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        Message du Pape François pour le carême 2019

Message du Pape François pour le carême 2019

Découvrez le message que le Pape François adresse à tous les fidèles pour le carême 2019 qui commence mercredi 6 mars.


" « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8,19)

Chers frères et sœurs,

Chaque année, Dieu, avec le secours de notre Mère l’Eglise, « accorde aux chrétiens de se préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié » (Préface de Carême 1) pour qu’ils puissent puiser aux mystères de la rédemption, la plénitude offerte par la vie nouvelle dans le Christ. Ainsi nous pourrons cheminer de Pâques en Pâques jusqu’à la plénitude du salut que nous avons déjà reçue grâce au mystère pascal du Christ : « Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance » (Rm 8,24). Ce mystère de salut, déjà à l’œuvre en nous en cette vie terrestre, se présente comme un processus dynamique qui embrasse également l’Histoire et la création tout entière. Saint Paul le dit : « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8,19). C’est dans cette perspective que je souhaiterais offrir quelques points de réflexion pour accompagner notre chemin de conversion pendant le prochain carême.

1. La rédemption de la Création.

La célébration du Triduum pascal de la passion, mort et résurrection du Christ, sommet de l’année liturgique, nous appelle, chaque fois, à nous engager sur un chemin de préparation, conscients que notre conformation au Christ (cf. Rm 8,29) est un don inestimable de la miséricorde de Dieu.

Si l’homme vit comme fils de Dieu, s’il vit comme une personne sauvée qui se laisse guider par l’Esprit Saint (cf. Rm 8,14) et sait reconnaître et mettre en œuvre la loi de Dieu, en commençant par celle qui est inscrite en son cœur et dans la nature, alors il fait également du bien à la Création, en coopérant à sa rédemption. C’est pourquoi la création, nous dit Saint Paul, a comme un désir ardent que les fils de Dieu se manifestent, à savoir que ceux qui jouissent de la grâce du mystère pascal de Jésus vivent pleinement de ses fruits, lesquels sont destinés à atteindre leur pleine maturation dans la rédemption du corps humain. Quand la charité du Christ transfigure la vie des saints – esprit, âme et corps –, ceux-ci deviennent une louange à Dieu et, par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures, comme le confesse admirablement le « Cantique des créatures » de saint François d’Assise (cf. Enc. Laudato Sì, n. 87). En ce monde, cependant, l’harmonie produite par la rédemption, est encore et toujours menacée par la force négative du péché et de la mort.

2. La force destructrice du péché

En effet, lorsque nous ne vivons pas en tant que fils de Dieu, nous mettons souvent en acte des comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures, mais également envers nous-mêmes, en considérant plus ou moins consciemment que nous pouvons les utiliser selon notre bon plaisir. L’intempérance prend alors le dessus et nous conduit à un style de vie qui viole les limites que notre condition humaine et la nature nous demandent de respecter. Nous suivons alors des désirs incontrôlés que le Livre de la Sagesse attribue aux impies, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas Dieu comme référence dans leur agir, et sont dépourvus d’espérance pour l’avenir (cf. 2,1-11). Si nous ne tendons pas continuellement vers la Pâque, vers l’horizon de la Résurrection, il devient clair que la logique du « tout et tout de suite », du « posséder toujours davantage » finit par s’imposer.

La cause de tous les maux, nous le savons, est le péché qui, depuis son apparition au milieu des hommes, a brisé la communion avec Dieu, avec les autres et avec la création à laquelle nous sommes liés avant tout à travers notre corps. La rupture de cette communion avec Dieu a également détérioré les rapports harmonieux entre les êtres humains et l’environnement où ils sont appelés à vivre, de sorte que le jardin s’est transformé en un désert (cf. Gn 3,17-18). Il s’agit là du péché qui pousse l’homme à se tenir pour le dieu de la création, à s’en considérer le chef absolu et à en user non pas pour la finalité voulue par le Créateur mais pour son propre intérêt, au détriment des créatures et des autres.

Quand on abandonne la loi de Dieu, la loi de l’amour, c’est la loi du plus fort sur le plus faible qui finit par s’imposer. Le péché qui habite dans le cœur de l’homme (cf. Mc 7, 20-23) – et se manifeste sous les traits de l’avidité, du désir véhément pour le bien-être excessif, du désintérêt pour le bien d’autrui, et même souvent pour le bien propre – conduit à l’exploitation de la création, des personnes et de l’environnement, sous la motion de cette cupidité insatiable qui considère tout désir comme un droit, et qui tôt ou tard, finira par détruire même celui qui se laisse dominer par elle.

3. La force de guérison du repentir et du pardon

C’est pourquoi la création a un urgent besoin que se révèlent les fils de Dieu, ceux qui sont devenus “une nouvelle création” : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5,17). En effet, grâce à leur manifestation, la création peut elle aussi « vivre » la Pâque : s’ouvrir aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle (cf. Ap 21,1). Le chemin vers Pâques nous appelle justement à renouveler notre visage et notre cœur de chrétiens à travers le repentir, la conversion et le pardon afin de pouvoir vivre toute la richesse de la grâce du mystère pascal.

Cette “impatience ”, cette attente de la création, s’achèvera lors de la manifestation des fils de Dieu, à savoir quand les chrétiens et tous les hommes entreront de façon décisive dans ce “labeur” qu’est la conversion. Toute la création est appelée, avec nous, à sortir « de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (Rm 8,21). Le carême est un signe sacramentel de cette conversion. Elle appelle les chrétiens à incarner de façon plus intense et concrète le mystère pascal dans leur vie personnelle, familiale et sociale en particulier en pratiquant le jeûne, la prière et l’aumône.

Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures : de la tentation de tout “ dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur. Prier afin de savoir renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi, et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de sa miséricorde. Pratiquer l’aumône pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur.

Chers frères et sœurs, le « carême » du Fils de Dieu a consisté à entrer dans le désert de la création pour qu’il redevienne le jardin de la communion avec Dieu, celui qui existait avant le péché originel (cf. Mc 1,12-13 ; Is 51,3). Que notre Carême puisse reparcourir le même chemin pour porter aussi l’espérance du Christ à la création, afin qu’« elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, puisse connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (cf. Rm 8,21). Ne laissons pas passer en vain ce temps favorable ! Demandons à Dieu de nous aider à mettre en œuvre un chemin de vraie conversion. Abandonnons l’égoïsme, le regard centré sur nous-mêmes et tournons-nous vers la Pâque de Jésus : faisons-nous proches de nos frères et sœurs en difficulté en partageant avec eux nos biens spirituels et matériels. Ainsi, en accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante. "

Pape François

Lundi 25 Février 2019

Après la rencontre internationale qui a réuni les présidents des Conférences épiscopales et les supérieurs majeurs du monde entier, le président de la Conférence des Evêques de France, Mgr Georges Pontier, s’est exprimé dans un communiqué que nous vous proposons de découvrir.

" Après la rencontre pour la protection des mineurs dans l’Église, continuer notre travail et appliquer les mesures

Alors que vient de s’achever la « rencontre pour la protection des mineurs dans l’Église » qui a réuni du 21 au 24 février 2019 les représentants de l’Église catholique dans le monde, je tiens tout d’abord à remercier notre Pape François de cette initiative inédite. Depuis plusieurs années maintenant, le successeur de Pierre montre sa détermination dans la lutte contre les abus sexuels dans l’Église. La convocation à cette rencontre qui nous était faite, à nous, évêques, présidents de conférence épiscopale, est un signe de plus de sa volonté que l’Église catholique, à tous niveaux, prenne la mesure de la gravité de la crise qu’elle traverse et engage les moyens indispensables à la lutte contre les abus sexuels. Le travail et les échanges sur notre responsabilité épiscopale propre et sur la coresponsabilité, sur le rôle de la collégialité, sur la nécessaire transparence, sur la responsabilisation de tous, a notamment permis de nous rappeler notre juste rôle d’évêque dans cette lutte contre les abus sexuels.

L’appel du Pape à être concret raisonne tout particulièrement pour nous tous : « Le saint Peuple de Dieu nous regarde et attend de nous, non pas de simples et faciles condamnations, mais des mesures concrètes et efficaces à préconiser. Il faut être concret ».

Ces trois jours de travail dense ont été à la fois riches d’enseignements pratiques, d’invitations à progresser, d’échanges entre nous, de communion dans notre foi, mais aussi pleins de tristesse, de honte, d’émotion et de souffrance lorsque les témoignages de personnes victimes venaient ponctuer nos travaux.

La primauté de la parole des personnes victimes dans la prise en compte du drame des abus sexuels dans l’Église est sans doute le premier message de ce sommet. Toute notre Église, depuis nos paroisses jusqu’au Vatican, doit comprendre que la souffrance vécue et exprimée par les personnes victimes est fondatrice de notre action pour aujourd’hui et pour demain. Écouter ces personnes mais aussi les accompagner dans leur douloureux chemin de vie est le premier devoir de l’Église. Mais ce n’est aussi qu’avec elles que nous pourrons travailler pour que l’Église devienne véritablement une « maison sûre ».

Les points de réflexions, les différentes interventions ont attiré notre attention sur des aspects concrets de nos dispositifs de lutte contre les abus sexuels mais aussi sur nos mentalités, nos cultures propres, nos réticences qui peuvent encore freiner les diverses actions que nous devons engager ou poursuivre.

Du 2 au 5 avril prochain, les évêques de France se réuniront pour leur Assemblée plénière de printemps à Lourdes. Ce sera l’occasion pour moi de transmettre à mes frères évêques les points majeurs abordés ici à Rome. D’une part, les mesures déjà engagées par les évêques de France doivent être confortées par ce qui s’est vécu durant cette rencontre. D’autre part, il a été annoncé que, de cette rencontre, seront tirées « des conséquences opérationnelles et des engagements afin que les impulsions, les propositions et les mesures envisagées puissent être effectivement mises en pratique et que chaque dicastère ou institution sache ce qui lui incombe ». Ainsi, avec mes frères évêques, nous sommes prêts à accueillir ces impulsions, propositions et mesures pour les mettre en pratique dans l’Église qui est en France en étant conscients de « l’exigence de l’unité des évêques dans l’application des mesures qui ont valeur de normes et non pas uniquement d’orientations » (discours du Pape François en clôture de la rencontre).

Mgr Georges Pontier

Archevêque de Marseille

Président de la Conférence des évêques de France

Dimanche 24 février 2019

En concluant la rencontre internationale sur la protection des mineurs dans l’Église, au Vatican, le Pape François a fermement condamné les « abominations » que constituent les abus sur mineurs, -sous toutes leurs formes-, et derrière lesquels se cache « la main du mal » qui n’épargne pas l’innocence des petits. Retrouvez le discours de clôture du Pape François en intégralité.

Le Pape a pris la parole après la messe célébrée dans la salle Royale du Vatican, à laquelle ont participé tous les présidents des conférences épiscopales, les patriarches des Églises orientales, les responsables de la Curie romaine, supérieurs et supérieures généraux des congrégations religieuses conviés à cette rencontre inédite.

Le Souverain Pontife a d’abord tenu à rappeler combien le phénomène des abus sur mineurs était « historiquement répandu, dans toutes les cultures et les sociétés », connu de tous mais tabou, et donc peu ou pas dénoncé. Les statistiques publiées aujourd’hui demeurent parcellaires, mais elles donnent tout de même une idée de l’ampleur de ce fléau qui frappe surtout les familles, ou les milieux de l’école et du sport, pour ne citer qu’eux.

Le mystère du mal

Mais attention, précise le Pape : l’universalité de ce problème « n’atténue pas sa monstruosité à l’intérieur de l’Église », touchée elle aussi de plein fouet. Le scandale en est même plus éclatant, au regard de l’autorité morale qu’elle représente. Aussi, lorsqu’une personne consacrée, choisie par Dieu, « se laisse asservir par sa propre fragilité humaine », elle devient l’instrument de Satan, assène François avec gravité. Dans la colère légitime que les abus suscitent, l’Église voit un « reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes ». « L’écho du cri silencieux des petits, qui au lieu de trouver en eux une paternité et des guides spirituels ont trouvé des bourreaux, fera trembler les cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir. Nous avons le devoir d’écouter attentivement ce cri silencieux étouffé ». Devant ce mystère du mal, l’Église veut s’engager pleinement et résolument dans ce combat contre les abus, qui touchent le cœur même de sa mission : « annoncer l’Évangile aux petits et les protéger des loups avides ». Et le Pape le promet : si l’Église détecte en son sein un seul cas d’abus, elle l’affrontera sans vaciller.

Mesures spirituelles

Ces « abominations » que l’on inflige aux enfants, -et le Pape parle ici de tous les abus dont ils sont victimes-, sont comparables aux sacrifices humains pratiqués dans le passé au sein de certaines cultures. Aujourd’hui, ces petits sont présentés en offrandes sur les autels « du pouvoir, de l’argent, de l’orgueil, de l’arrogance ». Aucun explication empirique ne pourra jamais éclairer complètement cette cruauté, ni sa signification. Mais pour le Pape, ce phénomène n’est rien de moins que « la manifestation flagrante, agressive et destructrice » du mal qui se sent « maitre du monde et pense avoir vaincu ». « Dans ces cas douloureux, a encore ajouté François, je vois la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des petits ». Cette réalité impose de prendre des « mesures spirituelles », en plus de celles pratiques proposées par la société : l’humiliation, la prière, la pénitence. Ce sont elles qui aident à vaincre l’esprit du mal, comme Jésus l’a fait.

Les écueils à éviter

L’Église, par la voix du Souverain Pontife, se donne donc pour objectif d’écouter, protéger et soigner les « mineurs abusés, exploités et oubliés, où qu’ils se trouvent ». Il faut pour cela se mettre « au-dessus des polémiques idéologiques et des politiques journalistiques qui instrumentalisent souvent, pour des intérêts divers, même les drames vécus par les petits ». L’heure est à la collaboration « pour éradiquer cette brutalité du corps de l’humanité », en évitant de sombrer dans un justicialisme mû par le sens de la faute et la pression médiatique et l’autodéfense « qui n’affronte pas les causes et les conséquences de ces graves délits ».

7 stratégies

L’évêque de Rome mentionne tout un ensemble de mesures, appelé « INSPIRE », validé par l’OMS et un groupe d’agences internationales, soit 7 stratégies pour « mettre fin à la violence contre les enfants » qui inspireront le travail de l’Église, nourri par ce qui a déjà été accompli.

Parmi ces points, la protection des enfants de tout abus psychologique et physique ; un engagement qui requiert un « sérieux irréprochable » : « je voudrais redire ici que l’Église ne se ménagera pas pour faire tout ce qui est nécessaire afin de livrer à la justice quiconque aura commis de tels délits. L’Église ne cherchera jamais à étouffer ou à sous-estimer aucun cas », a affirmé le Pape.

Reconnaître ses manquements

Autre point fondamental : la purification, qui nécessite de « s’accuser soi-même » et non les autres, de reconnaître ses manquements, ses faillites, ses erreurs, « comme personne et comme institution ». « Malgré les mesures prises et les progrès faits en matière de prévention des abus, il convient d’imposer un engagement perpétuel et renouvelé à la sainteté des pasteurs dont la configuration au Christ Bon Pasteur est un droit du peuple de Dieu ». Une formation équilibrée des candidats au sacerdoce revêt en cela une importance cruciale.

Le Pape insiste également sur l’unité des évêques « dans l’application de mesures qui ont valeur de normes et non pas uniquement d’orientations ». « Aucun abus ne doit jamais être couvert (comme ce fut le cas par le passé) et sous-évalué, étant donné que la couverture des abus favorise l’expansion du mal et ajoute un nouveau scandale », a-t-il rappelé.

Accompagner les victimes

Une attention toute particulière doit être portée aux victimes, qu’il faut accompagner. Les blessures « indélébiles » qui leur ont été faites peuvent mener à l’autodestruction ; l’Église a, en conséquence, le devoir de leur offrir tout le soutien nécessaire. Ne pas avoir peur de « perdre du temps » dans l’écoute dans leurs souffrances.

Monde digital et tourisme sexuel

Les abus sur mineurs dans les contextes du monde digital et du tourisme sexuel attirent également l’attention du Saint-Père : « nous devons nous engager afin que les jeunes gens et les jeunes filles, en particulier les séminaristes et le clergé, ne deviennent pas des esclaves de dépendances fondées sur l’exploitation et l’abus criminel des innocents et de leurs images et sur le mépris de la dignité de la femme ainsi que de la personne humaine ». Il rappelle également les normes édictées par Benoît XVI en 2010, qui avaient ajouté comme nouveau délit : « l’acquisition, la détention ou la divulgation » par un clerc « d’images pornographiques de mineurs […], de quelque manière que ce soit et quel que soit l’instrument employé ». L’âge du mineur en question était alors établi à 14 ans. « À présent nous estimons nécessaire de hausser cette limite d’âge pour étendre la protection des mineurs et insister sur la gravité de ces faits », a précisé le Pape.

Remerciement au saint Peuple de Dieu

Le Pape François a enfin conclu sa longue intervention en remerciant les prêtres, religieux, religieuses et consacré(e)s « qui servent le Seigneur fidèlement, et qui se sentent déshonorés et discrédités par les comportements honteux de quelques de leurs confrères ». Il exprime également sa gratitude au saint Peuple de Dieu, qui dans un silence quotidien et sous plusieurs formes, continue de témoigner que le Seigneur n’abandonne pas. « Ce sera précisément ce saint Peuple de Dieu qui nous libérera du fléau du cléricalisme, terrain fertile de toutes ces abominations ».

En appelant l’Église à une conversion personnelle et collective, le Pape enjoint aussi toutes autorités et tous les individus concernés à s’emparer de la lutte contre les abus sur mineurs, afin d’éradiquer « ces crimes abominables de la surface de la terre ».

(Avec V. N.)

Discours de clôture du Pape François - Dimanche 24 Février 2019 - Salle Royale, Vatican

" Chers frères et sœurs,

En rendant grâce au Seigneur qui nous a accompagnés ces jours-ci, je voudrais remercier chacun de vous pour l’esprit ecclésial et l’engagement concret que vous avez manifestés avec tant de générosité.

Notre travail nous a amenés à reconnaître, une fois de plus, que l’ampleur du fléau des abus sexuels sur mineurs est malheureusement un phénomène historiquement répandu dans toutes les cultures et toutes les sociétés. Il est devenu, seulement en des temps relativement récents, un objet d’études systématiques, grâce au changement de sensibilité de l’opinion publique sur un problème considéré comme tabou dans le passé, ce qui signifie que tous connaissaient sa présence mais que personne n’en parlait. Cela me rappelle également la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains – spécialement des enfants - en sacrifice dans les rites païens. Cependant, encore aujourd’hui, les statistiques disponibles sur les abus sexuels sur mineurs, établies par diverses organisations et organismes nationaux et internationaux (OMS, Unicef, Interpol, Europol et d’autres), ne présentent pas la véritable ampleur du phénomène, souvent sous-estimé principalement parce que de nombreux cas d’abus sexuels sur mineurs ne sont pas dénoncés[1], en particulier ceux, très nombreux, qui sont commis dans le milieu familial.

Rarement, en effet, les victimes se confient et cherchent de l’aide[2]. Derrière cette réticence, il peut y avoir la honte, la confusion, la peur de vengeance, la culpabilité, la méfiance dans les institutions, les conditionnements culturels et sociaux, mais aussi la désinformation sur les services et les structures qui peuvent aider. L’angoisse, malheureusement, conduit à l’amertume, voire au suicide, ou parfois à la vengeance en faisant la même chose. La seule chose certaine est que des millions d’enfants dans le monde sont victimes d’exploitation et d’abus sexuels.

Il serait important ici de rapporter les chiffres globaux – à mon avis toujours partiels - au niveau mondial[3], puis européen, asiatique, américain, africain et au niveau de l’Océanie, pour donner un aperçu de l’ampleur et de la profondeur de ce fléau dans nos sociétés[4]. Je voudrais, pour éviter des discussions inutiles, souligner avant tout que la mention de certains pays a comme unique objectif de citer les données statistiques figurant dans les Rapports susmentionnés.

La première vérité qui émerge des données disponibles est que ceux qui commettent les abus, autrement dit les violences (physiques, sexuelles ou émotionnelles), sont surtout les parents, les proches, les maris d’épouses mineures, les entraineurs et les éducateurs. En outre, d’après des données de l’Unicef pour l’année 2017 concernant 28 pays dans le monde, sur 10 jeunes filles qui ont eu des rapports sexuels forcés, 9 révèlent avoir été victimes d’une personne connue ou proche de leur famille.

D’après les données officielles du gouvernement américain, plus de 700 000 enfants aux États-Unis sont victimes, chaque année, de violences et de mauvais traitements, d’après l’International Center For Missing and Exploited Children (ICMEC), un enfant sur 10 subit des abus sexuels. En Europe, 18 millions d’enfants sont victimes d’abus sexuels[5].

Si nous prenons l’exemple de l’Italie, le rapport du "Téléphone bleu" souligne, pour l’année 2016, que 68,9% des abus se passent au sein du propre foyer du mineur[6].

Le théâtre des violences n’est pas seulement le milieu familial, mais aussi celui du quartier, de l’école, du sport[7] et, malheureusement aussi ecclésial.

Des études effectuées ces dernières années sur le phénomène des abus sexuels sur mineurs, il ressort également que le développement du web et des moyens de communication a contribué à accroitre notablement les cas d’abus et de violences commis on line. La diffusion de la pornographie se propage rapidement dans le monde à travers les réseaux. Le fléau de la pornographie a pris des proportions terrifiantes, avec des effets délétères sur le psychisme et sur les relations entre homme et femme, ainsi qu’entre eux et les enfants. C’est un phénomène en continuelle expansion. Une partie très importante de la production pornographique a tristement pour objet les mineurs qui sont ainsi gravement blessés dans leur dignité. Les études dans ce domaine, c’est triste, décrivent que cela se produit selon des modes de plus en plus horribles et violents ; on en arrive à l’extrême des actes d’abus sur mineurs commandités et suivis en direct à travers les réseaux[8].

Je rappelle ici le Congrès international qui s’est tenu à Rome sur le thème de la dignité de l’enfant à l’ère numérique ; ainsi que le premier Forum de l’Alliance interreligieuse pour des Communautés plus sûres, qui a eu lieu, sur le même thème, en novembre dernier, à Abou Dhabi.

Un autre fléau est le tourisme sexuel : d’après les données de 2017 de l’Organisation Mondiale du Tourisme, chaque année dans le monde, trois millions de personnes voyagent pour avoir des rapports sexuels avec un mineur[9]. Le fait que les auteurs de tels crimes, dans la plupart des cas, ne reconnaissent pas que ce qu’ils commettent est un crime, est significatif.

Nous sommes, donc, devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout. Nous devons être clairs : l’universalité de ce fléau, alors que se confirme son ampleur dans nos sociétés[10], n’atténue pas sa monstruosité à l’intérieur de l’Église.

L’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l’Église, parce qu’en contradiction avec son autorité morale et sa crédibilité éthique. La personne consacrée, choisi par Dieu pour guider les âmes vers le salut, se laisse asservir par sa propre fragilité humaine, ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan. Dans les abus, nous voyons la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des enfants. Il n’y a pas d’explications satisfaisantes pour ces abus sur des enfants. Humblement et courageusement, nous devons reconnaître que nous sommes devant le mystère du mal, qui s’acharne contre les plus fragiles parce qu’ils sont images de Jésus. C’est pourquoi dans l’Église s’est accrue, ces temps-ci, la prise de conscience de devoir non seulement chercher à enrayer les abus très graves par des mesures disciplinaires et des procédures civiles et canoniques, mais aussi d’affronter résolument le phénomène à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église. Elle se sent appelée à combattre ce mal qui touche le centre de sa mission : annoncer l’Évangile aux petits et les protéger des loups avides.

Je voudrais ici réaffirmer clairement : si dans l’Église on détecte même un seul cas d’abus – qui représente déjà en soi une horreur-, un tel cas sera affronté avec la plus grande gravité. Frères et sœurs, dans la colère légitime des personnes, l’Église voit un reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes. L’écho du cri silencieux des petits, qui au lieu de trouver en eux une paternité et des guides spirituels ont trouvé des bourreaux, fera trembler les cœurs anesthésiés par l’hypocrisie et le pouvoir. Nous avons le devoir d’écouter attentivement ce cri silencieux étouffé.

Il est donc difficile de comprendre le phénomène des abus sexuels sur les mineurs sans considérer le pouvoir, étant donné qu’ils sont toujours la conséquence de l’abus de pouvoir, l’exploitation d’une position d’infériorité de l’être abusé sans défense qui permet la manipulation de sa conscience et de sa fragilité psychologique et physique. L’abus de pouvoir est présent aussi dans les autres formes d’abus dont sont victimes presque quatre-vingt-cinq millions d’enfants oubliés de tous : les enfants-soldats, les mineurs prostitués, les enfants sous-alimentés, les enfants enlevés et souvent victimes du monstrueux commerce des organes humains, ou transformés en esclaves, les enfants victimes des guerres, les enfants réfugiés, les enfants avortés, et ainsi de suite.

Devant tant de cruauté, tant de sacrifices idolâtriques des enfants au dieu du pouvoir, de l’argent, de l’orgueil, de l’arrogance, les seules explications empiriques ne sont pas suffisantes ; elles ne sont pas capables de faire comprendre l’ampleur et la profondeur de ce drame : Encore une fois l’herméneutique positiviste montre sa limite. Elle nous donne une véritable explication qui nous aidera à prendre les mesures nécessaires, mais elle n’est pas capable de nous donner une signification. Et nous, aujourd’hui, nous avons besoin d’explications et de significations. Les explications nous aideront beaucoup dans le champ opérationnel, mais elles nous laisseront à mi-chemin.

Quelle serait donc la “signification” existentielle de ce phénomène criminel ? Tenant compte de son étendue et de sa profondeur humaine, il n’est aujourd’hui que la manifestation actuelle de l’esprit du mal. Sans avoir présente cette dimension nous resterons loin de la vérité et sans véritables solutions.

Frères et sœurs, nous sommes aujourd’hui face à une manifestation du mal, flagrante, agressive et destructrice. Derrière et à l’intérieur de tout cela, il y a l’esprit du mal qui, dans son orgueil et son arrogance, se sent le maître du monde[11] et pense avoir vaincu. Et cela, je voudrais vous le dire avec l’autorité d’un frère et d’un père, certes petit et pécheur, mais qui est pasteur de l’Eglise qui préside à la charité : dans ces cas douloureux, je vois la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des petits. Et cela me conduit à penser à l’exemple d’Hérode qui, poussé par la peur de perdre son pouvoir, ordonna de massacrer tous les enfants de Bethléem[12]. Derrière cela se trouve Satan.

Et de même que nous devons prendre toutes les mesures pratiques que le bon sens, les sciences et la société nous offrent, de même nous ne devons pas perdre de vue cette réalité et prendre les mesures spirituelles que le Seigneur lui-même nous enseigne : humiliation, accusation de nous-mêmes, prière, pénitence. C’est le seul moyen de vaincre l’esprit du mal. C’est ainsi que Jésus l’a vaincu[13].

L’objectif de l’Eglise sera donc celui d’écouter, de défendre, de protéger et de soigner les mineurs abusés, exploités et oubliés, où qu’ils se trouvent. L’Eglise, pour atteindre cet objectif, doit se mettre au-dessus de toutes les polémiques idéologiques et des politiques journalistiques qui instrumentalisent souvent, pour des intérêts divers, même les drames vécus par les petits.

L’heure est venue, par conséquent, de collaborer ensemble pour éradiquer cette brutalité du corps de notre humanité, en adoptant toutes les mesures nécessaires déjà en vigueur au niveau international et au niveau ecclésiastique. L’heure est venue de trouver le juste équilibre de toutes les valeurs en jeu et de donner des directives uniformes pour l’Eglise, en évitant les deux extrêmes d’un justicialisme, provoqué par le sens de la faute en raison des erreurs du passé et de la pression du monde médiatique, et d’une autodéfense qui n’affronte pas les causes et les conséquences de ces graves délits.

Dans ce contexte, je souhaite mentionner les “Best Practices” formulées, sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé[14], par un groupe de dix agences internationales qui a développé et approuvé un ensemble de mesures appelé INSPIRE, c’est-à-dire sept stratégies pour mettre fin à la violence contre les enfants[15].

Se prévalant de ces lignes-guide, l’Eglise, dans son itinéraire législatif, grâce aussi au travail accompli, ces dernières années, par la Commission Pontificale pour la Protection des Mineurs, et grâce à la contribution de notre présente rencontre, on se concentrera sur les dimensions suivantes :

1. La protection des enfants : l’objectif premier de toute mesure est celui de protéger les petits et d’empêcher qu’ils soient victimes de tout abus psychologique et physique. Il convient donc de changer les mentalités pour combattre l’attitude défensive et réactive visant à sauvegarder l’Institution, au bénéfice d’une recherche sincère et décidée du bien de la communauté, en donnant la priorité aux victimes des abus dans tous les sens du terme. Doivent toujours être présents sous nos yeux les visages innocents des petits, rappelant la parole du Maître : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. Malheureux le monde à cause des scandales ! Il est inévitable qu’arrivent les scandales ; cependant, malheureux celui par qui le scandale arrive ! » (Mt 18, 6-7).

2. Un sérieux irréprochable : je voudrais redire ici que l’« l’Eglise ne se ménagera pas pour faire tout ce qui est nécessaire afin de livrer à la justice quiconque aura commis de tels délits. L’Eglise ne cherchera jamais à étouffer ou à sous-estimer aucun cas. » (Discours à la Curie romaine, 21 décembre 2018). En raison de sa conviction, « les péchés et les crimes des personnes consacrées se colorent de teintes encore plus sombres d’infidélité, de honte, et ils déforment le visage de l’Eglise en minant sa crédibilité. En effet, l’Eglise, ainsi que ses enfants fidèles, est aussi victime de ces infidélités et de ces véritables “délits de détournement” » (ibid.).

3. Une véritable purification : malgré les mesures prises et les progrès faits en matière de prévention des abus, il convient d’imposer un perpétuel et renouvelé engagement à la sainteté des pasteurs dont la configuration au Christ Bon Pasteur est un droit du peuple de Dieu. On rappelle donc « la ferme volonté de persévérer, de toutes ses forces, sur la route de la purification. L’Eglise s’interrogera sur comment protéger les enfants, comment éviter de telles catastrophes, comment soigner et réintégrer les victimes, comment renforcer la formation dans les séminaires […]. On cherchera à transformer les erreurs commises en opportunité pour éliminer ce fléau non seulement du corps de l’Eglise mais aussi de la société » (ibid.). La sainte crainte de Dieu nous porte à nous accuser nous-mêmes – comme personne et comme institution – et à réparer nos manquements. S’accuser soi-même : c’est un début de sagesse lié à la sainte crainte de Dieu. Apprendre à s’accuser soi-même, comme personne, comme institution, comme société. En réalité, nous ne devons pas tomber dans le piège d’accuser les autres, ce qui est un pas vers le prétexte qui nous sépare de la réalité.

4. La formation : autrement dit, les exigences de la sélection et de la formation des candidats au sacerdoce avec des critères non seulement négatifs, visant principalement à exclure les personnalités problématiques, mais aussi positifs en offrant un chemin de formation équilibré pour les candidats idoines, tendu vers la sainteté y compris la vertu de chasteté. Saint Paul VI, dans l’Encyclique Sacerdotalis caelibatus écrit : « Une vie qui, comme celle du prêtre gardant le célibat, comporte un si total et si intime engagement dans toute sa structure intérieure et extérieure, exclut en effet les sujets insuffisamment équilibrés du point de vue psychophysiologique et moral ; et l’on ne peut prétendre que, en ce domaine, la grâce supplée la nature » (n. 64).

5. Renforcer et vérifier les lignes-guides des Conférences Episcopales : c’est-à-dire réaffirmer l’exigence de l’unité des évêques dans l’application des mesures qui ont valeur de normes et non pas uniquement d’orientations. Des normes, pas uniquement des orientations. Aucun abus ne doit jamais être couvert (comme ce fut le cas par le passé) et sous-évalué, étant donné que la couverture des abus favorise l’expansion du mal et ajoute un nouveau scandale. En particulier, développer une nouvelle approche efficace pour la prévention dans toutes les institutions et les milieux des activités ecclésiales.

6. Accompagner les personnes victimes d’abus : Le mal qu’elles ont vécu laisse en elles des blessures indélébiles qui se manifestent également par des rancœurs et des tendances à l’autodestruction. L’Église a donc le devoir de leur offrir tout le soutien nécessaire en recourant à des experts dans ce domaine. Écouter, je me permets cette expression : ‘‘perdre du temps’’ dans l’écoute. L’écoute guérit le blessé et nous guérit aussi nous-mêmes de l’égoïsme, de la distance, du ‘‘cela ne me regarde pas’’, de l’attitude du prêtre et du lévite dans la parabole du bon samaritain.

7. Le monde digital : la protection des mineurs doit tenir compte des nouvelles formes d’abus sexuel et d’abus de tout genre qui les menacent dans les milieux où ils vivent et à travers les nouveaux instruments qu’ils utilisent. Les séminaristes, les prêtres, les religieux, les religieuses, les agents pastoraux et tous doivent être conscients que le monde digital et l’utilisation de ses instruments ont souvent plus d’impact qu’on ne le pense. Il faut ici encourager les pays et les Autorités à appliquer toutes les mesures nécessaires pour limiter les sites web qui menacent la dignité de l’homme, de la femme et en particulier des mineurs. Frères et sœurs, le crime ne jouit pas du droit de liberté. Il faut absolument nous opposer avec la plus ferme détermination à ces abominations, veiller et lutter afin que le développement des petits ne soit pas troublé ou brouillé par leur accès incontrôlé à la pornographie qui laissera des traces négatives profondes dans leur esprit et dans leur âme. Nous devons nous engager afin que les jeunes gens et les jeunes filles, en particulier les séminaristes et le clergé, ne deviennent pas des esclaves de dépendances fondées sur l’exploitation et l’abus criminel des innocents et de leurs images et sur le mépris de la dignité de la femme ainsi que de la personne humaine. Sont mises en évidence les nouvelles normes sur les ‘‘délits les plus graves’’ approuvées par le Pape Benoît XVI en 2010, auxquels était ajouté comme nouveau cas d’espèce de délit « l’acquisition, la détention ou la divulgation » par un clerc « d’images pornographiques de mineurs […], de quelque manière que ce soit et quel que soit l’instrument employé ». On parlait alors de « mineurs [de moins] de quatorze ans » ; à présent nous estimons nécessaire de hausser cette limite d’âge pour étendre la protection des mineurs et insister sur la gravité de ces faits.

8. Le tourisme sexuel : le comportement, le regard, l’esprit des disciples et des serviteurs de Jésus doivent savoir reconnaître l’image de Dieu dans chaque créature humaine, en commençant par les plus innocentes. C’est seulement en puisant dans ce respect radical de la dignité de l’autre que nous pourrons le défendre de la puissance déferlante de la violence, de l’exploitation, de l’abus et de la corruption, et le servir de manière crédible dans sa croissance intégrale, humaine et spirituelle, dans la rencontre avec les autres et avec Dieu. Afin de combattre le tourisme sexuel, il faut la répression judiciaire, mais aussi le soutien et des projets de réinsertion des victimes de ce phénomène criminel. Les communautés ecclésiales sont appelées à renforcer l’accompagnement pastoral des personnes exploitées par le tourisme sexuel. Parmi celles-ci, les plus vulnérables et ayant besoin d’une aide particulière sont sûrement les femmes, les mineurs et les enfants : ces derniers, toutefois, ont besoin d’une protection et d’une attention spéciales. Que les autorités gouvernementales leur accordent la priorité et agissent de toute urgence pour combattre le trafic et l’exploitation économique des enfants. À cet effet, il est important de coordonner les efforts à tous les niveaux de la société et aussi de collaborer étroitement avec les organisations internationales en vue d’élaborer un cadre juridique qui protège les mineurs contre l’exploitation sexuelle dans le tourisme et qui permette de poursuivre légalement les délinquants[16].

Permettez-moi maintenant d’adresser ma vive gratitude à tous les prêtres et à toute les personnes consacrées qui servent le Seigneur fidèlement et totalement et qui se sentent déshonorés et discrédités par les comportements honteux de quelques de leurs confrères. Nous portons tous – Eglise, personnes consacrées, peuple de Dieu, voire Dieu lui-même – les conséquences de leur infidélité. Je remercie, au nom de toute l’Église, la très grande majorité des prêtres qui non seulement sont fidèles à leur célibat mais se dépensent dans un ministère rendu aujourd’hui encore plus difficile par les scandales provoqués par un petit nombre (mais toujours trop nombreux) de leurs confrères. Et merci également aux fidèles qui connaissent bien leurs bons pasteurs et continuent de prier pour eux et de les soutenir.

Enfin, je voudrais souligner l’importance de la nécessité de transformer ce mal en une opportunité de purification. Regardons la figure d’Edith Stein – Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, - certaine que « dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grands prophètes et les plus grands saints. Mais le courant vivifiant de la vie mystique demeure invisible. Il est certain que les événements décisifs de l’histoire du monde ont été essentiellement influencés par des âmes dont rien n’est dit dans les livres d’histoire. Et quelles sont les âmes que nous devrons remercier pour les événements décisifs de notre vie personnelle, c’est une chose que nous saurons seulement le jour où tout ce qui est caché sera manifesté ». Le saint peuple fidèle de Dieu, dans son silence quotidien, sous de nombreuses formes et de bien des manières continue de rendre visible et atteste, avec une espérance ‘‘obstinée’’, que le Seigneur n’abandonne pas, qu’il soutient le dévouement constant et, en de nombreuses situations, souffrant de ses fils. Le saint et patient peuple fidèle de Dieu, soutenu et vivifié par l’Esprit Saint, est le meilleur visage de l’Église prophétique qui sait mettre au centre son Seigneur en se donnant chaque jour. Ce sera précisément ce saint peuple de Dieu qui nous libérera du fléau ducléricalisme, terrain fertile de toutes ces abominations.

Le meilleur résultat et la plus efficace résolution que nous puissions offrir aux victimes, au peuple de la Sainte Mère Église et au monde entier, c’est l’engagement à une conversion personnelle et collective, l’humilité d’apprendre, d’écouter, d’assister et de protéger les plus vulnérables.

Je lance un appel pressant pour la lutte, à tous les niveaux, contre les abus sur mineurs - dans le domaine sexuel comme dans d’autres domaines - de la part de toutes les autorités comme des personnes individuelles, car il s’agit de crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la terre. Beaucoup de victimes cachées dans les familles et dans divers milieux de nos sociétés, le demandent. "

[1] Cf. Maria Isabel Martinez Perez, Abusos sexuales en niños y adolescentes, Ed. Criminología y Justicia, 2012 : sont dénoncés seulement 2% des cas, surtout quand les abus se produisent dans le milieu familial. On estime de 15% à 20% des victimes de pédophilies dans notre société. Seulement 50% des enfants révèlent l’abus qu’ils ont subi et, dans ces cas, seul 15% sont effectivement dénoncés. Et seulement 5% sont finalement jugés.

[2]1 cas sur 3 n’en parle avec personne (Données 2017 recueillies par l’organisation no-profit THORN).

[3] Niveau mondial : en 2017, l’Oms a estimé que jusqu’à un milliard de mineurs âgés de 2 à 17 ans a subi des violences ou des négligences physiques, émotionnelles ou sexuelles. Les abus sexuels (des attouchements au viol), d’après certaines estimations de l’Unicef de 2014, concerneraient plus de 120 millions de fillettes, parmi lesquels on constate le plus grand nombre de victimes. En 2017, la même organisation Onu a indiqué que dans 38 pays du monde, à faible et moyen revenu, presque 17 millions de femmes adultes ont reconnu avoir eu un rapport sexuel forcé pendant l’enfance.

Europe : en 2013, l’Oms a estimé que plus de 18 millions de personnes ont été victimes d’un abus. D’après l’Unicef, dans 28 pays européens, environ 2,5 millions de jeunes femmes ont déclaré avoir subi des abus sexuels avec ou sans contact physique avant leur 15 ans (données diffusées en 2017). En outre, 44 millions (correspondant à 22,9%) ont été victimes de violence physique, et 55 millions (29,6%) de violence psychologique. Et pas seulement : en 2017, le Rapport Interpol sur l’exploitation sexuelle des mineurs a conduit à identifier 14 289 victimes dans 54 pays européens. En ce qui concerne l’Italie en 2017, le Cesvi a estimé que 6 millions d’enfants ont subi des mauvais traitements. En outre, d’après les données établies par le "Téléphone bleu", dans la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, les cas d’abus sexuels et de pédophilie gérés par le Service 114 Urgence Enfance ont été de 98, ce qui correspond à 7,5% de la totalité des cas gérés par le Service. 65% des mineurs demandant de l’aide étaient constitués par des victimes de sexe féminin et en outre 40% avaient un âge inférieur à 11 ans.

Asie : En Inde dans la décennie 2001-2011, l’"Asian Center for Human Rights"a constaté un total de 48 338 cas de viols de mineurs, avec une augmentation égale à 336% : de 2113 cas en 2001, en effet, on est arrivé à 7112 cas en 2011.

Amérique : aux Etats Unis les données officielles du gouvernement observent que plus de 700 000 enfants, chaque année, sont victimes de violence et de mauvais traitements. D’après l’International Center for Missing and Exploited Children (Icmec), un enfant sur 10 subit des abus sexuels.

Afrique : en Afrique du Sud, les données d’une recherche menée par le Centre pour la justice et la prévention des crimes de l’Université de la Ville du Cap, a montré, en 2016, qu’un jeune sud-africain sur trois, masculin ou féminin, est menacé d’abus sexuels avant d’avoir atteint ses 17 ans. D’après l’étude, la première du genre à l’échelle nationale en Afrique du Sud, 784 967 jeunes âgés entre 15 et 17 ans ont déjà subi des abus sexuels. Les victimes dans ce cas sont principalement des jeunes garçons. Pas même un tiers a dénoncé les violences aux Autorités. Dans d’autres pays africains, les abus sexuels sur les mineurs s’insèrent dans le contexte plus large des violences liées aux conflits qui ensanglantent le continent et sont difficilement quantifiables. Le phénomène est aussi étroitement lié à la pratique des mariages précoces répandus dans différentes nations africaines et pas seulement.

Océanie : en Australie, d’après les données diffusées par l’Australian Institute of Health and Welfare (Aihw), en février 2018, concernant les années 2015-2017, une femme sur 6 (16%, autrement dit 1,5 millions) a signalé avoir subi des abus physiques et/ou sexuels avant leurs 15 ans, et un homme sur 9 (11%, c’est-à-dire 992 000) a indiqué avoir fait l’expérience de cet abus quand il était jeune. En 2015-2016, en outre, environ 450 000 enfants ont été l’objet de mesures de protection de l’enfance, et 55 600 mineurs ont été éloignés de leur foyer pour soigner les abus subis et éviter d’autres. Enfin, ne pas oublier les risques encourus par les mineurs indigènes : toujours d’après l’Aihw, En 2015-2016, les enfants indigènes ont eu 7 fois plus de probabilité d’être l’objet d’abus ou d’abandon par rapport à leurs camarades non indigènes (cf. http://www.pbc2019.org/it/protezione-dei-minori/abuso-dei-minori-a-livello-globale).

[4]Les données rapportées se réfèrent à un échantillonnage de pays choisis sur la fiabilité des sources disponibles. Les recherches diffusées par l’Unicef sur 30 pays confirment ce fait : un petit pourcentage de victimes a affirmé avoir demandé de l’aide.

[5]Cf. https://www.repubblica.it/salute/prevenzione/2016/05/12/news/maltrattamenti-sui_minori_tutti_gli_abusi - 139630223.

[6]Plus particulièrement, le présumé responsable de la souffrance subie par un mineur est, dans 73,7% des cas un parent (la mère dans 44,2% des cas et le père dans 29,5%), un membre de la famille dans 3,3% des cas, un ami dans 3,2%, une connaissance dans 3%, un enseignant dans 2,5% des cas. Les données mettent en lumière le fait que le responsable est une personne extérieure adulte dans un petit pourcentage de cas (2,2%) (cf. Ibid.).

[7] Une étude anglaise de 2011, réalisée par le Nspcc (National Society for the Prevention of Cruelty to Children), a indiqué que 29% des sujets interrogés rapportaient avoir subi des harcèlements sexuels (physiques et verbaux) dans les centres où ils pratiquaient un sport.

[8]D’après les données 2017 de l’IWF (Internet Watch Foundation), toutes les 7 minutes une page web envoie des images d’enfants sexuellement abusés. En 2017, ont été identifiés 78 589 URL contenant des images d’abus sexuels, concentrés en particulier dans les Pays-Bas, suivis par les États-Unis, le Canada, la France et la Russie. 55% des victimes ont moins de 10 ans, 86% sont des filles, 7% des garçons, 5% les deux.

[9] Les destinations les plus fréquentes sont le Brésil, la république Dominicaine, la Colombie, outre la Thaïlande et le Cambodge. A celle-ci se sont ajoutées certains pays d’Afrique et de l’Europe de l’Est. Les six premiers pays de provenance de ceux qui commettent les abus, en revanche, sont la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, la Chine, le Japon et l’Italie. A ne pas négliger non plus le nombre croissant des femmes qui voyagent dans les pays en voie de développement à la recherche de sexe moyennant paiement avec des mineurs : au total elles représentent 10% des touristes sexuels dans le monde. De plus selon une étude conduite par Ecpat Iternational (End Child Prostitution in Asian Tourism) entre 2015 et 2016, 35% des touristes sexuels pédophiles étaient des clients habituels, et que 65% des clients occasionnels (cf. https://www.osservatoriodiritti.il/2018/03/27/turismo-sessuale-minorile-nel-mondo-italia-ecpat).

[10] « Si cette très grave calamité est parvenue à toucher certains ministres consacrés, on se demande dans quelle mesure elle est profonde dans nos sociétés et dans nos familles ? » (Discours à la Curie romaine, 21 décembre 2018).

[11] Cf. R.H. Benson, The Lord of the World, Dodd, Mead and Company, London 1907.

[12] « Quare times, Herodes, qui audis Regem natum ? Non venit ille ut te excludat, sed ut diabolum vincat. Sed tu haec non intelligens turbaris et saevis ; et ut perdas unum quem quaeris, per tot infantium mortes efficeris crudelis […] Necas parvulos corpore quia te necat timor in corde » (S. Quadvultdeus, Sermo 2 de Symbolo : PL 40, 655).

[13] « Quemadmodum enim ille, effuso in scientiae lignum veneno suo, naturam gusto corruperat, sic et ipse dominicam carnem vorandam presumens, Deitatis in ea virtute, corruptus interitusque sublatus est » (Maximus Confessor, Centuria 1, 8-13 : PG, 1182-1186).

[14](CDC : United States Centers for Disease Control and Prevention ; CRC : Convention on the Rights of the Child ; End Violence Against Children : The Global Partnership ; PAHO : Pan American Health Organization ; PEPFAR : President’s Emergency Program for AIDS Relief ; TfG : Together for Girls ; Unicef : United Nations Children’s Fund ; UNODC : United Nations Office on Drugs and Crime ; USAID : United States Agency for International Development ; WHO : World Health Organization).

[15] Chaque lettre du mot INSPIRE représente une des stratégies, et la plupart a démontré avoir des effets préventifs contre divers types de violence, en plus d’effets bénéfiques dans des domaines comme la santé mentale, l’éducation et la réduction de la criminalité. Les sept stratégies sont les suivantes : Implementation and enforcement of laws : mise en œuvre et application des lois (par exemple, interdire les disciplines violentes et limiter l’accès à l’alcool et aux armes à feu) ; Norms and values : normes et valeurs à changer (par exemple, celles qui pardonnent l’abus sexuel sur les filles ou le comportements agressifs entre garçons) ; Safe environments : milieux sûrs (par exemple identifier dans les quartiers les “points chauds” de violence et affronter les causes locales à travers une politique qui résolve les problèmes et autres interventions) ; Parent and caregiver support : parents et soutiens de l’assistant familial (par exemple en fournissant une formation aux parents pour les jeunes, aux nouveaux parents) ; Income and economic strengthening : revenu et renforcement économique (comme le micro crédit et la formation à l’égalité des sexes) ; Response and support services : services de réponse et de soutien (par exemple, garantir que les enfants exposés à la violence puissent accéder à des soins d’urgence efficaces et recevoir un soutien psycho-social adapté) ; Education and life skills : instruction et habilitation à la vie (par exemple, garantir que les enfants fréquentent l’école et fournir les compétence sociales).

[16] Cf. Document final du VIème Congrès mondial sur la pastorale du tourisme, 27 juillet 2004.

Samedi 23 février 2019

Le cardinal Marx, archevêque de Munich et Freising, est intervenu lors de la troisième journée de la Rencontre sur la protection des mineurs. Il a insisté sur l’importance de clarifier les procédures administratives afin de restaurer la confiance dans l’Église catholique. C’est une journaliste mexicaine, Valentina Alazraki, présente depuis 45 ans au Vatican, qui a prononcé la dernière intervention de cette journée avant que ne se déroule la cérémonie pénitentielle voulue par le Saint-Père.

Dans son discours, prononcé en anglais, le président de la conférence épiscopale allemande a tout d’abord défini le terme de « transparence » en expliquant qu’il ne s’agit pas de divulguer des informations d’une façon anarchique et incontrôlée, mais de faire en sorte que toutes les actions soient comprises et traçables. Le principe de « traçabilité » est inscrit dans la mentalité allemande, mais il ne doit pas se limiter à une aire culturelle, car il est une condition essentielle à l’efficacité des procédures et donc à la confiance du Peuple de Dieu dans son Église.

« Dans le domaine de responsabilité de l’Église, l’administration n’est pas seulement une question technique, spécialiste ou fonctionnelle, a expliqué le cardinal Marx. L’administration au sein de l’Église est étroitement reliée à des bases théologiques, a des motivations théologiques et spirituelles, et est étroitement liée aux actions spécifiques de l’Église. Une administration ecclésiale pleinement fonctionnelle représente une pierre angulaire importante dans la lutte contre l’abus et dans la gestion des abus. »

Le cardinal allemand a expliqué que cette logique s’inscrit dans les textes du Concile Vatican II. « Négliger les aspects terrestres de l’Église et ses propres lois, ne rend pas justice à la réalité de l’Église. De façon analogue, le corps du Christ et l’organisation humaine de l’Église doivent être considérés “sans séparation et sans imbrication”.C’est pourquoi tous les principes fondamentaux pour une bonne société et une organisation au service des personnes dans la vie de l’Eglise ne peuvent être ignorés », a-t-il souligné.

Afin d’accomplir la mission de l’Église, « il faut une administration pleinement fonctionnelle qui soit orientée vers l’objectif de l’Église, et fondée sur le principe de la justice », à travers notamment le respect du droit du travail et donc le paiement de salaires corrects pour les salariés des institutions catholiques. « L’administration standardise les procédures et les procédés, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de chercher, de demander et d’essayer à chaque fois de voir comment les choses fonctionnent, même s’il faut répéter les mêmes choses. Cela permet de conserver les ressources, et de les utiliser avec modération et de façon efficace pour la mission. L’administration documente ce qui a été débattu, concordé et réalisé ; elle évite les oublis et conserve les affaires au-delà du moment, et permet ainsi la fiabilité et la fidélité à sa parole », a souligné l’archevêque de Munich.

« L’administration réglemente, et sanctionne les violations contre l’intérêt commun, les règles et les lois, et joue donc le rôle de contrepoids à ce qui peut être communément décrit comme la nature pécheresse de l’humanité. » Toutefois, le cardinal a reconnu que « ce pouvoir de l’administration peut aussi être mal utilisé. C’est le cas, par exemple, quand l’administration oublie sa fonction de servir les diverses personnes qui vivent ensemble et coopèrent pour atteindre des objectifs plus élevés ; quand l’administration se soucie uniquement d’elle-même ; quand les normes et les règlements ne sont utilisé que pour soutenir l’administration ou le pouvoir des personnes. Dans ce cas, il s’agit d’abus de pouvoir de la part de l’administration. »

Dans certaines affaires d’abus sexuels sur mineurs, « l’administration n’a pas contribué à accomplir la mission de l’Église mais, au contraire, elle l’a voilée, discréditée et rendue impossible, a reconnu le président de l’épiscopat allemand. Les dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n’ont pas même été constitués. Au lieu des coupables, ce sont les victimes qui ont été réprimandées et on leur a imposé le silence. Les procédures et les procédés établis pour poursuivre les délits ont été délibérément ignorés, et même effacés ou contournés. Les droits des victimes ont été, de fait, foulés aux pieds et laissés à l’arbitre de personnes individuelles. Tous ces événements sont en nette contradiction avec ce que l’Eglise devrait représenter. La manière dont l’administration de l’Église a été structurée et exercée n’a pas contribué à unir tout le genre humain et à rapprocher davantage les hommes de Dieu mais, au contraire, elle a violé ces objectifs ».

Pour éviter la répétition de telles catastrophes institutionnelles et humaines, l’administration de l’Église doit faire en sorte « que les personnes se sentent acceptées dans les procédures administratives, qu’elles se sentent appréciées, qu’elles puissent avoir confiance dans le système, qu’elles se sentent en sécurité et traitées de manière juste, qu’elles soient écoutées et que leurs critiques légitimes soient acceptées. On accomplirait ainsi un grand pas en avant vers l’obtention de ce que signifie vraiment unir les personnes et, en dernière analyse, approcher davantage les personnes de Dieu ; et telle est, pour ainsi dire, la mission théologique de l’administration de l’Église », a-t-il expliqué.

Les dysfonctionnements administratifs ont suscité un traumatisme d’ordre spirituel. « La pensée de certaines victimes d’abus peut être ainsi résumée : “Si l’Église prétend agir au nom de Jésus, et que je suis si mal traité par l’Église ou par son administration, alors je préférerais ne rien avoir à faire avec Jésus.” Afin que l’administration agisse conformément à la mission de l’Eglise et à la nature de l’Église comme “symbole et instrument”, la transparence et la traçabilité des procédures administratives sont nécessaires. »

Le cardinal Marx s’est ensuite penché sur la nécessité de redéfinir « l’objectif et les limites du secret pontifical », qui expose l’Église « au soupçon de dissimuler ». Autres points d’insistance : les procès ecclésiastiques nécessitent des normes précises et claires, afin d’éviter tout flottement, et le public doit être informé avec honnêteté. En effet, « la méfiance institutionnelle conduit à des théories conspirationnistes relatives à une organisation et à la création de mythes sur celle-ci. On peut l’éviter si les faits sont exposés de manière transparente. » Dans cette logique, les actes judiciaires doivent être publiés.

« Il faut toujours être conscients que la traçabilité et la transparence sont extrêmement importants, également au-delà du contexte des abus, par exemple dans le domaine financier. Elles sont, en outre, un facteur décisif pour la fiabilité et la crédibilité de l’Église », a conclu le cardinal Marx, avant d’inviter les autres évêques du monde entier à accomplir « un pas courageux dans cette direction ».

Dernière intervention : Valentina Alazraki, journaliste mexicaine couvrant l’actualité du Vatican depuis 45 ans

Cette journaliste aguerrie, qui vient de couvrir son 150e voyage papal, a débuté son intervention dénonçant la mauvaise communication de l’Eglise en parlant « en tant que mère », expliquant que pour des parents, l’abus sur mineurs est « la plus effrayante des perversions ».

Elle a lancé à la fois une invitation et un avertissement aux évêques : « Nous pouvons être alliés, pas ennemis. Nous vous aiderons à trouver les brebis galeuses et à vaincre les résistances(…) Mais si vous ne vous décidez pas de manière radicale à être du côté des enfants, des mères, des familles, de la société civile, vous avez raison d’avoir peur de nous, car nous les journalistes, qui voulons le bien commun, serons vos pires ennemis. »

En couvrant « cinq pontificats différents, très importants pour la vie de l’Église et du monde, avec des lumières et des ombres », Valentina Alazraki a souvent entendu des hommes d’Église se montrer méprisants vis-à-vis des journalistes.

« Combien de fois ai-je dû entendre que le scandale des abus est “la faute de la presse, que c’est un complot de certains mass media pour discréditer l’Eglise, que derrière il y a des pouvoirs occultes, pour mettre fin à cette institution” ». Mais sans les journalistes, ces drames se seraient perpétués dans l’indifférence générale.
La plus grande persécution vient du péché au sein de l’Église

« Les abus contre les mineurs ne sont ni des médisances ni des bavardages, ce sont des crimes », a martelé la vaticaniste, se souvenant que Benoît XVI avait déclaré en 2010 que « la plus grande persécution contre l’Église ne venait pas d’ennemis extérieurs, mais naissait du péché en son sein ».

« Je crois que vous devriez prendre conscience que plus vous couvrirez, plus vous ferez les autruches, que moins vous informerez les mass media et, donc, les fidèles et l’opinion publique, plus le scandale sera grand, a insisté la journaliste mexicaine. Si quelqu’un a un cancer, il ne se soignera pas en le cachant à sa famille ou à ses amis, ce n’est pas le silence qui le fera guérir, ce seront les soins les plus appropriés qui éviteront à la fin les métastases, et conduiront à la guérison », a-t-elle relevé.

« En ne fournissant pas les informations qui pourraient éviter que ces personnes commettent d’autres abus, vous ne donnez pas aux enfants, aux jeunes, à leurs familles les instruments pour se défendre contre de nouveaux crimes, a-t-elle dénoncé. Les fidèles ne pardonnent pas le manque de transparence, car c’est une nouvelle violence envers les victimes. Qui n’informe pas, encourage un climat de soupçon et de méfiance, et provoque la colère et la haine envers l’institution. »

Elle a remarqué que lors du voyage du Pape François au Chili en 2018, « il n’y avait pas d’indifférence : il y avait de l’indignation et de la colère pour la couverture systématique, pour le silence, pour la tromperie faite aux fidèles et la douleur des victimes qui pendant des décennies n’ont pas été écoutées, n’ont pas été crues », a-t-elle déclaré.

En tant que mexicaine, Valentina Alazraki a longuement évoqué le cas de Marcial Maciel, le fondateur mexicain de la Légion du Christ. « J’ai été témoin de ce triste cas, du début à la fin. Au-delà du jugement moral sur les crimes commis par cet homme, qui pour certains a été un esprit malade et pour d’autres un génie du mal, je vous assure qu’à la base de ce scandale, qui a fait tant de mal à des milliers de personnes, jusqu’à entacher la mémoire de qui à présent est saint, il y a eu une communication malade », en raison du quatrième vœu, inscrit dans les Constitutions de la Légion du Christ, et qui interdisait de critiquer un supérieur.

« Sans cette censure, sans cette dissimulation totale, s’il y avait eu la transparence, Marciel Maciel n’aurait pas pu abuser pendant des décennies de séminaristes et avoir trois ou quatre vies, des femmes et des enfants, qui sont arrivés à l’accuser d’avoir abusé de sa propre progéniture. C’est pour moi le cas le plus emblématique d’une communication malade, corrompue », a souligné la journaliste

Elle a aussi dénoncé frontalement la corruption qui entourait les Légionnaires du Christ : « Derrière le silence, le manque d’une communication saine, transparente, très souvent il n’y a pas seulement la peur du scandale, la préoccupation pour le bon renom de l’institut, mais également de l’argent, des chèques, des dons, des permis pour construire des écoles et des universités dans des lieux où l’on ne pouvait peut-être pas construire (…) Le Pape François nous rappelle toujours que le diable entre par les poches et il a pleinement raison. La transparence vous aidera à lutter contre la corruption économique », a déclaré Valentina Alazraki devant les présidents de conférence épiscopale et responsables de la Curie romaine.

« C’est grâce à certaines victimes courageuses, à certains journalistes courageux et, je pense devoir le dire, à un Pape courageux comme Benoît XVI, que ce scandale a été rendu public et la tumeur extirpée. Il est très important d’apprendre la leçon et de ne pas commettre à nouveau la même erreur. La transparence vous aidera à être cohérents avec le message de l’Évangile et à mettre en pratique le principe selon lequel, dans l’Église, il ne devrait pas y avoir de personnes intouchables : nous sommes tous responsables devant Dieu et devant les autres », a-t-elle martelé.

Tous les responsables d’Église doivent donc communiquer avec clarté sur les affaires dont ils ont connaissance.

« Si l’accusation se révèle crédible, vous devez informer sur les procès en cours, sur ce que vous faites, vous devez dire que vous avez éloigné le coupable de sa paroisse ou de là où il exerçait, c’est vous qui devez le dire, que ce soit dans les diocèses ou au Vatican. Parfois, le bulletin de la Salle de Presse du Saint-Siège informe sur une renonciation sans en expliquer les raisons, a-t-elle regretté. Je crois que la nouvelle de la renonciation d’un prêtre qui a commis des abus devrait être donnée avec clarté, de manière explicite. »

Elle a insisté sur trois points concrets, et tout d’abord, mettre les victimes au premier plan. « Les victimes ne sont pas des numéros, elles ne sont pas des données de statistiques, ce sont des personnes auxquelles on a gâché la vie, la sexualité, l’affectivité, la confiance dans les autres êtres humains, peut-être même en Dieu, ainsi que la capacité d’aimer », a-t-elle souligné. Ses deux autres points d’insistance concernent le fait d’accepter les conseils et d’investir sérieusement dans une communication professionnalisée.

Dans de nombreux cas, le manque de communication « n’a pas permis que l’on rende justice, a fait vaciller la foi de beaucoup de personnes. (...) Je vous assure qu’investir dans la communication est une affaire très rentable, et ce n’est pas un investissement à court terme, c’est un investissement à long terme », a-t-elle souligné.
Face aux abus, « l’Église doit jouer en attaque et non en défense »

La journaliste a conclu en expliquant que « nous étions au seuil d’un autre scandale, celui des sœurs et des religieuses victimes d’abus sexuels de la part de prêtres et d’évêques. C’est ce qu’a dénoncé le supplément féminin de “L’Osservatore Romano”. Et le Pape François, au cours du vol de retour d’Abu Dabi, a reconnu que l’on travaille depuis un moment sur le thème, mais qu’il fallait faire plus. Je voudrais qu’en cette occasion l’Église joue en attaque, et non en défense, comme cela a eu lieu dans le cas des abus sur des mineurs. Cela pourrait être une grande opportunité pour l’Église qu’elle prenne l’initiative, et soit en première ligne dans la dénonciation de ces abus, pas seulement sexuels mais aussi de pouvoir », a-t-elle averti.

La journaliste mexicaine a enfin dit espérer que cette intervention permettra aux évêques de rentrer dans leurs diocèses « en pensant que ce n’est pas nous qui sommes les loups féroces, mais, au contraire, que nous pouvons unir nos forces contre les vrais loups ».

Cérémonie pénitentielle

En fin d’après-midi, la Rencontre sur la protection des mineurs a été marquée par une liturgie pénitentielle au cœur du Palais apostolique, en la Salle Royale.

Le Pape François était entouré des quelques 190 participants à cette rencontre, avec les présidents de conférences épiscopales, les supérieurs généraux, les chefs d’Églises orientales, tous appelés au repentir.

C’est au président de la conférence épiscopale du Ghana, Mgr Philip Naameh, que la charge de prononcer l’homélie a été confiée. Cet évêque a prononcé une méditation sur la parabole du Fils prodigue en interrogeant ses confrères sur leur responsabilité. « Tout comme le fils prodigue dans l’Évangile, nous avons aussi exigé notre héritage, nous l’avons obtenu, et maintenant nous sommes en train de le gaspiller. La crise actuelle des abus en est l’expression. Le Seigneur nous a confié la gestion des biens du salut, il nous a fait confiance pour accomplir sa mission » mais « nous avons dilapidé la confiance placée en nous. (…) Nous n’avons pas accordé aux personnes la protection à laquelle elles avaient droit, nous avons détruit des espoirs et des personnes ont été profondément violées, tant dans leur corps que dans leur âme ».

Mgr Naameh a expliqué que la colère du peuple contre les chefs de l’Église était donc compréhensible. « Le fils prodigue dans l’Évangile perd tout, non seulement son héritage, mais aussi son statut social, sa bonne conscience, sa réputation. Nous ne devrions pas être surpris si nous subissons le même sort, si les gens parlent mal de nous, s’il y a de la méfiance à notre égard, si certains menacent de retirer leur soutien matériel ».

Cependant, l’histoire n’est pas finie, et il reste toujours une voie pour la miséricorde. Dans le récit évangélique, la situation du Fils prodigue « change à mesure qu’il se reconnaît lui-même, qu’il admet avoir fait une erreur, qu’il l’avoue à son père, qu’il en parle ouvertement et qu’il est prêt à en accepter les conséquences. De cette façon, le Père éprouve une grande joie au retour de son fils prodigue et facilite l’accueil mutuel des frères. Pouvons-nous aussi le faire ? Sommes-nous prêts à le faire ? La présente réunion le révélera », mais « nous ne devons pas croire que, simplement parce que nous avons commencé à changer quelque chose ensemble, toutes les difficultés ont ainsi été éliminées. Comme pour le fils qui rentre chez lui dans l’Évangile, tout n’est pas encore accompli. Il lui reste encore à convaincre son frère », a souligné Mgr Naameh.

« Nous devons nous aussi faire de même : convaincre nos frères et sœurs dans les congrégations et les communautés, regagner leur confiance, et rétablir leur volonté de coopérer avec nous, pour contribuer à l’établissement du Royaume de Dieu », a conclu cet évêque du Ghana.

Après cette intervention, un jeune homme a témoigné de l’abus dont il avait été victime, avec émotion et pudeur, ne revenant pas sur l’acte en lui-même mais sur ses conséquences psychologiques. « Quel que soit l’abus, c‘est l’humiliation la plus grande qu’un être humain subi », a-t-il expliqué. « On voudrait fuir, c’est ce qui se passe car on n’est plus soi-même. On voudrait s’échapper en cherchant à sortir de soi. Et donc, avec le temps, on devient complètement seul. (..) Ce qui fait le plus mal, c’est la certitude que personne ne te comprendra. Et cela reste en toi pour toute la vie. »

« Maintenant j’arrive à mieux gérer cette situation, en apprenant à vivre avec ces deux vies. Je cherche à me concentrer sur mon droit divin d’être vivant. Je peux et je dois être ici. Et cela me donne du courage », a-t-il expliqué. « Si je me rendais ou si je m’arrêtais, je laisserais cette injustice interférer dans ma vie. Je peux empêcher que cela se passe (…) en apprenant à en parler », a-t-il conclu.

Les évêques ont ensuite été invités à un examen de conscience en silence, avec des questions concrètes comme : « Dans mon diocèse, ai-je fait, ce qui est possible afin de rendre justice et de guérir les victimes ainsi que ceux qui souffrent avec elles ? Ai-je négligé ce qui est important ? »

La liturgie s’est poursuivi avec le rite de reconnaissance du péché, avec plusieurs phrases entrecoupées par le refrain du Kyrie. « Nous confessons que nous, évêques, nous n’avons pas été à la hauteur de nos responsabilités », ont notamment déclaré ensemble les participants. Cette célébration s’est achevée avec le Notre Père, l’échange du signe de paix, et un chant marial. Il ne s’agissait pas d’une messe mais d’une simple célébration pénitentielle, remplie de gravité et de sobriété.

Contrairement aux habitudes liturgiques au Vatican, le Pape François n’était pas face à l’assemblée et n’a pas pris la parole. Il siégeait silencieusement au premier rang, avec les chefs des Églises orientales, face à un grand crucifix, s’incluant donc lui-même dans ce rite pénitentiel au même niveau que les autres évêques.

(Avec V. N.)

Vendredi 22 février 2019

Le cardinal Oswald Gracias, archevêque de Bombay en Inde, a ouvert les travaux du second jour de sommet pour la protection des mineurs dans l’Eglise, dédié à la reddition de comptes. Il a indiqué trois thèmes pour guider les évêques : la justice, la guérison et le pèlerinage. Le cardinal Cupitch, archevêque de Chicago, lui a succédé pour présenter 4 principes essentiels en vue de la conversion nécessaire de tous les acteurs de l’Eglise. L’après-midi, Linda Ghisoni, sous-secrétaire du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, s’est exprimée sur la communion entre évêques.

La reddition de compte – notion traduite du terme anglais accountability– dans une Église collégiale et synodale occupe le deuxième jour de sommet pour la protection des mineurs, et a largement été développée par le cardinal Oswald Gracias, archevêque de Bombay depuis 2006.

Selon lui, pour gérer en amont et en aval les cas d’abus, collégialité et synodalité sont les voies de réponse, en incluant la participation de laïcs, hommes et femmes. Une Église collégiale, synonyme de justice et de guérison, c’est ce qu’appelle de ses vœux le président de l’épiscopat indien. Une synodalité, qui peut, selon lui, être vécue en intégrant toutes les décisions et les mesures au niveaux national, régional, diocésain et paroissial, sur une base contraignante.

Selon ce canoniste aguerri, aucun évêque ne devrait se dire à soi-même : « Je fais tout seul face à ces problèmes et à ces défis ». Nous partageons tous le devoir de rendre compte et la responsabilité, a-t-il rappelé face aux 113 autres présidents de conférences épiscopales.

Aucun évêque ne peut se dire à lui-même : « Ce problème d’abus dans l’Église ne me préoccupe pas, parce que les choses sont différentes dans ma partie du monde », a-t-il poursuivi, ajoutant : « Nous sommes tous responsables de toute l’Église ».

Cette dialectique de la collégialité « qui ne s’exprime que dans l’universalité composée de la diversité des Églises locales » -« l’unité du troupeau du Christ »- appelle le développement de compétences interculturelles dans l’Église, a plaidé l’archevêque, un des premiers en Asie à avoir sensibilisé au problème des abus sexuels.
Il faut développer une communication claire, cohérente et transparente.

Aborder le fléau des abus dans l’Église, a-t-il déclaré, révèle un réseau complexe de facteurs interdépendants, notamment en termes de psychopathologie, de décisions morales, d’environnements sociaux propices aux abus, souvent des réponses institutionnelles et pastorales inadéquates ou clairement nuisibles, ou un manque de réponse.

« Pour qu’une guérison efficace se produise, il faut une communication claire, transparente et cohérente d’une Église collégiale aux victimes, aux membres de l’Église et à la société en général », a-t-il soutenu.

Le cardinal Gracias qui a interpellé l’assemblée à maintes reprises : « Est-ce que nous nous engageons vraiment dans une conversation ouverte et le faisons-nous remarquer honnêtement à nos frères évêques ou prêtres quand nous remarquons un comportement problématique en eux ? ».

Des abus ont été perpétrés par des clercs ou des catholiques : les dommages sont parfois physiques, toujours psychologiques, et spirituels. Des victimes nous disent : « J’ai perdu la foi dans l’Église », a-t-il témoigné, appelant à la compassion, et à « ne jamais minimiser les blessures ».

« Nous devons nous repentir, ensemble et être ensemble, dans un processus de "discernement" et observer la direction que Dieu nous indique », a renchéri le président de la conférence épiscopale indienne.

Parmi les différentes pistes évoquées, outre la nécessité « d’une jurisprudence uniforme », le cardinal Gracias a aussi pointé « la volonté d’admettre personnellement les erreurs des uns et des autres, et de demander de l’aide, sans chercher à préserver à tout prix une image de perfection ».

Le cardinal indien de 74 ans a conclu avec une parole de victime : « N’arrêtez pas d’aimer l’Église, c’est ma famille ».

Intervention du cardinal Cupitch, archevêque de Chicago

Deuxième orateur de cette deuxième journée de Rencontre sur la protection des mineurs, le cardinal Cupitch est intervenu sur le processus de conversion nécessaire de la part des acteurs de l’Église, qui ne soit pas se limiter à une modification des politiques.

Le cardinal américain a expliqué que le principe de synodalité, qui doit impliquer tous les membres de l’Église et non seulement les clercs, « donnera naissance aux éléments de vérité, de pénitence et de renouveau des cultures, essentiels pour remplir le mandat de protéger les jeunes au sein de l’église, et à leur tour au sein de la société élargie ».

« C’est la conversion des hommes et des femmes dans toute l’Église, parents et prêtres, catéchistes et religieux, chefs paroissiaux et évêques, et la conversion des cultures ecclésiales sur tous les continents que nous devons rechercher », a martelé ce proche du Pape François.

Prenant appui sur sa rencontre bouleversante avec la mère d’une des 95 victimes d’un incendie survenu il y a 60 ans dans une école catholique de Chicago, le cardinal Cupich a expliqué que les évêques devaient prendre pleinement conscience du « lien sacré » qui unit les parents à leurs enfants. L’Église donc doit prendre comme point de référence « cet espace sacré de la famille » pour sortir de cette froideur qui blesse tant de gens. « L’Église doit devenir comme la mère en deuil, que j’ai rencontrée à Chicago ; l’Église doit vraiment être la Pietà, brisée dans la souffrance, consolante et enveloppante dans l’amour, constante en orientant vers la tendresse divine de Dieu, au milieu des douleurs de désolation de ceux qui ont été écrasés par l’abus du clergé ».

Il a développé quatre principes essentiels.

- Tout d’abord, l’Église doit écouter radicalement les victimes et « s’ouvrir continuellement à la réalité déchirante des enfants dont les blessures ne guériront jamais ».

- Ensuite, le témoignage des laïcs doit être mieux prise en compte, notamment celui « des mères et des pères (…) qui ont souligné de façon émouvante et énergique combien sont gravement incompatibles la commission, la couverture et la tolérance de l’abus sexuel du clergé avec le sens même et l’essence de l’Église ».

- Le troisième principe est celui de la collégialité épiscopale. « Je sais que, parfois, la question de l’abus sexuel peut laisser chacun de nous dans le sentiment d’être isolé ou sur la défensive dans la compréhension de la façon dont nous devrions avancer. C’est justement pour cette raison que nos efforts en faveur d’une réforme structurelle et juridique dans l’Église doivent être enracinés dans une vision profondément collégiale », a-t-il souligné, en remarquant que les affaires qui ont éclaté ces derniers mois étaient souvent liées au manque de communication pratique et de communion spirituelle entre les évêques.

Enfin, le quatrième paramètre essentiel est l’accompagnement, qui « implique véritablement de tenter de comprendre l’expérience et le cheminement spirituel de l’autre », dans un esprit de compassion. « L’appel de l’Église pour l’accompagnement des victimes exige un état d’esprit qui rejette catégoriquement les couvertures ou le conseil de prendre ses distances des survivants d’abus pour des raisons juridiques ou par crainte de scandale qui bloque le véritable accompagnement envers ceux qui ont été victimes », a souligné le cardinal Cupich, appelant donc à mettre un terme à des attitudes de repli, parfois relevées au sein de la conférence épiscopale américaine.

Sur un plan juridique, il a rappelé que les normes devaient être établies de façon collégiale, en impliquant des experts laïcs et en respectant les exigences du droit civil. Les mécanismes de signalement doivent être connus et faciles d’accès, avec une ligne téléphonique dédiée et, dans la mesure du possible, un portail web. Enfin, les étapes procédurales doivent se vivre dans un esprit de « soin pastoral », en garantissant aux plaignants qu’ils ne feront l’objet d’aucune rétorsion ou discrimination, et en garantissant à l’accusé qu’il bénéficiera de la présomption d’innocence tout au long de la procédure.

Le cardinal Cupich a conclu son allocution comme il l’avait commencée, en rendant hommage à la foi de la maman de 95 ans qu’il avait rencontrée à la messe de commémoration de l’incendie dans lequel sa fille avait péri six décennies plus tôt. « Au cours de l’hymne processionnel, la mère immigrante âgée qui m’avait parlé plus tôt, tenant toujours fermement la photo de sa fille dans sa main, m’a arrêté pour de me dire comment elle était confortée par la célébration, consolée que l’Église n’avait pas oublié son enfant. Puis elle a fait quelque chose de très extraordinaire. Elle a placé la photo dans mes mains, confiant son enfant à l’Église qu’elle a reconnue comme la Pietà, une mère aimante. Sœurs et frères, nous devons travailler sans relâche en ces jours pour justifier cette confiance et honorer une si grande foi », a exhorté l’archevêque de Chicago.

Première intervention d’une femme, laïque, lors du sommet sur la protection des mineurs

Mme Linda Ghisoni, sous-secrétaire du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, qui s’est concentrée sur la communion entre évêques.

« C’est une nouvelle trahison qui vient de l’intérieur de l’Église. Ces gens sont, à mes yeux, des loups hurlant qui pénètrent dans l’enclos pour ensuite effrayer et disperser le troupeau, alors qu’ils devraient eux-mêmes, comme pasteurs de l’Église, prendre soin des plus petits et les protéger ».

En ces termes imagés, l’italienne Linda Ghisoni qui seconde le cardinal Kevin Farrell au dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a assimilé les abuseurs à des ennemis de l’intérieur.

Les « loups hurlant » sont ces pasteurs qui ont nié a priori et qui, même une fois prouvés les faits criminels, a-t-elle assumé, l’ont transformé en objet d’intimidation et d’annihilation dans sa dignité, la définissant comme « une personne qui, tout au plus, peut passer entre un tableau et le mur ».

Ainsi l’écoute de témoignages de victimes est loin d’être « un exercice de commisération ». Au contraire, selon la juriste, il s’agit « d’une rencontre avec la chair du Christ dans laquelle sont infligées des blessures non cicatrisées ».
Se mettre à genoux

À l’image du Christ, il faudrait demeurer à genoux durant tout ce sommet, a-t-elle soutenu.

« À genoux : ce serait la bonne posture pour traiter les sujets de ces jours-ci ». À genoux devant les victimes et leurs familles, devant les abuseurs, les complices, les négationnistes, ceux qui sont injustement accusés, les négligents, ceux qui ont étouffé, ceux qui ont tenté de parler et d’agir, mais qui ont été réduits au silence, les indifférents, a-t-elle énuméré.

« Je n’ai rien à vous enseigner, Sainteté, Éminences, Excellences révérendissimes, Révérendes mères et Révérends pères ici convoqués ; je crois plutôt que, ensemble, dans l’écoute mutuelle et effective, il faut que nous nous engagions à travailler de sorte que dans l’avenir ne s’éveille plus une telle clameur », s’est-elle exclamé.
Un bureau central pour gérer les abus

Linda Ghisoni qui assure devant les 114 présidents de conférences épiscopales qu’une procédure ordinaire de vérification ne doit pas être interprétée « comme une méfiance envers le supérieur ou l’évêque », mais considérée plutôt « comme une aide ».

« Il n’y a pas une "classe affaires" dans certaines églises particulières et une "classe économique" dans d’autres. L’unique Église du Christ est exprimée partout, garantissant à tous, outils, procédures, critères qui protègent les mineurs ».

La sous-secrétaire du Dicastère pour les Laïcs et la Vie insiste sur le rôle à remplir par tous les baptisés en interaction les uns avec les autres : les evêques doivent être soucieux de la sainteté des prêtres, les prêtres doivent conserver une attitude de service qui les protègera de toute tentation de pouvoir, y compris sexuel, et les laïcs ne sont pas appelés à être de simples exécutants de ce que décident les clercs. Il est vital, dit-elle, de recourir aux services et aux compétences de tous pour prendre des décisions. Concernant les laïcs, elle note cependant qu’ils ne doivent pas être considérés comme plus crédibles ou indépendants de par leur seul état non-clérical. Dans tous les groupes, il y a des personnes non libres, prévient-elle.

Concrètement, Linda Ghisoni propose un partage de connaissance des pratiques déjà rodées et mises en œuvre au niveau national, avec la nécessité de directives claires sur les procédures de responsabilité. Un mécanisme de contrôle doit être mis en place non pour accuser mais pour pouvoir mettre en lumière d’éventuelles erreurs. L’autorité de l’évêque en sera renforcée. Dess commission consultatives indépendantes sont nécessaires au niveau local et au niveau régional.

De plus, cette spécialiste du droit canonique considère l’opportunité d’un bureau central qui promeuve la formation dans une identité vraiment ecclésiale, sollicite et vérifie régulièrement le bon fonctionnement de ce qui est initié au niveau local, avec un accent « sur l’intégrité aussi du point de vue ecclésiologique », a-t-elle plaidé. Il faut revoir la loi sur le secret pontifical.

Il serait aussi nécessaire de réviser la législation actuelle sur le secret pontifical, afin qu’il protège « la dignité des personnes impliquées, la bonne réputation de chacun, le bien de l’Église », mais en même temps permette le développement d’un climat de plus grande transparence et confiance, en évitant l’idée que le secret soit utilisé pour cacher les problèmes plutôt que de protéger les biens en jeu.

Selon la juriste, il faudrait également affiner des critères pour une communication correcte dans un temps où les besoins de transparence doivent être équilibrés avec ceux de la confidentialité : « une confidentialité injustifiable, ainsi qu’une divulgation incontrôlée, risquent de créer une mauvaise communication et de ne pas rendre service à la vérité ».

Enfin, suite à l’intervention de Linda Ghisoni, en ce deuxième jour de la Rencontre sur la protection des mineurs, le Pape a pris spontanément la parole pour remarquer l’importance de la prise de parole des femmes dans les assemblées ecclésiales.

Cette prise de parole du Pape François n’était pas inscrite au programme, mais le Souverain Pontife a tenu à reprendre le micro après le discours de la sous-secrétaire du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie. Cette première intervention féminine devant une assemblée constituée essentiellement d’évêques a permis de refléter la dimension du « génie féminin » qui est une caractéristique intrinsèque de l’Église, a expliqué le Pape.

« Inviter une femme à parler sur les blessures de l’Église, c’est inviter l’Église à parler sur elle-même, sur les blessures qu’elle a », a souligné François. Sans pour autant faire du « féminisme ecclésiastique », le Pape a souligné l’importance de bien prendre conscience de la dimension féminine et maternelle de l’Église. Sans cette conscience, l’Église risque de n’être qu’une organisation de type « syndical », a souligné François.

Le Pape salué la dimension maternelle de la réflexion de Linda Ghisoni. « Il ne s’agit pas de donner plus de fonctions à la femme dans l’Église. Certes, c’est bien, mais on ne résout pas le problème comme ça. Il s’agit d’intégrer la femme comme figure de l’Église dans notre pensée », a-t-il souligné.

Linda Ghisoni était la première femme oratrice en session plénière dans le cadre de cette Rencontre sur la protection des mineurs, mais elle n’est pas la dernière. La troisième journée sera marquée par deux autres interventions féminines. La religieuse nigériane Veronica Openibo, supérieure générale de la Congrégation des sœurs du Saint Enfant Jésus, prononcera le premier discours à 9h15 au sujet de la façon dont la mission de l’Église doit tenir compte de la protection des enfants, et la journaliste mexicaine Valentina Alazraki s’exprimera à 16h au sujet des problèmes de communication posés par cette problématique des abus sexuels sur mineurs. Un tiers des discours en sessions plénières sont donc assurés par des femmes.

(Avec V. N.)

Jeudi 21 février 2019

Après la prière qui ouvrira chaque matinée de discussions, le Pape François a présenté les enjeux de la rencontre pour la protection des mineurs qui se déroulera lors des quatre jours à venir et qu’il a souhaité convoquer « pour écouter le cri des petits qui demandent justice ». 21 points de réflexion ont été proposés par les Conférences des Evêques du monde entier en vue de cette rencontre de Rome. Dans l’après-midi, le cardinal Salazar (Colombie) a abordé la question de la responsabilité des évêques dans le traitement des abus.

« Face au fléau des abus sexuels perpétrés par des membres de l’Église au détriment des mineurs, j’ai pensé vous interpeller vous, patriarches, cardinaux, archevêques, évêques, supérieurs religieux et responsables, pour qu’ensemble nous écoutions le Saint-Esprit, qu’il nous guide dans l’écoute du cri des petits qui demandent justice ». Ainsi le Souverain pontife argentin a débuté son adresse devant un parterre de 190 personnes, composé de 114 présidents de conférences épiscopales en salle du Synode au Vatican.

« Le fardeau de la responsabilité pastorale et ecclésiale nous pèse, nous obligeant à discuter ensemble, de manière synodale, sincère et approfondie, sur la façon de faire face à ce mal qui afflige l’Église et l’humanité », a développé l’évêque de Rome, insistant sur les attentes fortes du peuple de Dieu en ce premier jour de sommet : « Il nous regarde et attend de nous non pas des condamnations simples et évidentes, mais des mesures concrètes et efficaces pour s’y préparer. Il veut du concret », a-t-il martelé.

Le Pape, qui a souhaité inaugurer cette rencontre mondiale, armé « de foi, de courage, et d’un esprit de parrhésie maximale », du nom de cette figure de style vouée à exprimer les sentiments les plus profonds et intimes, a aussi enjoint les évêques à ne pas manquer « de créativité », malgré les lignes directrices préparées en amont dans les commissions et diocèses divers.

Enfin, le Pape a remercié la Commission pontificale pour la protection des mineurs, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et les membres du Comité d’organisation pour « l’excellent travail accompli avec autant d’efforts » pour préparer cette réunion.

« Je demande au Saint-Esprit de nous aider à transformer ce mal en une opportunité de prise de conscience et de purification », a-t-il conclu.

Durant la prière liturgique précédant le discours du Pape, le père Hans Zollner, référent du comité d’organisation de la Rencontre, s’est exprimé au nom d’une victime : « Personne ne m’écoutait, ni mes parents, ni mes amis, ni plus tard les autorités ecclésiastiques. Ils ne m’écoutaient pas, moi ni mes pleurs. Et je me demandais pourquoi ? Pourquoi Dieu ne m’a pas écouté ? ». Des paroles suivies d’un long et puissant silence dans l’assemblée.

21 « points de réflexion »

Ils ont été formulés par les conférences épiscopales en amont de la Rencontre pour la protection des mineurs dans l’Église. Ils aideront les participants dans leur travaux au cours du sommet.

« Il s’agit d’un simple point de départ qui provient de vous, et retournera à vous. Ces points de réflexion ne retirent en rien la créativité qui doit émaner de cette rencontre », a précisé le Pape.

Voici les points en question :

1. Élaborer un manuel pratique dans lequel sont précisées les démarches à entreprendre par l’autorité ecclésiastique lors de l’apparition d’une affaire.

2. Se doter de structures d’écoute, composées de personnes formées et expertes, où s’exercerait un premier discernement des cas d’abus sur des victimes présumées.

3. Établir des critères pour l’implication directe de l’évêque ou du supérieur religieux.

4. Mettre en œuvre des procédures communes pour l’examen des accusations, la protection des victimes et le droit de la défense des accusés.

5. Informer les autorités civiles et les hautes autorités ecclésiastiques dans le respect des normes civiles et canoniques.

6. Réviser périodiquement les protocoles et les normes afin de préserver un environnement protégé pour les mineurs dans toutes les structures pastorales. Des protocoles et des normes fondées sur les principes de la justice et de la charité, qui doivent être intégrés pour que l’action de l’Eglise soit conforme à sa mission également dans ce domaine.

7. Établir des protocoles spécifiques pour traiter les accusations contre les évêques.

8. Accompagner, protéger et soigner les victimes, leur offrant tout le soutien nécessaire pour une guérison complète.

9. Sensibiliser davantage aux causes et aux conséquences des abus sexuels par le biais d’initiatives de formation continue d’évêques, de supérieurs religieux, de religieux et de pasteurs.

10. Préparer des filières de pastorale pour les communautés touchées par les abus, et des filières pénitentielles et de redressement pour les auteurs d’abus.

11. Consolider la collaboration avec toutes les personnes de bonne volonté et avec les médias afin de reconnaître et de discerner les cas réels de fausses affaires, d’accusations de diffamation, d’éviter les rancœurs et les insinuations, les rumeurs et la diffamation (cf. Discours à la Curie romaine du 21 décembre 2018).

12. Augmenter l’âge minimum du mariage à seize ans.

13. Établir des dispositions qui réglementent et facilitent la participation des experts laïcs aux enquêtes et aux différents degrés de jugement des processus canoniques concernant les abus sexuels et /ou de pouvoir.

14. Le droit à la défense : conserver le principe du droit naturel et canonique de la présomption d’innocence jusqu’à la preuve de la culpabilité de l’accusé. Pour cela, il est nécessaire d’empêcher la publication des listes des accusés, même par les diocèses, avant l’enquête préliminaire et la condamnation définitive.

15. Respecter le principe traditionnel de proportionnalité de la peine en ce qui concerne le crime commis. Décider que les prêtres et les évêques coupables d’agression sexuelle sur des mineurs quittent le ministère public.

16. Introduire des règles concernant les séminaristes et les candidats à la prêtrise ou à la vie religieuse. Pour eux, introduire des programmes de formation initiale et continue pour consolider leur maturité humaine, spirituelle et psychosexuelle, ainsi que leurs relations interpersonnelles et leur comportement.

17. Procéder à une évaluation psychologique par des experts qualifiés et accrédités des candidats au sacerdoce et à la vie consacrée.

18. Indiquer les normes régissant le transfert d’un séminariste ou d’un aspirant religieux d’un séminaire à un autre ; ainsi qu’un prêtre ou un religieux d’un diocèse ou d’une congrégation à une autre.

19. Formuler des codes de conduite obligatoires pour tous les religieux, religieux, personnels de service et bénévoles, afin de définir les limites appropriées dans les relations personnelles. Spécifier les exigences nécessaires pour le personnel et les bénévoles, et vérifier leur casier judiciaire.

20. Expliquer toutes les informations et données sur les dangers des abus et leurs effets, sur la manière de reconnaître les signes d’abus et sur la manière de signaler un abus sexuel présumé. Tout cela doit se faire en collaboration avec les parents, les enseignants, les professionnels et les autorités civiles.

21. Il est nécessaire de créer, là où cela n’a pas encore été fait, un organe facilement accessible pour les victimes qui souhaitent signaler des crimes. Organisme qui jouit également d’une autonomie vis-à-vis de l’autorité ecclésiastique locale et composé d’experts (clercs et laïcs), sachant exprimer l’attention de l’Église sur ceux qui, dans ce domaine, se considèrent offensés par les attitudes déplacées des clercs.

La responsabilité de l’évêque dans la gestion des abus

Elle a été placée au centre de la troisième intervention du sommet sur la protection des mineurs au Vatican, jeudi 21 février. Le cardinal Ruben Salazar Gomez, archevêque de Bogota (Colombie), a présenté les trois échelons de responsabilités incombant à l’évêque dans ce genre de crise ; à savoir, vis-à-vis du collège épiscopal, des prêtres, et des fidèles.

La responsabilité des évêques était le sujet crucial de cette première journée de sommet au Vatican. Comme l’a souligné le cardinal Salazar, les cas d’abus ne relèvent « pas seulement » de déviations ou de pathologies sexuelles des abuseurs, mais « d’une racine plus profonde » qui est « une mauvaise interprétation du ministère transformé en moyen pour violer la conscience et les corps des plus faibles ». Un fléau nommé « cléricalisme » selon le cardinal colombien, aussi philosophe et théologien.
Actes et paroles, une minutieuse cohérence

Il apparaît donc nécessaire de démasquer ce cléricalisme afin de parvenir à un changement de mentalité, ce qui, exprimé en termes plus précis, « s’appelle conversion », a précisé l’archevêque de Bogota, ajoutant que « la cohérence minutieuse entre paroles et actions » se devait désormais d’être rigoureusement appliquée.

La responsabilité épiscopale en question s’exerce à plusieurs niveaux, à commencer par celui du collège épiscopal auquel l’évêque appartient. « Nous ne sommes pas rien, nous ne pouvons pas rien puisque ce n’est pas nous qui avons choisi le ministère mais c’est le Seigneur qui nous a choisi (cf Jn 15,16-18) », a rappelé le cardinal Salazar, reconnaissant toutes les fois où l’Église « n’a pas su, et ne sait toujours pas », se comporter comme elle se doit, « pour affronter avec rapidité et décision » les crises engendrées par les abus.

Les lacunes sont multiformes : en essayant de nier la dimension des dénonciations qui sont faites, en n’écoutant pas les victimes, en ignorant les dommages causés chez ceux qui souffrent des abus, en déplaçant les accusés ailleurs où ils continuent d’abuser ou en essayant de parvenir à un compromis financier pour acheter le silence, a ainsi égrainé le cardinal Salazar devant le Pape et 114 présidents de conférences épiscopales. Une énumération qui résume la « une mentalité cléricale » tant décriée par le Pape.

Une mentalité, a détaillé le cardinal Salazar, qui pousse, par exemple, « à placer le bien de l’institution ecclésiale mal compris au-dessus de la douleur des victimes et des exigences de la justice, à garder le silence qui fait taire le cri de douleur des victimes afin de ne pas affronter le bruit public que peut susciter une dénonciation devant les autorités civiles ou un juge, (…) à faire confiance exclusivement aux conseils des avocats, des psychiatres et des spécialistes de tout type négligeant le sens profond de la compassion et de la miséricorde »..

Un constat sévère aggravé par la tendance de l’Église à affirmer qu’elle n’est « pas soumise » au pouvoir des autorités civiles comme les autres citoyens, mais qu’elle peut gérer ses sujets internes « uniquement sur la base du droit canon », a précisé le théologien colombien.

Selon lui, les premiers responsables se trouvent donc parmi évêques, prêtres et personnes consacrées. « Nous n’avons pas été à la hauteur de notre vocation. Nous devons reconnaître que l’ennemi est à l’intérieur », a relevé l’archevêque de Bogota sans ambages.

Reconnaître la crise signifie aussi ne pas la minimiser en affirmant qu’il y a d’autres abus à une plus grande échelle dans d’autres institutions. Les abus d’autres institutions ou groupes ne justifient en rien la présence d’abus dans l’Église, parce que cela contredit l’essence même de la communauté, a-t-il ajouté, martelant : « Il n’y a aucune justification possible à ne pas dénoncer, à ne pas démasquer, à ne pas affronter avec courage et fermeté un cas d’abus qui se présente à l’intérieur de notre Église ».

Le cardinal Salazar a aussi salué le rôle des médias dans le débusquage des affaires d’abus, avant de souligner combien l’évêque n’est pas seul pour affronter ces scandales. Ainsi, le cardinal a prôné l’instauration d’un « code de conduite » en harmonie avec le « directoire pour les évêques », afin de montrer comment l’évêque doit procéder durant la crise. Une piste de réflexion qui figure parmi les 21 points parus ce jeudi 21 février lors du sommet.

Vient enfin la responsabilité des évêques vis-à-vis des prêtres : « En tant qu’évêques, nous devons assumer notre devoir de tout de suite faire face à la situation qui se présente quand une dénonciation est faite », a-t-il assuré.

Toute dénonciation doit donc déclencher les procédures indiquées tant dans le droit canon que dans le droit civil de chaque nation, selon les lignes directrices indiquées par chaque conférence épiscopale. L’objectif, d’après le cardinal colombien, est de toujours distinguer entre le péché soumis à la miséricorde divine, le crime ecclésial soumis à la législation canonique et le crime civil soumis à la législation civile correspondante.

Enfin, il s’agit d’écouter les victimes d’abus. « Un des péchés originels commis au début de la crise fut précisément de ne pas avoir écouté avec un cœur ouvert ceux qui affirmaient avoir subi des abus de la part de membres du clergé », a admis le cardinal.

Écouter les victimes, a-t-il poursuivi, commence par ne pas minimiser les dommages causés et la douleur produite. « Il est clair que nous sommes obligés de leur offrir tous les moyens nécessaires – spirituels, psychologiques, psychiatriques et sociaux – pour la guérison exigée », a-t-il noté, avant de conclure sur les mots évocateurs de saint Jean-Paul II : « Tant de souffrance, tant de douleur, tout cela doit conduire à un sacerdoce plus saint, à un épiscopat plus saint, à une Église plus sainte. »

(Avec V. N.)

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