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• La Communauté du Chemin neuf • Crise finanCière : queL impaCt sur Les dom ? • fête de La paroisse de saint-esprit N° 466 REVUE DIOCÉSAINE — BIMENSUEL — 2,00 € 2 juin 2013 Le Rosaire en fête

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Editorial Editorial • Appelés à la liberté Mot de l'Evêque • La Sainte Trinité Eglise universelle • Extrait du Message du Saint-Siège concernant Diaconia 2013 Eglise de France • Message aux catholiques après la loi sur le mariage et l'adoption Liturgie • Parole dominicale Droit canonique • La bénédiction des objets de dévotion (4) Vie du diocèse • Evangéliser à l’école de la Vierge Marie (2) • Le Jubilé des Equipes du Rosaire de la Martinique • La Communauté du Chemin-Neuf • Fête de la paroisse de Saint-Esprit Année de la foi • Une jeune Martiniquaise responsable de l’accueil du Frat • Témoignages de foi Société • Crise financière : quel impact sur les DOM ? Médias numéro 466 • LA COMMUNAUTÉ DU CHEMIN-NEUF • CRISE FINANCIÈRE : QUEL IMPACT SUR LES DOM ? • FÊTE DE LA PAROISSE DE SAINT-ESPRIT N° 466 REVUE DIOCÉSAINE — BIMENSUEL — 2,00 ` 2 juin 2013 Le Rosaire en fête S ommaire Directeur De la publication R.P. Jean de CoulangesréD acteur en chefR.P. Jean de Coulanges Mise en page – iMpressionCaraïb Édiprint – Bois Quarré 97232 Lamentin – Tél. 05 96 50 28 28 tirage : 8 000 exeMplaires i.s.s.N. 0759-4895 Commission paritaire N° 1115L87225 Ad m i n i s t r At i o n – ré d Ac t i o n Archevêché de la Martinique Rue du R.P. Pinchon – 97200 Fort de France Tél. 05 96 63 70 70 se r v i c e d e s Ab o n n e m e n t s Archevêché de la Martinique – Boîte Postale 586 97207 Fort de France Cédex Tél. 05 96 63 70 70 – 05 96 72 55 04 http://martinique.cef.fr egliseenmartinique@orange.fr L es événements qui ont marqué l’histoire d’un peuple et de ses habitants, ne peuvent disparaître à tout jamais. Pour les sauver de l’oubli, il faut en faire régulièrement mémoire. Le 22 mai est l’une de ces dates qui est appréciée, non seulement parce que c’est un jour férié, mais surtout parce que c’est le souvenir d’une libération. Cet évènement dont nous sommes redevables mérite notre reconnaissance ; il devra être gardé en mémoire de génération en génération. Dans un tout autre domaine, celui de notre foi, nous faisons mémoire d’une libération hors du commun où Jésus, le Christ, s’est engagé, pour notre vie, jusqu’à la mort. Dans la Bible, le peuple de la première Alliance donne l’exemple de la mémoire d’un événement libérateur qu’il perpétue à travers les siècles. Il fait mémoire de la Pâque, c’est-à-dire du passage de la terre de servitude au pays voulu par Dieu, celui de la liberté. C’est dans ce cadre de la mémoire pascale juive, celui de la sortie de la servitude, que Jésus a choisi d’instituer l’eucharistie. Jésus ne cesse de nous appeler à la liberté des enfants de Dieu. On peut légitimement se demander si notre vie eucharistique est suffisamment ancrée dans les réalités humaines pour être un ferment de libération ? Dans la culture actuelle, les attachements à de nouvelles formes de servitude freinent le développement de l’être humain. Et les conquêtes de l’homme sur lui-même l’aident à une plus grande lucidité et, en conséquence, à un esprit critique sur l’environnement social. Aujourd’hui, des risques de servitude font appel à notre vigilance : les drogues, les dépendances multiples dans tous les domaines, surtout celui de la consommation, les violences, le racisme, la domination et l’exploitation des plus faibles… L’apôtre Paul nous provoque à la libération, en Galates 5,1 : C’est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage. A être trop englué dans les difficultés du présent, on en vient à être oublieux d’événements marquants du passé et peu reconnaissant envers les hommes et les femmes qui ont contribué à notre bien-être d’aujourd’hui. Le souvenir de ces périodes phares de notre histoire est devenu pour le plus grand nombre une occasion de fête ! Poser des gestes symboliques, tels les marches, les rassemblements, les diverses célébrations, les prises de parole, tout cela peut contribuer au réveil des mémoires endormies. L’essentiel de la libération, pour un chrétien, ne se vit pas une fois l’an, mais au jour le jour, avec comme objectif la construction du royaume de paix, de justice et d’amour annoncé et voulu par Jésus Christ. Père Jean de Coulanges n 2 3 Photo de couverture : Les Equipes du Rosaire au Hall des Sprots de Rivière-Salée Appelés à la liberté 5 6 8 9 12 10 14 15 16 17 18 19

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Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 3 Mot de l'Evêque La Sainte Trinité ? P ourquoi fêter la sainte Trinité ? me demandait une chrétienne. Elle ajoutait : il suffit de fêter Dieu, tout simple- ment ! Pourquoi compliquer lors- que l’on peut faire simple ? Il faut admettre que pour beaucoup de chrétiens la fête de la Sainte Trinité comporte quelque chose d’abscons qui ne soulève pas trop l’enthousiasme. Au point que certains disent même : C’est une fête pour intellectuels, dont nous ne voyons pas l’utilité. Il y a bien des années de cela, la catéchèse chrétienne s’alignait sur l’école. La catéchiste était appelée maîtresse comme dans le primaire. Elle faisait un cours de catéchisme qui consistait essentiellement à poser des questions auxquelles les élèves donnaient des réponses apprises par cœur. La question portant sur la Sainte Trinité était l’une des plus récurrentes. Qu’est-ce que le mystère de la sainte Trinité ? demandait la catéchiste. La réponse était invariablement celle-ci : Le mystère de la sainte Trinité est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes : le Père, le Fils et le saint Esprit. La catéchiste se satisfaisait de l’exactitude de la réponse, sans se douter du casse-tête qu’elle déclenchait dans le crâne des enfants : Comment trois peuvent-ils faire un, tout en restant distincts ? Comment comprendre et résoudre cette mauvaise équation ? A la limite, à quoi sert ce mystère incompréhensible ? Avec le temps, les chrétiens ont découvert que si le mot mystère signifie fondamentalement ce qui est caché, secret, réservé aux initiés, il n’est pas synonyme d’énigme sans réponse ou absurde. Dans la Bible, le mystère est plutôt une vérité concernant Dieu, cachée en lui depuis toujours, vérité que l’homme ne peut ni imaginer, ni trouver par lui-même, mais que par amour, Dieu lui révèle. Par analogie, chacun de nous est en soi un mystère pour les autres. Car les autres ne voient que l’extérieur de nous-même, ils ne connaissent pas le fond de notre cœur, ni nos pensées secrètes, nos rêves, nos déceptions… Tout cela leur est caché. Par contre, nous pouvons, dans un élan d’amour et de confiance, leur ouvrir notre intimité et leur révéler ce qu’il leur était impossible de découvrir par eux-mêmes. C’est un peu ce que fait Dieu. Dieu est le tout autre. Dieu, personne ne le connaît, dit saint Jean. Toutes les religions parlent de Dieu. Mais de quel Dieu s’agit-il ? Comment est-il ? Que fait-il ? Chaque religion a sa conception particulière de Dieu. Est-ce la bonne ? Dans sa bonté, Dieu n’a pas voulu laisser l’homme dans l’ignorance, à la merci de sa manière toute humaine de concevoir Dieu. Dieu a envoyé son Fils unique en la personne de Jésus de Nazareth, né de la Vierge Marie. C’est Jésus qui nous révèle que Dieu est son Père. Un Père qu’il prie souvent et dont il fait toujours la volonté. C’est lui qui nous révèle qu’il y a l’Esprit Saint qui est le lien entre le Père et lui. Par son Fils Jésus, Dieu ouvre à l’homme l’intimité de sa vie. C’est déjà là un honneur infini que Dieu fait aux hommes. Il leur permet de découvrir qu’il y a en lui comme trois personnes, trois êtres bien distincts partageant cependant la même nature divine. Ce ne sont pas trois dieux, mais ils sont indissociables les uns des autres, parce qu’ils s’aiment d’un amour infini. Dieu fait encore bien plus, puisqu’il fait entrer par le baptême dans l’intimité de sa vie ceux qui librement répondent à son invitation. A quoi donc peut bien servir cette révélation ? Ne serait-ce qu’à nous dire concrètement que Dieu est Amour puisqu’il est la communion de trois personnes. Si l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu alors l’homme doit être aussi un être d’amour et de communion. On comprend mieux alors pourquoi l’homme est constamment invité par Dieu à sortir de son égoïsme pour devenir un être de relations, heureux des différences qu’il rencontre et qui lui sont complémentaires.

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Décès de Fred Augustin Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 4 E g l i sE En M a r t i n i q u E Règlement à l’ordre de : ARCHEVÊCHÉ DE FORT-DE-FRANCE FORT-DE-FRANCE Nous retourner ce bon, accompagné de votre règlement à : É glise en Martinique Boîte Postale 586 • 97 207 FORT de FRance cede X MARTiNiquE 40 € GuADElOupE 44 € Guy ANE 44 € FRANCE et étranger 50 € Oui, je m’abonne ! Nom : ........................................................................\ .................................................................................. Prénom : ........................................................................\ ........................................................................... Adresse : ........................................................................\ ........................................................................... Mail : ........................................................................\ ...................................................................................... Tél. ........................................................................\ ........................ Code Postal .................................. Ville ........................................................................\ ......................................................................................... Mot de l'Evêque (suite) Dieu qui a fait l’homme à son image l’a créé homme et femme e t la Bible dit : L’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront qu’une seule chair. La concrétisation de l’amour de l’homme et de la femme s’exprime dans l’enfant issu de la communion des deux. La famille est la plus belle image de la Sainte Trinité. Merci à Dieu qui nous révèle tout cela en ces temps troubles de violences et de haines, dans lesquels la nature humaine elle-même est contestée pour faire place aux élucubrations des hommes, décidés dans leur superbe à mettre fin à vingt siècles de civilisation pour satisfaire leurs besoins égoïstes. Gloire soit au Père, au Fils et au Saint Esprit, comme au commencement, maintenant et toujours. Amen. + Michel Méranville, Archevêque n L e samedi 18 mai 2013, après une longue et pénible maladie, M. Fred Augustin quittait ce monde pour la Maison du Père. Ses obsèques étaient célébrées le mardi 21 mai, dans une Cathédrale Saint-Louis de Fort- de-France trop petite pour contenir la foule émue qui s’y pressait. Fred Augustin était un homme très connu de tous les milieux martiniquais, en raison de son importance et de son influence dans la vie sociale et économique de la Martinique. Il avait été dès l’âge de 29 ans le président de la Mutuelle l’Humanité Solidaire, mais il était devenu aussi le président de la Fédération Antilles-Guyane du Crédit Mutuel et président du Conseil d’Administration de la Société Martiniquaise des HLM (SMHLM). Chrétien convaincu, Fred avait toujours voulu servir son Eglise catholique et lui rendre un peu de ce qu’il avait reçu d’elle. C’est grâce à lui que vit naissance la paroisse de Cori-don, du temps de Monseigneur de La Brunelière et du père Brown. Fred était aussi membre du Conseil pour les Affaires Administratives et Economiques du Diocèse de la Martinique. Humble, effacé mais efficace, modèle de générosité et d’abné- gation, Fred Augustin ne se souciait pas de lui-même mais des autres, toujours disponible pour ceux qui sollicitaient de lui un conseil ou une aide. Fred a vécu sa longue et très éprouvante maladie sans murmure, offrant au Seigneur sa vie en sacrifice en lui disant simplement : Que ta volonté soit faite et non la mienne. A sa Maman, à son Fils, à la mère de son fils, à ses parents et à ses proches, Eglise en Martinique adresse ses plus sincères condoléances accompagnées de la gratitude du Diocèse pour ces témoignages d’amitié, de disponibilité et de service laissés par Fred comme autant de cailloux blancs qui marquent la route qui conduit à la Maison du Père où nous sommes appelés à nous retrouver un jour. Requiescat in pace ! + Michel Méranville, Archevêque n

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S a Sainteté le Pape François adresse ses cordiales et affectueuses salutations aux évêques, aux prêtres, aux diacres, aux religieux et religieuses et aux fidèles représentant tous les diocèses de France, réunis à Lourdes, près de la grotte de Massabielle. C'est une joie toute particulière de saluer l'initiative Diaconia 2013, fortement inspirée par l'encyclique Deus Caritas est. Joie à laquelle s'associent ceux et celle, qui, vivant dans une grande souffrance comme la précarité, l'abandon, l'humiliation, la solitude, trouvent dans l'Église un service d'amour fraternel, de rencontre et d'écoute. Nous voici au terme de ce temps pascal où le Christ, à travers sa mort et sa résurrection, a fait éclater sa victoire ; il a définitivement vaincu la mort et le mal. L'Église vit de ce mystère pascal et elle manifeste à son tour cet amour vainqueur en exerçant sa triple tâche : l'annonce de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements et le service de la charité. Ce sont trois tâches qui s'appellent l'une l'autre et qui ne peuvent être séparées l'une de l'autre (Deus Caritas est, n° 25). En vivant ces trois tâches, l'Église est pleinement elle-même et rend présent le Christ ressuscité à tout homme. La diaconie, dont le premier responsable est l'Évêque, est le service de la charité, avec une attention privilégiée aux plus souffrants, aux plus pauvres. Dans la Bible, la pauvreté est avant tout une qualité pour vivre de Dieu. Le pauvre biblique est celui qui se dépouille de lui-même pour s'ouvrir au Christ et nous savons que le premier pauvre est le Christ lui-même, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté (cf. 2 Co 8,9) . En continuité avec Lui, la mission de l'Église consiste à porter la lumière du Christ ressuscité dans les lieux les plus obscurs, là où la souffrance règne dans les cœurs et les corps. C'est pourquoi l'amour du Christ nous pousse vers le cri de celui qui souffre à cause d'une pauvreté sociale, économique, psychologique. Celui qui coopère à cette mission de l'Église vit de ce partage pascal et fraternel sans s'inspirer des idéologies de l'amélioration du monde, mais se laissant guider par la foi qui, dans l'amour, devient agissante (cf. Ga 5,6) (cf. Deus caritas est, n° 33). Le monde actuel est confronté à une crise financière, économique et écologique grave qui provoque beaucoup de souffrances, particulièrement chez les plus fragiles. Cette crise advient en terrain miné par des idéologies de réussite individuelle, de performance et de compétition qui fragilisent considérablement la société et aggravent la pauvreté. Nous savons toutefois que la vraie cause de cette crise est provoquée par des conceptions anthropologiques et éthiques erronées qui se trouvent au centre de ces dysfonctionnements où l'homme n'est plus regardé en tant qu'image de Dieu. Dans l'appréhension de cette crise, l'Église s'adresse à la dignité et à la liberté de la personne humaine non sous forme de prescriptions, mais comme une réflexion visant à révéler la vérité et la lumière du Christ en matière sociale, une vérité qui s'impose par la force qu'elle porte en elle-même… Du Vatican, le 25 avril 2013, Cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État n Eglise universelle Extrait du Message du Saint-Siège concernant Diaconia 2013 Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 5 Jeudi 9 mai 2013, au cours du rassemblement national « Diaconia, servons la fraternité », au terme de la messe de l'Ascension célébrée dans la basilique Saint-Pie-X de Lourdes, Mgr Bernard Housset, évêque de La Rochelle et Saintes et président du Conseil National pour la Solidarité, a lu un message en provenance du Vatican dans lequel le pape François s'est adressé aux 12 000 participants de Diaconia. Une grande émotion a parcouru l'assemblée. Le pape a littéralement été ovationné.

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Eglise de France Depuis plusieurs mois, beaucoup d'entre vous êtes mobilisés pour exprimer votre opposition au projet de loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe. Message aux catholiques après la loi sur le mariage et l'adoption J 'ai entendu l'expression de votre déception de n'avoir pas été pris en compte. Même si la loi est validée par le Conseil Constitutionnel, le débat doit se poursuivre. Il faut pouvoir analy - ser ce qui s'est produit, mettre à jour les malentendus et prolonger une réflexion citoyenne sur les conditions minimales qui permet- tent d'assurer la cohésion sociale et de construire un vivre-ensem- ble harmonieux et respectueux de tous. Comme évêque, j'ai été sensible aux clivages que ces débats ont créés dans la société et même dans la communauté catholique. Par-delà l'aspect politique de la question, les divergences d'analyse et la pluralité légitime des opinions au sein de la communauté chrétienne, je vous appelle à vous retrouver sur le témoignage qu'il nous faut rendre ensemble à l'Evangile. Il invite en permanence à prendre le parti du plus petit et du plus vulnérable. Le respect de la dignité de l'homme créé à l'image de Dieu, ne se divise pas. Qu'il s'agisse de l'enfant à naître, de l'intérêt supérieur de l'enfant et de son droit à vivre en famille, de l'accueil et du respect des migrants, de la solidarité avec les demandeurs d'emploi, de l'attention aux personnes malades ou handicapées, de l'accompagnement de la personne en fin de vie... En toutes ces situations, il nous faut porter ensemble témoignage à l'Evangile de la Vie. C'est l'apport singulier et irremplaçable des disciples du Christ à l'édification d'une société humaine, solidaire et fraternelle. Continuons à nous mobiliser ensemble pour promouvoir une « écologie humaine » qui s'attache partout à créer les conditions d'épanouissement et de respect de tout l'homme et de tous les hommes. Pour assumer pleinement notre vocation chrétienne au sein de la société actuelle, des exigences se font jour avec plus de précision. Nous devons nous aider à rendre témoignage d'une vie authentiquement chrétienne et travailler à donner le goût d'une vie radicalement déterminée par l'Evangile. Ne nous bloquons pas sur une attitude refus, car tout n'est pas que politique. Il nous faut encore, par notre témoignage de vie, promouvoir une anthropologie et une éthique éclairées par l'Evangile. 1) Se nourrir de la Parole et prier Dans notre manière de vivre en chrétien, nous ne pouvons nous satisfaire de l'à-peu-près. Il nous faut devenir des familiers de la Parole pour nous en nourrir et la mettre en contact avec notre vie pour qu'elle la transforme. La prière doit aussi rester au cœur de notre engagement. Nous ne défendons pas une idéologie, mais nous appartenons au Christ. Notre vie doit refléter ce qu'il est venu révéler de la vérité de notre humanité sauvée. Sans la prière pour le nourrir, notre investissement personnel risque de se laisser dévoyer vers une Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 6 Mgr Jean-Luc Brunin

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campagne où le calcul, la ruse ou le rapport de forces risqueront de prendre le dessus. 2) Devenir une « communauté du oui » au sein d'une société démocratique L'exercice de la démocratie suppose d'admettre dès le départ que les divergences d'opinion sont légitimes. Sur cette base, les citoyens et leurs organisations peuvent exprimer librement leur point de vue, dans le respect des autres. Chacun mérite ainsi d'être écouté et respecté dans ses convictions profondes. Le mépris, la violence verbale ou physique n'ont pas leur place dans le jeu démocratique. Ils sont, pour les chrétiens, antagoniques avec la liberté religieuse dont ils se réclament. 3) Défendre une juste position à propos de l'égalité L'idéologie égalitariste ne permet pas de gérer positivement la reconnaissance des différences. Elle rend impossible une approche respectueuse de la singularité. Pourtant, chaque être humain est unique. Le reconnaître n'est aucunement porter atteinte au droit à l'égalité qui impose de reconnaître et de promouvoir chacun dans la vérité de son humanité. Vivre en société, c'est toujours faire vivre ensemble des personnes uniques et singulières qui se construisent dans une reconnaissance mutuelle et une interdépendance pour naître à la conscience d'une communauté de destin. Ce qui se prépare au sujet de l'adoption et de la filiation barre la route à une appropriation de la singularité de chaque enfant. On lui mentira, ou bien on brouillera la lisibilité de ses origines. L'enfant ne sera plus accueilli dans une lignée généalogique comme un don, mais on le fabriquera comme un dû ! 4) Respecter les personnes homosexuelles La demande de reconnaissance exprimée par une partie des personnes homosexuelles a trouvé une réponse dans l'ouverture indistincte du mariage pour tous. Certaines d'entre elles se plaignent cependant de n'avoir pas été vraiment écoutées et respectées dans la réponse apportée. Leur différence et leur singularité se sont trouvées niées, on les a fait entrer dans un dispositif commun et uniforme qui entravera à terme leur épanouissement dans la vérité de leur humanité. Nous ne pouvons sous-estimer les frustrations et les violences qui naissent chaque fois que les différences sont occultées. On attend du législateur qu'il crée les conditions qui garantissent à la fois le respect de la singularité des individus et les chances pour chacun d'une insertion harmonieuse dans une communauté humaine plus large, qu'elle soit familiale, nationale ou universelle. L'Eglise appelle les personnes homosexuelles comme les personnes hétérosexuelles, à vivre leur relation dans la chasteté. Il nous faut découvrir la valeur de cette attitude qui doit marquer toutes nos relations pour qu'elles soient vraiment humaines. La chasteté concerne davantage que la dimension sexuelle de la personne, elle est respect de l'autre que je ne peux jamais posséder comme un objet. Au cœur de toute relation, toujours menacée de devenir possessive, elle offre une dimension de gratuité et de respect. Les relations chastes peuvent être source de fécondité sociale. 5) Témoigner de la valeur du mariage qui ouvre au don de la vie Les chrétiens sont appelés à redoubler d'efforts pour témoigner de la valeur du mariage, union durable et libre entre un homme et une femme, ouverte sur la vie et offrant aux enfants un cadre éducatif stable et épanouissant. La dimension sacramentelle du mariage inclut le témoignage du bonheur de vivre en couple dans la fidélité et la joie de faire vivre une famille, cellule de base de la société et de l'Eglise. Tenir dans la fidélité entre époux et 'faire famille' n'est pas sans difficultés. Habitée par la Miséricorde de Dieu, tout en continuant à témoigner de la valeur des exigences de la fidélité et de l'indissolubilité du mariage, notre Eglise doit pouvoir accompagner les familles en difficulté ou en échec sur un chemin de croissance et d'épanouissement. En ce sens, j'encourage les efforts de tous les groupes et mouvements engagés au sein de la pastorale familiale du diocèse. 6) Se préoccuper de l'éducation affective des jeunes Dans une société fortement érotisée, il y a urgence à travailler à l'éducation relationnelle, affective et sexuelle des jeunes générations. Nous connaissons trop de blessés de l'amour qui se remettent difficilement d'expériences éphémères et destructrices, qui les ont rendus désabusés et parfois même désespérés. J'invite les mouvements de jeunes, les aumôneries et l'enseignement catholique à s'investir pour la formation des jeunes en ce domaine. Que l'Esprit nous aide à discerner et à ouvrir les chemins du témoignage de notre foi et du service de l'Evangile au cœur de tous les débats de notre société ! Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre Président du Conseil Famille et Société n Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 7

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Dimanche 2 juin 2013 L a P arole D ominicale Genèse 14,18-20 • Psaume 109 • 1 Corinthiens 11,23-26 • Luc 9,11b-17 A la découverte de l’Evangile Solennité du Corps et du Sang du Christ Année C L uc, dont le récit est retenu pour la fête du Corps et du Sang du Christ, n'a pas pour intention de nous fournir une photographie de l'événement. Tout comme les autres évangélistes, il rapporte cet événement passé de la vie de Jésus en fonction de la pratique sacramentelle de l'Eglise primitive, de sa foi vécue et de sa célébration cultuelle. C'est pourquoi ce récit présente plusieurs affinités avec celui de l'institution de l'eucharistie. Mais ce ne sont pas là les seules richesses de ce passage. Dans quel cadre Luc a-t-il inséré le miracle de la multiplication des pains ? D'une part, l'introduction des versets 10-11 sert de conclusion à l'épisode de la mission des Douze (Lc 9,1-6). Ceux-ci reviennent de leur tournée apostolique et Jésus les invite à se retirer dans un endroit isolé aux alentours de la ville de Bethsaïde. Lors de la multiplication des pains, ces mêmes Douze auront à nouveau à intervenir pour distribuer le pain à la foule disposée préalablement en rangées de cinquante personnes. L'épisode de la multiplication des pains a lieu vers la fin du ministère galiléen de Jésus. Le drame se noue entre les autorités déjà hostiles, les foules enthousiastes au début, mais bientôt déçues dans leurs espéran- ces messianiques trop matérielles, les disciples, et Jésus qui voudrait faire comprendre la vraie nature de son messianisme... Contrairement à Mt 9,36 et Mc 6,34, Luc ne parle pas de la pitié de Jésus pour les foules et ne cite pas l'Ecriture : il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger. Il mentionne simplement leur accueil. On pres- sent malgré tout la bonté de Jésus qui se rend disponible aux foules, alors qu'il était en quête d'un lieu retiré pour lui et les Douze. Prédication du Royaume de Dieu et œuvres de guérison sont les deux activités de Jésus. A cela s'ajoute évidemment le don de la nourri- ture, après qu'il eut fait disposer la foule par groupes d'environ cin- quante personnes. C'est une communauté rassemblée dans l'écoute de la Parole et le par - tage du pain que constitue Jésus. Sans que la foule l'ait demandé, Jésus offre en abondance la nour - riture, de même que, dans le passé, Dieu avait offert à son peuple les vivres dont il avait besoin (cf. Ex 16 et Nb 1 ; ou encore 1 R 17 et 2 R 4,42-44). Ce récit est très proche de l'histoire d'Élisée (2 R 4,42-44). On y trouve les mêmes éléments : la rencontre avec le thaumaturge, la constata- tion du manque de pain, la pré- sence des disciples de l'homme de Dieu, l'ordre de distribution donné par l'homme de Dieu, l'objection des disciples, l'exécution de l'ordre, le rassasiement de la foule et la mention d'un surplus. Jésus appa- raît ici sous les traits d'un prophète, tel Élisée. Mais il y a plus encore : le miracle a lieu dans un endroit désert et Jésus offre en abondance le pain et les poissons. Ce sont là autant d'éléments qui rappellent la vie au désert lors de l'Exode. Jésus n'est pas seulement un pro- phète, mais le dernier des prophè- tes, le Prophète semblable à Moïse. Il est le nouveau Moïse promis autrefois (cf. Dt 18,15-18). Le verset 16 forme le centre du récit. Le fait de lever les yeux au ciel indi- que un signe de prière. Par la béné- diction, Jésus transfère sa force aux pains et aux poissons comme, lors des guérisons, une puissance' sort de lui et permet le miracle. La surabondance du don est mise en relief tant par le nombre des convi- ves (5 000 personnes, réparties en groupes de 50) que par la quantité de morceaux de pain recueillis au terme du repas (12 grandes cor - beilles), alors que toute la foule a été rassasiée. De ce fait, "c'est le rassasiement qui compte pour Luc, et non la multiplication ; l'accent porte sur la naissance de l’Eglise, et non sur le miracle". La distribution, commencée par les Apôtres, continue de nos jours. L’Eglise reçoit le pain venu d’en haut et le distribue. C’est le Christ lui-même qui se donne en nourri- ture. Il vient combler notre faim. En cette fête, c’est l’occasion de réfléchir aux diverses faims et aux mille manières d’aider les autres à vivre. P. François-Xavier Roussel C.S.Sp n Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 8

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U ne dévotion est une pratique religieuse particulière, que l'Église propose ou du moins autorise et qui consiste en certains actes pieux, rites et formules, se rapportant à un sujet doctrinalement déterminé. Instantanément, nous pensons au culte de la Vierge Marie et de multiples autres saints, aux images pieuses, aux médailles diverses et variées ainsi qu’au chapelet et autres objets du même type. Quelle est la pratique ? Concomitamment à l’habitude de faire bénir des chapelets que l’on suspend dans les voitures, depuis peu, la mode nous incite à porter, en sautoir ou en bracelet, un ou des chapelets. Il en est de même des images de saints arborées dans les véhicules ou portées sur soi en guise de porte-bonheur ou de protection. De nombreuses croix et images pieuses sont souvent accrochées dans les maisons afin de s’assurer une présence spirituelle et souvent pour faire fuir les démons ! Bijoux et vêtements portant l’effigie de saints sont bénits et portés avec l’espoir d’une protection particulière. Enfin, des objets, insolites et sans intérêt religieux sont souvent présentés à la bénédiction du prêtre ou du diacre (bijoux fantaisie, livres...). Qu’en penser ? L’Eglise autorise la bénédiction d’objets liés à la dévotion dont nous retenons les caractéristiques suivantes : •Cesobjets sontdestinés àla dévotion Ces objets ont pour but principal de favoriser la dévotion du peuple chrétien. Le dictionnaire Larousse définit la dévotion comme un attachement aux pratiques religieuses. Il s'agit d'attachement, donc d'une habitude aimée, à laquelle on tient, qui ne procède pas seulement d'une obligation, mais qui comporte le libre choix d'exercices facultatifs. Aussi, loin de charger la matière d’une puissance magique et magnétique particulière, les bénédictions d’objets de dévotion doivent encourager un progrès et un soutien dans les exercices de piété du peuple chrétien. L’effigie des objets rappelle l’exemplarité de vie de tel saint et sa prière incessante pour le salut des âmes. Porter ou vénérer ces objets invite à la prière plus intense et à la conversion personnelle. •Ces bénédictions serapportent  à Dieu La bénédiction de ces objets, même s’ils sont liés au culte de la Vierge Marie ou d’un saint particulier, renvoient toujours à Dieu, seul sauveur. Tu es béni, seigneur, source et origine de toute bénédiction, toi qui te réjouis de la piété de tes fidèles ; regarde avec bonté tes serviteurs qui désirent porter ces signes de foi et de piété… (1) •Elless’adressent à la personne  quiporteral’objet Ces bénédictions sont données surtout aux personnes qui utiliseront directement ces objets de piété portés sur soi ou installés dans leurs voitures ou maisons... Bénis celui qui portera cette médaille, en l’honneur de saint N. et donne-lui de vivre ici-bas de manière à avoir part un jour à l’héritage des saints, dans la lumière. Par J-C Notre seigneur... (2) C’est pourquoi, il est bon que celui qui va utiliser l’objet soit présent et reçoive lui-même et directement la bénédiction. Les bénédictions pour autrui sont à éviter. •Elles incitent àla croissance  spirituelle La bénédiction d’un objet de piété n’est pas un tour de magie. Celui qui va utiliser cet objet exprime indirectement son désir et souhait de grandir en sainteté, avec l’aide de Dieu et des saints. La prière de bénédiction le rappelle et le demande à Dieu. seigneur [...] exauce la prière de tes serviteurs qui désirent utiliser ce signe de ta bonté en l’honneur de saint N., qu’ils aient à cœur de garder tes commandements et qu’ils obtiennent tout ce qui peut les aider en cette vie à avancer avec sûreté vers la vie immortelle... (3) Et pour les chapelets, les prières de bénédictions prévoient : En mémoire des mystères de la vie, de la mort et de la résurrection de Notre seigneur, en l’honneur de la Vierge Marie, mère de l’Eglise, que soit béni celui qui priera avec ce chapelet [...] En implorant avec confiance la Vierge Marie et en contemplant les mystères du Christ Jésus, qu’il fasse passer dans sa vie ce qu’il aura médité dans sa prière. Par Jésus Christ Notre seigneur. Amen. (4) En bref, les bénédictions de ces objets sont excellentes mais non magiques. Elles engagent personnellement ceux qui utilisent ces objets qui ne sont que des moyens de se rapprocher de Dieu. P. Jean-Max Renard,Vice-Official n La bénédiction des objets de dévotion (4) Outre les personnes, leurs activités, les objets destinés au culte divin, des objets de piété peuvent être bénits pour servir à la dévotion du peuple de Dieu. Droit canonique Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 9 (1) Livre des bénédictions, Rituel Romain, Chalet-Tardy, Paris, 1988, p. 393 (2) Ibidem p. 395 (3) Ibidem p. 374 (4) Ibidem pp. 402-403

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Vie du diocèse La Vierge Marie inspire notre vie de prière dans l’accueil de l’Esprit, l’écoute de la Parole, l’attention à la Présence. Voici la suite de la réflexion commencée par le père Patrick-Alexis Phanor dans le précédent numéro. Evangéliser à l’école de la Vierge Marie (2) 3. Évangéliser, c'est porter la paix U ne troisième lumière nous est donnée dans cette rencon- tre de Marie avec Élisabeth, à travers la salutation qu'elle pro- nonce. On ne nous rapporte pas d'ailleurs ce que Marie a dit très exactement, mais Luc, aux versets 40 et 41, écrit : Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Et il advint, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l'enfant tressaillit en son sein, et Élisabeth fut remplie de l'Esprit saint. C'est à la salutation de Marie (trois fois mentionnée en 1,40. 41. 44) qu'Élisabeth attribue cette effusion de l'Esprit : ce n'est pas le fait de l'humble Marie, mais de l'Esprit s aint qui est sur elle (1,35), et du Fils de Dieu, le seigneur (1,43), qui est en elle. Nous ignorons quelles furent les paroles par lesquelles Marie salua Élisabeth. L'évangéliste rapporte seulement que le salut que Marie adresse à Élisabeth a été efficace. ii a participé à la puissance qui est propre aux paroles créatrices de Dieu : "il dit, et cela fut" (Ps 148,5) ; ces paroles, au dire de saint Jean Chrysostome, équivalent à des œuvres. Dès qu'Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant qu'elle portait tressaillit dans son sein, et elle-même fut remplie de l'Esprit saint. La salutation de Marie a touché le cœur d'Élisabeth parce qu'elle est un peu comme le prolongement de la salutation de l'ange Gabriel Réjouis-toi, comblée de grâce, le seigneur est avec toi (verset 48). Elle y a répondu par l'assentiment de sa foi ; et le Verbe s'est fait chair (Jn 1,14). Et on devine finalement que la salutation de Marie à Élisabeth transmet alors, mystérieusement, l'Amour même de Dieu, l'Esprit Saint. Il est peut-être bon de se rappeler ici la consigne que Jésus a donnée aux Douze, envoyés en mission : En entrant dans la maison, saluez-la ; si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; si elle ne l'est pas, que votre paix vous soit retournée (Mt 10,12-13). Parmi les formules de salutation qu'on trouve dans la Bible, on peut lire : Que Yahvé te bénisse (Rt 2,4) ; ou bien : Bénédiction de Yahvé sur vous (Ps 129, 8) ; ou encore : Que la paix soit avec toi ( Jg 19,20).Peut-être Marie, simplement, a-t-elle dit shalom , la paix , comme Jésus ressuscité le dira à ses apôtres. Et c'est véritablement la paix de l'Esprit qu'elle transmet à Élisabeth, et qui touche le cœur d'Élisabeth et le petit Jean-Baptiste. Ainsi, lorsque nous visitons l'un de nos frères, nous sommes porteurs de cette bénédiction divine : la paix. Il n'est pas besoin de chercher de grandes phrases à dire. Témoigner, c'est d'abord transmettre la paix et la joie, l'amour de Dieu, qui nous habitent. Méditons l'exemple de Marie, avec le cardinal Danneels : Marie n'a encore rien dit, elle a simplement dit bonjour. Dès qu'on dit bonjour dans une classe ou à une assemblée, l'évangélisation se fait presque en dehors de nous- même. Marie et Élisabeth ne font rien ; pour l'instant, ce sont les deux enfants qui font quelque chose. C'est Jésus qui commence tout petit à faire bouger son petit cousin dans le sein de sa mère. Cela veut dire que même Marie ne fait rien pour évangéliser. C'est l'enfant en elle qui touche un autre enfant. Les deux femmes sont presque absentes de la scène, elles ne disent rien : elles sentent. Pour nous, de même : c'est Jésus, Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 10

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sans que nous ayons rien dit, qui déjà trouve son interlocuteur dans le cœur de l'autre qui écoute. Car dans chacun, dans chaque homme, il y a un petit Jean-Baptiste qui attend ; il y a une sorte d'harmonie préétablie. Ne dites pas trop vite qu'ils n'écouteront pas. il y a dans chacun de nous, même en quelqu'un qui est dans le péché, un petit Jean-Baptiste qui dort (ou qui est étouffé chez certains) mais qui est sur la même longueur d'onde et qui perçoit Jésus. il faut dire bonjour, et après, avoir une confiance ferme dans le fait que les hommes sont faits pour Dieu. Que ce Dieu, vous le portez en vous et qu'il y a une compréhension initiale entre l'homme et Dieu. Ainsi, lorsque nous évangélisons, commençons simplement par laisser la paix qui habite nos cœurs passer dans le cœur des autres. Notre Archevêque nous partageait l’autre jour tous les débats qu’a suscités le geste de paix à l’Eucharistie lors d’une des dernières assemblées des Evêque à Lourdes. C’est dire l’importance de notre participation à la Messe pour recevoir et échanger ce geste entre nous et surtout le prolonger tout au long de la semaine auprès de ceux et celles que nous croisons sur nos chemins. Voilà une manière toute simple d’évangéliser, mais bien plus efficace que tous nos plans de conquête pour convertir l’autre à coups de : Il y a qu’à, il faut qu’on… 4. Évangéliser, c'est réveiller l'étonnement Quatrième lumière qui nous est donnée : évangéliser, c'est réveiller l'étonnement dans le cœur de l'autre. Nous voyons la cousine de Marie, Élisabeth, qui s'exclame : Comment m'est-il donné que vienne à moi la mère de mon seigneur ? (Lc 1,43). Élisabeth s'étonne. C'est le signe d'une foi vivante. La grâce qui est en elle et qui, en six mois, pouvait devenir presque une routine, cette grâce s'agite charnellement en elle à travers le petit Jean-Baptiste et l'avertit que, une fois de plus et surtout maintenant, il faut s'étonner. Élisabeth pensait sans doute que sa stérilité avait fait place à la fécondité pour que Zacharie et elle connaissent la joie d'un enfant. Maintenant, elle comprend soudain que le don de Dieu dépasse la sphère de leur famille. Dans le tressaillement d'allégresse de l'enfant qu'elle porte, elle saisit par sa rencontre avec Marie le caractère surnaturel de tout ce qui arrive. L'Esprit Saint lui donne l'intelligence et la sagesse de l'œuvre que Dieu a accomplie en Marie, et cela éveille en elle la révélation de sa propre mission. Dans la lumière de Marie, Élisabeth ouvre maintenant à son enfant la voie que Dieu a prévue pour lui. Le voyage à travers les montagnes débouche sur une communication divine qui fait passer Élisabeth du régime de la Loi (Lc 1,6) au régime de l'Esprit (1,41). Ainsi arrive-t-il parfois que nos contacts évangélisateurs aboutissent à une croissance dans l'Esprit Saint, dont nous comprenons qu'il s'agissait de l'heure de Dieu. Celui-ci nous fait la grâce d'être ses serviteurs auprès de nos frères. Dans nos dialogues, nous percevons cette œuvre de l'Esprit à cet étonnement, cet émerveillement, dans lequel entre notre interlocuteur. Dieu est là, et je ne le savais pas , comme dit Jacob (Gn 29,16). Ne nous décourageons pas pour autant si ce n'est pas tous les jours ! C'est Dieu qui évangélise, pas nous, répète le cardinal Danneels : il peut y avoir beaucoup de résistance, ils peuvent ne pas accepter. Mais dites-vous bien que ceux qui réagissent le plus fort, ils sont le plus à servir. Ceux qui ne réagissent pas du tout et disent oui sans réfléchir, souvent, ce sont eux qui n'ont pas reconnu le seigneur. N'ayez pas peur si quelqu'un dit non, il peut être dans une sorte de combat intérieur et peut être plus évangélisé que nous ne le croyons. Ne vous fiez pas aux apparences, mais fiez-vous au fait que nous portons en nous Jésus, comme Marie, et lui porte un petit Jean-Baptiste. Et avant que nous n'échangions quoi que ce soit, sauf le salut, ils sont déjà en train de travailler, et cela va bouger. Donc, ce n'est pas moi qui évangélise, ce n'est pas le contenu de ce que je dis qui est important, c'est la conviction avec laquelle je le dis. si vous êtes vrais, si vous dites ce que vous sentez en vous, même en bégayant, en hésitant, vous toucherez les cœurs. Une chose est d'autant plus vraie que c'est un témoignage. si vous racontez quelque chose de votre propre vie, vous êtes sûrs que c'est vrai. N'exagérez pas, et ne minimisez pas non plus. La meilleure évangélisation, c'est le témoignage de la vie. il ne faut pas le faire trop souvent, car répéter son témoignage vingt ou quarante fois, ça use un homme et le témoignage aussi ! C'est pour cela qu'il faut être à plusieurs. Chacun doit le faire. il faut se soutenir l'un l'autre, par exemple quand l'un est fatigué. C'est pour cela que Jésus disait d'aller deux par deux, pas tout seul, pour se soutenir, s'encourager, et également pour que l'autre prenne le relais. N'ayez pas peur : il y a dans l'autre un petit Jean-Baptiste qui écoute, même si l'autre rigole. C'est Dieu qui évangélise, pas nous. P. Patrick-Alexis Phanor, Curé de Morne-Rouge et Prêcheur n Citations principales : Jean Paul II, La Mère du Rédempteur ; Cardinal Danneels, homélie d'une messe d'envoi en mission en Belgique. Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 11

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Vie du diocèse Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 12 D es invités avaient fait le déplacement pour ce cinquantenaire. Parmi eux, l’aumônier international des Equipes du Rosaire : frère Gilles Danroc, Dominicain ; l’aumônier national frère Hervé Gégou, Dominicain ; M me Anne-Marie Nas, responsable nationale ; père Yves-Gérard Richemont, aumônier régional ; Mathurine Navis, responsable régionale et Liliane Sommeil, responsable diocésaine, tous trois de la Guadeloupe ; père Antonin Manga, aumônier diocésain et Joëlle Rezaire, responsable diocésaine de la G u y a n e . C’est un concert spirituel, à la cathédrale Saint-Louis, qui a débuté les festivités, le mardi 7 mai 2013, à 19h. Le père Patrick-Alexis Phanor, aumônier diocésain, a su présenter, comme à l’accou- tumée, les différentes cho- rales d’enfants et de jeunes qui ont fait vibrer les nom- breux fidèles et membres des Equipes présents. Des solis- tes, comme les pères Phanor et Henderson, Mme Roseline Cyrille, Mickaël Riskwait, ont su, par leurs inter - prétations, réjouir le cœur de toutes les personnes présentes d a n s l ’ a s s e m b l é e . \ Le Hall des Sports de Rivière-Salée a été le lieu où se sont retrouvées les Equipes du sud et du centre, le mercredi 8 mai , pour une journée fraternelle. Avant la célébration de l’Eucharistie, qui devait clôturer la journée, la conférence de Mme Nathalie Zonzon-Quitman sur la dévotion mariale à la Martinique a été très appréciée ; il en a été de même des témoignages qui lui ont succédé. Le jeudi de l’Ascension, des paroissiens de la cathédrale de Fort-de-France s’étaient joints aux nombreux membres des Equipes du centre pour la célébration eucharistique, présidée, à 7h30, par le frère Gégou. Elle a été suivie d’une journée portes ouvertes, dans la cour du presbytère de la cathédrale. Bon nombre de visiteurs se sont succédé tout au long de la matinée et l’après- midi pour l’exposition consacrée à ces cinquante ans d’histoire du mouvement en Martinique, et l’achat des livres, objets et CD qui leur étaient proposés. Après l’accueil des invités et la visite des futurs locaux du siège du mouvement, des témoignages ont édifié les personnes Le Jubilé des Equipes du Rosaire de la Martinique Les Equipes du Rosaire de la Martinique ont fêté leur Jubilé au début du mois de mai. Occasion pour ce mouvement marial et missionnaire de mettre en lumière tout ce qui, de 1963 à 2013, a permis à ses responsables et à ses membres de mener leur apostolat à l’école de Marie. Délégations venant de l'extérieur Bèlè Légliz

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présentes. En fin d’après-midi, elles ont pu apprécier l’animation de Bèlè Légliz. \ Le samedi 11 mai, c’est au Millénium du Morne-Rouge que se sont rassemblés les équipiers du nord pour une journée fraternelle avec un programme presque identique à celui du mercredi 8 mai. A la différence que la messe a été concélébrée par les aumôniers des EDR dans la matinée et que, en plus de la conférence de M me Zonzon- Quitman, qui avait été enrichie par des éléments nouveaux, un enseignement a été donné par le père David Rondof, curé de la cathédrale Notre-Dame-de- l’Assomption de Saint-Pierre. Ce fut aussi l’occasion de présenter tous les visiteurs venus de Guadeloupe, G u y a n e e t m é t r o p o l e . \ Enfin, le moment phare a été la messe de clôture des célébra- tions de ces cinquante ans, au Hall des Sports de Rivière-Salée, le dimanche 12 mai, à 15h. Un grand nombre de membres des Equipes du Rosaire de tout le dio- cèse avaient afflué en ce lieu pour ce temps fort. C’est le père Patrick- Alexis Phanor, aumônier diocésain depuis dix ans, qui a prononcé le mot d’accueil. La messe était présidée par le père Jean-Max Renard, Vicaire général du dio- cèse, qui a présenté les excuses de notre archevêque, Mgr Méranville pour son absence. La messe était concélébrée par l’aumônier national, l’aumô- nier régional, les aumôniers diocé- sains et les pères Philippon, François- Haugrin, Gibon, Monconthour, Lafine et Aïzo, qui avaient accompa- gné leurs équipes. L’animation a été assurée par Mikaël Riskwait et son groupe. A la fin de la célébration, Mme Marie-José Pastel, responsa- ble diocésaine des Equipes du Rosaire, a donné la parole aux différents responsables nationaux et régionaux présents. Elle a remer - cié tous les membres des Equipes pour leur participation active à l’organisation de ce jubilé d’or et tous ceux qui ont contribué à sa réalisation. En conclusion, on peut dire que les efforts de tous n’ont pas été vains pour la réussite des manifestations et célébrations de ce cinquantenaire, qui a permis de donner une meilleure visibilité des Equipes du Rosaire à la Martinique. Ce fut l’occasion également de resserrer les liens entre les responsables du m o u v e m e n t d e n o s t r o i s d i o c è s e s . \ Par ailleurs, l’exposé de M me Nathalie Zonzon-Quitman a permis de se rendre compte que la piété mariale à la Martinique remonte à la période de la colonisation de l’île et de l’esclavage, et que la Vierge Marie a toujours été présente d a n s l ’ h i s t o i r e d e n o t r e d i o c è s e . Précisons enfin que l’objectif de ce cinquantième anniversaire était, avant tout, de faire découvrir le mouvement aux jeunes et de rappeler aux responsables combien il est important et primordial d’intégrer ces derniers dans les Equipes. R e n é M o r é l o t , \ Chargé de communication n Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 13 Une vue de l'assemblée

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Vie du diocèse Le samedi 18 mai 2013, dans le cadre de la solennité de Pentecôte, la Communauté du Chemin-Neuf (CCN) a célébré à Rome et dans les vingt-huit pays du monde où elle est présente, le quarantième anniversaire de sa fondation. La Communauté du Chemin- Neuf a quarante ans La naissance de la communauté E n 1972, sept ans après l'ouver - ture du concile Vatican II, l’expérience de Pentecôte qui commence aux Etats-Unis se répand en France, et nombreux sont ceux qui manifestent les dons du Saint Esprit. C’est dans cette mouvance que deux jeunes sémi- naristes jésuites à Lyon : Laurent Fabre et Bertrand Lepesant, font l’expérience du "Baptême dans l’Esprit Saint" avec l’aide de trois jeunes Américains (un jésuite et deux épiscopaliens issus du Renou- veau Charismatique). Rentrés à Lyon, forts de cette expérience, tout en continuant leurs études au séminaire, ils suscitent un groupe de prière charismatique : conver- sions, guérisons, signes et miracles… Le groupe de prière ne cesse de grandir. En octobre 1973, six per - sonnes de 25 à 35 ans avec Laurent Fabre choisissent de vivre en com- munauté en partageant tous leurs biens comme au temps des actes des apôtres… C’est le début du Chemin Neuf, au 49 Montée du Chemin Neuf (origine de ce nom), à Lyon, en France. Commençait alors une histoire inimaginable, inspirée par l’Esprit Saint et encouragée à l’époque par le Cardinal Renard. Rapidement des couples et d’autres célibataires, hommes et femmes de toutes confessions chrétiennes, rejoignent la communauté répon- dant à l’appel pressant du Christ à travailler pour l’unité des chrétiens, pour l’évangélisation du monde, la paix et la réconciliation entre les peuples. Aujourd’hui, en 2013, la communauté rassemble mille huit cents membres répartis dans vingt- huit pays. Le 20 avril1984, la CCN est érigée par le Cardinal Decourtray, archevêque de Lyon, en association publique de fidèles et le 14 septembre 2009, l’Institut du Chemin Neuf a été reconnu comme institut religieux clérical de droit pontifical par le Cardinal Franc Rodé. La communauté arrive en Martinique par l’une de ses missions : Cana, soutenue par Mgr Marie-Sainte. Les premiers engagements ont lieu en 1996 avec sept membres dont trois couples et un célibataire (aujourd’hui prêtre de l’institut, membre du conseil international). Quarante ans après La Communauté du Chemin Neuf a célébré ses quarante ans de fonda- tion à l’occasion du rassemblement de tous les mouvements ecclésiaux et des communautés nouvelles invités par le Pape François à Rome. Par les moyens modernes de communi- cation, tous les vingt-huit pays ont pu fêter ensemble, en communion l’œuvre vivifiante de l’Esprit Saint ! En Martinique, nous étions trois cents de la fraternité œcuménique internationale : communauté, com- munion, fraternité Cana, mission jeunes, groupes de prière et amis, rassemblés au Domaine du Fort, à Saint-Pierre, pour célébrer et suivre l’émission vidéo en duplex à partir de Rome et en direct avec sept autres pays. Nous avons partagé un repas festif suivi d’un énorme gâteau d’anniversaire ! Parmi nos invités, nous avons eu la joie d’ac- cueillir certains membres de l’Eglise réformée avec leur pasteur, Jean Pierre Anzala ! La fête s’est termi- née par une immense action de grâce au cœur de l’eucharistie de Pentecôte ! Certains de ces moments forts internationaux sont accessibles à tous sur le site de la communauté : www.40ans.chemin-neuf.org Sr Marie-Noëlle Oger et Francelise Prospa n Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 14

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E ntre 1753 et 1758 la construction de l'église confiée à des frères Capucins fut placée sous la protection de l'Esprit Saint ; d'où son nom : paroisse, puis plus tard, commune de Saint-Esprit. Pour aider les paroissiens, et plus particulièrement les jeunes de la 2 ème année de cheminement, à entrer dans cette grande fête de la Pentecôte, des temps forts ; la neuvaine à l'Esprit Saint et d'autres démarches, furent proposés par le père Philippe Décilap au cours de l'adoration du saint-sacrement du vendredi. Le vendredi 3 mai 2013, après la méditation du chapelet, le thème de l'enseignement était : Qui est l'Esprit saint ? L'Esprit Saint est une personne, un ami, l'ami le plus cher, le plus sûr et le plus fidèle. Le vendredi 10 mai, après la méditation du chapelet, l'enseignement sur le thème : On peut contrister l'Esprit saint. Comment l'Esprit Saint nous parle et comment marcher selon sa conduite ? Le vendredi 17 mai, de 18 à 24 heures, tous les membres de l'assemblée, dans le recueillement, la ferveur et la joie, préparèrent leur cœur à accueillir en plénitude le renouvellement des dons reçus au baptême. L'enseignement portait sur : Comment l'Esprit saint peut nous vivifier, nous sanctifier, nous libérer des fantômes qui nous hantent, en particulier "le rejet". Ce thème, ciblait surtout les jeunes souvent confrontés à cette dure réalité : rejet dès la naissance ou même avant, rejet par la société, rejet par la famille, rejet à cause de la couleur de peau, du physique… De cet enseignement, il faut surtout retenir que l'Esprit Saint nous libère de tous les fantômes du passé. Au cours de cette démarche, l'attention et le recueillement des jeunes étaient palpables. Tout était réuni pour invoquer le Saint Esprit et demander l'abondance de ces dons : prière d'abandon et de consécration ; prière de libération ; prière d'intercession et prière d'action de grâce. Il est à noter la participation d'une très importante assemblée attentive et recueillie au cours de ces différents temps forts. Après la prière des dons le père Décilap souhaita à tous les fidèles une très bonne fête de Pentecôte et d'être de véritables témoins de la paix et de l'amour du Christ dans notre paroisse et au-delà. A chacun de ces temps forts, il soulignait l'importance du sacrement de confirmation vers lequel s'acheminent ces jeunes. Dimanche 19 mai, fête de la Pentecôte, nombreux furent les fidèles qui, dans la joie, participè- rent aux différentes célébrations dominica - les. A la messe de sept heures, les représen- tants de la commune ainsi que leurs invités furent accueillis par le prêtre. Celui-ci, dans son homélie, invita l'assemblée à travailler pour la justice et le bien commun. L'équipe liturgique n Fête de la paroisse de Saint-Esprit Église en Martinique du 2 juin 2013 15 Pour les paroissiens de Saint-Esprit, la fête de la Pentecôte revêt un caractère particulier, parce que fête du renouvellement de l'Esprit pour tout baptisé, mais aussi fête de leur commune.

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Année de la foi Abréviation de « Fraternel », ce rassemblement organisé chaque année impaire à Jambville (Yvelines) pour les collégiens d'Île-de- France fête, en 2013, ses trente-quatre années d'existence tandis que le Frat des lycéens organisé chaque année paire à Lourdes, est centenaire depuis 2008. Une jeune Martiniquaise responsable de l’accueil du Frat L a longévité et la popularité du Frat auprès des jeunes des aumôneries, des paroisses et des établissements d'enseignement catholique en a fait un symbole du dynamisme de la jeunesse catholique d'Île-de-France. La raison d'être de ce pèlerinage est de transmettre le message chrétien aux jeunes pour qu'ils deviennent eux-mêmes relais auprès des générations futures et dans la société qu'ils contribueront à construire. Réaliser qu'être chrétien... ce n'est pas ringard ! Il est en effet important de proposer aux collégiens et lycéens une expérience qui renouvelle leur manière de vivre la foi chrétienne, de leur montrer par ces rencontres avec d'autres jeunes que décidément, être chrétien n'est pas ringard ! Selon Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, la portée du Frat va même au-delà : Evidemment le Frat veut permettre aux jeunes de mieux connaître le message du Christ. Mais c'est aussi une formidable contribution pour l'Île-de-France à ce qu'on appelle la cohésion sociale. On ne souligne pas assez que ce rassemblement de plus de dix mille jeunes de tout milieu et de toute origine est une réponse pleine d'espérance aux aspirations de convivialité et de solidarité de notre société. Quatre propositions structurent un rassemblement du Frat : des célébrations sous une « église chapiteau » de 6 750 m², la rencontre de témoins de la foi partageant avec les jeunes leur expérience de Dieu, la vie en communauté dans les villages répartis à Jambville ou Lourdes et enfin des temps de carrefours en petits groupes pour réfléchir sur le thème de l'année. Le Frat a réveillé sa foi De sa voix claire, Marina Marie- Sainte se rappelle ces premières émotions, qu’elle aime voir jaillir chez les jeunes dont elle est devenue responsable. A 29 ans, Marina, conseillère en mutuelle dans le bâtiment et les travaux publics, gère l’accueil de ce grand rassemblement des 13-15 ans d’Île-de- France, organisé du 17 au 20 mai à Jambville (Yvelines). A la suite de ses parents, cette jeune femme d’origine martiniquaise a été poussée très tôt à s’engager. Ma confirmation, en 2001, a été un déclic. Animatrice d’aumônerie, elle crée une chorale dans sa paroisse de Notre-Dame-de- la-Garde, dans le 13 ème arrondissement de Paris. Depuis 2011, elle accompagne des catéchumènes et des confirmands. Pour le Frat, elle intègre les sweats blancs, ces petites mains de la logistique, puis est nommée chef d’équipe, et à présent responsable. Pour moi qui étais timide, le fait d’être appelée a été essentiel. J’apprends à faire confiance. Adrien Bail, journaliste pour Prions en Eglise n Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 16

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Témoignages de foi C’est avec une grande joie que je participe aux "mardis de la foi". Joie de retrouver, en Eglise, des frères et sœurs d’autres paroisses et échanger avec eux sur les articles du Credo. Joie de découvrir, avec des prêtres et des diacres, le vrai sens de notre foi. Après les séances suivies, je ne prie plus le Credo de la même façon. Je le vis de façon plus approfondie, plus parfaite. Ma relation à Dieu est plus grande, surtout que les deux premiers articles ont été analysés avant Pâques. J’ai été confortée dans ma mission de baptisée : témoigner de Jésus Christ venu dans notre chair, mort, ressuscité et vivant au milieu de nous. Par lui nous est accordé le pardon de nos péchés et il nous ouvre la porte du Salut. Je regrette qu’il n’y ait pas plus de jeunes à ces réunions, de jeunes couples qui demandent ou sont appelés à demander le baptême pour leurs jeunes enfants. Aux réunions de préparation au baptême, on constate qu’ils en sont restés aux connaissances du catéchisme et n’ont pas cherché à faire grandir leur foi. J’espère qu’il y aura, à la suite de l’Année de la Foi, d’autres points à approfondir en Eglise. En ce temps de Pentecôte et en cette période de confirmation, que l’Esprit Saint affermisse nos jeunes pour qu’ils ne s’éloignent pas de l’Eglise à l’issue de la cérémonie. Qu’ils n’oublient pas que la confirmation nous ouvre à la mission. Rendons grâce à Dieu pour avoir inspiré à Benoît XVI l’idée de demander à son peuple de réfléchir sur sa foi. Yolande – Paroisse de De Briant J’ai 57 ans, je suis marié et l’heureux papa de quatre enfants. Je n’avais aucune conviction sérieuse concernant l’Eglise par le passé. Je vivais ma vie de manière égoïste sans beaucoup penser à Dieu. Je n’étais pas dans une communion sincère avec le Seigneur. Oui, j’étais là parmi les fidèles à écouter sa parole pleine de vie, mais me tenant à distance. Je savais au fond de moi qu’il était là, présent, mais oublié dans la pratique. Cette Année de la Foi a été comme un réveil et a transcendé tout mon être en m’ouvrant les portes de l’Eglise. Cette Eglise qui se doit d’être unitaire en Christ. Je suis plus assidu de par mon engagement à vivre les préceptes de l’Eglise. Mon comportement n’est plus le même. Je ressens le besoin de prier à n’importe quelle heure. Aujourd’hui, les conversations irrévérencieuses que je tenais et dont j’étais friand par le passé m’agressent lorsqu’elles sont tenues par des tiers. Habité par l’esprit de discernement, je suis plus réfléchi et disposé à l’écoute. Cette Année de la Foi est vraiment une révélation de la connaissance de l’amour de Dieu pour moi. Le fait de cheminer m’a conduit à découvrir qui est vraiment Jésus pour moi. Parfois, je me demande pourquoi j’ai tant attendu avant d’aller à sa rencontre. Mais l’homme orgueilleux tend toujours à vivre de sa liberté pour enfin constater qu’en fin de compte, au bout de cette liberté, il n’y a souvent que désillusion. Aujourd’hui, je me sens renou- velé totalement en Christ. Il ne nous demande pas de percer ses mystères mais de croire à sa Parole qui donne vie. Seigneur, je te loue et te bénis. Je te remercie de m’avoir ramené sur le chemin de la conversion et que ma foi et mon espérance grandissent comme le grain de sénevé tombé dans la bonne terre ! Jules – Paroisse de Saint-Pierre 17

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Société Nos départements d’outre-mer, du fait de leur isolement géographique, ont tendance à se croire à l’abri de la crise financière ; c’est ignorer qu’en économie, comme pour le reste, nous sommes sensibles à « tous les souffles du vent », comme le dit le poète. Cependant, l’impact de la crise est, pour nous, indirect et contrasté. Crise financière : quel impact sur les DOM ? L ’impact de la crise aurait été direct si, comme pour tous les pays qui ont adopté l’euro, cette monnaie venait soudainement à se dégrader : nous perdrions alors de notre pouvoir d’achat, et nos échanges avec l’extérieur seraient compromis du fait de l’affaissement des taux de change. Il en serait ainsi notamment pour l’acquisition de notre pétrole, comme de tous les produits ou matières premières importés. Heureusement, il n’en est rien car l’euro est une monnaie stable ; la Banque Centrale Européenne qui y veille jalousement, a fait d e c e t t e s t a b i l i t é s a p r i o r i t é . \ Par contre, indirectement, nos départements souffrent de la récession – le mot est officiel depuis quelques jours – économique globale : fermeture d’entreprises, licenciements, paupérisation rampante, absence de perspective d’emplois et, corrélativement, départ de nos jeunes vers d’autres horizons… On mesure mal, en termes quantitatifs, l’impact de cet affaissement ; mais on en ressent les effets dans la chute du bilan des entreprises, et dans la délinquance et la violence qui se sont insidieusement glissées dans nos sociétés. Les jeunes surtout, minés par l’oisiveté, e n p a y e n t u n l o u r d t r i b u t . \ Le secteur du tourisme s’en sort mieux puisque les problèmes politiques du Maghreb renvoient vers la croisière, les sports d’hiver et les Antilles une clientèle qui lui était jusque là fidèle. Mais la dégradation des économies européennes pousse surtout les populations soit à différer leur séjour, vraisemblablement par manque d’argent, soit à thésauriser en attendant des jours meilleurs. De fait, notre potentiel d’accueil est loin d’être comblé. Plus grave cependant est la baisse annoncée des dotations versées par l’Etat aux collectivités locales. Ces dotations constituent en effet, avec l’octroi de mer, les principales recettes de fonctionnement des communes ; leur baisse les conduira à de nouveaux sacrifices tels : le renvoi des projets aux calendes grecques, ou le non-remplacement du personnel, ou encore la diminution des aides et subventions versées. Or, c’est justement en cette période critique que les collectivités sont le plus fortement sollicitées par la population, au titre notamment de la solidarité, d e l ’ a i d e s o c i a l e e t d e l a s a n t é . \ Pour leur part, les banques scrutent avec une attention particulière les demandes qui leur sont faites, pour juger de la fiabilité des garanties offertes ; l’Europe, quant à elle, n’offre ses participations que dans des conditions de plus en plus strictes et selon des procédures rigoureuses, crise oblige ! Dans ces conditions, l’amoindrissement des dotations et le manque de confiance général ne devraient pas manquer d’alimenter le cycle de paupérisation et de nourrir une c r i s e d o n t o n n e v o i t p a s l ’ i s s u e . \ Les décideurs en sont conscients et œuvrent avec leurs moyens au maintien de la paix sociale ; mais là aussi, il conviendra d’être vigilant, car les émeutes qu’on voit éclater de façon spontanée et inattendue dans les grandes villes d’Europe nous révèlent que l’angoisse couve, qui fait le lit de la violence, et qu’on n’est à l’abri de rien… François Paul Félicité n Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 18

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Dimanche 2 juin 2013 Quelle humanité dans nos prisons ? Quelles sont les conditions de détention Outre-mer ? Comment les détenus font-ils face à la promiscuité, à la violence, à la solitude ? Quels sont leurs soutiens et comment trouvent-ils l’espérance ? Dieu vient-il les rencontrer derrière les barreaux? Dieu m’est témoin reçoit cette semaine François Bès, responsable de l’OIP (l’Observatoire International des Prisons), en charge de l’Outre-mer. Nous découvrirons au centre pénitentiaire de Baie-Mahault, en Guadeloupe, un chantier d’insertion agricole qui permet aux détenus de préparer leur nouvelle vie une fois leur peine purgée ; une initiative soutenue par les bénévoles du Secours Catholique. Dimanche 9 juin 2013 Comment célébrer avec nos cultures ? Jésus comprend-il le créole, le ma ‘ohi, le drehu, le wallisien ? A-t-on un autre rapport à Dieu quand on prie dans sa propre langue ? Les traditions, les coutumes, la culture de chacun doivent-elles être intégrées dans la liturgie ? Cette semaine, Dieu m’est témoin met un coup de projecteur sur le bèlè lègliz , une tradition musicale inventée à l’origine par les esclaves martiniquais et qui trouve aujourd’hui sa place dans les célébrations. Stella Gonis sera l’invitée de l’émission. Cette pétillante Martiniquaise, chanteuse, danseuse de bèlè, la musique traditionnelle de son île, nous racontera comment ce phénomène d’inculturation, après un timide démarrage, connaît de plus en plus de succès en Martinique. Sur le plateau, elle nous fera entendre sa prière, rythmée par les tambours. Dimanche 16 juin 2013 A quel saint se vouer ? Qui sont les saints les plus appréciés Outre-mer ? Comment sont-ils priés ? La dévotion aux saints n’est- elle pas parfois excessive ? Comment doit-elle nous ramener à l’essentiel : le Christ ? Deux jeunes séminaristes martiniquais viendront apporter leur témoignage sur le plateau de Dieu m’est témoin cette semaine : Olivier Lucenay et Gaëtan Présent. Tous deux, actuellement en formation au collège des Bernardins, viendront aussi nous dire comment la dévotion est encouragée au séminaire mais pas n’importe comment. Forts de leur culture martiniquaise, ils nous expliqueront comment la frontière entre la croyance et la superstition est parfois mince. Rendez-vous sur www.dieumesttemoin.fr pour voir et revoir les émissions MeDIAs Église en Martinique du 2 juin 2013 / n°466 19 99.5 - 101.3 et 105.3 mHz www.radiosaintlouis.com Radio Saint-Louis, Rue Georges-Zaïre, ZAC Rivière Roche, 97200 Fort de France Tél. : 05 96 71 86 04 - Fax : 05 96 71 86 05 - Courriel : contact@radiosaintlouis.com

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Mise en page : P. Emmanuel Saint-Honoré Icône réalisée par Alain Chenal Il suffit que tu me regardes avec ta bonté coutumière pour qu’aussitôt moi-même je te contemple et je t’implore. Grégoire de Narek