620 - Désormais Père Jacques et Père Robert Marie

Page 1

E g lise en MARTINIQUE Désormais,Père J acques et Père R obert-Marie ! N° 620 REVUE DIOCÉSAINE BIMENSUELLE — 2,00 € 25 AVRIL 2021 Hommage au père Filopon Dossier : Travail et Responsabilité Journée mondiale de prière pour les vocations

Page 2

23 S ommaire «M oi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. » Le Seigneur nous appelle tous dans sa bergerie, dans son Eglise. Ce 4 e dimanche de Pâques, dimanche du bon berger, nous invite à entrer plus profondément dans la relation d’amour que le Seigneur veut vivre avec nous. Nous devons le connaître, reconnaître sa voix, le suivre et lui être fidèle. L’Eglise universelle célèbre également ce dimanche la 58 e Journée mondiale de prière pour les vocations. En cette année dédiée à saint Joseph, le Pape nous adresse u\ n message intitulé « Saint Joseph : le songe de la vocation ». Dieu voit le cœur et en saint Joseph, il a reconnu un cœur de père, capable de donner et de susciter la vie dans le quotidien. C’est à cela que tendent les vocations : susciter et régénérer des vies chaque jour. La prière pour les vocations est avant tout une réponse à la demande de Jésus : ‘’… Priez donc le maître de la moisson\ d’envoyer des ouvriers à sa moisson. ‘’ (Mt.9,38). Répondre à l’appel de Dieu comme prêtre, consacré ou époux, c’est d’abord rechercher une vie ajustée à la Parole de Dieu, source de joie. Toute vocation est une manière personnelle, particulière, unique, de vivre avec le Christ. Nous nous réjouissons ainsi avec les deux nouveaux prêtres de notre diocèse, père Robert-Marie Beaufour et père Jacques Platon, qui ont fait le choix de répondre à l’appel de la vocation sacerdotale. Dans cette édition, nous revenons sur leur messe d’ordination qui s’est déroulée le 11 avril dernier, Dimanche de la Miséricorde Divine. Par ailleurs, notre dossier aborde la problématique du travail en Martinique. Il est introduit par un extrait de la Doctrine sociale de l’Eglise et offre un regard croisé sur le thème. Comme un bon berger, Jésus est toujours à l'œuvre aujourd'hui. Prions pour notre Archevêque et pour nos prêtres afin qu’ils demeurent de vrais pasteurs à l’image du Christ. En cette Journée mondiale de prière pour les vocations, confions au Seigneur toutes les vocations dans notre diocèse et dans toute l’Église. Bonne fête du Christ Bon Pasteur ! Justine Lordinot ■ EDITORIAL MOT DE L’EVÊQUE LITURGIE VIE DU DIOCÈSE •  La Parole Dominicale •   Le travail, \bn bien po\br l’homme (Extrait d\b Copendi\bm de l\na Doctrine  sociale de l’Eglise) •    Chrétiens dans le monde d\b travail  Le travail h\bmain •  La relation d\b Martiniq\b\nais a\b travail •  La problématiq\be d\b travail en Martiniq\be •   La dignité et l’importance d\b travail, selon le pape François •  1. Notre société est dans \bne sit\bation \nde crise.  Penses-t\b q\be l’Eglise est a\bssi affectée par cette  sit\bation ? Q\bels so\nnt les faits q\bi le démontrent ? 2. Q\belle est la sol\btion ? q\be \nfa\bt-il faire ?  L’Eglise a-t-elle les moyens de réagir ? •   Zoom s\br… la messe d’ordination  presbytérale de Robert-Marie \nBea\bfo\br  et Jacq\bes Platon •   « Me voici ! » Des je\bnes \nrépondent  à l’appel a\b service s\br la Paroisse  de Sainte-Thérése •   Récollection d\b Conseil Pastoral Paroissial de Sainte-Marie •   S01E07 : A la génér\nation act\belle : Ma maman m’a dit kom’ sa ! •   Message d\b pape François po\br la 58 e Jo\brnée mondiale de prière po\br les vocations 3 •   Message d\b pape François po\br la 58 EGLISE UNIVERSELLE 6 9 9 10 11 13 14 15 16 •  1. Notre société est dans \bne sit\bation \nde crise. •  1. Notre société est dans \bne sit\bation \nde crise.  AN TJÈ L\bGLIZ-LA 18 999 Dossier :  TRAVAIL ET  RESPONSABILIT\ÈE M\bDIAS 19 4 5 EDITORIAL 2 DIRECTEUR DE PUBLICATION  : Jean-Michel MONCONTHOUR RÉDACTRICE EN CHEF  : Justine LORDINOT MISE EN PAGE – IMPRESSION Caraïb Ediprint – Bois Quarré – 97232 Lamentin – Tél. \ 05 96 50 28 28 TIRAGE  : 8 000 EXEMPLAIRES I.S.S.N. 0759-4895 – Commission paritaire N° 1115L87225 ADMINISTRATION – RÉDACTION Archevêché de la Martinique – Rue du R.P. Pinchon 97200 Fort de France - Tél. 05 96 63 70 70 SERVICE DES ABONNEMENTS Archevêché de la Martinique – BP 586 97207 Fort de France Cedex – Tél. 05 96 63 70 70 – 05 96 72 55 04 http://martinique.catholique.fr – egliseenmartinique@gmail.com

Page 3

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 3 C ette fois, c’est moi qui  vous interroge ! Vous  m’avez dit, dans notre  dernière conversation, que selon vous  l’Eglise était « contre le sexe, contre  l’avortement, contre l’euthanasie,  contre le mariage pour tous, contre la  PMA, contre les libertés » !... -   Et alors ce n’est pas vrai !? Et je pourrais en rajouter… vous êtes aussi contre le carnaval, contre le préservatif, contre l’argent, contre les « gérances », contre le divorce, contre la théorie du genre, contre le loto et les casinos, contre les boîtes de nuit, contre les progrès, contre la technique... -  Je ne suis pas d’accord. L’Eglise n’est  contre rien, elle est « pour » :  pour la  Joie, pour la Paix, pour l’Amour, pour  « l’Homme », et surtout pour Dieu.  Dans tous les sens du mot « pour »  c’est-à-dire « en faveur de » mais aussi  « en vue de » tout cela.   -   Vous êtes quand même étranges. Alors, expliquez-moi pourquoi vous vous éloignez de plus en plus de la culture de liberté de notre époque. On dirait que vous voulez nous emprisonner ! -  Je comprends votre vision, parce  que c’est souvent comme ça qu’on  présente notre message. « On »  (c’est-à-dire les médias, les familles,  les catéchistes, même le clergé …) a  souvent résumé les enseignements de  l’Eglise par des négations. Du genre :  « ma maman m’a dit kom’ sa i fo pa ou fè malélevé » … ça résume tout. En  réalité, il est plus simple (simpliste !)  de dire que l’Eglise est contre ceci  ou contre cela que d’expliquer  positivement des principes et leurs  conséquences morales ! Cette façon  négative d’exprimer les choses a  des conséquences catastrophiques :  les fidèles ne saisissant pas la  profondeur des exigences morales  du christianisme, sont privés de la  beauté et de la joie de l’Evangile.  C’est grave, car le comportement  d’un baptisé témoigne (ou pas) de  sa fidélité au Christ, et le conduit (ou  pas) au bonheur ! -   Ben alors… dites-nous simplement, (j’ai envie de dire « pour une fois ») la raison profonde de vos options morales ! Si vous pensez vraiment que ce que vous proposez conduit au bonheur : Quel style de vie proposez- vous aux jeunes ? aux hommes ? aux femmes ? aux personnes homosexuelles ? aux célibataires ? aux divorcés ? à ceux qui veulent faire la fête ? Prière et chasteté… c’est bon pour les anges et les curés… et encore… même les curés… d’après ce qu’on dit… -  OK ! OK on connaît les critiques !  Mais quand je regarde le « monde »  je me demande où est la grande fête  permanente, et le grand bonheur sans  limite promis !? Je vois malgré toutes  les distractions offertes et possibles,  tant de frustrés, d’énervés, de  dépressifs, de violents et d’agressifs…  Oui, l’Eglise a l’audace de proposer  aux monde la chasteté (c’est-à-dire  un amour sans égoïsme, qui se  donne, pardonne et s’abandonne  et ne cherche pas à capter et à  dominer !). Oui, l’Eglise encourage  des loisirs sains, humains, conviviaux,  intergénérationnels, libérés de la  technique systématique, onéreuse  et antiécologique. Oui, l’Eglise  pense que des communautés à  taille humaine et conviviales, avec  des loisirs, des jeux, des chants et  des danses etc.… sont les seules  possibilités d’apporter du bonheur  aux pauvres comme aux riches... (Et  peut-être plus aux pauvres qu’aux  riches). Oui, l’Eglise aime l’humanité  et ne peut pas, par lâcheté, laisser  les enfants de Dieu être séduits par  le serpent qui les incite à se prendre  pour des dieux ! Comme dit Jésus, le  chemin escarpé mène au bonheur,  mais la large route des plaisirs riches  et faciles conduit à la tristesse ! -   Et pourquoi le chemin de ce monde serait-il plus mauvais ! Les gens normaux ne sont pas pires que vous ! -  Non, en effet. Mais n’oubliez  pas le dicton : pli ta, pli tris’ ! Or,  « pli ta » za ka rivé anlè nou !  + Fr David Macaire, Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France  ■ S01E07 * : A la génération actuelle : Ma maman m’a dit kom’ sa ! MOT DE L’ÉVÊQUE * Saison 1 épisode 7 ‘‘ ‘‘

Page 4

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 4 EGLISE UNIVERSELLE\n C hers frères et sœurs ! Le 8 décembre dernier,  à l’occasion du 150 ème anniversaire de la proclamation de  saint Joseph comme Patron de l’Eglise  universelle, a commencé l’année  spéciale qui lui est consacrée. Pour  ma part, j’ai écrit la Lettre apostolique  Patris corde, dans le but d’« accroître  l’amour envers ce grand Saint ». Il s’agit  en effet d’une figure extraordinaire, en  même temps « si proche de la condition  humaine de chacun de nous ». […] Dieu voit le cœur et en saint Joseph, il  a reconnu un cœur de père, capable  de donner et de susciter la vie dans le  quotidien. C’est à cela que tendent les  vocations : susciter et régénérer des  vies chaque jour. Le Seigneur désire  modeler des cœurs de pères, des  cœurs de mères : des cœurs ouverts,  capables de grands élans, généreux  dans le don de soi, compatissants en  réconfortant les angoisses et fermes  pour renforcer les espérances. C’est de  cela que le sacerdoce et la vie consacrée  ont besoin aujourd’hui de manière  particulière, en des temps marqués par  des fragilités et des souffrances dues  aussi à la pandémie qui a suscité des  incertitudes et des peurs concernant  l’avenir et le sens même de la vie. Saint  Joseph vient à notre rencontre avec sa  douceur, comme un saint de la porte d’à  côté ; en même temps, son témoignage  fort peut nous orienter sur le chemin. Saint Joseph nous suggère  trois paroles- clés pour la vocation de chacun. La  première est rêve. Tout le monde dans  la vie rêve de se réaliser. Et il est juste de  nourrir de grandes attentes, des attentes  élevées que des objectifs éphémères – comme le succès, l’argent et le plaisir–  ne parviennent pas à satisfaire. En effet,  si nous demandions aux personnes  d’exprimer en un seul mot le rêve  de leur vie, il ne serait pas difficile  d’imaginer la réponse : “amour”. C’est  l’amour qui donne sens à la vie, parce  qu’il en révèle le mystère. En effet, la  vie, on ne l’a que si on la donne, on  ne possède vraiment que si on donne  pleinement. Saint Joseph a beaucoup à  nous dire à ce sujet, parce que, à travers  les rêves que Dieu lui a inspirés, il a fait  de son existence un don.[…] Une seconde parole marque l’itinéraire  de saint Joseph et de la vocation :  service. Des Evangiles ressort la manière  dont il a vécu en tout pour les autres et  jamais pour lui-même. Le Peuple saint  de Dieu l’appelle très chaste époux,  révélant ainsi sa capacité à aimer sans  rien retenir pour lui. En libérant l’amour  de toute possession, il s’ouvrit en effet  à un service encore plus fécond : son  soin aimant a traversé les générations,  sa garde attentive l’a rendu patron de  l’Eglise. Il est aussi le patron de la bonne  mort, lui qui a su incarner le sens oblatif  de la vie. […] Le service, expression concrète du don  de soi, ne fut pas seulement pour saint  Joseph un idéal élevé, mais il devint une  règle de vie quotidienne. […] On peut  dire qu’il a été la  main tendue du Père  céleste à son Fils sur la terre. Il ne peut  donc qu’être un modèle pour toutes les  vocations, qui sont appelées à ceci : être  les  mains laborieuses du Père pour ses  fils et ses filles.…. En plus de l’appel de Dieu –qui réalise  nos plus grands rêves– et de notre  réponse –qui se réalise dans le service disponible et dans le soin attentif-, il  y a un troisième aspect qui traverse  la vie de saint Joseph et la vocation  chrétienne, en rythmant le quotidien :  la fidélité. Joseph est l’« homme juste »,  qui, dans le silence actif de chaque jour,  persévère dans l’adhésion à Dieu et à  ses plans. …Parce que la vocation, tout  comme la vie, mûrit seulement à travers  la fidélité de chaque jour.[…] Cette fidélité est le secret de la joie.  … C’est la joie que je vous souhaite,  frères et sœurs, qui avec générosité  avez fait de Dieu le rêve de votre vie,  pour le servir dans les frères et dans  les sœurs qui vous sont confiés, à  travers  une fidélité qui est déjà en soi  témoignage, à une époque marquée par  des choix passagers et des émotions qui  disparaissent sans laisser la joie. Que  saint Joseph, gardien des vocations,  vous accompagne avec un cœur de  père ! Pape François Rome, Saint Jean du Latran, 19 mars 2021,  Fête de Saint Joseph  ■ Message du pape François pour la 58 e Journée mondiale de prière pour les vocations Saint Joseph : le songe de la vocation réponse –qui se réalise dans le 

Page 5

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 55 Dimanche 25 avril 2\b21\2  la P arole  Dominicale 4 ème dimanche de Pâques - Année B Introduction Seigneur, ouvre les yeux de mon cœur aux merveilles de ton amour ; envoie-moi la lumière de l’Esprit-Saint qui m’introduira dans l’intelligence de ta Parole de vie ; que ta sagesse accompagne ces réflexions que je vais produire au profit du peuple de tu aimes comme un Père. Que ta Parole soit nourriture pour notre âme. Réflexion Les lectures de ce 4e dimanche de Pâques  nous aideront à mesurer l’amour de Dieu  pour nous. Notre Dieu se révèle comme  un Père qui nous prend pour ses enfants  et Jésus se révèle comme le Bon Pasteur  qui donne sa vie pour ses brebis. Une  première notion mérite d’être expliquée  aux fidèles, c’est la notion de Kerygme qui est une annonce solennelle, une  proclamation précise et concise faite à  haute voix devant la foule. Dans le livre des  Actes des Apôtres nous trouvons plusieurs  annonces (Kerygme) faites tantôt par Pierre,  tantôt par Paul. ➊ Le nom de Jésus est au-dessus de tous les noms : il est devenu la pierre d’angle. En ce dimanche du Bon Pasteur, la Bonne  Nouvelle, c’est la puissance du nom de  Jésus, un Nom qui est au-dessus de tout  nom. Pierre qui a guéri miraculeusement  un boiteux, affirme devant les chefs du  peuple et les anciens (sanhédrin) qu’il l’a  fait au nom de Jésus-Christ (Ac. 4, 8-12).   Dans la première lecture, convoqué devant  le Grand Conseil, Pierre doit esquiver un  piège qui lui est tendu. En effet, jusque-là,  la bible déclarait coupables et justiciables  de la peine de mort ceux qui faisaient des  prodiges en un autre nom que celui du  Seigneur, le Dieu d’Israël. Mais, porté par  l’Esprit, saint Pierre eut l’intelligence et le  courage de dire que c’est par le nom de  Jésus qu’il a fait ce prodige. La nouveauté de  cet enseignement, c’est que le Dieu d’Israël  est capable de réaliser de grands prodiges  par le Nom puissant de Jésus. Cela amène  un renversement de situation : la pierre  rejetée (Jésus) par les bâtisseurs de la foi  juive est devenue la pierre d’angle et c’est  l’œuvre du Seigneur, le Dieu d’Israël. Mon  frère, ma sœur, quelle est l’importance du  Nom de Jésus pour toi ? Crois-tu vraiment  en celui qui a donné sa vie pour toi par  amour (Jn 3, 16) ?  ➋ Je suis le Bon Pasteur, je connais mes brebis, je donne ma vie pour elles. Dans l’évangile de Jean, en utilisant l’image  du pasteur et des brebis, Jésus donne un  enseignement nouveau qui fait appel à  une nouvelle attitude dans notre relation  avec Dieu en son Fils. La nouveauté que  Jésus insuffle dans cette ancienne image  est évoquée par la tendre attention du  Pasteur pour ses brebis, par sa disponibilité  et par sa patience pour les brebis hors  de la bergerie. Le Seigneur Jésus précise  qu’il est le Bon, le Vrai ; il n’est pas un  berger mercenaire, ni un salarié ordinaire  qui fait un boulot par devoir ou par  obligation. Devant les dangers, dans la crise  d’aujourd’hui, Jésus ne s’enfuit pas. Il est là,  sa présence est agissante. Nous pouvons  compter sur Lui. En Jésus, Bon Pasteur, doit  se développer désormais entre l’homme  et Dieu, une relation de proximité régie  par l’amour, l’attachement et la confiance.  En effet, nous accueillerons réellement le  salut offert lorsque nous connaitrons qui  est le Christ ; lorsque nous ferons la même  expérience que saint Paul au point de dire :  « ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ  qui vit en moi » (Ga 2, 20).  Il n’y a pas de  sacrifice sans amour ; l’amour est généreux ;  c’est pourquoi le Bon Berger donne sa vie  pour ses brebis. La foi chrétienne, c’est  aussi reconnaitre que Jésus a donné sa vie  pour nous sauver.  Le Bon Berger connait  ses brebis et cette connaissance nourrit la  confiance entre Lui et les brebis.  Et si nous osons nous inspirer de cette  image ecclésiologique pour une conversion  pastorale et missionnaire dans notre  diocèse !  ➌ … d’autres brebis ne sont pas de cette bergerie… il faut que je les conduise. Jésus est l’envoyé du Père, son appel est  inclusif. Son appel dépasse les frontières  d’Israël. A la suite du Christ, l’Eglise est le  visage de la Miséricorde Divine sur terre. Le  discours de Jésus dans l’évangile interpelle  nos attitudes pastorales au sein de l’Eglise.  Quelle est notre capacité à accueillir les  autres ? Nos services et mouvements  s’ouvrent-ils aux périphéries ? La voix  du Christ ressuscité est universelle. Nous  sommes invités à l’ouverture les uns aux  autres, particulièrement à ceux qui portent  un grand désir de revenir au bercail après  avoir été manipulés par des gourous  religieux. L’évangile nous invite aussi à  aller vers ceux et celles qui sont fascinés  par le Christ, mais qui n’attendent que  notre invitation à travers des missions  d’évangélisation.  Je dialogue avec Jésus Seigneur Jésus, nous accueillons en toi cette grâce d’être appelés enfants de Dieu (1 Jn 3, 1-2). Nous voulons miser notre confiance en toi, le Bon Berger, qui as donné ta vie pour que nous l’ayons en abondance. En cette période pascale, augmente en nous la foi pour que nous nous préparions à être semblables à toi et à te voir face à face dans le royaume de ton Père. Résolution A la lumière des textes de la liturgie de ce 4 e dimanche de Paques, nous prenons la ferme  résolution de ne plus te rejeter par manque de  foi, manque d’attachement à toi, ni le manque  d’engagement dans la mission de ton Eglise,  mais à faire de toi la pierre angulaire de notre  vie de disciples missionnaires.  Père Behn-Daunais Cherenfant Curé de la paroisse de Saint-Esprit   ■ LITURGIE  Actes 4,8-12   •   Psaume 117 (118)   •\(   1 Jean 3, 1-2   \(•   Jean 1\b, 11-18

Page 6

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 6 Zoom sur… la messe d’ordination presbytérale de Robert-Marie Beaufour et Jacques Platon Ce dimanche 11 avril 2\b21, nous étions heureux d’être à la cathédrale et de participer à la  messe d’ordination presbytérale de Robert-Marie Beaufour et de Jacques Platon, présidée  par notre Archevêque Mgr David Macaire, Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France. T oute l’Église se réjouit dans  l’Esprit-Saint pour ces deux  nouvelles vies consacrées au  Seigneur et au service du peuple de  Dieu. Alors, que ces courtes lignes vous  enjoignent vous aussi à la fête ! En début de célébration, après le rite  pénitentiel, le père Emmanuel Chaulvet,  en sa qualité de Délégué Épiscopal à  la Formation au Ministère, appelle les  candidats et entre en dialogue avec  Mgr Macaire afin de les lui présenter. Les  pères Florent Millet (Vicaire général du  diocèse de Cahors), Emmanuel Chaulvet,  puis Alain Ransay (curé de la paroisse  de Bellevue) témoignent de ce qu’ils ont  observé des personnalités de Robert- Marie et de Jacques. Le père Emmanuel conclut ce rite en  attestant que les candidats « ont été jugés dignes d’être ordonnés ». Et Mgr David  Macaire d’annoncer solennellement :  « Avec l’aide du Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur, nous les choisissons pour l’ordre des prêtres. » Comme point de départ de son homélie,  Mgr Macaire reprend la formule rituelle  qui a précédé ces deux témoignages :  Savez-vous s’ils ont les aptitudes  requises ? Parce qu’il connaît bien les  deux candidats à l’ordination, il connaît  bien les qualités qui leur ont valu  d’atteindre l’ordination.  Cependant, ce sont d’abord nos failles, nos faiblesses, et nos péchés qui nous attirent l’amour de Dieu, avant nos qualités. Prêtres pécheurs, Robert-Marie et Jacques sont envoyés à une Église pécheresse. En effet, si l’Église n’était pas pécheresse, pourquoi aurait-elle encore besoin de sanctificateurs, de prêtres ? Or, de même qu’on perce une viande afin qu’elle prenne le goût de l’assaisonnement à la cuisson, c’est par nos blessures que nous prenons le goût de la miséricorde pour nos frères qui en ont tant besoin. Jacques et Robert-Marie, ont effectivement les aptitudes requises, parce qu’ils sont des mendiants de la miséricorde de Dieu. VIE DU DIOCÈSE pécheurs, Robert-Marie et Jacques sont envoyés à une Église pécheresse. et Jacques sont envoyés à une Église pécheresse. et Jacques sont envoyés En effet, si l’Église n’était à une Église pécheresse. En effet, si l’Église n’était à une Église pécheresse. pas pécheresse, pourquoi aurait-elle encore besoin de sanctificateurs, de prêtres ?

Page 7

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 7 « Dans mon parcours vocationnel, ce qui m’a permis de commencer mon cheminement c’est l’ordination du père Olivier-Marie Lucenay. Ce fut le déclic. Vivre les ordinations du père Robert-Marie et du père Jacques m’a permis de faire mémoire du chemin parcouru avec le Seigneur et de rendre grâce pour celles et ceux qu’il a mis dans ma vie (dont les deux nouveaux prêtres). Et l’une des plus grandes grâces que le Seigneur m’a faite, c’est d’avoir été cérémoniaire de la première messe du père Robert-Marie, le 12 avril, mais également il y a 8 ans, celle du père Olivier-Marie quand j’étais tout jeune servant d’autel au Robert. Discernement en cours… ». Arnaud B.Séminariste de la Maison Saint-Paul II Témoignage Robert-Marie et Jacques se sont alors prostrés devant l’autel  pour implorer l’intercession des saints invoqués durant la  litanie. Ils ont ensuite accueilli la vêture apportée par leurs  parents, c’est-à-dire l’étole et la chasuble. Puis vient le temps  de l’imposition des mains, moment très attendu et signifiant  le don de l’Esprit Saint et manifestant l’unité du presbyterium. « L’imposition des mains en silence, avant la prière consécratoire, constitue la « matière » du sacrement de l’ordre, c’est-à-dire son signe sensible essentiel ; il signifie la transmission de l’Esprit et des pouvoirs qu’il donne en vue de l’œuvre apostolique (Ac 6, 6 ; 13, 2-3 ; 1 Tm 4, 14 ; 2 Tm 1, 6). » Cf. Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Éditions CLD, tous droits réservés. Après avoir fait l’onction de Saint-Chrême sur la paume des  mains des nouveaux ordonnés, Mgr Macaire remet aux pères  Robert-Marie et Jacques le pain sur la patène et le calice  contenant du vin afin de célébrer devant tout le diocèse leur  premier sacrifice eucharistique. Ensuite vient le temps du baiser de paix, mais à distance à  cause des mesures sanitaires. Encore une fois, réjouissons-nous avec les premiers mots de  remerciements de père Robert-Marie en fin de célébration :  Qu’éclate dans le ciel la joie des anges ! Q u’éclate de partout la joie du monde ! Qu’éclate dans l’Église la joie des fils et filles de Dieu ! Amen ! Alléluia ! Seigneur Jésus, nous te magnifions pour ce que Tu manifestes de ce que Tu es, Dieu patient et miséricordieux, en faisant de nous tes prêtres. A toi l’honneur, la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen ! Xavier M., Séminariste de la Maison Saint-Paul II ■ ‘‘ ‘‘ Après le chant du Veni Creator, les ordinands déclarent  leur ferme intention de recevoir cette charge.  Mgr 1 : Voulez-vous devenir prêtres, collaborateurs des  évêques dans le sacerdoce pour conduire et guider sans  relâche le peuple de Dieu sous la conduite de l’Esprit-Saint ?  Ord 2 : Oui, je le veux. Mgr : Voulez-vous accomplir avec sagesse et dignement  le ministère de la parole en annonçant l’Évangile et en  exposant la foi catholique ?  Ord : Oui, je le veux. Mgr : Voulez-vous célébrer avec foi les mystères du Christ  spécialement dans le sacrifice eucharistique et le sacrement  de la réconciliation selon la tradition de l’Église, pour la  louange de Dieu et la sanctification du peuple chrétien ?  Ord : Oui, je le veux Mgr :  Voulez-vous implorer avec nous la miséricorde de  Dieu pour le peuple qui vous sera confié en étant toujours  assidu à la charge de la prière ?  Ord : Oui, je le veux. Mgr :  Voulez-vous de jour en jour vous unir davantage au  souverain prêtre, Jésus-Christ, qui s’est offert pour nous à  son Père en victime sans tâche et vous consacrer à Dieu  avec Lui pour le salut du genre humain ?  Ord : Oui, je le veux, avec la grâce de Dieu. Mgr :  Promets-tu de vivre en communion avec moi et mes  successeurs dans le respect et l’obéissance ?  Ord : Oui, je le promets. Mgr :  Que Dieu achève en toi ce qu’il a commencé. 1 Monseigneur David Macaire2 Les deux ordinands, Robert-Marie et Jacques

Page 8

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 8 Crédits photos : Daniel Toussaint et Laurent Lagier

Page 9

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 9 La  Paroisse  de  Sainte-Thérèse  a  exulté  de  joie  le  Jeudi  Saint,  1 er  avril.  Elle  a,  en  effet,  accueilli en son sein sept nouveaux servants d'autel. L'arrivée de ces jeunes montre bien  le  dynamisme  de  cette  paroisse  et  couronne  l'appel  à  vocations  lancé  par  le  curé,  père  Christian  Catayée,    et  le  vicaire,  père  Jean  Cazeau,  qui    n'ont  eu  de  cesse  d'inciter  les  jeunes à rejoindre un des mouvements paroissiaux. P ère Cazeau était en charge de  la formation des adolescents.  Robert, notre Sacristain, l'a  secondé avec brio dans cette tâche.  Après plus d'une année de formation,  la cérémonie de prise d'aube s'est  déroulée en présence de tous les enfants  catéchisés de la paroisse. La date de la célébration était forte de  sens, car correspondant à la mémoire  de la Cène pendant laquelle Jésus s'est  mis au service des siens et a exhorté les  uns et les autres à suivre son exemple.  D'ailleurs dans son homélie, père Cazeau  a bien rappelé cette notion de service.  Il a remercié les servants de messe  actuels pour le service rendu jusqu'alors  et souligné leur « fécondité » car ils  ont donné à la paroisse sept nouveaux  servants. Puis, est venu le moment de l’appel des  aspirants. Lorsque père Jean prononçait  leur prénom, chaque aspirant répondait :  « Me voici ». Malia, Johanna, Meïssa,  Sams, Samuel, Taïna et  Lyvia ont ensuite reçu la  bénédiction du prêtre. Les parents se sont levés  à leur tour pour présenter  les aubes. Ces dernières  ont été bénies et les  parents ont pu habiller  leurs enfants avec leur  nouvelle tenue de service. La chorale « Duo d’Amour » de Peggy a  entonné un chant à l’Esprit Saint afin que  nos nouveaux servants d’autel soient  embrasés du Feu d’Amour Divin. Père Jean les a ceints de leur cordon,  puis la nouvelle « équipe » a salué  l’assemblée. Les tous nouveaux servants ont  aussitôt rejoint leur place sur l’autel  pour la suite de la célébration.  Que soit loué le Seigneur pour cette  « fécondité » dans son Eglise et  que soient aussi remerciées toutes les  personnes qui s’investissent dans cette  paroisse et qui ainsi encouragent nos  jeunes à se donner pour leur Eglise. C’était un grand jour car, certes,  il débutait  le Triduum Pascal, mais aussi ouvrait une  nouvelle page de l’histoire de la paroisse  Sainte-Thérèse. Valérie Henri ■ « Me voici ! » Des jeunes répondent à l’appel au service sur la Paroisse de Sainte-Thérése Les parents se sont levés  à leur tour pour présenter  les aubes. Ces dernières  ont été bénies et les  parents ont pu habiller  leurs enfants avec leur  nouvelle tenue de service. Ce Jeudi Saint, la messe était superbe. L’émotion était présente Ce Jeudi Saint, la messe était superbe. L’émotion était présente Ce Jeudi Saint, la messe était surtout en voyant nos chers aspirants superbe. L’émotion était présente surtout en voyant nos chers aspirants superbe. L’émotion était présente recevoir leurs aubes. J’étais très émue surtout en voyant nos chers aspirants recevoir leurs aubes. J’étais très émue surtout en voyant nos chers aspirants car au moment où le Prêtre bénissait les recevoir leurs aubes. J’étais très émue car au moment où le Prêtre bénissait les recevoir leurs aubes. J’étais très émue aubes et les cordons, je me suis remémorée les débuts de la formation. Ça n’a pas aubes et les cordons, je me suis remémorée les débuts de la formation. Ça n’a pas aubes et les cordons, je me suis remémorée été facile, mais nous y sommes arrivés. les débuts de la formation. Ça n’a pas été facile, mais nous y sommes arrivés. les débuts de la formation. Ça n’a pas Notre équipe s’agrandit et j’espère été facile, mais nous y sommes arrivés. Notre équipe s’agrandit et j’espère été facile, mais nous y sommes arrivés. qu’elle s’agrandira encore. Notre équipe s’agrandit et j’espère qu’elle s’agrandira encore. Notre équipe s’agrandit et j’espère Je suis fière d’eux, bravo ! qu’elle s’agrandira encore. Je suis fière d’eux, bravo ! qu’elle s’agrandira encore. C’était une très belle célébration. J’ai ressenti de la joie et beaucoup de bonheur. célébration. J’ai ressenti de la joie et beaucoup de bonheur. célébration. J’ai ressenti de la joie Mélora, servante d’autel Taïna, nouvelle servante d’autel ‘‘‘‘‘‘‘‘

Page 10

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 10 Une très belle journée qui a permis le rapprochement de personnes œuvrant pour l'évangélisation du plus grand nombre. Une journée où chacun a pu prendre conscience de ses manquements. Une journée à reconduire. Merci père Aizo et à l'équipe pour l'organisation. Rosette et Gorges Felixine Ministres extraordinaires de la communion Rendons grâce à Dieu pour cette magnifique journée de récollection qui nous a permis de tisser des liens de fraternité, d'unité, afin de mieux vivre en Église notre complémentarité missionnaire au sein de nos différentes pastorales paroissiales, pour le bien commun de l'entière communauté. Excellente journée à renouveler afin de mieux nous connaître en amis du Christ que nous sommes. Rosange Marie Charles-Nicolas Bartholet Ministre de la Parole Une journée de récollection qui fait réfléchir sur la qualité et la réalité du service gratuit dans notre Église. Un enseignement accessible par tous, plein de douceur et d'humilité pour comprendre que le Christ nous appelle à être non plus d'humbles serviteurs, mais surtout une communauté d'amis, de frères dans l'Amour de Dieu le Père. Les ateliers en groupe ont permis de partager les ressentis de chacun et de réfléchir à des pistes d'amélioration, quel que soit le mouvement paroissial. Le temps de réflexion personnel pour s'engager dans un service à l'image de ce que Dieu nous demande. Une journée très agréable à reproduire ! Merci Seigneur Gladys Deau, Bureau CPP Le samedi 2\b mars 2\b21, les membres du Conseil Pastoral Paroissial (CPP) élargi de Sainte- Marie  se  sont  réunis  pour  un  temps  de  réflexion  et  de  méditation  au  Domaine  de  Rivière  Blanche, à Saint-Jos\(eph. Le thème de l\(a récollection portait sur la notion de \(« Service ». Récollection du Conseil Pastoral Paroissial de Sainte-Marie L a paroisse Notre-Dame de  l’Assomption de Sainte-Marie  compte une quarantaine de  groupes et services divers. Les  responsables de chaque groupe font  partie du Conseil Pastoral Paroissial  et sont chargés d’aider le curé dans  sa mission et dans l’animation de la  Pastorale Paroissiale. Le père Gilles Aizo,  curé de la paroisse, a ainsi convoqué son  CPP dans un espace luxuriant, propice  à la méditation et au recueillement,  pour aborder le thème du service. La  rencontre a débuté par la méditation  du chapelet suivie de l’Eucharistie.  Le père Eddy Ertus a ensuite assuré  un enseignement très profond sur le  service au sein d’une communauté  paroissiale. Il a rappelé que le service est  une réalité fondamentale qui permet  au chrétien d’imiter son Maître ; « le  Fils de l’homme est venu pour servir,  non pour être servi… » (Mc 10,45). Une  des conditions importantes à posséder  est celle de l’humilité et aussi celle de  l’amour du prochain (gratuité du service  sans rien attendre en retour). Il convient  donc d’être bien disposé, d’être en  constante relation avec le Christ pour  assurer un service de qualité qui porte  du fruit. Le père Ertus a sensibilisé sur  les pièges à éviter, notamment celui  du besoin de reconnaissance et de  l’activisme qui reflète surtout notre  besoin d’amour inconditionnel. Le  serviteur doit avant tout être l’ami du  Christ, il doit s’ouvrir à la présence de  Dieu pour répondre avec son corps à  l’initiative de Dieu. Le service est donc  une louange incarnée qui n’ignore pas  cependant la présence de la croix.  La journée s’est poursuivie par un temps  d’adoration et de méditation autour  d’un questionnaire sur le thème. Le père  Aizo a clôturé la rencontre en rappelant  que le serviteur doit être motivé par le  désir de grandir en sainteté. Il a confié  à chaque participant une bougie,  symbole de la lumière du Christ qui  éclaire nos vies. Chacun est reparti  joyeux et revivifié dans sa mission, prêt  à témoigner du Ressuscité, heureux  de pouvoir dire à son tour « Je suis la  servante du Seigneur, qu’il me soit fait  selon ta parole » (Lc 1,38). Livia Balmy, Secrétaire du CPP ■ VIE DU DIOCÈSE Récollection du Conseil Pastoral Paroissial de Sainte-MarieRécollection du Conseil Pastoral Paroissial de Sainte-Marie « Le serviteur doit etre motivé par le désir de grandir en sainteté » constante relation avec le Christ pour  Gladys Deau, Bureau CPP Témoignages

Page 11

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 11 un bien pour l’homme L e travail est un droit fondamental et c'est un bien pour l'homme : un bien utile, digne de lui car apte précisément à exprimer et à accroître la dignité humaine. L'Église enseigne la valeur  du travail,  non seulement parce qu'il  est toujours personnel, mais aussi en  raison de son caractère de nécessité.   Le travail est nécessaire pour fonder  et faire vivre une famille,  pour avoir  droit à la propriété,  pour contribuer au  bien commun de la famille humaine.   La considération des implications  morales que comporte la question du  travail dans la vie sociale conduit l'Église  à qualifier le chômage de « véritable  calamité sociale », surtout pour les  jeunes générations. Le travail est un bien de tous, qui doit être disponible pour tous ceux qui en sont capables. Le « plein emploi » est  donc un objectif nécessaire pour tout  système économique tendant à la justice  et au bien commun. Une société dans  laquelle le droit au travail est déprécié ou  systématiquement nié et où les mesures  de politique économique ne permettent  pas aux travailleurs d'atteindre des  niveaux d'emploi satisfaisants, « ne  peut ni obtenir sa légitimation éthique,  ni assurer la paix sociale ». Un rôle  important et donc une responsabilité  spécifique et grave incombent, dans  ce domaine, à « l'employeur indirect »,  à savoir aux sujets  -personnes ou  institutions de toutes sortes- qui sont  en mesure d'orienter, au niveau national  ou international, la politique du travail et  de l'économie. La capacité de programmation d'une société orientée vers le bien commun et projetée vers le futur se mesure aussi et surtout en fonction des perspectives de travail qu'elle peut offrir. Un taux élevé de chômage,  la présence de systèmes d'instruction  obsolètes et de difficultés persistantes  dans l'accès à la formation et au marché  du travail constituent, surtout pour  beaucoup de jeunes, un fort obstacle  sur la route de la réalisation humaine  et professionnelle. Celui qui est sans  emploi ou qui est sous-employé subit  de fait les conséquences profondément  négatives que cette condition entraîne  sur sa personnalité et il risque d'être  placé en marge de la société, de  devenir une victime de l'exclusion  sociale. C'est un drame qui frappe, en  général, non seulement les jeunes,  mais aussi les femmes, les travailleurs  moins spécialisés, les handicapés,  les immigrés, les anciens prisonniers,  les analphabètes, tous les sujets qui  rencontrent davantage de difficultés  dans la recherche d'une place dans le  monde du travail. Le maintien d'un emploi dépend toujours plus des capacités profe- ssionnelles. Le système d'instruction  et d'éducation ne doit pas négliger  la formation humaine et technique,  nécessaire pour remplir avec profit les  fonctions requises. La nécessité toujours  (Extrait du Copendium de la Doctrine sociale de l’Eglise) LE TRAVAIL,  TRAVAIL ET RESPONSABIL\nITÉ DOSSIER

Page 12

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 12 TRAVAIL ET RESPONSABIL\nITÉ DOSSIER plus répandue de changer plusieurs  fois d'emploi au cours de la vie impose  au système éducatif de favoriser la  disponibilité des personnes à une  requalification et un perfectionnement  permanents. Les jeunes doivent  apprendre à agir de manière autonome,  à devenir capables d'assumer de façon  responsable le devoir d'affronter avec  des compétences appropriées les risques  liés à un contexte économique mobile et  aux évolutions souvent imprévisibles.  Il  est tout aussi indispensable d'offrir aux  adultes en quête de requalification et aux  chômeurs des occasions de formation  opportunes. Plus généralement, le  parcours professionnel des personnes  doit trouver de nouvelles formes  concrètes de soutien, à commencer  par le système de formation, de sorte  qu'il soit moins difficile de traverser des  phases de changement, d'incertitude et  de précarité. Le rôle de l'État et de la société civile dans la promotion du droit au travail Les problèmes de l'emploi interpellent les responsabilités de l'État, auquel il revient de promouvoir des politiques actives de travail, aptes à favoriser la création d'opportunités de travail sur le territoire national, en stimulant à cette fin le monde productif. Le devoir  de l'État ne consiste pas tant à assurer  directement le droit au travail de  tous les citoyens, en régentant  toute la vie économique et en  mortifiant la libre initiative des individus, que plutôt à «soutenir l'activité des  entreprises en créant les conditions qui permettent d'offrir des emplois, en la  stimulant dans les  cas où elle reste  insuffisante ou en la  soutenant dans les  périodes de crise ». La famille et le droit au travail Le travail est « le fondement sur lequel  s'édifie la vie familiale, qui est un droit  naturel et une vocation pour l'homme » :  il assure les moyens de subsistance  et garantit le processus éducatif des  enfants. Famille et travail, si étroitement  interdépendants dans l'expérience  de la grande majorité des personnes,  méritent finalement une considération  plus adaptée à la réalité, une attention  qui les comprenne ensemble, sans  les limites d'une conception privatiste  de la famille et économiste du travail.  À cet égard, il est nécessaire que  les entreprises, les organisations  professionnelles, les syndicats et l'État  encouragent des politiques du travail  qui ne pénalisent pas, mais favorisent  la cellule familiale du point de vue de  l'emploi. En effet, la vie de famille et le  travail se conditionnent réciproquement  de diverses façons. Les grandes distances  à parcourir jusqu'au lieu de travail, le  double emploi et la fatigue physique  et psychologique réduisent le temps  consacré à la vie familiale ;  les situations  de chômage ont des répercussions  matérielles et spirituelles sur les familles,  de même que les tensions et les crises  familiales influent négativement sur  les comportements et sur le rendement  dans le domaine du travail. Source : http://www.vatican.va/roman_curia/ pontifical_councils/justpeace/ ■

Page 13

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 13 L e travail joue un rôle important dans le projet de Dieu. Dieu a confié  à l’homme la mission de soumettre la terre (Genèse1, 28) de la garder,  de l’entretenir. Le travail peut constituer un service précieux à rendre  aux personnes qui nous entourent. Voire plus : cultiver la terre de manière  durable, faire évoluer avec créativité ses potentialités rend l’être humain plus semblable à son créateur. Bien accomplir des tâches simples nous unit à Jésus qui était lui-même un ouvrier. Selon le Philosophe autrichien Thomas VASEK, un bon travail contribue  à l’épanouissement de nos facultés, et par conséquent à une bonne  vie. Le travail nous donne un sens, nous confère une vie sociale, forge  notre identité. A juste titre, beaucoup de personnes se définissent  par leur profession qu’ils ont eu de bonnes raisons de choisir et qu’ils  ont exercée le plus longtemps possible. C’est  lorsqu’il vient à manquer que l’on découvre  le mieux l’importance du travail.  Quatre membres du mouvement des  Chrétiens dans le Monde du Travail qui  travaillent dans le privé, la fonction publique (Santé  et Education nationale), la fonction publique territoriale (CTM)  témoignent de ce qui les rend heureux dans leur travail et qui leur  permet de s’épanouir professionnellement. Yves-Marie Grivalliers  ■ CHRÉTIENS DANS LE MONDE DU TR\nAVAIL Le travail humain Pouvoir travailler,  avoir  un  travail,  être  capable  d’accomplir  quelque  chose  pour  soi-même  et  pour  les  autres est apprécié de la plupart. En  revanche, être au chômage, n’être utile  à personne, ôte sa dignité à la personne.  En travaillant, l’être humain développe  ses  capacités  et  ses  talents,  il  participe  au  développement  économique,  social  et  culturel.  Autant quitter mon lit le matin m'est diffi- cile, autant est grande la joie, réciproque, des retrouvailles avec mes collègues. Pourtant, dans le milieu paramédical où j’évolue, je ne saurais imaginer en arrivant ce que la journée me réserve. Cette diversité de tâches, de rencontres prévues ou pas, me forcent à toujours être disponible pour tous et encourager chacun à persévérer pour que la journée soit plus agréable et avoir la fierté du travail accompli. Pour mon épanouissement, j’ai choisi de pratiquer ce proverbe découlant du 2ème commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », c’est « ne pas faire aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». En Martinique, nos familles espèrent beaucoup des ser- vices publics d’éducation qui offrent des formations à leurs enfants afin qu’ils apprennent un métier de leur choix. Je participe à la mise en ligne de ressources numériques pour les personnels et les élèves, y compris ceux qui sont en situation de handicap ; je les aide également dans l’utilisation de ces outils. Lorsque, je reçois des remerciements, cela m’encourage à poursuivre dans la joie mes missions. Au quotidien, je collabore avec mes collègues, j’apprends à partager leurs idées et à me remettre en question. En cas de désaccord, je me confie à Dieu pour trouver une solution et pardonner au plus vite. En effet, il est dit, dans Colossiens 3:23 : « Quel que soit votre travail, faites-le de tout votre cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes » . Ce qui me rend heureux après 28 ans dans la même entreprise pourrait se traduire par le fait que l'Homme doit se nourrir et vivre de son travail. J'aime mon travail, malgré les aléas de la vie. C'est un lieu de contact avec les clients que j'ai vu grandir ainsi que leurs enfants. Les encouragements reçus me donnent du baume au cœur malgré de durs moments qui ont affecté ma santé. Je suis content de pouvoir continuer ce chemin parsemé de bons, comme de mauvais moments, de rencontrer mes collègues avec qui j'ai tant partagé (conflits, deuils,...). Je crois qu’il ne faut pas voir son travail comme une montagne à gravir, mais comme une possibilité de vivre de magnifiques aventures humaines en s’épanouissant avec force, ténacité et foi ; en don- nant et en recevant avec joie sous la protection de notre S eigneur. Je remercie Dieu chaque jour pour la grâce de pouvoir travailler. Mon épanouissement : pouvoir offrir une partie du fruit de mon travail à la messe dominicale, une fierté de servir l’intérêt général. Même si le lieu de travail n’est pas toujours l’endroit adéquat pour parler de sa foi, dans la continuité de ma vie chrétienne, je prends plaisir à témoigner de ce que Dieu a fait dans ma vie. Un clin d’œil à une collègue avec qui j’ai des échanges très édifiants sur Dieu. Un conseil : Parler de ses expériences chrétiennes tout en apprenant à écouter l’autre, peu importe ses convictions. cile, autant est grande la joie, réciproque, des retrouvailles Patricia FL-S après 28 ans dans la même entreprise Félix pouvoir travailler. Mon épanouissement : pouvoir offrir une Alice D. protection de notre protection de notre CHRÉTIENS DANS LE MONDE DU TR\nAVAIL

Page 14

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 14 TRAVAIL ET RESPONSABIL\nITÉ DOSSIER D u travail servile à la liberté… Nous avons coutume d’entendre  nos compatriotes dire « dèmen  ni bannann », « travay bétjé-a » et ce,  quel que soit l’employeur ! Cela nous  a interpellés et nous a amenés durant  nos nombreuses interventions (cours et  séminaires) en sociologie et management  des organisations à essayer de comprendre  notre relation au travail ! Evidemment,  notre réflexion ici ne doit pas être  considérée comme étude scientifique du  comportement du Martiniquais au travail,  mais une sensibilisation à une meilleure  prise en compte de notre rôle d’acteur  dans le développement de notre société  martiniquaise. Parler de notre société nous oblige à  interroger notre passé commun, où des êtres  humains ont été mis en contact, dans des  conditions où l’humain disparaissait au profit  de l’outil, d’un moyen de production. En effet,  dans cette ile, l’histoire de la colonisation  nous rappelle que l’approche au travail  n’avait pas, pour la majorité des êtres, la  fonction initiale que l’on retrouve dans  Genèse chap. 3 v.17 et 19 : « C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie … C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ». Pour les esclaves  noirs, le travail qu’il fournissait n’avait pas  pour fonction première de leur permettre  de vivre en tant que besoin primaire, mais  un moyen de produire, sans rétribution  (la notion de salaire n’existe pas dans  l’univers de la plantation) pour un maître  européen dans la logique économique, de  la colonisation de production. Ce type de  colonisation diffère des 2 autres, à savoir  la colonisation de peuplement (Amérique  du Nord, Australie, Nouvelle-Calédonie…),  extension de la société européenne où  les colons travaillaient eux-mêmes et les  peuples indigènes étaient soit massacrés  ou repoussés dans l’arrière-pays. Dans  d’autres régions (Amériques du Sud,  Afriques coloniales, Asie), les Européens  fondèrent des colonies de conquête, eux- mêmes constituant une élite dirigeante,  tandis que les Autochtones conquis  fournissaient la force de travail. Dans les  Caraïbes, les Européens n’utilisaient ni leur  propre travail (l’élite coloniale) ni celui des de  la population indigène, mais ils firent venir  une très nombreuse main-d’œuvre forcée !  Jusqu’à l’abolition de l’esclavage dans les  années 1848, le travail, particulièrement  agricole, représentait tout ce qui avait de plus  déshumanisant pour un être qui n’était pas  reconnu comme Homme, mais simple bétail,  sans nom, avec un numéro de matricule ! La relation faussé\:e : du maitre au patron\: ! L’abolition de l’esclavage marque un  tournant dans la relation au travail aussi  bien pour les anciens esclaves que pour  les maîtres. Du jour au lendemain, l’élite  coloniale européenne (maître ayant droit  de vie et de mort) se retrouve patron, donc  dans une nouvelle relation professionnelle  (inédite) avec des droits et devoirs ! Les  anciens esclaves se retrouvent libres, mais  pour subvenir à leur besoin, se retrouvent  pris dans un dilemme : Faut-il retourner  travailler pour ceux qui pendant des  années les ont brimés, déshumanisés,   ou survivre comme ils peuvent ! Le travail  sera rémunéré, mais peu de changement  dans les conditions où le management  demeure quasi identique : autoritaire et  quelques fois paternaliste ! Mais la figure  de représentation du nouvel employeur  reste l’ancien maître (le colon européen).  Ceux qui jadis représentaient l’élite coloniale  sont les mêmes qui occupent la fonction  d’employeur dans la nouvelle relation du  travail salarial. Dans un tel contexte où ils  se sentent déjà dépossédés, ils ne peuvent  concevoir le travail salarial comme un lieu  d’épanouissement, d’affirmation sociale,  mais un lieu où il va falloir s’adapter, « faire  avec » ! Et ce n’est pas un hasard si très tôt  la structure familiale va pousser, orienter  leurs progénitures vers l’armée, ou les  autres secteurs de la fonction publique.  Ce rejet inconsciemment entretenu de ce  passé douloureux va fortement influencer  la relation au travail (salarial), d’autant plus  que la stratification économique qui se  met en place repose sur les mêmes acteurs  de l’organisation qui ont existé durant  l’esclavage.  Cette pyramide économique,  même si elle a des similitudes avec les  analyses de la pensée marxiste, demeure  propre à notre région, où la construction  de la pensée salariale s’appuie sur les  traumatismes de ceux qui fournissent la force  de travail. Ainsi, la représentation du travail,  particulièrement salarial, se vit comme une  dépossession de soi. Il ne travaille pas pour  gagner sa nourriture, satisfaire ses besoins,  mais POUR UN AUTRE. Cet Autre, quel  que soit le lieu de l’exercice de l’activité  professionnelle, quelle que soit son ethnie,  son épiderme, renvoie inconsciemment à  l’image du maître-patron. Et combien de fois  ai-je entendu des salariés parlant de leur  employeur dire : « mwen épi travay bétjé  tala » !!! Même dans une collectivité locale  un agent me l’a sorti !!! Maurice Halbwachs,  dans  « Les cadres sociaux de la mémoire »,  nous rappelle que les éléments du passé,  y compris le langage, comme les souvenirs,  ont un impact sur la mémoire collective de  tout groupe ! Notre présent est affecté et  nos actes, gestes et paroles véhiculent des  éléments de notre passé et peuvent avoir  une influence sur nos comportements ! Cette  image est aussi le fruit d’un management  issu de l’esclavage, construit sur le modèle  autoritaire puis paternaliste. Le passé  commun, douloureux, n’a pas été pris en  compte dans la construction d’une nouvelle  relation d’émancipation pour toutes les  parties prenantes de l’entreprise.  C’est une nouvelle dynamique qu’il faut construire ! La connaissance de soi, cette réconciliation d’abord avec soi-même, son histoire, par des actes concrets de tous les acteurs de la société pour transformer la vision du travail en un vecteur de développement personnel et collectif. Un nouveau management s’impose, il se doit d’être participatif ! Guy-Albert Médec, Sociologue ■ La relation du Martiniquais au travail

Page 15

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 15 Dans tous les territoires, y compris en Martinique, nous  sommes confrontés à des problématiques d'offres et de  demandes, nombre  d'emplois et de demandeurs d'emploi. C oncernant la demande, c'est  plus de 50 000 demandeurs  d'emploi. Le nombre est une  chose, mais la typologie des deman- deurs d'emploi est déterminante.  Après des décennies et des décennies  d'acheminement de « post bac » en  France et ailleurs, le fichier de deman- des ne garantit pas de trouver toutes  les compétences utiles aux besoins  de recrutement des employeurs. Il  ne suffit pas de disposer de plus de  50 000 demandeurs d'emploi et de  pouvoir satisfaire les entreprises. Si vous n'êtes pas en « plein emploi »  et que vous n'arrivez pas à satisfaire  les besoins de main d'œuvre, il y a  problèmes. Et nous sommes en plein  dedans. Que faire ? Il faut former un maximum  de demandeurs d'emploi pour qu'en  2022-2023, l'on  commence à récolter les  fruits de cet investissement,  c'est-à-dire  disposer de la main d'œuvre formée. Ensuite, le marché du travail est  composé de 45 000 entreprises dont  2  000 grosses entreprises et tout le reste  est composé de très petites entreprises.  Cela signifie que le tissu économique  est trop complexe, dans le sens qu’il est  composé de trop petites entités pour  espérer résoudre le chômage. Autre élément important, avec le  vieillissement de la population, les  départs à la retraite font légion. Si  vous ne disposez pas de demandeurs  d'emploi qualifiés, employables pour  remplacer ceux qui partent, ça pose  problème ! Il aurait fallu, depuis bien des années,  anticiper cette affaire en faisant de la  gestion prévisionnelle des emplois  et métiers par la mobilisation de la  formation.  Pour espérer faire monter  en compétences un maximum de  demandeurs d'emploi pour maitriser le  problème, il aurait fallu former plus de  20 000 à 25 000 personnes, soit environ  plus de 1 600 sessions de formation de  15 personnes… Pour ce faire, il faut plus  de 400 formateurs, des salles, etc. Au moment, ou nous parlons de cela,  c'est mission impossible, car il y va de  la nécessité de disposer de formateurs  opérationnels mais aussi de salles. La Martinique est devant ce dilemme  d'un fichier de demandeurs d'emploi  pas suffisamment qualifiés, d'où le  risque de voir venir des personnes  d'ailleurs pour occuper les emplois  disponibles.  Des initiatives sont prises  pour combler ce manquement, mais on  se trouve devant une problématique  qui va trainer sur environ 5 années si  les choses ne sont pas prises en main. Il y a bon espoir avec des secteurs  d'activité nouveaux tels que la  fibre optique, la transformation  agroalimentaire, la microsoudure, la  biodiversité, et aussi pouvoir compter  sur des secteurs où des milliers de  personnes partiront à la retraite : métiers  du BTP, du commerce, de l'automobile,  de l'agriculture, de la santé, dans le  tertiaire, le transport, l’administration,  etc.  Donc dans l'absolu, il n'y a pas  de problème d'emploi. Il n'y a que la  demande qui n'est pas au rendez-vous  pour les raisons évoquées ci-avant. Ceux qui sont au chômage, leur  situation se dégrade et cela crée une  vraie rupture, un vrai fossé, et le coût  social est inquiétant.  Pourtant, on va considérer que  l'économie est active et attractive  car malgré le covid, les productions  résistent. Donc c'est un territoire  dynamique, c'est dommage que le  fichier de demandeurs d'emploi soit  dépassé par les besoins de main- d'oeuvre. Cette problématique du travail est  croisée avec des chiffres en tous genres  qui démontrent que les dégradations  sont là avec près de 42 000 bénéficiaires  du RSA, 120 000 personnes en pauvreté  et misère, 50 000 demandeurs d'emploi  avec un taux de chômage des jeunes  impressionnant. Pouvoir inverser cette tendance est  possible, mais il faudra s'y mettre au  plus vite pour que la société ne dévie  pas en guerre civile par exemple, car à  force d'espérer, ça  peut se dégrader !!!  Ce serait le comble.  Il ne doit pas y avoir de désespoir,  mais  les situations sont là, bien identifiées. Ne rien faire serait irresponsable. Mario Moreau, Technicien emploi  ■ La problématique du travail en Martinique

Page 16

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 16 D ans son Évangile, à un des  moments où Jésus retourne  dans son pays, à Nazareth,  et où il parle dans la synagogue, saint  Matthieu souligne l’étonnement de  ses compatriotes devant sa sagesse, et  la question qu’ils se posent : « Celui-là  n’est-il pas le fils du charpentier ? » (13,  55). Jésus entre dans notre histoire, il  vient au milieu de nous, il naît de la  Vierge Marie par l’opération de Dieu,  mais avec la présence de saint Joseph,  son père légal qui veille sur lui et lui  enseigne même son travail. Jésus naît  et vit dans une famille, dans la Sainte  Famille, apprenant de saint Joseph le  métier de charpentier, dans l’atelier de  Nazareth, partageant avec lui l’effort,  la fatigue, la satisfaction et même les  difficultés quotidiennes. Ceci nous rappelle la dignité et  l’importance du travail. Le livre de la  Genèse raconte que Dieu a créé l’homme  et la femme en leur confiant la tâche  de remplir la terre et de la soumettre,  ce qui ne signifie pas l’exploiter, mais  la cultiver et la préserver, en prendre  soin par leur propre labeur (cf. Gn 1,  28 ; 2, 15). Le travail fait partie du plan  d’amour de Dieu ; nous sommes appelés  à cultiver et à préserver tous les biens  de la création et c’est ainsi que nous  participons à l’œuvre de la création ! Le  travail est un élément fondamental pour  la dignité d’une personne. Pour le dire de manière imagée, le travail  nous « oint » de dignité, nous remplit de  dignité ; il nous rend semblables à Dieu  qui a travaillé, et qui travaille, qui est  toujours à l’œuvre (cf. Gn 5, 17) ; il donne  la capacité de pourvoir à ses propres  besoins, à ceux de sa famille, de contribuer  à la croissance de sa nation. Et je pense  ici aux difficultés que rencontre, dans   un certain nombre de pays, le monde  du travail et de l’entreprise ; je pense à  tous ceux, et ce ne sont pas seulement les  jeunes, qui sont au chômage, très souvent  à cause d’une conception économiste de  la société qui recherche un profit égoïste,  sans tenir compte des paramètres de la  justice sociale. Je désire adresser à tous une invitation à  la solidarité, un encouragement à ne rien  épargner pour donner un nouvel élan à  l’emploi ; cela signifie se préoccuper de  la dignité de la personne ; mais surtout,  je voudrais vous dire de ne pas perdre  espoir ; saint Joseph aussi a connu des  moments difficiles, mais il n’a pas perdu  confiance et il a su les surmonter, certain  que Dieu ne nous abandonne pas. Et je voudrais aussi m’adresser en  particulier à vous, les jeunes, les garçons  et les filles : engagez- vous dans votre  devoir quotidien,  à vos études,  dans votre travail,  dans vos relations  amicales, dans le  souci des autres ; votre  avenir dépend aussi de la  manière dont vous savez vivre ces années  précieuses de votre vie. N’ayez pas peur  de l’engagement, du sacrifice et regardez  sans peur vers l’avenir ; entretenez  l’espérance ; il y a toujours une lumière  à l’horizon. J’ajoute un mot sur une autre situation  particulière de travail qui me préoccupe :  je veux parler de ce que nous pourrions  appeler le « travail d’esclave », le travail  qui rend esclave. Tant de personnes, dans  le monde sont victimes de cette forme  d’esclavage, où c’est la personne qui sert  le travail, alors que ce devrait être le travail  qui offre un service aux personnes, leur  permettant de garder leur dignité. Je  demande à tous les frères et sœurs dans  la foi, et à tous les hommes et femmes de  bonne volonté de faire un choix décisif  contre la traite des personnes, qui englobe  aussi le « travail d’esclave ». Extrait homélie du pape François pour la fête de  St Joseph travailleur du 1 er mai 2013   ■ La dignité et l’importance du travail, selon le pape François TRAVAIL ET RESPONSABIL\nITÉ DOSSIER

Page 17

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 17 La vocation des jeunes ON Y CROIT ! Grands séminaristes : 100.000 € Petits séminaristes et services des vocations : 50.000 € = 150.000 € dépense pour les vocations bénéficiez d’ avantages fiscaux Votre participation ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu. Cette déduction est égale à 66% du montant de votre don (dans la limite de 20% de votre revenu imposable). En versant par exemple 100€, vous pouvez déduire 66€ de votre impôt. Pour vous permettre de bénéficier de cet avantage fiscal, un reçu vous sera envoyé pour chaque don par chèque et, au début de l’année prochaine, pour les prélèvements aiutomatiques. L’Église ne reçoit aucune subvention et ne vit que des dons des fidèles $LGH]O?JOLVH?4QDQFHUODYRFDWLRQ des futurs jeunes prêtres et la formation des séminaristes donnonsmafoi.com 0696 90 40 74 des enveloppes sont à disposition dans votre paroisse pour faire un don

Page 18

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 18 Je dirais en effet que notre société traverse une situation de poly-crise. L’Eglise en est affectée car il y a une remise en question de la place de Dieu dans nos vies, de son utilité. Lorsque nos circonstances sont à ce point secouées, une question nous vient : « comment en sommes-nous arrivés là ? ». La quête d’une réponse nous pousse soit à une introspection, soit à un fatalisme. Une introspection qui nous tourne vers Dieu et nous pousse à sortir de notre torpeur, conscients que la foi tiède est stérile, ou alors un fatalisme qui nous conforte à nous détourner d’un Dieu que nous imaginons d’un autre temps et devenu inefficace au temps d’internet. Ceux qui choisissent de sortir de leur torpeur s’engagent dans leur communauté, organisent l’accueil des fidèles, réinventent les activités en Eglise, développent des élans de solidarité avec leurs prochains, investissent les PCE qui fleurissent un peu partout, reviennent à la formation et à la prière notamment à travers E CCLÉSIA 'M 2020 !. Ceux qui au contraire s’éloignent de Dieu n’honorent plus le jour du Seigneur, sont de plus en plus broyés par les vicissitudes de la vie, et mettent leur espoir dans la conquête de gloire et de conforts humains. Ils sont malheureusement de plus en plus nombreux, à un point tel que les générations ne se renouvellent de plus en plus difficilement au sein de l'Eglise. La solution est d’accepter de sortir des sentiers battus. Une disruption, un changement radical est nécessaire. Et ce changement c’est l’amour. Jésus-Christ était un révolutionnaire en son temps sur terre, Il l’est tout autant aujourd’hui. La réparation que nous cherchons ne peut être obtenue sans pardon afin de guérir de nos souffrances et dépasser les schémas inégalitaires dans lequel est plongée notre société. Il nous faut apprendre à aimer afin de sortir de nos égos, d’ouvrir nos oreilles et nos mains afin de travailler ensemble à construire cette Martinique plus juste et fraternelle que nous souhaitons. Il s’agit de rassembler toutes les forces vives, des plus petits aux plus grands en recréant le lien entre les générations, toutes les compétences, toutes les couches de la société. L’Eglise a les moyens d’agir et d’y contribuer en sortant de ses murs. Nous, chrétiens, ne pouvons-nous contenter d’être chrétiens entre nous. Nous devons être des christs pour nos frères. Nous devons leur porter cette source de l’amour véritable qu’est le Christ et qui transforme tout. Nous devons sortir de nos murs pour aller porter la Bonne Nouvelle, nous devons nous engager dans des mouvements ou associations pour accompagner ceux qui en ont besoin, nous engager dans la vie de notre communauté, nous engager en politique pour défendre ce en quoi nous croyons. Notre vie ne doit pas dépendre de nos circonstances, mais du Christ qui est mort et ressuscité afin que nous soyons sauvés et que nous ayons la vie éternelle. L’Eglise est affectée par cette situation de crise qui empêche aux paroissiens de se rendre à la messe librement, de participer aux différentes manifestations où se rassemblent les croyants, de rendre visite aux malades, de venir en aide aux nécessiteux car la peur s’est installée chez certaines personnes. Peur d’attraper la maladie, peur de la transmettre à l’autre, peur du confinement. Les églises se vident de plus en plus car les restrictions limitent le nombre de personnes pendant la messe. La solution ultime serait de se débarrasser totalement de ce virus en trouvant un remède efficace et sans effets secondaires. En attendant, il faudrait éviter les contaminations en respectant scrupuleusement les gestes barrières et permettre aux chrétiens de vivre leur foi sereinement. Suivre la messe à distance est une solution mais cela ne permet pas de communier. La crise intervient quand il y a un dysfonctionnement. Est-ce que les chrétiens vivent l'Eglise dans ce que l’Eglise attend d’eux vraiment ? L es chrétiens sont-ils authentiques dans l’expression de leur baptême ? Connaissent-ils leurs droits et devoirs liés au baptême ? N’y a-t-il pas une distance entre ce que les fidèles vivent entre eux dans leur réalité paroissiale voire diocésaine et ce que l’Eglise doit être ? c’est pour cela que le pape François nous appelle à une conversion pastorale pour être davantage conforme à ce que le Christ attend de son Eglise. Si les personnes qui sont à l’accueil ne nous montrent pas Dieu qui nous accueille, il y aura fatalement une crise à la porte de l’église, au bureau paroissial. Si le fidèle au service est dans une logique de pouvoir et de reconnaissance, il y a aura là aussi une crise en lui-même et dans sa relation avec les autres. Si la communauté chrétienne s’enferme sur elle-même, il y aura une crise car c’est au cœur du monde que le Christ l’accueille. Pour sortir de la crise, il faut revenir aux fondamentaux, redécouvrir l’Eglise et sa mission, redécouvrir son baptême. Il faut rechercher la vérité et être cohérent. Il faut retrouver son identité chrétienne, communautaire. Il convient d’être l’Eglise du Christ qui entre dans la dynamique des cinq essentiels des actes des apôtres (Actes 2 - 42), des temps de mystagogie sont nécessaires afin de découvrir le mystère de la vie chrétienne. Père Jean Michel Monconthour Propos recueillis par Nicole Chésimar ■ ? Question AN TJÈ LÉGLIZ-LA ‘‘ 1. Notre société est dans une situation de crise. Penses-tu que l’Eglise est aussi affectée par cette situation ? Quels sont les faits qui le démontrent ? 2. Quelle est la solution ? que faut-il faire ? L’Eglise a-t-elle les moyens de réagir ? ‘‘ Sabine Andrivon Milton Paroisse de Ste-Thérèse Sandrine Icheck paroisse de Rivière Salée

Page 19

ÉGLISE EN MARTINIQUE du 25 avril 2021 – n° 620 19 Agenda de l’Archevêque Dimanche 25 avril : • 9h30 : Messe au quartier Bô Kannal • 17h : Vêpres solennelles à la cathédrale Saint-Louis (horaire couvre-feu) Mardi 27 avril : • Conseil épiscopal Mercredi 28 avril : • 18h30 : Catéchèse de l’Evêque à Emmaüs (huis clos) Jeudi 29 avril : • Cours de Théologie de la spiritualité en visioconférence Dimanche 2 mai : • 6h30 et 8h : Messes à la paroisse du Morne-Rouge • 17h : Vêpres solennelles à la cathédrale Saint-Louis (horaire couvre-feu) Mardi 4 mai : • Conseil épiscopal Mercredi 5 mai : • 18h30 : Catéchèse de l’Evêque à Emmaüs (huis clos) Jeudi 6 mai : • Cours de Théologie de la spiritualité en visioconférence Samedi 8 mai : • Visite à la communauté du Chemin-Neuf à Saint-Pierre Dimanche 9 mai : • 8h et 10h : Messes à la paroisse de Sainte-Anne • 17h : Vêpres solennelles à la cathédrale Saint-Louis (horaire couvre-feu) Retrouvez les actualités du diocèse sur : http://martinique.catholique. fr ASSOCIATION DIOCÉSAINE DE\( MARTINIQUE Service legs et donations Archevêché de Fort-de-France - 5-7, rue du Ré\(vérend Père Pinchon BP 586 - 972\b7 FORT DE FRANCE CEDE\(X Téléphone : \b6 96 31\b\( 333 - E-mail : mich\(el.pouch@wanadoo.fr oui , je souhaite recevoir en toute confidentialité votre brochure pour m’informer  sur les possibilités de legs, donations et assurances-vie à l’Association Diocésaine. oui ,je  souhaite  être  contacté  pour  un  rendez-vous  au  Service  des  legs  et  donations ou à mon\È domicile. LÉGUEZ à l’ Église catholique L’espérance en héritage DEMANDE D’INFORMATIONS sans engagement de votre part Mes coordonnées  ❏ Mme ❏ Melle    ❏ M. Nom  Prénom Adresse   Code postal Ville  Téléphone E-mail Paroisse  (facultatif) POUR L’ARCHEVÊCHÉ DE MART\(INIQUE 99.5 - 101.3 et105.1 MHz www.radiosaintlouis.com Radio Saint-Louis, Rue Georges-Zaïre, ZAC Rivière Roche, 97200 Fort de France Tél. : 05 96 71 86 04 - Fax : 05 96 71 86 05 - Courriel : radio-saint-louis@orange.fr

Page 20

M oi, je suis le bon pasteur, le vrai berger,qui donne sa vie pour ses brebis.

Numéros précédents