Savez-vous quand est célébrée la Mort de Jésus sur la Croix ? Le Vendredi saint ? Oui. On peut dire aussi au Sacré-Coeur, ou encore à la Croix Glorieuse. Mais, en réalité, la mort du Christ se renouvelle chaque jour. Oui, tous les jours à la messe. Depuis la salutation par le signe de la croix jusqu’à la bénédiction finale, toute la liturgie célèbre la passion, la mort et la résurrection de Jésus et constitue un seul et même mystère, le mystère pascal rendu présent. Toute la messe célèbre le « saint sacrifice ».
Mais à quel moment précis de la messe se manifeste la mort du Crucifié ?
Il se donne par sa miséricorde, au début de la célébration. Il se révèle et se livre à nos âmes dans la proclamation de la Parole. La présentation des offrandes est une participation à l’offrande de la vie du Christ pour le salut du monde (la quête n’est donc pas un simple geste matériel, mais une façon d’unir nos dons à Jésus). Il se donne lorsque le pain et le vin sont déposés sur l’autel (comme Abraham déposant son fils Isaac au sommet de la montagne pour l’immoler). Mais ce n’est pas encore le moment de la mort.
Le sommet de la messe est, bien sûr, la Prière Eucharistique au cours de laquelle, lors de la consécration, le prêtre prononce les paroles du Seigneur : « Ceci est mon corps livré… Ceci est mon sang versé pour vous. ». C’est le moment essentiel, central et décisif, où le Saint Sacrifice de la Croix se renouvelle. Il s’achèvera ensuite lorsque le célébrant, puis les fidèles, consommeront le corps et le sang comme une nourriture céleste sous les espèces du pain et du vin. Mais on oublie qu’il y a, au début de la communion, un rituel très particulier, souvent discret, que beaucoup ignorent ou banalisent : la fraction du pain. Moment si important qu’autrefois, c’est ainsi qu’on appelait la messe.
En effet, après le Notre Père, pendant l’Agneau de Dieu, le prêtre rompt le pain consacré. Il en détache une parcelle qu’il dépose dans le calice, dans un geste accompagné d’une prière silencieuse (« Que le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus Christ, réunis dans cette coupe, nourrissent en nous la vie éternelle »). Puis il sépare les hosties dans différents ciboires. C’est à ce moment-là que le Corps est rompu, brisé et livré pour nous. Là s’exprime sacramentellement la mort du Christ : son Corps est partagé pour que nous ne formions tous qu’un seul corps. Là se manifeste l’union entre Dieu et les hommes, et entre les hommes. Il me semble que nous sommes trop peu attentifs à ce geste : les ministres autour de l’autel bougent dans tous les sens pour préparer la communion ; l’assemblée se distrait en multipliant des gestes de paix bavards ; les chorales chantent des « chants de paix » (ce qui n’existe pas dans la liturgie !) ou des Agnus Dei rythmés ; des fidèles se tournent vers le tabernacle où on va chercher les hosties pré-sanctifiées comme au début et à la fin des temps d’adoration du Saint-Sacrement…
Mais à ce moment de la messe, le coeur du mystère se joue sur l’autel ! La fraction du pain, c’est le pain rompu pour un monde nouveau. C’est un moment d’une grande intensité spirituelle, c’est ainsi que les disciples d’Emmaüs l’ont reconnu !
Après la communion, aussi, lorsque les saintes espèces sont rapportées au tabernacle, j’observe de plus en plus tout un décorum autour de cette action, certes importante, mais qui n’est pas le centre de la liturgie à ce moment-là : nous venons de communier. Le Corps du Christ est en nous réellement. En l’assemblée demeure vraiment Celui dont le sacrifice vient d’être célébré. Tous sont recueillis en silence et en action de grâce. Le mystère n’est pas dans le retour des saintes espèces au tabernacle qui doit se faire, certes, dignement, mais le plus discrètement possible.
Ne cherchons pas au tabernacle Celui qui est vivant dans l’assemblée !
+ Fr David Macaire, Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France ■
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