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        Message du pape François pour la Journée des Vocations

Message du pape François pour la Journée des Vocations

Le dimanche 12 mai 2019, dimanche du Bon Pasteur, le Pape François nous invite à prier pour les vocations dans tous les diocèses du monde. Découvrez le message qu’il a publié à l’occasion de cette 56ème Journée mondiale de prière pour les vocations, "Le courage de risquer pour la promesse de Dieu".


« Chers frères et sœurs,

après avoir vécu, en octobre dernier, l’expérience dynamique et féconde du Synode dédié aux jeunes, nous avons récemment célébré à Panamá les 34èmes Journées mondiales de la Jeunesse. Deux grands rendez-vous, qui ont permis à l’Eglise de tendre l’oreille à la voix de l’Esprit et aussi à la vie des jeunes, à leurs interrogations, aux lassitudes qui les accablent et aux espérances qui les habitent.

En reprenant justement ce que j’ai eu l’occasion de partager avec les jeunes à Panamá, en cette Journée mondiale de prière pour les Vocations, je voudrais réfléchir sur la manière dont l’appel du Seigneur nous rend porteurs d’une promesse et, en même temps, nous demande le courage de risquer avec Lui et pour Lui. Je voudrais m’arrêter brièvement sur ces deux aspects – la promesse et le risque – en contemplant avec vous la scène évangélique de l’appel des premiers disciples près du lac de Galilée (Mc 1, 16-20).

Deux couples de frères – Simon et André avec Jacques et Jean – sont en train d’accomplir leur travail quotidien de pêcheurs. Dans ce dur métier, ils ont appris les lois de la nature, et quelquefois ils ont dû la défier quand les vents étaient contraires et que les vagues agitaient les barques. Certains jours, la pêche abondante récompensait la grande fatigue, mais d’autres fois, l’effort de toute une nuit ne suffisait pas à remplir les filets et on revenait sur le rivage fatigués et déçus.

Ce sont là les situations ordinaires de la vie, dans lesquelles chacun de nous se mesure avec les désirs qu’il porte dans le cœur, se consacre à des activités qu’il espère pouvoir être fructueuses, avance dans la “mer” de différentes manières à la recherche de la route juste qui puisse étancher sa soif de bonheur. Parfois il jouit d’une bonne pêche, d’autres fois, au contraire, il doit s’armer de courage pour tenir le gouvernail d’une barque ballottée par les vagues, ou faire face à la frustration de se retrouver avec les filets vides.

Comme dans l’histoire de chaque appel, même dans ce cas une rencontre survient. Jésus marche, il voit ces pêcheurs et s’approche… C’est arrivé avec la personne avec laquelle nous avons choisi de partager la vie dans le mariage, ou quand nous avons senti l’attrait pour la vie consacrée : nous avons vécu la surprise d’une rencontre et, à ce moment, nous avons entrevu la promesse d’une joie capable de combler notre vie. Ainsi, ce jour-là, près du lac de Galilée, Jésus est allé à la rencontre de ces pêcheurs, rompant la « paralysie de la normalité » (Homélie de la XXIIème Journée mondiale de la vie consacrée, 2 février 2018). Et tout de suite il leur adresse une promesse : « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » (Mc 1, 17).

L’appel du Seigneur alors n’est pas une ingérence de Dieu dans notre liberté ; ce n’est pas une “cage” ou un poids qui nous est mis sur le dos. C’est au contraire l’initiative amoureuse avec laquelle Dieu vient à notre rencontre et nous invite à entrer dans un grand projet dont il veut nous rendre participants, visant l’horizon d’une mer plus vaste et d’une pêche surabondante.

Le désir de Dieu, en effet, est que notre vie ne devienne pas prisonnière de l’évidence, ne soit pas entraînée par inertie dans les habitudes quotidiennes et ne reste pas inerte devant ces choix qui pourraient lui donner une signification. Le Seigneur ne veut pas que nous nous résignions à vivre au jour le jour en pensant que, au fond, il n’y a rien pour quoi il vaille la peine de s’engager avec passion et en éteignant l’inquiétude intérieure pour chercher de nouvelles routes à notre navigation. Si quelquefois il nous fait expérimenter une “pêche miraculeuse”, c’est parce qu’il veut nous faire découvrir que chacun de nous est appelé – de façons diverses – à quelque chose de grand, et que la vie ne doit pas rester empêtrée dans les filets du non-sens et de ce qui anesthésie le cœur. La vocation, en somme, est une invitation à ne pas nous arrêter sur le rivage avec les filets à la main, mais à suivre Jésus au long de la route qu’il a pensée pour nous, pour notre bonheur et pour le bien de ceux qui sont autour de nous.

Naturellement, embrasser cette promesse demande le courage de risquer un choix. Les premiers disciples, en se sentant appelés par lui à prendre part à un rêve plus grand, « aussitôt, laissant leurs filets, le suivirent » (Mc 1, 18). Cela signifie que pour accueillir l’appel du Seigneur il convient de se mettre en jeu avec tout soi-même et de courir le risque d’affronter un défi inédit ; il faut laisser tout ce qui voudrait nous tenir attachés à notre petite barque, nous empêchant de faire un choix définitif ; il nous est demandé cette audace qui nous pousse avec force à la découverte du projet que Dieu a sur notre vie. En substance, lorsque nous sommes placés face à la vaste mer de la vocation, nous ne pouvons pas rester à réparer nos filets sur la barque qui nous donne sécurité, mais nous devons nous fier à la promesse du Seigneur.

Je pense surtout à l’appel à la vie chrétienne, que tous nous recevons au Baptême et qui nous rappelle comment notre vie n’est pas le fruit d’un hasard, mais le don du fait d’être des enfants aimés du Seigneur, rassemblés dans la grande famille de l’Eglise. L’existence chrétienne naît et se développe justement dans la communauté ecclésiale, surtout grâce à la Liturgie, qui nous introduit à l’écoute de la Parole de Dieu et à la grâce des sacrements ; c’est là que, depuis le plus jeune âge, nous sommes initiés à l’art de la prière et au partage fraternel. C’est justement parce qu’elle nous engendre à la vie nouvelle et nous conduit au Christ que l’Eglise est notre mère ; c’est pourquoi nous devons l’aimer également lorsque nous découvrons sur son visage les rides de la fragilité et du péché, et nous devons contribuer à la rendre toujours plus belle et lumineuse, afin qu’elle puisse être témoin de l’amour de Dieu dans le monde.

La vie chrétienne, ensuite, trouve son expression dans ces choix qui, tandis qu’ils donnent une direction précise à notre navigation, contribuent aussi à la croissance du Royaume de Dieu dans la société. Je pense au choix de s’épouser dans le Christ et de former une famille, ainsi qu’aux autres vocations liées au monde du travail et des métiers, à l’engagement dans le domaine de la charité et de la solidarité, aux responsabilités sociales et politiques, et ainsi de suite. Il s’agit de vocations qui nous rendent porteurs d’une promesse de bien, d’amour et de justice non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les contextes sociaux et culturels dans lesquels nous vivons, qui ont besoin de chrétiens courageux et d’authentiques témoins du Royaume de Dieu.

Dans la rencontre avec le Seigneur certains peuvent sentir l’attrait d’un appel à la vie consacrée ou au sacerdoce ordonné. Il s’agit d’une découverte qui enthousiasme et qui en même temps fait peur, se sentant appelés à devenir “pêcheurs d’hommes » dans la barque de l’Eglise à travers une offrande totale de soi-même et l’engagement d’un service fidèle à l’Evangile et aux frères. Ce choix comporte le risque de tout laisser pour suivre le Seigneur et de se consacrer complètement à lui pour devenir collaborateurs de son œuvre. De nombreuses résistances intérieures peuvent empêcher une décision de ce genre, comme aussi dans certains contextes très sécularisés, où il semble ne plus y avoir de place pour Dieu et pour l’Evangile, on peut se décourager et tomber dans la « lassitude de l’espérance » (Homélie de la messe avec les prêtres, consacrés et mouvements laïcs, Panamá, 26 janvier 2019).

Pourtant il n’y a pas de joie plus grande que de risquer sa vie pour le Seigneur ! En particulier à vous, les jeunes, je voudrais dire : ne soyez pas sourds à l’appel du Seigneur ! S’il vous appelle pour ce chemin, ne tirez pas votre épingle du jeu et faites-lui confiance. Ne vous laissez pas contaminer par la peur, qui nous paralyse devant les hauts sommets que le Seigneur nous propose. Rappelez-vous toujours que, à ceux qui laissent les filets et la barque pour le suivre, le Seigneur promet la joie d’une vie nouvelle, qui comble le cœur et anime le chemin.

Très chers, il n’est pas toujours facile de discerner sa vocation et d’orienter sa vie d’une façon juste. Pour cela, il faut un engagement renouvelé de la part de toute l’Eglise – prêtres, personnes consacrées, animateurs pastoraux, éducateurs – afin que s’offrent, surtout aux jeunes, des occasions d’écoute et de discernement. Il faut une pastorale pour les jeunes et les vocations qui aide à la découverte du projet de Dieu, spécialement à travers la prière, la méditation de la Parole de Dieu, l’adoration eucharistique et l’accompagnement spirituel.

Comme cela s’est présenté plusieurs fois durant les Journées mondiales de la Jeunesse de Panamá, nous devons regarder Marie. Dans l’histoire de cette jeune fille, la vocation a été aussi en même temps une promesse et un risque. Sa mission n’a pas été facile, pourtant elle n’a pas permis à la peur de prendre le dessus. Son “oui” a été « le “oui” de celle qui veut s’engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’elle était porteuse d’une promesse. Et je demande à chacun de vous : vous sentez-vous porteurs d’une promesse ? Quelle promesse est-ce que je porte dans le cœur, à réaliser ? Marie, sans aucun doute, aura eu une mission difficile, mais les difficultés n’étaient pas une raison pour dire “non”. Certes elle aura des difficultés, mais ce ne seront pas les mêmes difficultés qui apparaissent quand la lâcheté nous paralyse du fait que tout n’est pas clair ni assuré par avance » (Veillée pour les jeunes, Panama, 26 janvier 2019).

En cette Journée, unissons-nous dans la prière en demandant au Seigneur de nous faire découvrir son projet d’amour sur notre vie, et de nous donner le courage de risquer sur la route qu’il a depuis toujours pensée pour nous. »

Pape François

Message de Pâques du pape François

« Le Christ vit et reste avec nous. Il montre la lumière de son visage de Ressuscité et n’abandonne pas ceux qui sont dans l’épreuve, dans la souffrance et dans le deuil », a déclaré le pape François dans son message de Pâques, ce dimanche 21 avril 2019, depuis la loggia des bénédictions de la basilique Saint-Pierre. Nous vous proposons de découvrir ce message du Saint-Père dans son intégralité.

" Chers frères et sœurs, bonne fête de Pâques !

Aujourd’hui l’Église renouvelle l’annonce des premiers disciples : ‘‘Jésus est ressuscité’’. Et de bouche en bouche, de cœur en cœur, elle rappelle l’invitation à la louange : ‘‘Alléluia… Alléluia’’. Ce matin de Pâques, jeunesse éternelle de l’Église et de l’humanité tout entière, je voudrais adresser à chacun d’entre vous les premières paroles de la récente Exhortation apostolique consacrée en particulier aux jeunes :

« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc : Il vit et il te veut vivant ! Il est en toi, il est avec toi et jamais ne t’abandonne. Tu as beau t’éloigner, le Ressuscité est là, t’appelant et t’attendant pour recommencer. Quand tu te sens vieilli par la tristesse, les rancœurs, les peurs, les doutes ou les échecs, il sera toujours là pour te redonner force et espérance » (Christus vivit, nn. 1-2).

Chers frères et sœurs, ce message est adressé en même temps à chaque personne et au monde entier. La Résurrection du Christ est le début d’une vie nouvelle pour chaque homme et chaque femme, parce que le vrai renouvellement part toujours du cœur, de la conscience. Mais Pâques est aussi le début du monde nouveau, libéré de l’esclavage du péché et de la mort : le monde finalement ouvert au Royaume de Dieu, Royaume d’amour, de paix et de fraternité.

Le Christ vit et reste avec nous. Il montre la lumière de son visage de Ressuscité et n’abandonne pas ceux qui sont dans l’épreuve, dans la souffrance et dans le deuil. Que Lui, le Vivant, soit espérance pour le bien-aimé peuple syrien, victime d’un conflit qui perdure, et qui risque de nous trouver toujours davantage résignés et même indifférents. C’est plutôt le moment de renouveler l’engagement pour une solution politique qui réponde aux justes aspirations de liberté, de paix et de justice, qui affronte la crise humanitaire et favorise le retour en sécurité des personnes déplacées et de celles qui se sont réfugiées dans les pays limitrophes, surtout au Liban et en Jordanie.

Pâques nous porte à tourner le regard vers le Moyen-Orient, déchiré par des divisions et des tensions continues. Que les chrétiens dans la région, avec une persévérance patiente, témoignent du Seigneur ressuscité et de la victoire de la vie sur la mort. J’ai une pensée particulière pour la population du Yémen, en particulier pour les enfants épuisés par la faim et la guerre. Que la lumière pascale éclaire tous les gouvernants et tous les peuples du Moyen-Orient, à commencer par les Israéliens et les Palestiniens, et les incite à soulager tant de souffrances et à poursuivre un avenir de paix et de stabilité.

Que les armes cessent d’ensanglanter la Libye où, de nouveau, des personnes sans défense meurent ces dernières semaines et où de nombreuses familles sont contraintes à quitter leurs propres maisons. J’exhorte les parties concernées à choisir le dialogue plutôt que l’oppression, en évitant que s’ouvrent à nouveau les blessures d’une décennie de conflits et d’instabilité politique.

Que le Christ Vivant donne sa paix à tout le bien-aimé continent africain, encore parsemé de tensions sociales, de conflits et parfois d’extrémismes violents qui provoquent l’insécurité, la destruction et la mort, surtout au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Nigéria et au Cameroun. Ma pensée va également au Soudan, qui traverse un moment d’incertitude politique et où je souhaite que toutes les instances puissent s’exprimer et que chacun s’efforce de permettre au pays de trouver la liberté, le développement et le bien-être auxquels il aspire depuis longtemps.

Que le Seigneur ressuscité accompagne les efforts accomplis par les Autorités civiles et religieuses au Soudan du Sud, soutenues par les fruits de la retraite spirituelle vécue il y a quelques jours ici au Vatican. Puisse s’ouvrir une nouvelle page de l’histoire du pays, dans laquelle toutes les composantes politiques, sociales et religieuses s’engagent activement pour le bien-être commun et la réconciliation de la Nation.

Lors de cette fête de Pâques que trouve du réconfort la population des régions orientales de l’Ukraine, qui continue de souffrir du conflit encore en cours. Que le Seigneur encourage les initiatives humanitaires et celles visant à atteindre une paix durable.

Que la joie de la Résurrection remplisse les cœurs de ceux qui, sur le continent américain, subissent les conséquences de situations politiques et économiques difficiles. Je pense en particulier au peuple vénézuélien : à beaucoup de personnes privées des conditions minimales pour mener une vie digne et sûre, à cause d’une crise qui perdure et s’approfondit. Que le Seigneur donne à ceux qui ont des responsabilités politiques d’œuvrer pour mettre fin aux injustices sociales, aux abus ainsi qu’aux violences et de faire des pas concrets permettant de guérir les divisions et d’offrir à la population les aides dont elle a besoin.

Que le Seigneur ressuscité éclaire les efforts qui se font au Nicaragua en vue de trouver au plus tôt une solution pacifique et négociée au bénéfice de tous les nicaraguayens.

Face aux nombreuses souffrance de notre temps, que le Seigneur de la vie ne nous trouve pas froids et indifférents. Qu’il fasse de nous des constructeurs de ponts et non pas de murs. Lui, qui nous donne sa paix, qu’il fasse cesser le bruit des armes, aussi bien dans les situations de guerre que dans nos villes, et qu’il inspire les gouvernants des Nations afin qu’ils s’engagent à mettre fin à la course aux armements et à la diffusion préoccupante des armes, surtout dans les pays économiquement plus développés. Que le Ressuscité, qui a ouvert grand les portes du sépulcre, ouvre nos cœurs aux besoins des personnes défavorisées et sans défense, des pauvres, des sans emploi, des personnes marginalisées, de ceux qui frappent à notre porte à la recherche de pain, d’un refuge et de la reconnaissance de leur dignité.

Chers frères et sœurs, le Christ vit ! Il est espérance et jeunesse pour chacun d’entre nous et pour le monde entier. Laissons-nous renouveler par lui ! Bonne Pâques ! "

(c) Librairie éditrice du Vatican

Homélie du pape François lors de la nuit de Pâques

« Demandons-nous : dans la vie, vers quoi est-ce que je marche ? «  : le pape répond à cette question dans son homélie de la nuit de Pâques. Il nous invite à « donner au Vivant la place centrale » et à ne pas « enterrer l’espérance ». Nous vous proposons de découvrir en intégralité son homélie de la nuit de Pâques.

1. Les femmes portent les aromates à la tombe mais elles craignent que le trajet soit inutile car une grosse pierre barre l’entrée du tombeau. Le chemin de ces femmes, c’est aussi notre chemin ; il ressemble au chemin du salut que nous avons parcouru ce soir. Sur ce chemin, il semble que tout vienne se briser contre une pierre : la beauté de la création contre le drame du péché ; la libération de l’esclavage contre l’infidélité à l’Alliance ; les promesses des prophètes contre la triste indifférence du peuple. Il en est ainsi également dans l’histoire de l’Eglise et dans l’histoire de chacun de nous : il semble que les pas accomplis ne parviennent jamais au but. L’idée peut ainsi s’insinuer que la frustration de l’espérance est la loi obscure de la vie.

Mais nous découvrons aujourd’hui que notre chemin n’est pas vain, qu’il ne se cogne pas contre une pierre tombale. Une phrase ébranle les femmes et change l’histoire : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5) ; pourquoi pensez-vous que tout cela ne serve à rien, que personne ne puisse enlever vos pierres ? Pourquoi cédez-vous à la résignation et à l’échec ? Pâques est la fête de l’enlèvement des pierres. Dieu enlève les pierres les plus dures contre lesquelles viennent s’écraser les espérances et les attentes : la mort, le péché, la peur, la mondanité. L’histoire humaine ne finit pas devant une pierre tombale, car elle découvre aujourd’hui la « Pierre vivante » (cf. 1P 2, 4) : Jésus ressuscité. Nous, comme Eglise, nous sommes fondés sur lui et, même lorsque nous perdons courage, lorsque nous sommes tentés de tout juger sur la base de nos échecs, il vient faire toutes choses nouvelles, renverser nos déceptions. Chacun, ce soir, est appelé à retrouver, dans le Vivant, celui qui enlève du cœur les pierres les plus lourdes. Demandons-nous avant tout : quelle est ma pierre à retirer, comment se nomme-t-elle ?

Souvent la pierre de la méfiance entrave l’espérance. Quand l’idée que tout va mal prend de l’ampleur, et qu’il n’y a jamais de fin au pire, nous en arrivons, résignés, à croire que la mort est plus forte que la vie, et nous devenons cyniques et moqueurs, porteurs de découragement malsain. Pierre sur pierre nous construisons en nous un monument à l’insatisfaction, le tombeau de l’espérance. En nous plaignant de la vie, nous rendons la vie dépendante des plaintes, et spirituellement malade. Une sorte de psychologie du tombeau s’insinue alors : toute chose finit là, sans espérance d’en sortir vivant. Voilà alors la question cinglante de Pâques : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?Le Seigneur n’habite pas dans la résignation. Il est ressuscité, il n’est pas là ; ne le cherche pas où tu ne le trouveras jamais : il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (cf. Mt 22, 32). N’enterre pas l’espérance !

Il y a une seconde pierre qui souvent scelle le cœur : la pierre du péché. Le péché séduit, promet des choses faciles et rapides, bien-être et succès, mais il laisse ensuite, à l’intérieur, solitude et mort. Le péché, c’est chercher la vie parmi les morts, le sens de la vie dans les choses qui passent. Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Pourquoi ne te décides-tu pas à abandonner ce péché qui, comme une pierre à l’entrée du cœur, empêche la lumière divine d’entrer ? Pourquoi aux brillants éclats de l’argent, de la carrière, de l’orgueil et du plaisir, ne préfères-tu pas Jésus, la vraie lumière (cf. Jn 1, 9) ? Pourquoi ne dis-tu pas aux vanités mondaines que ce n’est pas pour elles que tu vis, mais pour le Seigneur de la vie ?

2. Revenons aux femmes qui vont au tombeau de Jésus. Devant la pierre enlevée, elles restent abasourdies ; en voyant les anges, elles sont, dit l’Evangile, « saisies de crainte », « le visage incliné vers le sol » (Lc 24, 5). Elles n’ont pas le courage de lever le regard. Combien de fois cela nous arrive-t-il à nous aussi : nous préférons rester prostrés dans nos limites, nous terrer dans nos peurs. C’est étrange : pourquoi faisons-nous ainsi ? Souvent parce que, dans la fermeture et la tristesse, nous sommes les protagonistes, parce qu’il est plus facile de rester seuls dans les pièces obscures de notre cœur que de nous ouvrir au Seigneur. Et cependant lui seul relève. Une poétesse a écrit : « Nous ne connaissons jamais notre taille tant que nous ne sommes pas appelés à nous lever » (E. Dickinson, We never know how high we are ). Le Seigneur nous appelle à nous lever, à nous redresser sur sa Parole, à regarder vers le haut et à croire que nous sommes faits pour le Ciel, non pas pour la terre ; pour les hauteurs de la vie, non pas pour les bassesses de la mort : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?

Dieu nous demande de regarder la vie comme lui la regarde, lui qui voit toujours en chacun de nous un foyer irrésistible de beauté. Dans le péché, il voit des enfants à relever ; dans la mort, des frères à ressusciter ; dans la désolation, des cœurs à consoler. Ne crains donc pas : le Seigneur aime cette vie qui est la tienne, même quand tu as peur de la regarder et de la prendre en main. A Pâques, il te montre combien il l’aime : au point de la traverser tout entière, d’éprouver l’angoisse, l’abandon, la mort et les enfers pour en sortir victorieux et te dire : “Tu n’es pas seul, aies confiance en moi !” Jésus est spécialiste pour transformer nos morts en vie, nos plaintes en danse (cf. Ps 30, 12) : avec lui nous pouvons accomplir nous aussi la Pâque, c’est-à-dire le passage : passage de la fermeture à la communion, de la désolation à la consolation, de la peur à la confiance. Ne restons pas à regarder par terre, apeurés, regardons Jésus ressuscité : son regard nous insuffle l’espérance, parce qu’il nous dit que nous sommes toujours aimés et que malgré tout ce que nous pouvons faire, son amour ne change pas. Ceci la certitude non négociable de la vie : son amour ne change pas. Demandons-nous : dans la vie, où est-ce que je regarde ? Est-ce que je contemple des milieux sépulcraux ou est-ce que je cherche le Vivant ?

3. Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Les femmes écoutent l’appel des anges qui ajoutent : « Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée » (Lc 24, 6). Ces femmes avaient oublié l’espérance parce qu’elles ne se rappelaient pas des paroles de Jésus, son appel survenu en Galilée. Ayant perdu la mémoire vivante de Jésus, elles restent à regarder le tombeau. La foi a besoin de revenir en Galilée, de raviver le premier amour avec Jésus, son appel : se souvenir de lui, c’est-à-dire revenir de tout cœur à lui. Revenir à un amour vivant avec le Seigneur est essentiel, autrement, on a une foi de musée, non pas la foi pascale. Mais Jésus n’est pas un personnage du passé, il est une personne vivante, aujourd’hui ; on ne le connait pas dans les livres d’histoire, on le rencontre dans la vie. Faisons aujourd’hui mémoire du moment où Jésus nous a appelés, où il a vaincu nos ténèbres, nos résistances, nos péchés ; de la manière dont il nous a touché le cœur par sa Parole.

Les femmes, se souvenant de Jésus, quittent le tombeau. Pâques nous apprend que le croyant s’arrête peu au cimetière, parce qu’il est appelé à marcher à la rencontre du Vivant. Demandons-nous : dans la vie, vers quoi est-ce que je marche ? Parfois nous allons toujours et seulement vers nos problèmes, qui ne manquent jamais, et nous allons vers le Seigneur seulement pour qu’il nous aide. Mais alors, ce sont nos besoins, et non Jésus, qui nous orientent. Et c’est toujours chercher le Vivant parmi les morts. Combien de fois, ensuite, après avoir rencontré le Seigneur, retournons-nous parmi les morts, rôdant en nous-mêmes pour raviver les regrets, les remords, les blessures et les insatisfactions, sans laisser le Ressuscité nous transformer. Chers frères et sœurs, donnons au Vivant la place centrale dans notre vie. Demandons la grâce de ne pas nous laisser entraîner par le courant, par l’océan des problèmes ; de ne pas nous briser sur les pierres du péché et sur les écueils de la méfiance et de la peur. Cherchons-le, lui, – laissons-nous chercher par lui – cherchons-le, lui, en toute chose et avant tout. Avec lui, nous ressusciterons.

(Librairie éditrice du Vatican)

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