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ne paroissienne, scandalisée
par un ancien prêtre, m’a
envoyé ce texto indigné : « Et
dire qu’il nous a donné le Christ ! » Voilà
une belle définition du prêtre : « Celui
qui donne le Christ ». L’évêque aussi
donne le Christ, mais, comme successeur
des apôtres, il confirme ses frères dans
le Christ. Le diacre, lui, ne peut donner
le Christ, mais il Le sert dans les pauvres
et la mission.
Donner le Christ, c’est faire l’œuvre
du Père qui « a donné son Fils » (Jn
3,16). Le Père miséricordieux est attiré
par la misère de ses fils, non pour les
punir, les surveiller ni sévir, mais pour
faire miséricorde. Et dire que certains
ont peur de se confesser ! Nous avons
donné notre vie pour que, en donnant
le Christ comme le Père l’a fait, la misère
des hommes devienne un passage vers
le Salut.
Donner le Christ, c’est faire l’œuvre de
l’Esprit Saint, qui a conçu le Christ dans
le sein de Marie. Par le don de l’Esprit,
de la Parole et grâce au savoir-faire
communautaire, le prêtre engendre des
âmes en qui le Christ vit (Gal 2,20). Être
pasteur, c’est permettre au troupeau de
se laisser guider par l’Esprit.
Donner le Christ, c’est bien sûr faire
l’œuvre du Fils lui-même, qui « s’est livré
lui-même » (Ga 1,4 ; Tt 2,14). Le prêtre
est ainsi à la fois celui qui s’offre et celui
qui offre. Donner le Christ, c’est risquer
sa peau, aller jusqu’à expérimenter ses
faiblesses, jusqu’à mettre en danger
sa vie, sa réputation, son âme, son
équilibre, pour le salut des hommes.
Donner le Christ, qui « est né d’une
femme » (Ga 4,4), c’est imiter Marie. Avec
elle, tout baptisé met au monde la Parole
de Dieu. Le prêtre, lui, selon la prédiction
de Siméon, sait que son âme sera aussi
transpercée.
Voilà une belle homélie, n’est-ce pas,
frères et sœurs ?! Mais il y a une autre
chose de prophétique dans le texto de
cette dame : c’est sa déception… A priori,
c’est une mauvaise chose de décevoir les
autres. Pourtant, il y a un signe de la grâce
et de l’Esprit dans la capacité à affronter
la déception de sa propre faiblesse. Vu
la grandeur surnaturelle et sublime du
sacerdoce, de nombreux jeunes hommes
ont peur de devenir prêtres. Ce n’est
pas le célibat qui éloigne la plupart des
candidats, mais la crainte de ne pas être
à la hauteur, de décevoir Dieu, l’Église,
soi-même ou sa famille.
Tout prêtre est donc quelqu’un qui a su
vaincre un certain orgueil et prendre
le risque de décevoir. « Il importe peu
qu’on dise que nous sommes des vases
d’argile », rappelait le cardinal Aveline
au clergé de Marseille, « puisqu’après
tout, ce qui compte, c’est le trésor que
nous portons » (2 Co 4,7).
Décevoir, c’est faire l’expérience de la
contrition : prendre conscience qu’on
valait mieux que cela. Comme le disait,
désespéré, Anakin Skywalker dans Star
Wars : “Je ne suis pas le Jedi que je devais
être.” Nous aussi, nous pouvons dire : “Je
ne suis pas le prêtre (ou l’évêque) que
je devais être” ; “Nous ne sommes pas
le peuple que nous aurions dû être.”
Comment pourrait-il en être autrement ?
C’est la preuve d’une authentique
humilité et d’une grande espérance :
accepter de n’être ni une vedette, ni une
star, ni un modèle en toutes choses. Il
ne s’agit pas de se donner soi-même,
ni en spectacle ni en exemple, mais
de manifester, dans nos faiblesses, la
grandeur de Celui qui prend des bras
cassés pour construire son Royaume.
Alors, confiance, chers frères ! N’ayez
pas peur de décevoir l’évêque. Oui, c’est
vrai, en dix ans, j’ai parfois été très déçu,
même blessé, par certains. Mais je l’ai été
aussi de moi-même !
Tenez, voici le témoignage d’une grâce
reçue jadis à la suite d’une déception. Un
soir, alors que j’étais prieur dominicain,
j’ai vécu une conversion : en plein office,
j’ai reçu une lumière intérieure. Je voyais
les faiblesses, les incapacités, les limites
et les mauvaises manières de chacun de
mes frères. Mais cela ne m’affligeait plus.
J’étais dans l’admiration et m’exclamais :
“Et dire que ces hommes donnent le
Christ !”
Chers pères, « ET DIRE QUE nous avons
été choisis pour donner le Christ ! »
Amen.
+ Fr David Macaire, Archevêque
de Saint-Pierre et Fort-de-France
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« Et dire qu’ils donnent le Christ… »
Homélie de la messe Chrismale 2025 • Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France
MOT DE L’ÉVÊQUE
au clergé de Marseille, « puisqu’après
tout, ce qui compte, c’est le trésor que
Décevoir, c’est faire l’expérience de la
contrition : prendre conscience qu’on
valait mieux que cela. Comme le disait,
désespéré, Anakin Skywalker dans Star
Wars : “Je ne suis pas le Jedi que je devais
être.” Nous aussi, nous pouvons dire : “Je
ne suis pas le prêtre (ou l’évêque) que
je devais être” ; “Nous ne sommes pas
le peuple que nous aurions dû être.”
Comment pourrait-il en être autrement ?
ÉGLISE EN MARTINIQUE du 11 mai 2025 – n° 701 3