Eglise catholique de Martinique
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Lettre aux religieuses

La chose la plus précieuse au monde

Chères sœurs,

En octobre dernier, marchant dans les rues de Rome pendant le synode sur les jeunes et le discernement des vocations, j’admirais à loisir les signes de la catholicité et les manifestations les plus sublimes du génie humain pour manifester la foi en Dieu. Les liturgies grandioses, les chœurs triomphants, l’architecture majestueuse, les foules innombrables, tout exultait et chantait la Gloire de Dieu, chaque détail redisait, dans l’harmonie de l’ensemble : « O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! » (Ps 8,10).


Dans cette harmonie, faite des mains et du cœur des hommes à travers les siècles pour rendre témoignage à la bonté du Tout-Puissant, les hommes d’aujourd’hui prenaient place naturellement, comme serviteurs d’un seul et même dessein providentiel : redire que Dieu est grand ! Le Pape, en sa blanche soutane, les cardinaux dans leur pourpre ou les évêques en violet, s’effaçaient dans leur individualité pour n’être plus que des instruments de la louange du ciel et de la terre qui chantent sans fin : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’Univers ! (Ap 4,8).

Je savais bien que tout cela est peu de chose devant la véritable beauté divine, mais je savais aussi que ce témoignage, pour ceux qui savent le discerner, est ce que l’Homme peut faire de mieux ici-bas pour remercier son Seigneur et répondre à son amour…

Le cœur et les yeux encore remplis des images vaticanes, je marchais tranquillement dans la rue, lorsque je fus dépassé par une jeune religieuse alerte. Je ne vis même pas son visage, elle marchait prestement, joyeuse. L’évènement n’était pas surprenant : dans le centre-ville de Rome, un passant sur deux est un ecclésiastique ou une religieuse. Il y en a de toutes les couleurs (de peau et d’habit), de tous les âges, de tous les continents, de tous les styles… Celle-là portait une robe discrète de couleur grise, de petites bottines adaptées à la marche, un sac en bandoulière et un voile blanc, court et léger, virevoltant à sa marche rapide et décidée. Qui était-elle ? je ne sais pas. Certainement une étudiante en théologie d’une université romaine, une infirmière d’un hôpital voisin pour les nécessiteux ou la sacristine d’une des nombreuses maisons généralices de religieuses… Mais je n’avais pas besoin de distinguer son visage, de savoir qui elle était, quelle était sa mission, ni même son origine ou à quelle congrégation elle appartenait ; l’essentiel m’avait été révélé. J’avais saisi en un instant ce qu’elle était. Elle était tout simplement la « chose » la plus précieuse au monde !

Oui, plus belle que les splendeurs architecturales, culturelles et cultuelles, plus précieuse que les prélats, les excellences, les éminences, et même que le pape, cette petite religieuse les dépassait tous pour rendre grâce à Dieu.

C’était une femme, rien qu’une femme, avec un cœur de femme et des aspirations féminines. Une femme qui aurait pu être épouse, professionnelle, et surtout mère. Une femme aussi pécheresse que d’autres et qui, comme toutes les autres, aurait pu chercher à s’épanouir en contemplant le fruit de sa beauté et de sa fécondité dans le regard du monde, de ses enfants et de son homme. Mais cette femme avait renoncé et vaincu toutes ces belles choses, pour dire à Dieu un « OUI » total. Pour offrir son cœur, son corps, son avenir à son époux divin et se jeter dans ses bras d’amour mystique, en gardant les pieds sur terre dans son service de religieuse… En vérité, rien n’était plus beau, ni plus précieux.

Ah ! Si ceux qui ne savent pas voir l’humilité de l’Eglise dans la magnificence de ses liturgies pouvaient voir l’amour total de l’Eglise dans la vie, dans le don, dans la consécration de chaque religieuse ! Mais ils ne voient ni l’une ni l’autre dans l’écran de fumée de ce monde cupide, comptable et égoïste. Et pourtant, dans cette femme, qui n’était peut-être pas une sainte (et justement !), il y avait la totalité de l’amour, de la foi et de l’espérance de l’Eglise. En elle, toute la vocation de notre humanité blessée par le péché à devenir belle, « sainte et purifiée par le bain d’eau baptismale » (Ep 5,26). En ce petit bout de femme consacrée dans la virginité, une terre plus féconde que la mère aux nombreux fils… Oui, c’était la chose la plus précieuse au monde.

+ Fr. David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

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