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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 2 juillet 2023 – n° 665 4
EGLISE UNIVERSELLE\n
E
n la solennité des saints Pierre et
Paul, patrons de la Ville éternelle,
le pape François a présidé la
messe en la basilique Saint-Pierre de
Rome. Le cardinal Re, doyen du Sacré-
Collège a célébré, mais le Successeur de
Pierre a prononcé l’homélie. Le pape a
invité fidèles et pasteurs de l’Église à «se
lever en hâte» et «mener le bon combat»
spirituel, dans les pas des deux saints
apôtres martyrs, piliers de l’Église.
S’appuyant sur la première lecture du
jour issue des Actes des Apôtres, le pape
François a relevé les paroles de l’ange
à Pierre, incarcéré par le roi Hérode :
« Lève-toi vite » (Ac 12, 7), ainsi que celles
de Paul, qui, résumant toute sa vie et son
apostolat, dit : « J’ai mené le bon combat »
(2 Tm 4, 7). Dans son homélie, le pape a
ainsi proposé une méditation sur ces
deux aspects, se lever à la hâte et mener
le bon combat, à la lumière du processus
synodal en cours.
Le risque de la médiocrité spirituelle
L'évêque de Rome a d'abord relevé
que nous faisons encore l’expérience,
aujourd'hui, « de nombreuses résistances
intérieures » qui empêchent de se mettre
en mouvement. Parfois, en tant qu’Église,
nous sommes submergés par la paresse,
a-t-il regretté, et nous préférons rester
assis à contempler les quelques choses
sûres que nous possédons, au lieu de
nous lever pour jeter le regard vers des
horizons nouveaux, vers la mer ouverte.
Le pape a rappelé que, souvent, nous
sommes enchaînés comme Pierre « dans
la prison de l’habitude », « effrayés par
les changements » et « liés aux chaînes
de nos coutumes », glissant ainsi vers
« la médiocrité spirituelle ». Court alors le
risque de « vivoter » y compris dans la vie
pastorale. « L’enthousiasme de la mission
s’affaiblit et, au lieu d’être signe de vitalité
et de créativité, on finit par donner une
impression de tiédeur et d’inertie », a
dénoncé le Souverain pontife, citant le
père Henri de Lubac dont il affectionne
les œuvres.
« Alors, le grand courant de nouveauté
et de vie qu’est l’Évangile devient dans
nos mains une foi qui « tombe dans le
formalisme et dans l’habitude, [...] une
religion de cérémonies et de dévotions,
d’ornements et de consolations
vulgaires [...]. Un christianisme clérical,
un christianisme formaliste, un
christianisme éteint et endurci » (Le drame
de l’humanisme athée. L’homme devant
Dieu, Milan 2017, 103-104).
Une Église sans chaîn\nes ni murs
Le Saint-Père a ensuite évoqué le synode,
qui invite à devenir « une Église qui se
tient debout », et non pas « repliée sur
elle-même ». Le Successeur de Pierre a
exhorté à « une Église sans chaînes et sans
murs, dans laquelle chacun peut se sentir
accueilli et accompagné, dans laquelle on
cultive l’art de l’écoute, du dialogue, de
la participation, sous l’unique autorité
de l’Esprit Saint ». « Une Église libre et
humble, qui " se lève en hâte ", qui ne
traîne pas, n’accumule pas de retards sur
les défis actuels, ne s’attarde pas dans ses
murs sacrés, mais qui se laisse animer par
la passion pour l’annonce de l’Évangile et
par le désir de rejoindre tout le monde et
d’accueillir chacun ».
\bhacun a une mission
Le pape a ensuite rapporté les paroles de
Paul qui, repensant à toute sa vie, affirme :
« J’ai mené le bon combat » (2 Tm 4, 7).
En somme, que chacun accomplisse la
mission qui lui est confiée et fasse sa
part, a résumé le pape François, chacun
est appelé à être disciple missionnaire et
à offrir sa contribution. Deux questions
ont été posées par le pape. La première :
« Que puis-je faire, moi, pour l’Église? »
Ne pas se plaindre de l’Église, mais
s’engager pour l’Église, a-t-il répondu.
« Participer avec passion et humilité: avec
passion, car nous ne devons pas rester
des spectateurs passifs; avec humilité, car
s’engager dans la communauté ne doit
jamais signifier occuper le centre de la
scène, se sentir meilleur et empêcher aux
autres de s’approcher. Église synodale
signifie : tous participent, personne à la
place des autres ni au-dessus des autres »,
a-t-il expliqué.
Ne pas se compromettre avec les
logiques du monde
Mais participer signifie aussi mener à
bien le « bon combat », selon le pape,
il s’agit en effet d’un « combat », car
l’annonce de l’Évangile n’est pas neutre,
elle ne laisse pas les choses telles qu’elles
sont, « elle n’accepte pas de compromis
avec les logiques du monde ». Au
contraire, a-t-il précisé, elle allume le
feu du Royaume de Dieu là où règnent
les mécanismes humains du pouvoir,
du mal, de la violence, de la corruption,
de l’injustice, de la marginalisation. Et
alors apparaît la deuxième question:
« Que pouvons-nous faire ensemble,
en tant qu’Église ? ». « Nous ne devons
certainement pas nous enfermer dans
nos cercles ecclésiaux et nous clouer à
certaines de nos discussions stériles, mais
nous devons nous aider à être du levain
dans la pâte du monde ».
« Faites attention à ne pas tomber dans
le cléricalisme, qui est une perversion »,
a mis en garde le pape, invitant, en
somme, à « être une Église qui promeut
la culture du soin, la compassion envers
les faibles et la lutte contre toute forme
de dégradation ». Le Saint-Père a enfin
exhorté les archevêques à « se lever
en hâte », avec Pierre, « pour être des
sentinelles vigilantes du troupeau et
combattre le bon combat"», avec Paul.
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news/2022-06/ ■
le pape exhorte à une Eglise humble, qui m ène le bon combat
Saints Pierre et Paul :