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        Le Cardinal Roger Etchegaray Grand Croix de la Légion d’Honneur

Le Cardinal Roger Etchegaray Grand Croix de la Légion d’Honneur

Samedi 26 Avril 2014

Monsieur Manuel VALLS, Premier ministre français, a remis les insignes de Grand-Croix de la Légion d’Honneur à son éminence le Cardinal Roger ETCHEGARAY, à Rome, samedi 26 avril 2014, veille de la canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II. Nous vous proposons de prendre connaissance du discours du premier Ministre à l’occasion de la remise de cette distinction, la plus haute de la République française, à celui qui fut l’un des plus proches collaborateurs du Pape Jean-Paul II.


Monsieur le Cardinal,
Éminences,
Excellences,
Chers amis,

Les théologiens, les penseurs, les philosophes ont souvent à répondre à cette question : qu’est-ce que la vie ? Je tenterai – modestement … – d’en donner une définition : c’est une succession de moments simples, souvent joyeux, parfois plus durs, et … ponctuée par des moments exceptionnels. Et ce moment que nous rassemble est exceptionnel. A plus d’un titre.

D’abord, au regard de la personne honorée. Votre parcours d’homme d’Église, le don permanent de soi, mais aussi la spontanéité, l’ouverture que vous avez toujours manifestés, monsieur le Cardinal, forcent notre admiration et notre respect.

Moment exceptionnel, car la dignité de Grand-Croix de la Légion d’honneur, que je vous remettrai au nom du Président de la République, est en elle-même une exception : peu d’hommes et de femmes se sont vus honorés par ce témoignage le plus abouti de la reconnaissance de notre Nation. La République ne connaît pas de plus haute distinction.

Cette République est laïque. Ce qui fait souvent l’objet d’incompréhensions ... encore très récentes. La laïcité, contrairement à ce que l’on croit souvent, n’est pas négation de la religion. C’est la séparation entre le spirituel et le temporel, l’indépendance des États par rapport aux Églises, et des Églises par rapport aux États. Indépendance n’est pas ignorance. La République laïque ne reconnaît aucun culte. Mais elle sait reconnaitre les grands mérites.

C’est pourquoi, 44 ans après le cardinal LIENART, 10 ans après l’Abbé Pierre, elle choisit aujourd’hui de distinguer l’un de ses éminents citoyens. Elle l’avait déjà fait en 2002, par les mains de Pierre MESSMER. Il vous avait remis les insignes de Grand-Officier, sous la coupole du Palais de l’Institut de France. Vous avez en effet été élu à l’Académie des Sciences morales et politiques en 1994, succédant à René BROUILLET, proche collaborateur du Général DE GAULLE, et qui a d’ailleurs longtemps habité cette maison.

Le moment est exceptionnel pour encore deux raisons. Les circonstances : nous sommes à la veille d’une journée qui marquera l’histoire de l’Église. Rome, demain, célébrera la canonisation de deux de ses plus illustres évêques, deux papes, Jean XXIII et Jean-Paul II. Chacun à leur manière, ils ont changé le cours des choses.

Moment exceptionnel, enfin, par la beauté du lieu. Cette villa Bonaparte, où l’art resplendit, est un somptueux « petit bout de France » au cœur de la capitale italienne. Les personnes averties savent d’ailleurs qu’il y a une forme de cohérence historique à remettre la Légion d’honneur à Rome. Cette décoration, fondamentalement républicaine, même si d’origine impériale, trouve en effet son inspiration dans l’antiquité romaine … preuve, s’il en fallait une, des liens intenses, fraternels, qui unissent la France et l’Italie.

Un géant de notre littérature, STENDHAL, qui connaissait parfaitement le pays de GARIBALDI affirmait « qu’il ne fallait pas confondre les Romains et les habitants de Rome ». Habitant de Rome – plus particulièrement du quartier du Trastevere – vous l’êtes, monsieur le Cardinal, depuis plus de 30 ans. Mais Français, Basque, vous l’êtes toujours resté. Cet accent rocailleux du Sud-Ouest – auquel j’ajouterais ce petit sourire toujours au coin des lèvres –trahissent vos origines. Vous y êtes profondément attaché.

Comme vous l’êtes à votre village d’Espelette. C’est là que vous vous ressourcez. Avoir un point d’ancrage est souvent la caractéristique de ceux qui parcourent le monde. « Cardinal globe-trotteur », c’est la formule journalistique que l’on vous a, maintes fois, attribuée au cours des années. Elle a le mérite de la concision. Pourtant, elle ne dit pas la réalité des missions délicates – et disons dangereuses – que vous avez accomplies aux quatre coins de la planète comme émissaire de Jean-Paul II. Vous avez été son homme de confiance pendant deux décennies.

C’est en 1984 – vous êtes alors archevêque de Marseille – qu’il vous nomme président des Conseils pontificaux Justice et Paix, et Cor Unum. Sur tous les continents, vous porterez la parole d’une Église proche des nécessiteux et de tous ceux que les catastrophes, la guerre, la misère ont précipité dans le malheur.

Vous vous rendez à Sarajevo, ou encore à Beyrouth sous les bombes. Au Rwanda, vous faites face à la folie des hommes qui s’entretuent. En Irak, vous prenez votre bâton de pèlerin pour tenter d’empêcher que la guerre n’éclate. Il y a les visites officielles bien sûr. Mais il y a surtout ces nombreux voyages que vous avez réalisés plus discrètement, en Afrique, en Amérique Latine, en Asie afin, pour reprendre vos mots, « de découvrir réellement, de façon anonyme, au milieu des gens ». C’est souvent la seule manière de saisir la réalité des angoisses et des souffrances des peuples.

Les risques, le doute, la crainte de l’échec ne vous ont jamais dissuadé. Cet espoir de paix entre les hommes que vous avez porté aux moments les plus critiques des conflits et des crises n’a pas été vain. Il n’a pas été aussi fugace qu’une lecture rapide et superficielle des événements pourrait laisser accroire. Vous avez planté des graines, en plein hiver, dans des terres apparemment mortes et stériles. Aujourd’hui, trente ans plus tard, ces graines ont donné des arbres. Ils sont parfois fragiles, mais ils sont la preuve de l’espoir que vous avez semé. Ce sont des symboles de paix que toutes les confessions du monde reconnaissent et honorent.

Je sais, monsieur le Cardinal, que vous n’aimez pas trop – c’est souvent la marque des grands hommes … – parler de vous. Je m’en chargerai donc … Le formalisme de la cérémonie qui nous rassemble réclame, en effet, d’éclairer, à nouveau, quelques aspects bien connus de votre personnalité. Bien connus, car vous êtes, à n’en pas douter, l’un des Français les plus célèbres à Rome … et un des Français les plus appréciés des Français pour qui votre visage et votre voix sont familiers.

Vous êtes d’abord, et avant tout, un homme au service de Dieu. La foi vous a toujours accompagné, porté. C’est elle qui vous pousse à entamer des études de théologie, d’abord dans le pays Basque, puis, ici, à Rome, dans l’immédiat après guerre. Depuis votre ordination, en 1947, jusqu’au début des années 60, vous exercez, dans votre diocèse natal de Bayonne. Et l’on remarque déjà vos capacités, votre esprit et une certaine autorité naturelle. Pour dire les choses très simplement : vous êtes un jeune prêtre brillant.

Vos qualités vous amènent alors à être, pendant près de dix ans, au cœur de l’organisation de l’Église de France. Comme directeur du secrétariat général de l’épiscopat français, vous vivez un moment passionnant : celui du Concile, voulu par Jean XXIII, de l’aggiornamento mené à terme par Paul VI. Ces années, que je me risquerai à qualifier « d’effervescence de l’Église », seront centrales dans votre vie d’homme et de prêtre. Ce Concile c’est, selon vos mots, « l’aventure dont vous n’êtes jamais sorti ». Vous avez été de ceux qui étaient convaincus que le choix était le bon, qu’il fallait ouvrir les fenêtres de l’Église pour y laisser entrer l’air frais, et embrasser l’avenir. Ceci correspondait au fond aux deux fils d’Ariane de votre vie de chrétien : l’écoute et le dialogue.

Et c’est notamment à Marseille que, pendant 14 ans, vous avez donné toute leur ampleur à ces deux impératifs. Dans la cité Phocéenne, dans ce magnifique lieu de brassage, et de ferveur – que l’on caricature trop souvent – vous avez été un archevêque pleinement au contact de ses fidèles, de la société, c’est-à-dire aussi au contact de ses difficultés. Vous avez été un pasteur au cœur de la cité. Je crois même savoir que vous avez été à l’initiative « d’une radio libre » dont le nom, à lui seul, traduisait votre état d’esprit : radio dialogue.

Ce dialogue, vous avez su le mener avec toutes les religions. A Marseille, vous avez fait grandir l’estime réciproque des chrétiens, des juifs et des musulmans. Une expérience que vous avez prolongée en étant la cheville ouvrière de l’inoubliable rencontre des responsables religieux à Assise, le 27 octobre 1986, autour du pape Jean-Paul II, quelques mois après sa visite à la Synagogue de Rome. Homme au service de Dieu, homme de dialogue, vous êtes monsieur le Cardinal, un homme engagé. Engagé avec passion.

Jamais, dans les missions qui vont ont été confiées, vous n’avez cherché à vous protéger ni à vous économiser. Je pense notamment à vos années passées à la tête de la conférence des évêques de France. L’époque n’était pas facile. C’était un moment historique où il fallait réformer sans brusquer, tenir ferme le gouvernail, sans cesser d’écouter.

Dans toutes ces circonstances, votre parole a eu l’autorité nécessaire, qui se nourrit de la cohérence profonde qu’il y a entre votre vie et vos paroles. Vous suscitez de toutes parts un immense respect. Notre présence en nombre, ici, ce soir, en témoigne, tout comme la présence du pape Benoît XVI à vos côtés, à l’hôpital Gemelli, après l’accident qui vous a frappé à Noël 2009.

Homme engagé, vous êtes aussi, monsieur le Cardinal, un visionnaire. Je pense, notamment, à votre vision de l’Europe. Dès les années du Concile, à un moment où la construction européenne n’en est qu’à ses prémices, vous devinez que notre destin est nécessairement commun. Vous apportez donc votre pierre à l’unification de notre continent. Alors qu’il est encore traversé par un rideau de fer, vous faites le pari ambitieux de l’unité et de la main tendue aux Églises du silence, en Hongrie et enTchécoslovaquie.

Et c’est aux côtés du pape Jean-Paul II que vous vivrez le dénouement d’une histoire que vous aviez quelque part anticipée. Visionnaire, vous l’avez également été face à la mondialisation. Vous n’avez cessé de plaider pour qu’elle se fasse dans la justice et la dignité de l’homme. Et il y a quelques mois, le Président de la République est venu dire au pape François que la France était bien en première ligne dans ce combat.

Monsieur le Cardinal, tous les mots d’admiration et de respect que je suis venu vous dire, ce soir, pourraient se résumer en une formule : vous êtes un grand Français. Vous êtes, je le disais, le fils d’Espelette, l’enfant d’une France qui a fait de la laïcité un principe fondamental, car elle est, je le dis souvent, notre richesse. Vous êtes l’enfant d’une France qui voit le fils d’un modeste artisan horloger devenir l’un de ses grands prélats, l’une de ses grandes figures.

Même si votre paroisse s’étend désormais à l’échelle du monde, vous n’avez jamais oublié l’Hexagone. Celle que l’on a pu qualifier de « fille ainée de l’Église » est demeurée votre mère patrie.

Et je sais qu’ici même, à Rome, vous visitez fidèlement, cette ambassade, ce « petit coin de France », cette maison qui est aussi la vôtre, et à laquelle vous relient tant de souvenirs et d’amitiés. Je pense à Edmonde CHARLE-ROUX, compagne de Gaston DEFERRE – Marseille, toujours Marseille ! – et fille d’un ambassadeur près le Saint-Siège.

C’est à un Grand Français, amoureux de la France, et à une grande conscience qui parle au monde que la Nation voulait rendre ce soir hommage. Et dire toute sa reconnaissance.
Roger ETCHEGARAY, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, nous vous élevons à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’Honneur.

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    Michel DEGLISE
    Conseiller de l’Évêque à la Communication
    Secrétaire général de la Communication du diocèse,
    administrateur délégué du site internet diocésain, directeur de la rédaction.


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