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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 26 novembre 2023 – n° 670 16
L’AUTORITÉ DU CHRIST DOSSIER
eschatologique, c’est-à-dire dans les
derniers temps.
Au seuil du second Testament, on note
l’attente ardente du Règne final de Dieu
dans le peuple juif tout entier. Toutefois,
une ambivalence caractérisera ce Règne :
si son objectif religieux est conservé,
l’on ne manquera pas d’accentuer son
caractère politique. Dans cette optique, le
Roi-Messie à venir sera celui qui libérera
Israël de l’oppression étrangère romaine.
Il est indéniable que le message du
Second Testament est essentiellement
religieux. La centralité du Royaume de
Dieu, et partant de la royauté messianique,
peut être aisément constatée. Jésus est
bel et bien l’artisan historique du règne
définitif de Dieu comme l’atteste une série
de textes néotestamentaires répondant
à la question de savoir si Jésus est roi
(Matthieu 21, 5 ; Luc 19, 38 ; 22, 29-30 ; Jean
1, 49 ; 12, 13). Jésus assume une royauté
dépouillée de toute connotation politique.
Son service accomplit le salut de Dieu par
sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.
Enfin, la parousie est décrite comme
manifestation éclatante du Règne du Christ
ressuscité (2 Timothée 4, 1 ; Apocalypse 11,
15) (cf. Vocabulaire de Théologie Biblique,
colonne 1140).
De la proclamation du Royaume de
Dieu et de son accueil, on s’achemine
progressivement vers la formation d’un
peuple dont Jésus est le « Chef », au
sens noble de la « Tête ». En effet, « le
Royaume brille aux yeux des hommes
dans la parole, les œuvres et la présence
du Christ. » ( Lumen Gentium n°5). Le
Catéchisme de l’Église Catholique
souligne clairement l’évolution du
groupe de ceux qui entendaient les
prédications de Jésus vers l’Église : « Par
tous ses actes, le Christ a préparé et bâti
son Eglise » (CEC n°765).
On devient membre de cette Église,
peuple de Dieu dont le Christ est la
Tête, non par naissance physique, mais
une naissance d’une autre nature, celle
spirituelle : nouvelle naissance, naissance
d’en haut, naissance de l’eau et de l’Esprit
(cf. Jean 3, 3-5). Cette naissance spirituelle
est le baptême qui suppose et exige la foi
en Christ, « […] Celui que le Père a oint
de l’Esprit Saint et qu’il a constitué Prêtre,
Prophète et Roi » (CEC n°783). Ainsi, le
baptême constitue la personne qui le
reçoit participante de la Royauté, et donc
de l’autorité du Christ.
❸
Baptisé, prêtre, prophète et
roi : mission dans le monde et
au cœur de toutes les périphéries
existentielles et sociales
Le peuple de Dieu tout entier participe aux
trois fonctions du Christ, à savoir : Prêtre,
Prophète et Roi. Sa mission et son service
à l’humanité découlent de son union au
Christ. Il en va de même de tout baptisé qui
reçoit sa mission du Christ par la médiation
de l’Église (cf. CEC n°783).
Ainsi, la mission de tout baptisé est le
lieu d’exercice de sa fonction royale.
Or, le Christ exerce fondamentalement
sa Royauté en attirant à Lui tous les
humains par sa mort et sa Résurrection
(cf. Matthieu 20, 28 ; Jean 12, 32). Par
conséquent, « Pour le chrétien, régner,
c’est Le (Christ) servir (cf. Lumen Gentium
n°36), particulièrement dans les pauvres
et les souffrants, dans lesquels l’Église
reconnaît l’image de son Fondateur pauvre
et souffrant. Le peuple de Dieu réalise sa
dignité royale en vivant conformément à
cette vocation de servir avec le Christ »
(CEC n°786).
Mission du baptisé dans le monde, mais
lequel ? Notre monde connaît « un moment
historique qui ne favorise pas l’attention
aux pauvres ». Notre écosystème mondial
fait partie de ces pauvres qui souffrent
assurément de l’indifférence affichée
par un nombre important de terriens.
Indifférence stratégique ? Indifférence
par calcul ? Indifférence motivée de
nos contemporains insatiables âpres
au gain ? Les atermoiements devant
une orientation commune au service
de la sauvegarde et de l’intégrité de la création, œuvre de Dieu, semblent
militer malheureusement en faveur
de ce désintérêt pour la planète bleue
qui gémit et crie souffrance. Toutefois,
l’humanité lutte sans cesse pour ne pas
sombrer dans un état d’apathie par trop
paralysante. Les efforts conjugués pour la
paix dans le monde à travers la résolution
des conflits, la réduction, à défaut de
leur éradication, des injustices en tous
genres, et bien d’autres engagements
de par le monde, prouvent à suffisance
que ce dernier a encore une âme que le
baptisé peut rejoindre pour le bien de
tous. Dans tous les cas, le baptisé devra
non pas déléguer, mais s’impliquer
personnellement. C’est sa vocation
(cf. Message du pape François pour la
VIIe Journée Mondiale des pauvres
n°4). Devant tant de défis sociétaux,
écologiques et environnementaux pour
ne citer que ceux-là, « déléguer » risque
de s’apparenter à « démission », entendu
comme refus de recevoir la mission ou
tentation d’abandonner la mission.
Dans le monde d’aujourd’hui, des pans
entiers de la société mondiale, des
régions entières du globe terrestre, des
personnes réelles, et non virtuelles, ayant
des problématiques existentielles tout
aussi réelles sont un cri lancé et amplifié
vers l’Église, entre autres partenaires
sociétaux. Et ce cri appelle la mission aux
multiples visages de tous les baptisés.
La créativité sous la conduite de l’Esprit
Saint est de rigueur. En effet, l’Église,
œuvre de Dieu, est aussi une œuvre
des hommes. Articuler la réception de
l’Église de Dieu comme peuple né de
Lui et Lui appartenant ne dispense en
rien de sa nécessaire construction dans
l’environnement d’aujourd’hui. L’Évangile
du Christ, sujet de la mission des baptisés
est à vivre dans le monde de leur temps.
La mission du baptisé, prêtre, prophète
et roi est une réponse concrète, adaptée,
pertinente qui exige sortie de soi, de
ses sécurités, de son confort, de ses
immobilismes, de ses égoïsmes, de ses
préjugés, de sa tendance à moraliser, de