Eglise catholique de Martinique
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L"avènement du Grand roi

(Fable : 2e partie - Suite du "Crépuscule de la grande baleine")

La reine avait un roi. Dans le lagon pourtant, beaucoup la croyait seule. Les corporations de poulpes, les partis de crabes ou les sociétés de requins ne voulaient voir en elle qu’un animal « qui avait réussi », une bête qui avait grossi avec les années. Malgré l’unique longévité de son règne, la richesse incalculable de ses œuvres ou le rayonnement lumineux de tant de ses fils et de ses filles, ils considéraient son existence comme un événement anecdotique qui devrait un jour prendre fin et serait remplacé dans l’Histoire du lagon. Ils n’avaient pas compris (ils ne voulaient pas voir) que leur petit monde, ses fondations, sa société, sa vie et son avenir ne tiendrait pas sans Dame Baleine. Son règne était voulu par LE Roi, celui-là même par qui tout avait commencé.


La baleine parlait pourtant de ce Roi. Elle le proclamait, le célébrait, avait édicté toutes ses lois et coutumes selon ses commandements et sa Parole. Souvent… toujours, même, elle rappelait sa bienveillance pour le peuple du lagon. Il était venu jadis, naître comme un enfant, comme un fils, Il avait reçu le pouvoir sur ses épaules. Il avait reçu les noms de Conseiller-Merveilleux, Dieu-Fort, Père-Eternel et Prince-de-Paix. Il avait transformé les marins-pêcheurs et en pêcheurs d’hommes, calmé, d’un mot, les flots en furie et par des pêches miraculeuses, il avait manifesté sa puissance. Il avait surtout montré son amour en supportant le déferlement d’hostilité de ceux-là mêmes qu’il était venu sauver et établir dans la concorde. C’est lui qui avait appelé la baleine des ténèbres des profondeurs océaniques à la clarté lumineuse des eaux protégées. Pour répondre à Son appel, pour Le suivre, elle avait tout quitté. Elle avait accepté, sans bien savoir où cela la mènerait, son appel à changer de vie. Son regard l’avait séduite et elle s’était laissée prendre à Son filet… de tendresse. Elle avait consenti à la mission qu’Il lui avait assignée.

Ce Roi était donc un fils d’Homme. Sa bienveillance n’avait jamais fait défaut au lagon ni à ses habitants. La baleine, en dialogue ininterrompu avec Lui, se laissait guider de son mieux. Malgré les attaques injustes et brutales, sans haine et sans violence en retour, elle était décidée à suivre le chemin du Maître. Il lui avait remis les clés du Royaume, le pouvoir de lier et de délier.

Enfin, le Roi jugea que les temps marqués par les prophètes étaient accomplis. La méchanceté des squalelets, la duplicité des oiseaux marins, la cupidité des crabes et la lâcheté silencieuse du grand nombre, y compris et surtout des partisans de la baleine avaient atteint son comble. Alors que celle-ci semblait avoir sombré, meurtrie dans le fond des eaux, des nuages sombres s’accumulèrent sur le lagon. L’effacement supposé du mammifère n’avait pas apaisé la faim des voraces : les prédateurs n’ayant plus de limites, dévoraient tous ceux qui passaient à leur portée, les plus méchants éliminaient ceux qui croisaient simplement leur route.

Alors, un tourbillon gigantesque rappela à chacun sa condition mortelle. Une terrible tempête ballota comme du menu fretin ceux qui se croyaient grands et forts. Le Fils de l’Homme montra à tous que le lagon, et même l’océan ne valaient guère plus qu’un aquarium face à sa seigneurie. Ceux qui voulurent résister se jetèrent eux-mêmes dans les nasses de la mort qui ne s’ouvrirent jamais plus, les autres rejoignirent Dame Baleine, soudain immense et lumineuse plus douce et belle que jamais.
Elle remonta avec une vitesse vertigineuse vers la surface et vers son Roi et, après un dernier grand saut hors de l’eau, l’Histoire prit fin.

+ Fr David Macaire,
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France ■



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