autre. Nous confessons cela en obéissance aux Saintes Écritures et à la foi des trois Conciles œcuméniques célébrés à Nicée, à Constantinople et à Éphèse.

Nous demandons à Dieu notre Père de nous guider, dans le temps et par les moyens que l’Esprit Saint choisira, vers la pleine unité dans le Corps mystique du Christ.

Laissons-nous, donc, guider par les enseignements et par l’exemple de l’apôtre Paul, qui a écrit : « Ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous » (Ep 4, 3-6).

(Avec R. V.)

Mercredi 26 avril 2017

Lors de l’audience générale de ce mercredi, Place Saint-Pierre, le Pape François a appuyé sa catéchèse sur la parole du Christ dans l’Évangile de Saint Matthieu : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Pour la 20ème étape de son parcours sur l’espérance, le Pape François a insisté sur le caractère concret et actuel de la présence de Dieu parmi nous.

Pour la 20ème étape de son parcours sur l’espérance, le Pape a insisté sur le caractère concret et actuel de la présence de Dieu parmi nous.

« Notre Dieu n’est pas un Dieu absent, séquestré dans un ciel très lointain ; c’est au contraire un Dieu passionné par l’homme. » Il l’a martelé dans sa catéchèse, en répétant que « notre Dieu nous accompagne toujours, même si, par aventure, nous L’oublions ». « Notre existence est un pèlerinage, un chemin ». Le Pape l’a redit en s’appuyant sur l’exemple d’Abraham qui s’est mis en marche, en quittant sa terre comme Dieu le lui avait demandé.

Ce long voyage qui peut sembler absurde à vue humaine prend son sens si l’on sait que « Jésus nous assure non seulement de nous attendre au terme de notre long voyage, mais de nous accompagner dans chacun de nos jours ».

En effet, « Les cieux passeront, la terre passera, les espérances humaines seront annulées, mais la Parole de Dieu est plus grande que tout et ne passera pas (…). Il n’y aura pas de jour de notre vie dans lequel nous cesserons d’être une préoccupation pour le cœur de Dieu ». C’est cette « proximité de Dieu » que l’on appelle la « Providence », a expliqué le Pape : cela signifie que Dieu « pourvoit à notre vie ».

« L’espérance chrétienne trouve sa racine non pas dans l’attractivité du futur, mais dans la sécurité de ce que Dieu nous a promis et a réalisé en Jésus-Christ », a encore précisé le Pape, estimant que, si l’on traverse des phases de doute et d’obscurité, il faut « s’agripper à la corde ».

Reprenant le célèbre verset du Psaume 23, « Si je traverse la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi », le Pape a rappelé que « l’homme voyageur, l’homme debout », doit se souvenir que « Dieu ne nous abandonne pas, que Dieu nous aime tendrement ».

Au terme de cette audience générale, parmi les pèlerins francophones, le Pape a notamment salué un groupe des Œuvres Pontificales Missionnaires, venu avec le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et les membres de la Communauté de l’Arche de Cognac, en Charente.

(Avec R. V.)

Dimanche 23 avril 2017

Le Pape François a récité ce la prière du Regina Caeli depuis la fenêtre du palais apostolique. Un dimanche au cours duquel l’Eglise célèbre la Divine Miséricorde, une fête voulue par le pape Saint Jean-Paul II le dimanche qui suit Pâques.

« En cette période après Pâques, le dimanche a une signification encore plus lumineuse, car dans la tradition de l’Eglise, on l’appelle "in albis", en souvenir du rite du baptême, où chaque baptisé endossait un vêtement blanc pour indiquer leur dignité d’enfant de Dieu. »

Le Pape rendu hommage à l’intuition de son prédécesseur polonais d’avoir institué cette fête de la Divine Miséricorde. « Nous avons conclu il y a peu le jubilé extraordinaire de la miséricorde, a-t-il rappelé, et ce dimanche nous invite à reprendre avec force la grâce qui provient de la miséricorde de Dieu ». Le Saint-Père a repris la lecture de l’Evangile de Jean où Jésus apparait à ses disciples au Cénacle en leur disant : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie », avant de leur envoyer l’Esprit Saint. « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Tel est le sens de la miséricorde a expliqué le Pape, celui de Jésus ressuscité qui pardonne les péchés. Ainsi, le Christ ressuscité a transmis comme première mission à son Eglise de porter à tous l’annonce concrète du pardon.

Cette miséricorde, vécue à la lumière de Pâques, se laisse comprendre comme une forme véritable de connaissance du mystère que nous vivons a poursuivi le Saint-Père. « Elle ouvre la porte de l’esprit pour mieux comprendre le mystère de Dieu et de notre existence personnelle. Elle nous fait comprendre que la violence, la rancœur, la vengeance n’ont aucun sens, et que la première victime est celui qui est animé par ces sentiments. La miséricorde ouvre aussi la porte du cœur et permet d’exprimer sa proximité surtout envers ceux qui sont seuls et marginaux, parce qu’elle les fait se sentir frères et fils d’un seul Père. »

« Cette miséricorde, en somme, nous invite tous à être des instruments de justice, de réconciliation et de paix, a conclu François, n’oublions jamais qu’elle est la clé de voute de la foi et la forme concrète par laquelle nous rendons visible la résurrection de Jésus ». A l’issue de la prière, le Pape a remercié les fidèles pour les nombreux messages d’affection qu’il a reçus pour la fête de Pâques.

(Avec R. V.)

Dimanche 16 Avril 2017

Comme c’est la tradition à Noël et à Pâques, le Saint-Père a prononcé ce dimanche16 Avril, à midi, la traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi, « à la Ville et au Monde », depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, pour que la Résurrection du Christ soit un signe de paix pour tous les peuples. Nous vous proposons de le découvrir dans son intégralité

« Chers frères et sœurs,

Bonne fête de Pâques !

Aujourd’hui, dans le monde entier, l’Église renouvelle l’annonce pleine d’étonnement des premiers disciples : « Jésus est ressuscité ! »- « Il est vraiment ressuscité, comme il l’avait dit ! »

L’antique fête de Pâques, mémorial de la libération du peuple hébreu de l’esclavage, atteint ici son accomplissement : par sa résurrection, Jésus Christ nous a libérés de l’esclavage du péché et de la mort et nous a ouvert le passage vers la vie éternelle.

Nous tous, quand nous nous laissons dominer par le péché, nous perdons la bonne route et nous allons errant comme des brebis égarées. Mais Dieu même, notre Pasteur, est venu nous chercher, et pour nous sauver, il s’est abaissé jusqu’à l’humiliation de la croix. Et aujourd’hui, nous pouvons proclamer : « Il est ressuscité le bon Pasteur qui pour son troupeau est allé à la rencontre de la mort, alléluia ! » (Missel Romain, IV° dimanche de Pâques, Antienne de la communion).

À travers les temps, le Pasteur ressuscité ne se lasse pas de nous chercher, nous ses frères égarés dans les déserts du monde. Et par les signes de la Passion – les blessures de son amour miséricordieux – il nous attire sur son chemin, le chemin de la vie. Aujourd’hui aussi, Il prend sur ses épaules beaucoup de nos frères et sœurs opprimés par le mal sous ses différentes formes.

Le Pasteur Ressuscité va chercher celui qui est égaré dans les labyrinthes de la solitude et de la marginalisation ; il va à sa rencontre à travers des frères et des sœurs qui savent s’approcher avec respect et tendresse et faire entendre à ces personnes sa voix, une voix jamais oubliée, qui les rappelle à l’amitié avec Dieu.

Il prend en charge tous ceux qui sont victimes des anciens et des nouveaux esclavages : travaux inhumains, trafics illicites, exploitation et discrimination, graves dépendances. Il prend en charge les enfants et les adolescents qui sont privés de leur insouciance pour être exploités ; et qui a le cœur blessé par les violences subies à l’intérieur des murs de sa propre maison.

Le Pasteur Ressuscité se fait compagnon de route de tous ceux qui sont contraints de laisser leur terre à cause de conflits armés, d’attaques terroristes, de famines, de régimes oppressifs. A ces migrants forcés, il fait rencontrer des frères sous tous les cieux, pour partager le pain et l’espérance sur le chemin commun.

Dans les histoires complexes et parfois dramatiques des peuples, que le Seigneur Ressuscité guide les pas de qui cherche la justice et la paix ; et qu’il donne aux responsables des Nations le courage d’éviter l’expansion des conflits et d’arrêter le trafic des armes.

En ces temps, de façon particulière, qu’il soutienne les efforts de tous ceux qui s’emploient activement à apporter soulagement et réconfort à la population civile en Syrie martyrisée, victime d’une guerre qui ne cesse pas de semer horreur et mort. Encore hier, un dernier et ignoble attentat contre les réfugiés en fuite a provoqué de nombreux morts et blessés. Qu’il donne la paix à tout le Moyen Orient, à commencer par la Terre sainte, comme aussi en Irak et au Yémen.

Que la proximité du Bon Pasteur ne manque pas aux populations du Soudan du Sud, du Soudan, de la Somalie et de la République Démocratique du Congo, qui souffrent de conflits qui se perpétuent, aggravés par la très sérieuse famine qui frappe certaines régions de l’Afrique.

Que Jésus ressuscité soutienne les efforts de tous ceux qui, spécialement en Amérique latine, s’engagent à garantir le bien commun des sociétés, parfois marquées de tensions politiques et sociales qui dans certains cas aboutissent à la violence.

Qu’on puisse construire des ponts de dialogue, en persévérant dans la lutte contre la plaie de la corruption et dans la recherche de solutions valables et pacifiques aux controverses, pour le progrès et la consolidation des institutions démocratiques, dans le plein respect de l’État de droit.

Que le Bon Pasteur aide la bien-aimée terre d’Ukraine, encore affligée par un conflit sanglant, à retrouver la concorde et accompagne les initiatives en vue d’adoucir les drames de tous ceux qui en souffrent des conséquences.

Que le Seigneur ressuscité, qui ne cesse pas de combler le continent européen de sa bénédiction, donne espérance à tous ceux qui traversent des moments de crise et de difficultés, spécialement en raison du manque de travail surtout pour les jeunes.

Chers frères et sœurs, cette année comme chrétiens de toute confession, nous célébrons ensemble la Pâque. Ainsi, d’une seule voix dans chaque partie de la terre résonne l’annonce la plus belle : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, comme il l’avait dit ! ». Il a vaincu les ténèbres du péché et de la mort, qu’il donne la paix à notre temps.

Bonne fête de Pâques ! »

Dimanche de la Résurrection 16 Avril 2017

C’est une foule nombreuse qui s’est rassemblée ce dimanche 16 avril pour participer à la Messe de Pâques, présidée par le Pape François, sur une Place Saint-Pierre transformée en jardin, et sous un ciel capricieux, entre rayons de soleil et courtes averses. Une célébration toute en solennité et en recueillement pour célébrer la Résurrection du Christ. Dans une homélie improvisée, le Pape s’est attardé sur cette annonce de la Résurrection, que l’Eglise répète et chante depuis 2 000 ans.

Pierre, Jean et les saintes femmes sont allés au tombeau le cœur serré par la tristesse, la confusion, par la défaite. « Leur maitre, celui qu’ils aimaient tant est mort. Et de la mort, personne ne revient », a expliqué le Pape. Mais l’Ange leur dit : « Il n’est pas ici, il est ressuscité ! ».

« Mais si le Seigneur est ressuscité, pourquoi de telles choses ? Pourquoi les maladies, le trafic d’êtres humains, l’esclavage, la destruction, les mutilations, la vengeance, la haine… Mais où est le Seigneur ? », s’est-il demandé, le visage grave, avant de raconter brièvement le dialogue qu’il a eu ce samedi, par téléphone, avec un jeune homme atteint d’une maladie grave. « Il n’y a pas d’explication à ce qui t’arrive. Dieu l’a fait avec son propre Fils », lui a dit François. Et le jeune de répondre : « Oui, mais Dieu l’a demandé à son fils, et son Fils a dit ‘oui’. A moi, personne ne m’a rien demandé’ ».

La souffrance demeure un mystère, mais aujourd’hui l’Eglise continue de dire : « Arrête-toi ! Jésus est ressuscité ! Ce n’est pas une invention, une fête avec des fleurs. C’est le mystère de la pierre rejetée, et qui finit par devenir le fondement de notre existence », a affirmé le Souverain Pontife, en se référant à un verset du psaume 117, « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

« Dans cette culture du rejet, où tout ce qui n’est pas utile est mis de côté, a poursuivi le Pape, cette pierre rejetée est source de Vie, et nous, petits cailloux sur cette terre de douleur, de tragédies, avec la foi en Jésus ressuscité, nous devons regarder au-delà », ne pas nous renfermer sur nous-mêmes. « Il n’y a pas un mur, mais un horizon qui s’ouvre devant toi » ; et le Pape d’insister : « les petits cailloux ont un sens », près de cette pierre angulaire qu’est le Christ.

Il ne s’agit pas d’évacuer les problèmes du quotidien, de ne pas penser à ceux de nos proches, aux guerres, mais de se dire tout simplement : « Je ne sais pas pourquoi cela arrive, mais je suis sûr que le Christ est ressuscité, et je parie sur cela ».

« Frères et sœurs, voilà ce que j’avais envie de vous dire, a conclu le Pape. Rentrez chez vous et répétez dans votre cœur : ‘Christ est ressuscité’ ».

Rencontre avec le pape des coptes-orthodoxes Tawadros II au siège de son patriarcat, dans la capitale égyptienne.

« Il ne nous est plus possible de nous cacher derrière les prétextes des divergences d’interprétation ni non plus derrière des siècles d’histoire et de traditions qui nous ont rendus étrangers » : le Pape François a célébré l’œcuménisme lors de son dernier rendez-vous de la journée au Caire.

Dans son intervention devant le Pape copte, le Pape François, qui portait la croix copte, est revenu sur le caractère inéluctable du rapprochement entre les Églises catholique et copte-orthodoxe.

Ce n’est pas la première fois que le Pape François et le patriarche Tawadros II se rencontrent. Ce n’est pas non plus la première fois que les chefs spirituels des deux Églises réaffirment leur engagement commun sur le chemin de l’œcuménisme. Le Pape l’a rappelé en évoquant la Déclaration commune du 10 mai 1973 signée par Paul VI et Chenouda III. « Ensemble, nous avons confessé que nous appartenons à Jésus et qu’il est notre tout ». Depuis, « nous avons compris qu’étant siens, nous ne pouvons plus penser aller chacun son chemin, car nous trahirions sa volonté », a poursuivi le Pape.

« Sur ce chemin passionnant […] nous ne sommes pas seuls », affirme le Pape François, évoquant les saints et les martyrs. Coptes et catholiques sont appelés « à témoigner de lui, à porter au monde notre foi », « en la vivant, car la présence de Jésus se transmet avec la vie et parle le langage de l’amour gratuit et concret ». L’œcuménisme passe ainsi d’abord par le témoignage de vie. C’est pourquoi les initiatives concrètes de charité, sur le terrain, envers les fidèles et l’ensemble de la population est essentiel. « Avant d’entreprendre une initiative pour le bien, il serait beau de nous demander si nous pouvons la faire avec nos frères et sœurs qui partagent la foi en Jésus », a ainsi déclaré le Pape. Il a salué également la création du Conseil national des Églises chrétiennes en Egypte.

Mais cet œcuménisme ne se base pas que sur des initiatives de charité. Il se manifeste aussi par « un vrai et authentique œcuménisme du sang ». « Que de martyrs dans ce pays, s’est exclamé François, depuis les premiers siècles du christianisme ». Le Pape ne pouvait qu’évoquer les récents attentats : « encore récemment, malheureusement, le sang innocent de fidèles sans défense a été cruellement versé : leur sang innocent nous unit », a ainsi affirmé François.

Face à une telle situation, et comme il l’avait précédemment déclaré à l’université Al-Ahzar et devant les autorités égyptiennes, il a exhorté à s’opposer « à la violence en prêchant et en semant le bien, en faisant grandir la concorde et en maintenant l’unité, en priant afin que tant de sacrifices ouvrent la voie à un avenir de pleine communion entre nous et de paix pour tous ».

Le Pape François a ainsi souhaité que « le même Seigneur nous accorde de repartir aujourd’hui, ensemble, en pèlerins de communion et en messagers de paix ».

Les deux Papes se sont ensuite rendus à l’église Saint-Pierre (« Al-Boutrosiyya ») pour une prière œcuménique en présence des différents chefs des autres confessions chrétiennes, notamment le patriarche de Constantinoples Bartholomée 1er. Ils ont déposé des fleurs à la mémoire des victimes de l’attentat qui avait fait 25 morts le 11 décembre 2016.

Au terme de cette visite au patriarcat copte, effectué avec plus d’une heure de retard sur le programme prévu, le Pape devait rejoindre la nonciature apostolique et saluer plusieurs centaines de jeunes.

(Avec R. V.)

Samedi 15 Avril 2017

Le Pape François a présidé samedi 14 avril, le soir, en la Basilique Saint Pierre, la messe de la Veillée Pascale, au cours de laquelle les chrétiens font mémoire du passage des ténèbres à la lumière. Ce passage est vécu principalement au début de la célébration à travers le rite de la lumière, puis l’entrée de la procession dans la basilique plongée dans la pénombre et le silence.

Découvrez le texte intégral de l’homélie prononcée par le Saint Père :

« Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre » (Mt 28, 1). Nous pouvons imaginer ces pas… : le pas typique de celui qui va au cimetière, un pas fatigué de confusion, un pas affaibli de celui qui ne se convainc pas que tout soit fini de cette manière… Nous pouvons imaginer leurs visages pâles, baignés de larmes… Et la question : comment est-ce possible que l’Amour soit mort ?

À la différence des disciples, elles sont là – comme elles ont accompagné le dernier soupir du Maître sur la croix et puis Joseph d’Arimathie pour lui donner une sépulture - ; deux femmes capables de ne pas fuir, capables de résister, d’affronter la vie telle qu’elle se présente et de supporter la saveur amère des injustices. Et les voici, devant le sépulcre, entre la douleur et l’incapacité de se résigner, d’accepter que tout doive finir ainsi pour toujours.

Et si nous faisons un effort d’imagination, dans le visage de ces femmes, nous pouvons trouver les visages de nombreuses mères et grand-mères, le visage d’enfants et de jeunes qui supportent le poids et la douleur de tant d’injustices si inhumaines. Nous voyons reflétés en eux les visages de ceux qui, marchant par la ville, sentent la douleur de la misère, la douleur de l’exploitation et de la traite. En eux, nous voyons aussi les visages de ceux qui font l’expérience du mépris, parce qu’ils sont immigrés, orphelins de patrie, de maison, de famille ; les visages de ceux dont le regard révèle solitude et abandon, parce qu’ils ont les mains trop rugueuses. Elles reflètent le visage de femmes, de mères qui pleurent en voyant que la vie de leurs enfants reste ensevelie sous le poids de la corruption qui prive de droits et brise de nombreuses aspirations, sous l’égoïsme quotidien qui crucifie et ensevelit l’espérance de beaucoup, sous la bureaucratie paralysante et stérile qui ne permet pas que les choses changent. Dans leur douleur, elles ont le visage de tous ceux qui, en marchant par la ville, voient leur dignité crucifiée.

Dans le visage de ces femmes, il y a de nombreux visages, peut-être trouvons-nous ton visage et le mien. Comme elles, nous pouvons nous sentir poussés à marcher, à ne pas nous résigner au fait que les choses doivent finir ainsi. Certes, nous portons en nous une promesse et la certitude de la fidélité de Dieu. Mais aussi nos visages parlent de blessures, parlent de nombreuses infidélités – les nôtres et celles des autres – parlent de tentatives et de batailles perdues. Notre cœur sait que les choses peuvent être autres, mais sans nous en rendre compte, nous pouvons nous habituer à cohabiter avec le sépulcre, à cohabiter avec la frustration. De plus, nous pouvons arriver à nous convaincre que c’est la loi de la vie, en nous anesthésiant grâce à des évasions qui ne font rien d’autre qu’éteindre l’espérance mise par Dieu dans nos mains. Ainsi sont, tant de fois, nos pas, ainsi est notre marche, comme celle de ces femmes, une marche entre le désir de Dieu et une triste résignation. Ce n’est pas uniquement le Maître qui meurt : avec lui meurt notre espérance.

« Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre » (Mt 28, 2). Subitement, ces femmes ont reçu une forte secousse, quelque chose et quelqu’un a fait trembler la terre sous leurs pieds. Quelqu’un, encore une fois, est venu à leur rencontre pour leur dire : « N’ayez pas peur », mais cette fois-ci en ajoutant : « Il est ressuscité comme il l’avait dit ». Et voici l’annonce dont, de génération en génération, cette Nuit nous fait le don : N’ayons pas peur, frères, il est ressuscité comme il avait dit ! La vie arrachée, détruite, annihilée sur la croix s’est réveillée et arrive à frémir de nouveau (Cf. R. Guardini, Il Signore, Milano, 1984, p. 501). Le fait que le Ressuscité frémit s’offre à nous comme un don, comme un cadeau, comme un horizon. Le fait que le Ressuscité frémit est ce qui nous est donné et qu’il nous est demandé de donner à notre tour comme force transformatrice, comme ferment d’une nouvelle humanité. Par la Résurrection, le Christ n’a pas seulement ôté la pierre du sépulcre, mais il veut aussi faire sauter toutes les barrières qui nous enferment dans nos pessimismes stériles, dans nos mondes de calculs conceptuels qui nous éloignent de la vie, dans nos recherches obsessionnelles de sécurité et dans les ambitions démesurées capables de jouer avec la dignité des autres.

Lorsque le Grand Prêtre, les chefs religieux en complicité avec les romains avaient cru pouvoir tout calculer, lorsqu’ils avaient cru que le dernier mot était dit et qu’il leur revenait de le déterminer, Dieu fait irruption pour bouleverser tous les critères et offrir ainsi une nouvelle possibilité. Dieu, encore une fois, vient à notre rencontre pour établir et consolider un temps nouveau, le temps de la miséricorde. C’est la promesse faite depuis toujours, c’est la surprise de Dieu pour son peuple fidèle : réjouis-toi, car ta vie cache un germe de résurrection, un don de vie qui attend d’être réveillé.

Et voici ce que cette nuit nous appelle à annoncer : le frémissement du Ressuscité, Christ est vivant ! Et c’est ce qui a changé le pas de Marie Madeleine et de l’autre Marie : c’est ce qui les fait repartir en hâte et les fait courir pour apporter la nouvelle (cf. Mt 28, 8) ; c’est ce qui les fait revenir sur leurs pas et sur leurs regards ; elles retournent en ville pour rencontrer les autres.

Comme avec elles, nous sommes entrés dans le sépulcre, ainsi avec elles, je vous invite à aller, à revenir en ville, à revenir sur nos propres pas, sur nos regards. Allons avec elles annoncer la nouvelle, allons… Partout où il semble que le tombeau a eu le dernier mot et où il semble que la mort a été l’unique solution. Allons annoncer, partager, révéler que c’est vrai : le Seigneur est vivant. Il est vivant et veut ressusciter dans beaucoup de visages qui ont enseveli l’espérance, ont enseveli les rêves, ont enseveli la dignité. Et si nous ne sommes pas capables de laisser l’Esprit nous conduire par ce chemin, alors nous ne sommes pas chrétiens.

Allons et laissons-nous surprendre par cette aube différente, laissons-nous surprendre par la nouveauté que seul le Christ peut offrir. Laissons sa tendresse et son amour guider nos pas, laissons le battement de son cœur transformer notre faible frémissement.

Vendredi Saint 14 Avril 2017

Le pape François a présidé le chemin de croix du Vendredi Saint au Colisée, et suivi en prière les méditations des 14 stations préparées cette année par Anne Marie Pelletier, bibliste Française qui a souhaité, dans ses textes, mettre en évidence la présence féminine, le drame de la guerre, des migrants, des familles lacérées et des enfants abusés.

Au pied de la Croix, au terme des quatorze stations, François a élevé sa prière au Christ crucifié « les yeux remplis de honte et le cœur plein d’espérance ». La honte, a dit le Saint Père, « face à toute ces images de dévastations, de destructions et de naufrages qui sont devenues ordinaires ». François exprime sa honte pour « le sang innocent versé chaque jour de femmes, d’enfants, de migrants et personnes persécutées pour la couleur de leur peau, pour leur appartenance ethnique, sociale et pour leur foi ». Honte aussi pour « toutes les fois ou nous avons lâchement fui nos responsabilités ». Honte pour « notre silence face à l’injustice ». Honte pour « les évêques, les prêtres, les consacrés, qui ont scandalisé et blessé l’Eglise ».

« L’espoir, poursuit le Pape François dans sa prière, que nos trahisons ne nous éviteront pas ta Miséricorde, l’espoir que « la croix transforme nos cœurs endurcis en cœurs de chair capable de rêver, de pardonner et d’aimer ». L’espoir que « ton Eglise essaiera d’être la voix qui crie dans le désert de l’humanité ». L’espoir que « le bien vaincra malgré sa défaite apparente ».

A la fois honteux et remplis d’espérance, « nous te demandons de nous laver dans le sang et dans l’eau qui coulent de ton corps transpercé, continue le Saint Père, de pardonner nos péchés, et nos fautes ». Nous te demandons de te souvenir de nos frères « fauchés par la violence, par l’indifférence et par la guerre ». Nous te demandons de « rompre les chaines qui nous enferment dans notre égoïsme, notre cécité volontaire, et la vanité de nos calculs mondains ». Nous te demandons de ne « jamais avoir honte de ta croix, de ne jamais l’instrumentaliser », mais de l’honorer et de l’adorer parce qu’elle nous a montré « la monstruosité de nos péchés et la puissance de ta miséricorde ».

(Avec R. V.)

Jeudi 13 avril 2017

Les catholiques du monde entier entrent pleinement dans l’esprit de Pâques ce . Avant de présider la messe In Cena Domini, qui a ouvert le Triduum pascal ce soir, le Pape François a présidé dans la matinée la messe chrismale en présence de 2000 prêtres de son diocèse de Rome, puis la messe de la Cène dans l’après-midi à la prison de Paliano.

Durant cette célébration, le Saint-Père a consacré le Saint Chrême, qui servira tout au long de l’année pour les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’ordre ; il a également béni les huiles saintes pour le sacrement des malades et les étapes de catéchuménat.

Plus de 2000 prêtres, réunis pour cette messe qui manifeste l’unité de toute la communauté diocésaine autour de son évêque, ont renouvelé la promesse faite lors de leur ordination sacerdotale. Dans son homélie, le Pape François, évêque de Rome, leur a rappelé qu’ils sont les missionnaires courageux de la joyeuse Annonce.

La joyeuse Annonce réside tout d’abord dans le comportement du prêtre, dans son contact avec les autres, dans son être et sa douce disponibilité. Par définition, a dit le Pape dans son homélie, « l’Annonce ne pourra jamais être triste ou neutre, car elle est l’expression d’une joie entièrement personnelle : la joie d’un Père qui ne veut pas qu’un de ses enfants se perde ». Quant à la miséricorde de la joyeuse Annonce, elle « ne pourra jamais être une fausse commisération, qui laisse le pécheur dans sa misère parce qu’elle ne lui tend pas la main pour qu’il se lève ».

Il a pris en exemple Mère Teresa, à l’image de la Samaritaine qui étanche la soif de Jésus au bord du puits. La Sainte, « par son sourire et par sa façon de toucher des mains les blessures, a apporté la joyeuse Annonce à tous ». Et ce n’est pas tout : « Sa plénitude contagieuse nous permet de surmonter la tentation de la peur », dit encore le Pape François en s’élevant contre une excessive timidité du prêtre qui le conduirait à ne pas sortir pour communiquer la joie aux autres. Par ailleurs, « l’annonce de la bonne nouvelle à ceux qui sont très pauvres ne peut se faire que d’une manière respectueuse et humble jusqu’à l’humiliation ». En somme, pour être plus clair, François précise : « L’évangélisation ne peut pas être présomptueuse. »

Messe in Cena Domini

Depuis 16h en ce jeudi Saint, le Pape François se trouve dans la prison de Paliano, en Italie centrale, pour y célébrer la messe In Coena Domini, en mémoire de la Cène du Seigneur. Les chrétiens se rappellent à cette occasion du repas au cours duquel Jésus partage le pain et le vin avec ses disciples, instituant ainsi l’Eucharistie, et lave leurs pieds, invitant les chrétiens à une attitude d’humilité et de service. C’est ce même geste que le Pape François a accompli, s’abaissant pour laver les pieds de douze prisonniers, dont trois femmes et un musulman qui sera baptisé en juin. On dénombre un Argentin, un Albanais et des Italiens dont deux condamnés à la prison à perpétuité. Les autres achèveront de purger leur peine entre 2019 et 2073.

Cette visite, à caractère strictement privé, avait commencé par une rencontre du Saint-Père avec le personnel de la prison et la plupart de la soixantaine de détenus. Seuls manquaient huit d’entre eux, atteints de tuberculose, et deux autres, placés à l’isolement, que le Pape a visités séparément. Le centre de détention de Paliano a un statut unique en Italie : il abrite des collaborateurs de justice (anciens mafieux qui ont accepté d’aider la justice italienne). Les différentes initiatives (travail, instruction, formation ou encore activités sportives et religieuses) permettent selon la directrice de l’établissement, Nadia Cersosimo, « d’abattre les préjugés et d’ouvrir la voie à la réinsertion ».

Ce n’est pas la première fois que le Pape François célèbre la messe In Coena Domini du Jeudi saint dans une prison.Souhaitant décentraliser cette célébration, qui se tenait auparavant en la basilique Saint-Pierre, il s’est en effet rendu dès 2013 à la "Casa del Marmo", une prison pour mineurs, puis en 2015 à la prison de Rebbibia, en banlieue de Rome. « C’est un devoir qui vient du cœur, une mission incontournable », a souligné le Saint-Père dans une interview au quotidien italien La Repubblica publié ce jeudi matin.

(AvecR. V.)

Mercredi 12 avril 2017

Sous un soleil radieux et devant une foule nombreuse réunie place Saint-Pierre le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne durant l’audience générale.

S’appuyant sur l‘épisode évangélique du grain qui meurt en terre pour donner du fruit, François a rappelé que Jésus aussi, venu sur Terre, est mort sur la croix d’où jaillit l’espérance nouvelle. À l’image du Christ, il a alors invité les fidèles à donner leur vie par amour.

Qui aurait imaginer que, quelques jours après son entrée triomphale à Jérusalem, Jésus serait humilié, condamné et crucifié ? Trois jours après la célébration des Rameaux, le Pape commence par s’interroger sur la réaction de la foule à la mort du Christ. Devant la croix, « les espérances terrestres s’effondrent » mais de nouvelles naissent, « celles qui durent toujours ».

À la manière de la graine, Jésus s’est fait tout petit, a quitté la gloire céleste pour « tomber en terre ». Plus encore, il est mort pour nous. « C’est précisément là, au plus profond de son abaissement – qui est aussi le sommet de l’amour – qu’a germé l’espérance. » Comment ? « Par la force de l’amour. » À Pâques, Jésus transforme « notre péché en pardon, notre mort en résurrection, notre peur en confiance ».

Certes, cela peut sembler être une « logique perdante » puisque « qui aime perd du pouvoir, qui donne se dépossède et aimer c’est donner ». Mais posséder pousse à l’insatisfaction de vouloir toujours plus. Or comme le dis Jésus « Qui aime sa vie la perdra ». « À l’inverse, poursuit le Pape, quiconque accepte de donner sa vie, est disponible et au service, vit à la manière de Dieu, est vainqueur, il se sauve et sauve les autres, il devient graine d’espérance pour le monde. »

« Bien sûr, ce véritable amour passe par la croix, le sacrifice, comme pour Jésus », mais la croix n’est qu’un « passage » : « la destination, c’est la gloire, comme nous le montre la fête de Pâques ». Le Pape François rappelle alors que les femmes aussi souffrent à l’accouchement mais sont ensuite « joyeuses, heureuses parce qu’elles ont donné une autre vie ». Ainsi, « l’amour est le moteur qui fait avancer notre espérance », répète le Saint-Père. En conclusion, il invite l’ensemble des fidèles à regarder chez eux le crucifix et à dire : « Avec toi rien n’est perdu. Avec toi, je peux toujours espérer. Tu es mon espérance ». Il fait ensuite répéter trois fois cette dernière phrase à la foule présente place Saint-Pierre.

(Avec R. V.)

Dimanche 9 avril 2017

Sous un soleil splendide, le Pape François a célébré cela messe des Rameaux, qui ouvre la Semaine Sainte, sur la place Saint-Pierre fleurie de palmes. Devant une foule de fidèles portant des rameaux d’olivier, le Saint-Père a appelé à apprendre à voir Jésus en celui qui souffre aujourd’hui, comme Jésus a souffert sur la Croix, en cette célébration à la fois « joyeuse et douloureuse ». Une célébration, a rappelé le Pape, qui coïncide aussi avec la 32è journée mondiale de la jeunesse fêtée cette année en diocèse.

Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père  :

"Cette célébration a comme une double saveur, douce et amère ; elle est joyeuse et douloureuse, car nous y célébrons le Seigneur qui entre dans Jérusalem et qui est acclamé par ses disciples en tant que roi. Et en même temps, le récit évangélique de sa passion est solennellement proclamé. C’est pourquoi notre cœur sent le contraste poignant et éprouve dans une moindre mesure ce qu’a dû sentir Jésus dans son cœur en ce jour, jour où il s’est réjoui avec ses amis et a pleuré sur Jérusalem.

Depuis 32 ans, la dimension joyeuse de ce dimanche a été enrichie par la fête des jeunes : les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui sont célébrées cette année au niveau diocésain, mais qui sur cette Place connaîtront sous peu un moment toujours émouvant, d’horizons ouverts, avec le remise de la Croix par les jeunes de Cracovie à ceux du Panama.

L’Évangile proclamé avant la procession (cf. Mt 21, 1-11) décrit Jésus qui descend du mont des Oliviers monté sur un ânon, sur lequel personne n’est jamais monté. Cet Évangile met en exergue l’enthousiasme des disciples, qui accompagnent le Maître par de joyeuses acclamations et on peut vraisemblablement imaginer comment cet enthousiasme a gagné les enfants et les jeunes de la ville, qui se sont unis au cortège par leurs cris. Jésus lui-même reconnaît dans cet accueil joyeux une force imparable voulue par Dieu, et il répond aux pharisiens scandalisés : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40).

Mais ce Jésus, qui selon les Écritures, entre justement ainsi dans la ville sainte, n’est pas un naïf qui sème des illusions, un prophète ‘‘new age’’, un vendeur d’illusions, loin de là : il est un Messie bien déterminé, avec la physionomie concrète du serviteur, le serviteur de Dieu et de l’homme qui va vers la passion ; c’est le grand Patient de la douleur humaine.

Donc, tandis que nous aussi, nous fêtons notre Roi, pensons aux souffrances qu’il devra subir au cours de cette Semaine. Pensons aux calomnies, aux outrages, aux pièges, aux trahisons, à l’abandon, à la justice inique, aux parcours, aux flagellations, à la couronne d’épines…, et enfin à la via crucis jusqu’à la crucifixion.

Il l’avait clairement dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive « (Mt 16, 24). Il n’a jamais promis honneurs et succès. Les Évangiles sont clairs. Il a toujours prévenu ses amis que sa route était celle-là, et que la victoire finale passerait par la passion et la croix. Et cela vaut pour nous également. Pour suivre fidèlement Jésus, demandons la grâce de le faire non pas par les paroles mais dans les faits, et d’avoir la patience de supporter notre croix : de ne pas la rejeter, de ne pas la jeter, mais en regardant Jésus, de l’accepter et de la porter, jour après jour.

Et ce Jésus, qui accepte d’être ovationné tout en sachant bien que le ‘‘crucifie-[le]’’ l’attend, ne nous demande pas de le contempler uniquement dans les tableaux ou sur les photographies, ou bien dans les vidéos qui circulent sur le réseau. Non ! Il est présent dans beaucoup de nos frères et sœurs qui aujourd’hui, aujourd’hui connaissent les souffrances comme lui : ils souffrent du travail d’esclaves, ils souffrent de drames familiaux, de maladies… Ils souffrent à cause des guerres et du terrorisme, à cause des intérêts qui font mouvoir les armes et qui les font frapper. Hommes et femmes trompés, violés dans leur dignité, rejetés… Jésus est en eux, en chacun d’eux, et avec ce visage défiguré, avec cette voix cassée, il demande à être regardé, à être reconnu, à être aimé.

Ce n’est pas un autre Jésus : c’est le même qui est entré à Jérusalem au milieu des rameaux de palmiers et d’oliviers agités. C’est le même qui a été cloué à la croix et est mort entre deux malfaiteurs. Nous n’avons pas un autre Seigneur en dehors de lui : Jésus, humble Roi de justice, de miséricorde et de paix."

Prière de l’Angélus

À la fin de la célébration des Rameaux, lors de la prière de l’Angelus, le Pape a particulièrement salué les jeunes qui fêtent ce même dimanche la 32ème Journée mondiale de la Jeunesse, cette année en diocèse. Une célébration au lendemain d’une veillé des jeunes avec le Pape François à Rome, et qui conclut trois jours d’un forum international organisé à Rome, par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, en vue de la prochaine JMJ, mais aussi du Synode des évêques consacré aux jeunes en octobre 2018. « Je salue spécialement ceux qui ont participé à cette rencontre internationale » a dit le Saint-Père, un salut qui « s’étend à tous les jeunes qui aujourd’hui, autour de leurs évêques, célèbrent cette JMJ dans chaque diocèse du monde ».

Sous le regard du Pape François, les applaudissements des fidèles et avec beaucoup d’émotion, les jeunes polonais de Cracovie, qui ont accueilli cette fête en juillet 2016, ont remis la grande croix bois des JMJ aux jeunes du Panama, où est prévu ce prochain rassemblement mondial en 2019. « C’est une autre grande étape de ce grand pèlerinage initié par Saint-Jean-Paul II » s’est réjoui le Pape.

Le Pape François a ensuite fait part de ses condoléances pour l’attentat de Stockholm vendredi 7 avril, et l’attaque d’une église copte en Égypte ce dimanche 9 avril.

« Alors que le Christ entre aujourd’hui dans la Passion », le Saint-Père a confié à la Vierge les victimes de l’attentat terroriste survenu vendredi dans la capitale suédoise. Un camion fou a foncé sur les passants puis dans un grand magasin d’une rue fréquentée de Stockholm faisant quatre morts et 15 blessés. Le Pape a aussi confié tous ceux qui « sont encore durement éprouvés par la guerre, malheur de l’humanité ».

Il a également évoqué l’attaque qui a « malheureusement » frappé ce dimanche matin, en Égypte, une église copte. Il a exprimé ses condoléances, ses prières et sa proximité pour « son cher frère », le patriarche copte Tawadros II, l’Église copte, « toute la chère nation égyptienne », les défunts, les blessés et leurs familles. Que « le Seigneur convertisse le cœur des personnes qui sèment la terreur, la violence et la mort, ainsi que le cœur de ceux qui fabriquent et trafiquent les armes » a lancé le Saint-Père, qui se rend en Égypte les 28 et 29 avril prochains pour un voyage apostolique.

Ce dimanche 9 avril au matin, un attentat à la bombe a en effet frappé l’église copte Mar Girgis de Tanta, située à 120 km au nord du Caire. L’explosion a eu lieu en pleine messe des Rameaux faisant des dizaines de morts et de blessés. « L’explosion a eu lieu aux premiers rangs, près de l’autel, durant la messe », selon le ministère égyptien de l’Intérieur. Une autre explosion a eu lieu ce dimanche près de l’église Mar Morcos à Alexandrie, selon les médias d’Etat. En décembre 2016, 29 coptes orthodoxes ont été tués dans un attentat à la bombe à l’église copte Saint-Pierre et Saint-Paul, mitoyenne de la cathédrale copte Saint-Marc du Caire.

(Avec R. V.)

Samedi 8 avril 2017

Le Pape François a participé à une veillée de prière avec les jeunes de Rome et du Latium en préparation au prochain Synode des Évêques en octobre 2018 qui sera consacré aux jeunes, à leur foi et au discernement vocationnel,

Cette veillée était aussi une façon de célébrer la 32ème Journée Mondiale de la Jeunesse, dimanche, qui se déroule cette année au niveau diocésain après le grand rendez-vous de Cracovie l’été dernier et avant le prochain rassemblement mondial au Panama en 2019.

Plusieurs témoignages ont ponctué la veillée dans la Basilique romaine de Sainte Marie Majeure. Celui d’une jeune franciscaine, Marialisa, une religieuse « heureuse d’être une femme consacrée ». Cette joie, elle la transmet à la tribune, par son sourire et son enthousiasme alors que toute petite, elle trouvait que les gens qui fréquentaient les églises étaient « ennuyeux ». Après une vie tourmentée, Marialisa dit s’être sentie tout de suite accueillie par sa communauté franciscaine, avec laquelle elle vit pleinement sa vocation. Elle vit aujourd’hui près de Reggio Calabria où elle s’occupe de jeunes en difficulté. « Je remercie ces enfants me rappellent chaque jour sans le savoir l’importance de se remettre question, et qu’au centre de tout il y a toujours un être humain. Ils me rappellent sans cesse que la seule règle valable est la loi de l’amour ».

Puis, après une lecture de l’évangile et un chant, vient le tour d’un jeune homme de 24 ans, Pompeo. Bouleversé par un événement qui a définitivement marqué sa vie. À 8 ans, en 2002, au beau milieu d’une matinée de classe, un violent tremblement de terre provoque l’effondrement de son école. En quelques secondes, il se retrouve prisonnier des décombres, avec de nombreux élèves de sa classe. Pompeo raconte qu’il est resté trois mois entre la vie et la mort. À son réveil, il apprend que 27 de ses compagnons de classe et son institutrice n’ont pas survécu. Pompeo se pose des questions : « Pourquoi eux sont-ils morts, et pas moi ? ». Pompeo ne marche plus. Depuis le tremblement de terre, il se déplace en fauteuil et pensait en avoir fini de souffrir. Mais à 18 ans, il doit être dialysé. Une nouvelle question le tourmente « Pourquoi m’as-tu sauvé à 8 ans si c’est pour me faire souffrir encore ? », demande-t-il à Dieu. Pompeo a subi un greffe et a reçu le rein de son père. Il ne veut rien changer de cette vie toujours prête à le surprendre. Sa vie en fauteuil lui a enseigné à apprécier la beauté des petites choses. Aujourd’hui Pompéo a un rêve : participer aux jeux paralympiques.

Ces témoignages ont été attentivement écoutés par tous, y compris par le Pape qui a attentivement pris des notes. Il a d’ailleurs souligné dans son homélie combien pour le collège épiscopal, l’écoute allait être au centre de la préparation du Synode des Evêques sur les jeunes : « Au cours du Synode, l’Église, toute l’Église, veut entendre les jeunes : ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils veulent, ce qu’ils critiquent et ce qu’ils regrettent. Tout. L’Église a besoin d’un nouveau printemps et le printemps est la saison des jeunes ».

Le Pape a insisté sur la nécessité qu’aucun jeune ne soit « exclu » de cette écoute et de ce Synode, un synode par et de « tous » les jeunes. « Même les jeunes qui se sentent agnostiques, interroge-t-il ? Oui. Même les jeunes qui ont une foi tiède ? Oui. Même les jeunes qui sont éloignés de l’Église ? Oui. Même les jeunes qui se sentent athées ? Oui. Ce Synode est celui des jeunes et nous voulons tous les écouter. »

Il a également adressé plusieurs questions aux jeunes. D’abord celle, déjà posée aux JMJ de Cracovie, de sortir de leurs divans, de prendre des risques, de se mettre « en chemin », comme les deux témoignages l’ont indiqué. Comment ? C’est là l’autre question du Saint-Père aux jeunes : en écoutant leurs grands-parents, les personnes âgées. « Fais-les rêver et prends leurs rêves pour aller de l’avant, pour prophétiser et pour rendre concret cette prophétie », a demandé directement le Pape à chaque jeune. « Voilà votre mission aujourd’hui, voilà la mission que vous demande aujourd’hui l’Église ». À Panama, le Pape leur reposera cette question a-t-il promis.

(Avec R. V.)

Dimanche 2 avril 2017

A l’issue de la messe célébrée sur le parvis de la cathédrale de Carpi, en Émilie-Romagne, dans le nord de l’Italie, le Pape, avant de réciter la prière de l’angélus, a évoqué une catastrophe naturelle et trois situations politiques particulière : la Colombie, le Kasaï, le Venezuela et le Paraguay.

« Je suis profondément attristé par la tragédie qui a frappé la Colombie où une gigantesque coulée de boue provoquée par des pluies torrentielles a déferlé sur la ville de Mocoa, causant de nombreux morts et blessés », a déclaré le Pape. « Je prie pour les victimes. J’assure de ma et de votre proximité ceux qui pleurent la disparition de leurs proches. Je remercie ceux qui prêtent secours ». Vendredi 31 mars, vers 23h30, la coulée de boue a déferlé sur Mocoa, ville de 40 000 habitants, privée maintenant d’électricité et d’eau courante. Selon un dernier bilan de la Croix-Rouge, il y a 206 morts, 202 blessés et 220 disparus.

Le Kasaï, qui regroupent trois régions au centre de la République démocratique du Congo est le théâtre depuis plusieurs semaines d’affrontements entre les forces armées congolaises et les membres d’une rébellion se réclamant d’un chef coutumier local décédé. « J’assure de ma proximité cette nation et j’exhorte tout le monde à prier pour la paix, afin que les cœurs des auteurs de tels crimes ne restent pas esclaves de la haine et de la violence qui détruisent toujours » a déclaré le Pape François. Il a évoqué les « affrontements armés sanglants » qui font des « victimes » et des « déplacés », et qui « frappent aussi des membres et des propriétés de l’Église, églises, hôpitaux et écoles ».

Le Pape François a également prié pour les populations du Venezuela et du Paraguay qui lui sont « très chères ». Il a invité « tout le monde à persévérer sans relâche, et en évitant toute forme de violence, à rechercher des solutions politiques ». Il a fait allusion aux tensions qui sont nées cette semaine au Venezuela quand la Cour suprême du pays s’est arrogée les pouvoirs du Parlement, suscitant une levée de bouclier dans tout le pays et à l’étranger. Depuis, les juges ont fait machine arrière sous la pression politique et populaire mais la situation reste très tendue dans un pays marqué par le bras de fer sans fin entre le gouvernement du président Nicolas Maduro et l’opposition, majoritaire au Parlement.

Concernant le Paraguay, le vote par le Sénat d’un amendement constitutionnel visant à abolir le mandat unique du président de la République, a déclenché vendredi une vague de colère parmi la population. Des manifestants ont saccagé le bâtiment du Congrès et y ont mis le feu. Le lendemain de ces faits, un opposant a été tué par la police au siège de son parti.

Après avoir récité l’angélus, le Pape a tenu à remercier tous les fidèles ayant participé à la célébration et celles et ceux qui ont préparé « ce double marathon » : la consécration de la cathédrale de Carpi, dimanche dernier, et la messe de ce 2 avril. Il a tenu aussi à remercier les 4500 malades : « merci à vous qui, avec vos souffrances, aidez l’Église, aidez à porter la Croix du Christ ».

Le Pape a ensuite béni les premières pierres de trois nouveaux édifices du diocèse : la paroisse de Sant’Agata in Carpi, la Maison des exercices spirituels de Sant’Antonio in Novi et la Citadelle de la charité à Carpi.

(Avec R. V.)

Mercredi 29 mars 2017

Lors de l’audience générale, pour la 16ème étape de son parcours catéchétique sur l’espérance, le Pape est revenu sur la figure d’Abraham, « non seulement notre père dans la foi, mais notre père dans l’espérance ».

En s’appuyant sur la Lettre de saint Paul aux Romains, dans laquelle il est précisé que Abraham fut « solide dans l’espérance », le Pape a rappelé que « dans la vie d’Abraham nous pouvons déjà trouver une annonce de la Résurrection, de la vie nouvelle qui vainc le mal et la mort elle-même ».

« Le Dieu qui se révèle à Abraham est le Dieu qui sauve, le Dieu qui fait sortie du désespoir et de la mort, le Dieu qui appelle à la vie », a expliqué le Pape. Il a précisé que « notre espérance ne se règle pas sur des raisonnements, des prévisions et des assurances humaines, et se manifeste là où il n’y a plus d’espérance, là où il n’y a plus rien en quoi espérer, justement comme il est advenu pour Abraham, face à sa mort imminente et à la stérilité de sa femme, Sara ». Le Pape est alors sorti de son texte pour interpeller la foule : « ouvrez vos cœurs et cette force de Dieu vous fera avancer, fera des choses miraculeuses, et vous enseignera ce qu’est l’espérance. Ceci est l’unique prix : ouvrir le cœur à la foi et Lui, Il fera le reste. »

Le Pape a donc invité les fidèles rassemblés Place Saint-Pierre à demander aujourd’hui au Seigneur la grâce de « rester fondés non seulement sur nos sécurités, sur notre capacité, mais sur l’espérance qui émerge de la promesse de Dieu, comme des vrais enfants d’Abraham. Quand Dieu promet, il mène à son accomplissement ce qu’il promet. Il ne manque jamais à sa parole. »

« Si nous, aujourd’hui (sur la Place Saint-Pierre), nous avons le cœur ouvert, je vous assure que nous tous nous nous rencontrerons dans la Place du Ciel pour toujours, qui ne passe jamais. Ceci est la promesse de Dieu. Ceci est notre espérance, si nous, nous ouvrons nos cœurs », a conclu le Saint-Père, en s’exprimant spontanément.

Parmi les groupes présents sur la Place, le Pape a notamment salué, dans son adresse aux francophones, des délégations de l’Association des Paralysés de France de la Communauté de La Source. Il a également lancé un appel pour l’Irak, en présence d’une délégation interreligieuse de ce pays.

Au terme de sa catéchèse, le Pape a lancé un appel vibrant pour le pays d’Abraham, l’Irak, un pays fracturé par une guerre civile qui semble interminable. Le Pape avait salué auparavant une délégation interreligieuse irakienne, accompagnée par le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. Leur présence a donné l’occasion au Pape d’exprimer son attachement à la pluralité religieuse en Irak.

« La richesse de la nation irakienne réside justement dans cette mosaïque qui représente l’unité dans la diversité, la force dans l’union, la prospérité dans l’harmonie », a martelé le Saint-Père. « Je vous encourage à avancer sur cette route, et je vous invite à prier afin que l’Irak trouve dans la réconciliation et dans l’harmonie entre ses diverses composantes ethniques et religieuses la paix, l’unité et la prospérité », a insisté le Pape François, très attentif au drame vécu par les populations syriennes et irakiennes, particulièrement depuis les offensives de l’organisation État islamique, en 2014.

« Ma pensée va aux populations civiles piégées dans les quartiers occidentaux de Mossoul, et aux autres déplacés à cause de la guerre, auxquels je me sens uni dans la souffrance, à travers la prière et la proximité spirituelle. En exprimant une profonde douleur pour les victimes de ce conflit sanglant, je renouvelle pour tous l’appel à s’engager avec toutes les forces dans la protection des civils, une obligation impérative et urgente », a précisé le Saint-Père.

Depuis le 17 octobre se joue à Mossoul une bataille de grande ampleur entre les forces de sécurité irakiennes, soutenues par la coalition internationale, et les djihadistes de l’État islamique qui mènent une résistance acharnée dans la vieille ville de Mossoul. La deuxième agglomération d’Irak était tombée aux mains des djihadistes en juin 2014, dans le cadre de leur offensive au nord de l’Irak, qui s’est traduite par de nombreuses exactions contre leurs opposants et contre les membres des minorités religieuses.

Avant l’audience, le Pape avait rencontré les différents membres de cette délégation qui compte des responsables chiites, sunnites, chrétiens, yezidis et sabéens (ou mandéens, une petite communauté de quelques milliers de membres, descendant de la tradition judéo-chrétienne en Mésopotamie).

« Nous sommes tous frères, et là où il y a de la fraternité, il y a de la paix. Nous sommes tous des enfants de Dieu. Et nous avons un père commun sur la terre : Abraham, et de cette première "sortie" d’Abraham, nous venons, jusqu’à aujourd’hui tous ensemble », a expliqué le Pape, reprenant des propos du cardinal Tauran. « Votre dialogue entre vous, votre visite est une vraie richesse de fraternité, et pour cela, c’est une route vers le paix, pour tous. La paix du cœur, la paix des familles, la paix des pays, la paix du monde », a insisté le Pape François, qui a demandé à tous les participants à cette rencontre de prier pour lui.

(Avec R. V.)

Dimanche 26 Mars 2017

Ce dimanche, quatrième du Carême, le Pape François s’est adressé à la foule depuis la fenêtre du Palais apostolique pour la prière de l’Angelus Place Saint-Pierre. Sous un soleil printanier, il a invité les fidèles à faire confiance à Jésus, vraie « lumière du monde », et non aux fausses lumières qui nous éloignent du prochain.

Le Pape s’est concentré sur l’Évangile du jour. Un récit dans lequel Jésus redonne la vue à un homme aveugle de naissance. À travers ce miracle, le Christ se manifeste comme la « lumière du monde ». Cet épisode de la Bible pousse à réfléchir « à notre foi en le Christ, fils de Dieu, et en même temps, fait référence au baptême, qui est le premier sacrement de la foi, celui qui fait venir la lumière », grâce à la « renaissance de l’eau et de l’Esprit saint ». C’est ainsi que « chacun de nous est illuminé à travers le baptême » a expliqué le Pape.

Cet homme aveugle de naissance, sans nom, « il représente nous-même, quand nous ne réalisons pas que Jésus est la lumière du monde, quand on regarde ailleurs, quand on préfère compter sur les petites lumières, quand on tâtonne dans l’obscurité ». Comme cet aveugle qui guérit, « nous aussi nous avons été éclairés par le Christ dans le baptême, et nous sommes appelés à se comporter comme des enfants de lumière ».

Ce baptême exige de choisir « de marcher dans la lumière », c’est-à-dire de d’abord abandonner les « fausses lumières, celles des préjugés qui déforment la réalité et provoquent de la haine contre ceux qui jugent sans pitié et condamnent sans appel ». Le Pape le rappelle, « ces bavardages sur les autres qui occupent les journées de chacun, c’est marcher dans l’ombre et non dans la lumière ».

L’autre lumière factice, parce qu’ils sont séduisants et ambigus, ce sont les intérêts personnels. Car « si nous évaluons les gens et les choses en fonction du critère de notre propre utilité, notre plaisir, notre prestige, nous ne sommes pas dans la vérité dans les relations et les situations ». « La recherche du gain personnel, c’est marcher dans l’ombre. » Et pour éviter cela, le Pape appelle à « un changement radical de mentalité, une capacité de juger les hommes et les choses selon une autre échelle de valeurs, celle qui vient de Dieu ».

Après la prière de l’Angelus, devant les fidèles, le Pape a rappelé la béatification, ce samedi 25 mars en Espagne, de José álvarez-Benavides y de la Torre et de ses 114 compagnons martyrs de la guerre civile espagnole. « Ces prêtres, religieux et laïcs ont été les témoins héroïques du Christ et de son Évangile de paix et de réconciliation fraternelle. Leur exemple et leur intercession soutiennent l’engagement de l’Église dans l’édification de la civilisation de l’amour ».

De retour de Milan, le Saint-Père a aussi tenu, ce dimanche, à remercier le cardinal Angelo Scola et tous les Milanais, croyants et non-croyants, pour l’extraordinaire accueil qu’il a reçu ce samedi 25 mars dans la cité lombarde. « Vous m’avez vraiment fait sentir comme à la maison » s’est réjoui le Pape, soulignant la générosité de ses habitants avec ce dicton « Milan si riceve col coeur in man ! ».

(Avec R. V.)

Vendredi 24 mars 2017

Ce soir, à 18h, le Saint-Père a reçu les responsables européens à l’occasion du 60ème anniversaire de la signature des Traités de Rome, le 25 mars 1957.

C’est dans la Sala Regia du palais apostolique du Vatican que le Pape François a accueilli les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne – dont le président français, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel – et leurs délégations, en présence de représentants des Institutions européennes, M. Antonio Tajani, président du Parlement, M. Donald Tusk, président du Conseil européen, M. Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, Mme Federica Mogherini, ministre des Affaires étrangères de l’Union.

Nous vous proposons de découvrir, dans son intégralité, son discours intitulé :

" Soixante ans après, discerner les voies de l’espérance pour l’Europe".

« Honorables hôtes,

Je vous remercie de votre présence, ce soir, à la veille du 60ème anniversaire de la signature des Traités fondateurs de la Communauté Economique Européenne et de la Communauté Européenne de l’Energie Atomique. Je désire signifier à chacun l’affection que le Saint Siège nourrit pour vos pays respectifs et pour toute l’Europe, aux destins desquels il est indissolublement lié, par disposition de la Providence divine. J’exprime une gratitude particulière à Monsieur Paolo Gentiloni, Président du Conseil des Ministres de la République italienne, pour les aimables paroles qu’il a adressées au nom de tous et pour l’engagement que l’Italie a prodigué pour préparer cette rencontre ; de même qu’à Monsieur Antonio Tajani, Président du Parlement européen, qui a exprimé les attentes des peuples de l’Union en cette occasion.

Revenir à Rome 60 ans après ne peut être seulement un voyage dans les souvenirs, mais bien plutôt le désir de redécouvrir la mémoire vivante de cet évènement pour en comprendre la portée dans le présent. Il faut se resituer dans les défis de l’époque pour affronter ceux d’aujourd’hui et de demain. Avec ses récits pleins d’évocations, la Bible nous offre une méthode pédagogique fondamentale : on ne peut pas comprendre le temps que nous vivons sans le passé, compris non pas comme un ensemble de faits lointains, mais comme la sève vitale qui irrigue le présent. Sans une telle conscience la réalité perd son unité, l’histoire son fil logique et l’humanité perd le sens de ses actions et la direction de son avenir.

Le 25 mars 1957 fut une journée chargée d’attentes et d’espérances, d’enthousiasme et d’anxiété, et seul un événement exceptionnel, par sa portée et ses conséquences historiques, pouvait la rendre unique dans l’histoire. La mémoire de ce jour s’unit aux espérances d’aujourd’hui et aux attentes des peuples européens qui demandent de discerner le présent afin de poursuivre, avec un élan renouvelé et avec confiance, le chemin commencé.

Les Pères fondateurs et les Responsables étaient bien conscients que, apposant leur signature sur les deux Traités, ils donnaient vie à cette réalité politique, économique, culturelle, mais surtout humaine, que nous appelons aujourd’hui l’Union Européenne. D’autre part, comme le disait le Ministre des Affaires Etrangères belge Spaak, il s’agissait, « c’est vrai, du bien-être matériel de nos peuples, de l’expansion de nos économies, du progrès social, de possibilités industrielles et commerciales totalement nouvelles, mais avant tout […] [d’] une conception de la vie à la mesure de l’homme fraternel et juste »[1].

Après les années sombres et cruelles de la Seconde Guerre Mondiale, les Responsables de l’époque ont eu foi en la possibilité d’un avenir meilleur, ils « n’ont pas manqué d’audace et n’ont pas agi trop tard. Le souvenir de leurs malheurs et peut-être aussi de leurs fautes semble les avoir inspirés, leur a donné le courage nécessaire pour oublier les vieilles querelles, […] penser et agir de manière vraiment nouvelle et pour réaliser la plus grande transformation […] de l’Europe »[2].

Les Pères fondateurs nous rappellent que l’Europe n’est pas un ensemble de règles à observer, elle n’est pas un recueil de protocoles et de procédures à suivre. Elle est une vie, une manière de concevoir l’homme à partir de sa dignité transcendante et inaliénable, et non pas seulement comme un ensemble de droits à défendre, ou de prétentions à revendiquer. A l’origine de l’idée d’Europe il y a « la figure et la responsabilité de la personne humaine avec son ferment de fraternité évangélique, […] avec sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire »[3]. Rome, avec sa vocation à l’universalité[4], est le symbole de cette expérience et pour cette raison fut choisie comme lieu de la signature des Traités, puisque ici – comme le rappela le Ministre des Affaires Etrangères Hollandais Luns – « furent jetées […] les bases politiques, juridiques et sociales de notre civilisation »[5].

S’il fut clair dès le début que le cœur palpitant du projet politique européen ne pouvait qu’être l’homme, le risque que les Traités restent lettre morte fut aussi évident. Ceux-ci devaient être remplis d’esprit vital. Et le premier élément de la vitalité européenne est la solidarité. « La Communauté économique européenne – a affirmé le Premier Ministre luxembourgeois Bech – ne vivra et ne réussira que si, tout au long de son existence, elle reste fidèle à l’esprit de solidarité européenne qui l’a fait naître et si la volonté commune de l’Europe en gestation est plus puissante que les volontés nationales »[6]. Cet esprit est d’autant plus nécessaire aujourd’hui devant les poussées centrifuges comme aussi devant la tentation de réduire les idéaux fondateurs de l’Union aux nécessités productives, économiques et financières.

La capacité de s’ouvrir aux autres naît de la solidarité. « Nos plans ne sont pas égoïstes »[7], a dit le Chancelier allemand Adenauer. Le Ministre des Affaires Etrangères français Pineau lui faisait écho : « Sans doute, les pays en s’unissant […] n’entendent pas s’isoler du reste du monde et dresser autour d’eux des barrières infranchissables »[8]. Dans un monde qui connaissait bien le drame des murs et des divisions, l’importance de travailler pour une Europe unie et ouverte était bien claire, ainsi que la volonté commune d’œuvrer pour supprimer cette barrière artificielle qui, de la Mer Baltique à l’Adriatique divisait le continent. Comme on a peiné pour faire tomber ce mur ! Et cependant aujourd’hui le souvenir de cette peine s’est perdu. S’est perdue aussi la conscience du drame des familles séparées, de la pauvreté et de la misère que cette division avait provoquées. Là où des générations aspiraient à voir tomber les signes d’une inimitié forcée, on se demande maintenant comment laisser au dehors les « dangers » de notre époque : en commençant par la longue file des femmes, hommes et enfants qui fuient la guerre et la pauvreté, qui demandent seulement la possibilité d’un avenir pour soi et pour leurs familles.

Dans l’absence de mémoire qui caractérise notre temps, on oublie souvent une autre grande conquête, fruit de la solidarité ratifiée le 25 mars 1957 : le temps de paix le plus long des derniers siècles. Des « peuples qui si souvent au cours des temps se sont trouvés dans des camps opposés, dressés les uns contre les autres sur le champ de bataille, […] se rejoignent et s’unissent à travers la richesse de leur diversité »[9]. La paix se construit toujours avec la participation libre et consciente de chacun. Cependant, « pour beaucoup aujourd’hui la paix semble [être], de quelque manière, un bien établi »[10] et il est ainsi facile de finir par la considérer superflue. Au contraire, la paix est un bien précieux et essentiel puisque sans elle on ne peut construire un avenir pour personne et on finit par “vivre au jour le jour”.

L’Europe unie naît, en effet, d’un projet clair, bien défini, correctement réfléchi, bien qu’au début seulement embryonnaire. Tout bon projet regarde vers l’avenir et l’avenir ce sont les jeunes, appelés à réaliser les promesses de l’avenir[11]. Il y avait donc chez les Pères fondateurs la claire conscience de faire partie d’une œuvre commune qui ne traverse pas seulement les frontières des Etats mais traverse aussi celles du temps de manière à lier les générations entre elles, toutes également participantes de la construction de la maison commune.

Honorables hôtes,

J’ai consacré cette première partie de mon intervention aux Pères de l’Europe, pour que nous nous laissions provoquer par leurs paroles, par l’actualité de leur pensée, par l’engagement passionné pour le bien commun qui les a caractérisés, par la certitude de faire partie d’une œuvre plus grande que leurs personnes et par la grandeur de l’idéal qui les animait. Leur dénominateur commun était l’esprit de service, uni à la passion politique et à la conscience qu’ « à l’origine de [cette] civilisation européenne se trouve le christianisme »[12], sans lequel les valeurs occidentales de dignité, de liberté, et de justice deviennent complètement incompréhensibles. « Et encore aujourd’hui – a affirmé saint Jean-Paul II – l’âme de l’Europe demeure unie, parce que, au-delà de ses origines communes, elle vit les mêmes valeurs chrétiennes et humaines, comme celles de la dignité de la personne humaine, du profond sentiment de la justice et de la liberté, du travail, de l’esprit d’initiative, de l’amour de la famille, du respect de la vie, de la tolérance, du désir de coopération et de paix, qui sont les notes qui la caractérisent »[13]. Dans notre monde multiculturel ces valeurs continueront à trouver plein droit de cité si elles savent maintenir leur lien vital avec la racine qui les a fait naître. Dans la fécondité d’un tel lien se trouve la possibilité de construire des sociétés authentiquement laïques, exemptes d’oppositions idéologiques, où trouvent également place le natif et l’autochtone, le croyant et le non croyant.

Au cours de ces dernières 60 années le monde a beaucoup changé. Si les Pères fondateurs, qui avaient survécu à un conflit dévastateur, étaient animés par l’espérance d’un avenir meilleur et déterminés par la volonté de le poursuivre, en évitant que surgissent de nouveaux conflits, notre époque est davantage dominée par l’idée de crise. Il y a la crise économique, qui a caractérisé les 10 dernières années, il y a la crise de la famille et des modèles sociaux consolidés, il y a une diffuse “crise des institutions” et la crise des migrants : beaucoup de crises, qui cachent la peur et le désarroi profond de l’homme contemporain, qui demande une nouvelle herméneutique pour l’avenir. Cependant, le terme “crise” n’a pas en soi une connotation négative. Il n’indique pas seulement un mauvais moment à dépasser. Le mot crise a pour origine le verbe grec crino (κρίνω), qui signifie examiner, évaluer, juger. Notre temps est donc un temps de discernement, qui nous invite à évaluer l’essentiel et à construire sur lui : c’est donc un temps de défis et d’opportunités.

Quelle est alors l’herméneutique, la clef d’interprétation avec laquelle nous pouvons lire les difficultés du présent et trouver des réponses pour l’avenir ? Le rappel de la pensée des Pères serait, en effet, stérile s’il ne servait pas à nous indiquer un chemin, s’il ne se faisait pas stimulation pour l’avenir et source d’espérance. Tout corps qui perd le sens de son chemin, tout corps à qui vient à manquer ce regard en avant, souffre d’abord d’une régression et finalement risque de mourir. Quel est donc l’héritage des Pères fondateurs ? Quelles perspectives nous indiquent-ils pour affronter les défis qui nous attendent ? Quelle espérance pour l’Europe d’aujourd’hui et de demain ?

Nous trouvons les réponses précisément dans les piliers sur lesquels ils ont voulu édifier la Communauté économique européenne et que j’ai déjà rappelés : la centralité de l’homme, une solidarité effective, l’ouverture au monde, la poursuite de la paix et du développement, l’ouverture à l’avenir. Il revient à celui qui gouverne de discerner les voies de l’espérance - voilà votre tâche : discerner les voies de l’espérance -, d’identifier les parcours concrets pour faire en sorte que les pas significatifs accomplis jusqu’ici ne se perdent pas, mais soient le gage d’un long et fructueux chemin.

L’Europe retrouve l’espérance lorsque l’homme est le centre et le cœur de ses institutions. J’estime que cela implique l’écoute attentive et confiante des requêtes qui proviennent aussi bien des individus que de la société et des peuples qui composent l’Union. Malheureusement, on a souvent l’impression qu’est en cours un ‘‘décrochage affectif’’ entre les citoyens et les institutions européennes, souvent considérées comme lointaines et pas attentives aux diverses sensibilités qui constituent l’Union. Affirmer la centralité de l’homme signifie aussi retrouver l’esprit de famille, dans lequel chacun contribue librement selon ses propres capacités et talents à [l’édification de] la maison commune. Il est opportun de se souvenir que l’Europe est une famille de peuples[14], que – comme dans chaque famille – il y a des susceptibilités différentes, mais que tous peuvent grandir dans la mesure où on est unis. L’Union Européenne naît comme unité des différences et unité dans les différences. Les particularités ne doivent donc pas effrayer, et on ne peut penser que l’unité soit préservée par l’uniformité. Elle est plutôt l’harmonie d’une communauté. Les Pères fondateurs ont choisi justement ce terme comme le pivot des entités qui naissaient des Traités, en mettant l’accent sur le fait qu’on mettait en commun les ressources et les talents de chacun. Aujourd’hui, l’Union Européenne a besoin de redécouvrir le sens d’être avant tout une ‘‘communauté’’ de personnes et de peuples conscients que « le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme de celles-ci »[15] et que donc « il faut toujours élargir le regard pour reconnaître un bien plus grand qui sera bénéfique à tous »[16]. Les Pères fondateurs cherchaient cette harmonie dans laquelle le tout est dans chacune des parties, et les parties sont – chacune avec sa propre originalité – dans le tout.

L’Europe retrouve l’espérance dans la solidarité qui est aussi le plus efficace antidote contre les populismes modernes. La solidarité comporte la conscience de faire partie d’un seul corps et en même temps implique la capacité que chaque membre a de ‘‘sympathiser’’ avec l’autre et avec l’ensemble. Si l’un souffre, tous souffrent (cf. 1 Co 12, 26). Ainsi, nous aussi, aujourd’hui, nous pleurons avec le Royaume-Uni les victimes de l’attentat qui a touché Londres il y a deux jours. La solidarité n’est pas une bonne intention : elle est caractérisée par des faits et des gestes concrets, qui rapprochent du prochain, indépendamment de la condition dans laquelle il se trouve. Au contraire, les populismes prospèrent précisément à partir de l’égoïsme, qui enferme dans un cercle restreint et étouffant et qui ne permet pas de surmonter l’étroitesse de ses propres pensées et de ‘‘regarder au-delà’’. Il faut recommencer à penser de manière européenne, pour conjurer le danger opposé d’une uniformité grise, c’est-à-dire le triomphe des particularismes. C’est à la politique que revient ce leadership d’idéaux qui évite de se servir des émotions pour gagner le consentement, mais qui élabore plutôt, dans un esprit de solidarité et de subsidiarité, des politiques faisant grandir toute l’Union dans un développement harmonieux, en sorte que celui qui réussit à courir plus vite puisse tendre la main à celui qui va plus lentement et qui a plus de difficultés à atteindre celui qui est en tête.

L’Europe retrouve l’espérance lorsqu’elle ne s’enferme pas dans la peur et dans de fausses sécurités. Au contraire, son histoire est fortement déterminée par la rencontre avec d’autres peuples et cultures et son identité « est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle »[17]. Le monde nourrit un intérêt pour le projet européen. Cet intérêt existe depuis le premier jour, à travers la foule amassée sur la place du Capitole et à travers les messages de félicitations qui arrivèrent des autres États. Il y en a encore plus aujourd’hui, à partir de ces pays qui demandent à entrer pour faire partie de l’Union, comme de ces États qui reçoivent des aides qui, grâce à une vive générosité, leur sont offertes pour faire face aux conséquences de la pauvreté, des maladies et des guerres. L’ouverture au monde implique la capacité de « dialogue comme forme de rencontre »[18] à tous les niveaux, à commencer par celui des États membres et des Institutions ainsi que des citoyens jusqu’à celui des nombreux immigrés qui abordent les côtes de l’Union. On ne peut pas se contenter de gérer la grave crise migratoire de ces années comme si elle n’était qu’un problème numérique, économique ou de sécurité. La question migratoire pose un problème plus profond, qui est d’abord culturel. Quelle culture propose l’Europe aujourd’hui ? La peur, souvent visible, trouve, en effet, dans la perte d’idéaux sa plus radicale cause. Sans une vraie perspective d’idéaux, on finit par être dominé par la crainte que l’autre nous arrache à nos habitudes consolidées, nous prive des conforts acquis, mette en quelque sorte en cause un style de vie trop souvent fait uniquement de bien-être matériel. Au contraire, la richesse de l’Europe a toujours été son ouverture spirituelle et la capacité à se poser des questions fondamentales sur le sens de l’existence. À l’ouverture envers le sens de l’éternel a correspondu également une ouverture positive, bien que non dénuée de tensions et d’erreurs, envers le monde. Le bien-être acquis semble, par contre, lui avoir rogné les ailes, et fait abaisser le regard. L’Europe a un patrimoine d’idéaux et de spiritualité unique au monde qui mérite d’être proposé à nouveau avec passion et avec une fraîcheur renouvelée et qui est le meilleur antidote contre le vide de valeurs de notre temps, terrain fertile pour toute forme d’extrémisme. Ce sont ces idéaux qui ont rendu Europe, cette ‘‘péninsule de l’Asie’’ qui depuis l’Oural arrive à l’Atlantique.

L’Europe retrouve l’espérance lorsqu’elle investit dans le développement et dans la paix. Le développement n’est pas assuré par un ensemble de techniques productives. Il concerne tout l’être humain : la dignité de son travail, des conditions de vie adéquates, la possibilité d’accéder à l’instruction et aux soins médicaux nécessaires. « Le développement est le nouveau nom de la paix »[19], a affirmé Paul VI, puisqu’il n’y a pas de vraie paix lorsqu’il y a des personnes marginalisées et contraintes à vivre dans la misère. Il n’y a pas de paix là où manquent le travail et la perspective d’un salaire digne. Il n’y a pas de paix dans les périphéries de nos villes, où se répandent drogue et violence.

L’Europe retrouve l’espérance lorsqu’elle s’ouvre à l’avenir. Lorsqu’elle s’ouvre aux jeunes, en leur offrant de sérieuses perspectives d’éducation, de réelles possibilités d’insertion dans le monde du travail. Lorsqu’elle investit dans la famille, qui est la première et fondamentale cellule de la société. Lorsqu’elle respecte la conscience et les idéaux de ses citoyens. Lorsqu’elle garantit la possibilité d’avoir des enfants, sans la peur de ne pas pouvoir les entretenir. Lorsqu’elle défend la vie dans toute sa sacralité.

Honorables hôtes,

Vu l’allongement général de l’espérance de vie, soixante ans sont aujourd’hui considérés comme le temps de la pleine maturité. Un âge crucial où encore une fois on est appelé à se remettre en cause. L’Union Européenne est aujourd’hui appelée à se remettre en cause, à soigner les inévitables ennuis de santé qui surviennent avec les années et à trouver de nouveaux parcours pour poursuivre son chemin. Cependant, à la différence d’un être humain de soixante ans, l’Union Européenne n’a pas devant elle une vieillesse inévitable, mais la possibilité d’une nouvelle jeunesse. Son succès dépendra de la volonté de travailler une fois encore ensemble et de la volonté de parier sur l’avenir. Il vous reviendra, en tant que dirigeants, de discerner la voie d’un « nouvel humanisme européen »[20], fait d’idéaux et de choses concrètes. Cela signifie ne pas avoir peur de prendre des décisions efficaces, en mesure de répondre aux problèmes réels des personnes et de résister à l’épreuve du temps.

De mon côté, je ne peux qu’assurer de la proximité du Saint-Siège et de l’Église à l’Europe entière, à l’édification de laquelle elle a depuis toujours contribué et contribuera toujours, en invoquant sur elle la bénédiction du Seigneur, afin qu’il la protège et lui donne la paix et le progrès. C’est pourquoi, je fais miennes les paroles que Joseph Bech a prononcées au Capitole : Ceterum censeo Europam esse ædificandam, d’ailleurs je pense que l’Europe mérite d’être construite.

Merci ! »

[1] P.H. Spaak, Ministre des Affaires Etrangères de la Belgique, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[2] P.H. Spaak, Discours, cit.

[3] A. de Gasperi, Notre patrie l’Europe. Discours à la Conférence Parlementaire Européenne, 21 avril 1954, in : Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol.III, 437-440.

[4] Cf. P.H. Spaak, Discours, cit.

[5] J. Luns, Ministre des Affaires Etrangères des Pays Bas, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[6]J. Bech, Premier Ministre du Luxembourg, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[7] K. Adenauer, Chancelier fédéral de la République Fédérale d’Allemagne, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 1957.

[8] C. Pineau, Ministre des Affaires Etrangères de la France, Discours prononcé à l’occasion de la signature des Traités de Rome, 25 mars 19857.

[9]P.H. Spaak, Discours, cit.

[10] Discours aux membres du Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 9 janvier 2017.

[11] Cf. P.H. Spaak, Discours, cit.

[12] A. de Gasperi, Notre Patrie Europe, cit.

[13] Jean-Paul II, Acte européen, Saint Jacques de Compostelle, 9 novembre 1982 : AAS 75/I (1983), 329.

[14] Cf. Discours au Parlement Européen, Strasbourg, 25 novembre 2014 :AAS 106 (2014), 1000

[15] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 235

[16] Ibid.

[17] Discours lors de la remise du Prix Charlemagne, 6 mai 2016, L’Osservatore Romano, Édition française (12 mai 2016), p. 10.

[18] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 239.

[19] Paul VI, Lett.enc. Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 87 : AAS 59 (1967), p. 299.

[20] Discours lors de la remise du Prix Charlemagne, 6 mai 2016, L’Osservatore Romano, Édition française (12 mai 2016), p. 10.

Mercredi 22 mars 2017

Lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses consacré à l’espérance chrétienne en s’intéressant à la signification la plus profonde de ces deux attitudes et à la manière dont elles mettent en lumière la réalité de l’espérance.

La persévérance et la consolation sont deux attitudes importants de notre vie qu’il faut mettre en relation avec l’espérance.

La persévérance, explique le Pape, c’est un peu comme la patience, c’est la capacité de supporter, « de rester fidèle, même quand le poids semble devenir trop grand, insoutenable et que nous sommes tentés de juger négativement et d’abandonner tout et tous ».

La consolation, « c’est la grâce de savoir cueillir et montrer en toute occasion, même en celles qui sont marquées par la désillusion et la souffrance, la présence et l’action compassionnelle de Dieu ».

Saint Paul, qui sert de base de réflexion au Pape, nous rappelle que la Bible nous enseigne à tourner notre regard vers Jésus, afin de lui ressembler toujours plus. Les Écritures nous enseignent également que le « Seigneur est vraiment “le Dieu de la persévérance et de la consolation” qui reste toujours fidèle à son amour pour nous ». Dieu, en effet, souligne le Pape, nous aime toujours et ne cesse de nous consoler.

Ainsi, « qui expérimente dans sa propre vie l’amour fidèle de Dieu et sa consolation est en mesure, et même a le devoir de demeurer proche des frères les plus faibles et de prendre leur fragilité sur ses épaules ». Nous sommes, en quelque sorte, « un canal » qui transmet les dons de Dieu, autrement dit, nous devenons « des semeurs d’espérance ».

Pas question d’être divisé en ligue 1 ou en ligue 2, les uns étant forts de cette proximité, les autres l’étant moins. Au contraire, « la Parole de Dieu alimente une espérance qui se traduit concrètement en partage, en service réciproque », précise encore le Pape. Ceux qui étaient forts connaissent à leur tour la fragilité et vice versa. Tous ne forment qu’une seule communauté au centre de laquelle se trouve le Christ, car « c’est lui qui nous donne la force, la patience, l’espérance et la consolation ».

A l’issue de ses différents saluts, le Pape François a invité toutes les communautés à vivre avec foi le rendez-vous des 23 et 24 mars, 24h pour le Seigneur, pour recevoir le sacrement de la réconciliation. Il espère que ce moment privilégié de grâce sur le chemin de Carême soit vécue dans de nombreuses églises du monde pour vivre la rencontre joyeuse avec la miséricorde du Père.

En saluant les membres de la fondation italienne Migrantes, le Pape a évoqué le « problème des réfugiés, des migrants, qui est aujourd’hui la tragédie la plus grande après celle de la Seconde Guerre mondiale ». Il encourage ainsi Migrantes à poursuivre son engagement en faveur de l’accueil et de l’hospitalité des réfugiés, en favorisant leur intégration, en tenant compte des droits et des devoirs réciproques de qui accueille et de qui est accueilli.

(Avec R. V.)

Dimanche 19 mars 2017

Lors de l’Angélus, le Pape François a expliqué que le temps de Carême est propice à la rencontre personnelle avec le Christ en reprenant l’Evangile du jour qui présente la rencontre entre Jésus et une femme de Samarie.

C’est le moment où Jésus et ses disciples traversaient cette région habitée par des gens que les hébreux méprisaient, car ils la considéraient schismatique et hérétique. Or il s’agit de l’une des premières populations qui adhéra à la prédication chrétienne des Apôtres. Le Pape s’arrête sur le dialogue entre Jésus et la Samaritaine. Jésus lui demande à boire, puis dans la conversation qui s’installe, la femme se rend compte qu’elle a devant elle le Messie, en personne. Fait rare, Jésus confirme ses soupçons : « Je le suis, moi qui te parle ».

La Samaritaine se retrouve à la source de la Parole de Dieu, cette source dont jaillit de l’eau qui donne la vie éternelle et qui a été répandue dans nos cœurs le jour de notre baptême. « Nous avons peut-être oublié que Dieu nous a transformés et remplis de sa grâce, que nous ayons réduit ce grand don à un simple épisode de notre vie personnelle », dit le Saint-Père. Si c’est le cas, « alors nous allons à la recherche de puits qui ne désaltèrent pas et qui ne contiennent pas d’eau pure ».

Ce passage de l’Evangile de Jean est précisément pour ceux qui connaissent déjà le Christ, mais qui ne l’ont peut-être pas encore rencontré en personne, ni n’ont parlé avec lui. « Peut-être que nous ne l’avons pas encore reconnu comme notre Sauveur ». Ce temps de Carême est une occasion propice pour se rapprocher de lui, le rencontrer dans la prière, pour parler avec lui, et l’écouter. C’est l’occasion de voir son visage dans le visage d’un frère ou d’une sœur souffrante., pour renouveler en soi-même la grâce reçue du Baptême, pour se désaltérer à la source de la Parole de Dieu et de son Esprit Saint ; et ainsi découvrir aussi la joie de devenir artisans de réconciliation et instruments de paix dans la vie quotidienne.

(Avec R. V.)

Mercredi 15 mars 2017

Lors de l’audience générale, tenue sur la place Saint-Pierre sous un soleil déjà printanier, le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur l’espérance. Pour la 14ème étape de ce parcours, le Pape s’est appuyé sur la lettre de Saint Paul aux Romains, dans laquelle l’apôtre invite les chrétiens à vivre « heureux dans l’espérance » et à ne pas vivre une charité hypocrite.

« L’apôtre Paul nous met en garde : il y a le risque que notre charité soit hypocrite, que notre amour soit hypocrite », a averti le Pape François. L’amour « sincère et fort » n’est pas une bluette sentimentale de série télévisée : face aux nombreuses manifestations d’amours intéressées, qui attendent une récompense en retour, les chrétiens doivent avoir conscience au contraire que « l’amour est une grâce, un don de Dieu, et que nous devons le demander. Lui, Il le donne volontiers, si nous le lui demandons. »

Alors, tout en nous faisant prendre conscience que notre façon d’aimer est « marquée par le péché », le Seigneur ouvre devant nous « une voie de libération, une voie de salut ». Dans sa lettre aux Romains, Saint Paul cherche surtout à « nous encourager et à raviver en nous l’espérance ». Et c’est d’abord en « appréciant les petites choses », en « aimant les autres comme les aime Dieu » que nous pourrons libérer cette espérance dans nos propres cœurs…

Notre espérance doit être joyeuse car l’amour de Dieu peut nous rejoindre dans toutes les circonstances, « et aussi à travers nos propres échecs ». « Avec le cœur visité et habité » par la grâce et la fidélité du Seigneur, « vivons dans la joyeuse espérance d’échanger avec les frères, pour le peu que nous pouvons », les nombreux dons de Dieu « que nous recevons chaque jour », a conclu le Saint-Père.

En s’adressant aux pèlerins francophones au terme de l’audience, le Pape a notamment salué les membres de l’association “Chemins d’humanité”, une structure qui organise des formations au management pour les prêtres, et qui fête cette année ses 20 ans avec un pèlerinage à Rome.

Dans son adresse aux Italiens, le Pape a adressé une « pensée spéciale » aux travailleurs de Sky Italia, le bouquet de chaînes satellitaires soumis à un plan social prévoyant notamment 200 licenciements et 300 mutations. « J’espère que leur situation de travail pourra trouver une solution rapide, dans le respect des droits de tous, surtout des familles ».

« Le travail vous donne de la dignité, les responsables politiques et les dirigeants ont l’obligation de tout faire pour que chaque homme et chaque femme puisse travailler et ainsi garder la tête haute, regarder les autres en face avec dignité », a improvisé le souverain pontife, reprenant un thème qui lui est cher.

« Celui qui pour des manœuvres économiques, pour réaliser des affaires pas complètement claires, ferme des usines, ferme des entreprises et supprime le travail d’hommes, cette personne fait un péché gravissime », a encore ajouté le Pape François.

(Avec R. V.)

Dimanche 12 Mars 2017

Au terme d’une semaine marquée par sa retraite spirituelle à Ariccia avec les principaux responsables de la Curie romaine, le Pape François a délivré sa traditionnelle méditation de l’Angélus. Devant 35 000 fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, il est revenu sur l’Évangile de ce deuxième dimanche du Carême, qui reprend le récit de la Transfiguration, dans le texte de saint Matthieu.

« Le visage de Jésus devint brillant comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière ». C’est sur la dimension lumineuse de cette scène de la Transfiguration que le Pape a concentré sa méditation, en expliquant que « la luminosité qui caractérise cet évènement extraordinaire en symbolise l’objectif : illuminer les esprits et les cœurs des disciples, afin qu’ils puissent comprendre clairement qui est leur Maître ».

Mais Jésus dans le même temps, préparait ses disciples à sa crucifixion, « ce moment triste et de tellement de douleur ». En effet, Jésus était « un Messie différent par rapport aux attentes : non pas un roi puissant et glorieux, mais un serviteur humble et désarmé ; non pas un seigneur de grande richesse, signe de bénédiction, mais un homme pauvre, qui n’a nulle part où reposer sa tête ; non pas un patriarche avec une nombreuse descendance, mais un célibataire sans maison et sans foyer », a souligné le Pape François.

Alors face à ce paradoxe déconcertant, Jésus transfiguré a voulu montrer à ses disciples sa gloire, « non pas pour leur éviter de passer à travers la croix, mais pour indiquer où porte la croix. Qui meurt avec le Christ ressuscitera avec le Christ. La Croix est la porte de la Résurrection ». Le Pape a donc invité chacun à contempler quotidiennement la Croix du Christ en ce temps de Carême, « pour comprendre toujours plus la gravité du péché et la valeur du sacrifice avec lequel le Rédempteur nous a sauvés .

Au terme de son intervention, le Saint-Père a lancé un appel pour les victimes de l’incendie qui a ravagé un foyer pour mineurs au Guatemala, faisant près d’une quarantaine de morts. « Que le Seigneur accueille leurs âmes, guérisse les blessés, console leurs familles dans la douleur et toute la nation. Je prie aussi et je vous demande de prier pour toutes les jeunes filles et tous les garçons victimes de violences, de mauvais traitements, d’exploitation et des guerres. Ceci est une plaie, ceci est un hurlement caché qui doit être écouté par nous tous, et que nous ne pouvons pas continuer à faire semblant de ne pas voir et de ne pas écouter. »

(Avec R. V.)

Mercredi 8 mars 2017

Il n’y a pas d’audience ce mercredi à Rome puisque le Pape François et la Curie ont débuté, dans la soirée de dimanche, les exercices spirituels de Carême à Ariccia, à quelques kilomètres de Rome. C’est le père Michelini, franciscain, qui a été chargé de prêcher les méditations de cette retraite de carême.

Le suicide de Judas a été ce mercredi 8 mars 2017 au centre de la cinquième méditation de Carême du père Giulio Michelini lors des exercices spirituels de la Curie romaine à Ariccia. En présence du Pape François, le franciscain a cherché les motifs qui ont poussé Judas, l’apôtre qui trahit Jésus, à accomplir ce geste qui mena à l’arrestation du Christ, à sa condamnation et à sa crucifixion. Le prédicateur a évoqué l’hypothèse d’une perte de la foi.

Ce risque nous « révèle à nous-mêmes », selon le père Michelini. De là son interrogation : « comment pouvons-nous aider les chrétiens de notre temps à ne pas perdre la foi, l’adhésion à la personne de Jésus, pour ne plus avoir ce type de suicide ? ». Il faudrait ainsi relancer l’idée des missions populaires pour aller à la rencontre des publicains et des païens.
Lors de la quatrième méditation, mardi soir, le prédicateur est revenu sur l’arrestation de Jésus à Gethsémani. « La manière dont se développe l’œuvre de Dieu dépend de la disponibilité des hommes » a-t-il expliqué. La mort de Jésus sur la croix n’est que la conséquence de la fermeture du monde, a-t-il ainsi poursuivi, citant Romano Guardini, grand théologien allemand, ancien professeur de Benoît XVI quand il était étudiant à Munich.

Mardi 7 mars 2017

Est-ce-que j’écoute la voix du Seigneur qui parle humblement, ou est-ce-que je place mon propre intérêt avant le Royaume de Dieu ? C’est le sens principal de la première prédication des exercices spirituels de Carême du père franciscain Giulio Michelini. Devant 74 membres de la Curie, dont le Pape François, tous réunis cette semaine à Ariccia, il a invité son auditoire à se poser quelques questions sur sa propre vie spirituelle. Pour cela, il est parti de la « confession de Pierre et le chemin de Jésus vers Jérusalem » dans l’évangile de Matthieu.

Comment prenons-nous nos décisions ? C’est la question centrale que le père Michelini pose. Pour y répondre, il part de la figure de Pierre et de la tradition rabbinique. Pierre reconnait que Jésus est le Messie par révélation. De là, le prédicateur suggère que le Père a parlé non seulement via son Fils, mais aussi via Pierre à son Fils. Jésus, certes, révèle sa vocation, mais il accomplit certains gestes grâce à la sollicitation des autres. Il laisse beaucoup d’espace aux rencontres. Selon la tradition hébraïque, explique le père Michelini, Dieu continue de parler aux hommes de manière particulièrement humble, comme au travers de la voix des enfants et des fous. Sa communication est semblable au murmure d’un vent léger.

Autre point soulevé par le père Michelini devant les membres de la Curie : le retrait apparent de Jésus après avoir appris l’arrestation de Jean le Baptiste et les menaces des pharisiens à son encontre. Ce retrait stratégique, considère le père franciscain, n’a pas pour but de s’arrêter. Au contraire, après s’être retiré, Jésus accomplit des actes concrets, annonce ainsi le Royaume de Dieu et guérit les malades.

Pour enrichir son discours, le père Michelini fait référence à Hanna Arendt et à la banalité du mal, établissant un parallèle entre la manière dont les nazis parlaient de leurs crimes et la manière dont Jean-Baptiste a été tué sur ordre d’Hérode. Il mentionne également le rabbin Hillel parce que Jésus continue sa mission en assumant toujours plus de responsabilités jusqu’à ce qu’il arrive à Jérusalem, fin de son parcours.

Le père franciscain se demande ainsi si nous avons le courage de suivre Jésus Christ, acceptant nous aussi de porter la croix, tout en annonçant la résurrection et la joie, malgré les épreuves.

(Avec R. V.)

Dimanche 5 mars 20 17

En ce premier dimanche de Carême, le Pape François a exhorté les fidèles à lutter contre le Mal « avec la force de la parole de Dieu ». Le Saint-Père, prenant appui sur l’Evangile du jour, selon Saint Mathieu, où pendant 40 jours “Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable”, a invité les fidèles à chérir la Bible pour éloigner toutes les tentations.

« Jésus a un ennemi déclaré : le diable, qui tente de le détourner de la voie de l’obéissance et de l’humiliation » mais, affirme le Pape, le Christ l’affronte tout de suite “au corps à corps”. Face aux tentations, Jésus parvient à parer « les flèches vénéneuses du diable avec le bouclier de la Parole de Dieu qui exprime la volonté du Père ». Ainsi, « le Fils, empli de la force de l’Esprit Saint, sort victorieux du désert ».

Le Pape François appelle les fidèles, en ce temps de montée vers Pâques, « à suivre les traces de Jésus en affrontant le combat spirituel contre le malin avec la force de la Parole de Dieu ». Pour cela, il est important de « se familiariser avec la Bible, la lire souvent, la méditer, l’assimiler. La Bible contient la Parole de Dieu, qui est toujours actuelle et efficace », et le Pape établit une « comparaison paradoxale mais qui fait réfléchir » entre la Bible et notre téléphone portable.

Que se passerait-il, interroge le Saint-Père, « si nous traitions la Bible comme nous traitions notre téléphone portable et si nous l’emportions toujours avec nous ; si nous retournions la chercher quand nous l’oublions ; si nous l’ouvrions plusieurs fois par jour ; si nous lisions les messages de Dieu contenus dans la Bible comme nous lisons les messages du téléphone portable ? ».

Et le Pape insiste encore : « Si nous avions toujours à cœur la Parole de Dieu (…) aucun obstacle ne pourrait nous faire dévier de la route du bien ». Nous serions ainsi capables de vaincre les tentations quotidiennes, « d’accueillir et d’aimer nos frères, en particulier les plus vulnérables et les plus faibles, et même nos ennemis ».

(Avec R. V.)

Mercredi des Cendres à Rome

Le Pape François a présidé mercredi 1er mars 2017 la célébration du Mercredi des Cendres qui marque l’entrée en Carême. Après la traditionnelle procession du couvent Saint-Anselme à la basilique Sainte-Sabine, sur la colline de l’Aventin, à Rome, le Pape a invité, dans son homélie, les fidèles à profiter du Carême pour dire non à une asphyxie « qui éteint notre foi, refroidit notre charité et détruit notre espérance ». Au contraire, il conseille d’accueillir le « souffle de la vie de Dieu ».
Retrouvez l’homélie du Saint-Père :

« Revenez à moi de tout votre cœur, […] revenez au Seigneur votre Dieu » (Jl 2, 12.13) : c’est le cri par lequel le prophète Joël s’adresse au peuple au nom du Seigneur ; personne ne pouvait se sentir exclu : « Rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ; […] le jeune époux […] et la jeune mariée » (v. 16). Tout le peuple fidèle est convoqué pour se mettre en chemin et adorer son Dieu, « car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (v. 13).

Nous voulons nous aussi nous faire l’écho de cet appel, nous voulons revenir au cœur miséricordieux du Père. En ce temps de grâce que nous commençons aujourd’hui, fixons une fois encore notre regard sur sa miséricorde. La Carême est un chemin : il nous conduit à la victoire de la miséricorde sur tout ce qui cherche à nous écraser ou à nous réduire à quelque chose qui ne convient pas à la dignité des fils de Dieu. Le Carême est la route de l’esclavage à la liberté, de la souffrance à la joie, de la mort à la vie. Le geste des cendres par lequel nous nous mettons en chemin nous rappelle notre condition d’origine : nous avons été tirés de la terre, nous sommes faits de poussière. Oui, mais poussière dans les mains amoureuses de Dieu qui souffle son Esprit de vie sur chacun de nous et veut continuer à le faire ; il veut continuer à nous donner ce souffle de vie qui nous sauve des autres types de souffle : l’asphyxie étouffante provoquée par nos égoïsmes, asphyxie étouffante générée par des ambitions mesquines et des indifférences silencieuses ; asphyxie qui étouffe l’esprit, réduit l’horizon et anesthésie les battements du cœur. Le souffle de la vie de Dieu nous sauve de cette asphyxie qui éteint notre foi, refroidit notre charité et détruit notre espérance. Vivre le Carême c’est désirer ardemment ce souffle de vie que notre Père ne cesse de nous offrir dans la fange de notre histoire.

Le souffle de la vie de Dieu nous libère de cette asphyxie dont, souvent nous ne sommes pas conscients, et que nous sommes même habitués à « normaliser », même si ses effets se font sentir ; cela nous semble « normal » car nous sommes habitués à respirer un air où l’espérance est raréfiée, un air de tristesse et de résignation, un air étouffant de panique et d’hostilité.

Le Carême est le temps pour dire non. Non à l’asphyxie de l’esprit par la pollution causée par l’indifférence, par la négligence à penser que la vie de l’autre ne me regarde pas, par toute tentative de banaliser la vie, spécialement celle de ceux qui portent dans leur chair le poids de tant de superficialité. Le Carême veut dire non à la pollution intoxicante des paroles vides et qui n’ont pas de sens, de la critique grossière et rapide, des analyses simplistes qui ne réussissent pas à embrasser la complexité des problèmes humains, spécialement les problèmes de tous ceux qui souffrent le plus. Le Carême est le temps pour dire non ; non à l’asphyxie d’une prière qui nous tranquillise la conscience, d’une aumône qui nous rend satisfaits, d’un jeûne qui nous fait nous sentir bien. Le Carême est le temps pour dire non à l’asphyxie qui nait des intimismes qui excluent, qui veulent arriver à Dieu en esquivant les plaies du Christ présentes dans les plaies des frères : ces spiritualités qui réduisent la foi à une culture de ghetto et d’exclusion.

Le Carême est le temps de la mémoire, c’est le temps pour penser et nous demander : qu’en serait-il de nous si Dieu nous avait fermé la porte. Qu’en serait-il de nous sans sa miséricorde qui ne s’est pas lassée de pardonner et qui nous a toujours donné l’occasion de recommencer à nouveau ? Le Carême est le temps pour nous demander : où serions-nous sans l’aide de tant de visages silencieux qui, de mille manières, nous ont tendu la main et qui, par des gestes très concrets, nous ont redonné l’espérance et nous ont aidé à recommencer ?

Le Carême est le temps pour recommencer à respirer, c’est le temps pour ouvrir le cœur au souffle de l’Unique capable de transformer notre poussière en humanité. Il n’est pas le temps pour déchirer nos vêtements face au mal qui nous entoure, mais plutôt pour faire de la place dans notre vie à tout le bien que nous pouvons faire, nous dépouillant de tout ce qui nous isole, nous ferme et nous paralyse. Le Carême est le temps de la compassion pour dire avec le psalmiste : « Rends-moi la joie d’être sauvé, que l’esprit généreux me soutienne », pour que par notre vie nous proclamions ta louange (cf. Ps 51, 14), et pour que notre poussière – par la force de ton souffle de vie – se transforme en « poussière aimée ».

Dimanche 26 février 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, le Pape a appelé les catholiques à faire un « choix clair », que l’Évangile de ce jour indique avec précision (saint Matthieu 6, 24-34). Il les invite à une attitude évangélique qui consiste à « chercher d’abord le Royaume de Dieu ». Car, « nul ne peut servir deux maîtres (…) Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ».

Sous un grand soleil, le Pape François s’est adressé depuis une des fenêtres de l’appartement apostolique à la foule des fidèles rassemblée sous ses yeux place Saint-Pierre. En ce huitième dimanche de temps ordinaire, il a souligné que ce passage de l’Évangile de Matthieu est un fort rappel à s’en remettre à Dieu. « Jésus nous exhorte avec insistance à ne pas se préoccuper de l’avenir ». Le regard de Dieu, prompt et bienveillant, veille continuellement sur nous : « Il coule sous-jacent à la hantise de tant de préoccupations qui risquent d’ôter sérénité et équilibre ; une angoisse souvent inutile, car elle ne parvient pas à changer le cours des événements ». Alors, si s’en remettre à Dieu ne résout pas magiquement les problèmes, cela permet de les affronter courageusement avec une âme juste.

Le Pape a rappelé combien Dieu est proche. « C’est notre refuge, la source de notre sérénité et de notre paix. Le rocher de notre salut auquel on peut s’accrocher certain de ne pas tomber ». A notre époque, voir un Père en Dieu est tellement important, même si parfois, on ne s’en rend pas compte, trop occupés à rechercher « de manière obsessive des biens terrestres et de richesses, leur manifestant un amour exagéré [...] oubliant, et parfois refusant, le bien suprême, c’est-à-dire l’amour paternel de Dieu » . Or Jésus le dit : cette recherche de possessions est « une illusion, un motif de malheur ».

Jésus donne à ses disciples une règle fondamentale de vie : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu » pour réaliser le projet qu’Il a annoncé lors du Sermon sur la montagne, « en s’en remettant à Dieu qui ne déçoit pas ; en se mobilisant pour être des administrateurs fidèles des biens qu’il nous a donnés, même des biens terrestres, sans en faire trop comme si tout, et même notre salut, dépendait seulement de nous ». Un comportement évangélique de ce genre nécessite de faire « un choix clair », car « nul ne peut servir deux maîtres ». Ou l’on sert les idoles fascinantes mais illusoires, ou l’on sert Dieu. Un choix qui se doit se répercuter dans chacun de nos actes, programmes ou engagements. Un choix à faire de façon nette, et à renouveler constamment, « car les tentations de tout réduire à l’argent, le plaisir et le pouvoir sont pressantes », a averti le pape François.

Le Pape a encore souligné que si « honorer ces idoles a des résultats tangibles bien que fugaces », choisir Dieu et son règne n’a pas toujours de fruits immédiats. « C’est une décision qui se prend dans l’espérance et dont on laisse à Dieu la pleine réalisation ». On n’abandonne pas son choix au moindre obstacle car « l’espérance chrétienne est fondée sur la fidélité à Dieu qui ne déçoit jamais ».

Enfin, le Pape a prié la Vierge pour qu’elle aide chacun à s’en remettre à l’amour et la bonté du Père céleste, à vivre en Lui et avec Lui. : « Ceci est le présupposé permettant de surmonter les tourments et les adversités de la vie, et même les persécutions ».

A l’issue de l’Angélus, le Pape a salué les pèlerins italiens et espagnols, nombreux place Saint-Pierre. Il s’est également adressé à un groupe venu à Rome à l’avant-veille de la Journée des maladies rares. Il les a félicités pour leur action et a dit espérer que « les patients et leurs familles soient soutenus de manière adéquate dans leur parcours difficile, tant au niveau médical que législatif. »

(Avec R. V.)

Mercredi 22 Février 2017

Après plusieurs semaines dans la salle Paul VI du Vatican, le Pape François a retrouvé la place Saint-Pierre ce mercredi 22 février à l’occasion de l’audience générale. Poursuivant son cycle de catéchèse sur l’espérance, il l’a reliée à la protection de la création.

Le Saint-Père a commenté la lettre de Saint-Paul aux Romains (8, 19-27), où l’Apôtre rappelle que cette création est un don merveilleux de Dieu.

« Dieu a mis la création dans nos mains pour que nous puissions entrer en relation avec Lui et reconnaitre l’empreinte de son dessein d’amour auquel nous sommes tous appelés à collaborer, jour après jour. » Mais quand on se laisse prendre par l’égoïsme, l’être humain finit par ruiner les choses les plus belles qui lui sont confiées.

Le Pape a pris l’exemple de l’eau, une chose « si importante, qui donne la vie, mais quand l’on contamine l’eau pour exploiter les minerais, on salit la création, on la détruit ». Avec l’expérience tragique du péché, nous avons enfreint la communion originelle avec tout ce qui nous entoure. La conséquence de cela est dramatiquement sous nos yeux, chaque jour.

Le Pape François a ainsi dénoncé l’orgueil humain qui exploite la création et la détruit, mais a souligné que Dieu ne nous laissait pas seul devant ce cadre désolant, mais nous offre une perspective nouvelle de libération, de salut universel. Saint Paul nous invite à nous mettre à l’écoute des gémissements de la création, des êtres humains et ceux de l’Esprit dans notre cœur.

Ces gémissements ne sont pas une lamentation stérile, a précisé le Saint-Père, car ils sont ceux d’un accouchement, ceux d’une souffrance qui ouvre à la lumière d’une vie nouvelle. Ainsi, si le chrétien sait reconnaître en lui et autour de lui les signes du mal et du péché, il a dans le même temps appris à lire tout cela avec les yeux du Christ Ressuscité.

« Ceci est le contenu de notre espérance : nous savons que, par sa miséricorde, le Seigneur veut guérir définitivement les cœurs blessés et humiliés, tout ce que l’homme a défiguré. »

Trop souvent, nous sommes tentés par la déception ou le pessimisme a enfin noté le Pape, invitant à ne pas se laisser aller à la plainte inutile : « L’Esprit-Saint, souffle de notre espérance nous vient en aide, lui qui voit au-delà des apparences négatives du présent et nous révèle déjà les cieux nouveaux et la terre nouvelle que le Seigneur prépare pour l’humanité. »

(Avec R. V.)

Dimanche 19 Février 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, , le Pape François est parti de l’Évangile selon Saint Mathieu pour évoquer la « révolution chrétienne », c’est-à-dire la voie de l’Amour indiquée par le Christ contre la loi du Talion, cette règle antique qui imposait d’infliger au transgresseur la même peine qu’il avait fait subir à sa victime, « œil pour œil, dent pour dent ».

Jésus ne demande pas à ses disciples de subir le mal. Il leur demande de réagir ; mais de réagir avec le bien, « seule façon de rompre l’enchainement du mal ... La vengeance ne conduit jamais à la résolution des conflits ».

Pour le Christ, le refus de la violence peut impliquer aussi de renoncer à un droit légitime. Et il nous donne quelques exemples : tendre l’autre joue, céder son propre vêtement ou son argent, accepter d’autres sacrifices. Mais ce renoncement ne veut pas dire que le chrétien doit renoncer à l’exigence de justice. Au contraire, l’amour chrétien, qui se manifeste dans la miséricorde, représente une forme supérieure de justice. « Il est de notre devoir de pratiquer la justice », et le Saint-Père ajoute : « Il nous est interdit en revanche de nous venger ou de fomenter toute forme de vengeance, qui serait l’expression de la haine et de la violence. »

Le commandement de Jésus inclut également l’amour de son ennemi. Ce qui n’est en rien une approbation du mal perpétré par l’ennemi. Il s’agit d’une invitation à une perspective supérieure, semblable à celle du Père Céleste qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car l’ennemi est lui aussi un être humain créé à l’image de Dieu, même si cette image peut se trouver offusquée par une conduite indigne.

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape a lancé un appel pour le retour au calme en République Démocratique du Congo, suite aux affrontements « brutaux et violents » qui opposent depuis six mois les forces de l’ordre à des milices armées dans la région du Kasaï-Central, faisant plusieurs centaines de morts.

« Je ressens une forte douleur pour les victimes, a dit le Saint Père, et spécialement pour les nombreux enfants arrachés à leur famille et retirés de l’école pour être utilisées comme enfants soldats. » Le Pape prie pour eux et pour le personnel religieux et humanitaire qui travaille dans cette région difficile : « Je renouvelle mon appel à la conscience et à la responsabilité des Autorités nationales et de la Communauté internationale afin que des décisions adéquates soient prises rapidement pour porter secours à nos frères et sœurs. » Le Souverain Pontife a étendu son appel aux autres populations du continent africain et d’ailleurs dans le monde qui « souffrent à cause de la violence et de la guerre ».

Le Pape François a encore prié pour les victimes de l’attentat terroriste « cruel » du 16 février au Pakistan, un attentat-suicide qui a coûté la vie à au moins 88 personnes, dont une vingtaine d’enfants. L’attaque a visé un sanctuaire soufi dans la ville de Sehwan à 200 km au nord-est de Karachi. Le Saint-Père a aussi appelé à prier pour les Irakiens frappés à Bagdad le même jour. Les deux attentats ont été revendiqués par le groupe Etat islamique.

(Avec R. V.)

Mercredi 15 février 2017

« L’espérance ne déçoit pas » : c’est sur cette parole tirée de la Lettre de saint Paul aux Romains que le Pape François, devant les Romains d’aujourd’hui et les 7000 pèlerins réunis dans la salle Paul VI dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi , a développé ce matin une nouvelle étape de sa série de catéchèses sur l’espérance chrétienne. Il a invité les chrétiens à assumer cette espérance en liant leur fierté avec une fraternité vécue en actes.

« Il est facile de dire : Dieu nous aime. Nous le disons tous. Mais est-ce que chacun de nous est capable de dire : je suis sûr que Dieu m’aime ? Il n’est pas si facile de le dire. Mais c’est vrai. C’est un bon exercice, ceci, de se dire à soi-même : Dieu m’aime. C’est la racine de notre sécurité, la racine de l’espérance. »

Tout en improvisant cette interpellation, le Pape a appelé à vivre cette espérance avec fierté, en s’appuyant sur les paroles de saint Paul : « Nous sommes invités à nous vanter de l’abondance de la grâce de laquelle nous sommes pénétrés en Jésus-Christ, par le moyen de la foi ». Prendre conscience que « tout est grâce », que « tout est don » doit aider à vivre avec confiance. Les chrétiens doivent aussi « se vanter dans les tribulations », dans les épreuves, en ayant conscience que la paix du Seigneur ne mène pas à une absence de préoccupations ou de souffrances, mais que sa miséricorde et sa bonté « sont plus grandes que toute chose ».

Pour le Saint-Père, cette conviction ne doit pas nous amener à être autocentrés, bien au contraire : « L’espérance qui nous a été donnée ne nous sépare pas des autres, ni encore moins ne nous porte à les discréditer ou à les marginaliser. Il s’agit au contraire d’un don extraordinaire dont nous sommes appelés à nous faire des canaux, avec humilité et simplicité. Et alors notre fierté la plus grande sera celle d’avoir comme Père un Dieu qui ne fait pas de préférences, qui n’exclut personne, mais qui ouvre sa maison à tous les êtres humains, à commencer par les derniers et les lointains, parce que comme ses enfants nous essayons de nous consoler et de nous soutenir les uns les autres. »

Au terme de l’audience, le Pape a évoqué les figures des saints Cyrille et Méthode, « évangélisateurs des peuples slaves et co-patrons de l’Europe », fêtés le mardi 14 février : « Que leur exemple vous aide, chers jeunes, à devenir dans tout environnement des disciples missionnaires ; que leur ténacité vous encourage, chers malades, à offrir vos souffrances pour la conversion des lointains, et que leur amour pour le Seigneur vous illumine vous, chers nouveaux époux, à porter l’Évangile comme règle fondamentale de votre vie familiale. »

(Avec R. V.)

Dimanche 12 février 2017

Le Pape François est revenu, ce dimanche, lors de la prière de l’angélus place Saint-Pierre, sur le discours de la montagne cité dans l’évangile de ce jour : « Jésus est venu pour achever et pour promulguer définitivement la loi de Dieu ».

« Jésus enseigne comment accomplir pleinement la volonté de Dieu, avec une “justice supérieure” par rapport à celle des scribes et des pharisiens », a expliqué le Pape. Cette justice est « animée par l’amour, la charité, la miséricorde, et est par conséquent capable de réaliser la substance des commandements, évitant le risque du formalisme ». Il est ainsi revenu sur les trois aspects que Jésus aborde dans l’évangile de ce dimanche.

Le meurtre, l’adultère, et le serment : voilà les trois points abordés par le Pape François. Ne pas tuer, le premier commandement souligné par Jésus, ne concerne pas que le meurtre proprement dit. Il inclut aussi « ces comportements qui offensent la dignité de la personne humaine, y compris les paroles injurieuses ». « Qui insulte son frère tue son frère dans son propre cœur. N’insultez pas, s’il vous plaît », a-t-il demandé aux fidèles. Ces petits actes sont les prémisses du meurtre et révèlent la même malveillance : « Jésus nous invite à ne pas établir une échelle des offenses mais à les considérer toutes dommageables puisqu’elles ont toutes l’intention de faire du mal au prochain ».

Concernant l’adultère, Jésus va à la racine du mal. L’adultère commence dans le regard que l’homme porte sur une femme qui n’est pas la sienne. Tous les péchés « sont d’abord conçus au fond de nous, et une fois que le mauvais choix est fait dans le cœur, ils se concrétisent dans notre comportement ».

Enfin, le serment : Jésus demande à ses disciples de ne pas jurer car « le serment est signe de l’insécurité et de la duplicité ». « On instrumentalise l’autorité de Dieu pour donner des garanties à nos histoires humaines », regrette le Pape. Il faut, au contraire, « instaurer un climat de transparence et de confiance réciproque entre nous, dans les familles et les communautés », car « la défiance et le soupçon réciproque menacent toujours la sérénité ».

(Avec R. V.)

Mercredi 8 février 2017

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse, consacré à l’espérance, lors de l’audience générale : l’espérance chrétienne est source de réconfort mutuel et de paix. Devant les fidèles rassemblés en Salle Paul VI, au Vatican, le Saint-Père a souligné que ce sont les petits et les pauvres qui nous enseignent et font vivre cette espérance.

« Seuls ceux qui font l’expérience de la pauvreté espèrent et restent confiants dans le Seigneur ». « Ce sont les pauvres, les simples, les petits et les marginalisés qui maintiennent l’espérance, car ils vivent chaque jour l’épreuve, la précarité et leurs propres limites » a constaté le Pape. Dans nos sociétés, « ce sont les derniers à nous l’enseigner ». « Ce sont eux qui donnent le plus fort témoignage qu’au-delà de la tristesse et de la mort, le Seigneur aura le dernier mot ».

S’appuyant sur la première lettre de l’Apôtre Paul aux Thessaloniciens, le Saint-Père le rappelle, « on n’apprend pas à espérer seul. C’est impossible ». Car l’espérance, pour s’entretenir, a nécessairement besoin d’un « corps ».

Ce corps dans lequel les différents membres se soutiennent et s’animent les uns des autres, c’est l’Église tout entière, explique ensuite le Pape. Car l’espérance chrétienne, a non seulement un souffle individuel, mais aussi « communautaire ».

Puisqu’il est « plus difficile d’espérer que de croire », puisqu’il ne peut y avoir d’espérance sans l’Esprit Saint, il nous invite à faire attention à ceux « qui sont les plus susceptibles de perdre espoir », car « le désespoir conduit à tant de mauvaises choses ». C’est pour ces personnes-là, qui sont découragées, faibles, « déchirées par le poids de leurs péchés » que l’Église tout entière doit faire corps pour souffrir avec elles, être miséricordieuse et apporter « compassion et consolation ».

Après l’Audience, le Pape François a évoqué la béatification le mardi 7 février de Juste Takayama Ukon, martyre japonais du XVIIème siècle proclamé bienheureux à Osaka au Japon : « un merveilleux Exemple de la force dans la foi et du dévouement dans la charité ».

Il a également salué les pèlerins de langue française, assurant qu’il « serait de tout cœur en communion avec les pèlerins qui, samedi, fêterons Notre-Dame de Lourdes, en particulier les malades » pour la 25ème journée mondiale du malade.

(Avec R. V.)

Dimanche 5 Février 2017

Le Pape François a prononcé ce dimanche, depuis la fenêtre du Palais apostolique, sa traditionnelle méditation de l’Angélus, revenant sur le texte évangélique du jour : le "Discours sur la Montagne", tiré de l’Évangile selon saint Matthieu. Le Saint-Père a renouvelé son appel à ce que les catholiques soient « sel et lumière » du monde.

« Chacun de nous est appelé à être lumière et sel dans son propre environnement de vie quotidienne, persévérant dans l’objectif de régénérer la réalité humaine dans l’esprit de l’Évangile et dans la perspective du Royaume de Dieu ». Le Pape François a rappelé aux fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre que Jésus, en décrivant la mission de ses disciples dans le monde, s’adresse aussi à nous aujourd’hui, en utilisant les métaphores du « sel » et de la « lumière ».

En rappelant que « Jésus nous invite à être un reflet de sa lumière, à travers le témoignage des bonnes œuvres », le Pape François a expliqué que cette lumière de Dieu n’est pas « notre propriété » mais qu’elle ne peut rester allumée que si nous la faisons « resplendir dans le monde » en la transmettant aux autres, qui ont besoin de la « lumière de l’Évangile qui transforme, guérit et garantit le salut à celui qui l’accueille ». « En se donnant, la lumière de notre foi ne s’éteint pas mais se renforce. »

Les chrétiens doivent aussi être le « sel de la terre » pour lui donner plus de saveur mais aussi la protéger de l’altération et de la corruption, en tenant éloignés « les germes polluants de l’égoïsme, de l’envie, de la médisance ». « Ces germes ruinent le tissu de nos communautés, qui doivent au contraire resplendir comme des lieux d’accueil, de solidarité et de réconciliation » a martelé le Saint-Père, répétant son invitation à ne pas se laisser corrompre par le mauvais esprit de mondanité.

Au terme de l’angélus, à l’occasion de la "Journée pour la Vie" organisée en Italie par les évêques, le Pape a rappelé que « chaque vie est sacrée ». Il a exhorté à « faire avancer la culture de la vie comme réponse à la logique de la mise à l’écart et à la baisse démographique ». François a appelé à prier « pour les enfants qui sont en danger d’interruption de la grossesse, comme aussi pour les personnes qui sont en fin de vie », et pour que personne ne soit laissé seul et que « l’amour défende le sens de la vie ». Le Pape a cité les mots de Mère Teresa : « La vie est beauté, admire-la, la vie est vie, défend-la », en martelant que chaque vie est sacrée, aussi bien celle de « l’enfant qui va naître » que celle de « la personne qui est proche de mourir ».

Enfin, le Pape François a encouragé « tous ceux qui travaillent pour la vie » et tous ceux qui « collaborent pour la formation des nouvelles générations, afin qu’elles soient capables de construire une société accueillante et digne pour chaque personne ».

(Avec R. V.)

Jeudi 2 Février 2017

Le Pape François a présidé, ce jeudi, une messe à la basilique Saint-Pierre à l’occasion de la Fête de la Vie consacrée, en ce jour qui, dans la liturgie, commémore la Présentation de Jésus au Temple. Il a lancé un nouvel appel à ce que les religieux et consacrés vivent au milieu de leur peuple, en assumant leurs héritages mais sans se scléroser dans une attitude défensive par rapport aux bouleversements de la société. Retrouvez dans son intégralité l’homélie du Saint-Père :

« Lorsque les parents de Jésus ont porté l’Enfant pour accomplir les prescriptions de la Loi, Syméon, « sous l’action de l’Esprit » (Lc 2, 27), prend l’Enfant dans ses bras et commence à louer. Un cantique de bénédiction et de louange : « Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Lc 2, 30-32). Non seulement Syméon a pu voir, mais il a eu aussi le privilège d’embrasser l’espérance attendue, et cela le fait exulter de joie. Son cœur se réjouit parce que Dieu habite au milieu de son peuple ; il le sent chair de sa chair.

La liturgie d’aujourd’hui nous dit qu’avec ce rite (quarante jours après la naissance) « Jésus […] se conformait […] à la loi du Seigneur, mais [que], en vérité, il venait à la rencontre du peuple des croyants » (Missel Romain, 2 février, Monition de la procession d’entrée). La rencontre de Dieu avec son peuple suscite la joie et renouvelle l’espérance.

Le chant de Syméon est le chant de l’homme croyant qui, à la fin de ses jours, peut affirmer : c’est vrai, l’espérance en Dieu ne déçoit jamais (cf. Rm 5, 5), il ne trompe pas. Syméon et Anne, dans leur vieillesse, sont capables d’une nouvelle fécondité, et ils en témoignent en chantant : la vie mérite d’être vécue avec espérance parce que le Seigneur garde sa promesse ; et Jésus lui-même expliquera cette promesse dans la synagogue de Nazareth : les malades, les prisonniers, ceux qui sont seuls, les pauvres, les personnes âgées, les pécheurs sont invités, eux aussi, à entonner le même chant d’espérance ; Jésus est avec eux, il est avec nous (cf. Lc 4, 18-19).

Ce chant d’espérance, nous l’avons reçu en héritage de nos pères. Ils nous ont engagés dans cette ‘‘dynamique’’. Sur leurs visages, dans leurs vies, dans leur dévouement quotidien et constant, nous avons pu voir comment cette louange s’est faite chair. Nous sommes héritiers des rêves de nos pères, héritiers de l’espérance qui n’a pas déçu nos mères et nos pères fondateurs, nos aînés. Nous sommes héritiers de nos anciens qui ont eu le courage de rêver ; et comme eux, aujourd’hui, nous voulons, nous aussi, chanter : Dieu ne trompe pas, l’espérance en lui ne déçoit pas. Dieu vient à la rencontre de son peuple. Et nous voulons chanter en nous introduisant dans la prophétie de Joël : « Je répandrai mon pouvoir sur tout esprit de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1).

Cela nous fait du bien d’accueillir le rêve de nos pères pour pouvoir prophétiser aujourd’hui et retrouver ce qui un jour a enflammé notre cœur. Rêve et prophétie ensemble. Mémoire de la façon dont ont rêvé nos anciens, nos pères et mères et courage pour poursuivre, prophétiquement, ce rêve.

Cette attitude nous rendra féconds, nous, personnes consacrées, mais surtout elle nous préservera d’une tentation qui peut rendre stérile notre vie consacrée : la tentation de la survie. Un mal qui peut s’installer peu à peu en nous, dans nos communautés. L’attitude de survie nous fait devenir réactionnaires, peureux ; elle nous enferme lentement et silencieusement dans nos maisons et dans nos schémas. Elle nous projette en arrière, vers les exploits glorieux – mais passés – qui, au lieu de susciter la créativité prophétique issue des rêves de nos fondateurs, cherchent des raccourcis pour fuir les défis qui aujourd’hui frappent à nos portes. La psychologie de la survie ôte la force à nos charismes parce qu’elle nous conduit à les ‘‘domestiquer’’, à les ramener ‘‘à portée de main’’ mais en les privant de cette force créatrice qu’ils ont inaugurée ; elle fait en sorte que nous voulons davantage protéger des espaces, des édifices ou des structures que rendre possibles de nouveaux processus. La tentation de la survie nous fait oublier la grâce, elle fait de nous des professionnels du sacré mais non des pères, des mères ou des frères de l’espérance que nous avons été appelés à prophétiser. Ce climat de survie endurcit le cœur de nos aînés en les privant de la capacité de rêver et, ainsi, stérilise la prophétie que les plus jeunes sont appelés à annoncer et à réaliser. En peu de mots, la tentation de la survie transforme en danger, en menace, en tragédie ce que le Seigneur nous présente comme une opportunité pour la mission. Cette attitude n’est pas propre uniquement à la vie consacrée, mais à titre particulier nous sommes invités à nous garder d’y succomber.

Retournons au passage de l’évangile et contemplons de nouveau la scène. Ce qu’a suscité le chant de louange en Syméon et Anne, cela n’a pas été, bien sûr, de se regarder eux-mêmes, d’analyser et de revoir leur situation personnelle. Cela n’a pas été de s’enfermer de peur que quelque malheur ne puisse leur arriver. Ce qu’a suscité le chant a été l’espérance, cette espérance qui les soutenait dans la vieillesse. Cette espérance s’est vue récompensée dans la rencontre avec Jésus. Lorsque Marie dépose dans les bras de Syméon le Fils de la Promesse, le vieillard commencer à chanter, il fait une “liturgie”, il chante ses rêves. Lorsqu’elle met Jésus au milieu de son peuple, celui-ci trouve la joie. Oui, il n’y a que cela pour pouvoir nous redonner la joie et l’espérance, seulement cela nous préservera de vivre dans une attitude de survie. Uniquement cela fécondera notre vie et maintiendra vivant notre cœur. Mettre Jésus là où il doit être : au milieu de son peuple.

Nous sommes tous conscients de la transformation multiculturelle que nous traversons ; personne n’en doute. D’où l’importance que la personne consacrée soit insérée avec Jésus dans la vie, dans le cœur de ces grandes transformations. La mission – en conformité avec chaque charisme spécifique – est de nous rappeler que nous avons été invités à être levain de cette masse concrète. Certes, il peut y avoir des ‘‘farines’’ meilleures, mais le Seigneur nous a invités à faire lever la pâte ici et maintenant, avec les défis qui se présentent à nous. Non par une attitude défensive, non poussés par nos peurs, mais les mains à la charrue, en cherchant à faire croître le grain souvent semé au milieu de l’ivraie. Mettre Jésus au milieu de son peuple signifie avoir un cœur contemplatif, capable de discerner comment Dieu marche dans les rues de nos villes, de nos villages, de nos quartiers. Mettre Jésus au milieu de son peuple signifie prendre en charge et vouloir aider à porter la croix de nos frères. C’est vouloir toucher les plaies de Jésus dans les plaies du monde, qui est blessé et désire et demande à ressusciter.

Nous mettre avec Jésus au milieu de son peuple ! Non comme des activistes de la foi, mais comme des hommes et des femmes qui sont continuellement pardonnés, des hommes et des femmes unis dans le baptême pour partager cette onction et la consolation de Dieu avec les autres.

Nous mettre avec Jésus au milieu de son peuple, car « nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui [avec le Seigneur] peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage… […] Si nous pouvions suivre ce chemin, ce serait une très bonne chose, très régénératrice, très libératrice, très génératrice d’espérance ! Sortir de soi-même pour s’unir aux autres » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 87) non seulement fait du bien, mais aussi transforme notre vie et notre espérance en un chant de louange. Mais cela, nous ne pouvons le réaliser que si nous faisons nôtres les rêves de nos pères et les transformons en prophétie.

Accompagnons Jésus pour qu’il rencontre son peuple, pour qu’il soit au milieu de son peuple, non pas dans la lamentation ou dans l’anxiété de celui qui a oublié de prophétiser parce qu’il ne prend pas en charge les rêves de ses pères, mais dans la louange et dans la sérénité ; non pas dans l’agitation mais dans la patience de celui qui se fie à l’Esprit, Seigneur des rêves et de la prophétie. Et ainsi, nous partageons ce qui nous appartient : le chant qui naît de l’espérance. »

Mercredi 1er Février 2017

Dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur l’espérance. Après une série d’interventions consacrées à l’espérance dans l’Ancien Testament, il s’est cette fois penché sur le Nouveau Testament, à la lumière de l’évènement pascal, en s’appuyant sur la Première Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens.

Le Saint-Père a d’abord rappelé que face à la mort les chrétiens ne doivent pas succomber à la tentation de la peur, mais au contraire avoir conscience qu’il s’agit d’un passage vers la rencontre du Seigneur.

« Nous les chrétiens, sommes des hommes et des femmes d’espérance ». Le Pape François est revenu sur cette expérience des premières communautés chrétiennes, ici en Grèce dans les textes de saint Paul, pour mettre en évidence « la fraîcheur et la beauté de la première annonce chrétienne ». La jeune communauté de Thessalonique « malgré les difficultés et les nombreuses épreuves, est enracinée dans la foi et célèbre avec joie et enthousiasme la résurrection du Seigneur Jésus ».

Cette foi suppose la croyance en la résurrection des morts, un thème difficile à expliquer aujourd’hui, mais qui l’était aussi dans le contexte antique. Confrontés à la mort, « nous sentons que notre foi est mise à l’épreuve ». Le Pape a évoqué la confidence d’une « personne déjà âgée » qui lui avait dit : « Moi je n’ai pas peur de la mort, mais j’ai un petit peur de la voir venir ». C’est une réaction naturelle, mais il faut savoir « vivre dans l’attente » de la rencontre du Seigneur, avec un « cœur humble, un cœur pauvre », a expliqué le Pape François.

Le Pape est revenu sur cette parole de saint Paul : « et ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur ». Une parole qui « me touche le cœur, qui me remplit de la sécurité de l’espérance », a encore précisé le Pape, qui est revenu sur ces paroles du Livre de Job : « Je sais que mon rédempteur est vivant. Je le verrais moi-même, mes yeux le contempleront. », et il a rappelé que la foi mène à une rencontre, à un Amour éternel, invitant chacun à en prendre personnellement conscience.

Au terme de l’audience, le Pape a notamment salué la délégation du Mouvement catholique mondial pour le climat, les remerciant pour leur engagement à « prendre soin de la Maison commune dans ces temps de grave crise sociale et environnementale. Je vous encourage à continuer à tisser des liens afin que les Églises locales répondent avec détermination au cri de la terre et au cri des pauvres ».

Le Pape a enfin salué les religieux et consacrés venus à Rome à l’occasion de la Fête de la Vie consacrée, ce jeudi 2 février, en appelant à prier pour que « leur vie dédiée au Seigneur et leur service charismatique portent des fruits abondants pour le bien des fidèles et pour la mission évangélisatrice de l’Église ».

(Avec R. V.)

Dimanche 29 Janvier 2017

Plus de charité et d’humilité, moins de polémiques et de divisions dans nos communautés chrétiennes : c’est l’appel vigoureux lancé par le Pape François, au cours de l’Angélus de ce dimanche.

Devant les milliers de fidèles présents sous les fenêtres du Palais apostolique, le Pape est revenu sur l’Évangile des Béatitudes que propose la liturgie du jour, et qui ouvre le « sermon sur la montagne », cette « magna charta du Nouveau Testament ». Le Souverain Pontife s’est arrêté sur la première de ces Béatitudes : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux ».

Le pauvre en esprit ne se rebelle pas, mais sait faire preuve d’humilité, de docilité, et se montre disponible à la grâce de Dieu. Face aux biens matériels, son attitude est celle de la sobriété, pas nécessairement du renoncement, précise le Pape, qui parle plutôt de cette capacité de goûter à l’essentiel, au partage, de ne pas « s’appesantir dans l’opacité d’une consommation vorace ». « Plus j’en ai, plus j’en réclame » : cette voracité est mortifère pour l’âme, prévient le Pape. Ceux qui succombent à cette attitude ne sont pas heureux, et n’atteindront jamais le bonheur.

Le pauvre en esprit est encore celui qui ne compte pas sur lui-même, sur ses richesses matérielles, « s’obstine dans ses opinions, mais écoute avec respect celles des autres ». « Si nos communautés comptaient plus de pauvres en esprit, il y aurait moins de divisions, ou de polémiques ! » a lancé le Souverain Pontife, qui insiste sur la charité et l’humilité, comme vertus essentielles pour une bonne cohabitation au sein des communautés. L’anticipation du Royaume des Cieux est tangible dans une communauté fraternelle qui privilégie « le partage à la possession ». Et le Saint-Père d’insister sur ce point : celui qui garde son cœur et ses mains fermés, ne sait pas aimer ; celui au contraire qui les garde ouverts, est sur le chemin de l’amour.

Au terme de l’Angélus, le Pape a tenu à faire part de sa proximité aux populations du centre de l’Italie, « qui souffrent encore des conséquences du tremblement de terre et des difficiles conditions climatiques », souhaitant qu’elles ne manquent pas du « soutien des institutions, ni de la solidarité de tous ». « Et s’il vous plait, a lancé le Pape d’une voix ferme, que la bureaucratie ne les fasse pas attendre, et souffrir encore plus ».

Le Pape n’a pas manqué enfin de saluer les jeunes de l’Action Catholique du diocèse de Rome, qui ont participé à la traditionnelle « caravane de la paix », sur le thème « entourés par la paix ». Comme de coutume, une jeune fille et un jeune garçon ont rejoint le Saint-Père après sa courte catéchèse, et ont lu un message de paix, au nom de l’Action catholique, qui fête cette année ses 50 ans. Ce message a été suivi d’un lâcher de ballons, symboles de paix, dans le ciel azur de la Ville éternelle.

(Avec R. V.)

Mercredi 25 Janvier 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi 25 janvier sa catéchèse sur l’espérance. Lors de l’audience générale tenue dans la salle Paul VI, le Souverain Pontife est revenu sur l’une des femmes emblématiques de l’Ancien testament : Judith, qui a su ramener la confiance de son peuple en Dieu, un exemple de courage et d’espérance a expliqué François.

Face à la puissante armée de Nabuchodonosor menée par le général Holopherne, le peuple d’Israël est désemparé. Après le siège la ville de Béthulie, où la population se retrouva sans eau, les anciens se révoltèrent en accusant Dieu de les avoir vendus. Mais devant ce découragement, Judith se dressa en suppliant de faire confiance à Dieu qui entendra leur cri. Elle a tenu le langage de l’espérance a dit le pape, invitant à « frapper à la porte du cœur de Dieu, qui est père et qui peut nous sauver. » Judith fut courageuse a rappelé François, elle est allée de l’avant, sans peur, affirmant au passage que les femmes étaient plus courageuses que les hommes.

C’est avec la force d’un prophète que Judith a demandé aux hommes de son peuple de remettre leur confiance en Dieu, certaine qu’il agira pour les sauver de l’oppression. Judith a compris que Dieu était le Salut. Le Pape a ainsi invité à ce que nous ne mettions pas de conditions à Dieu mais qu’au contraire nous nous laissions l’espérance vaincre nos peurs. Ce n’est pas à nous qu’il revient d’enseigner à Dieu ce qu’il doit faire : il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin. Nous devons lui faire confiance, en acceptant que son salut et son aide nous parviennent par des chemins différents des nôtres.

Le chemin que Judith nous indique est celui de la confiance, de l’attente de la paix, de la prière et de l’obéissance a souligné le Saint-Père, il est celui de l’espérance. A travers la figure de Judith, le Pape a rendu hommage une nouvelle fois à la sagesse des femmes fortes et courageuses, en particulier des grand-mères qui savent dire souvent dire une parole juste et d’espérance.

(Avec R. V.)

Dimanche 22 Janvier 2017

Lors de l’audience de l’Angélus, place Saint Pierre, le Pape François est revenu avec les fidèles présents sur les premières prédications du Christ en Galilée, lorsqu’il cherchait des compagnons à associer à sa mission.

Il n’a pas manqué également de saluer et remercier tous ceux qui depuis plusieurs jours dans le centre de l’Italie viennent au secours des populations victimes des importantes chutes de neige, notamment suite à l’Avalanche qui a enseveli mercredi après-midi un hôtel dans la région des Abruzzes.

Les pensées de François à l’Angélus ont été droit au cœur des italiens. Des familles touchées par le tremblement de terre de mercredi et par des chutes de neige exceptionnelles :

« Par la prière et avec affection, je suis proche des familles qui comptent parmi elles des victimes ... J’encourage tous ceux qui se sont engagés avec une grande générosité dans les opérations de secours et d’assistance, et j’encourage aussi les Eglises locales qui se mobilisent pour alléger les souffrances et les difficultés ».

Avant de prier l’Angélus avec les fidèles rassemblés place Saint Pierre, le Saint Père avait commenté le passage de l’Evangile sur la prédication de Jésus à Capharnaüm, une localité habitée an grande partie par des païens. Vue de Jérusalem, c’est sur une terre religieusement impure que Jésus choisit d’aller annoncer le Royaume des cieux, et de demander à quatre pêcheurs du lac de Galilée de le suivre.

« Suivez-moi et je vais vous faire devenir de pêcheurs d’hommes » avait-il dit à Simon, André, Jacques et Jean. Jésus s’adresse à eux au beau milieu de leur activité quotidienne. Et immédiatement, ils abandonnent leurs filets et le suivent. « Le Seigneur se révèle dans notre vie quotidienne », dit François. « Et nous, chrétiens d’aujourd’hui, poursuit-il, si nous avons la joie de pouvoir proclamer notre foi, c’est parce qu’il y a eu cette annonce, parce que ces hommes humbles et courageux ont répondu généreusement à l’appel de Jésus ».

« La considération de ces débuts suscite en nous le désir d’apporter la parole et la tendresse de Jésus dans tous les contextes, jusqu’aux plus inaccessibles. Apporter la parole à toutes les périphéries. Tous les espaces occupés par l’homme constituent une terre dans laquelle ensemencer l’Evangile, afin qu’il porte les fruits du Salut ».

(Avec R. V.)

Mercredi 18 janvier 2017

« La prière motivée par l’espérance, nous obtient le salut de Dieu » : c’est ce qu’a affirmé le Pape François, lors de l’audience générale de ce jour. Devant des milliers de pèlerins rassemblés dans la salle Paul VI, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne, s’attardant cette fois sur le lien entre la prière et l’espérance.

Le Pape part du récit biblique de Jonas, ce prophète récalcitrant que Dieu envoie à Ninive, et qui préfère se dérober et prendre la fuite. Le bateau sur lequel il se trouve est pris dans la tempête. Devant le péril qui les menace, les marins, des hommes païens faisant l’expérience de leur fragilité, demandent à Jonas de prier avec eux. Leur espérance se fait alors prière : « Peut-être que Dieu s’occupera de nous, pour nous empêcher de périr ! ».

« Trop facilement, nous dédaignons de nous tourner vers Dieu, quand nous sommes dans le besoin, pensant que notre prière serait trop intéressée et donc imparfaite, remarque le Pape. Mais Dieu connait notre faiblesse, et répond avec bienveillance à notre appel ».

C’est ainsi qu’Il répond à l’espérance des marins, les sauvant de la mort, grâce au sacrifice de Jonas, qui, par son geste, vit sa vocation de prophète, en se donnant pour les autres. C’est ainsi aussi qu’il épargne les habitants de Ninive, eux qui choisirent de faire pénitence afin d’obtenir le pardon de Dieu, et éviter la destruction de leur ville. « A la lumière du mystère pascal, affirme encore le Souverain Pontife, la perspective de la mort peut donc représenter une surprenante occasion de connaitre l’espérance et de rencontrer le Seigneur ». « Que le Seigneur nous fasse comprendre cela, le lien entre la prière et l’espérance… Plus de prière et il y aura plus d’espérance ! »

Au terme de l’audience, le Pape François a rappelé le début, ce mercredi 18 janvier, de la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, sur le thème : « nous réconcilier, l’amour du Christ nous presse » ( 2 Co 5, 14). « Je me souviens avec émotion de la prière œcuménique à Lund », a déclaré le Pape, qui s’était rendu en octobre dernier en Suède pour la commémoration commune du 5ème centenaire de la Réforme luthérienne. « Dans cet esprit de commémoration commune (…), regardons ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise, et continuons le chemin ensemble pour approfondir notre communion et lui donner une forme toujours plus visible ».

Saluant les enfants et les jeunes de Bosnie-Herzégovine venus avec leurs familles d’accueil en Sicile, le Pape a poursuivi sur le thème du dialogue interreligieux : « en vivant ce temps comme frères et sœurs dans les familles qui vous accueillent, vous avez l’opportunité de grandir dans un climat d’espérance. C’est seulement ainsi, vous jeunes catholiques, orthodoxes et musulmans, pourrez sauver l’espérance pour vivre dans un monde plus fraternel, juste et pacifique, plus sincère (...) »

Et le Saint-Père s’est adressé aux jeunes pour conclure : « chers jeunes, priez afin que tous les chrétiens redeviennent une seule famille : chers malades, offrez vos souffrances pour l’unité de l’Eglise ; et vous, chez jeunes mariés, faites l’expérience de l’amour gratuit comme celui de Dieu pour l’humanité ».

(Avec R. V.)

Dimanche 15 janvier 2017

Lors de la prière de l’Angélus, devant les fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre , le Pape est revenu sur la Journée mondiale du migrant et du réfugié, consacrée cette année au thème « Migrants mineurs, vulnérables et sans voix ».

Le Pape, fils de migrants italiens établis en Argentine dans les années 1930, s’est donc une nouvelle fois exprimé sur ce sujet central dans la doctrine sociale de l’Église, même si de nombreux catholiques se montrent mal à l’aise dans la confrontation aux autres cultures portées par les personnes contraintes de quitter leur terre.

« Combien de fois, dans la Bible, le Seigneur nous a demandés d’accueillir les migrants et les étrangers, en nous rappelant que nous sommes nous-mêmes des étrangers »… En improvisant ce rappel, le Pape a voulu mettre en évidence l’ancrage biblique de cette responsabilité des chrétiens vis-à-vis des étrangers.

En évoquant la situation des enfants, le Pape a rappelé que « nos petits frères, surtout s’ils ne sont pas accompagnés, sont exposés à de nombreux périls. Et je vous dis qu’il y en a beaucoup ! », a martelé François. « Il est nécessaire d’adopter toutes les mesures possibles pour garantir aux mineurs migrants la protection et la défense, comme aussi leur intégration. »

Le Pape s’est adressé aux représentants des différentes communautés ethniques présentes sur la place, en les appelant à respecter les lois locales : « Je vous souhaite de vivre sereinement dans les localités qui vous accueillent, en en respectant les lois et les traditions, et en même temps, en cultivant les valeurs de vos cultures d’origine. La rencontre de différentes cultures est toujours un enrichissement pour tous ! ».

Le Pape François a évoqué le parcours d’une religieuse italienne, mère Françoise Cabrini, décédée il y a 100 ans et canonisée par Pie XII en 1946. Après avoir fondé les sœurs missionnaires du Sacré-Cœur à la fin du XIXe siècle, cette religieuse avait créé de nombreuses structures pour aider les migrants en France et en Amérique du Nord : « Une sœur courageuse qui a dédié sa vie à porter l’amour du Christ à ceux qui étaient loin de leur patrie et de leur famille. Que son témoignage nous aide à prendre soin du frère étranger, dans lequel est présent Jésus, souvent différent, rejeté et humilié ».

Quelques minutes auparavant, dans sa méditation de de l’Évangile du jour, le Pape est revenu sur la scène du baptême de Jésus par Jean-Baptiste, qui avait reconnu en lui le Messie. « Les gens venaient pour se repentir de leurs péchés », et Jésus vient de faire baptiser dans le Jourdain au milieu du peuple : « Jésus est le Messie, le roi d’Israël, mais pas avec la puissance de ce monde, mais comme Agneau de Dieu qui prend sur lui et enlève le péché du monde ».

Cette scène « n’est pas une anecdote, mais un fait historique », a rappelé le Pape. Elle exprime la mission de l’Église : répéter lors de chaque eucharistie « voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde », c’est faire porter le regard du peuple de Dieu vers « le Seigneur, humble au milieu des pécheurs »... « Ce geste liturgique représente toute la mission de l’Église, qui n’est pas de s’annoncer elle-même ». ... « Quand l’Église s’annonce elle-même, elle perd la boussole, elle ne sait pas où elle va »,

Enfin, la Pape a conclu : « La seule mission de l’Église est d’annoncer le Christ, « parce que c’est Lui et seulement Lui qui sauve le peuple du péché, le libère et le guide vers la terre de la vraie liberté ».

(Avec R. V.)

Lettre du Pape François aux jeunes

Le 13 janvier 2017, le pape François a adressé une lettre aux jeunes du monde entier à l’occasion de la présentation du Document préparatoire de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Rappelons que ce synode se déroulera en octobre 2018 sur le thème des jeunes, de la foi et du discernement vocationnel.

" Chers Jeunes, faites entendre votre cri, laissez-le résonner dans les communautés, et faites-le arriver aux pasteurs » : c’est le vibrant appel lancé par le Pape François aux jeunes du monde entier, dans une lettre publiée ce vendredi 13 janvier 2017, à l’occasion de la publication du document préparatoire du prochain synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », qui se tiendra en 2018 au Vatican. Une lettre empreinte d’une paternelle affection, qui encourage avec instance les jeunes à entendre la voix de Dieu, à « sortir » d’eux-mêmes, et à se mettre en route, à l’image d’Abraham.
« Va, quitte ton pays pour celui que je t’indiquerai » : cette « forte invitation », cette véritable « provocation » faite à Abraham, Dieu la renouvelle, selon le Pape, aux jeunes d’aujourd’hui. Ce pays qu’il leur indique n’est rien de moins qu’une société plus juste et fraternelle, que les jeunes eux-mêmes brûlent de construire. Quitter son pays revêt malheureusement un sens autrement plus dramatique, observe encore le Pape, celui de la « guerre », de la « prévarication », de ces jeunes contraints « de fuir leur pays natal » et dont le cri monte vers Dieu.

Aujourd’hui, Jésus pose son regard sur les jeunes et les invite à le suivre. « Avez-vous rencontré ce regard ? Avez-vous senti cette ardeur à se mettre en route ? », demande François, persuadé que cet appel du Christ résonne, malgré le « vacarme et la confusion » ambiantes, dans l’âme et le cœur des jeunes. « Cœur juvénile, qui ne supporte pas l’injustice, refuse de se plier à la culture du déchet, ou de céder à la mondialisation de l’indifférence. Cette pureté, cette générosité, les jeunes doivent les mettre au service d’un monde meilleur, qui ne peut se construire sans eux. » Et le Pape l’assure avec force : l’Église désire se mettre à l’écoute de leur voix, de leur cri, de leur sensibilité, de leur foi, de leurs doutes et de leurs critiques aussi. « Faites entendre ce cri, enjoint le Pape, faites-le remonter jusqu’aux pasteurs ». À l’écoute de ce cri, et par le cheminement de ce synode, Pape et évêques deviendront ainsi encore plus les collaborateurs de la joie des jeunes.

La XVe Assemblée générale du synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel s’inscrit dans la continuité du cheminement initié avec le synode sur la Nouvelle Évangélisation, et poursuivi avec les deux synodes sur la famille. Ce document préparatoire, publié aujourd’hui, ouvre la phase de consultation de l’ensemble peuple de Dieu. Il est adressé aux Synodes des Évêques et aux conseils des Hiérarques des Églises Orientales catholiques, aux conférences épiscopales, aux dicastères de la curie romaine, et à l’Union des Supérieurs généraux. Afin de tenir compte des spécificités continentales, trois questions ont été insérées pour chaque aire géographique.

Les jeunes ne seront pas en reste. Eux aussi seront consultés par le biais d’un questionnaire disponible sur Internet, des questions sur leurs attentes et leur vie. Les réponses apportées à ces deux questionnaires serviront de base pour la rédaction de l’Instrumentum Laboris, le document de référence pour les travaux des Pères synodaux

Découvrez le texte intégral de cette lettre du pape François :

http://fr.radiovaticana.va/news/2017/01/13/le_document_pr%C3%A9paratoire_pour_le_synode_sur_les_jeunes_d%C3%A9voil%C3%A9/1285515

Mercredi 11 janvier 2017

Lors de l’audience générale de ce mercredi, tenue en salle Paul VI, le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur l’espérance, en évoquant cette fois-ci un passage de l’Ancien Testament : le Psaume 115, qui dénonce les « fausses espérances dans les idoles ». Le Pape a rappelé qu’il fallait se méfier des faux prophètes qui diffusent des illusions.

L ’Écriture sacrée nous met en garde contre les fausses espérances que le monde nous présente, en démasquant leur inutilité et en en montrant l’absurdité ». Le Pape a appelé à ne pas chercher des « consolations éphémères » pour remplir le vide de la solitude dans « l’argent, les alliances avec les puissants, la mondanité, les fausses idéologies », ou le recours à des voyante qui racontent des bêtises, comme il l’avait observé dans des parcs publics de Buenos Aires.

Face à « l’espérance éphémère » offerte par les fausses idoles, mieux vaut se tourner vers « la grande espérance sûre que nous donne le Seigneur ». Les « illusions d’éternité et de toute-puissance », et notamment le culte du corps et de la jeunesse, quand elles deviennent des idoles, « conduisent à la mort » au lieu de favoriser la vie. Le Pape a évoqué le cas notamment d’une femme connue en Argentine, qui avait fait le choix d’avorter pour préserver son apparence physique.

Quand on se soumet aux idoles, on devient « incapables d’aider, de sourire, de se donner, incapables d’aimer ». Il faut donc « vivre dans le monde » mais « se défendre contre les illusions du monde ». L’espérance sûre de Dieu, elle, ne déçoit jamais. Le Seigneur ne nous oublie pas, y compris dans les moments d’obscurité et de solitude. La vraie espérance se situe dans la foi dans le « Dieu vivant et vrai, né de Marie, mort sur la Croix et ressuscité dans la gloire ».

Parmi les groupes présents, le Pape a notamment salué la communauté du séminaire d’Issy-Les-Moulineaux, en banlieue parisienne, en pèlerinage à Rome avec une cinquantaine de séminaristes et accompagnateurs. S’adressant aux pèlerins polonais, le Pape a par ailleurs évoqué le centenaire de la mort de saint Albert Chmielowski, un peintre polonais qui avait consacré sa vie aux plus pauvres, en fondant notamment des institutions liées au tiers-ordre franciscains. « En suivant l’exemple d’un tel grand Saint de la Miséricorde, frère et soutien des sans toit, des pauvres et des marginaux, apportez l’amour, la charité et l’espérance à tous ceux qui en ont besoin », a demandé le Pape François.

À noter aussi cette prise de parole inhabituelle du Pape, au terme de l’audience, pour mettre en garde contre les personnes qui vendent des tickets d’accès aux audiences générales, en arnaquant les touristes et pèlerins. Le Pape en des termes très vifs a dénoncé des « malfrats », des « délinquants » qui profitent de la crédulité des visiteurs. « L’audience est gratuite, on ne doit pas payer, c’est une visite gratuite qui se fait au Pape, pour parler avec le Pape, avec l’évêque de Rome », a-t-il conclu.

(Avec R. V.)

Dimanche 8 janvier 2017

Durant sa catéchèse lors de la prière de l’Angélus, le Pape François est revenu sur la mission des baptisés, en la solennité du baptême du Christ. Le Pape a souligné d’abord la proximité de Dieu révélée par l’Évangile du jour. « En fait, Jean-Baptiste est conscient de la grande distance entre Jésus et lui. Mais Jésus est justement venu pour combler cette distance entre l’homme et Dieu ».

Durant sa catéchèse lors de la prière de l’Angélus dimanche 8 janvier 2017, le Pape François est revenu sur la mission des baptisés, en la solennité du baptême du Christ. Le Pape souligne d’abord la proximité de Dieu révélée par l’Évangile du jour. « En fait, Jean-Baptiste est conscient de la grande distance entre Jésus et lui. Mais Jésus est justement venu pour combler cette distance entre l’homme et Dieu ».

En étant vrai Dieu mais également vrai homme, le Christ « réunit ce qui nous divise ». Il réalise ainsi le dessein du Père, « qui passe à travers la voie de l’obéissance et de la solidarité avec l’homme fragile et pécheur, la voie de l’humilité et de la pleine proximité de Dieu avec ses enfants ».

Par l’œuvre de l’Esprit-Saint, nous sommes « réellement insérés » dans la relation filiale de Jésus avec le Père et accueillis dans le sein de l’Église mère. Pour le Pape, la fête du baptême du Christ nous fait donc redécouvrir « le don et la beauté d’être un peuple de baptisés, c’est à dire de pécheurs, car nous le sommes tous, souligne François, mais de pécheurs sauvés par la grâce du Christ ». Nous devenons alors capable d’une fraternité « qui ne connaît ni frontières ni barrières ».

Mais le baptême du Christ marque aussi le point de départ de son ministère publique, de sa mission salvatrice. Cette mission est caractérisée par « une attitude, celle du serviteur humble et doux, seulement muni de la force de la vérité, comme l’avait prophétisé Isaïe », rappelle le Pape François. « Serviteur humble et doux. Voilà l’attitude de Jésus, mais aussi l’attitude missionnaire des disciples du Christ : annoncer l’Évangile avec douceur et fermeté, sans arrogance ou injonction », insiste le Pape, qui rejette tout prosélytisme mais appelle à bâtir la mission sur l’« attraction au Christ ».

« Mais comment ? », interroge le Pape. « Par notre témoignage », qui passe par la prière, l’adoration et la charité en actes, qui est un « service à Jésus présent dans le plus petit de nos frères ». « Sur le modèle de Jésus, pasteur bon et miséricordieux, et animés de sa grâce, nous sommes appelés à faire de notre vie un témoignage joyeux qui illumine le chemin, qui apporte espérance et amour ».

A la fin de sa catéchèse, le Pape a prié la Vierge Marie pour qu’elle aide les chrétiens « à conserver un conscience toujours vive et reconnaissante » de leur baptême et à parcourir « avec fidélité » le chemin de foi qui commence avec ce « Sacrement de notre renaissance ». Et il conclut en répétant trois mots : « Et toujours humilité, douceur et fermeté ».

(Avec R. V.)

Vendredi 6 Janvier 2017

En ce 6 janvier 2017, en Italie et dans de nombreux pays, l’Église célèbre l’Epiphanie. Le Pape François a présidé une messe solennelle en la basilique Saint-Pierre. Dans son homélie, le Souverain Pontife s’est attardé sur la figure de ces Rois mages venus d’Orient, qui « expriment la figure du croyant », mus par la « nostalgie de Dieu » ; une nostalgie qui les pousse à marcher, à suivre l’Etoile, et à reconnaître dans le nouveau-né de Bethléem, une « promesse de nouveauté et de gratuité ».

Les rois mages « reflètent l’image de tous les hommes qui, dans leur vie, ne se sont pas laissés anesthésier le cœur ». Ils ont vu l’étoile parce qu’ils se sont mis en route, parce qu’ils étaient habités par ce que le Pape appelle, « la sainte nostalgie de Dieu ». Cette « mémoire vivante qui se rebelle devant tant de prophètes de malheur », celle qui maintient l’espérance vivante, « qui nous tire hors de nos résignations, qui rompt avec nos conformismes ennuyeux ». La nostalgie de Dieu est cette motion qui nous « pousse à nous engager pour ce changement auquel nous aspirons », et à la rencontre avec Dieu.

Face à cette attitude de foi, s’oppose celle d’Hérode, le souverain imbu de lui-même et de sa puissance, qui dort dans son palais. La naissance de l’Enfant de Bethléem le déconcerte, le trouble, l’effraie. Lui qui veut « contrôler tout et tout le monde , « lui qui est immergé dans sa culture du vaincre à tous prix ».

Venus pour adorer un Roi, les mages se sont d’abord rendus dans un Palais, avant de s’apercevoir que ce qu’ils cherchaient se trouvait ailleurs. Contrairement à Hérode, ils ont accepté de changer leur regard. Ils découvrent ainsi que Dieu a voulu naître là où personne ne l’attendait. Dans l’humble grotte de Bethléem, les mages se prosternent devant le petit enfant, devant le pauvre, celui qui est sans défense. Ce faisant, ils découvrent la Gloire de Dieu.

Découvrez l’homélie du Saint-Père dans son intégralité :

« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui » (Mt 2, 2).

Avec ces paroles, les mages, venus de terres lointaines, nous font connaître le motif de leur longue traversée : adorer le roi nouveau-né. Voir et adorer : deux actions mises en relief dans le récit évangélique : nous avons vu une étoile et nous voulons adorer.

Ces hommes ont vu une étoile qui les a mis en mouvement. La découverte de quelque chose d’inhabituel qui est arrivé dans le ciel a déclenché une série incalculable d’évènements. Ce n’était pas une étoile qui a brillé de façon exclusive pour eux et ils n’avaient pas non plus un ADN spécial pour la découvrir. Comme un Père de l’Église l’a bien reconnu, les mages ne se sont pas mis en route parce qu’ils avaient vu l’étoile mais ils ont vu l’étoile parce qu’ils se sont mis en route (cf. Jean Chrysostome). Ils avaient le cœur ouvert sur l’horizon et ils ont pu voir ce que le ciel montrait parce qu’il y avait en eux un désir qui les poussait : ils étaient ouverts à une nouveauté.

Les mages, de cette manière, expriment le portrait de l’homme croyant, de l’homme qui a la nostalgie de Dieu ; de celui qui sent le manque de sa maison, la patrie céleste. Ils reflètent l’image de tous les hommes qui, dans leur vie, ne se sont pas laissé anesthésier le cœur.

La sainte nostalgie de Dieu jaillit dans le cœur croyant parce qu’il sait que l’Évangile n’est pas un évènement du passé mais du présent. La sainte nostalgie de Dieu nous permet de tenir les yeux ouverts devant toutes les tentatives de réduire et d’appauvrir la vie. La sainte nostalgie de Dieu est la mémoire croyante qui se rebelle devant tant de prophètes de malheur. Cette nostalgie est celle qui maintient vivante l’espérance de la communauté croyante qui, de semaine en semaine, implore en disant : « Viens, Seigneur Jésus ! ».

Ce fut vraiment cette nostalgie qui a poussé le vieillard Siméon à aller tous les jours au temple, sachant avec certitude que sa vie ne se terminerait pas sans pouvoir tenir dans ses bras le Sauveur. Ce fut cette nostalgie qui a poussé le fils prodigue à sortir d’une attitude destructive et à chercher les bras de son père. Ce fut cette nostalgie que le berger a senti dans son cœur quand il a laissé les 99 brebis pour chercher celle qui s’était perdue, et ce fut aussi ce qu’a expérimenté Marie-Madeleine le matin du dimanche pour aller courir au tombeau et rencontrer son Maitre ressuscité. La nostalgie de Dieu nous tire hors de nos résignations, celles qui nous amènent à penser que rien ne peut changer. La nostalgie de Dieu est l’attitude qui rompt nos conformismes ennuyeux et nous pousse à nous engager pour ce changement auquel nous aspirons et dont nous avons besoin. La nostalgie de Dieu a ses racines dans le passé mais ne s’arrête pas là : elle va à la recherche de l’avenir. Le croyant “nostalgique”, poussé par sa foi, va à la recherche de Dieu, comme les mages, dans les lieux les plus cachés de l’histoire, parce qu’il sait dans son cœur que le Seigneur l’attend là. Il va à la périphérie, à la frontière, dans les lieux non évangélisés, afin de pouvoir rencontrer son Seigneur ; et il ne le fait pas du tout avec une attitude de supériorité, il le fait comme un mendiant qui ne peut ignorer les yeux de celui pour lequel la Bonne Nouvelle est encore un terrain à explorer.

Comme attitude opposée, dans le palais d’Hérode (qui se trouvait à très peu de kilomètres de Bethléem), on ne s’était pas rendu compte de ce qui arrivait. Tandis que les mages marchaient, Jérusalem dormait. Elle dormait de connivence avec un Hérode qui, au lieu d’être en recherche, dormait bien. Il dormait sous l’anesthésie d’une conscience cautérisée. Et il est resté déconcerté. Il a eu peur. C’est le trouble de celui qui, devant la nouveauté qui révolutionne l’histoire, se ferme sur lui-même, sur ses résultats, sur ses connaissances, sur ses succès. Le trouble de celui qui se tient assis sur la richesse sans réussir à voir au-delà. Un trouble qui naît dans le cœur de celui qui veut contrôler tout et tout le monde. C’est le trouble de celui qui est immergé dans la culture du vaincre à tout prix ; dans cette culture où il y a de la place seulement pour les “vainqueurs” et coûte que coûte. Un trouble qui naît de la peur et de la crainte devant ce qui nous interroge et met en danger nos sécurités et nos vérités, nos manières de nous attacher au monde et à la vie. Et ainsi Hérode a eu peur, et cette peur l’a conduit à chercher la sécurité dans le crime : « Necas parvulos corpore, quia te nacat timor in corde » - “Tu assassines ces faibles corps parce que la peur assassine ton cœur” (Saint Quodvultdeus, Sermon 2 sur le Symbole : PL 40, 655). Tu assassines les enfants dans leur corps, parce que la peur assassine ton cœur.

Nous voulons adorer. Ces hommes sont venus de l’Orient pour adorer, et ils sont venus le faire dans le lieu qui convient à un roi : le Palais. Et cela est important : ils sont arrivés là par leur recherche, c’était le lieu approprié, puisque cela revient à un Roi de naître dans un palais et d’avoir sa cour et ses sujets. C’est le signe du pouvoir, du succès, d’une vie réussie. Et on peut s’attendre à ce que le roi soit vénéré, craint et adulé, oui, mais pas nécessairement aimé. Ce sont les règles mondaines, les petites idoles et à qui nous rendons un culte : le culte du pouvoir, de l’apparence et de la supériorité. Des idoles qui promettent seulement tristesse, esclavage, peur.

Et c’est vraiment là qu’a commencé le chemin le plus long qu’ont dû faire ces hommes venus de loin. Là, a commencé l’audace la plus difficile et la plus compliquée. Découvrir que ce qu’ils cherchaient n’était pas dans le Palais mais se trouvait dans un autre lieu, non seulement géographique mais existentiel. Là, ils ne voyaient pas l’étoile qui les conduisait à découvrir un Dieu qui veut être aimé, et cela est possible uniquement sous le signe de la liberté et non de la tyrannie ; découvrir que le regard de ce Roi inconnu – mais désiré – n’humilie pas, ne rend pas esclave, n’emprisonne pas. Découvrir que le regard de Dieu relève, pardonne, guérit. Découvrir que Dieu a voulu naître là où nous ne l’attendions pas, là où peut-être nous ne le voulions pas. Ou bien là où tant de fois, nous le renions. Découvrir que dans le regard de Dieu, il y a de la place pour ceux qui sont blessés, fatigués, maltraités, abandonnés : que sa force et son pouvoir s’appellent miséricorde. Comme est loin, pour certains, Jérusalem de Bethléem !

Hérode ne peut pas adorer parce qu’il n’a pas voulu changer son regard. Il n’a pas voulu cesser de rendre un culte à lui-même, croyant que tout commençait et finissait avec lui. Il n’a pas pu adorer parce que son but était qu’ils l’adorent lui. Les prêtres non plus n’ont pu adorer parce qu’ils savaient beaucoup de choses, ils connaissaient les prophéties, mais ils n’étaient disposés ni à se mettre en chemin ni à changer.

Les mages ont senti la nostalgie, ils ne voulaient plus les choses habituelles. Ils étaient habitués, accoutumés aux Hérode de leur temps et en étaient fatigués. Mais là, à Bethléem, il y avait une promesse de nouveauté, une promesse de gratuité. Là quelque chose de nouveau arrivait ; les mages ont pu adorer parce qu’ils ont eu le courage de marcher et, se prosternant devant le petit, se prosternant devant le pauvre, se prosternant devant celui qui est sans défense, se prosternant devant l’Enfant de Bethléem insolite et inconnu, là ils ont découvert la Gloire de Dieu.

(Avec R. V.)

Mercredi 4 janvier 2017

Le Pape François a poursuivi ce mercredi, salle Paul VI, sa série de catéchèse sur l’espérance chrétienne. Il s’est concentré sur la figure de Rachel qui nous parle de « l’espérance dans les larmes » tel qu’en a parlé le prophète Jérémie.

Ce dernier, qui écrit au moment de la conquête assyrienne du royaume du Nord, faisant de Rachel le symbole de toutes les mères, explique dans ses Lamentations, que cette mère ne voulait pas être consolée de la disparition de ses fils. Sa douleur est ainsi proportionnelle à son amour, a expliqué François aux fidèles réunis.

« Rachel renferme en elle la douleur de toutes les mères du monde, de tout temps, et les larmes de chaque être humain qui pleure des pertes irréparables ».

« Pour parler d’espérance à qui est désespéré, il faut partager son désespoir, pour sécher les larmes du visage de qui souffre, il faut unir nos pleurs aux siens ». Le Pape souligne qu’il n’y a que comme cela que l’on peut donner un peu d’espoir. Et si les mots sont insuffisants, il suffit alors d’un « silence » ou « d’une caresse ».

« Les larmes mêmes sèment l’espoir » explique le Pape François, car aux pleurs de Rachel qui pleure la mort de ses fils, le Seigneur répond par une promesse : « le peuple pourra revenir d’exil et vivre dans la foi, libre, son rapport avec Dieu ». Les pleurs deviennent alors « principe de vie nouvelle pour les fils exilés, prisonniers, loin de la patrie ».

Matthieu reprend ce texte de Jérémie et l’applique au massacres des Innocents. Ce texte « nous met face à la tragédie de la mort d’êtres humains sans défense, à l’horreur du pouvoir qui méprise et supprime la vie », affirme encore le Saint-Père. « Les enfants de Bethléem moururent à cause de Jésus. Et lui, Agneau innocent, mourra à son tour, pour nous tous. Le Fils de Dieu est entré dans la douleur des hommes ».

A ceux qui demandent pourquoi les enfants souffrent, le Pape reconnait qu’il n’a pas de réponse. Mais en regardant le crucifix, en « regardant seulement l’amour de Dieu qui donna son Fils qui offrit sa vie pour nous, on peut indiquer une voie de consolation ». Les larmes de Marie qui pleure son fils, comme celles de Rachel, « ont généré espoir et vie nouvelle ».

A l’issue de l’audience, le Pape est revenu sur la mutinerie qui a eu lieu le lundi 2 janvier dans la prison de Manaus, au Brésil. 56 détenus ont été tués lors d’affrontements entre bandes rivales à l’intérieur de l’établissement pénitencier. IL a ainsi exprimé sa « douleur » et sa « préoccupation pour ce qui est arrivé ». Invitant à prier pour les défunts, leurs proches et tous les détenus de la prison et les personnes qui y travaillent, le Pape a renouvelé son appel à ce que « les établissements pénitenciers soient des lieux de rééducation et de réinsertion sociale et que les conditions de vie des détenus soient dignes des personnes humaines ». Le Pape a invité également à prier pour les détenus du monde entier et pour que « les prisons réinsèrent et ne soient plus surpeuplées ».

(Avec R. V.)

1er Janvier 2017

À l’occasion de ce premier angélus de l’année 2017, devant 50 000 fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur la signification de cette fête de Sainte Marie Mère de Dieu, qui symbolise le lien de la Vierge Marie avec toute la grande famille formée par le Peuple de Dieu.

La Mère de Jésus est « associée intimement » à la mission de son Fils, a rappelé le Pape, et comme le raconte l’Évangile de ce jour, elle assume cette responsabilité avec discrétion, elle « conserve et médite, elle scrute et approfondit ». « Silencieuse et attentive, elle cherche à comprendre ce que Dieu lui demande, jour après jour », a rappelé le Saint-Père.

Dans la visite des bergers à la crèche, en les observant rendre gloire à Dieu à la vue de l’Enfant Jésus, elle y discerne « le mouvement de salut qui jaillira de l’œuvre du Christ », et elle s’y adapte, prête à répondre à toute demande du Seigneur, a expliqué le Pape, qui a prononcé cette prière de remerciement :

« Merci, O Sainte Mère du Fils de Dieu, Jésus, Sainte Mère de Dieu !

Merci pour ton humilité qui a attiré le regard de Dieu ;

Merci pour la foi avec laquelle tu as accueilli sa Parole ;

Merci pour le courage avec lequel tu as dit « Me voici » ;

Oubliée de toi-même, fascinée par l’Amour Saint, faite tout en un avec son espérance ;

Merci, O Sainte Mère de Dieu,

Prie pour nous, pèlerins du temps,

Aide-nous à cheminer sur la voie de la paix.

Amen »

Reprenant la parole après l’Angélus, le Saint-Père a rappelé que « l’année sera bonne sans la mesure où chacun de nous, avec l’aide de Dieu, cherchera à faire le bien, jour après jour. Ainsi se construit la paix, en disant non, avec les faits, à la haine et à la violence, et oui à la fraternité et à la réconciliation ».

L’année a toutefois commencé tragiquement à Istanbul, en Turquie, où une quarantaine de personnes ont été tuées lors d’un attentat dans une discothèque où de nombreux Stambouliotes et touristes fêtaient le passage à la nouvelle année. « Malheureusement, la violence a frappé aussi dans cette nuit de vœux et d’espérance. Endolori, j’exprime ma proximité pour le peuple turc, je prie pour les nombreuses victimes et pour les blessés, et pour toute la Nation en deuil, et je demande au Seigneur de soutenir tous les hommes de bonne volonté qui remontent courageusement leurs manches pour affronter la plaie du terrorisme et cette tache de sang qui entoure le monde avec une ombre de peur et de désarroi. »

Le Pape a par ailleurs remercié le président de la République italienne Sergio Mattarella pour ses vœux du Nouvel An, et il a apporté ses remerciements à tous les groupes qui ont organisé des marches ou des rassemblements sur le thème de la paix à l’occasion de cette journée du 1er janvier, notamment la communauté de Sant’Egidio.

« Je souhaite à tous une année de paix dans la grâce du Seigneur, et avec la protection maternelle de Marie, Mère de Dieu », a conclu le Saint-Père.

(Avec R. V.)

31 Décembre 2016

A quelques heures de l’année 2017, ce 31 décembre 2016, le Pape François a présidé dans la basilique Saint-Pierre, les Vêpres de la Solennité de Marie Mère de Dieu, suivies du Te Deum d’action de grâce de fin d’année.Découvrez aussi l’homélie du Saint-Père dans son intégralité.

Le Saint-Père a invité, ce samedi, à ne pas avoir une logique du privilège car Dieu vient lui-même rompre « la chaine du privilège qui produit toujours l’exclusion ». Le Pape François a aussi lancé un appel à assumer « la responsabilité que nous avons envers les jeunes ».

Plus que la responsabilité, le Saint-Père souligne qu’il s’agit d’une dette envers les jeunes. « Nous les avons marginalisés de la vie publique » dénonce François, les obligeant à émigrer ou à mendier des occupations qui n’existent pas, ou bien des travaux qui ne leur permettent pas de se projeter dans un lendemain.

Le Pape déplore un paradoxe : à la fois, nous attendons des jeunes « qu’ils soient fermes d’avenir » mais en même temps, nous les « condamnons » à frapper à des portes qui demeurent fermées. Alors, que faut-il faire ? Il faut les aider à retrouver, ici sur leur terre, dans leur patrie, des horizons concrets pour leur avenir à construire. En somme, « parier sur une vraie inclusion : celle qui donne le travail digne, libre, créatif, participatif et solidaire ». Les stimuler aussi pour qu’ils soient capables de « rêver et de lutter pour leur rêve ».

Dans cette homélie, le Pape rappelle que Dieu ne s’est pas déguisé en homme ; il s’est fait homme, c’est-à-dire qu’il a partagé en tout notre condition. Il est donc « proche de tous ceux qui portent le poids de l’éloignement et de la solitude », ou du découragement. « Dieu vient lui-même rompre la chaine du privilège » souligne François. Privilège qui produit toujours l’exclusion auquel le Seigneur oppose la caresse de la compassion qui produit l’inclusion.

Attention à ne pas être naïfs, dit le Saint-Père. « Nous savons que nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare en séparant, qui nous enferme en enfermant la vie de tant de nos frères. »

Nous avons donc besoin de la lumière du Seigneur, rappelle le Pape, « parce que souvent nous demeurons prisonniers de l’attitude intégrationniste, bien marquée de celui qui veut faire par force entrer les autres dans son propre schéma. » C’est de cette lumière que viendra la force « de se relever et de recommencer » souligne le Saint-Père.

Homélie du Saint-Père :

« Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4, 4-5).

Ces paroles de saint Paul résonnent avec force. De manière brève et concise, elles nous introduisent dans le projet que Dieu a pour nous : que nous vivions comme fils. Toute l’histoire du salut trouve ici un écho : celui qui n’était pas sujet de la loi décida, par amour, de perdre tout type de privilège (privus legis) et d’entrer par le lieu le moins attendu pour nous libérer nous qui, oui, étions sous la loi. Et la nouveauté est qu’il décida de le faire dans la petitesse et dans la fragilité d’un nouveau-né ; il décida de s’approcher personnellement et, dans sa chair d’embrasser notre chair, dans sa faiblesse d’embrasser notre faiblesse, dans sa petitesse de couvrir la nôtre. Dans le Christ, Dieu ne s’est pas déguisé en homme, il s’est fait homme et a partagé en tout notre condition. Loin d’être enfermé dans un état d’idée ou d’essence abstraite, il a voulu être proche de tous ceux qui se sentent perdus, mortifiés, blessés, découragés, affligés et intimidés. Proche de tous ceux qui dans leur chair portent le poids de l’éloignement et de la solitude, afin que le péché, la honte, les blessures, le découragement, l’exclusion n’aient pas le dernier mot dans la vie de ses enfants.

La crèche nous invite à faire nôtre cette logique divine. Une logique qui n’est pas centrée sur le privilège, sur les concessions, sur les favoritismes ; il s’agit de la logique de la rencontre, du voisinage et de la proximité. La crèche nous invite à abandonner la logique des exceptions pour les uns et des exclusions pour les autres. Dieu vient lui-même rompre la chaîne du privilège qui produit toujours l’exclusion, pour inaugurer la caresse de la compassion qui produit l’inclusion, qui fait resplendir en toute personne la dignité pour laquelle elle a été créée. Un enfant dans les langes nous montre la puissance de Dieu qui interpelle comme don, comme offrande, comme ferment et opportunité pour créer une culture de la rencontre.

Nous ne pouvons pas nous permettre d’être naïfs. Nous savons que de différentes parts nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare-en séparant, qui nous exclue-en excluant, qui nous enferme-en enfermant les rêves et la vie de tant de nos frères.

Aujourd’hui, devant l’enfant Jésus, nous voulons admettre d’avoir besoin que le Seigneur nous éclaire, parce que souvent nous semblons myopes ou nous demeurons prisonniers de l’attitude intégrationniste bien marquée de celui qui veut par force faire entrer les autres dans ses propres schémas. Nous avons besoin de cette lumière, qui nous fait apprendre de nos propres erreurs et tentatives afin de nous améliorer et de nous dépasser ; de cette lumière qui naît de l’humble et courageuse conscience de celui qui trouve la force, chaque fois, de se relever et de recommencer.

Alors qu’une année de plus arrive à son terme, arrêtons-nous devant la crèche, pour remercier de tous les signes de la générosité divine dans notre vie et dans notre histoire, qui s’est manifestée de mille manières dans le témoignage de nombreux visages qui, anonymement, ont su risquer. Remerciement qui ne veut pas être nostalgie stérile ou vain souvenir du passé idéalisé et désincarné, mais bien mémoire vivante qui aide à susciter la créativité personnelle et communautaire parce que nous savons que Dieu est avec nous. Dieu est avec nous.

Arrêtons-nous devant la crèche pour contempler comment Dieu s’est fait présent durant toute cette année et nous rappeler ainsi que chaque époque, chaque moment est porteur de grâce et de bénédiction. La crèche nous provoque à ne donner rien ni personne pour perdu. Regarder la crèche signifie trouver la force de prendre notre place dans l’histoire sans nous plaindre et nous attrister, sans nous fermer ou nous évader, sans chercher de faux-fuyants qui nous privilégient. Regarder la crèche implique de savoir que le temps qui nous attend demande des initiatives pleines d’audace et d’espérance, ainsi que de renoncer à vouloir vainement être le premier ou à des luttes interminables pour paraître.

Regarder la crèche c’est découvrir comment Dieu s’implique en nous associant, en nous rendant partie prenante de son œuvre, en nous invitant à accueillir avec courage et décision l’avenir qui est devant nous.

Regardant la crèche nous rencontrons les visages de Joseph et de Marie. Visages jeunes chargés d’espérance et d’aspirations, chargés de questions. Visages jeunes qui regardent en avant avec la tâche difficile d’aider l’Enfant-Dieu à grandir. On ne peut parler d’avenir sans contempler ces visages jeunes et assumer la responsabilité que nous avons envers nos jeunes ; plus que responsabilité, la parole juste est dette, oui, la dette que nous avons envers eux. Parler d’une année qui finit c’est nous sentir invités à penser comment nous nous sommes intéressés à la place que les jeunes ont dans notre société.

Nous avons créé une culture qui, d’une part, idolâtre la jeunesse cherchant à la rendre éternelle ; mais, paradoxalement, nous avons condamné nos jeunes à ne pas avoir d’espace de réelle insertion, parce que nous les avons lentement marginalisés de la vie publique, les obligeant à émigrer ou à mendier des occupations qui n’existent pas ou qui ne leur permettent pas de se projeter dans un lendemain. Nous avons privilégié la spéculation au lieu de travaux dignes et honnêtes qui leur permettent d’être des protagonistes actifs dans la vie de notre société. Nous attendons d’eux et exigeons qu’ils soient ferment d’avenir, mais nous les discriminons et les « condamnons » à frapper à des portes qui de plus demeurent fermées.

Nous sommes invités à ne pas être comme l’aubergiste de Bethléem qui devant le jeune couple disait : ici il n’y a pas de place. Il n’y avait pas de place pour la vie, il n’y avait pas de place pour l’avenir. Il nous est demandé de prendre chacun notre engagement, même s’il semble peu de chose, d’aider nos jeunes à retrouver, ici sur leur terre, dans leur patrie, des horizons concrets d’un avenir à construire. Ne nous privons pas de la force de leurs mains, de leurs esprits, de leurs capacité de prophétiser les rêves de leurs anciens (cf. Jl 3, 1). Si nous voulons viser un avenir qui soit digne d’eux, nous ne pourrons l’atteindre qu’en pariant sur une vraie inclusion : celle qui donne le travail digne, libre, créatif, participatif et solidaire (cf. Discours à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne, 6 mai 2016).

Regarder la crèche nous provoque à aider nos jeunes pour qu’ils ne se laissent pas décevoir devant nos immaturités, et les stimuler afin qu’ils soient capables de rêver et de lutter pour leurs rêves. Capables de grandir et de devenir pères et mères de notre peuple.

Devant l’année qui finit, comme cela fait du bien de contempler l’Enfant-Dieu ! C’est une invitation à revenir aux sources et aux racines de notre foi. En Jésus la foi se fait espérance, elle devient ferment et bénédiction : « Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie » (Exhot. Apost. Evangelii gaudium, n. 3).

(Avec R. V.)

Mercredi 28 Décembre 2016

L’Espérance est un chemin difficile, mais elle ne déçoit pas : le Pape François l’a rappelé lors de l’audience générale, qu’il a tenue dans la salle Paul VI, ce mercredi 28 décembre.

Poursuivant son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne, le Pape a longuement évoqué la figure d’Abraham, qui malgré sa vieillesse et l’âge avancé de sa femme, Sarah, crut « contre toute espérance » en la Parole de Dieu qui lui promettait un fils.

L’espérance est "cette capacité de croire au-delà des raisonnements humains, de la sagesse et de la prudence du monde pour croire en l’impossible. Elle ouvre de nouveaux horizons, rend capables de rêver ce qui n’est même pas imaginable". "L’espérance est une belle vertu, assure le Pape, mais elle est également un chemin difficile". Abraham l’a d’ailleurs expérimenté, lui qui a quitté sa terre natale, sa maison, ses familles, pour aller dans le pays indiqué par Dieu ; Dieu qui lui avait promis une descendance nombreuse. Pourtant les années passent, le fils tant attendu ne vient pas et le "sein de Sarah reste fermé dans sa stérilité".

Abraham crie alors son découragement à Dieu, il se lamente avec le Seigneur. Et c’est ce qu’il nous enseigne : "se lamenter avec le Seigneur peut être une forme de prière". Car la foi, précise le Saint-Père, "n’est pas un silence qui accepte tout sans répliquer". "Et l’espérance n’est pas une certitude qui mettrait à l’abri du doute ou de la perplexité ; elle ne dispense pas de voir la dure réalité, ni d’en accepter les contradictions".

Abraham se tourne donc vers Dieu, pour qu’Il aide à continuer d’espérer. Et Dieu maintient sa promesse, Il lui répète ce qu’Il lui avait déjà dit. Abraham n’a d’autre choix que de continuer à croire la parole du Seigneur et espérer. Dieu le fait sortir de sa tente, et dans la nuit, lui montre les étoiles du Ciel. Dans la foi, ces étoiles deviennent, pour Abraham, "le signe de la fidélité de Dieu".

(Avec R. V.)

Lundi 26 Décembre 2016

Les chrétiens d’aujourd’hui subissent la même cruauté que celle vécue par les martyrs des premiers siècles : c’est ce qu’a affirmé le Pape François lundi 26 décembre, lors de la prière de l’Angelus, Place Saint-Pierre.

En ce 26 décembre, l’Église fête en effet saint Étienne, lapidé pour avoir confessé sa foi en Jésus. Ce martyr chrétien, a assuré le Souverain Pontife, continue à être présent dans l’Histoire de l’Église, de saint Étienne, jusqu’à aujourd’hui.

Les martyrs d’aujourd’hui sont plus nombreux qu’aux premiers siècles du christianismea encore dit le Pape. La cruauté qui visait alors les disciples du Christ, les chrétiens d’aujourd’hui l’éprouvent à leur tour. « Combien de nos frères et sœurs dans la foi subissent abus et violences, sont haïs à cause de Jésus ! ». « Nous voulons penser à ces chrétiens persécutés, être proches d’eux avec notre affection, notre prière et nos pleurs ». Le Souverain Pontife a évoqué les chrétiens irakiens, persécutés par Daech, qui ont pu cette année fêter Noël dans leur cathédrale détruite, « un exemple de fidélité à l’Évangile ».

« Mais pourquoi les chrétiens sont-ils persécutés ? » s’est encore interrogé le Pape avant de répondre : « le monde hait les chrétiens pour la même raison qu’il a haï le Christ », « parce qu’Il a apporté la lumière de Dieu, et que le monde préfère les ténèbres, afin de cacher ses mauvaises œuvres ». Suivre le Christ, c’est choisir sa lumière, celle qui a brillé dans la Grotte de Bethléem. Et c’est ce qu’a fait saint Étienne.

Comme lui, les martyrs d’aujourd’hui choisissent la lumière du Christ. « Malgré les épreuves et les dangers, ils témoignent avec courage de leur appartenance au Christ », vivant l’Évangile par les actes, « ils témoignent de la charité dans la vérité ».

(Avec R. V.)

Dimanche 25 décembre 2016

Des dizaines de milliers de personnes étaient rassemblées Place Saint-Pierre à midi, pour le traditionnel message de Noël du Pape François. Depuis la loggia de la Basilique Saint-Pierre, il a prononcé la bénédiction urbi et orbi, « à la ville et au monde ». Le Saint-Père a notamment évoqué la situation en Syrie.

La ville d’Alep est une nouvelle fois au cœur des préoccupations du Pape François pour cet appel à la Paix. Alep, « théâtre ces dernières semaines d’une des batailles les plus atroces » souligne le pontife argentin qui demande que de l’ « assistance et du réconfort soient garantis à la population civile, une population à bout de forces ». Il appelle la communauté internationale à s’employer activement à trouver une solution négociée au conflit.

Même appel à l’unité pour l’Irak, la Libye ou encore le Yémen. Trois pays « où les populations pâtissent de la guerre et d’atroces actions terroristes » déplore le Pape François. Des actes de terrorisme qui ont semé « peur et mort au cœur de tant de pays et de villes » ajoute-t-il dans ce message, quelques jours après l’attentat qui a frappé un marché de Noël de la capitale allemande.

Le Pape cite plusieurs pays d’Afrique. Le Nigeria, où le terrorisme fondamentaliste exploite aussi les enfants, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo. L’évêque de Rome appelle à guérir les divisions, et à préférer la culture du dialogue, au cœur de son pontificat, à la logique de l’affrontement. La RDC a déjà fait l’objet d’un appel du chef de l’Église catholique mercredi dernier à tous les Congolais pour qu’ils soient des artisans de la réconciliation.

Le Pape n’a pas oublié également le conflit ukrainien, « où il est urgent d’apporter un soulagement à la population » et mettre en œuvre les engagements pris. Le Saint-Père a cité aussi deux pays d’Amérique du Sud où le Vatican intervient ou est intervenu pour tenter d’apaiser les tensions : en Colombie d’abord, où un accord a été trouvé entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et la guérilla des Farc. Et puis le Venezuela, où la crise politique continue alors que l’opposition demande le départ du président Nicolas Maduro, dans un contexte de crise économique.

Le Saint-Père a aussi fait le vœu que les Israéliens et les Palestiniens écrivent une nouvelle page de leur histoire, pour construire « un avenir de compréhension réciproque et d’harmonie ». Il cite aussi la Birmanie dans son message, espérant que le pays consolide ses efforts pour « favoriser la cohabitation pacifique ».

Le Pape François qui a mis les exclus au centre de pontificat, n’oublie pas de parler une nouvelle fois des migrants et des réfugiés, mais aussi de ceux qui souffrent de difficultés sociales et économiques ou « des ambitions économiques d’un petit nombre ». L’évêque de Rome a aussi une pensée dans ce message de Noël pour les personnes touchées par les tremblements de terre, comme l’Italie cette année où de nombreuses personnes ont passé les fêtes loin de leurs foyers.

Découvrez le discours du Saint-Père dans son intégralité :

« Chers frères et sœurs, joyeux Noël !

Aujourd’hui, l’Eglise revit l’étonnement de la Vierge Marie, de saint Joseph et des bergers de Bethléem contemplant l’Enfant qui est né et qui est couché dans une mangeoire : Jésus, le Sauveur.

En ce jour plein de lumière, résonne l’annonce prophétique :

« Un enfant nous est né,

un fils nous a été donné !

Sur son épaule est le signe du pouvoir ;

son nom est proclamé :

« Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort,

Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix » (Is 9, 5).

Le pouvoir de cet Enfant, Fils de Dieu et de Marie, n’est pas le pouvoir de ce monde, basé sur la force et sur la richesse ; c’est le pouvoir de l’amour. C’est le pouvoir qui a créé le ciel et la terre, qui donne vie à toute créature : aux minéraux, aux plantes, aux animaux ; c’est la force qui attire l’homme et la femme et fait d’eux une seule chair, une seule existence ; c’est le pouvoir qui régénère la vie, qui pardonne les fautes, réconcilie les ennemis, transforme le mal en bien. C’est le pouvoir de Dieu. Ce pouvoir de l’amour a porté Jésus Christ à se dépouiller de sa gloire et à se faire homme ; et il le conduira à donner sa vie sur la croix et à ressusciter des morts. C’est le pouvoir du service, qui instaure dans le monde le règne de Dieu, règne de justice et de paix.

Pour cela la naissance de Jésus est accompagnée du chant des anges qui annoncent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » (Lc 2, 14).

Aujourd’hui cette annonce parcourt toute la terre et veut rejoindre tous les peuples, spécialement ceux qui sont blessés par la guerre et par d’âpres conflits et qui éprouvent plus vivement le désir de la paix.

Paix aux hommes et aux femmes dans la Syrie martyrisée, où trop de sang a été versé. Surtout dans la ville d’Alep, théâtre ces dernières semaines d’une des batailles les plus atroces, il est plus que jamais urgent qu’assistance et réconfort soient garantis à la population civile à bout de forces, en respectant le droit humanitaire. Il est temps que les armes se taisent définitivement et que la communauté internationale s’emploie activement pour qu’on arrive à une solution négociée et que se rétablisse le vivre ensemble civil dans le pays.

Paix aux femmes et aux hommes de la bien-aimée Terre Sainte, choisie et préférée par Dieu. Qu’Israéliens et Palestiniens aient le courage et la détermination d’écrire une nouvelle page de l’histoire, où haine et vengeance cèdent la place à la volonté de construire ensemble un avenir de compréhension réciproque et d’harmonie. Que puissent retrouver l’unité et la concorde l’Irak, la Libye et le Yémen, où les populations pâtissent de la guerre et d’atroces actions terroristes.

Paix aux hommes et aux femmes des différentes régions de l’Afrique, particulièrement au Nigéria, où le terrorisme fondamentaliste exploite aussi les enfants pour perpétrer horreur et mort. Paix au Sud-Soudan et à la République démocratique du Congo, pour que se guérissent les divisions et que toutes les personnes de bonne volonté mettent tout en œuvre pour entreprendre un chemin de développement et de partage, en préférant la culture du dialogue à la logique de l’affrontement.

Paix aux femmes et aux hommes qui subissent encore les conséquences du conflit en Ukraine orientale, où est urgente une volonté commune d’apporter un soulagement à la population et de donner et mettre en œuvre les engagements pris.

Invoquons la concorde pour le cher peuple colombien, qui aspire à accomplir un nouveau et courageux chemin de dialogue et de réconciliation. Qu’un tel courage anime aussi le bien-aimé Venezuela afin d’entreprendre les pas nécessaires pour mettre fin aux tensions actuelles et construire ensemble un avenir d’espérance pour toute la population.

Paix à tous ceux qui, en différentes régions, affrontent des souffrances en raison de dangers constants et d’injustices tenaces. Puisse le Myanmar consolider ses efforts pour favoriser la cohabitation pacifique et, avec l’aide de la communauté internationale, accorder la protection nécessaire et l’assistance humanitaire à tous ceux qui en ont une grande et urgente nécessité. Puisse la péninsule coréenne voir surmontées les tensions qui la traversent dans un esprit renouvelé de collaboration.

Paix à qui a perdu un être cher à cause d’actes atroces de terrorisme, qui ont semé peur et mort au cœur de tant de pays et de villes. Paix - non en paroles, mais par des actes et des faits concrets – à nos frères et sœurs abandonnés et exclus, à ceux qui souffrent de la faim et à ceux qui sont victimes de violences. Paix aux déplacés, aux migrants et aux réfugiés, à tous ceux qui aujourd’hui sont objet de la traite des personnes. Paix aux peuples qui souffrent à cause des ambitions économiques d’un petit nombre et de l’âpre avidité du dieu argent qui conduit à l’esclavage. Paix à celui qui est touché par les difficultés sociales et économiques et à qui souffre des conséquences des tremblements de terre ou d’autres catastrophes naturelles.

Paix aux enfants, en ce jour spécial où Dieu se fait enfant, surtout à ceux qui sont privés des joies de l’enfance à cause de la faim, des guerres et de l’égoïsme des adultes.

Paix sur la terre à tous les hommes de bonne volonté, qui travaillent chaque jour, avec discrétion et patience, en famille et dans la société pour construire un monde plus humain et plus juste, soutenus par la conviction que c’est seulement avec la paix qu’il y a la possibilité d’un avenir plus prospère pour tous.

Chers frères et sœurs,

« un enfant nous est né, un fils nous a été donné » : c’est le « Prince-de-la-paix ». Accueillons-le !

[après la bénédiction]

A vous, chers frères et sœurs, arrivés de toutes les parties du monde sur cette place, et à tous ceux qui, de différents pays, sont reliés à travers la radio, la télévision et les autres moyens de communication, j’adresse mes vœux les meilleurs.

En ce jour de joie nous sommes tous appelés à contempler l’Enfant-Jésus, qui redonne l’espérance à tout homme sur la face de la terre. Avec sa grâce donnons voix et donnons corps à cette espérance, en témoignant de la solidarité et de la paix. Joyeux Noël à tous !

(Avec R. V.)

Samedi 24 Décembre 2016

Le Pape François a présidé la messe de la nuit de Noël en la basilique Saint-Pierre, ce samedi 24 décembre 2016. Dans son homélie, le Saint-Père a rappelé que cette nuit est « une nuit de gloire (…) une nuit de joie », parce que pour toujours Dieu est avec nous. Découvrez le texte de l’homélie du Saint-Père dans son intégralité :

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2, 11). Les paroles de l’apôtre Paul révèlent le mystère de cette nuit sainte : la grâce de Dieu s’est manifestée, son cadeau gratuit ; dans l’Enfant qui nous est donné l’amour de Dieu pour nous se fait concret.

C’est une nuit de gloire, cette gloire proclamée par les anges à Bethléem et aussi par nous aujourd’hui dans le monde entier. C’est une nuit de joie, parce que depuis aujourd’hui et pour toujours Dieu, l’Eternel, l’Infini, est Dieu-avec-nous : il n’est pas lointain, nous ne devons pas le chercher dans les orbites célestes ou dans quelque idée mystique ; il est proche, il s’est fait homme et ne se détachera jamais de notre humanité, qu’il a faite sienne. C’est une nuit de lumière : cette lumière, prophétisée par Isaïe (cf. 9, 1), qui illuminerait celui qui marche sur une terre ténébreuse, elle est apparue et elle a enveloppé les bergers de Bethléem (cf. Lc 2, 9).

Les bergers découvrent simplement qu’« un enfant nous est né » (Is 9, 5) et ils comprennent que toute cette gloire, toute cette joie, toute cette lumière se concentrent en un seul point, dans ce signe que l’ange leur a indiqué : « Vous trouverez une nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). C’est le signe de toujours pour trouver Jésus. Non seulement alors, mais aussi aujourd’hui. Si nous voulons fêter le vrai Noël, contemplons ce signe : la simplicité fragile d’un petit nouveau-né, la douceur de son être couché, la tendre affection des langes qui l’enveloppent. Là est Dieu.

Avec ce signe, l’Evangile nous dévoile un paradoxe : il parle de l’Empereur, du Gouverneur, des grands de ce temps, mais Dieu ne se fait pas présent là ; il n’apparaît pas dans la salle noble d’un palais royal, mais dans la pauvreté d’une étable ; non dans les fastes de l’apparence, mais dans la simplicité de la vie ; non dans le pouvoir, mais dans une petitesse qui surprend. Et pour le rencontrer il faut aller là, où il se tient : il faut s’incliner, s’abaisser, se faire petits. L’Enfant qui naît nous interpelle : il nous appelle à laisser les illusions de l’éphémère pour aller à l’essentiel, à renoncer à nos prétentions insatiables, à abandonner l’insatisfaction pérenne et la tristesse pour quelque chose qui toujours nous manquera. Cela nous fera du bien de laisser ces choses pour retrouver dans la simplicité de Dieu-enfant la paix, la joie, le sens de la vie.

Laissons-nous interpeller par l’Enfant dans la mangeoire, mais laissons-nous interpeller aussi par des enfants qui, aujourd’hui, ne sont pas couchés dans un berceau et caressés par la tendresse d’une mère et d’un père, mais qui gisent dans les sordides “mangeoires de la dignité” : dans le refuge souterrain pour échapper aux bombardements, sur les trottoirs d’une grande ville, au fond d’une embarcation surchargée de migrants. Laissons-nous interpeller par les enfants qu’on ne laisse pas naître, par ceux qui pleurent parce que personne ne rassasie leur faim, par ceux qui ne tiennent pas dans leurs mains des jouets, mais des armes.

Le mystère de Noël, qui est lumière et joie, interpelle et bouleverse, parce qu’il est en même temps un mystère d’espérance et de tristesse. Il porte avec lui une saveur de tristesse, en tant que l’amour n’est pas accueilli, la vie est rejetée. C’est ce qui arrive à Joseph et Marie, qui trouvèrent les portes fermées et déposèrent l’enfant dans une mangeoire, « car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (v. 7). Jésus est né dans le refus de certains et dans l’indifférence de la plupart. Aujourd’hui aussi il peut y avoir la même indifférence, quand Noël devient une fête où les protagonistes sont nous, au lieu de Lui ; quand les lumières du commerce jettent dans l’ombre la lumière de Dieu ; quand nous nous donnons du mal pour les cadeaux et restons insensibles à celui qui est exclus.

Mais Noël a surtout une saveur d’espérance parce que, malgré nos ténèbres, la lumière de Dieu resplendit. Sa lumière gracieuse ne fait pas peur ; Dieu, épris de nous, nous attire par sa tendresse, naissant pauvre et fragile au milieu de nous, comme un de nous. Il naît à Bethléem, qui signifie “maison du pain”. Il semble ainsi vouloir nous dire qu’il naît comme pain pour nous ; il vient à la vie pour nous donner sa vie ; il vient dans notre monde pour nous porter son amour. Il ne vient pas pour dévorer et pour commander, mais pour nourrir et servir. Ainsi, il y a un fil direct qui relie la crèche et la croix, où Jésus sera pain rompu : c’est le fil direct de l’amour qui se donne et nous sauve, qui donne lumière à notre vie, paix à nos cœurs.

Ils l’ont compris, en cette nuit, les bergers, qui étaient parmi les exclus d’alors. Mais personne n’est exclus aux yeux de Dieu et ce furent vraiment eux les invités de Noël. Celui qui était sûr de lui, autosuffisant, était chez lui au milieu de ses affaires ; les bergers au contraire « allèrent, sans hésitation » (cf. Lc 2, 16). Nous aussi, laissons-nous interpeller et convoquer cette nuit par Jésus, allons à Lui avec confiance, à partir de ce en quoi nous nous sentons exclus, à partir de nos limites. Laissons-nous toucher par la tendresse qui sauve ; approchons-nous de Dieu qui se fait proche, arrêtons-nous pour regarder la crèche, imaginons la naissance de Jésus : la lumière et la paix, la plus grande pauvreté et le refus. Entrons dans le vrai Noël avec les bergers, portons à Jésus ce que nous sommes, nos exclusions, nos blessures non guéries. Ainsi, en Jésus, nous goûterons le véritable esprit de Noël : la beauté d’être aimés de Dieu. Avec Marie et Joseph, restons devant la crèche, devant Jésus qui naît comme pain pour ma vie. Contemplant son amour humble et infini, disons-lui : merci, parce que tu as fait tout cela pour moi. »

Jeudi 22 décembre 2016

Le pape François a reçu ce jeudi les membres de la Curie Romaine pour le traditionnel échange de vœux de Noël. Il s’agit d’un discours important au cours duquel le Saint-Père a tracé les grandes lignes de la réforme de la Curie ; une réforme pour la rendre "conforme aux exigences de notre temps, sobre et efficace, au service du Pape et de l’Eglise". Nous vous proposons de découvrir l’intégralité de son discours.

« Chers frères et sœurs,

Je voudrais commencer notre rencontre en présentant mes vœux cordiaux à vous tous : Supérieurs, officials, représentants pontificaux et collaborateurs des Nonciatures partout dans le monde, à toutes les personnes qui sont en service à la Curie Romaine et à vos familles. Je vous souhaite un saint et serein Noël et une heureuse année 2017.

En contemplant le visage de l’enfant Jésus, saint Augustin s’est exclamé : « Immense dans sa nature divine, petit dans sa nature de serviteur ». Saint Macaire également, moine du IVème siècle et disciple de saint Antoine abbé, pour décrire le mystère de l’Incarnation, utilise le verbe grec smikruno, c’est-à-dire se faire petit en se réduisant presque à ce qu’il y a de plus petit : « Écoutez attentivement : l’infini, le Dieu inaccessible et incréé, dans son immense et ineffable bonté, a pris un corps, et, si je puis dire, s’est abaissé infiniment de sa gloire ».

Noël est donc la fête de l’humilité aimante de Dieu, du Dieu qui renverse l’ordre du logiquement prévisible, l’ordre de ce qui doit être, du dialectiqueetdu mathématique. Dans ce renversement se trouve toute la richesse de la logique divine qui bouleverse la limite de notre logique humaine (cf. Is 55, 8-9). R. Guardini a dit : « Quel renversement de toutes les valeurs familières à l’homme – non seulement humaines, mais aussi divines ! Vraiment ce Dieu renverse tout ce que l’homme prétend construire par lui-même ». A Noël nous sommes appelés à dire « oui », avec notre foi, non pas au Dominateur de l’univers, ni même aux plus belles des idées, mais bien à ce Dieu qui est l’humble-aimant.

Le bienheureux Paul VI, à Noël 1971, affirmait : « Dieu aurait pu venir revêtu de gloire, de splendeur, de lumière, de puissance, pour nous faire peur, pour nous écarquiller les yeux par des merveilles. Non, non ! Il est venu comme le plus petit des êtres, le plus fragile, le plus faible. Pourquoi cela ? Mais pour que personne n’ait honte de l’approcher, pour que personne n’ait peur, pour que tous puissent l’avoir vraiment proche, s’approcher tout près de lui, n’avoir plus aucune distance entre nous et lui. Il y a eu de la part de Dieu un effort pour s’abimer, pour se plonger parmi nous, pour que chacun, je dis chacun de vous, puisse lui dire « tu », puisse avoir confiance, puisse l’approcher, puisse se sentir pensé par lui, aimé par lui… aimé par lui : voyez comme est grande cette parole ! Si vous comprenez cela, si vous vous souvenez de ce que je vous dis, vous avez compris tout le christianisme ».

En réalité, Dieu a choisi de naître petit parce qu’il a voulu être aimé. Voilà comment la logique de Noël est le renversement de la logique mondaine, de la logique du pouvoir, de la logique du commandement, de la logique pharisienne et de la logique de la causalitéou du déterminisme.

C’est à cette lumière suave et imposante du visage divin du Christ enfant que j’ai choisi comme sujet de notre rencontre annuelle la réforme de la Curie Romaine. Il m’a semblé juste et opportun de partager avec vous le cadre de la réforme, mettant en évidence les critères de conduite, les pas accomplis, mais surtout la logique du pourquoi de chaque pas qui a été réalisé et de ce qui sera accompli.

En vérité, il me vient ici spontanément à la mémoire l’ancien adage qui illustre la dynamique des Exercices Spirituels de la méthode ignacienne, c’est-à-dire : réformer ce qui est déformé, conformer ce qui est réformé, confirmer ce qui est conformé et transformer ce qui est confirmé.

Il est certain que, dans la Curie, le sens de la ré-forme peut être double : avant tout la rendre con-forme “à la Bonne Nouvelle qui doit être proclamée joyeusement et courageusement à tous, spécialement aux pauvres, aux derniers et aux marginalisés” ; con-forme “aux signes de notre temps et à tout le bon que l’homme a atteint”, pour “mieux aller à la rencontre des exigences des hommes et des femmes que nous sommes appelés à servir” ; en même temps il s’agit de rendre la Curie plus con-forme à sa fin, qui est celle de collaborer au ministère propre du Successeur de Pierre (« cum Ipso consociatam operam prosequuntur » dit le Motu proprio Humanam progressionem), ensuite de soutenir le Pontife Romain dans l’exercice de son pouvoir singulier, ordinaire, plénier, suprême, immédiat et universel.

En conséquence, la réforme de la Curie Romaine est ecclésiologiquement orientée : in bonum e in servitium, comme l’est le service de l’Evêque de Rome, selon une expression significative du Pape saint Grégoire le Grand, reprise dans le troisième chapitre de la constitution Pastor aeternus du Concile Vatican I : “Mon honneur c’est celui de l’Église universelle. Mon honneur c’est la solide force de mes frères. Je me sens vraiment honoré quand, à aucun d’eux, n’est nié l’honneur qui lui est dû”.

Comme la Curie n’est pas un appareil immobile, la réforme est d’abord un signe de la vivacité de l’Eglise en chemin, en pèlerinage, et de l’Eglise vivante, et donc – parce que vivante – semper reformanda, devant être réformée parce que vivante. Il est donc nécessaire de rappeler avec force que la réforme n’est pas une fin en soi, mais un processus de croissance et surtout de conversion. La réforme, pour cette raison, n’a pas un but esthétique, comme si l’on voulait rendre la Curie plus belle ; elle ne peut pas être non plus comprise comme une sorte de lifting, de maquillage pour embellir le corps curial ancien, ni même comme une opération de chirurgie esthétique pour enlever les rides. Chers frères, ce ne sont pas les rides que nous devons craindre dans l’Eglise, mais les taches !

Dans cette perspective, il faut remarquer que la réforme sera efficace seulement et uniquement si elle est mise en œuvre par des hommes “rénovés” et pas seulement par des hommes “nouveaux”. Il ne suffit pas de se contenter de changer le personnel, mais il faut porter les membres de la Curie à se renouveler spirituellement, humainement, professionnellement. La réforme de la Curie ne se met en aucune manière en œuvre par le changement des personnes – qui se produit et se produira sans aucun doute- mais par la conversion dans les personnes. En réalité, une “formation permanente” ne suffit pas, il faut aussi et surtout “une conversion et une purification permanentes”. Sans un “changement de mentalité” l’effort fonctionnel serait vain.

C’est pourquoi, lors de nos deux rencontres précédentes de Noël, je me suis arrêté : en 2014, ayant pour modèle les Pères du désert, sur certaines “maladies” et en 2015, en partant du mot « Miséricorde », sur une sorte de catalogue des vertus nécessaires pour celui qui prête service dans la Curie et pour tous ceux qui veulent rendre féconde leur consécration ou leur service de l’Eglise. La raison de fond est que, comme pour toute l’Église, le semper reformanda doit se transformer, aussi pour la Curie, en une conversion personnelle et structurelle permanente.

Il était nécessaire de parler de maladies et de soins parce que toute opération, pour être un succès, doit être précédée de diagnostics approfondis, d’analyses soignées et doit être accompagnée et suivie de prescriptions précises.

Dans ce parcours, il est normal, et même salutaire, de rencontrer des difficultés qui, dans le cas de la réforme, pourraient se présenter sous diverses typologies de résistances : les résistances ouvertes qui naissent souvent de la bonne volonté et du dialogue sincère ; les résistances cachées qui naissent des cœurs effrayés ou pétrifiés qui s’alimentent des paroles vides du “gattopardisme spirituel”de celui qui en paroles se dit prêt au changement, mais veut que tout reste comme avant ; il y a aussi les résistances malveillantes, qui germent dans des esprits déformés et apparaissent quand le démon inspire des intentions mauvaises (souvent “déguisées en agneaux”). Ce dernier type de résistances se cache derrière les paroles de justification, et souvent accusatoires, en se réfugiant dans les traditions, dans les apparences, dans la formalité, dans le connu, ou bien dans le vouloir de tout porter sur le personnel, sans distinguer entre l’acte, l’acteur et l’action.

L’absence de réaction est un signe de mort ! Par conséquent, les résistances bonnes – et même les moins bonnes – sont nécessaires et méritent d’être écoutées, accueillies et encouragées à s’exprimer, parce que c’est un signe que le corps est vivant.

Tout cela veut dire que la réforme de la Curie est un processus délicat qui doit être vécu dans la fidélité à l’essentiel, avec un continuel discernement, avec un courage évangélique, avec une sagesse ecclésiale, avec une écoute attentive, avec une action tenace, dans un silence positif, avec des décisions fermes, avec beaucoup de prière – beaucoup de prière ! –, dans une profonde humilité, avec une grande clairvoyance, avec des pas en avant concrets et – quand c’est nécessaire – avec des pas en arrière, avec une volonté déterminée, avec une grande vitalité, avec une autorité responsable, dans une obéissance sans condition ; mais avant tout dans l’abandon à la conduite sûre de l’Esprit Saint, en s’en remettant à son soutien indispensable. Et, pour cela, prière, prière et prière.

Quelques critères pour la conduite de la réforme

Il y en a principalement douze : Individualité, Sens pastoral, Sens missionnaire, Rationalité, Fonctionnalité, Modernité, Sobriété, Subsidiarité, Synodalité, Catholicité, Professionnalité, Gradualité.

1. Individualité (Conversion personnelle)

Je répète de nouveau l’importance de la conversion individuelle sans laquelle tous les changements dans les structures seront inutiles. L’âme véritable de la réforme, ce sont les hommes qui en font partie et la rendent possible. En effet, la conversion personnelle supporte et renforce la conversion communautaire.

Il y a un fort lien d’échange entre l’attitude personnelle et l’attitude communautaire. Une seule personne peut apporter beaucoup de bien à tout le corps mais peut lui porter préjudice et le faire tomber malade. Et un corps sain est celui qui sait récupérer, accueillir, fortifier, soigner et sanctifier ses membres.

2. Sens pastoral (Conversion pastorale)

La Curie étant une communauté de service, et rappelant l’image du pasteur (cf. Ez 34, 16 ; Jn 10, 1-21), « il nous fait du bien à nous aussi, appelés à être pasteurs dans l’Église, de laisser le visage de Dieu Bon Pasteur nous illuminer, nous purifier, nous transformer et nous restituer pleinement renouvelés à notre mission. Que nous puissions, même sur nos lieux de travail, ressentir, cultiver et pratiquer un sens pastoral fort, avant tout envers les personnes que nous rencontrons tous les jours. Que personne ne se sente négligé ou maltraité, mais que chacun puisse faire l’expérience, avant tout ici, du soin prévenant du Bon Pasteur ». Derrière les papiers il y a des personnes.

L’engagement de tout le personnel de la Curie doit être animé par un sens pastoral et une spiritualité de service et de communion, puisque c’est l’antidote à tous les poisons de la vaine ambition et de la rivalité illusoire. En ce sens le bienheureux Paul VI avertissait : « Que la Curie Romaine ne soit pas une bureaucratie, comme certains la jugent à tort, prétentieuse et apathique, seulement juridique et ritualiste, ni une école d’ambitions cachées et de sourds antagonismes, comme d’autres l’accusent ; mais qu’elle soit une véritable communauté de foi et de charité, de prière et d’action ; communauté de frères et de fils du Pape qui font tout, chacun dans le respect de la compétence d’autrui et avec un sens de la collaboration, pour le servir dans son service des frères et des fils de l’Église universelle et de la terre entière ».

3. Sens missionnaire (Christocentrisme)

C’est la fin principale de tout service ecclésiastique, celle qui consiste à porter la joyeuse annonce aux extrémités de la terre, comme nous le rappelle le magistère conciliaire, parce qu’ « il y a des structures ecclésiales qui peuvent arriver à favoriser un dynamisme évangélisateur ; également les bonnes structures sont utiles quand une vie les anime, les soutient et les guide. Sans une vie nouvelle et un authentique esprit évangélique, sans fidélité de l’Église à sa propre vocation, toute nouvelle structure se corrompt en peu de temps ».

4. Rationalité

Sur la base du principe selon lequel tous les Dicastères sont juridiquement égaux entre eux, une rationalisation des organismes de la Curie Romaine est nécessaire pour mettre en évidence le fait que chaque Dicastère a des compétences propres. Ces compétences doivent être respectées mais aussi réparties avec rationalité, avec efficacité et efficience. Aucun Dicastère ne peut donc s’attribuer la compétence d’un autre Dicastère, selon ce qui est fixé par le droit, et d’autre part, tous les Dicastères se réfèrent directement au Pape.

5. Fonctionnalité

Le regroupement éventuel de deux - ou plus – Dicastères, compétents sur des matières proches ou en relations étroites, en un unique Dicastère sert d’un côté à donner au Dicastère en question une importance plus grande (également à l’extérieur) ; d’un autre côté, la contiguïté et l’interaction des réalités particulières dans un unique Dicastère aident à avoir une plus grande fonctionnalité (les deux nouveaux Dicastères d’institution récente en sont un exemple).

La fonctionnalité nécessite aussi la révision continuelle des rôles et de l’adéquation des compétences et des responsabilités du personnel, et, en conséquence, la réalisation de mutations, d’embauches, d’interruptions et aussi de promotions.

6. Modernité (Mise à jour)

C’est-à-dire la capacité de lire et d’écouter les “signes des temps”. En ce sens « nous prenons sans délai les mesures nécessaires afin que les dicastères de la Curie Romaine soient conformes aux situations de notre temps et s’adaptent aux nécessités de l’Église universelle ». Cela était demandé par le Concile Vatican II : « Que les Dicastères de la Curie Romaine soient soumis à une nouvelle organisation plus en rapport avec les besoins des temps, des pays et des rites, notamment en ce qui concerne leur nombre, leur nom, leur compétence, leurs méthodes propres de travail et la coordination de leurs travaux ».

7. Sobriété

Dans cette perspective, une simplification et un allègement de la Curie sont nécessaires : regroupement ou fusion de Dicastères selon les matières de compétence et simplification interne de chaque Dicastère ; éventuelles suppressions de Bureaux qui ne correspondent plus aux nécessités contingentes. Intégration dans les Dicastères, ou réduction, des commissions, académies, comités, etc… le tout en vue de l’indispensable sobriété nécessaire à un témoignage correct et authentique.

8. Subsidiarité

Réorganisation des compétences spécifiques des différents Dicastères, si nécessaire en les transférant d’un Dicastère à un autre, afin d’atteindre l’autonomie, la coordination et la subsidiarité dans les compétences, ainsi que l’interrelation dans le service.

En ce sens, le respect des principes de subsidiarité et de rationalisation des relations avec la Secrétairerie d’Etat et à l’intérieur de celle-ci – entre ses diverses compétences -, est aussi nécessaire afin qu’elle soit, dans l’accomplissement de ses fonctions, l’aide directe la plus immédiate du Pape. Ceci aussi pour une meilleure coordination des différents secteurs des Dicastères et des Bureaux de la Curie. La Secrétairerie d’Etat pourra accomplir cette importante fonction qui est la sienne, justement en réalisant l’unité, l’interdépendance et la coordination de ses sections et de ses divers secteurs.

9. Synodalité

Le travail de la Curie doit être synodal : réunions habituelles des Chefs de Dicastères présidées par le Pontife Romain ; Audiences di tabella des Chefs de Dicastères régulières ; réunions interdicastérielles habituelles. La réduction du nombre de Dicastères permettra des rencontres plus fréquentes et plus systématiques des différents Préfets avec le Pape, ainsi que des réunions des Chefs de Dicastères efficaces, ce que ne peut être le cas d’un groupe trop nombreux.

La synodalité doit être vécue aussi à l’intérieur de chaque Dicastère, en donnant une importance particulière au Congresso et une fréquence plus élevée au moins à la Session ordinaire. A l’intérieur de chaque Dicastère il faut éviter la fragmentation qui peut être produite par différents facteurs, comme la multiplication des secteurs spécialisés qui peuvent tendre à être autoréférentiels. La coordination entre ceux-ci doit être faite par le Secrétaire ou le Sous-Secrétaire.

10. Catholicité

Entre les collaborateurs, outre les prêtres et les consacrés/ées, la Curie doit refléter la catholicité de l’Église par l’embauche de personnel venant du monde entier, de diacres permanents et de fidèles laïcs dont le choix doit être attentivement fait sur la base de leur irréprochable vie spirituelle et morale et de leur compétence professionnelle. Il est opportun de prévoir l’accès d’un plus grand nombre de fidèles laïcs surtout dans les Dicastères où ils peuvent être plus compétents que des clercs ou des consacrés. De plus, la valorisation du rôle de la femme et des laïcs dans la vie de l’Église est de grande importance, ainsi que leur intégration dans les rôles de conduite des Dicastères, avec une attention particulière à la multiculturalité.

10. Professionnalité

Il est indispensable que chaque Dicastère adopte une politique de formation permanente du personnel, pour éviter de “se rouiller » et de tomber dans la routine du fonctionnalisme.

D’autre part, il est indispensable de d’archiver définitivement la pratique du promoveatur ut amoveatur. C’est un cancer.

12. Gradualité (discernement)

La gradualité est le fruit du discernement indispensable qui implique processus historique, scansion de temps et d’étapes, contrôle, corrections, expérimentations, approbations ad experimentum. Donc, dans ces cas, il ne s’agit pas d’indécision mais de la flexibilité nécessaire pour pouvoir atteindre une véritable réforme.

Quelques pas accomplis

Je mentionne brièvement et de façon limitée certains pas réalisés en concrétisation des critères-guides, des recommandations expresses des Cardinaux durant les Réunions plénières avant le Conclave, de la COSEA, du Conseil des Cardinaux, ainsi que des Chefs de dicastère et d’autres personnes et experts :

- Le 13 avril 2013 a été annoncé le Conseil des Cardinaux (Consilium Cardinalium Summo Pontifici) – le dit C8 devenu C9 à partir du 1er juillet 2014 - en premier lieu pour conseiller le Pape dans le gouvernement de l’Eglise universelle et sur d’autres thèmes relatifs, et aussi avec la tache spécifique de proposer la révision de la Constitution apostolique Pastor Bonus.

- Avec le Chirographe du 24 juin 2013 a été érigée la Commission Référente sur l’Institut pour les Œuvres de Religion, pour connaître de manière plus approfondie la position juridique de l’IOR et permettre sa meilleure “harmonisation” avec “la mission universelle du Siège apostolique”. Le tout pour “permettre aux principes de l’Evangile d’imprégner aussi les activités de nature économique et financière” et pour arriver à une transparence complète et reconnue dans ses actes.

- Avec le Motu Proprio du 11 juillet 2013, il s’est agi de préciser la juridiction des organes judiciaires de l’Etat de la Cité du Vatican en matière pénale.

- Avec le Chirographe du 18 juillet 2013, a été instituée la COSEA (Commission pontificale référente d’étude et d’orientation sur l’organisation de la structure économico-administrative), avec le but d’étudier, d’analyser et de recueillir des informations, en coopération avec le Conseil des Cardinaux pour l’étude des problèmes organisationnels et économiques du Saint Siège.

- Avec le Motu Proprio du 8 août 2013, a été institué le comité de Sécurité Financière du Saint-Siège, pour la prévention et l’opposition au blanchiment, au financement du terrorisme et à la prolifération des armes de destruction de masse. Le tout pour amener l’IOR et tout le système économique du Vatican à l’adoption régulière et à l’accomplissement complet, avec détermination et diligence, de toutes les lois standards internationales sur la transparence financière.

- Avec le Motu proprio du 15 novembre 2013 a été consolidée l’Autorité d’Information Financière (A.I.F.), instituée par Benoît XVI, par le Motu Proprio du 30 décembre 2010, pour la prévention et l’opposition aux activités illégales dans le domaine financier et monétaire.

- Avec le Motu proprio du 24 février 2014 (Fidelis Dispensator et Prudens), ont été érigés le Secrétariat pour l’Economie et le Conseil pour l’Economie, en remplacement du Conseil des 15 Cardinaux, avec la tâche d’harmoniser les politiques de contrôle concernant la gestion économique du Saint-Siège et de la Cité du Vatican.

- Avec le même Motu proprio (Fidelis Dispensator et Prudens)- 24 février 2014 – a été érigé le Bureau du Réviseur général (URG), nouvel organisme du Saint-Siège chargé d’accomplir la révision (audit) des Dicastères de la Curie Romaine, des Institutions liées au Saint-Siège - ou qui font référence à lui – et des administrations du Gouvernoratorat de l’Etat de la Cité du Vatican.

- Avec le Chirographe du 22 mars 2014 a été instituée la Commission Pontificale pour la protection des Mineurs pour “promouvoir la protection de la dignité des mineurs et des adultes vulnérables, à travers les formes et les modalités, conformes à la nature de l’Eglise, considérées les plus opportunes”.

- Avec le Motu proprio du 8 juillet 2014 a été transférée la Section Ordinaire de l’Administration du Patrimoine du Siège apostolique au Secrétariat pour l’économie.

- Le 22 février 2015 ont été approuvés les Statuts pour les nouveaux Organismes économiques.

- Avec le Motu proprio du 27 juin 2015 a été érigé le Secrétariat pour la Communication avec la tâche de “répondre au contexte actuel de la communication, caractérisé par la présence et le développement des médias numériques, par les facteurs de la convergence et de l’interactivité”, et aussi de restructurer globalement, à travers un processus de réorganisation et de regroupement de “tous les organismes qui se sont occupés jusqu’à présent de diverses façons de la communication”, dans le but de “répondre toujours plus aux exigences de la mission de l’Eglise ».

- Le 6 septembre 2016 a été promulgué le Statut du Secrétariat pour la communication, entré en vigueur en octobre dernier.

- Avec les deux Motu proprio du 15 août 2015, on a pourvu à la réforme du procès canonique pour les causes de déclaration de nullité de mariage : Mitis et misericors Iesus, dans le Code des Canons des Eglises Orientales ; Mitis Iudex Dominus Iesus, dans le Code de Droit canonique.

- Avec le Motu proprio du 4 juin 2016 (Come una madre amorevole), on a voulu prévenir la négligence des Evêques dans l’exercice de leur fonction, en particulier au sujet des cas d’abus sexuel accomplis sur des mineurs et des adultes vulnérables.

- Avec le Motu proprio du 4 juillet 2016 (I beni temporali), suivant comme règle de très grande importance que les organismes de vigilance soient séparés de ceux qui sont surveillés, ont été mieux définis les domaines respectifs de compétence du Secrétariat pour l’économie et de l’Administration du Patrimoine du Saint-Siège.

- Avec le Motu proprio du 15 août 2016 (Sedula Mater), a été constitué le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie rappelant surtout la finalité pastorale générale du ministère pétrinien : « Nous nous employons promptement à disposer toutes choses afin que les richesses du Christ Jésus se déversent de façon adéquate et avec profusion parmi les fidèles ».

- Avec le Motu proprio du 17 août 2016 (Humanam progressionem), a été constitué le Dicastère pour le Service du développement humain intégral, afin que le développement se réalise “à travers le soin que l’on porte aux biens incommensurables de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création”. Dans ce Dicastère se rejoindront, au premier janvier 2017, quatre Conseils Pontificaux : Justice et Paix, Cor Unum, la Pastorale des migrants et la Pastorale des Services de santé. Je m’occuperai directement “ad tempus” de la section pour la pastorale des migrants et des réfugiés de ce nouveau dicastère.

- Le 18 octobre 2016 a été approuvé le statut de l’académie pontificale pour la Vie.

Notre rencontre a commencé en parlant de la signification de Noël comme renversement de nos critères humains pour souligner que le cœur et le centre de la réforme est le Christ (Christocentrisme).

Je voudrais simplement conclure avec une parole et une prière. La parole est celle de rappeler que Noël est la fête de l’humilité aimante de Dieu. Pour la prière, j’ai choisi l’invocation de Noël du Père Matta el Meskin (moine contemporain), qui, en s’adressant au Seigneur Jésus, né à Bethléem, s’exprime ainsi : « Si pour nous l’expérience de l’enfance est si difficile, pour toi, elle ne l’est pas, Fils de Dieu. Si nous trébuchons sur le chemin qui conduit à la communion avec toi selon cette petite taille, tu es capable d’enlever tous les obstacles qui nous en empêchent. Nous savons que tu ne seras pas en paix jusqu’à ce que tu nous trouves selon ta ressemblance et avec cette taille. Permets-nous aujourd’hui, Fils de Dieu, de nous approcher de ton cœur. Donne-nous de ne pas nous croire grands par nos expériences. Donne-nous au contraire, de devenir petits comme toi afin que nous puissions t’être proches et recevoir de toi humilité et douceur en abondance. Ne nous prive pas de ta révélation, l’épiphanie de ton enfance en nos cœurs, afin qu’avec elle nous puissions soigner tout orgueil et toute arrogance. Nous avons un besoin extrême […] que tu révèles en nous ta simplicité nous approchant nous de toi, de même que l’Eglise et le monde entier. Le monde est las et épuisé parce qu’il fait la course pour savoir qui est le plus grand. Il y a une concurrence impitoyable entre gouvernants, entre églises, entre peuples, à l’intérieur des familles, entre une paroisse et une autre : qui est le plus grand parmi nous ? Le monde est couvert des plaies de blessures douloureuses parce que sa grande maladie est : qui est le plus grand ? Mais aujourd’hui, nous avons trouvé en toi notre unique médicament, Fils de Dieu. Nous et le monde entier ne trouverons ni salut ni paix, si nous ne retournons/revenons pas te rencontrer de nouveau dans la mangeoire de Bethléem. Amen.

Merci, et je vous souhaite un saint Noël et une heureuse nouvelle année 2017.

[improvisé]

Quand, il y a deux ans, j’ai parlé des maladies, l’un de vous est venu me dire : « Où dois-je aller, à la pharmacie ou me confesser ? » - « Mais, les deux », ai-je dit. Et quand j’ai salué le Cardinal Brandmüller, il m’a regardé dans les yeux et il m’a dit : « Acquaviva ! ». Sur le moment je n’ai pas compris, mais ensuite, réfléchissant, réfléchissant, je me suis rappelé que Acquaviva, troisième général de la Compagnie de Jésus, avait écrit un livre que nous, étudiants, lisions en latin, les pères spirituels nous le faisaient lire, il s’appelait ainsi : Industriae pro Superioribusejusdem Societatis ad curandos animae morbos, c’est-à-dire les maladies de l’âme. Il y a trois mois a paru une très bonne édition en italien, faite par le père Giuliano Raffo, mort récemment ; avec un bon prologue qui indique comment on doit le lire, et aussi une bonne introduction. Ce n’est pas une édition critique, mais la traduction est très belle, bien faite et je crois qu’elle peut aider. Comme cadeau de Noël, je souhaiterais l’offrir à chacun de vous. Merci. »

Mercredi 21 Décembre 2016

« Nos sécurités ne nous sauveront pas, seule l’Espérance en Dieu le peut » : c’est ce qu’a affirmé avec force le Pape François, lors de l’audience générale, ce mercredi matin, 21 décembre 2016, en salle Paul VI. Le Souverain Pontife a poursuivi son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne.
Cette espérance entre dans le monde à Noël, avec l’incarnation du Fils de Dieu.

La naissance de Jésus, dans l’humble grotte de Bethléem, nous parle en effet d’une espérance « fiable, visible et compréhensible, car fondée sur Dieu ». En entrant dans le monde, Jésus « nous donne la force de marcher avec Lui, vers le Père qui nous attend ». Voilà ce que signifie « espérer », pour le chrétien.

Et le Pape propose l’exemple de la Crèche, laquelle, « dans sa simplicité, transmet l’espérance dans chacun des personnages » : Marie, celle qui a dit « oui », celle qui a été durant neuf mois l’Arche de l’Alliance éternelle, qui contemple l’Enfant emmailloté, et « voit en Lui l’amour de Dieu venu sauver son peuple et toute l’humanité » ; saint Joseph, qui a cru à la parole de l’ange et a nommé l’Enfant ‘Jésus’ ; les bergers, pauvres et les humbles, qui reconnaissent dans cet Enfant la réalisation de la promesse de Dieu, et espèrent que le salut s’accomplira pour chacun d’eux. Celui qui s’appuie sur ses propres sécurités, surtout matérielles, n’attend pas le salut de Dieu, a poursuivi le Pape, seule l’Espérance en Dieu nous sauvera, a martelé le Pape.

Aussi les bergers, comme le chœur des anges, se réjouissent-ils, car « l’espérance chrétienne s’exprime dans la louange et l’action de grâce à Dieu, qui a inauguré son Règne d’amour, de justice et de paix ».

Le Saint-Père a conclu en nous invitant à nous recueillir devant la crèche : « En contemplant la crèche, accueillons Jésus, germe de l’espérance que Dieu dépose dans les sillons de notre histoire personnelle et communautaire. Car chaque ‘oui’ à Jésus qui vient est un germe d’espérance ».

Retrouvez toute l’intervention du Saint-Père en Français :

" Frères et sœurs, à quelques jours de Noël, je voudrais réfléchir à ce moment où, pour ainsi dire, l’espérance est entrée dans le monde, avec l’incarnation du Fils de Dieu. La naissance du Christ nous parle d’une espérance fiable, visible et compréhensible, parce que fondée sur Dieu.

Espérer pour le chrétien signifie la certitude d’être en chemin avec le Christ vers le Père qui nous attend. Ainsi, dans sa simplicité, la crèche transmet l’espérance à travers chacun des personnages : Jésus, en qui l’espérance de Dieu et l’espérance de l’homme se rencontrent ; Marie, Mère de l’espérance, qui contemple l’Enfant et voit en Lui l’amour de Dieu venu sauver son peuple et toute l’humanité ; et Joseph, qui a cru à la parole de l’ange et qui a nommé cet Enfant « Jésus », un nom qui est une espérance pour chaque homme.

Dans la crèche, les bergers représentent les humbles et les pauvres : ils voient dans cet Enfant la réalisation de la promesse de Dieu et ils espèrent que son salut s’accomplira pour chacun d’eux. Ils se réjouissent quand ils reconnaissent dans cet Enfant le signe donné par les anges. Car l’espérance chrétienne s’exprime dans la louange et l’action de grâce à Dieu qui a inauguré son Règne d’amour, de justice et de paix. En contemplant la crèche, accueillons Jésus, germe de l’espérance que Dieu dépose dans les sillons de notre histoire personnelle et communautaire. Car chaque « oui » à Jésus qui vient est un germe d’espérance. "

(Avec R. V.)

Dimanche 18 Décembre 2016

Le Pape François demande à tous les fidèles de prier pour que le dialogue politique en République démocratique du Congo (RDC) se déroule « avec sérénité pour éviter tout type de violence », « pour le bien de tout le pays ». C’est ce qu’a déclaré le Saint-Père depuis la fenêtre des appartements apostoliques au Vatican après la prière de l’angélus en ce quatrième dimanche de l’Avent.

Cette déclaration intervient alors que l’Église catholique de RDC est très impliquée pour tenter de trouver une issue politique à la succession du président Joseph Kabila dont le mandat s’achève mardi 20 décembre. Aucune élection présidentielle n’a été organisée dans les temps et une grande partie de l’opposition craint que l’actuel chef de l’État ne fasse tout pour conserver le pouvoir.

La CENCO, la conférence épiscopale nationale du Congo a ainsi présidé des négociations qu’elle a suspendu samedi soir, aucun progrès n’ayant été enregistré entre les différentes parties. Le Pape François recevra ce lundi 19 décembre au Vatican Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani, président de la CENCO, et Mgr Fridolin Ambongo Besungu, évêque de Bokungu Ikela, le vice-président.

Dans son commentaire de l’évangile de ce quatrième dimanche de l’Avent, le Pape François, avant de réciter la prière de l’angélus, est revenu sur les deux figures les plus proches du « mystère d’amour, du mystère de proximité de Dieu avec l’humanité » qui s’est manifesté le soir de Noël : Marie et Joseph.

« Dieu s’est approché de nous et a pris la chair d’une femme. Dieu se rapproche de nous aussi, de manière différente, par sa grâce, en entrant dans nos vies pour offrir en don son Fils ». Le Pape souligne ainsi que nous sommes appelés à faire comme Marie qui s’offrit librement au Seigneur. « Nous aussi, en accueillant Jésus et en cherchant de le suivre chaque jour, nous pouvons coopérer à son dessein de salut pour nous et pour le monde ». C’est pourquoi, explique-t-il encore, « Marie nous apparait comme un modèle à regarder et comme un soutien sur lequel nous pouvons compter dans notre quête de Dieu, dans notre engagement pour construire la civilisation de l’amour ».

Quant à Joseph, « homme humble et juste, il nous enseigne à toujours avoir confiance en Dieu quand il se fait proche », poursuit le Pape. « Joseph nous enseigne à nous laisser guider par Lui avec une volontaire obéissance ». Alors que Joseph est plongé dans le doute après la révélation de la grossesse de Marie, Dieu se fait proche de lui et lui explique ce qui se passe. Joseph, après coup, ne répudie pas sa promise et la prend avec lui et l’épouse.

Le Pape François résume alors ce que ces deux figures nous apprennent : demeurer disponible pour accueillir le Fils de Dieu dans notre vie concrète, dans notre chaire, et toujours chercher la volonté de Dieu et la suivre en pleine confiance. « L’annonce d’espoir qui s’accomplit à Noël comble l’attente de Dieu qui est en chacun de nous, dans toute l’Église et chez tant de petits qui sont méprisés par le monde mais que Dieu aime et dont Dieu se rapproche ».

A l’issue de ces divers saluts, le Pape a tenu à remercier toutes les personnes et les institutions qui lui ont souhaité un bon anniversaire ce samedi à l’occasion de ses 80 ans.

(Avec R. V.)

Samedi 17 Décembre 2016 : Bon anniversaire Très Saint Père !

« Aujourd’hui nous nous arrêtons, nous regardons en arrière, nous voyons que le chemin a été beau, que le Seigneur ne nous a pas déçu, que le Seigneur est fidèle » En ce samedi 17 décembre 2016, le Pape François célèbre son 80e anniversaire. Il a présidé une messe en la chapelle pauline du palais apostolique en compagnie de tous les cardinaux résidant à Rome.

Dans son homélie improvisée, il est revenu sur la liturgie de ce jour qui invite à marquer une pause dans le temps de l’Avent qui nous porte vers Noël. « L’Église veut que nous fassions mémoire ». « La mémoire que la même Écriture souligne comme moyen de prier et de rencontrer Dieu ». François a expliqué ainsi que les textes de ce 17 décembre signifient la grâce de la mémoire, autrement dit « ne pas oublier ».

« C’est le propre de l’amour : ne pas oublier ». Le Pape, devant tous les cardinaux présents à Rome ce weekend, souligne que cette « mémoire nous fait du bien parce qu’elle rend encore plus intense cette attente vers Noël ». Elle rappelle le parcours de tout chrétien et son cheminement vers Dieu et sa promesse, « promesse qui sera pleine, à la fin, mais qui se consolide avec chacune des alliances que nous faisons avec le Seigneur, alliances de fidélité ». Elle nous fait comprendre, poursuit le Pape, que « nous avons été tous élus ». « L’élection, la promesse et l’alliance sont comme les piliers de la mémoire chrétienne. Regarder en arrière pour aller de l’avant ».

Bien sûr, reconnait le Saint-Père, « nous trouvons toujours sur notre route la grâce et le péché ». Dans notre vie même, « il y a des moments de grande fidélité au Seigneur, de joie dans le service, et des mauvais moments d’infidélité, de péché qui nous font sentir le besoin de salut. C’est aussi cela notre sécurité : quand nous avons besoin de salut, nous confessons la foi ». C’est ainsi que l’on va de l’avant dans la joie de l’espérance.

Alors en ce jour, « nous nous arrêtons, nous regardons en arrière et nous voyons que le chemin a été beau, que le Seigneur ne nous a pas déçu ». C’est cela la vie du chrétien : « tu vas de l’avant, vers la rencontre définitive ». Cette pause au milieu de l’Avent, nous permet de comprendre, conclut le Pape, qu’il y a « l’histoire d’un Dieu qui a voulu marcher avec son peuple et se faire, à la fin, Un, Homme, avec chacun de nous ».

À l’issue de la messe, le Pape François a repris la parole pour remercier les cardinaux présents en ce jour particulier pour lui. Il leur a confié que depuis plusieurs jours lui revenait en tête le mot « vieillesse », reconnaissant que cela faisait un peu peur. Mais il a aussitôt rappelé ce qu’il avait exprimé le 15 mars 2013 lors de sa première rencontre avec les cardinaux, juste après son élection : « la vieillesse est source de sagesse » ; « espérons que ce soit ainsi aussi pour moi », a-t-il ensuite souhaité.

Il est enfin revenu sur le temps qui passe et qui donne un « coup ». Mais « quand on pense la vieillesse comme une étape de la vie qui est là pour donner de la joie, de la sagesse, de l’espoir, on recommence à vivre, non ? ». Après avoir cité Pline en latin, il a conclu en faisant une citation en allemand : « la vieillesse est tranquille et religieuse », demandant aux cardinaux qu’ils prient pour que sa vieillesse soit ainsi : « tranquille, religieuse et féconde, et joyeuse aussi ».

Le pape François a fêté ses 80 ans avec des sans-abri en la Maison Sainte-Marthe ce samedi 17 décembre 2016 :

(Avec R. V.)

Mercredi 14 Décembre 2016

C’est un message d’espérance que le Pape François a transmis ce lors de l’audience générale qui s’est tenue salle Paul VI au Vatican : « La plus grande joie de Noël » est « la paix intérieure » intimement liée à la conviction que le Seigneur efface les péchés.
En effet, dans sa catéchèse, en ce temps de l’Avent, le Saint-Père a commenté un passage du livre d’Isaïe soulignant que le prophète nous aide à nous ouvrir à l’espérance du salut.

« Comme ils sont beaux, sur les montagnes, les pas du messager qui annonce la paix », ces paroles d’Isaïe, « font référence au miracle de la paix » observe le Pape. « Le Seigneur est venu libérer son peuple »(…) Il s’est fait proche du « petit reste », « le petit peuple » d’Israël qui malgré l’exil a « résisté dans la foi, a continué à croire et à espérer » même dans les moments les plus sombres. Ainsi, a estimé le Saint-Père , il pourra voir « les merveilles de Dieu ». Dieu qui est venu nous sauver offrant aux hommes sa miséricorde. « Dieu capable de vaincre le plus gros des péchés ».

« C’est cela la joie de Noël, les raisons de notre espérance », a encore insisté le Pape. « Lorsque tout semble perdu, que la foi chancelle et que la tentation est grande de dire que rien n’a plus de sens, la joyeuse nouvelle de Noël retentit : Dieu vient, il refait toute chose nouvelle et instaure un Règne de paix ». « Le mal ne triomphera pas toujours, le désespoir est vaincu parce que Dieu est parmi nous ».

Le Saint-Père exhorte alors chacun de nous à « se réveiller », à « être des hommes et des femmes d’espérance ». « Comme il est laid de voir un chrétien qui a perdu l’espérance ! » dit-il en exhortant à « courir comme le messager parce que le monde ne peut attendre, l’humanité a soif de justice, de vérité et de paix ».

Lors des saluts en différentes langues, le Pape a invité les pèlerins francophones à « se laisser toucher par Dieu, devant la crèche ».

Le Saint-Père a par ailleurs, en italien, remercié tous ceux qui lui ont adressé des vœux à l’occasion de ses 80 ans, ce samedi 17 décembre. Au début de l’audience, il avait soufflé une bougie sur un gâteau présenté par des fidèles.

Les francophones qui le veulent peuvent adresser leurs vœux au Pape François à l’occasion de son anniversaire, à l’adresse PapeFrancois80 chez vatican.va.

(Avec R. V.)

Mardi 13 décembre 2016

Le Saint-Père a fêté son 47ème anniversaire d’ordination sacerdotale. C’est en effet le 13 décembre 1969 qu’il a été ordonné prêtre pour la Compagnie de Jésus à Buenos Aires. 4 jours plus tard, il fêtait ses 33 ans.

- Le Pape François avec les séminaristes le 10 décembre : "Le plus important, c’est de rencontrer Jésus !"

Dimanche 11 décembre 2016

Lors de l’Angelus de ce dimanche, place Saint-Pierre, troisième dimanche de l’Avent, le Pape a appelé les fidèles à répondre à l’invitation de Saint-Paul : « Réjouissez-vous toujours car le Seigneur est proche ! », et à partager ce sentiment d’exultation.

En effet, le Salut et l’amour de Dieu sont sources de joie.

« Ce n’est pas une joie superficielle ou purement émotive, encore moins une joie de mondanités ou de consumérisme », affirme le Pape. Il s’agit plutôt d’une « joie authentique, dont nous sommes appelés à redécouvrir la saveur » pendant ce temps de l’Avent. C’est « une joie qui touche à l’intime de notre être » pendant que nous sommes dans l’attente du « Messie promis, né à Bethléem de la Vierge Marie ».

Le Pape François s’appuie sur l’exemple du prophète Isaïe, qui a vu une terre aride peuplée de « faibles, de cœurs perdus, d’aveugles, de sourds et de muets », se transformer en « un désert florissant, la joie et la consolation imprégnant les cœurs », signe du Salut qui s’accomplit en Jésus. Ce même Salut présent dans le message de Jean-Baptiste : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent ». Ce ne sont pas que des paroles, insiste le Saint-Père. Quand Jésus sauve, c’est en acte, des « actes qui affectent tout l’être humain et le régénère ».

C’est de cette intervention du Salut et de l’amour de Dieu que naît la joie, explique encore le Pape. « Dieu est entré dans l’histoire pour nous libérer de l’esclavage du péché, il a planté sa tente au milieu de nous pour partager notre existence, guérir nos plaies, soigner nos blessures et nous donner une vie nouvelle. »

Le Saint-Père invite à vivre ce sentiment d’exultation, « car un chrétien qui n’est pas joyeux, n’est pas chrétien », il lui manque cette joie « du cœur qui nous fait avancer et nous donne du courage ». Il appelle aussi à être patient parce qu’au retour du libérateur, le jour de Noël, « notre joie sera pleine ». Une joie qu’il appelle à partager avec ceux qui sont malades, les personnes seules et les malheureux.

Après la prière de l’Angelus, le Pape a évoqué la situation en Syrie. Il a fait part, en particulier, de sa proximité, par la prière, aux personnes qui vivent à Alep. Une offensive a été lancée par le régime syrien sur les quartiers orientaux de l’ancienne capitale économique de Syrie, dans le nord du pays. Des milliers de civils continuent de fuir les zones rebelles, bombardées par les raids syriens et russes.

Dans ce contexte, le Saint-Père a appelé à ne pas oublier que « Alep est une ville où vivent des familles, des enfants, des personnes âgées ou malades ». Il déplore que « nous nous soyons habitués à la guerre, à la destruction, mais nous ne devons pas oublier que la Syrie est un pays plein d’histoire, de culture et de foi » insiste le Pape. Un patrimoine et un peuple qui sont niés par la guerre, « accumulation d’injustices et des mensonges ». Pour la Syrie, le Saint-Père en appelle « à l’engagement de tous, parce que nous faisons face à un choix de civilisation ». Il appelle à dire « non à la destruction, oui à la paix, oui au peuple d’Alep et à la Syrie ».

Le souverain pontife a ensuite appelé à prier pour les victimes des différentes attaques terroristes qui ont frappé plusieurs pays « dans les dernières heures ». « Les lieux sont différents, mais malheureusement la violence qui sème la mort et la destruction est unique » a déploré le Saint-Père qui appelle à une « réponse aussi unique : la foi en Dieu et l’unité dans les valeurs humaines et civiles ». Il a exprimé sa proximité toute particulière pour son « cher frère le pape Tawadros II et sa communauté » et sa prière pour les morts et les blessés. Le Pape Tawadros II est la principale autorité de l’Église copte orthodoxe, frappée ce dimanche 11 décembre par un attentat suicide dans une église du Caire, en Egypte, faisant des dizaines de morts.

Il a enfin rappelé la béatification ce dimanche 11 décembre, au Laos, de 17 martyrs laotiens et étrangers. La célébration a lieu dans la capitale Vientiane. Parmi les béatifiés, le Père Mario Borzaga, prêtre des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, et Paolo Thoj Xyooj, fidèle laïc catéchiste et quatorze de ses compagnons tués pour leur foi. « Leur fidélité héroïque au Christ doit être un encouragement et un exemple pour les missionnaires et spécialement pour les catéchistes, qui dans leurs terres de missions, accomplissent une œuvre apostolique précieuse et irremplaçable ».

(Avec R. V.)

Jeudi 8 Décembre 2016

Notre « oui » à Dieu est-il un oui « à moitié » et médiocre, ou entier et inconditionnel ? C’est la réflexion proposée par le Pape ce jeudi 8 décembre, lors de la prière de l’Angélus, à l’occasion de la Solennité de l’Immaculée Conception. Devant une Place St Pierre, où trônent déjà le sapin décoré de Noël et la traditionnelle crèche, François est revenu sur les lectures du jour, tirées du livre de la Genèse et de l’Evangile selon St Luc, qui présentent deux « passages cruciaux » de l’histoire des relations entre Dieu et les hommes.

Devant une Place St Pierre, où trônent déjà le sapin décoré de Noël et la traditionnelle crèche, le Saint-Père est revenu sur les lectures du jour, tirées du livre de la Genèse et de l’Evangile selon St Luc, qui présentent deux « passages cruciaux » de l’histoire des relations entre Dieu et les hommes.

« Le livre de la Genèse nous montre le ‘non’ des origines, lorsque l’homme a préféré se regarder plutôt que son créateur, qu’il a voulu n’en faire qu’à sa tête, en choisissant de se suffire à lui-même ». Une attitude qui le conduit au péché et le coupe de la communion avec Dieu ; Dieu qui n’abandonne pourtant pas l’homme au mal. Il le cherche, et lui pose la question d’un père ou d’une mère dont le fils aurait disparu : « Où es-tu ? ».

Face à ce « non des origines », le passage de l’Evangile nous montre le « oui le plus important de l’Histoire », celui de l’humble jeune fille de Nazareth, Marie. Sa disponibilité et son abandon rendent possible l’incarnation du Fils de Dieu. Jésus commence ainsi « dans le sein de Marie, son chemin sur les routes de l’humanité ». « Il se fait l’un de nous, en toute chose, excepté le péché ». Et c’est pour cela qu’il a choisi Marie, la toute pure, l’immaculée, la « comblée de grâce », la créature en qui le péché ne trouve aucun espace. Son « oui » humble et fidèle « détruit le non orgueilleux des origines », « guérit la désobéissance » originelle, et « renverse l’égoïsme du péché ».

Partant de l’exemple de ce « oui » inconditionnel, le Pape s’interroge sur notre attitude, et constate : « parfois, dit-il, nous sommes experts des ‘oui à moitié’, nous excellons à faire semblant de ne pas comprendre la volonté de Dieu ». Mais plutôt que de dire « non », nous disons à Dieu « oui, mais... pas aujourd’hui. Demain je serai meilleur, je prierai, je ferai du bien ». Or, en agissant ainsi, « nous fermons la porte au bien », et « le mal profite de ces oui manqués ». En revanche, chaque « oui » donne naissance à une histoire de salut nouvelle et originale avec Dieu, et particulièrement en ce temps de l’Avent, où Dieu « désire nous visiter et attend notre ’oui’ ».

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a évoqué le fort séisme qui a frappée l’ile de Sumatra, en Indonésie, ce mercredi. La secousse, de magnétude 6,5, a provoqué la mort d’une centaine de personnes. François a affirmé prier pour les victimes et leurs familles, pour le sblessés, et ceux qui ont perdu leurs maisons. « Que le Seigneur donne force à la population et soutiennent les opérations de secours ».

(Avec R. V.)

Dimanche 7 Décembre 2016

« Ne jamais perdre l’espérance », qui est la « vertu des petits » : c’est l’appel lancé par le Pape, mercredi 7 décembre, lors de l’audience générale, tenue dans la salle Paul VI

Le Pape François a commencé ce mercredi un nouveau cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne… Prenant appui sur le chapitre 40 du Livre d’Isaïe, autrement appelé le Livre de la Consolation, il a enjoint les fidèles à attendre dans la confiance e la venue du Seigneur.

Le temps de l’Avent est celui de l’attente , un temps où le croyant est appelé à réfléchir sur le sens de l’espérance, « l’Espérance qui ne déçoit jamais », contrairement à l’optimisme, a précisé le Pape. Dieu lui-même nous enseigne à espérer, par la bouche de ses prophètes, à qui il demande d’encourager son peuple, de lui adresser une parole de Consolation. Isaïe assure ainsi au peuple d’Israël, alors en exil, que ses tribulations sont finies, que le retour sur sa terre est proche. Le prophète l’invite donc « à préparer le chemin du Seigneur, en s’ouvrant à ses dons de Salut ».

La consolation commence en effet « avec la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu », une voie à préparer dans le désert, pour pouvoir retourner chez soi. La vie est souvent un d