Eglise catholique de Martinique
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Venise sans les ponts

"Voir Venise et mourir"… cet antique adage provient du choc esthétique que produit la mythique « cité des Doges » sur ses visiteurs. De multiples palais, d’immenses basiliques, des échoppes, des restaurants, sans parler des places majestueuses où s’égaient jeunes et vieux et des nuées de pigeons repus… bâtis sur des îles au milieu d’une lagune !


Rien de tout cela sans les ponts ! Ils relient l’ensemble et fondent l’harmonie et la puissance de la ville. Que serait Venise sans les ponts ? Un marécage ! Une série d’îlots anémiés, peut-être ennemis ; en tout cas, fragmentés. Les envahisseurs auraient tôt fait d’anéantir ce qui n’aurait jamais été qu’un amas d’égoïsme affaibli par l’isolement.

Ce qui vaut pour Venise, vaut pour l’Eglise. Que devient-elle sans les « ponts » entre les communautés ? les charismes ? les groupes ? les personnes ? Il y a 5 siècles, en « coupant les ponts », les premiers protestants ont engendré une « Eglise » éclatée et déchirée : près de 20 000 communautés séparées. Les chrétiens divisés, se critiquant mutuellement, ce n’est pas l’œuvre du Christ. L’ennemi triomphe : les plus belles communautés spirituelles, autocentrées, perdent tout dynamisme et entrent en décadence.

Un diocèse catholique ne peut suivre cet exemple. Le nôtre, au cœur d’une société martiniquaise fragmentée, est à un tournant de son histoire. Ne sommes-nous pas témoins : et de l’immense espérance que suscite la fécondité de notre communauté catholique pour tout le peuple ?… et de la lourde menace qui pèse sur elle en raison de l’isolement volontaire et têtu de beaucoup ?

Dans un pays si divisé, notre devoir est que le monde « nous reconnaisse à l’amour que nous avons les uns pour les autres » (Jn 13,35). Nous ne pouvons fonctionner comme un archipel où chacun s’isole sur son rocher du Diamant ! Or, malgré un foisonnement remarquable et des chrétiens fervents et motivés… j’ai vu : des associations (sous toutes sortes de prétextes) rechigner à travailler avec d’autres, se mettre en retrait des actions communes ; des groupes ou des personnes exclus par des responsables ; des « frères et sœurs » très spirituels se dénigrer les uns les autres ; des services élaborer leurs projets sans se soucier de l’ensemble (parfois même en concurrence !) ; ceux qui évitent de requérir loyalement le discernement des pasteurs dans la confiance mutuelle ; le mauvais esprit de ceux qui rechignent à comprendre l’intérêt des démarches diocésaines… Bref, j’ai vu des frères se renfermer derrière leurs palissades et leurs habitudes, des pieds d’enfants de Dieu privés de communauté (jeunes, parents, néophytes, hommes…).
Pourtant, je suis aussi témoin, malgré les forces contraires, de l’extraordinaire puissance de notre Eglise lorsque les charismes, les personnes, les groupes, les communautés s’unissent. Je sais qu’il n’est pas trop tard pour que le feu embrase toute l’île, et au-delà. Je sais, je l’ai vu souvent, qu’avec un peu de bonne volonté et le secours de la Grâce, si nous tissons des réseaux d’unité, nous vaincrons.

Dans notre diocèse, il faut donc des ponts ! Un pont n’uniformise pas les deux rives, il unit et apporte une valorisation mutuelle. Les ponts, ce sont des réunions bien organisées et bien menées, des conseils avec des comptes-rendus efficaces, des outils de communication adoptés par tous, des réseaux sociaux de communication, de la formation, des rencontres fraternelles, des temps de prière en commun, des invitations mutuelles et spontanées…

Et il faut également des bâtisseurs de ponts… Tous « pontifes » ! Alors, Venise sera belle !?

+ Fr David Macaire,
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



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