Page 17
ÉGLISE EN MARTINIQUE du 30 mars 2025 – n° 698 17
E.M : Jésus a prié, pour Judas Iscariote.
Se sentant trahi, comment, le chrétien
doit-il agir ?
O.A : Bien sûr, c’est tout le cœur de la prière
sacerdotale de Jésus dans Jean 17, 1-24,
appelée encore la Prière Suprême de Jésus :
« Quand j’étais avec eux, je les gardais unis
dans ton Nom, le Nom que tu m’as donné.
J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que
l’Écriture soit accomplie » (Jean 17,11).
Si horrible, si difficile que soit la trahison
subie, le chrétien, disciple de Jésus de
Nazareth est vivement invité à se tourner
d’abord vers le Seigneur, et Lui confier la
personne qui l’a trahi Lui. Ensuite, demander
au Seigneur la grâce de ne pas réduire la
personne traîtresse à sa seule offense, mais
voir, toujours en elle, un frère, une sœur de
Jésus à continuer d’aimer, et dont au nom
du Christ, notre modèle par excellence, nous
refuser de nous venger. Ensuite, il nous est
requis de demander au Seigneur la grâce
de lui pardonner, et ce, dans la conviction
renouvelée que le pardon profondément
offert au traître - quelle qu’en soit la blessure
infligée, la confiance détruite ou bafouée -
est un chemin authentique de guérison
progressive et profonde.
Il importe aussi de dialoguer sereinement
avec le traître, non pas avec le préjugé de la
blessure reçue, mais avec un cœur aimant
afin de mieux comprendre et de mieux
apprécier les raisons qui l’ont conduit à ce
parjure. La rupture radicale, le rejet définitif
ou toute forme de violence à l’endroit de
la personne traître ne sont aucunement
l’évangélique solution : « Pardonne-nous
nos offenses comme nous pardonnons à
ceux qui nous ont offensés » disons-nous
dans le Notre Père (Mt 6, 7-15).
suppliante faite de recherche le dialogue
sincère pour dire comment on en est arrivé
là, est l’attitude requise, pour peu à peu
retrouver un environnement propice à
se faire écouter de la personne blessée
et entamer le chemin du pardon de la
réconciliation. Une fois encore, l’attitude
de l’Apôtre Pierre lors de l’arrestation de
Jésus est interpelante après avoir renié
trois fois le Christ « Je ne sais ce que tu
veux dire » (Jean 22, 60) ou « Non, je ne
le connais pas » (Jean 22, 57), « Non, je
ne sais pas ce que tu veux dire » (Jean 22,
58). En réalité, Pierre, après ces triples
déclarations, s’est rendu compte qu’il
est allé loin, et qu’il a été infidèle à sa
promesse de suivre Jésus, au prix même
de sa vie. « Il sortit, et dehors, pleura
amèrement » (Luc 22, 62). Pierre, devant
le Christ n’a jamais brandi son reniement,
son infidélité, comme une bravoure, un
trophée, mais a pris vivement conscience
qu’il a fait preuve de parjure monumental.
Judas Iscariote, par contre, entêté dans son
choix d’aller jusqu’au bout de la trahison,
a été finalement, pris de remords et
confesse sa forfaiture : « Je suis coupable,
j’ai livré un innocent à la mort (Matthieu
27, 3-5). Complètement désespéré de la
Miséricorde de Jésus, il est allé se pendre.
Ici encore, le suicide devant la trahison
envers Dieu, la trahison d’un proche,
d’un époux, d’une épouse, d’un ami ou
collaborateur, collaboratrice, n’est point,
et ne sera point, la meilleure et suprême
solution, mais plutôt l’espérance en Dieu
qui ne désespère jamais de personne,
fût-il le plus grand criminel que la terre
ait porté « Aujourd’hui tu seras, avec moi,
au paradis » (Luc 23, 43).
E.M : Comment peut-on, en tant que chrétien
clamer et proclamer être avec Jésus de
Nazareth, sans être véritablement avec Lui
et pour Lui ?
O.A : La réponse argumentée et détaillée à cette
poignante question constitue la problématique et
le cœur de mon ouvrage intitulé : « Judas Iscariote,
le risque permanent de clamer et de proclamer
être avec Jésus-Christ, sans être réellement avec
Lui et pour Lui ». Cet ouvrage est paru au Bénin,
mon pays, en juin 2021. Il est important de le
lire, de le méditer, et se laisser surtout regarder
quotidiennement, et plus encore, en ce temps
de Carême, par Jésus… Rigoureusement et
concrètement parlant, cette question est, hélas,
le cœur de toute l’histoire du syncrétisme,
1
de
l’idolâtrie, de l’appartenance simultanée - mais
particulièrement fragilisante et dangereuse -
des croyants dits catholiques à des sociétés
occultes, à des cercles ésotériques et aux recours
imprudents à des quimboiseurs, à des statues
de Bouddha, ou encore à des forces sataniques,
à des pratiques divinatoires ou magiques. Ainsi,
nous menons une double vie.
Nous pouvons aussi clamer et proclamer être
avec Jésus-Christ, sans réellement être avec
Lui quand, venant régulièrement à la messe,
occupant, parfois, les premiers bancs de l’église,
toujours ponctuels - ce qui est à féliciter - mais,
du coin et des recoins de notre vie, nous sommes
les premiers à organiser, à planifier comment
attenter, sans pitié, à la vie de nos frères et sœurs
qui réussissent mieux que nous ; qui ont plus de
biens matériels, attentant par la médisance, par
l’intoxication, et finalement, par les armes
2
à leur
vie sacrée. J’ai détaillé, dans ledit ouvrage, ces
différentes méchancetés fruits de notre duplicité
comme Judas Iscariote.
Père Albert Ogougbé,
Paroisses de Trinité et de Tartane
■
Aimer, c’est pardonner
Ne pas succomber à la tentation du Mal
1
On vient à la messe le matin ; le soir on
est chez le charlatan, le quimboiseur, etc.
2
Père Albert Ogougbé, Judas Iscariote : Le
Risque permanent de clamer et de proclamer
être avec Jésus de Nazareth sans être réellement
avec Lui et pour Lui ; Cotonou ; Ed. Exsurge
Domine ; Septembre 2021 ; P. 2970 -