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        Synthèse du Document final du Synode

Synthèse du Document final du Synode

Trois parties, 12 chapitres, 167 paragraphes, 60 pages : c’est ainsi que se présente le Document final de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, sur le thème “Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel”. Le texte a été voté dans l’après-midi du 27 octobre, en Salle du Synode, et le Document a été remis au Pape, qui en a aussitôt autorisé la publication.


L’épisode des disciples d’Emmaus, raconté dans l’Évangile de Luc, est le fil conducteur du Document final du Synode des jeunes. Il a été lu devant les pères synodaux, par le rapporteur général, le cardinal Sergio Da Rocha, en alternance avec les secrétaires spéciaux, le père Giacomo Costa et don Rossano Sala, et Mgr Bruno Forte, membre de la Commission pour la Rédaction du texte. Ce Document est complémentaire de l’Instrumentum Laboris du Synode, dont il reprend la division en trois parties. Accueilli par un applaudissement, le texte, a expliqué le cardinal Da Rocha, « est le résultat d’un vrai travail d’équipe » des pères synodaux avec les autres participants au Synode et « d’une façon particulière avec les jeunes ». Le Document rassemble les 364 amendements présentés. « La plupart ont été précis et constructifs », a salué le rapporteur général.

« Il cheminait avec eux »

En premier lieu, le Document final du Synode regarde le contexte dans lequel vivent les jeunes, en mettant en évidence les points de force et les défis. Tout part d’une écoute empathique qui, avec humilité, patience et disponibilité, doit permettre de vraiment dialoguer avec la jeunesse, en évitant des « réponses préconçues et des recettes toutes prêtes ». Les jeunes, en effet, veulent être « écoutés, reconnus, accompagnés » et désirent que leur voix soit considérée comme « intéressante et utile dans le domaine social et ecclésial ». L’Église n’a pas toujours eu cette attitude, reconnaît le Synode : souvent, les prêtres et les évêques, pris par de nombreux engagements, ont du mal à trouver du temps pour le service de l’écoute. Il faut donc former d’un façon adéquate aussi des laïcs, hommes et femmes, qui soient en mesure d’accompagner les jeunes générations. Face à des phénomènes comme la mondialisation et la sécularisation, en outre, les jeunes évoluent vers une redécouverte de Dieu et de la spiritualité, et ceci doit être une stimulation, pour l’Église, à investir le dynamisme de la foi.

L’école et la paroisse

Une autre réponse de l’Église aux questions des jeunes vient du secteur éducatif : les écoles, les universités, les collèges, les aumôneries permettent une formation intégrale des jeunes, en offrant en même temps un témoignage évangélique de promotion humaine. Dans un monde dans lequel tout est lié - famille, travail, défense de l’embryon et du migrant -, les évêques rappellent le rôle irremplaçable des écoles et des universités où les jeunes passent beaucoup de temps. Les institutions éducatives catholiques, en particulier, sont appelées à affronter le rapport entre la foi et les questions du monde contemporain, les différentes perspectives anthropologiques, les défis scientifiques et techniques, les changements des habitudes sociales et l’engagement pour la justice. La paroisse a aussi son rôle : « Église dans le territoire », elle doit repenser sa vocation missionnaire, qui souvent semble peu significative et peu dynamique, surtout dans le domaine de la catéchèse.

Les migrants, paradigme de notre temps

Le Document synodal s’arrête ensuite sur le thème des migrants, « paradigme de notre temps » en tant que phénomène structurel, et non pas comme une urgence transitoire. De nombreux migrants sont des jeunes ou des mineurs non accompagnés, qui fuient des guerres, des violences, des persécutions politiques ou religieuses, des catastrophes naturelles, ou la pauvreté, et finissent par devenir victimes de la traite, de la drogue, d’abus psychologiques et physiques. La préoccupation de l’Église se situe surtout pour eux dans l’optique d’une authentique promotion humaine qui passe à travers l’accueil de réfugiés, et soit un point de référence pour de nombreux jeunes séparés de leurs familles d’origine.

Les migrants sont aussi une opportunité d’enrichissement pour les communautés et les sociétés dans lesquelles ils arrivent et qui peuvent être revitalisées par eux, est-il rappelé dans le Document, où résonnent les verbes synodaux « accueillir, protéger, promouvoir, intégrer », indiqués par le Pape François pour une culture qui puisse surmonter les défiances et les peurs. Les évêques demandent aussi plus d’engagement pour garantir à celui qui ne voudrait pas migrer le droit effectif à rester dans son propre pays. L’attention du Synode s’est aussi portée sur ces Églises qui sont menacées, dans leur existence, par l’émigration forcée et par les persécutions subies par les fidèles.

Abus : faire la vérité et demander pardon

Le Document développe une large réflexion sur les « différents types d’abus » (de pouvoir, économiques, de conscience, sexuels) commis par certains évêques, prêtres, religieux et laïcs. Pour les victimes, cela provoque des souffrances qui « peuvent durer toute la vie et pour lesquelles aucun repentir n’apporte de remède ». Le Synode appelle dont à « un ferme engagement pour l’adoption de mesures rigoureuses de prévention qui puissent empêcher la répétition de ces actes, à partir de la sélection et de la formation de ceux à qui seront confiés des devoirs de responsabilité et d’éducation ». Il faudra donc éradiquer ces formes comme la corruption ou le cléricalisme, sur lesquelles se greffent de tels types d’abus, et contrer le manque de responsabilité et de transparence avec lesquels de nombreux cas ont été gérés. Dans le même temps, le Synode remercie tous ceux qui « ont le courage de dénoncer le mal subi », parce qu’ils aident l’Église « à prendre conscience de ce qui est arrivé et de la nécessité de réagir avec décision ». « La miséricorde, en effet, exige la justice ». Toutefois, le Document n’oublie pas les si nombreux laïcs, prêtres, consacrés et évêques qui se dédient chaque jours avec honnêteté au service du prochain, et qui peuvent offrir « une aide précieuse » pour une « réforme d’une portée historique » dans ce domaine.

La famille « Église domestique »

Des thèmes ultérieurs présents dans le document concernent la famille, le principal point de référence pour les jeunes, la première communauté de foi, une « Église domestique ». Le Synode rappelle en particulier le rôle des grands-parents dans l’éducation religieuse et dans la transmission de la foi, et met en garde contre l’affaiblissement de la figure paternelle et de ces adultes qui adopte un style de vie marqué par une forme de “jeunisme”. Outre la famille, l’amitié compte beaucoup pour les jeunes, parce qu’elle permet le partage de la foi, et l’aide réciproque dans le témoignage.

Promotion de la justice contre « la culture du déchet »

Le Synode s’est arrêté ensuite sur certaines formes de vulnérabilité vécues par les jeunes dans différents secteurs : dans le travail, où le chômage appauvrit les jeunes générations, en minant leur capacité de rêver ; les persécutions jusqu’à la mort ; l’exclusion sociale pour des raisons religieuses, ethniques ou économiques ; le handicap. Face à cette « culture du déchet », l’Église doit lancer un appel à la conversion et à la solidarité, en devenant une alternative concrète face aux situations de malaise. Mais les domaines dans lesquels l’engagement des jeunes réussit à s’exprimer avec originalité ne manquent pas : par exemple, le volontariat, l’attention aux thèmes écologiques, l’engagement en politique pour la construction du bien commun, la promotion de la justice, pour laquelle les jeunes demandent à l’Église « un engagement décidé et cohérent ».

La culture, la musique et le sport sont des « ressources pastorales »

Le monde du sport et de la musique offre aussi aux jeunes la possibilité de s’exprimer le mieux possible. Dans le premier cas, l’Église invite à ne pas sous-évaluer les potentialités éducatives, de formation et d’inclusion, dans l’activité sportive. La musique peut être une « ressource pastorale » qui interpelle aussi en vue d’un renouvellement liturgique, parce que les jeunes ont le désir d’une « liturgie vivante », authentique et joyeuse, un moment de rencontre avec Dieu et avec la communauté.

Les jeunes apprécient « les célébrations authentiques dans lesquelles la beauté des signes, le soin de la prédication et l’implication communautaire parlent réellement de Dieu ». Ils doivent donc être aidés à découvrir la valeur de l’adoration eucharistique et à comprendre que « la liturgie n’est pas une expression de soi-même, mais une action du Christ et de l’Église ». Les jeunes générations, en outre, veulent être protagonistes de la vie ecclésiale, en faisant fructifier leurs propres talents, et en assumant des responsabilités. En tant que sujets actifs de l’action pastorale, ils sont le présent de l’Église, et ils doivent être encouragés à participer à la vie ecclésiale, et non pas bloqués avec autoritarisme. Dans une Église capable de dialoguer d’une façon moins paternaliste et plus directe, en effet, les jeunes peuvent être très actifs dans l’évangélisation de leurs camarades, en exerçant un véritable apostolat qui doit être soutenu et intégré dans la vie des communautés.

Dieu parle à l’Église et au monde à travers les jeunes, qui sont l’un des « lieux théologiques » dans lesquels le Seigneur se fait présent. Porteuse d’une saine inquiétude qui la rend dynamique, peut-on lire dans la 2e partie du Document, la jeunesse peut être « plus avancée que les pasteurs » et doit donc être écoutée, respectée, accompagnée. Grâce à elle, l’Église peut se renouveler, en abandonnant « pesanteurs et lenteurs ». Le Synode rappelle donc le modèle de « Jésus jeune parmi les jeunes » et invite au témoignage des saints, parmi lesquels de nombreux jeunes, prophètes du changement.

Mission et vocation

Une autre « boussole sûre » pour la jeunesse est la mission, un don de soi qui mène à un bonheur authentique et durable : Jésus, en effet, ne retire pas la liberté, mais la libère, parce que la vraie liberté est possible seulement en relation à la vérité et à la charité. Le concept de vocation est aussi lié à celui de mission : chaque vie est vocation en rapport à Dieu, elle n’est pas le fruit du hasard ni une bien privé à gérer en propre, et chaque vocation baptismale est un appel à la sainteté. Chacun doit donc vivre sa propre vocation spécifique dans chaque domaine : la profession, la famille, la vie consacrée, le ministère ordonné et le diaconat permanent, qui représente une « ressource » à développer encore pleinement.

L’accompagnement

Accompagner est une mission pour l’Église à développer au niveau personnel et en groupe : dans un monde « caractérisé par un pluralisme toujours plus évident et par une disponibilité d’options toujours plus grande », rechercher avec les jeunes un parcours destiné à accomplir des choix définitifs est un service nécessaire. Les destinataires sont tous les jeunes : séminaristes, prêtres ou religieux en formation, fiancés et jeunes époux. La communauté ecclésiale est un lieu de relations, où dans la célébration eucharistique on est touché, instruit et guéri par Jésus lui-même. Le Document final met aussi en évidence l’importance du sacrement de la Réconciliation et d’une bonne connaissance de la Doctrine sociale de l’Église, afin d’avoir des repères dans la prise de responsabilité civile, économique, politique dans un contexte de plus en plus multiculturel.
Non au moralisme et à une fausse indulgence, oui à la correction fraternelle

Le Synode promeut un accompagnement intégral centré sur la prière et le travail intérieur, en intégrant à la fois le recours à la transcendance et l’apport de la psychologie et de la psychothérapie. « Le célibat pour le Royaume » doit être compris comme « un don à reconnaître et à vérifier dans la liberté, la joie, la gratuité et l’humilité », avant de poser tout choix définitif.

Les accompagnateurs doivent être conscients de leurs propres fragilité, et, « sans moralisme et sans fausses indulgences », savoir corriger fraternellement et s’abstenir de toute attitude de manipulation. « Ce profond respect sera la meilleure garantie contre le risque d’abus en tout genre », est-il écrit dans ce texte. Le discernement est un lieu de « lutte spirituelle » qui doit aussi prendre en compte la vie fraternelle et le service des pauvres comme des bancs d’épreuve.

La synodalité, un style missionnaire

Dans chaque Église particulière doit se poursuivre ce processus de discernement, cette assemblée synodale n’ayant été qu’une étape. Il faut valoriser les charismes que l’Esprit donne à tous, en évitant à la fois le cléricalisme qui exclut beaucoup de gens des processus décisionnels et la cléricalisation des laïcs qui freine l’élan missionnaire. L’autorité doit être vécue dans une logique de service, en ayant bien conscience du fait que l’expérience concrète de vie est le meilleur témoignage à donner aux jeunes. Sur un plan ecclésial, il faut repenser la pastorale des jeunes et mieux définir les structures de discernement vocationnel, au niveau des conférences épiscopales. Le Document mentionne aussi l’importance des JMJ.

Le défi numérique

Le Document rappelle l’importance du monde numérique dans la vie quotidienne des jeunes. Malgré tous les aspects négatifs et les vrais dangers d’internet (solitude, manipulation, exploitation, violence, chantage, pornographie…), ces outils sont appelés à être des outils d’évangélisation. Le Document mentionne aussi l’idée d’un système de certification des sites catholiques, afin de contrer la diffusion de « fake news » concernant l’Église. La protection des mineurs doit aussi être une priorité sur internet.

Reconnaître et valoriser les femmes dans la société et dans l’Église

Le Document met aussi en évidence le besoin d’une meilleure reconnaissance et d’une valorisation des femmes dans la société et dans l’Église, parce que leur absence appauvrit le débat et le chemin ecclésial : il faut d’urgence un changement d’attitude de la part de tout le monde, à partir d’une réflexion sur la réciprocité entre les sexes. « Une présence féminine dans les organes ecclésiaux à tous les niveaux, aussi dans des fonctions de responsabilité » et « une participation féminine aux processus décisionnels ecclésiaux, dans le respect du rôle du ministre ordonné » sont souhaités dans ce texte, qui rappelle qu’il s’agit ici d’un « devoir de justice qui trouve son inspiration en Jésus et dans la Bible ».

Corps, sexualité et affectivité

Le Document s’arrête sur le thème de la sexualité, en évoquant les interrogations éthiques soulevées par certaines évolutions des techniques médicales et en évoquant les dangers de phénomènes comme le tourisme sexuel et la pornographie en ligne, mais surtout en rappelant que les familles et les communautés chrétiennes doivent faire découvrir aux jeunes que la sexualité est un don. L’Église est souvent perçue comme « un espace de jugement et de condamnation », alors que les jeunes recherchent « une parole claire, humaine et empathique », et « expriment un désir explicite de débat sur les questions relatives à la différence entre l’identité masculine et féminine, à la réciprocité entre les hommes et les femmes, ou à l’homosexualité ».

« Il faut proposer aux jeunes une anthropologie de l’affectivité et de la sexualité capable de donner la juste valeur de la chasteté » pour la croissance de la personne, « dans tous les états de vie ». « Dieu aime chaque personne et l’Église fait de même en renouvelant son engagement contre toute discrimination et violence sur une base sexuelle ». De même, le Synode « réaffirme la portée anthropologique déterminante de la différence et de la réciprocité homme-femme, et considère réducteur de définir les personnes uniquement à partir de leur orientation sexuelle ».

Dans le même temps, il est recommandé de « favoriser les parcours d’accompagnement dans la foi, déjà existant dans de nombreuses communautés chrétiennes » à l’égard des personnes homosexuelles, afin de discerner les formes les plus adaptées pour leur participation à la vie de la communauté. Chaque jeune, sans aucune exclusion, doit être aidé à intégrer toujours plus la dimension sexuelle dans sa propre personnalité, « en grandissant dans la qualité des relations et en cheminant vers le don de lui-même ».

L’accompagnement vocationnel

Le Document évoque le besoin d’un accompagnement plus structuré avant et après le mariage, et encourage la constitution d’équipes éducatives, qui puissent inclure des figures féminines et des couples chrétiens, pour la formation de séminaristes et de consacrées aussi afin de surmonter les tendances au cléricalisme.

Un attention spéciale est demandée dans l’accueil des candidats au sacerdoce, qui advient parfois « sans une connaissance adéquate et une relecture approfondie de leur histoire ». « L’instabilité relationnelle et affective, et le manque d’enracinement ecclésial sont des signes dangereux. Négliger les normes ecclésiales dans ce domaine constitue un comportement irresponsable, qui peut avoir des conséquences très graves pour la communauté chrétienne. »

Appelés à la sainteté

« Les diversités vocationnelles se rassemblent dans l’appel unique et universel à la sainteté. Malheureusement le monde est indigné par les abus de certaines personnes de l’Église plutôt que ravivé par la sainteté de ses membres », est-il écrit dans la conclusion du Document final. L’Église est donc appelée à « un changement de perspective ». À travers la sainteté de nombreux jeunes disposés à renoncer à la vie au milieu des persécutions en se maintenant fidèles à l’Évangile, elle peut renouveler son ardeur spirituelle et sa vigueur apostolique.

(Avec V. N.)

2 Octobre 2018

Alors que la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques a débuté au Vatican mercredi 3 octobre et s’achève le dimanche 28 octobre 2018, nous vous proposons de retrouver le texte appelé "Instrumentum laboris" sur lequel ont travaillé les pères synodaux.

SYNODE DES ÉVÊQUES - XVème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE

LES JEUNES, LA FOI
ET LE DISCERNEMENT VOCATIONNEL

Instrumentum laboris

TABLE DES MATIÈRES

PRÉSENTATION.

INTRODUCTION.

Les objectifs du Synode.

La méthode du discernement

La structure du texte.

IERE PARTIE. RECONNAITRE : L’ÉGLISE A L’ÉCOUTE DE LA RÉALITÉ

Chapitre I : Être jeune aujourd’hui

Une variété complexe de contextes.

Face à la globalisation.

Le rôle des familles.

Les relations intergénérationnelles.

Les choix de vie.

Éducation, école et université.

Travail et profession.

Jeunes, confessions et religions.

Chapitre II : Expériences et langages.

Engagement et participation sociale.

Spiritualité et religiosité.

Les jeunes dans la vie de l’Église.

La transversalité du continent numérique.

La musique et les autres formes d’expression artistique.

Le monde du sport

Chapitre III : Dans la culture du déchet.

La question du travail

Les jeunes migrants.

Les différentes formes de discrimination.

Maladie, souffrance et exclusion.

Chapitre IV : Défis anthropologiques et culturels.

Le corps, l’affectivité et la sexualité.

Nouveaux paradigmes cognitifs et recherche de la vérité.

Les effets anthropologiques du monde numérique.

La déception institutionnelle et les nouvelles formes de participation.

La paralysie décisionnelle dans la surabondance des propositions.

Au-delà de la sécularisation.

Chapitre V : À l’écoute des jeunes.

L’effort d’écouter.

Le désir d’une « Église authentique ».

Une Église « plus relationnelle ».

Une communauté « engagée pour la justice ».

La parole des séminaristes et des jeunes religieux.

IIEME PARTIE. INTERPRETER : FOI ET DISCERNEMENT VOCATIONNEL

Chapitre I : La bénédiction de la jeunesse.

Le Christ « jeune parmi les jeunes ».

L’appel universel à la joie de l’amour.

Vigueur physique, force d’âme et courage de risquer.

Incertitude, peur et espérance.

Chute, repentir et accueil

Disponibilité à l’écoute et nécessité de l’accompagnement

Maturation de la foi et don du discernement

Projet de vie et dynamique vocationnelle.

Chapitre II : La vocation à la lumière de la foi

La vie humaine dans la perspective vocationnelle.

La vocation à suivre Jésus.

La vocation de l’Église et les vocations dans l’Église.

Les différents parcours vocationnels.

Chapitre III : Le dynamisme du discernement vocationnel

La demande de discernement

Le discernement dans le langage ordinaire et dans la tradition chrétienne.

La proposition du discernement vocationnel

Reconnaître, interpréter, choisir.

Le rôle de la conscience.

La confrontation avec la réalité.

Chapitre IV : L’art d’accompagner.

« Accompagnement » se dit de multiples manières.

Les qualités de ceux qui accompagnent

L’accompagnement des séminaristes et des jeunes consacrés.

IIIEME PARTIE. CHOISIR : CHEMINS DE CONVERSION PASTORALE ET MISSIONNAIRE

Chapitre I : Une perspective intégrale.

Le discernement : style d’une Église « en sortie ».

Peuple de Dieu dans un monde fragmenté.

Une Église qui engendre.

Chapitre II : Plongés dans le tissu de la vie quotidienne.

L’accompagnement scolaire et universitaire.

Économie, travail et soin de la maison commune.

Dans la trame des cultures de la jeunesse.

Proximité et soutien dans le malaise et la marginalisation.

Accompagnement et annonce.

Chapitre III : Une communauté évangélisée et évangélisatrice.

Une idée évangélique de communauté chrétienne.

Une expérience d’Église familiale.

L’attention pastorale pour les jeunes générations.

La famille, acteur privilégié de l’éducation.

À l’écoute du Seigneur et en dialogue avec Lui

À l’école de la Parole de Dieu.

Le goût et la beauté de la liturgie.

Nourrir la foi dans la catéchèse.

Accompagner les jeunes vers le don gratuit d’eux-mêmes.

Communauté ouverte et accueillante pour tous.

Chapitre IV : Animation et organisation de la pastorale.

Le protagonisme des jeunes.

L’Église sur le territoire.

L’apport de la vie consacrée.

Associations et mouvements.

Réseaux et collaborations au niveau civil, social et religieux.

Le projet pastoral

Le rapport entre événements extraordinaires et vie quotidienne.

Vers une pastorale intégrée.

Séminaires et maisons de formation.

CONCLUSION.

La vocation universelle à la sainteté.

La jeunesse, un temps pour la sainteté.

Jeunes saints et jeunesse des saints.

Prière pour le Synode.

ABRÉVIATIONS

AL Amoris laetitia

DC Deus caritas est

CE Conférence(s) Épiscopale(s)

CL Christifideles laici

DP Document préparatoire

DV Dicastère du Vatican

EG Evangelii gaudium

EN Evangelii nuntiandi

GE Gaudete et exsultate

GS Gaudium et spes

IE Iuvenescit ecclesia

JMJ Journée Mondiale de la Jeunesse

LF Lumen fidei

LG Lumen gentium

LS Laudato si’

NMI Novo millennio ineunte

PD Placuit Deo

PdV Pastores dabo vobis

PO Presbyterorum ordinis

PP Populorum progressio

QoL Questionnaire en ligne pour les jeunes proposé par la Secrétairerie du Synode

RFIS Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis

RP Réunion pré-synodale (19-24 mars 2018)

SI Séminaire international sur la situation des jeunes (11-15 septembre 2017)

USG Union des Supérieurs Généraux

VC Vita consecrata

VG Veritatis gaudium

VD Verbum Domini

PRÉSENTATION

Le 6 octobre 2016, le Saint-Père annonçait le thème de la XVème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ».

Le parcours synodal a commencé immédiatement par la rédaction du Document préparatoire (DP), publié le 13 janvier 2017 conjointement avec une « Lettre aux jeunes » du Saint-Père. Le DP comprenait un Questionnaire, principalement destiné aux Conférences Épiscopales, aux Synodes des Églises Orientales Catholiques et à d’autres organismes ecclésiaux ; il contenait quinze questions pour tous, plus trois spécifiques pour chaque continent ainsi qu’une demande de partage de trois « bonnes pratiques ».

Du 11 au 15 septembre 2017 s’est tenu, en présence de nombreux experts et d’un certain nombre de jeunes, un Séminaire international sur la situation des jeunes qui a aidé à aborder d’un point de vue scientifique la situation des jeunes dans le monde d’aujourd’hui.

À côté de ces initiatives destinées à mobiliser l’Église dans son ensemble, les occasions d’écoute de la voix des jeunes n’ont pas manqué, parce qu’on a voulu les rendre acteurs dès le départ. En premier lieu, on a mis en place un Questionnaire en ligne en différentes langues et traduit par plusieurs Conférences Épiscopales, qui a collecté les réponses de plus de cent mille jeunes. Le matériel recueilli est immense. De plus, une Réunion pré-synodale a eu lieu (Rome, 19-24 mars 2018) et s’est conclue le dimanche des Rameaux par la remise au Saint-Père d’un Document final. Trois cents jeunes provenant des cinq continents ont participé à cette initiative, ainsi que quinze mille jeunes par l’intermédiaire des réseaux sociaux. L’événement, expression du désir de l’Église de se mettre à l’écoute de tous les jeunes, sans exception, a reçu un écho important.

Le matériel réuni par ces quatre sources principales – auxquelles s’ajoutent plusieurs « Observations » parvenues directement à la Secrétairerie Générale du Synode – est assurément très vaste. Grâce à plusieurs experts, il a été amplement analysé, attentivement synthétisé et enfin recueilli dans le présent « Instrument de travail » qui a été approuvé par le XIVème Conseil Ordinaire de la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques, en présence du Saint-Père.

Le texte est structuré en trois parties et reprend les questions sous une forme fonctionnelle par rapport au déroulement de l’Assemblée synodale d’octobre prochain, selon la méthode même du discernement : la Ière partie, liée au verbe « reconnaître », recueille en cinq chapitres et suivant différentes perspectives divers moments d’écoute de la réalité, pour faire le point sur la situation des jeunes ; la IIe partie, orientée par le verbe « interpréter », offre en quatre chapitres des clés de lecture des questions décisives présentées au discernement du Synode ; la IIIe partie, qui a pour objectif d’arriver à « choisir », recueille en quatre chapitres divers éléments pour aider les Pères synodaux à prendre position quant aux orientations et aux décisions à prendre.

Le texte se conclut par une mise en évidence de la question de la sainteté, de manière à ce que l’Assemblée synodale reconnaisse en elle « le visage le plus beau de l’Église » (GE 9) et sache le proposer aujourd’hui à tous les jeunes.

Du Vatican, le 8 mai 2018

Lorenzo Card. Baldisseri

Secrétaire Général du Synode des Évêques

INTRODUCTION

Les objectifs du Synode

1. « Prendre soin » des jeunes n’est pas une tâche facultative pour l’Église, c’est une part substantielle de sa vocation et de sa mission dans l’histoire. C’est cela qui est à la racine de l’enjeu spécifique du prochain Synode : comme le Seigneur a marché avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35), l’Église est invitée à accompagner tous les jeunes, sans exception, vers la joie de l’amour.

Les jeunes peuvent, par leur présence et leur parole, aider l’Église à rajeunir son visage. Un fil rouge relie le Message aux jeunes du Concile Vatican II (8 décembre 1965) et le Synode des jeunes (3-28 octobre 2018), comme le Saint-Père l’a explicité dans son introduction de la Réunion Pré-synodale : « Il me vient à l’esprit le splendide Message aux jeunes du Concile Vatican II. […] C’est une invitation à chercher de nouveaux chemins et à les parcourir avec audace et confiance, en gardant le regard fixé sur Jésus et en s’ouvrant à l’Esprit Saint pour rajeunir le visage même de l’Église », en accompagnant les jeunes dans leur parcours de discernement vocationnel en ce « changement d’époque ».

La méthode du discernement

2. Nous reconnaissons dans le discernement une manière d’être au monde, un style de vie, une attitude fondamentale, et en même temps une méthode de travail, un parcours à accomplir ensemble, qui consiste à regarder les dynamiques sociales et culturelles dans lesquelles nous sommes plongés avec le regard du disciple. Le discernement conduit à reconnaître l’action de l’Esprit et à se régler sur elle, dans une authentique obéissance spirituelle. Par cette voie, il devient ouverture à la nouveauté, courage de sortir, résistance à la tentation de réduire ce qui est nouveau à ce qui est déjà connu. Le discernement est une attitude authentiquement spirituelle. En tant qu’obéissance à l’Esprit, le discernement est avant tout une écoute, qui peut devenir un élan propulseur de notre action, capacité de fidélité créative pour l’unique mission confiée depuis toujours à l’Église. Le discernement devient ainsi un instrument pastoral, en mesure de trouver des chemins de vie à proposer aux jeunes d’aujourd’hui, et d’offrir des orientations et suggestions pour la mission qui ne soient pas préfabriquées mais qui soient le fruit d’un parcours permettant de se laisser conduire par l’Esprit. Un chemin ainsi structuré invite à ouvrir et non pas à fermer, à poser des questions et susciter des interrogations sans suggérer d’avance des réponses toutes faites, à rechercher des alternatives et explorer des opportunités. Dans cette perspective, il est clair que l’Assemblée synodale d’octobre prochain doit être abordée selon les dispositions propres à un processus de discernement.

La structure du texte

3. L’Instrumentum laboris recueille et synthétise les contributions collectées lors du processus pré-synodal en un document structuré en trois parties, qui rappellent explicitement la démarche du processus de discernement indiquée en EG 51 : reconnaître, interpréter, choisir. Les parties ne sont donc pas indépendantes, elles dessinent un cheminement.

Reconnaître. La première étape est celle du regard et de l’écoute. Elle exige de prêter attention à la réalité des jeunes d’aujourd’hui, en prenant compte la diversité des situations et des contextes dans lesquels ils vivent. Cela demande humilité, proximité et empathie, de manière à entrer dans leur monde et à percevoir quels sont leur joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses (cf. GS 1). Le même regard et la même écoute, pleins de sollicitude et d’attention, doivent être posés sur ce que vivent les communautés ecclésiales présentes au milieu des jeunes dans le monde entier. Dans cette première étape, l’accent est mis sur la saisie des traits caractéristiques de la réalité : les sciences sociales offrent un apport irremplaçable, d’ailleurs bien représenté dans les sources utilisées, mais cet apport est pris en compte et relu à la lumière de la foi et de l’expérience de l’Église.

Interpréter. La deuxième étape est un retour sur ce qui a été reconnu en recourant à des critères d’interprétation et d’évaluation à partir d’un regard de foi. Les catégories de référence ne peuvent être que bibliques, anthropologiques et théologiques, exprimées par les mots-clés du Synode : jeunesse, vocation, discernement vocationnel et accompagnement spirituel. Il est donc fondamental de construire un cadre de référence approprié du point de vue théologique, ecclésiologique, pédagogique et pastoral, qui puisse constituer un ancrage capable de soustraire l’évaluation à la volubilité de l’impulsion, tout en reconnaissant que « dans l’Église cohabitent à bon droit diverses manières d’interpréter de nombreux aspects de la doctrine et de la vie chrétienne » (GE 43). Il demeure donc indispensable d’adopter un dynamisme spirituel ouvert.

Choisir. Ce n’est qu’à la lumière de la vocation accueillie qu’il est possible de comprendre quels sont les pas concrets que l’Esprit nous appelle à poser et dans quelle direction nous devons aller pour répondre à son appel. Dans cette troisième phase du discernement, il faut examiner les instruments et pratiques pastoraux, et cultiver la liberté intérieure nécessaire pour choisir ceux qui nous permettent le mieux d’atteindre le but souhaité et abandonner ceux qui se révèlent moins aptes à nous y conduire. Il s’agit donc d’une évaluation fonctionnelle et d’une vérification critique, non d’un jugement sur la valeur ou la signification que les moyens eux-mêmes ont pu ou peuvent revêtir en des circonstances ou des époques différentes. Cette étape pourra permettre d’identifier ce qu’il y a lieu de réformer, quels changements sont nécessaires au niveau des pratiques ecclésiales et pastorales, afin d’éviter tout risque de cristallisation.

Ière PARTIE
reconnaître :
L’Église à l’écoute de la réalité

4. « La réalité est plus importante que l’idée » (cf. EG 231-233) : en cette Ière partie, nous sommes invités à écouter et regarder les jeunes dans les conditions réelles dans lesquelles ils se trouvent, et à considérer l’action de l’Église à leur égard. Il ne s’agit pas d’accumuler des données et des indications sociologiques, mais d’identifier les défis et les opportunités qui apparaissent dans les divers contextes à la lumière de la foi, en les laissant nous toucher en profondeur, de manière à donner une base concrète à tout le parcours qui suivra (cf. LS 15). D’évidentes raisons d’espace limitent à quelques brèves mentions le traitement de questions vastes et complexes : les Pères synodaux sont appelés à y reconnaître les appels de l’Esprit.

Chapitre I
Être jeune aujourd’hui

5. Nous nous plaçons d’emblée dans la dynamique lancée par le Pape François lors de sa première rencontre officielle avec les jeunes : « Ce premier voyage est justement pour rencontrer les jeunes, mais les rencontrer non pas isolés de leur vie, je voudrais les rencontrer dans leur tissu social, en société. Parce que quand nous isolons les jeunes, nous faisons une injustice ; nous leur enlevons leur appartenance. Les jeunes ont une appartenance, une appartenance à une famille, à une patrie, à une culture, à une foi » (Voyage apostolique à Rio de Janeiro à l’occasion de la XXVIIIe Journée Mondiale de la Jeunesse. Rencontre avec les journalistes durant le vol papal, 22 juillet 2013).

Une variété complexe de contextes

6. Il y a dans le monde environ 1,8 milliards de personnes ayant entre 16 et 29 ans. Elles représentent un peu moins du quart de l’humanité, même si les projections indiquent une baisse progressive de la proportion de jeunes par rapport à l’ensemble de la population. Les situations concrètes dans lesquelles les jeunes se trouvent varient d’un pays à l’autre, comme le mettent en évidence les réponses des Conférences Épiscopales. Il y a des pays où les jeunes représentent une part importante de la population totale (plus de 30%), et d’autres où leur part est bien inférieure (autour de 15%, ou moins), des pays où l’espérance de vie n’atteint pas 60 ans et d’autres où l’on peut en moyenne dépasser les 80 ans. Les possibilités d’accès à l’instruction, aux services de santé, aux ressources naturelles, à la culture et à la technologie, ainsi que les possibilités de participation à la vie civile, sociale et politique, varient de manière consistante d’une région à l’autre. À l’intérieur d’un même pays on peut trouver des différences, parfois très profondes, par exemple entre les zones urbaines et les zones rurales.

7. Le processus de consultation pré-synodale a mis en évidence le potentiel que les jeunes générations représentent, les espoirs et les désirs qui les habitent : les jeunes sont de grands chercheurs de sens et tout ce qui rejoint leur quête de sens pour donner de la valeur à leur vie suscite leur attention et motive leurs efforts. Le parcours a également mis en évidence leurs peurs et certaines dynamiques sociales et politiques qui, avec une intensité variable selon les différentes parties du monde, font obstacle à leur chemin de développement complet et harmonieux, et sont cause de vulnérabilité et de faible estime de soi. En voici quelques exemples : les fortes inégalités sociales et économiques qui engendrent un climat de grande violence et poussent les jeunes dans les bras de la pègre et du trafic de drogue ; un système politique dominé par la corruption, qui mine la confiance dans les institutions et légitime le fatalisme et le désengagement ; les situations de guerre et d’extrême pauvreté qui poussent à émigrer à la recherche d’un avenir meilleur. Dans certaines régions, on voit peser de la part de l’État un manque de reconnaissance des libertés fondamentales, y compris dans le domaine religieux, et un manque de reconnaissance des autonomies personnelles, tandis que dans d’autres l’exclusion sociale et la peur de ne pas être à la hauteur poussent une partie de la jeunesse dans le circuit des dépendances (drogue et alcool en particulier) et de l’isolement social. Dans beaucoup d’endroits, le chômage et la marginalisation génèrent un nombre croissant de jeunes qui vivent dans des conditions de précarité tant matérielle que sociale et politique.

Face à la globalisation

8. Malgré les différences régionales, l’influence du processus de globalisation sur les jeunes de notre planète est évidente et leur demande de conjuguer divers niveaux d’appartenance sociale et culturelle (locale, nationale et internationale, mais aussi intra et extra-ecclésiale). En général, comme l’indiquent certaines CE, on assiste, à la demande d’espaces croissants de liberté, d’autonomie et d’expression à partir du partage d’expériences provenant du monde occidental, le cas échéant en les empruntant aux réseaux sociaux. D’autres CE redoutent que, quels que soient les désirs profonds des jeunes, ne finisse par prévaloir une culture inspirée de l’individualisme, du consumérisme, du matérialisme et de l’hédonisme, où dominent les apparences.

9. De nombreuses CE non occidentales se demandent comment accompagner les jeunes pour affronter ce changement culturel qui remet en question les cultures traditionnelles, riches au niveau des valeurs de la solidarité, des liens communautaires et de la spiritualité, et elles ont le sentiment de ne pas disposer des outils adaptés. De plus, l’accélération des processus sociaux et culturels augmente la distance entre les générations, même à l’intérieur de l’Église. Les réponses reçues des CE indiquent aussi une certaine difficulté à lire le contexte et la culture dans lesquels vivent les jeunes. De la part de certaines d’entre elles, la différence dont les jeunes sont porteurs est parfois reçue non comme une nouveauté féconde, mais comme une regrettable décadence des mœurs.

10. Dans un tel contexte, la perspective maintes fois signalée par le Pape François reste un point de référence : « Il y a une globalisation polyédrique, il y a une unité, mais chaque personne, chaque race, chaque pays, chaque culture conserve toujours son identité : c’est l’unité dans la diversité » (Rencontre avec les jeunes de l’Université de Rome Trois, 17 février 2017 ; Discours improvisé publié sur gina.uniroma3.it/download/1491300733.pdf). Les déclarations des jeunes y font écho. À leurs yeux, la diversité apparaît comme une richesse et le pluralisme comme une opportunité dans un monde interconnecté : « Le multiculturalisme peut créer un environnement favorable au dialogue et à la tolérance. Nous valorisons la diversité d’idées dans notre monde globalisé, le respect de la pensée des autres et leur liberté d’expression. [...]Nous ne devrions pas craindre notre diversité, mais célébrer nos différences et ce qui nous rend singulier » (RP 2). En même temps, ils souhaitent « préserver [leur] identité culturelle et éviter l’uniformité et la culture du déchet » (RP 2).
Le rôle des familles

11. Dans ce contexte de changement, la famille continue à représenter une référence privilégiée dans le processus de développement intégral de la personne : sur ce point toutes les voix qui se sont exprimées concordent. Il y a donc un lien profond, qui doit être souligné, entre ce Synode et ceux qui le précèdent immédiatement. Mais les différences significatives ne manquent pas dans la manière de considérer la famille. Les jeunes l’affirment par des paroles proches de celles de diverses CE : « Dans de nombreuses régions du monde, le rôle des aînés et le respect des ancêtres contribuent à la formation de la personne. Cette référence n’est cependant pas partagée de manière universelle, le modèle familial traditionnel étant en déclin dans d’autres régions du monde » (RP 1). Les jeunes soulignent aussi combien les difficultés et les fragilités des familles sont source de souffrance pour beaucoup d’entre eux.

12. Les réponses au Questionnaire en ligne montrent que la figure maternelle est la figure de référence privilégiée par les jeunes, tandis qu’une réflexion apparaît nécessaire sur la figure paternelle dont l’absence ou l’évanescence dans certains contextes, en particulier occidentaux, produit ambiguïtés et vides qui malmènent également l’exercice de la paternité spirituelle. Plusieurs CE signalent comme particulièrement important le rôle des grands-parents dans la transmission de la foi et des valeurs aux jeunes, ce qui pose question quant à l’évolution future de la société. On signale également l’augmentation du nombre de familles monoparentales.

13. Quoi qu’il en soit, la relation entre les jeunes et leurs familles ne va pas de soi : « certains jeunes […] s’éloignent alors de leurs traditions familiales, espérant s’affranchir de ce qu’ils considèrent comme ‘figé dans le passé’ ou ‘vieillot’. D’autre part, dans plusieurs parties du monde, certains jeunes recherchent leur identité en restant attachés à leurs traditions familiales, luttant pour être fidèles aux valeurs ancestrales dans lesquelles ils ont été élevés. » (RP 1). Ces situations nécessitent une enquête plus approfondie sur le rapport entre la culture des jeunes et la morale familiale. Diverses sources signalent un écart croissant entre les deux ; d’autres affirment cependant qu’il existe encore des jeunes désireux de vivre des relations authentiques et durables qui trouvent précieux les enseignements de l’Église. Le mariage et la famille font encore partie, pour beaucoup de jeunes, des désirs et projets qu’ils souhaitent réaliser.

Les relations intergénérationnelles

14. Parmi les caractéristiques de notre temps, confirmées par de nombreuses CE et par le Séminaire International ainsi que par de nombreuses analyses sociales, il y a une sorte de renversement dans la relation entre les générations : souvent, aujourd’hui, ce sont les adultes qui prennent les jeunes comme référence pour leur propre style de vie, dans le cadre d’une culture globale dominée par l’insistance individualiste sur le « je ». Comme l’affirme un Dicastère du Vatican, « le point problématique est alors la liquidation de l’âge adulte, qui est la vraie marque de l’univers culturel occidental. Il ne nous manque pas seulement des adultes dans la foi, il nous manque des adultes “tout court” ». Diverses CE affirment qu’aujourd’hui il n’y a pas véritablement de conflit de générations entre jeunes et adultes, mais qu’ils sont étrangers les uns aux autres : les adultes ne sont pas intéressés à transmettre les valeurs fondatrices de l’existence aux jeunes générations, qui les perçoivent plus comme des concurrents que comme de potentiels alliés. De la sorte, la relation entre jeunes et adultes risque de rester seulement affective, sans toucher la dimension éducative et culturelle. Du point de vue ecclésial, l’implication synodale des jeunes a été perçue comme un signe important de dialogue intergénérationnel : « Nous sommes très heureux d’avoir été pris au sérieux par les responsables hiérarchiques de l’Église et nous pressentons que le dialogue entre les jeunes et les aînés dans l’Église est vital et qu’il va porter du fruit » (RP 15).

15. À côté des relations entre générations, il ne faut pas oublier celles entre pairs, qui représentent une expérience fondamentale d’interaction avec les autres et d’émancipation progressive du contexte familial d’origine. Plusieurs CE soulignent la valeur fondamentale de l’accueil, de l’amitié et du soutien réciproque qui caractérise les jeunes aujourd’hui. La relation avec les pairs, le plus souvent en groupes plus ou moins structurés, donne l’occasion de renforcer les compétences sociales et relationnelles dans un contexte où l’on n’est ni évalué ni jugé.

Les choix de vie

16. La jeunesse se caractérise comme un temps privilégié où la personne fait des choix qui déterminent son identité et le cours de son existence. Les jeunes de la RP en sont conscients : « Les moments cruciaux du développement de notre identité sont aussi ceux où nous devons opter pour une orientation scolaire ou un emploi, décider de nos convictions personnelles, poser nos choix de vie mais aussi la découverte de notre sexualité » (RP 1). Le moment où l’on quitte sa famille d’origine ou celui où l’on fait les choix fondamentaux varie beaucoup, en fonction des facteurs sociaux, économiques, politiques et culturels. Dans certains pays, en moyenne, on se marie, on entre au séminaire ou dans la vie religieuse avant même 18 ans, tandis que dans d’autres cela se fait après 30 ans, quand la jeunesse est désormais passée. Dans de nombreux contextes, la transition à l’âge adulte est devenue un chemin long, complexe et non linéaire, où alternent des pas en avant et des pas en arrière, et où en général la recherche d’un travail prévaut sur la dimension affective. Cela rend plus difficile pour les jeunes la décision de poser des choix de vie définitifs et, comme le souligne par exemple une CE africaine, cela « met en évidence la nécessité de créer pour eux un cadre formel de soutien personnalisé ».

17. Au stade des décisions importantes, en fonction des opportunités et des contraintes liées à un contexte social en mutation permanente, qui engendre précarité et incertitude (cf. DP I, 3 et III, 1), s’ajoutent les potentialités et les difficultés psychologiques typiques de la période de la jeunesse. Celles-ci doivent être reconnues, élaborées et dénouées durant le processus de croissance, le cas échéant à l’aide d’un soutien approprié. Parmi ces difficultés, les experts identifient la rigidité ou l’impulsivité des comportements, l’instabilité dans les engagements, la froideur et le manque d’empathie, les blocages émotionnels, l’incapacité ou la peur excessive de tisser des liens. Plus ordinairement, on repère la nécessité d’une purification et d’une libération par rapport à des attitudes telles que : dépendance affective, complexe d’infériorité, manque de courage et de force face au risque, recherche d’un plaisir sexuel autocentré, comportements agressifs, exhibitionnisme et besoin d’être au centre de l’attention. En revanche, les vertus précieuses à cultiver et à exercer dans la vie quotidienne sont : l’empathie envers les personnes que l’on rencontre, une perception équilibrée de la culpabilité, le contact avec sa propre intimité, la disponibilité à aider et à collaborer, la capacité à distinguer ses propres besoins et ses propres responsabilités de ceux d’autrui, à maintenir, même dans la solitude, ses propres choix, à résister et à affronter les difficultés et les échecs, à mener à terme de manière responsable les engagements pris.

18. La jeunesse apparait donc non seulement comme une phase de transition qui démarre à l’adolescence et conduit vers l’autonomie et la responsabilité de l’âge adulte, mais aussi comme le moment d’un saut qualitatif, au niveau de l’implication personnelle, dans les relations et les engagements, et de la capacité d’intériorité et de solitude. Certes, il s’agit d’un temps d’expérimentation, avec ses hauts et ses bas, ses alternance entre désirs et peurs, et sa tension nécessaire entre aspects positifs et négatifs, grâce auquel on apprend à ordonner et intégrer les dimensions affective, sexuelle, spirituelle, corporelle, relationnelle, sociale. Ce cheminement, qui se fait à travers les petits choix quotidiens et les grandes décisions, permet à chacun de découvrir sa propre singularité et l’originalité de sa vocation personnelle.

Éducation, école et université

19. Les institutions éducatives et les établissements de formation ne sont pas seulement les lieux où les jeunes passent une bonne partie de leur temps, mais aussi et surtout un espace existentiel que la société met au service de leur croissance intellectuelle et humaine, et de leur orientation vocationnelle. Cependant les problèmes ne manquent pas, en majeure partie liés à des systèmes scolaires et universitaires qui se limitent à informer sans former, qui ne favorisent pas la maturation de l’esprit critique et l’approfondissement du sens, y compris vocationnel, des études. Dans de nombreux pays, on rencontre d’évidentes disparités dans l’accès au système scolaire, des inégalités dans les possibilités de formation entre zones rurales et urbaines et des taux d’abandon alarmants : tous ces éléments représentent une menace pour l’avenir des jeunes et de la société. Un phénomène également préoccupant dans certains pays concerne ceux qui ne travaillent pas et n’étudient pas non plus (les dénommés « NEET ») ; il requiert une grande attention, y compris en termes pastoraux.

20. Dans de nombreux pays où le système éducatif est insuffisant, l’Église et ses institutions scolaires jouent un rôle fondamental de suppléance, tandis qu’ailleurs elles ont du mal à tenir le rythme des standards qualitatifs nationaux. Un domaine particulièrement délicat est celui de la formation professionnelle qui, dans de nombreux pays, voit les institutions scolaires catholiques jouer un rôle très important : elles ne se limitent pas à transmettre des compétences techniques, elles aident aussi les élèves à découvrir comment mettre à profit leurs capacités, quelles qu’elles soient. Les initiatives de formation à distance ou informelle, qui offrent la possibilité de remédier aux inégalités d’accès à la formation scolaire, sont d’une grande importance, en particulier dans les contextes de plus grande pauvreté ou privation.

21. Il n’y a pas que l’école : comme l’affirme la RP, « l’identité des jeunes est façonnée par des interactions avec d’autres et par le sentiment d’appartenance à des groupes, des associations et des mouvements dans et en dehors de l’Église. Dans certains cas, les paroisses ne sont plus considérées comme des lieux de rencontre » (RP 1). Le désir demeure de trouver des modèles positifs : « Nous reconnaissons également le rôle des éducateurs et des amis, comme par exemple les responsables de groupes de jeunes qui deviennent pour nous des figures inspirantes positives » (RP 1).

Travail et profession

22. Le passage à la vie active et professionnelle reste d’une grande importance, et la distance qui existe dans certains endroits entre la formation scolaire et universitaire et les exigences du monde du travail le rend encore plus délicat. Les jeunes qui ont répondu au QoL déclarent qu’avoir un emploi stable est fondamental (82,7%), parce que cela permet une stabilité économique et relationnelle, et donne la possibilité d’une réalisation personnelle (89,7%). Le travail est le moyen nécessaire, même s’il n’est pas suffisant, pour accomplir un projet de vie, tel que celui de fonder une famille (80,4%) et d’avoir des enfants.

23. Les préoccupations sont plus grandes lorsque le chômage des jeunes est particulièrement élevé. Dans les contextes les plus pauvres, le travail acquiert aussi une signification de libération sociale, tandis que le manque de travail est une des causes principales d’émigration à l’étranger. En particulier en Asie, les jeunes grandissent en se confrontant à une culture de la réussite et du prestige social et à une éthique du travail qui façonne les attentes des parents et structure le système scolaire, générant un climat de grande compétition, une orientation fortement sélective et des charges de travail très intenses et stressantes. Les jeunes – affirme la RP – restent convaincus de la nécessité d’« affirmer l’inhérente dignité du travail » (RP 3), mais ils signalent aussi la difficulté de cultiver l’espérance et les rêves dans des conditions socio-économiques d’une extrême dureté qui génèrent la peur (cf. RP 3). Il conviendrait également d’approfondir davantage – signalent certaines CE – le rapport entre vocation et orientation professionnelle ainsi que les différences d’« intensité vocationnelle » selon le type de professions.

Jeunes, confessions et religions

24. La variété et les différences concernent aussi le contexte religieux dans lequel les jeunes grandissent : il y a des pays où les catholiques représentent la majorité, tandis que dans d’autres ils ne sont qu’une faible minorité, parfois bien acceptée socialement, parfois discriminée et persécutée jusqu’au martyre. Il y a des contextes dans lesquels le christianisme s’affronte aux conséquences des choix passés, y compris politiques, qui en minent la crédibilité, d’autres où les catholiques sont confrontés à la richesse culturelle et spirituelle d’autres traditions religieuses ou des cultures traditionnelles ; il y a des contextes sécularisés, qui considèrent la foi comme une affaire purement privée, et d’autres où croît jusqu’à la démesure l’influence de sectes religieuses ou de propositions spirituelles d’un autre genre (new age, etc.). Il y a des régions où le christianisme et la religion sont considérés comme un héritage du passé, d’autres où ils représentent encore l’axe structurant de la vie sociale. Dans certains pays, la communauté catholique n’est pas homogène, mais comprend des minorités ethnico-culturelles (communautés indigènes) et même religieuses (pluralité de rites) ; dans d’autres elle est appelée à accueillir les fidèles venus de parcours de migration.

25. Comme le montrent les recherches sociologiques, le contexte est également varié en ce qui concerne le rapport à la foi et à l’appartenance confessionnelle. Comme cela a été souligné lors du SI, « une part du désintérêt et de l’apathie des jeunes à l’égard de la foi (et du moindre attrait exercé par les Églises) est imputable à la difficulté des grandes institutions religieuses à se syntoniser sur la conscience moderne ; et ce dans des contextes sociaux qui posent pourtant aux personnes des questions de sens nouvelles et déchirantes, face aux nombreuses incertitudes qui pèsent sur la vie individuelle et collective. Du reste, dans un monde des jeunes plutôt différencié, les signes de vitalité religieuse et spirituelle ne manquent pas, tant dans les grandes Églises qu’en-dehors d’elles ». Et encore : « Cette coexistence diffuse de croyants, non croyants et “diversement” croyants, plus que d’engendrer tensions et conflits, semble favoriser – à certaines conditions – des situations de reconnaissance réciproque. Cela vaut en particulier quand on se trouve face, d’un côté, à un athéisme ou à un agnosticisme à visage plus humain, ni arrogant, ni présomptueux ; et de l’autre à une croyance religieuse plus portée au dialogue que fanatique ».

Chapitre II
Expériences et langages

26. Comme la RP l’a souligné de façon imagée, les nouvelles générations sont porteuses d’une approche de la réalité avec des caractéristiques spécifiques, qui représente à la fois une ressource et une source d’originalité ; toutefois, celle-ci peut encore susciter incompréhension et perplexité chez les adultes. Il faut cependant se garder de jugements hâtifs. Cette approche met l’accent sur la priorité du concret et de l’efficacité par rapport à l’analyse théorique. Il ne s’agit pas d’un activisme aveugle ni d’un mépris pour la dimension intellectuelle : dans la manière spontanée de procéder des jeunes, on comprend les choses en les faisant et on les résout les problèmes au moment où ils se présentent. Le fait que pour les jeunes la pluralité des différences, même radicale, soit considérée comme naturelle est tout aussi évident. Cela n’équivaut pas à un renoncement relativiste à l’affirmation des identités, mais cela intègre la conscience première qu’il existe d’autres manières d’être au monde et donc un effort délibéré pour les prendre en compte dans une démarche inclusive, de sorte que tous puissent se sentir représentés par le fruit du travail commun.

Engagement et participation sociale

27. Face aux contradictions de la société, de nombreuses CE notent une sensibilité et un engagement des jeunes, y compris dans des formes de volontariat, signe d’une disponibilité à assumer des responsabilités et d’un désir de faire fructifier leurs talents, leurs compétences et leur créativité. Le développement durable, social et environnemental, les discriminations et le racisme sont les sujets qui leur tiennent le plus à cœur. L’engagement des jeunes emprunte souvent des approches inédites, dans lesquelles ils exploitent les potentialités de la communication numérique pour mobiliser et exercer une pression politique : diffusion de styles de vie et modèles alternatifs de consommation et d’investissement, solidaires et attentifs à l’environnement ; nouvelles formes d’engagement et de participation dans la société et en politique ; nouvelles modalités de protection sociale pour protéger les personnes les plus faibles. Comme le montrent certains exemples très récents sur tous les continents, les jeunes sont capables de se mobiliser, en particulier pour des causes dans lesquelles ils se sentent directement impliqués et lorsqu’ils peuvent être authentiquement acteurs au lieu de se tenir simplement à la remorque d’autres groupes.

28. En ce qui concerne la promotion de la justice les jeunes soulignent que l’image de l’Église est « dichotomique » : d’une part, elle veut être présente dans les plis de l’histoire à côté des derniers, d’autre part, elle a encore beaucoup à faire pour résoudre des situations, même graves et répandues, de corruption, qui lui font courir le risque de se conformer au monde au lieu d’être porteuse d’une alternative qui s’inspire de l’Évangile.

Spiritualité et religiosité

29. Comme l’a souligné la RP, la diversité est la figure qui exprime le mieux le rapport des jeunes à la foi et à la pratique religieuse. En général, ils se déclarent ouverts à la spiritualité, même si le sacré est souvent séparé de la vie quotidienne. Beaucoup pensent que la religion est une question privée et se considèrent spirituels mais non religieux (au sens de l’appartenance à une confession religieuse) (cf. RP 7). La religion n’est plus vue comme la voie d’accès privilégiée au sens de la vie, et elle est accompagnée et parfois remplacée par des idéologies et d’autres courants de pensée, ou par la réussite personnelle ou professionnelle (cf. RP 5).

30. On rencontre la même diversité en ce qui concerne la relation des jeunes à la personne de Jésus. Beaucoup le reconnaissent comme le Sauveur et le Fils de Dieu et souvent se sentent proches de Lui par l’intermédiaire de Marie, sa mère. D’autres n’ont pas de relation personnelle avec Lui, mais le considèrent comme un homme bon et une référence éthique. Pour d’autres encore, c’est un personnage du passé dénué d’importance existentielle, ou très éloigné de l’expérience humaine (de même, l’Église est perçue comme distante). Les fausses images de Jésus le rendent peu attractif aux yeux des jeunes, de même qu’une conception qui considère la perfection chrétienne comme dépassant les capacités humaines conduit à considérer le christianisme comme un idéal impossible à atteindre (cf. RP 6). Dans divers contextes, les jeunes catholiques demandent des propositions de prière et des propositions sacramentelles qui prennent en compte leur vie quotidienne, mais il faut reconnaître que les pasteurs ne sont pas toujours capables de se mettre en syntonie avec les spécificités générationnelles de ces attentes.

Les jeunes dans la vie de l’Église

31. Un certain nombre de jeunes, variable suivant les différents contextes, se considèrent partie bien vivante de l’Église et le manifestent avec conviction par un engagement actif en son sein. Certains jeunes font l’expérience que « l’Église se fait proche d’eux, en particulier en Afrique, en Asie, en Amérique latine, et dans certains mouvements mondiaux. Même des jeunes qui ne vivent pas l’Évangile se sentent aussi proches de l’Église » (RP 7). Diverses CE notent que les jeunes sont et doivent être considérés partie intégrante de l’Église et que l’engagement à leur égard est une dimension fondamentale de la pastorale. Il n’est pas rare de voir des groupes de jeunes, et même des membres de mouvements et associations, peu insérés dans la vie des communautés : surmonter cette séparation est pour certaines CE un objectif synodal.

32. Bien que de nombreux jeunes dénoncent le risque d’être marginalisés, les activités ecclésiales où ils sont engagés activement et même responsabilisés sont nombreuses. On peut distinguer diverses formes de bénévolat, lequel constitue un trait typique des jeunes générations. L’animation de la catéchèse et de la liturgie ainsi que l’éducation des plus petits sont d’autres domaines d’action qui sont particulièrement fécondes dans les patronages et dans des structures pastorales analogues. Les mouvements, associations et congrégations religieuses offrent aux jeunes des possibilités d’engagement et de coresponsabilité. Dans de nombreux contextes, la piété populaire demeure une porte d’entrée importante pour la foi des jeunes générations qui trouvent dans la dimension du corps, de l’affectivité, de la musique et du chant des canaux d’expression importants. Conjointement aux autres rencontres nationales, internationales et continentales, la JMJ joue un rôle significatif dans la vie de nombreux jeunes parce qu’elle offre, comme l’affirme une CE, « une vive expérience de foi et de communion qui les aide à relever les grands défis de la vie et à assumer de manière responsable leur place dans la société et dans la communauté ecclésiale ».

33. On note chez les jeunes le désir et la capacité de travailler en équipe, ce qui est une force dans beaucoup de situations. Parfois, cette aspiration se heurte à un autoritarisme excessif des adultes et des ministres : « Dans beaucoup d’occasions, les jeunes ont du mal à trouver un espace dans l’Église où ils peuvent participer activement et prendre des responsabilités. Les jeunes ont l’impression que dans l’Église on les considère comme trop jeunes et inexpérimentés pour prendre des responsabilités, comme s’ils n’allaient faire que des erreurs » (RP 7). Il est tout aussi clair que là où les jeunes sont présents et sont valorisés, le style d’Église et son dynamisme acquièrent une grande vitalité capable d’attirer l’attention.

La transversalité du continent numérique

34. Il est évident que la réalité des médias numériques et des réseaux sociaux est omniprésente chez les jeunes. Les jeunes l’affirment clairement dans la RP : « L’impact des réseaux sociaux dans la vie des jeunes ne peut être sous-estimé. Les médias sociaux participent de manière significative à la construction de l’identité d’un jeune et à sa manière de vivre. Le monde digital, comme jamais auparavant, représente un grand potentiel pour réunir les peuples malgré les distances géographiques. L’échange d’informations, d’idéaux, de valeurs et d’intérêt communs est de plus en plus développé. L’accès aux outils d’apprentissage en ligne a ouvert des opportunités d’éducation dans des régions éloignées » (RP 4).

35. La « toile » représente aussi un territoire de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence, jusqu’au cas extrême du « dark web » (web profond). Les jeunes sont conscients de la présence de risques : « l’ambiguïté de la technologie devient évidente quand elle conduit au développement de certains vices. Ce danger se manifeste à travers des comportements comme l’isolement, la paresse, la déprime et l’ennui. Il est évident que les jeunes du monde entier deviennent de plus en plus dépendants et consomment de manière obsessive les produits médiatiques. Malgré le fait de vivre dans un monde hyper-connecté, la communication entre les jeunes se limite aux personnes qui leur ressemblent […]. L’arrivée des réseaux sociaux a ouvert de nouveaux défis, dans la mesure où les entreprises qui les possèdent ont pris le pouvoir sur la vie des jeunes » (RP 4). La maturation de la capacité à se confronter et à dialoguer sereinement avec les autres différents en est entravée et cela constitue à l’égard des jeunes un véritable défi éducatif. Les CE ont une analyse convergente sur cette ambivalence, même si elles accentuent les évaluations critiques. De plus, par ignorance et formation insuffisante, les pasteurs et les adultes ont plus généralement du mal à comprendre ce nouveau langage et tendent à en avoir peur, car ils se sentent face à un « ennemi invisible et omniprésent » que parfois ils diabolisent.

La musique et les autres formes d’expression artistique

36. Comme le notent un très grand nombre de CE, la musique est un langage essentiel pour les jeunes : elle constitue l’arrière-fond sonore de leur vie, dans lequel ils sont constamment plongés, et elle contribue au parcours de formation de leur identité d’une manière quasi universelle, bien que l’Église appréhende rarement son importance. La musique fait ressentir des émotions qui ont aussi des effets physiques, ouvre des espaces d’intériorité et aide à les rendre communicables. En même temps elle transmet des messages, véhicule des styles de vie et des valeurs en harmonie ou en opposition avec ceux que proposent les instances éducatives. Dans certaines cultures juvéniles, le monde de la musique peut constituer une sorte de refuge inaccessible aux adultes. Étant donné sa puissance, le monde de la musique est facilement influencé et manipulé par des intérêts commerciaux, voire spéculatifs.

37. La musique et son partage participent au processus de socialisation. Les concerts réunissent des milliers de jeunes : non sans ambiguïté, on y vit l’exigence d’être ensemble en laissant de côté les différences individuelles. Les grands événements musicaux peuvent être vécus comme une expérience totalisante : spectacle visuel et acoustique, danse, mouvement, proximité et contact physique qui permet de sortir de soi et de se sentir en harmonie avec des inconnus ; en même temps, ils peuvent aussi être une occasion d’écoute passive, où l’effet de la musique, parfois amplifié par l’usage de stupéfiants, a un rôle dépersonnalisant. La pratique musicale a elle aussi une valeur personnelle et sociale. De nombreux jeunes compositeurs et musiciens ressentent la responsabilité d’interpréter le vécu de leur génération et s’efforcent de communiquer à ceux de leur âge des messages sur des thèmes sociaux importants, de la sexualité aux relations interpersonnelles et à la mise en valeur des cultures traditionnelles.

38. Bien que moins envahissante que la musique, la pratique ou la consommation de beaucoup d’autres formes d’expression artistique revêt un rôle fondamental dans la formation de l’identité personnelle et sociale des jeunes : peinture, sculpture, cinéma, arts visuels, danse, théâtre, photographie, bandes dessinées, graphisme, « web art », écriture, poésie, littérature, etc. Quand elles sont pratiquées activement, elles permettent d’exercer la créativité personnelle et de participer à l’élaboration culturelle, en particulier dans le cadre d’initiatives expérimentales qui, de plus en plus souvent, prévoient l’emploi des technologies nouvelles. Les formes d’expression artistique liées aux traditions populaires et locales sont d’un grand intérêt, en particulier celles qui concernent les minorités ethniques, qui relient les jeunes à l’héritage du passé et offrent des occasions de pratique culturelle, indépendamment du niveau de scolarisation ou de la disponibilité de moyens techniques ou technologiques.

Le monde du sport

39. Le sport est un autre grand champ de croissance et de confrontation pour les jeunes que l’Église investit dans de nombreuses parties du monde. Le Pape François le place dans le domaine de l’éducation informelle, sur laquelle il invite à miser dans un contexte d’appauvrissement intellectualiste du domaine de l’éducation formelle (cf. Discours aux participants au Congrès mondial organisé par la Congrégation pour l’Éducation Catholique, 21 novembre 2015). Les experts estiment que nos sociétés sont désormais « des sociétés du sport », et cela vaut en particulier pour le monde des jeunes. Il faut cependant interroger les valeurs et les modèles que, au-delà de la rhétorique, notre société transmet par l’intermédiaire de la pratique sportive, souvent concentrée sur la victoire à tout prix, même par la tromperie, reléguant aux oubliettes la participation et les efforts des perdants.

40. Comme les grands concerts, les événements sportifs de masse constituent des expériences de construction d’identité collective, avec des caractères fortement rituels. Le monde du sport lui non plus n’est pas exempt de formes de manipulation commerciale et spéculative, de pratiques contraires à la dignité des personnes et aux valeurs du fair play (telles que le dopage, répandu même au niveau des jeunes et des amateurs, ou la corruption), ni de proximité avec des formes de violence sur lesquelles pèsent le mécontentement et les tensions sociales extra-sportives. C’est aussi un moyen très puissant d’intégration de ceux qui souffrent de formes d’exclusion ou de marginalisation, comme le prouvent de nombreuses expériences telles que celle du mouvement paralympique.

Chapitre III
Dans la culture du déchet

41. La culture du déchet est un des traits caractéristiques de la mentalité contemporaine que le Pape François ne cesse de dénoncer. Les CE signalent que les jeunes en sont fréquemment leurs victimes parmi d’autres, dans divers domaines et selon diverses modalités. En même temps, il ne faut pas oublier que les jeunes peuvent eux aussi être imprégnés de cette culture et avoir eux-mêmes des comportements qui considèrent d’autres personnes comme des « déchets » ou provoquent la dégradation de l’environnement suite à des choix de consommation irresponsables. Enfin, nous devons reconnaître que parfois certains responsables ecclésiaux sont complices de ces façons de penser et d’agir, et contribuent ainsi à générer l’indifférence et l’exclusion.

42. L’Église, y compris par l’intermédiaire du présent Synode, est appelée à porter une attention spécifique aux jeunes victimes de l’injustice et de l’exploitation, à travers un travail fondamental de reconnaissance. L’ouverture d’espaces où ces jeunes puissent s’exprimer et surtout être écoutés, constitue une réaffirmation de leur dignité personnelle contre toute prétention d’exclusion, et restitue un nom et un visage à ceux qui trop souvent se les sont vus nier par l’histoire. Cela favorisera l’expression du potentiel dont les jeunes « mis au rebut » sont porteurs : ils sont capables d’être sujets de leur propre développement et leur point de vue constitue un apport irremplaçable à la construction du bien commun, dans une dynamique de croissance continue de l’espérance, à partir de l’expérience concrète que les pierres rejetées peuvent devenir pierres d’angle (cf. Ps 118, 22 ; Lc 20, 17 ; At 4, 11 ; 1Pt 2, 4).

La question du travail

43. Comme le soulignent les CE, nombreux sont les pays où le chômage des jeunes atteint des niveaux qu’il n’est pas exagéré de définir comme dramatiques La conséquence la plus grave n’est pas de type économique, parce que souvent les familles, les systèmes de protection sociale ou les institutions caritatives parviennent à couvrir tant bien que mal les besoins matériels des chômeurs. Le vrai problème est que « le jeune qui est sans travail a l’utopie anesthésiée, ou il est sur le point de la perdre » (François, Discours aux membres de la Commission Pontificale pour l’Amérique Latine, 28 février 2014). Les jeunes de la Réunion Pré-synodale se sont exprimés de manière très similaire : « Parfois, nous finissons par abandonner nos rêves à cause de la peur qui est la nôtre et des pressions socio-économiques qui détruisent nos espoirs. C’est pourquoi, il arrive que les jeunes perdent leur capacité de rêver » (RP 3).

44. Un effet semblable se retrouve dans toutes les situations où les personnes, jeunes y compris, sont contraintes par nécessité d’accepter un travail qui ne respecte pas leur dignité : c’est le cas du travail au noir et informel – souvent synonyme d’exploitation –, de la traite des personnes et des nombreuses formes de travail forcé ou d’esclavage qui concernent des millions de personnes dans le monde. Comme tant d’autres dans le monde, les jeunes de la RP ont exprimé leur préoccupation vis-à-vis d’un progrès technologique qui menace de se révéler l’ennemi du travail et des travailleurs : « L’émergence de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies, comme la robotique et l’automatisation, soulèvent des risques liés à la perte d’emploi pour les ouvriers. La technologie peut aller à l’encontre de la dignité humaine, si elle n’est pas utilisée avec conscience et prudence, si elle ne met pas l’humain au centre » (RP 4).

Les jeunes migrants

45. Parmi les migrants, un pourcentage élevé est constitué de jeunes. Les raisons qui incitent à émigrer sont variées, ainsi que l’a souligné la RP : « Les jeunes rêvent d’une vie meilleure et, cependant, beaucoup sont obligés d’émigrer pour trouver une situation environnementale et économique meilleure. Ils espèrent la paix et sont particulièrement attirés par ‘le mythe occidental’ montré par les médias » (RP 3) ; mais également « dans beaucoup de pays, [ils ont] peur de l’instabilité sociale, politique et économique » (RP 1), et ont « le désir de se sentir appartenir à une communauté est une aspiration commune aux jeunes de tous les continents » (RP 3).

46. Des situations particulièrement délicates sont celles des mineurs non accompagnés par un parent adulte et de ceux qui arrivent dans un pays étranger en âge scolaire avancé (cf. François, Message pour la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié 2017. Migrants mineurs, vulnérables et sans voix, 8 septembre 2016). Beaucoup risquent de finir victimes de la traite d’êtres humains et certains disparaissent littéralement dans le néant. À ceux-là, il faut ajouter les jeunes de deuxième génération, qui éprouvent des difficultés en termes d’identité et de médiation entre les cultures auxquelles ils appartiennent, en particulier quand il y a un grand écart social et culturel entre le pays de départ et le pays d’arrivée.

47. Comme de nombreuses CE le soulignent, la migration de jeunes représente un appauvrissement d’un capital humain entreprenant et courageux dans les pays d’origine, et une menace pour le développement durable de ces pays. Pour les sociétés – et les Églises – qui les reçoivent, il s’agit en revanche d’un énorme potentiel de transformation, dont la réalisation demande d’être accompagnée par des programmes adaptés et clairvoyants. À cet égard, toutefois, les jeunes de la RP expriment une prudence qui ne laisse pas d’interroger : « on note des prises de position différentes sur la question de l’accueil des migrants et des réfugiés, ou sur l’enjeu de donner une importance prioritaire à ce phénomène, en dépit de la reconnaissance de l’appel universel à se soucier de la dignité de chaque personne » (RP 2). Avec ceux qui émigrent, il ne faut pas oublier la quantité de jeunes qui continuent de vivre dans des situations de guerre ou d’instabilité politique. Les jeunes de la RP ont cependant tenu à dire que « malgré les nombreuses guerres et les flambées irrégulières de violence, les jeunes gardent espoir » (RP 3).

Les différentes formes de discrimination

48. Les recherches internationales montrent que beaucoup de jeunes subissent des inégalités et des discriminations à cause de leur genre, de leur classe sociale, de leur appartenance religieuse, de leur orientation sexuelle, de leur position géographique, de leur handicap ou de leur ethnie. Il s’agit d’une question à laquelle les jeunes sont très sensibles et sur laquelle la RP s’est exprimée avec une grande clarté : « Le racisme est une réalité qui affecte les jeunes d’aujourd’hui dans différentes parties du monde » (RP 2). Le même phénomène est signalé par de très nombreuses CE. Une attention spécifique est réservée par la RP aux formes de discrimination qui frappent les jeunes femmes, y compris dans le milieu ecclésial : « le constat que les femmes n’ont pas une place équivalente à celle des hommes reste un problème dans la société. C’est également vrai dans l’Église » (RP 5). Les jeunes se demandent donc « où les femmes peuvent s’épanouir dans l’Église et la société » (RP 5), tout en ayant conscience que « L’Église peut aborder ces problèmes et débattre sur ce sujet avec un esprit ouvert à des idées et des expériences diverses » (RP 5). Enfin, les jeunes signalent la permanence de discriminations pour motif religieux, en particulier vis-à-vis des chrétiens. Cela vaut aussi bien pour les contextes où ils représentent une minorité, exposée à la violence et à la pression de la majorité qui prétend à leur conversion, que dans des situations de forte sécularisation (cf. RP 2).

Maladie, souffrance et exclusion

49. Beaucoup de CE et la RP ne font pas mystère du fait que beaucoup de jeunes doivent compter avec les conséquences d’événements traumatisants de différentes natures, ou avec diverses formes de maladies, souffrances et handicaps. Ceux-ci comptent aussi sur l’accueil et le soutien de la part de l’Église, dont leurs familles ont tout autant besoin. En particulier dans les pays ayant un niveau de vie élevé, on constate une diffusion toujours croissante, surtout chez les jeunes, de formes de mal-être psychologique, dépression, maladie mentale et troubles alimentaires, liés à des expériences de profonde tristesse ou à l’incapacité à trouver sa place dans la société. Il y a des pays où le suicide est la première cause de décès chez les 15-44 ans.

50. Nombreuses sont les CE, de régions diverses, qui s’alarment de l’expansion parmi les jeunes et même les très jeunes, de problèmes d’abus et de dépendances en tous genres (drogues traditionnelles et synthétiques, alcool, ludopathie et dépendance d’Internet, pornographie, etc.), ainsi que de comportements déviants de divers types (brimades, violence, abus sexuels). Pour le Pape François, il est clair qu’en bien des cas ces formes de dépendance ne sont pas la conséquence d’une défaillance devant le vice, mais un effet des dynamiques d’exclusion : « Il y a tout un armement mondial de la drogue qui est en train de détruire cette génération de jeunes qui est destinée au rebut ! » (Discours aux membres de la Commission Pontificale pour l’Amérique Latine, 28 février 2014). Tout cela met en lumière non seulement la fragilité de ceux qui commettent de tels actes, mais aussi celle des victimes, des familles et de la société dans son ensemble. Abus et dépendances, de même que les réactions violentes ou les déviances face aux contradictions de la société, font partie des raisons qui conduisent les jeunes, même mineurs, en prison. Étant donné les difficultés du système pénal à fournir des occasions de réhabilitation sociale, le risque est élevé que le passage en détention de jeunes peu dangereux socialement les conduise in fine dans un circuit criminel dont ils ont du mal à sortir, ainsi que le démontrent les taux élevés de récidive. On sait également que la détention frappe de manière disproportionnée les membres de certains groupes ethniques et sociaux, en raison des préjugés et des discriminations qu’ils subissent.

Chapitre IV
Défis anthropologiques et culturels

51. Les sociétés et les cultures de notre temps, même sous des formes diverses, sont marquées par certains aspects cruciaux. Le fait qu’ils apparaissent de manière récurrente nous les fait reconnaître comme des signes du changement d’époque que nous sommes en train de vivre au niveau anthropologique et culturel. Les jeunes, sentinelles et révélateurs de toutes les époques, les perçoivent mieux que d’autres comme des sources d’opportunités nouvelles ou de menaces inédites. Certains analystes parlent d’une « transformation » de la condition humaine qui pose à tous, et en particulier aux jeunes, d’énormes défis sur le chemin de la construction d’une identité solide.

Le corps, l’affectivité et la sexualité

52. Un premier point-clé concerne la corporéité dans tous ses aspects. Depuis toujours, le corps, frontière et intersection entre nature et culture, signale et protège le sens de la limite des créatures et est un don à accueillir avec joie et gratitude. Les développements de la recherche et des technologies biomédicales ont généré une conception différente du corps. Les perspectives d’intégration toujours plus poussée entre corps et machine, entre circuits neuronaux et électroniques, qui trouvent dans le cyborg (organisme cybernétique) leur icône, favorisent une approche technocratique de la corporéité, y compris du point de vue du contrôle des dynamismes biologiques. À cet égard on peut noter que les donneuses d’ovules et les mères porteuses sont de préférence jeunes. Au-delà des évaluations purement éthiques, ces nouveautés ne peuvent pas ne pas influencer la conception du corps et de son indisponibilité. Certains signalent la difficulté des jeunes générations à se réconcilier avec la dimension de leur propre condition de créature. Dans certains contextes, il faut signaler aussi la diffusion de l’attrait des expériences extrêmes, jusqu’au risque de sa vie, comme étant l’occasion d’une reconnaissance sociale ou de l’expérimentation d’émotions fortes. De plus, la sexualité précoce, la promiscuité sexuelle, la pornographie numérique, l’exhibition du corps en ligne et le tourisme sexuel risquent de défigurer la beauté et la profondeur de la vie affective et sexuelle.

53. Au niveau ecclésial, on perçoit l’importance du corps, de l’affectivité et de la sexualité, mais souvent on ne parvient pas à en faire l’axe central du parcours éducatif et de foi, par la redécouverte et la valorisation de la signification de la différence sexuelle et des dynamiques vocationnelles propres au masculin et au féminin. Les études sociologiques montrent que beaucoup de jeunes catholiques ne suivent pas les indications de la morale sexuelle de l’Église. Aucune CE ne donne de solutions ni de recettes, mais beaucoup sont d’avis que « la question de la sexualité doit être discutée plus ouvertement et sans préjugés ». La RP souligne que les enseignements de l’Église sur des questions controversées, telles que « contraception, avortement, homosexualité, cohabitation, mariage » (RP 5) sont source de débat parmi les jeunes, tant à l’intérieur de l’Église que dans la société. Il y a des jeunes catholiques qui trouvent dans les enseignements de l’Église une source de joie et qui désirent qu’elle « tienne fermement ses positions doctrinales malgré leur impopularité et qu’elle les annonce avec une plus grande profondeur » (RP 5). Ceux qui, en revanche, ne les partagent pas expriment cependant leur désir de continuer à faire partie de l’Église et demandent une plus grande clarté à ce sujet. En conséquence, la RP demande aux responsables ecclésiaux qu’ils « abordent aussi de manière concrète les sujets sensibles tels que l’homosexualité et les questions de ‘genre’, sujets dont nous parlons déjà entre nous, librement et sans tabou » (RP 11).

Nouveaux paradigmes cognitifs et recherche de la vérité

54. Avec une intensité variable, beaucoup de pays du monde sont aux prises avec le phénomène des fake news, c’est-à-dire la diffusion incontrôlable de fausses nouvelles par l’intermédiaire des moyens de communication (numériques ou non) et la difficulté croissante à les distinguer des vraies. Dans le débat public, la vérité et la force de l’argumentation semblent avoir perdu leur capacité de persuasion. C’est pourquoi on a forgé le terme de « post-vérité ». Comme le signale une CE, « dans les réseaux sociaux et dans les médias, il n’y a pas de hiérarchie de vérité ».

55. Les jeunes sont particulièrement exposés à un tel climat, étant donné leurs habitudes de communication, et ils ont besoin d’être accompagnés pour ne pas se retrouver désorientés. Dans le monde de la post-vérité, la phrase : « Jésus Christ est la Vérité, est ce qui fait toute la différence avec les autres organisations internationales avec lesquelles les jeunes peuvent s’identifier » (RP 11), utilisée par la RP, finit inévitablement par avoir une prégnance différente par rapport à d’autres époques. Il ne s’agit pas de renoncer à la spécificité la plus précieuse du christianisme pour se conformer à l’esprit du monde, et ce n’est pas ce que les jeunes demandent, mais il faut trouver la manière de transmettre le message chrétien dans une nouvelle culture. Conformément à la tradition biblique, il est bon de reconnaître que la vérité a une base relationnelle : l’être humain découvre la vérité au moment où il l’expérimente en Dieu, le seul vraiment digne de foi et de confiance. Cette vérité doit être témoignée et pratiquée et non seulement argumentée et démontrée, ce dont les jeunes de la RP sont conscients : « Les témoignages personnels dans l’Église peuvent être des moyens féconds d’évangélisation. Ils renvoient à des expériences personnelles sur lesquelles on peut partager » (RP 15).

56. Aujourd’hui, il est nécessaire d’être conscients que certains mécanismes de fonctionnement des médias numériques et la nécessité de sélectionner l’information à laquelle on accède parmi l’infinité des offres possibles sont tels que de plus en plus souvent les personnes n’entrent en contact qu’avec ceux qui pensent comme elles. Les groupes, institutions et associations ecclésiaux courent le risque de se transformer eux aussi en circuits fermés (cf. GE 115).

Les effets anthropologiques du monde numérique

57. D’un point de vue anthropologique, l’irruption des technologies numériques commence à avoir un impact très profond sur la conception du temps et d’espace, sur la perception de soi, des autres et du monde, sur la manière de communiquer, d’apprendre, de s’informer. Une approche de la réalité qui privilégie l’image par rapport à l’écoute et à la lecture modifie la manière d’apprendre et le développement du sens critique. À l’avenir, cela ne pourra pas ne pas interroger les modalités de transmission d’une foi qui est fondée sur l’écoute de la Parole de Dieu et sur la lecture de l’Écriture Sainte. Il ressort des réponses des CE que peu d’entre elles semblent pleinement conscientes de cette transformation en cours.

58. Un usage superficiel des médias numériques expose au risque d’isolement, même extrême – c’est le phénomène connu sous le terme japonais hikikomori et qui concerne un nombre croissant de jeunes dans de nombreux pays, en particulier asiatiques – et de refuge dans un bonheur illusoire et inconsistant qui engendre des formes de dépendance. Les jeunes de la RP en sont conscients : « Parfois, les jeunes séparent leur comportement en ligne de leur comportement réel. Il est nécessaire de leur proposer une formation pour les guider dans l’utilisation du digital dans leurs vies. Les relations en ligne peuvent devenir inhumaines. Les espaces digitaux nous rendent aveugles à la vulnérabilité de l’être humain et nous empêchent de réfléchir par nous-mêmes. Le problème croissant de la pornographie fausse la perception que les jeunes ont de la sexualité. La technologie utilisée de cette façon crée un parallèle illusoire entre la réalité et la dignité humaine. D’autres risques liés au numérique sont : la perte d’identité due à une fausse représentation des personnes, la construction d’une personnalité virtuelle, la perte d’un contact direct avec l’entourage. Il existe également d’autres risques à plus long terme parmi lesquels : la perte de la mémoire, de sa culture et de sa créativité, à cause de l’immédiateté à l’information ; une perte de la capacité de concentration liée à l’éparpillement. Plus encore, il existe une culture et une dictature des apparences » (RP 4).

La déception institutionnelle et les nouvelles formes de participation

59. Un autre aspect qui traverse de nombreuses sociétés contemporaines est celui de l’affaiblissement des institutions et de la diminution de la confiance envers ces institutions, Église comprise. Les réponses au QoL soulignent que seule une minorité de jeunes (16,7%) pense avoir la possibilité d’influer sur la vie publique de leur pays : non qu’ils ne le veuillent pas, mais ils se retrouvent devant des possibilités et des espaces réduits. L’absence de leadership fiable, à différents niveaux et dans le domaine civil aussi bien qu’ecclésial, est souvent dénoncée par les jeunes. Une fragilité particulièrement évidente est générée par la diffusion de la corruption. Les institutions devraient avoir à cœur le bien commun et, quand certains arrivent à les soumettre à leurs intérêts personnels, elles subissent une perte dramatique de leur crédibilité. C’est pourquoi la corruption est une plaie qui affecte les fondements de nombreuses sociétés. Le défi de la justice sociale passe nécessairement par la construction d’institutions justes, qui se mettent au service de la dignité humaine, au sens intégral.

60. Le désenchantement à l’égard des institutions peut cependant se révéler salutaire s’il ouvre la voie à des parcours de participation et de prise de responsabilités sans rester prisonniers du scepticisme. Bon nombre de CE font remarquer que, dans un contexte d’insécurité et de peur de l’avenir, les jeunes se relient non plus à des institutions en tant que telles, mais aux personnes qui, en leur sein, communiquent des valeurs par le témoignage de leur vie. Tant au niveau personnel qu’institutionnel, cohérence et authenticité sont des facteurs fondamentaux de crédibilité.

La paralysie décisionnelle dans la surabondance des propositions

61. Divers éléments qui ont été rappelés ci-dessus concourent à expliquer pourquoi, dans certaines parties du monde, nous vivons désormais plongés dans une « culture de l’indécision » qui considère impossible, voire même insensé, un choix pour toute la vie. Dans un monde où les opportunités et les possibles augmentent de façon exponentielle, il devient spontané de réagir par des choix toujours réversibles, même si cela comporte une mortification continue du désir. Le processus de discernement vocationnel, à travers la démarche marquée par les étapes « reconnaître, interpréter, choisir », s’enlise souvent au moment même du choix et de sa mise en œuvre. Peut-être voudrait-on des assurances extérieures, qui n’exigent pas l’effort de cheminer dans la foi en obéissant à la Parole ; d’autres fois prévaut la peur d’abandonner ses propres convictions pour s’ouvrir aux surprises de Dieu.

62. L’insécurité des conditions de travail et la précarité sociale bloquent tout projet à moyen ou long terme. Certaines CE, surtout dans le monde occidental, affirment qu’il est plutôt difficile pour les jeunes de concrétiser un projet de mariage sans risquer l’autosuffisance économique. De plus, ainsi qu’en témoignent les réponses au QoL, beaucoup de jeunes se demandent si un choix définitif est possible dans un monde où rien ne semble être stable, pas même la distinction entre le vrai et le faux. Un des défis urgents qui caractérise notre temps est donc celui de la décision d’assumer sa vie en prenant la responsabilité de sa propre existence.

Au-delà de la sécularisation

63. Contrairement aux prévisions formulées tout au long des deux derniers siècles, la sécularisation ne semble pas s’affirmer comme le destin inéluctable de l’humanité. Avec des accents divers, la littérature scientifique emploie couramment des expressions telles que « retour du sacré » ou d’autres semblables. Ce phénomène est concomitant avec la baisse des vocations sacerdotales et religieuses qui se vérifie dans plusieurs parties du monde : nous ne nous trouvons donc pas devant un retour au passé, mais devant l’apparition d’un nouveau paradigme de religiosité, décrite comme peu institutionnalisée et toujours plus « liquide », marquée par une diversité radicale de parcours individuels, y compris parmi ceux qui déclarent appartenir à la même confession. Ainsi, au SI, on a affirmé que « dans un monde des jeunes très différencié, les signes de vitalité religieuse et spirituelle ne manquent pas ». L’insatisfaction par rapport à une vision du monde purement immanente, véhiculée par le consumérisme et par le réductionnisme scientiste, ouvre le champ à la recherche du sens de l’existence par l’intermédiaire d’itinéraires spirituels divers et variés. Une CE affirme : « Beaucoup de jeunes déclarent être à la recherche du sens de la vie, vouloir suivre des idéaux, chercher une spiritualité et une foi personnelle, mais ce n’est que rarement qu’ils s’adressent à l’Église ». Il convient de bien prendre en compte ce changement d’attitude envers la religion dans ces nouveaux profils, de manière à interpréter les causes et les points de contact possibles, en identifiant les leviers pour l’annonce évangélique et les risques ou ambiguïtés qu’elle peut présenter. En beaucoup d’endroits, ce changement s’accompagne d’un attrait exercé par des propositions à caractère intégriste ou fondamentaliste, pour le moins auprès de certaines catégorie de la jeunes : les phénomènes des « combattants étrangers » et de la radicalisation à différents niveaux en sont des manifestations parmi d’autres. En un sens complètement différent, certaines CE d’Europe centrale et orientale font une observation importante quant au déplacement progressif des pratiques religieuses et spirituelles, du domaine du précepte à celui des options pour le temps libre : l’aspect du choix personnel en découle, mais il est clair que de telles pratiques sont mises en concurrence évidente avec beaucoup d’autres alternatives.

Chapitre V
À l’écoute des jeunes

64. L’intérêt et l’attention portés aux jeunes exprimés dans la DP ont été repris par les CE. Leurs réponses à la question : « Que demandent concrètement les jeunes à l’Église de votre pays ? » ont été larges et nombreuses. Dans le QoL, beaucoup de jeunes se sont exprimés avec une grande liberté, en cherchant à communiquer leur pensée sans filtres. L’expérience de la RP a été interprétée par les jeunes dans la même direction. Les CE se sont mises à l’écoute des jeunes de mille manières. On observe cependant qu’en général on privilégie l’attention aux jeunes qui appartiennent aux réalités ecclésiales et y sont actifs, ce qui comporte le risque de les considérer comme représentatifs de toute la jeunesse. Le QoL, comme c’était à prévoir, a vu une participation majoritaire de jeunes déjà insérés dans des circuits ecclésiaux. On a beaucoup insisté sur le fait que la meilleure façon d’écouter les jeunes était d’être là où ils se trouvent, et de partager leur existence quotidienne. Les participants de la RP ont affirmé avec enthousiasme : « Nous espérons que l’Église et d’autres institutions s’inspirent de cette méthode de travail du pré-Synode pour écouter la voix des jeunes » (RP, Introduction). Beaucoup de ceux qui sont intervenus dans le QoL ont exprimé leur gratitude et leur appréciation pour l’opportunité qui leur a été offerte.

L’effort d’écouter

65. Comme cela a été bien résumé par un jeune, « dans le monde contemporain, le temps consacré à l’écoute n’est jamais une perte de temps » (QoL) et dans les travaux de la Réunion Pré-synodale, l’écoute est apparue comme la première forme de langage vrai et audacieux que les jeunes demandent avec force à l’Église. Il faut aussi enregistrer l’effort que fait l’Église pour écouter réellement tous les jeunes, sans exception. Beaucoup perçoivent que leur voix n’est pas considérée comme intéressante et utile par le monde des adultes, dans le milieu social aussi bien qu’ecclésial. Une CE affirme que les jeunes perçoivent que « l’Église n’écoute pas activement les situations vécues par les jeunes » et que « leurs opinions ne sont pas prises au sérieux ». En revanche, il est clair que les jeunes, selon une autre CE, « demandent à l’Église de s’approcher d’eux avec le désir de les écouter et de les accueillir, en leur offrant dialogue et hospitalité ». Les jeunes eux-mêmes affirment que « dans certaines parties du monde, de nombreux jeunes quittent l’Église. Il est très important de comprendre ce phénomène pour aller de l’avant. » (RP 7). Parmi ces raisons se trouvent certainement l’indifférence et le manque d’écoute, outre le fait que « l’Église peut paraître excessivement sévère et moraliste » (RP 1).

Le désir d’une « Église authentique »

66. Un nombre considérable de jeunes provenant surtout de régions très sécularisées, ne demandent rien à l’Église parce qu’ils ne la considèrent pas comme un interlocuteur valable pour leur existence. Certains, même, demandent expressément qu’elle les laisse tranquilles, car ils trouvent sa présence pénible voire irritante. Une telle attitude ne naît pas d’un mépris acritique et impulsif, mais plonge ses racines dans des raisons sérieuses et respectables : les scandales sexuels et économiques, pour lesquels les jeunes demandent à l’Église de « renforcer sa position de tolérance zéro en ce qui concerne les abus sexuels au sein des institutions » (RP 11) ; le manque de préparation des ministres ordonnés qui ne savent pas comprendre correctement la vie et la sensibilité des jeunes ; le rôle passif attribué aux jeunes au sein de la communauté chrétienne ; le mal que l’Église a à répondre de ses positions doctrinales et éthiques devant la société contemporaine.

67. Même lorsqu’ils sont très critiques, les jeunes, au fond, demandent à l’Église d’être une institution qui brille par son exemplarité, sa compétence, sa coresponsabilité et sa solidité culturelle. Une CE affirme que « les jeunes veulent voir une Église qui partage leur situation de vie à la lumière de l’Évangile plutôt que de faire des sermons » ! En résumé, les jeunes se sont exprimés ainsi : « Aujourd’hui, les jeunes attendent une Église authentique. Nous voulons dire plus précisément à la hiérarchie de l’Église, qu’elle devrait être une communauté transparente, accueillante, honnête, attirante, accessible, joyeuse, une communauté qui communique et où chacun peut participer » (RP 11).

Une Église « plus relationnelle »

68. Beaucoup de jeunes considèrent comme décisive une approche ecclésiale renouvelée, en particulier au niveau de la dimension relationnelle : d’innombrables CE affirment que les jeunes désirent une Église « moins institutionnelle et plus relationnelle », capable d’« accueillir sans juger à l’avance », une Église « amie et proche », une communauté ecclésiale qui soit « une famille où l’on se sent accueilli, écouté, protégé et intégré ». De même, selon la Réunion Pré-synodale, « nous avons besoin d’une Église qui soit accueillante et miséricordieuse, qui reconnaisse ses racines et sa tradition, qui aime chacun, y compris ceux qui ne correspondent pas à ses standards » (RP 1).

69. Les jeunes qui participent davantage à la vie de l’Église ont exprimé diverses exigences spécifiques. La question de la liturgie revient souvent. Ils la voudraient vivante et proche, alors que souvent elle ne permet pas de « faire l’expérience de la communion d’une communauté comme une famille réunie autour du Christ » (RP 7), avec des homélies que beaucoup considèrent inadaptées pour les accompagner dans le discernement de leur situation à la lumière de l’Évangile. « Les jeunes sont attirés par la joie qui devrait être caractéristique de notre foi » (RP 7), mais que souvent les communautés chrétiennes ne semblent pas en mesure de transmettre.

70. Une autre exigence concerne l’adoption d’un style de dialogue intra-ecclésial et extra-ecclésial : les jeunes considèrent nécessaire d’aborder certaines questions difficiles de notre temps, telles que par exemple la reconnaissance et la valorisation du rôle de la femme dans l’Église et dans la société. Certains jeunes encouragent l’Église à approfondir une élaboration culturelle de la foi qui permette un dialogue fructueux avec les autres savoirs et les autres traditions religieuses : « Dans un monde globalisé et pluri-religieux, l’Église ne doit pas seulement être un modèle mais elle a besoin de témoigner et d’élaborer un dialogue serein et constructif avec les personnes d’autres confessions ou traditions, à partir des grandes orientations théologiques existantes » (RP 2).

Une communauté « engagée pour la justice »

71. Dans diverses parties du monde touchées par la pauvreté, les jeunes demandent de l’aide matérielle ou un accompagnement pour guérir des diverses formes de souffrance qui les affectent. En revanche, là où l’Église est considérée comme une institution activement engagée pour la promotion civile et sociale, ils demandent que sa présence prophétique puisse continuer avec courage et force, malgré le climat de violence, d’oppression et de persécution qui entourent la vie de nombreuses communautés chrétiennes. Beaucoup de jeunes demandent à l’Église d’œuvrer concrètement, en étant réellement en faveur des pauvres, en se souciant de la question écologique, en faisant des choix visibles de sobriété et de transparence, en étant authentique et claire, et même audacieuse dans sa dénonciation du mal, non seulement dans la société civile et dans le monde, mais dans l’Église elle-même. « L’Église devrait renforcer les initiatives de lutte contre la traite humaine, la migration forcée et les narcotrafiquants, particulièrement en Amérique Latine » (RP 14).

La parole des séminaristes et des jeunes religieux

72. De nombreux séminaristes, jeunes religieux et religieuses en formation se sont exprimés de différentes manières sur le thème du Synode, qui est pour eux une source de grande joie. Leurs indications et provocations nous orientent dans trois directions précises.

La première concerne le thème de la fraternité : provenant de contextes fortement marqués par la compétition et l’individualisme, ils demandent une vie authentiquement fraternelle, dont le cœur repose sur les liens et les affections partagés. Ils souhaitent une Église qui soit « prophétie de fraternité », une maison qui soit à même de devenir leur famille.

Il y a ensuite une exigence de spiritualité, la demande d’une Église qui met au centre la prière et l’intimité avec Dieu. Dans certaines parties du monde, on constate une ouverture spontanée à la transcendance ; dans d’autres, dominées par un « humanisme exclusif », ce que l’on demande à l’Église, c’est d’être mystique, capable d’ouvrir des brèches de transcendance dans la vie des hommes et des femmes. C’est pourquoi certains voient la liturgie comme une occasion prophétique.

Enfin, l’exigence de radicalité est forte, même si elle n’est pas toujours soutenue par une cohérence personnelle : au-delà de certains contextes, où le choix de la vie consacrée et du ministère ordonné renvoient à la recherche de sécurités économiques et sociales, il y a en général, de la part des jeunes qui entrent dans ces formes de vie, un choix conscient de radicalité évangélique qui nécessite un accompagnement spécifique et progressif vers le don généreux de soi à Dieu et au prochain.

IIème Partie
Interpréter :
Foi et discernement vocationnel

73. Dans cette IIème Partie, nous sommes appelés à approfondir certains éléments et certaines dynamiques qui nous permettront d’interpréter de manière appropriée les situations présentées dans la Ière Partie. L’appel du Christ à vivre à sa suite est notre horizon de référence. En même temps, cet appel est une source de saine inquiétude et suscite une interrogation bénéfique : « Une foi qui ne nous met pas en crise est une foi en crise ; une foi qui ne nous fait pas grandir est une foi qui doit grandir ; une foi qui ne nous interroge pas est une foi sur laquelle nous devons nous interroger ; une foi qui ne nous anime pas est une foi qui doit être animée ; une foi qui ne nous bouleverse pas est une foi qui doit être bouleversée » (François, Discours à la Curie romaine à l’occasion de la présentation des vœux de Noël, 21 décembre 2017).

Chapitre I
La bénédiction de la jeunesse

74. Pour comprendre la vérité de la jeunesse, qui n’est pas seulement une situation d’aujourd’hui, mais un âge spécifique de la vie qui fait partie de la condition humaine en tant que telle, il convient de poser sur elle un regard anthropologique et biblique, parce que la Parole de Dieu nous apporte des éléments de compréhension et d’interprétation de cette période décisive de l’existence. S’il est vrai que l’Église est effectivement « la vraie jeunesse du monde », faire la lumière sur les traits caractéristiques et universels de la jeunesse signifie que l’on identifie des éléments-clés pouvant l’aider à « rajeunir son visage » (Concile Vatican II, Message aux jeunes), parce que le Synode « sera aussi un appel adressé à l’Église, pour qu’elle redécouvre un dynamisme renouvelé de la jeunesse » (François, Discours à la Réunion Pré-synodale, 2).

Le Christ « jeune parmi les jeunes »

75. La jeunesse est un âge de la vie original et enthousiasmant par lequel le Christ lui-même est passé, âge qu’il a lui-même sanctifié par sa présence. Irénée de Lyon nous aide à comprendre cette réalité quand il affirme que « Jésus n’a ni rejeté ni dépassé la condition humaine et n’a pas aboli en sa personne la loi du genre humain, mais il a sanctifié tous les âges par la ressemblance que nous avons avec lui. C’est en effet tous les hommes qu’il est venu sauver par lui-même ; tous les hommes, dis-je, qui renaissent en Dieu : les nouveau-nés, enfants, adolescents, jeunes hommes, hommes d’âge. C’est pourquoi il est passé par tous les âges de la vie : en se faisant nouveau-né parmi les nouveau-nés, il a sanctifié les nouveau-nés ; en se faisant enfant parmi les enfants, il a sanctifié ceux qui ont cet âge et est devenu en même temps pour eux un modèle de piété, de justice et de soumission ; en se faisant jeune homme parmi les jeunes hommes, il est devenu un modèle pour les jeunes hommes et les a sanctifiés pour le Seigneur » (Contre les hérésies, II, 22, 4). Jésus, donc, « jeune parmi les jeunes », veut lui-même les rencontrer en marchant avec eux, comme il le fit avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Il désire encore aujourd’hui s’offrir lui-même pour que chacun d’eux ait la vie en abondance (cf. Jn 10, 10).

L’appel universel à la joie de l’amour

76. Répondant au QoL, un jeune assure que « croire en Dieu est source d’amour et de joie, non de tristesse ! » Un leitmotiv caractéristique du temps de la jeunesse est celui de la joie : « Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, sois heureux aux jours de ton adolescence » (Qo 11, 9 ; cf. Sg 2, 6). L’impératif de la joie habite la jeunesse avec un certain naturel tourné vers la beauté physique qui s’exprime en attention et attirance pour l’autre. Le corps dans sa luminosité et dans sa plénitude devient l’espace de l’amour, perçu comme le mystère même de l’être humain, destiné à l’éternité précisément parce que sa nature même est amour. Par cet amour qui « espère tout » (1Co 13, 7), chaque jeune est appelé à devenir un témoin de la résurrection (cf. Mc 16, 6). Tout le Cantique des Cantiques célèbre l’amour entre deux jeunes qui se cherchent et se désirent comme le symbole réel de l’amour concret entre Dieu et son peuple, montrant par-là que la vocation à la joie à travers l’amour est universelle et irrépressible. Nombreux sont ceux qui soulignent la nécessité que l’Église renforce son appel à être collaboratrice de la joie des jeunes sous forme gratuite et désintéressée (cf. 2Co 1, 24).

Vigueur physique, force d’âme et courage de risquer

77. « La fierté des jeunes gens, c’est leur vigueur » (Pr 20, 29). Une attitude naturellement constructive vis-à-vis de l’existence caractérise la jeunesse : moment de croissance maximale de l’énergie physique, elle porte en elle une force unique pour affronter les défis de la vie et oser des sentiers nouveaux. À travers le personnage biblique de Josué, serviteur de Moïse depuis son adolescence, on voit apparaître ces caractéristiques, précisément au moment où il est appelé à conduire le peuple à la conquête de la Terre promise. Souvent l’invitation « sois fort et tiens bon » est répétée, tant de la part de Moïse (Dt 31, 7.23) que de la part de Dieu (Jos 1, 6.7.9). C’est cette même parole que l’Église désire adresser à chaque jeune qui se trouve à affronter les défis et les risques de la vie, en suivant l’enseignement de l’apôtre Jean : « Je vous l’ai écrit, jeunes gens : “Vous êtes forts, et la parole de Dieu demeure en vous, et vous êtes vainqueurs du Mauvais” » (1Jn 2, 14). Dans la Ière Partie, l’analyse de la situation nous a montré que les jeunes d’aujourd’hui peuvent facilement perdre force et courage, pourtant caractéristiques de leur âge, pour se laisser prendre par la peur et le découragement. L’Église elle-même risque de perdre l’enthousiasme provenant de l’appel à oser risquer qui est propre à la foi, en se renfermant dans de fausses sécurités mondaines. Il faut retrouver ces dynamismes.

Incertitude, peur et espérance

78. Face à la vie, particulièrement à notre époque, les jeunes font l’expérience de la contingence et de la fragmentation existentielles. L’incertitude, la multiplicité des options possibles génèrent de l’inquiétude et la présence de haine et de violence remplit de peur les nouvelles générations et diminue leur confiance en eux-mêmes. Comment un jeune peut-il être prophète d’espérance dans un monde où règnent la corruption et l’injustice ? C’est la situation dans laquelle se trouve le prophète Jérémie qui, face à l’appel à devenir prophète des nations, met en avant son jeune âge : « Ah ! Seigneur Yahvé, vraiment, je ne sais pas parler, car je suis un enfant ! » (Jr 1, 6). Il éprouve le besoin d’un Dieu proche qui, par sa grâce, apporte une confiance fiable dans son existence fragile.

La jeunesse, d’autre part, est caractérisée par un manque d’expérience et donc une inquiétude naturelle et une incertitude structurelle devant les grandes tâches de la vie. Chaque jeune a besoin de présence, de soutien, de proximité. Jérémie ne trouvera la paix qu’au moment où Dieu lui-même lui adresse ces mots : « N’aie aucune crainte en leur présence car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 8). Pour cette raison beaucoup de jeunes veulent une Église qui soit mère et ne les oublie jamais (cf. Is 49, 15-16).

Chute, repentir et accueil

79. Le développement de la capacité d’aimer reste ce qui fait la beauté et le risque de la jeunesse, parce que l’amour, s’il est cherché et vécu de manière désordonnée, peut devenir une passion incontrôlable et une pulsion destructrice qui plongent dans la tristesse. Le mal et le péché font aussi partie de la vie des jeunes et leur demande d’accueil et de pardon est un cri que nous devons entendre. Une des paraboles les plus connues de l’Évangile, racontant l’histoire de deux fils et frères, est celle du « père miséricordieux », que l’on pourrait appeler aussi « parabole du père qui sort deux fois » (cf. Lc 15, 11-32) : une première fois pour accueillir le fils cadet après sa phase d’insouciance et de débauche, et une seconde fois pour prier le fils aîné, dont le cœur s’est endurci et fermé, de rentrer pour fêter et partager la joie du retour de son frère. Le père de cette parabole est la vraie figure d’« adulte » que tant de jeunes cherchent dans leur existence et que souvent hélas ils ne trouvent pas. Cette parabole montre un père courageux qui permet à ses fils d’expérimenter le risque de la liberté, sans imposer de jougs qui limiteraient leurs décisions. En même temps, c’est un père dont le cœur est si grand qu’il n’exclut personne et veut réintégrer tout le monde dans sa maison. L’Église est appelée à faire en sorte que tous les jeunes qu’elle rencontre sur son chemin expérimentent ces attitudes de paternité et de maternité.

Disponibilité à l’écoute et nécessité de l’accompagnement

80. Dans le DP, les figures de Jean et de Marie ont donné une image significative de la capacité à être disponible pour écouter et entreprendre un cheminement de discernement vocationnel qui ne se réduit pas à un acte ponctuel, mais se réalise au long d’un parcours existentiel accompagné de manière continue par la présence de Jésus qui se fait maître, modèle et ami de chaque jeune.

81. Dans la Bible, un des appels qui concernent directement un jeune est l’appel de Samuel (cf. 1S 3, 1-21). Dans ce passage, on perçoit très bien combien le temps de la jeunesse est celui de l’écoute, mais aussi celui de l’incapacité à comprendre par soi-même la parole de la vie et la Parole de Dieu. Contrairement aux adultes, les jeunes manquent d’expérience : les adultes devraient être ceux qui, « par la pratique, ont la capacité à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais » (Hb 5, 14). Ils devraient donc briller surtout par la droiture de leur conscience, qui vient de l’exercice continuel de leur faculté à choisir le bien et rejeter le mal. L’accompagnement des jeunes générations n’est donc pas un choix optionnel dans l’éducation et l’évangélisation des jeunes, mais un devoir pour l’Église et un droit pour chaque jeune. Seule la présence prudente et sage d’Éli permet à Samuel d’interpréter correctement la parole que Dieu lui adresse. En ce sens, les rêves des personnes âgées et les prophéties des jeunes n’adviennent qu’ensemble (cf. Jl 3, 1), confirmant ainsi la bonté des alliances intergénérationnelles.
Maturation de la foi et don du discernement

82. La foi est avant tout un don à accueillir et sa maturation un chemin à parcourir. Cependant, avant tout cela, il faut réaffirmer qu’« à l’origine du fait d’être chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la ren­contre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (DC 1 ; EG 7). À partir de cette rencontre, prend corps une expérience qui transforme l’existence, et l’oriente de manière dialogique et responsable. En grandissant, le jeune se rend compte que la vie est plus grande que lui, qu’il ne contrôle pas le tout de son existence ; il prend conscience qu’il est celui qu’il est grâce à l’éducation que d’autres, à commencer par ses parents, lui ont prodigué ; il se convainc que pour bien vivre son histoire il doit devenir responsable d’autres personnes, en développant à son tour ces attitudes d’attention et de service qui l’ont fait grandir. Surtout, il est appelé à demander le don du discernement, qui n’est pas une compétence que l’on peut acquérir par soi-même, mais avant tout un don à recevoir, qui nécessite pour pouvoir se développer de s’exercer avec prudence et sagesse. Et un jeune qui a reçu et sait faire fructifier le don du discernement est une source de bénédiction pour les autres jeunes et pour tout le peuple.

83. Le jeune roi Salomon, au moment où il est invité à demander à Dieu ce qu’il veut en rapport avec sa responsabilité importante, demande « un cœur plein de jugement » (1R 3, 9). Et l’approbation de Dieu ne se fait pas attendre : « Parce que tu as demandé pour toi le discernement du jugement, voici que je fais ce que tu as dit » (1R 3, 11-12).

Effectivement, chaque jeune est en quelque sorte « roi » de sa propre existence, mais il a besoin d’être aidé pour pouvoir demander le discernement, et aussi d’être accompagné afin de parvenir à se donner pleinement. À cet égard, l’histoire de la jeune reine Esther est instructive : accompagnée par la prière du peuple (cf. Est 4, 16), elle renonce à ses privilèges et met courageusement son existence en danger pour sauver son peuple, démontrant par là jusqu’où peut aller l’audace juvénile et le dévouement féminin.

Projet de vie et dynamique vocationnelle

84. Dans la période de la jeunesse, la construction de l’identité prend forme. À notre époque, marquée par la complexité, la fragmentation et l’incertitude quant à l’avenir, établir un projet de vie devient difficile sinon impossible. Dans cette situation de crise, l’effort ecclésial est souvent destiné à soutenir la capacité à faire des projets. Dans le meilleur des cas et là où les jeunes sont davantage disponibles, ce type de pastorale les aide effectivement à découvrir leur vocation, mais reste, au fond, une parole pour une minorité d’élus, un idéal qui exprime le but à atteindre. Mais cette manière de procéder ne risque-t-elle pas de réduire et de compromettre la pleine vérité de ce terme qu’est la « vocation » ?

À ce propos, il est fort utile d’évoquer la rencontre entre Jésus et le jeune homme riche (cf. Mt 19, 16-22 ; Mc 10, 17-22 ; Lc 10, 25-28). Nous voyons ici que le Maître de Nazareth ne soutient pas le projet de vie du jeune homme, et ne lui indique pas son aboutissement ; il ne lui recommande pas de s’engager plus avant ni même, au fond, ne cherche à combler un vide dans la vie de ce jeune homme qui pourtant avait demandé : « Que me manque-t-il encore ? » ; tout au moins ne veut-il pas combler directement ce vide en confirmant le projet de vie du jeune homme riche. Jésus ne vient pas remplir un vide, mais il demande au jeune homme de se vider de lui-même, de s’ouvrir à une nouvelle perspective orientée vers le don de soi, à une nouvelle manière de voir sa vie, à partir de la rencontre avec celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). Ainsi, à travers une véritable désorientation, Jésus demande au jeune homme de reconfigurer son existence. C’est un appel à la prise de risque, à la perte des acquis, à la confiance. C’est une invitation à rompre avec la mentalité de l’autoconstruction qui, exacerbée, conduit au narcissisme et à l’enfermement sur soi-même. Jésus invite le jeune homme à entrer dans une logique de foi, qui risque sa vie à la suite du Christ, parce que précédée et accompagnée d’un regard d’amour : « Jésus le regarda et se prit à l’aimer ; il lui dit : “Une seule chose te manque ; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi” » (Mc 10, 21).

Chapitre II
La vocation à la lumière de la foi

85. Les jeunes, dans le document final de la RP, affirment : « Nous voulons une Église qui nous aide à trouver notre vocation, dans tous les sens du terme » (RP 3). Pour cela il est nécessaire de clarifier le sens du mot « vocation ». L’Église ayant à cœur de prendre en compte tous les jeunes, sans exception, il est demandé au Synode d’éclairer de manière convaincante l’horizon vocationnel de toute existence humaine elle-même. Les jeunes eux-mêmes demandent à l’Église de les aider à trouver « une compréhension simple et claire de la vocation » (RP 8). À la lecture des réponses des diverses CE, et des paroles des jeunes eux-mêmes, il ressort que le terme de vocation est généralement utilisé pour parler uniquement des vocations au ministère ordonné et des vocations de consacrés. Une CE affirme qu’une « faiblesse de la pastorale quant au discernement de la vocation réside dans le fait qu’elle restreint la compréhension de la vocation au seul choix du sacerdoce ministériel ou de la vie consacrée ».

86. Si nous comparons cette vision « restrictive » au seul parcours des deux Synodes précédents, où l’on affirme que « le mariage est une vocation » et que donc « la décision de se marier et de fonder une famille doit être le fruit d’un discernement vocationnel » (AL 72), il n’est pas difficile de comprendre qu’une vision réductrice du terme « vocation » crée un a priori fortement négatif chez les jeunes, qui voient dans la pastorale vocationnelle une activité exclusivement orientée vers le « recrutement » de prêtres et de religieux. À partir de cette vision ecclésiale commune, il devient nécessaire de poser les bases d’une « pastorale vocationnelle pour les jeunes » de grande ampleur, capable d’être porteuse de sens pour tous les jeunes.

La vie humaine dans la perspective vocationnelle

87. Le Concile Vatican II a clairement mis en lumière la dimension vocationnelle de toute vie humaine quand il a employé ce terme « vocation » pour exprimer que tous les hommes sont appelés à la communion avec le Christ (cf. LG 3.13 ; GS 19.32) et qu’ils sont tous appelés à la sainteté (cf. LG 39-42). À partir de cette vision interprétative, il a ensuite défini chaque vocation : la vocation de ministère ordonné et la vocation à la vie consacrée aussi bien que la vocation au laïcat (cf. LG 31), en particulier dans sa forme conjugale (cf. LG 35 ; GS 48.49.52). Le magistère postérieur a suivi cette ligne et reconnu le caractère analogique du terme « vocation » et les nombreuses dimensions qui caractérisent la réalité qu’il désigne quant à la mission personnelle de chacun et en vue de la communion entre toutes les personnes.

Appelés en Christ

88. En affirmant que toutes les choses ont été créées dans le Christ et en Lui (cf. Col 1, 16), l’Écriture invite à lire le mystère de la vocation comme une réalité inhérente à l’acte de la création par Dieu et comme une lumière qui illumine ainsi mystérieusement l’existence de tout homme et de toute femme. Si le bienheureux Paul VI avait déjà affirmé que « toute vie est vocation » (PP 15), Benoît XVI a lui insisté sur le fait que l’être humain est créé par Dieu comme un être de dialogue : la Parole créatrice « appelle chacun en termes personnels, révélant ainsi que la vie elle-même est vocation par rapport à Dieu » (VD 77). En ce sens, seule une anthropologie vocationnelle peut me permettre de comprendre l’humain dans toute sa vérité et sa plénitude. Il est significatif que durant la RP, certains jeunes non croyants et d’autres religions aient témoigné de leur désir de discerner leur vocation dans le monde et dans l’histoire (cf. RP 8).

À sortir de soi-même

89. Parler de la vie comme vocation permet de souligner des éléments très importants pour la croissance d’un jeune : cela signifie qu’elle n’est déterminée ni par le destin ni par le fruit du hasard, et qu’elle est comme une propriété privée que l’on gère de manière indépendante. Si dans le premier cas il n’y a pas de vocation parce qu’il n’y a pas la reconnaissance d’un destin digne d’être vécu, dans le second cas un être humain pensé sans sa dimension de lien avec les autres devient un être « sans vocation ». Le discernement vocationnel, dans cette direction, revêt les traits d’un chemin de réconciliation avec son corps et avec soi-même, avec les autres et avec le monde.

Vers la plénitude de la joie et de l’amour

90. Positivement, la conception de la vie comme vocation invite l’être humain à renoncer au mensonge de l’autoconstruction et à l’illusion de l’autoréalisation narcissique, pour se laisser interpeller dans l’histoire par le projet par lequel Dieu nous met au service des autres. Il s’agit ainsi de donner naissance à une culture vocationnelle renouvelée, indissociablement liée à la joie de la communion dans l’amour qui engendre la vie et l’espérance. En effet, la plénitude de la joie ne peut s’expérimenter qu’au moment où l’on se découvre comme être aimé et en conséquence appelé personnellement à aimer à son tour dans les circonstances concrètes où chacun se trouve et vit (famille, travail, engagement social et civil).

La vocation à suivre Jésus

91. L’événement christologique achève la création puisqu’il est le mystère qui la meut depuis le commencement : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. […] Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (GS 22). En Jésus on se découvre appelé ; l’écoute de sa parole invite en effet à « avancer au large » (cf. Lc 5, 4) et à s’ouvrir à des horizons que par ses propres forces on n’aurait même pas pu imaginer.

La vocation baptismale

92. Dans le Nouveau Testament, cependant, l’appel concerne aussi l’invitation adressée à certaines personnes à le suivre de plus près. Le récit évangélique de la rencontre de Jésus avec les premiers disciples (cf. Jn l, 36-39), présenté dans le DP, est un exemple significatif de cet appel. En effet, la finalité de l’appel adressé par Jésus ne se découvre que dans l’expérience de le suivre, dans le cadre d’un dialogue et d’une relation avec le Maître. L’appel ne peut se distinguer nettement dès le début, comme si c’était le résultat d’un projet que nous maîtriserions d’avance et dont nous posséderions la clé de manière à pouvoir en prévoir tous les détails. Il se perçoit sous le regard de la foi chez celui qui, comme l’a écrit le Pape François, « “voit” dans la mesure où [il] marche, où [il] entre dans l’espace ouvert par la Parole de Dieu » (LF 9).

93. On ne peut pas non plus négliger le fait que tout parcours vocationnel, qui plonge ses racines dans l’expérience de filiation divine donnée au baptême (cf. Rm 6, 4-5 ; 8, 14-16), est un chemin pascal, qui implique l’engagement à renoncer à soi-même et à perdre sa vie pour la recevoir de nouveau. Le Christ qui nous appelle à le suivre est Celui qui « renonçant à la joie qui lui revenait, endura la croix au mépris de la honte et s’est assis à la droite du trône de Dieu » (Hb 12, 2). Le croyant, donc, même lorsqu’il expérimente qu’être disciple implique des renoncements et une fidélité qui peut faire passer par la souffrance, ne perd pas espoir et continue de suivre le Seigneur, qui nous a précédés à la droite du Père et nous accompagne par son Esprit.

L’appel des apôtres

94. Parmi ceux qui le suivent, Jésus en choisit quelques-uns pour un ministère particulier. C’est ce que l’on voit de manière évidente dans la vocation des apôtres : il en choisit douze – qu’il appela apôtres – pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons (cf. Mc 3,14-15 ; Lc 6, 13), les invitant à veiller sur son troupeau (cf. Jn 21, 15-19) ; de même pour Paul, « serviteur de Jésus Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu » (Rm 1, 1 ; cf. 1Co 1, 1). Dans les textes qui se réfèrent à un appel particulier pour la mission, on souligne fortement le choix libre et gratuit de Dieu, le choix dès le sein de la mère, la révélation donnée à celui qui est appelé par le mystère du Christ et sa mission de salut dans l’histoire. Parfois cette vocation est accompagnée de l’appellation par un nom nouveau de celui qui est appelé.

95. Il est important de souligner que les « appels » particuliers ne sont compréhensibles qu’en prenant en compte la vision que l’Église toute entière est « vocationnelle ». En effet, dans le nom même d’ecclesia, est indiquée la nature vocationnelle de la communauté des disciples, son identité d’assemblée des convoqués (cf. 1Co 1, 26 ; PdV 34). Au sein de l’Église, les vocations en vue d’une mission particulière ne sont pas là pour introduire un privilège, mais pour rendre évidente, par l’attribution d’une mission singulière, la grâce par laquelle Dieu appelle tous les hommes au salut : ainsi, au moment où Jésus dit « suis-moi » au publicain Lévi, faisant de lui un apôtre de l’Église (Mc 2, 14), il annonce à tout le monde qu’il n’est pas venu « appeler les justes mais les pécheurs » (Mc 2, 17).

La vocation de l’Église et les vocations dans l’Église

96. La vocation de l’Église trouve son anticipation réelle et sa pleine réalisation en la personne de Marie, jeune femme qui, par son « oui », a rendu possible l’incarnation du Fils et, en conséquence, a créé les conditions pour que toutes les autres vocations ecclésiales puissent être engendrées. Le « principe marial » précède et dépasse tout autre principe ministériel, charismatique et juridique dans l’Église, les soutient et les accompagne tous.

97. De plus, il est impossible de comprendre pleinement la signification de la vocation baptismale si l’on ne considère pas qu’elle est intrinsèquement liée à la dimension missionnaire de l’Église, dont la finalité fondamentale est la communion avec Dieu et la communion entre tous les hommes. Les diverses vocations ecclésiales sont en effet des expressions multiples et articulées à travers lesquelles elle réalise son appel à être un signe réel de l’Évangile accueilli au sein d’une communauté fraternelle. Suivre le Christ revêt une pluralité de formes qui, chacune à leur manière, exprime la mission d’annoncer l’événement de Jésus, en qui tout homme et toute femme trouvent le salut.

98. Saint Paul revient à plusieurs reprises sur cette question dans ses lettres, en soulignant l’image de l’Église comme un corps constitué de différents membres et en mettant l’accent sur le fait que chaque membre est nécessaire et en même temps relatif à l’ensemble, puisque seule l’unité harmonieuse de tous rend le corps vivant et harmonieux. L’origine de cette communion, l’Apôtre la trouve dans le mystère même de la Sainte Trinité. En effet, Paul écrit aux Corinthiens : « Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous » (1Co 12, 4-6).

99. Les diverses formes de vie chrétienne ne peuvent donc être pensées ni comprises de manière autonome, mais seulement dans la réciprocité et dans l’échange de dons qu’elles réalisent entre elles (cf. CL 55 ; VC 31). C’est la seule manière pour l’Église de pouvoir devenir une image intégrale du visage de Jésus dans l’histoire des hommes. La récente lettre Iuvenescit Ecclesia sur la relation entre les dons hiérarchiques et charismatiques pour la vie et la mission de l’Église a apporté des indications précieuses pour l’élaboration d’une théologie juste des charismes, de manière à accueillir avec reconnaissance et valoriser avec sagesse les dons de grâce que l’Esprit fait continuellement surgir dans l’Église pour la rajeunir.

Les différents parcours vocationnels

100. L’élaboration d’une perspective vocationnelle très large nous invite enfin à porter notre attention sur le discernement vocationnel qui n’exclut potentiellement personne parce que, comme le dit le Pape François, « parler de pastorale vocationnelle c’est affirmer que toute action pastorale de l’Église est tournée, par sa nature même, au discernement vocationnel. […] Le service vocationnel doit être vu comme l’âme de toute l’évangélisation et de toute la pastorale de l’Église » (Message aux participants au Congrès international sur le thème « Pastorale vocationnelle et vie consacrée. Perspectives et espoirs », 25 novembre 2017).

La famille

101. Les deux récents Synodes sur la famille et l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia ont offert une contribution importante sur la vocation de la famille dans l’Église et sur l’apport irremplaçable que les familles sont appelées à donner au témoignage de l’Évangile, grâce à l’amour réciproque, à l’engendrement et à l’éducation des enfants. Il est important de reprendre ce message dans une optique vocationnelle et de le rendre compréhensible pour les jeunes, dans le contexte de l’affect dans laquelle ils sont plongés. La réflexion sur les parcours de préparation au mariage et l’accompagnement des jeunes couples représentent deux éléments clés sur lesquels il convient d’investir des énergies pastorales.

Le ministère ordonné

102. L’Église a reconnu depuis toujours les vocations au ministère ordonné comme étant décisives pour la vie chrétienne et le salut de tous les hommes. C’est pourquoi elle a porté une attention particulière au soin, à la formation et à l’accompagnement des candidats qui se préparent à devenir prêtres. On ne peut nier la préoccupation de bon nombre d’Églises par rapport à la diminution du nombre des candidats ; cela rend nécessaire une réflexion nouvelle sur la vocation au ministère ordonné et sur une pastorale vocationnelle qui sache faire sentir l’attractivité de l’appel de Jésus à devenir pasteurs de son troupeau.

La vie consacrée

103. Le témoignage prophétique de la vie consacrée a lui aussi besoin d’être redécouvert et mieux présenté aux jeunes dans sa force originelle, comme antidote à la « paralysie de la normalité » et ouverture à la grâce qui bouscule le monde et ses logiques. Réveiller le désir de radicalité évangélique chez les jeunes générations, de manière à ce qu’elles puissent redécouvrir la dimension prophétique de la chasteté, de la pauvreté et de l’obéissance en tant qu’anticipation du Royaume et plénitude de vie, voilà un des enjeux majeurs en une époque dominée par la logique de la consommation et de la marchandisation.

Profession et vocation

104. Appelé à la sainteté et oint par l’Esprit, le chrétien apprend à appréhender selon une optique vocationnelle tous les choix de son existence, à commencer par le choix d’un état de vie, mais aussi tous les choix professionnels. Pour cette raison, certaines CE souhaitent que le Synode puisse trouver les pistes pour aider tous les chrétiens à redécouvrir le lien profondément fécond entre orientation et vocation, pour appréhender sa vie en général et sa vie professionnelle au niveau de ses choix d’orientation dans une dimension vocationnelle.

La condition inédite de célibataire ou « single »

105. Enfin, certaines CE se demandent quelle est la vocation des personnes qui choisissent de demeurer célibataires (« single ») sans aucune référence à une consécration particulière ni au mariage. Vu leur nombre croissant dans l’Église et dans le monde, il est important que le Synode réfléchisse à cette question.

Chapitre III
Le dynamisme du discernement vocationnel

La demande de discernement

106. Durant la Réunion Pré-synodale, un jeune a bien exprimé l’importance du discernement pour la vie : « Aujourd’hui, comme des milliers d’autres jeunes, croyants ou non croyants, je dois faire des choix, surtout pour ce qui concerne mon orientation professionnelle. Toutefois, je suis indécis, perdu et préoccupé. […] Je me trouve maintenant comme face à un mur, celui de donner un sens profond à ma vie. Je pense avoir besoin de discernement face à ce vide. » Le travail durant la Réunion a confirmé, ordonné, approfondi à plusieurs reprises sa question, et a souligné les difficultés que rencontrent les jeunes : « Quand on leur pose la question « quel est le sens de ta vie ? », beaucoup de jeunes ne savent pas comment répondre. Ils ne font pas toujours le lien entre leur vie et la transcendance » (RP 5). Souvent, en effet, les jeunes oscillent entre des approches aussi extrémistes que naïves : comme se considérer soumis à un destin déjà tout écrit ou se sentir écrasés par un idéal abstrait de réussite, dans un contexte de compétition dérégulée et violente. Il est possible de reconnaître dans cette situation une opportunité pour l’Église, même si les jeunes ont du mal à la percevoir comme étant en mesure de leur apporter de l’aide : « Beaucoup de jeunes ne savent pas comment mettre en place un processus de discernement, c’est donc une occasion pour l’Église de les accompagner » (RP 9). Le Pape François l’a reconnu lui-même : « Nous devons dire à ce propos que beaucoup de communautés ecclésiales ne savent pas le faire ou qu’il leur manque la capacité de discernement. C’est un des problèmes que nous avons, mais il ne faut pas avoir peur » (François, Réunion Pré-synodale, réponse à la question n° 2).

Le discernement dans le langage ordinaire et dans la tradition chrétienne

107. Les jeunes de la Réunion Pré-synodale font également remarquer la difficulté à comprendre le terme de discernement, qui n’appartient pas à leur langage, même si son besoin est ressenti : « Discerner sa vocation peut être un défi, particulièrement au vu des idées reçues concernant le sens de ce mot. Néanmoins, les jeunes vont relever le défi. Discerner sa vocation peut être une aventure vers un chemin de vie » (RP 9).

108. En effet, il y a une pluralité d’acceptions du terme discernement, qui ne s’opposent pas mais qui ne coïncident pas non plus. En un sens large, discernement indique le processus de prise de décisions pour les choix importants ; un deuxième sens, plus propre à la tradition chrétienne, correspond à la dynamique spirituelle par laquelle une personne, un groupe ou une communauté s’efforcent de reconnaître et d’accueillir la volonté de Dieu dans le concret de leur situation. De plus, ainsi que le rappelait déjà le DP, le terme s’applique à une pluralité de situations et de pratiques : « Il existe, en effet, un discernement des signes des temps, qui vise à reconnaître la présence et l’action de l’Esprit dans l’histoire ; un discernement moral, qui distingue ce qui est bien de ce qui est mal ; un discernement spirituel, qui propose de reconnaître la tentation pour la repousser et continuer d’avancer sur la voie de la vie en plénitude. Les enchevêtrements de ces diverses acceptions sont évidents et ne peuvent jamais être totalement distincts » (DP II, 2).

La proposition du discernement vocationnel

109. Une pluralité de niveaux entre en jeu dans ce qui constitue la spécificité du discernement vocationnel. Comme le souligne l’intervention du Pape François à la Réunion Pré-synodale, il y a un niveau qui concerne tous les hommes et toutes les femmes : « Nous avons tous besoin du discernement. C’est pour cela que le mot se trouve dans le titre du Synode, n’est-ce pas ? Et quand il y a ce vide, cette inquiétude, il faut discerner » (François, Réunion Pré-synodale, réponse à la question n° 2). En ce sens, dès le début, le Synode entend s’occuper de « chaque jeune, sans en exclure aucun » (DP 2), en offrant la disponibilité à tous de les accompagner dans le processus qui les conduira à découvrir la lumière et la vérité sur eux-mêmes, à accueillir le don de leur vie et à trouver la part qu’ils sont appelés à donner à la société et au monde. Le Saint-Père a également souligné que l’Église fonde sur une conviction de foi la proposition de discernement qu’elle adresse à tous : « Dieu aime chacun et il adresse à chacun personnellement un appel. C’est un don qui, quand on le découvre, remplit de joie (cf. Mt 13, 44-46). Soyez-en certains : Dieu a confiance en vous, il vous aime et vous appelle. Et pour sa part, cela ne diminuera pas, parce qu’il est fidèle et croit vraiment en vous » (François, Discours à la Réunion Pré-synodale, 2).

110. Pour les jeunes croyants, la perspective du discernement acquiert une autre profondeur, dans la mesure où celui-ci se situe dans une dynamique de relation personnelle avec le Seigneur : il cherche donc explicitement à découvrir les chemins possibles pour donner une réponse à l’amour reçu de Dieu, en participant en tant que membres actifs de l’Église à la mission d’annonce et de témoignage de la Bonne Nouvelle. La perspective est donc bien plus large et fondamentale que celle souvent réductrice qui, comme le montrent les réponses de beaucoup de CE, conduit des responsables ecclésiaux et de nombreux fidèles à limiter le discernement vocationnel à la question du choix de l’état de vie (mariage, sacerdoce, vie consacrée). Le discernement vocationnel peut concerner tout autant la question du choix de l’engagement social ou politique, que celui du choix de la profession.

111. Surtout, le discernement vocationnel ne finit pas avec la prise de décision entre des alternatives possibles, il se prolonge dans le temps afin d’accompagner les pas concrets à faire pour mettre en œuvre cette décision. En ce sens, le discernement est aussi un style de vie : « Le discernement n’est pas seulement nécessaire pour les moments extraordinaires, ou quand il faut résoudre de graves problèmes, ou quand il faut prendre une décision cruciale. C’est un instrument de lutte pour mieux suivre le Seigneur. Nous en avons toujours besoin pour être disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce, pour ne pas gaspiller les inspirations du Seigneur, pour ne pas laisser passer son invitation à grandir. Souvent cela se joue dans les petites choses, dans ce qui paraît négligeable, parce que la grandeur se montre dans ce qui est simple et quotidien » (GE 169). Le discernement est à la fois un don et un risque à prendre, et cela peut faire peur.

Reconnaître, interpréter, choisir

112. Comme nous l’avons vu, pour l’Église la possibilité du discernement s’appuie sur une conviction de foi : l’Esprit de Dieu agit dans l’intimité – dans le « cœur », dit la Bible ; dans la « conscience », selon la tradition théologique – de chaque personne, indépendamment du fait qu’elle professe ou non explicitement la foi chrétienne, à travers la médiation de sentiments et désirs suscités par ce qui se passe dans la vie de la personne et qui génère des idées, des images et des projets. C’est précisément de cette attention aux mouvements intérieurs que viennent les trois « passages » que le Pape François indique en EG 51 et que le DP reprend : reconnaître, interpréter, choisir.

113. Reconnaître signifie « donner un nom » à la grande quantité d’émotions, de désirs et de sentiments qui habitent en chacun. Ils jouent un rôle fondamental et ne doivent être ni occultés ni mis en sommeil. Le Pape l’a rappelé : « Il est important de tout ouvrir, de ne pas truquer les sentiments, de ne pas mimétiser les sentiments. Que les pensées qui nous viennent soient [présentées] au discernement ! » (Réunion Pré-synodale, réponse à la question n° 2). Un parcours de discernement vocationnel exige donc de prêter attention à ce qui ressort des diverses expériences (famille, études, travail, amitiés et rapports de couple, volontariat et autres engagements, etc.) que la personne fait, toujours plus souvent, aujourd’hui, à travers des itinéraires non linéaires et non progressifs, qui passent inévitablement par des réussites et des échecs : où un jeune se sent-il chez lui ? Où trouve-t-il un « goût » plus intense ? Mais cela n’est pas suffisant, parce que le vécu est ambigu et on peut en donner des interprétations différentes : quelle est l’origine de ce désir ? Est-ce qu’il mène à « la joie de l’amour » ? À partir de ce travail d’interprétation, il devient possible d’opérer un choix qui ne soit pas seulement le fruit des pulsions intérieures ou des pressions sociales extérieures, mais un réel exercice de liberté et de responsabilité.

114. En tant qu’acte de la liberté humaine, le discernement est exposé au risque d’erreur. Comme le rappelait le DP, « le cœur humain, par voie de sa fragilité et du péché, se présente d’ordinaire divisé en raison de sollicitations diverses et, parfois même, opposées » (DP II, 4). Il est en effet indispensable que la personne qui discerne continue à former son affectivité, son intelligence, son style de vie.

115. Pour qui l’accueille et s’en inspire, la sagesse chrétienne offre des instruments précieux parmi lesquels l’école de la Parole, l’enseignement de l’Église, l’accompagnement spirituel ; ils représentent tous des moyens pour aider à se confronter à la norme vivante, Jésus, pour le connaître intimement et parvenir à « avoir un cœur comme Lui ». Un authentique parcours de discernement exige donc une attitude d’écoute et de prière, ainsi que la docilité envers un maître et la disponibilité à assumer une décision qui coûte. Les jeunes de la Réunion Pré-synodale en parlent eux aussi : « Prendre des temps de silence, d’introspection et de prière, lire les Écritures et approfondir la connaissance de soi sont des opportunités que très peu de jeunes saisissent. Il faudrait faire plus de place à ces propositions. L’engagement dans des groupes sur les questions de foi, des mouvements, des communautés dont on partage les valeurs, peut aussi aider les jeunes dans leur discernement » (RP 9). Dans cette direction, l’exercice que la tradition chrétienne appelle « examen de conscience » est fondamental. Il a précisément pour but de rendre la personne attentive aux signes de la présence de Dieu et capable de reconnaître sa voix dans le concret de la vie quotidienne. C’est pourquoi le Pape François le propose à nouveau aujourd’hui à tous les chrétiens, à plus forte raison aux jeunes qui cherchent leur voie : « Je demande à tous les chrétiens de faire chaque jour, en dialogue avec le Seigneur qui nous aime, un sincère “examen de conscience” » (GE 169). Dans le cadre de ce dialogue avec le Christ chemin, vérité et vie, il peut advenir ce qui est souhaité pour les jeunes par un DV : « Une formation de leur affectivité, qui les aide à se lier davantage au bien et à la vérité qu’à leur confort et à leurs intérêts ».

Le rôle de la conscience

116. Pour discerner, le rôle de la conscience est donc central. Comme le rappelle un DV, « s’il doit y avoir formation (et il le faut !), elle ne peut se configurer que comme une éducation à la liberté et à la conscience ». Tandis que le Pape François souligne que la conscience « doit être mieux prise en compte par la praxis de l’Église » (AL 303), les réponses des CE montrent que souvent, dans les faits, on a du mal à lui faire place. Le rôle de la conscience ne se réduit pas à la reconnaissance de son erreur ou de son péché : grâce à la perception de ses limites personnelles ou de sa situation, et de toutes les difficultés à s’orienter, la conscience nous aide à reconnaître le don que nous pouvons offrir, et la contribution que nous pouvons apporter, même si cela peut ne pas être à la hauteur de nos idéaux.

117. La conscience, comme le rappelle le Concile Vatican II, est « le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre » (GS 16). À partir d’une telle perspective de foi, il est clair que l’exercice de la conscience représente une valeur anthropologique universelle : elle interpelle chaque homme et chaque femme, et non uniquement les croyants, ainsi tous sont tenus de lui répondre. Chaque personne, grâce à l’expérience d’être aimée dans sa singularité, à l’intérieur du réseau de relations sociales qui soutiennent sa vie, découvre et reçoit l’appel à aimer, qui interpelle sa conscience comme une exigence impérative et devient sa règle. Cette valorisation de la conscience s’enracine dans la contemplation de la manière d’agir du Seigneur : c’est dans sa propre conscience que Jésus, en dialogue intime avec le Père, prend ses décisions, même les plus dures et déchirantes, comme celle du Jardin des Oliviers. C’est lui la vraie norme de tout agir chrétien et de toute vocation particulière.

La confrontation avec la réalité

118. Les jeunes font l’expérience des limites de leur liberté et donc du discernement : « Beaucoup de facteurs influencent les jeunes à discerner leur vocation, on peut nommer : l’Église, les différences culturelles, la recherche de travail, les réseaux sociaux, les attentes familiales, la santé mentale et l’état d’esprit, le bruit, la pression des amis, les scénarios politiques, la société, la technologie, etc. » (RP 9). Cette réalité concrète, qui avant tout est un don et une altérité qui nous traversent, avec les liens qu’elle impose, est justement l’instrument par lequel on trouve confirmation de ce que l’on a pressenti dans son cœur : le principe que « la réalité est supérieure à l’idée » vaut aussi pour le discernement. En termes théologiques, tout désir, même le plus sublime, est appelé à s’incarner dans un choix concret et cohérent, nécessairement limité, qui ouvre la porte à une ascèse sans laquelle il n’est pas de chemin vers la sainteté et la plénitude de vie.

119. La confrontation avec le quotidien peut jouer un rôle de stimulation, en particulier quand les circonstances imposent une sorte de « suspension » ou de « ralentissement » de la marche vers les objectifs que l’on s’est donné à atteindre. C’est l’expérience que font les jeunes de nombreux pays aujourd’hui, soit en raison du manque d’opportunités réelles leur permettant de mettre à profit leurs compétences et leurs talents, soit à cause du temps nécessaire, parfois long, pour commencer à réussir dans la vie professionnelle. Ces circonstances peuvent se révéler très fécondes, obligeant la personne à traverser une étape de « désenchantement » salutaire et à prendre conscience qu’aucun succès professionnel ni but existentiel ne satisfait la soif de vie, de plénitude, d’éternité que tout homme porte dans son cœur. C’est ainsi que se fait jour en lui un élan vers une recherche plus profonde de son désir authentique et de sa vocation. Un des problèmes actuels est que le contexte de nos sociétés contemporaines conduit souvent à renvoyer à plus tard cette phase, en la repoussant à une étape où la personne a déjà pris des décisions qui la contraignent, par exemple du point de vue affectif, ou a déjà défini son style de vie et pris des engagements – y compris financiers – qu’il n’est pas possible ou pour le moins pas facile de résilier.

Chapitre IV
L’art d’accompagner

120. Toute la tradition de la spiritualité insiste sur le fait que l’accompagnement est fondamental, en particulier durant le processus de discernement vocationnel. À plusieurs reprises, les jeunes de la RP ont exprimé le même besoin, en soulignant en particulier l’importance du témoignage et de l’humanité des accompagnateurs. Beaucoup de CE soulignent également que les jeunes demandent aux responsables ecclésiaux de la disponibilité à ce genre de service et que souvent ces derniers ont du mal à en avoir.

« Accompagnement » se dit de multiples manières

121. « Tous les jeunes, sans aucune exclusion, ont le droit d’être accompagnés dans leur itinéraire » (DP III, 2). L’accompagnement vocationnel est un processus en mesure de libérer la liberté, la capacité de don et d’intégration des différentes dimensions de la vie dans un horizon de sens. C’est pourquoi un accompagnement authentique s’efforcera de présenter la vocation non pas comme un destin prédéterminé, une tâche à accomplir, un scénario déjà écrit, à décrypter dans une attitude de simple exécution. Dieu prend au sérieux la liberté qu’il a donnée aux hommes. Répondre à son appel est un engagement qui exige travail, imagination, audace, disponibilité à entrer dans une manière de procéder, ne fût-ce que par tâtonnements.

122. Les réponses reçues montrent que certaines CE entendent le mot accompagnement dans un sens « large » (comprenant donc les rencontres occasionnelles, les bons conseils, les moments de confrontation sur des questions diverses). Pour d’autres, cela désigne quelque chose de très spécifique dans l’optique d’un « coaching chrétien ». Ceux qui accompagnent peuvent être des hommes ou des femmes, des religieux ou des laïcs, des couples ; de plus, la communauté joue un rôle décisif. L’accompagnement des jeunes par l’Église revêt une variété de formes, directes et indirectes, revêt une pluralité de dimensions et passe par de multiples moyens, selon les contextes où il se situe et le degré d’implication ecclésiale et de foi de la personne accompagnée.

Accompagnement spirituel

123. Beaucoup de CE considèrent l’accompagnement spirituel comme un lieu privilégié sinon unique du discernement vocationnel. Celui-ci fournit en effet l’occasion d’apprendre à reconnaître, interpréter, choisir selon une perspective de foi, en étant à l’écoute de ce que l’Esprit suggère dans le contexte de la vie quotidienne (cf. EG 169-174). Il est important que l’on soit conscient, dans la relation personnelle d’accompagnement, des différences entre les approches masculine et féminine, tant en ce qui concerne les accompagnateurs qu’à l’égard de ceux qui sont accompagnés. En cela, il faut sauvegarder et approfondir la richesse de la tradition qui parle de paternité et de maternité spirituelles.

124. L’accompagnement spirituel a des traits caractéristiques qui le distinguent d’autres formes d’accompagnement telles que counseling, coaching, mentoring, tutorat, etc. Mais il a aussi des relations et des connexions avec elles. Pour éviter de perdre l’unité de la personne et l’intégrité de la relation d’accompagnement, il convient plutôt d’explorer la complémentarité entre l’accompagnement spirituel au sens strict et les autres formes de proximité grâce auxquelles peuvent intervenir, dans le cadre de la vie quotidienne, des personnes capables d’aider à discerner et contribuer à la formation de la conscience et de la liberté.

Accompagnement psychologique

125. Comme l’enseigne le Pape François, « le discernement spirituel n’exclut pas les apports des connaissances humaines, existentielles, psychologiques, sociologiques ou morales. Mais il les transcende » (GE 170). En particulier, il convient de signaler ce qui distingue l’accompagnement spirituel de l’accompagnement psychologique ou psychothérapeutique qui, s’il est ouvert à la transcendance, peut se révéler essentiel pour un chemin d’unification et de croissance. Le second concentre l’attention sur les ressources, les limites et l’évolution de la personne dans la réalisation de ses désirs. L’accompagnement spirituel, en revanche, vise plus spécifiquement à amorcer une vie de prière qui devienne dialogue intime entre la personne et Dieu, à partir de l’Évangile et de toute l’Écriture, afin qu’elle réponde à l’appel du Seigneur de la manière la plus personnelle possible. Une pédagogie attentive permettra d’intégrer la dimension psychologique à l’accompagnement spirituel : non seulement à travers écoute et empathie, mais aussi par le discernement à partir de la confrontation avec la Parole ; non seulement la confiance, mais aussi les combats, en reconnaissant que la joie de l’Évangile fait grandir le désir ; non seulement cultiver ses rêves, mais aussi franchir des pas concrets en intégrant les contraintes de la vie.

Accompagnement et sacrement de la réconciliation

126. Le charisme de l’accompagnement spirituel n’est pas nécessairement lié au ministère ordonné. Dans la tradition ancienne, les pères et les mères spirituels sont des laïcs, souvent des moines, et non pas des clercs. L’usage qui en fait un des rôles du prêtre risque de le restreindre à un dialogue qui souvent se superpose à la célébration du sacrement de pénitence. Même s’ils sont proches, le ministre de la réconciliation et l’accompagnateur spirituel ont des objectifs, des manières de faire et des langages différents. L’accompagnement vocationnel au sens strict ne constitue pas une « matière » spécifique du sacrement de la réconciliation, qui est celui du pardon des péchés, et ne lui est pas propre ; la rencontre avec la miséricorde de Dieu dans le sacrement est toutefois indispensable pour avancer sur le chemin. Il faut enfin reconnaître que les nombreuses traditions spirituelles ont suscité des sensibilités différentes en ce qui concerne le rapport entre l’accompagnement et le sacrement.

Accompagnement familial, formatif et social

127. Les situations dans lesquelles se déroule la vie quotidienne donnent beaucoup de possibilités pour une proximité qui se fait accompagnement de chacun dans son parcours de croissance, au sens spécifiquement spirituel ou, plus largement, humain. Il y a des situations où cet accompagnement fait partie des tâches institutionnelles de celui qui l’exerce, et d’autres où il se base sur la disponibilité, la capacité et l’engagement des personnes impliquées.

Diverses CE signalent le rôle indispensable joué par la famille dans le discernement vocationnel, surtout quand les parents représentent un modèle de foi et de dévouement qui est source d’inspiration : les parents sont toujours les premiers témoins, et ils le sont encore plus dans les contextes marqués par le manque de ministres ordonnés. On signale cependant des cas contraires, lorsque l’importance donnée par la famille à la réussite économique ou professionnelle finit par entraver la possibilité d’un cheminement sérieux de discernement vocationnel. Parfois, l’échec familial conduit les jeunes à ne plus croire à la possibilité de se projeter dans l’avenir et d’avoir des espoirs à long terme.

L’accompagnement, même sous des appellations différentes, est au centre de l’attention d’un grand nombre de systèmes de formation, tant au niveau scolaire qu’universitaire. Avant d’être la tâche particulière de certaines figures spécifiques, il est une attitude pédagogique de fond et une posture qui imprègne l’ensemble de la communauté éducative. Le tutorat dans la formation professionnelle, avec l’optique de préparer au travail, est très précieux lui aussi. Comme le spécifient diverses CE, ces types d’accompagnement sont « le canal le plus important par lequel les écoles, les universités et autres institutions éducatives contribuent au discernement vocationnel des jeunes » ; de plus, ils donnent l’occasion de stimuler une approche critique de la réalité à partir d’une perspective chrétienne et de l’écoute de la voix de Dieu.

Enfin, il y a beaucoup d’autres contextes, rôles et professions où les adultes qui entrent en contact avec les jeunes, le cas échéant à partir de problèmes spécifiques, peuvent exercer un rôle d’accompagnement qui favorise leur maturation humaine ou leur recherche de solution face à des situations problématiques : nous pouvons penser ici au rôle des entraîneurs sportifs, à ceux qui ont des tâches éducatives ou pour le moins opèrent dans divers types d’institutions (prisons, communautés d’accueil en tous genres, cabinets de consultation et dispensaires) ou exercent certaines professions (médecins, psychologues, enseignants, etc.). Même exercées dans le cadre spécifique de leurs fonctions, y compris professionnelles, il faut reconnaître que ces formes d’accompagnement peuvent aussi avoir une valeur spirituelle et jouer un rôle dans un processus de discernement vocationnel.

Accompagnement à la lecture des signes des temps

128. Les jeunes sont interpellés par la réalité sociale dans laquelle ils entrent et qui souvent provoque en eux des émotions fortes : leur décryptage nécessite un accompagnement et peut devenir un moyen de lecture des signes des temps que l’Esprit manifeste à l’attention des jeunes et de l’Église. La colère des jeunes à l’égard de la corruption galopante, des inégalités structurelles grandissantes, du mépris de la dignité humaine, de la violation des droits de l’homme, de la discrimination des femmes et des minorités, de la violence organisée, de l’injustice ne semble pas être suffisamment prise en considération, au vu des réponses des CE. Dans les communautés chrétiennes, il semble que les espaces manquent pour discuter de ces problèmes. De plus, dans de nombreuses parties du monde, les jeunes se trouvent confrontés à la violence, soit comme acteurs soit comme victimes, et ils sont facilement la proie de manipulations de la part des adultes. Des responsables religieux et politiques sans scrupules savent instrumentaliser les aspirations idéalistes des jeunes pour leur propre compte. Dans d’autres contextes, la persécution religieuse, le fanatisme religieux et la violence politique sont en train de déraciner du cœur des jeunes l’espoir d’un avenir pacifique et prospère. Ce sont là aussi des frontières auxquelles la capacité prophétique d’accompagnement de l’Église doit se mesurer.

Accompagnement dans la vie quotidienne et de la communauté ecclésiale

129. Enfin, il y a un accompagnement quotidien, souvent silencieux mais non pour autant d’importance secondaire, offert par tous ceux qui, par leur témoignage, vivent leur vie de manière pleinement humaine. Tout aussi fondamental, dans une perspective vocationnelle, est l’accompagnement de la part de la communauté chrétienne dans son ensemble. Par l’intermédiaire du réseau de relations qu’elle génère, elle propose un style de vie et se tient aux côtés de ceux qui se mettent en chemin vers leur forme personnelle de sainteté. Comme l’affirme un DV, « l’aspect individuel de l’accompagnement dans le discernement ne pourra être fécond que s’il est inséré dans une expérience chrétienne théologale, fraternelle et féconde. C’est de la communauté, en effet, que naît le désir du don de soi, préalable au juste discernement des manières spécifiques de le vivre ».

Les qualités de ceux qui accompagnent

130. Celui ou celle qui accompagne est appelé à respecter le mystère qu’est chaque personne en elle-même et à avoir confiance que le Seigneur est déjà en train d’agir en elle. L’accompagnateur est invité à prendre conscience qu’il représente un modèle dont l’influence provient davantage de ce qu’il est que de ce qu’il fait et propose. La profonde interaction affective qui se crée dans le cadre de l’accompagnement spirituel – ce n’est pas un hasard si la tradition s’exprime en parlant de paternité et de maternité spirituelles, et donc d’une relation d’engendrement très profonde – exige de l’accompagnateur une solide formation et la capacité à travailler avant tout sur lui-même au niveau spirituel et, en quelque mesure, au niveau psychologique. Ce n’est que de cette manière qu’il pourra authentiquement se mettre au service de l’autre, par l’écoute et le discernement, et ne pas tomber dans les écueils les plus fréquents que génèrent sa fonction : prendre la place de l’accompagné dans la recherche et la responsabilité de ses décisions, nier ou refouler l’apparition de la problématique sexuelle et, enfin, franchir les limites en s’impliquant de manière inappropriée et destructrice envers celui que l’on veut aider dans son cheminement spirituel, jusqu’à rendre possibles de véritables abus et dépendances. Quand cela se produit, en plus des traumatismes générés chez les personnes impliquées, un climat de méfiance et de peur se répand, qui décourage la pratique de l’accompagnement.

131. Un certain nombre de CE sont conscientes que l’accompagnement est un service exigeant du point de vue des qualités personnelles de celui qui l’exerce : « Les jeunes demandent […] des accompagnateurs efficaces, dignes de confiance, remplis de foi ; des imitateurs du Christ vivant une vie authentiquement heureuse qui nourrit une relation avec Dieu et avec l’Église ». Le Pape François rappelait que l’accompagnateur doit savoir susciter la confiance et être une personne sage, « qui ne s’effraie de rien, qui sait écouter et qui a ce don du Seigneur de dire le mot juste au bon moment » (Réunion Pré-synodale, réponse à la question n° 2).

132. Les jeunes de la Réunion Pré-synodale détaillent avec précision le profil de l’accompagnateur : « être un chrétien fidèle et engagé dans l’Église et le monde, qui cherche constamment la sainteté, quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance, qui ne juge pas, qui écoute activement les besoins des jeunes et y répond avec bienveillance, quelqu’un qui aime profondément avec conscience, qui reconnaît ses limites et comprend les joies et les peines d’un chemin de vie spirituelle » (RP 10). À leurs yeux, la reconnaissance de leur humanité et de leur vulnérabilité revêt une particulière importance : « Parfois les accompagnateurs spirituels sont mis sur un piédestal, et cela a un impact dévastateur qui ruine la capacité des jeunes à continuer leurs engagements dans l’Église » (RP 10). Ils ajoutent que « les accompagnateurs ne devraient pas conduire les jeunes comme s’ils étaient des sujets passifs mais marcher avec eux en leur permettant d’être acteurs de leur cheminement. Ils devraient respecter la liberté des jeunes qu’ils rencontrent sur leurs chemins de discernement et les équiper pour discerner en leur donnant les outils utiles pour avancer. Un accompagnateur devrait profondément croire à la capacité du jeune à participer à la vie de l’Église. Il devrait semer la semence de la foi dans la terre des jeunes sans attendre de voir immédiatement les fruits du travail de l’Esprit-Saint. Le rôle d’accompagnateur ne doit pas être limité aux prêtres et aux consacrés, mais les laïcs doivent être encouragés à prendre aussi part à cette mission. Tous devraient bénéficier d’une sérieuse formation initiale et continue » (RP 10).

L’accompagnement des séminaristes et des jeunes consacrés

133. « L’accompagnement personnalisé est un moyen indispensable de la formation » (RFIS 45) des séminaristes, mais cette même considération peut facilement être élargie aux religieuses et religieux en formation. Il s’agit en premier lieu d’un moyen au service du discernement vocationnel et de l’authentification des charismes : aussi bien chaque personne que l’Église ont besoin de soumettre à la vérification le choix réalisé. Dans ce but, il est indispensable que celui qui accompagne se réserve un espace effectif de liberté : inspirer confiance exige de renoncer à des formes de contrôle peu transparentes, mais la découverte de la possibilité d’interrompre le parcours de formation et l’aide à reconnaître une potentielle autre place ne peuvent être exclues a priori, ni considérées comme un échec, même dans des situations de pénurie de ministres ordonnés et d’hommes et femmes consacrés. En même temps, cet accompagnement sera un service pour la maturation humaine et chrétienne de ceux qui sont en formation et un véritable investissement en termes de formation qui demandera la disponibilité de femmes et d’hommes ayant les qualités pour pouvoir à leur tour en accompagner d’autres dans la découverte de leur vocation et la manière de la réaliser. L’accompagnement s’apprend avant tout en acceptant d’être soi-même accompagné.

134. L’expérience des formateurs montre que les candidats au ministère ordonné et à la vie consacrée sont des jeunes de notre temps et qu’ils partagent avec leurs pairs les traits caractéristiques d’une culture et d’une approche du monde, marquée par l’omniprésence des réseaux sociaux et de la communication numérique. L’accompagnement devra avoir pour but d’aider à l’approfondissement de la vie spirituelle personnelle et de l’élan apostolique, en aidant à l’intégration des efforts difficiles, des déceptions et des moments d’aridité ; là où se révèlent des difficultés d’ordre psychologique, un accompagnement spécifique qui complète l’accompagnement spirituel aidera grandement. En même temps, l’accompagnement spirituel visera à éviter la dispersion, en aidant la personne à s’enraciner dans l’étape qu’elle est en train de vivre, même si celle-ci est provisoire, et à ne pas vivre dans l’attente de la fin de la formation. La rencontre avec le Seigneur se joue dans le présent, y compris pour ceux qui vivent dans une maison de formation.

135. Un des défis posés de manière toujours plus intense par notre époque est celui de l’intégration des différences. En particulier dans les contextes de formation qui réunissent des personnes de différents pays et de cultures, les jeunes devront être accompagnés pour aborder au mieux la rencontre interculturelle. Ils s’entraîneront ainsi à répondre à ce que l’environnement social exigera d’eux une fois leur formation terminée. Si d’une part les jeunes sont prédisposés à la rencontre des autres cultures, ils ont, d’autre part, de réelles difficultés à se confronter à la différence, car ils proviennent d’une société qui fait usage de moyens puissants pour immuniser contre les différences, en prétendant parfois les nier, les uniformiser ou les sous-évaluer.

136. L’accompagnement sera crucial pour la juste prise en compte des itinéraires selon les origines, de plus en plus différenciés aujourd’hui en ce qui concerne l’âge d’entrée, le niveau d’instruction, les parcours formatifs, les expériences professionnelles et affectives précédentes, la provenance ecclésiale (paroisses, associations, mouvements, etc.). L’accompagnement est un instrument clé pour permettre une personnalisation réelle du parcours de formation, et les jeunes apprécient cela, alors qu’ils trouvent mortifiantes les propositions standardisées. Cela pourra concerner également la spécificité de l’accompagnement pédagogique durant les études.

IIIème Partie
Choisir :
Chemins de conversion pastorale et missionnaire

137. À partir des éléments d’interprétation du contexte mis en évidence dans la IIème Partie, il s’agit maintenant de se concentrer sur la détermination des orientations, du style et des moyens les plus indiqués pour permettre à l’Église de remplir sa mission auprès des jeunes : les aider à rencontrer le Seigneur, à faire l’expérience qu’Il les aime et à répondre à son appel à la joie de l’amour. Dans cette dynamique de discernement, l’Église, en s’engageant à accompagner tous les jeunes, pourra retrouver un élan apostolique renouvelé et joyeux, à travers un chemin de conversion pastorale et missionnaire.

Chapitre I
Une perspective intégrale

Le discernement : style d’une Église « en sortie »

138. Le Pape François, lors de sa rencontre avec les jeunes au début de la RP, a déclaré que le Synode est « aussi un appel adressé à l’Église, pour qu’elle redécouvre un dynamisme renouvelé de la jeunesse. […] Dans l’Église aussi nous devons apprendre de nouveaux modes de présence et de proximité » (Discours à la Réunion Post-synodale, 3). Une CE affirme avec une grande clarté que « les jeunes demandent à l’Église un changement monumental d’attitude, d’orientation et de pratique ». Une autre, rendant compte des chemins de renouvellement en acte sur son territoire, écrit : « La vraie question qui sous-tend ces tentatives concerne plus généralement la forme d’Église que nous cherchons et que nous entendons proposer : la formule “Église en sortie” identifie de manière pertinente le problème général, mais nous sommes encore à la recherche d’indications concrètes utiles à sa mise en œuvre. » Cela exige « un processus résolu de discernement, de purification et de réforme » (EG 30) et une écoute honnête et approfondie des jeunes qui participent de plein droit au sensus fidei fidelium.

139. Dans une telle perspective, « choisir » ne signifie pas donner des réponses définitives aux problèmes rencontrés, mais avant tout identifier des pas concrets à poser pour progresser dans la capacité de réaliser comme communauté ecclésiale des processus de discernement en vue de la mission. Du reste, nous ne pouvons pas penser que notre proposition d’accompagnement en vue du discernement vocationnel soit crédible auprès des jeunes auxquels elle s’adresse si nous ne montrons pas que nous savons pratiquer le discernement dans la vie ordinaire de l’Église, en faisant de celui-ci un style de vie communautaire avant d’en faire un instrument pratique. Tout comme les jeunes, beaucoup de CE ont exprimé la difficulté à s’orienter dans un monde complexe dont ils ne possèdent pas la carte. Face à une telle situation, le Synode est un exercice pour grandir dans la capacité de discerner comme son titre l’indique.

Peuple de Dieu dans un monde fragmenté

140. Le parcours synodal, en tant que « chemin parcouru ensemble », contient une invitation pressante à redécouvrir la richesse de l’identité du « peuple de Dieu » qui définit l’Église comme un signe prophétique de communion dans un monde souvent déchiré par les divisions et les discordes. « Le statut de ce peuple, c’est la dignité et la liberté des fils de Dieu, dans le cœur de qui, comme dans un temple, habite l’Esprit Saint. Sa loi, c’est le commandement nouveau d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34). Sa destinée enfin, c’est le Royaume de Dieu » (LG 9). Dans son histoire concrète, le peuple de Dieu est un peuple aux multiples visages, puisqu’il « s’incarne dans les peuples de la terre, chacun de ses membres [ayant] sa propre culture » (EG 115). En son sein, l’Esprit Saint « suscite une grande richesse diversifiée de dons et en même temps construit une unité qui n’est jamais uniformité mais une harmonie multiforme qui attire » (EG 117). Cette identité dynamique pousse l’Église en direction du monde, la rend missionnaire et en sortie, habitée non pas par la préoccupation d’« être le centre » (EG 49), mais par celle de sortir, humblement, pour être ferment jusqu’au-delà de ses propres « frontières », en étant consciente qu’elle a à donner et à recevoir, comme l’indique la logique de l’échange des dons.

Dans cette dynamique, l’Église devra faire du dialogue son style de vie et sa méthode, en favorisant la conscience de l’existence de liens et de connexions dans une réalité complexe qu’il serait réducteur de considérer uniquement comme une réalité fragmentée. Elle devra prendre sur elle la tension vers une unité qui, sans se transformer en uniformité, permette la conjonction de toutes les parties, en sauvegardant l’originalité de chacune et la richesse unique qu’elle représente par rapport au tout (cf. EG 236). Aucune vocation, en particulier dans l’Église, ne peut se placer en dehors de ce dynamisme de sortie et de dialogue et tout effort authentique d’accompagnement du discernement vocationnel ne pourra se faire en dehors de cette perspective, et réservera une attention privilégiée aux plus pauvres et aux plus vulnérables.

Une Église qui engendre

141. Ce dynamisme de sortie de soi pour donner la vie et se dépenser au service des autres afin que tous, individuellement et ensemble, rencontrent la joie de l’amour, informe la manière dont l’Église exerce l’autorité qui lui a été confiée, de sorte qu’elle soit authentiquement source d’engendrement et donc créatrice de communion. Selon certaines analyses, l’autorité est, au sens étymologique, la capacité de « faire grandir » (augeo, en latin, d’où auctor et auctoritas) chaque créature dans la singularité que le Créateur a conçue et voulue pour elle. Exercer l’autorité revient alors à assumer la responsabilité d’un service pour développer et libérer de la liberté, et non un contrôle qui coupe les ailes des personnes et les maintient enchaînées.

142. En conséquence, l’Église « se fait » avec les jeunes, en leur permettant un réel protagonisme au lieu de leur opposer un « on a toujours fait comme ça ». Cette perspective, qui détermine un style pastoral et une forme d’organisation et de fonctionnement institutionnel, s’accorde bien avec la demande d’authenticité que les jeunes adressent à l’Église. Ceux qui s’attendent à être accompagnés non par un juge inflexible ni par des parents craintifs et hyper-protecteurs qui maintiennent dans la dépendance, mais par quelqu’un qui n’a pas peur de ses propres faiblesses et sait mettre en valeur le trésor que, tel un vase d’argile, il conserve en son sein (cf. 2Co 4, 7). Sinon, ils finiront par s’adresser ailleurs, surtout en un temps où les propositions alternatives ne manquent pas (cf. RP 1.7.10).

143. Pour engendrer ainsi, l’accompagnement au discernement vocationnel doit se situer dans une perspective intégrale. La vocation n’est jamais un principe qui aliène la personne, mais plutôt un centre d’intégration de toutes les dimensions de son être, pour les rendre fécondes : des talents naturels au caractère, avec ses qualités et ses défauts, des passions les plus profondes aux compétences acquises par les études, des expériences de réussite aux échecs inhérents à toute histoire personnelle, de la capacité à entrer en relation et à aimer jusqu’à celle d’assumer son rôle de manière responsable au sein d’un peuple et d’une société. Le service de l’accompagnement vient toucher une série d’éléments qui seulement en apparence peuvent apparaître disparates ou peu spirituels, et il requiert une forme d’alliance entre les différentes instances de formation.

Chapitre II
Plongés dans le tissu de la vie quotidienne

144. L’appel à la joie et à la vie en plénitude se situe toujours dans le cadre d’un contexte culturel et social. C’est pour faire face aux circonstances de la vie quotidienne que les jeunes désirent être accompagnés, formés, mis en responsabilité. L’Église est donc appelée à « sortir, voir, appeler » (DP III, 1.3), c’est-à-dire à investir du temps pour connaître et comprendre les contraintes et les opportunités des divers contextes sociaux et culturels afin d’y faire résonner de manière compréhensible l’appel à la joie de l’amour. En même temps, les relations sociales et interpersonnelles ainsi que les dynamiques de la vie quotidienne (amitié, affectivité, rapport au temps et à l’argent, etc.) entraînent l’apparition de désirs, idées, émotions et sentiments qu’un parcours d’accompagnement aidera à reconnaître et interpréter. Une perspective intégrale exige de reconnaître l’existence de liens entre les domaines et les contextes où se déroule la vie des jeunes, ce qui exige de convertir les pratiques pastorales et les modes de formation des accompagnateurs.

145. En particulier, l’expérience de ses propres fragilités ou la rencontre avec celles d’autrui, qu’elles viennent d’un groupe ou d’une communauté, d’une société ou d’une culture, est aussi éprouvante que précieuse. Pour les jeunes, cela peut être l’occasion de découvrir des ressources cachées et de voir naître des questionnements vocationnels, en les incitant à sortir d’une recherche continuelle de petites certitudes. En accompagnant ces parcours, l’Église découvrira de nouvelles frontières et de nouvelles ressources pour remplir sa mission.

L’accompagnement scolaire et universitaire

146. Pratiquement toutes les CE soulignent l’importance des écoles, universités et institutions de formation en tous genres pour l’accompagnement des jeunes dans leur interrogation quant à leur projet personnel de vie et au service du développement de la société. Dans beaucoup de régions, celles-ci sont le principal sinon l’unique lieu non ouvertement ecclésial où les jeunes entrent en contact avec l’Église. Dans certains cas elles deviennent même une alternative aux paroisses que beaucoup de jeunes ne connaissent pas ni ne fréquentent. Les jeunes de la Réunion Pré-synodale soulignent eux aussi l’importance de l’engagement de l’Église dans ces lieux d’éducation et de formation : « Elle ne gâche pas ses ressources quand elle les investit dans des lieux où beaucoup de jeunes passent la plupart de leur temps et quand elle s’intéresse à des personnes de milieux socio-professionnels variés » (RP 13). Il est demandé une attention particulière à l’égard des nombreux jeunes qui quittent l’école ou n’ont pas la possibilité d’accéder à une formation.

L’exigence d’une vision et d’une formation intégrales

147. Dans beaucoup d’écoles et d’universités, même catholiques, instruction et formation poursuivent des objectifs excessivement utilitaires et mettent l’accent sur le côté pratique des notions acquises pour le monde du travail plus que sur la croissance des personnes. Il faut au contraire situer les compétences techniques et scientifiques dans une perspective générale, dont l’horizon de référence est la « culture écologique » (cf. LS 111). Il est nécessaire, entre autres, de conjuguer intellect et désir, raison et affectivité ; de former des citoyens responsables, capables d’affronter la complexité du monde contemporain et de dialoguer avec la diversité ; de les aider à intégrer la dimension spirituelle dans les études et dans l’engagement culturel ; de les rendre capables de discerner non seulement des choix de parcours qui ont du sens pour eux-mêmes, mais aussi des trajectoires pour servir le bien commun des sociétés dont ils font partie.

148. Cette conception intégrale de l’éducation exige une conversion systémique, qui implique tous les membres des communautés éducatives ainsi que les structures d’organisation matérielles, économiques et institutionnelles qu’ils utilisent. Enseignants, professeurs, tuteurs et toutes les figures impliquées dans les parcours éducatifs, en particulier ceux qui opèrent dans des zones abandonnées ou défavorisées, rendent de précieux services et l’Église leur en est reconnaissante. Un investissement renouvelé dans leur formation intégrale est nécessaire pour faciliter les voies de redécouverte et de réappropriation de cette vocation authentique : ils sont appelés à transmettre non seulement des contenus, mais aussi à témoigner d’une maturité humaine, par la mise en œuvre de dynamiques génératrices de paternité ou de maternité spirituelles capables de faire des jeunes les acteurs de leur aventure personnelle.

La spécificité et la richesse des écoles et universités catholiques

149. Bon nombre de CE du monde entier apprécient les écoles et universités catholiques. Leur objectif, comme l’a dit le Pape François, n’est pas de faire du prosélytisme, mais de « faire progresser les jeunes, les enfants, dans les valeurs humaines dans toute leur réalité, une de ces réalités étant la transcendance » (Discours aux participants au congrès mondial sur l’éducation, organisé par la Congrégation pour l’Éducation catholique, 21 novembre 2015). Cette perspective les engage à collaborer avec les autres instances éducatives sur un même territoire, et montre en même temps que, au sein des sociétés libres et ouvertes qui ont besoin de faire dialoguer des identités différentes, les fermetures idéologiques à leur égard n’ont plus de sens.

150. La fidélité à leur mission exige de la part de telles institutions l’engagement à vérifier que les élèves reçoivent de manière effective les valeurs qui leur sont proposées. Elle exige aussi l’engagement à promouvoir une culture de l’évaluation et de l’autoévaluation continues. Au-delà des déclarations abstraites, nous devons nous demander si nos écoles aident les jeunes à considérer leur formation scolaire comme une responsabilité à l’égard des problèmes du monde, des besoins des plus pauvres et de la protection de l’environnement. Dans les universités catholiques – le Pape François le disait à celle du Portugal –, il ne suffit pas de donner à analyser et décrire la réalité, mais « il est nécessaire de créer des espaces de recherche véritable, des débats qui génèrent des alternatives pour les problèmes d’aujourd’hui » et d’« inclure la dimension morale, spirituelle et religieuse dans leur recherche. Les écoles et les universités sont invitées à montrer en pratique en quoi consiste une pédagogie inclusive et intégrale » (Audience à la Communauté de l’Université catholique portugaise, 26 octobre 2017).

151. En particulier en ce qui concerne les universités, facultés et instituts ecclésiastiques – mais de manière analogue pour toutes les écoles et universités catholiques –, il est important de tenir compte de certains critères inspirateurs : la contemplation spirituelle, intellectuelle et existentielle du kérygme ; le dialogue dans tous les domaines ; l’interdisciplinarité exercée avec sagesse et créativité ; la nécessité urgente de « faire réseau » (cf. VG 4).

Économie, travail et soin de la maison commune

À la recherche de nouveaux modèles de développement

152. L’accompagnement vers la pleine maturité humaine inclut la dimension du soin de la maison commune. Cela exige aussi de l’Église et de ses institutions qu’elles fassent leur la perspective du développement durable et qu’elles promeuvent des styles de vie adaptés. Cela exige aussi que l’Église combatte les visions réductrices aujourd’hui dominantes (paradigme technocratique, idolâtrie du profit, etc.). Laudato Si’ nous invite à croire que la conversion écologique est possible. Pour susciter un dynamisme de changement durable, cette approche écologique doit mobiliser non seulement au niveau des choix individuels, mais aussi au niveau des choix communautaires et sociaux, en exerçant des formes de pression sur les responsables politiques. L’apport des jeunes est ici indispensable, comme l’affirme une CE africaine : « Beaucoup de responsables ecclésiaux reconnaissent le dynamisme des jeunes de notre pays, leur implication responsable dans l’Église et dans les politiques de développement social. » Si l’on veut promouvoir le développement durable, il faut inviter les jeunes à y appliquer leurs ressources intellectuelles, dans les diverses disciplines qui font l’objet de leurs études, et à orienter dans cette perspective leurs choix professionnels ultérieurs.

153. On considère comme crucial l’apport spécifique que l’Église peut fournir à l’élaboration d’une spiritualité qui sache reconnaître la valeur des petits gestes et inspirer les choix qui diffèrent de la logique de la culture du déchet. Comme le rappelle le Pape François, « toutes les communautés chrétiennes ont un rôle important à jouer dans cette éducation. J’espère aussi que dans nos séminaires et maisons religieuses de formation, on éduque à une austérité responsable, à la contemplation reconnaissante du monde, à la protection de la fragilité des pauvres et de l’environnement » (LS 214).

Le travail face à l’innovation technologique

154. Les processus d’innovation et de développement des technologies numériques et informatiques dans le monde économique génèrent un phénomène mondialement connu sous le nom d’ « Industrie 4.0 » et a des retombées sur le monde du travail. Les communautés chrétiennes sont invitées à s’interroger davantage sur ces phénomènes dans leur effort éducatif et leur effort d’accompagnement des jeunes. Dans un contexte marqué par des changements constants, par l’impossibilité de dessiner aujourd’hui le profil des compétences dont on aura besoin demain et par le risque d’exclusion pour ceux qui ne sauront pas s’adapter, la formation et l’accompagnement professionnels deviennent des domaines clés de responsabilité afin de permettre à tous les jeunes de s’exprimer et développer leurs talents. Et ce, pour que personne ne soit laissé pour compte ou considéré comme inutile. L’objectif est que le développement des compétences professionnelles et le renforcement de la capacité de donner un sens à son travail ainsi que la défense du droit humain fondamental à un travail digne tienne le rythme de l’innovation technologique. Les jeunes générations sont porteuses d’une approche de la réalité qui peut grandement contribuer à l’humanisation du monde du travail : style collaboratif, culture du respect des différences et de leur inclusion, capacité à travailler en équipe, recherche d’harmonisation entre l’engagement dans le travail et les autres dimensions de la vie.

Collaborer à la création d’emplois pour tous

155. La promotion d’un modèle économique nouveau exige de favoriser le développement des alternatives qui naissent spontanément dans les périphéries et parmi les groupes qui souffrent des conséquences de la culture du déchet, mais conservent des valeurs et des pratiques de solidarité qui ailleurs ont été perdues. Soutenir ces expériences en permettant la création d’emplois, en particulier pour les jeunes, surtout dans les contextes où le niveau de chômage des jeunes est le plus élevé, exige avant tout de chercher des ressources. Comme cela est ressorti de plusieurs observations reçues, dans certains pays on demande d’identifier des formes par l’intermédiaire desquelles l’Église pourrait participer à cette recherche pour créer des emplois de par ses patrimoines fonciers, immobiliers et artistiques, de manière à les valoriser par des initiatives et des projets d’entreprise avec des jeunes, et qui seraient ainsi « générateurs » d’utilité sociale, au-delà du simple rendement économique.

Dans la trame des cultures de la jeunesse

Former à la citoyenneté active et à la politique

156. Plusieurs CE signalent la sensibilité des jeunes aux questions d’éthique sociale (liberté, justice, paix, écologie, économie, politique), sensibilité qui demande à être accompagnée, soutenue et encouragée. Le commandement de l’amour a une importance intrinsèquement sociale, il comprend l’option préférentielle pour les pauvres et l’engagement à l’édification d’une société plus juste et moins corrompue. L’engagement social et l’engagement politique constituent, au moins pour certains, une véritable vocation, dont la maturation doit être accompagnée du point de vue spirituel. Quoi qu’il en soit, aucun discernement vocationnel ne peut se concentrer uniquement sur la recherche de sa place personnelle dans le monde sans s’interroger en même temps, de manière créative, sur ce qu’il peut identifier comme apport spécifique qu’on est appelé à mettre au service du bien commun.

157. À travers l’expérience d’un engagement social, beaucoup de jeunes s’interrogent sur et (re)découvrent un intérêt pour la foi chrétienne. De plus, l’engagement pour la justice et l’engagement avec les pauvres sont une occasion de rencontre et de dialogue avec des non-croyants et des personnes d’autres confessions ou d’autres religions. Beaucoup de CE pratiquent ou recherchent de nouvelles modalités de formation à l’engagement civil, social et politique en particulier en stimulant la participation et la prise de responsabilités des jeunes, ainsi que le débat entre pairs. On voit émerger certains éléments de réponse importants : valoriser les compétences professionnelles et le parcours d’études des jeunes, en leur offrant la possibilité d’être acteurs et responsables ; proposer des expériences concrètes de service et de contact avec les plus pauvres et avec des personnes de milieux sociaux différents de leur milieu d’origine, y compris des expériences internationales et des expériences de protection de l’environnement et de la nature ; fournir des éléments pour la lecture et l’évaluation du contexte, à partir d’une meilleure compréhension de la doctrine sociale de l’Église – dont la RP souligne aussi la valeur (cf. RP 3) – et de l’écologie intégrale ; favoriser la maturation d’une spiritualité de la recherche de justice, en mettant en valeur l’éclairage qu’apporte la Bible à l’interprétation des dynamiques sociales ; soutenir des parcours de changement de style de vie, qui soulignent l’importance des petits gestes quotidiens sans oublier l’ouverture sur la dimension structurelle et institutionnelle.

158. En outre, les jeunes sont en général très sensibles à la lutte contre la corruption et à la question des discriminations. En particulier, la RP affirme avec conviction que « l’Église peut jouer un rôle vital pour s’assurer que les jeunes ne soient pas marginalisés mais se sentent acceptés » (RP 5), et indique comme premier domaine d’engagement la promotion de la dignité des femmes. Des sociétés toujours plus multiculturelles, marquées par des phénomènes migratoires ou par la présence de minorités ethniques, culturelles ou religieuses demandent de prévoir des parcours qui aident à combattre les préjugés et à lutter contre les différentes formes de discrimination raciale ou de caste.

159. Toujours en ce qui concerne l’engagement social et civil, le parcours pré-synodal a souligné certains domaines auxquels il est bon de prêter attention. Le premier est celui des jeunes qui font partie des forces armées et de la police, qui doivent être aidés à s’approprier certaines valeurs et à intégrer la dimension implicite de service à la population inhérente à leur fonction et que certaines circonstances mettent particulièrement en évidence (missions de paix, catastrophes naturelles, etc.). Le second domaine est celui des jeunes qui font des expériences de service à temps plein, expériences qui, selon la partie du monde, peuvent prendre des noms divers (service civil, année sabbatique, année de volontariat social, etc.) ; comme le souligne la RP, il s’agit souvent pour le jeune d’un temps propice au discernement de son propre avenir (cf. RP 15). Il faut éviter l’écueil qui consiste à considérer les jeunes engagés dans ces expériences comme une main-d’œuvre à bon marché à laquelle on confie des tâches que personne ne veut ou ne peut remplir.

Apprendre à habiter le monde numérique

160. Aussi bien la RP que de nombreuses CE reconnaissent la nécessité d’aborder résolument la question de l’accompagnement en vue d’un usage responsable des technologies numériques. La RP a suggéré un chemin : « Premièrement, en engageant un dialogue avec les jeunes, l’Église devrait approfondir sa compréhension de la technologie, afin d’aider ces jeunes à en discerner un bon usage. De plus, l’Église devrait, en interne, approfondir sa compréhension de la technologie, particulièrement Internet, et l’envisager comme un espace fécond pour la Nouvelle Évangélisation. […] Deuxièmement, l’Église devrait aborder la crise généralisée de la pornographie, y compris la question de la protection des mineurs sur Internet, et s’exprimer sur les atteintes que cela porte à notre humanité » (RP 4).

161. Beaucoup de CE reconnaissent les potentialités de l’Internet en tant qu’outil de contact pastoral et même d’orientation vocationnelle, en particulier là où, pour diverses raisons, l’Église a du mal à rejoindre les jeunes par d’autres moyens. En ce sens, les compétences des natifs du numérique sont à valoriser, y compris à l’intérieur de l’Église. En revanche, on ne peut pas réduire la perception des réseaux sociaux et de l’univers numérique à une vision qui les considéreraient simplement comme des outils à utiliser pour la pastorale, ou encore à une manière de voir qui opposerait une réalité « virtuelle » à la réalité « réelle ». Au contraire, les réseaux sociaux et l’univers numérique constituent un milieu de vie avec sa culture propre qu’il faut contribuer à évangéliser. Regardons simplement l’exemple du domaine des « jeux vidéo » qui, dans certains pays, représente un défi de tout premier ordre pour la société et pour l’Église, parce qu’il façonne chez les jeunes une vision discutable de l’être humain et du monde, vision qui alimente une manière d’être en relation marquée par la violence.

La musique entre intériorité et affirmation de l’identité

162. Parmi tous les langages artistiques, la musique est tout particulièrement liée à la dimension de l’écoute et de l’intériorité. Son impact sur la sphère émotionnelle peut représenter une occasion de formation au discernement. De plus, le choix des genres musicaux et des musiciens que l’on écoute est un des éléments qui contribuent à définir l’identité, surtout sociale, des jeunes. S’ouvre là un espace pour une production musicale qui aide au développement de la spiritualité. Par ailleurs, il est nécessaire de soigner le chant et la musique dans le cadre de la vie et du cheminement de la communauté, comme cela se passe déjà dans certains contextes. Certains jeunes sont attirés par la qualité de la musique des diverses traditions chrétiennes (telles que le chant grégorien, le chant du monachisme orthodoxe ou le gospel). Parfois, cependant, les propositions qui imitent les langages musicaux contemporains plus commerciaux ne favorisent pas le recueillement et l’écoute intérieure. Certaines CE font remarquer que les propositions d’autres confessions et religions se révèlent attrayantes pour les jeunes, y compris les jeunes catholiques, de par leur langage simple et immédiat, et grâce à une « musique dynamique et de haute qualité ».

163. Une attention particulière doit être accordée aux grands événements musicaux : il conviendrait de promouvoir des occasions pour redécouvrir la valeur authentiquement festive et socialisatrice de la musique, à partir de productions que les jeunes eux-mêmes reconnaissent être de qualité. Les JMJ et les grands événements nationaux ou régionaux peuvent être l’occasion de proposer une autre manière de concevoir les grands événements, en intégrant la musique dans un programme de rencontre ecclésiale pour les jeunes.

Sport et compétition

164. Étant donné l’impact du sport, beaucoup de CE suggèrent qu’il est nécessaire de mieux le valoriser d’un point de vue éducatif et pastoral. Le soin et la discipline du corps, la dynamique d’équipe qui met l’accent sur la collaboration, la valeur de la loyauté et du respect des règles, l’importance de l’esprit de sacrifice, de la générosité, du sentiment d’appartenance, de la passion, de la créativité, font du sport un lieu éducatif prometteur qui permet un vrai chemin d’unification personnelle. Victoires et échecs génèrent des dynamiques émotionnelles qui peuvent devenir un exercice pour le discernement. Pour que cela arrive, il faut que soient proposées aux jeunes des expériences de saine compétition, qui ne cherchent pas le succès à tout prix, et qui permettent de transformer l’effort de l’entraînement en une occasion de maturation intérieure. Il faut donc des clubs sportifs – et cela vaut en particulier pour ceux qui font référence à l’Église – qui choisissent d’être d’authentiques communautés éducatives à part entière, et non uniquement des centres prestataires de services. Il est donc fondamental de soutenir la prise de conscience du rôle éducatif des entraîneurs, des techniciens et des dirigeants, en prenant soin de leur formation continue. Au-delà de la stricte sphère de la compétition, il conviendrait de penser à de nouvelles configurations des lieux éducatifs afin qu’ils contribuent à renforcer la reconnaissance réciproque, le tissu social et les liens communautaires, surtout dans le domaine interculturel.

L’amitié et l’accompagnement entre pairs

165. Il est important de reconnaître combien le groupe de pairs est un espace d’émancipation par rapport à la famille, un lieu de consolidation de l’identité et de développement des capacités relationnelles. Les occasions de grandir dans l’amitié ont une grande importance, de même que les moments de loisirs ou de vacances partagés, ainsi que les expériences qui permettent aux jeunes de devenir à leur tour accompagnateurs de jeunes de leur âge ou de plus jeunes, en découvrant la beauté de la prise de responsabilité et le goût du service. L’appartenance à la communauté, le partage de références communes, la facilité à s’identifier à l’autre et à communiquer sont à la racine du succès des initiatives d’éducation mutuelle et des « communautés d’apprentissage » qu’elles font naître. En particulier, elles sont utiles quand elles abordent des questions sur lesquelles la parole des adultes pourrait se révéler plus lointaine, moins crédible (sexualité, prévention des dépendances, etc.) et donc moins à même de produire un changement de comportement.

Proximité et soutien dans le malaise et la marginalisation

Handicap et maladie

166. Dans la vie de beaucoup de jeunes, la douleur marque le corps et même l’âme d’une façon imprévisible et incompréhensible. Maladies et troubles psychiques, sensoriels et physiques peuvent parfois faire perdre espoir et transformer l’affectivité et la sexualité en une source de souffrance. Comme le racontait dans sa contribution au parcours pré-synodal un jeune porteur de handicap, « on n’est jamais suffisamment préparé à vivre avec un handicap : celui-ci oblige à se poser des questions sur sa propre vie, il invite à s’interroger sur sa propre finitude ». Les jeunes qui vivent ces situations sont appelés eux aussi à découvrir comment interpréter l’appel à la joie et à la mission – « comment être porteur de la joie de l’Évangile quand la souffrance est à l’ordre du jour ? » – et à découvrir leurs forces intérieures : « Pleurer peut être un droit, mais lutter et aimer sont mes devoirs ». Ces jeunes comptent sur l’aide de leurs pairs et enseignent à leurs amis à se confronter à la limite, en les aidant à grandir en humanité. Les mouvements et communautés qui savent intégrer les jeunes porteurs d’un handicap ou atteint d’une maladie sont bienfaisantes : ces mouvements et communautés soutiennent les familles de ceux qu’ils accueillent et valorisent ce que ces personnes fragiles peuvent donner aux autres jeunes et à tous. La créativité grâce à laquelle la communauté animée par la joie de l’Évangile peut devenir une alternative au malaise est inépuisable. Par exemple, dans certains contextes, surtout africains, des parcours d’intégration novateurs sont mis en œuvre au sein de la pastorale de la jeunesse pour les jeunes porteurs de HIV ou atteints du SIDA.

Dépendances et autres fragilités

167. L’usage de drogues, alcool et autres substances qui altèrent l’état de conscience, de même que d’autres dépendances anciennes et nouvelles, rendent beaucoup de jeunes esclaves et représentent une menace pour leur vie. Certains d’entre eux, plongés dans de telles situations d’inconfort, peuvent quand même trouver la bonne occasion d’un nouveau départ, grâce, par exemple, à un séjour dans une maison d’accueil, une communauté éducative ou de réinsertion. Ils ont besoin d’être accompagnés pour reconnaître leurs erreurs et discerner comment orienter différemment leur vie. Ils ont ainsi besoin d’être soutenus pour affronter la réinsertion dans un contexte social qui tend souvent à les stigmatiser et à les ghettoïser. L’engagement de certaines institutions ecclésiales sur ce front est important et mérite d’être soutenu par les communautés chrétiennes dans leur ensemble, en arrivant à surmonter la tentation de la fermeture. La formation des professionnels et des bénévoles engagés dans ces structures revêt une grande importance, y compris du point de vue spirituel. Quoi qu’il en soit, cet engagement ne peut se dispenser de promouvoir une culture de la prévention et de prendre position en tant qu’Église dans la lutte contre les trafiquants de drogue et contre ceux qui spéculent sur les mécanismes de dépendance.

Avec les jeunes détenus

168. La réhabilitation des jeunes détenus exige de les impliquer dans des projets personnalisés en stimulant, par une action éducative, la relecture des expériences passées, la reconnaissance des erreurs commises, la réconciliation avec les traumatismes subis et l’acquisition de compétences sociales et professionnelles en vue de la réinsertion. Les dimensions spirituelle et religieuse peuvent revêtir un rôle de grande importance et l’Église est reconnaissante envers ceux qui œuvrent pour la rendre présente dans ces contextes (aumôniers des prisons, bénévoles, etc.), en assurant auprès des détenus une tâche d’accompagnement. Ceux-ci demandent, entre autres, de trouver un moyen pour que le Synode implique les jeunes détenus et leur redonne de l’espérance. Enfin, on ne doit pas réduire l’importance de la formation, humaine et professionnelle, et de l’accompagnement de ceux qui agissent à l’intérieur du système pénitentiaire (gardiens de prison, psychologues, éducateurs, etc.), qui se trouvent souvent confrontés à des situations d’extrême complexité et difficulté.

Dans les situations de guerre et de violence

169. Dans le monde, de très nombreux jeunes vivent dans des situations de guerre ou de conflit armé plus ou moins intenses. Certains sont enrôlés de force ou par ruse dans des groupes paramilitaires ou des bandes armées, tandis que des jeunes femmes sont kidnappées et victimes d’abus. Ceux qui survivent souffrent de conséquences psychologiques et sociales. En général, devenir adulte dans des contextes de grande violence fait obstacle à la maturation personnelle, ce qui exige un effort éducatif et un accompagnement spécifiques, en particulier pour la reconstruction des capacités relationnelles et la guérison des traumatismes subis. Il s’agit d’éléments à prendre en compte dans les parcours de discernement vocationnel, parce que l’appel à la joie est aussi adressé à ces jeunes. Les parcours de réconciliation au niveau local ou national sont tout aussi importants parce qu’ils offrent un contexte dans lequel les vies des jeunes qui ont subi des violences parfois très brutales peuvent retrouver et offrir des énergies précieuses pour surmonter les divisions, les rancœurs, les représailles.

Jeunes migrants et culture de l’accueil

170. L’augmentation incessante du nombre de migrants et de réfugiés, et de manière particulière la situation des victimes du trafic et de la traite humaine, exigent de mettre en œuvre des parcours de protection juridique de leur dignité et de leur capacité d’action, et en même temps de promouvoir des voies d’intégration dans la société où ils arrivent. Pour cela, les initiatives de nombreux organismes ecclésiaux et la mobilisation de toute la communauté chrétienne sont d’une grande importance. L’accompagnement des jeunes migrants, de première et seconde génération, dans la recherche de leur chemin personnel vers la joie et vers la possibilité de contribuer au développement de la société représente un défi particulier en termes d’accompagnement du discernement vocationnel, en tant qu’il doit tenir compte de la dimension interculturelle. Les parcours des couples mixtes du point de vue culturel et du point de vue religieux devront être accompagnés avec grande délicatesse et attention, de même que les personnes qui, provenant de parcours migratoires, se sentent appelées au sacerdoce ministériel ou à la vie consacrée. Dans les contextes qui voient la présence de cultures diverses à l’intérieur de la communauté chrétienne, toute la pastorale, y compris celle des jeunes, est appelée à éviter les formes de ghettoïsation et à promouvoir de réelles occasions de rencontre.

Face à la mort

171. Il n’est malheureusement pas rare de rencontrer l’expérience de la mort chez les jeunes quand ceux-ci meurent ou quand ils ont commis des homicides. Dans ces situations, la maternité de l’Église et sa capacité d’écoute et d’accompagnement sont décisives. La mort est parfois l’aboutissement de l’échec d’un monde, d’une société et d’une culture qui trompe, exploite et enfin exclut les jeunes ; d’autres fois, c’est la rencontre traumatisante des limites de la vie humaine lors de l’expérience de la maladie et du mystère de la souffrance ; il y a aussi la bouleversante expérience du suicide des jeunes qui provoque chez beaucoup des blessures difficiles à guérir ; dans d’autres situations encore, la mort de jeunes à cause de leur foi, un martyre véritable, devient un témoignage prophétique et fécond de sainteté. Dans tous les cas la mort, en particulier celle des jeunes, devient une source de grandes interrogations pour tous. Si pour l’Église cette expérience est toujours l’occasion d’une confrontation renouvelée avec la mort et la résurrection de Jésus, du point de vue pastoral, certaines CE se demandent de quelle manière les situations de décès de jeunes peuvent devenir l’occasion de témoigner et d’inviter tout le monde à la conversion.

Accompagnement et annonce

172. Ceux qui sont engagés dans les nombreux milieux sociaux, éducatifs et pastoraux où se pratique l’accompagnement peuvent témoigner que chaque jeune porte en soi l’image indélébile du Créateur et que l’Esprit parle au cœur de chacun d’eux, même quand ils ne sont pas en mesure de le reconnaître ou n’y sont pas disposés. L’Église est appelée à collaborer à l’œuvre de Dieu, en créant des parcours qui aident les jeunes à recevoir la vie comme un don et à lutter contre la culture du déchet et de la mort. Cet engagement est partie intégrante de la mission d’annonce de l’Église : « La proposition est le Royaume de Dieu (Lc 4, 43) ; il s’agit d’aimer Dieu qui règne dans le monde. Dans la mesure où il réussira à régner parmi nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous » (EG 180). Pour cette raison précise, l’Église ne peut accepter d’être réduite à une ONG ou un organisme philanthropique : ses membres ne peuvent se dispenser de confesser le nom de Jésus (cf. EN 22), pour faire de leur agir un signe éloquent de Son amour qui partage, accompagne, pardonne.

173. Tout accompagnement est une façon de proposer l’appel à la joie et peut ainsi devenir le terrain adapté pour annoncer la bonne nouvelle de la Pâque et favoriser la rencontre avec Jésus mort et ressuscité : « La centralité du kérygme demande certaines caractéristiques de l’annonce […] : qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse » (EG 165). En même temps, tout service d’accompagnement est une occasion de croissance dans la foi pour celui qui l’accomplit et pour la communauté dont il fait partie. Pour cela, le critère principal du bon accompagnateur est d’avoir goûté personnellement « la joie de l’amour », qui démasque la fausseté des gratifications mondaines et remplit le cœur du désir de communiquer cette joie aux autres.

174. Cette crainte évangélique préserve de la tentation de culpabiliser les jeunes pour leur éloignement de l’Église ou au contraire de la tentation de se plaindre, pour parler, comme le font certaines CE, d’une « Église éloignée des jeunes » appelée à s’engager sur des chemins de conversion, en évitant de faire retomber sur les autres ses propres manques d’élan éducatif et sa timidité apostolique. Surmonter le « syndrome de Jonas » demeure encore, sous de multiples aspects, un objectif à atteindre (cf. GE 134). Envoyé pour annoncer aux habitants de Ninive la miséricorde de Dieu, le prophète fuit parce que son cœur ne partage pas l’intention qui anime le cœur de Dieu. La vraie question que l’histoire de Jonas met en évidence est celle de l’évangélisation des évangélisateurs et de la qualité chrétienne de la communauté des croyants, puisque seule une communauté évangélisée peut évangéliser.

Chapitre III
Une communauté évangélisée et évangélisatrice

Une idée évangélique de communauté chrétienne

175. Durant le SI, on a clarifié que l’expérience communautaire demeure essentielle pour les jeunes : si d’une part ils sont « allergiques aux institutions », il est tout aussi vrai qu’ils sont à la recherche de relations significatives dans des « communautés authentiques » et cherchent des contacts personnels avec des « témoins lumineux et cohérents » (cf. RP 5.1.10). Diverses CE ont manifesté le désir que le Synode réaffirme la nature ouverte et inclusive de l’Église, appelée à accompagner les jeunes dans l’optique de sauvegarder tant l’intégrité de l’annonce que la gradualité de la proposition, en respectant ainsi les rythmes de maturation de leur liberté, qui se réalise dans une histoire concrète et quotidienne. À l’exemple de Jésus « le tout premier et le plus grand évangélisateur » (EN 9 ; EG 12), la communauté des croyants est, elle aussi, appelée à sortir pour rencontrer les jeunes là où ils sont, rallumer leurs cœurs et cheminer avec eux (cf. Lc 24, 13-35).

176. Le risque de se renfermer dans une appartenance élitiste qui porte un jugement est une tentation déjà présente dans le cercle des disciples de Jésus. Pour cette raison le Seigneur loue la foi de la femme syro-phénicienne qui, bien que n’appartenant pas au peuple élu, manifeste une grande foi (cf. Mt 15, 22-28) ; il réprimande durement les disciples qui voudraient faire descendre un feu pour consumer les samaritains qui n’accueillent pas son passage (cf. Lc 9, 51-55) ; il déclare que l’appartenance au peuple élu et l’observance légale n’offrent pas un accès automatique au salut (cf. Lc 18, 10-14) ; il montre que l’expérience de l’éloignement peut être le préambule d’une communion renouvelée et la vie dans la maison du Père à travers un exemple d’un fils rendu incapable d’aimer (cf. Lc 15, 11,32). Ainsi, tandis que Pierre renie par trois fois le Maître bien aimé et que Judas le trahit, le centurion romain est le premier à le reconnaître comme étant le Fils de Dieu (cf. Mc 15, 39). La communauté chrétienne est appelée à sortir de la présomption de « voir » de ses propres yeux (cf. Jn 9, 41) et de la présomption de juger avec des critères différents de ceux qui viennent de Dieu.

177. Comme y faisait déjà allusion le DP, « par rapport au passé, nous devons nous habituer à des parcours d’approche de la foi toujours moins standardisés et plus attentifs aux caractéristiques personnelles de chacun » (DP III, 4). La communauté chrétienne vit ainsi de différents niveaux d’appartenance, reconnaît avec gratitude les petits pas que fait chacun et cherche à valoriser la semence de grâce présente en chacun, en offrant à tous respect, amitié et accompagnement, parce qu’« un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter des difficultés importantes » (EG 44 ; AL 305). Les jeunes eux-mêmes, donc, avec leurs expériences de vie éclatées et leurs cheminements de foi incertains, aident l’Église à prendre sa forme polyédrique naturelle (cf. EG 236).

Une expérience d’Église familiale

178. Un des résultats les plus féconds obtenus par l’attention pastorale renouvelée donnée à la famille a été la redécouverte de la nature familiale de l’Église. L’affirmation que l’Église et la paroisse sont des « familles de familles » (cf. AL 87.202) est forte et donne une orientation quant à leur forme. On se réfère à des styles relationnels, où la famille sert de matrice à l’expérience même de l’Église ; à des modèles formatifs de nature spirituelle qui touchent les affects, génèrent des liens et convertissent les cœurs ; à des parcours éducatifs qui engagent dans l’art difficile et enthousiasmant de l’accompagnement des jeunes générations et des familles elles-mêmes ; à la valorisation des célébrations, parce que dans la liturgie se manifeste le style d’une Église convoquée par Dieu pour être sa famille. Beaucoup de CE désirent surmonter la difficulté à vivre de solides relations dans la communauté chrétienne et demandent que le Synode apporte des éléments concrets dans cette direction. Une CE affirme qu’« au beau milieu de la vie bruyante et chaotique, beaucoup de jeunes demandent à l’Église d’être une maison spirituelle ». Aider les jeunes à unifier leur vie continuellement menacée par l’incertitude, la fragmentation et la fragilité est aujourd’hui un enjeu décisif. Pour beaucoup de jeunes qui vivent dans des familles fragiles et défavorisées, il est important que l’Église puisse être perçue comme une vraie famille en mesure de les « adopter » comme ses propres enfants.

L’attention pastorale pour les jeunes générations

179. Beaucoup de CE ont perçu clairement le lien intime qui unit évangélisation et éducation, un lien bien développé par un grand nombre d’Instituts de vie consacrée masculins et féminins qui depuis des siècles ont cherché à mettre en œuvre ce binôme et offrent à toute l’Église une expérience féconde caractérisée par une attention prononcée pour les parcours éducatifs. Un bon nombre de réponses des CE signalent que diverses communautés chrétiennes et un grand nombre de pasteurs n’ont pas de sensibilité éducative. L’une d’entre elles dit que dans bien des situations « les jeunes ne sont pas dans le cœur de beaucoup d’évêques, prêtres et religieux ». Quand, au contraire, une communauté de croyants a conscience de sa tâche éducative et se passionne pour celle-ci, elle est en mesure de libérer des forces spirituelles et matérielles qui traduisent une véritable « charité éducative » capable de mettre en œuvre des énergies et une passion insoupçonnées au bénéfice des jeunes générations.

180. La réalité du patronage ou des activités pastorales similaires mérite d’être mentionnée. Là, l’Église rend possible une expérience qui représente, dans divers contextes, comme le dit une CE, « l’attention spécifique d’une communauté chrétienne pour les jeunes générations. Ses instruments sont les plus divers et passent par la créativité d’une communauté éducative qui sait se mettre au service, a un regard prospectif sur la réalité et sait s’en remettre à l’Esprit Saint pour agir de manière prophétique ». Là où il y a un patronage, les jeunes générations ne sont pas oubliées et ont un rôle central et actif dans la communauté chrétienne. Certaines CE attendent du Synode qu’il relance ce genre d’expérience.

La famille, acteur privilégié de l’éducation

181. En ce qui concerne le lien entre pastorale des jeunes et pastorale de la famille, il sera important d’approfondir dans une optique synodale le chapitre VII d’Amoris Laetitia consacré à la question de l’éducation des enfants et qui mérite une valorisation pastorale plus appropriée. Il est évident que « la famille est la première école des valeurs, où on apprend l’utilisation correcte de la liberté » (AL 274). Les jeunes eux-mêmes, durant la Réunion Pré-synodale, ont affirmé clairement que parmi les lieux qui aident au développement de leur personnalité, la famille occupe une position privilégiée (cf. RP 1). Diverses CE ont pris conscience du fait qu’investir des énergies pour former de bonnes familles ne signifie pas soustraire des forces au soin des jeunes. La prédilection et l’engagement en faveur des jeunes sont donc appelés à s’ouvrir résolument à la pastorale familiale.

182. Beaucoup de CE demandent au Synode d’approfondir le rôle indispensable de la famille en tant qu’agent pastoral actif dans l’accompagnement et le discernement vocationnel des enfants. Beaucoup d’autres demandent une aide pour développer l’accompagnement des jeunes durant la période des fiançailles, lors de la préparation au mariage et même lors de la période suivant la célébration du sacrement. Les données provenant des CE attestent un panorama de situations plutôt contrastées quant au rôle de la famille en lien avec le thème synodal. Parmi les pays les plus sécularisés, en général, comme le dit une CE, « la majorité des familles catholiques ne sont pas impliquées “activement” ni “intentionnellement” dans le discernement vocationnel de leurs enfants, et certaines sont même activement opposées ». Au contraire, dans d’autres contextes où la dimension communautaire de la foi est plus vive, la famille joue un rôle dynamique et motivant.

À l’écoute du Seigneur et en dialogue avec Lui

183. Beaucoup de CE, en présentant leurs « bonnes pratiques », ont mis en lumière l’écoute et le dialogue avec Dieu : journées de retraite, exercices spirituels, moments de coupure par rapport à la routine quotidienne, pèlerinages nationaux et diocésains, expériences partagées de prière. Sanctuaires, centres de spiritualité et maisons d’exercices spirituels ayant une sensibilité à l’accueil et à l’accompagnement des jeunes exercent une grande attractivité dans diverses parties du monde. Une CE affirme : « Nous savons que le succès ne vient pas de nous-mêmes mais de Dieu, c’est pourquoi nous cherchons à montrer aux jeunes que la prière est un levier qui change le monde ». En cette époque troublée, beaucoup de jeunes se rendent compte que seuls la prière, le silence et la contemplation offrent la juste « perspective de transcendance » pour mûrir des choix authentiques. Ils perçoivent que l’on ne peut prendre position en vérité que devant Dieu et ils affirment que « dans le silence, nous écoutons la voix de Dieu et pouvons discerner sa volonté » (RP 15).

184. Dans la prière, qui parfois peut être une expérience de « combat spirituel » (cf. GE 159-165), on affine sa sensibilité à l’Esprit, on s’éduque à la capacité de comprendre les signes des temps et on acquiert la force d’agir afin que l’Évangile puisse s’incarner encore aujourd’hui. Dans le soin apporté à la vie spirituelle, on goûte la foi comme une heureuse relation personnelle avec Jésus et comme un don dont il faut lui être reconnaissant. Ce n’est pas pour rien que la vie contemplative suscite admiration et estime parmi les jeunes. Il est donc évident que la qualité spirituelle de la vie de la communauté offre de grandes occasions pour que les jeunes puissent s’approcher de la foi et de l’Église et être accompagnés dans leur discernement vocationnel.

À l’école de la Parole de Dieu

185. Les expériences pastorales les plus évangélisatrices et éducatives présentées par beaucoup de CE mettent au centre la confrontation avec la force de la Parole de Dieu en ce qui concerne le discernement vocationnel : Lectio divina, écoles de la Parole, catéchèses bibliques, approfondissement de la vie de jeunes personnages de la Bible, usage des outils numériques qui facilitent l’accès à la Parole de Dieu ont du succès auprès des jeunes. Pour beaucoup de CE, le renouvellement de la pastorale passe par son ancrage biblique, elles demandent donc au Synode des réflexions et des propositions en ce sens. Dans des territoires où d’autres Églises ou communautés chrétiennes sont présentes, diverses CE font remarquer la valeur œcuménique de la Bible, qui peut créer des convergences importantes et des projets pastoraux partagés.

186. Déjà, Benoît XVI, comme fruit du Synode sur la Parole de Dieu, demandait à l’Église toute entière « d’intensifier “la pastorale biblique” non en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale » (VD 73). Après avoir affirmé : « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Ps 119, 105), le psalmiste se demande : « Comment, jeune, garder pur son chemin ? À observer ta parole » (Ps 119, 9).

Le goût et la beauté de la liturgie

187. Une CE affirme que les jeunes « ne vont pas à l’Église pour trouver quelque chose qu’ils pourraient obtenir ailleurs, mais cherchent une expérience religieuse authentique et même radicale ». Beaucoup de réponses au questionnaire signalent que les jeunes sont sensibles à la qualité de la liturgie. De manière provocatrice, la RP dit que « les chrétiens professent un Dieu vivant, mais certains prennent part à des messes ou appartiennent à des communautés qui semblent mortes » (RP 7). À propos du langage et de la qualité des homélies, une CE fait remarquer que « les jeunes éprouvent un manque d’harmonie avec l’Église », et ajoute : « Il semble que nous ne comprenions pas le vocabulaire, et donc les besoins, des jeunes ». On trouve des indications précieuses à cet égard en EG 135-144.

188. En tenant compte du fait que « la foi a une structure sacramentelle » (LF 40), certaines CE demandent que soit davantage développé le lien génétique entre foi, sacrements et liturgie dans la conception des parcours de pastorale des jeunes, à partir de la centralité de l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » (LG 11) et « source et sommet de toute l’évangélisation » (PO 5). Diverses CE assurent que là où la liturgie et l’ars celebrandi sont bien soignés, il y a toujours une présence significative de jeunes actifs et motivés. Si l’on considère que par rapport à la sensibilité des jeunes ce ne sont pas tant les concepts qui parlent mais les expériences, ni les notions abstraites mais les relations, certaines CE observent que les célébrations Eucharistiques et d’autres types de célébration –souvent considérés comme des points d’arrivée – peuvent devenir le lieu et l’occasion d’une première annonce envers les jeunes. Les CE de certains pays témoignent de l’efficacité de la « pastorale des servants d’autel » pour faire goûter aux jeunes l’esprit de la liturgie ; il sera de toute façon opportun de réfléchir à la manière d’offrir une formation liturgique appropriée à tous les jeunes.

189. La question de la piété populaire mérite aussi de retenir l’attention car dans certains contextes elle offre aux jeunes un accès privilégié à la foi, soit parce qu’elle est liée à la culture et aux traditions locales, soit parce qu’elle valorise le langage du corps et des affects, éléments qui parfois ont du mal à être pris en compte dans la liturgie.

Nourrir la foi dans la catéchèse

190. Diverses CE se sont interrogées, à partir du thème synodal, sur les parcours catéchétiques utilisés dans la communauté chrétienne. La catéchèse ne jouit pas toujours d’une bonne réputation chez les jeunes, parce qu’elle rappelle à beaucoup d’entre eux « un parcours obligatoire et non choisi dans l’enfance » (QoL). Attentives à la continuité nécessaire et naturelle avec la pastorale des adolescents et des jeunes, certaines CE demandent de revoir les formes générales de la proposition catéchétique et d’en vérifier la validité pour les nouvelles générations.

191. Un DV invite à éviter l’opposition entre une approche catéchétique qui met l’accent sur l’expérience et une approche catéchétique qui met l’accent sur l’intelligence de la foi, en rappelant que l’expérience de la foi est déjà une ouverture cognitive à la vérité et que le chemin d’intériorisation des contenus de la foi conduit à une rencontre vitale avec le Christ. Dans cette circularité originale, la communauté ecclésiale joue un rôle de médiation irremplaçable.

192. Certaines CE et les jeunes eux-mêmes conseillent de suivre dans la catéchèse la « voie de la beauté » en mettant en valeur l’immense patrimoine artistique et architectural de l’Église, le contact authentique avec la création de Dieu et la beauté de la liturgie de l’Église dans tous ses rites et formes. Il y a des expériences bien réussies de catéchèse pour les jeunes ; en général, elles se présentent comme un itinéraire expérientiel de rencontre vivante avec le Christ, qui devient source d’unité dynamique entre la vérité de l’Évangile et l’expérience de vie personnelle. De cette façon, on crée les conditions du développement d’une foi forte, qui se concrétise par un engagement missionnaire.

193. Dans certains contextes, la catéchèse se déroule dans le cadre de parcours scolaires et en conséquence l’enseignement de la religion revêt une grande importance pour la maturation vocationnelle des jeunes. Tout cela invite le Synode à réfléchir sur la relation entre école et communauté chrétienne en termes d’alliance éducative.

Accompagner les jeunes vers le don gratuit d’eux-mêmes

194. De nombreuses expériences présentées à la fin des réponses au questionnaire du DP font référence à des pratiques dans lesquelles les jeunes sont accompagnés selon la logique d’une « foi en acte » qui se concrétise dans le service de la charité. Une Église qui sert est une Église mûre qui attire les jeunes, parce qu’elle témoigne de sa vocation à imiter le Christ qui « de riche qu’il était, s’est fait pauvre, pour vous enrichir de sa pauvreté » (2Co 8, 9). Beaucoup de CE, dans leurs réponses, ont bien saisi et développé le lien exprimé dans divers paragraphes du DP entre expériences de service gratuit et discernement vocationnel. Les jeunes eux-mêmes font remarquer que « les années de service au sein de mouvements ou de volontariat donnent aux jeunes une expérience de mission et un espace de discernement » (RP 15). On trouve dans le QoL de nombreux témoignages de jeunes qui ont redécouvert la vie de foi grâce à des expériences de service et au contact de « la diaconie de l’Église ». D’autre part, l’Église pourra renouveler ses dynamismes de service en se confrontant aux exigences des jeunes qui appellent à un style transparent, désintéressé et qui ne soit pas de l’assistanat. En résumé, un DV invite à promouvoir une nouvelle « culture de la gratuité ».

195. Pour de nombreux jeunes, le « volontariat international » prend en compte à la fois leur sensibilité à la solidarité et leur aspiration au voyage et à la découverte d’autres cultures et mondes inconnus : il s’agit aussi d’un lieu de rencontre et de collaboration avec des jeunes éloignés de l’Église et non-croyants. Le « volontariat missionnaire », organisé et développé dans de nombreux pays et par bon nombre d’instituts de vie consacrée masculins et féminins, est un don particulier que l’Église peut offrir à tous les jeunes : la préparation, l’accompagnement et la relecture dans une optique vocationnelle d’une expérience missionnaire sont un champ privilégié pour le discernement vocationnel des jeunes.

Communauté ouverte et accueillante pour tous

196. La Réunion Pré-synodale a vu la participation non seulement de jeunes catholiques mais aussi de jeunes d’autres confessions chrétiennes, d’autres religions et même de non-croyants. C’est un signe que les jeunes ont accueilli avec gratitude, parce qu’ils y ont vu le visage d’une Église hospitalière et inclusive, en mesure de reconnaître la richesse et l’apport qui peut provenir de chacun pour le bien de tous. Sachant que la foi authentique ne peut générer une attitude présomptueuse envers les autres, les disciples du Seigneur sont appelés à valoriser tous les germes du bien présents en chaque personne et en chaque situation. L’humilité de la foi aide la communauté des croyants à se laisser instruire par des personnes ayant des positionnements ou des cultures différentes, selon la logique d’un enrichissement réciproque où chacun donne et reçoit.

197. Par exemple, dans le SI, certains experts ont fait remarquer que le phénomène migratoire peut devenir une chance pour un dialogue interculturel et pour le renouvellement de communautés chrétiennes tentées par le repli sur soi. Des jeunes LGBT, par l’intermédiaire de diverses contributions parvenues à la Secrétairerie Générale du Synode, désirent « bénéficier d’une plus grande proximité » et expérimenter une plus grande attention de la part de l’Église, tandis que certaines CE s’interrogent sur ce qui peut être proposé « aux jeunes qui au lieu de former des couples hétérosexuels décident de constituer des couples homosexuels et, surtout, désirent être proches de l’Église ».

Le dialogue œcuménique et interreligieux, qui dans certains pays est une véritable priorité pour les jeunes, naît et se développe dans un climat d’estime réciproque et d’ouverture naturelle d’une communauté qui se met en jeu avec « douceur et respect, en ayant une bonne conscience » (1Pt 3, 16). Le dialogue avec les non-croyants et avec le monde séculier dans son ensemble est, dans certains contextes, décisif pour les jeunes, surtout dans les domaines universitaire et culturel, où parfois ils se sentent discriminés à cause de la foi qu’ils professent : des initiatives telles que celles de la « Chaire des non-croyants » et du « Parvis des Gentils » sont particulièrement intéressantes pour les jeunes générations, parce qu’elles les aident à intégrer leur foi dans le monde où ils vivent et à pratiquer une méthode de dialogue ouvert et de confrontation féconde entre des positions différentes.

Chapitre IV
Animation et organisation de la pastorale

198. Pour accompagner les jeunes dans leur discernement vocationnel, il ne suffit pas d’avoir des personnes compétentes, il faut aussi des structures d’animation appropriées non seulement efficaces et performantes, mais surtout attractives et lumineuses par le style relationnel et les dynamiques fraternelles qu’elles génèrent. Certaines CE éprouvent le besoin d’une « conversion institutionnelle ». Tout en respectant et en intégrant nos différences légitimes, nous reconnaissons combien la communion est la voie privilégiée pour la mission, sans laquelle il est impossible tant d’éduquer que d’évangéliser. Il devient donc toujours plus important de vérifier, en tant qu’Église, non seulement « ce que » nous faisons pour et avec les jeunes, mais aussi « comment » nous le faisons.

Le protagonisme des jeunes

199. Au nom de beaucoup d’autres, un jeune, répondant au QoL, dit : « Nous désirons être impliqués, valorisés, nous sentir coresponsables de ce qui se fait ». En tant que baptisés, les jeunes sont appelés eux aussi à être des « disciples missionnaires », et des pas importants sont faits en ce sens (cf. EG 106). Dans le prolongement du document conciliaire Apostolicam Actuositatem, saint Jean-Paul II affirmait que les jeunes « ne doivent pas être regardés simplement comme l’objet de la sollicitude pastorale de l’Église : ils sont en fait, et ils doivent être encouragés à “devenir des sujets actifs, qui prennent part à l’évangélisation et à la rénovation sociale” » (CL 46). Ici réside, pour beaucoup de CE, le vrai point fort de la pastorale des jeunes : passer avec courage d’une pastorale « pour les jeunes » à une pastorale « avec les jeunes ».

Benoît XVI a souvent invité les jeunes à être des acteurs de la mission : « Chers jeunes, vous êtes les premiers missionnaires parmi vos pairs ! » (Message pour la XXVIIIe JMJ 2013, 18 octobre 2012), parce que « la meilleure manière d’évangéliser un jeune, c’est d’arriver à lui par l’intermédiaire d’un autre jeune » (QoL). Il faudra identifier les domaines à privilégier pour la responsabilisation des jeunes. Certaines CE dénoncent le « cléricalisme » comme étant un problème parfois insurmontable : une CE affirme que « beaucoup de nos jeunes pensent que l’Église est seulement l’ensemble des ministres ordonnés et des personnes consacrées qui la représentent ». La remise en question de cette vision demeure un objectif que beaucoup de CE souhaitent voir atteint par une prise de position claire de la part du Synode.

L’Église sur le territoire

200. Tout le peuple de Dieu est sujet actif de la mission chrétienne (cf. EG 120), et cela se décline en diverses responsabilités, et à divers niveaux d’animation.

Le successeur de Pierre manifeste continuellement une prédilection pour les jeunes, qu’eux-mêmes reconnaissent et apprécient. Le fait qu’il soit le centre de l’unité visible de l’Église ainsi que son impact médiatique universel le mettent dans une position de guide qui reconnaît et encourage l’apport de tous les charismes et institutions au service des jeunes générations.

Beaucoup de CE offrent un service central qualifié pour la pastorale des jeunes, mais l’acteur principal reste quoi qu’il en soit l’Église particulière, que l’évêque préside et anime avec ses collaborateurs, en favorisant les synergies et en valorisant les bonnes expériences de communion entre tous ceux qui œuvrent pour le bien des jeunes. Si beaucoup de CE affirment avoir un service de qualité dans ce domaine de la pastorale, on trouve dans certaines parties du monde beaucoup d’improvisation et peu d’organisation.

Du point de vue territorial, la paroisse, Église au milieu des maisons, est le lieu ordinaire de la pastorale, et sa validité a été clairement réaffirmée en notre temps (cf. EG 28). Un jeune affirme dans le QoL que « là où les prêtres sont libres des soucis financiers et organisationnels, ils peuvent se concentrer sur le travail pastoral et sacramentel qui touche la vie des personnes ». Si certaines CE font remarquer la vitalité des paroisses, pour d’autres elles ne semblent plus être un espace adapté pour les jeunes qui se tournent vers d’autres expériences d’Église qui correspondent mieux à leur mobilité, à leurs lieux de vie et à leur recherche spirituelle.

L’apport de la vie consacrée

201. Beaucoup de CE expriment leur sincère gratitude pour la présence nombreuse et qualifiée sur leur territoire de personnes consacrées qui savent « éduquer en évangélisant et évangéliser en éduquant » sous des formes et selon des styles divers et variés. Les personnes consacrées vivent aujourd’hui une période délicate : si dans certains pays, plus spécialement dans les pays du Sud, on constate une expansion et une vitalité qui donnent bon espoir, dans les zones plus sécularisées, on assiste à une diminution numérique importante et même à une crise d’identité, engendrée par le fait qu’aujourd’hui la société semble ne plus avoir aucun besoin des personnes consacrées. Certaines CE observent que la vie consacrée est un lieu spécifique d’expression du « génie féminin ». Cependant, on rencontre parfois une incapacité ecclésiale à reconnaître, accueillir et favoriser cette créativité unique et si nécessaire aujourd’hui, et à éviter l’usage instrumental des divers charismes : cela implique une nécessaire et courageuse « conversion culturelle » de l’Église.

202. Convaincue que les jeunes sont la vraie ressource pour le « rajeunissement » des dynamismes ecclésiaux, l’USG se demande : « Sommes-nous vraiment sensibles aux jeunes ? Comprenons-nous leurs nécessités et leurs attentes ? Sommes-nous capables de combler les distances qui nous séparent de leur monde ? ». Là où les jeunes reçoivent écoute, accueil, témoignage de manière créative et dynamique, des syntonies et des sympathies qui portent du fruit se font jour. L’USG considère opportune l’institution d’un « Observatoire permanent » sur les jeunes au niveau de l’Église universelle.

Associations et mouvements

203. Beaucoup de jeunes vivent et redécouvrent la foi par l’intermédiaire de l’appartenance convaincue et active à des mouvements et associations qui leur offrent une vie fraternelle intense, des parcours de spiritualité exigeants, des expériences de service, des lieux appropriés pour l’accompagnement et des personnes compétentes pour le discernement. C’est pourquoi leur présence est en général appréciée. Là où l’Église a du mal à maintenir une présence visible et significative, les mouvements conservent un dynamisme vital et constituent un poste avancé important ; mais ils constituent aussi une présence positive en d’autres lieux : le style communautaire et l’esprit de prière, la mise en valeur de la Parole de Dieu et le service des plus pauvres, l’appartenance joyeuse et la prise en compte du corps et des émotions, l’implication active et l’ardeur pour leur donner des responsabilités sont quelques-uns des éléments clés qui expliquent leur grand succès auprès des jeunes. Certaines CE, bien que reconnaissant la fécondité de tout cela, demandent que le Synode réfléchisse et propose des orientations concrètes pour vaincre la tentation d’autoréférentialité de certains mouvements et associations, parce qu’il est nécessaire de « rendre plus stable la participation de ces groupements à la pastorale d’ensemble de l’Église » (EG 105). Dans cette direction, il serait opportun de mettre en valeur les critères fournis par IE 18.

Réseaux et collaborations au niveau civil, social et religieux

204. L’Église est appelée à entrer résolument en relation avec tous ceux qui ont la responsabilité de l’éducation des jeunes dans le domaine civil et social. La sensibilité actuelle vis-à-vis de l’« urgence éducative » appartient aussi bien à l’Église qu’à la société civile et appelle à une communauté de vues pour recréer une alliance dans le monde des adultes. « Faire réseau » est l’un des points forts à développer en ce troisième millénaire. Dans un monde où l’Église prend de plus en plus conscience qu’elle n’est pas l’unique acteur de la société, mais reconnaît être une « minorité qualifiée », il devient nécessaire d’apprendre l’art de la collaboration et la capacité à tisser des relations en vue d’un projet commun. Loin de penser qu’entrer en dialogue avec divers organismes sociaux et civils signifie perdre son identité, certaines CE affirment que la capacité d’unir des ressources et de faire des projets en partenariat avec d’autres dans des parcours de renouvellement aide toute l’Église à se lancer dans un dynamisme authentique « en sortie ».

205. Non seulement au niveau civil et social, mais aussi au plan œcuménique et interreligieux, certaines CE témoignent que la poursuite d’objectifs partagés dans divers domaines – comme par exemple les droits de l’homme, la sauvegarde de la création, l’opposition à tout type de violence et d’abus sur les mineurs, le respect de la liberté religieuse – aide les différents acteurs à s’ouvrir, se connaître, s’estimer et coopérer.

Le projet pastoral

206. Une plainte transversale de la part de beaucoup de CE concerne la désorganisation, l’improvisation et la répétitivité. À la RP, on a dit qu’« il est parfois difficile dans l’Église de dépasser la logique du “on a toujours fait comme ça” » (RP 1). On souligne parfois le manque de préparation de certains pasteurs qui ne se sentent pas à la hauteur pour relever les défis complexes de notre temps et risquent ainsi de se renfermer dans des visions ecclésiologiques, liturgiques et culturelles désormais dépassées. Une CE affirme que « l’on remarque souvent l’absence d’une mentalité capable de projeter des parcours » et pour diverses autres il serait utile de se demander comment accompagner les diocèses dans ce domaine, vu qu’aujourd’hui, affirme une CE, « s’exprime le besoin de plus de coordination, de dialogue, de projets et même d’études, en rapport à la pastorale vocationnelle des jeunes ». D’autres CE font allusion à une sorte d’opposition entre projets opérationnels et discernement spirituel. En réalité, un bon projet pastoral devrait être le fruit d’un authentique chemin de discernement dans l’Esprit, qui conduit chacun à aller en profondeur. Chaque membre de la communauté est appelé à progresser dans sa capacité d’écoute, dans le respect de la discipline de l’ensemble qui valorise l’apport de chacun et dans l’art d’unir les efforts en vue d’une élaboration qui devienne pour les membres de la communauté un processus de transformation.

Le rapport entre événements extraordinaires et vie quotidienne

207. Beaucoup de CE ont apporté des réflexions sur le rapport entre certains « grands événements » de la pastorale des jeunes – en premier lieu la JMJ, mais aussi les rencontres de jeunes internationales, continentales, nationales et diocésaines – et la vie ordinaire de foi des jeunes et des communautés chrétiennes. La JMJ est très appréciée parce que, comme le dit une CE, « elle offre d’excellentes possibilités de pèlerinage, d’échange culturel et de construction d’amitiés dans des contextes locaux et internationaux ». Certaines CE en demandent cependant la vérification et la relance : plusieurs d’entre elles la considèrent comme une expérience trop élitiste tandis que d’autres la voudraient plus interactive et ouverte et davantage espace de dialogue.

208. À la RP, les jeunes se sont demandé comment « faire le lien entre les grands évènements de l’Église et la paroisse » (RP 14). Si les grands événements jouent un rôle important pour beaucoup de jeunes, on a souvent du mal à réinsérer au quotidien l’enthousiasme provenant de la participation à de semblables initiatives qui risquent ainsi de devenir des moments d’évasion et de fuite par rapport à la vie de foi quotidienne. À ce sujet, une CE affirme que « les événements internationaux peuvent devenir partie intégrante de la pastorale ordinaire des jeunes, et non seulement des événements uniques, si la relation entre ces événements devient plus claire et les questions qui les sous-tendent se traduisent en réflexion et en pratique dans la vie personnelle et communautaire quotidienne ». Certaines CE mettent en garde contre l’illusion que certains événements extraordinaires puissent être la solution pour le cheminement de foi et la vie chrétienne des jeunes : en ce sens, l’attention aux processus vertueux, aux parcours éducatifs et aux itinéraires de foi apparaît tout à fait nécessaire. Parce que, comme le dit une CE, « la meilleure manière de proclamer l’Évangile à notre époque est de le vivre au quotidien avec simplicité et sagesse », en montrant ainsi qu’il est sel, lumière et levain de chaque jour.

Vers une pastorale intégrée

209. Une CE, comme beaucoup d’autres, affirme à propos de la relation entre pastorale des jeunes et pastorale vocationnelle : « Même s’il y a des expériences significatives à ce sujet, il y a grande nécessité de relier structurellement la pastorale des jeunes et la pastorale vocationnelle. De plus, on constate l’exigence de travailler conjointement avec les pastorales familiale, éducative, culturelle et sociale autour de la construction du projet personnel de vie de chaque baptisé ». Partout, on voit apparaître une recherche sincère de plus grande coordination, synergie et intégration entre les domaines pastoraux qui ont pour objectif d’aider tous les jeunes à parvenir « à la taille du Christ dans sa plénitude » (Ép 4, 13). Face à la multiplication des « bureaux », qui crée une fragmentation des projets et de leur mise en œuvre, face aussi aux difficultés de clarification des différentes compétences et à la difficulté de gérer les différents niveaux relationnels, l’idée de « pastorale intégrée », qui s’appuie sur la centralité des destinataires, semble être, de l’avis de certaines CE, une orientation à renforcer et à développer.

210. La clé de voûte de cette unité intégrée est, pour beaucoup, l’horizon vocationnel de l’existence, parce que « la dimension vocationnelle de la pastorale des jeunes n’est pas quelque chose que l’on doit proposer seulement à la fin de tout le processus ou à un groupe particulièrement sensible à un appel à une vocation spécifique, mais que l’on doit proposer constamment tout au long du processus d’évangélisation et d’éducation dans la foi des adolescents et des jeunes » (François, Message aux participants au Congrès international sur le thème : « Pastorale vocationnelle et vie consacrée. Perspectives et espoirs », 25 novembre 2017).

Séminaires et maisons de formation

211. Les jeunes candidats au ministère ordonné et à la vie consacrée vivent dans les mêmes conditions que les autres jeunes : ils partagent les ressources et les fragilités de leurs pairs, selon les continents et les pays où ils résident. Il est donc nécessaire de donner des indications appropriées aux différentes situations locales. Au niveau général, à propos du discernement vocationnel, certaines CE identifient deux grands problèmes : le narcissisme, qui tend à refermer la personne sur ses propres exigences, et la tendance à comprendre la vocation dans l’optique exclusive de la réalisation de soi. Les deux ont une racine commune, la concentration potentiellement pathologique sur soi. Deux dangers qui guettent aussi les chemins de formation sont l’individualisme centré sur le sujet autonome, qui exclut la reconnaissance, la gratitude et la collaboration avec l’action de Dieu ; l’intimisme, qui enferme la personne dans le monde virtuel et dans une fausse intériorité, d’où est exclue la nécessité d’être en relation avec les autres et avec la communauté (cf. PD et GE 35-62). On doit concevoir des chemins de formation capables de libérer la générosité des jeunes en formation en développant en eux une profonde conscience d’être au service du peuple de Dieu. Il est nécessaire de garantir une équipe de formation de qualité capable d’interagir avec les besoins concrets des jeunes d’aujourd’hui et avec leur soif de spiritualité et de radicalité. L’organisation de temps, d’espaces et d’activités dans les maisons de formation devraient rendre possible une vraie expérience de vie commune et fraternelle.

CONCLUSION

La vocation universelle à la sainteté

212. Le principe unificateur qui récapitule toute la vie chrétienne est la sainteté, parce que « Maître divin et modèle de toute perfection, le Seigneur Jésus a prêché à tous et chacun de ses disciples, quelle que soit leur condition, cette sainteté de vie dont il est à la fois l’initiateur et le consommateur » (LG 40). La sainteté comprend, du point de vue qualitatif et global, toutes les autres dimensions de l’existence croyante et de la communion ecclésiale, portées à leur plénitude selon les dons et les possibilités de chacun. C’est pourquoi saint Jean-Paul II la proposait au début du troisième millénaire comme « ce haut degré de la vie chrétienne ordinaire » (NMI 31). La reprise de la question en GE apporte un approfondissement sur la sainteté dans le monde contemporain et rappelle à tous la volonté du Seigneur Jésus, qui « n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance » (GE 1). Le tout se joue clairement dans la pratique de la vie quotidienne : « La force du témoignage des saints, c’est d’observer les béatitudes et le critère du jugement dernier. Ce sont peu de paroles, simples mais pratiques et valables pour tout le monde, parce que le christianisme est principalement fait pour être pratiqué » (GE 109).

La jeunesse, un temps pour la sainteté

213. Convaincus que « la sainteté est le visage le plus beau de l’Église » (GE 9), avant de la proposer aux jeunes, nous sommes tous appelés à la vivre et à en témoigner, devenant ainsi une communauté « qui attire la sympathie », comme le racontent à plusieurs occasions les Actes des Apôtres (cf. GE 93). Ce n’est qu’à partir de cette cohérence qu’il devient important d’accompagner les jeunes sur les voies de la sainteté. Si saint Ambroise affirmait que « tout âge est apte à la sainteté » (De Virginitate, 40), et donc sans aucun doute la jeunesse ! L’Église reconnaît dans la sainteté de beaucoup de jeunes la grâce de Dieu qui prévient et accompagne l’histoire, la valeur éducative des sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, la fécondité de chemins partagés dans la foi et la charité, la charge prophétique de ces « champions » qui souvent ont scellé dans le sang le fait d’être disciples du Christ et missionnaires de l’Évangile. S’il est vrai, comme l’ont affirmé les jeunes durant la Réunion Pré-synodale, que le témoignage authentique est le langage le plus parlant, la vie des jeunes saints est la vraie parole de l’Église, et l’invitation à entreprendre une vie sainte est l’appel le plus nécessaire pour les jeunes d’aujourd’hui. Un authentique dynamisme spirituel et une pédagogie féconde de la sainteté ne déçoivent pas les aspirations profondes des jeunes : leur besoin de vie, d’amour, d’expansion, de joie, de liberté, de futur et aussi de miséricorde et de réconciliation. Pour beaucoup de CE, cela demeure un grand défi que de proposer la sainteté comme horizon de sens accessible à tous les jeunes et réalisable dans la vie de tous les jours.

Jeunes saints et jeunesse des saints

214. Jésus invite chacun de ses disciples au don total de sa vie, sans calcul ni profit humain personnel. Les saints accueillent cette invitation exigeante et se mettent avec une humble docilité à la suite du Christ crucifié et ressuscité. L’Église contemple dans le ciel de la sainteté une constellation toujours plus nombreuse et lumineuse d’enfants, d’adolescents et de jeunes saints et bienheureux qui, depuis l’époque des premières communautés chrétiennes, arrivent jusqu’à nous. En les invoquant comme protecteurs, elle les indique aux jeunes comme des références pour leur existence. Plusieurs CE demandent de mettre en valeur la sainteté des jeunes pour l’éducation, et les jeunes eux-mêmes reconnaissent qu’ils « sont plus réceptifs à “un chemin de vie” qu’à un discours théologique abstrait » (RP, IIe Partie, Introduction). Vu que les jeunes affirment que « les récits de Saints sont aussi à noter » (RP 15), il devient important de les présenter d’une manière adaptée à leur âge et à leur situation.

Une place tout à fait spéciale revient à la Mère du Seigneur, qui a vécu en première disciple de son Fils bien aimé et constitue un modèle de sainteté pour tout croyant. Dans sa capacité à retenir et méditer dans son cœur la Parole (cf. Lc 2, 19.51), Marie est pour toute l’Église mère et maîtresse du discernement.

Il vaut encore la peine de rappeler qu’à côté des « saints jeunes », il est nécessaire de présenter aux jeunes la « jeunesse des saints ». Tous les saints, en effet, sont passés par l’âge de la jeunesse et il serait utile de montrer aux jeunes d’aujourd’hui de quelle manière les saints ont vécu le temps de leur jeunesse. On pourrait ainsi saisir de nombreuses situations, jamais simples ou faciles, vécues par les jeunes mais où Dieu est présent et mystérieusement actif. Montrer que sa grâce est à l’œuvre dans des parcours tortueux de patiente construction d’une sainteté qui mûrit au cours du temps par quantité de voies imprévues peut aider tous les jeunes, sans exception, à cultiver l’espoir d’une sainteté toujours possible.

Prière pour le Synode

Seigneur Jésus,

ton Église qui chemine vers le synode.

Tourne son regard vers tous les jeunes du monde.

Nous te prions pour qu’avec courage

ils prennent en main leur vie,

qu’ils aspirent aux choses les plus belles et les plus profondes

et qu’ils conservent toujours un cœur libre.

Aide-les à répondre,

accompagnés par des guides sages et généreux,

à l’appel que tu adresses à chacun d’entre eux,

pour qu’ils réalisent leur projet de vie

et parviennent au bonheur.

Tiens leur cœur ouvert aux grands rêves

et rends-les attentifs au bien des frères.

Comme le Disciple aimé,

qu’ils soient eux aussi au pied de la Croix

pour accueillir ta Mère, la recevant de Toi en don.

Qu’ils soient les témoins de ta Résurrection

et qu’ils sachent te reconnaître, vivant à leurs côtés,

annonçant avec joie que Tu es le Seigneur.

Amen.

(Pape François)

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Secrétairerie Générale du Synode des Évêques - Palazzo del Bramante -Via della Conciliazione 34 -00120 Città del Vaticano -synodus chez synod.va

Que signifie le mot « synode » ?

Alors que la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques a débuté au Vatican mercredi 3 octobre, voici des réponses aux questions que vous vous posez peut-être sur cet évènement ecclésial de grande ampleur auquel participe notre archevêque Mgr David Macaire.

Synode vient du grec sunodos, "chemin parcouru ensemble", d’où sa signification d’assemblée délibérante. Il réunit des évêques pour discuter de la mission de l’ensemble de l’Église et de l’unité de la foi en son sein. Un synode est donc une forme d’expression de la collégialité de l’Église, c’est-à-dire de l’unité de l’Église et du caractère universel de sa mission.

Qu’est-ce qu’un synode « ordinaire » ? Et « extraordinaire » ?

Trois types de synodes des évêques existent.

- Le synode "ordinaire" réunit des évêques élus par les conférences épiscopales, les patriarches orientaux, des évêques nommés personnellement par le Pape, et des religieux. Il y en a eu 14 depuis Vatican II. La XIVème Assemblée Générale ordinaire s’est tenue en octobre 2015 sur le thème "La vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain". C’est la formule retenue pour cette édition 2018.

- Le synode "extraordinaire" réunit seulement les présidents des conférences épiscopales, les patriarches orientaux, les cardinaux préposés aux congrégations de la Curie, des religieux et des participants nommés par le Pape. Il s’agit alors de donner des réponses rapides à « des questions concernant le bien de l’Église universelle ». La troisième et dernière Assemblée Générale extraordinaire du Synode des évêques, sur le thème "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation" a eu lieu en octobre 2014.

- Le synode "spécial" : il est convoqué sur une question propre à une région ou à une Église particulière. Le dernier s’est déroulé en juin 2010, il s’agissait d’une assemblée spéciale pour le Moyen-Orient.

Quelles sont les autres formes d’expression de cette collégialité ?

Longtemps, la collégialité de l’Église s’est manifestée par les conciles et les synodes d’évêques, auxquels on prêtait la même signification, ainsi que par le Sacré Collège, formation d’un collège de cardinaux autour du Pape à partir du XIIe siècle.

Mais chaque institution a été clairement identifiée et définie lors du Concile Vatican II (1962-1965), puis par le Code de Droit canonique de 1983. On distingue donc :

- le Concile œcuménique, qui réunit les évêques du monde entier
- le Synode des évêques, assemblée plus restreinte que le concile, donc plus facile à réunir
- le Sacré Collège des cardinaux
- les conciles particuliers, pléniers ou provinciaux
- les conférences épiscopales, d’une nation ou d’un territoire

Comment se passe un synode ?

Un synode se présente sous la forme d’une assemblée consultative convoquée par le Pape. Cela le différencie du synode diocésain, convoqué par un évêque dans son diocèse.

Le synode a pour but d’informer et de conseiller le Pape. Le Saint-Père peut aussi lui donner un rôle délibératif, sous réserve que les décisions soient ratifiées par ses soins.

Si le Pape ne préside pas le synode en personne, il nomme pour chaque session un ou plusieurs présidents délégués. Cette année, ils sont quatre : le cardinal Louis Raphaël I Sako, Patriarche de Babylone des Chaldéens (Irak), le cardinal Desiré Tsarahazana, Archevêque de Toamasina (Madagascar), le cardinal Charles Maung Bo, Archevêque di Rangoun (Birmanie), le cardinal John Ribat, Archevêque de Port Moresby (Papouasie Nouvelle Guinée).

Un secrétariat permanent du synode existe au sein de la Curie romaine. Il est dirigé par un secrétaire général qui assure la préparation et le suivi des sessions. Le Pape François a souhaité que cette responsabilité soit "cardinalice", pour lui donner une plus grande importance qu’auparavant. Il s’agit actuellement du cardinal italien Lorenzo Baldisseri.

Le secrétaire général collabore avec le rapporteur général, chargé de rédiger le "Rapport introductif au débat", un document destiné à lancer les discussions. C’est aussi lui qui rédige les conclusions des travaux. Cette tâche incombe cette année au cardinal Sérgio da Rocha, Archevêque de Brasilia (Brésil).

Deux secrétaires spéciaux ont été nommés pour assister ces derniers. Les pères Giacomo Costa (jésuite) et Rossano Sala (salésien) se sont vus attribuer cette fonction.

On peut enfin signaler l’existence d’une Commission pour l’Information, présidée par Paolo Ruffini, Préfet du Dicastère pour la Communication, et dont le père Antonio Spadaro (jésuite) sera le secrétaire.

À la fin du synode, les évêques adoptent un rapport remis au Pape, et rédigent souvent un message au monde. Le Pape, sous réserve d’avoir ratifié les conclusions présentées, reprend fréquemment dans un document paraissant sous sa responsabilité propre les éléments du rapport qui lui a été remis. Ce document est, généralement, une exhortation apostolique post-synodale.
Quelles sont les nouveautés introduites cette année ?

Une instruction, règlement technique du synode, a été rendue publique ce 1er octobre. Elle est constituée de 36 articles formant l’application concrète de la récente Constitution apostolique Episcopalis Communio. Le Synode d’octobre 2018 sera la première assemblée ordinaire au cours de laquelle sera appliquée ce nouveau document.

Quatre aspects principaux peuvent être dégagés.

Les membres : lorsqu’il est réuni en assemblée générale ordinaire, le synode des évêques est composé notamment des patriarches, archevêques et métropolitains des Églises catholiques orientales et des évêques élus par les Conférences épiscopales, ainsi que des chefs de dicastère. Désormais, dix membres supplémentaires représentent les Instituts de vie consacrée. Il peut donc s’agir de religieux non-prêtres.

Le président délégué préside cette assemblée au nom et par autorité du pontife. Le document précise que le Pape peut nommer plusieurs présidents, se succédant à tour de rôle à cette charge pendant tout le synode. Le Conseil ordinaire du Secrétariat général est composé de 21 membres, contre 15 membres par le passé.

La procédure : L’assemblée du synode s’ouvre avec la célébration eucharistique, l‘intronisation du Livre des Évangiles, et le chant "Veni, Creator spiritus". L’assemblée, réunie en congrégation générale ou en petits groupes (les "cercles mineurs"), s’ouvre chaque jour avec la Liturgie des Heures. Le synode se conclut avec le chant du "Te Deum" et la célébration eucharistique.

Ceux qui participent au Synode sont tenus au secret pontifical pour ce qui regarde les avis et le vote des individus.

Les discussions : les petits groupes constitués par appartenance linguistique traitent tous du même sujet. Ils travaillent sur la base de l’Instrumentum Laboris, à partir duquel ils apportent des modi (amendements). Ceux-ci sont votés par les Pères synodaux à la majorité absolue. Les autres participants à l’assemblée (comme les auditeurs) prennent part aux travaux des petits groupes mais n’ont pas droit de vote. Chaque groupe élabore ensuite un rapport, lui aussi voté à la majorité absolue, transmis au Secrétariat général, et pouvant être modifié par les pères synodaux sur autorisation du président délégué.

Le document final et le rapport post-synodal : À l’issue des travaux de l’assemblée, la Commission pour l’élaboration du document final présidée par le rapporteur général établit un projet de document final. La commission vote celui-ci à la majorité absolue avant de le présenter aux Pères synodaux, qui peuvent présenter des modi. La Commission se réunit à nouveau pour l’élaboration du document final voté à bulletin secret par les Pères synodaux. Le document final est enfin présenté au Pape, qui décidera ou non de sa publication.

Après la réunion de l’assemblée synodale, le secrétariat général est chargé de rédiger un rapport sur les travaux de l’assemblée. Il est ensuite présenté au Pape.

Sait-on quand aura lieu le prochain Synode ?

L’année prochaine ! Il s’agira cette fois d’une Assemblée spéciale du Synode des évêques pour la région pan-amazonienne, qui aura lieu à Rome au mois d’octobre 2019. Le Pape François en a fait l’annonce officielle au terme de l’Angélus du 15 octobre 2017.

(Avec I. Média)

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