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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 15 décembre 2024 – n° 691 3
S
ouvenez-vous ! Dédé Saint-
Prix chantait : « De moyen
kominikasion tétéfòn’ vini pou
lesprésion. Sé konsa a la radio moun’
ka jouré an téléfon-lan, woy ! Mano
voyé pié… pawòl la té bien di ! Mé
si nou tépé wè moun tala, pèsònn pa
té ké jouré ! » … Nous ne le savions
pas, mais c’était la belle époque. Les
gens se « contentaient » de déverser
leur vulgarité « à la radio ». C’était
une violence verbale mais générale
et diffuse…
Aujourd’hui, dans les réseaux,
l’anonymat protège encore les
auteurs de brutalité mais la férocité
a doublé et, surtout, elle est désormais
personnelle et ciblée comme une
arme de poing. Anonymat ou pas,
les réseaux donnent comme une
permission de se déchaîner et de
revenir à l’état sauvage, sans retenue,
n’écoutant rien d’autres que les
pulsions les plus primaires : E/ E;
j’aime/j’aime pas ; j’adore/je déteste
et au final, je me livre/je tue !
Sur les réseaux, nouveaux médias
« alpha », les désinformations,
les calomnies, les dénonciations
abusives, les fakes news, les injures,
les insultes, les menaces, les vexations
ont acquis un statut inégalé dans
l’histoire. Ils permettent à la fois
une large diffusion publique du
harcèlement le plus bestial, des
mensonges les plus éhontés et une
impunité totale des auteurs. L’impact
de ces manipulations est puissant :
Des jeunes se suicident. Des autorités
sont agressées. Des familles se
déchirent. Des institutions sont
décrédibilisées. On ne croit plus en
personne. On ne sait plus qui croire.
Nul n’est en sécurité : dans cette
boue nauséabonde, une prime est
donnée à la malpropreté de ceux qui
n’ont plus rien à craindre pour leur
réputation alors que l’honnêteté peut
se voir salie en toute impunité en un
clic par des meutes de « courageux »
inconnus. Dans un égout, un rat sera
toujours plus à l’aise qu’une colombe.
La superficialité, l’immédiateté, et
l’impudicité sont synonymes de
succès, alors que la profondeur, la
rigueur et la pudeur sont méprisées.
« Mé Zanmi », il y a plus grave : en
eux-mêmes, les réseaux ne sont pas
mauvais, mais l’usage que nous en
faisons, surtout dans une petite île,
peut devenir diabolique.
En plus de la vulgarité dans le monde
virtuel, les réseaux engendrent
dans le réel un effondrement du
niveau scolaire, une atténuation du
jugement moral, de grands risques
de manipulations et une culture de
la violence aux conséquences très
concrètes. L’art du dialogue, du
« parler ensemble », du « s’écouter
l’un l’autre », du « chercher à
comprendre » disparait dans
la vraie vie, dans les milieux
professionnels, scolaires,
culturels, (géo)politiques,
jusque dans les familles… De
même sur les réseaux, on ne
fait plus l’effort de respecter les
autres. On n’écoute que ses propres
sentiments, on suit la masse. Même
si une personne dit quelque chose
de sensé, si elle dérange ou agace, si
on n'a pas envie de l’aimer, alors on
la tue, elle ou sa réputation… sans
autre forme de procès.
Prenons garde que la raison, la Vérité,
l’intelligence, l’autorité, la réflexion,
l’écoute et le dialogue ne deviennent,
après la moralité, les victimes des
réseaux. Il faut se souvenir que c’est
en rejetant la raison et en choisissant
la facilité des jugements arbitraires
qu’adviennent les pires atrocités
humaines. En faisant une référence
à peine voilée à la montée du nazisme,
le bon pape Benoît XVI ne cachait pas
son inquiétude : « Depuis longtemps,
l'Occident est menacé par cette
aversion pour la raison et il ne pourrait
qu'en subir un grand dommage ». (Foi
et Raison 12 sept. 2006, Ratisbonne) …
Lorsque les fondements de la Paix et
de la concorde sont détruits, toutes
les haines sont possibles. Il y a déjà
des morts.
Que le Prince de la Paix que nous
célébrons à Noël, nous donne de
scruter les temps avec discernement.
« Amour et Vérité se rencontrent,
Justice et paix s’embrassent » (Ps 84)
+ Fr David Macaire, Archevêque
de Saint-Pierre et Fort-de-France
■
Les réseaux et la raison
MOT DE L’ÉVÊQUE
niveau scolaire, une atténuation du
jugement moral, de grands risques
de manipulations et une culture de
la violence aux conséquences très
concrètes. L’art du dialogue, du
« parler ensemble », du « s’écouter
l’un l’autre », du « chercher à
comprendre » disparait dans
la vraie vie, dans les milieux
professionnels, scolaires,
culturels, (géo)politiques,
jusque dans les familles… De
même sur les réseaux, on ne
fait plus l’effort de respecter les
de Saint-Pierre et Fort-de-France ■
l’un l’autre », du « chercher à
comprendre » disparait dans
la vraie vie, dans les milieux