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Actualité du Conseil Permanent de la Conférence des Evêques de France

L’anthropologie chrétienne

La nouvelle publication du Conseil permanent de la CEF, « Qu’est-ce que l’homme ? » (Ps 8, 5)*, offre – sans prétendre à l’exhaustivité- à tout catholique, et à toute personne qui le souhaite, la possibilité de découvrir l’essentiel des fondements de l’anthropologie catholique.


Ces éléments d’anthropologie se veulent être des outils pour prendre de la hauteur au cœur des débats qui peuvent traverser la société française, notamment à la faveur de la révision des lois de bioéthique. Sans entrer dans des questions qui pourraient porter à polémiques, cet ouvrage n’évite pas les difficultés. Il entre avec réalisme au cœur des questions que porte l’homme et n’occulte pas les délicats équilibres à trouver aujourd’hui pour que l’homme tienne toute sa place dans notre temps.

Cet ouvrage est une invitation à la réflexion et à la responsabilité que les évêques suscitent à travers ces lignes.

Lancée à cette occasion la rubrique anthropologie.catholique.fr est destinée à s’étoffer au fil des semaines offre aux lecteurs la possibilité de prolonger la réflexion en l’enrichissant de multiples manières : par des vidéos, des textes de références, mais aussi des questions afin d’aider ceux qui le souhaitent à échanger et approfondir les thématiques de l’ouvrage ( Prix : 5€, 78 pages, Ed. Bayard, Cerf, Mame).

Découvrez la préface de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris :

« Que faut-il dire aux hommes ? » C’est par le titre de Saint-Exupéry dans sa Lettre au général X [1]que je voudrais ouvrir l’ouvrage que les évêques de France proposent à la réflexion de tous. La question en entraîne une autre : « Qu’est-ce que l’homme ? ». Le psalmiste oscille entre le sentiment de l’extrême fragilité de la vie de l’homme et celui de l’émerveillement devant l’inaliénable grandeur de sa vie : « L’homme n’est qu’un souffle, les fils des hommes, un mensonge »[2] ; « Tu l’as fait un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur »[3] L’homme est un mystère de faiblesse et de splendeur, tour à tour misérable esclave et capable de la liberté suprême, celle d’aimer jusqu’au don total de sa vie. Adam n’est que terre, mais il a reçu le souffle de Dieu. En tout homme, fût-il le plus obscur, brille le don d’une âme immortelle.

Une autre question se pose : l’Église a-t-elle quelque chose à dire aux hommes ? On accuse souvent les religions d’être indistinctement facteur de violence. Toute légitimation de la violence au nom de la foi chrétienne est en radicale contradiction avec l’Évangile : « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais pour ceux que Dieu appelle (…) il est puissance de Dieu et sagesse de Dieu »[4]. Le Seigneur a assumé comme prêtre et victime la puissance du Mal et de la mort pour tout vaincre dans la lumière de sa résurrection. Notre foi en Jésus ressuscité est solide, attestée par les apôtres qui ont « vu, entendu et touché » le Verbe de Vie[5]. Elle est proclamée par le peuple immense des témoins qui ont engagé leur vie par fidélité au Christ, souvent jusqu’à la mort.

Pour qui en reste à un regard extérieur, l’Église apparaît en Occident comme une institution vieillie et secouée de scandales, qui entrave le mythe d’un progrès que l’on invoque sans trop savoir où il mène. Mais l’Église est belle pourtant dans le visage de ses saints, dans l’immense manteau de tendresse qu’elle étend sur le monde, particulièrement sur les plus délaissés des hommes. Elle est « experte en humanité »[6] car sa foi repose sur l’Alliance de Dieu avec son peuple, accomplie dans l’Incarnation du Christ et le Salut par la Croix, ouvert à la multitude des hommes « de toute race, langue, peuple et nation ».[7]

L’oubli de Dieu, l’estompement de la conscience de l’éternité dans le cœur de l’homme entraîne l’effacement de la dignité humaine. Le drame de l’humanisme athée qui a ravagé le XXe siècle a vu, dans des proportions jusqu’alors inégalées dans l’histoire, la mort de l’innocent. La tentation prométhéenne demeure. Elle ne pourra exaucer les hommes dans leur désir d’une vie éternelle. Elle sacrifie les plus fragiles sur l’autel d’une prétendue modernité. Nous proclamons, à temps et à contretemps, la dignité inaliénable de toute vie humaine en ce monde. Jésus, le Fils de Dieu fait homme, est l’amour divin déployé dans la vulnérabilité de la chair. Une société est vraiment humaine quand elle se fait gardienne du plus petit des êtres.

« Il faut imaginer Sisyphe heureux »[8]. La parole de Camus sur l’homme condamné à rouler éternellement son rocher est celle de l’acceptation de l’absurde. Avec saint Ignace d’Antioche, nous voulons dire une autre parole : « Il y a en moi une eau vive et qui murmure : viens vers le Père »[9]. Laissez-moi simplement vous poser la question : quelle est votre espérance ? Puisse cet ouvrage vous donner de devenir davantage ce que vous êtes en vous ouvrant à « Celui qui est », le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, dont la gloire resplendit sur la Face du Christ.

[1] A de SAINT-EXUPERY, Que faut-il dire aux hommes, Lettre inédite au général X, Imprimerie générale du sud-ouest, Bergerac, 1949.

[2] Ps 39.

[3] Ps 8.

[4] I Co 23-24.

[5] Cf. I Jn 1, 1.

[6] Bx PAUL VI, Lettre encyclique Populorum progressio, 1967, I, 13.

[7] Ap 5, 9.

[8] Albert CAMUS, Le Mythe de Sisyphe, NRF, Gallimard, 1965, p. 198.

[9] S. IGNACE D’ANTIOCHE, Lettre aux Romains, 7.

* Le titre est tiré du verset 5 du psaume 8

Découvrez la nouvelle rubrique  : https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/anthropologie-catholique/anthropologie-catholique-videos-aller-plus-loin/

Assemblée de la Conférence des Evêques de France

L’assemblée plénière de printemps s’est tenue à Lourdes du 2 au 5 avril 2019. Ce vendredi 5 avril, à la fin des travaux de la CEF, un communiqué final a été publié. Nous vous proposons de le découvrir.

Communiqué final

Dans son discours d’ouverture, Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, a souligné la situation douloureuse dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Église et ses différents membres. Il a aussi relevé les contextes troublés dans notre pays et les incertitudes européennes et internationales. Insistant sur la fraternité à cultiver, Mgr Georges Pontier a invité à l’espérance qui se fonde sur la parole du Christ. Il nous a invités à emprunter le chemin de la foi à la suite du Christ, « chemin de vie et de bonheur ».

Les évêques ont commencé ensuite leur rencontre par un échange sur l’actualité de l’Église et de la société.

Une part importante de leurs travaux a porté sur l’intelligence artificielle. Quatre forums ont d’abord permis aux évêques d’échanger après avoir entendu les interventions d’experts sur les thèmes : « Une intelligence artificielle à l’usine : cinq histoires », « Que peut attendre la médecine de l’intelligence artificielle », « L’usage de l’intelligence artificielle et le droit », « Industrie 4.0 ; le mythe de la ré-industrialisation ». Lors de deux séquences plénières, ils ont entendu les exposés de Jean-Gabriel Ganascia (fin de l’humanité et/ou renouveau des humanités et de l’humanisme à l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle) et de Pierre Giorgini (La crise de la joie. Ces métamorphoses qui pourraient sauver le monde).

Les évêques ont fait un point sur la lutte contre la pédophilie lors de deux séquences. Ce fut l’occasion pour Mgr Georges Pontier de rapporter les enseignements et interpellations entendues lors de la Rencontre sur la protection des mineurs (présidents de Conférences épiscopales du monde réunis par le Pape François au Vatican du 21 au 24 février 2019). Mgr Luc Crepy, président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie, a fait un bilan des travaux de la cellule, insistant notamment sur la persévérance à garder, la vigilance à exercer et la confiance à accroître. Mgr Eric de Moulins-Beaufort enfin a décrit l’avancement des travaux sur les quatre domaines décidés lors de l’Assemblée plénière de novembre 2018 : le travail mémoriel, la prévention, le geste financier envers les personnes victimes et l’accompagnement des clercs coupables.

Dans chacune de leurs interventions et sur chaque thématique traitée, les évêques intervenants ont insisté sur le rôle que devaient avoir les personnes victimes pour l’avancée des travaux.

La possibilité de pouvoir présenter des dispositifs à l’Assemblée de novembre a été soulevée. Ces séquences ont aussi été l’occasion d’échanges et de questionnements entre les évêques.

Après le synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel (octobre 2018), les journées mondiales de la jeunesse de Panama (janvier 2019), est parue l’exhortation apostolique Christus vivit (Il vit, Christ !) le 2 avril 2019. Mgr Laurent Percerou, Président du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes (CPEJ) et Mgr Bertrand Lacombe, membre du CPEJ, ont présenté l’exhortation et les enjeux que le Pape François y pose pour l’Église. Le Père Vincent Breynaert, directeur du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations, a présenté douze pistes d’orientation pastorale.

Le groupe de travail animé par Mgr Jacques Habert sur « les églises, un nouvel enjeu pastoral » a proposé aux évêques une réflexion sur l’avenir des églises. Madame Anne-Violaine Hardel, directrice juridique de la CEF et Madame Maud de Beauchesne, responsable du Département d’art sacré de la CEF, ont abordé deux questions : celle de l’élargissement de l’utilisation des églises et celle de la désaffectation. Dans le contexte actuel, les évêques souhaitent réfléchir au sujet délicat de l’entretien des églises (d’avant 1905) dont la charge devient de plus en plus lourde pour les communes et dont la desserte de plus en plus problématique pour l’Église.

Issu d’une demande du Comité études et projets, le groupe de travail sur l’unité du presbyterium, présidé par Mgr Jean-Louis Balsa, a fait état de la synthèse du travail en Province qui avait été demandé. Il en ressort notamment que « l’essoufflement des prêtres » met en péril l’unité du presbyterium et qu’il appelle au développement d’une pastorale de la rencontre et à une accentuation de la vie spirituelle. La diversité des provenances des prêtres soulève l’enjeu de cultiver une théologie de l’Église locale marquant l’appartenance à un peuple et celui de considérer le diocèse comme une terre d’aventure et de mission. Les questions spécifiques du ministère des prêtres dans les communautés nouvelles et les préfigurations qu’elles peuvent constituer ont aussi été abordées. A été soulignée la nécessité de porter une vision et des projets diocésains pour susciter des formes nouvelles du ministère presbytéral. Enfin, le rôle majeur de l’évêque comme clef de voûte du presbyterium a été réaffirmé.

Depuis 18 mois, la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale (CEMOLEME) travaille à l’écriture d’une ratio nationalis (complément pour l’Église de France de la ratio fundamentalis parue en 2017).

Après le rapport d’étape effectué à l’Assemblé plénière de novembre 2018, un travail en Province a été lancé. Il est en cours. Tout en faisant un état des séminaires et lieux de formation en France, la CEMOLEME synthétise les questions remontant des provinces et des équipes de formateurs en vue de la rédaction de la ratio nationalis. Au nombre de ces questions, on trouve, par exemple, celles concernant la pastorale des vocations, les propédeutiques, les critères de discernement, le fonctionnement du Conseil et le rôle du supérieur…

Lors d’une séquence consacrée aux questions économiques et financières, les évêques ont été notamment sensibilisés à la nouvelle démarche prospective à 5 ans sur les finances diocésaines ; démarche visant à optimiser la gestion financière.

Au cours de cette assemblée, se sont déroulées plusieurs élections dont :

La présidence de la CEF
Ont été élus (pour une prise de fonction au 1er juillet 2019) :

Président de la CEF, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims ;
Vice-président de la CEF, Mgr Dominique Blanchet, évêque de Belfort-Montbéliard ;
Vice-président de la CEF, Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Amiens.

Des membres du Conseil permanent (pour une prise de fonction au 1er juillet 2019) :
pour un deuxième mandat de 3 ans :

Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois, représentant un diocèse de moins de 500 000 habitants ;
Mgr Philippe MOUSSET, évêque de Périgueux et Sarlat, évêque ayant entre 5 et 10 ans d’ancienneté dans l’épiscopat ;
Mgr Pascal WINTZER, archevêque de Poitiers, représentant un diocèse de 500 000 à 1 million d’habitants.

pour un premier mandat de 3 ans :

Mgr Jean-Marc EYCHENNE, évêque de Pamiers, évêque ayant moins de 5 ans d’ancienneté dans l’épiscopat ;
Mgr Dominique LEBRUN, archevêque de Rouen, évêque ayant plus de 10 ans d’ancienneté dans l’épiscopat ;
Mgr Matthieu ROUGÉ, évêque de Nanterre, représentant un diocèse de plus d’1 million d’habitants.

Présidence de Comité, Commissions et Conseils
Ont été élus :

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, président du Comité étude et projet pour un premier mandat ;
Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors, Président de la Commission doctrinale pour un premier mandat ;
Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint Claude, Président de la commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat, pour un premier mandat ;
Mgr Denis Moutel, évêque de Saint Brieuc, Président de la Commission financière et du Conseil pour les affaires économiques, sociales et juridiques ;
Mgr François Fonlupt, évêque de Rodez, Président du Conseil pour les mouvements et associations de fidèles ;
Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint Denis, Président du Conseil pour la solidarité ;
Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, Président du Conseil pour l’enseignement catholique.

Membres de comité et commission
Ont été élus :

Mgr Bruno Valentin, évêque auxiliaire de Versailles, membre du Comité études et projets ;
Mgr Benoît Bertrand, évêque de Mende, membre de la Commission doctrinale ;
Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier, membre de la Commission doctrinale ;
Mgr Alexandre Joly, évêque auxiliaire de Rennes, membre de la Commission doctrinale ;
Mgr Jean Legrez, archevêque d’Albi, membre de la Commission doctrinale.

Observatoire foi et culture
A été réélu :

Mgr Hubert Herbreteau, évêque d’Agen, pour un second mandat.

Par ailleurs, les évêques ont approuvé par vote :

Que soit érigé l’Institut supérieur de sciences religieuses de Toulouse.

Jeudi 4 avril 2019

La nouvelle présidence de la CEF composée de Mgr Eric Moulins-Beaufort, président, de Mgr Dominique Blanchet et de Mgr Olivier Leborgne, vice-présidents, a tenu sa première conférence de presse.

Les évêques, réunis en Assemblée plénière de printemps à Lourdes, se réjouissent d’avoir élu la nouvelle présidence de la Conférence des évêques de France. Elle prendra ses fonctions au 1er juillet 2019, pour un premier mandat de 3 ans.

Président :

Mgr Éric de MOULINS-BEAUFORT

Archevêque de Reims

Jusqu’à présent président de la Commission doctrinale de la CEF ;

Vice-présidents  :

Mgr Dominique BLANCHET

Évêque de Belfort-Montbéliard

Jusqu’à présent président du Conseil pour les associations et mouvements de fidèles ;

Mgr Olivier LEBORGNE

Évêque d’Amiens

Jusqu’à présent président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat de la CEF.

Vous trouverez ci-dessous une biographie ainsi que leur C.V.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort,
président de la Conférence des évêques de France

Ordonné en 1991 pour l’archidiocèse de Paris, Mgr Éric de Moulins-Beaufort fut aumônier du collège Montaigne (1992-1993) ; directeur au séminaire de Paris et enseignant à l’École Cathédrale et au Studium du Séminaire de Paris (devenu Faculté de théologie Notre-Dame) ; aumônier du lycée Louis-le-Grand (1993-1995) ; curé de la paroisse Saint-Paul – Saint-Louis (2000-2005). En 2005, il devint secrétaire particulier de l’Archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, fonction qu’il occupa jusqu’en 2008. De 2009 à 2011, il fut professeur extraordinaire à la Faculté Notre-Dame et au Studium du Séminaire de Paris. Entre 2008 et 2018, Mgr Éric de Moulins-Beaufort fut évêque auxiliaire et vicaire général de l’archidiocèse de Paris avant d’être nommé archevêque de Reims le 18 août 2018.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort est membre du Conseil de direction de l’Association internationale Cardinal Henri de Lubac, du conseil de rédaction de la revue Communio, du conseil de rédaction de la Nouvelle revue théologique.

Au sein de la Conférence des évêques de France, Mgr de Moulins-Beaufort était jusqu’à présent Président de la Commission doctrinale.

Mgr Dominique Blanchet,
vice-président de la Conférence des évêques de France

Ordonné prêtre le 27 juin 1999 pour le diocèse d’Angers, Mgr Blanchet fut coopérateur à la paroisse Saint-Denis des Faluns (Doué-la-Fontaine) de 1999 à 2005 puis au sein de la paroisse Saint-Martin-en-Layon (Montigné-Briand) entre 2000 et 2005. Mgr Blanchet fut délégué épiscopal à la pastorale des jeunes (2004-2010) et prêtre de l’équipe d’aumônerie diocésaine du MRJC (2004-2006). De 2004 et 2015, il fut aumônier de l’association Foi et Lumière. Entre 2005 et 2006, Mgr Blanchet fut curé in solidum des paroisses Saint-Pierre-et-Saint-Jacques-en-Chemillois (Chemillé), Sainte-Bernadette-d’Aubance-et-Jeu (Saint-Lézin) et Notre-Dame-de-la-Colline (Saint-Georges-des-Gardes). Puis, il devint vicaire général et délégué épiscopal au service des jeunes.
En 2008, il devint administrateur diocésain suite à la nomination à la Curie romaine, comme secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique, de Mgr Jean-Louis Bruguès alors évêque d’Angers. Suite à la nomination de Mgr Emmanuel Delmas, comme nouvel évêque du diocèse, Mgr Blanchet conserva ses fonctions de vicaire général et délégué épiscopal au service des jeunes. En 2009, il est nommé modérateur de la curie. Entre 2011 et 2013, Mgr Blanchet fut administrateur de la paroisse Saint-Maurille-en-Loire-et-Layon (Chalonnes-sur-Loire) puis curé de la paroisse Saint-Lazare-Saint-Nicolas (2013-2015).

Le 21 mai 2015, Mgr Blanchet fut nommé évêque de Belfort-Montbéliard.

Au sein de la CEF, Mgr Dominique Blanchet était jusqu’à présent président du Conseil pour les associations et mouvements de fidèles.

Mgr Olivier Leborgne,
vice-président de la Conférence des évêques de France

Ordonné prêtre le 29 juin 1991 pour le diocèse de Versailles, Mgr Leborgne fut vicaire à la paroisse d’Élancourt-Maurepas (1991-1996) puis responsable diocésain des Journées Mondiales de la Jeunesse organisées à Paris (1996-1998). En 1998, Mgr Leborgne fut nommé délégué diocésain à la pastorale des jeunes, fonction qu’il occupa jusqu’en 2001. De 2001 à 2003, il fut membre du service diocésain de formation avant de devenir en 2002, responsable de la formation permanente des prêtres, jusqu’en 2014. Entre 1998 et 2003, Mgr Leborgne fut curé de la paroisse Sainte-Bernadette de Versailles. Entre 2003 et 2004, il fut nommé vicaire épiscopal en charge de la formation. En 2004, il fut nommé vicaire général du diocèse de Versailles puis vicaire épiscopal pour les doyennés de Versailles (2004), vicaire épiscopal pour les doyennés du Vésinet (2005). Entre 2010 et 2012, Mgr Leborgne fut le secrétaire général du synode diocésain organisé par Mgr Aumonier. Entre 2012 et 2010, il fut conseiller ecclésiastique de la Confédération nationale des associations familiales catholiques.

Le 20 février 2014, Mgr Leborgne fut nommé évêque d’Amiens.

Au sein de la CEF, Mgr Olivier Leborgne était jusqu’à présent Président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat.

Première conférence de presse :

Aujourd’hui, les autres membres du Conseil permanent ont été élus ou réélus :

Sont élus pour un deuxième mandat de 3 ans :

Mgr Jean-Pierre BATUT
Évêque de Blois, représentant un diocèse de moins de 500 000 habitants ;

Mgr Philippe MOUSSET
Évêque de Périgueux et Sarlat, évêque ayant entre 5 et 10 ans d’ancienneté dans l’épiscopat ;

Mgr Pascal WINTZER
Archevêque de Poitiers, représentant un diocèse de 500 000 à 1 million d’habitants ;

Sont élus pour un premier mandat de 3 ans :

Mgr Jean-Marc EYCHENNE
Évêque de Pamiers, évêque ayant moins de 5 ans d’ancienneté dans l’épiscopat ;

Mgr Dominique LEBRUN
Archevêque de Rouen, évêque ayant plus de 10 ans d’ancienneté dans l’épiscopat ;

Mgr Matthieu ROUGÉ
Évêque de Nanterre, représentant un diocèse de plus d’1 million d’habitants.

Rappelons que l’archevêque de Paris, Mgr Michel AUPETIT, est membre de droit du Conseil permanent de la CEF

Ces membres prendront également leur fonction à partir du 1er juillet 2019 ; le Conseil permanent sera alors composé des membres suivants :

Mgr Éric de MOULINS-BEAUFORT, Archevêque de Reims, président de la CEF
Mgr Dominique BLANCHET, Évêque de Belfort-Montbéliard, vice-président de la CEF
Mgr Olivier LEBORGNE, Évêque d’Amiens, vice-président de la CEF
Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris et membre de droit du Conseil permanent
Mgr Jean-Pierre BATUT, Évêque de Blois
Mgr Jean-Marc EYCHENNE, Évêque de Pamiers
Mgr Dominique LEBRUN, Archevêque de Rouen
Mgr Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux et Sarlat
Mgr Matthieu ROUGÉ, Évêque de Nanterre
Mgr Pascal WINTZER, Archevêque de Poitiers

Mardi 2 Avril 2019

Mgr Georges Pontier, actuel président de la CEF, a ouvert cette session ce mardi matin. Nous vous proposons de découvrir son discours d’ouverture en intégralité.

« Une Église en malaise

L’appel à la conversion et à la confiance qui résonne durant ce temps du Carême revêt un caractère particulier dû aux événements de la vie du monde et à ceux de notre Église.

Du 21 au 24 février à Rome, le pape François a réuni tous les présidents des conférences épiscopales du monde entier ainsi que certains préfets de dicastères. Des représentants des congrégations religieuses étaient aussi présents. Quelques personnes victimes d’agressions sexuelles de la part de membres du clergé ont donné leur poignant témoignage. Il s’est agi de renforcer la conscience d’une responsabilité commune et universelle à l’égard des personnes victimes et de réfléchir à la manière de réagir face aux délits ou crimes commis par les personnes coupables. Il s’agissait encore d’entendre ensemble les mêmes interventions et de se faire en quelque sorte une vision commune de notre responsabilité pour que l’Eglise redevienne une maison sûre pour ceux qu’elle accueille, les enfants et les jeunes en particulier. Ces journées étaient marquées également par une place importante faite à la prière.

Dans notre pays, le classement sans suite prononcé d’abord par le procureur de la République de Lyon au sujet du cardinal Barbarin, puis la condamnation de celui-ci, suivie de l’appel engagé par ses avocats, l’attente de la fin du processus judiciaire de la part du Pape pour examiner la remise de sa démission par le cardinal Barbarin, le manque de clarté de la nouvelle gouvernance du diocèse de Lyon, les réactions vives de certaines victimes d’abus, tout cela marque nos Églises diocésaines.

Et je ne parle pas des reportages ou des publications. La mise au grand jour de l’horreur vécue par des religieuses agressées par des prêtres diocésains ou religieux, ou parfois même par leurs propres supérieures, exige que nous unissions nos efforts avec la CORREF pour permettre aux victimes d’être entendues et accompagnées, pour dénoncer avec force ces actes abjects.

Chacun commente les évènements et prend position. Ce phénomène est amplifié par le caractère universel de notre Église : tout ce qui touche un pays a un retentissement dans tous les autres. Il n’est pas étonnant qu’un trouble profond se soit emparé de beaucoup : évêques, prêtres, personnes victimes, religieux, fidèles laïcs, observateurs de la vie en société.

Nous-mêmes, évêques, nous nous efforçons d’exercer notre exigeante mission. Nous avons rappelé l’appel à la conversion qui résonne dans l’Évangile en ce temps de Carême. Le mensonge profond qui peut marquer des vies, même celles de prêtres ou consacrés, est à l’origine des fautes, des péchés, de bien des souffrances dans notre Église comme dans la société. Nous nous laissons nous-mêmes interpeller dans la manière d’exercer notre ministère d’autorité dans nos diocèses et nous invitons aussi les prêtres à en faire autant. Le pape François nous rappelait, dans sa lettre du mois d’août, que les abus sexuels sur mineurs étaient aussi des abus de pouvoir et des abus de conscience sur les victimes. Ce point de vigilance devient un appel à la conversion personnelle et à la conversion de notre Église sur sa manière de présenter la place des ministres ordonnés et celle de l’exercice de ce ministère indispensable de gouvernement des communautés qui nous sont confiées. Ces points se révèlent de plus en plus comme des points d’attention nécessaires pour que la juste place de chacun, prêtres ou laïcs, hommes ou femmes, soit vécue dans la vie de nos communautés chrétiennes. Le pape François a désigné le cléricalisme sous toutes ses formes comme une expression et une cause majeure de ces dysfonctionnements dans la vie des communautés chrétiennes.

Tout cela suscite les interrogations que peuvent se poser les prêtres ou les personnes victimes. Ceux-là vivent douloureusement l’image soupçonneuse qu’on peut porter sur eux. Celles-ci se demandent si l’Église en France va poursuivre sa lutte contre la pédocriminalité ainsi que son travail de prévention et de formation auprès de tous ceux qui sont en contact avec des enfants et des jeunes en son sein. Ils espèrent y être associés et plus d’un souhaite retrouver toute sa place dans l’Église. Nous leur disons qu’un pas a été franchi. Nous avons pleine conscience de notre responsabilité par rapport aux enfants et aux jeunes que l’Église accueille, ainsi qu’à l’égard des personnes déjà victimes. Nous ne reviendrons pas en arrière. Le Seigneur nous le demande comme un devoir de justice, une œuvre de conversion, une nécessité missionnaire. Leur souffrance devient celle de toute l’Église. Leur détermination est devenue la nôtre, l’écoute de leur témoignage, une interpellation et une communion. Nous reconnaissons l’œuvre de l’Esprit-Saint qui purifie l’Église, et en elle, ceux qui sont chargés de la conduire dans la suite du Christ.

Une société en revendication

Le climat social et politique ajoute à l’incertitude, à l’inquiétude. L’expression portée par ceux que l’on appelle « les gilets jaunes » a rejoint les préoccupations de beaucoup de nos concitoyens : inégalités croissantes, sentiment d’abandon dans certains territoires urbains ou ruraux, revenus en baisse, chômage toujours élevé, impression de ne pas être pris en considération. Le fait d’avoir un travail salarié ne garantit plus la possibilité de faire vivre sa famille. Malheureusement la violence, parfois extrême, a entaché ce mouvement et donné une mauvaise image de notre pays. On a entendu des propos scandaleux et vu des gestes intolérables à l’encontre des forces de l’ordre et des médias. Ces dernières semaines, des débats se sont déroulés après l’appel lancé en décembre par le Conseil permanent et par le gouvernement dans le cadre du grand débat national. De multiples propositions ont été émises. Aucune décision ne pourra apaiser le climat si on ne sent pas qu’elle est prise au nom de la recherche du bien commun, avec une attention particulière pour ceux qui sont les plus en difficulté. Ceux qui exercent la responsabilité du pouvoir et ceux qui sont engagés en politique ont une grave responsabilité : celle de redonner confiance au politique. Ce mouvement national est parti de la base. Aucune organisation existante ne l’a suscité et aucune structure lisible ne le représente encore. On peut le déplorer mais cela peut aussi refléter la perte de confiance dans les divers responsables. C’est une crise grave qui appelle à un renouveau de la pratique du pouvoir et des responsabilités dans le monde contemporain. Un fossé s’est creusé entre les citoyens et leurs représentants. Il sera long à combler.

Au même moment se sont tenues des manifestations, souvent à l’initiative de jeunes, concernant le climat et la défense de la planète. Le pape François a publié voici 4 ans l’encyclique « Laudato Si’ » sur la « sauvegarde de la maison commune », sur l’écologie intégrale, sur le fait que « tout est lié » dans la marche du monde, autant les problèmes sociaux qu’environnementaux. Le Pape a offert une riche réflexion et rappelé la responsabilité de notre génération. On ne peut pas se soucier uniquement du temps court. Il faut penser au temps long, celui que connaîtront les générations qui nous suivront et qui dépendront de nos décisions et de nos modes de vie actuels. Il ne portait pas un regard désespéré et pouvait écrire : « Il est possible d’élargir de nouveau le regard, et la liberté humaine est capable de limiter la technique, de l’orienter, comme de la mettre au service d’un autre type de progrès, plus sain, plus humain, plus social, plus intégral. » (n° 112)

Notre société est traversée par des remous profonds, voire violents : les liens organiques de solidarité et de fraternité sont à la peine. La bioéthique ajouterait-elle à ces remous de fond ? Très vraisemblablement, si elle se contentait de chercher les solutions juridiques pour répondre positivement à toutes les nouvelles demandes. On pratiquerait alors une sorte d’éthique du curseur. Et si ce curseur était gouverné par le seul principe de non-discrimination, l’usage des techniques ne connaîtrait pas de limite.

Pour traverser nos remous sociétaux, la bioéthique, pour sa part, exige un regard plus profond. Elle se fonde sur une ample et solide conception de l’être humain, notamment sur la personne indissociable de son corps. Elle reconnaît et protège l’humanité présente en tout être humain. Elle institue des liens entre des personnes. Elle engage des corps sociaux, comme le corps médical. Elle contribue au bonheur durable et responsable grâce à la considération vigilante de la famille, cellule vitale de la société, et grâce au respect de l’humanité partagée chez tous, ce qui oblige à la fraternité. Elle postule donc que nous assumions collectivement et positivement des renoncements : ils seront le signe de la priorité que nous donnons à une vision commune de la grandeur de l’être humain et de sa vocation sociale.

Où notre fraternité trouvera-t-elle sa garantie ? Dans notre capacité à prendre soin du plus fragile. C’est là qu’est gardé le « seuil d’humanité », comme le souligne le philosophe Claude Bruaire. Dans ce plus fragile brille la dignité humaine attestant qu’il est, lui aussi, membre de notre commune famille humaine. L’exigence d’en prendre soin suscite solidarité et hospitalité, qui tissent ensemble notre fraternité et la fortifient. En ceci réside la noblesse de la bioéthique : intégrer l’usage des techniques dans un projet de société dont la pierre d’angle est la fraternité fondée sur l’égale dignité de tous, sans exception, de telle sorte qu’aucune domination ne s’institue légalement sur un être humain.

Penser la bioéthique, c’est refuser que l’eugénisme libéral imprègne insidieusement nos mentalités. Les progrès de la génétique rendent tellement facile la mise à exécution, de façon légale, du désir de l’être humain le plus performant et du refus de celui qui serait jugé inconvenant ou inapte ! Au contraire, la récente Journée européenne de la trisomie 21 a apporté un précieux encouragement pour un projet de société irriguée par la solidarité, l’hospitalité et la bienveillance.

La bioéthique requiert aujourd’hui une pensée et un agir collectifs fondés sur une éthique du dialogue plus riche que l’éthique de la discussion. Elle doit viser un modèle de société dont la loi ne sera ni le marché ni les intérêts politiques. Un récent sondage montre une fois de plus que le consensus est loin d’être acquis sur l’usage de certaines techniques biomédicales de reproduction humaine. Contrairement à ce qui a été dit, aucune question n’est « simple » !

Face aux prises de positions diverses et parfois simplistes, n’est-il pas urgent de rassembler les Français en osant penser à frais nouveaux et de façon globale progrès techniques, économie, valorisation des corps sociaux, solidarités sociales et préoccupations écologiques pour développer un nouveau type de société ? C’est à cela que doit concourir la bioéthique comprise comme une éthique globale. Beaucoup de nos concitoyens le pressentent. Ne faisons pas fausse route par défaut de courage et de réflexion ! Au-delà des débats stériles, saisissons l’opportunité d’une réflexion nouvelle à laquelle nous convie la bioéthique !

Une Europe en incertitude

Dans deux mois auront lieu les élections européennes. Ici encore le climat ambiant s’est obscurci. La sortie des Britanniques de l’Union européenne, la montée des populismes très critiques envers Bruxelles, la question des migrants dans plusieurs pays, le débat sur les compétences confiées au Parlement et à la Commission européenne et sur celles que doivent conserver les Etats membres seront bien sûr décisifs. Les difficultés qu’éprouvent le gouvernement et les parlementaires du Royaume-Uni à se mettre d’accord sur les conditions du Brexit, le fait même que 3 ans après le référendum, le Brexit soit décalé, l’incertitude où nous sommes encore de savoir s’il aura lieu, le risque d’un Brexit sans accord, tout ceci indique à tous les Européens continentaux que quitter l’Union est un saut dans l’inconnu et qu’il y a énormément à perdre à se séparer des autres.

Après des décennies d’avancées et de confiance en l’Europe, voici que nous sommes entrés dans une période de turbulences, voire de repli sur soi et de peurs diverses. Les tendances nationalistes progressent et la notion de Bien commun européen n’est plus évidente. Beaucoup d’ignorances au sujet de l’Europe et tout autant de faussetés affirmées parfois même par des responsables politiques font peser un doute sur le bien-fondé du projet européen. Il n’est pas rare que l’on pense à l’Europe en voyant d’abord les intérêts nationaux, sans prendre en compte la perspective du moyen ou du long terme et du Bien commun européen. L’Europe a besoin de retrouver un élan nouveau. Une réflexion sur le Bien commun européen peut être une utile contribution au débat actuel. Il ne se réduit pas à un marché commun ni à la prospérité économique que la construction de l’Europe a permis d’accélérer. La déclaration du Conseil permanent rendue publique voici une semaine apporte sa contribution à cette réflexion.

Une des racines du bien commun européen fut la recherche de la paix. Même si la paix s’est instaurée entre les grandes puissances européennes, on peut s’interroger sur la solidité de cet objectif. Les conflits dans les Balkans et également en Ukraine ont montré les limites de l’Europe pour trouver les chemins de la paix. D’autres grandes puissances, en l’occurrence les États-Unis et la Russie sont clairement intervenus. Ne pensons pas trop vite que la paix est assurée, surtout si les replis nationalistes s’amplifient.

Une autre de ces racines fut le partage des valeurs essentielles – protection des droits de l’homme, respect de la dignité de la personne humaine, solidarité au sein et entre les peuples – et d’un modèle de protection juridique et social qui reste une forte référence dans le monde entier. Peut-être faut-il se demander si ce Bien commun ne doit pas maintenant intégrer aussi une dimension d’affirmation de la puissance d’un modèle d’union entre nations fait à la fois d’intégration et de subsidiarité, de respect et de mise en valeur des différences et de mise en commun de tout ce qui mérite de l’être pour pouvoir ensemble rayonner dans le monde, sans volonté hégémonique mais avec efficacité, face à des puissances moins soucieuses des droits des peuples et de l’avenir de la planète ? Nous encourageons à un débat profond, apaisé, honnête.

Une espérance plus forte que tout

Dans 10 jours, nous nous retrouverons avec les prêtres de nos presbyteriums pour un temps de prière, puis pour la Messe chrismale, pour fêter le Jeudi Saint. Nous les encouragerons dans l’exercice de leur ministère. Nous les remercierons pour leur fidélité et la justesse dans leur manière d’exercer le ministère. Nous les inviterons à une suite du Christ dans la vérité de leur existence et la conformité à l’attitude de Celui qui a lavé les pieds de ses disciples. Quelle belle mission que celle des prêtres ! Elle les rend serviteurs de la grâce du Seigneur, ministres de son œuvre dont les fruits leur échappent et pourtant passent par les actes du ministère. L’autorité dans l’Église ne s’exerce pas comme dans le monde. « Vous savez que les chefs des nations leur commandent en maîtres et que les grands font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous se fera votre serviteur (…) C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt. 20, 24-28)

Ces fêtes pascales vont nous tourner vers le Christ faisant don de sa vie pour le salut du monde, traversant les portes de la mort pour les ouvrir sur la vie éternelle. Sa vie donnée est source de salut et de vie éternelle. Notre foi chrétienne devient espérance en cette communion avec ce Dieu, Source de toute vie et de tout amour. Notre espérance ne se fonde pas sur nos qualités, ni nos performances, ni nos vertus, ni notre nombre. Elle se fonde sur la parole de Celui qui nous a dit : « Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ; sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez ? Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin. » (Jean 14, 1-4) Oui, nous connaissons ce chemin, c’est le Christ lui-même qui nous dit encore : « Moi, Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne va au Père sans passer par moi. » (Jean 14, 6) Nous passons par Lui. Il nous a ouvert le chemin. Il est Amour. Il nous a rappelé la route des deux amours, celui pour le Père et celui pour nos frères. Ce chemin dans l’amour est lumineux et laborieux. Il nous sort des replis sur nous-mêmes. Il élargit nos horizons étroits. Il nous invite à nous faire le prochain de ceux et celles qui sont blessés dans leur vie. Ce chemin, nous allons y conduire des milliers d’adultes durant la veillée pascale. Ils seront plongés dans la mort du Christ, la mort à soi-même pour ressusciter à une vie nouvelle, vie faite d’amour, de pardon, de patience, de bonté, de bienveillance, de maîtrise de soi, de foi, d’amour, de paix et de joie. C’est un chemin de vie, un chemin de bonheur. Ce bonheur n’est pas donné par la possession de biens matériels, mais par celle des biens du cœur, de la fraternité, de l’humilité, du service, des biens reçus et donnés, de cet échange d’amitié qui naît du don de soi-même et de l’ouverture bienveillante aux autres, aux plus petits en tout premier. Ce bonheur, il vient de la foi en la miséricorde et la tendresse de Dieu pour ses créatures.

Il est grand le mystère de la foi !

Permettez-moi encore de reprendre les paroles de Paul aux Corinthiens : « Non, ce n’est pas nous-mêmes, mais Jésus-Christ Seigneur que nous proclamons. Quant à nous-mêmes, nous nous proclamons vos serviteurs à cause de Jésus. Car le Dieu qui a dit : que la lumière brille au milieu des ténèbres, c’est lui-même qui a brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ. Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, mais nous arrivons à passer ; pourchassés, mais non rejoints ; terrassés, mais non achevés ; sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps. Toujours, en effet, nous les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre existence mortelle. Ainsi la mort est à l’œuvre en nous, mais la vie en vous. Pourtant, forts de ce même esprit de foi dont il est écrit : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé », nous croyons, nous aussi, et c’est pourquoi nous parlons. Car nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera nous aussi avec Jésus et il nous placera avec vous près de Lui. Et tout ce que nous vivons, c’est pour vous, afin qu’en s’accroissant la grâce fasse surabonder, par une communauté accrue, l’action de grâce à la gloire de Dieu. » (1 Cor 4, 5-15)

C’est de Lui que nous vivons ! Il est notre espérance. »

Assemblée plénière d’automne 2018

Du 3 novembre au 8 novembre s’est tenue à Lourdes l’assemblée plénière d’automne de la Conférence des Evêques de France. Retrouvez le discours de clôture de Mgr Pontier lors de l’assemblée de ce jeudi 8 novembre à Lourdes.

" La liturgie de ces jours qui ont suivi la fête de Toussaint a soutenu notre prière et notre travail en assemblée. En lisant la lettre de Saint Paul aux Philippiens nous avons contemplé le Christ « ne retenant pas le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph.2,5). A son école nous avons médité sur la fécondité du mystère pascal. Tout vient de Dieu. Il a tout donné et tout sauvé. Il a créé et il recrée. Il demeure dans l’amour. Dimanche nous avons entendu le double commandement de l’amour : celui pour Dieu qu’on ne voit pas et celui pour le frère que l’on voit.

Dans cette lumière nous avons vécu un moment profond de rencontre dans l’humilité, l’écoute, la supplication et l’action de grâce pour l’œuvre de Dieu plus forte que nos péchés et que nos blessures. Le témoignage de personnes ayant été victimes a concrétisé le chemin de longue et profonde destruction provoqué par les actes de ceux qui n’ont pas respecté leur dignité en les transformant en objet de plaisir. Ces abus sexuels commis par des clercs, la mauvaise prise en compte de ces faits par l’autorité ecclésiale, le sentiment de n’être nulle part entendu ont fait de ces personnes les dénonciateurs d’un scandale aggravé par le caractère consacré de leurs auteurs. Le témoignage que plusieurs d’entre eux ont donné de leur expérience de la fidélité de Dieu à leur égard nous a émerveillés. Dieu n’abandonne pas son enfant blessé. Il se fait proche et relève. Leur foi en Christ est demeurée forte pour eux. Leur confiance en l’Église a été blessée. Mais d’autres ont perdu toute foi. Le chemin de reconstruction humaine et spirituelle est ralenti par leur blessure profonde, l’indifférence rencontrée, la mauvaise prise en compte de leur parole par les responsables de l’institution ecclésiale.

Une des personnes rencontrées m’a envoyé un mail me disant « Je me demande si on ne peut pas dire que de la même façon que notre corps explose en 1000 morceaux lorsqu’on est abusé (mais aussi notre esprit et notre âme), le corps ecclésial a aussi explosé en mille morceaux à cause des abus…Et je me dis que chaque fois que deux d’entre nous essaient de se comprendre, de s’écouter et de se regarder…c’est comme si cela recolle un peu deux petits morceaux d’Église…Vous comprenez ? Alors voilà, on a peut-être un peu commencé à recoller un petit peu de l’Eglise brisée, deux petits morceaux…C’est pas beaucoup, mais c’est déjà ça… »

Dans nos partages et nos réflexions, nous avons mieux saisi qu’il s’agit de se rencontrer pour reconstruire. On ne peut pas le faire seul. Nous nous sommes rappelé tout ce que nous avons fait seuls à travers nos initiatives prises depuis des années. Nous le continuerons en terme de prévention, en terme de compréhension, en terme de formation, en terme d’écoute et de confiance. Mais cela doit être enrichi par le travail ensemble et avec d’autres.

Nous avons donc décidé de prendre des initiatives avec des personnes victimes qui le voudraient : entendre leur récit, recueillir leur parole pour permettre de ne pas laisser tomber dans l’oubli ou le non-dit ces tranches de vie douloureuses et permettre ainsi de mieux comprendre ce qui s’est passé. Nous voulons encore ensemble continuer à chercher ce qui peut servir la reconstruction des personnes sans fermer aucune hypothèse. Nous voulons faire que l’Église soit un lieu sûr pour les enfants et les adolescents. Là encore nous avons besoin de la vigilance et de l’engagement de tous dans la vie des communautés chrétiennes.

Nous avons encore décidé de créer une commission indépendante confiée à une personnalité reconnue pour mener une étude sur deux aspects. Le premier consiste à relire ce qui s’est passé dans notre Église depuis les années cinquante pour comprendre comment ces abus sexuels commis par des clercs et des consacrés sur mineur ou sur personne vulnérable ont pu avoir lieu, comment ces faits ont été traités par l’Église, quelles préconisations peuvent être faites. Le deuxième aspect s’attachera à évaluer l’action de notre Église engagée depuis les années 2000 pour mieux traiter ces faits, pour se donner les moyens d’une écoute facilitée des personnes victimes, pour mener les actions de prévention et de formation et formuler encore des préconisations.

Regarder les choses en toute clarté est source de liberté et d’apaisement. Nous avons conscience de rejoindre l’expérience spirituelle de Paul, telle qu’il l’écrit aux Corinthiens « C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ». (2 Cor 12,10)

Nous avons le désir d’inviter toute l’Église à vivre dans cet esprit cette épreuve du moment, ce péché de certains des siens. Nous avons le désir d’inviter les prêtres de nos diocèses à le vivre ainsi. Nous les connaissons. Ils ont notre estime, notre confiance. Nous savons qu’ils vivent douloureusement ce moment présent. Mais nous admirons la sincérité de leur engagement, leur zèle, leur prudence, leur souci de conduire au Seigneur. Nous savons qu’auprès d’eux les jeunes et les adolescents sont en sécurité. Ils donnent leur vie pour le Christ et pour la mission de l’Église. Il est injuste de jeter sur chacun d’eux le soupçon. Nous leur disons que notre épreuve du moment portera son fruit de grâce et de renouvellement. L’Esprit du Seigneur saura nous conduire sur le chemin de fidélité et d’humilité. Il sait où Il nous mène. « Rien ne pourra nous séparer de l’amour qui est en Jésus Christ notre Seigneur ». (Rom 8,39)

Durant ces jours, nous avons aussi écouté le témoignage des quatre évêques de notre conférence qui ont participé au Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel Avec les pères du synode, nous voulons dire aux jeunes : « Vous êtes le présent, illuminez maintenant notre avenir ! » Ces jeunes sont étudiants, vivent une première expérience professionnelle ou se préparent à fonder une famille. Nous n’oublions pas ceux qui connaissent de grandes difficultés parce que sans travail, sans formation, en grande précarité sociale. Nous voulons les assurer de notre détermination à les accompagner alors qu’ils se préparent à entrer dans l’âge adulte.

Nous nous réjouissons de voir de nombreux jeunes s’engager pour un monde plus juste, plus fraternel, sensibles « au double cri des hommes et de la terre ». Leur engagement ravive notre espérance parce qu’il nous rappelle que notre vie, à la suite de Jésus, « jeune parmi les jeunes », est faite pour être donnée et contribuer au bonheur de tous. C’est un appel qui nous est adressé à leur partager la richesse de notre enseignement social afin de les aider à vivre le service à la suite et à la manière du Christ.

Le Synode a rappelé l’importance des aumôneries étudiantes, des équipes de jeunes professionnels, des mouvements, et de tous ces groupes qui leur permettent de cheminer dans la foi. C’est par la vie communautaire, guidés par l’Evangile, épaulés par des « frères et sœurs ainés dans la foi », que les jeunes peuvent se rendre disponibles aux appels du Seigneur. Nous assurons de notre confiance et de notre gratitude leurs responsables et leurs aumôniers. Leur accompagnement est pour nous prioritaire et le Synode nous y encourage. Nous voudrions ici saluer les « Années pour Dieu » qui, à l’initiative de communautés, congrégations ou diocèses, proposent à des jeunes de s’arrêter durant une année pour un temps de discernement vocationnel et de formation à la mission.

Enfin, le Synode relaie le désir des jeunes d’être partenaires de la mission d’une Église qui soit vraiment leur famille et dans laquelle ils se sentent attendus, espérés même, pour participer à sa vie et à sa mission. Sur le terrain, il y a bien des progrès à faire et c’est sans doute un des points sur lequel nous autres, les pasteurs, nous aurons à nous engager.

Il revient maintenant au Service National pour l’Évangélisation des Jeunes et pour les Vocations de faire connaître le document final du Synode et d’accompagner les diocèses dans la mise en œuvre de ses préconisations.

Pour notre part, nous nous sommes penchés à nouveau sur l’enseignement catholique dans notre pays. Nous nous réjouissons que le statut voté il y a cinq ans donne très largement satisfaction. Nous savons que des défis sont devant nous, particulièrement celui de l’implantation de nos établissements, en raison des évolutions démographiques, des réalités économiques et des contraintes liées aux moyens mis à notre disposition par l’Etat. Ces établissements sont une présence d’Église, précieuse en tous milieux et particulièrement dans l’espace rural.

La séquence sur l’Europe avec les interventions de M. Enrico Letta, ancien président du Conseil italien et du Fr Olivier Poquillon, secrétaire général de la Comece nous a permis de mieux saisir les véritables enjeux des élections européennes à venir. Si avec le Brexit, c’est la première fois qu’un pays européen quitte l’Union, c’est sans doute aussi la première fois où l’enjeu des élections au parlement peut permettre dans les différents pays une vraie thématique européenne. Quelle Europe voulons-nous pour demain ? Il ne suffit pas de critiquer les insuffisances, les lourdeurs bureaucratiques ou les échecs de l’Europe sans s’interroger plus profondément sur ce qui en est la cause : dans la crise migratoire et ses conséquences, est-ce les institutions européennes qui n’ont pas fonctionné ou l’égoïsme des états membres qui n’a pas permis de définir une politique commune et des responsabilités partagées ? En 20 ans le monde a profondément changé et n’est plus centré sur l’Europe. L’Église aussi a beaucoup changé et s’est internationalisée dans ses références culturelles et son mode de gouvernement. La question est bien de voir si ce que l’Europe a pu apporter au monde dans sa compréhension de l’homme, de sa dignité inaliénable, de ses droits fondamentaux, de sa capacité relationnelle et solidaire, pourra encore être affirmé demain et proposé comme un idéal sur d’autres continents. Comme Eglise, comme chrétiens, saurons-nous aider les citoyens de nos pays à discerner la nature des choix à effectuer, pour que l’Europe réponde mieux aux attentes des peuples européens et à sa mission propre dans le devenir du monde ?

L’Europe a connu tant de conflits meurtriers dans son histoire, et le centenaire de 1918 nous le rappelle, pour que nous sachions que la paix est toujours fragile et à consolider, alors que des conflits demeurent aux portes de l’Union. Le 11 Novembre, dans nos diocèses, nous participerons aux manifestations en mémoire de l’armistice de cette terrible guerre. Des messes seront célébrées pour les victimes et pour la paix. Après les grands conflits des voix s’élèvent pour dire : « Jamais plus cela ». Le Pape Paul VI vient d’être canonisé à Rome voici deux semaines. Lors de son voyage à L’Onu, en 1965, pour les vingt ans de son institution, il s’était ainsi exprimé : « Ici Notre Message atteint son sommet. Négativement d’abord : c’est la parole que vous attendez de Nous et que Nous ne pouvons prononcer sans être conscient de sa gravité et de sa solennité : jamais plus les uns contre les autres, jamais, plus jamais ! N’est-ce pas surtout dans ce but qu’est née l’Organisation des Nations-Unies : contre la guerre et pour la paix ? Écoutez les paroles lucides d’un grand disparu, John Kennedy, qui proclamait, il y a quatre ans : « L’humanité devra mettre fin à la guerre, ou c’est la guerre qui mettra fin à l’humanité ». Il n’est pas besoin de longs discours pour proclamer la finalité suprême de votre Institution. Il suffit de rappeler que le sang de millions d’hommes, que des souffrances inouïes et innombrables, que d’inutiles massacres et d’épouvantables ruines sanctionnent le pacte qui vous unit, en un serment qui doit changer l’histoire future du monde : jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! C’est la paix, la paix, qui doit guider le destin des peuples et de toute l’humanité ! » Comment ne pas rendre hommage aux artisans de paix, à ceux qui le sont dans leurs hautes responsabilités et à ceux qui le sont dans leur vie quotidienne. La paix se construit dans les cœurs. C’est de là que partent les pensées violentes, les désirs de domination, le mépris des frères en humanité, les appétits monstrueux. Oui, encore et toujours : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés Fils de Dieu ». (Mth 5,9)

La densité du travail de cette semaine ne nous a pas empêché d’être attentifs à l’actualité du monde. Nous avons été sensibles au sort fait à Mme Asia Bibi, et nous nous réjouissons de sa libération. Nous avons communié au drame qui s’est passé dans la ville de Marseille avec ses 6 morts à ce jour, avec les personnes disparues et les familles contraintes à quitter leur logement devenu dangereux. Nous comprenons la grande émotion de la population. Nous exprimons notre admiration pour les sauveteurs et pour toute la solidarité et la générosité qui s’expriment dans cette situation. La communauté chrétienne y prend sa part. Dimanche, 11 Novembre nous aurons bien évidemment une prière particulière pour toutes les victimes.

Il me faut encore une fois remercier Mgr Nicolas Brouwet pour l’accueil offert ici par les services des sanctuaires, le personnel dans sa diversité. Cela contribue à la qualité de notre travail. Je l’assure de notre prière alors qu’il nous a quittés ce matin pour rejoindre sa famille réunie auprès de son père décédé hier. Je remercie également tous ceux et celles qui ont été à notre service, venus de la maison Breteuil ou bénévoles divers, toujours fidèles à nos côtés.

Que chacun soit remercié. Que le Seigneur nous soutienne dans notre mission. Je vous souhaite bon retour et que le Seigneur nous garde unis dans l’exercice de la mission qui est la nôtre. "

Dimanche 4 Novembre 2018

Homélie de Mgr Pontier :

" Voilà qui est clair ! On n’est pas loin du Royaume de Dieu quand on aime Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toute sa force, et qu’on aime son prochain comme soi-même. « Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Saint Augustin a eu cette formule éclairante : « l’amour de Dieu est premier dans l’ordre des préceptes et l’amour du prochain est premier dans l’ordre de la pratique. » Saint Jean de la Croix ajoutait : « à la fin de notre vie, nous serons jugés non pas sur ce qu’on a fait, mais sur la quantité d’amour que l’on a mis pour faire ce qu’on a à faire. » L’apôtre Jean avait, pour sa part, posé la question : « Si tu n’aimes pas ton frère que tu vois, comment pourrais-tu aimer Dieu que tu ne vois pas ? »

Nous voilà renvoyés au commandement de l’amour qui est au cœur de notre foi chrétienne, au cœur de notre suite du Christ, au cœur de nos engagements dans le monde. Nous n’avons que l’amour comme arme ou si vous préférez : rien de ce qui ne relève pas de l’amour pour les autres ne peut plaire à Dieu qui est Amour. On comprend bien qu’il s’agit de cette qualité de l’amour qui fait passer le bien de l’autre avant le sien propre, qui trouve son bonheur dans la recherche de celui de l’autre. Nous le tenons du Christ donnant sa vie par amour pour le salut de ses frères. Nous le comprenons en voyant les drames que causent les manques d’amour, de compassion, de justice dans le monde. Quand on vit pour soi-même, on perd toute conscience humaine, toute conscience fraternelle. On vit pour soi. On fait mal, on écrase, on peut même tuer. Et cela se vérifie dans les vies personnelles comme dans la vie internationale.

Chers frères et Sœurs, ce qui manque dans le monde, c’est la compassion, la tendresse, la fraternité, la justice. Cela manque aussi dans la vie de notre Église. Oh, c’est vrai, il y a de grands acteurs de l’amour en son sein. Ce sont ceux-là que l’Église nous présente comme modèles. Elle vient de le rappeler à Toussaint. Elle nous invite à faire partie de ceux-là. Mais nous savons bien que nous sommes loin du compte. Quand notre Église n’a pas entendu ou n’entend pas le cri de ceux qui souffrent, elle augmente le péché du monde. Quand elle n’a pas été la première à défendre les enfants, les jeunes abusés, quand elle a peur des étrangers et n’est pas la première à vivre l’accueil, quand elle ne défend pas le droit des plus fragiles, celui de naître comme celui de mourir en paix, quand elle est trop préoccupée d’elle-même, alors elle faillit à sa mission. Nous sommes rassemblés cette semaine, les Évêques de France. Nous sommes attentifs à la vie de nos Églises diocésaines. Bien des choses nous réjouissent. Nous voyons des chrétiens engagés, des prêtres généreux et courageux. Mais nous voyons aussi nos fautes, nos surdités, nos manques de courage.

Nous autres chrétiens, baptisés, nous avons une belle et grande mission dans ce monde. Nous devons rappeler la grande dignité de tout être humain aimé de Dieu. Nous devons témoigner de notre foi en Dieu, maître de la vie et de notre confiance en l’homme poursuivi par l’Esprit de Dieu, éclairé, encouragé, relevé par Lui. Nous devons redire qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Nous proclamons que nous sommes faits pour Dieu et que notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure pas en Lui.

Qu’il soit béni ce Dieu vainqueur du mal et source de tout amour. Qu’Il soutienne notre désir de Lui plaire ! "

Samedi 3 novembre 2018

Nous vous proposons de découvrir le discours d’ouverture de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France.

Dans le troisième chapitre de son exhortation apostolique, Gaudete et exultate, le Pape François relit les béatitudes que nous avons entendues le jour de Toussaint ainsi que le texte bien connu du jugement dernier au chapitre vingt cinquième de l’évangile de St Matthieu. Il y puise la mise en œuvre ici-bas de l’appel universel à la sainteté. Il termine ce chapitre par ces quelques mots : « La force du témoignage des saints, c’est d’observer les béatitudes et le critère du jugement dernier. Ce sont peu de paroles, simples mais pratiques et valables pour tout le monde, parce que le christianisme est principalement fait pour être pratiqué, et s’il est objet de réflexion, ceci n’est valable que quand il nous aide à incarner l’Evangile dans la vie quotidienne. Je recommande de nouveau de relire fréquemment ces grands textes bibliques, de se les rappeler, de prier en s’en servant, d’essayer de les faire chair. Ils nous feront du bien, ils nous rendront vraiment heureux. » (n°109)

Lors du récent synode des Evêques au sujet de la foi, des jeunes et du discernement vocationnel la célébration de canonisation de sept nouveaux Saints a permis au Pape François de redire cet appel à la sainteté mise en œuvre en choisissant de suivre « le Christ Jésus qui ne se contente pas d’un « pourcentage d’amour » : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. Ou tout ou rien ! » Il nous est bon d’entendre cet appel à la radicalité, à l’engagement total à sa suite, à la conversion jamais achevée. Les martyrs d’Algérie qui seront bientôt béatifiés à Oran ont vécu ce don de soi jusqu’au bout, par amour.

Notre désir d’aimer le Christ et de le suivre est total. Nous avons engagé notre vie dans ce sens et nos frères baptisés également. Nous sommes heureux de voir la générosité et le sens du service des plus pauvres qui s’expriment dans la vie de beaucoup d’entre eux. Le synode qui vient de se tenir à Rome a permis d’entendre les témoignages de jeunes adultes, désireux de vivre dans la suite du Christ et dans une amitié réelle avec Lui. Cela est stimulant pour nos Eglises diocésaines. C’est aussi un défi. Nos Eglises sont fragiles et fortes. Fragiles à cause de la faiblesse et du péché de leurs membres, fortes de la fidélité de Dieu, de l’œuvre de l’Esprit-Saint, de la grâce multiforme venant du Seigneur.

Le Pape François a écrit au peuple de Dieu, le 20 Août dernier, notamment pour nous inviter à la pénitence et à la conversion « à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées. Un crime qui génère de profondes blessures faites de douleurs et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants. » Même si nous savons que ce drame des enfants abusés dans notre société déborde amplement la responsabilité d’acteurs ecclésiaux, cela ne diminue en rien notre peine, notre honte, notre confusion. Comme l’écrit encore le Saint Père : « La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passée sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu à le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir… Nous ressentons de la honte lorsque nous constatons que notre style de vie a démenti et dément ce que notre voix proclame. » La communauté catholique, la société également, sont troublées. Elles s’interrogent et se demandent comment on a pu en arriver là. Nous-mêmes, évêques, nous portons avec peine et lourdeur cette réalité. Si notre désir est de comprendre les raisons qui ont pu permettre que cela ait pu avoir lieu, et que nous nous posons la question de faire appel à un groupe d’experts indépendants, historiens et d’autres compétences pour nous y aider, nous ne cherchons en rien à la justifier. Depuis maintenant plus de quinze ans nous ne sommes pas sans rien faire pour accompagner toujours mieux les victimes, pour prévenir ces drames inqualifiables, pour agir avec grande fermeté vis-à-vis des auteurs ou pour organiser des temps de formation pour tous ceux et celles qui interviennent dans des responsabilités ayant en charge des enfants et des adolescents. Oui, telle est notre résolution. Elle ne supporte pas d’hésitations.

Mais là ne s’achève pas notre devoir de pasteur. Nous sommes aussi les évêques des personnes abusées et nous savons que ce sont elles les victimes et que nous n’avons que trop lentement perçu la profondeur de leur blessure. Cet après-midi nous avons désiré et prévu de nous mettre en situation d’écoute et de réflexion avec quelques-unes d’entre elles que je remercie d’avoir accepté de venir témoigner et réfléchir avec nous, même si la formule proposée, comme toute formule, possède des limites. Il faudra poursuivre cette écoute et ce travail ensemble. Nous avons besoin de le faire ensemble pour nous éclairer, pour prendre notre juste part dans le réparation humaine, spirituelle et ecclésiale de ce qui a été détruit dans leur chair et leur vie. Certains doutent de notre réelle détermination. Nous leur disons : venez et travaillons ensemble. Retrouvons la confiance minimale nécessaire pour y parvenir. Votre souffrance a pris une ampleur d’autant plus profonde que les auteurs étaient parmi ceux qui inspirent confiance et sont serviteurs de l’amour de Dieu pour chacun. Nous sommes appelés à parcourir ensemble un chemin qui devra porter ses fruits pour les victimes et pour la vie ecclésiale.

Le Saint Père François pointe une dérive mortifère : « Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise…comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit-Saint a placée dans le cœur de notre peuple ». Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup de maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. » C’est ensemble que nous emprunterons le chemin de la conversion personnelle et de la conversion ecclésiale. C’est ensemble que nous écouterons au mieux la volonté du Seigneur. C’est à l’ensemble du peuple de Dieu que le Saint Père a écrit.

Les abus de conscience ne débouchent pas tous sur des abus sexuels ; mais dans une même formule le Pape François condamne fermement « les abus sexuels, abus de pouvoir et de conscience » Permettez-moi ici d’assurer également les victimes de dérives sectaires au sein de l’Eglise de notre même détermination pour lutter contre les abus divers qui peuvent se produire dans des groupes ecclésiaux ou dans des communautés constituées. Les diverses règles régissant la vie de notre Eglise ne peuvent être un frein durable à notre vigilance et à notre action. Depuis 2015, la cellule des dérives sectaires continue avec détermination sa mission. Des visites canoniques ont eu lieu, des mesures ont été prises par des évêques ou par Rome. Nous continuerons sans relâche notre travail en ce sens. Je veux redire avec force ce que j’écrivais en 2013 : « L’Evangile du Christ que nous voulons servir est une école de liberté spirituelle. »

Je voudrais exprimer notre reconnaissance pour leur travail en ces domaines au secrétariat général de notre conférence, aux membres de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie présidée par Mgr Luc Crepy, animée par Mme Ségolaine Moog et à la cellule pour les dérives sectaires dans l’Eglise catholique présidée par Mgr Alain Planet. Je me réjouis des collaborations évidentes, toujours à renforcer avec la Corref, en ces réalités qui nous sont communes.

Durant cette assemblée, nous reviendrons sur le synode qui vient de se tenir à Rome. Les quatre évêques délégués nous en rendront compte. Sans nul doute, cela fut une belle expérience ecclésiale, mais aussi un moment de ressourcement et de grande espérance. La rencontre du Christ conduit au bonheur, éclaire la conduite de nos vies humaines pour en faire des vies fraternelles, fait retentir des appels divers à se donner et notamment l’appel plus spécifique à le suivre dans le sacerdoce ou la vie religieuse. La jeunesse d’aujourd’hui n’est pas fermée à cette expérience. Bien au contraire. Les jeunes chrétiens sont divers. Ils ont besoin d’être écoutés, responsabilisés, accompagnés, formés. Ils ont besoin de notre confiance et de notre soutien. Ils sont notre joie et notre espérance. Ils nous interpellent par leurs engagements et leurs attentes.

Un moment important de notre travail sera consacré à l’écriture de la ratio nationale au sujet de laformation des séminaristes. Nous avons reçu un texte référence de Rome et nous précisons son application à la situation de notre pays. L’enjeu est de taille. C’est une grave question qui doit se réfléchir en fonction de la réalité de notre pays, du bien des séminaristes et du visage des prêtres de demain dans un équilibre prenant en compte les dimensions humaine, pastorale, intellectuelle et spirituelle des candidats. Ce travail sur la ratio nous amène à nous poser des questions radicales : quels formateurs pour demain ? Quels visages de prêtres pour nos communautés ? Quels lieux de formation ? Il nous faut encore et encore y réfléchir entre nous. Souvent on nous demande si les questions de comportement sont abordées dans la formation des séminaristes. Je puis assurer que nos séminaires prennent en compte cette importante dimension de l’équilibre humain. Que les équipes de formateurs soient remerciées et encouragées. Que soient également remerciés les prêtres de nos diocèses qui donnent dans leur très, très grand nombre le témoignage d’une belle fidélité à leur vocation, un réel sens du service et le souci de conduire les communautés confiées à leur ministère dans la communion et le dynamisme missionnaire. Nous leur redisons toute notre confiance et notre estime. Sans eux, que ferions-nous ? Nous assurons tout particulièrement de notre prière et de notre proximité les presbyteriums et les évêques des diocèses de Rouen et d’Orléans, profondément affectés par le suicide des Pères Jean-Baptiste et Pierre-Yves. Nous pensons également à leur famille et à leurs nombreux amis. Que le Seigneur nous donne la grâce de vivre cette épreuve dans une fraternité renouvelée.

La communauté européenne traverse une étape difficile de son histoire. La sortie du Royaume Uni, les replis identitaires et nationalistes, les effets négatifs de réglementations incomprises, l’éloignement institutionnel, les migrations la mettent devant des choix difficiles à préciser. Les conflits mondiaux et l’extrême pauvreté de certains pays poussent des réfugiés en grand nombre dans les pays voisins puis plus au loin jusqu’aux pays européens. La réponse à ces réalités n’est pas encore à la hauteur de la responsabilité commune des pays d’accueil. Elle reste en dessous des valeurs humaines que pourtant nous défendons, comme celles de la dignité de tout être humain, de l’accueil des hommes et des femmes en danger, de la fraternité humaine, de la destination universelle des biens. Le risque est grand de voir les élections européennes à venir, rabaissées au niveau des ambitions ou des stratégies liées à la recherche du pouvoir ou à tout autre chose qu’à la poursuite d’un projet européen ambitieux, généreux et confiant. Le repli sur soi ne saurait répondre à la réalité politique mondiale. Nous appelons à la recherche d’un Bien Commun européen, seul capable de refonder un vrai projet pour l’Europe. Nous prendrons à nouveau un temps de réflexion à ce sujet. Nous écouterons des experts. La place des religions en Europe a marqué et marque son histoire. Elles sont appelées à être facteur de paix, d’engagement, de défense des plus pauvres. Le christianisme y tient une grande part. Notre responsabilité est réelle. L’Europe porte un précieux message pour l’ensemble du monde. Elle ne peut manquer à ses responsabilités.

On voit bien deux domaines qui marquent ce temps de l’histoire : celui de la paix et celui de l’écologie. Il y a cent ans se terminait la première guerre mondiale dont l’Europe fut le théâtre. Nous commémorerons ce moment le 11 novembre prochain. Trente ans après, une autre guerre allait encore bouleverser notre histoire et y ajouter l’horreur de la Shoah. Des conflits plus locaux sont encore là, particulièrement en Ukraine. Sans vigilance et volonté réelles notre continent n’est pas à l’abri de nouveaux drames.

Les experts mondiaux attirent notre attention sur les risques que court notre « maison commune » comme la nomme le Pape François dans l’encyclique « Laudato si ». La société civile appelle à une prise de conscience plus responsable, à des décisions concertées pour éviter le pire et ne pas laisser aux générations futures une création abimée et épuisée. Nous faisons confiance aux chercheurs et aux hommes politiques engagés sur ce chantier. Mais l’avenir exige l’engagement de tous, individus, instances politiques, associatives. Elle exige une conversion qui permette de se détacher d’un modèle de consommation irresponsable et diviseur et qui conduise à des choix de modes de vie nouveaux et responsables. La recherche du Bien commun universel doit prendre le pas sur les intérêts catégoriels égoïstes ou nationaux. Nous aurons parmi nous la présence du président de la conférence épiscopale d’Haïti, Monseigneur Launay Saturné, archevêque de Cap-Haïtien. Il parlera à tous ceux qui le pourront de la situation de son pays, victime de cataclysmes récurrents et aussi d’une très grande pauvreté.

Comment ne pas ajouter un mot sur le drame des réfugiés, traversant la méditerranée au risque de leur vie après avoir déjà franchi des étapes remplies de dangers, d’exploitation et de violence. Les atermoiements internationaux ne sont pas porteurs d’un message de fraternité. On semble même préférer les voir disparaître dans la mer qu’arriver sur les côtes européennes. On complique la tâche des sauveteurs. C’est une crise aux aspects multiples. Elle ne peut être simplifiée à plaisir. Mais la manière de la vivre pourra transmettre un message de fraternité ou au contraire de rejet et de mépris. Notre foi chrétienne nous invite à regarder tout être humain comme un frère, porteur de qualités. Nous faisons l’expérience que l’accueil enrichit et que le repli sur soi attriste et attise les peurs.

Les enjeux liés à la révision de la loi de bioéthique sont nombreux. Ils suscitent des débats dont les passions et les situations particulières – souvent mises en exergue – ne sont pas absentes. Nous encourageons le débat. Nous y avons participé en proposant des arguments éthiques sur la fin de vie et sur la procréation. Nos deux déclarations ont été rédigées à la lumière des exigences de la « fraternité » qui fournit de solides repères pour une loi intégrant le respect de la dignité humaine chez tous ainsi que l’égalité d’accès de tous aux soins.

Pour que les débats de bioéthique ne divisent pas les français en entretenant des clivages durables – ce qui aurait de lourdes conséquences –, il est urgent de les organiser afin qu’ils soient « apaisés ».

Les citoyens perçoivent que les enjeux éthiques sont graves. Pour cette prochaine révision de la loi, il y a en effet de quoi s’interroger : Ne risque-t-on pas de défaire le « modèle français de bioéthique », construit patiemment depuis 25 ans, sans en avoir mesuré les conséquences ? Nommons-en quelques-unes : dérives vers l’eugénisme libéral selon l’expression du philosophe Habermas, marchandisation d’éléments du corps humain ce qui ruinerait la distinction entre les personnes et les choses, risques de brader les données personnelles, tentations de bousculer la spécificité de l’espèce humaine en voulant supprimer ses supposées déficiences, transformations de la médecine qui feraient du médecin un simple prestataire de service ou qui transféreraient sa responsabilité à des algorithmes. On le voit, l’heure est grave !

Notre société est mise devant un choix qu’il s’agit de réfléchir avec sérénité grâce au dialogue.

Soit nous optons pour une société basée sur la dignité humaine qui s’impose à tous comme un bien supérieur à considérer avec attention et respect. Cette société promeut alors des interdits salutaires empêchant toute atteinte à cette dignité et toute discrimination injuste, dans le souci constant du devoir de protéger les plus faibles. Une telle société continue de reconnaître que « tous les hommes naissent égaux en droits ». Cela génère une bioéthique du respect de chaque personne sans l’instrumentaliser ni la livrer à la marchandisation, et du respect des liens d’engendrement qui ne peuvent être noués et dénoués selon la seule volonté des uns ou des autres.

Soit nous allons vers une société ultra libérale, où les libertés individuelles sont considérées en premier lieu sous prétexte de respecter l’autonomie des individus et de garantir toutes les possibilités de choix offertes par les techniques. Une telle société risque de privilégier les plus forts, de marginaliser et d’exclure les plus faibles, et de favoriser le marché de la procréation avec ses lois de concurrence. Elle prendrait ses distances avec la Déclaration des droits de l’homme. Cela génèrerait une bioéthique sans références sinon celles des désirs individuels, une bioéthique de la fuite en avant sans limites occasionnant des discriminations injustes chez les plus vulnérables.

Pour notre part, nous plaidons pour une société fondée sur la dignité humaine reconnue chez tous et par tous, sur l’interdépendance grâce aux relations que les hommes entretiennent nécessairement entre eux pour vivre la juste fraternité, sur le respect d’une liberté caractérisée par la responsabilité vis-à-vis d’autrui et de sa dignité. Nous pensons qu’il est indispensable d’entrer dans une nouvelle approche de la bioéthique en l’insérant dans une large réflexion sur le sens de la personne et de notre vivre ensemble dans notre « maison commune » qu’est la planète. Nous estimons que le moins-disant éthique pour s’aligner sur les pays voisins est un « piège redoutable », selon l’expression du Conseil d’État.

Les valeurs de la juste écologie doivent inspirer la bioéthique : la fraternité qui induit la protection des plus vulnérables, la solidarité qui relie chacun aux autres et qui implique une éthique économique de la santé pour tous, l’hospitalité qui accueille et accompagne chacun à toutes les étapes de son existence. Cela préserve « l’écosystème » humain. En portant ainsi le regard sur le mystère de l’être humain avec sa dimension sociale et intergénérationnelle, en comprenant que chacun est confié dès son commencement à la sollicitude commune, et en estimant que chacun est appelé à prendre part à cette sollicitude, notre société résistera à la fascination des techniques et saura les situer au service d’un avenir où chaque être humain sera considéré avec respect, accompagné dans sa souffrance et soigné selon sa pathologie. La raison humaine doit pouvoir trouver les chemins de sagesse pour notre avenir commun, et réguler ainsi l’usage des techniques en bioéthique et en génétique sans se laisser contraindre par les divers désirs que ces techniques suscitent.

Selon la foi chrétienne, tout être humain est « à l’image de Dieu ». Cela exprime non seulement la profondeur de son mystère, mais aussi et surtout la tâche – redoutable et magnifique – qui est la sienne ! Le dialogue, la fraternité, l’hospitalité et la dignité sont des valeurs précieuses aux yeux de Dieu : elles fondent la liberté responsable grâce à laquelle les êtres humains peuvent construire une société de justice et de paix, en s’aimant les uns les autres comme Jésus nous a aimés. Nous sommes tous plus que jamais appelés à prendre du recul pour construire ensemble la fraternité inséparable de notre dignité.

Restons à l’écoute de l’Esprit-Saint durant ces journées de travail et confions à Notre Dame de Lourdes toutes les intentions qui nous habitent pour l’Eglise et pour le monde, en pensant particulièrement aux sinistrés des récents phénomènes climatiques inhabituels.

Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France.

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