Notre pays traverse de nombreuses inquiétudes. Tensions sociales, vie chère, blessures laissées par les dernières élections, divisions des familles, violence, trafics, exode des jeunes, diminution du nombre d’enfants, interrogations sur l’identité, incertitude économique et politique… Sans parler des angoisses liées au retour de l’occulte, parfois présenté comme une alternative à la foi chrétienne ; des questions sur le sens de notre histoire ; des guerres qui secouent le monde ; les fragilités de notre souveraineté. Ce monde crie, et nous avec lui : « À qui irions-nous ? ». Il n’y a que Jésus.
C’est pourquoi, malgré les tempêtes, l’Église Catholique garde le cap et est le Cap. La société elle-même nous le demande. Le plan pastoral Cap 2025 a voulu développer la vie fraternelle et la formation des fidèles, renforcer le service, la mission et la prière. Il demeure l’ossature du nouveau chemin pastoral, Kerygma 2030, qui veut remettre au centre la première annonce de la Bonne Nouvelle et l’accueil de ceux qui viennent vers l’Église. Car la question est là : comment accueillons-nous celui qui cherche le Christ ? Comment annonçons-nous la Bonne Nouvelle ?
L’Église est le Corps du Christ. Ainsi, lorsque ce peuple sombre dans la division, l’Église est la communion. Lorsque les familles se déchirent, l’Église est le lieu de la réconciliation et du pardon. Lorsque la vulgarité et la violence gagnent les cœurs, seule l’Église est le signe de la pureté et de la dignité humaine. Lorsque l’isolement enferme les personnes, l’Église est la maison de famille. Lorsque la Martinique sombre dans l’infertilité et la stérilité, l’Église est la fécondité et l’ouverture à la vie. Lorsque la peur et la méfiance se répandent – empoisonnant travail, société, sexualité, engagement – l’Église est le refuge, le sûr abri, la stabilité, la sécurité spirituelle. Le monde sombre dans la culture de mort, cherchant à se débarrasser des plus fragiles ; l’Église est la main et le cœur qui accompagnent, protègent et servent la vie jusqu’au bout. La politique semble à bout de souffle, sans solutions ; l’Église est la fraternité, la justice et la vérité.
« Moi, je suis dans la joie quand on me dit : allons à la maison du Seigneur. C’est ici que je suis bien, là que sont réunis mes frères et mes amis, ceux qui m’aiment et me comprennent. »
Au moment où les choses changent dans notre organisation pastorale, je rappelle aux fidèles, aux prêtres, aux diacres, aux consacrés et à tous les baptisés les paroles de Mgr Maurice Marie-Sainte, citées dernièrement par le père Christian Catayée : « Doubout’ !… rété doubout ! » Ou encore cette prophétie de Sainte Catherine de Sienne, reprise par Benoît XVI : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier. » Plus le monde va mal, plus nous avons le devoir d’être pleinement ce que nous sommes en Jésus-Christ.
Comme saint Paul :
« Nous sommes pressés de toute manière, mais non écrasés ; désemparés, mais non désespérés ; persécutés, mais non abandonnés ; abattus, mais non anéantis. » (2 Co 4, 8-9)
Voilà pourquoi il ne faut pas voir les membres de l’Église comme « ceux qui ont de l’espoir », mais comme ceux qui incarnent l’Espérance. Ceux que Dieu a choisis pour être un signe visible au milieu du monde, qu’Il « a jugés dignes de servir en sa présence ».
Nous n’avons plus d’espoir, mais nous sommes l’Espérance, parce que le Christ vit dans son Église et que son Église demeure au milieu de son peuple comme la Réalisation du salut et de la Bonne Nouvelle :
Il est Ressuscité, Il a vaincu la mort !
+ Fr David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France ■
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