Eglise catholique de Martinique
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Le crépuscule de la grande baleine (fable)

-1ère partie-

Dans une île lointaine, une grande et vieille baleine régnait sur un lagon. Depuis longtemps, elle y apportait la paix par sa présence majestueuse. Chacun, des plus petits crabes aux plus redoutables requins, admettait d’ailleurs que la taille du cétacé lui conférait l’autorité sur l’ensemble du petit royaume. Si les eaux bleues étaient parfois remuées par ses danses, ses chants et ses mouvements nonchalants, ce n’était que pour la joie et l’agrément de ses voisins. Dame Baleine avait converti tout le lagon à son art de vivre fraternel, calme et équilibré.


Reine incontestée, elle ne prélevait que peu d’impôt, se nourrissant exclusivement de plancton. Elle ne se mêlait pas à la chaîne alimentaire. Avec elle, le peuple marin se savait en sécurité : elle n’était la prédatrice de personne. Certains requins dévoraient bien quelques poissons, et les poissons, en cachette, se régalaient des crustacés. Dame Baleine savait admonester les uns et les autres et ramener les plus violents à la douceur et au pardon. La taille de sa nageoire inspirait le respect… cela suffisait. La violence était contenue ! On rassemblait les bancs pour festoyer, on nourrissait les affamés, on accueillait les nouveaux venus, on soignait les malades… on vivait. La baleine vieillissait, insouciante, persuadée que les choses ne changeraient pas.

L’augmentation du niveau des mers changea la donne. La barrière de coraux qui protégeait ce havre de paix fut un jour submergée. Désormais le lagon communiquait avec les océans du monde entier.

Un banc de squalelets fit irruption. La baleine se sentait à priori protégée devant une si petite espèce qui ne mesure pas plus de cinquante centimètres de long. Elle avait su affronter des créatures autrement plus menaçantes ! Mais les temps avaient changé. Dans les eaux internationales, le leadership était aux petits clans agressifs. Les squalelets, loin d’être effrayés par le mastodonte, entreprirent, selon leur méthode de chasse, de le dépecer vivant. Une morsure par-ci, une morsure par-là, ils se nourrissaient directement sur la bête, sans aucun respect pour sa majesté, sans considération pour son œuvre passée, sans crainte des conséquences.

La baleine, au début, se soucia fort peu de perdre par-ci par-là quelques centimètres carrés de chair ; elle était si grande, si grosse, si sûre d’elle. Elle se disait aussi que sa bonne réputation, ses œuvres multiples, la magie de son chant et la protection qu’elle apportait à ses concitoyens, suffiraient à maintenir l’ordre.

Malheureusement, elle n’avait plus l’agilité d’antan. Sa nageoire ne faisait plus peur et son chant n’était plus aussi mélodieux (elle toussait souvent !). Victime de quelque empoisonnement qu’elle ne sut prévenir, elle rejetait parfois dans ses propres eaux des déjections nauséabondes. On sut le lui reprocher. Sa taille et son autorité furent considérées comme des menaces liberticides. Des rivaux ignorants prétendirent qu’elle avait dans le passé pactisé avec les pires prédateurs. On contesta son autorité. L’exemple féroce des squalelets finit par influencer d’autres espèces. N’importe qui entreprit de faire bombance sur le dos gras de l’animal ! Des frégates profitèrent de ses remontées en surface pour lui becter un peu de peau et des gros poissons aux dents longues ne se gênaient plus. On se mit à l’attaquer de toute part. Même les crabes osaient désormais grapiller quelques chairs dans ses plaies.

Qu’importe que sa disparition ou son affaiblissement laissa le champ au règne violent des dents de la mer… Sa mort était programmée : sous les crocs de ses ennemis, emportée par son propre poids, la bête sombrerait dans les profondeurs et dans l’oubli. C’était le crépuscule de la baleine… Mais tout n’était pas fini : la reine avait un roi… (à suivre)

+ Fr David Macaire,
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



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