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E g lise
en MARTINIQUE
Mgr Alain R ansay,
nouvel évêque de Guyane
N° 636
REVUE DIOCÉSAINE
BIMENSUELLE — 2,00 €
27 FÉVRIER 2022
Hommage au père Filopon
Dossier : La fraternité,
chemin de conversion
Questionnaire de carême
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S ommaire
L
es lectures de ce 8e dimanche du temps ordinaire C
nous appellent au discernement, à l’humilité et à la
conversion. Nous avons des efforts à faire sur nous-
mêmes pour montrer l’Eglise à travers nous, par nos paroles, nos
comportements et notre mode de vie. Nous avons également
à nous nourrir spirituellement pour transmettre fidèlement ce
que nous recevons de Dieu.
C’est d’ailleurs dans ce même ordre d’idée que le pape
François interpelle les séminaristes : « Il y a un monde qui
attend l’Evangile et le Seigneur désire que ses pasteurs soient
conformes à lui, portant dans le cœur et sur les épaules les
attentes et les poids du troupeau. Des cœurs ouverts, remplis
de compassion, miséricordieux ».
N’est-ce pas ce que reflète le nouvel évêque de Cayenne,
Mgr Alain Ransay ? Nous nous unissons à la joie du peuple
guyanais qui a assisté à son ordination épiscopale le 6 février
dernier. Notre diocèse était représenté par Mgr David Macaire,
de quelques prêtres, fidèles et amis. Nous portons notre cher
Mgr Ransay dans nos prières et lui souhaitons un plein
épanouissement dans la grande et belle mission de pasteur
qui lui est confiée.
Nous étions nombreux à rendre un dernier hommage à l’abbé
Mirta le 14 février. Il s’en est allé discrètement rejoindre celui
qu’il a aimé et servi fidèlement toute sa vie. Paix à son âme !
« Dire le salut aujourd’hui avec les cinq essentiels » : C’est
le thème choisi par notre diocèse pour ce Carême 2022.
Pour nous aider à nous y préparer, comme chaque année, un
questionnaire est proposé. Il nous permettra certainement
d’être en conformité avec les maîtres-mots des lectures
d’aujourd’hui : discernement, humilité et conversion
Notre Dossier est en lien avec le thème du Carême. Il traite de
la fraternité, chemin de conversion. Demandons au Seigneur
de nous aider à vivre une conversion de cœur et de voir son
visage en chacun de ceux que nous côtoyons.
Bon dimanche à tous !
Justine Lordinot ■
EDITORIAL
AGENDA DE L'EVEQUE 19
MOT DE L’EVÊQUE
PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE
DIOCESE DE CAYENNE
LITURGIE
VIE DU DIOCÈSE
• La Parole Dominicale
• Ordination de Mgr Alain Ransay ! Quelle fête à Cayenne, quelle joie !
• Tous frères en Jésus-Christ
• Nou Tout sé frè" : inscrire la fraternité au coeur du débat social
• Fraternité républicaine
• « Je fais de toi la lumière des nations » (Is49,6)
• Focus sur… le carnaval Interview de père Jean-Michel Monconthour
• A Dieu, père Mirta !
• Carême 2022
• Spécial Jeunes
• La période des grandes décisions
• Discours du pape François
Séminaristes : « Il y a un monde qui attend
l’Evangile »
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EGLISE UNIVERSELLE
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AN TJÈ LÉGLIZ-LA 18
Dossier : LA FRATERNITÉ :
CHEMIN DE CONVERSION
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EDITORIAL 2
DIRECTEUR DE PUBLICATION : Jean-Michel MONCONTHOUR RÉDACTRICE EN CHEF : Justine LORDINOT MISE EN PAGE – IMPRESSION Caraïb Ediprint – Bois Quarré – 97232 Lamentin – Tél. 05 96 50 28 28 TIRAGE : 8 000 EXEMPLAIRES
I.S.S.N. 0759-4895 – Commission paritaire N° 1115L87225 ADMINISTRATION – RÉDACTION Archevêché de la Martinique – Rue du R.P. Pinchon 97200 Fort de France - Tél. 05 96 63 70 70
SERVICE DES ABONNEMENTS Archevêché de la Martinique – BP 586
97207 Fort de France Cedex – Tél. 05 96 63 70 70 – 05 96 72 55 04 http://martinique.catholique.fr – egliseenmartinique@gmail.com
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 3
C
’est le moment ! Pran douvan
avan douvan pranw !
Je m’adresse aux pasteurs qui rêvent
de progrès pour leur communauté
et qui tremblent de devoir franchir
tant de montagnes d’obstacles et de
lenteurs humaines pour ce faire, y
compris les leurs ; je parle à toutes
les femmes qui n’arrivent plus
totalement à se projeter dans une
féminité accomplie, sous le joug de
leur vie compliquée de croyante, de
professionnelle, de compagne ou/et
de mère ; j’interpelle les hommes qui
ont le désir secret de s’améliorer pour
être plus proches de ce qu’on attend
d’eux dans leur couple, leur famille,
leur paroisse ou leur travail ; j’exhorte
les jeunes qui essaient de bâtir leur
avenir, se tiennent face aux tentations
du monde et aux choix radicaux à
opérer pour suivre Jésus ; je veux dire
aux âmes de tous les chrétiens qui, en
raison des contingences de leur vie
personnelle, physique, affective ou
spirituelle, de l’ambiance dans leur
entourage, de la conjoncture locale
ou de la crise internationale, sentent
comme un poids et aspirent à un
renouvellement existentiel ; c’est le
moment !
Le Carême approche. Si tu veux
discerner et prendre de grandes
décisions dans ta vie, pour ta vie… si
tu aspires à des orientations nouvelles
pour (mieux) suivre Jésus… si tu sens
que « quelque chose doit changer »,
parfois depuis longtemps, et que
tu n’arrives pas à t’en donner les
moyens… si tu sais dans le fond de
ton cœur que l’Esprit Saint t’attend, plus loin et peut-être ailleurs… si tu
entends en toi le profond désir d’être
libéré(e) de plusieurs chaînes ou de
quelque langueur… si tu as un pardon
à donner ou un aveu à confesser… si
tu dois contacter quelqu’un… faire
ta déclaration… t’inscrire dans un
groupe… fuir des fréquentations
toxiques… discerner un appel
nouveau… Le Carême est là pour ça.
C’est le moment du désert. A celui
ou celle qui veut le bien, le Seigneur
chaque année fait cette proposition
« je vais t’entraîner jusqu’au désert,
et je te parlerai cœur à cœur » (Osée
2,16). L’idée est de laisser Dieu profiter
de la porte ouverte par ces différents
désirs et aspirations de nos âmes
compliquées. C’est LUI qui, in fine,
doit « parler à notre cœur », désigner
le but, montrer et illuminer le chemin
et donner la force. En toutes choses,
grandes et petites, personnelles et
communautaires : « Si le Seigneur ne
bâtit la maison en vain peinent les
maçons » (Ps 126,1)
Il ne s’agit surtout pas, pour la énième
fois, de prendre des résolutions ! Les
résolutions, si bonnes soient-elles,
sont humaines, rien qu’humaines, trop
humaines ! Notre petite volonté livrée
à elle-même ne peut qu’échouer, c’est
toute l’Histoire de l’Humanité. Nos
petits esprits sont bien trop étriqués
pour voir la route. Nous sommes
bien trop « courts sur pattes » pour
regarder loin et éviter les pièges. Et les
« jambes » de notre volonté sont bien
trop faibles pour tenir sur le chemin
escarpé qui traverse les mornes et les
fonds de l’existence.
Donc à l’approche du Carême,
contente-toi de mettre par écrit une
ou deux question(s), une ou deux
aspiration(s). Dès le début de cet
entraînement spirituel, mets-toi à
l’écoute du Seigneur : à chaque jeûne,
à chaque partage, dans chaque prière
et dans tous les exercices que propose
l’Eglise, laisse Dieu te parler. En lisant
la Parole de Dieu et priant le Saint-
Rosaire, en adorant le Saint-Sacrement,
en venant aux processions, en visitant
des malades ou en soignant des
pauvres, en célébrant l’Eucharistie, en
accomplissant des services à la paroisse,
en prenant des temps conviviaux et
d’échanges avec les autres chrétiens
ou en témoignant de ta foi à ceux qui
sont éloignés… je te promets, non
seulement que Dieu te donnera la claire
vision de ce que tu dois faire, mais aussi
la force de l’accomplir !
Rendez-vous à Pâques... le Ressuscité
te parlera.
+ Fr David Macaire, Archevêque
de Saint-Pierre et Fort-de-France
■
La période des grandes décisions
MOT DE L’ÉVÊQUE
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 4
C
hers frères et sœurs, bonjour !
Je suis content qu’avec les prêtres,
il y ait aussi les personnes qui, par
leur service, animent la vie du séminaire et
forment la grande famille du « Lombardo ».
Nous nous retrouvons à l’occasion du
centenaire de l’élection du pape Pie XI qui
a toujours eu à cœur « son cher » séminaire,
pour lequel il a mis à disposition l’espace
dans lequel vous vous trouvez, à l’ombre
de la Salus populi romani. Il est beau que
vous soyez là et c’est également pour
moi l’occasion de penser souvent à vous.
Essayons de nous inspirer de ces racines
liées à Pie XI : non pas pour cultiver la
nostalgie du passé et nous fermer à la
nouveauté de l’Esprit qui nous invite à vivre
l’aujourd’hui, mais pour y reconnaître des
signes prophétiques pour votre ministère
et votre mission, en particulier au service
de l’Eglise. Dès son élection, Pie XI choisit
de se présenter, non plus à l’intérieur de
la Basilique Saint-Pierre mais à la Loggia
extérieure. Il tenait ainsi à ce que sa
première bénédiction fût adressée Urbi et
Orbi, à la ville de Rome et au monde entier.
Et par ce geste, il nous rappelle qu’il faut
s’ouvrir, dilater l’horizon de son ministère
aux dimensions du monde, pour rejoindre
chacun de ses enfants que Dieu désire
embrasser par son amour. S’il vous plaît, ne
restons pas barricadés dans la sacristie et
ne cultivons pas des petits groupes fermés
où se chouchouter et avoir la paix. Il y a un
monde qui attend l’Evangile et le Seigneur
désire que ses pasteurs soient conformes à
lui, portant dans le cœur et sur les épaules
les attentes et les poids du troupeau. Des
cœurs ouverts, remplis de compassion,
miséricordieux.
Et cela me fait penser à l’expérience qui
existe parmi vous, sur les confesseurs de
Sainte-Marie-Majeure : « Allez à celui-ci, à
celui-là… Mais cet autre-là non ! S’il te plaît,
il te rend la vie impossible ! ». Chercher pour
soi des prêtres miséricordieux et nous, être
miséricordieux avec les autres. Comme nous,
qui voulons la miséricorde lorsque nous
allons demander pardon pour nos péchés et
que nous cherchons le plus miséricordieux,
vous aussi, soyez miséricordieux. Avec tous.
N’oubliez pas que Dieu ne se lasse jamais
de pardonner. C’est nous qui nous lassons
de demander pardon, mais lui, il ne se lasse
jamais de pardonner. (…). Ce geste de Pie XI
valait plus que mille paroles parce que c’était
un pape qui avait de la personnalité, pour le
dire délicatement. Au cours de ces années,
vous étudiez et approfondissez, et c’est
un don de Dieu. Mais que votre savoir ne
devienne jamais abstrait, loin de la vie et
de l’histoire. Une Eglise qui a beaucoup à
dire mais dont les paroles manquent de
l’onction et ne touchent pas la chair des gens
dessert l’Evangile. Pour avoir des paroles
de vie, il faut plier la science à l’Esprit dans
la prière et ensuite habiter les situations
concrètes de l’Eglise et du monde. Il faut
le témoignage de vie : soyez des prêtres
brûlés du désir d’apporter l’Evangile sur les
routes du monde, dans les quartiers, dans
les maisons et surtout dans les lieux les plus
pauvres et oubliés.
Un second point. Dans sa première homélie
solennelle, le pape Ratti parla des missions
et, plutôt que de donner des réponses,
il invita à se poser une question : « Que
puis-je offrir au Seigneur ? ». C’est une belle
question que vous pouvez appliquer à tout
ce que vous faites actuellement pour vous
préparer à la mission. Que puis-je offrir
est une question qui ne tourne pas autour
de vous, du désir de telle chaire, de telle
paroisse ou de tel poste à la Curie ; non, c’est
une question qui demande d’ouvrir son
cœur à la disponibilité et au service. C’est une
question qui nous protège du carriérisme.
Faites attention au carriérisme, s’il vous plaît !
A la fin, cela ne rend pas service, cela n’aide
pas.
Demandons-nous : « que puis-je offrir ? »
au début de chaque journée. Souvent,
ici aussi en Italie, les discours ecclésiaux
se réduisent à de stériles dialectiques
internes entre qui est innovateur et
qui est conservateur, entre qui préfère
tel politique et qui tel autre, et l’on
oublie le point central : être Eglise pour
vivre et répandre l’Evangile. Ne nous
préoccupons pas des jardins privés,
il y a tout un monde assoiffé du Christ.
Soyez les pasteurs du troupeau, et non les
peigneurs des plus jolis. Je vous exhorte
à cultiver avec enthousiasme un cœur
ouvert, un cœur disponible, un cœur
missionnaire ! Mon dernier point est tiré
de l’une des nombreuses encycliques
sociales de Pie XI. J’ai lu quelques mots,
écrits il y a presqu’un siècle et pourtant
très pertinents aujourd’hui : « Ce qui fait
mal aux yeux, c’est qu’à notre époque,
il n’y a pas seulement la concentration
des richesses, mais l’accumulation
d’un pouvoir énorme, d’une maîtrise
despotique de l’économie entre les mains
de quelques-uns. […] Ce pouvoir devient
plus despotique que jamais chez ceux
qui, tenant l’argent dans leurs mains, en
sont les maîtres ; de sorte qu’ils sont en
quelque sorte les distributeurs du sang
même dont vit l’organisme économique,
et qu’ils ont dans leurs mains, pour ainsi
dire, l’âme de l’économie ». C’est dur ! (…).
De grandes tâches vous attendent. Pour
les accomplir, je vous invite à demander
à Dieu la capacité de rêver de la beauté
de l’Eglise. L’église est magnifique ! Rêvez
de l’Église de demain, plus fidèle à l’esprit
de l’Évangile, plus libre, plus fraternelle
et joyeuse dans le témoignage de Jésus,
animée par l’ardeur de rejoindre ceux
qui n’ont pas connu le « Dieu de toute
consolation ». (…). Je vous bénis et vous,
s’il vous plaît, priez pour moi. Merci !
Pape Francois ■
EGLISE UNIVERSELLE
Séminaristes : « Il y a un monde qui attend l’Evangile »
Discours du pape François
Séminaristes : « Il y a un monde
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 55
Dimanche 27 février 2022
la P arole Dominicale
8 ème dimanche du temps ordinaire - Année C
Introduction
Dieu notre Père, nous te bénissons pour la
bonté et la patience dont tu fais preuve envers
nous. Grâce à Jésus ton fils, tu nous révèles le
fondement de la vie du disciple, le sens de
la vie chrétienne. Tu nous mets en face de la
réalité humaine, celle de l’homme fluctuant,
de l’homme sans discernement, qui vacille au
gré du vent. En effet, nos paroles sont le reflet
de nous-même. Si l’on veut comprendre son
destin et aboutir au chemin de sainteté, il faut la
tolérance dans la parole et aussi dans le regard.
Concrètement, si l’on veut produire un bon fruit,
il convient que notre cœur soit bon. Car on ne
juge pas les autres tant qu’on a des choses à
se reprocher. « On juge l’homme en le faisant
parler et la parole fait connaître les sentiments ».
U n langage pur, franc, charitable, c’est le fruit
d’une âme saine. C’est ce que nous conseille
l’expérience biblique de ce jour. Pour ce fait,
donne-nous Seigneur la sagesse d’apprécier
et de reconnaître la valeur de l’autre.
Réflexion
Pour conclure son discours inaugural
des Béatitudes, Jésus donne une série
d’avertissements sur la vie des disciples.
D’abord, la Parole de Dieu reste actuelle et est
adressée à chacun de nous. Or, les Béatitudes
posent le problème du bonheur et le réel
bonheur du disciple, c’est oser prendre le
chemin de la sainteté qui est en réalité le
fondement de la vie du disciple.
En ayant un regard posé sur sa vie, il y a toujours
quelque chose à rectifier, à corriger pour être
meilleur et être saint. « Soyez parfaits comme
votre Père Céleste est parfait ». (Matthieu 5 :
48). Chacun doit travailler à son propre salut, je
crois que c’est sous cet aspect que nous devons
situer la liturgie du jour. Le Seigneur s’adresse
à nous en trois paraboles bien précises, deux
sous forme de questions : « un aveugle peut-il
conduire un autre aveugle ? » (Luc 6 : 39),
« Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton
frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à
toi, tu ne la remarques pas ? » (Luc 6 : 41-45), et
la troisième en formule affirmative : « un bon
arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non
plus un arbre qui pourrit ne donne de bon
fruit. Chaque arbre, en effet, se reconnait à
son fruit. » (Luc 6, 43-49).
Ces trois paraboles nous interpellent sur nos
caractères, nos manières de vivre. C’est une
invitation à s’interroger sur sa vie intérieure
et la capacité de voir ses propres défauts. A
travers ces trois citations, Ben Sira le Sage nous
invite à découvrir que la parole d’un homme
est révélatrice de ses sentiments profonds et
permet de se faire une opinion de lui-même.
Tes paroles et tes actes te jugeront. Mais la
question se pose de savoir s’il est si important
de faire une opinion sur soi ou de faire une
opinion sur les autres ? A regarder de près,
les deux premières paraboles nous invitent
à notre état d’aveuglement. Il s’agit de la
vision sur soi-même. Parce que Jésus nous
met en garde contre un usage inapproprié
de la parole. Chacun de nous à une relation
particulière avec le Seigneur. Ce qui se passe
intimement avec mon Dieu et moi n’est pas
perceptible à l’œil nu. Nous devons éviter
les désirs présomptueux d’enseigner à autrui,
de juger, de critiquer et de médire. Les deux
premières paraboles relèvent de la vision
que nous faisons des autres, le regard que
nous projetons sur les autres, le jugement
que nous portons sur autrui sans jamais nous
remettre en question. Le jugement est très
présent dans l’Eglise, dans nos familles, et nos
communautés sont divisées à cause de nos
mauvais jugements qui détruisent la beauté
de notre personne et celle de notre Eglise car
nous avons le jugement et la critique faciles.
Pour porter du fruit, il nous faut apprendre à
déraciner le mal, soigner notre image défigurée
par la conséquence du péché. Jésus est le
maître intérieur, il nous propose de savoir
être discret, dans un silence pas coupable sur
nos actes et sur ceux des autres, mais d’aider
fraternellement à apprendre, à avoir un regard
de miséricorde, à se convertir en profondeur et
en purifiant le cœur. Car, ce que l’on reproche
aux autres se trouve forcément dans notre
vie. En un mot, le mal existe chez nous aussi.
La formulation de la parabole notifiée par
Jésus se caractérise par l’équilibre entre ce
qu’il convient de reformer et tout le bien qui
est à l’œuvre chez l’homme. « L’homme bon
tire du bien du trésor de son cœur qui est
bon. » (Luc 6,45). Saint Luc se réfère à Jésus
comme l’homme intérieur qui nous sollicite
à ne pas nous résigner face à nos défauts,
mais de disposer nos cœurs à la purification
du Seigneur pour devenir un homme bon qui
tire le bien du trésor de son cœur.
Je dialogue avec Jésus
L’arbre se reconnaît à son fruit, tel est le
message que nous recevons de ta bonté
Seigneur, nous ne sommes pas souvent à la
hauteur de notre identité chrétienne, celle de
vivre l’amour fraternel. L’amour qui sauve et
guérit, l’amour qui apporte la bienveillance
et la sagesse. Tout homme pétri de l’amour
demeure dans la notion du silence et sait
pardonner pour tirer le bon du bien qui est
le trésor du cœur. Seigneur, donne-moi de me
taire quand il faut se taire de parler quand il faut
parler. En un mot, donne-moi la juste mesure
de ce qu’il faut faire et dire au quotidien.
Résolution
« Un aveugle ne peut guider un autre aveugle.
Alors enlève d’abord la poutre qui est dans ton
œil » (Luc 6, 39-42) comme l’indique le conseil
de Notre Seigneur dans l’évangile : « Ne jugez
pas, et vous ne serez pas jugés ». (Luc 6 :37).
Père Laurent Sounouvou,
Paroisse des Mornes-des-Esses ■
Ben Sira le Sage 27,4-7 • Psaume 91 (92) • 1 Corinthiens 15,54-58 • Luc 6,39-45
LITURGIE
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 6
C’était le 6 février, la Guyane qui accueillait son nouvel évêque. Moment de grande joie
partagée et profonde en émotion pour tout le diocèse de Cayenne.
Quelle fête à Cayenne, quelle joie !Quelle fête à Cayenne, quelle joie !
Ordination de Mgr Alain Ransay !
N
ous étions venus de partout,
de toute la Guyane et au-delà,
des Antilles et d’Europe, les
évêques consécrateurs, dont le nonce
apostolique, Mgr Fortunatus Nwachukwu,
l’archevêque de Saint-Pierre et de Fort-de-
France, Mgr David Macaire, le président
de la C onférence des évêques de France,
beaucoup de prêtres, les missionnaires,
les religieux et religieuses, les autorités
politiques, civiles et administratives.
La joie était d’abord spirituelle et par
cette joie nous avons rendu grâce au
Seigneur ressuscité et vivant au milieu de
son église, plein de pouvoir et d’amour,
qui envoie comme premier fait aux
croyants des apôtres dont nos évêques
sont les successeurs.
Cette joie était encore plus grande parce
que Monseigneur Alain Ransay est connu
et aimé en Guyane où il est souvent passé
pour des campagnes d’évangélisation.
Son charisme est connu et apprécié. Il
est accueilli comme une grande grâce
pour le diocèse après la traversée de
désert que la Guyane a connue. Et c’est
justement à ce niveau que le nouvel
évêque est attendu, en tant que prêtre de
grande expérience, capable de redresser
des situations difficiles. Et le diocèse
de Cayenne a de grands défis à relever
sur tous les plans : gouvernement de
l’Église, évangélisation, guérison des
âmes et aussi de finances. Nul besoin
de rappeler que le diocèse sort d’une
époque bénie où le clergé était pris en charge par la collectivité publique, une
sortie qui n’avait pas été suffisamment
bien préparée. Et au niveau de
l’évangélisation, la population guyanaise
est très jeune, avec une culture très
variée selon les peuples qui habitent la
Guyane et tous ceux qui viennent des
quatre coins du monde. Cette culture
elle-même, fortement marquée par un
carnaval original, a aussi besoin d’être
évangélisée.
Les défis sont donc grands. Cela exige
du nouvel évêque qu’il soit un homme
de prière. Il doit avoir le cœur rempli de
Dieu comme le fiancé a le cœur rempli
de la femme qu’il aime, ainsi il pourra
donner Dieu au monde.
PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE- DIOCÈSE DE CAYENNE
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Sa proximité avec l’évêque métropolitain,
l’archevêque de Fort-de-France, qui a été son
évêque depuis 2015, est aussi vue comme une
grande bénédiction pour toute la province
ecclésiastique. En attendant la nomination
du nouvel évêque de Guadeloupe, l’espoir
du peuple chrétien et des prêtres est que les
trois évêques de Martinique, Guadeloupe et
de Guyane travaillent ensemble main dans la
main, comme Pierre, Jacques et Jean aux côtés
du Seigneur, pour conduire le peuple de Dieu.
Et nous prions pour que le trio soit formé.
Merci à toi, Seigneur. « Tu as prodigué la joie, tu as
fait grandir l’allégresse : (Nous nous réjouissons
devant toi, comme on se réjouit de la moisson,
comme on exulte au partage du butin. » (Is 9, 2)
Père Désiré Mintsa-Mba, Paroisse du Marin ■
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 8
A Dieu, père Mirta !
VIE DU DIOCÈSE
L’abbé Mirta (tout le monde l’appelait ainsi) nous a
quittés le vendredi 11 février 2022, dans la 93
e année,
en la fête de Notre-Dame de Lourdes. Bon et fidèle
serviteur, il est entré dans la joie de son Maître après
64 ans de sacerdoce.
L
a cérémonie religieuse s’est
déroulée le 14 février, à 14h,
en l’église des Terres Sainville
à Fort-de-France, en présence de
sa famille, de notre Archevêque,
Mgr David Macaire, de notre
Archevêque émérite, Mgr Michel
Méranville, de ses confrères prêtres,
des diacres, des religieuses et
des fidèles paroissiens venus en
nombre lui témoigner leur gratitude
et leur respect. L’abbé Pierre Mirta
était, en effet, rempli de générosité,
d’une grande ouverture d’esprit et
toujours à l’écoute des autres. Il était
connu et apprécié par beaucoup
car c’était un homme de dialogue,
homme de Dieu, profondément
attaché à l’Eglise et dévoué à son
ministère de prêtre. Il a mis en place
plusieurs mouvements associatifs
(MRJC, CVAV, les colonies de
vacances…) dans les paroisses dans
lesquelles il a officié en tant que
vicaire ou curé (entre autres, Terres-
Sainville, Lorrain, Robert, Rivière-
Pilote, Morne-des-Esses).
Les paroissiens du Morne-des-Esses
ont bénéficié pendant 32 ans de sa
grande simplicité de vie, de sa qualité
d’écoute et de son souci constant de
la mission. Certains se souviennent
encore du Jubilé d’or organisé pour
ses 50 ans de vie presbytérale, le
dimanche 24 février 2008, sur le stade
du quartier « plein à craquer ». Bien
que n’aimant pas du tout le faste
(car c’était un prêtre de la ruralité,
toujours prêt à jardiner, bêcher et
planter) l’abbé Mirta était heureux ce
jour-là du soutien que lui apportait
ceux qu’il accompagnait au quotidien.
Lors des ses funérailles présidées
par Mgr Macaire, le père Pierre
Henderson l’a présenté comme le
doyen des prêtres de notre diocèse,
habité par le goût de la nature, de la
création, resté vigoureux jusqu’au
bout. Il a consacré sa vie à guider
ceux qui lui étaient confiés. On retient
trois aspects de sa vie : sa vocation,
son dynamisme, sa disponibilité
missionnaire pour les personnes
malades ou en difficulté.
Dans son homélie, Mgr Méranville
qui connaissait depuis fort longtemps
l’abbé Mirta, l’a décrit comme
un homme subtil, très
facétieux, un homme de
foi qui aimait Dieu ; un homme
toujours heureux qui tirait sa
vie chrétienne de l’Evangile. Si
nous sommes chrétiens, a-t-il
précisé, c’est parce que le Christ
est ressuscité ; Il est vivant !
Nous devons être des témoins.
Suivons l’exemple de Pierre
(père Mirta) : laissons
grandir la paix en nous !
Des paroissiens de citron et d’ailleurs ont
rendu un vibrant hommage à leur très cher
père spirituel par des chants de louange
et des anecdotes qui les ont marqués
pendant des années durant.
L’abbé Mirta a servi de son mieux ici-bas !
Nous le confions à notre Père des cieux !
A Dieu, Abbé Mirta !
Justine Lordinot,
paroissienne du Morne-des-Esses
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ÉGLISE EN MARTINIQUE
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 9
Chaque carême nous conduit en
principe à une expérience unique
du mystère pascal, c’est-à-dire que
les 40 jours proposés par la liturgie
renouvellent en nous une nouveauté
liée à une nouvelle dimension
de la conversion. La conscience
chrétienne qui observe les réalités
de l’île s’est posée la question
suivante : Comment dire le salut
aujourd’hui en Martinique avec ses
réalités, peuple croyant, réalités
sociales, recherche identitaire… ?
L
e temps du carême peut nous aider à proposer des réponses. La
profondeur et l’exigence de ce temps nous demandent de nous
retourner aujourd’hui vers le Christ pour vaincre les nouveaux
pièges du Tentateur. Cela n’est jamais facile, et il peut être parfois crucifiant
d’entrer dans ce mouvement de conversion qui exige de nous tous la
redécouverte de la vérité anthropologique que le Christ révèle à l’homme..
Comment inventer les nouveaux chemins de conversion individuelle
et communautaire pour aboutir à une espérance ? Peut-être en disant le
salut aujourd’hui avec les 5 essentiels. Tel est le thème du carême 2022.
Ce chemin de conversion pourrait nous obliger à aller à contre-courant,
mais nous permettra de voir en face la vérité humaine et chrétienne de
l’Homme en Martinique. Au cœur de nos paroisses et de nos PCE, nous
serons amenés à « réanimer », grâce au souffle de l’Esprit, l’aujourd’hui
du peuple de Dieu qui vit sur cette île. Ainsi, en combattant le mystère du
mal sous sa double forme de souffrance et du péché, nous permettrons
à la Martinique de faire encore l’expérience d’une anthropologie pascale.
C’est une mission passionnante et immense qui demande des sacrifices,
la prière, la fraternité, le service et le secours maternel de la Bienheureuse
Vierge Marie.
Concrètement, pendant ce carême nous sommes tous appelés à
entreprendre une démarche en 5 semaines : Les trois premières semaines nous permettront
de faire l’expérience de l’amour de Dieu. Cela
permettra ensuite de faire l’expérience de
l’amour du prochain. Un questionnaire à partir
de la Parole de Dieu du dimanche est proposé.
Pour ne pas rester seulement dans la théorie, un
effort concret doit être réalisé dans la semaine.
Évidemment, ce point d’effort concret est une
petite proposition. Les curés peuvent, par
exemple, pendant la semaine consacrée à la
Parole de Dieu, organiser une lecture continuelle
de la Parole sur leur paroisse (24h/24h). Pendant
la semaine de l’Adoration, ils peuvent envisager
plusieurs messes dans la journée, proposer 24h
d’Adoration tous les jours de la semaine, bien
sûr si les conditions sanitaires le permettent.
Pendant la semaine missionnaire entre nous,
je propose aussi que nous nous connaissions
davantage.
Le questionnaire proposé peut être médité en PCE,
dans les Pastorales, dans les groupes de prière,
dans les chorales, en famille… Si les réalités de
la paroisse le permettent, un petit compte-rendu
peut être proposé à la communauté paroissiale
aux messes dominicales.
Si les curés le veulent, à la fin des messes, ils
peuvent proposer aux communautés paroissiales
le Salve Regina ou la prière pour la paix.
2022
L
e temps du carême peut nous aider à proposer des réponses. La
L
e temps du carême peut nous aider à proposer des réponses. La
L
2022
Dire le salut aujourd’hui
avec les 5 essentiels
CARÊME
Amour
de Dieu
Amour du prochain
Parole de Dieu 1
Adoration - Prière 2
Missionnaire entre nous
(Fraternité et service) 4
Vierge Marie 3
Missionnaire vers les autres
(Formation et Évangélisation) 5
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 10
La transfiguration : tournés vers un avenir de lumière
• Quelle peut-être la lumière de la Parole de Dieu sur nos réalités
sociales, sur notre identité ?
• Face à nos réalités sociales constatées, quelles sont les
personnes ressources autour de moi qui peuvent nous aider
objectivement ?
• Comment repérer les potentiels leaders et les former ?
Point d’effort concret
• Vivre un temps d’adoration personnelle/communautaire.
• Écrire sur une feuille les personnes ressources et les potentiels
leaders et demander à Jésus de les illuminer par sa miséricorde.
Semaine de l ’Adoration
Regard sur notre peuple, et la crise sociale et identitaire
Indiquer face aux différentes tentations les aspects qui vous semblent les plus représentatifs de ce que nous vivons.
Tentations, péchés Aspects Passages bibliques
Orgueil
Avidité
Luxure
Colère
Gloutonnerie,
Gourmandise
Envie, jalousie
Paresse
2
ème
dimanche
de carême
Dimanche des tentations de Jésus au désert (voir tableau)
• Que dire de la crise sociale et identitaire que nous traversons ?
• Quelles sont les tentations de notre peuple ?
Point d’effort concret
• Comment la parole de Dieu peut-elle nous aider à reconsidérer notre réalité sociale ?
• Pour chacun des péchés, je lis les passages proposés dans les Evangiles (Lc 14, 1-11 ; Lc 12, 13-47 ; Lc 16 ; Lc 15 ; Mt 5, 17-32 ; Lc 21, 34-36 ; Lc 18, 9-14 ; Mt 25, 14-30 ; Lc 19, 12-27) et j’essaie de reconsidérer ma réalité de vie et notre
réalité sociale.
Dimanche des tentations de Jésus au désert Dimanche des tentations de Jésus au désert Dimanche des tentations de Jésus au désert Dimanche des tentations de Jésus au désert Dimanche des tentations de Jésus au désert Dimanche des tentations de Jésus au désert Dimanche des tentations de Jésus au désert
1
er
dimanche
de carême
Semaine de la Parole de Dieu
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 11
Appelés à la fête de la miséricorde divine
• Quels reproches ai-je l’habitude de me faire à moi-même et
aux autres (Famille, couple/parents, enfants, voisins, collègues,
Autorités publiques, Clergé, ma paroisse) ?
• Suis-je prêt(e) à pardonner ? (À moi-même et à toutes les personnes
précitées)
• Comment puis-je concrétiser le pardon donné en me mettant au
service des autres ?
Point d’effort concrèt
• Organiser en famille, en PCE et sur les paroisses, des démarches
de pardon communautaire.
Engagés sur le chemin de la mission parce que convertis
• Qu’est-ce qui nous empêche d’être missionnaires ? La peur ? Notre
péché ? Notre histoire ?
• Dieu veut faire toute chose nouvelle. Comment la Parole de Jésus à
la femme adultère peut-elle résonner en moi ? « Je ne te condamne
pas. Va et désormais, ne pêche plus ».
• Suis-je prêt(e) à annoncer à la Martinique cette Bonne Nouvelle,
qu’elle n’est pas condamnée par Dieu ?
Point d’effort concret
• Organiser sur les paroisses une démarche missionnaire innovante
vers les autres (visite dans les familles, dans les quartiers, des coups
de fil…) pour annoncer l’Espérance.
Père Gilles Aïzo, Vicaire épiscopale ■
Marie prie pour notre conversion/
« Priez pour nous pauvres pécheurs… »
• Elle veut que nous soyons libérés des « esclavages modernes » (avortement,
réseaux sociaux ou problématiques répertoriées dans la 1 ère semaine).
Point d’effort concret :
• Prier le Rosaire tous les jours, chaîne de Rosaire dans nos paroisses (toutes
les 30 mn, sur la paroisse, quelqu’un doit être en train de prier le chapelet)
pour que, par l’intercession de Marie, nous soyons délivrés des « esclavages
modernes ».
Appelés à la fête de la miséricorde divineAppelés à la fête de la miséricorde divine
4
ème
dimanche
de carême Missionnaire entre nous (Fraternité et service)
Missionnaire vers les autres (Formation - Évangélisation)
3
ème
dimanche
de carême
Semaine consacrée à Marie
5
ème
dimanche
de carême
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 12
Dès le début de l’Eglise, les chrétiens préparaient pâques, ils se réconciliaient les uns les autres. Au IVème siècle, ils jeûnaient pour préparer
leur cOEur à cette grande fête : ils se privaient d'aliments, comme la viande. Le jeûne nous permet de nous occuper un peu moins de nous-mêmes
et de nos envies et de donner plus de place à Dieu dans notre vie. Peu à peu, les chrétiens ont choisi de se préparer à vivre Pâques pendant 40
jours. Ils ont choisi ce chiffre parce que dans la Bibl e, c‘
est lui qui signifie le temps pour se tourner vers Dieu : dans l’
Ancien Testament, le
peuple hébreu a marché 40 ans à travers le désert vers la terre promise par Dieu. Et dans l’ Evangile, Jésus a passé 40 jours dans le désert
avant de commencer sa mission auprès des hommes. D’ ailleurs, Carême veut dire«quarante ».
Spécial Jeunes
Relis l'évangile
Lc 6,39-45
Ne regarde pas la paille qu'il y a dans l'oeil
de ton voisin,mais regarde la poutre qu'il y a dans ton oeil."
Durant ce Car ême , la parole de Dieu nous
invite à ne pas juger. Qui juges-tu ?
voisins, amis, famille, camarades de classe...?
Jésus nous invite à nous analyser d'abord
avant de porter une critique ou un jugement sur notre prochain.
Jesus face aux difficultés de sa vie ne choisit pas la facilité,
ni le pouvoir, la richesse, la gloire. Il choisit de se tourner
vers la Parole de Dieu qui peut combler nos manques les plus profonds, et garde sa main dans celle de Dieu.
Remets les paroles de Jésus face a ux
tentations dans l'ordre
Ma prière
Seigneur,
aide-moi à
ne plus juger
quiconque.
Ai-je bien compris ?
résolution no1 résolution no2
Inès Saint Lèbe & Maéva Celeste
Et si tu faisais
2 promesses à Dieu ?
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 13
Calendrier de Carême des jeunes veilleurs
Spécial Jeunes
Inès Saint Lèbe & Maéva Celeste
AdorationmessejeuneEvangeliser priere
formation jesuslecture bible quarante
Retrouve les mots suivants dans la grille !
Tu as 40 secondes !
Diffuse
l'évangile
Films à voir sur chrétientv.com
Un dessin
animé et un film
retraçant la vie de
Jésus-Christ.
Diffuse
l'évangile
Diffuse
l'évangile
Diffuse
l'évangile
Diffuse
l'évangile
Prie avec
un ami
Prie avecun ami
Aider
un pauvre
Aider
un pauvre
Aider
un pauvre
Lir
e l
a parole
de Dieu Lire la
parole
de Dieu
Lire la
parole
de Dieu
Lire la
parole
de Dieu
Lire la
parole
de Dieu
Page 14
ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 14
LA FRATERNITÉ : CHEMIN DE CONVERSION DOSSIER
I.
Le premier-né d’une
multitude de frères.
Par sa mort sur la croix, Jésus est devenu « le
premier-né d’une multitude de frères » (Rm
8,29) ; il a réconcilié avec Dieu et entre elles
les deux fractions de l’humanité : le peuple
juif et les nations (Ep 2,11-18). Ensemble elles
ont maintenant accès au Royaume, et le frère
aîné -le peuple juif- ne doit plus jalouser
le prodigue enfin revenu à la maison du
Père (Lc 15,25-32). Après sa résurrection, le
Christ peut appeler ses disciples des frères
(Jn 20,17 ; Mt 28,10). Telle est maintenant la
réalité : tous ceux qui le reçoivent deviennent
des enfants de Dieu (Jn 1,12), des frères,
non pas en raison de la filiation d’Abraham
selon la chair, mais par la foi au Christ et
l'accomplissement de la volonté du Père
(Mt 12,46-50 p ; cf 21, 28-32). Les hommes
deviennent ainsi frères du Christ non pas
en un sens figuré, mais par une naissance
nouvelle (Jn 3,3). Ils sont nés de Dieu (1,13) ;
ayant la même origine que le Christ qui les
a sanctifiés et qui « ne rougit pas de les
nommer frères » (He 2,11). Le Christ, en effet,
est devenu en tout semblable à nous, pour
nous faire devenir fils avec lui (2,10-17). Fils
de Dieu au sens plein, capables de lui dire «
Abba », nous sommes aussi co-héritiers du
Christ, parce que devenus ses frères (Rm 8,14-
17), bien plus liés à lui que nous ne pourrions
l’être à des frères selon la chair.
2 .
La communauté des frères
dans le Christ.
De son vivant, Jésus a lui-même jeté les
bases et énoncé la loi de la nouvelle
communauté fraternelle : il a repris et
perfectionné les commandements qui
concernaient les relations entre frères
(Mt 5,21-26), faisant une place notable
au devoir de correction fraternelle
(Mt 18,15ss). Si ce dernier texte laisse
entrevoir une communauté limitée
dont le frère infidèle peut être exclu,
on voit ailleurs qu’elle est ouverte à
tous (Mt 5,47) : chacun doit exercer son
amour envers le plus petit de ses frères
malheureux, car en eux, c'est toujours
le Christ qu’il rencontre (Mt 25,40).
Après la Résurrection, quand Pierre
a « affermi ses frères » (Lc 22,31s), les
disciples constituent donc entre eux
une « fraternité » (1 P 5,9). Certes ; au
début, ils continuent de donner le nom
de « frères » aux Juifs, leurs compagnons
de race (Ac 2,29 ; 3,17...). Mais Paul ne
voit déjà plus en ceux-ci que ses
frères « selon la chair » (Rm 9,3). Car
une nouvelle race a pris naissance à
partir des Juifs et des nations (Ac 14,1s),
réconciliés dans la foi au Christ. Plus
rien ne divise entre eux ses membres,
pas même la différence de condition
sociale entre maîtres et esclaves (Phm 16) ; ils sont tous un dans le Christ, tous
frères, fidèles bien-aimés de Dieu (vg Col
1,2). Tels sont les vrais fils d'Abraham (Ga
3,7-29) : constituant le Corps du Christ (1
Co 12,12-27), ils ont trouvé dans le nouvel
Adam le fondement et la source de leur
fraternité.
3 .
L'amour fraternel.
C’est au sein de la communauté
croyante que s’exerce d'abord l’amour
fraternel. Cette « philadelphie sincère »
n'est pas une simple philanthropie
naturelle : elle ne peut venir que de la
« nouvelle naissance » (1P 1, 22s). Elle
n'a rien de platonique, car, si elle cherche
à atteindre tous les hommes, c’est à
l’intérieur de la petite communauté
qu’elle s'exerce : fuite des dissensions (Ga
5,15), soutien mutuel (Rm 15,1), aumône
(2 Co 8-9 ; 1Jn 3,17), délicatesse (1Co 8,12).
C’est elle qui réconforte Paul lorsqu'il
arrive à Rome (Ac 28,15). Dans son épître,
Jean semble maintenir au mot « frère »
son sens restreint, celui de membre de la
communauté croyante. L’amour fraternel
est l’inverse de l'attitude de Caïn (1Jn
3,12-16) ; il est le signe indispensable de
l’amour envers Dieu (1Jn 2,9-12). [...]
Source : Extrait du « Vocabulaire de Théologie
biblique »
■
Tous frères en Jésus-Christ
La fraternité est un des cinq essentiels à vivre pendant le carême. C’est ainsi que nous vous
proposons, sous plusieurs aspects, son développement dans notre vie. Tout d’abord, nous
constaterons que la fraternité est une valeur biblique à étudier afin de comprendre l’appel
universel qui fait de nous tous des frères. Puis, nous verrons sa déclinaison dans la société avec
la fraternité républicaine, ainsi que les projets qui la valorisent et la font avancer. Cependant,
celle-ci nous demande d’emprunter des chemins de conversion et de guérison.
Le rêve prophétique de fraternité universelle devient réalité dans le Christ, nouvel Adam. Sa réalisation
terrestre dans l'Église, pour imparfaite qu’elle soit encore, est le signe tangible de son accomplissement final.
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 15
F
ace aux crises qui menacent
aujourd’hui l’unité de la
société, l’Eglise martiniquaise,
convaincue qu’il ne sera pas possible de
les affronter sans un élan de fraternité,
s’invite dans les débats publics en
cours. C’est cette idée que voudrait
incarner Nou Tout Sé Frè (NTSF : tous
frères), projet initié par deux chrétiens
et porté, sous la responsabilité du père
Jean-Michel Monconthour, par l’Eglise
et sa Pastorale sociétale.
Le groupe projet NTSF considère que,
sans un sursaut collectif, les forces de
délitement finiront par l’emporter sur
les capacités de reconstruction. Peut-on
assister sans réagir à la fragmentation
grandissante des familles chrétiennes ?
Quand bien même des initiatives sont
prises pour "le vivre ensemble", elles
semblent affaiblies par leur dispersion
et leur manque d’unité. Les populismes,
qui pourtant expriment un désir de
stabilité, de travail gratifiant pour tous,
de justice sociale, laissent la haine
déformer ces désirs. Les technologies
numériques font commerce de notre
soif de connexion, mais laissent la
violence s’exprimer librement sur leurs
réseaux. Face à ces courants mortifères,
la dynamique actuelle des initiatives
fraternelles est loin de pouvoir inverser
la tendance. Dès lors, le groupe projet, interpelé par
la misère de nos frères en n’importe
quel point de l’île, estime qu’il n’est
plus possible d’invoquer l’ignorance
pour fuir nos responsabilités. Le projet
proposé aux fidèles du diocèse, a
pour objectif de co-construire, en lien
avec la société civile et les institutions
publiques, une démarche de fraternité
universelle, s’appuyant sur la lettre
encyclique du pape François (Fratelli
Tutti). La discipline spirituelle décrite
indique clairement que la fraternité
universelle et l’amitié sociale doivent
être cultivées conjointement. S’il est vrai
que pour le chrétien, toute vie créée
trouve son origine en Dieu le Père et
que dans le Christ, nous devenons tous
frères et sœurs, NTSF
invite chacun à
s’engager dans sa paroisse pour créer
une fraternité plus ouverte, renforçant
la solidarité entre tous, sans distinction
d’origine, de race ou de classe. L’Eglise
entend ici apporter sa contribution en
responsabilité.
Pour que chaque fidèle y prenne sa part,
le projet NTSF se veut en rupture avec
la pratique trop courante dans l’histoire
où l’universalité s’est
imposée comme la
loi des vainqueurs
politiques et des
dominants culturels.
L’universalité n’est pas
un concept s’imposant
à tous par une volonté
politique ou culturelle.
Le comité NTSF propose
donc à chaque fidèle
d’enrichir le projet
dans sa paroisse, par sa
réflexion, autour des 2
axes ci-dessous :
• Un rendez-vous collectif solennel
pourrait être organisé autour de la
fraternité chaque 22 mai, qui ferait
de cette journée celle du "vivre
ensemble en paix, en Martinique" ;
sorte de "Fête nationale" locale de la
fraternité.
• Lors de cette journée, les associations
pourraient faire connaître leurs
activités de solidarité, de lutte contre
la haine en ligne ou de transition
écologique ; chacun apporterait
sa contribution, ses pratiques,
sa manière de voir, ses réussites
et ses difficultés. Les courants
philosophiques, spirituels, religieux
et laïcs pourraient saisir l’occasion
pour échanger et approfondir
ensemble l’idée de fraternité.
Ainsi pourrait se constituer peu à peu
une force appelant à placer la fraternité
au cœur des politiques d’intérêt général,
au risque à l’inverse de voir se réaliser la
parole prophétique ci-dessus de Martin
Luther King.
Léandre Beauroy ■
inscrire la fraternité
au cœur du débat social
Nous devons apprendre à vivre ensemble
comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots
(Martin Luther King).
‘‘
‘‘
Nous devons apprendre
‘‘
Nous devons apprendre
un concept s’imposant
à tous par une volonté
politique ou culturelle.
Le comité NTSF propose
donc à chaque fidèle
d’enrichir le projet
dans sa paroisse, par sa
réflexion, autour des 2
Nou Tout sé frè" :
Dès lors, le groupe projet, interpelé par Un rendez-vous collectif solennel
Père de Reynal, Léandre Beauroy et père Monconthour Père de Reynal, Léandre Beauroy et père Monconthour
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 16
LA FRATERNITÉ : CHEMIN DE CONVERSION DOSSIER
La devise républicaine « liberté-égalité-fraternité » apparait en 1848. Elle figurait à l’époque
sur le drapeau tricolore. Si la liberté et l’égalité avaient du sens pour les citoyens de l’époque,
la fraternité en avait moins. Cette dernière n’était d’ailleurs pas inscrite dans la déclaration
des droits de l’homme de 1789 à l’instar des deux autres.
L
a fraternité renvoie à la solidarité,
à l’hospitalité, au vivre ensemble.
Simple valeur morale, elle a toujours
eu moins d’impact et de popularité que les
deux autres, car probablement pas assez
précise ou encore liée à la religion.
Le Conseil constitutionnel, en 2016,
reconnait la fraternité comme principe
constitutionnel. Le cadre de cette
décision est l’aide portée aux migrants,
plus précisément sur le délit de solidarité
portée aux migrants. Selon le Conseil,
la fraternité revêt deux dimensions. La
première, collective, qui réside en une
exigence de solidarité. La seconde un peu
plus personnelle qui consiste à être tolérant
face aux mesures d’entraides proposées
aux personnes en détresse. De « parent
pauvre » elle est promue au stade de norme
juridique. Cette reconnaissance était-
elle nécessaire ? Pourquoi valoriser cette
notion de fraternité ? Apparemment, porter
secours, tendre la main, sont de l’ordre de
l’exceptionnel. Aussi, le fait d’affirmer de nos jours que faire preuve de miséricorde
est « légal » relève plutôt d’un désastre
sociétal.
Notre société souffre de nombreux maux,
de vives inégalités et d’évidentes fractures.
Il est clair que faire naître un élan de
générosité, d’hospitalité parait irréalisable.
Face au désarroi, émergent l’égoïsme, le
repli sur soi, l’individualisme.
La fraternité permet de mettre en évidence
les manquements de notre société et
notamment le vivre ensemble qui est de
plus en plus battu en brèche, alors que
la fraternité est le lien essentiel entre
la liberté et l’égalité. C’est bien elle qui
permet aux autres de vivre. C’est elle qui
fait émerger une famille humaine, au sein
de laquelle la solidarité a sa raison d’être.
L’Etat joue pleinement son rôle en mettant
des dispositifs institutionnels relatifs à des
domaines tels que la santé, le chômage, la
famille, les personnes âgées, mais il revient
à chacun de nous de faire vivre à notre niveau la fraternité, de poser une touche
d’humanité. Le malheur de mon voisin, sa
souffrance m’affectent et me font réagir.
Cette fraternité est précieuse car elle est en
nous et est un élan d’amour qui ne répond
à aucune obligation extérieure. Elle révèle
le ciment qui lie les êtres humains.
Certains s’opposent à la fraternité. Il est
pour eux inconcevable de considérer leurs
ennemis ou leurs opposants politiques
comme leurs « frères ». Pourtant, l’autre
demeure inexorablement mon frère et un
autre moi.
Le principe de fraternité devrait faire partie
du parcours éducationnel. S’il ne peut vivre
par lui-même, il faut éduquer les enfants à
cette pratique. Qu’il devienne une culture
de vie. Il est nécessaire de développer un
volet humain hors des sentiers figés et
établis afin que les générations futures
s’approprient ce mode de vie et permettent
de créer une mutation sociétale.
Bien souvent, nous déplorons,
manifestons notre désaccord et
dénonçons des décisions ou des
orientations du gouvernement. Mais
cette nécessaire colère ne peut empêcher
notre bonheur de vivre au sein d’une
démocratie. Heureux d’être libre, de
penser, de lire.
Nicole Chésimar ■
Fraternité républicaine
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 17
D
ans la société, l’apprentissage du
vivre ensemble peut se réaliser
dans des lieux différents
comme l'Église, l’école, le monde du
travail et aussi celui des associations
qui favorisent cet apprentissage. Mais
on le sait, la famille est le premier lieu
du vivre ensemble pour l’individu. Dans
le milieu familial, il devra apprendre
à résister aux tentations de rejet et de
division.
La généalogie de Jésus-Christ (Mt 1,
1-17 ; Luc 3, 23-38) est un exemple du
vivre ensemble dans laquelle on trouve
des hommes et des femmes qui parfois
sont défaillants. Cette généalogie peut
nous éclairer sur nos familles et plus
généralement sur la communauté
martiniquaise. C’est dans cette humanité
pécheresse que Dieu va faire sortir son
Fils Jésus. C’est dans ce lignage où le
péché est présent que l’incarnation
du Fils de Dieu vient s’accomplir. Jésus
n’a pas cherché à purifier le passé de
ses origines humaines en y excluant
une partie de ses ancêtres. Le Christ
veut nous aider à construire notre
histoire personnelle, celle de notre
famille, et collective en tant que peuple
en acceptant notre passé et tous nos
ancêtres.
Les noirs et les blancs
La hiérarchisation de la société en
fonction de la couleur de la peau
et des cheveux est une séquelle de
l’esclavage. Malheureusement, ce mode
de fonctionnement se retrouve dans la
famille. Suis-je prêt ou prête à pardonner
à ceux et celles qui, dans ma famille,
m’ont rejeté à cause de ma couleur de
peau, de mes cheveux crépus ? Est-ce
que je refuse d’avoir honte de moi-
même, de m'accepter comme Dieu m’a
fait ?
La réalité des familles monoparentales
avec les pères absents peut s'expliquer
par ses histoires. La difficulté pour un
grand nombre d’hommes d’assumer
une paternité responsable au sein de
leur foyer nous interroge. Suis-je prête
à pardonner aux hommes de ma famille
leur absence ou l’abandon de vie du
foyer ?
Au-delà de la sphère familiale, ce
sont tous les membres de la société
martiniquaise que le projet pour
construire le vivre ensemble devra
toucher. Nous sommes issus de la même
humanité qui a du, à un moment de
l’histoire, faire commerce des êtres
humains, pratiquer l’esclavage pour
de l’argent. Saint Paul ne dit-il pas en
1Timothée 6,10 que la racine de tous
les maux c’est l’amour de l’argent ? Face
à la division engendrée par cette histoire
dans notre communauté martiniquaise,
le moment n’est-il pas venu pour nous
de nous rassembler, de nous parler
en vérité pour faire peuple ? Le temps
n’est-il pas d’entrer dans une démarche
d'auto-réparation en prenant le chemin
de la réparation intégrale pour restaurer
les personnes au niveau matériel,
humain et spirituel ? Travailler pour le
vivre ensemble en Martinique, n’est-ce
pas là le défi le plus urgent qu’ensemble
nous devons relever ?
L’histoire de l’esclavage est devenue
un fonds de commerce qui aiguise les
appétits. Beaucoup utilisent les moyens
de communication, l’art, la culture et le
lieu de la politique, pour capter à leur
profit la rente mémorielle.
Ai-je compris que je me suis laissé
intoxiquer et endoctriner par des
manipulateurs qui se servent de la
culture et de la politique pour produire
des émotions négatives comme résultat
la haine de tous contre tous ? Est-ce que,
dans une démarche d'auto-réparation,
je m’engage à mettre les moyens de
communication, la culture et les arts, au
service d’une réparation intégrale, qui
tient compte de mes besoins matériels,
humains et spirituels ?
Beaucoup pensent que, par notre
métissage et notre potentiel pour faire
grandir cet art de vivre ensemble, nous
sommes déjà une image de l’humanité
de demain. N’avons-nous pas une
mission pour l’humanité ? Dans le livre
du prophète Isaïe, il est écrit : « Et il dit :
« C’est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob, ramener
les rescapés d’Israël : je fais de toi la
lumière des nations, pour que mon salut
parvienne jusqu’aux extrémités de la
terre. » (Is 49,6). Être lumière pour les
nations, n’est-ce pas cela tout le sens de
notre vivre ensemble en Martinique ?
Oui je le crois.
Père Benjamin François-Haugrin
Curé de Rivière-Salée (Grand-Bourg
et Petit-Bourg) et Régale (Insolidum)
■
« Je fais de toi la lumière des nations »
(Is49,6)
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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 18
P
ourquoi y a-t-il une volonté
de faire carnaval encore plus
cette année ? La pandémie
a-t-elle un effet sur le carnaval ?
A mon avis, les deux années de
confinement ont été compliquées.
Vivre la pandémie sur l’île sans
pouvoir se retrouver entre amis, en
famille en étant séparés les uns des
autres par une distance sanitaire
insupportable a été difficile. Les
gens ont besoin de sortir de cette
situation d’angoisse marquée par
l’isolement et les deuils. Ils n’ont
pu mettre en place les rites sociaux
qui permettent la résilience tels
que les veillées funèbres, les repas
familiaux. Beaucoup ont besoin de
souffler. Le carnaval est un rendez-
vous annuel qui permet le
rassemblement et le vidé
qui en quelque sorte
libère.
Quel sens donné à
ce rituel qui revient
chaque année ?
Il est vrai que le carnaval
commence très tôt, après
les fêtes de Noël qui sont
comme des temps de préparatifs
aux cinq jours gras prévus dans le
calendrier. En effet, il se déroule
dans un rituel immuable qui
revient chaque année, avec son
rite d’ouverture le dimanche, et
rassemble pêle-mêle la population
autour de la reine.
C’est comme un rite d’ouverture
et d’accueil. Le centre-ville est le
premier lieu de la fête organisée
par les associations et les pouvoirs
publics qui accompagnent et
régulent cette manifestation
populaire. Chacun y
trouve sa place, soit dans
un groupe structuré ou
soit dans un groupe
informel. Le second
jour gras, le lundi est
celui du mariage burlesque
qui donne lieu à des défilés
solennels de couples inversés, telle
une procession en compagnie de
certains déguisés en maire, prêtre, et
évêque. Il y a la prise en compte d’un
aspect fondamental de la société.
L’alliance conjugale étant le premier
contrat social institutionnel, religieux. A l’origine de la société, tout
commence par
le couple. L’inversion
des rôles est
peut être une
invitation
pour tous
de revenir au
point de départ
de l’énergie
créatrice de tout, afin
de retrouver l’élan nécessaire, avant
de repartir dans les occupations
quotidiennes. Ce temps de carnaval
est un temps de ré-création.
Ce renouveau souhaité dans le
carnaval prend tout son sens dans
le déploiement du rite lors du mardi
gras, jour de sortie du « papa djab ».
La couleur symbolique est le rouge.
Les déguisements représentent
divers métiers et réalités de la vie sociale. Ce jour est riche d’espérance, de fécondité et de
prospérité d’une vie
dans l’abondance.
Le vaval, symbole
de ce qui est opposé
au bien-être de la
communauté, sera brûlé
le mercredi des cendres.
Tous les carnavaliers seront
parés de noir et blanc pour vivre
l’incinération dans les larmes, tout
en lui manifestant des regrets, des
pleurs en attendant le prochain
carnaval.
Y a-t-il une opposition entre
carnaval et religion ?
Le carnaval n’est pas un rite chrétien.
Il est un rite païen pour fêter le
changement de saison, symbolique
du passage de la mort à la vie.
C’est certainement pour cela que
les autorités d’alors l’ont placé dans
le calendrier avant le C arême et la
fête de Pâques, mort et résurrection
de Jésus-Christ. Il se présente alors
comme un temps de divertissement
et de réjouissance avant de vivre
l’austérité du Carême. Il ne s’oppose
pas aux religieux, mais il peut être
exploité et considéré comme une fête
à multiples dimensions
intéressantes.
Propos recueillis par
Nicole Chésima
r■
P
ourquoi y a-t-il une volonté
AN TJÈ
LÉGLIZ-LA
Interview de père Jean-Michel MonconthourInterview de père Jean-Michel Monconthour
Focus sur … le carnaval
Page 19
ÉGLISE EN MARTINIQUE du 27 février 2022 – n° 636 19
Agenda de l’Archevêque
Du 27 février au 06 mars :
• Visite à Rome, prédication de retraite
Dimanche 27 février :
•17h30 : Vêpres solennelles à Emmaüs
Mardi 08 mars :
• Conseil presbytéral
Mercredi 09 mars :
• Rencontre avec les confirmands des établissements
du Séminaire Collège Sainte-Marie et du Pensionnat
Saint-Joseph de Cluny par visioconférence •
18h : Catéchèse de l’Évêque à Emmaüs
Du 10 au 13 mars :
• Guadeloupe
Jeudi 10 mars :
• Cours de Théologie de la spiritualité par visioconférence
Dimanche 13 mars :
• 15h30 : Célébration de l’Appel décisif à la cathédrale
Saint-Louis
• 17h30 : Vêpres solennelles à la cathédrale Saint-
Louis
ASSOCIATION DIOCÉSAINE DE MARTINIQUE Service legs et donations
Archevêché de Fort-de-France - 5-7, rue du Révérend Père Pinchon
BP 586 - 97207 FORT DE FRANCE CEDEX
Téléphone : 06 96 310 333 - E-mail : michel.pouch@wanadoo.fr
oui , je souhaite recevoir en toute confidentialité votre brochure pour m’informer
sur les possibilités de legs, donations et assurances-vie à l’Association Diocésaine.
oui ,je souhaite être contacté pour un rendez-vous au Service des legs et
donations ou à mon domicile.
LÉGUEZ
à l’ Église catholique
L’espérance en héritage
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l’abréviation de : Association Diocésaine de Communication de Martinique. Communiqué d’Église en Martinique
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Une Eglise engagée...
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Hommage au père Filopon
Le pape et
la question homosexuelle :
explication de l'EvêqueDossier : l'action des catholiques
dans la Société
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"Eglise en Martinique" a 30 ans
« J’étais malade et vous m’avez visité ! »
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Sainte Joséphine Bakhita, de l’esclavage à la saintetéRetraite spirituelle des prêtresDOSSIER : Actions de l’Eglise auprès
des malades et des soignants
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