Eglise catholique de Martinique
https://martinique.catholique.fr/voeux-du-pape-francois-a-la-curie?lang=fr
        Vœux du pape François aux membres du corps diplomatique

Vœux du pape François aux membres du corps diplomatique

Dans son traditionnel discours de vœux aux ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège, lundi 7 Janvier, le Pape François est longuement revenu sur les défis du monde présent, évoquant notamment les efforts diplomatiques du Saint-Siège vis-à-vis de la République populaire de Chine, ainsi que les processus de paix en cours et la protection des enfants à l’échelle mondiale. Découvrez son discours en intégralité.


Excellences, Mesdames et Messieurs,

le début d’une nouvelle année nous permet d’arrêter pour un instant la succession frénétique des activités quotidiennes pour tirer quelques considérations sur les évènements passés et réfléchir sur les défis qui nous attendent dans le proche avenir. Je vous remercie d’être présents nombreux à notre rencontre habituelle, qui entend être surtout l’occasion propice pour nous adresser des pensées cordiales et riches de bons vœux. A travers vous, que ma proximité rejoigne les peuples que vous représentez, unie au souhait que l’année qui vient de commencer apporte paix et bien-être à chaque membre de la famille humaine.

J’exprime ma gratitude particulière à l’Ambassadeur de Chypre, Son Excellence Monsieur Georges Poulides, pour les aimables paroles qu’il m’a adressées pour la première fois au nom de vous tous, en qualité de Doyen du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège. A chacun de vous je désire dire combien j’apprécie l’œuvre que vous accomplissez au quotidien pour consolider les relations entre vos respectifs Pays et Organisations et le Saint-Siège, renforcées encore par la signature ou la ratification de nouveaux accords.

Je me réfère en particulier à la ratification de l’Accord Cadre entre le Saint-Siège et la République du Bénin sur le Statut juridique de l’Église catholique au Bénin, ainsi qu’à la signature de l’Accord entre le Saint-Siège et la République de San Marin pour l’Enseignement de la Religion catholique dans les écoles publiques.

Dans le cadre multilatéral, le Saint-Siège a ratifié aussi la Convention Régionale de l’UNESCO sur la reconnaissance des qualifications de l’enseignement supérieur en Asie et dans le Pacifique, et en mars dernier, a adhéré à l’Accord partiel élargi sur les Itinéraires culturels du Conseil de l’Europe, une initiative qui se propose de montrer comment la culture est au service de la paix et représente un facteur unifiant pour les différentes sociétés européennes, en mesure d’accroître la concorde entre les peuples. Il s’agit d’un signe d’attention particulière envers une Organisation, dont on célèbre cette année le 70ème anniversaire de la fondation, avec laquelle le Saint-Siège collabore depuis de nombreuses décennies et dont il reconnaît le rôle spécifique dans la promotion des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit, dans un espace qui veut embrasser le continent européen tout entier. Enfin, le 30 novembre dernier, l’État de la Cité du Vatican a été admis dans l’Aire unique pour les paiements en Euro (SEPA).

L’obéissance à la mission spirituelle, qui jaillit de l’impératif que le Seigneur Jésus a adressé à l’apôtre Pierre : « Sois le berger de mes agneaux » (Jn 21, 15), pousse le Pape – et donc le Saint-Siège – à se préoccuper de la famille humaine tout entière et de ses nécessités également d’ordre matériel et social. Toutefois, le Saint-Siège n’entend pas s’ingérer dans la vie des États, mais il aspire à être un auditeur attentif et sensible aux problématiques qui concernent l’humanité, avec le désir humble et sincère de se placer au service du bien de tout être humain.

C’est cette attention prévenante qui caractérise le rendez-vous d’aujourd’hui et qui me soutient dans les rencontres avec les nombreux pèlerins qui viennent au Vatican de toutes les parties du monde, comme aussi avec les peuples et les communautés que j’ai eu la joie de rejoindre l’année dernière, à travers les voyages apostoliques accomplis au Chili, au Pérou, en Suisse, en Irlande, en Lituanie, en Lettonie et en Estonie.

C’est cette attention prévenante qui pousse l’Église en tout lieu à s’engager pour favoriser l’édification de sociétés pacifiques et réconciliées. Dans cette perspective, je pense particulièrement au Nicaragua bien-aimé, dont je suis la situation de près, avec le souhait que les différentes instances politiques et sociales trouvent dans le dialogue, la voie royale pour se rencontrer pour le bien de la Nation tout entière.

Dans cet horizon, se situe aussi la consolidation des relations entre le Saint-Siège et le Vietnam, en vue de la nomination, dans un proche avenir, d’un Représentant pontifical résident, dont la présence veut surtout être une manifestation de la sollicitude du Successeur de Pierre pour l’Église locale.

D’une façon analogue doit s’entendre la signature de l’Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine sur la nomination des Evêques en Chine, qui a eu lieu 22 septembre dernier. Comme vous le savez, il est le fruit d’un dialogue institutionnel long et réfléchi, au moyen duquel on est parvenu à fixer quelques éléments stables de collaboration entre le Siège Apostolique et les Autorités civiles. Comme j’ai eu l’occasion de le mentionner dans le Message que j’ai adressé aux Catholiques chinois et à l’Église universelle,[1] déjà auparavant j’avais réadmis dans la pleine communion ecclésiale les Evêques officiels restant ordonnés sans mandat pontifical, les invitant à œuvrer avec générosité pour la réconciliation des Catholiques chinois et pour un élan renouvelé d’évangélisation. Je remercie le Seigneur que, pour la première fois depuis tant d’années, tous les Evêques en Chine soient en pleine communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle. Un signe visible de cela a aussi été la participation de deux Évêques de la Chine continentale au récent Synode consacré aux Jeunes. On souhaite que la poursuite des contacts sur l’application de l’Accord provisoire paraphé contribue à résoudre les questions ouvertes et à assurer ces espaces nécessaires pour une jouissance effective de la liberté religieuse.

Chers Ambassadeurs,

l’année qui vient de commencer voit pointer à l’horizon divers anniversaires significatifs, outre celui du Conseil de l’Europe rappelé tout à l’heure. Parmi ceux-ci, je voudrais en mentionner particulièrement un : le centenaire de la Société des Nations, instituée avec le Traité de Versailles signé le 28 juin 1919. Pourquoi se souvenir d’une Organisation qui aujourd’hui n’existe plus ? Parce qu’elle représente le début de la diplomatie moderne multilatérale, par laquelle les États tentent de soustraire les relations réciproques à la logique de l’oppression qui conduit à la guerre. L’expérience de la Société des Nations a rencontré bien vite ces difficultés, connues de tous, qui amenèrent exactement vingt années après sa naissance à un nouveau et plus déchirant conflit, celui de la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, elle a ouvert une route, qui sera prise avec la plus grande détermination par l’institution en 1945 de l’Organisation des Nations Unies : une route certainement hérissée de difficultés et d’oppositions ; pas toujours efficace puisque les conflits malheureusement perdurent aussi aujourd’hui ; mais qui cependant est toujours une opportunité incontestable pour les nations de se rencontrer et de rechercher des solutions communes.

Les prémisses indispensables du succès de la diplomatie multilatérale sont la bonne volonté et la bonne foi des interlocuteurs, la disponibilité à une confrontation loyale et sincère et la volonté d’accepter les inévitables compromis qui naissent de la confrontation entre les parties. Là où même un seul de ces éléments vient à manquer, domine la recherche de solutions unilatérales et, en dernière instance, l’oppression du plus fort sur le plus faible. La Société des Nations est entrée en crise justement pour ces motifs et, malheureusement, on note que les mêmes attitudes aussi aujourd’hui sont en train de saper la capacité des principales Organisations internationales.

Je retiens donc qu’il est important qu’également dans le temps présent, ne diminue pas la volonté d’une confrontation sereine et constructive entre les États, alors qu’il est bien évident que les relations au sein de la communauté internationale et le système multilatéral dans sa complexité traversent des moments difficiles, avec la réémergence des tendances nationalistes, qui minent la vocation des Organisations internationales à être un espace de dialogue et de rencontre pour tous les pays. Cela est en partie dû à une certaine incapacité du système multilatéral à offrir des solutions efficaces à diverses situations irrésolues depuis longtemps, comme certains conflits “gelés”, et à affronter les défis actuels de manière satisfaisante pour tous. C’est en partie le résultat de l’évolution des politiques nationales, toujours plus fréquemment déterminées par la recherche d’un consensus immédiat et intransigeant, plutôt que par la poursuite patiente du bien commun avec des réponses à long terme. C’est aussi en partie le résultat de la prépondérance accrue dans les Organisations internationales de pouvoirs et de groupes d’intérêts qui imposent leurs visions et leurs idées, amorçant de nouvelles formes de colonisation idéologique, souvent irrespectueuses de l’identité, de la dignité et de la sensibilité des peuples. C’est en partie la conséquence de la réaction dans certaines parties du monde d’une globalisation qui s’est développée trop rapidement dans certains aspects et de façon désordonnée, si bien que se produit une tension entre la globalisation et la localisation. Il faut donc prêter attention à la dimension globale sans perdre de vue ce qui est local. Devant l’idée d’une globalisation sphérique, qui nivelle les différences et dans laquelle les particularités semblent disparaître, il est facile que reémergent les nationalismes, tandis que la globalisation peut être aussi une opportunité, dès lors qu’elle est “polyédrique”, c’est-à-dire qu’elle favorise une tension positive entre l’identité de chacun des peuples et pays et la globalisation même, selon le principe que le tout est supérieur à la partie.[2]

Certaines de ces attitudes renvoient à la période entre les deux guerres mondiales, durant laquelle les propensions populistes et nationalistes ont prévalu sur l’action de la Société des Nations. La réapparition aujourd’hui de telles pulsions affaiblit progressivement le système multilatéral, avec le résultat d’un manque de confiance général, d’une crise de crédibilité de la politique internationale et d’une marginalisation progressive des membres les plus vulnérables de la famille des nations.

Dans son discours mémorable à l’Assemblée des Nations Unies – le premier d’un Pontife devant cette Assemblée – saint Paul VI, que j’ai eu la joie de canoniser l’année dernière, a tracé la finalité de la diplomatie multilatérale, ses caractéristiques et ses responsabilités dans le contexte contemporain, mettant en évidence aussi les éléments de contact qui existent avec la mission spirituelle du Pape et donc du Saint-Siège.

Le primat de la justice et du droit

Le premier élément de contact que je voudrais rappeler est le primat de la justice et du droit : « Vous sanctionnez – a dit le Pape Montini – le grand principe que les rapports entre les peuples doivent être réglés par la raison, par la justice, le droit, et la négociation, et non par la force, ni par la violence, ni par la guerre, non plus que par la peur et par la tromperie ».[3]

A notre époque, est préoccupante la réémergence de la tendance à faire prévaloir et à poursuivre les intérêts particuliers nationaux sans recourir à ces instruments que le droit international prévoit pour résoudre les controverses et assurer le respect de la justice, notamment grâce aux tribunaux internationaux. Cette attitude est parfois le fruit de la réaction de ceux qui sont appelés à la responsabilité de gouverner devant un mal-être accentué qui se développe toujours plus parmi les citoyens de nombreux pays, qui perçoivent les dynamiques et les règles qui gouvernent la communauté internationale comme lentes, abstraites et en dernière analyse éloignées de leurs besoins effectifs. Il est opportun que les personnalités politiques écoutent les voix de leurs peuples et qu’elles recherchent des solutions concrètes pour en favoriser le plus grand bien. Cela exige toutefois le respect du droit et de la justice, aussi bien à l’intérieur des communautés nationales qu’au sein de la communauté internationale, parce que des solutions réactives, émotives et hâtives peuvent amplifier un consensus à court terme, mais ne contribueront certainement pas à la solution des problèmes plus radicaux, au contraire elles les augmenteront.

C’est justement à partir de cette préoccupation que j’ai souhaité consacrer le Message pour la LII (52)ème Journée Mondiale de la Paix, célébrée le 1er janvier dernier, au thème :“La bonne politique est au service de la Paix”, puisqu’il y a une étroite relation entre la bonne politique et la coexistence pacifique entre les peuples et les nations. La paix n’est jamais un bien partiel, mais elle embrasse tout le genre humain. Un aspect essentiel, donc, de la bonne politique est celui de poursuivre le bien commun de tous, en tant que « bien de tous les hommes et de tout l’homme »[4] et condition sociale qui permet à chaque personne et à la communauté tout entière d’atteindre son bien-être matériel et spirituel.

Il est demandé à la politique d’être prévoyante et de ne pas se limiter à chercher des solutions à court terme. Le bon politicien ne doit pas occuper des espaces, mais engager des processus ; il est appelé à faire prévaloir l’unité sur le conflit, unité à la base de laquelle il y a « la solidarité, entendue en son sens le plus profond et comme défi ». Elle « devient ainsi une manière de faire l’histoire, un domaine vital où les conflits, les tensions, et les oppositions peuvent atteindre une unité multiforme, unité qui engendre une nouvelle vie ».[5]

Cette considération tient compte de la dimension transcendante de la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le respect, donc, de la dignité de tout être humain est la condition indispensable à toute coexistence réellement pacifique, et le droit constitue l’instrument essentiel pour l’obtention de la justice sociale et pour nourrir des liens fraternels entre les peuples. Dans ce domaine, un rôle fondamental est joué par les droits humains, énoncés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, dont nous avons célébré il y a peu le 70ème anniversaire, dont il serait opportun de redécouvrir le caractère universel, objectif et rationnel, afin que ne dominent pas des visions partielles et subjectives de l’homme, qui risquent d’ouvrir la voie à de nouvelles inégalités, injustices, discriminations et, à l’extrême, aussi à de nouvelles violences et de nouveaux abus.

La défense des plus faibles

Le second élément que je voudrais rappeler est la défense des plus faibles. « Nous faisons nôtre aussi – a affirmé le Pape Montini – la voix des pauvres, des déshérités, des malheureux, de ceux qui aspirent à la justice, à la dignité de vivre, à la liberté, au bien-être et au progrès ».[6]

L’Église est depuis toujours engagée dans l’aide à celui qui est dans le besoin et le Saint-Siège lui-même s’est fait, au cours de ces années, le promoteur de différents projets en vue du soutien des plus faibles, qui ont reçu aussi un appui de la part de divers sujets au niveau international. Parmi ceux-ci, je voudrais citer l’initiative humanitaire en Ukraine en faveur de la population qui souffre, surtout dans les régions orientales du pays, en raison d’un conflit qui dure depuis presque cinq années et qui a eu récemment des développements préoccupants dans la région de la Mer Noire. Grâce à une participation active des Eglises catholiques d’Europe et des fidèles des autres parties du monde qui ont répondu à mon appel de mai 2016, et avec la collaboration d’autres Confessions et des Organisations internationales, on a cherché à répondre, de manière concrète, aux premières nécessités des habitants des territoires touchés, qui sont les premières victimes de la guerre. L’Eglise et ses différentes institutions poursuivront cette mission qui est la leur, dans l’intention d’attirer une plus grande attention aussi sur les autres questions humanitaires, parmi lesquelles celle concernant le sort des prisonniers, toujours nombreux. Avec ce qui s’est fait et la proximité à la population, l’Eglise cherche à encourager, directement et indirectement, des parcours pacifiques pour la solution du conflit, parcours respectueux de la justice et de la légalité, y compris internationale, fondement de la sécurité et du vivre ensemble pour la région tout entière. Dans ce but, les instruments qui garantissent le libre exercice des droits religieux sont importants.

De son côté, la communauté internationale aussi avec ses organisations est appelée à donner voix à qui n’a pas de voix. Et parmi les sans voix de notre temps, je voudrais rappeler les victimes des autres guerres en cours, spécialement de celle en Syrie, avec le nombre considérable de morts qu’elle a causé. Encore une fois, je fais appel à la communauté internationale afin qu’elle favorise une solution politique à un conflit qui verra à la fin seulement des vaincus. Il est surtout fondamental que cessent les violations du droit humanitaire, qui provoquent d’indicibles souffrances à la population civile, spécialement aux femmes et aux enfants, et frappent des structures essentielles comme les hôpitaux, les écoles et les camps de réfugiés, ainsi que des édifices religieux.

On ne peut ensuite oublier les nombreux réfugiés que le conflit a causés, mettant surtout à rude épreuve les pays limitrophes. Encore une fois, je veux exprimer ma gratitude à la Jordanie et au Liban qui ont accueilli avec un esprit fraternel et au prix de sacrifices non négligeables un grand nombre de personnes, en souhaitant en même temps que les réfugiés puissent rentrer chez eux, dans des conditions de vie et de sécurité adéquates. Ma pensée va aussi aux différents pays européens qui ont généreusement offert l’hospitalité à qui se trouvait en difficulté et en danger.

Parmi ceux qui ont été touchés par l’instabilité qui, depuis des années marque le Moyen Orient, il y a particulièrement les chrétiens, qui habitent ces terres depuis le temps des Apôtres et qui au cours des siècles ont contribué à les édifier et à les façonner. Il est extrêmement important que les chrétiens aient une place dans l’avenir de la Région, et j’encourage donc ceux qui ont cherché refuge dans d’autres lieux à tout mettre en œuvre pour rentrer chez eux et, en tout cas, à maintenir et à renforcer les liens avec les communautés d’origine. En même temps, je souhaite que les autorités politiques ne manquent pas de garantir leur nécessaire sécurité et toutes les autres conditions qui leur permettent de continuer à vivre dans les pays dont ils sont citoyens à part entière, et de contribuer à leur construction.

Malheureusement, au cours de ces années, la Syrie et en général tout le Moyen Orient se sont trouvés être le théâtre de conflits de multiples intérêts opposés. Outre les intérêts prééminents de nature politique et militaire, il ne faut pas négliger aussi la tentative d’interposer l’inimitié entre musulmans et chrétiens. Même si « au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans »[7], en différents lieux du Moyen Orient, ils ont pu pendant longtemps vivre ensemble pacifiquement. Prochainement, j’aurai l’occasion de me rendre dans deux pays à majorité musulmane, le Maroc et les Emirats Arabes Unis ; Il s’agira de deux opportunités importantes pour développer davantage le dialogue interreligieux et la connaissance réciproque entre les fidèles des deux religions, lors du 8ème centenaire de la rencontre historique entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kãmil.

Parmi les personnes vulnérables de notre temps que la communauté internationale est appelée à défendre, il y a également, avec les réfugiés, les migrants. Encore une fois je désire attirer l’attention des gouvernements, afin qu’ils viennent en aide à ceux qui ont dû émigrer en raison du fléau de la pauvreté, de toute sorte de violence et de persécutions, comme aussi des catastrophes naturelles et des bouleversements climatiques, et afin que soient facilitées les mesures qui permettent leur intégration sociale dans les pays d’accueil. Il faut ensuite qu’on s’emploie à ce que les personnes ne soient pas contraintes d’abandonner leur propre famille et nation, ou puissent y retourner en sécurité et dans le plein respect de leur dignité et de leurs droits humains. Chaque être humain aspire à une vie meilleure et plus heureuse et ne peut se résoudre au défi de la migration avec la logique de la violence et du rejet, ni avec des solutions partielles.

Je ne peux donc qu’être reconnaissant pour les efforts de nombreux gouvernements et institutions qui, poussés par un généreux esprit de solidarité et de charité chrétienne collaborent fraternellement en faveur des migrants. Parmi eux, je désire mentionner la Colombie qui, avec d’autres pays du continent, dans les derniers mois, a accueilli un nombre considérable de personnes provenant du Venezuela. En même temps, je suis conscient que les flux migratoires de ces années ont causé méfiance et préoccupation dans la population de nombreux pays, spécialement en Europe et dans l’Amérique du Nord, et cela a poussé différents gouvernements à limiter fortement les flux d’entrée, même s’il s’agit de transit. Je retiens toutefois, qu’à une question aussi universelle on ne peut donner des solutions partielles. Les urgences récentes ont montré qu’une réponse commune est nécessaire, réponse concertée par tous les pays, sans barrages et dans le respect de chaque instance légitime, aussi bien des États que des migrants et des réfugiés.

Dans cette perspective, le Saint-Siège s’emploiera activement dans les négociations pour l’adoption des deux Pactes globaux sur les réfugiés et sur la Migration sûre, ordonnée et régulière. En particulier, le Pacte sur les migrations constitue un important pas en avant pour la communauté internationale qui, dans le cadre des Nations Unies, affronte pour la première fois, au niveau multilatéral, le thème dans un document d’importance. Malgré la non-obligation juridique de ces documents et l’absence de différents gouvernements à la récente Conférence des Nations Unies à Marrakech, les deux Pactes seront d’importants points de référence pour l’engagement politique et pour l’action concrète d’organisations internationales, législatives et politiques, comme aussi pour ceux qui sont engagés pour une gestion plus responsable, coordonnée et sûre des situations qui concernent les réfugiés et les migrants à différents titres. De ces deux Pactes, le Saint-Siège apprécie l’intention et le caractère qui en facilitent la mise en pratique, tout en ayant exprimé des réserves sur ces documents, réclamés dans le Pacte concernant les migrations, qui contiennent des terminologies et des lignes guides qui ne correspondent pas à ses principes sur la vie et les droits des personnes.

Parmi les autres personnes vulnérables, « nous avons conscience de faire nôtre – a continué Paul VI – la voix […] des jeunes générations d’aujourd’hui, attendant à bon droit une humanité meilleure ».[8] Aux jeunes, qui tant de fois se sentent perdus et privés de certitudes pour l’avenir, a été consacrée la XVème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques. Ils seront aussi les protagonistes du voyage apostolique que j’accomplirai à Panama d’ici quelques jours à l’occasion des XXXIVème Journées mondiales de la Jeunesse. Les jeunes sont l’avenir, et une tâche de la politique est d’ouvrir les routes de l’avenir. Pour cela, il est plus que jamais nécessaire d’investir dans des initiatives qui permettent aux prochaines générations de se construire un avenir, en ayant la possibilité de trouver du travail, de former une famille et de faire grandir des enfants.

A côté des jeunes, les enfants méritent une mention particulière, spécialement en cette année qui célèbre le 30ème anniversaire de l’adoption de la Convention sur les droits de l’enfant. Il s’agit d’une occasion propice pour une réflexion sérieuse sur les pas accomplis pour veiller sur le bien de nos petits et sur leur développement social et intellectuel, comme aussi sur leur croissance physique, psychique et spirituelle. Dans cette circonstance, je ne peux pas taire une des plaies de notre temps, qui malheureusement a vu comme protagonistes aussi divers membres du clergé. Les abus contre les mineurs constituent un des crimes les plus vils et les plus néfastes possible. Ils balaient inexorablement le meilleur de ce que la vie humaine réserve à un innocent, en causant des dégâts irréparables pour le reste de l’existence. Le Saint-Siège et l’Église tout entière s’engagent à combattre et à prévenir de tels délits et leur dissimulation, pour établir la vérité des faits dans lesquels sont impliqués des ecclésiastiques et pour rendre justice aux mineurs qui ont subi des violences sexuelles, aggravées par des abus de pouvoir et de conscience. La rencontre que j’aurai avec les épiscopats du monde entier en février prochain entend être un pas supplémentaire sur le chemin de l’Église, pour faire une pleine lumière sur des faits et adoucir les blessures causées par de tels délits.

Il est regrettable de constater que dans nos sociétés, tant de fois caractérisées par des contextes familiaux fragiles, se développent des comportements violents même dans les relations envers les femmes, dont la dignité a été au centre de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem, publiée il y a 30 ans par le saint Pape Jean-Paul II. Devant la plaie des abus physiques et psychologiques sur les femmes, il y a urgence à redécouvrir des formes de relations justes et équilibrées, basées sur le respect et sur la reconnaissance réciproque, dans lesquels chacun puisse exprimer de manière authentique sa propre identité, tandis que la promotion de certaines formes d’indifférenciation risque de dénaturer l’être humain lui-même, homme ou femme.

L’attention pour les plus vulnérables nous pousse à réfléchir aussi sur une autre plaie de notre temps, à savoir les conditions des travailleurs. S’il n’est pas suffisamment protégé, le travail cesse d’être le moyen par lequel l’homme se réalise et devient une forme moderne d’esclavage. Il y a cent ans, naissait l’Organisation Internationale du Travail, qui s’est employée à favoriser des conditions adéquates de travail et à accroître la dignité des travailleurs eux-mêmes. Devant les défis de notre temps, et en premier lieu, le croissant développement technologique qui soustrait des postes de travail et la diminution des garanties économiques et sociales pour les travailleurs, j’exprime le souhait que l’Organisation Internationale du Travail continue d’être, au-delà des intérêts partiels, un exemple de dialogue et de concertation pour la réalisation de ses objectifs élevés. Dans cette mission qui est la sienne, elle est appelée à affronter également, avec d’autres instances de la communauté internationale, la plaie du travail des mineurs et des nouvelles formes d’esclavage, de même qu’une diminution progressive de la valeur des rétributions, spécialement dans les pays développés, et la discrimination persistante des femmes dans le milieu du travail.

Etre pont entre les peuples et constructeurs de la paix.

Dans son intervention aux Nations Unies, saint Paul VI a montré clairement l’objectif principal de cette Organisation internationale. « Vous existez et vous travaillez pour unir les nations, pour associer les États, […] pour mettre ensemble les uns avec les autres. Vous êtes un pont entre les peuples. […] Il suffit de rappeler que le sang de millions d’hommes, que des souffrances inouïes et innombrables, que d’inutiles massacres et d’épouvantables ruines sanctionnent le pacte qui vous unit, en un serment qui doit changer l’histoire future du monde : jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! C’est la paix, la paix, qui doit guider le destin des peuples et de toute l’humanité ! […] La paix, vous le savez, ne se construit pas seulement au moyen de la politique et de l’équilibre des forces et des intérêts. Elle se construit avec l’esprit, les idées, les œuvres de la paix ».[9]

Au cours de l’année dernière, quelques signes de paix significatifs se sont produits, à commencer par l’Accord historique entre l’Ethiopie et l’Erythrée qui met fin à vingt ans de conflit, et qui rétablit les relations diplomatiques entre les deux pays. De même, l’entente signée par les leaders du Sud Soudan, qui permet de reprendre la cohabitation civile et de réactiver le fonctionnement des institutions nationales, est un signe d’espérance pour le continent africain où, cependant, demeurent de graves tensions et où la pauvreté est répandue. Je suis avec une attention particulière l’évolution de la situation en République Démocratique du Congo, exprimant le souhait que le pays puisse retrouver la réconciliation qui tarde depuis longtemps et entreprendre un chemin décidé vers le développement, mettant fin à l’état persistant d’insécurité qui touche des millions de personnes, parmi lesquelles, de nombreux enfants. Dans ce sens, le respect du résultat électoral est un facteur déterminant pour une paix durable. De même, j’exprime ma proximité à ceux qui souffrent à cause de la violence fondamentaliste, spécialement au Mali, au Niger et au Nigeria, ou en raison des tensions internes persistantes au Cameroun, qui sèment souvent la mort, y compris parmi la population civile.

Dans l’ensemble, il convient aussi de remarquer que l’Afrique, au-delà de plusieurs événements dramatiques, montre un dynamisme potentiel positif, enraciné dans sa culture ancienne et dans son accueil traditionnel. Un exemple de solidarité effective entre les nations se rencontre en plusieurs pays dans l’ouverture des frontières pour accueillir généreusement les réfugiés et les personnes déplacées. Il faut apprécier le fait qu’en de nombreux États, la coexistence pacifique entre les croyants de diverses religions grandit, et que les initiatives communes de solidarité sont favorisées. De plus, la mise en œuvre de politiques inclusives et les progrès des processus démocratiques sont en train de donner, en de nombreuses régions, des résultats efficaces pour combattre la pauvreté absolue et promouvoir la justice sociale. Le soutien de la communauté internationale devient donc encore plus urgent pour favoriser le développement des infrastructures, la construction de perspectives pour les jeunes générations et l’émancipation des catégories les plus faibles.

Des signes positifs sont parvenus de la péninsule coréenne. Le Saint Siège regarde favorablement les dialogues et souhaite qu’ils puissent affronter les questions les plus complexes dans une attitude constructive, et conduire à des solutions partagées et durables, en sorte d’assurer un avenir de développement et de coopération pour tout le peuple coréen et pour toute la région.

Je formule des souhaits comparables pour le Venezuela bien-aimé, afin que soient trouvés des moyens institutionnels et pacifiques pour résoudre la crise politique, sociale et économique qui perdure, des moyens qui permettent avant tout d’assister ceux qui sont éprouvés et d’offrir à tout le peuple vénézuélien un horizon d’espérance et de paix.

Le Saint Siège souhaite aussi que le dialogue entre Israéliens et Palestiniens puisse reprendre, afin qu’il soit possible enfin de parvenir à une entente et de donner une réponse aux légitimes aspirations des deux peuples, garantissant la coexistence de deux États et l’instauration d’une paix longuement attendue et désirée. L’engagement unanime de la Communauté internationale est plus que jamais précieux et nécessaire pour atteindre cet objectif, comme aussi pour favoriser la paix dans toute la région, en particulier au Yémen et en Irak, et pour permettre, en même temps, d’apporter les aides humanitaires nécessaires aux populations qui sont dans le besoin.

Repenser notre destin commun

Enfin, je voudrais rappeler un quatrième trait de la diplomatie multilatérale : il nous invite à repenser notre destin commun. Paul VI l’a dit en ces termes : « Nous devons nous habituer à penser d’une manière nouvelle […] la vie en commun des hommes, d’une manière nouvelle les chemins de l’histoire et les destins du monde. […] Voici arrivée l’heure […] de repenser à notre commune origine, à notre histoire, à notre destin commun. Jamais comme aujourd’hui, dans une époque marquée par un tel progrès humain, n’a été aussi nécessaire l’appel à la conscience morale de l’homme. Car le péril ne vient, ni du progrès, ni de la science. […] Le vrai péril se tient dans l’homme, qui dispose d’instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu’aux plus hautes conquêtes ».[10]

Dans le contexte de l’époque, le Pontife faisait référence essentiellement à la prolifération des armes nucléaires. « Les armes – disait-il - surtout les terribles armes que la science moderne [nous] a données, avant même de causer des victimes et des ruines, engendrent de mauvais rêves, alimentent de mauvais sentiments, créent des cauchemars, des défiances, de sombres résolutions ; elles exigent d’énormes dépenses ; elles arrêtent les projets de solidarité et d’utile travail ; elles faussent la psychologie des peuples ».[11]

Malheureusement, il est douloureux de constater que, non seulement le marché des armes ne semble pas sur le point de s’arrêter, mais qu’il y a, au contraire, une tendance toujours plus répandue à s’armer, tant de la part des individus que de la part des États. Il est préoccupant, en particulier, que le désarmement nucléaire, largement souhaité et en partie obtenu au cours des décennies passées, laisse maintenant place à la recherche de nouvelles armes toujours plus sophistiquées et destructrices. Devant cette assemblée, je veux répéter que « nous ne pouvons pas non plus manquer d’éprouver un vif sentiment d’inquiétude si nous considérons les conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques qui découlent de tout recours aux armes nucléaires. C’est pourquoi, en tenant compte notamment du risque d’une explosion accidentelle de telles armes due à n’importe quel type d’erreur, il faut condamner fermement la menace de leur usage, ainsi que leur possession, précisément parce que leur existence est liée à une logique de peur qui ne concerne pas seulement les parties en conflit, mais tout le genre humain. Les relations internationales ne peuvent être dominées par la force militaire, par les intimidations réciproques, par l’ostentation des arsenaux de guerre. Les armes de destruction de masse, en particulier les armes atomiques, n’engendrent qu’un sentiment trompeur de sécurité et ne peuvent constituer la base d’une coexistence pacifique entre les membres de la famille humaine qui doit en revanche s’inspirer d’une éthique de solidarité ».[12]

Repenser notre destin commun dans le contexte actuel signifie aussi repenser le rapport avec notre planète. Cette année encore, le désarroi et des souffrances indicibles, provoqués par les déluges, les inondations, les incendies, les tremblements de terre et les sécheresses, ont frappé durablement les populations de diverses régions du continent américain et du Sud-Est asiatique. Parmi les questions sur lesquelles il est particulièrement urgent de trouver un accord au sein de la communauté internationale, il y a donc la protection de l’environnement et le changement climatique. A cet égard, à la lumière du consensus atteint à la récente Conférence internationale sur le climat (COP-24) qui s’est tenue à Katowice, je souhaite un engagement plus décidé de la part des États à renforcer la collaboration pour combattre avec urgence le phénomène préoccupant du réchauffement global. La terre est à tous, et les conséquences de son exploitation retombent sur toute la population mondiale, avec des effets plus dramatiques en certaines régions. Parmi elles, il y a l’Amazonie qui sera au centre de la prochaine Assemblée Spéciale du Synode des Évêques, prévue au Vatican au mois d’octobre, laquelle, bien que traitant principalement des chemins d’évangélisation pour le peuple de Dieu, ne manquera pas non plus d’affronter les problématiques environnementales en relation étroite avec les retombées sociales.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. A partir de là, disparaissait en peu de mois le dernier reliquat du second conflit mondial : la déchirante division de l’Europe décidée à Yalta et la guerre froide. Les pays à l’est du rideau de fer ont retrouvé leur liberté après des décennies d’oppression, et beaucoup d’entre eux ont commencé à s’acheminer sur la voie qui devait les conduire à adhérer à l’Union Européenne. Dans le contexte actuel, où prévalent de nouvelles poussées centrifuges ainsi que la tentation de construire de nouveaux rideaux, que ne se perde pas en Europe la conscience des bienfaits – en premier lieu la paix – apportés par le chemin d’amitié et de rapprochement entre les peuples entrepris depuis l’après-guerre.

Je voudrais enfin faire mention aujourd’hui d’un dernier anniversaire. Le 11 février, il y a quatre-vingt-dix ans, naissait l’État de la Cité du Vatican, à la suite de la signature des Accords du Latran entre le Saint Siège et l’Italie. S’achevait ainsi la longue période de la “question romaine” faisant suite à la prise de Rome et à la fin des États pontificaux. Avec les Accords du Latran, le Saint-Siège pouvait disposer de « ce territoire matériel suffisant qui est indispensable à l’exercice d’un pouvoir spirituel confié aux hommes aux bénéfice des hommes »,[13] comme l’affirma Pie XI, et, avec le Concordat, l’Eglise a pu de nouveau contribuer pleinement à la croissance spirituelle et matérielle de Rome et de toute l’Italie, une terre riche d’histoire, d’art et de culture, que le christianisme a contribué à forger. A cette occasion, j’assure le peuple italien d’une prière spéciale pour que, dans la fidélité à ses traditions, il maintienne vivant cet esprit de fraternelle solidarité qui l’a longtemps distingué.

A vous tous, chers Ambassadeurs et Hôtes distingués venus ici, et à vos pays, je présente mes vœux cordiaux pour que l’année nouvelle permette de renforcer les liens d’amitié qui nous unissent et d’œuvrer pour construire la paix à laquelle le monde aspire.

Merci !

[1] Cf. Message aux Catholiques chinois et à l’Église universelle, 26 septembre 2018, n.3.

[2] Cf. Exhort. apost. Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 234.

[3] Paul VI, Discours aux Nations Unies, New York, 4 octobre 1965, n. 2.

[4] Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 165.

[5] Exhort. Apost. Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, n. 228.

[6] Discours aux Nations Unies, n. 1.

[7] Conc. Œcum. Vat. II Décl. Nostra aetate sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, n. 3.

[8] Discours aux Nations Unies, n. 1.

[9] Ibid., nn. 3 ; 5.

[10] Ibid., n.7.

[11] Ibid., n.5.

[12] Discours aux participants au Symposium International sur le Désarmement organisé par le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral, 10 novembre 2017.

[13] Pie XI, Alloc. “il nostro più cordiale” aux Curés de Rome et aux Prédicateurs du Carême à l’occasion de la signature des Accords et du Concordat au Palais du Latran, 11 février 1929.

Message du Pape François pour la Journée mondiale de la Paix

Cette journée mondiale ouvre l’année nouvelle selon une tradition instituée par saint Paul VI en 1968, qui avait voulu faire coïncider cette Journée mondiale de la Paix avec la Fête de Sainte-Marie Mère de Dieu, le 1er janvier. Dans ce texte intitulé “La bonne politique est au service de la paix”, le Pape interpelle les responsables politiques du monde entier sur leur mission au service de la Maison commune.

1. ‘‘Paix à cette maison !’’

En envoyant ses disciples en mission, Jésus leur dit : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘‘Paix à cette maison’’. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra vers vous » (Lc 10, 5-6).

Offrir la paix est au cœur de la mission des disciples du Christ. Et cette offre est adressée à tous ceux qui, hommes et femmes, aspirent à la paix au milieu des drames et des violences de l’histoire humaine[1]. La ‘‘maison’’ dont parle Jésus, c’est chaque famille, chaque communauté, chaque pays, chaque continent, dans sa particularité et dans son histoire ; c’est avant tout chaque personne, sans distinctions ni discriminations. C’est aussi notre ‘‘maison commune’’ : la planète où Dieu nous a mis pour y vivre et dont nous sommes appelés à prendre soin avec sollicitude.

C’est donc également mon vœu au début de l’année nouvelle : ‘‘Paix à cette maison !’’.

2. Le défi de la bonne politique

La paix est comme l’espérance dont parle le poète Charles Péguy [2] ; elle est comme une fleur fragile qui cherche à s’épanouir au milieu des pierres de la violence. Nous le savons : la recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices. La politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme, mais quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression, de marginalisation, voire de destruction.

« Si quelqu’un veut être le premier, dit Jésus, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Comme le soulignait saint Paul VI : « Prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux – local, régional et mondial –, c’est affirmer le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de la liberté de choix qui lui est offerte pour chercher à réaliser ensemble le bien de la cité, de la nation, de l’humanité »[3].

En effet, la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour tous ceux qui reçoivent le mandat de servir leur pays, de protéger les habitants et de travailler pour asseoir les conditions d’un avenir digne et juste. Accomplie dans le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes, la politique peut devenir vraiment une forme éminente de charité.

3. Charité et vertus humaines pour une politique au service des droits humains et de la paix.

Le Pape Benoît XVI rappelait que « tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis. […] L’engagement pour le bien commun, quand la charité l’anime, a une valeur supérieure à celle de l’engagement purement séculier et politique […] Quand elle est inspirée et animée par la charité, l’action de l’homme contribue à l’édification de cette cité de Dieu universelle vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine »[4]. C’est un programme dans lequel peuvent se retrouver tous les politiciens, de n’importe quelle appartenance culturelle ou religieuse, qui souhaitent œuvrer ensemble pour le bien de la famille humaine, en pratiquant ces vertus humaines qui sous-tendent le bon agir politique : la justice, l’équité, le respect réciproque, la sincérité, l’honnêteté, la fidélité.

À ce sujet, méritent d’être rappelées les ‘‘béatitudes du politique’’, proposées par le Cardinal vietnamien François-Xavier Nguyễn Văn Thuận, mort en 2002, qui a été un témoin fidèle de l’Évangile :

Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle.
Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.
Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.
Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent.
Heureux le politicien qui réalise l’unité.
Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.
Heureux le politicien qui sait écouter.
Heureux le politicien qui n’a pas peur.[5]

Chaque renouvellement des fonctions électives, chaque échéance électorale, chaque étape de la vie publique constitue une occasion pour retourner à la source et aux repères qui inspirent la justice et le droit. Nous en sommes certains : la bonne politique est au service de la paix ; elle respecte et promeut les droits humains fondamentaux, qui sont aussi des devoirs réciproques, afin qu’entre les générations présentes et celles à venir se tisse un lien de confiance et de reconnaissance.

4. Les vices de la politique

À côté des vertus, malheureusement, ne manquent pas non plus dans la politique les vices, dus soit à une inaptitude personnelle soit à des déformations dans l’entourage et dans les institutions. Il est clair pour tous que les vices de la vie politique ôtent de la crédibilité aux systèmes dans lesquels elle s’exerce, ainsi qu’à l’autorité, aux décisions et à l’action des personnes qui s’y consacrent. Ces vices, qui affaiblissent l’idéal d’une authentique démocratie, sont la honte de la vie publique et mettent en danger la paix sociale : la corruption – sous ses multiples formes d’appropriation indue des biens publics ou d’instrumentalisation des personnes –, la négation du droit, le non-respect des règles communautaires, l’enrichissement illégal, la justification du pouvoir par la force ou par le prétexte arbitraire de la ‘‘raison d’État’’, la tendance à s’accrocher au pouvoir, la xénophobie et le racisme, le refus de prendre soin de la Terre, l’exploitation illimitée des ressources naturelles en raison du profit immédiat, le mépris de ceux qui ont été contraints à l’exil.

5. La bonne politique promeut la participation des jeunes et la confiance dans l’autre

Quand l’exercice du pouvoir politique vise uniquement à sauvegarder les intérêts de certains individus privilégiés, l’avenir est compromis et les jeunes peuvent être tentés par la méfiance, parce que condamnés à rester en marge de la société, sans possibilité de participer à un projet pour l’avenir. Quand, au contraire, la politique se traduit, concrètement, dans l’encouragement des jeunes talents et des vocations qui demandent à se réaliser, la paix se diffuse dans les consciences et sur les visages. Elle devient une confiance dynamique, qui veut dire ‘‘j’ai confiance en toi et je crois en toi’’, dans la possibilité de travailler ensemble pour le bien commun. La politique est pour la paix si elle se manifeste donc, dans la reconnaissance des charismes et des capacités de chaque personne. « Quoi de plus beau qu’une main tendue ? Elle a été voulue par Dieu pour offrir et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue (cf. Gn 4, 1sv) ou qu’elle fasse souffrir, mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. À côté du cœur et de l’intelligence, la main peut devenir, elle aussi, un instrument du dialogue »[6].

Chacun peut apporter sa pierre à la construction de la maison commune. La vie politique authentique, qui se fonde sur le droit et sur un dialogue loyal entre les personnes, se renouvelle avec la conviction que chaque femme, chaque homme et chaque génération portent en eux une promesse qui peut libérer de nouvelles énergies relationnelles, intellectuelles, culturelles et spirituelles. Une telle confiance n’est jamais facile à vivre, car les relations humaines sont complexes. En particulier, nous vivons ces temps-ci dans un climat de méfiance qui s’enracine dans la peur de l’autre ou de l’étranger, dans l’angoisse de perdre ses propres avantages, et qui se manifeste malheureusement aussi, au niveau politique, par des attitudes de fermeture ou des nationalismes qui remettent en cause cette fraternité dont notre monde globalisé a tant besoin. Aujourd’hui plus que jamais, nos sociétés ont besoin d’‘‘artisans de paix’’ qui puissent être des messagers et des témoins authentiques du Dieu Père, qui veut le bien et le bonheur de la famille humaine.

6. Non à la guerre et à la stratégie de la peur

Cent ans après la fin de la Première Guerre Mondiale, alors que nous nous souvenons des jeunes tombés durant ces combats et des populations civiles lacérées, aujourd’hui plus qu’hier nous connaissons la terrible leçon des guerres fratricides, à savoir que la paix ne peut jamais être réduite au seul équilibre des forces et de la peur. Maintenir l’autre sous la menace veut dire le réduire à l’état d’objet et en nier la dignité. C’est pourquoi nous réaffirmons que l’escalade en termes d’intimidation et la prolifération incontrôlée des armes sont contraires à la morale ainsi qu’à la recherche d’une vraie concorde. La terreur exercée sur les personnes les plus vulnérables contribue à l’exil d’entières populations en quête d’une terre de paix. Les discours politiques qui tendent à accuser les migrants de tous les maux et à priver les pauvres de l’espérance ne sont pas justifiables. Au contraire, il faut réaffirmer que la paix se fonde sur le respect de chaque personne, quelle que soit son histoire, sur le respect du droit et du bien commun, de la création qui nous a été confiée et de la richesse morale transmise par les générations passées.

Notre pensée va aussi, à titre particulier, aux enfants qui vivent dans les zones actuelles de conflit, et à tous ceux qui s’engagent afin que leurs vies et leurs droits soient protégés. Dans le monde, un enfant sur six est touché par la violence de la guerre ou par ses conséquences, quand il n’est pas enrôlé pour devenir lui-même soldat ou otage de groupes armés. Le témoignage de ceux qui œuvrent pour défendre la dignité et le respect des enfants n’en est que plus précieux pour l’avenir de l’humanité.

7. Un grand projet de paix

Nous célébrons ces jours-ci le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration Universelle des droits de l’homme, adoptée au lendemain du deuxième conflit mondial. Souvenons-nous, à ce propos, de l’observation de saint Jean XXIII : « Maintenant, à mesure que l’homme devient conscient de ses droits, germe comme nécessairement en lui la conscience d’obligations correspondantes : ses propres droits, c’est avant tout comme autant d’expressions de sa dignité qu’il devra les faire valoir, et à tous les autres incombera l’obligation de reconnaître ces droits et de les respecter »[7].

La paix, en effet, est le fruit d’un grand projet politique qui se fonde sur la responsabilité réciproque et sur l’interdépendance des êtres humains. Mais elle est aussi un défi qui demande à être accueilli jour après jour. La paix est une conversion du cœur et de l’âme ; et il est facile de reconnaître trois dimensions indissociables de cette paix intérieure et communautaire :

- la paix avec soi-même, en refusant l’intransigeance, la colère et l’impatience et, comme le conseillait saint François de Sales, en exerçant ‘‘un peu de douceur avec soi-même’’, afin d’offrir ‘‘un peu de douceur aux autres’’ ;

- la paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant… ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ;

- la paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir.

La politique de la paix, qui connaît bien les fragilités humaines et les assume, peut toujours se ressourcer dans l’esprit du Magnificat que Marie, Mère du Christ Sauveur et Reine de la Paix, chante au nom de tous les hommes : « Sa miséricorde s’étend d’en âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles […] ; il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais » (Lc 1, 50-55).

Du Vatican, le 8 décembre 2018

Pape François

[1] Cf. Lc 2, 14 : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime ».

[2] Cf. Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Paris 1986.

[3] Lett. ap. Octogesima adveniens (14 mai 1971), n. 46.

[4] Enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 7.

[5] Cf. Discours à l’exposition-colloque ‘‘Civitas’’ de Padoue, ‘’30 giorni’’, n. 5 de 2002.

[6] Benoît XVI, Discours aux Autorités du Bénin, 19 novembre 2011.

[7] Enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 44.

21 décembre 2018

Le Saint-Père a présenté pour la sixième année consécutive ses vœux à la Curie romaine avant les fêtes de Noël. Ces dernières années en salle Clémentine, il a prononcé des discours appelant à une authentique conversion du cœur les dirigeants -cardinaux, évêques, consacrés ou laïcs- qui travaillent au sein de la Secrétairerie d’État, des dicastères, des Congrégations ou Académies pontificales. En cette année 2018, les vœux du Pape François à la Curie se présentent comme un discours fondateur à l’issue d’une année de « tempêtes » pour la « barque » de l’Église. Nous vous proposons de le découvrir dans son intégralité.a nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière » (Rm 13, 12)

" Chers frères et sœurs,

enveloppés de la joie et de l’espérance qui resplendissent du visage du divin Enfant, nous nous rencontrons cette année encore pour l’échange des vœux de Noël en portant dans le cœur toutes les peines et les joies du monde et de l’Eglise.

Je vous souhaite de tout cœur un saint Noël, ainsi qu’à vos collaborateurs, à toutes les personnes qui assurent un service à la Curie, aux Représentants pontificaux et aux collaborateurs des Nonciatures. Et je désire vous remercier pour votre dévouement quotidien au service du Saint-Siège, de l’Eglise et du Successeur de Pierre. Merci beaucoup !

Permettez-moi aussi de souhaiter une chaleureuse bienvenue au nouveau Substitut de la Secrétairerie d’Etat, S.E. Mons. Edgar Peña Parra, qui a commencé son délicat et important service le 15 octobre dernier. Son origine vénézuélienne reflète la catholicité de l’Eglise et la nécessité d’ouvrir toujours davantage les horizons jusqu’aux extrémités de la terre. Bienvenue, chère Excellence et bon travail !

Noël est la fête qui nous remplit de joie et qui nous donne la certitude qu’aucun péché ne sera jamais plus grand que la miséricorde de Dieu, et qu’aucun acte humain ne pourra jamais empêcher l’aube de la lumière divine de naître et de renaître dans les cœurs des hommes. C’est la fête qui nous invite à renouveler l’engagement évangélique d’annoncer le Christ, Sauveur du monde et lumière de l’univers. Si, en effet, « le Christ, “saint, innocent, sans tache” (He 7, 26) ignore le péché (cf. 2Co 5, 21), venant seulement expier les péchés du peuple (cf. He 2, 17), l’Église, qui comprend en son sein des pécheurs, et donc est à la fois sainte et immaculée et toujours appelée à se purifier, avance continuellement sur le chemin de la pénitence et du renouvellement. L’Église « avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu – parmi les persécutions de la part de l’esprit du monde et les consolations de l’Esprit de Dieu –, annonçant la croix et la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne (cf. 1 Co 11, 26). La vertu du Seigneur ressuscité est sa force pour lui permettre de vaincre dans la patience et la charité les afflictions et les difficultés qui lui viennent à la fois du dehors et du dedans, et de révéler fidèlement au milieu du monde le mystère du Seigneur, encore enveloppé d’ombre, jusqu’au jour où, finalement, il éclatera dans la pleine lumière » (Conc. œcum. Vat. II, Const.dogm. Lumen gentium, n. 8).

Prenant donc appui sur la ferme conviction que la lumière est toujours plus forte que les ténèbres, je voudrais réfléchir avec vous sur la lumière qui relie Noël – c’est-à-dire la première venue dans l’humilité – à la Parousie – la seconde venue dans la gloire – et nous confirme dans l’espérance qui ne déçoit jamais. Cette espérance dont dépend la vie de chacun de nous et toute l’histoire de l’Eglise et du monde. Une Église sans espérance serait laide !

Jésus, en réalité, naît dans une situation sociopolitique et religieuse pleine de tensions, d’agitations et d’obscurité. Sa naissance, attendue d’un côté et refusée de l’autre, récapitule la logique divine qui ne s’arrête pas devant le mal, mais le transforme au contraire radicalement et progressivement en bien, et également la logique démoniaque qui transforme même le bien en mal, pour conduire l’humanité à rester dans le désespoir et dans les ténèbres : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1, 5).

Mais, chaque année, Noël nous rappelle que le salut de Dieu, donné gratuitement à toute l’humanité, à l’Eglise, et à nous en particulier, personnes consacrées, n’agit pas sans notre volonté, sans notre coopération, sans notre liberté, sans notre effort quotidien. Le salut est un don, c’est vrai, mais un don qui doit être accueilli, gardé et qu’il faut faire fructifier (cf. Mt 25, 14-30). Le fait d’être chrétien en général, et pour nous en particulier, le fait d’être des oints, des consacrés du Seigneur, ne veut pas dire nous comporter comme un cercle de privilégiés qui croient avoir Dieu dans la poche, mais comme des personnes qui savent qu’elles sont aimées par le Seigneur bien que pécheresses et indignes. Les personnes consacrées, en effet, ne sont rien d’autre que des serviteurs dans la vigne du Seigneur qui doivent donner, en temps voulu, la récolte et le produit de la vigne (cf. Mt 20, 1-16).

La Bible et l’histoire de l’Eglise nous donnent la démonstration que, souvent, même les élus, chemin faisant, commencent à penser, à croire et à se comporter comme les maîtres du salut et non comme des bénéficiaires, comme des contrôleurs des mystères de Dieu et non comme d’humbles distributeurs, comme des douaniers de Dieu, et non comme des serviteurs du troupeau qui leur est confié.

Souvent – par zèle excessif et mal orienté – au lieu de suivre Dieu on se met devant lui, comme Pierre qui a critiqué le Maître et a mérité le reproche le plus dur que le Christ n’ait jamais adressé à une personne : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Mc 8, 33).

Chers frères et sœurs,

Dans le monde agité, cette année la barque de l’Eglise a connu et connaît des moments difficiles, et elle a été assaillie par les tempêtes et les ouragans. Beaucoup en sont venus à demander au Maître, qui semblait dormir : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (Mc, 4, 38). D’autres, impressionnés par les nouvelles, ont commencé à perdre confiance en elle et à l’abandonner ; d’autres, par peur, par intérêt, avec des arrières pensées, ont cherché à meurtrir son corps augmentant ses blessures ; d’autres ne cachent pas leur satisfaction de la voir ébranlée ; mais très nombreux sont ceux qui continuent à s’accrocher avec la certitude que « la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » (Mt 16, 18).

Pendant ce temps, l’Epouse du Christ continue son pèlerinage au milieu des joies et des peines, des succès et des difficultés, à l’extérieur comme à l’intérieur. Certainement les difficultés de l’intérieur restent toujours les plus douloureuses et les plus plus destructrices.

- Les peines

Les peines sont nombreuses. Que de migrants – contraints d’abandonner leur patrie et de risquer leur vie – trouvent la mort, ou que de migrants survivent mais trouvent les portes closes et leurs frères en humanité occupés aux conquêtes politiques et de pouvoir. Que de peur et de préjudice ! Que de personnes et que d’enfants meurent chaque jour par manque d’eau, de nourriture et de médicaments ! Que de pauvreté et de misère ! Que de violence contre les faibles et contre les femmes ! Que de scènes de guerres déclarées et non déclarées ! Que de sang innocent est versé chaque jour ! Que d’inhumanité et de brutalité nous entourent de toute part ! Que de personnes sont systématiquement torturées, encore aujourd’hui, dans les postes de police, dans les prisons et dans les camps de réfugiés en divers parties du monde.

En réalité, nous vivons aussi une nouvelle époque de martyrs. La cruelle et atroce persécution de l’empire romain semble ne pas connaître de fin. De nouveaux Néron naissent sans cesse pour opprimer les croyants, uniquement en raison de leur foi au Christ. De nouveaux groupes extrémistes se multiplient prenant pour cible les églises, les lieux de culte, les ministres et les simples fidèles. De nouveaux et anciens cercles et cliques vivent en se nourrissant de haine et d’hostilité envers le Christ, l’Eglise et les croyants. Que de chrétiens vivent encore aujourd’hui sous le poids de la persécution, de la marginalisation, de la discrimination et de l’injustice en tant de parties du monde ! Ils continuent, cependant, courageusement, à embrasser la mort pour ne pas nier le Christ. Combien il est difficile, encore aujourd’hui, de vivre librement sa foi en tant de parties du monde où manquent la liberté religieuse et la liberté de conscience !

Par ailleurs, l’exemple héroïque des martyrs et des très nombreux bons samaritains, c’est-à-dire des jeunes, des familles, des mouvements caritatifs et de volontaires, et de tant de fidèles et de personnes consacrées ne nous fait pas oublier cependant le contre témoignage et les scandales de certains enfants et ministres de l’Eglise.

Je me limite ici seulement aux deux fléaux des abus et de l’infidélité.

L’Eglise, depuis plusieurs années, œuvre sérieusement pour déraciner le mal des abus qui crie vengeance au Seigneur, au Dieu qui n’oublie pas la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause de clercs et de personnes consacrées : abus de pouvoir, de conscience et sexuels.

En pensant à ce sujet douloureux, m’est venue à l’esprit la figure du roi David – un « oint du Seigneur » (cf. 1Sm 16, 13 – 2Sm 11-12). Lui, dont la descendance a engendré l’Enfant divin – appelé aussi “fils de David” –, bien qu’il fût l’élu, le roi et l’oint du Seigneur, a commis un triple péché, c’est à dire en même temps trois graves abus : abus sexuel, de pouvoir et de conscience. Trois abus distincts, mais qui convergent et se superposent.

L’histoire commence, comme nous le savons, quand le roi, bien qu’expert militaire, reste chez lui à ne rien faire au lieu d’aller à la bataille avec le peuple de Dieu. David profite, pour son confort et pour son intérêt, du fait d’être roi (abus de pouvoir). L’oint s’abandonnant à la facilité, commence son irrésistible régression morale et de conscience. Et c’est justement dans ce contexte que, de la terrasse du palais, il voit Bethsabée, la femme d’Urie le Hittite, alors qu’elle prend son bain, et qu’il se sent attiré par elle (cf. 2Sm 11). Il la fait appeler et s’unit à elle (autre abus de pouvoir, plus un abus sexuel). Il abuse ainsi d’une femme mariée et seule et, pour couvrir son péché, il rappelle Urie à la maison, et cherche en vain à le convaincre à passer la nuit avec sa femme. Et ensuite il ordonne au chef de l’armée d’exposer Urie à une mort certaine dans la bataille (autre abus de pouvoir, plus un abus de conscience). La chaîne du péché grandit comme une tache d’huile et devient rapidement un réseau de corruption. Lui, il est resté à la maison à paresser.

A partir des étincelles de la paresse et de la luxure, et du fait de “baisser la garde”, l’enchaînement diabolique des péchés graves commence : adultère, mensonge et homicide. Prétendant, étant roi, pouvoir tout faire et tout obtenir, David cherche à tromper aussi le mari de Bethsabée, les gens, lui-même et même Dieu. Le roi néglige sa relation avec Dieu, il transgresse les commandements divins, il porte atteinte à sa propre intégrité morale sans même se sentir en faute. L’oint continue à exercer sa mission comme si de rien n’était. La seule chose qui lui importait était de sauvegarder son image et son apparence. « Parce que ceux qui ont le sentiment qu’ils ne commettent pas de fautes graves contre la Loi de Dieu peuvent tomber dans une sorte d’étourdissement ou de torpeur. Comme ils ne trouvent rien de grave à se reprocher, ils ne perçoivent pas cette tiédeur qui peu à peu s’empare de leur vie spirituelle et ils finissent par se débiliter et se corrompre » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 164). De pécheurs ils finissent par devenir corrompus.

Aujourd’hui aussi, il y a beaucoup d’“oints du Seigneur”, hommes consacrés, qui abusent des faibles en profitant de leur pouvoir moral et de persuasion. Ils commettent des abominations et continuent à exercer leur ministère comme si de rien n’était ; ils ne craignent pas Dieu ni son jugement mais craignent seulement d’être découverts et démasqués. Ministres qui lacèrent le corps de l’Eglise, causant des scandales et discréditant la mission salvifique de l’Eglise et les sacrifices de tant de leurs confrères.

Aujourd’hui aussi, chers frères et sœurs, beaucoup de David, sans un battement de paupière, entrent dans le réseau de corruption, trahissent Dieu, ses commandements, leur propre vocation, l’Eglise, le peuple de Dieu et la confiance des petits et de leurs proches. Souvent, derrière leur gentillesse démesurée, leur travail impeccable, leur visage angélique, ils cachent sans vergogne un loup terrible prêt à dévorer les âmes innocentes.

Les péchés et les crimes des personnes consacrées se colorent de teintes encore plus sombres d’infidélité, de honte, et ils déforment le visage de l’Eglise en minant sa crédibilité. En effet, l’Eglise, ainsi que ses enfants fidèles, est aussi victime de ces infidélités et de ces véritables “délits de détournement”.

Chers frères et sœurs,

Il doit être clair que face à ces abominations l’Eglise ne se ménagera pas pour faire tout ce qui est nécessaire afin de livrer à la justice quiconque aura commis de tels délits. L’Eglise ne cherchera jamais à étouffer ou à sous-estimer aucun cas. Il est indéniable que certains responsables, par le passé, par légèreté, par incrédulité, par impréparation, par inexpérience – nous devons juger le passé avec l’herméneutique du passé - ou par superficialité spirituelle et humaine, ont traité de nombreux cas sans le sérieux et la rapidité requis. Cela ne doit plus jamais se produire. C’est le choix et la décision de toute l’Eglise.

En février prochain l’Eglise rappellera sa ferme volonté de persévérer, de toutes ses forces, sur la route de la purification. L’Eglise s’interrogera, en recourant aussi à des experts, sur comment protéger les enfants, comment éviter de telles catastrophes, comment soigner et réintégrer les victimes, comment renforcer la formation dans les séminaires. On cherchera à transformer les erreurs commises en opportunité pour éliminer ce fléau non seulement du corps de l’Eglise mais aussi de la société. En effet, si cette très grave calamité est parvenue à toucher certains ministres consacrés, on se demande dans quelle mesure elle est profonde dans nos sociétés et dans nos familles ? L’Eglise ne se limitera donc pas à se soigner mais cherchera à affronter ce mal qui cause la mort lente de tant de personnes au niveau moral, psychologique et humain.

Chers frères et sœurs,

en parlant de cette plaie, d’aucuns, dans l’Église, s’acharnent contre certains professionnels de la communication, en les accusant d’ignorer la majeure partie des cas d’abus qui ne sont pas commis par des membres du clergé de l’Église – les statistiques parlent de 95% -, et en les accusant de vouloir en donner exprès une fausse image, comme si ce mal ne touchait que l’Église catholique. Je voudrais plutôt remercier vivement les professionnels des media qui ont été honnêtes et objectifs et qui ont cherché à démasquer ces loups et à donner la parole aux victimes. Même s’il s’agissait d’un seul cas d’abus – qui représente déjà en soi une monstruosité – l’Église demanderait de ne pas le taire et de le porter objectivement à la lumière, car le plus grand scandale en cette matière, c’est de couvrir la vérité.

Souvenons-nous tous que c’est grâce à la rencontre avec le prophète Nathan que David comprend la gravité de son péché. Nous avons besoin aujourd’hui de nouveaux Nathan qui aident les nombreux David à se réveiller d’une vie hypocrite et perverse. S’il vous plaît, aidons la Sainte Mère Église dans sa tâche difficile, à savoir celle de reconnaître les cas vrais, en les distinguant des faux, les accusations des calomnies, les rancœurs des insinuations, les rumeurs des diffamations. C’est une tâche assez difficile dans la mesure où les vrais coupables savent se cacher soigneusement au point que beaucoup de femmes, de mères et de sœurs n’arrivent pas à les découvrir chez les personnes les plus proches : maris, parrains, grands-parents, oncles, frères, voisins, enseignants… Même les victimes, bien choisies par leurs prédateurs, préfèrent souvent le silence et même, en proie à la peur, sont subjugués par la honte et par la terreur d’être abandonnées.

Et à ceux qui abusent des mineurs, je voudrais dire : convertissez-vous et remettez-vous à la justice humaine et préparez-vous à la justice divine, vous souvenant des paroles du Christ : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en une pleine mer. Malheureux le monde à cause des scandales ! Il est inévitable qu’arrivent les scandales : cependant, malheureux celui par qui le scandale arrive » (Mt 18, 6-7).

Chers frères et sœurs,

à présent, permettez-moi de parler aussi d’une autre affliction, à savoir celle de l’infidélité de ceux qui trahissent leur vocation, leur serment, leur mission leur consécration à Dieu et à l’Église ; ceux qui se cachent derrière de bonnes intentions pour poignarder leurs frères et semer l’ivraie, la division et le désarroi ; des personnes qui trouvent toujours des justifications, même logiques, voire spirituelles, pour continuer à parcourir en toute tranquillité la route de la perdition.

Et ce n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’Église, saint Augustin, en parlant du bon grain et de l’ivraie, affirme : « Croyez-vous, mes frères, que l’ivraie ne s’élève pas jusqu’au niveau des évêques ? Croyez-vous qu’il n’y en ait qu’en bas et point en haut ? Plaise à Dieu que nous n’en soyons pas nous-même ! […] Il y a dans les rangs des évêques du froment et de l’ivraie, du froment aussi et de l’ivraie parmi le peuple » (Sermo 73, 4 : PL 38, 472).

Ces paroles de saint Augustin nous exhortent à nous rappeler le proverbe : « le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions » ; et elles nous aident à comprendre que le Tentateur, le Grand Accusateur, c’est celui qui divise, sème la discorde, insinue l’inimitié et persuade les enfants, les conduisant à douter.

En réalité, en réalité derrière ces semeurs de zizanie se trouvent presque toujours les trente pièces d’argent. Voici donc que la figure de David nous conduit à celle de Judas Iscariote, un autre élu du Seigneur qui vend et livre à la mort son maître. David pécheur et Judas Iscariote seront toujours présents dans l’Église, dans la mesure où ils représentent la faiblesse, qui fait partie de notre condition humaine. Ils sont des icônes des péchés et des crimes commis par des personnes élues et consacrées. Unis dans la gravité du péché, ils se distinguent toutefois dans la conversion. David s’est repenti en se confiant à la miséricorde de Dieu, tandis que Judas s’est suicidé.

Donc, nous tous – pour faire resplendir la lumière du Christ – nous devons combattre toute corruption spirituelle, qui « est pire que la chute d’un pécheur, car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite : la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2Co 11, 14). C’est ainsi que Salomon a fini ses jours, alors que le grand pécheur David sut se relever de sa misère » (Exhort. ap. Gaudete et exultate, n. 165).

- Les joies

Passons aux joies ! Elles ont été nombreuses cette année, par exemple, la bonne réussite du Synode consacré aux jeunes, dont parlait le Cardinal Doyen. Les progrès accomplis jusqu’ici dans la réforme de la Curie. Beaucoup se demandent : quand finira-t-elle ? Elle ne finira jamais, mais les progrès sont appréciables. Par exemple, les travaux d’éclaircissement et de transparence dans l’économie ; les efforts louables accomplis par le Bureau du Réviseur général et par l’Autorité d’Information Financière ; les bons résultats atteints par l’Institut des Œuvres de Religion ; la nouvelle Loi de l’État de la Cité du Vatican ; le Décret sur le travail au Vatican, et tant d’autres réalisations moins visibles. Souvenons-nous, parmi les joies, des nouveaux Bienheureux et Saints qui sont les ‘‘pierres précieuses’’ qui ornent le visage de l’Église et diffusent dans le monde l’espérance, la foi et la lumière. Il faut mentionner ici les dix-neuf martyrs d’Algérie : « Dix-neuf vies données pour le Christ, son Évangile et pour le peuple algérien… des modèles de sainteté ordinaire, la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’ » (Thomas Georgeon, L’Osservatore Romano, édition française, 27 novembre 2018, p. 8) ; le nombre élevé de fidèles qui chaque année, en recevant le baptême, renouvellent la jeunesse de l’Église, en tant que mère toujours féconde, et les très nombreux enfants qui reviennent à la maison et embrassent de nouveau la foi et la vie chrétienne ; les familles et les parents qui vivent sérieusement la foi et la transmettent chaque jour à leurs propres enfants à travers la joie de leur amour (cf. Exhort. ap. post-syn. Amoris Laetitia, nn. 259-290) ; le témoignage de nombreux jeunes qui choisissent courageusement la vie consacrée et le sacerdoce.

Un vrai motif de joie, c’est aussi le grand nombre de consacrés et de consacrées, d’évêques et de prêtres, qui vivent quotidiennement leur vocation dans la fidélité, dans le silence, dans la sainteté et dans l’abnégation. Ce sont des personnes qui éclairent les ténèbres de l’humanité, par leur témoignage de foi, d’amour et de charité. Des personnes qui travaillent patiemment, par amour du Christ et de son Évangile, en faveur des pauvres, des opprimés et des derniers, sans chercher à faire la une des journaux ou à occuper les premières places. Des personnes qui, en laissant tout et en offrant leur vie, portent la lumière de la foi là où le Christ est abandonné, a soif, a faim, est prisonnier et nu (cf. Mt 25, 31-46). Et je pense en particulier aux nombreux curés qui donnent chaque jour le bon exemple au peuple de Dieu, aux prêtres proches des familles, qui connaissent le nom de tous et vivent leur vie en toute simplicité, dans la foi, avec zèle, dans la sainteté et la charité. Des personnes oubliées par les mass media mais sans lesquelles règneraient les ténèbres.

Chers frères et sœurs,

en parlant de la lumière, des peines, de David et de Judas, j’ai voulu mettre en exergue la valeur de la prise de conscience, qu’on doit transformer en un devoir de vigilance et de veille de la part de ceux qui, dans les structures de la vie ecclésiastique et consacrée, exercent le service de gouvernement. En réalité, la force d’une institution, quelle qu’elle soit, ne réside pas dans le fait qu’elle est composée d’hommes parfaits (c’est impossible) mais dans sa volonté de se purifier continuellement ; dans sa capacité à reconnaître humblement ses erreurs et à les corriger ; dans sa capacité à se relever des chutes, à voir la lumière de Noël provenant de la mangeoire de Bethléem, qui traverse l’histoire et arrive jusqu’à la Parousie.

Il faut donc ouvrir notre cœur à la vraie lumière, Jésus Christ : la lumière qui peut éclairer la vie et transformer nos ténèbres en lumière ; la lumière du bien qui l’emporte sur le mal ; la lumière de l’amour qui surmonte la haine ; la lumière de la vie qui défait la mort ; la lumière divine qui transforme tout et tous en lumière ; la lumière de notre Dieu : pauvre et riche, miséricordieux et juste, présent et caché, petit et grand.

Souvenons-nous des belles paroles de saint Macaire le Grand, père du désert égyptien du 4ème siècle, qui en parlant de Noël affirme : « Dieu s’est fait petit ! L’inaccessible et l’incréé, dans sa bonté infinie et inimaginable, a pris un corps et s’est fait petit. Dans sa bonté, il est descendu de sa gloire. Personne, dans les cieux et sur la terre ne peut comprendre la grandeur de Dieu et personne, dans les cieux et sur la terre ne peut comprendre comment Dieu se fait pauvre et petit pour les pauvres et les petits. Comme est incompréhensible sa grandeur, de même l’est aussi sa petitesse » (cf. Homélie IV, 9-10 ; XXXII, 7 in : Spirito e fuoco. Omelie spirituali. Collezione II, Qiqajon-Bose, Magnano 1995, pp. 88-89.332-333).

Rappelons-nous que Noël est la fête du Dieu grand qui s’est fait petit et qui dans sa petitesse ne cesse pas d’être grand. Et dans cette dialectique, grand est petit : c’est la tendresse de Dieu. Ce mot que l’esprit du monde cherche toujours à éliminer du dictionnaire : tendresse. Le Dieu grand qui se fait petit, qui est grand et continue à se faire petit » (cf. Homélie à Sainte Marthe, 14 décembre 2017 ; cf. Homélie à Sainte Marthe, 25 avril 2013).

Noël nous offre chaque année la certitude que la lumière de Dieu continuera à briller malgré notre misère humaine ; la certitude que l’Église sortira de ces tribulations, encore plus belle et purifiée et splendide. Car, tous les péchés, les chutes et le mal commis par certains enfants de l’’Eglise ne pourront jamais altérer la beauté de son visage ; bien au contraire, ils donnent même la preuve certaine que sa force ne réside pas en nous mais se trouve surtout dans le Christ Jésus, Sauveur du monde et Lumière de l’univers, qui l’aime et a donné sa vie pour elle, son épouse. Noël prouve que les graves maux commis par certains ne pourront jamais ternir tout le bien que l’Église accompli gratuitement dans le monde. Noël garantit que la vraie force de l’Église et de notre travail quotidien, bien des fois caché – comme celui de la Curie, où il y des saints – réside dans l’Esprit Saint qui la guide et la protège à travers les siècles, en transformant même les péchés en occasions de pardon, les chutes en occasions de renouvellement, le mal en occasion de purification et de victoire.

Merci beaucoup et joyeux Noël à tous !

[Bénédiction]

Cette année également je voudrais vous laisser une pensée. C’est un classique : le Précis de théologie ascétique et mystique de Tanquerey, dans sa récente édition réalisée par Mgr Libanori, évêque auxiliaire de Rome, et par le Père Forlai, père spirituel du Séminaire de Rome. Je crois qu’il est bon. Ne pas le lire du début jusqu’à la fin, mais chercher dans la table des matières cette vertu, cette attitude, une chose déterminée… Cela nous sera profitable, pour la conversion de chacun d’entre nous et pour la réforme de l’Église. C’est pour vous !

Pape François

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Votre réaction

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



A la Une

Radio Saint Louis en direct

Ma paroisse en un clic


ECCLESIA’M 2020 !



Radio Saint-Louis

Dans l'Eglise

Nouvelles du Vatican

Eglise de France

Dieu m'est témoin

Saint(s) du jour

Lectures du jour