Eglise catholique de Martinique
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Les vivants du Grand Jour

Nous ne sommes pas morts. En tout cas, pas encore. La pandémie, les violences, les accidents, les pollutions, les intoxications, les catastrophes naturelles, les maladies diverses, chroniques ou diachroniques, et même l’avortement (pour ceux qui sont nés après 1975) ne sont pas parvenus à nous faire passer, vous et moi, de vie à trépas. Notre heure viendra, c’est certain. Mais les dangers de l’époque n’ont pas encore réussi à nous entraîner dans la tombe. Serions-nous plus résistants, plus chanceux que ceux que nous avons vu partir ?


« Ce jour-là, dit le Seigneur en parlant du grand jour de Sa venue, deux personnes seront dans le même lit : l’une sera prise, l’autre laissée. Deux femmes seront ensemble en train de moudre du grain : l’une sera prise, l’autre laissée. » (Lc 17,34-35). Nous ne pouvons, en ce monde, répondre clairement aux « pourquoi » qui nous taraudent l’âme en pensant à nos chers disparus. La mort est un si grand mystère, si profond et si sombre. Pourquoi sont-ils partis ? Pourquoi ma sœur ?mon fils ? ma mère ? mon oncle ? mon amie… ? Pourquoi eux… mais aussi « Pourquoi pas moi ? ». Cette autre question nous concerne encore plus directement : Pourquoi suis-je encore en vie ? Pour quoi faire ? Pour devenir quoi ? Pour être quoi ? La mort de nos proches est une chose mystérieuse, mais notre (sur)vie en est une autre encore plus impressionnante.

Nous pouvons développer ce que certains psychologues appellent « le complexe des survivants », lorsque le danger frappe, « qu’il en tombe mille à tes côtés, qu’il en tombe dix mille à ta droite, alors que toi, tu restes hors d’atteinte » (Ps 90,7)… la vie fait peur. En tout cas elle prend un sens nouveau. Intense. Très intense. On mesure alors qu’elle est un don incroyable. On ne peut plus se laisser vivre tout bonnement. On choisit de vivre... ou pas !

C’est donc au cœur des crises que la vie se révèle, plus comme un choix volontairement posé que comme un état de fait subi. Vivre, c’est vouloir vivre et non subir le fait d’être en vie. Vivre, pour un chrétien, c’est prendre en main son existence fragile, se reconnaître comme créature mortelle, se savoir dépendant du Créateur, relevé par son Amour, se porter volontaire pour réaliser en ce monde le dessein de Dieu. Ma vie, de sa conception à sa fin naturelle, devient une conquête, une victoire sur les forces de mort. Elle est un cadeau de Dieu, mais aussi un don que je fais à « mes chers disparus ». Un peu comme des bougies qui verraient s’éteindre une à une les flammes des autres mèches allumées au même feu. Les dernières survivantes, afin de résister aux puissances de mort, doubleraient d’ardeur, conscientes de porter et de devoir protéger la flamme qui animait celles qui se sont éteintes.

Voilà le grand mystère de notre vie en ces temps de mort. Les décès nous ont rappelé la fragilité comme la préciosité de la vie, sa fin facile comme son origine gratuite, la fugacité de notre passage sur terre comme notre destinée à inscrire cette vie dans la foi, l’espérance et l’amour. Plus qu’une consolation ou un grand travail de deuil les regards tournés vers la tombe, même la plus chère, nous sommes appelés, après nos morts, à vivre déjà tournés vers l’Eternité bienheureuse. A goûter la vie. En l’honneur de nos chers disparus. En l’honneur de l’Esprit Créateur et Donateur de Vie.

Ceux qui auront fait ce choix d’une vie dont l’éternité est déjà le présent, plutôt que d’une survie mondaine et pleine des riens de ce monde, seront les Vivants du Grand Jour, les autres se seront déjà laissés engloutir par la mort quoiqu’il arrive.

+ Fr David Macaire, Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France ■



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