Eglise catholique de Martinique
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Mot de l’évêque



Qu’est-ce qu’une belle messe ?

 

2 décembre 2017 par Mgr David MACAIRE

Dans un séminaire, un professeur de Liturgie avait posé un jour cette question : « En fonction de quoi diriez-vous qu’une messe est belle ? »… Question puissante, et même vitale, au moment de commencer une année liturgique. L’eucharistie, « source et sommet de notre vie chrétienne », va nous rassembler en famille et sera le cadre de notre sanctification. De célébrations en célébrations, nous allons suivre le Christ en chacun des mystères du salut et prendre le chemin de la Vie éternelle.

Différents ministres se mobiliseront à chaque messe pour que la grâce et la mission baptismales de tous soient renouvelées par l’Esprit, pour que les familles trouvent les forces utiles au combat, pour que les jeunes se sentent accueillis fraternellement et restent fidèles, pour que les prêtres reçoivent la grâce de persévérer dans la paix et surtout pour que Dieu soit honoré. Mais quels sont les critères qui vont présider à nos choix liturgiques en vue de réaliser de belles célébrations ?

On pense d’abord à la qualité des chants !? Mais à quel moment sont-ils beaux : quand ils nous ont fait pleurer ou quand ils nous ont fait prier !?? Quand les paroles sont poétiques ou quand elles expriment bien la foi et les textes du jour ? Quand toute l’assemblée a chanté ou quand les chants ont été bien interprétés par le chœur et les musiciens ? Quand c’est de la grande musique sacrée ou quand on y retrouve la culture locale ou encore de simples ritournelles que l’on peut chanter sous sa douche ?

Et la conformité aux normes liturgiques de l’Eglise ? Le respect du missel est-il une priorité ? Va-t-on surtout regarder les gestes et les déplacements des ministres, la perfection du service, le rythme et l’absence de temps morts dans la célébration ?

D’un autre côté, il y a le sens de ce qui a été dit et célébré ! Une messe est-elle belle lorsqu’on a entendu de beaux passages de la Bible ? ou lorsque la Parole a été bien proclamée ? Et l’homélie !? Une bonne messe n’est-ce pas finalement rien d’autre qu’une bonne homélie qui nous a touchés, frappés, illuminés, convertis !? Est-elle moins belle si le sermon nous a troublés, ennuyés, agacés, révoltés… ?

La personnalité du prêtre compte-t-elle (sympathique, grincheux, accueillant, jeune ou âgé, …) ? La messe du père « Y » est-elle alors plus belle que la messe du père « Z » ?

Parlons de l’assemblée !? Elle aussi a part à la beauté de la liturgie, non ? Une communauté unie, attentive, joyeuse, bien habillée, recueillie et accueillante, qui arrive à l’heure et participe, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus magnifique ? Et pour que quelqu’un soit touché au cours du culte, le fait de jouer un rôle liturgique n’est-il pas déterminant ? Ainsi que la présence dans l’assemblée d’amis ou de proches… !? Mais que dire, inversement, si un petit groupe a tout préparé, tandis que d’autres ne sont que de simples spectateurs ?

On ne peut ignorer des détails techniques, ils sont incontournables : le bon fonctionnement de la sono, les lumières, la durée, l’horaire, l’accueil, les annonces, les services offerts autour de la messe, l’esthétique des ornements, l’église elle-même, son décor, sa propreté, son fleurissement, les œuvres d’art ?

Enfin, trois questions fondamentales : Une belle messe est-elle signe d’une bonne paroisse ? Peut-on juger le culte comme une émission de TV (dans ce cas, la beauté de la liturgie dépendrait alors du sentiment de ceux qui assistent, un peu comme une thérapie collective faite pour que chacun aille mieux après) ? Et puis, la liturgie est-elle pour Dieu ou pour les hommes ?

Je vous propose, de mon côté, un principe unique pour rendre belle et bonne toute célébration, quels que soient les moyens : chacune des questions précédentes (qu’il faut se poser !!) acquiert, par cet élément, une dimension surnaturelle ! Ce critère unifie tous les avis et tous les goûts : c’est l’amour !

L’eucharistie, c’est le sacrement de la Communion des hommes avec Dieu et entre eux. Chaque messe est la réalisation en acte du commandement du Seigneur : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces et ton prochain comme toi-même ». L’Amour, donc, est le seul élément qui doit se retrouver dans tous les autres, toutes les personnes, tous les actes, tous les moments de la messe, avant, après et pendant.

Seul l’amour rend la messe belle. Sinon la liturgie, n’est plus l’œuvre de Dieu : elle n’est qu’une cymbale qui résonne…

+ Fr. David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


La Préférence

 

18 novembre 2017 par Mgr David MACAIRE

Dieu préfère les pauvres, l’Église aussi. Pour les baptisés, la préférence pour les pauvres n’est donc pas une option, ni même un choix, c’est une évidence qui découle d’un instinct immédiat et surnaturel. Attention, le pauvre n’est pas seulement celui grâce à qui on obtient une place au Ciel !

Si l’Eglise enseigne [1], selon la parole du Seigneur dans l’Évangile de saint Matthieu au chapitre 25, que pour entrer dans la joie éternelle de Dieu il faut pratiquer les « œuvres de miséricorde corporelle : nourrir les affamés, loger les sans-logis, vêtir les déguenillés, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts » (Catéchisme N°2447), ce n’est pas pour « utiliser » la misère des autres pour obtenir une récompense divine. C’est parce que Jésus est le pauvre par excellence et que tout pauvre est Jésus pour nous ! En d’autres termes, la pauvreté rend semblable à Jésus. On dit même que la pauvreté est une vertu évangélique et que nous devons tous devenir pauvres… D’ailleurs, après le refus du jeune homme… de se débarrasser de ses richesses, le Seigneur affirme que si nous ne sommes pas pauvres, il nous sera plus difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille (Mc 10,17-22)…

Mais alors, la pauvreté serait-elle une bonne chose ? Faut-il renoncer à tout bien, tout confort, pour se loger, se nourrir et faire du bien à ceux qu’on aime ? Dira-t-on aux pauvres que leur état est voulu par Dieu ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a une pauvreté et une richesse matérielles et une pauvreté et une richesse spirituelles.

La pauvreté matérielle s’appelle la misère et elle doit être combattue par tous, car elle porte atteinte à la dignité de l’être humain et elle est un fruit du péché. Mais elle a un côté positif si elle conduit à la pauvreté spirituelle, celle qui fait ressembler à Jésus, celle qui permet de nous tourner à chaque instant vers Dieu Provident pour tout recevoir de Lui et ne se considérer comme propriétaire de rien. Le pauvre en esprit se dit en lui-même à chaque instant : « qu’as-tu que tu n’aies reçu » [1 Co 4,7 ; "donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour" (Mt 6,11)] et il loue Dieu par toute sa vie.

La richesse matérielle peut être une bénédiction… si le riche comprend et agit… en considérant sa richesse (argent, biens, jeunesse, science, santé, talents, amis, notoriété…) comme un don que Dieu lui fait pour en faire profiter ceux qui n’ont rien. Il doit se considérer avant tout comme un intendant responsable devant Dieu ! Le fait de se considérer comme propriétaire exclusif des biens que l’on possède est un déni du commandement de l’amour : « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12,31). Le riche… égoïste (c’est le cas de certaines conceptions du capitalisme)… court un grand danger moral, celui de la richesse en esprit. Cette richesse est l’idolâtrie des biens de ce monde qui rend aveugle et sourd à la pauvreté d’autrui.

Ainsi tous, riches et pauvres, doivent se montrer pauvres en esprit, détachés de toutes richesses et humbles, attachés à Dieu seul.

Mais aujourd’hui, à cause d’un mensonge extraordinaire du démon, les pauvres eux-mêmes courent un grand danger. Non seulement ils sont indigents, mais voilà que l’ennemi parvient à leur faire croire que leur seule source de bonheur réside dans les biens de ce monde. Et voilà que tout le monde rêve d’habiter dans des châteaux, d’avoir un yacht et un jet privés, d’être une star et de mener grand train et, pour cela, de gagner au loto (le nouveau « ciel »). Devant l’étalement des richesses et des paillettes sur les écrans de ce monde, la solidarité populaire disparaît, les fils méprisent leurs pères qui sont d’humbles travailleurs et convoitent le bonheur factice des stars… (quelle chimère !). Comme il y a toujours quelqu’un de plus riche que soi, personne n’est jamais heureux…

Voilà pourquoi notre préférence, c’est la pauvreté !

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France


(1) Voir le Catéchisme de l’Église Catholique aux numéros 2443-2449



 


Quel prénom avez-vous choisi pour vos enfants ?

 

12 novembre 2017 par Mgr David MACAIRE

C’est une question sérieuse ! Il y a quelques années, un catholique martiniquais était décédé accidentellement en France métropolitaine. Il portait un prénom musulman. Quand le drame est arrivé, le prêtre du village n’a pas pensé qu’un chrétien pouvait porter une tel nom et n’a pas voulu contrarier une famille qu’il croyait musulmane. Il a organisé une prière avec des paroissiens pour le défunt, mais n’a pas contacté la famille de peur de les froisser. La famille, de son côté, disait : « on n’a pas vu le prêtre ! ». Quand j’ai appelé celui-ci, il fut tout étonné. J’ai dû lui expliquer, honteux, qu’aux Antilles, nous choisissons parfois les prénoms de nos enfants en fonction des séries TV ou des personnages des émissions de télé-réalité, sans vraiment réfléchir au nom que nous leur donnons.

De tout temps et dans toutes les civilisations, on sait que conférer un prénom à quelqu’un est d’une grande importance. Le prénom est ce qui rend unique. Et même si, chez nous, on a pris la mauvaise habitude d’appeler les gens comme à l’école ou dans l’administration par le nom de famille, c’est le prénom et le prénom seul qui dit qui je suis aux yeux des hommes et aux yeux de Dieu.

Dans la Bible, le prénom exprime le plan de Dieu sur un être choisi. Dieu change le prénom de ceux qu’Il appelle (Abram devient Abraham, Saraï devient Sara, Jacob devient Israël, Simon devient Pierre, Saul devient Paul et, en Apocalypse (2,17), il est dit : "au vainqueur, ... je donnerai (…) un nom nouveau… ».

D’autres ont un prénom qui, dès l’origine, révèle le plan de Dieu pour eux… Moïse, Joseph, Josué, David, Jean (le Baptiste), Marie... En effet, il nous est révélé que Dieu appelle chacun par son nom (Is 43,1 ; Jn 10,3). Le nom de tout homme est sacré. Le nom est l’icône de la personne. Il exige le respect, en signe de la dignité de celui qui le porte. Le nom reçu est un nom d’éternité. Ainsi, dans le Royaume, le caractère mystérieux et unique de chaque personne marquée du nom de Dieu resplendira en pleine lumière (Catéchisme n° 2158-2159).

Mais dans la vie de tous les jours, est-ce si important ? Oui, parce que le prénom est la première parole que l’on prononce sur quelqu’un. Il est donc soit une bénédiction, soit une malédiction. La façon dont est appelé quelqu’un, exprime qui il est et qui il représente pour celui qui le nomme. Que signifie ton prénom ? d’où vient-il ?

Bien sûr, l’âme humaine reste libre et ce n’est pas un vocable qui peut vraiment déterminer ce que chacun est ou va devenir. Mais, dans la mesure où il définit le lien avec les autres, et ce, dès l’origine de notre existence, le prénom n’est pas neutre. Il veut dire quelque chose (mais quoi ?) ou pas. Il met en lien avec d’autres, avec une culture (mais laquelle ?). Porter le prénom de son grand-père ou de sa grand-mère de bonne mémoire, porter le prénom d’un étranger ou de personne, ou porter le prénom d’une personne célèbre ou d’un saint est (ou pas !) un signe d’amour ou de mépris.

Ainsi, donner n’importe quel prénom, avec n’importe quelle orthographe, à un enfant, sans réfléchir et sans prier, peut être une forme de malédiction qui peut l’accompagner toute sa vie et forger sa relation aux autres d’une façon ou d’une autre. On sait comment un surnom méchant peut faire du mal. Mais qu’en est-il du prénom donné par ceux qui accueillent un être à sa naissance ? Il pose question : Si ce prénom est juste un caprice, une mode qui n’a aucun sens en soi, celui qui porte ce prénom peut se demander s’il a de l’importance dans la vie ? Si ce prénom est celui d’une vedette de cinéma, doit-il ressembler à ce personnage aux yeux de ses parents ? Si c’est un prénom venant d’une autre religion, comment va-t-il prendre le chemin de sa foi chrétienne ? Et enfin, si, même sans le savoir, les parents ont choisi un prénom qui est une invocation à un esprit ou une divinité quelconque, comment grandira son âme ?

C’est pourquoi l’Eglise demande aux parents, parrains et au curé de « veiller à ce que ne soit pas donné aux baptisés de prénoms étrangers au sens chrétien" (Canon n° 855). Enfin, s’il est trop tard et que votre prénom ou celui de votre enfant vous trouble, on peut toujours y ajouter un prénom chrétien (comme celui de Marie ou de Jean) : cela sanctifie tous les prénoms !!!

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


... Partout en Martinique et au-delà

 

8 novembre 2017 par Mgr David MACAIRE

Cher diocésain de 7 à 107 ans…

Mon ami, j’ai quelques questions à te poser ! Ce sont des questions sur la mission… N’aie pas peur, ce sont de vraies questions, et non pas des leçons de morale déguisées. Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises réponses. Je ne cherche pas à te confondre, mais, au contraire, à te conforter et te confirmer dans ta vie baptismale, afin que tu admires en toi et autour de toi la puissance de l’Esprit et que tu te sentes béni(e) par le Seigneur, fier(e) d’être son fils ou sa fille. Je cherche tout simplement à t’aider à mieux répondre à ta vocation et, « accessoirement », à te préparer une place au ciel.

Réponds-y personnellement ou en Eglise [1] (car ce petit questionnaire peut inspirer un échange dans un groupe). Mais avant tout, interroge le fond de ton cœur. Prends un temps de méditation, seul avec Dieu, dans ton jardin, dans ton église ou sur ton canapé préféré.

Tout d’abord, dis-moi… la dernière fois que tu as entendu quelqu’un te parler de Dieu : Dans quelles conditions cela s’est-il passé ? Dans une conversation personnelle (en tête à tête) ? dans une PCE de quartier ? dans un groupe ou un mouvement (chorale, équipe, groupe de prière…) ? dans une discussion familiale ? pendant une célébration liturgique (messe, funérailles, mariage…) ? dans un échange entre époux ? dans une conversation au travail ? entre voisins ? dans les médias ? tu étais seul(e) avec ta Bible ? Tu ne te souviens pas ?... Qui était-ce ? un proche ? un étranger ? quelqu’un que tu ne connais pas personnellement ? un prêtre ou un ministre de l’Eglise Catholique ? des fidèles catholiques ? des évangéliques ? des non chrétiens (musulmans, témoins de Jéhovah, autres…) ? Où était-ce ? à la maison ? dans la rue ? dans ton quartier ? en classe ou au travail ? dans les transports ? dans une église ? un temple ? un centre paroissial ? Qu’as-tu ressenti ? de la paix et de l’amour ? de l’agressivité ? de la surprise ? une bénédiction ? une accusation ? une illumination sur ton existence et celle des hommes ? de la consolation ? Cela a-t-il changé quelque chose dans ta vie ?

Ensuite, la dernière fois que tu as montré Jésus à quelqu’un… Quand était-ce ? hier ? il y a 10 ans ? tu ne t’en souviens plus ? c’était il y a 5 minutes ? Comment l’as-tu fait ? en parlant ? en posant un acte ? avais-tu prié pour cela ? Où était-ce ? dans ton milieu professionnel ? dans ta famille ? dans le cadre d’une mission ecclésiale ? avec des amis ? en faisant tes courses ? dans ton voisinage ? Était-ce prévu ? fortuit ? A qui ? ton conjoint ? un parent ? des enfants ? des inconnus ? une connaissance ? des chrétiens assemblés ? quelqu’un d’une autre religion ? D’habitude, quel est le lieu et la manière la plus habituelle de montrer Jésus dans ta vie ?

Mais alors, Jésus dans ta vie… qui te l’a le mieux montré autrefois ? des prêtres ? des religieuses ? des fidèles laïcs ? des catéchistes ? des gens de ta famille ? ta maman ? ton papa ? tes enfants ? ton conjoint ? une connaissance ? des fidèles d’autres religions ? des médias ? et aujourd’hui, qui te montre Jésus ?....

Si ton Eglise t’offre d’être en mission… Que réponds-tu ? Oh oui, j’en rêve depuis longtemps !? oui, pourquoi pas ? j’en fais déjà assez ? non merci, pas maintenant ? jamais ? je ne sais pas ? je n’en suis pas digne, je ne mène pas une vie sainte, mais je veux bien ? je n’ai pas le temps ! ? mwen menm !? il me faut une formation !? je suis trop jeune ? trop vieux (vieille) ? Dans quel domaine ? l’éducation des jeunes ? l’aide aux familles et aux couples ? la liturgie ? « aider le prêtre » au presbytère ? la santé, la visite aux malades ? les plus pauvres ? l’évangélisation de rue et ceux qui sont loin de l’Eglise ? les visites dans mon quartier ? l’implication dans un mouvement !? dans la communication ? le témoignage dès que tu peux ? la prière silencieuse ?...

Frère, sœur, qui que tu sois, le Seigneur t’attend, Il t’appelle et Il compte sur toi…

Moi aussi !

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Mea Culpa !

 

7 octobre 2017 par Mgr David MACAIRE

Chers diocésains de 7 à 107 ans,

Pour vous motiver à participer au Denier de l’Eglise…

… j’avais pensé à vous redire que, contrairement aux idées reçues et à certaines campagnes mensongères, notre diocèse est pauvre.

… je me proposais de larmoyer en rappelant que les perspectives financières de l’Eglise sont inquiétantes. Peut-être, nous ne pourrons plus répondre aux appels de l’Esprit et financer nos projets apostoliques. Nous serons même contraints de laisser se détériorer nos biens et, plus grave encore, notre mission (la formation des séminaristes et des ministres, les ambitions pour l’éducation des jeunes, les réformes des administrations et accueils paroissiaux…).

… je voulais vous dire tout net qu’une fois que les projets en cours seront achevés (la reconstruction complète de l’église du Morne-Vert, de la salle paroissiale du Vauclin, de l’église de Sainte-Thérèse et du clocher de Balata…), nous n’aurons pas les moyens, avant plusieurs années, de nous lancer dans d’autres chantiers dont certains sont déjà urgents aujourd’hui.

… je tenais à vous redire que, bien entendu, tout en essayant de joindre les deux bouts, notre diocèse se montre très généreux, malgré ses moyens limités, envers les démunis, les communautés et associations nécessiteuses ; il aide financièrement des œuvres ou des opérations de solidarité internationale….

Mea Culpa ! Pour inspirer mon propos, j’ai voulu, à l’invitation de quelques fidèles laïcs, relire dans l’Écriture les textes relatifs au don. J’ai alors compris que c’était bien de faire appel à votre générosité pour les besoins de nos communautés, mais que l’essentiel du message de Dieu quant à l’offrande était ailleurs. Les dons des fidèles ne se réduisent pas au simple financement des projets ! L’offrande utilise l’argent pour régler techniquement des problèmes matériels, mais elle est avant tout une réalité spirituelle !!!

La Parole de Dieu m’a rappelé que, même si l’Eglise avait beaucoup de moyens, les fidèles se doivent de faire des offrandes ! Et cela, d’abord pour établir un lien avec Dieu en faisant un usage saint de nos biens terrestres. Si les grands projets de l’Eglise servent à motiver les donateurs, ils ne sont pas une fin. Ils sont un moyen, pour les croyants, de rendre grâce à Dieu pour ses bienfaits. La Parole de Dieu est très claire : ce n’est pas uniquement par son grand nombre de prières, mais aussi par l’offrande, une offrande substantielle et conséquente, une offrande qui fait un peu mal au porte-monnaie, une offrande faite avec foi et avec joie (comme la pauvre vieille qui mettait deux piécettes en prenant sur son nécessaire) que le croyant est béni par Dieu.

Ainsi donc, même si, pour financer son fonctionnement et ses investissements, l’Eglise Catholique supplie les fidèles de faire offrande du revenu d’une à deux journées de travail par an (soit 0,3%, que la plupart des catholiques d’ailleurs ne donnent même pas !), la Parole de Dieu, elle, invite les croyants à faire don de la dîme (soit 10%) de leurs biens. Le prophète Néhémie [1] précise que « la dîme de la dîme » revient directement au « trésor du Temple » (c’est-à-dire 1% des revenus pour le fonctionnement propre de l’Eglise) ; le reste de l’offrande doit être consacré, selon le bon cœur de chacun, à des œuvres bonnes et pieuses : œuvres et actions de charité, vocations, investissements particuliers dans l’Eglise (ex : grosses opérations immobilières), sollicitations diverses…

En résumé, le don est une preuve d’amour, comme le jeûne. Il est une reconnaissance envers Dieu pour sa bonté ; comme la prière, il est une source de bénédiction. Ce sont des œuvres de Miséricorde ! (cf Mt 6)

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Élargis ta tente, étends tes cordages !

 

23 septembre 2017 par Mgr David MACAIRE

N’ayez pas peur, mes amis, nous tenons le bon bout ! Cette rentrée est pour notre Église et pour la Martinique entière un de ces moments de l’Histoire où tout frémit comme au pipiri chantant alors que le soleil s’annonce dans une aurore pâle. Oui, je le crois, la nuit est derrière nous !

Hier, le prophète annonçait le malheur ; aujourd’hui, la jeune fille voit poindre le bonheur ! Telle la fille de Sion - qui fut la première à saisir, malgré la guerre et les invasions, les pestes et les famines de Jérusalem, que bientôt serait là son Sauveur -, l’Eglise doit être la première à se réjouir en Martinique de la venue de Celui qui fera s’élever sur nous l’étendard de son Amour. Avec Marie, sa mère, elle chante le Magnificat !

Aujourd’hui, c’est le cap nouveau donné aux familles qui me réjouit. Par l’Esprit du Seigneur, je vois les catéchistes répondre à l’appel d’aider en priorité les parents à mieux remplir leur devoir de transmission de la foi. Alors, sans aucun doute, grâce au retour de Dieu dans les familles, de nombreux adultes retrouveront la bénédiction du Seigneur dans leur vie personnelle et restaureront leur vie de baptisés. De plus en plus de familles, adoptant la Feuille de Route, vivront selon le cœur de Dieu !... Combien de jeunes retrouveront le goût de vivre !? Combien de femmes recouvreront le sourire et l’espérance et se sentiront prêtes à accueillir la vie ? Combien d’hommes, enfin relevés des ténèbres, récupéreront la fierté et la dignité de leur masculinité !? Combien de paroisses, de groupes, de communautés se réveilleront du sommeil ? Combien de mariages, de baptêmes, de communions ? Combien d’enfants naîtront ? Combien de personnes mourront réconciliées !?

Et ce n’est pas fini…

Ce qui me met encore dans la joie, c’est qu’à chaque rencontre, dans chaque situation se vérifie que les grandes réformes qui s’annoncent dans ECCLESIA’M 2020 ! répondent parfaitement à ce que Dieu veut pour son peuple.

Pensez donc : donner aux familles les moyens d’être de petites églises, des petits royaumes de paix et de foi, vaut plus que des montagnes d’or ou d’argent… Faire de chaque paroisse une mission accueillante et familiale permettra de réveiller les morts… Former de jeunes leaders chrétiens motivés est une assurance face aux tempêtes qui viennent… Diffuser la Pensée Sociale de l’Eglise est la certitude de faire tomber les chaînes qui sclérosent encore nos rapports sociaux… Montrer Jésus vivant et agissant est une victoire sur les malédictions qui pèsent sur nos vies… Prendre soin de nos corps, temples de l’Esprit-Saint est une action de grâce au Dieu Créateur !!!

Le vent d’espérance qui monte dans le peuple est celui qui a fait frétiller les apôtres au Cénacle avant l’irruption de l’Esprit-Saint dans leur cachette. C’est le même souffle qui a certainement préludé à la libération des esclaves de 1848. Il est d’ores et déjà la première victoire de notre Dieu sur l’esprit de mort qui veut régner ici. L’Espérance des chrétiens est l’instrument divin qui tarira définitivement en sa source le fleuve de terreur qui entraîne la Martinique vers sa chute

Le cap est donné, alors lève-toi, Eglise bien-aimée ! « Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descend du ciel, de chez Dieu ; fais-toi belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. » (Ap 21,2). N’oublie pas les promesses de ton Seigneur : « Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,4).

+Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Un tournant à ne pas rater

 

9 septembre 2017 par Mgr David MACAIRE

Aujourd’hui comme hier, l’avenir appartient aux prophètes, aux fous, aux « violents », comme dit Jésus. Et quand les « violents de l’amour » se taisent, ce sont les « violents de la haine » qui prennent le dessus. Dieu merci, une génération de jeunes laïcs et de prêtres est en train de relever le défi et ne se laisse pas endormir sous l’édredon d’une intégration sociale de l’Eglise trop polie pour être honnête.

Le pape Benoît XVI nous a encouragés à être une minorité créatrice, mais nous avons encore du mal à nous débarrasser du complexe de supériorité de la religion majoritaire… Derrière ce vocable dont nous affublent régulièrement les journalistes et les politologues et que nous avons fini par intégrer, se cachent des boulets qui nuisent terriblement à la ferveur missionnaire de l’Eglise :

  • Dans notre fonctionnement : il y a ce petit orgueil d’être premiers, les aînés condescendants qui laissent une part de gâteau aux autres religions, leur font la leçon et se montrent bons élèves devant l’instituteur républicain, la tentation de devenir le musée des gloires passées, l’incapacité sénile à se réformer rapidement et à s’adapter à la culture actuelle.
  • Dans notre rapport au monde : nous subissons le poids institutionnel, la réputation inconsciente d’appartenir au « système », les mondanités, voire les compromis diplomatiques avec des puissances diverses, le devoir d’hurler avec les loups de la bien-pensance en toute occasion et de jeter aux orties la folie révolutionnaire de l’Évangile… et surtout, l’obligation de ne pas faire de vagues.

En Martinique, le problème est encore plus évident. Ici, les catholiques sont vraiment majoritaires. Mais malgré cela, la société martiniquaise n’est pas (n’est plus ?) du tout catholique. Même si « Mgr Macaire » est invité sur les médias, même si France-Antilles parle régulièrement de ce qui se passe dans nos églises et même s’il y a des gens dans les églises… (en fait, il n’y en a pas tant que ça, puisqu’une grande majorité de baptisés, en particulier les plus jeunes, ne fréquentent plus nos communautés), la plupart des gens ont une idée complètement fausse de ce qu’est et de ce qu’annonce l’Eglise. Nous n’avons pas réussi, depuis plusieurs années, à façonner suffisamment de familles, de paroisses, de jeunes, d’hommes et de femmes selon le cœur de Dieu pour que la société martiniquaise soit vraiment transformée par l’enseignement de l’Eglise.

Ce pays soi-disant catholique et considéré comme tel me paraît terriblement anticatholique. Partout, je vois pulluler « fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haine, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables » (Galates 5,20-21). Une société où le monde du travail est plein de violence, où l’avortement bat tous les records du monde, où le divorce est considéré comme un acte normal, où la vulgarité, le stupre, la fornication et la pornographie ont envahi la culture de nos jeunes, où le luxe et l’esprit bling-bling hantent les rêves des gens, où les pauvres et les personnes âgées sont ignorés… « n’héritera pas du Royaume de Dieu » (Galates 5,21). Quel que soit le nombre de prières, ce peuple-là n’honore Dieu que des lèvres !

C’est pour cela qu’il ne faut pas rater le tournant qui s’offre à nous en cette année. Il ne faut pas rater ECCLESIA’M 2020 ! Il est grand temps que le Seigneur visite notre diocèse et le protège, qu’Il sanctifie nos âmes et délivre de l’ennemi les familles, les jeunes, la société et qu’Il nous apprenne, avec l’aide de la Vierge Marie, comment Montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise !

Sinon, voilà ce qui se passera demain... Les générations nouvelles diront aux chrétiens :

  • Vous qui étiez majoritaires, qu’avez-vous fait !? Regardez comme nous sommes malheureux !

Alors nous dirons :

  • Ce n’est pas de notre faute, d’autres tiraient les ficelles !

Mais ils répondront :

  • Alors pourquoi, en votre qualité de prophètes, ne vous êtes-vous pas révoltés ! Pourquoi, si l’Eglise est notre mère, n’a-t-elle pas lutté bec et ongle pour que tout cela cesse ? Pourquoi n’avez-vous pas réussi à nous faire faire une expérience suffisamment forte de Dieu pour que nous-mêmes ayons le Saint Esprit en nous et soyons forts !

Alors, si nous bégayons dans notre réponse, ils nous diront peut-être :

  • Nous allons chercher une autre mère, une autre religion, un autre dieu.

On y est presque.

+ Fr. David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Si vis pacem…

 

17 juin 2017 par Mgr David MACAIRE

« Si vis pacem, para bellum ! » (si tu veux la paix, prépare la guerre !). Cette expression latine d’un auteur inconnu est le slogan de ce qu’on appelle « l’équilibre de la terreur » : une fausse paix qui repose sur une menace réciproque entre nations, entre voisins, entre frères dans une même maison, voire entre homme et femme dans un même couple. Tout cela n’est pas très chrétien. Pour faire la paix, en tout cas Sa Paix, Jésus n’a jamais préparé de guerre, Il s’est livré à l’amour, dans la non-violence absolue. Il n’a pas refusé d’être conduit par les méchants jusqu’au supplice de la croix.

Cela dit, cet adage latin peut nous servir alors que la pause des grandes vacances s’annonce. Presque tout va s’endormir autour de nous… enfin, tout ce qui est sérieux : travail, école, activités pastorales, etc. Ce qui semble futile va prendre le dessus : vacances, voyages, amusements, fêtes, repos…

Tout d’abord, n’oublions pas que notre Dieu est Celui qui a inventé le repos ! Lorsque le 7ème jour, Lui-même se reposa et voulut que l’homme fasse de même et, ainsi, ne soit pas l’esclave de son profit et de son activité. A l’heure où l’on nous annonce la généralisation du travail du Dimanche en France, il convient de s’en rappeler. Savoir se reposer et se détendre, alors que l’on pourrait encore et encore travailler, est une manifestation de notre liberté et de notre dignité de fils et de fille de Dieu. Savoir prendre du temps gratuit avec et pour ceux qu’on aime, est une vertu chrétienne éminente. Parmi ceux que nous aimons, il y a notre famille, nos proches, nos amis, mais il y a aussi Dieu Lui-même. Un chrétien ne passe pas de vacances sans prendre un temps privilégié pour le Seigneur (retraite, session, messe en semaine et le Dimanche)…. Pour une fois qu’on a le temps !

Ensuite, le repos ne doit pas nous faire oublier que le monde des ténèbres ne se repose pas. Deux démons nous guettent au cours de cette période. Le premier est le démon « bay chabon », celui de la consommation : il nous fait remplacer l’obsession et l’esclavage du travail par l’obsession et l’esclavage des détentes. Une boulimie en remplace une autre. Depuis septembre, il nous fallait absolument faire ceci et faire cela, acheter ceci et acheter cela et voilà que « le calendrier liturgique » de ce monde nous force à consommer toutes sortes d’activités et de modes qui vont nous laisser encore plus fatigués et éreintés à la reprise.

Le deuxième démon est le pire. C’est le démon « pa ni pwoblem’ », celui de l’endormissement. Celui qui nous fait croire que le temps de pause et de vacances est juste une parenthèse entre deux combats. Ce démon nous empêche d’être des veilleurs pendant nos vacances, il nous endort. L’année dernière, j’ai été surpris de voir le nombre de personnes qui attendaient le mois de septembre pour préparer la rentrée, matériellement et… spirituellement… Mais, comme dit Jésus : « quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera pas par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec 10 000 hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec 20 000 ? » (Lc 14,31). Voilà pourquoi « si vis pacem, para bellum » signifie pour nous aujourd’hui d’être des prophètes pour nous-mêmes et pour l’Eglise. Dans la paix, préparons-nous aux combats qui nous attendent l’an prochain. Nos combats personnels (contre tel défaut, tel problème de couple, de famille, de relation, tel problème spirituel ou matériel), mais aussi nos combats communautaires (contre la perversion de nos jeunes qui doivent apprendre à s’amuser sans débauche et sans beuverie, contre la solitude et l’isolement de nos aînés, contre les violences familiales et sociales…). La liste serait longue. Raison de plus pour profiter du recul des vacances et du changement de rythme pour nous-mêmes et pour notre entourage et pour discerner avec Dieu les engagements auxquels il nous appelle à la rentrée et pour déjà les préparer comme de bons soldats de l’amour. « Si vis amorem, para cor ! » (si tu veux l’amour, prépare ton cœur !).

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Laissons parler l’Esprit

 

3 juin 2017 par Mgr David MACAIRE

« L’Esprit-Saint, une fois venu, établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement… Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière » (Jean 16,8.13).

« Car la Sagesse est un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile, pénétrant, sans souillure, clair, impassible, ami du bien, prompt, irrésistible, bienfaisant, ami des hommes, ferme, sûr, sans souci, qui peut tout, surveille tout, pénètre à travers tous les esprits, les intelligents, les purs, les plus subtils. Il traverse et pénètre tout à cause de sa pureté. Il est un effluve de la puissance de Dieu, une émanation toute pure de la gloire du Tout-Puissant ; aussi, rien de souillé ne s’introduit en l’Esprit de Sagesse. La Sagesse est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu, une image de sa bonté. Bien qu’étant seule, elle peut tout, demeurant en elle-même, elle renouvelle l’univers et, d’âge en âge passant en des âmes saintes, elle en fait des amis de Dieu et des prophètes ; car Dieu n’aime que celui qui habite avec la Sagesse. Elle est, en effet, plus belle que le soleil, elle surpasse toutes les constellations ; comparée à la lumière, elle l’emporte ; car celle-ci fait place à la nuit, mais contre la Sagesse le mal ne prévaut pas. Elle s’étend avec force d’un bout du monde à l’autre et elle gouverne l’univers pour son bien » (Sg 7,22-8,1). C’est pourquoi quiconque aura blasphémé contre le Saint Esprit, cela ne sera pas remis (cf. Lc 12,10-11).

« Laissez-vous donc mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. Car la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; il y a entre eux antagonisme. Or, on sait bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables — et je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n’hériteront pas du Royaume de Dieu. — Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi… » (Gal 5,16-23).

« C’est pourquoi, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions » (Joël 3,1-2). « A chacun sera donné la manifestation de l’Esprit en vue du bien commun. A l’un, c’est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit ; à tel autre, un discours de science, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, dans le même Esprit ; à tel autre, les dons de guérisons, dans l’unique Esprit ; à tel autre, la puissance d’opérer des miracles ; à tel autre, la prophétie ; à tel autre, le discernement des esprits ; à un autre, les diversités de langues ; à tel autre, le don de les interpréter. Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend » (1Co 12, 7-11). Tous, d’un même cœur, soyez donc assidus à la prière avec Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères (cf. Ac 1,14).

« Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : au Nom de Jésus, ils chasseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, ils saisiront des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris » (Mc 16, 17-18). Si vous recevez l’Esprit Saint, « ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,22-23).

« Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28,19). Sur celui qui sera baptisé, « reposera l’Esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » (Isaïe 11,2-3).

« Que votre cœur ne se trouble pas ! » (Jn 14). « Lorsqu’on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire, car le Saint Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire » (Luc 12,11-12).

« Alors, fils d’homme, prophétisez, prophétisez ! Dites à l’esprit : "Viens des quatre vents, esprit, souffle sur ces morts, et qu’ils vivent" et l’esprit viendra en eux, ils reprendront vie et se mettront debout sur leurs pieds : grande, immense armée » (Ez 37,9-10).

+Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


A la recherche de la vraie liberté en survolant l’histoire de l’humanité

 

20 mai 2017 par Mgr David MACAIRE

Le Seigneur Dieu m’a donné des ailes. Des ailes pour rechercher la liberté et je suis remonté loin… loin dans l’histoire.

(extrait d’un texte paru dans la revue Alizés)

Je suis remonté jusqu’au paradis terrestre… jusqu’à l’Eden... lorsque l’homme et la femme étaient installés tranquillement, avec des fruits qu’ils pouvaient cueillir à volonté. Il n’y avait pas de travail, pas de malheur, pas de maladie, pas d’esclavage, pas de péché. Et j’ai cru, qu’avec mes ailes, j’avais trouvé la véritable paix. Mais voilà que le serpent est arrivé pour porter la haine et pour entraîner l’homme dans le péché. Ils avaient perdu la liberté.

Alors je me suis envolé plus loin, pour essayer de retrouver cette liberté. Pour la chercher à travers l’histoire. J’ai cherché longtemps.
En survolant l’Égypte, j’ai vu une colonne de nuée et un peuple oppressé par l’esclavage. Et j’entendis aussi la voix de Dieu qui disait : "J’ai vu la misère de mon peuple". Dieu envoya Moïse dire à tous ceux qui opprimaient les esclaves, à Pharaon : "Laisse partir mon peuple" (Let my people go)… Dieu guidait son peuple… Il avait vu sa misère. Et j’ai vu la mer se séparer. Alors, les misérables, les pauvres, les esclaves ont traversé à pied sec, et j’ai vu couler l’armée puissante du pharaon. Et, avec le peuple des esclaves, j’ai chanté : "Chantons le Seigneur qui a fait éclater sa Gloire, qui a jeté à l’eau cheval et cavalier"…

Malheureusement, au bout de quelques jours dans le désert, la liberté a été de nouveau perdue. Le peuple était là pour célébrer son Dieu. Mais, une fois libéré, il était tombé dans l’esclavage de l’idolâtrie. Ils ont récriminé, puis ils se sont fabriqué un veau d’or ; ils se sont prosternés devant. C’était un esclavage pire que celui d’Égypte !
Alors je me suis envolé à nouveau pour rechercher la vraie liberté, celle qui ne se perd pas.

En survolant l’histoire, je suis arrivé en 1848, lorsqu’après le commerce que l’on a appelé "triangulaire", entre l’Europe, l’Afrique, les Amériques, lorsqu’après plusieurs siècles d’oppression, les esclaves des Antilles obtenaient une liberté politique.
Je me dis : "Ça y est. Cette fois, j’ai trouvé la liberté, la vraie liberté… Les chaînes ont été brisées. Par une action de l’intelligence, de l’humanisme, par une action politique. Ça y est… Ils avaient la liberté, la paix". Mais ceux qui étaient esclaves étaient devenus des miséreux et des chaînes étaient restées dans les têtes.

Malgré l’espoir revenu, la drogue, le chômage, la violence, la pornographie, l’argent facile, les jeux, la consommation, ont fini par envahir ceux qui avaient obtenu cette liberté-là. Alors je me suis désespéré et je me suis envolé très haut sur les ailes de l’histoire.

Et je me suis rendu compte qu’il y a une liberté dans ce monde, la liberté de faire ce dont on a envie. Et cette liberté-là est une liberté du mensonge : elle s’appelle "la loi de la jungle" ou encore "le tout est permis". C’est donc la loi du plus fort. J’ai compris que la liberté toute seule, la liberté sans rien d’autre, devenait une idole. Et comme toutes les idoles, comme le veau d’or, comme le fruit de la connaissance du bien et du mal, comme les luttes politiques, la liberté seule pouvait écraser et pouvait être plus dangereuse encore. « Entre le faible et le pauvre, disait Lacordaire, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».

Et le Seigneur m’a emmené jusqu’à aujourd’hui, pour vous regarder dans les yeux. Et voir que le triangle de jadis, le triangle qui séparait tous les peuples, le triangle de la haine, de l’oppression, pouvait devenir un cœur, une communion.
J’ai compris que la liberté sans l’amour, la liberté sans la communion des hommes entre eux et avec Dieu, n’était rien. La liberté avec la communion, la liberté dans le Corps du Christ qui rassemble des milliers de frères en un seul Corps, cette liberté-là était bonheur pour tous.
Alors j’ai compris que la liberté qu’Adam et Ève désiraient, la liberté que le peuple était allé chercher au désert, la liberté pour laquelle les esclaves avaient lutté, nous l’avons aujourd’hui parce que nous sommes là, en Eglise, et que nous communions au Corps du Christ.

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


« Bonne fête Maman ! »

 

20 mai 2017 par Mgr David MACAIRE

Rassurez-vous, je ne me suis pas trompé de date et je sais que la fête des mères tombe dans quelques semaines. Mais nous voilà au mois de Mai, c’est le Mois de Marie. En ce centième anniversaire des apparitions de Fatima, j’ai voulu que notre diocèse vénère particulièrement le Cœur Immaculé de Marie.

J’ai demandé aux familles, aux catéchistes, aux mouvements mariaux, aux Petites Communautés Ecclésiales de retrouver cette belle coutume du mois de Marie en dressant dans chaque maison un petit coin prière (comme une crèche à Noël) autour d’une image de la Maman de Jésus. Chaque membre de la famille y apportera quelques fleurs et on peut y disposer une Bible : Marie n’est-elle pas, par excellence, La « Bienheureuse qui a cru en la Parole » (Luc 1, 45), celle qui a donné chair au Verbe de Dieu (Jn 1, 14) et celle qui « méditait et retenait dans son cœur tous les évènements » (Luc 2, 19.51) ?

J’invite donc tous les chrétiens, y compris nos frères protestants, dont certains doivent trouver cette coutume étrange, à faire de même et à honorer la Mère de Jésus. Car, ce faisant, nous ne faisons rien d’autre (comme la plupart des coutumes de l’Eglise Catholique) que de suivre Jésus et faire ce que Jésus a fait !

En effet, la Parole de Dieu nous dit que Notre Seigneur a été « semblable à nous en toute chose excepté le péché » (Hb 4,15). Or, tout bon fils « honore son père et sa mère » (Dt 5,16), selon le cinquième commandement. Il ne s’agit pas simplement de ne pas faire « wont » à son père et à sa mère, ni non plus d’un simple respect comme on respecte le bien d’autrui ou la nature, etc…

Honorer son père et sa mère, c’est leur rendre un culte de vénération ! Il ne s’agit pas non plus de les « adorer » : on n’adore que Dieu ; toute adoration de quelque chose ou de quelqu’un d’autre est de l’idolâtrie. Mais vénérer, ce n’est pas adorer, c’est remercier sans jamais être quitte, c’est reconnaître ce que l’on doit à quelqu’un qui nous a fait un don que jamais nous ne pourrons remettre. Vénérer, c’est rendre grâce ! Or, notre mère nous a donné la vie. Quelle que soit cette mère, jamais nous ne pourrons lui remettre ce qu’elle a fait pour nous. N’est-ce pas !?

Ainsi l’Écriture Sainte nous dit : « De tout ton cœur, honore ton père et n’oublie jamais ce que ta mère a souffert. Souviens-toi qu’ils t’ont donné le jour : que leur offriras-tu en échange de ce qu’ils ont fait pour toi ? » (Sirac 7,27-28). Jésus respecte la Parole de Dieu ; lui aussi, ayant voulu avoir une mère, a rendu honneur à celle-ci. Il l’a fait jusque dans le ciel puisque le livre de l’Apocalypse nous révèle que « la Femme qui mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer » (Ap 12,5) « apparut dans le ciel, comme un signe grandiose : enveloppée de soleil, la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles » (Ap.12,1.5).

La Parole de Dieu nous révèle donc que Jésus, en premier, rend grâce à sa Mère et la vénère dans le ciel comme il le fit sur la terre, en bon fils qu’il était.

Ce que Jésus a accompli dans le ciel, nous l’imitons ici-bas, notamment par le « mois de Marie » : selon la volonté de Jésus, nous recevons Marie pour Mère et prenons Marie chez nous (Jn 19,26-27) et, à la suite de Jésus, nous élevons Marie dans nos cœurs, nos maisons, nos lieux de prière. Nous la vénérons doublement, non seulement parce qu’elle est notre Maman, mais aussi parce qu’elle est la Maman de Celui qui nous fait vivre : Merci, Marie, d’avoir dit « Oui ».

Évidemment, il n’y a pas assez d’un mois par an pour lui dire : « Bonne fête, Maman Marie ! ».

+ Fr. David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


"Je ne m’en irai plus en Egypte"

 

22 avril 2017 par Mgr David MACAIRE

La terre peut s’arrêter de tourner ; la politique des hommes peut s’enfoncer dans le cancan permanent ; le monde professionnel peut se transformer en jungle d’agressivité ou de paresse ; la vie sentimentale des hommes peut s’apparenter à un désert rempli de scorpions et de serpents ; le monde économique peut trembler de toute part et menacer de s’effondrer à la prochaine crise ; l’éducation peut se muter en parcours d’obstacles pour détourner les plus fragiles ; les arts et les artistes peuvent se jeter à corps perdu dans l’abîme de l’obscénité et de l’immoralité ; le climat et l’environnement peuvent devenir fous à cause de la voracité humaine ; la culture peut s’appauvrir au point de ne promouvoir que les idées de mort ; la jeunesse peut se laisser gangréner par la violence ; le sport peut pourrir à cause de l’argent ou du dopage ; les religions peuvent être contaminées par la critique, l’idiotie et même la haine ; les familles peuvent exploser les unes après les autres, faiblesse après faiblesse, égoïsme après égoïsme, blessure après blessure ; les âmes peuvent être abîmées par les superstitions et les magies … bref, la misère peut se répandre partout sur la planète, et même dans nos vies, nous, debout, nous résistons, car notre part d’héritage et notre coupe, c’est la Miséricorde !

La proclamation du mystère de la Miséricorde ne s’est pas arrêtée le 20 novembre 2016, lorsque le pape François a fermé la porte du Grand Jubilé à la Basilique Saint-Pierre ! Au contraire, tout a commencé à ce moment-là. En Martinique, nous avions choisi de fermer les cinq portes de la Miséricorde en sortant dans les rues. Ainsi, à chaque fois, la porte ne s’est pas refermée sur un peuple calfeutré à l’intérieur d’un bâtiment, terrorisé par le monde où Satan déchaîne ses suppôts, mais la porte s’est refermée sur une Eglise Catholique audacieuse, « en sortie », témoin de la Joie de l’Évangile, selon le mot du pape François.

L’Église est la première réponse de Dieu à ce monde terrassé par l’ennemi : une « Église-manif », manifestation permanente de sa Miséricorde. Plus les ténèbres semblent progresser, plus les fils et les filles de Lumière sont de sortie ; plus le péché les accable, plus ils sont des témoins joyeux d’une Espérance qui n’est pas de ce monde !

Saint Jean-Paul II disait, en canonisant sainte Faustine, que la « Miséricorde est le don que le Christ fait au monde par son Église à l’aube du 3éme millénaire ». C’est pourquoi, mes amis, n’oubliez pas la Miséricorde ! Jésus crucifié a été transpercé d’une lance ; de son Cœur ouvert ont jailli du sang et de l’eau. Une fois ressuscité, Il n’a pas voulu refermé cette blessure ; au contraire, c’est de ce Cœur transpercé que continuent de jaillir, jusqu’à la fin des temps, les grâces qui sauvent les hommes des filets des enfers…

Lors du Jubilé, la Miséricorde a rendu droit les sentiers, comblé les vallées, abaissé les collines, rendu la vue aux aveugles, ramené les cœurs des fils vers leur père, fait courir les boiteux et entendre les sourds ; elle a guéri les cœurs brisés, libéré les captifs, consolé les affligés, comblé de biens les affamés, renversé les puissants de leur trône et élevé les humbles ; elle a réconcilié les cœurs divisés, fait la paix là où il y avait la division, chassé les puissances de ténèbres, converti les grandes pécheresses, retourné les pécheurs, fait régner la Paix aux frontières ; elle a donné aux cœurs purs de voir Dieu, aux miséricordieux d’obtenir Miséricorde ; elle a rassasié les assoiffés de Justice ; elle a donné le Royaume de Dieu en héritage aux pauvres ; aux doux, elle a confié la terre ; elle a redressé ce qui était courbé, réchauffé ce qui était froid. En un mot, la Miséricorde a ressuscité ce qui était mort ; par elle, Celui qui était mort est devenu Vivant !

A ceux qui ont choisi de la suivre dans le désert de ce monde, pas question de retourner en Égypte, on ne peut plus reculer, reculer ; il nous faut avancer, avancer…

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


" Vaincre le monde "

 

7 avril 2017 par Mgr David MACAIRE

« Ce jour-là, le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur » (Isaïe 11,9)

Les victoires sur ce monde ne se remportent pas en se contentant de « dire » ce qui ne va pas et en dénonçant les uns et les autres. Les prophètes se doivent d’annoncer les mystères du Royaume en un moment donné, dans un lieu précis, pour un peuple déterminé. C’est pourquoi, après les belles assemblées synodales du premier trimestre 2017, je voudrais m’adresser à tous les hommes et les femmes de bonne volonté, aux responsables politiques comme aux simples citoyens, aux adultes comme aux jeunes, aux croyants, et en particulier à chaque catholique, à chaque famille, à chaque mouvement, à chaque PCE.

La Civilisation de l’Amour en Martinique - Chapitre 3

Au moment où d’autres présentent leur programme politique, il m’appartient de vous présenter notre programme prophétique. Voici donc quelques éléments que devra intégrer la Civilisation de l’Amour en Martinique :

Tout d’abord, un Peuple qui loue le Seigneur, c’est-à-dire :

  • Une Eglise libre et belle, « en sortie », proche et ouverte sur le monde, non pas « dans le vent » mais dans le souffle de l’Esprit. Lieu de refuge des misères, lieu de rencontre avec Dieu et d’annonce radicale de l’Évangile par la Parole et par l’exemple. Un chemin vers la vie éternelle. Sans elle, pas de Civilisation de l’Amour.
  • Un peuple délivré du mal, du péché, de la chair, des influences occultes, superstitieuses et sectaires, des divisions, des peurs et des jalousies…
  • Des communautés chrétiennes familiales pour étudier la Parole, chanter des louanges, prier les uns pour les autres : lieux de vie fraternelle et d’expérience concrète de la solidarité selon Matthieu 25 (pauvres, étrangers, malades, prisonniers, affamés, assoiffés…).

Ensuite, des familles qui redeviennent la base de la vie sociale :

  • La guérison des familles par les pardons et l’accompagnement des personnes, notamment des jeunes.
  • Des couples unis et battants où, grâce à l’éducation affective et sexuelle et au bannissement de la pornographie comme un fléau social, femmes et hommes sont libérés des malédictions ataviques.
  • Des enfants nombreux, ce qui implique l’arrêt des coutumes pro-IVG, des politiques dénatalistes et du mythe destructeur de l’enfant-roi.
  • Une vie simplifiée où l’on réapprend les joies naturelles, en utilisant un minimum d’écrans, sans la pression de la société de consommation mondialisée.
  • Des personnes âgées heureuses et entourées de leur famille ou dans de petites structures au cœur de la vie sociale.

Un peuple réconcilié grâce à :

  • Une relecture apaisée de notre passé par le travail objectif d’historiens et d’artistes pour faire l’unité culturelle dans la diversité. Le « neg marron » doit rester toujours libre, mais il ne peut pas être toujours en fuite et en lutte s’il veut être vraiment libre.
  • Des relations décomplexées entre les différentes origines ethniques par l’attention de tous pour ne pas taire ni attiser les tensions et poser des actes concrets d’unité.
  • Une culture noble et ouverte, fondée sur nos traditions, sur le travail d’intellectuels et de penseurs qui ne laissent pas de place à la vulgarité et n’incitent pas à l’obscénité.

Évidemment, une jeunesse pleine d’espérance :

  • Des jeunes qui apprennent les vraies joies grâce à la mise en place de structures éducatives extra-scolaires (en particulier les mouvements de la jeunesse catholique).
  • Des jeunes actifs et ambitieux qui, grâce à une démondialisation de notre économie, une analyse claire des perspectives professionnelles de l’île et une politique volontariste du monde économique, sont formés pour des carrières locales enthousiasmantes.

L’amour du travail bien fait :

  • La bienveillance sociale, c’est-à-dire la valorisation du monde de l’entreprise (selon l’enseignement de Laudato si) pour que chacun puisse offrir ses compétences, ait sa place et que les plus faibles soient reconnus.
  • La confiance dans le monde du travail, fondée sur le professionnalisme et la valorisation d’une culture du travail plutôt que de l’argent, et surtout la lutte à tout niveau contre la procrastination.

La protection et la valorisation de l’environnement :

  • La disparition totale des déchets par le recyclage et l’éducation de tout le peuple au réflexe de protection.
  • L’embellissement populaire du pays par des manifestations et des initiatives privées, nourries par une vraie culture de la beauté et de la propreté environnementales.
  • Une nourriture et une médecine basées sur nos ressources.
  • Un urbanisme qui aide à la vie sociale, au retour à l’esprit des « voisins » et de la solidarité interne dans les quartiers.
  • Des transports en commun aisés et populaires qui permettent aux moins fortunés de se déplacer sans véhicules privés. Une Martinique qui commence à rêver à « l’après-voitures ».

À bon entendeur, salut !

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


La Civilisation de l’Amour en Martinique - Chapitre 2

 

25 mars 2017 par Mgr David MACAIRE

« Le Seigneur me dit : "Prophétise, fils d’homme, prophétise sur ces ossements ». (Ez 37,4)

Et pourtant, l’Eglise n’a pas manqué de prophètes !! Les papes des temps modernes et les évêques du Concile Vatican II, il y a 52 ans, en 1965, avaient bien vu que « le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, une véritable métamorphose sociale et culturelle (…). Jamais les hommes n’ont eu comme aujourd’hui un sens aussi vif de la liberté, mais, au même moment, surgissent de nouvelles formes d’asservissement social et psychique. (…) Une inquiétude saisit nos contemporains et ils s’interrogent avec un mélange d’espoir et d’angoisse sur l’évolution actuelle du monde (Gaudium et Spes, n°4).

L’être prophétique

Des papes et des évêques prophètes, c’est bien ; mais le peuple de prophètes, c’est mieux ! C’est le peuple qui doit se saisir des textes des Saintes Écritures, des encouragements lumineux des successeurs des apôtres, et devenir lui aussi un peuple selon le cœur de Dieu.
Malheureusement, les fidèles, pourtant si bien avertis par leurs pasteurs, ont laissé la parole à de faux prophètes et se sont terrés loin des places publiques. Un « bon » laïc catholique est de préférence un monsieur ou une dame qui « aide le prêtre » (surtout à la messe le Dimanche), au lieu de prendre des engagements dans le monde culturel, politique, économique, syndical, social ou médiatique ! On a même parfois honte de ceux qui osent se dire chrétiens dans ces milieux… Mais ce que Dieu demande c’est, au Nom de l’Évangile, de bâtir un projet de société qui s’appelle la Civilisation de l’Amour.

En Martinique, ne voyons-nous pas que l’adoption du mode de vie athée des sociétés occidentales est en train de causer la perte de notre peuple ? « Le jour de la colère vient » (Col 3,6 ; Ap 6,17) et n’avons-nous pas d’autres ambitions que de rouler chacun en voiture de luxe dans des embouteillages infinis, vers un emploi tranquille, dans un bureau climatisé, après un petit tour au centre commercial pour « se faire plaisir » ?
Ne voyons-nous pas le meurtre à feu doux de nos grandes et belles familles par la diminution du nombre d’enfants, la contraception, l’avortement, le divorce facile, l’isolement des personnes âgées et le rejet des personnes qui portent un handicap ?
Sommes-nous aveugles face au massacre de notre société du koudmen par le chacun-pour-soi et la peur de l’autre (depuis quand n’as-tu pas offert un fruit-à-pain ou une patte de banane à ta voisine ? et depuis quand, s’il te manque des allumettes à la maison, n’es-tu pas allé voir ton voisin pour lui en demander ?).
Allons-nous nous taire devant le gâchis du potentiel humain et l’étouffement de l’espérance martiniquaise par le « malélevisme », le laisser-aller, les tenues vulgaires, la violence et le sexe facile de tant de jeunes pourtant si prometteurs ?
Resterons-nous sans réponse quant à la ruine de notre terre, de nos eaux, de notre richesse environnementale que nous exploitons si mal (quand nous ne les polluons pas) ??
Sommes-nous indifférents à la détresse de tant de filles et de fils de Dieu abîmés par cette vie compliquée, aux relations tumultueuses, qui crient « anmwé » et ne savent plus à quel saint se vouer, tant ils ont fréquenté des officines de charlatans aux thérapies douteuses et onéreuses… ?

NON, bien sûr ! Nous allons nous lever comme un peuple de prophètes parce que notre Grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ a un projet que notre Eglise doit porter en ce monde. Nous serons prophètes en Eglise ou nous ne serons rien !
J’appelle en particulier à l’engagement et à l’Action de Jeunes Catholiques : voulez-vous être prophètes ? Voulez-vous montrer Jésus en Martinique et au-delà : être des hommes et des femmes selon le cœur de Dieu, construire personnellement et en Eglise de vraies familles chrétiennes, faire (re)vivre la solidarité communautaire qui était la richesse de nos grands-parents, témoigner auprès des jeunes de l’Espérance qui déplace les montagnes, travailler dur pour exploiter vous-mêmes les potentialités de notre terroir et redonner la foi à tous les baptisés qui attendent de retrouver leur vocation de Fils de Lumière ?

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

(à suivre)



 


La Civilisation de l’Amour en Martinique - Chapitre 1

 

24 mars 2017 par Mgr David MACAIRE

Chers lecteurs,

Profitant des 3 numéros d’Eglise en Martinique de ce Carême 2017, je vous propose un exposé sur « la Civilisation de l’Amour en Martinique ». En cette période électorale, il est nécessaire que nous disions au monde ce que l’Esprit Saint nous inspire pour cette société, car seul l’Évangile, en tant qu’il travaille dans nos cœurs comme un levain pour tous les Martiniquais, peut guérir et sauver notre pays.

L’appel prophétique

« Ah ! puisse tout le peuple du Seigneur être prophète ! » (Nombres 11,29)

Les « penseurs » de notre monde ressemblent à des gens qui construisent, faute d’autres rêves, une belle maison au bord d’une plage isolée. Longtemps, ils en ont rêvé. On leur a dit que ce serait le bonheur… Mais voilà, elle ne correspond plus à leurs besoins : leurs activités et les contraintes de l’existence ne leur permettent pas d’en profiter. Ils ne pensent même pas que, devenus plus âgés, ils se retrouveront loin de tous… Finalement, leur vie se résumera à 20 ans de rêves, 20 ans de frustrations et 20 ans de regrets.

Ainsi, on a laissé bâtir dans notre monde trop de « chemins larges et spacieux qui mènent à la perdition » (Mt 7, 13). On n’a pas vu arriver l’ennemi masqué et menteur qui promettait le bonheur facile pour tous. Au lieu des joies et plaisirs sans fin, voilà la violence, l’isolement, l’angoisse et la frustration.

Dieu merci, ce que Moïse a prophétisé, Jésus l’a accompli : sur la croix, en rendant l’esprit, puis à la Pentecôte, le Seigneur fait naître son Eglise dans et par l’Esprit Saint. Il constitue un « Peuple de Prophètes ». Contrairement à ce que beaucoup croient, ce n’est pas une loi, un texte, ni même une Parole qui nous unit, mais c’est un même Esprit qui nous rassemble. C’est l’Esprit qui parle par les prophètes, c’est Lui qui donne l’intelligence de toute chose en ce monde. Le peuple de Dieu doit entendre l’appel prophétique : c’est précisément le premier objectif d’ECCLESIA’M 2020 !

Les rêves venus d’ailleurs coûtent cher à notre Martinique :

Le culte de la jeunesse « pour toujours » a fabriqué des personnes qui ont peur et qui ont honte de vieillir. Aucun prophète ne s’est-il levé pour montrer que des vieillards malheureux que l’on cache dans des maisons médicalisées était une terrible source d’angoisse pour tous : jeunes et vieux, parents et enfants seraient-ils condamnés à être de plus en plus seuls et tristes… « Ou ké pran fè » ! Voilà d’où naît l’appel à accompagner et protéger les familles.

Le mythe de la beauté « canon » « pour tous » nous a fait rejeter les personnes porteuses de handicap, même avant leur naissance. Mais nous n’avons pas vu qu’une société où les fragiles ne sont pas les « bien-aimés » devient une jungle à tous les niveaux. L’avortement d’un enfant envoie un message subliminal terrible à tout le monde : si tu n’es pas parfait, tu mourras… « Pas de pitié pour les canards boiteux ! » Il est urgent d’ouvrir les portes de nos paroisses à tous et surtout aux plus fragiles.

Le dogme de la sympathie et des adultes « dans le vent » a exigé une permissivité généralisée dans l’éducation. Merci Mai 68 ! Voilà nos jeunes, désormais mal protégés par leurs parents, livrés à la dictature de l’affectivité et des modes mondiales véhiculées par certains artistes et penseurs dégénérés dans des médias hégémoniques. C’est pourquoi l’Esprit nous appelle à bâtir une éducation chrétienne.

La croyance en la consommation nous fait voir un soi-disant bonheur à longueur de publicité. Le culte de la fortune implique l’exclusion et le mépris des pauvres. Les victimes de cette économie du rouleau compresseur se comptent par millions. La peur du chômage et de l’exclusion aidant, les familles n’ont plus le temps de se retrouver, les divorces et les dépressions se multiplient. C’est le règne du « marche ou crève ». Mais on ne peut être prophète sans risquer sa peau, ni en se terrant dans sa case (ou sa chaumière) en critiquant devant sa TV ! Le temps est venu d’agir et de guérir ce monde par l’Évangile.

La tyrannie du plaisir et du tout-est-permis qui promettait la fin de la frustration et la grande liberté n’est-elle pas à l’origine de toutes sortes d’addictions avilissantes, comme la pornographie dont le règne entraîne la mort par empoisonnement de la sexualité ? Aucun prophète n’avait-il vu arriver ces esclavages aux chaînes intérieures qui tuent tout amour et s’écrient : « Chacun pour soi ! » ? Levons-nous maintenant pour soigner et délivrer les âmes.

+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


La procrastination permanente

 

25 février 2017 par Mgr David MACAIRE

- Vous procrastinez !

- Hein ??!

- Je dis que vous souffrez de procrastination !

- Que voulez-vous dire !? La procrastination… c’est grave mon Père !?

- Oh ! Elle est partout, ou presque : à l’école, au travail, à la maison, dans les couples, entre amis, dans le commerce et dans la construction, dans l’administration, dans les études, à l’hôpital, dans la vie spirituelle et, du coup, même dans l’Eglise… et finalement, en nous-même !

- Mais c’est quoi ? Quelle est la définition de la procrastination ?

- C’est le fait de remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour-même. Vous savez, lorsque les choses traînent sans raison, lorsqu’on s’habitue au provisoire qui dure ou qu’on laisse un travail à moitié fait sans l’achever totalement, lorsqu’on a promis de faire quelque chose « yon’n sé jou-a » : un service, un travail, une demande en mariage, un chantier, une visite, un courrier, une corvée, une démarche… et qu’on laisse le temps passer sans jamais le faire. Alors, notre vie ressemble à une vieille voiture qu’on a laissée là, sur le bord du chemin : des gens y volent des pièces, les herbes poussent sous les roues, les moisissures envahissent la carrosserie.

- C’est une maladie ?

- Plutôt un syndrome, le signe d’une maladie spirituelle. Elle tue à petit feu, les sociétés d’abord, les âmes ensuite. Elle décourage tout le monde. Lorsqu’elle atteint une société, une famille, une entreprise, une paroisse, tout le monde ralentit comme un vieux diesel, c’est le déclin… On a de moins en moins d’entrain, de moins en moins de force, le goût de l’effort et la noblesse du travail-bien-fait disparaissent au fur et à mesure : ni "pran kouraj", ni "pran kouri", c’est "rété la, i bon kon sa".

Alors, les anciens, remplis d’amertume, font des reproches aux jeunes générations. Les plus jeunes méprisent les "grandes personnes". Les actifs n’aiment plus ce qu’ils font et critiquent leurs chefs, leurs collègues, leurs collaborateurs. La méfiance s’installe dans le dialogue social, les responsables s’énervent et rouspètent, les subordonnés se sentent oppressés et craquent… L’un des signes de ce syndrome est le dynamisme apparent des personnes extérieures qui arrivent auprès de la communauté procrastinante. Elles réussissent à réaliser des projets, à faire des affaires, à bâtir des choses et même à imposer des idées contre-culturelles, alors que les premiers se demandent ce qui leur arrive.

- C’est chaud !

- Non, c’est froid et glacial comme la mort. Mais il y a pire. Ce sont les jeunes qui sont contaminés par ce virus spirituel. Quand ils regardent une société atteinte de procrastination, ils ne veulent plus rien faire puisque rien ne va. Ils ont envie de s’amuser et de jouir et rien d’autre. Mais les joies sont fausses et éphémères, comme des stupéfiants. Après le déclin, advient la décadence. Et alors que les plus ambitieux vont ailleurs construire leur vie, d’autres s’arrêtent sur le bord du chemin, ils perdent espoir : yo ka pèd’ fwa ! Le pays s’effondre.

- Mais en quoi tout ça regarde-t-il les chrétiens ?

- Pour un chrétien, c’est un péché grave, une offense au Dieu de l’Espérance et de la Vie, un refus de se laisser guider par Lui. Jésus dit un jour à quelqu’un : « 59 "Suis-moi." Celui-ci dit : "Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père." 60 Mais il lui dit : "Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t’en annoncer le Royaume de Dieu." 61 Un autre encore dit : "Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé des miens." 62 Mais Jésus lui dit : "Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu." (Luc 9,59-62). Surtout, quand il s’agit des affaires de Dieu, d’un acte de charité, de la remise en ordre de sa vie ou de la réalisation d’une promesse, la procrastination est un péché grave.

- Quel est le médicament ?

- Assez simple. C’est une question de volonté. Prendre la décision, avec l’aide de la sainte Grâce, de ne plus reporter à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui. Voilà une bonne résolution de carême : réaliser une chose que je dois faire depuis longtemps ou faire chaque jour ce que je dois faire… rien de plus, rien de moins. C’est le meilleur remède, une cure surtout pour ceux qui savent que ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui seront sauvés, mais « ceux qui mettent en pratique la Parole de Dieu ».

Bon carême !

Fr. David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


La Solitude Mortelle

 

24 février 2017 par Mgr David MACAIRE

Notre société n’aime pas la vie. Elle ne l’aime ni avant sa conception, ni dans le sein maternel, ni quand elle est diminuée et surtout pas lorsqu’elle arrive à sa fin. Elle n’aime pas la vie des enfants qu’elle gâte de 1000 cadeaux, pas plus que la vie des ados qu’elle trompe de 1000 promesses et encore moins celle des adultes qu’elle gâche de 1000 soucis. Notre société n’aime pas la vie.

« J’étais malade, tu m’as visité » (Mt 25,36)

Ne lui dites surtout pas que je vous ai dit ça : elle me traitera d’archaïque et de menteur. Elle vous dira qu’elle aime la vie, plus que tout, plus que moi. Mais la vie qu’elle aime, elle ne le sait peut-être pas, est une vie superficielle, virtuelle et menteuse : une vie où on est toujours jeune, toujours beau, toujours riche, toujours aimé, toujours en bonne santé et toujours en mouvement… en fait, une vie qui n’existe pas.

La vraie vie, celle qui ne veut connaître que les beautés, les joies durables et réelles des profondeurs, elle se reconnaît dans le visage du travailleur fatigué, de l’enfant qui chante, libre de tout écran, de la maman épuisée en fin de journée, du pauvre que l’on a aidé, de l’étranger accueilli ne serait-ce que d’un sourire, du prisonnier visité, du malade que l’on tient par la main… Notre société a du mal à reconnaître cette vie-là.

Revenons au malade qui va vers la fin. Aux yeux du monde, la vie est partie, ou en tout cas elle est en train de partir, elle s’amenuise. Avec la santé ou la jeunesse, la société s’enfuit, la compagnie aussi, même chez nous. Bientôt, plus personne ou très peu. Il ne reste plus, auprès de certains gens alités, qu’une télé allumée pour donner un peu de « vie » à une chambrette à l’odeur des médicaments.

Comme si l’exemple désastreux des sociétés occidentales n’avait pas suffi, nous avons foncé dans le mur de l’isolement des personnes âgées, des malades et des faibles. Ceux qu’on appelait jadis des « grandes personnes » sont devenus parfois des quantités négligeables. C’est un piège qui assombrit terriblement l’avenir de tous et fait sombrer le présent de chacun dans l’angoisse désespérée du carpe diem : « mangeons et buvons car demain nous mourrons » (1 Co 15,32).

Les penseurs nihilistes de cette civilisation des ténèbres ont depuis longtemps appris aux familles à avoir de moins en moins d’enfants, afin de plus en plus les « gâter ». Oui, mais voilà, nos grands-mères vieillissaient avec un « minimum vieillesse » de quelques dizaines de petits enfants, elles transmettaient la vie par une vieillesse vivante, même dans la maladie et jusqu’au moment de leur dernier soupir. Notre génération se propose de vieillir avec de belles pensions, bien soignée, mais sans famille, dans une mortelle solitude. C’est un choix.

Ajoutons que la solitude, plus gourmande que prévu, n’attend plus la vieillesse ou la maladie pour nous affecter : les séparations, les divorces, les divisions familiales, une vie dissolue ou tout simplement une carrière bien remplie favorisent l’arrivée précoce du fléau dans notre existence… Et dire que notre monde croit aimer la vie !

Et si, au contraire, ceux qui luttent entre la vie et la mort, ceux qui tiennent malgré une santé décadente ou un handicap humiliant, étaient, bien plus que les soirées et les fêtes, l’antidote durable à nos angoisses mortifères. Lors de mes visites pastorales, j’ai l’occasion de visiter, à domicile ou dans des centres, des dizaines de personnes souffrantes et diminuées par l’âge ou la maladie… Vous ne devinerez jamais à quel point elles sont pour moi une recharge d’énergie et de vie. Rien n’est plus vivifiant que quelqu’un qui ne gaspille pas son peu de santé, mais le mobilise pour aimer, vivre… et finalement montrer Jésus.

Voici donc un des secrets pour guérir de notre maladie de l’isolement : offrir une présence fraternelle à un malade ou une personne seule. Peut-être obtiendrons-nous un merci, mais ne nous y trompons pas : celui des deux qui sera guéri, celui des deux qui aura repris vie et aura rechargé sa batterie de tendresse… n’est pas celui qu’on pense.

Et si l’un des projets de la société Martiniquaise et de nos paroisses dans les années qui viennent était de ne plus garder aucune personne âgée et aucun malade sans famille ?!

Pensons-y !

+ fr. David Macaire, op
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


« A ceux qui ne peuvent pas communier »

 

28 janvier 2017 par Mgr David MACAIRE

Cher frère, chère sœur,

Il me prend aujourd’hui d’écrire une petite lettre ouverte à ceux qui ne peuvent pas communier…
Si tu es directement concerné(e) par cette lettre, peut-être as-tu rejeté derrière toi les jugements des uns et des autres, et même tes propres jugements ? (cf. EEM n° 518 : "Qui peut communier ?").

Quand tu t’approches de la table du Seigneur (Mt 5,24)

Avec l’aide d’un prêtre, tu as vu combien ton âme, ta vie ou ta situation actuelle n’est pas encore conforme à ce que demande la Parole de Dieu pour « présenter son offrande » (c’est-à-dire « sa vie ») devant l’autel du Seigneur. Tu as pris le difficile chemin de la réconciliation. Félicitations !

La Parole de Dieu ne nous condamne pas. Elle nous invite cependant à tout faire pour réparer ce qui est brisé avant de nous présenter devant le Seigneur. En effet, Il nous dit que, si d’une façon ou d’une autre nous nous trouvons dans une situation où règne la division sans que nous ne fassions rien pour la dissoudre (Mt 5, 24), si nous vivons, désirons ou avons des relations avec quelqu’un d’autre que notre conjoint (Mt 5,27-28. 31-32), si nous avons eu un langage double, allant jusqu’à nous parjurer (Mt5, 33-37), si nous commettons l’injustice ou faisons sans cesse des procès et des querelles (Mt5, 38-42), si notre cœur est encore taché par de la haine et si nous refusons d’aimer qui que ce soit (Mt 5, 43-48)… alors, « laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5,24).

Par cet enseignement, Jésus nous met sur la route de la vraie Paix. Ces versets sont une Bonne Nouvelle. Lisons bien : il ne dit pas « tire-toi de là, tu n’es pas digne », mais « va voir ton frère pour faire la paix ». C’est-à-dire redeviens, plus que jamais, un « frère/sœur » et surtout redeviens « fils/fille de Dieu ». Donc, loin d’exclure l’un ou l’autre au nom de je ne sais quelle impureté morale, Jésus nous envoie vers nos frères et vers l’Eglise, vers la communauté. Il ne permet pas que le péché nous divise ! Qui que tu sois, Il te voie d’abord comme un frère et une sœur, Il désire que tu te voies ainsi, Il ordonne à la communauté de t’accueillir comme tel !!

La preuve ! Si tu lis ce texte en cet instant, regarde au fond de ton cœur ce que tu désires vraiment. N’as-tu pas envie de vivre entièrement ce que l’Eglise enseigne au nom du Seigneur ? d’être véritablement membre de cette Eglise ? et de te sentir pleinement accueilli(e) comme frère ou comme sœur ?

Si tel est le cas, j’ai alors trois choses à te dire : Premièrement, je te demande pardon pour ceux qui peuvent communier et qui reçoivent si mal le Corps du Christ. Tu dois te demander pourquoi tu ne peux communier quand tu vois des communiants ne pas adorer le Corps que tu désires tant. Recevoir et « prendre » l’hostie par habitude et avec nonchalance. Il ne faut pas les juger ; peut-être ont-ils toujours été rassasiés et ont-ils pris « l’habitude » de communier ! Peut-être n’ont-ils jamais eu à désirer plus que tout recevoir Jésus, au point d’en pleurer chaque Dimanche ? Toi, tu sais ce que c’est que ce désir, n’est-ce-pas !?

Justement, en parlant de désir, j’ai une deuxième chose à te dire : Et si le Seigneur, à travers ta situation fragile et imparfaite, t’invitait à être prophète pour ton Eglise !? Et s’il te demandait de témoigner, au milieu du Peuple de Dieu, de ce désir et de cette soif qui doivent nous animer tous ? Tels nos frères juifs, aînés dans la foi au vrai Dieu, témoignent pour nous chrétiens de l’attente fidèle du Messie qui doit tous nous conduire à travers le temps, ceux qui ne peuvent communier sacramentellement peuvent prophétiser, par leur communion de désir, de la soif de justice qui doit animer tout chrétien.

Enfin, ce désir trouve un moyen concret de dévotion dans l’Adoration du Très Saint Sacrement ! Les fidèles (oui, « fidèles » !!) qui ne peuvent communier, ces frères et ces sœurs (oui, « frères et sœurs » !!) qui sont sur le chemin étroit de la réconciliation, doivent être des hommes et femmes « de désir ». Appelés à être de vrais et grands adorateurs de Jésus-Hostie. N’est-ce pas la Présence Réelle du Seigneur qui donnera, à vous comme aux autres, mais surtout à vous, la force de « couper les mains droites » et « d’arracher les yeux droits » qui mènent à la mort (Mt 5,29) !?

Alors « va voir tes frères » !

+ Fr David Macaire, op
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


L’invisible parjure

 

15 janvier 2017 par Mgr David MACAIRE

L’auteur d’un livre célèbre dont j’encourage la lecture à tous et à chacun1 , se demande avec amertume comment « la liturgie elle-même est devenue une occasion pour les gens de se tenir debout publiquement pour mentir devant Dieu et devant les hommes ».

« Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur » (Mt 7,21)

La formule est violente, mais il faut reconnaître qu’elle repose sur une certaine réalité qu’on peut observer chez nous :
En effet, lorsque vous interrogez des parents, parrains et marraines juste avant un baptême : « Voulez-vous assumer votre tâche de chrétiens envers ces enfants ? », ils répondent sagement : « Oui, nous le voulons ». De même, lorsque le prêtre invite les « mariés » à exprimer leur désir de prendre leur place dans l’Eglise et la place du Christ l’un pour l’autre… Ou encore lorsque je demande aux jeunes confirmands s’ils s’engagent toute leur vie à être de vrais apôtres de Jésus et des chrétiens fidèles… Sans parler de ces centaines de personnes qui répondent (plus ou moins) « amen » lorsqu’on leur donne « le Corps du Christ » ; qui reçoivent l’hostie avec négligence et communient en repartant vers leur banc, sans aucune dévotion apparente.
Que dire encore de ces responsables de l’Eglise installés dans une vie "chrétienne" empoussiérée qui ne témoigne pas d’une conversion véritable et de ceux, pourtant pleins de critiques et d’amertume, qui récitent le Je confesse ou le Notre Père et pratiquent le geste de « la paix du Christ » sans être dans la Vérité...?

Attention ! Je ne parle pas ici des conflits ou des crises qui semblent être plus blessantes et plus visibles, mais qui sont toujours l’occasion d’aller pus loin dans l’Amour et le pardon. Je parle de l’invisible et silencieux parjure de tous ceux qui répondent sagement et gentiment la « bonne réponse » d’un air et d’un ton creux de bons élèves qui récitent une leçon. Ils sont « fidèles » : ils le promettent, l’écrivent et le proclament avec plus ou moins de cœur devant toute l’assemblée… Mais, voilà, inconsciemment, beaucoup de ces personnes mentent.

Je sais que la foi est invisible, et qu’on ne peut et ne doit pas juger les cœurs, mais nous voyons bien, dans la pratique, qu’une immense partie de ces frères et sœurs, gentils et de bonne volonté, n’ont pas mis le Christ dans leur vie, ne sont pas en mesure d’éduquer un filleul dans le Seigneur, de vivre un mariage dont Dieu est le centre, d’être fidèles à l’eucharistie et aux commandements du Seigneur ou encore de devenir des missionnaires de l’Évangile.Enfin, et surtout, un tel chemin de médiocrité ne mène pas au salut et à la vie éternelle !

Un non-catholique qui assiste à cela a-t-il vraiment l’impression que c’est « pour de vrai » ?… Et nous-mêmes, pouvons-nous demeurer dans la ferveur de l’Esprit en voyant, année après année, les sacrements, l’Eglise, et finalement le Seigneur, ainsi parjurés en toute bonne foi dans nos célébrations ?

Loin de moi l’idée de critiquer et encore moins de condamner mes frères et sœurs. Le pasteur que je suis n’a aucun reproche à faire à des personnes qui font exactement ce qu’on leur a dit de faire. Ils ont suivi une formation, on leur a dit de venir à telle heure, de faire ceci, de s’habiller comme cela, de se tenir comme ça, etc. Les responsables de l’Eglise (donc, moi en premier) ne peuvent rejeter la faute sur les personnes ou dire que « les gens ne sont pas sérieux » : c’est notre responsabilité !

Comment et pourquoi des gens (des jeunes), qui sont venus à nous, qui ont frappé à notre porte pour demander un sacrement, qui ont suivi un enseignement dans l’Eglise, parfois pendant des années, ne sont-ils pas au final touchés par le Seigneur !? Ce ne peut être de leur faute : si 80% des pilotes d’une école de navigation échouent leur navire dès la sortie du port, l’école doit réviser ses méthodes !?
De plus, si nous peinons à faire faire une expérience du Christ à ceux qui viennent d’eux-mêmes, comment parviendrons-nous à mettre sur le chemin du Salut ceux qui sont loin de nous ?

Vous m’avez compris, et j’espère de tout cœur que cela réjouit et enthousiasme tous les responsables de l’Eglise : il y a des changements à faire, et même des révolutions, dans les méthodes de l’Eglise. Le principe de ces Révolutions est simple mais radical : MONTRER JESUS !...

Il s’applique d’ores et déjà à moi d’abord, aux pasteurs, aux membres du clergé, mais aussi à chaque responsable d’Eglise, de catéchisme, de chorale, de groupe de jeunes, d’accueil dans les presbytères ; aux paroisses, communautés, groupes, mouvements, par-dessus tout il s’applique à chaque famille, à chaque parent, à chaque enfant, aux frères et aux sœurs, aux voisins, aux collègues… bref à toi ! :
L’aspect pratique se réalisera dans ECCLESIA’M 2020 !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

1 James Mellon : « Manuel de survie pour les paroisses », Ed. Artège



 


« Tro présé pa ka fè jou wouvè ! »

 

16 décembre 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Noël est une période contradictoire, faite de pénombre et de lumière, de clarté spirituelle fulgurante pour les uns et de guirlandes enjôleuses pour les autres. En soi, l’ambiance de fin d’année n’est pas forcément un bon moment. Cette période nous rappelle collectivement que le temps passe et que nous mourrons un jour, inexorablement. On y ressent davantage les lourdeurs de l’existence, les solitudes, les insatisfactions, les déceptions d’une année commencée avec des projets divers. La luminosité est en déclin, et le moral est parfois en berne.

« Tout vient à point pour qui sait attendre »

Or, le monde est pressé, au point même de devenir impatient et capricieux. Il veut tout, tout de suite. Tout en même temps, même ce qui est contradictoire, et au plus vite ! Le bonheur, le plaisir, la santé, les honneurs, la gloire, la célébrité, la jeunesse sans fin, la sérénité, la paix avec tous et la victoire sur les ennemis, les moyens nécessaires au luxe, l’amour, la protection, la lumière... Tout !

C’est pourquoi la pénombre de fin d’année, et tout ce qui lui ressemble de près ou de loin, est insupportable aux yeux des hommes (je veux parler de la souffrance de ne pas encore posséder ce que l’on souhaite, ou la tristesse de voir notre vie passer). De-là naît une véritable angoisse pour tous ceux qui ne placent leur espérance nulle part ailleurs qu’en ce monde. La souffrance fait si peur qu’on préfère la tromper plutôt que de l’affronter.

Ainsi, pour « tromper l’ennemi », nos sociétés occidentales ont depuis bien longtemps inventé une façon artificielle de vaincre la lourdeur du temps qui passe : la fête !

Jadis (avant l’ère chrétienne), les saturnales des romains qui fêtaient le passage du solstice d’hiver ; de nos jours, « les fêtes de fin d’année » (un nom bien laïc pour éviter la référence religieuse à la naissance du Fils de Dieu) répondent à ce besoin de chasser au plus vite l’angoisse et la crainte de la fin d’année et de la lumière qui diminue. Aujourd’hui comme hier, un déferlement de festivités flattant au mieux les appétits humains, vient droguer notre âme pour qu’elle oublie sa condition mortelle : cadeaux, beuverie, ripailles, pétards, luminaires et fumigènes envahissent nos villes, nos maisons… Tous les artifices sont déployés pour tenter de fuir la grisaille et la tristesse qui menacent. Mais tout cela n’est qu’un leurre : comme une vague glaciale, la morosité submerge bien des âmes qui entrent dans la nouvelle année revêtues « d’une robe de tristesse » (Baruch 5,1). Comme disaient nos grands-mères, « tro présé pa ka fè jou wouvè ! »

Mais voilà, « en ces temps qui sont les derniers, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (Gal 4,4). La victoire sur les ténèbres n’est ni un lampion, ni une guirlande, ni même des milliers d’ampoules : la victoire sur les ténèbres s’appelle l’Aube nouvelle, le Jour qui se lève. Le « jou wouvè » est d’abord invisible, il se fait attendre ; puis il apparaît, fragile, mais sa victoire est inexorable et définitive. Certes, lorsqu’il fait nuit, celui qui use d’une lampe électrique semble plus éclairé que celui qui n’en n’a pas. Mais celui qui attend l’Aurore, attend une lumière qui ne s’éteindra pas. Ce n’est pas une illusion éphémère qui ne perce que partiellement la nuit, mais un soleil qui la chasse définitivement.

En l’occurrence, ce « jou wouvè » est un enfant dans une mangeoire ! Face à la brutalité du dictateur Hérode, la puissance de l’armée romaine ou le manque de foi et de conversion du peuple, comme devant les replis les plus sombres de nos âmes et de l’Histoire, la réponse de Dieu semble toujours très fragile. Et pourtant, 2017 ans d’Histoire nous ont bien montré que c’est l’Enfant Jésus, et Lui seul, qui a vaincu toutes les ténèbres et dissipé toutes les nuits.

Alors patience ! Pour ceux qui savent attendre, la nuit est devenue un temps privilégié, un moment pour attendre, pour se préparer, pour servir et pour prier. Patience, Il vient bientôt !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Soigner et délivrer les âmes.

 

2 décembre 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Pour ce dernier chantier, Mgr David Macaire pose les bases d’une réflexion générale et propose trois ateliers "assez spécialisés".

Ecclesia’M 2020 ! 5ème Chantier de Conversion Pastorale

Réflexion générale

EEM : Fin du suspense !! Aujourd’hui, Monseigneur, vous nous partagez vos réflexions sur le 5éme chantier d’Ecclesia’M 2020 ! : « Soigner et délivrer les âmes ». Qu’est-ce à-dire ?

Fin du suspense… pour vous ! Pour moi, c’est le début. Comment mes frères et sœurs vont-ils s’accaparer ces chantiers et les mettre en œuvre ? Que vont donner les assemblées synodales de 2017 ?...

Mais revenons au sujet du jour.

Les blessures psycho-affectives et les maladies spirituelles sont très répandues, ici comme ailleurs. C’est la conséquence de l’illusion du serpent qui a fait croire aux hommes qu’ils pouvaient « être comme des dieux » (Gn 3,5) s’ils choisissaient eux-mêmes ce qui est bien et ce qui est mal. Des philosophes dits « humanistes » ont voulu montrer, au cours des derniers siècles, que sans Dieu les êtres humains seraient soi-disant plus libres et plus heureux, plus fraternels et moins névrosés. Le résultat est sous nos yeux. Les troubles de l’âme concernent aujourd’hui toutes les couches de la population et tous les âges, dans le monde entier, et particulièrement chez nous aux Antilles. C’est une question de santé publique, mais aussi et surtout une question de Salut et de Vie éternelle.

Les conséquences, dans la société, les familles et la vie des personnes, sont énormes et bien réelles : violences, addictions, maladies, dépression, angoisses… ou, comme le dit saint Paul aux Galates, « tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions sentiments d’envie, orgies, ripailles et choses semblables » (Gal 5,19). Cette liste terrible ressemble trop à certaines réalités de notre vie sociale ! Enfin, le pasteur que je suis, pas plus que les autres fidèles, ne peut rester indifférent à la sentence de Paul pour « ceux qui commettent de tels actes et qui n’hériteront pas du Royaume » (Gal 5,21).

EEM : L’Eglise peut-elle quelque chose en ce domaine ? N’est-ce pas l’affaire des médecins, des psychiatres, des travailleurs sociaux, des éducateurs et des politiques ?

Sans conteste, la société fait de son mieux, avec les moyens qui sont les siens, pour contenir la vague, ou plutôt le tsunami de mal-être qui frappe les hommes et les femmes de notre temps. Mais, même s’il y a des réussites louables et des efforts réels, je ne suis pas certain que ce pouvoir humain soit en mesure de s’attaquer aux causes profondes de cette destruction de l’être humain en son corps, son équilibre, sa dignité, sa famille, ses relations. L’origine de ce combat est spirituelle et c’est par l’Esprit que la vraie victoire peut être remportée. « Le fruit de l’Esprit, dit saint Paul, est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Gal 5, 22-23).

L’héritage de l’Eglise Catholique est très riche en ce domaine, aussi bien dans sa dimension mystique que dans sa dimension scientifique. Côté mystique et spirituel, n’oublions pas que Jésus a donné à ses apôtres le « pouvoir des clés » pour délier les âmes sur terre et au ciel (Mt 18,18) et le pouvoir de prendre autorité en son Nom, sur toutes maladies et sur les esprits mauvais. Les pasteurs, les spirituels et les saints de l’Eglise ont toujours utilisé ce don du Seigneur à son Eglise pour soigner et délivrer les âmes. Côté scientifique et psychologique, les moines, les théologiens et les ascètes ont acquis une connaissance inégalée du psychisme humain dont ils se sont servi pour accompagner tant d’hommes et de femmes vers la liberté à travers les siècles et les méandres complexés de leur vie.

Notre génération ne peut démissionner de cette tâche urgente.

EEM : Y a-t-il des particularités antillaises en ce domaine ?

Je crois que nous ignorons souvent la dimension affective dans notre agir. Or, elle est souvent déterminante. Notre sensibilité, quand elle n’est pas maîtrisée, entraîne des violences et de l’outrance. Nous sommes capables de justifier et d’enrober nos réactions avec des grands principes moraux très rationnels. Inversement, il nous arrive d’accuser les autres de malveillance ou de leur prêter toutes sortes d’intentions mauvaises. En fait, nos réactions sont, la plupart du temps, fondées sur des affects, des passions !

EEM : C’est-à-dire ?

Eh bien ! Nos réactions et nos relations sont souvent déterminées davantage par nos blessures profondes et inconscientes que par des décisions rationnelles. Un mépris reçu jadis, un abandon, des violences, l’absence d’un parent, un avortement, un divorce, un pardon non-donné ou au contraire des flatteries sont à la source de tant de nos réactions, de nos actes et nos paroles ! Il faut aussi considérer la contamination qui provient des failles de notre culture, des peurs du monde qui nous entoure, de l’héritage plus ou moins sombre de nos ancêtres et de notre histoire et des infestations spirituelles que certains ont contractées en allant voir de mauvaises personnes.

Il est temps de mettre à disposition du peuple de Dieu le trésor spirituel de l’Eglise pour briser ces chaînes dans le Nom de Jésus !?

Les ateliers du chantier

EEM : Quels sont donc les ateliers de ce chantier pour soigner et délivrer les âmes ?

Ce sont, il faut le reconnaître, des ateliers assez spécialisés qui demandent de la formation et des compétences que Dieu demande à l’Eglise de partager. Il y en a trois :

  1. La guérison spirituelle qui concerne le ministère de délivrance et d’exorcisme et la formation des ministres.
  2. L’accompagnement spirituel pour former et organiser toutes les réalités qui offrent une écoute au plus grand nombre.
  3. La santé et le bien-être des gens dont l’Eglise s’est toujours préoccupée au nom du Divin Créateur qui veut le bonheur de ses enfants.

EEM : Quelles sont les pistes que vous proposez à ces ateliers ?

En ce qui concerne la guérison spirituelle, la réflexion est l’une des plus avancée du plan ECCLESIA’M 2020 !. Il a fallu en effet mettre en route au plus vite cet atelier car le nombre de demandes était très important et que beaucoup de personnes sont en souffrance. Or, dans ce genre de souffrance, les gens sont prêts à faire n’importe quoi, y compris à se jeter dans la gueule du loup en allant voir des gadé zafè pour être débarrassés de leurs problèmes. Beaucoup s’imaginent aussi que certains ministres ont un pouvoir magique et qu’une simple prière de leur part suffira. Ce n’est pas vrai. L’Eglise n’a d’autre pouvoir que l’Amour du Seigneur qui libère de toutes chaînes. Mais il faut aussi que les fidèles tourmentés soient disposés à accueillir l’Amour et renoncent à toute ténèbre. Et cela demande du temps !

La bonne nouvelle est que cet atelier est en cours et que le « Service diocésain saint Padre Pio » sera bientôt opérationnel. Là-dessus, nous n’attendrons pas 2020 pour communiquer aux fidèles son fonctionnement.

Mais vous comprendrez que ce n’est pas en une journée qu’on peut mettre en place une telle structure. Il aura fallu fédérer des prêtres, des diacres, des religieuses, des laïcs et des professionnels divers, prendre ensuite le temps d’organisation, de structuration et de formation nécessaire. De plus, toutes les demandes ne relèvent pas d’un ministère de délivrance et d’exorcisme, et nous devons savoir apporter une assistance, une réponse et un diagnostic à ces fidèles tourmentés.

Mais les choses avancent. Merci Seigneur !

EEM : Quelle différence faites-vous avec l’accompagnement spirituel ?

L’accompagnement spirituel est l’atelier principal de ce chantier ! La pénurie d’accompagnateurs et le manque de disponibilité du clergé, trop peu nombreux, ont fait que bien des fidèles ignorent qu’un des moyens majeurs de la vie spirituelle dans notre Eglise est l’accompagnement. Bien-sûr, la pratique liturgique, la confession régulière, la prière, les lectures ou la radio, ou encore l’engagement missionnaire et le service, nourrissent quotidiennement nos âmes et les protègent du mal. Mais l’accompagnement spirituel avec un frère ou une sœur qui m’écoute régulièrement ou à certains moments de mon existence, est indispensable. Je pense notamment aux jeunes, aux néophytes ou à tous ceux qui sont à un tournant dans leur vie, ou encore les âmes, nombreuses j’espère, qui veulent avancer plus loin sur le chemin du Seigneur, sans parler de ceux qui sont dans des milieux ou des situations où leur vie spirituelle est rendue difficile ou mise en danger…

En Martinique, le Seigneur a suscité des lieux de bénédiction où des âmes, ponctuellement ou régulièrement, peuvent bénéficier de ce trésor. En plus des prêtres, qui y consacrent déjà pas mal de temps, il y a les monastères, le Foyer de Charité, les communautés comme l’Emmanuel, le Chemin Neuf, Vie et Partage, les mouvements comme le Renouveau Charismatique, Mère de Miséricorde ou le Réseau Ignatien qui se met en place. Je me réjouis particulièrement de l’initiative de Sr Bernadette et du père Jean-Marie Yang-Ting qui ont mis toute leur énergie à fonder le Centre Eaux Jaillissantes qui a permis la formation de beaucoup d’écoutants (dont votre serviteur !) et l’accueil de tant de fidèles !

Cet atelier devra réfléchir à parfaire le dispositif, à organiser des formations, à créer des structures (des permanences d’écoute par exemple, notamment dans les trois sanctuaires diocésains de la Délivrande, du Sacré-Cœur et de la Salette), à faire en sorte que des écoutants bien formés soient disponibles dans chaque paroisse, en lien avec les prêtres, le plus souvent possible. C’est l’un des ministères les plus importants de l’Eglise du XXIéme siècle, mais il est très exigeant spirituellement pour ceux qui l’exercent.

EEM : Le troisième atelier de ce chantier concerne la santé et le bien-être ! Monseigneur, en quoi l’Eglise catholique est-elle concernée par ce domaine !? Encore une fois, n’est-ce pas l’affaire de professionnels ?

L’un n’empêche pas l’autre ! Je veux dire que les chrétiens doivent savoir être des professionnels dans les domaines où le Seigneur les envoie. Or, précisément, la santé et le bien-être ont toujours été un domaine important de l’action chrétienne. À ma connaissance, le soin des malades et des « mal-en-point » était un élément central du ministère de Jésus. L’Eglise, depuis 2000 ans, a continué dans ce domaine. Les moines et même les mystiques ont mis en pratique, par l’alimentation, le jeûne, l’activité physique, les plantes, tous les ressorts que le Créateur avait mis à leur disposition pour que leur corps sain soit au service de la sainteté de l’âme. Nous avons toute une tradition ecclésiale et monastique en ce domaine du bien-être et de la santé, dont le maillon le plus célèbre est sainte Hildegarde de Bigen, faite docteur de l’Eglise par le pape Benoît XVI.

Le drame, c’est que beaucoup de fidèles et de pasteurs ont négligé ce trésor et oublié cet enseignement basique, alors même qu’en raison d’une alimentation malsaine et des conditions de vie stressantes, les hommes de ce temps en ont d’autant plus besoin. Cet appétit de bien-être est même devenu une idole pour beaucoup. Et les puissances d’argent l’ont bien compris. Elles y répondent avec plus ou moins de philanthropie : médecines nouvelles et parallèles, pratiques orientales et ésotériques, pratiques alimentaires diverses et coûteuses, sports inédits, cures, stages, sessions et même « retraites » … Dans tout cela, il y a du bon et parfois du moins bon, notamment des pratiques occultes. D’un autre côté, plusieurs de ces pratiques sont inspirées de l’enseignement des mystiques catholiques. Il est temps que l’Eglise réintègre son héritage, le purifie et le propose à ses fils et à ses filles.

En outre, la société martiniquaise connaît une période de vieillissement. Ces problématiques sont au cœur de la préoccupation des personnes et des fidèles. Combien de fois, au cours des retraites et des rencontres, ce sujet n’est-il pas abordé dans les conversations ? Cet atelier devra donc mettre en œuvre cette tradition, l’adapter à la réalité antillaise et proposer largement (notamment aux plus jeunes) un style de vie, d’activité physique et sportive et d’alimentation conforme à la volonté de Dieu sur le corps de l’Homme.

EEM : Monseigneur Macaire, nous en avons fini… ?

Pour l’exposé des premières idées… oui ! Et encore !? Une plaquette devrait être éditée avec l’ensemble du plan pastoral. Cela constituera un Instrumentum Laboris pour tous : la base commune de travail et de réflexion. Mais ce n’est qu’une étape. Nous consacrerons 2017 à collecter des nouvelles idées et à corriger celles qui sont énoncées dans ces interviews. Déjà plusieurs paroisses se sont saisies de ces textes et des initiatives voient le jour çà et là. J’ai hâte de collectionner tout cela. Sans oublier les cinq chantiers de « fondation » (le secrétariat général d’ECCLESIA’M 2020 !, la formation et la création d’un Institut Catholique, la vie des prêtres et les vocations, le perfectionnement de la Liturgie et l’immobilier) que je n’ai pas détaillés ici, mais sur lesquels des équipes sont déjà à pied d’œuvre.
Enfin, j’attends des cinq assemblées synodales (une par chantier) ce double travail : évaluer les idées de chaque atelier et en fournir les ouvriers… Au travail ! Jésus nous attend partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise !



 


Guérir le monde par l’Evangile

 

22 novembre 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Mgr David Macaire présente l’avant-dernier chantier du plan pastoral Ecclesia’M 2020 et les trois ateliers à mettre en place pour le mener à bien.

Ecclesia’M 2020 : 4ème Chantier de conversion pastorale !

REFLEXION GENERALE

EEM : Monseigneur, merci de nous dévoiler votre plan pastoral avec ses interviews successives. Nous abordons aujourd’hui l’avant-dernier chantier d’ECCLESIA’M 2020 ! dans lequel vous nous proposez de « guérir le monde par l’Evangile ». Pouvez-vous nous donner quelques précisions ?

Volontiers ! Ce travail consiste à réaliser la mission de l’Eglise exprimée par Vatican II : « Le Concile, témoin et guide de la foi de tout le Peuple de Dieu rassemblé par le Christ, ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité, de respect et d’amour à l’ensemble de la famille humaine, à laquelle ce peuple appartient, qu’en dialoguant avec elle sur ces différents problèmes, en les éclairant à la lumière de l’Évangile, et en mettant à la disposition du genre humain la puissance salvatrice que l’Église, conduite par l’Esprit Saint, reçoit de son Fondateur. C’est en effet l’homme qu’il s’agit de sauver, la société humaine qu’il faut renouveler. (Gaudium et Spes, n°4).
Le chemin est donc clairement tracé : respecter ce monde et lui montrer notre solidarité, entrer en dialogue, apporter les lumières de l’Evangile et la puissance salvatrice de Jésus dans les réalités de ce monde. Car nous savons (et en Martinique beaucoup en sont convaincus) que si l’Evangile n’est pas le levain de ce monde, celui-ci court à sa perte !

EEM : Mais on dit que Satan est le « prince de ce monde » !? Comment entrer en dialogue et espérer sauver un « royaume » dont certains pensent qu’il est foncièrement mauvais ?

Même si c’était vrai, pensez-vous que le Christ, qui est descendu aux enfers pour ramener à la vie ceux qui étaient tenus captifs de la mort serait incapable de sauver ce monde !? Pourquoi s’est-il incarné ? Pourquoi a-t-il souffert la passion ? Pourquoi est-il mort sur la croix ? Et pourquoi est-il ressuscité ? Sinon pour sauver le monde ! Cela dit, même si Satan apparaît parfois comme le prince de ce monde, n’oublions pas que Jésus-Christ en est le Roi, l’alpha et l’oméga. C’est lui qui a semé le bon grain. L’autre n’a fait que mettre un peu d’ivraie pour donner l’illusion qu’il a un pouvoir. En d’autres termes, la croissance visible et intempestive du mystère d’iniquité ne doit pas nous détourner de l’Espérance de la croissance du Royaume de Dieu : « n’ayons pas peur » !
D’ailleurs, ce thème est la suite logique du Jubilé de la Miséricorde : Si Dieu nous a arrachés à la misère pour nous transplanter dans sa lumière, ne peut-il le faire pour les réalités de ce monde marquées par le mal !? Miséreux nous-mêmes, nous ne pouvons pas regarder ce monde de haut, mais comme des malades relevés par la grâce du seul médecin de nos vies : Jésus ! En d’autres termes, l’Eglise doit entreprendre ce chantier avec humilité et charité, consciente qu’elle est elle-même un « hôpital de campagne » et non un club de saints.

EEM : Sur quoi l’Eglise peut-elle dialoguer et guérir le monde ?

D’abord, si l’Eglise désire entrer en dialogue avec le monde sur différents sujets, c’est parce que l’Esprit la convoque et lui donne mandat de porter la lumière de l’Evangile. Les thèmes changent selon les époques et les lieux, c’est pourquoi nous sommes invités à « scruter les signes des temps », mais le mandat reste le même. C’est un mandat prophétique.
Donc, pour répondre à votre question, bien des sujets de société intéressent l’Eglise, notamment ceux qui concernent la vie et le bonheur de l’Homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu : sa vie sociale, c’est-à-dire étymologiquement « la politique », la justice, son rapport à la nature, la paix dans le monde, le travail, les loisirs, la culture, les religions… Au niveau mondial, nous savons à quel point le Vatican et le Pape jouent un grand rôle en ces domaines au nom du Christ. À l’échelon local, il doit en être de même.
Dieu merci, la pensée de l’Eglise est ancienne et profonde et elle est de plus en plus écoutée, d’autant plus que les grandes idéologies mensongères se sont écroulées ces dernières décennies. C’est donc le moment favorable de proposer au monde cette visée inspirée par l’Evangile, gratuitement et sans arrière-pensée. L’Eglise ne défend aucun intérêt particulier lorsqu’elle apporte sa contribution au monde ; par amour, elle offre les lumières de la Parole de Dieu.

LES ATELIERS DU CHANTIER

EEM : Quels ateliers sont pour vous nécessaires ?

Je souhaite qu’il y ait les trois ateliers suivants :

1) La diffusion de la « Doctrine Sociale de l’Eglise  ». Au moyen de la pensée de l’Eglise sur les rapports des hommes entre eux dans la société, comment aider le monde politique, le monde de l’entreprise, les décideurs, les communiquants à bâtir une Civilisation de l’Amour et du respect de la Nature.

2) La création et l’animation de pastorales spécialisées, selon les réalités sociales : le tourisme, la culture, les migrants, le monde de la mer…

3) La réflexion prophétique sur l’avenir de la société martiniquaise pour préparer l’Eglise aux évolutions futures.

EEM : Eh bien Monseigneur, comme d’habitude, dites-nous ce que vous attendez de ce travail !

La société martiniquaise se cherche ; souvent « la » politique déçoit et divise. Or, il se trouve que l’Eglise a quelque chose à dire au monde. La diffusion de la Doctrine Sociale de l’Eglise est la traduction politique de l’Evangile. Les principes de cette vision politique sont simples ; ils relèvent du bon sens ; ils ne sont ni de droite ni de gauche. Et l’expérience montre que ces principes ont en général l’assentiment de tous quand on les exprime de façon adéquate. Encore faut-il les exprimer et pour cela les connaître. Malheureusement, même les catholiques ignorent ce trésor de leur Eglise.

Or, l’attente est grande. Il est urgent de redonner espoir en la Martinique aux Martiniquais et surtout aux jeunes. Alors que tant de personnes de l’extérieur viennent chez nous, deviennent créateurs et exploitent avec intelligence le potentiel de notre île, il faut que cet atelier montre qu’il y a encore chez nous des places au soleil. Il ne faut plus que notre jeunesse n’envisage son avenir qu’en regardant vers l’extérieur. Qu’ils redeviennent des bâtisseurs remplis d’espérance ! Je suis persuadé qu’en Martinique il y a, certes, peu d’emplois, mais qu’il y a du travail. Il faut inciter les jeunes à créer eux-mêmes leur travail plutôt que d’attendre un emploi. Le pape François l’affirme sans ambiguïté : « Il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale. » (Laudato Si n°129). J’ai demandé spécialement à l’Action Catholique de faire un recensement des raisons socio-économiques d’espérer dans l’avenir du pays. Ce recensement nourrira la réflexion des prêtres, des fidèles et des groupes de formation des jeunes.

Il faut aussi que tous les chrétiens qui s’intéressent aux questions sociales, politiques, économiques et écologiques connaissent l’enseignement de Laudato Si, l’encyclique du pape François, saluée dans le monde entier comme un sommet de la sagesse humaine et un texte fondateur d’une Civilisation du Bonheur ! Je souhaite que toutes les entités ecclésiales veillent à donner accès à cet enseignement au plus grand nombre par des conférences, des groupes de travail ; pourquoi ne pas profiter de certaines homélies !? Je pense notamment à l’Observatoire Socio-Politique de l’Eglise en Martinique (l’OSPEM) dont j’ai confié l’organisation et l’animation à Yves-Marie Grivalliers, accompagné du père Benjamin François-Haugrin. Il s’agira aussi d’entrer en dialogue avec le monde politique et de former les fidèles à cette pensée. Cet atelier comprend aussi la promotion des mouvements et des groupes comme les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, le réseau Zachée, qui mènent une réflexion et offrent un accompagnement spirituel à des décideurs.

EEM : Vous êtes ambitieux Monseigneur !?

Je vous ai déjà dit que j’ai l’ambition que la Martinique devienne la première société au monde à bâtir une Civilisation de l’Amour et de l’Écologie intégrale, celle qui englobe et unifie profondément l’Homme, la nature, l’activité humaine… et Dieu ! Mais, pour l’instant, mon ambition est de voir notre Eglise non pas se calfeutrer dans des sanctuaires, mais jouer pleinement son rôle dans cette société.

EEM : Ensuite, vous nous proposez un atelier pour répondre aux besoins de certains milieux précis. C’est cela ?

Oui. En « scrutant les signes des temps » (cf. Vatican II), nous entendons des appels de ce monde, les lieux où le monde ouvre une porte et réclame la présence des témoins du Christ. Mon année de visites et de rencontres m’a montré différents milieux qui attendent de l’Eglise une présence, une réponse, un témoignage, des semailles, une âme : l’animation de Pastorales spécialisées.

EEM : Qu’est-ce qu’une « Pastorale spécialisée » ?

C’est un service, un groupe de personnes issu d’une réalité sociologique cohérente (par exemple : les jeunes, les migrants, les artistes…) accompagné par un « Délégué Diocésain » qui cherche les moyens de faire de l’Évangile le ferment de ce milieu particulier. On emploie aussi le terme « d’aumônerie » animée par un « aumônier ». Ce groupe de personnes va chercher à Montrer Jésus et répondre aux besoins pastoraux spécifiques (accompagnement, réflexion, rassemblements, formation, prière, sacrements…).

Dans d’autres chantiers, nous avons déjà parlé de l’urgence de la Pastorale de la Famille, de la Pastorale des Hommes, de la Pastorale des Jeunes ou de la mission de l’Aumônerie Antilles-Guyane en Métropole. Dans le cadre de cet atelier-ci, nous pouvons noter qu’il y a dans notre diocèse des pastorales qui sont déjà à l’œuvre : la Pastorale de la Santé (aujourd’hui animée par le Dr Joël Boko et son équipe diocésaine) ou l’Aumônerie de la Prison (animée par le diacre Emmanuel Lordinot et accompagnée par le père Thierry Aurokiom).

Mais j’aimerais insister sur d’autres pastorales qui ne sont pas assez ou pas du tout mises en œuvre dans notre diocèse et qui doivent l’être urgemment dans le cadre de ce chantier.

EEM : Quels sont donc ces lieux et milieux où l’Eglise doit intensifier son action ?

D’abord, la Pastorale du Tourisme, que j’ai confiée au père Luc Philippon. Il s’agira d’accompagner les professionnels de ce monde, de penser à des moyens (documents, évènements, formation…) de Montrer Jésus à ceux qui passent en Martinique et qui sont souvent frappés par l’expression de la foi chez nous et de développer un véritable accueil des visiteurs, y compris de nous-mêmes lorsque nous visitons notre pays.

EEM : Encore l’Accueil !?

Exactement ! C’est l’un des maîtres mots de ECCLESIA’M 2020 ! Il faudra mettre en œuvre par exemple l’ouverture des églises demandée par le pape en ces termes : « L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close » (Evangelii Gaudium, n°47).

Dans le même ordre d’idée, il faudra davantage développer la Pastorale de la Culture et l’Aumônerie des Artistes, portée par Olivier Cypria. Il s’agit d’encourager le monde culturel dans son ouverture, quasi naturelle chez nous, aux apports de l’Evangile et de l’Eglise catholique. Le travail de Bélè Légliz, de plusieurs prêtres artistes, ou de nos milliers de choristes y est pour beaucoup. Mais il y a aussi les artistes professionnels, les artisans d’art, les écrivains, les poètes, les plasticiens, les associations comme Transcendans et bien d’autres qui œuvrent en ce sens pour la Gloire de Dieu et le salut des hommes.

Je compte beaucoup aussi sur le travail de la Pastorale des Migrants confiée maintenant au père Snell Nord, pour trouver les moyens d’accueillir nos frères venus d’ailleurs dans notre communauté et les aider à trouver leur place dans la société. Il est incompréhensible que bon nombre d’entre eux ne trouvent pas dans notre Eglise un lieu d’accueil fraternel et une famille spirituelle. Je pense à nos chers frères Haïtiens et autres Antillais, mais aussi aux Européens de plus en plus nombreux. Certains sont en grande difficulté, mais pas tous cependant. Tous, par contre, nous apportent de grandes richesses spirituelles et humaines. Honte à nous si nous ne savons pas nous ouvrir à cette visite de notre Seigneur sous les traits de l’étranger. Surtout que c’est un sujet d’avenir dans une Martinique où la population autochtone vieillit et diminue rapidement.

Enfin, je pense à la Pastorale de la Mer que j’ai confiée au père Hyppolite Toglobesse. J’ai reçu un accueil très touchant de ce monde de la mer lors de mes visites pastorales, en particulier de la part des marins-pêcheurs et de leurs familles. J’ai vraiment senti une attente d’un accompagnement de l’Eglise dans ce milieu où la foi, l’espérance et la charité sont nécessaires. J’ai aussi entendu des appels des agriculteurs et du monde des transports… J’espère que des actions concrètes se mettront en place dans le cadre d’ECCLESIA’M 2020 !

En tout cas, je me réjouis d’avoir pu, aux dernières nominations, jeter les bases de la structuration de ces pastorales. D’ores et déjà, des responsables sont au travail, des contacts sont pris dans ces différents milieux et des projets sont en cours de réalisation. Cependant, il reste à produire une vraie réflexion et à structurer un minimum ce travail. C’est un bel atelier !

EEM : Vous avez appelé le dernier atelier de ce chantier « Réflexion prophétique ». Qu’est-ce-à dire ?

« The last but not the least ». En effet, c’est le dernier, mais ce n’est pas le moins important.

Jésus nous dit : « Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera une chaleur torride, et cela arrive. Hypocrites ! Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ? » (Luc 12,54-56). Les autres ateliers s’attelleront à scruter les signes du temps présent et à y répondre par des pastorales adaptées. Mais cet atelier de réflexion prophétique est la réponse à l’invitation du Seigneur de scruter les signes des temps à venir, pour saisir les évolutions de la société dans les prochaines décennies, voir les dangers et les appels en matière religieuse, sociale ou morale…

Il y a les opportunités, mais aussi les menaces pour la foi, pour l’Eglise et même pour la société. L’exemple le plus clair est celui du vieillissement. Si notre société va avoir une moyenne d’âge élevée et moins de jeunes, à quoi va ressembler la vie de l’Eglise : quels ministères pour quelle société !?. Par qui et comment seront utilisées les structures et les bâtiments ? Il faudra adapter. Il n’y aura plus autant d’enfants dans la société et donc au catéchisme (cela a déjà commencé).
Et si nos jeunes sont en grande partie à l’étranger, de qui sera composé le monde du travail ici ? De Martiniquais ? de migrants ? quelle religion auront-ils ? Comment l’urbanisme va-t-il évoluer ? Notre organisation ecclésiale est-elle conforme ? Les choses changent vite, plus vite qu’avant. Quand j’ai quitté la Martinique, il y a près de 25 ans, il n’y avait quasiment personne dans les rues ; aujourd’hui, beaucoup de jeunes hommes s’y retrouvent et notre pastorale est prise au dépourvu…

EEM : Vaste programme !?

Oui, plein de questions afin de continuer notre mission de Montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise !



 


"Bâtir une éducation chrétienne"

 

5 novembre 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Pour ce troisième chantier de conversion pastorale d’Ecclesia’M 2020, Mgr Macaire propose une réflexion générale sur la problématique de la jeunesse, et présente les trois ateliers du chantier.

ECCLESIA’M 2020 ! 3ème Chantier de Conversion Pastorale

REFLEXION GENERALE

EEM : Monseigneur Macaire, nous abordons aujourd’hui un troisième chantier : « Bâtir une éducation chrétienne ». Qu’entendez-vous par là ?
En arrivant en Martinique, tout le monde m’a dit que le principal problème du pays était la détresse de la jeunesse (désœuvrement, violence, débauche, exode, chômage, etc.). Quand je dis « tout le monde », ce sont les prêtres, les fidèles, les politiques, les éducateurs, les journalistes, les chefs d’entreprise, les policiers… Enfin, tout’moun ! Ensuite, mon ministère épiscopal m’a donné de rencontrer de nombreux jeunes, et j’ai voulu les écouter et les comprendre. Leur jugement sur leur génération est parfois plus sévère que celui des adultes.

EEM : Quelle est selon vous le problème de notre jeunesse ?
Tout d’abord, je ne pense pas du tout que la jeunesse d’aujourd’hui soit pire que la jeunesse d’hier. Par contre, ils se sentent frappés d’une sorte de « malédiction » : on leur a dit que le monde allait mal, de plus en plus mal ; on les a élevés comme des petits rois pour qui tout était permis et accessible, mais on leur a ensuite dit qu’ils étaient finalement incapables de bâtir un monde meilleur ; on les a éduqués culturellement avec la TV et internet, sans contact avec la vraie vie : le goût de l’effort, les vrais amis, la nature, le silence et Dieu… Bref, nous avons suspendu une épée de Damoclès sur leur tête en disant qu’au moindre échec ils seraient perdus… Ils ont fini par croire à nos prophéties de malheur.
Ainsi, beaucoup de nos jeunes n’ont plus aucune espérance, ni en eux-mêmes, ni en notre pays… et ni, malheureusement, en notre Eglise. Le monde leur paraît une jungle dans laquelle ils ne peuvent survivre que par la domination (preuve en est que pour qu’ils puissent naître et vivre dans le confort, toute une génération de leurs frères et sœurs n’ont pas vu le jour !) ; la TV et les réseaux sociaux leur ont fait croire qu’il n’y a qu’un rêve, qu’un bonheur : devenir des stars et être infiniment riches avec des plaisirs sans fin… La domination égoïste et le rêve : deux mensonges ! Un cocktail morbide qui a fini par exploser !
Les plus doués se détournent de la foi et des valeurs de l’Evangile, pour servir le dieu-réussite qui les dévore. Les autres se disent qu’ils n’ont plus de place au soleil du pays ; ils s’effondrent et fuient dans la délinquance, la pornographie, le sexe, les drogues…. La rue pour les garçons, l’avortement pour les filles sont les fruits d’un seul et même manque d’Espérance, pour ne pas dire d’un désespoir généralisé !
On peut accuser l’invasion de la « culture de mort » liée à la mondialisation et aux réseaux sociaux, mais vous et moi n’y pouvons rien sinon, justement, de Bâtir une Education Chrétienne ! Une éducation capable de préserver nos jeunes de l’impact de cette civilisation violente et hédoniste.

EEM : N’y a-t-il pas de bons éducateurs en Martinique ?
Bien sûr qu’il y en a. Mais l’éducation est un tout : famille-école-Eglise-médias-associations… et ce « tout » n’est pas assez uni chez nous.
Tout d’abord la famille : sans la famille, pas d’éducation, même si elle est parfois blessée par l’absence de père et toutes les autres failles (déjà abordées dans le premier chantier). C’est elle, avant l’Etat et avant l’Eglise, qui éduque les jeunes.
Ensuite la société : je suis très inquiet, comme je l’ai écrit dans le mot de l’évêque du n° 527 de Eglise en Martinique [1], de l’exode des jeunes leaders de 20 à 30 ans, seuls capables, à grande échelle, de tirer les jeunes de 14 à 18 ans vers le haut. C’est un vrai problème...

EEM : Et l’Eglise ?
Soyons francs : l’Eglise catholique est directement concernée par ce problème. Elle porte une vraie responsabilité. Chez nous, près de 56% des jeunes sont catéchisés : c’est le plus fort taux de France ! Dieu merci, il y a une jeunesse catholique formidable qui comble de joie, d’espoir et de confiance mon cœur de Pasteur. Ils ne sont pas « mieux » que les autres, mais beaucoup ont rencontré Jésus et sont remplis d’espérance. Mais ils sont bien peu nombreux, à peine 10% des confirmés. Où sont les autres, les 99 brebis qui ont quitté l’enclos et qui se perdent !? C’est terrible ! Qui a jeté de l’ivraie dans notre champ ? Et à quel moment ? Pourquoi si peu ont été vraiment éduqués à la construction de soi, à la culture, aux valeurs, à la pureté et aux autres vertus… ? Et surtout comment se fait-il que nous n’ayons pas réussi à enseigner la foi de façon vivante et vivifiante ?
J’invite donc à une véritable remise en question de nos familles et de nos institutions (catéchisme, enseignement catholique, pastorale des jeunes, mouvements…). C’est précisément l’objet de ce chantier.

INTERVIEW de Mgr Macaire sur les ateliers du chantier
« Bâtir une éducation chrétienne »

EEM : Chaque acteur de l’Education catholique doit-il constituer un atelier de ce chantier pour « bâtir une éducation chrétienne » ?

En quelque sorte, oui. Sachant que l’Enseignement Catholique (sous la direction du père Alain Ransay) et les mouvements étant des entités propres, doivent opérer en interne leur « conversion missionnaire » en fonction de leurs compétences, de leurs fonctionnements, de leur pédagogie et de leurs charismes particuliers. Le diocèse sera là pour les accompagner. Par contre, le catéchisme et la pastorale des jeunes concernent l’ensemble de la famille diocésaine. Dont voici les trois ateliers :

  • L’aggiornamento du Catéchisme : Pour faire faire l’expérience de Dieu et de l’Eglise à toute la famille de l’enfant, il faudra impliquer les parents, repenser les rythmes, la pédagogie et les supports, et trouver les moyens de mieux assister les catéchistes.
  • La préparation aux sacrements de l’initiation qui ne devra plus être liée à l’âge ou à la scolarité des enfants, mais effectuée avec la participation de leur famille.
  • La pastorale des jeunes qui doit faire l’objet d’une vraie réflexion pour pallier l’absence de jeunes animateurs, former des leaders, fournir aux responsables une « boîte-à-outils » pédagogique, faire des propositions aux étudiants, imaginer des solutions pour les jeunes en difficulté, accompagner les groupes de servants d’autel et les vocations.

EEM : Parlons du catéchisme !? C’est un grand atelier, vous nous rappeliez que nous sommes les premiers en France en taux de catéchisation. C’est donc un élément capital de la vie de l’Eglise et de la société.

Avant tout, je voudrais louer et bénir les centaines de personnes qui se dévouent pour faire le catéchisme aux enfants et aux jeunes. Et, en premier, féliciter l’Equipe diocésaine et son responsable, le diacre Pierre Valey, qui animent notre armée de catéchistes et d’éducateurs avec tant de bonté et de compétence.

L’aggiornamento du Catéchisme vise avant tout une priorité : faire faire l’expérience de Dieu et de l’Eglise à toute la famille de l’enfant. Car il faut rappeler à tout le monde (aux familles, aux catéchistes et aux curés) que ce sont les parents qui sont les premiers responsables devant Dieu de l’éducation chrétienne de leurs enfants. Donc, si les parents sont exclus ou s’excluent du catéchisme, nous faisons une œuvre qui ne vient pas de Dieu.

Je demanderai donc à cet atelier de réfléchir aux moyens possibles d’impliquer directement les parents dans le catéchisme. Cela veut dire une vraie conversion des responsables et des familles. C’est désormais une priorité absolue, comme je l’ai dit dans la description des ateliers sur la famille. Que le catéchisme en Martinique se transforme en un grand mouvement d’évangélisation des familles et des parents. Je rappelle que le catéchisme des parents se pratiquait déjà en Martinique il y a quelques années. Je ne sais pas pourquoi on a reculé dans ce domaine. Donc, le rôle des catéchistes évoluera d’ici 2020 en accompagnement des familles, comme pour la préparation au baptême ou au mariage. Plus l’enfant grandira, plus il aura affaire avec les catéchistes-éducateurs. Mais, en aucun cas, l’implication des parents ne sera une option.
Le « caté » régulier et hebdomadaire doit rester un principe de base. Mais pas tel qu’il est aujourd’hui où il exclut les parents et ne produit pas assez de fruits. Tout le monde me l’a dit.

EEM : Ce ne sera pas facile pour tous les parents de participer aux séances de catéchisme !?

En effet, raison de plus pour être créatif : On peut imaginer par exemple des visites systématiques des familles, ou des séances de caté dans l’une ou l’autre famille des enfants du groupe à tour de rôle. C’est l’occasion aussi de repenser à nouveaux frais les rythmes et la pédagogie, en particulier en ayant une meilleure intelligence de la réforme scolaire et du collège, pour comprendre si ce que nous proposons comme horaires et comme cursus est bien adapté à ce que les jeunes reçoivent à l’école. On pourrait introduire des récollections et des mini-retraites de façon plus systématique. Certaines paroisses proposent aussi une pédagogie nouvelle pendant les vacances et je pense que ceci doit se généraliser. C’est l’occasion d’avoir une pédagogie moins scolaire. Par exemple, pourquoi l’Eglise ne saurait proposer aux familles qui sont en vacances, d’où qu’elles viennent, un programme ludique et intense de catéchisme et préparation aux sacrements… ? Pourquoi faut-il absolument se calquer sur la période scolaire lorsque le sport, l’école et tout le reste envahissent l’emploi du temps ? Des paroisses de métropole retrouvent l’utilité (surtout avec les nouveaux rythmes scolaires) de refonder des patronages. Nous devons y réfléchir (les familles et les municipalités sont très intéressées). Je voudrais aussi qu’il y ait des tests de connaissance : pourquoi pas sous la forme de concours diocésains ou une forme ludique, mais en tout cas un moyen motivant d’évaluer les connaissances.

EEM : Pensez-vous changer aussi les manuels de catéchisme ?

En effet, un des points majeurs de cet atelier concerne les parcours, les supports et la pédagogie du catéchisme. Au XXIéme siècle, avec des jeunes qui sont toujours sur leur portable, certaines personnes m’ont suggéré un passage au tout-numérique. Mais cela demanderait des compétences que n’ont pas forcément les catéchistes. Je pense aussi que les supports papier ont l’avantage de rester dans les familles et d’être consultés même des années plus tard. Je sais que des catéchistes se plaignent des manuels, mais y a-t-il des manuels parfaits ? Remettre un livre, quel qu’il soit, entre les mains des catéchistes suffit-il ? Certes, il faudra penser à de nouveaux supports, mais le plus important sera de trouver un moyen d’assister les catéchistes dans leur pédagogie. J’ai rencontré une équipe où la responsable propose des fiches pédagogiques à chaque séance, et ses catéchistes sont les seuls à ne pas s’être plaints du manuel actuel. C’est une piste à creuser ! Les fiches seraient plus souples, plus pédagogiques ; elles proposeraient des éléments du manuel (texte, image,…), un jeu, un chant (local), un document multimédia et surtout un lien avec la liturgie comme le demandent les catéchistes et… le pape François ! Il parle de « l’initiation mystagogique, comme d’une valorisation renouvelée des signes liturgiques de l’initiation chrétienne » (EG N°166).

EEM : C’est beaucoup de choses !?

Et ce n’est pas fini ! Mais nous avons 4 ans pour mettre tout cela en place !... Parlons maintenant de la préparation aux sacrements de l’initiation. Elle ne doit plus être idiotement calquée sur le niveau scolaire et sur l’âge des enfants. Elle doit être à la fois plus courte, plus intense et concerner toute la famille. Notamment pour la première communion. Ce n’est pas l’enfant seulement qui doit aller à la messe, c’est toute sa famille. Mais celle-ci doit impérativement se sentir accueillie, attendue, encouragée, aimée. Les catéchistes et la communauté paroissiale doivent leur montrer Jésus.

Le système actuel n’est pas satisfaisant. Les catéchistes s’épuisent en vain et une distance se crée avec les parents. La méthode ne tient pas compte des familles, ni de l’évolution spirituelle de chaque enfant. Parfois, même au bout de trois ans de catéchisme, ni la famille ni l’enfant ne sont vraiment prêts à recevoir Jésus, alors que d’autres enfants y sont disposés depuis l’âge de 7 ans. Je demande à ce que les parents puissent demander l’autorisation de faire faire la première communion à leur enfant dès que celui-ci est prêt, dès la première année de catéchisme s’il le faut, et même avant. Si ces parents sont impliqués et suivent une formation en famille proposée par la paroisse et accompagnée par des catéchistes, quel que soit l’âge de l’enfant, il n’y aucune raison d’attendre. Le pape saint Pie X a demandé de faire faire la première communion à l’âge de raison.

Par contre, la paroisse et les catéchistes se chargeront d’accompagner ce choix des parents, de mettre des normes, de visiter et de guider la famille dans la démarche sacramentelle. Si la famille est très éloignée de l’Eglise, il sera d’autant plus nécessaire d’en prendre soin et de l’accompagner. En aucun cas la réception d’un sacrement ne dispensera une famille de la participation au catéchisme régulier.

EEM : Monseigneur, c’est une révolution !?

En esprit, peut-être ; en pratique, pas tant que ça. Il nous faudra inverser la responsabilité : la paroisse aide les parents et non l’inverse. Par contre, ce n’est pas une révolution pour la théologie pastorale catholique qui ne nous laisse pas le choix. Ce sont les parents qui s’impliquent ou rien.

Du point de vue pratique, ce n’est pas non plus une révolution mais une évolution. Ce système est celui que nous proposons déjà pour les préparations au baptême ou au mariage. Nous ferons de même, avec des adaptations, pour la Première Communion et la Profession de Foi. Vous voyez, ce n’est pas un scoop !

Cela dit, on sait très bien qu’on ne pourra pas mobiliser des parents toutes les semaines. Il faudra leur proposer des sessions courtes et intenses à plusieurs dates dans l’année avec des horaires et des méthodes adaptés, où ils s’inscriront librement. En fin de préparation, il faudrait proposer une retraite familiale joyeuse. Les districts, les paroisses, les PCE et les mouvements pourraient s’impliquer. La charte des familles présentera tout cela.

EEM : Et la confirmation !?

Ha ! Parlons-en. D’abord, il y a de très belles choses. Ma rencontre avec ces plus de 3000 jeunes par an m’a beaucoup ému et réjoui. Mais j’avoue que je suis bien triste, oui triste, lorsque je repasse dans les paroisses et que je ne vois qu’une infime partie de ces jeunes à la messe. Je ne me suis pas encore habitué à l’absence des jeunes et je ne veux pas m’y habituer. J’en ai assez de raconter ma « vieille blague » des pigeons qui, une fois confirmés par l’évêque, sont sortis de l’église pour ne plus en revenir, alors que rien n’avait pu les en chasser auparavant ! Disons-le franchement, les équipes sont merveilleuses, mais il y a un échec à la clé. En Martinique comme ailleurs. Après 7 à 8 ans de catéchisme, très peu de jeunes ont vraiment fait l’expérience de l’Eglise, l’expérience du Seigneur et très peu sont devenus des témoins. Donc, c’est à mon tour de dire la fameuse phrase : « i za tan pou nou fini épi sa ! »

Ce n’est pas de la faute des jeunes. S’ils ne sont pas fidèles à leur promesse, c’est aussi parce que leurs familles ne sont pas assez impliquées dans leur vie chrétienne et que, dans beaucoup de paroisses, il n’y a plus rien après la confirmation, faute d’animateurs, comme je l’ai déjà dit. C’est un drame. J’y reviendrai.

EEM : Que proposez-vous ?

Tout d’abord, je demande une réflexion de fond sur l’âge et la pédagogie de la Confirmation. La théologie ne valide pas notre pratique actuelle d’en faire le sacrement-récompense de ceux qui ont fait deux ou trois ans de catéchisme en plus. La Confirmation est la suite du baptême. Elle est un don, un cadeau de Dieu pour chaque baptisé.

Qui plus est, nous avons la mauvaise idée de proposer le cheminement en classes de 4éme-3éme, l’âge le plus difficile. Ainsi, arrivés au lycée, les jeunes oublient leur promesse, pourtant sincère, et tournent « naturellement » la page. Ils voient la religion comme une discipline pour les « petits collégiens ». Donc, la tentative de faire mûrir davantage les jeunes avec deux ou trois années de cheminement après le catéchisme ne produit pas des témoins du Christ. C’est pourquoi, de plus en plus de diocèses de France reviennent à une confirmation en même temps ou même avant la Profession de Foi.
Il faudra donc envisager, par exemple, de confirmer tous les jeunes dès la fin du catéchisme, et bâtir un cheminement en forme de préparation aux ministères et à la vie théologale pour les jeunes lycéens ou étudiants qui souhaitent volontairement s’engager dans l’Eglise et y prendre des responsabilités (comme devenir parrain ou marraine, par exemple). A ceux-là, on proposerait un engagement solennel. Ce chemin devra comporter trois éléments : une expérience pastorale (dans un groupe de jeunes), une expérience d’Eglise (un service ou un ministère) et une expérience spirituelle (avec des recollections et des retraites) et s’achèverait par l’octroi d’une mission d’Eglise. Certainement, ce nouveau cheminement comportera moins de jeunes, mais ceux qui viendront seront motivés. Mieux vaut 12 apôtres que 200 demi-chrétiens. Une question se posera : Si le nouveau « cheminement » ne s’adresse qu’à des lycéens, quelle offre pour les collégiens : rassemblements, mouvements, institutions nouvelles (aumôneries, patronages !) ? J’attends des idées. Je demande donc à cet atelier de réfléchir sur ces pistes et leurs conséquences et de me faire des propositions.

EEM : Et après la confirmation, que proposera l’Eglise en 2020 ?

Ce qu’il y a aujourd’hui ! Avant et après la confirmation, l’Eglise développe, non sans difficulté, certes, une Pastorale des Jeunes. C’est le troisième atelier de ce chantier. Cette pastorale a toujours été très active en Martinique. Mais la tâche est difficile et demande un incessant renouvellement.

Il faut d’abord effectuer une vraie réflexion sur l’absence de jeunes animateurs pour imaginer des solutions palliatives : faut-il envisager d’employer des animateurs professionnels post-cheminement ? Faut-il créer, comme dans certains diocèses voisins de la Caraïbe, un programme systématique de formation pour les « young catholic leaders » ? et engager prioritairement tous les jeunes de 18 à 30 ans qui sont encore au pays à devenir des animateurs des mouvements de cette pastorale ? Cela demandera de vérifier que des adultes trop zélés n’empêchent pas les jeunes de prendre en main ces groupes !

Les responsables sont démunis et doivent réinventer à chaque fois des choses que d’autres ont déjà expérimentées. Il faut donc créer des « boîtes à outils » d’animation et d’activités pour les aider. Dans cette « boîte à outils », chaque responsable pourrait puiser, « à la carte », des idées de témoins, de lieux d’accueil et de prière, de documents culturels, de visites, de jeux, de chants, de livres, de films ou de spectacles, ou de documents multimédia, de conseils, de sessions de formation et, bien sûr, un calendrier de rassemblements diocésains et autres initiatives (défis, concours, etc.). L’animation d’un réseau de responsables devrait permettre un partage d’expérience et l’alimentation de la boîte avec des idées nouvelles ! Chaque âge aurait sa boîte à outils. Par exemple, les 14-18 : plutôt sport-musique et prière…

EEM : Et les étudiants ?

Sous ce terme, j’englobe tous les post-bac : les 18-25 ans à qui il faudra offrir de la formation, de l’accompagnement spirituel systématique, des réflexions sur la vocation et des actions envers les plus jeunes et les pauvres… J’espère aussi la création d’un rendez-vous, comme une « paroisse universitaire », qui soit mis en place pour tous les jeunes qui sont en post-bac ou en études professionnelles et qui veulent voir Jésus. Ce projet est déjà en cours grâce au zèle du père Olivier-Marie Lucenay.

EEM : Avez-vous pensé aux jeunes en difficulté ?

Oh oui ! Tous les jours. Je tiens à ce qu’une réflexion sur la création d’une pastorale appropriée pour les jeunes en difficulté soit menée. L’Eglise de 2020 (pas plus que celle de 2017 !) ne peut passer à côté de ces centaines de garçons livrés à eux-mêmes, sans tenter quelque chose. L’abbé Jean-Michel, l’abbé Zaïre ou l’abbé Morlan vont venir nous tirer les oreilles ! Il faudra trouver un moyen, avec des professionnels et des pasteurs, de proposer à ces jeunes un chemin de salut. En Jamaïque, par exemple, l’Eglise a lancé un "programme for non attached young people" en 5 points ‘1-Musique/ 2-Sport/3-Accompagnement/ 4-Éducation /5-Foi Catholique). Ici, pourquoi ne pas penser à développer des sortes de camps de formation !? Ou même un centre !? Même pour quelques-uns.

EEM : Monseigneur, en arrivant dans le diocèse, l’une de vos premières actions a été de créer une maison pour les séminaristes. Les vocations font-elles partie d’ECCLESIA’M 2020 !?

Oui, bien-sûr ! Les vocations sont un atelier à part entière. En plus des structures déjà en place (la Maison Saint-Jean-Paul II, le Foyer Saint Dominique Savio et les équipes de vocation), il faudra voir comment accompagner les jeunes vocations de façon plus personnelle, comment rejoindre ceux et celles qui partent faire leurs études en Métropole et qui voient naître une vocation à ce moment de leur vie (heureusement, le père Marcel Crépin devrait être un bon support pour ces jeunes).

Les groupes de servants d’autel feront l’objet d’une attention particulière. Ces jeunes qui servent la messe sont parfois les plus engagés dans l’Eglise. Parmi eux naissent des vocations. Ces groupes souffrent aujourd’hui de ce que les jeunes ne sont pas accompagnés personnellement, mais seulement pour leur service, par des adultes qui ne sont ni des animateurs ni des spécialistes en liturgie. Les servants doivent être dirigés par les jeunes eux-mêmes, sous les ordres du prêtre. J’ai déjà personnellement commencé à réfléchir à l’organisation et à la pédagogie qui leur convient. Notamment en vue d’une meilleure intégration des garçons qui sont aujourd’hui minoritaires, ce qui est très dommage. Une vraie coéducation permettra d’éduquer les garçons et les filles de façon distincte, en respectant les caractéristiques féminine et masculine... Vaste programme.



 


"Convertir la Pastorale en mission du parvis"

 

23 octobre 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Mgr David Macaire présente le deuxième chantier de conversion pastorale d’Ecclesiam’M 2020 en donnant, dans un premier temps, les raisons d’ouvrir ce chantier, puis en précisant les ateliers synodaux proposés dans le cadre de ce chantier.

Ecclesiam’M 2020 ! Deuxième Chantier de Conversion Pastorale

LES RAISONS DE CE CHANTIER SYNODAL

EEM : Monseigneur Macaire, le deuxième chantier d’ECCLESIA’M 2020 ! concerne la CONVERSION MISSIONNAIRE DE TOUTE LA PASTORALE. En quoi cela consiste-t-il ?

Ce chantier est la mise en œuvre pratique des documents majeurs du Magistère de l’Eglise ces dernières années dans la vie paroissiale. C’est un chantier essentiel, qui concerne toute l’Eglise Catholique. Récemment encore, j’en ai parlé à Rome avec des évêques du monde entier, de la Caraïbe, de France ou d’ailleurs. En septembre, j’ai travaillé pendant trois jours avec le clergé de la Guyane sur cette problématique. Voici quelques indications :

  • Evangelii Nuntiandi de Paul VI, Redemptoris Missio & Tertio Millenio adveniente de Jean-Paul II n’ont cessé de nous demander (« nous », c’est chaque chrétien, chaque famille, chaque paroisse, etc.) d’être fondamentalement missionnaires.
  • Le fameux Document d’Aparecida en 2007, des évêques de l’Amérique Latine et de la Caraïbe, consacre un chapitre entier à ce qu’il appelle « la conversion pastorale et le renouveau missionnaire de nos communautés ». Il déclare ceci, qui doit inspirer nos actions : « Une ferme décision missionnaire doit imprégner toutes les structures ecclésiales et tous les plans pastoraux des diocèses, des paroisses, des communautés religieuses, des mouvements et d’autres institutions de l’Église. Aucune communauté ne doit se dispenser d’entrer résolument, avec toutes ses forces, dans les processus constants de renouveau missionnaire, et d’abandonner les structures caduques qui ne facilitent plus la transmission de la foi » (Aparecida n°362).
  • Le Synode sur la Nouvelle Evangélisation, dans son message au monde du 26 octobre 2012, déclarait : « C’est à nous aujourd’hui de rendre concrètement accessibles des expériences d’Église, de multiplier les puits auxquels inviter les hommes et les femmes assoiffés, pour faire rencontrer Jésus, véritable oasis dans les déserts de la vie »).
  • Et surtout la grande Exhortation Apostolique Pastorale du pape François, Evangelii Gaudium (la Joie de l’Evangile), qui est le document pastoral majeur du Pape François : Aujourd’hui, dans cet “allez” de Jésus, nous sommes tous appelés à cette nouvelle “sortie” missionnaire. Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande pour sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile » (EG n°20).

Il nous faut donc sans cesse traduire en termes de structures et en actes concrets cette volonté prophétique que l’Esprit communique à nos pasteurs. Notre pastorale doit devenir à 100% missionnaire.

EEM : Pouvez-vous nous expliquer les raisons profondes de cette « Conversion » Pastorale ? Pourquoi !?

Parce que, en raison de circonstances locales et mondiales, nous sommes à un moment de notre histoire où l’équilibre social peut basculer en Martinique. Je l’ai expliqué dans ma lettre pastorale. En parlant de la peur, j’ai fait une référence implicite à la Constitution Pastorale de Vatican II « l’Eglise dans le monde de ce temps ». Celle-ci commence par deux mots « Gaudium et Spes » (les joies et les espoirs), mais les deux autres mots qui suivent sont plus importants, ce sont ceux auxquels le concile va répondre : « luctus et angor », « les angoisses et les tristesses de ce temps ». Le concile avait 50 ans d’avance. Car les angoisses et les tristesses n’ont cessé d’augmenter depuis. La violence semble croître dans le monde et chez nous elle atteint un paroxysme. Une sorte de « 3ème guerre mondiale » nous cerne et nous concerne. Le monde, et notre petite Martinique avec, est devenu une jungle. Il s’en suit une panique sociale systématique organisée par des puissances obscures qui poussent le peuple à deux types majeurs de (mauvaises) réponses : la religion facile et la consommation effrénée.

D’un côté, les mouvements religieux ésotériques et sectaires se développent comme autant de thérapies face aux angoisses suscitées par la culture de mort. Même certains chrétiens offrent une religion où l’expérience de Jésus est avant tout une recherche de consolation personnelle et une fuite du monde. D’autres systèmes plus ou moins archaïques proposent quelques règles morales, alimentaires et vestimentaires, simplistes et rassurantes, où se réfugient les esprits trop tentés par le péché et la violence…

L’autre choix, le plus courant et le plus terrible, face à la terreur ambiante, est de sombrer dans l’hédonisme ambiant et la société de consommation. C’est le fameux « mangeons et buvons car demain nous mourrons » de saint Paul aux Corinthiens… Tant de malheurs sur les enfants de Dieu livrés à Mammon.

EEM : Et vous-même Monseigneur, comment voyez-vous les choses pour la Martinique ?

Merci de me poser la question. J’ose dire que même si le Magistère de l’Eglise ne nous avait pas placés dans cette dimension de la Mission, celle-ci s’avère vitale, VI-TALE, (je pèse mes mots) pour l’Eglise du Christ qui est en Martinique aujourd’hui.

Soyons clairs. Les paroisses de Martinique vont bien et même très bien. Elles sont le Corps du Christ au milieu de la cité des hommes, elles sont vivantes, ferventes et joyeuses. La plupart peuvent encore surfer sur la vague pendant quelques années. Mais le rivage s’approche ! Si l’Eglise s’endort, si nos communautés paroissiales ne convertissent pas leur pastorale en mission, dès aujourd’hui, si elles ne sont pas « en sortie » (comme dit le pape François), elles laisseront les femmes et les hommes de ce pays aux mains des vampires dans des chemins de perdition. Il y aura non-assistance à peuple en danger. Les chrétiens vieilliront alors tranquillement dans l’Eglise, protégés par la foi, les pasteurs et les sacrements. Ils tiendront la route et auront bonne conscience, mais pendant ce temps le monde se perdra, leurs enfants et leurs petits-enfants avec ! Nous aurons à rendre des comptes devant Dieu.

En Martinique, de grands mouvements laïcs ont transformé durablement la société et l’Eglise et ont permis à des milliers de personnes de rencontrer Jésus et d’entrer dans l’Eglise, de faire l’expérience de l’Esprit et de devenir missionnaires. Il y a eu les Confréries, puis l’Action Catholique à partir des années 50 et, plus tard, le Renouveau Charismatique dans les années 80. Le temps est venu pour les paroisses de s’interroger sur leur dynamisme et leur capacité à poursuivre cette mission que les mouvements ont assumée et assument encore. Le pape François insiste beaucoup sur ce point.

Je souhaite que le Conseil Presbytéral se charge de ce dossier. On peut par exemple imaginer qu’un délégué « ECCLESIA’M 2020 ! » par paroisse soit nommé. Ce délégué sera membre du Conseil Paroissial et adjoint du Curé pour engager les mutations nécessaires. Il sera aussi le correspondant paroissial du Secrétariat Général, chargé de faire remonter les difficultés, les progrès, les questions, les suggestions.

EEM : Quelles sont les caractéristiques de la mission des paroisses en Martinique ?

C’est d’abord ce qu’on appelle une Mission du parvis  ! C’est-à-dire que cette mission ne consiste pas, pour l’instant, à aller vers des étrangers ; elle ne nous demande pas encore d’aller vers des gens des autres religions ; elle nous invite avant tout à accueillir ceux qui frappent à notre porte ou qui sont debout sur le parvis sans entrer dans nos églises.

Nos églises sont encore pleines (et encore pas partout), mais il y a plus de 50% d’enfants catéchisés, et un pourcentage plus élevé encore de baptisés ; la pratique est donc médiocre, en fin de compte ! D’un autre côté, des gens frappent à la porte de l’Eglise pour se préparer au mariage, demander des sacrements pour eux-mêmes ou leurs enfants, pour faire célébrer les funérailles de leurs défunts. Jusqu’à aujourd’hui, nous ne considérons pas assez cette situation comme une opportunité missionnaire, un appel de Dieu. Parfois, au contraire, nous avons un accueil administratif qui ne demande qu’un minimum d’implication, et de la part des demandeurs, et de la part surtout des responsables laïcs ou clercs de l’Eglise.

Il arrive même que des gens soient reçus avec peu d’égard ! Cela nourrit un certain ressentiment vis-à-vis de l’Eglise chez ces catholiques non-pratiquants. Je sais que tous ces frères et sœurs ne sont pas simples, ni toujours très cohérents dans leurs demandes et leurs choix de vie. Mais, souvent, ce sont des jeunes adultes et ils sont maintenus en dehors de la communauté. C’est grave. Notre avenir est en jeu.

Pourquoi, d’après vous, certains apostasient, passent à une autre religion, puis changent soudain de vie alors qu’ils ne le faisaient pas chez nous ? ou d’autres, fuyant la « religion », se perdent dans l’oisiveté, la vie facile, l’alcool, la drogue ou les milieux ésotériques !? Tout simplement parce qu’ils ont été accueillis et se sont sentis aimés… ailleurs ! On comprend alors la volonté très ferme du Pape François d’un « état permanent de mission et non d’une simple administration ». Nous souhaitons que nos paroisses « avancent sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont » (EG n°25). C’est clair ?

EEM : C’est clair !

LES ATELIERS SYNODAUX

EEM : Alors quels sont les ateliers que vous nous proposez Monseigneur ?

Trois gros ateliers. Les voilà :

  1. L’Accueil dans les paroisses, à l’église et au presbytère : pour établir un dispositif d’accueil à l’église le dimanche et dans les presbytères : bureau, téléphone, site internet… prendre en compte chaque paroissien et répondre positivement à ses demandes.
  1. L’ouverture des portes des Paroisses : pour servir les pauvres, décentraliser la vie paroissiale, établir des programmes paroissiaux d’évangélisation (cours Alpha ?), créer des groupes bibliques, proposer un catéchuménat pour tous et confier des ministères aux jeunes adultes.
  1. La Conversion des structures : pour renouveler régulièrement les cadres et les missions des laïcs, systématiser les Petites Communautés Ecclésiales, et notamment les communautés de quartier.

EEM : Peut-on entrer dans le détail de votre réflexion ?

Oui. Je souhaite qu’il y ait une véritable conversion des comportements d’accueil dans nos églises et nos presbytères. C’est l’élément central de cet atelier, et peut-être même de tout le plan ECCLESIA’M 2020 ! :

L’accueil dans les paroisses, dans les églises et dans les presbytères. Demain matin, si Jésus visite une de nos paroisses sous les traits de quelqu’un de mauvaise vie, si Marie-Madeleine débarque en pleurant ou si Matthieu le débauché arrive au presbytère, comment seront-ils accueillis ? Cette question me fait trembler. Mais je tremble plus encore pour les « vrais gens » qui arrivent à la messe ou au presbytère et qui ne sont pas des chrétiens habitués. J’ai peur pour eux. Sur qui vont-ils tomber ? comment seront-ils reçus ? va-t-on leur expliquer les choses avec patience s’ils font des demandes qui ne correspondent pas à nos critères ? Si quelqu’un vient ou revient à la messe pour la première fois, va-t-il avoir au moins un frère ou une sœur pour lui sourire, lui parler, lui demander « comment il va » ? ou va-t-il faire face à « des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques » comme dit le pape François (EG n°6) !? Pour aider les communautés à progresser en ce sens, je demanderai d’ici quelques mois à des « inspecteurs » anonymes, comme pour le guide Michelin, d’aller évaluer l’accueil dans chaque lieu d’Eglise !

EEM : Concrètement, comment cela doit-il se traduire selon vous ?

Voilà quelques éléments que j’espère voir mis en place d’ici 2020 :

Un dispositif d’accueil à l’église : Au moins pour chaque messe, il pourrait y avoir une équipe d’accueil souriante et qui va au-devant des gens, surtout des inconnus et des marginaux, un bureau d’accueil habilité à donner tous les renseignements, une cellule d’écoute pour ceux qui auraient quelques détresses à confier ou besoin d’une écoute particulière, des personnes formées aux premiers secours disponibles et des infrastructures indispensables comme des WC propres ! Certains dimanches, même si nous sommes des centaines (raison de plus !), on gagnerait à rompre l’anonymat ; les paroissiens pourraient porter une étiquette avec leur prénom. C’est quand même inadmissible qu’on ait pris l’habitude d’être des anonymes à la messe alors que sur internet, sur les plateformes téléphoniques, dans les soirées, dans l’avion ou dans les magasins, les gens vous appellent par votre nom ! Déjà certaines paroisses organisent de temps en temps des « bwè-mangé » communautaires. Je pense que de façon simple, conviviale et gratuite, des repas ou des apéros, des agapes fraternelles peuvent être partagés de temps en temps à la sortie des messes, pour que tous puissent échanger et se connaître. Je sais que ce n’est pas dans notre culture antillaise de rester après la messe (même pour le prêtre), mais la culture évolue : d’autres populations s’installent chez nous (ne serait-ce que les touristes) et il y a de plus en plus de personnes seules dans le pays ; tout le monde n’a pas une famille à retrouver le dimanche (… et ça non plus, ce n’était pas dans notre culture !).

Une équipe de Caritas (des membres du Secours Catholique ou de Saint-Vincent de Paul) à chaque messe pourrait se tenir d’astreinte pour porter de l’aide aux nécessiteux qui viendraient à nous demander un secours.

EEM : Tout se passe à l’église et à la messe ?

Non. Le presbytère est souvent le premier contact pour ceux qui ne connaissent rien à la vie paroissiale. C’est donc un lieu majeur de cette pastorale paroissiale du parvis pour ceux qui sont loin ou qui se sont éloignés de l’Eglise. J’insiste donc sur…

Le bon accueil dans les presbytères est capital. Le presbytère est le premier contact pour ceux qui ne connaissent rien à la vie paroissiale. Les locaux qui reçoivent le public, l’accueil téléphonique, la gestion du site internet, les procédures d’inscription au catéchisme ou à tout autre service… tout doit être repensé en vue de l’accueil des personnes les plus éloignées de l’Eglise. Certaines paroisses font des efforts sur ce point. Mais il faut généraliser cet élan. Il est inadmissible qu’on reçoive parfois chez nous un accueil moins chaleureux que dans les administrations ou les magasins. C’est une honte pour le Christ. Je me montrerai sévère envers les personnes (bénévoles ou salariées) qui donneraient un contre-témoignage pendant un service qui représente toute la communauté chrétienne. Cela vaut aussi et en premier lieu pour les prêtres. Il faudra donc que soient formés à l’accueil du public tous ceux qui doivent exercer ce ministère.

D’ores et déjà, je demande qu’on accueille chacun avec amour et patience, notamment les personnes compliquées, éloignées de l’Eglise ou qui se montrent désagréables. Seuls les prêtres, en tant que pasteurs, peuvent refuser des demandes. Si une requête semble incongrue ou en dehors des règles, les responsables doivent répondre : « je ne crois pas que ce soit possible, nous allons demander au curé ». Je souhaite aussi que les gens sachent clairement où et quand ils peuvent voir leur prêtre sans avoir à subir un parcours du combattant.

Un très bel acte pastoral consiste en l’établissement d’une liste de paroissiens : Je pense qu’à l’heure des réseaux sociaux, des facebook et des whatsapp ou tout simplement des emails, chaque personne ou chaque famille pourrait s’inscrire dans une paroisse. Ainsi chaque fidèle pourrait confier ses coordonnées, ses centres d’intérêt, ses disponibilités, ses attentes vis-à-vis de la communauté. Il aurait aussi la possibilité de faire des remarques et des propositions au pasteur et aux responsables. On organiserait des réunions d’accueil pour les nouveaux paroissiens 2 à 3 fois par an avec les prêtres et leurs collaborateurs.

EEM : Une fois que les gens sont accueillis, on continue comme avant ? Quelques sourires suffiront-ils ?

C’est déjà ça ! Mais, je suis d’accord, il faudra aller plus loin et modifier le fonctionnement et les propositions paroissiales. Aujourd’hui, on est trop centré sur nous-mêmes, sur les paroissiens déjà fidèles, sur les locaux déjà existants, sur les horaires déjà en place. Je préconise une opération porte ouverte dans les Paroisses. Je n’ai pas dit une « journée porte ouverte » (ce serait déjà pas mal), une véritable « culture de la porte ouverte » ! Les trois derniers papes nous ont tous demandé d’ouvrir les portes de l’Eglise sans crainte : pour laisser entrer Jésus (Jean-Paul II), pour laisser entrer les gens du parvis (Benoît XVI) ou pour sortir nous-mêmes dans le monde (François). Déjà, dit le pape François, « un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close » (Evangelii Gaudium, n° 47). Ouvrons les portes pour qu’un grand mouvement catéchuménal, le plus large possible, fasse revenir les catholiques dans leur Eglise. Non pas de force, avec des « tu dois », « il faut », mais joyeusement, parce qu’ils se sentiront accueillis et aimés. Ouvrons les portes pour sortir et élargir la vie paroissiale. Elle ne doit plus se cantonner aux bâtiments autour de l’église et du presbytère, mais se répandre dans les quartiers et les maisons et même les rues. Elle ne doit plus continuer à être ultra-concentrée sur la messe du dimanche, mais se prolonger dans bien d’autres réalités toute la semaine (dont l’eucharistie dominicale restera toujours la source et le sommet mais non le tout).

EEM : Que demandez-vous aux paroisses ?

Organisons et proposons des programmes paroissiaux d’évangélisation (par exemple les cours ALPHA qui ne sont pas encore introduits en Martinique et qui ont fait leurs preuves dans beaucoup de pays). Il s’agit de temps de formation sur quelques semaines en fonction des besoins. La culture du Voir-Juger-Agir prend ici toute son ampleur. Si on s’aperçoit qu’il manque de catéchistes, que les jeunes de la rue ne sont pas évangélisés, que les hommes restent au fond de l’église ou que les ados sont victimes de la pornographie etc… on commence par arrêter de se plaindre et de critiquer ! Puis le curé et ses équipes doivent monter intelligemment des programme (de une soirée à plusieurs semaines) qui seront adaptés à chaque public dans les horaires comme dans le contenu (film, témoignage, sortie etc…). Bien-sûr, les services diocésains feront des propositions. Il en sera de même pour la préparation aux sacrements.

J’aimerais que des groupes bibliques voient le jour le plus largement possible. Les fidèles auraient la possibilité de participer chaque semaine, avec des horaires adaptés, à un groupe de lecture biblique animé par des personnes compétentes (avec tous ceux qui se forment actuellement dans le diocèse, j’espère pouvoir missionner officiellement pour ce faire des catéchistes pour adultes). Une méthode mise en place par Mgr Emmanuel Lafont, évêque de la Guyane et responsable pour la Caraïbe de l’Animation Biblique de la Pastorale, pourra être utilisée. Il existe une grande exposition sur la Bible que plusieurs diocèses ont déjà reçue avec grand profit ; cela pourrait être un point de départ. Je compte aussi former dans une « école » un certain nombre de ministres de la prédication pour prêcher, enseigner et suppléer les prêtres et les diacres (en dehors de la messe bien-sûr). Il faudra que toujours et partout on rappelle aux fidèles le kérygme qui fonde notre foi en Jésus-Christ : son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection.

Les groupes de catéchuménat pourraient aussi s’étendre. Cela nécessitera de repenser la durée de la formation des catéchumènes et de l’accompagnement des néophytes (le catéchuménat est trop long et le néophytat trop court). Déjà, j’ai demandé que toute formation catéchuménale passe par une retraite fondamentale au Foyer de Charité ; on devrait aussi réfléchir à ouvrir ces groupes à davantage de fidèles. Ils deviendraient alors des groupes de formation permanente pour tous.

EEM : La dimension paroissiale est-elle la seule possibilité d’être en Eglise ?

A chaque paroisse, je demande une vraie conversion des structures missionnaires.
Le renouvellement régulier des cadres et des missions des laïcs de la paroisse permettra d’éviter la cléricalisation des laïcs qui détiennent des postes pendant des années. Autant que possible, on fera en sorte de préparer des remplaçants. Je demande aussi de privilégier le ministère des jeunes adultes et des actifs. Les pasteurs devraient leur donner la priorité (et non l’exclusivité) car ils sont trop peu présents parmi les cadres paroissiaux. Attention, pour leur faire de la place, il ne faudra pas seulement remplacer les plus anciens. Il faudra réformer les horaires, les rythmes, les méthodes et les objectifs. Il est certain que le groupe du Rosaire ne pourra pas se réunir à la salle paroissiale le lundi matin à 9h30 s’il est dirigé par une jeune mère de famille célibataire de 35 ans !

La Paroisse est essentielle car elle fédère toutes les autres réalités. C’est la paroisse qui a un pasteur (le « curé ») et qui offre les sacrements du salut et leur préparation. Mais elle ne suffit pas en tant que dimension communautaire et familiale. On a déjà parlé de la famille. Je voudrais aussi insister sur une autre dimension capitale de la vie chrétienne : Les Petites Communautés Ecclésiales (PCE) sans lesquelles aucun baptisé ne vit vraiment la vie chrétienne. Cela est vrai pour tous, même pour les prêtres et l’évêque. Appartenir à une PCE est un élément d’autant plus nécessaire aujourd’hui que les deux autres dimensions de la vie chrétienne, la paroisse et la famille, l’une trop grande et l’autre blessée, n’assurent pas toujours leur rôle. L’objectif est que chaque chrétien adulte, chaque famille ait la possibilité d’appartenir à une PCE.

EEM : Pouvez-vous définir plus clairement ce que vous entendez par PCE ?

J’appelle PCE tous les groupes qui correspondent à la définition suivante : un groupe à taille humaine (moins de 50 personnes) dont les responsables sont formés et missionnés par une autorité légitime, où l’on enseigne régulièrement la foi catholique, où l’on prie habituellement avec d’autres et dans lequel chaque membre, connu et reconnu, peut exercer un service ou une responsabilité au nom de l’Evangile. Ce principe concerne les chorales, les aumôneries, les groupes des différentes pastorales (artistes, hommes, migrants…), les équipes de service (liturgie, fleurs, visiteurs de malades, lecteurs, Caritas…), les groupes de prière du Renouveau, les équipes d’Action Catholique, du Mouvement Chrétien des Retraités et des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, les mouvements de la Pastorale Familiale, les communautés nouvelles (Chemin Neuf, Emmanuel, Chemin Néo-Catéchuménal), les Equipes Notre-Dame, les mouvements de jeunes, les groupes bibliques, la Légion de Marie, les tiers-ordres franciscains et dominicains, les groupes de la Prière des mères, de la Croisade des pères, des Hommes du Très-Saint-Sacrement, les « groupes de combat » de Vie et Partage, les Equipes du Rosaire, etc… et, bien entendu, les Communautés de quartier. Chacune de ces réalités vit selon ses charismes propres. Mais je demande que chaque responsable de ces groupes soient conscients de la « charge d’âme » qui lui incombe sous la responsabilité des curés (dans les paroisses) et respecte un cahier des charges minimum (prière, enseignement accompagnement des membres). Que chaque fidèle s’interroge : quelle est ma PCE !?

EEM : Avant, on insistait surtout sur les quartiers, on parlait de communauté de quartier ou de secteur. Est-ce encore à l’ordre du jour ?

Plus que jamais. Mais nous sommes dans une époque de réseaux autres que territoriaux. Je me suis réjoui de constater que plusieurs paroisses de l’île fonctionnent, pour le plus grand bien des fidèles, avec un réseau de communautés de quartier. Je pense par exemple à l’énorme paroisse du Lamentin qui doit en grande partie sa vitalité et son dynamisme aux communautés de secteur. On voit aussi comment des mouvements religieux plus ou moins hétérodoxes envahissent les quartiers où l’Eglise est absente. C’est pourquoi les communautés de quartier sont un enjeu majeur de nos structures paroissiales ! Le Délégué Diocésain proposera des méthodes de travail, des thèmes de réflexion, des questionnaires de Carême ou d’Avent, des rassemblements diocésains, des formations pour les responsables… D’ores et déjà, je demande que les responsables paroissiaux développent en priorité cette dimension de la structure de l’Eglise en visitant les communautés existantes, en nommant des « sentinelles de quartier », en organisant des missions ou des visites pastorales des quartiers par les curés et les services paroissiaux, en restaurant ou créant si nécessaire des chapelles ou des salles communes, en faisant appel aux communautés comme le Chemin Néo-catéchuménal pour développer des catéchèses et des communautés dans les quartiers où cela est nécessaire.

EEM : Monseigneur, ce plan est riche !?
Oui et il me reste encore trois chantiers à vous présenter ! Mais rassurez-vous. D’abord, nous nous donnons au moins jusqu’en 2020 pour mettre les choses en place. Ce n’est pas pour demain matin ! Ensuite, il ne faut pas que tout le monde s’occupe de tout et que l’on retrouve toujours les mêmes sur tous les chantiers et tous les ateliers. Au contraire, ce plan doit être l’occasion de solliciter de nouveaux responsables, notamment des jeunes et des hommes, et que chacun s’en tienne à un seul service. Nos Assemblées Synodales de 2017 seront consacrées à l’organisation du travail. Nous apporterons ce que nous avons et c’est le Seigneur qui multipliera les pains ! Alors tchenbé réd’ !



 


"Accompagner et protéger la famille"

 

23 octobre 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Mgr David Macaire s’explique sur le Premier Chantier ouvert dans le cadre d’Ecclesia’M 2020.

Ecclesia’M 2020, premier chantier

EEM : Monseigneur Macaire, si j’ai bien lu votre lettre pastorale, le premier chantier de l’Eglise en Martinique est celui de la Famille !?
Oui. Et l’énoncé exact de ce chantier est ACCOMPAGNER ET PROTEGER LA FAMILLE.
Pour la petite histoire, c’est au François, alors que je répondais au feu des questions des acteurs de la vie paroissiale rassemblés par le père Jacek Ossowski, que j’ai compris l’importance primordiale de ce chantier pour la vie de l’Eglise, pour répondre aux problèmes de la Martinique et aux défis de l’évangélisation : Pas de famille = pas de société ; pas de famille = pas d’Eglise. Ou encore : famille blessée = société malade ; famille affaiblie = Eglise souffrante.
Au cours de ma première année d’épiscopat, j’ai senti que l’Eglise n’était pas assez familiale (c’est l’objet du deuxième chantier sur la conversion missionnaire de la pastorale), mais la raison profonde de cet état de fait et de bon nombre d’obstacles à l’avènement du bonheur, c’est que les familles de Martinique ne sont pas assez ecclésiales. Les familles ne sont pas considérées comme la première Eglise, la première communauté où Dieu est annoncé, où l’amour est expérimenté, où la mission commence. Je ne reviendrai pas ici sur tous les maux qui touchent et blessent la famille martiniquaise, mais les ateliers que je propose sont là pour répondre à ces problèmes.

EEM : Quels sont donc les ateliers de ce premier chantier ?
Je propose quatre ateliers, les voilà :
1. La structuration et consolidation des mouvements de la Pastorale Familiale
2. Le rapport paroisses-familles : les liens entre les familles de la paroisse, le Dimanche familial, le catéchisme et les sacrements, les funérailles…
3. La question du mariage aux Antilles
4. Les problématiques particulières des membres de la famille… la parentalité, la masculinité, la féminité, le célibat.

EEM : Parlons des mouvements
Je pense principalement aux Centres de Préparation au Mariage, aux Associations Familiales Catholiques, à Solitude Béthanie, aux Equipes Notre-Dame et à la Fraternité « Cana », mais j’espère qu’il y a d’autres réalités. Il s’agit, d’une part de soutenir au maximum, du point de vue logistique et moral, les initiatives de ces mouvements qui portent les différents charismes liés à la famille ; d’autre part, de susciter régulièrement des initiatives diocésaines pour les dynamiser et les faire connaître.

EEM : Il n’y a que ces mouvements et communautés qui s’occupent de la famille ?
Non, justement. Il y a d’abord les familles elles-mêmes au sein de leurs paroisses. Les paroisses doivent mettre la famille au centre de la communauté. Voici quelques pistes à envisager :
La constitution de groupes de familles paroissiaux : pourquoi ne pas créer, ou constituer, avec l’aide ou pas des mouvements, dans chaque paroisse, un ou plusieurs groupes de familles que le prêtre rassemblera de temps en temps et visitera régulièrement (ce sera aussi bon pour le prêtre) ? On en profitera pour construire une véritable culture ecclésiale dans les familles : la prière, le pardon, l’accueil de la vie, la lecture de la Parole de Dieu en famille, l’accueil des pauvres, les vacances, les temps spirituels avec d’autres familles et pour les couples (quand il y a un couple), l’autorité parentale, etc.
La célébration festive et familiale du Dimanche  : Il faudra réfléchir au renouvellement total de la culture du dimanche en famille. Les paroisses et les districts devront aussi s’interroger sur l’accueil que l’on réserve aux familles pendant les messes dominicales. Les horaires, la durée, la présence d’une garderie et de l’Eveil à la Foi, des toilettes… sont autant d’éléments qui permettent (ou pas) à un parent de venir à la messe ! Il faut avouer que pour les familles, je pense en particulier aux familles monoparentales, c’est « mission impossible » d’aller à la messe lorsque la célébration est trop tôt ou trop tard, lorsque les enfants deviennent insupportables et que certains paroissiens (voire le prêtre !) grognent parce que les enfants sont "cireurs". Avoir un enfant signifie, pour beaucoup de personnes, être exclu de la pratique. Il faut le reconnaître et il faut que cela cesse !

EEM : Comment les acteurs de la paroisse peuvent-ils s’engager et se mettre en mission par rapport aux familles ?
Il y a une opportunité extraordinaire qui nous est fournie par les nombreuses familles qui viennent vers nos paroisses. C’est une opportunité que nous ne saisissons pas ; au contraire, on a parfois l’air de ne pas accueillir ces personnes pour leur montrer Jésus ! Je parle en particulier du catéchisme.
Les familles et le catéchisme : 50 à 60% des familles nous confient leurs enfants pour le catéchisme. Mais nous ne nous occupons pas de ces familles en tant que telles. L’Eglise enseigne que c’est la famille qui est la première responsable de l’éducation chrétienne de l’enfant. Le pape François l’a rappelé dans Amoris Laetitia récemment. On marche sur la tête et on s’épuise inutilement en ignorant les parents dans la catéchèse ; c’est contraire à tous les principes et c’est un échec puisque beaucoup de jeunes abandonnent l’Eglise à l’exemple de leurs parents ! Il faut donc que le catéchisme en Martinique se transforme en un grand mouvement d’évangélisation des familles et des parents (tous les parents, quelles que soient leurs situations matrimoniales). Cela concerne aussi les parents qui se préparent au baptême de leur enfant. On ne peut pas faire de plus beau cadeau à un enfant que de former chrétiennement ses parents, surtout lorsqu’eux-mêmes viennent frapper à la porte de l’Eglise.
En tout cas, l’époque où l’on vient inscrire son enfant au catéchisme et où l’on revient le chercher à la fin de l’année pour qu’il fasse sa communion, sa profession de foi ou sa confirmation doit être définitivement révolue en 2020. Par exemple, une visite annuelle systématique de chaque famille par un responsable de la paroisse et par le prêtre doit être mise en œuvre. On devra aussi imaginer des parcours familiaux plus courts mais plus instances pour préparer les sacrements. Ni l’âge ni le niveau scolaire ne doivent plus être le premier critère pour recevoir un sacrement, mais l’engagement de la famille dans l’Eglise et la formation reçue en famille… (Je reviendrai sur cette question dans le chantier sur l’éducation et le catéchisme).

EEM : Cet atelier concerne donc directement chaque paroisse et même chaque famille. La pastorale diocésaine va-t-elle intervenir ?
Vous avez raison, il y a un niveau de réflexion qui appartient au diocèse, notamment en ce qui concerne le discours moral en général. Je rappelle qu’il n’appartient à aucun fidèle de porter un jugement pastoral ou moral sur les personnes et encore moins d’édicter des règles ecclésiales. Cela ne veut pas dire non plus que chacun fait n’importe quoi. Mais ce ministère est du ressort propre des pasteurs et ultimement de l’évêque. Ici, la réflexion du diocèse doit porter sur le mariage et la préparation au mariage, la parentalité, les femmes, les hommes.

EEM : Vous pensez que quelque chose doit changer quant au mariage ?
Oh oui ! sans conteste. Le Jubilé des fiancés en février 2016 m’a ouvert les yeux sur les différentes conceptions du mariage et sur les pièges dans lesquels les couples tombent. Il m’appartient, avec les responsables diocésains, de réfléchir et de donner des directives.
Le « mariage aux Antilles » doit faire l’objet d’une étude et d’un programme d’enseignement spécial. Des gouffres successifs d’incompréhension se sont créés entre 3 conceptions différentes : la conception théologale de l’Eglise, l’opinion commune des fidèles et la pratique réelle des fiancés. Tout d’abord l’Eglise enseigne que le mariage est le sacrement qui valide obligatoirement toute relation d’amour légitime entre un homme et une femme. Ensuite, la plupart des fidèles ont parfois une conception mondaine du mariage comme le sacrement des gens-bien-comme-il-faut, ceux qui ont réussi leur vie chrétienne. Ainsi, on dit aux jeunes que tant qu’ils ne sont pas mariés, ils n’ont pas leur place dans l’Eglise ( !). Enfin il y a la conception des fiancés (je parle ici des personnes qui envisagent le mariage à plus ou moins long terme) qui envisagent le mariage quand leur vie de couple est bien installée, qu’ils ont du travail, des enfants et les moyens de dépenser quelques milliers d’euros pour faire une noce. A ce propos, il faudra faire une enquête sur les coûts et le business du mariage chez nous. Cela éloigne tant de couples de la bénédiction divine, du respect de leurs frères chrétiens et de l’amour.
Une évolution du discours sur les couples est aussi nécessaire. Il faudra arrêter de condamner systématiquement les personnes non mariées. Leur situation n’est pas parfaite devant Dieu, mais ils ne vivent pas dans la débauche pour autant. Certaines femmes souffrent tellement de cette situation, qu’elles refusent d’avoir des enfants et même, remplies de honte, font des avortements ( !) pour ne pas concevoir d’enfant « dans le péché ». ( !) Une belle réussite du diable, l’accusateur qui a toujours voulu prendre la place de Dieu. A ma connaissance, aucun enfant n’est conçu « dans le péché » puisque tout enfant est voulu par Dieu ! Pour comprendre la situation psychologique et sociale de ces couples de chrétiens non mariés, il faudra faire une enquête auprès des hommes ; bâtir un programme cursus de réflexion où ces personnes devront se sentir accueillies, aimées par l’Eglise, encouragées dans un chemin de progrès, comme on le fait pour les catéchumènes. Il faudra aussi réfléchir à la préparation et à la célébration du mariage. La pratique actuelle ne convient pas tout-à-fait.
Un autre point concerne l’éducation affective et sexuelle. En cette matière, tout et n’importe quoi se dit et se vit, pour le plus grand malheur des hommes, des femmes, des enfants et des jeunes. Une grande immaturité en ce domaine produit beaucoup de dégâts et de tristesses. Il ne s’agit pas de faire la morale aux gens, mais d’apporter à ceux qui le souhaitent une véritable éducation libératrice en laquelle l’Eglise est experte.

EEM : Mais il n’y a pas que la vie de couple dans la famille ?
En effet, la parentalité, le célibat, la féminité et la masculinité constituent aussi un atelier important. L’époque est difficile et stressante pour tous les éducateurs, et en particulier pour les parents. Eux-mêmes peut-être manquent de référentiel éducatif, mais l’environnement ne les aide pas. L’Eglise a des compétences, des associations, des professionnels, des structures d’aide : il faut que cela bénéficie au plus grand nombre ! Je propose que toutes les réalités familiales élaborent une charte des parents (comme cela se fait en Guyane). Que l’on pourrait offrir à chaque famille. Cette charte servirait de base aux enseignements que l’Eglise leur apporte. On peut même imaginer une véritable école des parents. Aujourd’hui, des associations comme Alternative-Espoir offrent déjà ce type d’aide ; il faudra certainement étendre le projet.
Je ne veux pas non plus qu’on oublie le nombre très important de célibataires de tous âges et de toutes situations. L’Eglise de 2020, et peut-être avant, doit réfléchir sur l’accompagnement des personnes célibataires.
La Pastorale des hommes et l’éveil de la féminité sont aussi des pistes de travail auxquelles notre communauté ne peut se dérober. Pour les hommes, on devrait, je pense, leur réserver des tâches particulières dans chaque paroisse. Les milieux trop féminins ne sont pas propices au ministère des hommes. Je préconise qu’on leur réserve de façon stricte certains ministères. Chaque pasteur verra selon le cas. Par exemple, l’accueil et le service d’ordre aux messes, la catéchèse (eh oui, la catéchèse !) ou mieux encore le cheminement, ou le service de l’autel… etc. Le Peuple de Dieu nous le demande et les initiatives prises en ce sens connaissent un véritable succès, signe d’une grande attente. On a fait le jubilé des hommes et on a vu le succès à la Ferme Perrine. Pour les femmes, déjà très présentes dans l’Eglise, mais peut-être pas assez prises en compte « en tant que femmes, mères, épouses, filles, sœurs… », reste à trouver des projets et à créer par exemple une Journée de la "femme selon le cœur de Dieu", dans l’esprit du Congrès des femmes organisé les 18, 19 et 20 novembre prochains par le Renouveau Charismatique.

EEM : D’autres projets ?

Oui, beaucoup. Mais je pense que ceux-là devraient suffire pour amorcer la réflexion synodale... Rendez-vous au prochain numéro de Eglise en Martinique pour le deuxième chantier sur la conversion missionnaire de la pastorale paroissiale.



 


Jeunesse : la triple peine

 

23 septembre 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

C’est la rentrée, le temps des espérances et des projets, le temps des départs aussi… Les vacances terminées, vont partir ou repartir vers d’autres cieux une grande partie de l’élite de notre jeunesse, les forces vives de nos familles, de nos cités, de notre Eglise.

"C’est Rachel qui pleure ses enfants"

Pour reprendre le travail ou pour en trouver, pour poursuivre des cursus de formation, combien de parents verront se vider leur maison et se trouveront comme amputés de la présence d’un fils ou d’une fille, voire de plusieurs. Nos lauréats et nos meilleurs étudiants vont s’envoler, certains pour la première fois vers la métropole, ou d’autres lieux prometteurs d’avenir. Il y a trente ans, ceux qui partaient envisageaient de revenir une fois diplômés et qualifiés ; aujourd’hui, avec la mondialisation, nul ne sait si et quand cette génération reviendra au pays.

Les familles, les acteurs sociaux et les politiques font de leur mieux pour pallier les déséquilibres ainsi engendrés par cet exode. Mais sur le plan ecclésial et spirituel, nous devons nous aussi réfléchir à la question. Le départ d’un jeune chrétien formé dans une paroisse, confirmé, parfois même engagé dans un mouvement ou un service d’Eglise, entraîne trois pertes dramatiques. On pourrait appeler cela « la triple peine » de nos communautés paroissiales (dans tous les sens du mot « peine » : à la fois une tristesse et une sorte de punition).

La première peine est l’Absence. C’est évident, le jeune qui s’en va laisse un vide. Il n’est plus là. Sa présence, ses talents apportaient vitalité et équilibre. La communauté est blessée par ce départ et le regard qu’elle porte sur elle-même et sur les jeunes, change.
Comment être motivé lorsque, année après année, on a été déstabilisé par des départs à répétition ? Tous les projets sont remis en cause à chaque fois. Pour peu que ce jeune soit un moteur ou un pilier, c’est la vie même du groupe qui est ébranlée. Comment investir dans la formation de nos jeunes dans les ministères (les musiciens, les responsables de mouvements, par exemple) s’ils s’en vont au moment même où ils commencent à porter des fruits ? C’est la première peine de notre Eglise.

La seconde peine est le Manque d’animateurs de jeunes. C’est un donné psychologique et sociologique bien connu : pour former des jeunes de 14 à 18 ans, il faut des animateurs de 20 à 30 ans, c’est-à-dire des jeunes adultes auxquels ils peuvent s’identifier. Sauf exception, on ne peut vraiment motiver des adolescents lorsque la différence d’âge est trop importante. Or l’Absence des jeunes adultes en âge de prendre en charge des adolescents nous laisse démunis. Quand on sait les tentations qui guettent la jeunesse de nos îles, c’est terrible. Avec plus de 3 000 confirmations par an, il devrait y avoir près de 12 000 jeunes de 14 à 18 ans dans les mouvements d’Eglise… On en est loin ! L’Eglise peine à leur proposer des activités attractives, saines et formatrices. Voici la deuxième peine de l’Eglise.

La troisième peine est la plus terrible, c’est la Perte de la foi et des mœurs.
Les jeunes qui partent en Métropole et ailleurs sont livrés à eux-mêmes en matière spirituelle. Souvent les parents, même les plus chrétiens, ont préparé le séjour de leurs enfants sur tous les points : le gîte et le couvert, bien-sûr, les transports, les études, les connaissances, les assurances… mais on a oublié le spirituel. Les jeunes sont abandonnés au moment le plus terrible de leur vie de foi, alors qu’ils doivent faire les grands choix de vie… et le démon en profite. Certes, les églises de France ne sont pas toujours très habiles à accueillir nos jeunes, mais quel désastre de voir, même les plus insérés dans nos paroisses locales, déserter la pratique dès les premières semaines. Sans parler des vocations qui se développent justement à cet âge-là et qui s’enlisent dans les sables mouvants de la solitude spirituelle ! Avec le temps, dans des milieux étudiants parfois débauchés, ils perdent les mœurs et font des erreurs lourdes de conséquences. Parfois, cherchant du secours, ils trouvent refuge dans des groupes religieux hétérodoxes… C’est la troisième peine de notre Eglise.

Face à cela, il y a des sources d’espérance : les JMJistes et les groupes fervents et joyeux fleurissent un peu partout dans le diocèse sous la houlette du père Emmanuel Chaulvet, Délégué diocésain à la Pastorale des Jeunes et, en France métropolitaine, le père Marcel Crépin, tout nouvel Aumônier National des Antillais et Guyanais, commence un travail formidable à temps plein au service de nos jeunes…

Que le Seigneur nous donne une triple joie !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Une prière qui tombe à pic !

 

22 juin 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

La fête du Sacré-Cœur nous invite à répéter une petite prière qui reprend une phrase où Jésus nous parle de Lui (Mt 11,29) : Jésus, doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien !

Cette prière tombe à pic ! Elle convient parfaitement à ce moment très particulier que nous vivons collectivement… Et je suis persuadé que si chacun de nous regarde en vérité au fond de son cœur et au fond de sa vie, il verra que cette prière exprime exactement ce dont il a besoin à présent !

En effet, nous voilà au milieu du grand Jubilé. On peut déjà se retourner pour observer le chemin parcouru. Depuis six mois, nous avons senti monter un grand et profond désir de la Miséricorde de Dieu. Les grands rendez-vous ont connu une affluence record et surtout les jubilés, les veillées, les rendez-vous de prière ont été vécus dans une ferveur exceptionnelle ; le pèlerinage de la Vierge de Miséricorde est accompagné de miracles et de réconciliations ; les confessions se multiplient. En vérité le peuple de Dieu avait soif de la Miséricorde de son Seigneur ! Pas de doute : c’est bien l’Esprit Saint qui a inspiré au Pape François de proclamer cette année de bienfaits.

Le plus merveilleux, bien entendu, c’est la réponse du Seigneur à nos appels ! Nous voyons une vague de Miséricorde se répandre sur nos vies. Beaucoup ont été touchés. Bien des cœurs endurcis, bien des vies enchaînées ont enfin reçu le message d’amour et compris le signe de la Croix, tout l’Evangile, celui que l’Eglise doit transmettre jusqu’aux extrémités de la terre : Jésus t’aime !

Mais ce n’est pas fini. Il nous reste trois étapes, et le temps presse :

Tout d’abord il nous faut continuer à œuvrer pour que le plus grand nombre de frères et de sœurs se jettent dans les bras du Christ Miséricordieux. Car grand est le nombre de jeunes, de moins jeunes, de décideurs économiques et politiques, de familles, de migrants et de personnes de tous horizons qui n’ont pas encore été conviés et qui n’ont pas encore répondu à l’invitation divine. Les rendez-vous diocésains, paroissiaux, familiaux à venir du grand jubilé sont importants. Le démon serait bien malin s’il parvenait à nous installer tranquillement satisfaits du travail accompli en disant : « C’était bien… hein !? ».

Ensuite, il faudra, maintenant lavés et pardonnés de nos fautes, guéris de nos blessures et libérés de nos chaînes, poser des actes concrets pour réconcilier ce qui est divisé autour de nous. Car une chose est d’être pardonné, autre chose est de pardonner et de demander pardon. Or voilà précisément l’un des handicaps les plus douloureux de l’âme antillaise : notre difficulté à « pardonner les offenses comme Dieu nous a pardonné ». Des couples, des membres d’une même famille, des collègues, des voisins restent des années, des vies entières et même au-delà de la mort, dans des rancunes tenaces qui font le malheur de tous et la joie du diable. Nous avons inventé le non-pardon comme la meilleure punition de l’autre… et de nous-mêmes. Mais n’est-ce pas pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés ?

Enfin, nous ne devons pas oublier le but de ce grand Jubilé, le but aussi de toute note vie, le projet de Dieu pour nous. Il ne s’agit pas seulement d’être pardonnés et de nous réconcilier avec ceux qui nous ont fait du mal ou que nous avons blessés, il s’agit avant tout de devenir « miséricordieux comme le Père ». Et c’est là que notre petite prière prend tout son sens. En imitant Jésus « doux et humble », en lui demandant la grâce d’être « comme Lui », nous obtiendrons une victoire définitive sur Satan. Ce n’est pas notre satisfaction ou notre bien-être, même spirituel, qui sera notre récompense, mais la Vie Eternelle !

C’est pourquoi je demande, pendant ce mois de juin, que tous et chacun, en groupe et en famille, sur la route et à la maison, répètent souvent cette prière, la méditent chaque matin pendant plusieurs minutes et la laissent rejaillir tout au long des jours dès que l’esprit se recueille un peu : Jésus doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien !

Ça en vaut la peine !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


La Trinité vous rendra Libres

 

21 mai 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Jésus nous a dit que « la Vérité nous rend Libres ». Cela est vrai. Beaucoup de personnes sont engluées et enchaînées dans les mensonges, les erreurs, les non-dits, les petits secrets, les grands tabous et les ésotérismes… L’absence de clarté, de franchise, de lumière, fait souffrir un trop grand nombre de personnes, blesse des cœurs trop nombreux, fait éclater suffisamment de familles, pour ne pas approuver la Parole de Jésus et aspirer de tout notre cœur à la liberté que seule procure la Vérité. C’est une question de vie ou de mort.

Mais il ne faut pas oublier que la Vérité elle-même est fondée sur un absolu éternel : la volonté de la Sainte Trinité du Père, du Fils et de l’Esprit :

- Le Père est Vérité. Lui, le Créateur, est le fondement et l’origine de tout ce qui existe. Intelligence suprême, il fait advenir dans la réalité toutes choses et les maintient dans l’existence. Sans sa volonté éternelle, tout ne serait que chimère.

- Le Fils aussi est Vérité. Il nous l’a dit. Il est le Verbe de Dieu, la Sagesse éternelle, la Parole ultime qui révèle la Vérité de toute pensée et de tout discours, Alpha et Oméga qui a le dernier mot, qui juge tout ce qui se croit et se dit en ce monde.

- L’Esprit, quant à lui, est l’Esprit de Vérité. Selon l’Ecriture, c’est Lui qui révèle et illumine toute chose en ce monde. C’est Lui qui conduit toute l’Histoire vers son accomplissement. Rien de ce qui se fait ne se fait sans lui, et tout ce qui se fait sans lui n’est qu’ombre et méfait, chemin de mensonge et de mort !

Certaines théories et, malheureusement, certaines pratiques politiques veulent nous faire croire et agir comme si l’Homme était le seul à pouvoir dire ce qui est vrai, et à imaginer sa liberté toute relative selon les caprices du hasard, de la mode ou selon les consensus sociaux éphémères. Une fois de plus, l’ennemi de la Trinité et du genre humain, le diable, Père du mensonge, maître du clair-obscur, artisan des demi-vérités et roi des sous-entendus, nous a détournés de la vraie liberté en nous faisant croire que nous serions comme des dieux ».

Bien sûr, cela s’est révélé catastrophique. A partir du moment où le bonheur est relatif - « silon van latjé poul panché » (1) - c’est le règne du plus fort, de celui qui parvient à imposer SA vérité dans le monde à coup de lobby et de coup-de-com. Mais la sagesse antillaise nous enseigne que « sa ki pa bon pou zwa, pa bon pou kanna » (2), car ce qui est bon ne vient pas de l’envie de l’oie ou des désirs du canard, mais de leur Créateur commun qui est Dieu. Voilà pourquoi, depuis près de trois siècles, la société « sans-dieu » ne parvient pas, malgré les immenses progrès techniques et des efforts politiques louables, à créer le bonheur et s’enfonce toujours plus vers les ténèbres. Voilà pourquoi nombreux sont ceux qui s’écrient, sans y croire vraiment : « Qui nous fera voir le bonheur !? »

Que l’Eglise et le peuple de Martinique se réjouissent de détenir la réponse, trop souvent oubliée, à la question angoissée des hommes, nos frères : Seul notre Dieu Un et Trine peut faire le bonheur de l’humanité, Il est la seule Vérité, le seul à nous rendre vraiment libres, car tout ce qui est vrai et bon est conforme à sa Volonté et à sa Parole.

C’est une bonne nouvelle pour les hommes, pour toutes les personnes de bonne volonté, quelles qu’elles soient. Elles voient ainsi que tous leurs efforts pour bâtir un monde plus juste, plus beau et plus vrai, trouvent en notre Dieu une bénédiction et un fondement solide.

C’est aussi une grande liberté pour nous chrétiens : nous n’avons peur d’aucune vérité, d’aucune bonté d’où qu’elles viennent, car nous savons que tout ce qui est vrai vient de Dieu ! Les personnes de confiance, franches et sincères, les relations authentiques, les paroles fondées, les énoncés scientifiques prouvés, tout qui ce qui concourt à la Vérité se trouve béni par notre Dieu.

Oui la Trinité nous rend Libres !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

(1) : Proverbe créole : L’opportunisme guide souvent les actions
(2) : Proverbe créole : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse



 


De quoi as-tu peur ? (suite et fin)

 

9 mai 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

En principe, un bon chrétien n’a peur que d’une seule chose : de l’enfer ! C’est-à-dire de perdre son âme et de rompre le lien avec Dieu en commettant un péché mortel. Mais pour qu’un péché soit mortel, il faut trois conditions : une matière grave, un acte commis en pleine conscience et de propos délibéré" (CEC 1857). Autant dire que pour aller en enfer, il faut le vouloir. Si quelqu’un continue à aimer Dieu et à le chercher de tout son cœur, les conséquences de ses péchés le feront souffrir, lui et son entourage, cependant la Miséricorde de Dieu le sauvera. La peur de l’enfer est salutaire, mais Dieu ne cesse de nous redire sa Miséricorde… Alors « qui pourra nous séparer de l’amour de Dieu ? » (Rm 8…)

Rassurés par la révélation de la Miséricorde divine quant à l’enfer de l’Au-delà, n’aurions-nous pas plutôt peur de l’enfer d’ici-bas ? Aujourd’hui, le terrorisme médiatisé à outrance est arrivé jusqu’à nos portes (c’est-à-dire à Paris, où vivent tant de nos compatriotes). Avouons que cela nous fait peur, cette mort qui peut frapper à chaque instant, sauvage, injuste, inhumaine, impitoyable… Pourtant, notre culture aurait dû nous préparer à vivre en résistance à cette idée que la mort est possible. Ne disons-nous pas « si Dieu veut » en donnant un rendez-vous à quelqu’un, en sachant très bien qu’un cyclone, un tremblement de terre, une éruption volcanique, une épidémie et même la violence des hommes peuvent ôter la vie à n’importe qui, à chaque instant. Les catastrophes qui ont sillonné notre histoire ont façonné ces « nonm’ ek fanm’ vayan » qu’étaient nos parents. Cesserions-nous de vivre aux Antilles parce que des sauvages frappent sur d’autres continents ? Que laissons-nous pour les chrétiens d’Orient frappés et massacrés depuis des siècles, et en particulier aujourd’hui, et qui continuent à vivre et à prier Jésus sur la terre de leurs ancêtres… ?

Mais si ce n’est la guerre elle-même qui nous fait peur, c’est peut-être que nous en craignons les conséquences ? C’est à se demander si notre vraie peur n’est pas celle de manquer. Rappelez-vous comment, lors de la première guerre du Golfe, nous nous sommes jetés, affolés comme « an tan wobè », sur les allumettes, le riz et l’huile… Mais où est le père Jean-Michel pour nous rappeler que même si des besoins factices ont été créés artificiellement dans notre peuple, la Martinique peut encore vivre (différemment certes !) mais vivre heureuse (et certainement plus heureuse et plus libre) en produisant elle-même ce dont elle a besoin ? Cette peur du manque est l’un des plus grands pièges du démon. Au fait, comment faisions-nous pour vivre sans portable il y a 15 ans ?… Nous, chrétiens, notre secours est-il vraiment dans le Nom du Seigneur où dans les biens de consommation qui viennent d’ailleurs ???

En fait, nous avons surtout peur des autres, et en particulier des autres cultures qui entrent avec violence dans les âmes, les cœurs, les modes et les intelligences des jeunes générations. D’Amérique, d’Europe et même du Moyen-Orient, de nouveaux modes de penser viennent balayer la sagesse antillaise que nous avons reçue de nos traditions. Par les médias gavés de la culture et de l’actualité des autres mondes, des nouveautés comme l’islam ou la culture gay s’imposent chez nous comme une évidence, et créent un déséquilibre entre notre réalité et ce que nous voyons à la TV. Mais si d’autres cultures nous envahissent, n’est-ce pas tout simplement parce que nous sommes en train de perdre la nôtre ? Pourquoi ne serait-ce pas nous qui apporterions au monde notre culture avec sa foi chrétienne, son ouverture, sa structure cosmopolite, sa joie ? Sommes-nous plus faibles que les autres, n’y a-t-il pas eu assez de grands hommes et femmes de chez nous qui ont su diffuser sur tous les continents le meilleur de nous-mêmes, pour le bien de tous ? De quoi avons-nous peur ?

Eh bien, je vais vous le dire : je pense finalement que nous avons peur de nous-mêmes. Nous nous sommes laissé convaincre que ce que nous étions est moins bien que ce que nous importons. Personnellement, je crois que c’est l’inverse. Non pas parce que nous sommes les meilleurs, mais parce que comme Israël sorti d’Egypte, nous devons tout à notre Dieu : c’est Lui qui nous a libérés et nous libère encore de nos esclavages, et c’est sa Parole qui a façonné notre langage et nos habitudes et qui a coloré notre Sagesse populaire. Certes, les puissances ténébreuses ne manquent pas dans la Caraïbe, mais nous savons bien que c’est le Christ qui est notre référence, notre force et notre rempart.

Alors, même si tu as peur de toi-même, avec Jésus, même pas peur !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


De quoi as-tu peur ? (1° partie)

 

22 avril 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

La peur et l’amour sont les deux moyens les plus efficaces pour faire agir quelqu’un ! Certes, l’amour est plus profond et plus puissant, mais il reste toujours un chemin escarpé, difficile, de longue haleine. Il demande de l’abnégation, du temps, des efforts et de la pureté. Le chemin de la peur, par contre, est large et spacieux, facile et rapide. C’est l’outil favori de notre monde et de son prince.

Il n’est donc pas surprenant que la culture actuelle crée des peurs et des frayeurs qui meuvent les hommes vers des chemins douteux et parfois scabreux. Nous sommes en plein dedans : On nous fait peur ! Peur du monde, peur de la nature, peur du Grand-Méchant-Loup, peur les uns des autres, peur de nos prêtres, qui ont pourtant donné leur vie pour nous, peur de l’Amour… Obnubilés par nos angoisses, nous fuyons sans discernement vers des buts que d’autres ont fixés pour nous. Enfumés comme des abeilles, nous cédons aux paniques calculées par des guides obscurs avides de notre argent et de nos âmes, et nous fuyons la ruche du repos divin où coule le miel de la sagesse et de la Paix.

C’est pour cela que le Christ dit à ses disciples : « N’ayez pas peur » (Mt 6,20) ou encore, après la résurrection : « La Paix soit avec vous » (Jn 20, 19-21). C’est un commandement de l’Evangile. De même qu’Il nous ordonne de nous aimer les uns les autres ».

L’enjeu est important pour ce monde et pour chacun de nous : n’est-ce pas par peur que nous multiplions les séparations et les divorces ? N’est-ce pas aussi par peur que nous nous précipitons dans des relations idiotes que l’on regrette en disant : « Où avais-je la tête ? » N’est-ce pas la peur qui fait commettre des avortements aux conséquences terribles dans la vie des femmes et des familles ? Ne sont-ce pas les frayeurs qui nous empêchent d’accueillir les étrangers et les pauvres… et peut-être Jésus Lui-même le jour où Il vient frapper à notre porte ? La logique de la peur est puissante et tend à gangréner toutes nos relations, tous nos raisonnements, toutes nos actions, tous nos choix, même les plus intimes. La peur, sûrement et rapidement, nous mène en enfer.

Bien sûr, on ne choisit pas d’avoir peur ou pas, mais on peut choisir ou pas de prendre les moyens de vaincre nos angoisses.

Si les saints n’avaient pas dominé leur peur, il n’y aurait pas de saints ! Si les prophètes avaient « protégé leurs arrières », le vacarme de la musique des faux dieux auraient été plus puissants que la Parole qui donne la Vie ! Si certains garçons n’avaient pas vaincus leurs craintes, il n’y aurait pas de prêtres ! Si des jeunes femmes n’avaient pas affronté leur anxiété, il n’y aurait pas de religieuses ! Si des couples n’avaient pas méprisé les mauvais présages, il n’y aurait pas d’amour !... Triste société que celle de la peur… c’est la nôtre.

En ce temps de Pâques, alors que le monde et les puissants cherchent à enfermer l’Eglise dans un petit cénacle de quelques initiés où se réfugieraient « à genoux » les « trouillards » dont parle France Gall dans sa chanson…

En ces temps de panique sociale organisée dans le monde à grand coup de médias planétaires, pour nous faire douter et consommer, il est temps que se lève une armée de prophètes qui se dresse face aux peurs…

Mais pour maîtriser nos peurs et les vaincre, il faut les repérer : Alors de quoi as-tu peur ?

(réponse dans le prochain numéro)

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Effusion de l’Esprit de Miséricorde !

 

9 avril 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Toute une année s’est écoulée. Une année, c’est long pour un seul et même évènement ! Au cours de cette année, bien des choses se sont passées dans le monde et dans l’Eglise, en Martinique et dans le diocèse. Un cycle liturgique s’est achevé, il y a eu des élections et des changements, les faits divers du monde ont assombri encore l’atmosphère, la crise de l’économie et de la société est encore là, mûre comme un fruit prêt à tomber de l’arbre avec violence et pourriture, les joies et les peines de nos familles se sont succédées, les enfants ont grandi, d’autres sont nés, certains ne sont pas nés, les plus anciens ont vieilli, d’autres sont morts. Bref, l’Histoire des hommes et de notre petite Martinique a poursuivi son cours. Elle s’avance… vers où ?

Et pourtant, en cette période anniversaire de l’ordination épiscopale, quand on regarde cette année passée, on a l’impression que le temps s’est en partie arrêté, que le Dimanche de la Divine Miséricorde 2015 n’a pas connu de fin ! D’aucuns diront que le temps a passé vite, très vite, que c’était hier et que, comme tout fait historique émouvant, il est normal qu’il reste présent à nos mémoires. Mais il y a autre chose : ce rendez-vous qui a rassemblé la Martinique il y a un an au stade de Dillon n’est pas « retombé », ni dans nos cœurs, ni dans l’Eglise, ni dans le monde, ni dans les médias. La joie de cette journée mémorable que nous avions appelée « la fête de la Miséricorde » n’a pas disparu, elle se poursuit et même prend racine dans le cœur de beaucoup. Comment et pourquoi !?

En réalité, il ne s’agissait pas seulement d’un évènement historique, mais d’un événement spirituel, une manifestation au sens le plus fort de l’amour de Dieu envers nous. Un rendez-vous entre Dieu et un peuple. Et ni Lui ni nous n’avons raté le rendez-vous ! Nous étions là, Lui aussi. Nous restons là et Lui aussi. Aux yeux du Seigneur, mille ans sont comme le jour d’hier qui passe, comme une veille dans la nuit (Ps 90,4). C’est pourquoi il nous a donné de vivre une année de grâce, comme un moment unique qui recouvre le temps qui passe. Les visites, les rencontres, les jubilés, la Vierge Pèlerine, les bénédictions… personne, ou presque, n’a raté le rendez-vous et les grâces que le Seigneur nous a données et nous donne encore. De tout cela, très chers, l’évêque n’est pas l’acteur ; par contre, il en est le spectateur privilégié. Spectateur et donc témoin !

Il faut donc que je vous dise ce que je vois depuis ma cathèdre. Ce que j’observe, c’est que nous commençons à vivre en Eglise une effusion de l’Esprit de Miséricorde, prémices d’une véritable Pentecôte qui est en train de se mettre en route dans le diocèse : des personnes éloignées de l’Eglise reviennent, les confessionnaux se remplissent, des communautés et des mouvements progressent dans l’esprit missionnaire, des paroisses s’apprêtent à devenir de véritables familles aux bras grands ouverts, des parents et éducateurs font le choix d’encourager les jeunes, des anciens louent de bon cœur, des prêtres sont fiers de leurs paroissiens, des hommes eux-mêmes se lèvent, des garçons reçoivent l’appel de Dieu au sacerdoce, des jeunes ont compris qu’ils sont attendus, des femmes accueillent, malgré tant de blessures, l’amour du Seigneur et tournent leur cœur vers la louange…

En Vérité, le Seigneur qui ne peut ni se tromper ni nous tromper nous avait annoncé une année de grâce et de bienfaits. Il nous l’a offerte, nous l’avons reçue… et cela ne fait que commencer !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


"Il faut que quelque chose change ici !"

 

26 mars 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Cette phrase est une phrase historique. Elle a été prononcée le 9 mars 1983, ici-même, aux Antilles, par saint Jean-Paul II. Ce jour-là, le Pape était en Haïti. Il était face au président Duvalier, les yeux dans les yeux du dictateur, le cœur dans le cœur d’un peuple pauvre. Il prophétisa avec autorité : « Il faut que quelque chose change ici ! » Trois ans après, la dictature de plusieurs décennies tombait.

Aujourd’hui, je reprends cette phrase historique dont la puissance a renversé les puissants de leurs trônes.

Il faut que quelque chose change dans l’Eglise !

Eglise de Martinique, tu célèbre la Résurrection. Si tu ne ressuscites pas avec Jésus dans la Lumière de Pâques, que deviendras-tu !? Des choses doivent changer, pour que tu assures vraiment ta vocation prophétique en ce monde. Tu n’es pas une institution liée à un système destiné à mourir à petit feu !

La résurrection de Jésus, en cette année de la Miséricorde, te donne assez de Feu pour embraser ce peuple ; pour préparer le grand mouvement de « retour à l’Eglise » de ceux qui sont sur le parvis et cherchent à y entrer ; pour bonifier l’accueil dans les églises et les presbytères ; pour aller à la rencontre des familles, des plus pauvres, des jeunes adultes, des actifs, des hommes, des migrants (Haïtiens, Sainte-Luciens, métropolitains, touristes) ; pour choyer ceux dont la vie morale n’est pas en règle ou ceux qui sont tourmentés par des esprits mauvais. La vie qui jaillit du tombeau va mettre la Bible au centre de la vie du Peuple de Dieu, faire du catéchisme le moment de la rencontre avec Dieu, illuminer nos liturgies de beauté et de profondeur ou encore créer partout dans nos quartiers des petites communautés ecclésiales ferventes, actives et solidaires !

Oui, ce que disait le saint Pape en Haïti vaut pour nous aujourd’hui : « Il faut que les pauvres de tout genre recommencent à espérer. L’Église a, dans ce domaine, une mission prophétique ».

Il faut que quelque chose change parmi les jeunes !

Jeunesse de Martinique, le Christ est ressuscité : tout est possible ! Quelque chose doit changer : Ne laisse pas passer cette moisson, ce temps de grâce. C’est maintenant le moment de retourner vers la vérité, la pureté, la fidélité et le pardon. Tu es parti loin de Dieu, de l’Eglise, de ta jeunesse, de toi-même. Les adultes n’ont pas toujours su t’encourager et croire en toi. On t’a fait goûter à tout et à rien, peut-être même as-tu fait le mal, et les plaisirs sans fin t’ont conduit à la violence et à la mort. Tu n’y crois plus, tu n’as plus l’espoir que ce pays et son système t’apporteront quoique ce soit. Tu penses qu’on ne fait rien pour toi, que tout est mort (tes études, ta beauté, ton bonheur, ton avenir…).

C’est le moment de stopper le désordre ! Tu le sais très bien. Ce n’est pas l’évêque qui le demande, ni ta grand-mère. C’est toi-même, au fond de ton cœur, qui sait. OUI, tu sais que le Christ est ressuscité pour toi. Veux-tu ressusciter !? Il ne te reste plus qu’à prendre la décision de donner ta vie à Jésus. Je suis certain que tu n’attends que ça. Et moi aussi, car je sais que TOI, aujourd’hui, tu peux sauver ce pays. Regarde le fond de ton cœur, tu y trouveras le trésor que Dieu a déposé là, il n’y a pas si longtemps.

Il faut que quelque chose change ici, en Martinique !

Martinique, c’est la Pâques de l’année de la Miséricorde ! Et tu sais bien qu’il faut que quelque chose change ici : tu as peur et tu doutes, tu t’enfonces et tu désespères. Violence, chômage et vieillissement s’ajoutent aux divisions et aux pollutions. Mais pourquoi donc as-tu été libéré des esclavages ? Pourquoi le Seigneur t’a-t-il fait passer la Mer Rouge par son bras puissant ? Pour te laisser mourir de faim et de soif tout seul dans le désert ? As-tu oublié que sans le Dieu qui libère les esclaves, tu es perdue. Souviens-toi de la foi de tes ancêtres : avec Lui, tu ne t’en iras plus en Egypte ; tu t’en vas en Terre Promise ! Alors, ne lâche pas la main du Seigneur. Retourne vite à la louange, à l’exultation joyeuse qui ont toujours fait ta force : c’est le temps de Pâques, le temps de la Passion et des larmes est terminé. Victoire ! ALLELUIA ! ALLELUIA ! ALLELUIA !

Quelque chose va changer ici !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Etre Catholique !

 

20 mars 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

A Pâques, cette année encore, comme à la Pentecôte, plus de 3 000 adultes vont s’adjoindre par le saint Baptême à la communauté catholique en France. Ils sont près d’une cinquantaine à la Martinique. Nous serons des centaines de milliers à renouveler autour d’eux les promesses de notre baptême.

Et pourtant, il y a de nombreuses religions ; un large panel de propositions de foi est fait aux chercheurs de Dieu : sociétés humanistes, groupuscules divers, mouvements d’animisme et de sorcellerie, grands courants de spiritualité et de philosophie orientales et, bien sûr, les multiples communautés chrétiennes protestantes et les Eglises d’Orient...

Il nous faut donc savoir ce que signifie l’appartenance à la Sainte Eglise Catholique : est-ce avoir simplement choisi une religion parmi d’autres ? est-ce rester sans réfléchir dans la religion de ses parents ? ou encore se distinguer par des attitudes et des certitudes particulières ? ou est-ce avoir été choisi par le Christ pour une mission particulière ?

Dans un merveilleux ouvrage écrit à deux mains, Rome sweet Home, les anciens pasteurs Scott et Kimberly Hahn racontent leur conversion et leurs retours respectifs dans l’Eglise Catholique Romaine. Ils ne sont pas parvenus dans l’Eglise parce qu’ils étaient déçus dans leur communauté, mais bien parce que leur recherche théologique les a conduits, pas à pas, pendant plusieurs années, à comprendre puis à épouser les thèses et les pratiques catholiques. Et pourtant, au départ, ils considéraient l’Eglise Catholique Romaine comme la bête de l’Apocalypse : une religion orgueilleuse et sans souffle ne vivant que pour elle-même. Ce n’est pas la beauté, la sympathie, la chaleur, ni même la sainteté des catholiques qui les ont attirés, mais leur docilité au Saint Esprit.

Car, il faut le reconnaître, nos communautés catholiques ne sont malheureusement pas toujours signe de la sainteté de l’Evangile et de la paix du Christ (la plupart du temps elles le sont, mais…). De plus, nos façons de vivre l’Evangile, façonnées par vingt-et-un siècles d’histoire et de culture (culte des saints, célibat des prêtres, traditions liturgiques, agencement de nos églises et autres coutumes…), ne sont pas toujours évidentes à comprendre. Mais pour ceux, très nombreux, qui percent à travers l’inévitable dimension humaine de la religion, tous les trésors du salut et l’intelligence du mystère de Dieu sont offerts en abondance.

Nous devons comprendre ce que nous sommes. Certes chaque doctrine, chaque religion, comporte une part de vérité, et les communautés religieuses, à l’exception de celles qui font appel aux esprits du mal, sont porteuses de grâces, surtout celles qui croient en Jésus-Christ. Mais la vocation de l’Eglise Catholique est unique et universelle : celle de signifier et de réaliser la communion des hommes avec Dieu et de tous les hommes entre eux ! Ainsi l’a voulu le Christ, et cette volonté perdure de génération en génération jusqu’à la fin des temps. C’est pourquoi chaque évêque est un successeur direct des apôtres, recevant cette mission par une chaîne ininterrompue de l’imposition des mains (cf. 1 Tim 4,14 ; 2 Tim 1,6 ; Ac 8,18 ; Hb 6,2) depuis Jésus-Christ !

Jésus a donc donné à l’Eglise, fondée sur les apôtres et leurs successeurs les évêques, la mission d’être le chemin vers Dieu des hommes et des femmes de ce monde tout au long de leur vie. Elle doit être le lien entre TOUS les hommes, le lien entre les enfants du Père. Pour mener à bien ce ministère, elle parle, elle proclame la vérité de l’Evangile, elle prend soin des plus pauvres, elle prie pour tous et célèbre les sacrements du salut. Il s’agit pour elle d’accueillir chaque enfant du Père dans le Royaume de Dieu. Ce ministère est, bien sûr, celui des évêques et des prêtres, mais c’est aussi celui de chaque fidèle catholique.

Ainsi, être catholique, c’est prendre part spirituellement et activement à cette mission universelle ; c’est ouvrir son cœur aux dimensions de l’univers et de Dieu ; c’est ne pas se considérer comme un membre d’un petit groupe séparé des autres, mais membre de la communauté qui se réjouit que la Vérité de Jésus-Christ s’offre au plus grand nombre. Etre catholique, c’est épouser le désir de Dieu qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité » (1 Tim 2,4).

Sainte et joyeuse montée vers Pâques !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Qui peut communier ?

 

25 février 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

On m’a demandé dernièrement en public, juste avant une messe, quelles sont les situations de vie qui empêchent de communier. Je me suis alors aperçu d’une grave erreur qui court dans l’esprit de bien des fidèles et qui fait beaucoup de tort aux âmes.

Certes, après l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut universel en Jésus Christ, c’est le rôle des pasteurs d’instruire le peuple de Dieu sur le bien et le mal. Il s’agit d’indiquer « le chemin du Ciel » (comme disait saint Jean-Marie Vianney au petit berger qui lui avait montré la route d’Ars). L’enjeu n’est ni plus ni moins que la vie éternelle ou la damnation. On ne rigole pas avec ça ! C’est pourquoi tous ceux qui enseignent et exhortent au nom du Christ doivent annoncer, sans compromis et sans lâcheté, ce qui conduit à la bénédiction ou à la malédiction, montrer clairement le chemin escarpé qui mène à la vie et dénoncer la route large et spacieuse qui mène à la perdition. Même si cela ne fait pas plaisir, c’est une œuvre de charité que de dénoncer le péché. Cependant, cela ne peut se faire sous la forme d’une liste de péchés associés à une peine : il s’agit d’un vrai enseignement qui doit éclairer la conscience du fidèle, l’encourager à la conversion et non l’enfermer dans une impasse.

C’est pourquoi, si l’Eglise a le devoir de dénoncer largement le péché et d’enseigner au plus grand nombre à le repérer et à l’éviter, elle ne peut désigner le pécheur que dans un cadre bien précis, fixé par le Seigneur lui-même. Ce cadre est la confession.

Lorsque Jésus souffla sur ses apôtres et leur dit : "Recevez l’Esprit Saint ! Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jean 20,22-23), il n’a pas donné un code avec des règles à destination de tous les fidèles. Il a institué des ministres chargés d’accompagner leurs frères. Si le Seigneur a pris le risque de confier ce pouvoir extraordinaire à des serviteurs tout aussi pécheurs que les autres hommes, c’est qu’il voulait éviter un danger plus grand encore. Ce danger est celui du jugement, jugement d’autrui, mais aussi jugement de soi-même. Jésus a commandé : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (Mat 7,1). Il ne veut pas que chacun y aille de son propre petit jugement : la bible d’une main, le catéchisme de l’autre, le code de droit canonique dans une troisième, tout cela baignant dans les grands principes moraux des arrière-grands-parents qui n’ont souvent rien à voir avec le message de Jésus ou les conditions culturelles actuelles.

Pour répondre en quelques minutes à la question qu’on me posait, je n’avais pas le temps de me lancer dans un cours de théologie morale, mais je ne pouvais surtout pas donner une liste de situations permises et défendues.

1°) Cela aurait signifié que chacun, seul dans son coin, seul devant une liste, aurait dû se juger lui-même. Mais aucun fidèle, même l’évêque et même le pape, ne peut se juger lui-même (le pape et moi nous nous confessons comme tout le monde à un autre prêtre !). Cela est valable pour chacun…

2°) Ce catalogue « du permis et du défendu » donnerait la possibilité, de l’extérieur et sans discernement, de juger autrui digne ou indigne de communion (un peu comme un radar flashe tous les véhicules qui franchissent la vitesse limite, sans savoir s’il s’agit d’un fou du volant ou d’une ambulance menant un mourant aux urgences !).

Frères et sœurs, chacun a le devoir d’éclairer sa conscience et d’évaluer sa propre vie face à l’Evangile (cela s’appelle l’examen de conscience) et ensuite de faire de son mieux pour se conformer à la volonté de Dieu. Mais il faut rappeler à tous (ceux qui sont "en règle" comme ceux qui ne le sont pas) que seul le sacrement de confession est le lieu de la réconciliation avec Dieu qui nous rend dignes de recevoir la sainte communion.

Ce n’est pas en communiant ou en ne communiant pas que l’on fait ce que Dieu veut, c’est en se confessant !

Il faut, certes, éviter les scandales quand on vit une situation publique ambigüe, mais on peut communier si, et seulement si, dans le secret du confessionnal, le prêtre envoyé pour ça par Dieu nous a jugés suffisamment contrits pour recevoir le pardon de nos péchés. Voilà pourquoi je fais souvent ce communiqué précis avant la communion aux messes que je préside : « Pour communier, recevoir le Corps du Christ, je vous rappelle qu’il faut être baptisé, avoir fait sa première communion, s’être confessé, avoir reçu l’absolution et vivre selon l’Evangile ».

Cela suffit comme règle… et concerne tout le monde !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Le Bon Carême

 

13 février 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Voici le temps favorable, voici le temps du salut ! Merci, Seigneur, c’est enfin le carême ! C’est le temps où nous allons faire pénitence et ceux qui ne le peuvent pas, en raison de leur faiblesse (âge, santé, paresse…), vont au moins s’associer à l’effort de ceux qui auront la grâce de faire un « bon » carême.

Mais attention ! A la nuit de Pâques, pendant que, en dehors de l’église, vont s’élever les flammes du feu pascal, tous seront invités au banquet des noces de l’Agneau : les ouvriers de la première heure comme ceux de la onzième heure, les abstinents comme les paresseux, les vertueux comme les débauchés, ceux qui ont tenu comme ceux qui ont chuté. Seuls les orgueilleux se tiendront à l’écart du Cénacle où apparaîtra le Ressuscité !

En effet, à l’entrée du Royaume de Dieu, il ne sera demandé à personne un certificat de bonne conduite (sinon, la Vierge Marie y serait toute seule avec Jésus et quelques anges ! Tous seraient bien tristes : quel gâchis ! Toute l’œuvre de la Rédemption : l’Incarnation, la Passion, la Croix et la Résurrection pour qu’un bureau de douane empêche finalement les gens d’entrer dans le Royaume !)… Bref, ce n’est pas un certificat de bonne conduite qu’il est demandé pour entrer dans le Royaume, mais un certificat d’humilité ! Il en est de même pour toutes les Pâques que constituent les sacrements. Les sacrements nous donnent la grâce, ils nous donnent l’Esprit-Saint, ils nous donnent la force : ils ne sont pas la récompense de ceux qui se sont montré forts, fidèles et chastes !

Frères et sœurs, Jésus nous demande un minimum pour conférer les sacrements : mais ce minimum, c’est l’humilité, c’est la contrition et le sentiment d’être pécheur ; c’est la double conviction de ne pas mériter sa grâce et d’être aimé par Lui. Bien sûr, pour conférer les sacrements de la Pâques, on peut reprendre le slogan des petites annonces : « pas sérieux s’abstenir ». On ne donne pas un sacrement à quelqu’un qui ne le veut pas et le manifeste par son attitude. Mais notre rôle est de montrer Jésus, non de le retirer aux yeux de ceux qui ne le mériteraient pas selon nous. Notre rôle est de bénir, certainement pas de juger et de condamner.

S’il nous arrive de révéler à un frère ou une sœur son péché (c’est aussi notre devoir de dire clairement ce qui n’est pas bien), c’est pour immédiatement lui faire sentir l’Amour du Seigneur et l’Amour de l’Eglise. Quand quelqu’un est dans une situation incompatible avec la vérité de l’Evangile, la première chose que Dieu (et l’Eglise) lui demandent, ce n’est pas de s’exclure des sacrements, mais d’avoir le désir humble de changer de vie et de suivre le Christ ! A nous de lui faire désirer changer de vie et non d’exiger le changement de vie pour recevoir la grâce… Là, on marche sur la tête et on désobéit gravement à Dieu, car on prend sa place !

Nos papes nous ont demandé d’ouvrir grand les portes de l’Eglise. Nous devons aujourd’hui prendre le risque (totalement assumé par le pape François dans son dernier livre Le Nom de Dieu est Miséricorde) de voir accéder aux sacrements des gens qui ne semblent pas en être dignes. Mais le Seigneur n’a-t-il pas invité à son banquet les estropiés et les clochards ? Faisons de même en ce Jubilé de la Miséricorde ! La robe de fête qui fait demeurer dans le Royaume, ce n’est pas celle de la perfection, mais celle, beaucoup plus belle, de l’humilité ! Souvenons-nous, pour nous-mêmes, que même ceux qui sont déjà entrés peuvent être mis à la porte du banquet s’ils n’ont pas cette robe.

En ce Jubilé de la Miséricorde, j’ordonne à tous les pasteurs, sauf empêchements canoniques, d’ouvrir le plus largement possible les portes des sacrements du Salut et de la Miséricorde, notamment aux catéchumènes. Une juste catéchèse doit conduire tous les fidèles, surtout ceux qui sont dans des situations morales délicates, à cet humble désir de changer de vie qui suffit pour donner accès au Christ. Je vous demande de ne pas refuser les sacrements de la Pâques à ceux qui le demandent d’un cœur sincère et humble, animés d’une vraie contrition.

Je rappelle que seuls les prêtres, dans des entretiens personnels et individuels, peuvent évaluer la pureté de ce désir. Je demande donc aux autres fidèles de ne porter aucun jugement sur la vie des gens, sous peine de pécher eux-mêmes gravement. Je les invite à offrir des sacrifices spirituels pour leurs frères, et à ne pas se scandaliser mais à se réjouir s’ils voient des gens s’approcher du Saint Baptême ou de la Sainte Table… Cela signifiera qu’une vraie conversion est en route et Dieu en sera glorifié.

Il faut, cette année, qu’un maximum de fidèles puisse communier à Pâques, en ayant reçu l’absolution de leurs péchés. Car seule la grâce peut faire germer en eux la force de l’Esprit-Saint, vainqueur de toutes ténèbres et de tous liens. Je vous supplie d’aller chercher partout dans votre entourage ces milliers de frères et sœurs qui se sont éloignés de l’Eglise parce qu’ils se jugent eux-mêmes indignes, ou parce que nous leur avons fait sentir qu’ils ne pouvaient pas s’approcher du Seigneur. Qu’ils aillent voir les prêtres, reçoivent la bénédiction, si possible l’absolution, et, ainsi purifiés, qu’ils le restent pour communier sans crainte lors de cette Pâques qui s’annonce !

Soyez en paix ! Et joyeux Carême !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Mais à quoi servent les « Bonnes Soeurs » ?

 

11 février 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Ce 2 février sera la clôture de l’Année de la Vie consacrée, mais aussi le Jubilé de la Miséricorde pour les personnes consacrées de notre diocèse.La fête de la Présentation de Jésus au Temple est traditionnellement un grand jour pour les personnes consacrées. On aurait aussi pu choisir le premier dimanche de carême. Car la vie consacrée, avant d’être un outil extraordinaire d’évangélisation, est avant tout un signe de l’attente. Tout consacré est un signe du Royaume qui vient !

Comme le dit Timothy Radcliffe (ancien maître de l’Ordre des Prêcheurs), les consacrés sont un peu comme ces gens qui attendent le bus dans une ville qu’on ne connaît pas. Le simple fait qu’il y ait ces gens, ces habitués qui sont là à attendre le bus, est un signe que le bus va venir. Pour celui qui ne sait pas, qui a juste vu les horaires sur internet, cette présence le rassure et lui donne confiance. De même, celui qui a été catéchisé et qui a reçu le message de l’Evangile est conforté et encouragé dans sa foi par le signe qu’est chaque personne consacrée. Si la fête de la Présentation au Temple a été choisie, c’est parce que chaque protagoniste est un modèle de consécration :

Marie présente le modèle du don de soi. Pleine de grâce, elle représente la plénitude de la consécration, ayant offert à Dieu, et à Dieu seul, son être entier, son âme, son corps et même ses entrailles ! Plus que tout autre, les consacrés de l’Eglise l’ont reçue comme modèle. En renouvelant radicalement leur baptême par la profession religieuse, ils imitent Marie, la voie royale pour engendrer le Christ en ce monde pour toutes les nations.

Joseph, humble et silencieux travailleur, l’homme chaste qui a consacré son existence à être le gardien de Marie et de Jésus, représente finalement l’idéal de la vie consacrée et des voeux : sa pauvreté se confondait avec son humilité car son unique richesse était sa famille ; appelé de façon particulière à la chasteté et la continence, il manifesta ainsi son amour pour sa femme et son respect pour Dieu ; son obéissance l’a fait entrer dans la liberté des enfants de Dieu qui jamais ne regrettent de suivre la volonté divine.

Siméon est le modèle d’une dimension prophétique de la vie consacrée qui n’a d’autre désir que Dieu, d’autre bonheur que d’être auprès de Dieu, d’autre attente que sa venue, d’autre espérance que sa présence. Telle est en effet la grande victoire de toute vie consacrée, au-delà des actions et des ministères multiples exercés par les personnes consacrées : voir le Sauveur, le montrer et le proclamer à toutes les nations. « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la Paix car mes yeux ont vu le Salut »…

Enfin, Anne, la prophétesse, nous révèle la récompense promise à la fidélité tenace des personnes consacrées. Dans le temple, tous les jours depuis son veuvage, elle atteint l’âge de 84 ans (7x12) nous dit l’écriture. Une grande perfection d’une âme burinée par le temps au service de Dieu. Nous comprenons l’origine de ce regard si perçant qui lui a permis de voir en cet enfant le libérateur de tout le peuple, mais aussi l’autorité de son témoignage alors qu’elle parle à tout le monde de cet enfant ! Ainsi sont les consacrés : la fréquentation assidue et quotidienne de la Vérité, leur mode de vie si particulier dans l’Eglise et dans le monde, donnent à leur témoignage une force et une puissance qui vient de Dieu !

Les personnes consacrées ne servent donc à rien. Elles sont ! Elles sont signes que Dieu est tout et que nous ne sommes rien !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France


DECRET DE L’ARCHEVEQUE
Les évêques de la Province Ecclésiastique (Martinique, Guadeloupe et Guyane) ont décidé de lever l’obligation de célébrer l’entrée en Carême le vendredi après-les-Cendres. Cette pratique est toutefois recommandée dans les lieux où le recueillement serait gêné par le Carnaval. (Voir le décret de l’Archevêque sur le site diocésain).



 


Les yeux du cœur

 

15 janvier 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

N’avez-vous jamais admiré la rapidité avec laquelle un moustique échappe au danger ? Lorsque la main rageuse qui essaie de l’écraser sur le bras qu’il est en train de piquer goulument s’approche, il voit le péril et s’enfuit !
L’être humain aussi a des réactions physiques spontanées lorsqu’il ressent un danger ou un plaisir : des sourires, des cris, des pleurs, des fuites, des gestes… des frissons.

Il en est de même dans notre vie intérieure ! Nous avons des « yeux » intérieurs qui « voient » le monde. Ce regard du cœur produit aussi des réactions internes : sentiments, émotions, pensées. Lorsque nous « regardons » quelqu’un avec les yeux du cœur, nous portons un jugement intérieur instantané. Cela se manifeste d’une façon ou d’une autre par de petits gestes plus ou moins conscients, parfois imperceptibles, mais bien réels. C’est pourquoi, sans parole et sans geste explicite, on perçoit parfois, avec plus ou moins de sensibilité, que quelqu’un nous aime, est sympathique, nous ment ou se méfie de nous.

Il ne faut pas toujours se fier à ce regard essentiellement subjectif, mais il faut reconnaître qu’il influence énormément nos réactions, nos comportements les uns envers les autres. Combien de personnes se sentent mal-aimées de cette façon ? Combien d’entre nous, sans en être conscients, vont agir envers quelqu’un selon ce regard du cœur ?

Si je vous parle aujourd’hui de ce « regard », c’est qu’il est l’enjeu d’un des plus grands combats spirituels de notre siècle. Les forces du mal n’ont de cesse (par les médias, la culture, même l’éducation) de terroriser et d’assombrir notre regard intérieur. Celui qui n’y prend garde finit par regarder toute personne avec méfiance, les plus pauvres et les plus doux avec mépris. Il se prend à admirer les riches et les puissants, à soupçonner l’étranger ou celui qui n’est pas de la même religion, à garder rancune à celui qui l’a un jour offensé… Les fameux « gadé dzafè » ou les « voyants » essayent souvent de contrôler les yeux du cœur des pauvres malheureux qui croient trouver chez eux une libération. En cherchant à « regarder les affaires » des gens, ils prétendent souvent que quelqu’un (de proche) leur a « fait du mal » en ayant sur eux le « mauvais œil ». Les chaînes de la malveillance s’abattent alors sur tant d’âmes et tant de cœurs dont le regard s’assombrit, dont la vie s’enfonce…

Au contraire, tout le message de l’Evangile nous invite, par la puissance de l’Esprit Saint, à changer notre regard sur le monde, et à épouser le regard même de Dieu. La première caractéristique de ce regard libéré est la BIENVEILLANCE. C’est-à-dire, le fait de regarder quelqu’un ou une situation avec la volonté de « voir le bien » à priori, de mettre tout son cœur à découvrir toute la bonté que porte chaque être et à s’en réjouir. Cette bienveillance n’est pas naïve, elle sait l’existence du mal, mais elle sait aussi le dépasser en regardant le bien qui subsiste en chacun. Elle transforme tout « ennemi » en ami, tout « gêneur » en frère, tout « mal élevé » en fils de Dieu à aimer. Porter un regard de bienveillance est une véritable conversion, une libération des esprits du mal.

Où en serait notre chère Martinique si des regards de bienveillance remplaçaient toutes les mauvaises paroles, et les regards sombres qui pourrissent notre pays, nos cités, nos quartiers, nos voisinages, nos maisons, nos couples depuis si longtemps ?

Dans un premier temps, demandons à Dieu la grâce de chasser la malveillance de nos cœurs ! C’est une volonté de ne pas écouter ceux qui maudissent, un choix d’imiter Jésus Christ qui « veut que tous les hommes soient sauvés », une décision de l’âme qui sait avec quelle bienveillance elle est regardée dans le cœur miséricordieux de Dieu. Car la bienveillance est le premier pas de la Miséricorde.

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


"Bonne et sainte année 2016 !"

 

9 mai 2016 2016 par Michel DEGLISE

Mgr David Macaire vous souhaite une bonne et sainte année 2016 à travers une vidéo réalisée par le service multimédia diocésain [...]

Cliquez sur le lien suivant pour découvrir l’intégralité des vœux de Mgr Macaire :

Enfin, voici quelques extraits, écrits, de la conclusion de Mgr Macaire :

« [...] Les mots "Bonne année" signifient, pour moi, la venue du Christ.

Alors, que Jésus vienne par l’intercession de sa Mère, par l’intercession de l’Église, qu’il vienne dans le cœur de beaucoup d’entre nous. En un mot, cela s’appelle la miséricorde. Que nos misères rencontrent le cœur de Dieu. Cette année 2016 est placée, justement, sous le signe cette miséricorde.

Avec l’Église universelle, avec l’univers entier, le pape François, c’est la miséricorde qui va nous gouverner, qui va nous illuminer, qui va nous donner sa paix, qui va nous guérir, nous relever et nous rendre la joie, le bonheur que nous attendons.

En avant pour l’année 2016, partons joyeux, partons pleins d’espérance car le Seigneur est là, et le Seigneur vient.

A tous, à chacun et chacune, bonne et sainte année ! »



 


Le temps qui passe !

 

16 janvier 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Le nouvel an est fêté le 1er janvier, le huitième jour après Noël, quand bien même chaque jour de notre vie voit commencer une nouvelle année et que chacun peut avoir sa date de nouvel an : son anniversaire, celui de son mariage ou de sa consécration, la rentrée scolaire, les soldes, une fête religieuse… En tout cas, avec le 1er janvier vient le temps des rétrospectives et des bilans, et le temps des vœux pour l’année qui vient. Ainsi, lorsqu’arrive notre nouvelle année, le temps passé et le temps futur se donnent rendez-vous dans nos réflexions et méditations personnelles : de couple, de groupe, de famille, de paroisse.

Comme si, en début d’année, le temps se chargeait d’une dimension nouvelle. Il continue à passer inexorablement et, malgré nos gesticulations, nous ne pouvons l’arrêter ni refuser ce que nous apporte le "Chronos". Rappelons-nous que le Chronos était une divinité de la mythologie grecque qui dévorait ses enfants. Dans une autre tradition, il était représenté par un vieillard ayant des ailes noires, portant une faux et un sablier : il annonçait la mort et le vieillissement.

Voilà donc ce qu’apporte le temps. C’est pourquoi, sans l’Espérance chrétienne, le temps futur fait peur ; il est chargé d’inquiétude. Le monde est sans cesse hanté par cette question : Que va-t-il nous arriver ? un cyclone ? un tremblement de terre ? une maladie ? un échec ? un divorce ? une catastrophe ?

Si le temps futur fait peur, on pourrait se tourner vers le passé. Ah, le bon vieux temps, avec ses souvenirs ! Mais ce temps passé n’est pas mieux, il est parfois chargé de nos regrets, de nos blessures, de nos péchés. A cette lourdeur existentielle s’ajoute le poids invisible, mais non insensible, des crimes, petits et grands, commis par nos ancêtres, dont nous portons une mémoire mystérieuse, une trace qui paraît indélébile. Finalement, en nous penchant sur le temps écoulé, sur l’année écoulée, et en faisant la balance entre nos réussites et nos échecs, nous expérimentons notre faiblesse, à quel point nous ne pouvons par nous mêmes, comme dit Jésus, rendre un seul de nos cheveux noir ou blanc.

Le moment du début d’année est donc un moment difficile pour lequel le monde ne nous propose que la fuite en avant. Une fuite dans la distraction et la consommation. Les gens s’évertuent à souhaiter de « joyeuses fêtes », comme s’il n’y avait rien d’autre à souhaiter que de « joyeuses fêtes de fin d’année ». Elles doivent être d’autant plus « joyeuses » que, pour beaucoup d’hommes et de femmes, ces « fêtes » ne célèbrent pas un moment heureux. Elles viennent servir d’antidote à la tristesse, aux remords, aux inquiétudes, aux blessures et aux peurs. « Mangeons et buvons car demain nous mourrons ! »

Pour les disciples du Christ, ces fêtes ne sont pas des fêtes de « fin d’année », mais des célébrations pour accueillir Celui qui est venu, qui vient et qui reviendra dans le temps : le Verbe de Dieu. Nous ne sommes pas naïfs sur les maux passés et les menaces de l’avenir. Mais nous savons, car nous l’avons vu et entendu, nous l’avons touché de nos mains et accueilli parmi nous », que le temps de nos vies a été, est et sera sauvé par la venue du Fils de Dieu. C’est pourquoi, remplis de cette foi, nous disons et nous proclamons au monde les richesses de notre histoire, la purification de ce monde : « N’ayez pas peur et Bonne Année ! »

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Message de Noël, de Mgr David Macaire

 

25 décembre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

En cette fête de Noël, Mgr David Macaire nous adresse son message de Noël, message d’espérance et de vie : "Noël, c’est Dieu parmi nous !"

« Noël d’hier, Noël d’aujourd’hui, Noël de demain… Il ne s’agit pas des traditions culturelles, mais de la Révélation de cette solennité majeure de notre année liturgique : Noël, c’est Dieu parmi nous.

Dieu est venu parmi nous il y a 2000 ans et il a changé le cours de l’Histoire. Le Peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Dieu vient parmi nous aujourd’hui et il change la vie de tant d’hommes et de femmes ! Ils le rencontrent chaque jour malgré la sécularisation, les doctrines perverses, les sirènes de ce monde. Dieu parmi nous demain. Car nous attendons et espérons son retour dans la gloire.

Noël ce n’est pas une date sur un calendrier, c’est un chemin, une dynamique, un mouvement de vie, une fête vivante et vivifiante. Si Noël était statique il durerait le temps du ragoût et des pois d’Angole et, une fois la buche engloutie, Noël ne serait plus. Le souvenir étant commémoré, tout serait achevé. Mais il n’en n’est rien. Noël c’est le point d’arrivée et de départ d’un chemin d’Espérance. Celui de Marie enceinte qui attend la venue du bébé, celui de Marie maman qui attend la conversion du monde à son fils. Celui de Joseph, patient et solide, qui accompagne dans la foi et le silence Celui qui vient pour tout sauver, celui des bergers mis-à-part de la société et qui comme les prisonniers de notre époque sont appelés les premiers à la conversion, et les premiers à répondre à l’appel du Ciel. Chemin aussi des mages, des autres religions, des étrangers qui voient se lever un astre nouveau et qui, le cœur confiant, marchent à sa suite jusqu’à la crèche.

Martinique lève toi ! C’est le moment, Noël t’attend.

Martinique bénie ! Martinique inquiète ! Enfants gâtés et ainés délaissés à qui ce monde fait si peur, soyez en Paix Il vient vous sauver !

Martinique croyante ! Martinique violente ! Jeunes et bad-boys pour qui les tentations sont si fortes, dans le calme de la nuit accueillez Celui qui vient vivre au milieu de nous et qui vous choisit comme son armée de Paix ici bas !.

Martinique festive ! Martinique divisée ! Familles meurtries, personnes blessées par tant de paroles mauvaises et de manque d’amour, écoutez dans la douce nuit l’écho des montagnes : Il vient vous redonner l’unité perdue.

A tous et à chacun : Joyeux et saint Noël ! »

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort -de-France



 


Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde… DONNE-NOUS LA PAIX !

 

20 décembre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Ce dimanche, au moment même où j’ouvrais avec vous la Porte Sainte de la cathédrale, notre pays vivait un moment important de sa démocratie ! Nouvelle collectivité pour la société de Martinique, nouveau temps pour l’Eglise : le jubilé de la miséricorde. Quel lien peut-on faire entre les deux évènements ?

La Démocratie est une belle chose ! En effet, demander à tout un peuple de s’exprimer pour choisir les dirigeants des affaires publiques est certainement la plus belle manière de trouver la paix. Cependant, les passions qui se déploient lors des campagnes électorales sont si vives et parfois si immatures que les élections laissent souvent une blessure dans le cœur du peuple. La politique, il faut le reconnaître, divise les hommes et les femmes, divise les familles, divise les populations… Est-ce vraiment la volonté de nos leaders ? Et surtout, est-ce la volonté de Dieu !?

Il y a d’abord beaucoup de paroles dures, parfois violentes, tant de malédictions prononcées sur les idées et malheureusement sur les personnes. Nul n’en sort indemne dans aucun camp : élus ou pas, beaucoup de candidats ont l’impression d’avoir été salis. Chacun se sent rejeté, voire haï par une partie de la population. Et puis, il y a les résultats qui, cela est inévitable, font des uns des vainqueurs et des autres des vaincus. Des heureux et des malheureux. Mais personne n’est vraiment heureux dans une famille quand d’autres membres sont malheureux. La parole de Dieu nous dit que lorsqu’un membre souffre tous les membres souffrent avec lui (1 Cor 12,26).

J’ai entendu les passions se déchaîner au cours de la campagne, j’ai regretté les attaques et les paroles agressives qui ont pu être prononcées. Et nous savons que le mal marque beaucoup plus que le bien. Les belles choses, la volonté de ceux qui veulent servir le bien commun, les moments de partage, les propositions positives, la noblesse de l’engagement politique des candidats et des militants, les rencontres faites çà et là... ne se sont pas vus, pas assez en tout cas !

Je ne veux pas à mon tour donner des leçons ni même me situer « au-dessus » de la mêlée. Mais il m’appartient de rappeler à tous que le temps qui s’est ouvert pour la Martinique, au moment même où j’ouvrais la Porte Sainte, doit être le temps de la Paix ! La paix pour tous signifie que chacun choisisse de faire la paix, en tout cas la cherche !

Le temps de la Miséricorde, proclamé dans la cathédrale ce dimanche, m’invite à apporter une parole publique de bénédiction et d’encouragement à tous les acteurs de la vie publique, et de ces élections en particulier. Au nom du Seigneur, que votre engagement à tout niveau vous rende fiers, que des pardons soient accordés pour les paroles et les rumeurs blessantes, que les nouveaux dirigeants se sentent accompagnés même par l’opposition, et que l’opposition se sente écoutée dans ses propositions. Bref, que tous cherchent la Paix, et que le Seigneur Jésus donne la Paix à ceux qui la cherchent.

Lui seul, l’Agneau de Dieu, enlève le péché… Alors, laissez-moi vous le redire : MISERICORDE !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


La Miséricorde soit avec vous !

 

4 décembre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Sœurs et frères, je vous propose aujourd’hui un "mot de l’évêque" un peu particulier. Il s’agit d’une brève lettre pastorale indiquant les orientations que je souhaite donner au Jubilé de la Miséricorde chez nous.

Pendant le Jubilé, nous aurons de grands moments de piété, Dieu nous fera Miséricorde. Le peuple attend avec impatience cette année de bienfaits.

Il était temps que cette riche tradition spirituelle de l’Eglise catholique vienne au secours d’une Humanité de plus en plus ravagée par des divisions qui ne cicatrisent pas. Face à la gangrène de la violence et de la peur, l’Eglise souhaite présenter le doux et miséricordieux visage de Jésus.

Ainsi, à chaque fois que la Miséricorde touchera une personne, elle se répandra aussi dans la société et la culture. « Celui qui se met en harmonie avec les sentiments du Cœur de Jésus, disait Jean-Paul II, apprend à être le constructeur de la nouvelle Civilisation de l’Amour. Un simple acte de confiance suffit à briser la barrière de l’obscurité et de la tristesse, du doute et du désespoir ». C’est pourquoi je demande à chacun de considérer l’appel de Dieu à une Miséricorde passive (recevoir la Miséricorde) et active (faire Miséricorde).

En Martinique, de GRANDES RÉCONCILIATIONS devront briser les cercles vicieux et infernaux qui détruisent notre vie quotidienne, et celle de nos enfants depuis des décennies. C’est pourquoi je nous invite à entrer dans ce jubilé en étant déterminés, malgré nos faiblesses et la douleur de nos blessures, à faire Miséricorde :

Entre nous et nos ancêtres quels qu’ils soient, proches ou lointains. Prions pour rompre tous les liens négatifs reçus par un héritage qui nous dépasse. Par notre intercession pour les défunts de nos familles, qu’une pluie de bénédictions les rejoignent, les fassent entrer dans la lumière éternelle et nous délivrent définitivement des conditionnements ancestraux et des pardons non donnés ! Je vous demande cette année de faire célébrer des messes et de prier particulièrement pour les morts, et d’apprendre aux jeunes à le faire.

Entre les composantes de notre peuple, entre békés et noirs, entre noirs et "coolis", entre créoles et métropolitains… Tant de mépris, de malédiction, d’exaction, de violence ont parcouru notre pays de part en part ! Seule une grande dose d’amour et une quantité de gestes de réconciliation pourront nous libérer de cet héritage, et des complexes sans nombre qu’il génère en chacun de nous ! Je vous demande de poser des gestes simples mais réels d’amitié et de fraternité envers chacun, et d’aller à la rencontre de ceux qui sont d’un autre "monde".

Entre les employeurs et les salariés ! Les traces de l’esclavage, la théorie de la lutte des classes et les péchés et abus causés par la loi du profit ont déchiré le tissu et le dialogue social, dominés désormais par la méfiance. Tout le monde en souffre psychologiquement et économiquement. Je vous demande de renouveler, chacun à votre niveau, les relations professionnelles, dans la Justice et la Vérité.

Entre les différentes catégories de notre communauté humaine : le mépris et le désir de domination perpétuel entre homme et femme, les jalousies entre femmes, l’amertume permanente entre tant d’enfants et leurs pères absents, violents, adultères… Les abus sexuels et les pratiques occultes qui laissent tant de personnes boiteuses toute leur existence… Vivement que la Divine Miséricorde brise les portes de ces prisons ! Je vous demande de pardonner à ceux qui vous ont offensés !

La méthode spirituelle que je vous propose est la suivante : que chacun détache les yeux de son cœur, de sa propre blessure, pour considérer la fracture de l’autre. Un chemin qui signifie concrètement de consentir à ne pas recuire indéfiniment sa propre souffrance, mais à habiter celle de celui-là même qui l’a provoquée. C’est la voie du père du fils prodigue qui, au lieu de se fixer sur l’offense que lui a faite son fils, ne pense qu’à soigner celui qui l’a blessé.

Difficile, mais unique voie possible vers le bonheur et la liberté !
Ce Jubilé de la Miséricorde tombe parfaitement dans la vie de notre peuple pour opérer ces grandes réconciliations, pour nous libérer enfin vraiment de nos chaînes. « Si la mémoire se durcit, elle se fige. Alors, on n’entre plus dans l’histoire, on meurt ».

Que la Miséricorde vive et nous fasse vivre !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Sé Li nou lé !

 

2 décembre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Une grande séquence politique s’annonce ! Les élections nationales occupent le terrain des grands médias, les élections locales s’approchent. Bientôt, nous allons suivre les grands matchs électoraux télévisuels en famille, installés confortablement dans un canapé et munis de chips, d’accras et de sodas…

Une grande séquence politique s’annonce ! Les élections nationales occupent le terrain des grands médias, les élections locales s’approchent. Bientôt, nous allons suivre les grands matchs électoraux télévisuels en famille, installés confortablement dans un canapé et munis de chips, d’accras et de sodas…

Tout cela est-il étranger à notre vie spirituelle ? Certainement pas ! En nous appelant à voter, le système démocratique impose un engagement moral de chaque citoyen. Le mot "voter" vient du latin "votum", le vœu, et du verbe "volare" qui veut dire "vouloir". Voter, c’est exprimer un vœu, c’est donc engager sa volonté. Donner son vote est un acte qui implique tout notre âme : notre intelligence, notre liberté, notre spiritualité.

S’abstenir, sauf raison grave (la santé par exemple), est une démission face à notre responsabilité de chrétien et de citoyen. C’est pourquoi le Catéchisme de l’Eglise Catholique, en commentant la Parole de Dieu (Rm 13,1-2) affirme que la soumission à l’autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement l’exercice du droit de vote (CEC 2240). Si aucun candidat ne nous paraît digne de confiance, on peut voter "blanc", mais on ne peut pas dire que le Christ nous envoie dans le monde et s’abstenir de cet engagement en disant : « sa pa zafè mwen ». L’Eglise nous oblige donc à participer aux élections. Par exemple, les jours de scrutins, même les religieux contemplatifs, qui ne sortent jamais de leur monastère, se rendent au bureau de vote !

Une élection républicaine n’est pas une élection de "reine de Carnaval" ! Ce n’est pas en fonction de l’applaudimètre, du nombre de « sé li nou lé » ou « nou pa lé’y » de la foule, qu’on choisit de confier, ou pas, des responsabilités politiques à un candidat ou à une équipe. L’Histoire nous montre comment un vote "charnel", nourri par la peur, la colère, la vengeance ou même la sympathie médiatique, peut porter au pouvoir des candidats aux projets mortifères et sectaires, aux mains de puissances ténébreuses. Autrement dit, on ne vote pas n’importe comment ! Le vote ne doit pas se faire sur des critères charnels, c’est-à-dire affectifs ("j’aime" / "j’aime pas"), mais bien sur des critères spirituels, objectifs et raisonnés.

Pour un disciple du Christ, c’est une faute devant Dieu de voter sans savoir pour qui et pour quoi on vote, en se laissant plus ou moins influencer par les médias ou les affects. Chacun doit discerner en conscience, avec des critères objectifs, c’est-à-dire réfléchir, peser et soupeser dans l’Esprit-Saint, les programmes des candidats ! L’Eglise ne donne généralement pas des consignes de vote, mais elle se réserve le droit de souligner les principaux enjeux de chaque élection et de dénoncer ce qui est incompatible avec l’Evangile dans le discours politique. Je salue à ce titre l’initiative des Mouvements d’Action Catholique de demander aux candidats de s’expliquer Face aux Chrétiens ce 22 novembre 2015 : nul doute que ce meeting-là nous aidera à accomplir intelligemment notre devoir électoral.

Pour aider notre discernement, je voudrais citer ici le discours final de Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, lors de la dernière assemblée des évêques à Lourdes : Nous portons de l’estime à l’engagement politique. Avons-nous autre chose à dire à nos fidèles que d’aller voter ? Sûrement. Nous voulons ajouter : pensez au sort des petits et des humbles ; pensez à l’accueil, pensez au respect de la vie et de la dignité de la personne humaine ; pensez aux politiques sociales et familiales, à l’éducation des jeunes ; fuyez la violence sous toutes ses formes, la violence verbale n’étant pas la moindre. Regardez de près les programmes.

En résumé, c’est à la lumière de la Parole de Dieu que nous devons juger les idées des candidats et faire notre choix, car, en Vérité, il n’y a pas d’autre programme électoral que l’Evangile, il n’y pas d’autre roi que le Christ Jésus : sé Li nous lé !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


La fin d’un monde…

 

8 novembre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Le monde actuel, et surtout notre Martinique d’aujourd’hui, nous inquiète. On sent parfois dans le pays comme une anxiété latente, une panique sociale. Les sujets d’appréhensions se multiplient : beaucoup de familles et de couples explosent ; les personnes âgées vieillissent seules ; les jeunes, plus que les autres, sont marqués par cette ambiance délétère et anxiogène. Ceux qui le peuvent quittent le pays pour trouver ailleurs leur épanouissement professionnel, affectif et même spirituel. Ceux qui restent sont menacés par le chômage et le désœuvrement.

La violence envahit nos quartiers, alors que de plus en plus de jeunes jouent à la roulette russe avec leur vie sur la route et ailleurs. Pendant que les hommes sombrent dans la drogue, l’alcool, la pornographie et le sexe facile, les femmes ont recours en masse à l’avortement (l’un des plus fort taux au monde). Les esprits de morts ainsi libérés produisent toute sorte de maladies mentales et spirituelles et, bien sûr, l’usage des sorcelleries diverses n’arrange pas les choses. Et je ne parle pas des menaces naturelles et écologiques…

Les forces vives et les bonnes volontés ne manquent pas : les travailleurs sociaux, les éducateurs, le milieu associatif, les hommes et femmes politiques, et bien sûr les croyants, sont à l’œuvre. Mais elles semblent bien petites pour contenir des maux dont l’origine nous dépasse. Demeure l’impression que tous les remèdes ont été tentés sans résultats durables, et que les efforts ne font que ralentir la progression d’un mal inexorable.

De gros nuages planent : serait-ce la fin du monde ? Je ne sais pas (car nous n’avons pas à le savoir) quand sera la fin du monde, mais je sais que quelque chose de notre monde actuel va cesser, va mourir, va passer. Faut-il le craindre ? Faut-il se battre coûte que coûte pour éviter cette fin ? Faut-il se laisser aller au défaitisme en se livrant aux distractions massives, ou pratiquer la « fuite en avant », alors même qu’« on n’y croit plus », pour essayer de sauver sa peau malgré tout dans le « chacun pour soi » ?

Peut-être qu’une bonne nouvelle se cache derrière cette situation : les moussons, ces pluies diluviennes qui couvrent l’Inde à intervalle régulier et qui apportent chaque année leur lot de désolation, sont aussi accueillies par la sagesse populaire comme une renaissance, une vie nouvelle.

La Parole de Dieu en cette fin d’année liturgique nous répond en nous révélant un avenir à la fois lumineux et terrifiant. Elle nous révèle sinon le moment, mais du moins l’esprit de la fin du monde, de la fin de tout monde : « Je vis, dit saint Jean le visionnaire, un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus. Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : "Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé." Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : "Voici, je fais l’univers nouveau." (Apocalypse 21,2 ss)

A la lumière de la Parole de Dieu, ne devrions-nous pas espérer cette civilisation nouvelle, mais franchement nouvelle, que le Bienheureux Paul VI, saint Jean-Paul II et Benoît XVI ont appelé la « Civilisation de l’Amour » et dont le Pape François a jeté les bases concrètes et politiques dans son encyclique Laudato Si.

Et si la société martiniquaise était la première au monde à bâtir cette Civilisation de l’Amour ? Et si c’était notre vocation pour le monde de vivre ce à quoi tous les hommes aspirent ? Une société solidaire, où on accepte d’avoir une voiture plus petite, de ne pas s’acheter des écrans multiples, de consommer local, de ne pas profiter du système et de ses failles, d’aider et de soutenir les plus faibles, de donner des "coup-de-main", de ne plus pratiquer le "nèg kont nèg", de rejeter toute sorcellerie, de respecter la nature et de ne pas produire de déchets, de s’encourager, d’accueillir la vie de sa conception à sa fin naturelle, de jeter un regard d’espérance sur nos jeunes, même quand ils sont en échec… On dira que je rêve, mais lequel d’entre nous ne partage pas ce rêve ? Et si nous l’avons tous au cœur, quel démon nous empêche de le réaliser ?

Ce n’est donc pas un rêve, c’est une prophétie ! C’est mon rôle de pasteur de l’Eglise catholique de la proclamer, mais je ne peux être seul à la porter. Je lance cet appel d’abord aux prêtres et aux fidèles de mon Eglise ; je lance cet appel à la veille des échéances politiques importantes, voire historiques, aux leaders politiques et aux candidats à l’élection de la CTM ; je lance cet appel aux décideurs du monde économique ; je lance cet appel aux familles et aux travailleurs sociaux ; par-dessus tout, je lance cet appel à ceux qui sont les plus frappés par les fléaux sociaux, à ceux qui sont sans travail, sans famille, sans santé, à ceux qui sont dans les rues et les difficultés. Par la grâce, si eux se relèvent et se mettent à espérer, qui refuserait de les suivre ?

Ainsi, par la puissance de la grâce du baptême que tant de Martiniquais ont reçu, je proclame que « si quelqu’un est dans le Christ, il est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là ». Que ce monde, et chacun de nous, accepte de mourir et de renaître dans le Christ, notre Alpha et notre Oméga, et tout sera renouvelé.

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


"Sacrée famille !", par Mgr David Macaire

 

9 mai 2016 2016 par Michel DEGLISE

A côté du Mot de l’Evêque de Mgr David Macaire que vous pouvez retrouver ci-contre dans la rubrique "Mot de l’Evêque" dans la colonne de droite de notre site, nous vous proposons de prendre connaissance de la réflexion sur la famille que notre archevêque a publiée sur le site de la Conférence des Evêques de France à l’occasion du Synode des évêques sur la famille (Rome, 4-25 octobre 2015).

« Depuis des millénaires, les abeilles n’ont jamais eu à lutter entre elles pour défendre le modèle de la ruche, les grands requins blancs sont très heureux de vivre solitaires, les loups n’ont jamais remis en cause le fait de vivre en meute, l’organisation sociale des couples de pingouins ou des récifs coralliens font l’admiration des amoureux de la nature. Les hommes, par contre, s’interrogent sans cesse sur leur mode de vie et la cellule de base au sein de laquelle vont être élevés et éduqués leurs petits. La famille semble remise en cause à chaque époque, dans chaque culture, avec plus ou moins de bonheur et parfois des catastrophes. On tente de construire un modèle nouveau, indépendamment de la nature profonde des hommes et des femmes. Pourquoi ?

D’abord, parce que les hommes n’agissent pas par instinct comme les animaux ; il est dans leur nature, faite à l’image et à la ressemblance de Dieu, de comprendre et de bâtir par eux-mêmes, consciemment, ce qui pourtant est déjà inscrit au fond de chacun.

Ensuite, malheureusement, parce que le péché vient perturber notre capacité à être nous-mêmes, comme les pollutions perturbent le monde animal… De même que les pesticides empêchent les saumons de remonter la rivière où ils sont nés, nous n’arrivons plus, à cause des circonstances de la vie, à construire, dans l’amour gratuit, cette union stable d’un homme et d’une femme dans laquelle naissent et sont éduqués les petits hommes, dans laquelle les anciens achèvent leur existence dans la paix. On peut essayer autre chose, mais la famille, au plan naturel, restera l’unique réalité dans laquelle l’homme, quelles que soient les conditions, peut faire l’expérience de la gratuité, du pardon, de la bienveillance, de la non-violence, de la bénédiction. Nous savons bien que la famille est une communauté fragile et lorsqu’elle défaille les conséquences sont graves ! Mais il faut aussi constater que, malgré les faiblesses graves des familles, on n’a pas trouvé mieux pour faire l’expérience de l’Amour ! Qui peut contester que, lorsque la famille est détruite, le tissu social est irrécupérable, quelles que soient les aides publiques et les politiques volontaristes et financières… ? Un psychologue, une institutrice, un éducateur sportif, une assistante sociale ou une indemnité pourront-ils jamais remplacer un époux, une épouse, un père, une mère, un frère, une sœur ?

La famille, ennemi public numéro 1 ?

Enfin, il faut bien aussi reconnaître que des penseurs plus ou moins malveillants ont cherché à détruire la famille et que la traduction politique de leurs idées n’est malheureusement pas sans succès. Par volonté de « libérer » l’homme des contraintes culturelles de la famille (en fait, de la famille « bourgeoise ») ou, plus sournoisement, par volonté de faire tomber le dernier rempart de la liberté face au pouvoir politique, ou de protection face à l’influence de la société de consommation, la famille est devenue l’ennemi public numéro 1. Une institution à abattre en tant que vestige de la culture judéo-chrétienne. On a alors expliqué à des générations entières qu’elles devaient avoir une vie éclatée en plusieurs modèles : les hommes devaient être des abeilles ou des fourmis au travail, des bonobos dans leur sexualité, des meutes de loups avec leurs amis, des autruches dans leur vie spirituelle et surtout des requins blancs dans leur vie affective… Au final de grands solitaires !

Malgré cela, la grande majorité des jeunes que j’interroge personnellement depuis des années avec la même question me répondent que leur famille est « ce qui compte le plus pour eux ». Malgré cela, la famille reste le rêve profond des hommes et des femmes, y compris de ceux qui n’y croient plus et n’ont plus aucun espoir, y compris de ceux qui sont issus de familles détruites et destructrices. On n’a pas fait mieux comme machine-à-bonheur !

C’est pourquoi, en défendant la famille, en promouvant un modèle familial non pas « traditionnel » (car la tradition est liée à la culture or la famille précède la culture) mais naturel, l’Eglise d’abord fait une œuvre politique de salut public. Une bonne analyse politique, qu’on soit de gauche ou de droite, ne peut pas ne pas conclure que la protection et la promotion de la famille sont un enjeu primordial pour la société. Mais en étant pro-famille, les chrétiens sont aussi des prophètes, car la famille est aussi le lieu de la Révélation, là où Dieu choisit de se révéler aux plus petits et aux plus grands. Lieu de l’annonce de la Foi, du renouvellement dans l’espérance et de la vie dans l’amour, la Famille est Sacrée, un mini-Royaume de Dieu et c’est par elle que le monde sera sauvé ! »

Mgr David Macaire, o.p.

Archevêque de Fort-de-France (Martinique)



 


L’ambition de la sainteté

 

28 octobre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Malgré tous les efforts des pasteurs, la sainteté continue de paraître comme un phénomène éloigné de notre réalité quotidienne. Quel dommage !

De tout temps, l’Eglise a pris soin, à travers le culte des saints, de montrer au monde que les saints étaient des femmes et des hommes comme tous les autres, de toutes conditions, de toutes races, langues et nations. Récemment, depuis saint Jean-Paul II, les papes ont tenu à multiplier les béatifications et canonisations, montrant aussi que la sainteté n’est pas un phénomène ancien, mais une réalité contemporaine et courante dans la vie de l’Eglise. Presque banale, en tout cas « normale », dès lors que les moyens de salut donnés par le Christ sont mis en œuvre. Les saints sont donc nos frères, ils sont comme nous, ils nous ressemblent et nous leur ressemblons.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique indique que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état. Tous sont appelés à la sainteté : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5,48) (CEC 2013).

Et pourtant, reconnaissons-le : nous avons peur d’être des saints ! Dans notre conception spontanée, un saint est un religieux austère, privilégié de grâce mystique, environné de phénomènes surnaturels et souffrant d’atroces supplices pour l’honneur de Dieu. Nous pensons, en fait, qu’un saint est un extra-terrestre qui ne sait pas s’amuser, se détendre et prendre la vie du bon côté. Nous croyons qu’un saint est forcément un surdoué de la morale et de l’ascèse. Au final, c’est un personnage éloigné, hors du temps, de l’espace et de la vie.

Il est vrai que la vitrification de la figure des saints et la pétrification de leurs personnes dans nos sanctuaires nous ont plus ou moins fait croire que les saints étaient des demi-dieux ! Quelle erreur que de penser que les saints sont admirables mais pas imitables ! Ce genre de fausse propagande n’a pour résultat que de nous faire choisir la médiocrité d’une vie chrétienne bien rangée, sans choix radical, une vie chrétienne juste assez correcte pour qu’on puisse tranquillement se regarder dans son miroir le matin et aller communier le dimanche. C’est une vie chrétienne sans le désir d’être saint, sans le désir de la Vie éternelle, sans le désir de Dieu, juste le désir d’être « une bonne personne ».

Nous n’avons pas l’ambition d’être des saints ! Pour cette raison, nos églises sont remplies de « bonnes personnes » qui n’ont pas envie d’être des saints. Pour cette raison, nos communautés n’accueillent pas les brigands et les prostituées qui, certes, ne sont pas de « bonnes personnes », mais peuvent, autant que les autres, devenir saints. Pour cette raison, nos jeunes nous quittent parce que nous ne les faisons pas rêver, parce qu’ils ne sont pas attirés par une vie chrétienne si fade.

A tous, il faut proclamer que ce ne sont pas des bonnes personnes que Dieu veut, mais des saints. Et il peut en « fabriquer » avec des gens bien comme avec des pécheurs : il suffit de Lui en demander la grâce ! Car le monde attend le passage des saints. De tous, on attend la sainteté, la fidélité jusqu’à la mort au Christ, notre Dieu. Ils en sont capables, par la grâce.

En représentant ces femmes et ces hommes sur les vitraux et les autels de nos églises, la culture catholique n’a d’autre ambition que de les montrer proches de nous. Proches de nous et proches de Dieu ! Une manière de nous dire que la sainteté est à la portée de tous, de nos proches, de nos jeunes, de nos anciens, de nos voisins et même à notre portée !

Par-dessus tout, ce que l’Eglise proclame à travers le culte des saints, ce n’est pas la glorification de telle ou telle personne dans un but politique. Ce que l’Eglise proclame, c’est la Gloire de Dieu. En effet, s’il n’y avait pas de saints, ce serait un véritable échec du projet de Dieu. N’y aurait-il aucun homme à être sauvé, alors que le Père a déployé tous les trésors de la grâce pour nous faire Miséricorde, alors que le Fils s’est fait chair pour nous faire passer des ténèbres à son admirable lumière, alors que l’Esprit qui renouvelle toute chose a été répandu sur l’Eglise ? Comment être chrétien sans proclamer la victoire de notre Dieu dans la vie de tant d’hommes et de femmes parvenus à la sainteté à travers les faiblesses du genre humain, et les tentations de notre existence ?

Alors, n’ayons pas peur… d’être des saints !

+David Macaire,
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Allez mon prochain ! Allez, allez !

 

13 octobre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Dieu merci, le temps des catholiques qui se contentent de fréquenter la messe du Dimanche et de poursuivre la semaine sans penser à Dieu ni parler de Lui, est terminé. TER-MI-NÉ !

Peut-être parce que nous étions « trop » nombreux, trop installés aussi dans nos pantoufles, nous nous serions satisfaits de nos églises remplies et des centaines d’enfants encore inscrits au catéchisme. Il est vrai que, par manque d’esprit missionnaire et de sens du témoignage, nous avons laissé le champ libre jusque parmi nos fidèles, à des missionnaires qui ne partagent pas notre foi. Certains annoncent Jésus-Christ et c’est tant mieux, mais d’autres sont les suppôts de toutes sortes de doctrines frelatées… quand ils ne sont pas ceux de Satan.

Qu’on se le dise : La Mission n’est une option pour aucun baptisé, elle est obligatoire ! La mission n’est pas réservée dans notre Eglise à une élite de purs qui aurait reçu le droit de témoigner de Jésus à des consommateurs. Un catholique est un pécheur pardonné qui est rendu ivre par la joie du Salut, et qui ne peut pas ne pas annoncer la Bonne Nouvelle du Christ !

Un catholique est un marin-pêcheur ou un agriculteur harassé par le travail et les soucis administratifs, mais qui chaque jour rend grâce à Dieu pour les fruits de son labeur et entraîne ses amis et sa famille dans la louange. Un catholique est une mère de famille célibataire luttant pour éduquer ses enfants, supporter le regard des autres et vaincre les démons de la solitude, mais qui donne encore de son temps libre pour servir l’Eglise et entraîner des amis dans un groupe de prière. Un catholique est un chef d’entreprise sur-occupé, accablé de soucis, qui nourrit de grandes ambitions pour sa société et qui, malgré les critiques et les inquiétudes, garde le souci de chacun de ses collaborateurs, de sa famille et des pauvres.

Un catholique est une personne âgée qui sait que ni le mépris du monde pour le grand âge ni les ennuis de santé ne l’empêcheront de rester fidèle à Dieu et de témoigner à son entourage. Un catholique est un chômeur qui prend le pouvoir sur le sentiment d’échec et d’injustice qui naît de sa situation, garde la confiance et témoigne de son espérance par toute sa vie. Un catholique est une femme ou un homme politique qui, au milieu des inquiétudes et des déceptions de ce monde, invoque le Seigneur pour offrir ses compétences et son temps en sacrifice pour le bien commun. Un catholique est une responsable de la pastorale de l’Eglise qui reste toujours dans l’onction de l’Esprit-Saint, dans l’amour, et accepte avec humilité et sans amertume les critiques et les limites de ceux dont elle a été faite servante. Un catholique est un père ou une mère de famille qui, malgré les combats quotidiens, garde la joie et l’esprit de contemplation. Un catholique est un artiste qui promeut dans le monde une culture dépolluée des démons de la vulgarité et met son talent au service de la louange divine. Un catholique est un homme ou une femme divorcée-remariée qui aime Jésus et qui, implorant Dieu pour sa situation, redouble d’esprit de prière et de service. Un catholique est un homme tenté par le sexe, le jeu, l’oisiveté et les douceurs de la médiocrité mais qui, sans se placer au-dessus de ses amis, prie chaque jour, se montre fraternel et toujours présent auprès d’eux et leur parle de Jésus. Un catholique est une adolescente attirée par les séductions de la fausse liberté de ce monde de facilité et de vulgarité, mais qui choisit Jésus par la pureté, le service, le témoignage et la louange dans l’Eglise. Un catholique est un prisonnier qui s’est laissé aller à la violence et à toute sorte de trafic et qui, au lieu de se condamner lui-même et de se laisser envahir par la haine du monde et le désespoir, laisse jaillir en lui, dans sa prison, la douceur à laquelle Jésus l’appelle. Un catholique est un enfant qui, malgré les tentatives de perversion de ce monde, a choisi Jésus et qui le sert par sa fidélité à la messe. Un catholique est un agonisant qui garde l’espérance au cœur de sa souffrance et dont le témoignage bouleverse le personnel soignant. Un catholique est une jeune fille mise enceinte au cours d’une relation non fondée dans l’alliance avec Dieu et qui choisit la vie, malgré les critiques de sa famille, l’abandon de son compagnon ou le sentiment de déshonneur. Un catholique est un jeune confirmand qui a reçu le sacrement de l’envoi et qui reste fidèle à sa promesse en s’engageant dans son Eglise…

Bref, un catholique est quelqu’un qui dit « oui » à Dieu, maintenant et tout-de-suite, sans tenir compte de ses faiblesses et du regard du monde sur lui. Un catholique c’est toi, mon prochain. A tous, je lance et relance un appel pressant, l’appel du Concile Vatican II, l’appel des Papes. C’est un appel qui vient de l’Esprit-Saint et s’adresse à chaque chrétien catholique. Allez en mission, allez, allez ! Allez, mon prochain, allez, allez !

+David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Les prêtres !

 

26 septembre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Ah ! nos prêtres ! Nous les aimons. Il faut le dire car nous en avons bien besoin !
Si nous n’avions pas le sacrement de l’ordre, dit le saint curé d’Ars, nous n’aurions pas Notre Seigneur ! Qui est-ce qui l’a mis là, dans le tabernacle ?
Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre… toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir à cause du péché, qui la ressuscitera ? Qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre. Après Dieu, le prêtre c’est tout. Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel…

Le saint curé a bien raison. Le presbytérat est un vrai mystère ; c’est-à-dire une réalité unique en deux dimensions. Une dimension humaine, bien humaine, parfois trop humaine. On peut réduire le prêtre à être un administrateur des biens d’une paroisse, ou un animateur socio-culturel, voire un personnage qui fait de la politique et du social…

Ce faisant, on détruit la source de la fécondité même de son ministère : la grâce de Dieu. Le prêtre est un homme de Dieu, un consacré. Une dimension qu’il ne faut pas exagérer non plus (un prêtre n’est pas un ange, ni un extraterrestre, encore moins un saint –avant l’heure), mais qu’il ne faut pas ignorer : on raconte l’histoire d’un prêtre dont la seule présence dans un quartier en Haïti avait suffi un jour à faire stopper une cérémonie vaudou… Le pauvre homme en était le premier étonné. Trop conscient de son insignifiance personnelle, il en oubliait presque la puissance de la grâce sacerdotale et ministérielle dont il était porteur par la grâce de Dieu, et l’imposition des mains de son évêque.
En tout cas, sur la terre, et en particulier sur la terre de Martinique, nous avons un Presbytérium en chair et en os. « Un très bon Presbyterium, parmi les plus engagés de toute la Caraïbe », comme le disait Monseigneur le nonce apostolique lors de la remise du pallium.

Oui c’est vrai, en Martinique nous avons de bons prêtres. Ces prêtres ne sont pas des anges, et tant mieux ! Ce sont des hommes choisis au milieu des hommes. Mais des hommes entièrement livrés à Dieu.

Les qualités de ces hommes nous réjouissent et font notre admiration. Ils ont mis à notre service tout ce qu’ils ont, tout ce qu’ils sont. Leurs limites personnelles ou collectives, si elles nous touchent plus que celles d’autres personnes (c’est bien normal, ils sont nos pères et nos pasteurs) devraient aussi, sinon nous réjouir, mais tout au moins nous faire admirer le plan de Dieu qui sait écrire droit sur des lignes courbes ! N’est-ce pas un peu rassurant pour tous et surtout pour les plus faibles de ne pas se retrouver face à des « monstres de sainteté », dont la supposée perfection-en-toute-chose écraserait ceux qui se sentent bien incapables « d’être parfaits comme le Père est parfait ».

Justement ! « Ni par puissance, ni par force, mais par l’Esprit du Seigneur », la vie et le ministère des prêtres sont un témoignage permanent que « l’on peut tout avec Celui qui nous rend forts » ! Le Seigneur choisit donc des hommes pour en faire ses serviteurs, les dispensateurs de sa grâce au milieu des hommes. Il les appelle, et notre prière permet à ses frères d’entendre l’appel et d’avoir le courage d’y répondre. Depuis mon arrivée parmi vous, je suis témoin que Dieu appelle beaucoup de jeunes hommes dans notre diocèse. Mais ceux qu’il appelle sauront-ils répondre ? Le diocèse saura-t-il les accueillir et leur offrir des structures de formations adéquates ? Les familles, les frères et sœurs, les amis et amies sauront-ils permettre à ceux qui entendent cet appel, qui dépasse notre entendement, d’y répondre ?

Voici donc une petite intention de prière : la Martinique manque de prêtres, mais elle n’est pas la seule. Prions le Seigneur pour la Guyane, la Guadeloupe et bien des diocèses d’Occident aussi touchés par ce manque de prêtres et de vocations. Prions pour que, comme en Haïti, en Pologne et dans bien d’autres pays d’Amérique et d’Afrique, les vocations fleurissent tant en Martinique, que nous soyons capables d’envoyer des missionnaires nous aussi dans le monde entier ! Et rendons grâce pour tous nos prêtres, nos frères bien-aimés.

+ David Macaire ,
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


En avant !

 

11 septembre 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

C’est la rentrée !!... La rentrée, c’est le moment où des milliers de jeunes, de parents, de professeurs et d’éducateurs redémarrent une nouvelle activité, se retrouvent dans les rues aux mêmes heures et, surtout, se tournent vers l’avenir. On pourrait penser que, en dehors de ceux qui sont touchés directement par le rythme scolaire, la rentrée ne veut rien dire du tout… Mais nous voyons bien que nous sommes quasiment tous influencés, on pourrait même dire « concernés », par ce moment particulier.

C’est la rentrée : notre petite « cigale » intérieure s’arrête de chanter et notre « fourmi » recommence à travailler, à bâtir, à faire des projets. (Vous vous souvenez de cette fable de La Fontaine qui nous parle de « la cigale-ayant-chanté-tout-l ’été qui alla crier famine chez une fourmi, sa voisine »). En fait, chacun de nous est un peu « fourmi travailleuse » et un peu « cigale insouciante ». Un chrétien est quelqu’un qui n’oppose pas, dans sa vie personnelle, la cigale à la fourmi. Il sait être un peu des deux au bon moment ! Et là, c’est le moment de rentrer !

C’est donc la rentrée !!... Enfin…pour ceux qui sont sortis ! Car pour rentrer, il faut savoir être cigale, se reposer, se détendre et prendre la vie du bon côté. Le démon a été très fort lorsqu’il a transformé des classes d’âge entières en groupes d’hyperactifs. Toute une génération piégée par ses emails, ses Smartphones, tablettes, 4G, wifi et Bluetooth et qui n’arrive plus à décrocher. Une génération droguée au travail, au travail pour le travail, au travail pour survivre, pour exister... Une génération inquiète qui fonce tête baissée, sans regarder ni à droite ni à gauche, et surtout pas en-haut vers le ciel. Une génération qui fonce dans le mur à coup de drogues fortes et d’anxiolytiques… Pour ceux-là, l’idéal de la fourmi est devenu une idole. Dans nos villes et même nos campagnes, une grosse fourmi a été érigée à la place du veau d’or, mais le résultat est le même, en plus effrayant même !

Le chrétien doit donc savoir être une cigale, savoir lever les yeux vers le ciel, s’arrêter et louer le Créateur, lui rendre grâce pour le travail accompli et pour les fruits récoltés… Il sait, en un mot, imiter son créateur qui s’est reposé pour contempler son œuvre. Rentrer, c’est aussi prévoir de célébrer chaque Dimanche l’œuvre de Dieu dans nos vies et dans le monde, et choisir déjà le moment d’une bonne retraite spirituelle dans l’année.

Mais le chrétien est aussi une fourmi qui sait qu’il y a un temps pour tout. Un temps pour se reposer, un temps pour travailler. Quand arrive le temps de s’engager, de prendre des responsabilités, de se mouiller, les chants de la cigale n’ont plus cours ! Là-aussi, le Prince-de-la-société-du-profit a frappé très fort lorsqu’il a exclu du monde du travail des milliers d’hommes et femmes en pleine vitalité. Lorsqu’il a fait croire à des personnes pleines de ressources que, leur carrière étant terminée, il n’y avait pas d’autre place pour elles dans la société que devant leur petit écran à regarder des émissions idiotes. Lorsqu’il a fait croire à des milliers de jeunes qu’ils n’avaient aucun avenir dans ce monde…

Rentrer est un acte d’Espérance ! C’est se tourner vers l’avenir en faisant confiance à soi-même, au monde et à Dieu. L’Espérance est le plus grand des trésors aujourd’hui. Le manque d’Espérance de notre monde est la cause de tant de déprime, tant de déchirement, tant de violence, tant d’avortements, tant de suicides… Or l’Espérance, c’est la richesse de l’Eglise et des croyants : malgré toutes nos misères (économique, physique ou même morale), nous gardons confiance et investissons nos forces dans le projet de Dieu. Nous n’avons que cinq pains et deux poissons, mais nous sommes suffisamment motivés (mis-en-mouvement) pour vouloir nourrir toute une foule. Le monde nous propose d’être riches, égoïstes et inquiets ; l’Eglise nous donne d’être pauvres, généreux et confiants. Il faut choisir entre les deux. Ainsi, toute personne de bonne volonté qui choisit de rentrer », c’est-à-dire de servir, de s’engager, de se donner, de bâtir un monde nouveau, entre dans la joie de Dieu !

Frères et sœurs, votre Eglise vous offre d’œuvrer pour le Royaume de Dieu en ce monde. En cette rentrée, nous avons besoin urgemment de serviteurs. C’est pourquoi je lance un appel à tous : rentrez !!
Rentrez dans les mouvements de spiritualité et d’action catholique, rentrez dans les groupes de louange et de prière, rentrez au service bénévole du secrétariat paroissial pour accueillir, rentrez dans les équipes liturgiques et les chorales, rentrez dans la pastorale de la santé au service des malades et des souffrants, rentrez dans les équipes d’animation du catéchisme, rentrez dans l’accompagnement des catéchumènes, rentrez dans l’équipe de nettoyage de votre église, rentrez dans les cycles de formation, rentrez dans l’animation des mouvements de jeunes, rentrez dans les associations au service des plus pauvres, rentrez au séminaire, rentrez au couvent… bref, comme disait saint Jean Paul II : entrez dans l’Espérance !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Ils m’ont montré Jésus

 

18 juin 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Alors que l’année pastorale touche à sa fin, je voudrais partager avec vous une grande action de grâce, un grand merci à Dieu pour tant de bienfaits reçus.

Le ministère de l’évêque consiste à présider à la charité au sein du Peuple que Dieu lui a confié. Il est le signe de l’unité de la Foi et de l’Amour entre les communautés, les mouvements, les aumôneries, les fidèles, les prêtres. Il doit gouverner l’Eglise avec cette idée fixe de l’unité profonde (et pas simplement de surface) entre tous. Il doit tenter de manifester cette unité dans le Christ par son ministère, par ses rencontres, ses décisions, ses visites pastorales et dans la célébration liturgique des mystères du Seigneur.

En étant appelé à exercer ce ministère parmi vous, j’ai voulu, sans perdre une minute, partir à la rencontre de l’Eglise en Martinique.

Il faut dire que l’Eglise m’a appelé très fort et quand « l’Esprit et l’Epouse disent : Viens ! », les serviteurs de l’Epoux n’ont pas le choix.

Le bilan spirituel des premières semaines est pour moi magnifique. Je le dis d’autant plus simplement que je n’y suis pour rien : les assemblées joyeuses, les jeunes confirmés, les dizaines de responsables en Eglise, de fidèles engagés, les responsables politiques enthousiastes, et enfin les prêtres efficaces qui font tous la joie de Dieu et le bonheur de leur évêque... m’ont montré que Jésus est vraiment présent dans notre Eglise !

Pêle-mêle, quelques images fortes : le premier bain à Bellefontaine avec une mobilisation générale des force vives pour accueillir leur pasteur ; la première confirmation à Citron avec une assemblée de paroissiens de Terres-Sainville privés de leur église paroissiale ; puis cette même assemblée le 13 juin dernier, massée "au pipiri chantant" devant le porche pour assister à l’ouverture des portes par leur archevêque et pour entrer dans l’église ré-ouverte en chantant : Mais oui le Seigneur est bon ! Le rire joyeux des deux cents confirmés du Robert, lorsque mon cérémoniaire, le Père Pio, fut pris d’un fou rire à la fin de la célébration ; la joie de voir l’église de Macouba trop petite pour accueillir des confirmands du grand nord et leurs familles ; les dizaines de malades rencontrés dans les hôpitaux comme à Saint-Joseph ou dans les familles, au cours d’échanges intenses et pleins d’émotion ; les séances de catéchisme bruyantes et sympathiques ; la rencontre nocturne avec les jeunes des rues au Lorrain ; la messe dominicale avec une assemblée amassée dans une salle paroissiale au Morne-Vert, attendant depuis huit ans le "premier coup de pioche" de la réfection de leur église ; les cris et les danses de joie lors des JMJ locales à Rivière-Salée ; les grandes assemblées de la cathédrale de Saint-Pierre et la procession de la Fête-Dieu ; la ferveur des premiers communiants du Morne-Rouge au pied de Notre-Dame de la Délivrande ou de celles de Cluny venues en habit blanc à l’école, exprès pour montrer Jésus à leur nouvel archevêque accompagné de l’évêque de Guadeloupe ; les saluts étonnés et complices des jeunes du Foyer de l’Espérance ; les milliers de fidèles si heureux de prendre une photo, d’échanger une poignée de main, de demander une bénédiction… Enfin, escorté par l’équipe d’aumônerie, la visite à la prison de Ducos : l’administration, les surveillants et les détenus m’ont accueilli comme un père, un frère, un ami… Dans ce lieu, peut-être plus qu’ailleurs, l’humanité se révèle belle, malgré les conditions terribles. L’engouement de ces hommes et de ces femmes à venir échanger avec l’archevêque qu’ils connaissaient grâce à la TV, à l’accueillir "chez eux", n’était pas différent de celui des bons paroissiens à la sortie de la messe. A Ducos aussi, on m’a montré Jésus.

Les uns et les autres ont rempli mon cœur de joie et de prière au cours de ces semaines. J’ai vu la ferveur de notre Eglise et la puissance de notre Dieu. Il nous reste à montrer Jésus au monde qui attend !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


Nous voulons (rece)voir Jésus !

 

6 juin 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

La devise « Montre Jésus » connait un grand succès. A l’occasion de mes visites, je la vois fleurir dans le chœur de plusieurs églises du diocèse. Sur les parvis avant ou après les messes, des fidèles me disent qu’ils veulent montrer Jésus autour d’eux, et me demandent la bénédiction pour cela. Les jeunes et les moins jeunes s’en sont emparés, et ont choisi cette devise pour leur vie et leur action personnelle ou de groupes… Un défi lancé aux jeunes sur le site « montrejesus.com », a permis de voir se lever une petite armée, un bataillon de « montreurs de Jésus » ! Non seulement avec des « selfis » ou des photos de groupe, mais aussi en acte et en vérité ! C’est vraiment beau !

Mais si ce slogan germe, par l’action de l’Esprit-Saint, dans le cœur de tant de croyants, c’est qu’il répond à un appel. Un appel de Dieu, un appel que Dieu nous fait à travers les femmes et les hommes autour de nous. D’une façon ou d’une autre, le monde, dans sa misère, dans ses turpitudes, crie à l’oreille des amis de Dieu : « Nous voulons voir Jésus ». Nous découvrons que l’expérience de connaître Jésus, de vivre avec Lui, d’être son ami, n’est pas réservée à une élite de purs, elle est destinée à tous les hommes. Le monde meure de ne pas connaître Jésus, de ne pas connaître l’Evangile, l’humanité a besoin de voir l’Evangile en actes, cela lui est nécessaire. L’Evangile est donc un droit de l’Homme, c’est pourquoi montrer Jésus est un devoir pour ceux qui l’ont rencontré et qui sont devenus ses disciples.

Nous voulons « montrer Jésus » parce que nous sentons bien que le monde aspire à « voir Jésus ». C’est pourquoi nous chantons que « nous voulons voir Jésus élevé comme un étendard sur ce pays, pour montrer à tous la Vérité et le Chemin vers le Ciel ! »

L’Eglise nous donne plusieurs occasions communautaires de montrer Jésus : feu pascal, chemin de croix, processions… L’un des grands moments où l’Eglise montre Jésus dans le monde est la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur, ce Dimanche qu’on appelait avant, la « Fête-Dieu ». Je me réjouis que de plus en plus de paroisses organisent des processions pour montrer Jésus, pour le promener à travers les rues dans un « ostensoir » (ce qui veut dire d’ailleurs : « objet-pour-montrer-Jésus »). Cette fête et cette procession dans la tradition de l’Eglise est une façon de nous rappeler, qu’à chaque messe, nous recevons nous même le Très-Saint-Sacrement pour devenir chacun un petit ostensoir, et pour tous ensemble montrer Jésus au plus près de la vie des hommes. Beaucoup ne sont pas en état de recevoir Jésus, mais ils peuvent sen approcher et le voir à travers nous. C’est pour cela que nous recevons son corps en nourriture et manifestons son Evangile au monde. Recevoir le Corps de Jésus, c’est vivre selon l’Evangile, selon les commandements du Christ : c’est devenir un ostensoir.

En cette fête du Saint-Sacrement, permettez-moi donc, pour finir, de lancer un appel pour qu’avec douceur et pédagogie, nous révisions notre façon de recevoir Jésus. J’ai remarqué que beaucoup de fidèles (en particulier les jeunes) communient sans application. Et je crois même sans savoir.

Attention, il ne s’agit pas de se juger les uns les autres, ou de débattre pour savoir si on communie sur la langue, dans les mains, debout ou à genoux ! L’Eglise permet tout cela, il n’y a pas de discussion ou de critique possible sur ces sujets.

Mais je rappelle au moins quatre principes :

- En s’approchant du Corps du Christ chacun doit faire un geste de vénération qui ne gêne pas les autres communiants et ne ralentit pas la procession.

- Ceux qui reçoivent le Corps du Christ dans la main ne doivent pas le prendre eux-mêmes dans la main du prêtre. Ils présentent leurs mains bien haut, reçoivent l’hostie dans le creux d’une main et le porte à la bouche avec l’autre main. Ils doivent donc faire bien attention à la propreté de leur main.

- On ne doit surtout pas communier en repartant à sa place, mais devant le prêtre ou le ministre de communion (si possible en regardant vers la croix). Le ministre de communion doit vérifier que nul n’emporte (on ne sait où !) le Corps du Seigneur.

- Tous doivent bien vérifier qu’aucune parcelle, aucune miette du Corps du Christ ne tombe au sol, ou ne reste sur les mains ou les vêtements.

Frères et sœurs, le monde veut « voir Jésus ». Nous voulons « montrer Jésus ». Veillons donc a bien « recevoir Jésus » !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France



 


De fête en fête !

 

5 juin 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Si on demande à des catholiques de citer un temps fort de la vie chrétienne, ils parleront certainement du carême, les 40 jours avant Pâques durant lesquels l’Eglise donne un « coup d’accélérateur » à la vie spirituelle de ses membres… Et pourtant, le vrai « temps fort » de la vie chrétienne ne se termine pas avec la fête de Pâques. Comme si, une fois le matoutou digéré, on reprenait (enfin !) une vie chrétienne plus tranquille, plus cool, moyenne… médiocre.

Le vrai temps fort de la vie chrétienne commence à Pâques. D’ailleurs tout commence à Pâques : notre salut, notre filiation, notre vie spirituelle, notre vie sacramentelle, notre vie liturgique… notre vie éternelle. C’est pour cela que le temps de Pâques dure 10 jours de plus que le carême et nous fait croitre « de gloire en gloire », de résurrection en résurrection, de dimanche en dimanche, jusqu’à l’Ascension, puis l’effusion de la Pentecôte !

Mais comme si ce n’était pas suffisant, le Peuple de Dieu continue ensuite à faire rayonner la gloire dont il a hérité par le don de l’Esprit. Nous célébrons toute une série de fêtes, en ricochet. Le temps pascal et la Pentecôte font écho tout au long de l’année dans nos fêtes liturgiques : Sainte Trinité, Saint Sacrement, Sacré Cœur, Saint Pierre et Saint Paul… A partir de la Pentecôte, nous avançons de fête en fête jusqu’au Christ-Roi…

On peut donc dire que la neuvaine de la Pentecôte, qui commence à l’Ascension, nous prépare à entrer dans le temps « ordinaire » de la liturgie. C’est dire si ce temps ordinaire, n’est pas si « ordinaire » que ça ! C’est un temps fort : c’est le temps de l’Eglise, le temps où la grâce de la sainteté renouvelée à Pâques, et manifestée à la Pentecôte, rayonne dans le monde par la vie « ordinaire » du Peuple de Dieu. C’est le temps des « féries », c’est-à-dire, le temps des fêtes-chaque-jour, car Dieu règne chaque jour dans nos vies…

Et voilà un mystère qui donne un goût d’éternité à chaque moment de notre vie : contrairement aux fêtes du monde, les fêtes que le Seigneur nous donne de célébrer en sa présence n’ont pas de fin ! Il y a des vigiles, des veilles, des temps d’attente et de préparation, mais il n’y a jamais de « lendemain de fête ». Avec Dieu l’ambiance ne retombe pas ; il n’y a pas ces moments où, le plaisir de l’instant étant terminé, on se retrouve idiot et seul avec quelques vagues souvenirs, des plats sales et des bouteilles vides sur la table… Avec Dieu, la fête ne s’arrête pas. Ou plutôt, si elles s’arrêtent dans leur aspect terrestre, elles continuent en nous dans leur dimension céleste. Et puisque le Ciel s’installe dans nos vies d’homme à la Pentecôte, tout devient grâce.

C’est ce que vivent les confirmands de nos paroisses. Chaque confirmation est une pentecôte pour l’assemblée. Les uns reçoivent l’Esprit pour la première fois, d’autres l’attendent encore, mais tous les autres sont renouvelés encore et toujours par le don de Dieu.

Voilà pourquoi le soin que nous apportons tout au long de l’année à nos liturgies (service de Dieu !) est si important. Voila comment tous les participants de nos célébrations : les prêtres, les diacres, les choristes, les fleuristes, les lecteurs, les enfants de chœurs, les ministres divers, mais aussi chaque membre de nos assemblées, deviennent des « christophores » : des porteurs du Christ !

Voila pourquoi on ne va pas à la messe pour assister, par obligation, à un spectacle sacré, mais comme un rendez-vous d’amour, pour être renouvelé dans la présence de Celui qui nous aime et se livre pour nous sans fin.

Voila pourquoi, enfin, Dieu est présent dans toutes les dimensions de notre vie, même les plus profanes, les plus quotidiennes et ordinaires, en particulier au sein de nos familles, lorsque nous nous montrons fidèles au rendez-vous qu’il nous donne à l’Eglise pour le célébrer de fête en fête.

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France



 


Qui était–il ?

 

12 mai 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Nous le connaissions tous.
C’était un personnage célèbre, un personnage public, un homme de média.
C’était un tribun, un leader, un homme d’action, un catholique en action, un catholique d’action…. Il n’avait pas toutes les qualités de la terre, et comme tout homme, il avait ses fragilités. A ceci près que les siennes avaient la capacité de motiver encore davantage les femmes et les hommes autour de lui. Ses limites devenaient des forces qui encourageaient son entourage à prendre ses responsabilités (…et c’est exactement ce qu’il voulait !). Il ne nous donnait pas toujours du poisson, mais il nous montrait que nous pouvions nous-mêmes apprendre à pêcher. Alors, nous partions à la pêche et le Christ était là sur le rivage à nous attendre.

Mais, c’était surtout un prêtre, en quelque part « le » prêtre. Car il était de ces prêtres, pourtant si différents les uns des autres, en lesquels on reconnaît l’essence même du prêtre

Un prêtre est un fou

Un fou qui, un jour, a tout lâché pour Dieu, pour l’Eglise, pour le service de l’Evangile. Un homme a qui l’Esprit parle au cœur, et lui fait discerner les signes des temps. On a parfois l’impression qu’il a des idées fixes, des dadas, des rengaines et qu’il revient toujours aux mêmes points… Mais c’est parce que le discernement de l’Esprit traverse son cœur d’homme. Avec la lumière du Seigneur, face aux pauvretés de la société, face aux misères des âmes, le prêtre devient fou, il ne peut pas se taire. Il ne peut pas ne pas combattre. Il ne peut pas lâcher prise.

Un prêtre est un amoureux

Le cœur tout brulant, il est quelqu’un qui a entendu résonner jusque dans ses entrailles la Parole de Dieu. Quelqu’un qui, ayant reconnu Jésus au partage du pain, est reparti vers Jérusalem, fonçant à contre-courant dans la nuit de ce monde… Même pas peur ! ni des brigands, ni des bêtes sauvages, ni non plus de la fatigue, de la maladie ou de la vieillesse. Le prêtre ne se préserve pas, il se donne. Sa vie n’aurait aucun sens s’il se prenait à économiser son action, sa parole, sa santé, son amour… Comme tous les époux, le prêtre sait qu’il ne peut donner à moitié. Le prêtre sait que tout ce qui n’est pas donné est perdu. Le prêtre sait que celui qui n’a pas tout donné n’a rien donné.

Mgr Gaston Jean-Michel, n’était rien d’autre que cela

Un chrétien, un prêtre. Avis aux amateurs ! Ce n’était pas un surhomme, ni même un prêtre d’exception, ni un leader politique, c’était un chrétien, un prêtre. Un chrétien normal, un prêtre normal. Rien de plus et c’est déjà beaucoup, et c’est déjà énorme. Si nous regardons bien, nous verrons que le Seigneur nous en a donné quelques autres de cette trempe dans notre diocèse. Ils sont peut-être moins célèbres, mais ils sont tout aussi prêtres et tout aussi donnés, tout aussi serviteurs, tout aussi choisis.
Merci Seigneur pour nos prêtres, donne nous pleins de vocations de jeunes prêts à tout pour que l’Evangile soit proclamé dans le monde.

Certes la célébrité et la longévité de Gaston Jean-Michel ont donné une dimension supplémentaire au personnage, mais ce que le Seigneur nous montre à travers lui, c’est ce que tout prêtre proclame par sa vie et réalise par son ministère : l’Evangile de Jésus-Christ qui, seul, a la force de rendre belle et joyeuse la vie de tout homme, la vie de tous les hommes.
En étant ce que Dieu voulait qu’il soit, Gaston Jean-Michel est devenu un Père pour nous tous.
Il était aussi mon ami.

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France



 


Lettre aux diocésains de la Martinique

 

20 avril 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

Bien chers Frères et Sœurs,

depuis quelques années, lorsque, atteint par la limite d’âge, Mgr Méranville avait présenté sa démission, nous savions qu’un nouvel Archevêque allait être donné à notre Eglise en Martinique. L’attente a été longue. Moi-même, de la métropole où je suis parti en mission il y a près de vingt-et-un ans, je priais souvent pour cette nomination. Je ne me doutais pas de la surprise qui m’attendait.

Mais voilà, sa rivé mwen : le Saint-Père m’a appelé à cette charge auprès de vous et j’ai accepté dans la foi ce retour au pays, qui n’est pas un retour à la case départ !
Mes vingt-et-un ans d’apostolat métropolitain ne me laissent pas indemne. J’en sors avec une immense action de grâce pour la beauté et la diversité de notre Eglise Catholique. Nous nous plaignons souvent, mais notre Eglise Catholique est belle et vivante. Dans les diocèses de France et des pays où le Seigneur a guidé mes pas, j’ai vu de belles choses et, par-dessus tout, une Charité en acte. En quittant la Martinique, je pensais tout perdre pour Jésus, mais Il m’a donné au centuple loin de chez moi, de mes amis, de ma famille. Il m’a tant donné ! Je pense en particulier à mes frères Dominicains (Ordre de saint Dominique) qui m’ont façonné par la vie fraternelle, l’étude, la prédication et la prière liturgique…

J’ai aussi découvert la puissante vitalité de notre foi antillaise. Frères et sœurs, je vous le dis dans le nom de Jésus : le Père nous appelle, l’Eglise compte sur nous et le monde nous attend ! Quand nous donnons, sans complexe, le meilleur de l’âme antillaise, quand nous ne nous enfermons pas sur nous-mêmes et que nous ouvrons aux autres notre culture pétrie de l’Evangile, bref, quand « nous sommes ce que nous devons être : nous pouvons mettre le feu au monde entier ». Je crois que le Seigneur m’envoie parmi vous pour allumer ce feu ! Pour le rallumer là où il est éteint, pour le raviver là où il s’est diminué, pour le maintenir là où il brille déjà. Etes-vous partants ?

Je voudrais rendre hommage à tous ceux qui œuvrent déjà dans notre diocèse pour que le Feu de l’Esprit, non seulement guérisse notre peuple, mais en fasse un témoin devant toutes les nations. Que le Seigneur soit béni pour les fidèles -hommes, femmes, jeunes, enfants- qui l’ont choisi et cheminent dans sa Lumière ! Que le Seigneur soit loué pour les Consacrés, religieux et religieuses qui, en Martinique, témoignent que la folie de l’Evangile est plus sage que la sagesse des hommes ! Que le Seigneur soit exalté pour les prêtres qui chaque jour, avec fidélité, sanctifient son peuple dans la grâce, malgré les faiblesses et les adversités ! Que le Seigneur soit glorifié pour le ministère de Mgr Michel Méranville qui prend une autre tournure après des années au service du Peuple de Dieu !

Quant à moi, je vous écris depuis l’avion qui me ramène vers vous au pays. Je sais qu’une grande mission m’attend : « montrer Jésus » toujours et en toute circonstance. Le Seigneur, qui connaît mes faiblesses et mes limites, m’a choisi pour remplir cette tâche…
Ce qui me rassure, c’est que cette mission est aussi la vôtre… (zot pri en sa !).
Ce qui me rassure, c’est que cette mission est portée par l’intercession de Notre-Dame de la Délivrande qui n’a jamais abandonné ceux qui se sont tournés vers elle.
Ce qui me rassure, c’est que notre secours est dans le Nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Bien-aimés du Seigneur, fidèles catholiques, fidèles des autres confessions chrétiennes, femmes et hommes de bonne volonté, quelle que soit votre croyance, mes filles et mes fils, recevez, le cœur grand ouvert, la bénédiction que le Seigneur m’envoie vous donner, Lui qui est Père, Fils et Esprit-Saint. Amen !

Frère David Macaire, op
Archevêque nommé de la Martinique



 


7 manières de rater le Paradis

 

3 août 2016 2016 par Mgr David MACAIRE

Dernièrement, en expliquant à des jeunes confirmands ce que signifie le « don de crainte », parmi les sept dons de l’Esprit-Saint, une image m’est venue à l’esprit : on sait combien l’avion est un élément central de notre vie insulaire. Pour rejoindre nos proches partis « là-bas », ou pour revenir au pays, pour le travail, les vacances ou pour les études, nous nous rendons à l’aéroport munis d’un billet d’avion ! Une fois le billet acheté, on n’a alors qu’une seule crainte : rater l’avion. On se prépare au voyage plusieurs jours à l’avance et on se rend à l’aéroport bien à l’heure, de peur qu’un imprévu ne nous mette en retard…

Telle est la Crainte de Dieu, le billet pour le ciel, le salut, nous sont acquis, cela est certain, par le sang de Jésus et son sacrifice sur la Croix. De ce côté-là, il n’y aucune crainte : notre billet est payé ! Et c’est un billet en 1ère classe ! La crainte de Dieu naît donc de la certitude que nous sommes d’ores et déjà aimés de Dieu et sauvés de nos fautes (elle ne vient pas, au contraire, d’une sorte de doute sur notre salut). Par contre, ce salut déjà obtenu, l’homme peut le rater, le gâcher et le perdre… Comment !? C’est précisément l’objet de cette chronique sur « les sept manières de rater le paradis ».

La première est la plus célèbre : il s’agit de commettre un péché mortel. Faire le mal gravement et sciemment : « gravement » signifie ne pas respecter un des dix commandements ; « sciemment » veut dire « avec toupet », comme on dit chez nous, en toute connaissance de cause et avec insistance.

La seconde est peut-être le chemin le plus direct, celui de choisir les forces du mal plutôt que la prière pour obtenir des bienfaits. Toute fréquentation de magie et de superstition est un adultère devant Dieu, un pacte avec le diable, une vente de son âme.

La troisième est le chemin le plus facile. L’argent. « On ne peut choisir deux maîtres à la fois (Lc 16,13) », dit Jésus. Servir l’idole « Mammon » avec ses corollaires – le pouvoir, le luxe, la puissance, la débauche charnelle et la facilité – constitue un rejet direct de Dieu, une voie large et spacieuse qui mène certainement à la perdition.

La quatrième est réservée à ceux que Dieu appelle. Quels qu’ils soient, où qu’ils soient, Il les regarde dans les yeux et leur dit : « Viens et suis-moi ». Pour celui ou celle qui refuse cet appel de Dieu, comme le jeune homme riche ou comme le grand frère du fils prodigue, il sera plus difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu qu’à « un chameau de passer par le trou d’une aiguille » (Lc18,25).

Le cinquième moyen de rater le ciel est de refuser de faire Miséricorde. Dans la parabole des deux débiteurs –comme dans le Notre Père– Jésus est très clair : celui ou celle qui ne pardonne pas les offenses et ne remet pas les dettes ne peut accueillir la Miséricorde divine. Comme un caillou au fond de l’océan, un cœur de pierre reste sec, même plongé dans la Miséricorde de Dieu. En jugeant son frère, il prend la place de Dieu.

Le sixième chemin vers les ténèbres est malheureusement extrêmement répandu chez nous, il est même devenu une culture locale. Le Palé Moun Mal n’est pas une plaisanterie, c’est un drame social d’origine démoniaque qui fait des morts et qui tue certainement l’âme de ceux qui l’utilisent et qui lui prêtent l’oreille. La voie qui consiste à ne pas savoir tenir sa langue, à colporter des paroles sans fondement, des rumeurs, des médisances et des calomnies, est d’autant plus pernicieuse pour nos âmes, qu’elle peut se couvrir de vertu et se cacher derrière la Parole de Dieu pour mieux faire tomber le plus grand nombre et scandaliser des petits.

Enfin, la septième route (en fait c’est l’autoroute vers laquelle convergent et de laquelle partent tous les autres chemins), c’est l’orgueil. Le drame, comme disent les Pères du désert, c’est que ce chemin est réservé à ceux qui ont déjà vaincu les passions de la chair, il guette ceux qui se croient et se savent sur le chemin de perfection. Parfois même, des grâces mystiques (vraies ou supposées) les encouragent à se placer au-dessus des autres et à prétendre connaître les volontés divines. Combien de fidèles ont été perdus par ce danger terrible du pharisaïsme ? Mais combien de grands saints se sont au contraire révélés par leur humilité face à cette tentation… Avis aux amateurs.

Frères et sœurs, cette chronique n’est pas exhaustive, mais, par ailleurs, nous sommes certains du salut en Jésus Christ et nous savons que notre « billet » pour le Ciel a été acheté au prix de son sang sur la Croix…

Au fait ! Bon temps de vacance et n’oubliez pas Dieu d’ici septembre !

Jésus vous aime.

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


12 avril 2015 : Quelques impressions...

 

26 avril 2015 2015 par Mgr David MACAIRE

La célébration de l’ordination épiscopale du 12 Avril 2015, au stade Pierre Aliker de Dillon, a fait forte impression… N’est-ce pas ?

Forte impression dans le monde !
Nous avons eu la joie d’accueillir au cœur d’un évènement majeur de la vie de l’Eglise, des hommes et des femmes, leaders et acteurs de la vie de la cité. Nombre d’entre eux, selon leur responsabilité, ont participé à l’évènement par amitié, par devoir politique envers une composante majeure de notre peuple, aussi bien qu’au nom de leurs convictions intimes. Nul doute que l’Eglise a su, elle aussi, humblement, par la grâce de Dieu imprimer sa marque le 12 Avril, et montrer au monde ce qu’elle vit en vérité. La couverture médiatique de grande ampleur qui a entouré notre célébration était aussi impressionnante. Pourquoi tant de médias, tant de moyens, une telle diffusion ? Pour un homme ? Pour un spectacle ? Pour une foule ? Non, en vérité, c’est parce que lorsque nous montrons Jésus, « lorsque nous reflétons à visage découvert, comme dans un miroir la gloire du Seigneur ressuscité, nous sommes transfigurés nous-mêmes de gloire en gloire ». Lorsque l’Eglise célèbre son Seigneur, elle est belle, elle est au cœur de sa vocation dans le monde. Entre « La Paix soit avec vous » (au début de la messe) et « Allez dans la paix du Christ » (à la fin), l’Eglise se tourne vers les réalités d’en-haut, elle se prépare à répandre l’Evangile de justice et de paix dans le monde qui a soif. Après tout, c’est ce que nous vivons chaque Dimanche, et cela aussi est impressionnant.

Forte impression dans les cœurs des chrétiens !
Au-delà de la dimension photogénique de l’évènement (c’est vrai qu’il y a de belles photos à partager et que Eglise en Martinique prépare déjà un bel album souvenir), c’est la dimension invisible qui nous impressionne le plus. Parce qu’elle nous marque en profondeur. Dans le plan de Dieu, ce que les théologiens appellent l’Economie du Salut, les réalités visibles n’ont pour but que de signifier et de transmettre une réalité invisible : la grâce de Dieu ! Le Seigneur nous a offert un moment de grâce et de joie. Et malgré l’ampleur de l’évènement, nous l’avons vécu avec une simplicité familiale, signe indubitable de la présence de l’Esprit-Saint dans le stade Pierre Aliker ce jour-là. Chacun a pu vivre des moments qui l’ont plus ou moins ému, « touché » comme on dit. Ce Dimanche de la Miséricorde est d’ailleurs le jour idéal pour se laisser toucher par le Christ : Le jour où nous entendons l’Evangile où Jésus dit à Thomas « met ta main dans le trou de mon côté ». Que les anciens soient touchés au point de remettre toute leur vie au Christ, malgré les inquiétudes et les doutes, que les jeunes soient touchés au point de donner leur vie à Jésus et de se consacrer à son service dans le célibat ou le mariage, que les pécheurs soient touchés au point de se laisser réconcilier avec Dieu, que les non-croyants soient touchés au point de découvrir au fond de leur cœur la grandeur simple de la foi

Forte impression sur ma tête !
Tout le monde a vu comment le cardinal Langlois a pratiqué une onction abondante, et répandu avec générosité l’huile parfumée du saint-chrême sur ma tête. Un des grands moments du rite de l’ordination. Il signifie que l’évêque est grand prêtre à l’image du Christ, il est « imprimé » de l’onction du Saint-Esprit qu’il a reçue par l’imposition des mains des autres évêques quelques minutes avant. L’huile est choisie dans les sacrements justement parce qu’elle laisse une empreinte, elle imprègne les vêtements, et pénètre la peau. Par ce geste ample et beau, le cardinal m’a rappelé que tout mon être doit être imprégné par la bonne odeur du Christ, que mes pensées, mes paroles et mes actions doivent être sous l’imprimatur du Tout-Puissant. Mais comme je le disais à la fin de la célébration : l’évêque est le premier à porter cette responsabilité, mais il n’est pas le seul ! Mon ministère parmi vous sera désormais de venir, moi aussi, répandre l’onction de l’Esprit, et d’imprimer partout sa marque dans l’Eglise en servant, en prêchant et en sanctifiant. L’Esprit Saint ne s’arrêtera pas là. Il aime reposer sur nous, mais Il ne veut pas nous laisser au repos.

+David Macaire, archevêque



 


2017 : An nou alé !

 

1er janvier 2017 par Mgr David MACAIRE

2016 a tenu ses promesses ! Le souffle de l’Esprit a gonflé les voiles de la barque de saint Pierre. Le vent de la Miséricorde a balayé des peurs, des timidités et chassé pas mal de poussière dans la Maison de Dieu. De façon de plus en plus intense, notre l’Eglise a montré Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise.
Retrouvez les vœux de Mgr David Macaire en vidéo, et à travers son édito :

- Texte intégral :

En Eglise, nous avons vu les merveilles de notre Dieu, nous avons vu de belles choses, de très belles choses. Le peuple de Dieu s’est lavé dans le sang de l’Agneau et a pris résolument le chemin de la Foi et de l’Espérance dans l’Amour. Les grands rassemblements du Jubilé, le pèlerinage de l’Icône de la Vierge de Miséricorde, les missions publiques, les visites pastorales, le lancement des sanctuaires diocésains, le chant quotidien du Salve Regina, la neuvaine du « 22 Mé », le renouvellement des pasteurs, les JMJ, le lancement du plan pastoral ECCLESIA’M 2020 !, ou encore le pèlerinage des 5 portes jubilaires… Que de rendez-vous avec notre Dieu, le Père des Miséricordes !

C’est ainsi que nous avons concrètement et de notre mieux montré Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise.

Même ceux qui ne partagent pas notre foi ont senti ce mouvement qui a relevé et mis en marche une grande armée d’hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes. La Martinique entière s’est sentie portée par une Eglise Catholique qui, tout en restant humble, je l’espère, a su avancer sur le chemin de la Paix.

Nous pouvons remercier le pape François de savoir imiter la Vierge en se laissant conduire par Dieu à chaque geste de son ministère. Guidé par ce pasteur, chaque catholique doit devenir, comme Maman Marie, un artisan de Paix, un pauvre, un miséricordieux à la suite de Jésus.

Avec tous les responsables des mouvements, des services et des communautés, soyons déterminés à montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise

En 2017, le chemin continue avec plus de ferveur, plus d’espérance, davantage de confiance et de liberté. Nous tenons le bon bout.

Je sais bien que les sources d’inquiétude se multiplient, qu’une troisième guerre planétaire est en cours, que les fléaux sociaux (chômage, violence, division des familles, drogue, isolement, débauche, mécréance, …) s’enkystent partout en Martinique et au-delà ; la période électorale qui s’annonce nous inquiète aussi… Raison de plus pour continuer, avec les jeunes et les enfants, à montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Eglise

En 2017, je vous invite à une grande réflexion sur notre avenir et sur la mission de l’Eglise. La démarche synodale ECCLESIA’M 2020 ! doit mobiliser tous les efforts. C’est un moment historique où chacun apportera sa pierre à la construction de l’Eglise pour qu’en Martinique et au-delà nous construisions une Civilisation de l’Amour.

2017 est aussi le centième anniversaire des apparitions de la Vierge de Fatima. Nul doute qu’après le Grand Jubilé de la Miséricorde et le lancement du plan pastoral, cet anniversaire est un signe. Déjà les 30 août 2015 et 2016, j’ai renouvelé la Consécration du diocèse à Notre-Dame de la Délivrande effectuée par mes prédécesseurs, et en particulier Mgr Méranville en août 2012. Mais cette année 2017, en des temps à nouveau troublés par des puissances mondiales ennemies de la foi et de l’Eglise, le message de Fatima nous donne un chemin d’Espérance et de réconfort. C’est par la prière et la consécration de nombreuses âmes aux Cœurs de Jésus et de Marie que nous parviendrons à remporter la victoire sur les ténèbres.

Enfin, aux hommes, aux femmes, aux parents et aux enfants, aux célibataires, aux personnes handicapées, aux amoureux, aux chômeurs, aux travailleurs, aux entrepreneurs, aux retraités, aux touristes, aux malades, aux chrétiens et aux non croyants, aux consacrés et à tous les habitants de Martinique et avec tous les prêtres, je souhaite une BONNE ANNEE 2017 !

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France



 


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