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ÉGLISE EN MARTINIQUE du 16 mars 2025 – n° 697 17
S
i donc le Carême est le chemin
vers le cœur, il est alors le chemin
vers notre Essentiel. Et comme
le dit le père Lagacé, Carême, ce sont
quarante jours qui nous conduisent à la
vie du Ressuscité. Certes, ce temps, nous
le redoutons parce que nous le mettons
sous le signe du sacrifice matériel : ne pas
manger de chocolat, ne pas prendre de
la viande, faire toutes sortes d’efforts :
ascèses, abstinence, pénitence, jeûne,
prière et partage. Tout pour contraindre
le corps, pour apaiser l’esprit et affiner
l’âme. Et pourtant, on a peur et on redoute
le carême. On promet et on échoue
dans l’exécution des promesses. Or, ce
temps est d’abord et surtout le temps de
fiançailles où le Seigneur Dieu Créateur
de notre souffle vient tout renouveler en
nous. Il vient nous redonner un nouveau
souffle. Car nous sommes étouffés par
le mensonge, la cupidité, les désirs de
tout genre, par le matériel, par le soupçon
contre Dieu que nous accusons de nos
maux, de nos malheurs et de nos fuites. Et
ainsi, puisqu’il n’y a plus de souffle divin,
« la mort est passée en tous les hommes,
du fait que tous ont péché ». Ce souffle
nouveau créateur, c’est en Jésus-Christ,
Dieu-avec-nous, venu devenir Ami
intime des humains, quand il accomplit
pour nous « la justice et nous conduit à
la justification qui donne la vie » nous dit
saint Paul.
Le temps de carême est donc le temps où
le Seigneur notre Ami, nous propose le
nouveau souffle. C’est le temps où nous
sommes invités à retrouver notre essentiel.
Car manger, boire, se vêtir, avec tous les
soucis et tous les dégâts que cela entraîne,
est-ce l'essentiel dans la vie de l’homme
? Pour Jésus, dans les évangiles, si ces
choses sont notre essentiel, la condition
de l'homme serait bien plus pénible que
celle des oiseaux ou des fleurs. En effet,
les oiseaux ou les fleurs reçoivent leur
bonheur de notre Père du Ciel. L'homme
serait-il moins aimé que les oiseaux ou les
fleurs ? "Ne valez-vous pas beaucoup plus
qu'eux" L'homme est fait pour chercher et
trouver Dieu qui peut seul combler toutes
ses aspirations. L'essentiel est donc de se
recevoir du Père du Ciel. "Ne vous faites
pas de soucis pour votre vie" - car "qui
d'entre vous, à force de souci peut
prolonger tant soit peu son existence
?" -, pas de souci au sujet de la nourriture,
des vêtements - car "votre Père Céleste sait
que vous en avez besoin."
Et pourtant nous avons l’habitude
de penser que " le Seigneur nous a
abandonnés, le Seigneur nous a oubliés".
N'avons-nous pas souvent l'impression
que nous sommes seuls dans notre
maladie, dans notre prison, dans nos
angoisses, dans nos luttes contre les
malheurs de la vie ? Et pourtant l'amour
indéfectible et la tendresse quasi-
maternelle de Dieu pour chacun de nous,
nous sont toujours garantis. Ce n'est que
dans cet amour et dans cette tendresse
de Dieu pour nous, que nous pouvons
trouver un surcroît d'énergie pour vivre
nos peines, nos misères, nos injustices.
Il ne s'agit pas de nous emmurer dans
nos préoccupations, dans nos soucis,
dans nos solitudes, à la recherche de nos
réputations, de nos biens éphémères,
mais il s'agit de nous ouvrir à l'amour, à la
tendresse et à la confiance de Dieu et en
Dieu. " Cherchez d'abord le royaume de
Dieu, - royaume d'amour, de justice et de
paix au cœur de nos relations humaines
- et tout cela vous sera donné par-dessus
le marché". Dire autrement, chercher en
premier l’essentiel.
Voilà pourquoi durant ce temps de
carême, Jésus nous propose de tout lâcher
pour devenir léger comme la poussière
de laquelle nous sommes tirés. Revenir à
l’essentiel, c’est accueillir le don que Dieu
nous prépare durant quarante jours :
NOUS RENDRE NOUVEAUX. Le Carême
est donc le temps du don gratuit de Dieu
à chacun de nous, un souffle nouveau au
cœur de ce monde étouffé par le matériel
et l’esclavagisme de toute sorte. Ce souffle
nouveau, c’est Dieu lui-même. C’est donc
Dieu qui fait le premier pas et nous invite
à vivre ce temps d’amour. Il n’y a donc
plus raison ni de redouter ni d’avoir peur
de ce temps de carême. Au contraire,
nous devons le désirer parce que c’est le
temps de la nouveauté, c’est le temps des
amours avec Dieu qui est Amour. Et en
retour, l’Église notre mère nous propose
de prendre comme notre Maître et Ami,
Jésus-Christ, les moyens qu’il a utilisés
lui-même pour vaincre le tentateur :
vivre de la parole de Dieu que du pain,
s’accrocher à Dieu et faire de lui notre
essentiel, apprendre à laisser la volonté
de Dieu se faire. Voilà les moyens de
victoire du Christ qui nous sont proposés
pour recevoir cette gratuité de la vie de
Dieu en demeurant fidèles à l’amour divin.
Et comme amour appelle sacrifice, à chacun
de voir ce qui pèse son cœur et l’empêche
de le faire élever vers le Seigneur. Si nous
sommes lourds de nos encombrements
de ce monde, l’esprit mauvais, ce serpent
antique comme un lion tapi en embuscade
attend à notre porte pour nous mettre à nu
et étouffer en nous ce souffle divin. Si notre
ami et Maître l’a vaincu, c’est que nous
aussi, et avec lui, nous le vaincrons par
nos œuvres de charité, de détachement,
de jeûne et de prière intense.
Vivons ce temps de fiançailles avec notre
bien-aimé le Christ pour des épousailles
nobles à Pâques en ayant en vue, durant
ces quarante jours, la phrase de saint
François de Sales : TOUT PAR AMOUR,
RIEN PAR FORCE. Et si ceci devenait notre
devise durant ce carême ? Je crois que c’est
aussi la devise de Dieu-Amour, Lui-même.
Bon carême à tous et à toutes pour une
lumineuse et vivifiante fête de Pâques.
Père Grégoire-Sylvestre Gainsi ■
Le Carême : un Chemin vers ton essentiel