558 - Victoire au Seigneur de la vie

Page 1

E g lise en MARTINIQUE N° 558 REVUE DIOCÉSAINE BIMENSUELLE — 2,00 € 28 janvier 2018 Victoire au S eigneur de la vie

Page 2

EDITORIAL E n ce 4 e dimanche ordinaire, nous sommes appelés à nous laisser saisir par l’Amour du Christ, par sa puissance libératrice. Jésus habite au cœur de notre souffrance, même quand nous n’avons pas conscience de sa présence d’Amour. Il souffre de notre misère intérieure. Il nous veut libres et délivrés du mal. Comme Syméon, accueillons et reconnaissons Jésus comme notre Sauveur et comme la Lumière qui nous guide à chaque instant de notre vie ! L’Eglise célèbre, le 2 février, la Présentation de Jésus au temple, mais également la Journée mondiale de prière pour la vie consacrée (proposée par saint Jean-Paul II depuis 1997). La journée est placée sous le signe de l’Action de grâce car ce\ s deux fêtes sont liées par le sens même de l’offrande : don de Jé\ sus, lumière des hommes, et don de tout son être à Dieu concernant la personne consacrée, à l’exemple de Sainte Bakhita qui a connu l’esclavage, avant de découvrir le Christ au sein d’une communauté. C’est à juste titre que le pape François souligne, dans son message relatif à la vie consacrée, qu’un aspect à soigner tout particulièrement, c’est la vie fraternelle en communauté… ca\ r lorsqu’un frère ou une sœur ne trouve pas de soutien à sa vi\ e consacrée au sein de sa communauté, il ira le chercher ailleurs, avec tout ce q\ ue cela comporte. La vie a une valeur suprême ! C’est à ce sujet que Mgr Macaire nous interpelle dans son édito intitulé « Nous n’avions pas le choix… ». Un message à la fois de responsabilisation et d’espérance. L’évêque nous appelle à « changer cette culture de mort et veiller à ne participer d’aucune façon aux structure\ s de péché qui conduisent tant de personnes à rejeter la vie et à\ désobéir à Dieu ». Cette année 2018 sera marquée par la Commémoration du 170 e anniversaire de l'abolition de l'esclavage en France ! L’objectif est, entre autres, de sensibiliser le public aux dangers actuels de toutes les formes d’esclavages. A cette occasion, un dossier est proposé pour marquer l'événement. « Non plus esclaves, mais frères », nous dit le pape François. Prions pour la libération du monde, et demandons la grâce de l’adoration pour avoir une vraie charité. La Parole de Dieu accomplit ce qu’elle dit. Que cette Parole nous accompagne durant notre vie et qu’elle soit notre lumière. Demandons la grâce d’avoir une confiance renouvelée dans la Parole et dans les promesses de Dieu. Rendons grâce à Dieu pour le don de la vie consacrée à l’\ Eglise. Justine Lordinot ■ S ommaire EDITORIAL MOT DE L’EVÊQUE •  « Nous n’avions \vpas le \bhoix »... LITURGIE VIE DU DIOCÈSE EGLISE UNIVERSELLE • Parole domini\bale •  2 février - La Chandeleur : la Présentation de  l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem •   Ne passez pas à \bôté du Diman\bhe  de la Santé - Diman\bh\ve 11 février 2018 • Célébration œ\buménique à Pla\vteau Fabre • Nominations • Agenda de l’Ar\bhevêque • Retraite du \blergé •  Interview de P. J-M Mon\bonthour • Non plus es\blaves, mais frères • Sainte Joséphine Bakhita •  Calendrier de la \bommémoration  des 170 ans de l’abolition de l’es\blavage •    Extrait du Dis\bours du pape à la Cong\vrégation  pour les Instituts de vie \bonsa\brée 6 7 13 16 14 8 9 9 9 10 11 Dossi\br  : DOSSIER 170 ANS DE  L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE 2 MÉDIAS 19 3 4 DIRECTEUR DE PUBLICATION : Christian CATAYÉE RÉDACTRICE EN CHEF : Justine LORDINOT MISE EN PAGE – IMPRESSION Caraïb Ediprint – Bois Quarré – 97232 Lamentin – Tél. \ 05 96 50 28 28 TIRAGE : 8 000 EXEMPLAIRES I.S.S.N. 0759-4895 – Commission paritaire N° 1115L87225 ADMINISTRATION – RÉDACTION Archevêché de la Martinique – Rue du R.P. Pinchon 97200 Fort de France - Tél. 05 96 63 70 70 SERVICE DES ABONNEMENTS Archevêché de la Martinique – BP 586 97207 Fort de France Cedex – Tél. 05 96 63 70 70 – 05 96 72 55 04 http://martinique.catholique.fr – egliseenmartinique@gmail.com •   Qu’est-\be que la vie \bonsa\brée ? Quelles  sont les diverses formes de vie \bonsa\brée  dans notre dio\bèse de Martinique ? AN TCHÈ LÉGLIZ-LA 17

Page 3

«N ous n’avions pas le choix… ». C’est par cette phrase terrible qu’un jeune couple voulut m’expliquer pourquoi il avait choisi d’interrompre une grossesse… Si les mots ont un sens, que veut dire cette phrase ? Mme Weil ne disait-elle pas en 1974 que « l’avortement est toujours un drame » 1!? « Ne pas avoir le choix » c’est être contraint !? Mais alors qui a contraint ce couple ? N’était-il pas libre ? … en Martinique, en 2018, 170 ans après l’esclavage !? De fait, avant même que le mot « avortement » soit prononcé, j’avais compris immédiatement ce que voulait dire cette phrase : « nous ne voulions pas, nous savons que ce n’est pas un bien, nous savons, comme l’Eglise l’enseigne, que Dieu condamne cet acte, mais nous avons été obligés par la société, par notre situation, parce que nous avions peur de notre jeunesse, de notre fragilité, du jugement de notre entourage, de notre manque d’argent, de la fragilité de notre relation, parce que nous avons déjà des enfants, parce que « monsieur » l’a lâchement exigé, parce que ce n’était pas le moment et/ou que nous avions des études à finir, etc… et donc « nous n’avions pas le choix ». Mais qui a le pouvoir d’obliger les enfants de Dieu à poser des actes opposés à la loi de Dieu ( « tu ne tueras point » Ex 20,13) et contraires à leur liberté et à leur conscience !? Qui peut brouiller les pistes pour des millions de personnes et profiter d’un moment de faiblesse pour « noyer » les âmes dans une voie mortifère 2 ? « Plus personne ne conteste que, sur un plan strictement médical, l’embryon porte en lui définitivement toutes les virtualités de l’être humain qu’il deviendra » 3. Alors qui déteste à ce point les familles, les femmes et ces petits êtres humains qui n’ont même pas encore vu le jour ? Qui projette un écran de fumée sur la gravité de cet acte et, surtout, sur la beauté qui se cache derrière toute Vie ? Une très jeune femme enceinte s’excusait un jour de n’avoir pas fait une IVG, car elle pensait sincèrement que la grossesse était un péché (!). Je l’ai félicitée d’avoir gardé l’enfant. Mais je sais que certains, parmi nous, sont capables de l’accueillir par un flot de mépris et de malédictions. Pourtant, maudire une grossesse est un blasphème, alors qu’attendre un enfant est la promesse d’un immense bonheur humain pour soi ou pour d’autres, c’est une bénédiction divine, y compris quand cela s’annonce dans de mauvaises conditions. En fait, le bonheur de la Vie ne se voit parfois que des mois, voire des années plus tard, après bien des soucis. Inversement, derrière toute interruption de grossesse (volontaire ou pas) se cachent de nombreux moments de souffrances, de remords, de séparations, de blessures sur les autres enfants 4… C’est donc un long et grand travail pour « continuer à accueillir les jeunes femmes en difficulté et leur apporter l’aide qui les incite à renoncer à un tel projet » 5, pour changer cette culture de mort et pour veiller à ne participer d’aucune façon aux structures de péché qui conduisent tant de personnes 6 à rejeter la vie et à désobéir à Dieu. En 1975, la ministre nous promettait que « l’Etat interdirait l’incitation à l’avortement par quelque moyen que ce soit, car cette incitation restait inadmissible », et que la Loi « si elle n’interdisait plus, ne créait aucun droit à l’avortement » 7. Cette pensée a été trahie : il y a aujourd’hui une terrible pression sociale et, pour les plus fragiles, une forme de dictature qui ne « donne pas le choix ». Mais nous avons le choix ! Le choix de la Vie, du courage, de l’amour et de la foi ! M me Weil disait enfin que « les jeunes générations nous surprennent en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices ; sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême »… Souhaitons qu’elle ait raison sur ce point. Avec la grâce de Dieu ! + Fr David Macaire Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France ■ ou La valeur suprême de la Vie (cf. Discours de M me Simone Weil à l’Assemblée Nationale lors du vote de la Loi sur l’IVG en \ 1974) « Nous n’avions pas le choix »... MOT DE L’ÉVÊQUE (1) Discours de M me Simone Weil à l’Assemblée Nationale le 26 novembre 1974. (2) « Un tel projet, adopté après une loi libéralisant la contraception, ne risque-t-il pas d’entraîner une chute importante de notre taux de natalité qui amorce déjà une baisse inquiétante ? » Discours de Mme Weil en 1974. (3) Discours de M me Weil en 1974. (4) « Personne n’a jamais contesté, et le ministre de la Santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec quand il n’est pas un drame. » Discours de M me Weil en 1974. (5) Discours de M me Weil en 1974. (6) En Martinique, dit-on, plus 2.300 avortements par an, sans parler des « pilules du lendemain »… (7) Discours de M me Weil en 1974. ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 3

Page 4

C hers frères et sœurs, C’est une grande joie pour moi de pouvoir vous recevoir aujourd’hui, (…) je vous salue tous en vous exprimant ma reconnaissance pour votre travail au service de la vie consacrée dans l’Église. Le thème que vous avez choisi est important. Nous pouvons vraiment dire qu’en ce moment la fidélité est mise à l’épreuve : les statistiques que vous avez examinées le montrent. Nous sommes confrontés à une « hémorragie » qui affaiblit la vie consacrée et la vie même de l’Eglise. Les abandons dans la vie consacrée nous préoccupent. Il est vrai que certains la quittent dans un geste de cohérence, parce qu’ils reconnaissent, après un discernement sérieux, n’avoir jamais eu la vocation ; mais d’autres, avec le temps, perdent leur fidélité, voire quelques années seulement après leur profession perpétuelle. Que s’est-il passé ? Comme vous l’avez souligné, tant de facteurs conditionnent la fidélité dans ce changement d’époque et pas seulement époque de changement. Il est difficile d’assumer des engagements sérieux et définitifs. Un évêque me racontait qu’un jour un brave garçon, à peine sorti de l’université, est venu le voir et lui a dit : « je veux devenir prêtre, mais pour 10 ans ». La culture du provisoire. Le premier facteur qui n’aide pas à rester fidèle est le contexte social et culturel dans lequel nous vivons. Nous vivons dans une culture pour ainsi dire fragmentée, une culture du provisoire, qui peut conduire à vivre « à la carte » et à être esclaves des modes. Cette culture favorise le besoin de toujours avoir des « portes latérales » ouvertes sur d’autres possibilités, alimente le consumérisme et oublie la beauté d’une vie simple et austère, provoquant souvent un grand vide dans nos existences. On voit aussi se répandre un fort relativisme pratique, selon lequel tout est jugé en fonction d’une réalisation personnelle, souvent étrangère aux valeurs de l’Evangile. Nous vivons dans une société où les règles économiques se substituent aux règles morales, dictent des lois et imposent leurs propres systèmes de référence au détriment des valeurs de la vie ; une société où la dictature de l’argent et du profit prône une vision de l’existence selon laquelle celui qui ne rapporte pas est tenu à l’écart. Dans cette situation, il est clair que la personne doit d’abord se laisser évangéliser pour ensuite s’engager dans l’évangélisation. A ce facteur socio-culturel, nous devons en ajouter d’autres. Celui par exemple du monde des jeunes, un monde complexe, mais en même temps riche et plein de défis. Pas négatif, mais complexe, oui, riche et plein de défis. Des jeunes généreux, solidaires et engagés au niveau religieux et social, ça ne manque pas ; des jeunes en quête d’une vraie vie spirituelle ; des jeunes qui ont faim de quelque chose de diffèrent de ce que leur offre le monde. Il y a des jeunes merveilleux et ils ne sont pas rares. Mais chez les jeunes on trouve aussi beaucoup de victimes de la logique de la mondanité : recherche du succès à n’importe quel prix, de l’argent et du plaisir faciles. Cette logique séduit beaucoup de jeunes. Notre premier engagement devrait donc être celui de rester à leurs côtés pour les contaminer de la joie de l’évangile et de l’appartenance au Christ. Cette culture doit être évangélisée si nous voulons que les jeunes ne succombent pas. Un troisième facteur vient de l’intérieur de la vie consacrée, là où à côté de tant de sainteté -il y a tant de sainteté dans la vie consacrée !- ne manquent pas les situations de contre-témoignage qui rendent difficile la fidélité. Parmi ces situations, nous trouvons entre autres : la routine, la fatigue, le poids de la gestion des structures, les divisions internes, la recherche du pouvoir -les arrivistes-, une manière mondaine de gouverner les instituts, un service de l’autorité qui devient parfois de l’autoritarisme et d’autres fois du « laxisme ». Si la vie consacrée veut garder sa mission prophétique et son attrait, elle doit rester une école de fidélité pour les proches et les lointains, doit garder la fraicheur et la nouveauté de la centralité de Jésus, cette attirance pour la spiritualité et la force de la mission, montrer la beauté d’une vie vécue dans les pas du Christ et faire rayonner l’espérance et la joie. Des EGLISE UNIVERSELLE\v Extrait du Discours du pape à la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée Journée de  la vie \bonsa\brée   (2 février) ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 4

Page 5

signes qui indiquent comment se porte une communauté, ce qu’elle a en elle. De l’espérance, de la joie ? C’est bien. Mais quand l’espérance commence à manquer et qu’il n’y a pas de joie, c’est une mauvaise chose. Un aspect à soigner tout particulièrement c’est la vie fraternelle en communauté. Celle-ci doit se nourrir de prières communautaires, de lectures orantes de la Parole, de participation active aux sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, de dialogue fraternel et de communication sincère entre ses membres. Se nourrir de correction fraternelle, de miséricorde envers le frère ou la sœur qui a péché, de responsabilités partagées. Tout ceci accompagné d’un éloquent et joyeux témoignage d’une vie simple aux côtés des pauvres et d’une mission qui privilégie les périphéries de l’existence. Le résultat de la pastorale vocationnelle, de pouvoir dire « Venez, et vous verrez » et la persévérance des frères et des sœurs jeunes et moins jeunes dépendra du renouvellement de la vie fraternelle en communauté. Car, lorsqu’un frère ou une sœur ne trouve pas de soutien à sa vie consacrée au sein de sa communauté, il ira le chercher ailleurs, avec tout ce que cela comporte. La vocation, comme la foi, est un trésor que nous portons dans des vases d’argile ; c’est pourquoi nous devons en prendre soin, comme nous prenons soin des choses les plus précieuses, afin que personne ne nous vole ce trésor, ni que celui-ci ne perde de sa beauté, au fil du temps. Ce soin est un devoir qui nous incombe à nous personnellement avant tout, nous qui avons été appelés à suivre le Christ de près, avec foi, espérance et charité. Qualités cultivées chaque jour dans la prière et renforcées par une bonne formation théologique et spirituelle qui protège des modes et de la culture de l’éphémère et permet d’avancer en demeurant fermes dans la foi. Sur cette base il est possible de suivre les conseils évangéliques et d’avoir « les mêmes dispositions » que celles qui sont en Jésus-Christ. La vocation est un don que nous avons reçu du Seigneur, qui a posé son regard sur nous et nous a aimés, nous appelant à le suivre dans la vie consacrée. Mais une responsabilité aussi pour celui qui a reçu ce don. Avec la grâce du Seigneur, chacun de nous est appelé à assumer de manière responsable l’engagement personnel de sa propre croissance humaine, spirituelle et intellectuelle, et à entretenir la flamme de sa vocation. Cela implique qu’à notre tour nous ayons toujours notre regard fixé sur le Seigneur, en faisant toujours attention à marcher selon la logique de l’Evangile, sans jamais céder aux critères de la mondanité. Tant de fois les grandes infidélités partent de petites dérives ou distractions. Dans ce cas aussi, il est important de faire nôtre l’exhortation de saint Paul : « L’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil ». Parlant de fidélité et d’abandons, nous devons accorder beaucoup d’importance à l’accompagnement. Je tiens à le souligner. Il faut que la vie consacrée s’investisse dans la préparation d’accompagnateurs qualifiés pour ce ministère. Et je dis la vie consacrée car le charisme de l’accompagnement spirituel, disons de la direction spirituelle, est un charisme « laïque ». Les prêtres aussi l’ont ; mais il est « laïque ». Que de fois ai-je trouvé des religieuses qui me disaient : « Père, vous ne connaissez pas de prêtre qui pourrait me diriger ? » – « Mais, dis-moi, dans ta communauté n’y a-t-il pas une sœur pleine de sagesse, une femme de Dieu ? » – « Oui, il y a bien cette vieille religieuse qui… mais… » – « Va la voir ! ». Prenez soin, vous, des membres de votre congrégation. Nous n’insisterons jamais assez sur cette nécessité. Il est difficile de rester fidèles en marchant tout seul, ou marchant sous la direction de frères et sœurs incapables d’écoute, de patience, ou qui n’auraient pas une bonne expérience de la vie consacrée. Nous avons besoin de frères et sœurs qui connaissent les chemins de Dieu, pour pouvoir faire ce que fit Jésus avec les disciples d’Emmaüs : les accompagner sur le chemin de la vie et lorsqu’ils étaient désorientés, et rallumer en eux la foi et l’espérance grâce à la Parole et l’Eucharistie. C’est le rôle délicat et contraignant d’un accompagnateur. Les vocations qui se perdent par manque d’accompagnateurs valables ne sont pas rares. Nous tous les consacrés, jeunes et moins jeunes, nous avons besoin d’une aide adéquate pour les moments humain, spirituel et vocationnel que nous vivons. En revanche nous devons éviter toute forme d’accompagnement qui crée de la dépendance. C’est important : l’accompagnement spirituel ne doit jamais créer de dépendances. Mais alors que nous devons éviter toute forme d’accompagnement qui crée des dépendances, qui protège, contrôle ou infantilise, nous ne saurions nous résigner à marcher seuls, il faut un accompagnement rapproché, fréquent et pleinement adulte. Tout ceci servira à garantir un discernement continu qui amène à découvrir la volonté de Dieu, à chercher en tout cela ce qui est agréable au Seigneur, comme dirait saint Ignace, ou -pour le dire avec les paroles de saint François d’Assise- à « vouloir toujours ce qui Lui plaît ». Le discernement exige de l’accompagnateur et de la personne accompagnée une fine sensibilité spirituelle, de savoir se mettre face à soi- même et face à l’autre « sine proprio », en se détachant complètement des préjugés et des intérêts personnels ou de groupe. Ne pas oublier également que dans le discernement il ne s’agit pas seulement de choisir entre le bien et le mal, mais entre le bien et le mieux, entre ce qui est bon et ce qui amène à s’identifier au Christ. Chers frères et sœurs, je vous remercie encore et invoque sur vous et sur votre service en tant que membres et collaborateurs de la congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, l’aide continue de l’Esprit Saint. De tout cœur je vous donne ma bénédiction. Merci. Franciscus ■ Source : http://www.jeunes-vocations.catholique.fr/ reflexions-et-etudes/messages-du-pape/discours- du-pape-a-la-congregation-pour-les-instituts-de- vie-consacree.html ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 5

Page 6

Dimanche 28 janvier \22\b18 la P arole  Dominicale L es textes liturgiques de ce dimanche sont porteurs de message d’espérance : Dieu veut la libération et le salut de l’humanité. Ce projet de libération et de salut passe d’abord par une promesse faite à Moïse peu avant sa mort, celle d’un prophète puissant par ses paroles et ses actions que « le Seigneur fera se lever » pour agir « avec autorité » (1ère lecture). Cette promesse d’un prophète choisi par Dieu et nul autre, trouve sa réalisation dans la Personne de Jésus de Nazareth dans sa mission d’enseigner autrement et de le libérer de l’esprit du Mal (Evangile). L’avènement d’une telle libération constitue « l’exploit de Dieu » (Psaume). Mais cette libération acquise, ne devient réalité effective pour tout homme que dans la connaissance de Jésus-Christ et dans un « attachement sans partage » à sa personne (2 e lecture). L’Evangile nous fait découvrir le début du ministère public de Jésus et le déploiement progressif de sa mission. Dans ce récit élaboré comme un support à la catéchèse, Marc se donne pour objectif de nous présenter l’identité de l’homme de Nazareth dont il dévoile aussi, pas à pas, sa mission dans le monde. Un fait important : Marc qui n’a pas connu Jésus, mais fut un membre important de l’Eglise primitive, tente, en dévoilant l’identité de Jésus et sa mission, d’amener l’Eglise à une compréhension de son identité et de sa propre mission. Jésus venait à peine de choisir au bord du lac de Tibériade ses quatre premiers disciples : Pierre et André son frère, puis Jacques et Jean , les fils de Zébédée. Ceux-ci sont à la fois le germe et les représentants d’une Eglise naissante. Avec eux, il se rend à « Capharnaüm », comme pour leur dire au début de leur vocation que l’une des conditions pour être « bon disciple », c’est faire preuve de disponibilité à être toujours avec le Maître, pour le connaître à travers son enseignement, ses actions et sa manière d’être. C’est justement là, et au milieu gens de la « périphérie », des hommes les plus éloignés de Dieu, qu’Il part inaugurer sa mission. De « Capharnaüm » (littér. « Village de la compassion »), ville hétéroclite par son brassage religieux et de populations, mais aussi ville de mauvaise réputation, il en fera même le quartier général de son ministère dans toute la Palestine. Ce choix prioritaire porté sur une ville d’aussi mauvaise réputation, était pour Jésus une manière de montrer qu'il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Dès lors Capharnaüm, devient une image significative de notre humanité qui vit dans les ténèbres du péché (haine, violence, injustices, immoralité, etc). Et, c’est encore dans nos « Capharnaüm » d’aujourd’hui, qu’il nous rejoint. Une fois à Capharnaüm, « aussitôt » , -expression indiquant l’urgence de l’action-, Jésus se rend le jour du sabbat à la synagogue, lieu officiel de rassemblement dans le judaïsme, qui est en quelque sorte la « Maison pour tous ». Pour les disciples présents, c’est la vocation de l’Eglise qu’ils représentent qui s’y manifeste, celle d’être la Maison d’accueil pour tous. Et là, au terme de la lecture de la Torah, Jésus se met à enseigner « en homme qui a autorité » Cette « autorité » ne lui vient pas d’une structure socio-religieuse, mais de l’autorité souveraine même de la Parole de Dieu qu’il porte, et qui parle à travers lui et fait ce qu’elle dit et au moment-même où elle est dite. C’est l’autorité du prophète, en parole et en acte. Et voici que dans la synagogue, un homme possédé d'un esprit impur se met à crier. Cet homme est, par son état, le reflet d’une profonde perversion qui affecte l’homme, et dont le malheureux symptôme est le syndrome de péché de notre condition d’homme. Son cri, est le cri d’une humanité sous le joug du Mal et qui ne reconnaît plus ce joug. L’exorcisme qui a suivi, illustre et valide de manière évidente le rôle libérateur de Jésus qui passe par les cœurs. Cette autorité de Jésus, elle nous a été donnée à notre baptême. Chose étonnante cependant ! C’est qu’un possédé puisse se trouver dans une synagogue, à l'intérieur de la communauté croyante, alors qu’on s’attendrait à le voir errer dans les rues, le désert ou un cimetière. Ce fait nous enseigne que le mal peut résider partout, même dans l’Eglise. A l’intérieur de nos communautés, il peut y avoir des complicités avec le mal ; on peut y être habité par ses propres démons, comme la haine, la jalousie, l’orgueil, etc. Alors, soyons vigilants ! Père Jonathan Codjie, Vicaire à la paroisse du Lamentin ■ Deutéronome 18,15-20  • \P Psaume 94  •  1 \borin\Pthiens 7,32-35  •  \PMarc 1,21-28 4 ème dimanche du Temps Ordinaire - Année B ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 6

Page 7

M ais d’où vient cette fête ? Cette fête a une origine païenne. D’après la coutume, les paysans parcouraient les champs en portant des flambeaux pour purifier la terre avant de semer. Toutefois, il semblerait que cette fête ait des origines plus anciennes encore, et pourrait être la reprise d’un rite romain lié à la purification de la ville. Rite célébré par des processions au flambeau autour de la ville de Rome. La christianisation de ce rite païen serait l’œuvre du pape Gélase 1 er, au Ve siècle, soit en 472, qui remplace cette coutume par la présentation de Jésus au Temple. C’est lui, le premier, qui organisa le 2 février des processions aux flambeaux, reprenant au compte de l’Église les rites païens dédiés au dieu Pan. La Chandeleur est devenue donc une fête chrétienne célébrée tous les 2 février. Le terme de Chandeleur vient de « fête des chandelles », lui-même traduit du latin festa candelarum. Il s’agit pour les fidèles chrétiens de célébrer le fait que « Jésus est Lumière ». Cette fête commémore donc la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem et la purification de la Vierge Marie, sa mère quarante jours après sa naissance (Noël). Mais pourquoi 40 jours ? La tradition juive voulant que chaque premier-né mal de la famille soit amené au Temple 40 jours après sa naissance afin d’être consacré au Seigneur. Cette durée de 40 jours correspond à la période durant laquelle les mères étaient considérées comme impures par la loi juive après l’accouchement, interdiction leur était donc faite de se rendre sur le lieu de culte. Une fois ce délai écoulé, les mères pouvaient se rendre au temple afin d’y effectuer un sacrifice animal et recouvrer ainsi leur pureté. Portant l’Enfant, Marie et joseph s’avancent dans les parvis du Temple ; ils viennent accomplir à son sujet ce que la Loi prescrit : Le présenter au Seigneur, et d’offrir en sacrifice des tourterelles ou des colombes. Le jour où Jésus fut présenté au Temple par Marie et Joseph, il venait à la rencontre du peuple des croyants. L’évangile de Luc rapporte que le vieillard Syméon et la prophétesse Anne y étaient aussi sous l’impulsion de l’Esprit Saint. Eclairés par ce même Esprit, ils reconnurent leur Seigneur dans le petit enfant et ils l’annoncèrent à tous avec enthousiasme. Syméon avait reçu la promesse qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie. Cette rencontre soudaine du vieillard Syméon, dans son acte de foi dans le Temple, c’est déjà l’Ancienne Alliance qui reçoit son accomplissement et sa plénitude. C’est en quelque sorte la réalisation de ce qui a été préparé dans l’histoire d’Israël. C’est le grand jour où Syméon va bientôt quitter ce monde d’obscurité pour entrer dans la vision de la Lumière éternelle. Plein de joie, tenant l’Enfant dans ses bras, il adresse cette belle prière à Dieu : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple ». Siméon reconnaît en cet Enfant, le Sauveur « Car mes yeux ont vu le salut », la Consolation d’Israël, mais, grâce à l’Esprit, il a déjà l’intuition que le destin de l’humanité tournera autour de Lui et qu’il devra beaucoup souffrir à cause de ceux qui le rejetteront ; il proclame son identité et sa mission comme Messie. Le vieillard Syméon annonce que cet enfant, par le don libre et total de sa vie, sera Lumière pour tous. A cause de ces paroles, où Jésus est reconnu comme Lumière, cette fête s’appelle aussi la Chandeleur. Aujourd’hui, dans la religion catholique, la chandeleur donne lieu à une bénédiction des cierges et une procession aux chandelles pour rappeler aux fidèles la montée de Joseph et Marie, portant Jésus au Temple. C’est donc cet évènement religieux précis que les fidèles catholiques se remémorent lors de la Chandeleur. Jésus est reconnu comme Lumière. Que Jésus, Source de toutes lumières, nous illumine en cette fête ! Père Michel Delvarice, Vicaire de la cathédrale ■ Nous nous apprêtons à célébrer la \bhandeleur : Jésus-\bhrist, Lumière des nations.  Les fidèles catholiques pensent d\Péjà à acheter un cierge pour préparer cette fête.            - 2 févri\br -   La Chandeleur : la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem LITURGIE ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 7

Page 8

Le Dimanche de la Santé existe depuis le Grand Jubilé de l’An 2000 : il est fixé au dimanche  le  plus  proche  de  la  Journée  Mondiale  du  Malade  (11  février,  fête  de  Notre-Dame  de  Lourdes). C ’est un événement qui se vit en paroisse et donne toute leur place à la pastorale de la santé et à tous les acteurs du monde de la santé. Tiré de la liturgie de la Parole du jour, le thème de ce dimanche de la santé 2018 est : « Montre-moi ton Visage » ! Montrer son visage, ce visage qui parle parfois plus que les mots : « An kout zyé, an kout twazé pé tchoué an moun… ». Visage qui attire ou repousse, visage marqué de joie ou de souffrance, visage paisible ou torturé, visage déformé par la maladie ou le handicap et dont nous nous détournons, visage de celui que nous jugeons « au premier regard » parce que « sa tête ne nous revient pas »… · Mais, pourquoi un dimanche de la santé ? C’est l’occasion de rappeler que l’accompagne- ment des personnes souffrantes est une priorité évangélique, mais aussi de sensibiliser chacun à la préservation du Don de la santé. C’est une journée qui permet à nos communautés d’être en communion de prière avec tous ceux qui oeuvrent dans ce monde de la santé, de manifester la joie de servir et de témoigner de la présence du Christ auprès de nos frères et sœurs en souffrance physique, morale et spirituelle. · Comment vivre cette journée dans nos paroisses ? Toutes les initiatives sont possibles avec la pastorale de la santé et le curé de la paroisse dans la préparation de la liturgie du dimanche 11 février, notamment l’appel à témoignages, l’organisation de rencontres festives après la messe, … Ce temps de réflexion peut nous aider à oser montrer notre visage sans fard, ou à changer de regard sur certains que nous croisons presque sans les voir. Dans la vie quotidienne : l’expression « montre-moi ton visage » signifie- t-elle oser croiser le regard du SDF qui tend la main au carrefour, oser approcher le malade incurable auquel on ne sait quoi dire, oser s’asseoir quelques minutes auprès d’une personne âgée dont les propos sont devenus incohérents ? Oser montrer son vrai visage, ses émotions ses doutes, est-ce possible ou est-ce un risque insurmontable pour moi ? En pastorale de la santé : quels sont les visages des personnes malades, âgées, handicapées qui m’ont le plus touché ? Ai-je appris en les regardant à avoir moins peur de la différence, à envisager l’autre sans a priori, à le dévisager ? Cela veut-il dire quelque chose pour moi ? Dans ma foi : la prière maintes fois répétée du Psalmiste me rejoint-elle à certaines heures ? Est-elle mienne ? « Aucune ombre, ni trouble pour qui regarde Dieu ». Le Dieu que nous chantons est autant l’Enfant de la crèche que le supplicié sur la Croix : lequel suis-je le plus enclin à prier, à contempler ? « Que le Seigneur fasse briller sur toi son Visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son Visage, qu’il t’apporte la paix ! » (Nombres 6, 24-26). Nicole Déglise, Responsable du Chantier Santé&Bien-être ■ Ne passez pas à côté du Dimanche de la Santé Diman\bhe 11 février 2018 VIE DU DIOCÈSE ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 8

Page 9

D ans le cadre de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens qui s’est déroulée du 18 au 25 janvier, une célébration œcuménique a eu lieu à Plateau Fabre avec des personnes de l'Eglise catholique, de l'Eglise protestante réformée de Martinique, de l'Eglise orthodoxe du patriarcat de Moscou. Nous avons suivi le thème et le déroulement prévus pour l'occasion par les Eglises de la Caraïbe : "Le Seigneur est ma force et ma louange, Il est mon libérateur" (Ex 15, 2). C'est parce que nous nous reconnaissons tous sauvés et libérés par le Christ que nous pouvons ensemble dire la prière du Notre Père. Ce fut un beau temps de communion malgré nos différences, rassemblant environ 80 personnes. Il reste encore du chemin à faire pour l'unité voulue par Jésus lui-même, mais nous sommes tous invités à prendre la route ! P. Thibaut, délégué épiscopal à l’œcuménisme ■ Célébration œcuménique à Plateau Fabre Agenda de l’Archevêque Dimanche 28 janvier : • 9h30 : Messe de la fête patronale de la paroisse de Tartane. • 11h30 : Vœux à la presse et Point-Presse dans le cadre de la fête de St François de Sales, patron des journalistes • 14h30 : Messe et participation au Rassemblement diocésain des Petites Communautés Ecclésiales (PCE) de Martinique au Couvent de Cluny • 17h30 : Vêpres solennelles à la cathédrale Saint-Louis Lundi 29 janvier : • Rencontre avec la Rectrice de l’Université Saint-Paul d’Ottawa (Canada) • Comité Diocésain de l’Enseignement Catholique (CODIEC) Mardi 30 janvier : • Conseil épiscopal • 18h30 : Messe du 351 ème anniversaire de la paroisse de la Cathédrale Saint-Louis et installation du curé, le père Jean- Michel Monconthour Mercredi 31 janvier : • Rencontre avec les confirmands de la paroisse du Vert-Pré • 18h : Catéchèse de l’Evêque à l’église Emmaüs Jeudi 1 er février : • 18h30 : Messe à l’église de Bellefontaine avec les PCE des paroisses de Bellefontaine, Case-Pilote et Morne-Vert Vendredi 2 février : • 8h : Messe de la Vie Consacrée avec les religieuses du diocèse au Monastère bénédictin de Terreville Dimanche 4 février : • 8h : Confirmation à la paroisse du Vert-Pré • 10h : Confirmation à la paroisse du Robert • 17h30 : Vêpres solennelles à la cathédrale Saint-Louis avec les religieuses du diocèse en l’honneur de la vie consacrée Mardi 6 février : • Conseil épiscopal Mercredi 7 février : • Rencontre avec les confirmands de la paroisse de Sainte- Marie • 18h : Catéchèse de l’Evêque à l’église Emmaüs Jeudi 8 février : • Ste Joséphine Bakhita Samedi 10 février : • 9h : Messe diocésaine des malades à l’église de Bellevue Dimanche 11 février : Dimanche de la Santé • 17h30 : Vêpres solennelles à la cathédrale Saint-Louis En remplacement du père Jean-Marie Yang-Ting, M. l’Abbé Olivier-Marie Lucenay a été nommé, le 1 er janvier 2018, Prêtre accompagnateur des Aumôneries de Lycées, en plus de sa charge d’Aumônier des Étudiants. La charge de Vicaire de la paroisse du Lamentin échoit désormais à M. l’Abbé Fénick Exumar, originaire du diocèse des Gonaïves, en Haïti. Nominations ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 9

Page 10

\b’est  avec  beaucoup  de  joie  que  le  clergé  du  diocèse  s’est  réuni  pour  se  ressourcer  physiquement et spirituellement. \bette année, Mgr David Macaire a invité le frère Jean- \blément Guez o.p., D\Pominicain, prêtre en mission dans l’archidiocèse de Bordeaux.  L e thème de la retraite était « Saisi par le Christ ». Le prédicateur s’est appuyé sur l’Exhortation apostolique du pape François sur l’annonce de l’Évangile aujourd’hui Evangelii Gaudium et un ouvrage intitulé Manuel de survie des paroisses, de James Mallon, prêtre canadien. Le contenu de cette retraite, au-delà de nous nourrir spirituellement, avait des allures de session de formation pour une Église à maintenir en mouvement, en sortie, tout comme le Christ est sorti du Père pour annoncer aux hommes le salut. Nos journées étaient rythmées ainsi : petit-déjeuner à 7h, Laudes et premier enseignement à 9h, messe à 11h30 suivi du déjeuner, none et deuxième enseignement à 15h, adoration à 16h, vêpres à 18h, dîner à 19h suivi des complies. En dehors de ces moments communautaires, nous pouvions nous retirer pour prier mais aussi réagir entre confrères sur la pertinence de l’enseignement. Voici quelques points saillants de l’enseignement. Tout part de notre rencontre personnelle avec le Christ. Le prédicateur nous a invités à faire mémoire de la manière dont chacun, dans son histoire, avait été saisi par le Christ. Nous souvenir en petits groupes de ces moments où le Christ nous a saisis, nous a permis de rebondir dans notre ministère. Cette expérience de conversion, que tous nous sommes appelés à vivre, doit être au cœur de nos communautés. Formons- nous vraiment une communauté ? Dans nos paroisses, nous sentons-nous appartenir à une famille ? ou alors, la paroisse est-elle juste une cafeteria où on vient consommer des besoins spirituels ? Nous avons revu que l’Église a plusieurs aspects qui s’articulent et se complètent sans s’opposer : L’Église-institution, avec ses structures et sa hiérarchie, l’Église- Corps mystique, où nous expérimentons que nous sommes frères et sœurs en Christ, l’Église servante où nous sommes appelés à aller aux périphéries et à nous mettre au service de ceux que le Christ appelle dans l’Église. En lien avec cet appel que le pape François nous a adressé d’aller aux périphéries de l’Église, nous avons tous à vivre une conversion de notre mentalité ecclésiale, souvent trop pharisienne. Il y a certes des règles dans l’Église à tenir, il ne s’agit pas de brader les sacrements. Cependant, les sacrements sont donnés pour les pécheurs, pour les encourager dans la vie de la grâce. Il revient aux pasteurs d’accompagner les situations particulières. Enfin, le prédicateur, s’accordant au Pape et au père Mallon, nous exhorte, nous pasteurs et communautés ecclésiales, à être audacieux, à ne pas avoir peur d’innover, car l’Église est appelée à sans cesse se renouveler. Il nous faut changer le langage « on a toujours fait comme ça, pourquoi changer ? » Il s’agit pour nous de nous soucier de la manière de toucher les hommes et les femmes de 2018 et de rejoindre leurs attentes et préoccupations. Ce moment fraternel s’est achevé avec une Eucharistie vivante et rythmée. Beaucoup de fidèles nous ont rejoints pour encourager leurs pasteurs. Nous repartons dynamisés pour vivre notre conversion quotidienne, et encouragés pour vivre avec vous, chers fidèles, la conversion de nos mentalités et de nos communautés. Soyons ensemble des communautés de disciples- missionnaires. Père Gaëtan Présent + ■ VIE DU DIOCÈSE Retraite du clergé - du 15 au 19 janvi\Per 2018 - « Saisi par le Christ » » ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 10

Page 11

Commémoration des 170 ans de l’abolition de l’esclavage en Martinique 22 mai 1848 - 22 mai \v2018 Interview de Père Jean-Mi\bhel Mon\bonthour Bonjour Père Jean-Michel, vous  êtes chargé par Mgr Macaire  d’organiser cette commémoration.  Merci d’avoir accepté de répondre  à nos questions. Pourquoi l’Eglise en Martinique  commémore-t-elle cet événement ? Parce que parmi les évènements  décisifs de l’histoire humaine, il y eut  la colonisation du nouveau monde  et « l’abolition de l’esclavage » à la  Martinique. Parce que l’Eglise se sait  toujours concernée par l’histoire et  les réalités de ceux à qui elle annonce  l’Évangile. Parce que l’Eglise est au  service du Christ et des hommes que  Dieu appelle au salut, c’est-à-dire à  vivre libres, à l’image de Dieu, à être  libérés de toutes servitudes. Parce que  l’Eglise dit non à l’esclavage ; elle  prie et médite pour qu’aujourd’hui  cesse toute forme de traite d’êtres  humains. C’est le sens de la journée  du 8 février.  Les blessures de l’esclavage sont- elles encore présentes dans la  société martiniquaise ?  Comment ne pas être blessé ou se  sentir ainsi devant un « crime contre  l’humanité ». Et quand il s’agit de  son histoire propre ? Quand la honte  d’être soi vous colle à la peau, la  violence du racisme intégré sévit,  la division familiale et sociétale  est norme (désordres structurels  pathogènes), la fuite (marronnage  réel ou artificiel) semble une  solution, l’immobilisme social  vous fait croire à la fatalité de votre  situation, le sentiment de ne pas être  parvenu à la pleine responsabilité de  vous-même vous tient... Ce chemin de commémoration  débute le 8 février et s’achève le 22  mai : quelles en sont les principales  étapes ? Le 8 févier, fête de sainte Joséphine  Bakhita et Journée mondiale de  prière et de méditation pour la lutte  contre la traite des êtres humains,  idéalement la messe sera célébrée  dans toutes les paroisses. Selon les  propositions du Pape, une réflexion  pourrait être menée dans chaque  paroisse du diocèse. Ce même  mois, le 24 février, nous aurons une  conférence-débat autour du thème  de la « Réparation » avec l’OSPEM  et l'historien dominicain, fr. Gilles  Danroc, op, comme conférencier. Durant cette période, plusieurs  messes seront célébrées à la mémoire  de nos ancêtres morts en esclavage,  en des lieux symboliques. Un livret  de chemin de croix sera édité en  lien avec la commémoration, et  Bèlè Légliz proposera plusieurs  célébrations. Nous aurons aussi  notre traditionnelle « Neuvaine du  22 mai » et les Vêpres solennelles à  la cathédrale. Revenons sur le 8 février et la sainte  fêtée ce jour-là, sainte Joséphine  Bakhita, canonisée par Jean-Paul  II  en 2000 : en quoi est-elle un modèle  à suivre pour chacun de nous ? Sainte Joséphine Bakhita a vécu la  cruauté et la brutalité de l’esclavage.  C’est l’expérience fondatrice, entre  autres, de nos réalités martiniquaises  :  être enlevé, vendu, souffrir d’être  réduit à l’état de victime, de martyr,  d’être déraciné. C’est l’histoire des  Africains mis en esclavage dans les  Amériques dès  les débuts de  la colonisation.  Des centaines d’années  de racisme, d’une société structurée  par un système de violence, pouvant  faire naître chez les victimes des  sentiments destructeurs. Sainte  Bakhita nous montre une noble  voie : celle de se laisser saisir  par l’Amour de Dieu et par sa  Miséricorde. C’est en lui, Dieu,  qu’elle trouve la force d’accepter  son histoire et de pardonner à  ses bourreaux, garantissant ainsi  la paix dans son cœur. Elle veut  œuvrer pour le salut des âmes sans  distinction et nous invite tous à  vivre le pardon. Elle est l’exemple  d’une vie offerte, consacrée et  intercédant pour que le salut de Dieu  soit accueilli. « Cette sainte fille  d'Afrique », disait saint Jean Paul II,  « montre qu'elle est véritablement  une enfant de Dieu : l'amour et le  pardon de Dieu sont des réalités  tangibles qui transforment sa vie de  façon extraordinaire ». Ainsi, elle  témoigne de l’œuvre rédemptrice  de Dieu qui Guérit, Réconcilie et  Répare les cœurs brisés et les esprits  abattus (krazé). Dans son discours du 15 décembre  2003, le pape Jean Paul II souligna  que la vie de sainte Bakhita « montrait  clairement que le tribalisme et les  formes de discrimination fondées  sur l’origine ethnique, sur la langue  et sur la culture, ne faisaient pas  partie d’une société civile, et  n’avaient absolument aucune place  dans la communauté des croyants.  »  (Source internet). DOSSIER 170 ANS DE L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE  DOSSIER ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 11

Page 12

L’Eglise est souvent accusée de  complicité dans la traite négrière :  le pape Paul III ne condamne-t-il  pas officiellement l’esclavage dès  1537 ? Des prêtres comme le capucin  Épiphane de Moirans, arrivé en  Martinique en 1678, n’ont-ils pas mené  très tôt le combat pour l’abolition ? (cf.  le livre : Le Père Gaston Jean-Michel,  témoin de l’Évangile).  L’Eglise a toujour\ms condamné  l’esclavage ! « Eugène IV condamna l'esclavage dans  Sicut Dudum ; en 1462, Pie II déclara  l'esclavage un « grand crime  » (magnum  scelus) ; en 1537, Paul III le condamna  dans Sublimus Dei ; en 1639, Urbain  VIII l'interdit ; en 1741, Benoît XIV  également ; en 1815, Pie VII demanda  au Congrès de Vienne la suppression  de la traite d'esclaves ; dans la bulle de  canonisation du jésuite Peter Claver,  un des plus illustres adversaires de  l'esclavage, Pie XI dénonça la «  suprême  horreur » (summum nefas) des traiteurs  d'esclaves ; en 1839, Grégoire XVI  condamna l'esclavage dans In Supremo  Apostolatus ; et en 1888, Léon XIII dans   In Plurimis. » (Source internet/forum  catho/lavérité-sur-leglise-et-lesclavage/).  D’autres chrétiens ont aussi condamné  l’esclavage, la traite des êtres humains.  Des prêtres en particulier et aussi  des religieuses, dès les débuts de ce  commerce infâme. Ils ont été renvoyés  de la colonie (déportés ou emprisonnés)  dès lors que celle-ci savait son ordre  esclavagiste menacé. La position de l’Eglise est assez  claire, hormis la situation regrettée et  controversée du pape Nicolas dans sa  bulle au roi du Portugal au 15e siècle.  Mais c’est la guerre contre l’invasion  arabe et l’expansion de l’islam, les  Arabes pratiquant depuis plusieurs  siècles l’esclavage des noirs. Cette longue  histoire des Africains mis en esclavage  sur le continent « des Afriques  » avant la  colonisation des Amériques est oubliée  trop facilement. Peut-être a-t-on peur  ou c’est plus difficile d’en parler. De  toute évidence, on ne peut fuir ce débat  qui nous engage ici et ailleurs puisque  l’Abolition de la servitude n’est pas  encore totalement accomplie. Que cherchent ceux qui,  aujourd’hui, condamnent l’Eglise  pour esclavagisme ? Quelles véri- tés ? Comment comprendre les  relations entre les Églises (catho- lique, protestante et anglicane)  et les États durant la période  coloniale ? Que comprendre de  l’esclavage chez les nations afri- caines, juives, arabes et euro- péennes ? La réelle position  de l’Eglise catholique est-elle  connue ?  L’Eglise n’est pas une  entreprise impérialiste, guerrière,  commerciale ou financière. Ne  sont-ce pas là les vraies inten- tions de la colonisation qu’on  ne peut confondre, sans déna- turer celle-ci, avec la démarche  d’évangélisation ? Les chrétiens  en Martinique travaillent-ils à la  vraie libération des hommes ?  Quand et comment ?  En effet, l’Eglise est dans le  monde où, à chaque époque, les  situations humaines, politiques,  sociales et religieuses sont  complexes ; elle peut donc être  accueillie ou rejetée, comprise ou  pas …. N’est-ce pas là sa réalité  profonde, en somme son identité,  tel son Seigneur ? Quelle a été l’influence de  l’Année de la Miséricorde  sur l’Eglise et la société en  Martinique ?   C’est un bon début. Nous  avons vécu une réelle prise de  conscience. Un grand besoin s’est  manifesté, s’est fait ressentir,  à en juger par la mobilisation  collective et personnelle des  fidèles du diocèse. Nous devons maintenant encore  annoncer et servir la Miséricorde  pour notre peuple qui vit son  histoire. La pauvreté morale est  parfois si grande et la misère  aussi. La détresse se présente  quotidiennement sous nos yeux,  dans nos maisons, nos cités, nos  rues et quartiers. Nous sommes  tributaires du passé et le présent  apporte aussi son lot d’esclavages  modernes prouvant ainsi que tout  n’est pas dépassé. La libération  des opprimés est toujours une  actualité depuis les débuts de  la prédication de l’Évangile  inaugurée par le Christ lui-même.  Toute la vie pastorale de  l’Eglise est Miséricorde. Le  chrétien d’aujourd’hui, loin du  repli sur soi, sur des habitudes  pastorales, doit s’ouvrir et donner  l’Espérance aux femmes et aux  hommes, quelle que soit leur  situation familiale, politique et  économique. L’Amour manque  terriblement en ce temps qui  semble avoir une crise de foi.  Dieu manque puisque l’esclavage  et ses stigmates sont là,  conséquence réelle d’idolâtries  qui obscurcissent et aliènent les  esprits et les cœurs en continu.  Mais la lumière divine est là,  au moins dans les sacrements  de l’Eglise, afin que tous soient  consolés en faisant l’expérience  de la compassion de Dieu, de  sa tendre Miséricorde. Dieu est  là, c’est son désir, en chaque  croyant qui adhère au Christ  pour que le monde soit à jamais  Réconcilié. Qu’il soit Réparé  dans les relations que les hommes  entretiennent entre eux et avec  Dieu. Réparation qui atteint  l’homme blessé en son cœur. Le pape François dénonce  souvent l’esclavage moderne  qui concerne aujourd’hui des  millions de personnes, comme l’a  encore montré le scandale récent  de la vente d’Africains en Lybie :  le combat pour la reconnaissance  de l’inviolabilité de la dignité de  la personne humaine n’est pas  terminé. L’appel à la conversion pour vivre  l’amour et à la fraternité, lancé  par le Christ il y a plus de 2000  ans, est toujours d’actualité. Les  disciples du Christ, l’Eglise, sont  toujours en mission. Merci Père Jean-Michel. Propos recueillis par Michel Déglise  ■ DOSSIER 170 ANS DE L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE  DOSSIER ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 12

Page 13

Le fléau toujours plus répandu de l’exploitation de l’homme par l’homme blesse gravement la  vie de communion et la vocation à tisser des relations interpersonnelles empreintes de respect,  de justice et de charité. \bet abominable phénomène, qui conduit à piétiner la dignité et les droits  fondamentaux  de  l’autre  et  à  en  anéantir  la  liberté  et  la  dignité,  prend  de  multiples  formes  sur lesquelles je désire réfléchir brièvement, afin que, à la lumière de la Parole de Dieu, nous  puissions considérer tous les hommes  « non plus esclaves, mais frères ». (…). Les multiples visag\mes de  l’esclavage \bier et\m aujourd’\bui D epuis les temps immémoriaux, les diverses sociétés humaines connaissent le phénomène de l’asservissement de l’homme par l’homme. Il y a eu des époques dans l’histoire de l’humanité où l’institution de l’esclavage était généralement acceptée et régulée par le droit. (…). Aujourd’hui, suite à une évolution positive de la conscience de l’humanité, l’esclavage a été formellement aboli dans le monde. Le droit de chaque personne à ne pas être tenue en état d’esclavage ou de servitude a été reconnu dans le droit international comme norme contraignante. Et pourtant, bien que la communauté internationale ait adopté de nombreux accords en vue de mettre un terme à l’esclavage sous toutes ses formes, et mis en marche diverses stratégies pour combattre ce phénomène, des millions de personnes -enfants, hommes et femmes de tout âge- sont privées de liberté et contraintes à vivre dans des conditions assimilables à celles de l’esclavage. Je pense aux nombreux travailleurs et travailleuses, même mineurs, asservis dans les divers secteurs, au niveau formel et informel, du travail domestique au travail agricole, de l’industrie manufacturière au secteur minier, tant dans les pays où la législation du travail n’est pas conforme aux normes et aux standards minimaux internationaux que, même illégalement, dans les pays où la législation protège le travailleur. Je pense aussi aux conditions de vie de nombreux migrants qui, dans leur dramatique parcours, souffrent de la faim, sont privés de liberté, dépouillés de leurs biens ou abusés physiquement et sexuellement. Je pense à ceux d’entre eux qui, arrivés à destination après un voyage dans des conditions physiques très dures et dominés par la peur et l’insécurité, sont détenus dans des conditions souvent inhumaines. Je pense à ceux d’entre eux que les diverses circonstances sociales, politiques et économiques poussent à vivre dans la clandestinité, et à ceux qui, pour rester dans la légalité, acceptent de vivre et de travailler dans des conditions indignes, spécialement quand les législations nationales créent ou permettent une dépendance structurelle du travailleur migrant par rapport à l’employeur, en conditionnant, par exemple, la légalité du séjour au contrat de travail… Oui, je pense au « travail esclave ». Je pense aux personnes contraintes de se prostituer, parmi lesquelles beaucoup sont mineures, et aux esclaves sexuels ; aux femmes forcées de se marier, à celles vendues en vue du mariage ou à celles transmises par succession à un membre de la famille à la mort du mari sans qu’elles aient le droit de donner ou de ne pas donner leur propre consentement. Je ne peux pas ne pas penser à tous ceux qui, mineurs ou adultes, font l’objet de trafic et de commerce pour le prélèvement d’organes, pour être enrôlés comme soldats, pour faire la mendicité, pour des activités illégales comme la production ou la vente de stupéfiants, ou pour des formes masquées d’adoption internationale. Je pense enfin à tous ceux qui sont enlevés et tenus en captivité par des groupes terroristes, asservis à leurs fins comme combattants ou, surtout en ce qui concerne les jeunes filles et les femmes, comme esclaves sexuelles. Beaucoup d’entre eux disparaissent, certains sont vendus plusieurs fois, torturés, mutilés, ou tués. (à suivre) (Extrait Message du pape François pour la Journée mondiale de la Paix du 1/01/15) ■ Non plus esclaves, mais frères – Pape François ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 13

Page 14

Voulue par le Pape François, la Journée mondiale de prière  et de réflexion sur la traite des êtres humains a été célébrée  pour  la  première  fois  le  8  février  2015,  jour  de  la  fête  de  Madre Gioseffa, Margherita, Fortunata, Maria Bakhita. L a petite fille est née vers 1869 au Soudan, province du Darfour. L’histoire de sa vie sera reconstituée à partir du récit qu’elle en a fait, et les dates fixées à partir des événements quelle a pu relater. En 1874, elle est traumatisée par l’enlèvement de sa sœur aînée, Kishmet. Elle a sept ans en 1876, quand deux étrangers l’enlèvent à la sortie du village. Le choc est si violent, qu’elle oubliera son nom, celui de sa mère, le nom de son village et sa langue maternelle.... Avant de la vendre à des négriers musulmans, les étrangers lui attribuent le nom de Bakhita. Elle ne sait pas encore ce qui lui arrive. Elle comprend qu’elle est devenue esclave lorsqu’elle se retrouve enchainée avec d’autres enfants, des jeunes femmes et de jeunes hommes, dans une longue caravane. Au terme d’une marche à pied sur un trajet de 300 km du centre du Soudan vers la côte, elle est achetée par un chef arabe. Elle sera vendue et revendue sur les marchés à quatre reprises. Finalement, elle fut acquise par un général turc ; c’est dans la maison de ce dernier que les mauvais traitements sont les plus horribles. En guise de tatouage, avec une lame de rasoir, une femme est chargée de faire des dessins sur la poitrine, les bras, le ventre. De tous ces mauvais traitements, Bakhita gardera pour le reste de sa vie 144 cicatrices. Pourtant, elle dira dans son témoignage : Je n'ai jamais détesté personne. Qui sait, peut- être qu'ils ne se rendaient pas compte du mal qu'ils faisaient ? En 1884, elle est dans la ville de Khartoum. Bakhita devient esclave du consul d’Italie et sa vie prend un tour nouveau. Le consul sera contraint pour des raisons politiques de fuir le Soudan. Elle parvient à le convaincre qu’elle aussi doit quitter l’Afrique. En Italie, elle entre au service d’une famille. Lorsque le couple retourne au Soudan, et sur le conseil de leur administrateur, elle est confiée à l'Institut des Filles de la Charité Canossiennes ayant pour mission de venir en aide aux pauvres ; Bakhita découvre et apprend à aimer Jésus. Après quelques mois de catéchuménat, le 9 janvier 1890, Bakhita reçut les sacrements de l'initiation chrétienne (baptême, eucharistie et confirmation) et une nouvelle identité : Gioseffa, Margherita, Fortunata, Maria Bakhita, mais on l’appelle par le diminutif Giuseppina (Joséphine). Devenue, comme elle aimait à le dire, fille de Dieu à 24 ans, elle demanda à devenir religieuse. Le 7 décembre 1893, elle rejoint le noviciat des Sœurs de la Charité à Venise. Le 8 décembre 1896, Joséphine prononce des vœux à Vérone et écrira à cette occasion : Soyez bons, aimez le Seigneur, priez pour ceux qui ne le connaissent pas. Voyez comme est grande la grâce de connaître Dieu ! En 1943, la communauté et la population de Schio célèbrent les cinquante ans de profession de Mère Joséphine. Peu après, sa santé décline et elle est confinée dans un fauteuil roulant. Elle répond un jour à un prélat qui lui demande ce qu'elle fait assise dans son fauteuil : Ce que je fais ? Exactement la même chose que vous : la Volonté de Dieu. Pendant sa longue maladie elle dira : Je m'en vais lentement, lentement, pas à pas vers l'éternité. Jésus est mon capitaine et moi, je suis son assistante. À la fin, cependant, la Sainte Vierge vient la délivrer définitivement de tout mal. Les dernières paroles de la mourante : Mère du Seigneur. Elle meurt le 8 février 1947, au couvent de Schio, à l’âge de 78 ans, après une terrible agonie, où elle revit le cauchemar de son esclavage en murmurant : Lâchez ces chaînes, elles me font mal. Sainte Joséphine Bakhita (1869-1947) « Lâchez ces chaînes, elles me font mal » DOSSIER 170 ANS DE L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE  Sainte Joséphine DOSSIER ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 14

Page 15

Annick Francois-Haugrin, Enseignante, Pensionnat Saint Joseph de Cluny ■ 1955 : ouverture du procès ordinaire d’information en vue de la canonisation 1 er décembre 1978 : décret sur l’héroïcité des vertus de Joséphine Bakhita signé par Jean Paul II 6 juillet 1991 : décret de Béatification 17 mai 1992 : déclarée bienheureuse par Jean-Paul II 1995 : déclarée patronne du Soudan 1 er octobre 2000 : déclarée sainte. 8 février 2015 à l’initiative du pape François, 1 ère journée mondiale de prière et de réflexion sur la traite des êtres humains ‘‘ Dieu, aide-nous à contrecarrer par notre vie toute forme d’esclavage. Nous te prions, avec sainte Joséphine Bakhita afin que la traite des personnes cesse. Donne-nous sagesse et courage pour nous rendre proches ‘‘ Sources : http://www.cursillos.ca/action/modeles/091m-josephine-bakhita.htm http://www.vatican.va/news_services/liturgy/saints/ns_lit_doc_20001001_giuseppina-\ bakhita_fr.html#top http://eglise.catholique.fr/actualites/3900591 -ere-journee-mondiale-priere-reflexion-traite-etres-humains/ http://www.journee-mondiale.com/index.php http://www.fides.org/fr/news/11115-VATICAN_Josephine_Bakhita Quelques dates clés ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 15

Page 16

Calendrier de la \bommémoration  des 170 ans de l’abolition de l’es\blavage  22 mai 1848 – 22 mai \v2018 Chemins de mémoire : 7 stations Cathédrale de Saint-Pierre Nord-Caraïbe Grand-Nord Grand Sud Centre EstCathédrale de Fort-de-France Centre-Ouest Nord-Atlantique Sud Mois de Février - LUTTER CONTRE LA TRAITE Jeudi 8 Jeudi 15 Vendredi 23 Samedi 24 Fête de Sainte Bakhita Messe dans toutes les paroisses Journée de prière et de réflexion contre la traite des êtres humains Début de la neuvaine dans le District du Nord C araïbe Chemins de Mémoire Chemin de croix suivi de la messe Cathédrale Saint-Pierre Prier pour la guérison, la réconciliation et la réparation Conférence Intervenant : Fr Gilles Danroc, op « Eglise et réparations » Mois de Mars - L’EPREUVE DE LA FOI Jeudi 1 er Vendredi 9 Mercredi 14 Jeudi 15Vendredi 23 Ve Début de la neuvaine dans le District du Grand Nord Chemins de Mémoire Chemin de croix suivi de la messe (heure et lieu à préciser) Conférence « Souffrance en  Martinique » Début de la Neuvaine dans le District du Nord-Atlantique Chemins de Mémoire Chemin de croix suivi de la messe (heure et lieu à préciser) Mois d'Avril - REPARATION, RECONCILIATION ET LES PROBLEMATIQUES DE LA PSYCHO-GENEALOGIE Jeudi 5 Vendredi 6 Vendredi 13 Jeudi 19Dimanche 22 Ve Vendredi 27 Début de la Neuvaine dans le District du Sud Conférence « Réparation,  réconciliation…» Chemins de Mémoire Chemin de croix suivi de la messe (heure et lieu à préciser) Début de la Neuvaine dans le District du Nord-Atlantique Célébration Bèlè Légliz Chemins de Mémoire Chemin de croix suivi de la messe (heure et lieu à préciser) Mois de Mai - LIBERATION ET LIBERTE Jeudi 26 avril Vendredi 4 mai Vendredi 11Du dimanche 13 au lundi 21 Dimanche 20 e Lundi 21 Mardi 22 Début de la Neuvaine dans le District du Centre-Est Chemins de Mémoire Chemin de croix suivi de la messe (heure et lieu à préciser) Retraite aux flambeaux Cathédrale de Fort-de-France Neuvaine dans tout le diocèse Vêpres solennelles célébrées en créole à la Cathédrale de Fort-de-France RRetraite aux Flambeaux Eglise de Rivière-Salée Messe célébrée dans les églises du diocèse ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 16

Page 17

C haque année, la Journée de la Vie Consacrée, célébrée dans toute l’Eglise le 2 février, en la fête de la Présentation du Seigneur au Temple, nous donne de rendre grâce à Dieu pour ce don fait à l’Eglise, autrement dit à nous tous, à chacun d’entre nous quel que soit notre état de vie. Voyons d’abord ce qu’est la Vie consacrée, puis quelles sont les diverses formes de vie consacrée dans notre diocèse de Martinique. Etre consacré (ou ‘sanctifié’, le mot est le même dans la Parole de Dieu), cela veut dire être mis à part pour Dieu, réservé pour Lui, Lui appartenir d’une façon spéciale. Dieu seul peut consacrer quelqu’un. Dieu le Père nous consacre par et en son Fils qui priait ainsi lors de son dernier repas : « Pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité.» Jn17,19. En même temps, Dieu offre la grâce de répondre de sorte que la consécration s'exprime du côté humain par un don de soi profond et libre. La relation qui en résulte est purement un don c'est une alliance d'amour mutuel et de fidélité, de communion et de mission, établie pour la gloire de Dieu, la joie de la personne consacrée et le salut du monde. En Jésus Le Consacré et l’Envoyé du Père, le nouveau peuple de Dieu est consacré dorénavant mystérieusement uni à Lui. Par le Baptême, il communique sa vie à chaque chrétien. Chacun est sanctifié dans le Fils. Chacun est appelé à la sainteté. Chacun est envoyé pour partager la mission du Christ, avec la capacité de croître dans l'amour et le service du Seigneur. Le don baptismal est la consécration chrétienne fondamentale et il est la racine de toutes les autres consécrations. Mais Dieu donne aussi à quelques-uns le don de suivre le Christ de plus près dans sa pauvreté, sa chasteté et son obéissance par la profession publique des Conseils évangéliques (Conseils que sont la pauvreté, la chasteté et l’obéissance), grâce à la médiation de l'Eglise. Par la consécration de leur vie, les hommes et les femmes qui s’engagent font profession de suivre le Christ d’une manière radicale, dans une vie stable devenant signe du Royaume à venir. Voici les différentes formes de vie consacrée : • En premier, la vie religieuse, monastique (les Bénédictins, les Bénédictines suivant la Règle de Saint Benoit) ou apostolique (La Congrégation du Saint Esprit et du Saint Cœur de Marie -appelés communément les Spiritains, qui est une congrégation cléricale ; les Dominicaines missionnaires Notre- Dame de la Délivrande ; Les Sœurs de Saint Joseph de Cluny ; Les Sœurs de Saint Paul de Chartres. Les engagements apostoliques de ces congrégations féminines sont l’enseignement, les services sociaux, le soin aux malades, l’assistance aux pauvres- ; les petites Sœurs de Jésus qui partagent la vie des plus pauvres). • les instituts séculiers : Ces sociétés se définissent d’abord par leur tâche apostolique, leur mission et non pas par le mode de vie. (L’Institut du Prado – 2 prêtres dans notre Diocèse). • l’ordre des vierges, les veuves consacrées et les ermites. Les derniers papes ont porté aussi attention aux « nouvelles expressions de la vie consacrée ». Communautés nouvelles : l’originalité des mouvements ecclésiaux ou communautés nés depuis quelques décennies a souvent été le fait qu’ils regroupaient des hommes et des femmes, des prêtres et des laïcs, des couples et des célibataires avec le désir que cette communion des états de vie soit un soutien au chemin de sainteté de chacun et un élément structurant de la mission commune, tandis que d’autres sont des Associations privées ou publiques de fidèles (La Communauté du Chemin Neuf, la communauté de l’Emmanuel -qui comprennent des laïcs, des religieux- religieuses, des prêtres-, le Foyer de Charité -qui ne comprend pas de consacrés au sens du droit Canon, mais des laïcs engagés à vie pour la mission). Comme le soulignait le Saint pape Jean Paul II : «Ce qui est le plus important n'est pas ce que font les religieux, mais ce qu'ils sont comme personnes consacrées au Seigneur». Puisse la Lumière et la joie de l’Evangile rayonner à travers eux sur toute l’Eglise et sur notre temps. Père Emmanuel Aine ■ Qui  ne  connaît  les  Bénédictines  de  Bout-Bois,  au  \barbet, les Bénédictins de Terreville, à Schœlcher, les  Dominicaines de la Délivrande ou les Pères Spiritains ?  Les  religieux  et  religieuses,  les  membres  d’Instituts  de Vie consacrée font partie de la vie de notre Diocèse.  ‘‘ ‘‘ AN TCHÈ LÉGLIZ-LA Qu’est-ce que la vie consacrée ? Quelles sont les diverses formes de vie consacrée dans notre diocèse de Martinique ? ? Question ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 17

Page 18

Vous êtes tous invités à participer à la messe célébré\ e, le mardi 30 janvier 2018, à 18h30, à l’occasion du 351 ème anniversaire de la paroisse de la Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France (30 janvier 1667 - 30 janvier 2018). Au cours de cette célébration, le père Jean-Michel Monconthour sera officiellement installé comme curé de la paroisse. Informations : 05 96 60 59 00 ou paroisse.cathedrale@gmail.com Pour la troisième fois depuis son ordination comme archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France, Mgr David Macaire présidera la messe de la fête patronale de la paroisse Saint François de Sales de Tartane, le dimanche 28 janvier 2018, à 9h30. Saint François de Sales étant le patron des journalistes, à la fin de cette célébration, Mgr Macaire présentera également ses vœux à la presse au cours d’un Point-Presse où il déclinera les événements importants inscrits à l’agenda de l’Eglise en Martinique en 2018, et répondra aux questions des journalistes. Michel Déglise, Secrétaire général de la Communication 351 ème anniversaire de la paroisse de la Cathédrale Saint-Louis Communiqué du Secrétariat Général de la Communication Diocèse de la Martinique 2 rendez-vous avec les religieux et les religieuses : COMMUNIQUÉS • Le vendredi 2 février, fête de la Vie consacrée, à 8h : Célébration eucharistique au Monastère de Terreville, présidée par Mgr Macaire • Le dimanche 4 février à 17h30 : Vêpres solennelles à la Cathédrale Saint-Louis, en l’honneur de la vie consacrée Venez nombreux entourer celles et ceux qui ont donné leur vie pour le \ Christ. ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 18

Page 19

ASSO\bIATION DIO\bÉSAINE DE \PMARTINIQUE Service legs et donations Archevêché de Fort-de-France - 5-7, rue du Ré\Pvérend Père PinchonBP 586 - 97207 FORT DE FRAN\bE \bEDEX\P Téléphone : 06 96 31\P0 333 - E-mail : m\Pichel.pouch@wanadoo.fr oui ,  j\b souhait\b r\bc\bvoir \bn tout\b confid\bntialité votr\b brochur\b pour m’inform\br  sur l\bs possibilités d\b l\bgs, donations \bt assuranc\bs-vi\b à l’Association Diocésain\b. oui , j\b  souhait\b  êtr\b  contacté  pour  un  r\bnd\bz-vous  au  S\brvic\b  d\bs  l\bgs  \bt  donations ou à mon \Sdomicil\b. LÉGUEZ à l’ Église catholique L’\bspéranc\b \bn héritag\b M\bs coordonné\bs  ❏ Mm\b ❏ M\bll\b    ❏ M. Nom  Prénom Adr\bss\b   Cod\b postal Vill\b  Téléphon\b E-mail Paroiss\b  (facultatif) DEMANDE D’INFORMATIONS sans engagement de votre part POUR L’AR\bHEVÊ\bHÉ DE MARTI\PNIQUE a désormais son site Web Depuis le 23 avril 2017, Mgr Macaire a lancé officiellement le site Web d’ECCLESIA'M 2020 ! Pour le consulter : http://www.ecclesiam2020.fr E CCLESIA 'M 2020 ! MARTINIQUE 40 € GUADELOUPE 44 € GUYANE 44 € FRANCE et étranger 50 € E g lise en MARTINIQUE N° 536REVUE DIOCÉSAINE BI MENSUELLE — 2,00 €15 janvier 2017 Préparons 2017 ! lise MARTINIQUE MARTINIQUE N°536REVUE DIOCÉSAINEREVUE DIOCÉSAINEREVUE DIOCÉSAINEREVUE DIOCÉSAINEBIMENSUELLE — 2,00BIMENSUELLE — 2,00 €€15 janvier 2017 E g lise en MARTINIQUE N° 540REVUE DIOCÉSAINE BIMENSUELLE — 2,00 €12 mars 2017 M archons dans la lumière ! Règlement à l’ordre de : ARCHEVÊCHÉ DE FORT-DE-FRANCE Nous retourner ce bon, accompagné de votre règlement à : Eglise en Martinique Boîte Postale 586 97207 FORT de France CEDEX E g lise en MARTINIQUE PPréparons 2017 !Préparons 2017 !PPréparons 2017 !Préparons 2017 ! MMMMMMMMMM archons dans la lumière ! M archons dans la lumière ! M Nom : .......................................................................\ ...............................................................................................................................\ ................... Prénom : .......................................................................\ ...............................................................................................................................\ ....... Adresse : .......................................................................\ ...............................................................................................................................\ ...... Mail : .......................................................................\ ...............................................................................................................................\ ...................... Tél. : .......................................................................\ ...............................................................................................................................\ ...................... Code Postal : .......................................................................\ .................................................................................................................... Ville : .......................................................................\ ...............................................................................................................................\ ....................... Oui, je m’abonne ! 99.5 - 101.3 et 105.1 MHz www.radiosaintlouis.com Radio Saint-Louis, Rue Georges-Zaïre, ZAC Rivière Roche, 97200 Fort de France Tél. : 05 96 71 86 04 - Fax : 05 96 71 86 05 - Courriel : contact@radiosaintlouis.com ÉGLISE EN MARTINIQUE du 28 janvier 2018 – n° 558 19

Page 20

M arie, Mère du Verbe, veille sur nos vies d’hommes et de femmes consacrés, pour que la joie reçue de la Parole remplisse notre existence et que ton invitation à faire ce que dit le Maître (cf. Jn 2, 5), fasse de nous les interprètes ingénieux de l’annonce du Royaume Pape François Extrait « Prière des consacrés et consacrées »

Numéros précédents