Depuis plusieurs années, au fil des visites pastorales, un malaise revient surtout avec les jeunes adultes. Ils parlent d’un regard, d’une impression d’être évalués avant d’être aimés, d’être tout juste tolérés dans l’Église… à condition de rester discrets. On les voit au baptême de leur enfant, aux funérailles d’un proche, parfois à la porte du catéchuménat. Puis ils disparaissent, sur la pointe des pieds. Certains racontent qu’on leur a fait comprendre qu’ils ne pouvaient pas servir à cause de leur situation matrimoniale. D’autres qu’ils ne pouvaient pas s’engager dans un groupe « dans l’état actuel des choses ». D’autres encore qu’avant de demander le baptême, il faudrait d’abord « régler leur vie ».
Comme si la grâce était donnée par la perfection morale, et non l’inverse… C’est une incohérence de notre communauté : on exige d’un nonbaptisé ou d’un recommençant une cohérence morale que tant de baptisés peinent eux-mêmes à vivre ; on demande les fruits avant d’avoir planté l’arbre. On exige une sainteté accomplie avant même d’entrer dans une communauté authentiquement fraternelle et chrétienne.
On me dira : « Monseigneur, on ne peut tout de même pas accueillir n’importe qui ! » Et je répondrai que « l’Église n’a jamais accueilli que des "n’importe qui". Moi le premier. Elle est faite pour ça ! » Le Christ n’est pas venu distribuer des médailles aux irréprochables. Il est venu chercher, relever, sauver. L’Église n’est pas un hôtel quatre étoiles réservé à des saints, mais un hôpital de campagne pour de pauvres pécheurs. L’appartenance à la communauté chrétienne n’est pas conditionnée à une vie parfaite. Quand elle donne l’impression de sélectionner à l’entrée, elle cesse d’être crédible. À qui profite cette exigence douanière d’un « droit d’entrer » dans l’Église ? Pas au Seigneur en tout cas ! Que l’on me comprenne bien : l’Évangile n’est pas une eau tiède. Son exigence morale est belle, haute, lumineuse. Elle doit être annoncée clairement, positivement, sans réduction ni caricature. Mais les questions familiales et sexuelles, notamment, méritent mieux que des allusions gênées ou des interdits lancés à la volée. Les candidats au baptême et les jeunes doivent recevoir une instruction solide, intelligente et adaptée. Certainement pas un catéchisme au rabais, mais une doctrine claire, exigeante et radicale. On doit vérifier qu’ils adhèrent réellement à l’enseignement de l’Église et qu’ils promettent sincèrement de s’y conformer de tout leur pouvoir, malgré leurs fragilités. Cependant, il ne faut pas confondre le désir de sainteté et une vie morale « zéro faute » ! Il y a une obligation de moyen, non de résultat. La perfection morale est le fruit d’une rencontre avec le Christ. Cette rencontre se vit dans son Corps qu’est l’Église. Si l’on maintient quelqu’un à distance au motif qu’il n’est pas encore transformé, comment pourra-t-il l’être un jour ?
Sauf en cas de graves scandales (cf. 1 Co 5,1 « l’homme qui vit avec la femme de son père »), relevant uniquement du jugement des pasteurs et non des commérages des fidèles, dès lors qu’une catéchèse appropriée a été donnée et qu’un(e) candidat(e) manifeste une adhésion sincère à l’enseignement, on ne peut lui refuser les sacrements de l’initiation au motif d’une « situation irrégulière ». Nul ne connaît le secret des coeurs, et bien des situations ne dépendent pas uniquement de la volonté des intéressés. Comme tous les fidèles, qu’ils avancent de leur mieux « avec la Grâce ! », c’est-à-dire AVEC les sacrements ! …
Mettons donc toute notre énergie pour que soit organisé partout un véritable accueil des jeunes adultes : écoute réelle de leurs attentes, propositions adaptées, accompagnement personnel, et enseignement clair et positif sur la vie affective, sexuelle et familiale. Qu’ils se sentent bénis et non pas jugés ! L'Église gagnerait à refléter la miséricorde du Christ. Elle gagnera tout à lui ressembler davantage.
+ Fr David Macaire, Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France ■
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