Eglise catholique de Martinique
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        Audience Générale du Mercredi à Rome

Audience Générale du Mercredi à Rome

Mercredi 23 avril, lors de l’audience générale de ce matin, tenue Place Saint-Pierre devant une foule très nombreuse, le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur le Notre Père. Pour la 13e étape de ce parcours, le Pape s’est arrêté sur cette expression : « Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».


C’était pour le Saint-Père l’occasion de souligner la responsabilité immense de chaque personne, qui, en pleine liberté, est invitée à pardonner à ses frères et sœurs afin d’être disponible pour recevoir le pardon de Dieu. Et c’est donc toute notre vie spirituelle qui doit être tournée vers le lien avec les autres, vers la capacité de donner et de recevoir.

« Il n’existe pas dans l’Église de “self-made man”, des hommes qui se sont faits tout seuls », a expliqué le Pape François. Notre identité au contraire se construit à partir du bien reçu, à commencer par la vie elle-même. Il faut donc savoir dire « merci », et d’abord savoir remercier le Seigneur pour son amour infini, et lui demander pardon pour nos nombreuses ingratitudes, petites et grandes. Et cette « relation de bienveillance verticale de la part de Dieu (…) est appelée à se traduire dans une relation nouvelle que nous vivons avec nos frères : une relation horizontale ».

La grâce de Dieu est inconditionnelle, mais elle nous engage, elle nous responsabilise. « Celui qui a beaucoup reçu doit apprendre à beaucoup donner », a encore précisé le Pape François. « Si tu ne pardonnes pas aux autres, Dieu ne te pardonnera pas. Tu fermes la porte », a-t-il averti en s’attristant des attitudes de certaines personnes âgées qui finissent leur vie dans le ressentiment. « Si tu n’y arrives pas par tes propres forces, demande au Seigneur qu’il te donne la force pour y arriver », a-t-il lancé, en sortant de son texte écrit pour interpeller la conscience de chacun.

Dans les Évangiles, « Jésus insère dans les rapports humains la force du pardon ». Il faut donc savoir « aimer au-delà ce qui est dû, pour recommencer une histoire de grâce », et donc interrompre cette logique perpétuelle de vengeance, de vendetta, qui fait suffoquer le monde entier.

« À la loi du talion – “ce que tu m’as fait, moi je te le rend”-, Jésus substitue la loi de l’amour : “ce que Dieu m’a fait, moi je te le restitue” ». Même vis-à-vis de ceux qui ont accompli une faute ou quelque chose de désagréable, nous devons donc transmettre « ce que nous avons reçu de plus précieux » : la capacité de pardonner.

Retrouvons les paroles du Pape :

« Chers frères et sœurs, aujourd’hui, nous complétons la catéchèse sur la cinquième demande du Notre Père. Il y a toujours une dette impossible à restituer à Dieu : il nous aime infiniment plus que nous l’aimons. Et même si nous nous engageons à vivre selon les enseignements chrétiens, il y aura toujours dans notre vie quelque chose dont il faudra demander pardon. C’est pour cela que nous implorons : « remets-nous nos dettes ». Mais Jésus joint à cette imploration une seconde expression qui ne fait qu’un avec la première :« comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6, 12). La relation de bienveillance de Dieu est appelée à se traduire dans une relation nouvelle que nous vivons avec nos frères. Le Dieu bon nous invite à être bons, comme lui.

Dans les Evangiles, rien ne laisse penser que Dieu ne pardonne pas les péchés de celui qui est bien disposé et demande d’être embrassé de nouveau. Mais la grâce de Dieu est toujours exigeante. Celui qui l’a reçue doit apprendre à en faire autant. L’amour appelle l’amour, le pardon appelle le pardon. Jésus insère dans les relations humaines la force du pardon. Dans la vie, tout ne se résout pas avec la justice. Surtout là où on doit mettre une limite au mal, il faut aimer au-delà de ce qui est dû, pour recommencer une histoire de grâce. A la loi du talion, Jésus substitue la loi de l’amour. Par une parole, une embrassade, un sourire, nous pouvons transmettre aux autres ce que nous avons reçu de plus précieux : le pardon. »

(Avec V. N.)

Lundi 22 avril 2019

En ce lundi de Pâques, dit aussi lundi de l’Ange, le Pape François est revenu sur les événements survenus lorsque les femmes allèrent au Sépulcre et y trouvèrent le tombeau vide. « Aux femmes qui s’étaient rendues au sépulcre à l’aube du premier jour après le sabbat, ceux-ci dirent : “Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est plus ici, il est ressuscité” ».

« Les femmes, pleines de peur et de joie, sont en train de partir en hâte pour apporter la nouvelle aux disciples », a continué le Saint-Père : c’est le moment où Jésus s’est présenté devant elles. Les femmes se sont rapprochées, lui ont embrassé les pieds et l’ont adoré. Jésus a chassé la peur de leurs cœurs et les a encouragées à annoncer aux frères ce qui était advenu.

Tous les Évangiles mettent en relief le rôle des femmes, Marie de Magdala et les autres, comme premiers témoins de la résurrection. « Les hommes, apeurés, étaient enfermés dans le cénacle », a souligné le Souverain Pontife. Pierre et Jean, avertis par Marie-Madeleine ont seulement fait une sortie rapide au cours de laquelle ils ont constaté que la tombe était ouverte et vide, « mais ce sont les femmes qui sont les premières à rencontrer le Ressuscité, et à apporter l’annonce qu’Il est vivant ».
Se souvenir des paroles de Jésus aux femmes

Les paroles de Jésus aux femmes résonnent encore aujourd’hui, a expliqué François, « N’ayez pas peur ». « Avec l’ancienne séquence pascale, en ces jours, nous répétons : “Christ, mon espérance, est ressuscité !” ».

En conclusion, le Pape François a invité les fidèles du monde entier à se laisser toucher par le message consolant de Pâques et à se laisser envelopper par sa lumière glorieuse, qui dissipe les ténèbres de la peur et de la tristesse. « Que ce jour de fête, dans lequel il est habituel de profiter d’un peu de loisir et de gratuité, nous aide à expérimenter la présence de Jésus. »

En reprenant la parole après avoir prononcé la prière du Regina Cœli, outre ses paroles pour le Sri Lanka, le Pape a souhaité à chacun de « parcourir avec foi ces jours de l’Octave de Pâques, dans lesquels se prolonge la mémoire de la Résurrection du Christ. Profitez de toute bonne occasion pour être témoins de la joie et de la paix du Christ Ressuscité », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 21 avril 2019

Après avoir célébré la messe de Pâques place Saint-Pierre, le Pape François a rejoint la loge centrale de la basilique Saint-Pierre pour y donner la traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi. Il a demandé paix, lumière et réconfort pour le monde et tout particulièrement pour les régions et les pays en guerre.

Ce matin de Pâques, « jeunesse éternelle de l’Église et de l’humanité tout entière », le Saint-Père a souhaité d’abord adresser à tous les premières paroles de la récente Exhortation apostolique consacrée aux jeunes, et intitulée Christus vivit.

« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. (…) Quand tu te sens vieilli par la tristesse, les rancœurs, les peurs, les doutes ou les échecs, il sera toujours là pour te redonner force et espérance » (Christus vivit, nn. 1-2).

Et le Pape d’affirmer : « la Résurrection du Christ est le début d’une vie nouvelle pour chaque homme et chaque femme, parce que le vrai renouvellement part toujours du cœur, de la conscience. Mais Pâques est aussi le début du monde nouveau, libéré de l’esclavage du péché et de la mort », avant d’énumérer ses vœux pour différentes régions du monde.

« Que la lumière du visage de Ressuscité soit espérance pour le bien-aimé peuple syrien, victime d’un conflit qui perdure, et qui risque de nous trouver toujours davantage résignés et même indifférents ». Le Pape argentin a appelé de ses vœux l’engagement de la communauté internationale pour une solution politique qui réponde aux justes aspirations de liberté, de paix et de justice ; qui affronte la crise humanitaire et favorise le retour en sécurité des personnes déplacées et de celles qui se sont réfugiées dans les pays limitrophes, surtout au Liban et en Jordanie.
Drame humanitaire au Yémen

« Pâques nous porte à tourner le regard vers le Moyen-Orient, déchiré par des divisions et des tensions continues. Que les chrétiens dans la région, avec une persévérance patiente, témoignent du Seigneur ressuscité et de la victoire de la vie sur la mort ». L’évêque de Rome qui a eu une pensée particulière pour la population du Yémen, « en particulier pour les enfants épuisés par la faim et la guerre ». « Que la lumière pascale éclaire tous les gouvernants et tous les peuples du Moyen-Orient, à commencer par les Israéliens et les Palestiniens, et les incite à soulager tant de souffrances et à poursuivre un avenir de paix et de stabilité », a-t-il ajouté.

« Que les armes cessent d’ensanglanter la Libye où, de nouveau, des personnes sans défense meurent ces dernières semaines et où de nombreuses familles sont contraintes à quitter leurs propres maisons », a complété François, exhortant les parties concernées à choisir le dialogue plutôt que l’oppression, en évitant que s’ouvrent à nouveau les blessures d’une décennie de conflits et d’instabilité politique.
Les fruits de la retraite spirituelle pour le Soudan du Sud

Le Souverain pontife qui s’est ensuite exprimé sur l’insécurité grandissante au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Nigéria et au Cameroun. « Ma pensée va également au Soudan, qui traverse un moment d’incertitude politique et où je souhaite que toutes les instances puissent s’exprimer et que chacun s’efforce de permettre au pays de trouver la liberté, le développement et le bien-être auxquels il aspire depuis longtemps », a-t-il relevé avant de passer au Soudan du Sud, souhaitant que la récente retraite spirituelle de deux jours au Vatican pour ses dirigeants porte ses fruits et ouvre une nouvelle page dans l’histoire du pays.

Enfin, le Pape François a évoqué l’Ukraine, pour que Pâques apporte réconfort aux population des régions orientales du pays, qui continue de souffrir du conflit encore en cours.

Le Saint-Père qui a conclu son traditionnel message par l’Amérique latine. « Je pense en particulier au peuple vénézuélien : à beaucoup de personnes privées des conditions minimales pour mener une vie digne et sûre, à cause d’une crise qui perdure et s’approfondit. Que le Seigneur donne à ceux qui ont des responsabilités politiques d’œuvrer pour mettre fin aux injustices sociales, aux abus ainsi qu’aux violences et de faire des pas concrets permettant de guérir les divisions et d’offrir à la population les aides dont elle a besoin ».

Ajoutant un mot pour le Nicaragua, souhaitant qu’une solution pacifique et négociée soit trouvée à la crise socio-politique qui agite le pays depuis un an.

Après la bénédiction Urbi et Orbi, le Souverain pontife a exprimé sa douleur après les « graves attentats » survenus le jour même au Sri Lanka.

(Avec V. N.)

Samedi 20 avril 2019

Le Pape François a présidé la Vigile pascale en la Basilique Saint Pierre. Lors de son homélie, le Successeur de Pierre a invité les chrétiens ne pas sombrer dans la résignation, à ne pas enterrer l’espérance mais à toujours « chercher le Vivant, avant tout et en toute chose ». Au cours de cette veillée, il a baptisé 8 catéchumènes.

La célébration s’est ouverte avec la bénédiction du feu nouveau dans l’atrium de la Basilique, plongée entièrement dans l’obscurité. La petite flamme du cierge pascal, portée par un diacre, a ensuite lentement progressé dans la nef, se transmettant peu à peu aux fidèles. Le splendide chant de l’Exsultet s’est ensuite élevé pour annoncer solennellement aux fidèles la résurrection du Christ : « Qu’exulte de joie la multitude des anges, célébrez dans la joie, serviteurs de Dieu. (…) Voici la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers ».

Au terme de la liturgie de la Parole et la proclamation de l’Évangile, le Pape a délivré son homélie, la centrant sur la question de l’Ange adressée aux saintes femmes s’en allant porter les aromates : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? »

Leur chemin ressemble à notre chemin, a d’emblée affirmé le Pape ; leur inquiétude de trouver la pierre barrant l’entrée du tombeau fait écho au sentiment de découragement et de frustration que nous pouvons éprouver dans notre vie, face à l’échec. Mais il serait faux de croire que « l’histoire humaine (…) finit (…) devant une pierre tombale ». Car le Christ est ressuscité ; c’est Lui la « pierre vivante » sur laquelle nous fondons notre espérance. En cette fête de Pâques, « fête de l’enlèvement des pierres », « Il vient faire toute chose nouvelle, renverser nos déceptions », ôter « du cœur les pierres les plus lourdes ». Le Pape en distingue deux sortes.

Tout d’abord la « pierre de la méfiance » : lorsqu’on cède au pessimisme, qu’on finit par croire que « la mort est plus forte que la vie », jusqu’à en devenir « cyniques et moqueurs », « porteurs d’un découragement malsain ». C’est ainsi que nous édifions « un tombeau de l’espérance » où prospèrent les plaintes et que nous développons une « psychologie de tombeau ». Surgit alors la question « cinglante » de Pâques, que pose l’Ange aux femmes craintives : « Pourquoi cherchez- vous le Vivant parmi les morts ? ». En effet, « le Seigneur n’habite pas dans la résignation » et il est vain de le chercher là où Il ne peut se trouver, insiste le Pape avant de lancer cet appel à chaque fidèle : « n’enterre pas l’espérance ! »

Il y a ensuite la « pierre du péché ». Son pouvoir de séduction est immense mais sous couvert de promesses clinquantes, il se révèle illusoire et vide, avertit le Souverain Pontife. « Le péché, dit-il, c’est chercher la vie parmi les morts, le sens de la vie dans les choses qui passent ». Au péché qui entrave l’entrée du cœur comme la pierre du tombeau, il faut préférer la lumière de Jésus ressuscité ; il faut vivre pour Lui, et non pour les « vanités mondaines ».

Le Pape poursuit sa méditation en évoquant de nouveau les femmes myrrhophores, apeurées devant l’Ange et n’osant lever les yeux vers lui. Cette attitude rappelle celle qui peut être la nôtre, lorsque « nous préférons rester prostrés dans nos limites », cela parce qu’il est « plus facile de rester seuls dans les pièces obscures de notre cœur que de nous ouvrir au Seigneur », analyse le Pape. Et pourtant, Lui seul relève, et Il nous appelle justement à nous lever, « à regarder vers le Haut et à croire que nous sommes faits pour le Ciel (…) pour les hauteurs de la vie non pour les bassesses de la mort ». Il nous demande de regarder la vie comme Il le fait, « Lui qui voit toujours en chacun de nous un foyer irrésistible de beauté ». Il n’y a rien à craindre, car le Seigneur « aime cette vie qui est la tienne, même quand tu as peur de la regarder et de la prendre en main ». A Pâques, continue le Pape, Dieu montre à chacun combien Il l’aime, jusqu’à descendre dans les affres de la mort et d’en remonter victorieux. Avec Lui, nous sommes invités à accomplir le passage (Pâques) « de la fermeture à la communion, de la désolation à la consolation, de la peur à la confiance ». De là l’invitation de François à lever les yeux à notre tour pour regarder le Ressuscité dont l’amour ne change pas et à se poser une question : « Est-ce que je contemple des milieux sépulcraux ou est-ce que je cherche le Vivant ? ».

Les femmes avaient perdu l’espérance car elles avaient oublié les paroles et la mémoire vivante de Jésus en Galilée. L’Ange les exhorte à s’en souvenir. De même, notre foi « a besoin de revenir en Galilée », de retourner à la source du premier amour. Ce recentrage est essentiel, « autrement on a une foi de musée, non pas la foi pascale ». Or, Jésus n’appartient pas au passé, Il est « une personne vivante », qu’on rencontre dans notre vie, pas dans les livres.

A l’instar des femmes qui quittent le tombeau, le croyant est appelé à « marcher à la rencontre du Vivant ». Or, bien souvent, nous nous dirigeons vers nos problèmes et nous nous tournons ensuite vers le Seigneur seulement « pour qu’Il nous aide », courant ainsi le risque de laisser nos besoins, et non le Christ, nous orienter. « Combien de fois, a déploré le Pape, retournons-nous parmi les morts, sans laisser le Ressuscité nous transformer ? ». Et de conclure en appelant à donner au Vivant « une place centrale dans notre vie », à demander la grâce « de ne pas se briser sur les pierres du péché et sur les écueils de la méfiance et de la peur ». « Cherchons-Le, Lui, en toute chose et avant tout. Avec lui, nous ressusciterons ».

Au cours de la veillée, -divisée en trois temps : liturgie de la Parole, liturgie baptismale et liturgie eucharistique-, le Pape François a baptisé 8 catéchumènes originaires d’Italie, d’Albanie, du Pérou, d’Équateur et d’Indonésie.

(Avec V. N.)

Vendredi 19 avril 2019

En présence d’environ 15 000 personnes, le Pape François a présidé ce vendredi soir le traditionnel Chemin de Croix du Vendredi Saint au Colisée.

Les méditations avaient été confiées cette année à sœur Eugenia Bonetti, une religieuse italienne de 80 ans, présidente de l’Association “Slaves no more”, qui dans ses textes a voulu évoquer « tous les pauvres, les exclus de la sociétés et les nouveaux crucifiés de l’histoire d’aujourd’hui, victimes de nos fermetures, des pouvoirs et des législations, de l’aveuglement et de l’égoïsme, mais surtout de notre cœur endurci par l’indifférence ». Dans les étapes de Jésus vers le Calvaire, sœur Eugenia Bonetti reconnaît différents épisodes dont elle a été témoin.

Ainsi, Ponce Pilate a inspiré sa prière « pour ceux qui prennent des rôles de responsabilité, pour qu’ils écoutent le cri des pauvres » et de « toutes ces jeunes vies, qui, de différentes façons, sont condamnées à mort par l’indifférence générée par des politiques exclusives et égoïstes ». En Jésus qui prend la croix, il y a au contraire l’invitation à reconnaître « les nouveaux crucifiés d’aujourd’hui : les sans domicile fixe, les jeunes sans espérance, sans travail et sans perspectives, les immigrés contraints à vivre dans les baraquements aux marges de notre société, après avoir affronté des souffrances inouïes ».

Dans la rencontre avec Marie, elle entrevoit les « trop nombreuses mamans qui ont laissé partir leurs jeunes filles vers l’Europe dans l’espérance d’aider leurs familles en situation de pauvreté extrême, alors qu’elles ont trouvé humiliation, mépris et parfois même la mort ». En Jésus qui tombe pour la première fois, fragilité et faiblesse humaine sont un point de départ pour rappeler les samaritains d’aujourd’hui qui s’inclinent « avec amour et compassion sur les si nombreuses blessures physiques et morales de ceux qui, chaque nuit, vivent la peur de l’obscurité, de la solitude et de l’indifférence ».

La dernière station, qui conduit au sépulcre de Jésus, fait penser aux « nouveaux cimetières d’aujourd’hui » : le désert et les mers, où aujourd’hui « des hommes et des femmes, des enfants, que nous n’avons pas pu ou pas voulu sauver » trouvent leur demeure éternelle. « Alors que les gouvernements discutent, enfermés dans les palais du pouvoir, le Sahara se remplit des squelettes de personnes qui n’ont pas résisté à la fatigue, à la faim, à la soif », et la mer s’est transformée en une « tombe d’eau ».

La croix était successivement portée, station après station, par des personnes représentant différents états de vie : un prêtre syrien, un couple polonais, une famille italienne, des bénévoles de l’Unitalsi, une journaliste, une mère nigériane et sa fille, ou encore des religieuses engagées dans le même combat que sœur Eugenia Bonetti contre la traite humaine. Pour la première et dernière station, comme c’est la tradition, c’est le cardinal-vicaire de Rome Angelo de Donatis qui a porté la croix.
L’exhortation du Pape directement adressée à Dieu

En prenant la parole au terme de ces 14 stations, le Pape François a lancé une nouvelle fois un appel directement adressé au Seigneur : « Seigneur Jésus, aide-nous à voir dans Ta Croix toutes les croix du monde », a-t-il lancé, évoquant différentes situations vécues à travers le monde : « la croix des personnes âgées qui se courbent sous le poids des années et de la solitude ; la croix des migrants qui trouvent les portes fermées à cause de la peur et des cœurs blindés par les calculs politiques ; la croix des petits, blessés dans leur innocence et dans leur pureté » ou encore « la croix de Ton Église qui, fidèle à Ton Évangile, a du mal à apporter Ton amour même parmi les baptisés eux-mêmes ».

« Seigneur Jésus, ravive en nous l’espérance de la résurrection et de Ta victoire définitive contre tout mal et toute mort », a conclu le Saint-Père au terme de cette prière de ce Vendredi Saint.

Traduction intégrale de la prière lue par le Pape François :

« Seigneur Jésus, aide-nous à voir dans Ta Croix toutes les croix du monde :
la croix des personnes affamées de pain et d’amour ;
la croix des personnes seules et abandonnés, même par leurs propres enfants et parents ;
la croix des personnes assoiffées de justice et de paix ;
la croix des personnes qui n’ont pas le réconfort de la foi ;
la croix des personnes âgées qui se courbent sous le poids des années et de la solitude ;
la croix des migrants qui trouvent les portes fermées à cause de la peur et des cœurs blindés par les calculs politiques ;
la croix des petits, blessés dans leur innocence et dans leur pureté ;
la croix de l’humanité qui erre dans l’obscurité de l’incertitude et de la culture du momentané,
la croix des familles divisée par la trahison, par les séductions du malin ou par la légèreté homicide et par l’égoïsme ;
la croix des consacrés qui cherchent infatigablement à porter Ta lumière dans le monde et qui se sentent rejetés, tournés en dérision et humiliés ;
la croix des consacrés qui, chemin faisant, ont oublié leur premier amour ;
la croix de tes enfants qui, en croyant en Toi et cherchant à vivre selon Ta parole, se trouvent marginalisés et écartés même par leurs proches et par leurs contemporains ;
la croix de nos faiblesses, de nos hypocrisies, de nos trahisons, de nos péchés et nos nombreuses promesses non-tenues ;
la croix de Ton Église qui, fidèle à Ton Évangile, a du mal à apporter Ton amour même parmi les baptisés eux-mêmes ;
la croix de l’Église, Ton épouse, qui se sent assaillie continuellement de l’intérieur et de l’extérieur ;
la croix de notre maison commune qui dépérit sérieusement sous nos yeux égoïstes et asséchés par l’avidité et par le pouvoir.
Seigneur Jésus, ravive en nous l’espérance de la résurrection et de Ta victoire définitive contre tout mal et toute mort. Amen ! »

Jeudi 18 avril 2019

Le Pape François a célébré dans l’après-midi la messe « In Coena Domini », c’est-à-dire la commémoration du dernier repas du Christ, en la prison de Velletri, une ville située à une quarantaine de kilomètres du Vatican, au sud de Rome.

Devant quelques dizaines de détenus, quelques membres de leurs familles et du personnel de la prison, le Pape François a présidé une liturgie très simple et dépouillée. Et dans son homélie, l’évêque de Rome a développé une brève méditation improvisée sur le sens du lavement des pieds, qu’il a accompli à l’imitation de Jésus.

« Jésus fait ce geste de laver les pieds, un geste que faisaient les esclaves » au temps de la Palestine antique, a expliqué le Pape François. En ce temps-là en effet, les gens les plus fortunés se faisaient laver les pieds par leurs serviteurs quand ils revenaient dans leurs maisons, après avoir marché sur les chemins. « Jésus qui avait tout le pouvoir, qui était le Seigneur, fait ce geste d’esclave », a insisté le Pape, invitant les détenus eux-mêmes à faire ce geste entre eux, pour vaincre toute idée de domination, et entrer dans une logique de fraternité et de service

« Je ferai ce geste pour imiter le geste de Jésus », a expliqué François, car « l’évêque doit être un serviteur, et chacun de nous doit être serviteur. C’est ça la règle de Jésus, servir, et non dominer ou humilier les autres ».

Les Évangiles racontent que « quand les apôtres discutaient pour savoir qui était le plus important d’entre eux, Jésus leur a montré un enfant en leur disant que, s’ils n’avaient pas un cœur d’enfant, ils ne pouvaient pas être ses disciples ». Jésus renverse donc toutes les perspectives de pouvoir. « Les chefs des nations dominent, mais l’homme ne doit pas être comme cela. Le plus grand doit servir le plus petit. Et dans notre cœur il doit toujours y avoir cet amour, ce service de l’autre, un geste qui nous aide à être frères les uns des autres », a conclu François.

Le Pape a ensuite lavé les pieds de 12 détenus : neuf Italiens, un Brésilien, un Ivoirien et un Marocain.

C’est la cinquième fois depuis le début de son pontificat que le Pape choisit de célébrer cette liturgie dans un lieu de détention, après une prison pour mineurs à Rome en 2013, la prison de Rebbibia en 2015, celle de Paliano en 2017, et enfin le centre pénitentiaire “Regina Coeli”, au centre de Rome, en 2018.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 avril 2019

Lors de l’audience générale de ce Mercredi Saint, le Pape est revenu sur la notion paradoxale de la Gloire de Dieu, dans ce contexte pascal dans lequel le Fils de Dieu est passé par l’épreuve de l’humiliation de la mort sur la Croix. A l’issue de l’audience, le Saint-Père s’est à nouveau adressé au peuple français pour l’assurer de son amitié et de sa proximité après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame.

« La Gloire dans la Bible indique la révélation de Dieu, c’est le signe distinctif de sa présence salvatrice parmi les hommes », a expliqué le Pape François, en montrant que c’est sur la Croix que « Dieu révèle finalement sa gloire : il retire le dernier voile et nous étonne comme jamais auparavant. Nous découvrons en effet que la gloire de Dieu est tout amour : un amour pur, fou et impensable, au-delà de toute limite et mesure ».

La gloire de Dieu est paradoxale, car elle ne récolte aucun applaudissement, aucun succès médiatique. « Au centre, il n’y a pas moi, mais l’autre : à Pâques, nous voyons en effet que le Père glorifie le Fils alors que le Fils glorifie le Père. Personne ne se glorifie lui-même. » Même dans la peur et l’angoisse du jardin de Gethsémani, face à la trahison de Judas et à la passivité des autres disciples, Jésus s’adresse au Père avec confiance.
Chacun doit traverser ses propres Gethsémani en s’adressant au Père

Cette démarche doit nous inspirer. « Quand, dans l’épreuve, nous restons fermés en nous-mêmes, nous nous creusons un tunnel intérieur, un parcours douloureux introverti qui a une seule direction : toujours plus au fond en nous-mêmes », a averti le Pape. Il faut au contraire s’ouvrir dans la prière, qui est une relation, un décentrement de soi. « Chacun de nous a ses propres Gethsémani, ou les a eu, ou les aura ; quand nous entrerons dans notre Gethsémani », n’oublions pas de nous adresser au Père, a souligné François.

Enfin, Jésus pense à nous quand il dit, sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le point culminant de la douleur est donc ici un point culminant de l’amour : c’est dans ce moment extrême qu’arrive « le pardon, c’est-à-dire le don à la dernière puissance, qui brise le cercle du mal », a souligné François.

À l’imitation de Jésus, en ce temps pascal, nous devons donc « vivre nos journées pour la gloire de Dieu, c’est-à-dire vivre avec amour, savoir nous confier au Père et trouver, dans la rencontre avec le Père, le pardon et le courage de pardonner », a conclu le Pape François.

Le Pape François a pris la parole au terme de l’audience générale pour exprimer sa proximité avec le peuple français, affecté par l’incendie de la cathédrale parisienne.

Le Saint-Père a profité de l’audience générale « pour exprimer à la communauté diocésaine de Paris, à tous les Parisiens et à tout le peuple français » son amitié et sa proximité après l’incendie dans la cathédrale de Notre-Dame. « Chers frères et sœurs, je suis resté très peiné et je me sens très proche de vous tous. La gratitude de toute l’Église va à tous ceux qui se sont impliqués, y compris en prenant des risques personnels, pour sauver la basilique. Que la Vierge Marie les bénisse et soutienne le travail de reconstruction : qu’il puisse être une œuvre chorale, à la louange et à la gloire de Dieu », a déclaré le Saint-Père lors de son salut aux fidèles francophones.

Hier, le Pape a adressé un message de soutien à l’archevêque de Paris, et il s’est entretenu au téléphone avec le président de la République française Emmanuel Macron. « Au cours de cet échange, le Saint-Père a exprimé sa solidarité avec la population française au lendemain de l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris », a fait savoir dans un tweet le directeur par intérim de la Salle de Presse du Saint-Siège, Alessandro Gisotti.

(Avec V. N.)

Mardi 16 Avril 2019

Dans un message rendu public ce mardi, le Pape François exprime sa tristesse et sa solidarité envers l’archevêque de Paris et les fidèles de son diocèse.

Voici le texte intégral du message adressé par le Pape François à Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris  :

« Suite à l’incendie qui a ravagé une grande partie de la cathédrale Notre Dame, je m’associe à votre tristesse, ainsi qu’à celle des fidèles de votre diocèse, des habitants de Paris et de tous les Français. En ces Jours Saints où nous faisons mémoire de la passion de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, je vous assure de ma proximité spirituelle et de ma prière.

Cette catastrophe a gravement endommagé un édifice historique. Mais j’ai conscience qu’elle a aussi affecté un symbole national cher au cœur des Parisiens et des Français dans la diversité de leurs convictions. Car Notre Dame est le joyau architectural d’une mémoire collective, le lieu de rassemblement pour nombre de grands évènements, le témoin de la foi et de la prière des catholiques au sein de la cité.

En saluant le courage et le travail des pompiers qui sont intervenus pour circonscrire l’incendie, je forme le vœu que la cathédrale Notre Dame puisse redevenir, grâce aux travaux de reconstruction et à la mobilisation de tous, ce bel écrin au cœur de la cité, signe de la foi de ceux qui l’ont édifié, église-mère de votre diocèse, patrimoine architectural et spirituel de Paris, de la France et de l’humanité.

Avec cette espérance, je vous accorde de grand cœur la bénédiction apostolique, ainsi qu’aux Évêques de France et aux fidèles de votre diocèse, et j’appelle la bénédiction de Dieu sur les habitants de Paris et sur tous les Français.

Franciscus Pp. »

Dimanche 14 avril 2019

Après avoir célébré la Messe de ce dimanche des Rameaux devant une foule nombreuse rassemblée sur la Place Saint-Pierre, le Pape François s’est adressé aux jeunes en cette XXXIVème Journée mondiale de la Jeunesse, vécue à l’échelle diocésaine. Retrouvez aussi l’homélie prononcée par le Saint-Père lors de la Messe des Rameaux.

Dans une courte allocution prononcée au terme de la messe célébrée sur la Place Saint-Pierre, le Pape a invité les jeunes à s’approprier et à vivre dans leur vie quotidienne « les indications de la récente Exhortation apostolique “Christus vivit”, fruit du Synode qui a aussi impliqué beaucoup de vos contemporains. Dans ce texte, chacun de vous peut trouver des idées fructueuses pour sa propre vie et son propre cheminement de croissance dans la foi et dans le service à ses frères et sœurs. »

Il a également offert aux jeunes présents sur la Place Saint-Pierre « une couronne spéciale du Rosaire. Ces couronnes en bois d’olivier ont été fabriquées en Terre Sainte spécialement pour la Rencontre Mondiale des Jeunes au Panama en janvier dernier et pour la Journée d’aujourd’hui. Je renouvelle donc aux jeunes et à tous mon appel à prier le Rosaire pour la paix, en particulier pour la paix en Terre Sainte et au Moyen-Orient », a conclu le Saint-Père.

Homélie du Saint-Père lors de la Messe des Rameaux

"Les acclamations de l’entrée à Jérusalem et l’humiliation de Jésus. Les cris festifs et l’acharnement féroce. Ce double mystère accompagne chaque année l’entrée dans la Semaine Sainte, dans les deux moments caractéristiques de cette célébration : la procession avec des rameaux de palmier et d’olivier au début et puis la lecture solennelle du récit de la Passion.

Laissons-nous impliquer dans cette action animée par l’Esprit Saint, pour obtenir ce que nous avons demandé dans la prière : accompagner avec foi notre Sauveur sur son chemin et garder toujours présent à l’esprit le grand enseignement de sa passion comme modèle de vie et de victoire contre l’esprit du mal.

Jésus nous montre comment affronter les moments difficiles et les tentations les plus insidieuses, en gardant dans le cœur une paix qui n’est pas une prise de distance, ni une insensibilité ou une attitude de surhomme, mais abandon confiant au Père et à sa volonté de salut, de vie, de miséricorde ; et dans toute sa mission, il est passé à travers la tentation de ‘‘faire son œuvre’’, en choisissant lui sa façon de faire et en se détachant de l’obéissance au Père. Dès le début, dans la lutte des quarante jours au désert, jusqu’à la fin, dans la Passion, Jésus repousse cette tentation par l’obéissance confiante au Père.

Aujourd’hui aussi, lors de son entrée à Jérusalem, il nous montre le chemin. Car dans cet événement, le malin, le Prince de ce monde avait une carte à jouer : la carte du triomphalisme, et le Seigneur a répondu en restant fidèle à son chemin, le chemin de l’humilité.

Le triomphalisme cherche à atteindre le but par des raccourcis, de faux compromis. Il vise à monter sur le char des vainqueurs. Le triomphalisme vit de gestes et de paroles qui cependant ne sont pas passés par le creuset de la croix ; il s’alimente de la confrontation avec les autres en les jugeant toujours pires, limités, ratés… Une forme subtile de triomphalisme est la mondanité spirituelle, qui est le pire danger, la tentation la plus perfide qui menace l’Église (De Lubac). Jésus a détruit le triomphalisme par sa passion.

Le Seigneur a vraiment partagé et s’est réjoui avec le peuple, avec les jeunes qui criaient son nom en l’acclamant comme Roi et Messie. Son cœur se réjouissait en voyant l’enthousiasme et la fête des pauvres d’Israël. Au point qu’à ces pharisiens qui lui demandaient de réprimander ses disciples à cause de leurs acclamations scandaleuses, il a répondu : « Si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40). L’humilité ne veut pas dire nier la réalité et Jésus est réellement le Messie, le Roi.

Mais en même temps, le cœur du Christ est sur une autre voie, sur la voie sainte que seuls lui et le Père connaissent : celle qui conduit de la « condition de Dieu » à la « condition de serviteur », la voie de l’humiliation dans l’obéissance « jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8). Il sait que pour atteindre le vrai triomphe, il doit faire de la place à Dieu ; et pour faire de la place à Dieu, il n’y a qu’une seule manière : se dépouiller et se vider de soi-même. Se taire, prier, s’humilier. Avec la croix, on ne négocie pas, ou on l’embrasse ou bien on la rejette. Et par son humiliation, Jésus a voulu nous ouvrir la voie de la foi et nous y précéder.

Derrière lui, la première à la parcourir a été sa Mère, Marie, la première disciple. La Vierge et les saints ont dû souffrir pour marcher dans la foi et dans la volonté de Dieu. Face aux événements durs et douloureux de la vie, répondre avec foi coûte « une certaine peine du cœur » (cf. S. Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Mater, n. 17). C’est la nuit de la foi. Mais ce n’est que de cette nuit que pointe l’aube de la résurrection. Aux pieds de la croix, Marie a repensé aux paroles par lesquelles l’Ange lui avait annoncé son Fils : « Il sera grand […] ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 32-33). Au Golgotha, Marie se trouve face au démenti total de cette promesse : son Fils agonise sur une croix comme un malfaiteur. Ainsi le triomphalisme, détruit par l’humiliation de Jésus, a été également détruit dans le cœur de la Mère ; tous deux ont su se taire.

Précédés par Marie, d’innombrables saints et saintes ont suivi Jésus sur le chemin de l’humilité et de l’obéissance. Aujourd’hui, Journée Mondiale de la Jeunesse, je voudrais évoquer les nombreux saints et saintes jeunes, surtout de ‘‘la porte d’à côté’’, que Dieu seul connaît, et que parfois il se plaît à nous révéler par surprise. Chers jeunes, n’ayez pas honte de manifester votre enthousiasme pour Jésus, de crier qu’il vit, qu’il est votre vie. Mais en même temps, n’ayez pas peur de le suivre sur le chemin de la croix. Et quand vous sentirez qu’il vous demande de renoncer à vous-mêmes, de vous dépouiller de vos sécurités, de vous confier complètement au Père qui est dans les cieux, alors réjouissez-vous et exultez ! Vous êtes sur le chemin du Royaume de Dieu.

Des acclamations festives et un acharnement féroce ; le silence de Jésus dans sa passion est impressionnant. Il vainc aussi la tentation de répondre, d’être ‘‘médiatique’’. Dans les moments d’obscurité et de grande tribulation, il faut se taire, avoir le courage de se taire, pourvu que ce soit un silence serein et non rancunier. La douceur du silence nous fera apparaître encore plus fragiles, plus humiliés, et alors le démon, en reprenant courage, sortira à visage découvert. Il faudra lui résister dans le silence, ‘‘en maintenant la position’’, mais dans la même attitude que Jésus. Lui sait que la guerre est entre Dieu et le Prince de ce monde et qu’il ne s’agit pas de saisir une épée, mais de rester calmes, fermes dans la foi. C’est l’heure de Dieu. Et à l’heure où Dieu descend dans la bataille, il faut le laisser faire. Notre place sûre sera sous le manteau de la sainte Mère de Dieu. Et tandis que nous attendons que le Seigneur vienne et calme la tempête (cf. Mc 4, 37-41), par notre témoignage silencieux en prière, nous rendons à nous-mêmes et aux autres « raison de l’espérance qui est en [nous] » (1P 3, 15). Cela nous aidera à vivre dans la sainte tension entre la mémoire des promesses, la réalité de la détermination présente sur la croix et l’espérance de la résurrection."

(Avec V. N.)

Mercredi 10 avril 2019

une cohorte de parapluies attendait le Pape place Saint-Pierre. En effet, en dépit du mauvais temps, de nombreux fidèles ont pris part à l’audience générale ce mercredi matin. Parmi eux, des jeunes Français venant de Rouen ou du Havre en Normandie. Ils ont écouté la catéchèse du Pape qui portait sur la prière du Notre Père, lorsque nous demandons au Seigneur de pardonner nos offenses.

De même que nous avons besoin de pain, nous avons besoin de pardon pour les « mauvaises choses accomplies », « chaque jour » affirme le Pape. Pour lui, toute prière suppose d’ailleurs la conscience de cette vérité première que nous sommes des fils et que nous devons tout à notre Père, une attitude contraire au sentiment d’orgueil de celui qui critique les autres, se sent parfait, croit être meilleur que les autres, en règle avec Dieu. « Comme le pharisien de la parabole qui dans le temple pense prier mais qui en réalité se loue lui-même devant Dieu ».

Or, « aucun d’entre nous n’est parfait ». Il existe des péchés « éclatants et bruyants » et d’autres « sournois qui se nichent dans le cœur sans que l’on s’en rende compte ». Mais toujours, le péché divise la fraternité, avertit le Pape François.

Le Pape réaffirme ce matin que devant Dieu, tous les hommes sont pécheurs, et tous sont également redevables envers Lui.

« D’abord parce que nous avons beaucoup reçu de Lui : l’existence, un père, une mère, l’amitié, les merveilles de la création ». Même s’il arrive à tous de passer une journée difficile, il faut se rappeler que la vie est une grâce, un miracle de Dieu.

« Nous ne sommes pas, dit-il, capables d’aimer par nos seules forces ». C’est ce que les théologiens antiques appelaient un « mysterium lunae », parlant de la lune privée d’une lumière qui lui est propre, mais qui reflète celle du soleil. « Si nous aimons, c’est parce que quelqu’un, à côté de nous, nous a souri enfant, en nous enseignant à sourire à notre tour ; c’est parce que quelqu’un nous a éveillés à l’amour, nous faisant comprendre que cela est le plus important de l’existence ».

Le Pape invite les fidèles à essayer d’écouter l’histoire d’une personne qui s’est fourvoyée : un prisonnier, un condamné, un drogué, etc. S’il est seul responsable de ses actes, rappelle François, il faut se demander qui doit être accusé, s’il s’agit de sa seule conscience ou d’une histoire de haine, d’abandon que cette personne porte comme un boulet. « Si quelqu’un n’a pas été illuminé de la lumière du soleil, il devient gelé comme un terrain d’hiver », et s’il on aime c’est que nous avons été aimé. De la même façon, nous pardonnons, parce que nous avons été pardonnés.

Comment ne pas reconnaître dès lors, dans la chaîne d’amour qui nous a précédés, la présence providentielle de l’amour de Dieu ? s’interroge François. « Personne de nous aime Dieu autant qu’Il nous aime. Il suffit de se mettre devant un crucifix pour saisir la disproportion : Il nous aimés et nous aimera toujours le premier » a conclu le Pape.

(Avec V. N.)

Dimanche 7 avril 2019

Lors de la prière de l’Angélus, prononcée devant une foule nombreuse rassemblée sur la Place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur l’Évangile du jour, tiré du huitième chapitre de Saint-Jean, dans lequel Jésus critique l’attitude des scribes et des pharisiens qui veulent lapider cette femme, car ils se sentent les gardiens de la Loi. Le Christ, lui, renverse cette logique en incarnant le pardon inconditionnel de Dieu.

« Jésus veut la sauver, parce qu’il incarne la miséricorde de Dieu, qui rachète par le pardon et renouvelle par la réconciliation. » Son attitude est audacieuse et à contre-courant des mœurs de l’époque. Les scribes et les pharisiens avaient tendu un piège à Jésus en lui demandant quelle était l’attitude à adopter : « le "non" à la lapidation aurait été une raison d’accuser Jésus de désobéissance à la Loi ; le "oui", au contraire, de le dénoncer à l’autorité romaine, qui s’était réservée les peines et n’admettait pas le lynchage populaire », a expliqué François en resituant cette scène dans le contexte de la Palestine antique..

« Les interlocuteurs de Jésus sont enfermés dans les goulets d’étranglement du légalisme et veulent enfermer le Fils de Dieu dans leur perspective de jugement et de condamnation ». Mais en répondant : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! », Jésus fait appel à la conscience de ces hommes : « il les appelle à prendre conscience de leur condition humaine de pécheurs, par laquelle ils ne peuvent s’arroger le droit de vie ou de mort sur un autre être humain » . Tous les acteurs de la scène renoncent à la lapider. « Cette scène invite aussi chacun de nous à prendre conscience que nous sommes pécheurs, et à laisser tomber de nos mains les pierres de dénigrement et de condamnation que nous voulons parfois lancer contre les autres », par exemple quand nous diffamons les autres.

Et le Pape a souligné que « Jésus laisse partir la femme avec ces paroles merveilleuses : " Va, mais désormais, ne pèche plus". Il ouvre devant elle un nouveau chemin, créé par la miséricorde. Un chemin qui exige qu’elle renonce au péché. C’est une invitation qui s’applique à chacun d’entre nous. En ce temps de Carême, nous sommes appelés à nous reconnaître comme pécheurs et à demander pardon à Dieu », a expliqué le Saint-Père.

Le Pape a conclu en saluant les nombreux fidèles présents, notamment dans le cadre de pèlerinages scolaires. Il a notamment mentionné des élèves d’établissement lasalliens, en ce jour du 3e centenaire de la mort de saint Jean-Baptiste de La Salle.

(Avec V. N.)

Mardi 2 Avril 2019

Six mois après le Synode sur “Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel”, un de ses fruits majeurs a été rendu public ce mardi 2 avril : l’Exhortation apostolique post-synodale Christus vivit (« Il vit, le Christ »).

« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc : Il vit et il te veut vivant ! ». Ainsi commence l’Exhortation Apostolique post-synodale "Christus vivit" du Pape François, signée lundi 25 mars dans la Sainte Maison de Lorette et adressée « aux jeunes et à tout le peuple de Dieu ».

Dans le document, composé de neuf chapitres divisés en 299 paragraphes, le Pape explique s’être laissé « inspirer par la richesse des réflexions et des échanges du Synode » des jeunes, célébré au Vatican en octobre 2018.

Premier chapitre : « Que dit la Parole de Dieu sur les jeunes ? »

Le Pape François rappelle qu’« à une époque où les jeunes comptaient peu, certains textes montrent que Dieu a sur eux un autre regard » (6) et il présente brièvement des figures de jeunes de l’Ancien Testament : Joseph, Gédéon (7), Samuel (8), le roi David (9), Salomon et Jérémie (10), la fillette au service de la femme de Naaman et la jeune Ruth (11). Puis il passe au Nouveau Testament. Le Pape rappelle que « Jésus, l’éternel jeune, veut nous faire don d’un cœur toujours jeune » (13) et il ajoute : « Remarquons que Jésus n’appréciait pas que les personnes adultes regardent avec mépris les plus jeunes ou les maintiennent à leur service de manière despotique. Au contraire, il demandait : “Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert” (Lc 22, 26). Pour lui, l’âge n’établissait pas de privilèges, et le fait que quelqu’un soit moins âgé ne signifiait pas qu’il valait moins ». François affirme : « Il ne faut pas regretter de passer sa jeunesse en étant bon, en ouvrant son cœur au Seigneur, en vivant d’une autre manière » (17).

Deuxième chapitre : « Jésus-Christ toujours jeune »

Le Pape évoque le thème des jeunes années de Jésus et il rappelle le récit évangélique qui décrit le Nazaréen « en pleine adolescence, lorsqu’il retourne avec ses parents à Nazareth, après qu’ils l’aient perdu et retrouvé au Temple » (26). Nous ne devons pas penser, écrit François, que « Jésus était un adolescent solitaire ou un jeune enfermé sur lui-même. Sa relation avec les gens était celle d’un jeune qui partageait toute la vie d’une famille bien intégrée dans le peuple », « personne ne le considérait comme un jeune étrange ou séparé des autres » (28). Le Pape fait remarquer que Jésus adolescent, « grâce à la confiance de ses parents, […] se déplace librement et apprend à marcher avec tous les autres » (29). Ces aspects de la vie de Jésus ne devraient pas être ignorés dans la pastorale des jeunes, « pour qu’on ne crée pas des projets qui isolent les jeunes de la famille et du monde, ou qui les transforment en une minorité sélectionnée et préservée de toute contagion ». On a plutôt besoin « de projets qui les fortifient, les accompagnent et les lancent vers la rencontre avec les autres, vers le service généreux, vers la mission » (30).

Jésus « ne vous éclaire pas de loin ou du dehors, mais dans votre jeunesse même qu’il partage avec vous », et l’on peut reconnaître en Lui beaucoup de traits typiques des cœurs jeunes (31). Près de Lui « nous pouvons boire à la vraie source qui garde vivants nos rêves, nos projets, nos grands idéaux, et qui nous lance dans l’annonce de la vie qui vaut la peine » (32). « Le Seigneur nous appelle à allumer des étoiles dans la nuit d’autres jeunes » (33).

François parle ensuite de la jeunesse de l’Église, et il écrit : « Demandons au Seigneur de délivrer l’Eglise des personnes qui veulent la faire vieillir, la scléroser dans le passé, la figer, l’immobiliser. Demandons-lui également de la délivrer d’une autre tentation : croire qu’elle est jeune parce qu’elle cède à tout ce que le monde lui offre ; croire qu’elle se renouvelle parce qu’elle cache son message et qu’elle imite les autres. Non ! Elle est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour » (35). Il est vrai que nous, « membres de l’Eglise », « nous ne devons pas être des personnes étranges », mais « nous devons oser être différents, afficher d’autres rêves que ce monde n’offre pas, témoigner de la beauté de la générosité, du service, de la pureté, du courage, du pardon, de la fidélité à sa vocation, de la prière, de la lutte pour la justice et le bien commun, de l’amour des pauvres, de l’amitié sociale » (36). L’Église peut être tentée de perdre l’enthousiasme et de « chercher de fausses sécurités mondaines. Ce sont précisément les jeunes qui peuvent l’aider à rester jeune » (37).

Le Pape revient ensuite sur l’un de ses enseignements les plus chers, et en expliquant qu’il faut présenter la figure de Jésus « de façon attrayante et efficace » il dit : « C’est pourquoi il est nécessaire que l’Église ne soit pas trop attentive à elle-même mais qu’elle reflète surtout Jésus-Christ. Cela implique qu’elle reconnaisse avec humilité que certaines choses concrètes doivent changer » (39).

Dans l’Exhortation, on reconnaît que certains jeunes ressentent la présence de l’Église « comme désagréable, sinon irritante ». Une attitude qui s’enracine « dans des raisons sérieuses et respectables : les scandales sexuels et économiques, l’inadaptation des ministres ordonnés qui ne savent pas saisir de façon appropriée la sensibilité des jeunes, […] le rôle passif assigné aux jeunes à l’intérieur de la communauté chrétienne, les difficultés de l’Église à rendre raison de ses positions doctrinales et éthiques face à la société contemporaine » (40).

Il y a des jeunes qui « réclament une Église qui écoute davantage, qui ne soit pas toujours à condamner le monde. Ils ne veulent pas voir une Église silencieuse et timide, ni toujours en guerre sur deux ou trois thèmes qui l’obsèdent. Pour être crédible face aux jeunes, elle a parfois besoin de retrouver l’humilité et d’écouter simplement, de reconnaître dans ce que disent les autres la présence d’une lumière qui l’aide à mieux découvrir l’Evangile » (41). Par exemple, une Église trop craintive peut être continuellement critique « face aux discours sur la défense des droits des femmes, et signaler constamment les risques et les erreurs possibles de ces revendications », alors qu’une Église « vivante peut réagir en prêtant attention aux revendications légitimes des femmes », « bien qu’elle ne soit pas d’accord avec tout ce que proposent certains groupes féministes » (42).

François présente ensuite « Marie, la jeune femme de Nazareth », et son “oui” comme celui « de celle qui veut s’engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’elle était porteuse d’une promesse. Et je demande à chacun de vous : vous sentez-vous porteurs d’une promesse ? » (44). Pour Marie « les difficultés n’étaient pas une raison pour dire “non” » et en se mettant ainsi en jeu elle est devenue « l’influencer de Dieu ». Le cœur de l’Église est également rempli de jeunes saints. Le Pape mentionne saint Sébastien, saint François d’Assise, sainte Jeanne d’Arc, le bienheureux martyr Andrew Phû Yên, sainte Kateri Tekakwitha, saint Dominique Savio, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, le bienheureux Ceferino Namuncurá, le bienheureux Isidore Bakanja, le bienheureux Pier Giorgio Frassati, le bienheureux Marcel Callo, la jeune bienheureuse Chiara Badano.

Troisième chapitre : « Vous êtes l’aujourd’hui de Dieu »

Nous ne pouvons pas nous contenter de dire, affirme François, que « les jeunes sont l’avenir du monde. Ils sont le présent, ils l’enrichissent par leur contribution » (64). C’est la raison pour laquelle il faut les écouter même si « la tendance prévaut d’apporter des réponses toutes faites et de proposer des recettes toutes prêtes, sans laisser émerger les questions des jeunes dans leur nouveauté, ni saisir ce qu’elles ont de provocant » (65). « Aujourd’hui, nous les adultes, nous courons le risque de dresser une liste de calamités, de défauts de la jeunesse actuelle… Mais quel serait le résultat de cette attitude ? Toujours plus de distance » (66). Quiconque est appelé à être père, pasteur et guide des jeunes devrait avoir la capacité « de trouver des chemins là où d’autres ne voient que des murailles, c’est l’habileté à reconnaître des possibilités là où d’autres ne voient que des dangers. Le regard de Dieu le Père est ainsi, capable de valoriser et d’alimenter les semences de bien semées dans les cœurs des jeunes. Le cœur de chaque jeune doit donc être considéré comme une “terre sacrée” » (67). François invite en outre à ne pas faire de généralisations, parce qu’il « existe une pluralité de mondes jeunes » (68).

En parlant de ce qui arrive aux jeunes, le Pape se souvient des jeunes qui vivent dans un contexte de guerre, de ceux qui sont exploités et victimes d’enlèvements, du crime organisé, de la traite des êtres humains, de l’esclavage et de l’exploitation sexuelle, de viols. Et aussi ceux qui vivent en perpétrant des crimes et des violences (72). « De nombreux jeunes sont endoctrinés, instrumentalisés et utilisés comme chair à canon ou comme une force de choc pour détruire, intimider ou ridiculiser les autres. Et le pire, c’est que beaucoup deviennent individualistes, ennemis et méfiants envers tout le monde, si bien qu’ils deviennent la proie facile d’offres déshumanisantes et de plans destructeurs qu’élaborent des groupes politiques ou des pouvoirs économiques » (73). Plus nombreux encore sont ceux qui subissent des formes de marginalisation et d’exclusion sociale pour des raisons religieuses, ethniques ou économiques. François cite les adolescents et les jeunes qui « se trouvent enceintes, la plaie de l’avortement, de même que la diffusion du VIH, les diverses formes de dépendance (drogues, jeux de hasard, pornographie, etc.) et la situation des enfants et des jeunes de la rue » (74), des situations rendues doublement douloureuses et difficiles pour les femmes. « Ne soyons pas une Eglise insensible à ces drames de ses enfants jeunes. Ne nous y habituons jamais […]. Le pire que nous puissions faire, c’est d’appliquer la recette de l’esprit du monde qui consiste à anesthésier les jeunes avec d’autres nouvelles, d’autres distractions, d’autres banalités » (75). Le Pape invite les jeunes à apprendre à pleurer pour leurs contemporains qui sont dans une situation pire que la leur (76).

Il est vrai, explique François, que « les puissants offrent certaines aides, mais souvent à un coût élevé. Dans de nombreux pays pauvres, les aides économiques de pays plus riches ou d’organismes internationaux peuvent être liées à l’acceptation de propositions occidentales ayant rapport à la sexualité, au mariage, à la vie ou à la justice sociale. Cette colonisation idéologique nuit surtout aux jeunes » (78). Le Pape met aussi en garde contre la culture actuelle qui présente le modèle juvénile de beauté et utilise les corps jeunes dans la publicité : « cela n’est pas élogieux pour les jeunes. Cela signifie seulement que les adultes veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes » (79).

Mentionnant les « désirs, blessures et recherches », François parle de la sexualité : « dans un monde qui souligne à l’excès la sexualité, il est difficile de garder une bonne relation avec son corps et de vivre sereinement les relations affectives ». Pour cette raison aussi la morale sexuelle est souvent cause « d’incompréhension et d’éloignement par rapport à l’Eglise », perçue « comme un espace de jugement et de condamnation », bien que les jeunes veuillent dialoguer sur ces thèmes (81). Le Pape, face aux développements de la science, des technologies biomédicales et des neurosciences, rappelle qu’ils « peuvent nous conduire à oublier que la vie est un don et que nous sommes des êtres créés et limités, que nous pouvons être facilement instrumentalisés par ceux qui ont le pouvoir technologique » (82).

L’Exhortation aborde ensuite le thème du « monde numérique », qui a créé « une nouvelle manière de communiquer » et qui « peut faciliter la circulation d’une information indépendante ». Dans de nombreux pays, le web et les réseaux sociaux sont « désormais un lieu incontournable pour atteindre les jeunes et les faire participer » (87). Mais c’est « aussi un espace de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence, jusqu’au cas extrême du dark web. Les médias numériques peuvent exposer au risque de dépendance, d’isolement et de perte progressive de contact avec la réalité concrète, entravant ainsi le développement d’authentiques relations interpersonnelles. De nouvelles formes de violence se diffusent à travers les social media, comme le cyber bizutage ; le web est aussi un canal de diffusion de la pornographie et d’exploitation des personnes à des fins sexuelles ou par le biais des jeux de hasard » (88). On ne doit pas oublier que dans le monde numérique opèrent « de gigantesques intérêts économiques », capables de créer « des mécanismes de manipulation des consciences et des processus démocratiques ». Il y a des circuits fermés qui « facilitent la diffusion de fausses informations et de fausses nouvelles, fomentant les préjugés et la haine. […] La réputation des personnes est mise en danger par des procès sommaires online. Le phénomène concerne aussi l’Église et ses pasteurs » (89). Dans un document préparé par 300 jeunes du monde entier avant le Synode, on affirme que « les relations online peuvent devenir inhumaines » et l’immersion dans le monde virtuel a favorisé « une sorte de “migration numérique”, c’est-à-dire un éloignement de la famille ainsi que des valeurs culturelles et religieuses, qui conduit beaucoup de personnes dans un monde de solitude » (90).

Le Pape poursuit en présentant « les migrants comme paradigme de notre temps », et il rappelle que de nombreux jeunes sont impliqués dans les migrations. « La préoccupation de l’Église concerne en particulier ceux qui fuient la guerre, la violence, la persécution politique ou religieuse, les désastres naturels dus aux changements climatiques et à la pauvreté extrême » (91) : ils sont à la recherche d’une opportunité, rêvent d’un futur meilleur. D’autres migrants sont « attirés par la culture occidentale, nourrissant parfois des attentes irréalistes qui les exposent à de lourdes déceptions. Des trafiquants sans scrupules, souvent liés aux cartels de la drogue et des armes, exploitent la faiblesse des migrants […]. Il faut signaler la vulnérabilité particulière des migrants non accompagnés […]. Dans certains pays d’arrivée, les phénomènes migratoires suscitent des alarmes et des peurs, souvent fomentées et exploitées à des fins politiques. Une mentalité xénophobe, de fermeture et de repli sur soi se diffuse alors. Il faut réagir fermement à cela » (92). Les jeunes migrants expérimentent souvent aussi un déracinement culturel et religieux (93). François demande « en particulier aux jeunes de ne pas se laisser enrôler dans les réseaux de ceux qui veulent les opposer à d’autres jeunes qui arrivent dans leurs pays, en les présentant comme des êtres dangereux » (94).

Le Pape parle aussi des abus sur mineurs, faisant de l’adoption de mesures rigoureuses de préventions l’engagement du Synode, et il exprime sa gratitude « envers ceux qui ont le courage de dénoncer le mal subi » (99), rappelant que « grâce à Dieu » les prêtres qui sont entachés de ces « horribles crimes ne constituent pas la majorité qui exerce un ministère fidèle et généreux ». Il demande aux jeunes, lorsqu’ils voient un prêtre en danger parce qu’il s’engage sur une mauvaise voie, d’avoir le courage de lui rappeler son engagement envers Dieu et avec son peuple (100).

Les abus ne sont cependant pas l’unique péché de l’Église. « Nos péchés sont à la vue de tous ; ils se reflètent sans pitié dans les rides du visage millénaire de notre Mère », mais l’Église ne recourt à aucune chirurgie esthétique, « elle ne craint pas de montrer les péchés de ses membres ». « Mais souvenons-nous qu’on n’abandonne pas une Mère lorsqu’elle est blessée » (101). Ce moment obscur, avec l’aide des jeunes, « peut véritablement être l’occasion d’une réforme de portée historique, pour déboucher sur une nouvelle Pentecôte » (102).

François rappelle aux jeunes qu’« il y a une issue » dans toutes les situations difficiles et douloureuses. Il rappelle la bonne nouvelle donnée au matin de la Résurrection. Et il explique que même si le monde numérique peut exposer à de nombreux risques, il y a des jeunes qui savent être créatifs et géniaux dans ce domaine. Comme le vénérable Carlo Acutis, qui « a été capable d’utiliser les nouvelles techniques de communication pour transmettre l’Evangile » (105), il n’est pas tombé dans le piège et il disait : « tous les hommes naissent comme des originaux, mais beaucoup meurent comme des photocopies ». « Ne permets pas que cela t’arrive » (106) prévient le Pape. « Ne permets pas qu’ils te volent l’espérance et la joie, qu’ils te rendent toxicodépendant pour t’utiliser comme esclave de leurs intérêts » (107), recherche le grand but de la sainteté. « La jeunesse, ce n’est pas seulement la recherche de plaisirs passagers et de succès superficiels. Pour que la jeunesse atteigne sa finalité dans le parcours de ta vie, elle doit être un temps de don généreux, d’offrande sincère » (108). « Si tu es jeune en âge, mais si tu te sens faible, fatigué ou désabusé, demande à Jésus de te renouveler » (109). Mais en se rappelant toujours qu’« il est très difficile de lutter contre notre propre concupiscence ainsi que contre les embûches et les tentations du démon et du monde égoïste, si nous sommes trop isolés » (110), une vie communautaire est en effet toujours utile.

Quatrième chapitre : « La grande annonce pour tous les jeunes »

À tous les jeunes, le Pape annonce trois grandes vérités. Un « Dieu qui est amour », par conséquent « Dieu t’aime. N’en doute jamais » (112) et « tu peux te jeter avec confiance dans les bras de ton Père divin » (113). François affirme que la mémoire du Père « n’est pas un “disque dur” qui enregistre et archive toutes nos données, sa mémoire est un cœur tendre de compassion, qui se plaît à effacer définitivement toutes nos traces de mal […]. Parce qu’il t’aime. Essaye de rester un moment en silence en te laissant aimer par lui » (115). L’amour du Seigneur « apprend plus à redresser qu’à faire chuter, à réconcilier qu’à interdire, à donner de nouvelles chances qu’à condamner, à regarder l’avenir plus que le passé » (116).

La seconde vérité est que « Le Christ te sauve ». « N’oublie jamais qu’il pardonne soixante-dix fois sept fois. Il revient nous charger sur ses épaules une fois après l’autre » (119). Jésus nous aime et nous sauve parce que « seul celui qu’on aime peut être sauvé. Seul celui qu’on embrasse peut être transformé. L’amour du Seigneur est plus grand que toutes nos contradictions, que toutes nos fragilités et que toutes nos petitesses » (120). Et « son pardon et son salut ne sont pas une chose que nous avons achetée, ou que nous devons acquérir par nos œuvres et par nos efforts. Il nous pardonne et nous libère gratuitement » (121). La troisième vérité est qu’« Il vit ! ». « Il faut le rappeler souvent, parce que nous courons le risque de prendre Jésus-Christ seulement comme un bon exemple du passé, comme un souvenir, comme quelqu’un qui nous a sauvés il y a deux mille ans. Cela ne nous servirait à rien, cela nous laisserait identiques, cela ne nous libèrerait pas » (124). S’Il vit, « c’est une garantie que le bien peut se faire un chemin dans notre vie […]. Nous pouvons cesser de nous plaindre, et regarder en avant parce que, avec lui, on le peut toujours » (127).

Dans ces vérités apparaît le Père et apparaît Jésus. Et là où Ils sont, là est aussi l’Esprit Saint. « Invoque chaque jour l’Esprit Saint […]. Tu ne perds rien et il peut changer ta vie, il peut l’éclairer et lui donner une meilleure direction. Il ne te mutile pas, il ne t’enlève rien, mais il t’aide à trouver ce dont tu as besoin de la meilleure façon » (131).

Cinquième chapitre : « Chemins de jeunesse »

« L’amour de Dieu et notre relation avec le Christ vivant ne nous empêchent pas de rêver, et n’exigent pas de nous que nous rétrécissions nos horizons. Au contraire, cet amour nous pousse en avant, nous stimule, nous élance vers une vie meilleure et plus belle. Le mot “inquiétude” résume les nombreuses quêtes du cœur des jeunes » (138). Lorsqu’il pense à un jeune, le Pape voit celui qui garde toujours un pied devant l’autre, prêt à partir, à bondir, toujours lancé vers l’avant (139). La jeunesse ne peut pas rester un « temps suspendu », parce que « c’est l’âge des choix » dans le domaine professionnel, social, politique, et aussi dans le choix du partenaire et la possibilité d’avoir les premiers enfants (141). L’anxiété « peut être une grande ennemie lorsqu’il nous arrive de baisser les bras parce que nous découvrons que les résultats ne sont pas immédiats. Les rêves les plus beaux se conquièrent avec espérance, patience et effort, en renonçant à l’empressement. En même temps il ne faut pas s’arrêter par manque d’assurance, il ne faut pas avoir peur de parier et de faire des erreurs » (142). François invite les jeunes à ne pas observer la vie depuis un balcon, à ne pas passer leur vie seulement devant un écran, à ne pas se réduire à des véhicules abandonnés et à ne pas regarder le monde en touristes : « Faites du bruit ! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent […]. Vivez ! » (143). Il les invite à « vivre le présent » en profitant avec gratitude de chaque petit don de la vie sans « être insatiable » et « obsédé par le fait d’avoir toujours plus de plaisirs » (146). En effet, vivre le présent ne signifie pas se « lancer dans une frénésie irresponsable qui nous laisserait vides et toujours insatisfaits » (147).

« Tu ne connaîtras pas la véritable plénitude d’être jeune […] si tu ne vis pas dans l’amitié de Jésus » (150). L’amitié avec Lui est indissoluble parce qu’Il ne nous abandonne pas (154) et comme « nous parlons avec l’ami, nous partageons les choses les plus secrètes. Avec Jésus aussi, nous parlons » : en priant, « nous lui « ouvrons le jeu » et nous lui faisons la place « pour qu’il puisse agir et puisse entrer et puisse triompher » (155). « Ne prive pas ta jeunesse de cette amitié », « tu vivras la belle expérience de te savoir toujours accompagné » comme les disciples d’Emmaüs (156) : saint Oscar Romero disait que « le christianisme n’est pas un ensemble de vérités à croire, de lois à suivre, d’interdictions. Il devient repoussant de cette manière. Le christianisme est une Personne qui m’a aimé tellement qu’il demande mon amour. Le christianisme, c’est le Christ ».

Évoquant « la croissance et le mûrissement », le Pape indique ensuite l’importance de rechercher

« un développement spirituel », de « chercher le Seigneur, garder sa Parole », de maintenir « la connexion avec Jésus, être en ligne avec lui, puisque tu ne grandiras pas en bonheur et en sainteté par tes seules forces ni par ton esprit » (158). L’adulte lui aussi doit mûrir sans perdre les valeurs de la jeunesse : « À chaque moment de la vie, nous devrions pouvoir renouveler et renforcer la jeunesse. Quand j’ai commencé mon ministère de Pape, le Seigneur m’a élargi les horizons et m’a offert une nouvelle jeunesse. La même chose peut arriver pour un mariage célébré il y a de nombreuses années, ou pour un moine entré dans son monastère » (160). Grandir signifie « conserver et nourrir les choses les plus précieuses que la jeunesse te laisse, mais, en même temps, c’est être ouvert à purifier ce qui n’est pas bon » (161). « Mais je te rappelle que tu ne seras pas saint ni accompli, en copiant les autres », « tu dois découvrir qui tu es et développer ta manière propre d’être saint » (162). François propose des « sentiers de fraternité » pour vivre sa foi, en rappelant que « l’Esprit Saint veut nous stimuler pour que nous sortions de nous-mêmes, embrassions les autres par amour et recherchions leur bien. Par conséquent, il est toujours mieux de vivre la foi ensemble et d’exprimer notre amour dans une vie communautaire » (164), en surmontant « la tentation de nous enfermer en nous-mêmes, dans nos difficultés, dans la blessure de nos sentiments, dans nos plaintes et dans notre confort » (166). Dieu « aime la joie des jeunes et il les invite spécialement à cette joie qui se vit en communion fraternelle » (167).

Le Pape parle ensuite des « jeunes engagés », affirmant qu’ils peuvent parfois courir « le risque de s’enfermer dans de petits groupes […]. Ils sentent qu’ils vivent l’amour fraternel, mais peut-être leur groupe s’est-il changé en un simple prolongement de soi. Cela devient plus grave si la vocation de laïc se conçoit seulement comme un service à l’intérieur de l’Eglise (lecteurs, acolytes, catéchiste, etc.), oubliant que la vocation laïque consiste avant tout dans la charité en famille, la charité sociale et la charité politique »(168). François propose « aux jeunes d’aller au-delà des groupes d’amis et de construire l’amitié sociale, chercher le bien commun. L’inimitié sociale détruit. Et l’inimitié détruit une famille. L’inimitié détruit un pays. L’inimitié détruit le monde. Et l’inimitié la plus grande, c’est la guerre. Et aujourd’hui, nous voyons que le monde est en train d’être détruit par la guerre, parce qu’ils sont incapables de s’asseoir et de se parler ».

« L’engagement social et le contact direct avec les pauvres demeurent une occasion fondamentale de découverte et d’approfondissement de la foi et de discernement de sa propre vocation » (170). Le Pape cite l’exemple positif des jeunes en paroisse, des groupes et des mouvements qui « sortent souvent pour accompagner les personnes âgées et malades, ou visiter les quartiers pauvres » (171). Tandis que « d’autres jeunes participent à des programmes sociaux pour construire des maisons pour ceux qui n’ont pas de toit, ou pour assainir des lieux pollués, ou pour collecter des aides pour les personnes les plus nécessiteuses. Il serait bon que cette énergie communautaire s’applique non seulement à des actions ponctuelles, mais de manière stable ». Les étudiants « peuvent s’unir de manière interdisciplinaire pour appliquer leur savoir à la résolution de problèmes sociaux, et ils peuvent, dans cette tâche, travailler au coude à coude avec les jeunes d’autres Eglises ou d’autres religions » (172). François encourage les jeunes à assumer cet engagement : « je vois que de nombreux jeunes, en tant de parties du monde, sont sortis sur les routes pour exprimer le désir d’une civilisation plus juste et fraternelle. […] Ce sont des jeunes qui veulent être protagonistes du changement. S’il vous plaît, ne laissez pas les autres être protagonistes du changement ! » (174).

Les jeunes sont appelés à être « des missionnaires courageux », témoignant partout de l’Évangile par leur propre vie, ce qui n’est « pas parler de la vérité mais la vivre » (175). La parole, en revanche, ne doit pas être tue : « Soyez capables d’aller à contre-courant et sachez partager Jésus, communiquez la foi qu’il vous a offerte » (176). Où Jésus nous envoie-t-il ? « Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites : il nous envoie à tous. L’Evangile est pour tous et non pour quelques-uns. Il n’est pas seulement pour ceux qui semblent plus proches, plus réceptifs, plus accueillants. Il est pour tous » (177). Et l’on en doit pas s’attendre à ce que « la mission soit facile et confortable » (178).

Sixième chapitre : « Des jeunes avec des racines »

François explique qu’il souffre « de voir que certains proposent aux jeunes de construire un avenir sans racines, comme si le monde commençait maintenant » (179). Si quelqu’un « vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? Cette personne vous veut vides, déracinés, méfiants de tout, pour que vous ne fassiez confiance qu’à ses promesses et que vous vous soumettiez à ses projets. C’est ainsi que fonctionnent les idéologies de toutes les couleurs, qui détruisent (ou dé-construisent) tout ce qui est différent et qui, de cette manière, peuvent régner sans opposition » (181). Les manipulateurs recourent aussi à l’adoration de la jeunesse : « Le corps jeune devient le symbole de ce nouveau culte, et donc tout ce qui a rapport avec ce corps est idolâtré, désiré sans limites ; et ce qui n’est pas jeune est regardé avec mépris. Mais c’est une arme qui, surtout, finit par dégrader les jeunes eux-mêmes » (182). « Chers jeunes, n’acceptez pas qu’on utilise votre jeunesse pour favoriser une vie superficielle qui confond beauté et apparence » (183) parce qu’il y a de la beauté chez le travailleur qui rentre sale chez lui, chez la femme âgée qui prend soin de son mari malade, dans la fidélité des couples qui s’aiment à l’automne de leur vie. Aujourd’hui en revanche on promeut « une spiritualité sans Dieu, une affectivité sans communauté et sans engagement envers ceux qui souffrent, une crainte des pauvres vus comme des personnes dangereuses, et une série d’offres qui prétendent vous créer un avenir paradisiaque qui sera sans cesse reporté à plus tard » (184). Le Pape invite les jeunes à ne pas se laisser dominer par cette idéologie qui porte « d’authentiques formes de colonisation culturelle » (185) qui déracine les jeunes des appartenances culturelles et religieuses dont ils proviennent et tend à les homogénéiser en les transformant en « êtres manipulables, fabriqués en série » (186).

« Ta relation avec les personnes âgées » est fondamentale, puisqu’elles aident les jeunes à découvrir la richesse vivante du passé, en en faisant mémoire. « La Parole de Dieu recommande de ne pas perdre le contact avec les personnes âgées afin de pouvoir recourir à leur expérience » (188). Cela « ne signifie pas que tu doives être d’accord avec tout ce qu’ils disent, ni que tu doives approuver toutes leurs actions », il s’agit « simplement d’être ouvert pour recueillir une sagesse qui se communique de génération en génération » (190). « La rupture entre générations n’a jamais aidé le monde et ne l’aidera jamais. […] C’est le mensonge qui te fait croire que seul ce qui est nouveau est bon et beau » (191).

Parlant des « rêves et visions », François observe : « Si les jeunes et les anciens s’ouvrent à l’Esprit Saint, ils forment une association merveilleuse. Les anciens rêvent et les jeunes ont des visions » (192) ; si « les jeunes s’enracinent dans ces rêves des anciens, ils arrivent à voir l’avenir » (193). Il faut donc « risquer ensemble », en marchant ensemble, jeunes et vieux : les racines « ne sont pas des ancres qui nous enchaînent », mais « au contraire, un point d’ancrage qui nous permet de nous développer et de répondre à de nouveaux défis » (200).

Septième chapitre : « La pastorale des jeunes »

Le Pape explique que la pastorale des jeunes a subi l’assaut des changements sociaux et culturels et « les jeunes, dans les structures habituelles, ne trouvent souvent pas de réponses à leurs préoccupations, à leurs besoins, à leurs problèmes et à leurs blessures » (202). Les jeunes eux-mêmes « sont des agents de la pastorale de la jeunesse, accompagnés et guidés, mais libres de rechercher de nouveaux chemins avec créativité et audace ». Il faut « mettre en jeu l’intelligence, l’ingéniosité et la connaissance que les jeunes eux-mêmes ont de la sensibilité, de la langue et des problématiques des autres jeunes » (203). La pastorale des jeunes a besoin de flexibilité, et il faut « réunir les jeunes pour des évènements, des manifestations qui leur offrent chaque fois un lieu où ils reçoivent non seulement une formation, mais qui leur permettent aussi de partager leur vie, de célébrer, de chanter, d’écouter de vrais témoignages et de faire l’expérience de la rencontre communautaire avec le Dieu vivant » (204).

Le pastorale des jeunes ne peut être que synodale, c’est-à-dire capable de donner forme à un « marcher ensemble », et elle comporte deux grandes lignes d’action : la première est la recherche, la seconde est la croissance. Concernant la première, François se dit confiant en la capacité des jeunes eux-mêmes à « trouver les chemins attrayants pour appeler » : « Il faut seulement stimuler les jeunes et leur donner une liberté » d’action. Le plus important est que « chaque jeune ose semer la première annonce dans cette terre fertile qu’est le cœur d’un autre jeune » (210). Il faut privilégier « le langage de la proximité, la langue de l’amour désintéressé, relationnel et existentiel qui touche le cœur », en s’approchant des jeunes « avec la grammaire de l’amour, non pas par prosélytisme » (211). En ce qui concerne la croissance, François met en garde contre le fait de proposer aux jeunes touchés par une intense expérience de Dieu « des réunions de "formation" où sont uniquement abordées des questions doctrinales et morales […]. Le résultat est que beaucoup de jeunes s’ennuient, perdent le feu de la rencontre avec le Christ et la joie de le suivre » (212). Si tout projet formateur « doit certainement inclure une formation doctrinale et morale », il est tout aussi important « d’être centré » sur le kérygme, c’est-à-dire « l’expérience fondatrice de la rencontre avec Dieu par le Christ mort et ressuscité » et sur « la croissance de l’amour fraternel, dans la vie communautaire, par le service » (213). Par conséquent « la pastorale des jeunes doit toujours inclure des temps qui aident à renouveler et à approfondir l’expérience personnelle de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ vivant » (214). Et elle doit aider les jeunes « vivre en frères, à s’entraider mutuellement, à créer une communauté, à servir les autres, à être proches des pauvres » (215). »

Les institutions de l’Église doivent donc devenir « des milieux adaptés », en développant leur « capacité d’accueil » : « au sein de nos institutions, nous avons besoin d’offrir aux jeunes leurs propres lieux, qu’ils puissent aménager à leur goût, et où ils puissent entrer et sortir librement, des lieux qui les accueillent et où ils puissent se rendre spontanément et avec confiance à la rencontre d’autres jeunes, tant dans les moments de souffrance ou de lassitude, que dans les moments où ils désirent célébrer leurs joies » (218).

François décrit ensuite « la pastorale des institutions éducatives », en affirmant que l’école « a besoin d’une autocritique urgente ». Et il rappelle que « certains collèges catholiques semblent être organisés seulement pour leur préservation […]. L’école transformée en “bunker” qui protège des erreurs “de l’extérieur”, est l’expression caricaturale de cette tendance ». Quand les jeunes en sortent, ils ressentent « une inadéquation insurmontable entre ce qu’ils ont appris et le monde dans lequel ils doivent vivre ». Alors qu’« une des plus grandes joies d’un éducateur est de voir un étudiant se constituer lui-même comme une personne forte, intégrée, protagoniste et capable de donner » (221). On ne peut pas séparer la formation spirituelle de la formation culturelle : « Voilà votre grand devoir : répondre aux refrains paralysants du consumérisme culturel par des choix dynamiques et forts, avec la recherche, la connaissance et le partage » (223). Parmi les « différents domaines pour le développement pastoral », le Pape indique les « expressions artistiques » (226), la « pratique sportive » (227), et l’engagement pour la sauvegarde de la Création (228).

« Une pastorale “populaire” des jeunes » est utile, « plus ample et plus flexible qui stimule, dans les différents lieux où les jeunes se déplacent, ces leaderships naturels et ces charismes que l’Esprit Saint a déjà semés en eux. Il s’agit avant tout de ne pas mettre autant d’obstacles, de normes, de contrôles et de cadres obligatoires à ces jeunes croyants qui sont des leaders naturels dans les quartiers et dans différents milieux. Il faut seulement les accompagner et les stimuler » (230). En visant « une pastorale des jeunes aseptisée, pure, marquée par des idées abstraites, éloignée du monde et préservée de toute souillure, nous transformons l’Évangile en une offre fade, incompréhensible, lointaine, coupée des cultures des jeunes, et adaptée seulement à une élite de jeunes chrétiens qui se sentent différents mais qui en réalité flottent dans un isolement sans vie ni fécondité » (232). François invite à être « une Église aux portes ouvertes », et il « n’est même pas nécessaire d’assumer complètement tous les enseignements de l’Église pour prendre part à certains de nos espaces pour les jeunes » (234) : il doit également y avoir de la place pour « tous ceux qui ont d’autres conceptions de la vie, professent une foi différente ou se déclarent étrangers à l’horizon religieux » (235). L’icône représentative de cette approche nous est offerte par l’épisode évangélique des disciples d’Emmaüs : Jésus les interroge, les écoute avec patience, les aide à reconnaître ce qu’ils sont en train de vivre, à interpréter à la lumière des Écritures ce qu’ils ont vécu, il accepte de s’arrêter avec eux, « il entre dans leur nuit ». « Ce sont eux qui choisissent de reprendre sans tarder le chemin dans la direction opposée »(237).

« Toujours missionnaires ». Pour que les jeunes deviennent missionnaires, il n’est pas nécessaire de faire « un long parcours » : « Un jeune qui se rend en pèlerinage pour demander de l’aide à la Vierge et qui invite un ami ou un camarade à l’accompagner, accomplit avec ce geste simple une action missionnaire précieuse » (239). La pastorale des jeunes « doit toujours être une pastorale missionnaire » (240). Et les jeunes ont besoin d’être respectés dans leur liberté, « mais ils doivent être aussi accompagnés » par les adultes, à commencer par la famille (242) puis par la communauté : « Cela implique que l’on regarde les jeunes avec compréhension, valorisation et affection, et qu’on ne les juge pas en permanence ni qu’on exige d’eux une perfection qui ne correspond pas à leur âge » (243). Est mentionné le manque de personnes expertes et qui se consacrent à l’accompagnement (244) et « certaines jeunes femmes estiment qu’elles ont besoin de plus d’exemples de leadership féminin au sein de l’Église » (245). « Les mêmes jeunes nous ont décrit » les caractéristiques qu’ils espèrent trouver chez leur accompagnateur : « qu’il soit un chrétien fidèle et engagé dans l’Église et le monde, qui cherche constamment la sainteté, quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance, qui ne juge pas, qui écoute activement les besoins des jeunes et y répond avec bienveillance, quelqu’un qui aime profondément avec conscience, qui reconnaît ses limites et comprend les joies et les peines d’un chemin de vie spirituelle. À leurs yeux, la reconnaissance de leur humanité et de leur vulnérabilité revêt une particulière importance » (246). Les accompagnateurs doivent savoir « marcher avec eux » [les jeunes], en respectant leur liberté.

Huitième chapitre : « La vocation »

« Ce que Jésus désire de chaque jeune, c’est avant tout son amitié. Il est essentiel de discerner et de découvrir cela. C’est le discernement fondamental » (250). La vocation est un appel au service missionnaire envers les autres, « parce que notre vie sur la terre atteint sa plénitude quand elle se transforme en offrande » (254). « Pour accomplir sa propre vocation, il est nécessaire de développer, de faire pousser et grandir tout ce que l’on est. Il ne s’agit pas de s’inventer, de se créer spontanément à partir de rien, mais de se découvrir soi-même à la lumière de Dieu et de faire fleurir son propre être » (257). Et le fait d’« “Être pour les autres” dans la vie de chaque jeune est généralement lié à deux questions fondamentales : la formation d’une nouvelle famille et le travail » (258).

Concernant « l’amour et la famille », le Pape écrit que les jeunes « ressentent avec force l’appel à l’amour, et ils rêvent de trouver la bonne personne avec laquelle former une famille et construire une vie ensemble » (259), et le sacrement du mariage « enveloppe cet amour avec la grâce de Dieu, il l’enracine en Dieu même » (260). Dieu nous a créé sexués, Lui-même a créé la sexualité, qui est l’un de ses dons, et donc « rien de tabou ». C’est un don que le Seigneur nous donne et il a « deux buts : s’aimer et engendrer la vie. C’est une passion, un amour passionné. Le véritable amour est passionné » (261). François observe que « l’augmentation des séparations, des divorces, […] peut causer de grandes souffrances et une crise d’identité. Parfois, ils doivent porter des responsabilités qui ne sont pas proportionnées à leur âge » (262). Malgré toutes les difficultés, « je veux leur dire que oui, ça vaut la peine de parier sur la famille et qu’en elle, ils trouveront les meilleures stimulations pour grandir et les plus belles joies à partager. Ne vous laissez pas voler l’amour pour de vrai » (263). « Croire que rien ne peut être définitif est une tromperie et un mensonge […],je vous demande d’être révolutionnaires, je vous demande d’aller à contre-courant » (264).

Concernant le travail, le Pape écrit : « Je demande aux jeunes de ne pas espérer vivre sans travailler, en dépendant de l’aide des autres. Cela ne fait pas de bien, parce que le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle. Dans ce sens, aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences » (269). Et après avoir noté comment, dans le monde du travail, les jeunes expérimentent des formes d’exclusion et de marginalisation (270), il affirme à propos du chômage des jeunes : « C’est une question très délicate que la politique doit considérer comme un sujet de premier ordre, particulièrement aujourd’hui où la rapidité des développements technologiques, jointe à l’obsession de réduire les coûts de la main d’œuvre, peut conduire rapidement à remplacer de nombreux postes de travail par des machines »(271). Et s’adressant aux jeunes : « Il est vrai que tu ne peux pas vivre sans travailler et que parfois tu dois accepter ce que tu trouves, mais ne renonce jamais à tes rêves, n’enterre jamais définitivement une vocation, ne te donne jamais pour vaincu » (272).

François conclut ce chapitre en parlant des « vocations à une consécration particulière ». « Dans le discernement d’une vocation, il ne faut pas exclure la possibilité de se consacrer à Dieu […]. Pourquoi l’exclure ? Sois certain que, si tu reconnais un appel de Dieu et que tu le suis, ce sera ce qui te comblera » (276).

Neuvième chapitre : « Le discernement »

Le Pape rappelle que « sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment » (279). « Une expression du discernement est l’engagement pour reconnaître sa propre vocation. C’est une tâche qui requiert des espaces de solitude et de silence, parce qu’il s’agit d’une décision très personnelle que d’autres ne peuvent pas prendre pour quelqu’un » (283). « Le don de la vocation sera sans aucun doute un don exigeant. Les dons de Dieu sont interactifs et pour en profiter tu dois mettre beaucoup en jeu, tu dois risquer » (289).

À celui qui aide les jeunes au discernement sont demandées trois sensibilités. La première est l’attention à la personne : « il s’agit d’écouter l’autre qui se donne lui-même à nous dans ses paroles » (292). La seconde consiste à discerner, autrement dit « il s’agit d’épingler le moment précis où l’on discerne la grâce ou la tentation » (293). La troisième consiste à « écouter les impulsions que l’autre expérimente “en avant”. C’est l’écoute profonde de “ce vers quoi l’autre veut vraiment aller” » (294). Lorsqu’on écoute l’autre de cette manière, « à un moment donné, on doit disparaître pour le laisser poursuivre ce chemin qu’il a découvert. C’est disparaître comme le Seigneur disparaît à la vue de ses disciples » (296). Il faut « susciter et accompagner des processus, et non pas imposer des parcours. Et ce sont des processus de personnes qui sont toujours uniques et libres. C’est pourquoi il est difficile d’établir des règles » (297).

L’exhortation se conclut par « un désir » du Pape François : « Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux. Courez, attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre. […] L’Église a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin ! Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre » (299).

Pour lire l’intégralité de l’Exhortation Apostolique, cliquez sur le lien  :

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20190325_christus-vivit.html

(Avec V. N.)

Lundi 1er Avril 2019

Le Pape a clos dimanche 31 mars son 28ème voyage apostolique. Ce voyage s’est déroulé dans un climat très chaleureux, salué par de nombreux Marocains.

Ce voyage aura été court, moins de 36 heures, mais restera un jalon important dans le dialogue interreligieux. Huit siècles après la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan Al Malik, le Pape a souhaité emprunter leurs pas, montrant que les religions sont faites pour construire des ponts. Pour la première fois un Souverain pontife a célébré une messe au Maroc, qui plus est, retransmise en direct par la première chaîne de télévision marocaine.

Après Abou Dhabi, où les principes de fraternité ont été proclamés, ce voyage au royaume chérifien a été l’occasion d’en voir des signes, nombreux et concrets. Fraternité d’abord avec le roi Mohammed VI qui l’a accueilli en tant que chef d’État mais aussi en tant que chef spirituel, fraternité envers les migrants qui ont été au cœur aussi de ce voyage, dans ce Maroc tourné vers l’Europe et où souvent des rêves d’ailleurs s’échouent pour de nombreux Africains.

Fraternité enfin envers ces habitants d’un quartier périphérique de Rabat, pris en charge par trois religieuses. Des religieuses et religieux qui auront tenu aussi une place importante dans cette visite, en les rencontrant à la cathédrale Saint-Pierre, le Pape les a confortés dans leur mission, saluant leur art « d’utiliser les différences et l’ignorance pour semer la peur, la haine et le conflit ». Si le Pape François n’a pas masqué les difficultés qui peuvent se trouver sur le chemin de cette Église marocaine, il a voulu en montrer aussi la force qui n’est pas dans le nombre mais dans ces visages qui sont autant de serviteurs d’espérance.

(Avec V. N.)

Dimanche 31 Mars 2019

Dernier temps de ce voyage au Maroc : la messe célébrée par le Pape François au stade Moulay Abdellah de Rabat, devant plus de 10 000 personnes. Le Saint-Père a invité les fidèles à dépasser les tentations de haine et de division, à contempler le Père pour se redécouvrir frères.

Le Pape a centré son homélie sur la parabole du Fils prodigue (Luc 15, 1-3.11-32). Nous vous proposons de la découvrir dans son intégralité :

« Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » (Lc 15, 20).

C’est de cette manière que l’Evangile nous place au cœur de la parabole qui montre l’attitude du père en voyant son fils revenir : touché au plus profond, il ne le laisse pas arriver à la maison, alors qu’il le surprend en courant à sa rencontre. Un enfant regretté et attendu. Un père ému lorsqu’il le voit revenir.

Mais cela n’a pas été le seul moment où le père a couru. Sa joie serait incomplète sans la présence de son autre fils. C’est pourquoi il sort aussi à sa rencontre pour l’inviter à participer à la fête (cf. v. 28). Mais, il semble que le fils aîné n’ait pas apprécié les festivités de bienvenue, que cela lui ait coûté de supporter la joie du père ; il ne salue pas le retour de son frère et dit : « ton fils que voilà » (v. 30). Pour lui, son frère demeure perdu, parce qu’il l’a déjà oublié dans son cœur.

Dans son incapacité à participer à la fête, non seulement il ne reconnaît pas son frère, mais il ne reconnaît pas non plus son père. Il préfère la situation d’orphelin à la fraternité, l’isolement à la rencontre, l’amertume à la fête. Non seulement il lui est difficile de comprendre et de pardonner à son frère, mais il ne peut pas non plus accepter d’avoir un père capable de pardonner, prêt à attendre et à veiller afin que personne ne reste dehors ; en définitive, un père capable de ressentir de la compassion.

Sur le seuil de cette maison le mystère de notre humanité semble se manifester : d’un côté, il y a la fête pour le fils retrouvé, et, de l’autre, un certain sentiment de trahison et d’indignation provoqué par la fête de son retour. D’un côté l’hospitalité pour celui qui a fait l’expérience de la misère et de la souffrance, et qui en était même arrivé à sentir et à vouloir se nourrir de ce que mangeaient les porcs ; de l’autre, l’irritation et la colère pour le fait d’avoir donné une telle accolade à qui n’en était pas digne ni le méritait.

Ainsi, une fois de plus, est mise en lumière la tension vécue dans nos peuples et nos communautés, et aussi en nous-mêmes. Une tension qui depuis Caïn et Abel nous habite et que nous sommes invités à regarder en face : qui a le droit de rester parmi nous, d’avoir une place à nos tables et dans nos assemblées, dans nos préoccupations et nos occupations, sur nos places et dans nos villes ? Cette question fratricide semble continuer à résonner : Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? (cf. Gn 4, 9).

Sur le seuil de cette maison apparaissent les divisions et les affrontements, l’agressivité et les conflits qui frappent toujours aux portes de nos grands désirs, de nos luttes pour la fraternité et pour que toute personne puisse faire l’expérience dès maintenant de sa condition et de sa dignité de fils.

Mais dans le même temps, sur le seuil de cette maison brillera en toute clarté le désir du Père, sans élucubrations ni excuses qui lui enlèvent de la force : le désir que tous ses enfants prennent part à sa joie ; que personne ne vive dans des conditions inhumaines, comme le jeune fils, ni en orphelin, dans l’isolement ou l’amertume comme le fils aîné. Son cœur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Tm 2, 4).

Certes, les circonstances qui peuvent nourrir la division et la confrontation sont nombreuses ; les situations qui peuvent nous conduire à nous affronter et à nous diviser sont indiscutables. Nous ne pouvons pas le nier. La tentation de croire en la haine et en la vengeance comme moyens légitimes d’assurer la justice de manière rapide et efficace, nous menace toujours. Mais l’expérience nous dit que la seule chose qu’apportent la haine, la division et la vengeance, c’est de tuer l’âme de nos peuples, d’empoisonner l’espérance de nos enfants, de détruire et d’emporter avec elles tout ce que nous aimons.

C’est pourquoi Jésus nous invite à regarder et à contempler le cœur du Père. C’est seulement à partir de là que nous pourrons, chaque jour, nous redécouvrir frères. C’est seulement à partir de ce vaste horizon, capable de nous aider à dépasser nos logiques à courte vue qui divisent, que nous serons en mesure de parvenir à un regard qui ne prétend pas clore ni abandonner nos différences en cherchant éventuellement une unité forcée ou la marginalisation silencieuse. C’est seulement si, chaque jour, nous sommes capables de lever les yeux vers le ciel et de dire Notre Père, que nous pourrons entrer dans une dynamique qui nous permet de nous regarder et de prendre le risque de vivre, non pas comme des ennemis, mais comme des frères.

Le père dit à son fils aîné : « Tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15, 31). Et il ne se réfère pas seulement aux biens matériels mais au fait de participer aussi à son amour même et à sa propre compassion. C’est l’héritage et la richesse les plus grands du chrétien. Pour que, plutôt que de nous évaluer et de nous classifier à partir de notre condition morale, sociale, ethnique ou religieuse, nous puissions reconnaître qu’il existe une autre condition, que personne ne pourra supprimer ni détruire puisqu’elle est pur don : la condition d’enfants aimés, attendus et célébrés par le Père.

« Tout ce qui est à moi est à toi », également ma capacité de compassion, nous dit le Père. Ne tombons pas dans la tentation de réduire notre appartenance de fils à une question de lois et d’interdictions, de devoirs et de conformités. Notre appartenance et notre mission ne naîtront pas de volontarismes, de légalismes, de relativismes ou d’intégrismes mais de personnes croyantes qui supplieront tous les jours, avec humilité et constance : que ton Règne vienne sur nous.

La parabole évangélique présente une fin ouverte. Nous voyons le père prier son fils aîné d’entrer et de participer à la fête de la miséricorde. L’Evangéliste ne dit rien sur la décision que celui-ci a prise. Se sera-t-il joint à la fête ? Nous pouvons penser que cette fin ouverte a été écrite pour que chaque communauté, chacun de nous, puisse l’écrire avec sa vie, avec son regard et son attitude envers les autres. Le chrétien sait que dans la maison du Père, il y a beaucoup de demeures, seuls restent dehors ceux qui ne veulent pas prendre part à sa joie.

Chers frères, chères sœurs, je veux vous remercier pour la manière dont vous rendez témoignage de l’Evangile de la miséricorde en ces lieux. Merci pour les efforts réalisés afin que vos communautés soient des oasis de miséricorde. Je vous encourage à continuer en faisant grandir la culture de la miséricorde, une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit sa souffrance (cf. Lett. ap. Misericordia et misera, n. 20). Continuez auprès des petits et des pauvres, de ceux qui sont exclus, abandonnés et ignorés, continuez à être des signes de l’accolade et du cœur du Père.

Que le Miséricordieux et le Clément – comme l’invoquent si souvent nos frères et sœurs musulmans – vous fortifie et rende fécondes les œuvres de son amour. »

Samedi 30 Mars 2019

Le Pape François a commencé son voyage de deux jours au Maroc. A son arrivée, pour son 28ème voyage apostolique, le pape avait rendez-vous avec le peuple marocain, les autorités, la société civile et le Corps diplomatique, sur l’Esplanade de la Tour Hassan, dans la capitale Rabat. Nous vous proposons de prendre connaissance du discours qu’il a adressé au peuple marocain et aux autorités du pays

" Majesté,
Altesses Royales,
Distinguées Autorités du Royaume du Maroc,
Membres du Corps diplomatique,
Chers amis Marocains,

As-Salam Alaikoum !

Je suis heureux de fouler le sol de ce pays riche de beautés naturelles multiformes, gardien de vestiges de civilisations antiques et témoin d’une histoire fascinante. Je voudrais avant tout exprimer ma sincère et cordiale gratitude à Sa Majesté Mohammed VI, pour son aimable invitation et pour le chaleureux accueil qu’au nom de tout le peuple marocain, il m’a réservé tout à l’heure, en particulier pour les aimables paroles qu’il m’a adressées.

Cette visite est pour moi un motif de joie et de gratitude parce qu’elle me permet tout d’abord de découvrir les richesses de votre terre, de votre peuple et de vos traditions. Gratitude qui se transforme en une importante opportunité pour promouvoir le dialogue interreligieux et la connaissance réciproque entre les fidèles de nos deux religions, alors que nous faisons mémoire – huit cents ans après – de la rencontre historique entre saint François d’Assise et le Sultan al-Malik al-Kamil. Cet évènement prophétique manifeste que le courage de la rencontre et de la main tendue est un chemin de paix et d’harmonie pour l’humanité, là où l’extrémisme et la haine sont des facteurs de division et de destruction. Aussi, je forme le vœu que l’estime, le respect et la collaboration entre nous contribuent à approfondir nos liens de sincère amitié, afin de permettre à nos communautés de préparer un avenir meilleur pour les nouvelles générations.

Ici sur cette terre, pont naturel entre l’Afrique et l’Europe, je souhaite redire la nécessité d’unir nos efforts, pour donner une nouvelle impulsion à la construction d’un monde plus solidaire, plus engagé dans l’effort honnête, courageux et indispensable d’un dialogue respectueux des richesses et des spécificités de chaque peuple et de chaque personne. C’est là un défi que nous sommes tous appelés à relever, surtout en ce temps où on risque de faire des différences et de la méconnaissance réciproque des motifs de rivalité et de désagrégation.

Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes.

Dans cette perspective, je suis heureux de pouvoir visiter dans un moment l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, voulu par Votre Majesté, dans le but de fournir une formation adéquate et saine contre toutes les formes d’extrémisme, qui conduisent souvent à la violence et au terrorisme et qui, en tout cas, constituent une offense à la religion et à Dieu lui-même. Nous savons en effet combien une préparation appropriée des futurs guides religieux est nécessaire, si nous voulons raviver le véritable sens religieux dans les cœurs des nouvelles générations.

Ainsi donc, un dialogue authentique nous invite à ne pas sous-estimer l’importance du facteur religieux pour construire des ponts entre les hommes et pour affronter avec succès les défis précédemment évoqués. Dans le respect de nos différences, la foi en Dieu nous conduit, en effet, à reconnaître l’éminente dignité de tout être humain, ainsi que ses droits inaliénables. Nous croyons que Dieu a créé les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité et qu’il les a appelés à vivre en frères et à répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix. Voilà pourquoi, la liberté de conscience et la liberté religieuse – qui ne se limitent pas à la seule liberté de culte mais qui doivent permettre à chacun de vivre selon sa propre conviction religieuse – sont inséparablement liées à la dignité humaine. Dans cet esprit, il nous faut toujours passer de la simple tolérance au respect et à l’estime d’autrui. Car il s’agit de découvrir et d’accueillir l’autre dans la particularité de sa foi et de s’enrichir mutuellement de la différence, dans une relation marquée par la bienveillance et la recherche de ce que nous pouvons faire ensemble. Ainsi comprise, la construction de ponts entre les hommes, du point de vue du dialogue interreligieux, est appelée à se vivre sous le signe de la convivialité, de l’amitié, et plus encore de la fraternité.

La Conférence internationale sur les droits des minorités religieuses dans le monde islamique, qui a eu lieu à Marrakech en janvier 2016, s’est penchée sur cette question. Et je me réjouis qu’elle ait permis de condamner toute utilisation instrumentale d’une religion pour discriminer ou agresser les autres, en soulignant la nécessité de dépasser le concept de minorité religieuse, au profit de celui de citoyenneté et de la reconnaissance de la valeur de la personne, qui doit revêtir un caractère central dans tout ordonnancement juridique.

Je considère aussi comme un signe prophétique la création de l’Institut Œcuménique Al Mowafaqa, à Rabat en 2012, par une initiative catholique et protestante au Maroc, Institut qui veut contribuer à promouvoir l’œcuménisme ainsi que le dialogue avec la culture et avec l’Islam. Cette louable initiative traduit le souci et la volonté des chrétiens vivant dans ce pays de construire des ponts pour manifester et servir la fraternité humaine.

Ce sont tous des parcours qui arrêteront « l’instrumentalisation des religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et mettront fin à l’utilisation du nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression » (Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019).

Le dialogue authentique que nous voulons développer nous conduit aussi à tenir compte du monde dans lequel nous vivons, notre maison commune. Ainsi la Conférence internationale sur les changements climatiques, COP 22, qui s’est tenue ici même au Maroc, a témoigné, une fois encore, de la prise de conscience par de nombreuses Nations de la nécessité de protéger la planète sur laquelle Dieu nous a placés pour vivre et de contribuer à une véritable conversion écologique pour un développement humain intégral. Je salue toutes les avancées accomplies dans ce domaine et je me réjouis de la mise en œuvre d’une véritable solidarité entre les Nations et les peuples, afin de trouver des solutions justes et durables aux fléaux qui menacent la maison commune, ainsi que la survie même de la famille humaine. C’est ensemble, dans un dialogue patient et prudent, franc et sincère, que nous pouvons espérer trouver des solutions adéquates, pour inverser la courbe du réchauffement global et pour réussir à éradiquer la pauvreté (cf. Encyclique Laudato Si’, n.175).

Egalement, la grave crise migratoire à laquelle nous sommes affrontés aujourd’hui, est pour tous un appel pressant à rechercher les moyens concrets d’éradiquer les causes qui obligent tant de personnes à quitter leur pays, leur famille, et à se retrouver souvent marginalisées, rejetées. De ce point de vue, toujours ici au Maroc, en décembre dernier, la Conférence intergouvernementale sur le Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière a adopté un document qui entend être un point de référence pour toute la communauté internationale. En même temps, il est vrai que beaucoup reste encore à faire, surtout parce qu’il faut passer des engagements pris avec ce document, au moins au niveau moral, à des actions concrètes et, spécialement, à un changement de disposition envers les migrants, qui les considère comme des personnes, non comme des numéros, qui en reconnaisse dans les faits et dans les décisions politiques les droits et la dignité. Vous savez combien j’ai à cœur le sort, souvent terrible, de ces personnes, qui, en grande partie, ne laisseraient pas leurs pays s’ils n’y étaient pas contraints. J’espère que le Maroc, qui avec une grande disponibilité et une délicate hospitalité a accueilli cette Conférence, voudra continuer à être, dans la communauté internationale, un exemple d’humanité pour les migrants et les réfugiés, afin qu’ils puissent être, ici, comme ailleurs, accueillis avec humanité et protégés, qu’on puisse promouvoir leur situation et qu’ils soient intégrés avec dignité. Quand les conditions le permettront, ils pourront décider de retourner chez eux dans des conditions de sécurité, respectueuses de leur dignité et de leurs droits. Il s’agit d’un phénomène qui ne trouvera jamais de solution dans la construction de barrières, dans la diffusion de la peur de l’autre ou dans la négation de l’assistance à tous ceux qui aspirent à un légitime mieux-être pour eux-mêmes et pour leurs familles. Nous savons aussi que la consolidation d’une véritable paix passe par la recherche de la justice sociale, indispensable pour corriger les déséquilibres économiques et les désordres politiques qui ont toujours été des facteurs principaux de tension et de menace pour l’humanité tout entière.

Majesté et Honorables Autorités, chers amis ! Les chrétiens se réjouissent de la place qui leur est faite dans la société marocaine. Ils ont la volonté de prendre leur part à l’édification d’une nation solidaire et prospère, en ayant à cœur le bien commun du peuple. De ce point de vue, l’engagement de l’Église catholique au Maroc, dans ses œuvres sociales et dans le domaine de l’éducation à travers ses écoles ouvertes aux élèves de toute confession, religion et origine, me semble significatif. Aussi, en rendant grâce à Dieu pour le chemin parcouru, permettez-moi d’encourager les catholiques et les chrétiens à être ici, au Maroc, des serviteurs, des promoteurs et des défenseurs de la fraternité humaine.

Majesté, Distinguées Autorités, chers amis ! Je vous remercie une fois encore, ainsi que tout le peuple marocain, pour votre accueil si chaleureux et pour votre aimable attention. Shukran bisaf !

Que le Tout-Puissant, clément et miséricordieux, vous protège et qu’il bénisse le Maroc !
Merci. "

© Librairie éditrice du Vatican

Mercredi 27 mars 2019

Dans le cadre de l’audience générale de ce matin, le Pape François a proposé sa 11ème catéchèse sur le Notre Père, en s’arrêtant sur cette phrase : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

« Jésus nous apprend à demander au Père le pain quotidien », a expliqué le Pape François, en démontrant une nouvelle fois que les interpellations de Jésus ne sont pas des invocations raffinées ou conceptuelles mais des demandes très concrètes, ancrées dans les besoins réels. Et Jésus nous apprend à faire cette demande en étant « unis à tant d’hommes et de femmes pour lesquels cette prière est un cri, souvent retenu à l’intérieur, qui accompagne l’anxiété de chaque jour. Combien de pères et de mères, encore aujourd’hui, vont dormir avec le tourment de ne pas avoir le lendemain assez de pain pour leurs propres enfants ? », s’est interrogé le Saint-Père.

L’expérience chrétienne part donc « de la réalité, du cœur et de la chair des personnes qui vivent dans le besoin ». Et cette demande s’exprime dans un sens communautaire et fraternel. Je ne demande pas à Dieu « donne-moi mon pain » mais « donne-nous notre pain ». C’est ce “nous” qui donne à cette demande sa valeur chrétienne et nous décentre de nous-mêmes. Le Pape, sortant de son texte, a invité la foule à dire plusieurs fois « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » en pensant aux enfants affamés de la Syrie, du Yémen ou encore du Soudan du Sud.

Et le pain gagne sa valeur s’il est partagé, comme le prouve la parabole de la multiplication des pains, dans l’Évangile de Jean. C’est la générosité spontanée d’un jeune garçon, disposé à partager ses cinq pains et ses deux poissons, qui a permis à Jésus de multiplier ce geste. Il avait compris que « la nourriture n’est pas une propriété privée ». Ce miracle du partage avait permis à Jésus d’anticiper l’offrande de lui-même dans le Pain eucharistique. « Seule l’eucharistie est en mesure de rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu qui anime tout homme, même dans la recherche du pain quotidien », a conclu le Pape François.

Au terme de l’audience, le Pape François a tenu à faire applaudir une religieuse italienne de 85 ans, sœur Maria Concetta Esu, qui est missionnaire depuis près de 60 ans en Centrafrique, où, comme médecin obstétricienne, elle a aidé à faire naître des milliers d’enfants. « Quelle merveille ! », s’est exclamé le Pape, qui lui a remis une médaille « comme signe de notre affection et de notre “merci” » pour son travail accompli « au milieu des sœurs et des frères africains, au service de la vie, des enfants, des mamans et des familles ».

« Avec ce geste qui t’est dédié, j’entends aussi exprimer ma reconnaissance aussi à tous les missionnaires, prêtres, religieux et laïcs, qui répandent la semence du Royaume de Dieu dans toutes les parties du monde », a salué le Pape François, en remarquant que ces personnes ne font pas la une des journaux. « Le cardinal Hummes, qui est le délégué de l’épiscopat brésilien pour toute l’Amazonie, va souvent visiter les villes et les villages de l’Amazonie. Et chaque fois qu’il arrive là-bas, il va au cimetière visiter les tombes des missionnaires, tant de jeunes morts à cause des maladies à cause des maladies contre lesquelles ils n’ont pas les anticorps. Et lui il m’a dit : “Tous ceux-ci méritent d’être canonisés”, parce qu’ils ont brûlé leur vie dans le service »

Le Pape a expliqué que cette religieuse, sœur Maria Concetta, retournera en Afrique dans les prochains jours. Il a invité à ce que « son exemple nous aide tous à vivre l’Évangile là où nous sommes ». « Merci, ma sœur ! Que le Seigneur te bénisse et que la sainte Vierge te protège », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 24 mars 2019

Lors de de la prière de l’angélus, Place Saint-Pierre, le Pape François a médité sur la miséricorde divine, en s’arrêtant sur la parabole du figuier stérile (Lc 13,1-9). Le Saint-Père a rappelé que nous pouvons compter sur la miséricorde de Dieu mais « sans en abuser ».

Dans la parabole du figuier, le Saint-Père a rapproché cet arbre qui ne porte aucun fruit à l’humanité indifférente et aride. Il faut attendre que Jésus intercède pour que « les fruits de l’amour et de la justice » puissent y germer.

« Le figuier que le Maître de la parabole veut éliminer représente une existence stérile, incapable de donner, de faire le bien. Il est le symbole de celui qui vit pour lui-même, repu et tranquille, installé dans son propre confort, incapable de tourner le regard et le cœur vers ceux qui sont proches de lui et qui se trouvent dans une condition de souffrance, de pauvreté et de malaise », a observé le Pape.

A cette attitude d’égoïsme et de stérilité spirituelle, François oppose le grand amour du vigneron envers le figuier : « il est patient, il sait attendre, il lui consacre son temps et son travail. »

Ainsi, malgré la stérilité, qui marque parfois notre existence, le Pape rappelle combien Dieu est patient et nous offre la possibilité de changer et de progresser sur la voie du bien. Ce temps imploré et concédé dans l’attente que l’arbre enfin porte du fruit indique également « l’urgence de la conversion », souligne-t-il.

Or, « la possibilité de conversion n’est pas illimitée ; aussi faut-il la saisir immédiatement ; sinon, elle pourrait être perdue pour toujours. Nous pouvons vraiment compter sur la miséricorde de Dieu, mais sans en abuser. Nous ne devons pas justifier la paresse spirituelle, mais accroître notre engagement à refléter rapidement cette miséricorde avec la sincérité du cœur », prévient le Souverain pontife argentin.

En ce temps de Carême, conseille l’évêque de Rome, chacun doit donc se sentir interpellé, en modifiant quelque chose dans sa propre vie, dans sa propre façon de penser, d’agir et de vivre les relations avec le prochain. Dans le même temps, « nous devons imiter la patience de Dieu qui a confiance en la capacité de tous à pouvoir "se relever" ».

Après avoir récité la prière de l’angélus, le Pape François a eu quelques mots pour la mémoire des missionnaires martyrs dont on célèbre la journée ce dimanche.

Il a rappelé qu’en 2018, 40 missionnaires avaient été tués, presque le double par rapport à l’année précédente. « Faire mémoire de ce calvaire contemporain des frères et sœurs persécutés ou tués en raison de leur foi en Jésus est un devoir de gratitude pour toute l’Église, mais aussi un stimulant pour témoigner avec courage de notre foi et de notre espérance en Celui qui sur la Croix a vaincu pour toujours la haine et la violence, avec son amour », a fait remarquer le Pape, qui doit se rendre ce lundi 25 mars à Lorette, en Italie, où il signera l’exhortation apostolique dédiée aux jeunes.

François qui a aussi fait mention des pourparlers en cours au Nicaragua depuis le 27 février. « J’accompagne par la prière cette initiative et encourage les parties à trouver au plus vite une solution pacifique pour le bien de tous », a-t-il déclaré.
Prière pour le Nigeria et le Mali

Enfin, le Pape François a assuré prier pour les nombreuses victimes des récents attentats survenus au Nigeria et au Mali.

Au Mali, l’on compte plus de 100 morts dans l’attaque d’un village peul samedi 23 mars. Un groupe de chasseurs traditionnels de la zone de Bankass, près du Burkina Faso, est accusé d’avoir perpétré l’attaque dans le village d’Ogossagou, dans le centre du pays.

(Avec V. N.)

Mercredi 20 mars 2019

Lors de l’audience générale, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses autour du Notre Père. Il s’est arrêté plus précisément sur la troisième invocation de la prière : « Que ta volonté soit faite ».

Le Pape a commencé par rappeler qu’avant le soin et l’attention prodigués par l’homme à la Terre, figurait « le soin infatigable de Dieu envers l’homme et la Terre ». Un renversement de perspective reflété par l’Évangile. Nous prions la volonté de Dieu pour qu’elle soit faite.

« Dieu n’est pas ambigu, il ne se cache pas derrière des énigmes, ni n’a planifié l’avenir du monde de manière indéchiffrable. Non, il est clair », a énoncé l’évêque de Rome. La Bible est pleine d’expressions qui nous parlent de la volonté positive de Dieu envers le monde. Et dans le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) , nous trouvons une collection de citations qui témoignent de cette volonté divine « patiente et fidèle ».

Ainsi, a relevé le Pape François en priant « que ta volonté soit faite », nous ne sommes pas invités à pencher la tête de façon servile, comme si nous étions des esclaves. Non ! Dieu veut que nous soyons libres. c’est l’amour de lui qui nous libère, a-t-il ajouté avant de préciser : « Le Notre Père est la prière des enfants, pas des esclaves ; des enfants qui connaissent le cœur de leur père et sont certains de son projet aimant ».

« Malheur à nous si, en prononçant ces mots, nous haussions les épaules nous rendant devant un destin qui nous repousse et que nous ne pouvons pas changer. Au contraire, c’est une prière pleine de confiance ardente en Dieu qui veut le bien pour nous, la vie, le salut. Une prière courageuse, voire combative, car dans le monde, il y a trop de réalités qui ne correspondent pas au plan de Dieu, nous les connaissons tous », a complété le Souverain pontife argentin.

À nous d’implorer : « Seigneur, renverse les plans du monde, transforme les épées en charrues et les lances en faucilles ; que personne ne devrait plus pratiquer l’art de la guerre ! Car Dieu veut la paix ».

Le Notre Père est une flamme qui nous pousse à transformer le monde avec amour. Et le Saint-Père de remarquer avec insistance : « Le chrétien ne croit pas en un "destin" inéluctable. Il n’y a rien de hasard dans la foi des chrétiens : il existe au contraire un salut qui attend de se manifester dans la vie de chaque homme et de chaque femme et de se réaliser dans l’éternité. Si nous prions, c’est parce que nous croyons que Dieu peut et veut transformer la réalité en surmontant le mal par le bien. Pour ce Dieu, il est logique d’obéir et de s’abandonner même à l’heure de la plus dure épreuve ».

Jésus, par exemple, est écrasé par le mal du monde, mais « s’abandonne avec confiance à l’océan de l’amour de la volonté du Père. Même les martyrs, dans leur procès, ne cherchaient pas la mort, mais la résurrection ».

Par amour, Dieu peut ainsi nous amener à emprunter des chemins difficiles, à faire l’expérience de blessures douloureuses et d’épines, mais il ne nous abandonnera jamais. Il sera toujours avec nous, à côté de nous, en nous. Pour un croyant, « cela est une certitude, plutôt qu’un espoir », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 17 Mars 2019

En ce deuxième dimanche de Carême, lors de l’audience précédant la prière de l’Angélus Place Saint-Pierre, le Pape François a commenté l’Évangile de Luc (9, 28b-36) qui nous fait contempler l’événement de la transfiguration. Lorsque Jésus concède à ses disciples un avant-goût de la gloire de la résurrection, il assure que la croix et les épreuves trouvent leur solution dans sa Pâques.

« L’évangéliste saint Luc (9,28-36) nous montre Jésus transfiguré sur la montagne, qui est le lieu de la lumière, symbole fascinant de l’expérience particulière réservée aux trois disciples », a expliqué le Pape François devant la foule réunie place Saint-Pierre. « Pendant qu’il priait, son visage devint autre et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante ».

Habitués à le voir chaque jour dans la simple apparence de son humanité, a commenté le Souverain Pontife, Pierre, Jacques et Jean restèrent saisis, « face à cette splendeur nouvelle qui embrasse toute sa personne ». Et, a continué le Saint-Père, aux côtés de Jésus apparurent Moïse et Élie qui parlèrent avec Lui de son prochain « exode », c’est-à-dire de sa Pâques de mort et résurrection, « Alors Pierre s’exclama : "Maître, il est bon que nous soyons ici !". Il voudrait que ce moment de grâce ne finisse plus ! »

Mais la transfiguration, a encore expliqué le Pape, « s’accomplit en un moment bien précis de la mission du Christ, c’est-à-dire après qu’il a confié aux disciples de devoir “souffrir beaucoup (…) Être tué, et le troisième jour, ressusciter” ». Ainsi, Jésus est conscient que ses disciples n’acceptent pas cette réalité, et il veut les préparer à supporter le scandale de la passion et de la mort en croix, afin qu’ils sachent le chemin par lequel le Père céleste fera arriver son fils à la gloire. « Aucun n’arrive à la vie éternelle s’il ne suit pas Jésus, en portant sa propre croix lors de sa vie sur terre », a abondé le Saint Père.

De cette manière, la transfiguration du Christ nous montre la perspective chrétienne de la souffrance. Ce n’est pas du « sadomasochisme », mais un « passage nécessaire et transitoire : en Lui est le salut, la béatitude, la lumière, l’amour de Dieu sans limite ». En montrant sa gloire, Jésus nous assure que la croix, les épreuves, les difficultés dans lesquelles nous nous débattons trouvent leur solution et sont dépassées dans sa Pâques.

Le Pape François a alors invité les pèlerins à gravir la montagne avec Jésus, par la prière : « Demeurons chaque jour recueillis pour quelques instants. Fixons notre regard intérieur sur son visage et laissons sa lumière nous pénétrer et irradier notre vie. » La prière en Jésus-Christ et en l’Esprit Saint transforme la personne de l’intérieur et peut illuminer le monde alentour, a ajouté le Pape François, avant de conseiller de donner de l’espace à la prière et à la Parole de Dieu, que la liturgie nous propose en abondance ces jours-ci.

« Que la Vierge Marie nous enseigne à rester avec Jésus même lorsque nous ne le comprenons pas, ni lui, ni ses méthodes. Parce que c’est seulement en restant avec Lui que nous verrons sa gloire. », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 10 mars 2019

Lors de la prière de l’Angélus de ce premier dimanche de Carême, le Pape est revenu sur le récit des tentations de Jésus dans le désert, évoqué dans l’Évangile du jour, tiré du premier chapitre de Saint-Marc.

Le pape François a mis en lumière « les trois tentations vécues par Jésus, qui indiquent trois routes que le monde propose toujours en promettant de grands succès : l’avidité de la possession, la gloire humaine, l’instrumentalisation de Dieu. Ce sont trois routes qui nous perdront », a martelé le Pape, détaillant les dangers de ces trois impasses.

« La route de l’avidité de possession. C’est toujours la logique insidieuse du diable », a rappelé François. Le diable utilise le « besoin légitime et naturel de se nourrir, de vivre, de se réaliser, d’être heureux, pour nous pousser à croire que tout cela est possible sans Dieu, et même contre Lui ». Mais Jésus lui nous invite à nous abandonner avec une pleine confiance à la providence du Père, qui prend toujours soin de ses enfants.

Deuxième tentation : « la route de la gloire humaine. Le diable dit : « Si tu te prosternes devant moi, tu auras tout ». « On peut perdre toute dignité personnelle, si on se laisse corrompre par les idoles de l’argent, du succès et du pouvoir, tout en rejoignant sa propre auto-affirmation ». Mais Jésus rappelle que l’on ne doit se prosterner que devant Dieu seul.

Troisième tentation : « instrumentaliser Dieu à son propre avantage. Au diable qui, en citant les Écritures, les invite à chercher en Dieu un miracle éclatant, Jésus oppose de nouveau la ferme décision de rester humble et confiant face au Père », en reprenant ce commandement reçu par Moïse : “Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu”. « Ainsi, Jésus repousse la tentation peut-être la plus subtile : celle de vouloir tirer Dieu de notre côté, en lui demandant des grâces qui en réalité servent à satisfaire notre orgueil », a expliqué le Pape François.

Face à ces trois pièges, il faut donc cultiver trois remèdes : « la vie intérieure, la foi en Dieu, la certitude de son amour », et ne surtout pas dialoguer avec le diable. Jésus n’a pas dialogué avec Satan, il s’est contenté de lui répondre en citant les Écritures : ce comportement doit nous inspirer pour vivre ce Carême comme un temps de vérité et de purification.

Au terme de cette prière de l’Angélus, le Pape François a repris la parole pour évoquer la béatification samedi à Oviedo de neuf séminaristes espagnols « tués en haine de la foi dans un temps de persécution religieuse », en l’occurrence la guerre d’Espagne. « Ces jeunes aspirants au sacerdoce ont tellement aimé le Seigneur qu’ils l’ont suivi sur la voie de la Croix. Que leur témoignage héroïque aide les séminaristes, les prêtres et les évêques à demeurer limpides et généreux, pour servir fidèlement le Seigneur et le saint peuple de Dieu », a exhorté le Saint-Père.

Après avoir salué les groupes présents, le Pape a enfin invité à prier pour lui et pour les responsables de la Curie romaine qui partent ce soir en retraite spirituelle à Ariccia. Toutes les activités publiques du Pape sont donc suspendues jusqu’à vendredi. Il n’y aura pas d’audience générale ce mercredi 13 mars, jour du 6e anniversaire de l’élection du Pape François.

(Avec V. N.)

Mercredi 6 mars 2019

Dans sa catéchèse de l’audience générale, donnée place Saint-Pierre, le Saint-Père a poursuivi son cycle sur le « Notre Père », revenant en particulier sur la seconde invocation de cette prière : « Que ton règne vienne » (Mt 6, 10), lorsque le croyant exprime son désir de voir le Règne du Seigneur arriver.

Ce souhait fut déjà celui de Jésus. Il avait ainsi « jailli » de son cœur : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (MC 1,15). Ces paroles ne sont pas une menace, explique le Pape, mais une annonce joyeuse. « Jésus ne veut pas pousser les gens à se convertir en semant la peur du jugement de Dieu ou le sentiment de culpabilité pour le mal commis ». Jésus ne fait pas de prosélytisme, il annonce simplement la Bonne Nouvelle et chacun est invité à croire en ce Dieu qui nous a envoyé son Fils qui nous aime et qui s’est fait proche.

Les signes de la venue du Règne de Dieu sont multiples, et tous sont positifs. Avec la venue de Jésus le Règne de Dieu est proche. Ainsi, Jésus lui-même commence son ministère en prenant soin des malades, de ceux qui vivent une exclusion sociale, des pécheurs qui sont regardés par tous avec mépris.

« Jésus est venu, mais le monde est encore marqué par le péché, peuplé de tant de gens qui souffrent, de personnes qui ne pardonnent pas, qui ne se réconcilient pas, par des guerres, par de nombreuses formes d’exploitation, notamment la traite des enfants ». Pour le Pape, tous ces faits sont la preuve que la victoire du Christ n’est pas encore complètement mise en œuvre. Tant d’hommes et de femmes vivent encore avec le cœur fermé, regrette-t-il. C’est d’ailleurs dans ces situations qu’apparaît sur les lèvres du chrétien l’invocation « Que ton Règne vienne ! » Et le Pape se demande avec nous pourquoi ce Règne se réalise si lentement.

« Dieu n’est pas comme nous, il est patient ! Ce n’est pas par la violence que s’instaure le Règne de Dieu dans le monde, mais par la douceur », explique François. Il parle du levain invisible et qui pourtant fait fermenter la masse ou du grain de moutarde qui porte en soi la force extrême de la nature. En son temps, la vie de Jésus aussi était un événement pratiquement inconnu des historiens de l’époque, « un grain de blé » comme il se définissait lui-même.

« Une graine qui germe est plus l’œuvre de Dieu que de l’homme qui l’a semée ». Dieu nous précède toujours. Dieu nous surprend toujours et grâce à lui, poursuit François, « après la nuit du Vendredi saint il y a une aube de résurrection capable d’illuminer d’espérance le monde entier ».

Le Pape invite ainsi chaque fidèle à semer cette invocation pour qu’elle bouleverse « nos péchés et nos échecs » ; à l’offrir aux personnes blessées par la vie, à celles qui vivent des jours inutiles sans comprendre pour quoi ou aux martyrs de l’histoire, aux personnes qui se sont battues pour la justice sans résultat, en ce monde toujours dominé par le mal. « Nous entendrons alors la prière du Notre-Père répondre ». Dans nos cœurs, assure François, nous entendrons le Seigneur nous annoncer sa venue prochaine.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Mars 2019

Devant la foule rassemblée Place Saint-Pierre pour la prière de l’Angélus, le Pape François a donné des conseils utiles pour le chemin de foi de tout croyant : exercer des responsabilités avec sagesse, corriger l’autre avec humilité, ne pas faire de commérages.

Le Saint-Père a expliqué chacune des brèves paraboles composant l’extrait de l’Évangile de Luc proposé ce dimanche (Lc 6, 39-45). Un passage qui, à la suite des précédents évangiles dominicaux, recommande un « comportement de douceur et de miséricorde pour être des personnes sincères, humbles et justes ».

Dans son enseignement aux disciples, Jésus évoque d’abord la figure du guide, qui « doit bien voir, c’est-à-dire qu’il doit posséder la sagesse pour guider avec sagesse ». Le Seigneur invite ceux qui ont des responsabilités, qu’elles soient religieuses ou civiles, « à être conscients de leur rôle délicat et à discerner toujours la juste route sur laquelle conduire les personnes ». Jésus étant lui-même le Maître, il demande, dans une formule « pleine de sagesse » selon le Pape, « à suivre son exemple et son enseignement pour être des guides sûrs et sages » : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître » (Lc 6,40).

La suite de l’Évangile, a continué le Pape François, « exhorte à ne pas être présomptueux et hypocrites ». « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? », interroge Jésus (v.40). Comme l’a pointé le Souverain Pontife, il est « souvent plus facile et commode de remarquer et de condamner les défauts et les péchés des autres, sans réussir à voir les siens avec autant de lucidité. Nous cachons toujours nos défauts, et aussi nous les cachons à nous-mêmes ». Si l’on pense ne pas avoir de défauts, a poursuivi le Pape, on ne peut pas « condamner ou corriger les autres ». « Nous avons tous des défauts, tous. Et nous devons en être conscients », a-t-il insisté, « avant de condamner les autres nous devons regarder en nous-mêmes ». Alors nous pourrons agir « de manière crédible, avec humilité, en témoignant de la charité », a souligné le Pape.

Encore faut-il savoir si notre œil est entravé ou non par une poutre. La réponse est dans la suite de l’Évangile : « Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit », explique le Seigneur Jésus (v. 43-44). « Le fruit, ce sont les actions mais également les paroles », a précisé le Saint-Père. « En effet, qui est bon fait sortir de son cœur et de sa bouche le bien, et qui est méchant en extrait le mal, en pratiquant l’exercice le plus délétère : les commérages », a-t-il mis en garde.

Puis, improvisant son message, le Souverain Pontife a dénoncé cette pratique du « bavardage » qui « détruit ». « Cela détruit la famille, détruit l’école, détruit le lieu de travail, détruit le quartier », a-t-il déploré, avant d’affirmer : « c’est par la langue que commencent les guerres ». Enfin le Pape a invité la foule à réfléchir à l’enseignement de Jésus en se posant les questions suivantes : « est-ce que je parle mal des autres ? Est-ce que je cherche toujours à salir les autres ? Pour moi est-il plus facile de voir les défauts d’autrui plutôt que les miens ? ». Un tel examen de conscience permettra de se corriger « au moins un peu : cela fera du bien à tout le monde ».

(Avec V. N.)

Mercredi 27 Février 2019

“Que ton Nom soit sanctifié” : cette première demande du “Notre Père” a été au cœur de la catéchèse du Pape en ce jour d’audience générale. Parler à Dieu n’exige pas de se perdre en vaines paroles a notamment assuré François ; le premier pas de la prière chrétienne consiste plutôt à s’en remettre au Seigneur et à sa Providence.

Le « Notre Père » est composé de 7 demandes, divisibles en 2 groupes : avec les 3 premières, « Jésus nous fait entrer dans ses désirs, tournés vers le Père », tandis qu’avec les 4 suivantes, « Il entre en nous et se fait l’interprète de nos besoins ».

Pour le Pape, cette dynamique est la « matrice de toute prière chrétienne », faite, d’un côté, de la contemplation de Dieu, de sa beauté et de sa bonté et de l’autre, de la « requête sincère et courageuse de ce qui nous est nécessaire pour vivre, et vivre bien ».

Le premier pas de la prière chrétienne consiste à s’en remettre à Dieu à sa Providence, car Il nous connait mieux que nous-mêmes, Il sait d’avance ce à quoi notre cœur aspire. Cet acte de confiance initial nous conduit à Lui demander ce dont nous avons besoin, « sans angoisse, ni agitation ». C’est pour cela que nous prions en demandant : « que Ton nom soit sanctifié ». Dans cette invocation, on sent toute « l’admiration de Jésus pour la beauté et la grandeur de son Père, et le désir que tous le reconnaissent et l’aiment pour ce qu’Il est vraiment ». Avec notre prière et notre témoignage, nous manifestons, nous aussi, la sainteté de Dieu. Et le Pape d’insister : « la sainteté de Dieu doit se refléter dans nos vies… Dieu est saint, mais si notre vie ne l’est pas, il y a une grande incohérence ! »

La sainteté de Dieu est une « force en expansion, elle s’élargit en cercles concentriques ». Aussi, la prière chasse-t-elle la peur. Pour le Pape, nous devons prier, forts de ces certitudes : « l’Esprit-Saint travaille en secret pour la rédemption du monde », Dieu nous aime, et les « jours du mal sont comptés ».

(Avec V. N.)

Dimanche 24 février 2019

Avant de prier l’Angélus avec les pèlerins rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape François a commenté l’Évangile de ce jour. Un passage qui aborde « un point central et caractéristique de la vie chrétienne : l’amour des ennemis ».

« Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » (Lc 6, 27-28). Ainsi commence l’Évangile qui nous est proposé ce dimanche. Les prescriptions de Jésus, rapportées par saint Luc, ne sont pas « une option, c’est un commandement », a d’emblée précisé le Pape François. Mais cette exigence n’est pas au-delà de nos forces, pour autant que l’on se mette à l’écoute du Seigneur… « et alors cela devient possible ! », a assuré le Pape, rappelant que Jésus « s’est fait homme » non pas « pour nous laisser tels que nous sommes, mais pour nous transformer en hommes et en femmes capables d’un amour plus grand, celui de son Père et de notre Père ».

La suite de l’Évangile va dans ce sens : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux », demande Jésus. Celui qui s’efforce de suivre le Seigneur « devient fils de Dieu et commence à ressembler vraiment au Père qui est aux cieux ». Une transformation radicale, qui dépasse voire démentit ce que l’on aurait pu imaginer. « Nous n’avons plus besoin d’être violents, avec les mots et les gestes ; nous nous découvrons capables de tendresse et de bonté ; et nous sentons que tout cela ne vient pas de nous mais de Lui ! Et donc ne nous en vantons pas, mais soyons seulement reconnaissants », a recommandé le Saint-Père.

« La logique de l’amour, qui culmine dans la Croix du Christ, est l’insigne du chrétien et nous pousse à aller à la rencontre de tous avec un cœur de frère », a-t-il également déclaré. « Il n’y a rien de plus grand et de plus fécond que l’amour », a poursuivi François, puisqu’il « confère à la personne toute sa dignité, alors que la haine et la vengeance la diminuent, défigurant la beauté de la créature faite à l’image de Dieu ». Le commandement d’amour du Seigneur Jésus fait advenir « la révolution de l’amour, dont les principaux personnages sont les martyrs de tous les temps ». Le Fils de Dieu « nous assure que notre comportement, empreint d’amour envers ceux qui font le mal, ne sera pas vain ». « Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous », est-il écrit au dernier verset de l’Évangile de ce dimanche. « Ce sera une belle chose que Dieu nous donnera si nous sommes généreux, miséricordieux », a souligné le Pape.

En conclusion de son message, le Pape a rappelé l’importance du pardon, évoqué dans « cette parole sainte de Jésus, brûlante comme le feu ». « Nous devons pardonner parce que Dieu nous a pardonnés et qu’il nous pardonne toujours », a-t-il affirmé. « Si nos cœurs s’ouvrent à la miséricorde, si le pardon est scellé par une accolade fraternelle et si les liens de la communion se resserrent, nous proclamons devant le monde qu’il est possible de vaincre le mal par le bien », a résumé le Souverain Pontife. « Parfois il est nous est plus facile de nous souvenir des torts que l’on nous a faits et des maux que l’on nous a faits et non des choses bonnes », a-t-il par ailleurs fait remarquer, regrettant que cela « devienne une maladie » chez certains. « Ce sont des “collectionneurs d’injustice”, ils se rappellent seulement les mauvaises choses qu’on leur a faites », a-t-il insisté. Jésus nous invite à « faire le contraire » : ainsi, « quand quelqu’un vient avec une rumeur, qui parle mal de l’autre, dire “Mais oui, peut-être, mais il a cela de bon” ». En bref, « renverser le discours. C’est ça, la révolution de la miséricorde », a indiqué le Pape.

(Avec V. N.)

Mercredi 20 février 2019

Le Pape a poursuivi sa catéchèse sur le Notre Père, à partir d’extraits du Livre d’Isaïe (49, 14-16), insistant sur l’imperfection de l’amour terrestre, comparé à celui prodigué par Dieu.

« La première étape de chaque prière chrétienne est l’entrée dans un mystère, celui de la paternité de Dieu », a commencé le Pape, mettant en relief cette paternité divine avec la figure de nos parents.

« Aucun d’entre nous n’a eu de parents parfaits. Comme nous, nous ne serons jamais des parents ou des pasteurs parfaits », a-t-il justifié.

Par ailleurs, « nos relations amoureuses vivent toujours sous le signe de nos limites et de notre égoïsme, elles sont donc souvent polluées par des désirs de possession ou de manipulation de l’autre… C’est pourquoi parfois les déclarations d’amour se transforment en sentiments de colère et d’hostilité », a ajouté le Souverain pontife.

De ce fait, lorsque nous évoquons Dieu, en tant que « père », nous devons aller au-delà de nos représentations terrestres. Selon le Pape, il s’agit là d’un « amour total », que nous ne goutons qu’imparfaitement dans cette vie.

Et le Pape de regretter : « Les hommes et les femmes sont éternellement des mendiants de l’amour, à la recherche d’un lieu pour être finalement aimé, mais ils ne le trouvent pas. Combien d’amitiés et d’amours déçus dans notre monde ! » Le Souverain pontife argentin a fait ensuite allusion au dieu grec de l’amour, « le plus tragique de tous », dont on ne sait pas s’il est ange ou démon.

« La mythologie dit qu’il est le fils de Poros et de Penía, c’est-à-dire de ruse et de pauvreté, destiné à lui-même à porter une partie de la physionomie de ces parents. À partir de là, nous pouvons penser à la nature ambivalente de l’amour humain : capable de s’épanouir et de dominer la vie en une heure de la journée et immédiatement après, le dépérissement et la mort ; celui qui le saisit lui échappe toujours (Platon, Symposium, 203) », a poursuivi le Saint-Père, citant l’expression du prophète Osée : « Ton amour est comme un nuage du matin, comme la rosée qui s’estompe à l’aube" (6 : 4) ».

Pour le Pape, voici donc ce que notre amour représente souvent : « une promesse qui a du mal à tenir, une tentative qui bientôt se dessèche et s’évapore, un peu comme lorsque le soleil se lève le matin et enlève la rosée de la nuit ».

Combien de fois nous, les hommes, avons-nous aimé d’une manière aussi faible et intermittente ?, interpelle-t-il, avant de compléter : « Désireux d’aimer, nous nous sommes heurtés à nos limites, à la pauvreté de nos forces : incapables de tenir une promesse qu’il semblait facile de réaliser aux jours de grâce ».

Cependant, relève encore le Pape François, il existe un autre amour, celui du Père qui est au ciel. Et là, « personne ne devrait douter qu’il soit le destinataire de cet amour. Si même notre père et notre mère ne nous avaient pas aimés, il y a un Dieu au ciel qui nous aime comme personne sur terre ne l’a jamais fait et ne peut jamais le faire », insiste bien le Pape, développant : « Si tous nos amours terrestres s’effondrent aussi et qu’il ne reste que de la poussière, il y a toujours pour nous tous, brûlant, l’unique et fidèle amour de Dieu ».

L’expression « dans les cieux » ne veut alors pas exprimer une distance, mais « une différence radicale, une autre dimension », explique-t-il, enjoignant le plus grand nombre à « ne pas avoir peur », car « aucun de nous n’est seul ».

(Avec V. N.)

Dimanche 17 Février 2019

Avant de réciter l’Angélus place Saint-Pierre de Rome, le Pape François a livré une méditation sur les Béatitudes de l’évangile du jour selon saint Luc (cf. Lc 6, 17-20-26). Il a mis en garde contre « les professionnels de l’illusion » et l’esprit du monde.

Avec ces Béatitudes fortes et incisives, « Jésus ouvre nos yeux, nous fait voir avec son regard, au-delà des apparences, outre la superficie, et nous enseigne à discerner les situations avec foi », a affirmé d’emblée le Souverain pontife argentin, rappelant que Jésus déclarait bienheureux « les pauvres, les affamés, les affligés, les persécutés », et mettait en garde « ceux qui sont riches, repus, rieurs et acclamés par les gens ».

Jésus voit la Béatitude au-delà des réalités négatives, a souligné le Pape, justifiant que c’était pour cette raison paradoxale que les problèmes surgissant sur le chemin de « ceux qui vivent bien aujourd’hui », étaient plutôt destinés à les « réveiller de la dangereuse illusion de l’égoïsme », de même qu’à les ouvrir à « la logique de l’amour », « tant qu’il en est temps… »

Selon le Pape François, il s’agit donc « de briser les idoles mondaines, ouvrir son cœur au Dieu vivant et vrai », d’autant que « nombreux sont ceux qui se proposent comme distributeurs de bonheur : ceux qui promettent le succès en peu de temps, qui promettent de gros gains ou des solutions magiques à chaque problème ». L’idolâtrie se profile alors, péché contre le premier commandement, avertit le Pape François.

Jésus ouvre nos yeux à la réalité : « Nous sommes appelés au bonheur, à être dans la Béatitude, et nous le devenons à partir du moment où nous nous plaçons du côté de Dieu, de son royaume, du côté de ce qui n’est pas éphémère mais dure pour la vie éternelle ».

« Nous atteignons la joie si nous évitons les idoles auxquelles nous vendons notre âme, mais que nous partageons avec nos frères », a-t-il mentionné, avant de résumer : « Les Béatitudes du Christ sont un message déterminant, qui nous encourage à ne pas faire confiance aux choses matérielles et passagères, à ne pas rechercher le bonheur en suivant les vendeurs de fumée et les professionnels de l’illusion ».

Ainsi, le Seigneur nous aide à acquérir un regard plus pénétrant sur la réalité, à guérir de la myopie chronique dont l’esprit mondain nous contamine. « Il nous secoue et nous fait reconnaître ce qui nous enrichit vraiment, nous satisfait, nous donne joie et dignité. En somme, ce qui donne vraiment du sens et de la plénitude à nos vies », a-t-il conclu.

Après la prière de l’Angélus, le Saint-Père a évoqué la prochaine Rencontre pour la protection des mineurs : « Je vous invite à prier pour ce rendez-vous, que j’ai souhaité comme un acte de forte responsabilité pastorale pour affronter un défi urgent de notre époque ».

La Rencontre pour la protection des mineurs réunira en salle du Synode autour du Pape les présidents des conférences épiscopales du monde entier, et sera structurée en trois parties : les responsabilités spirituelles et juridiques de l’évêque, la reddition de compte à la hiérarchie ecclésiale, et enfin la transparence interne, mais aussi vis-à-vis de l’autorité étatique et de tout le peuple de Dieu.

« Les abus sur mineurs constituent l’un des crimes les plus vils et néfastes qui puissent exister », avait affirmé le Pape lors de son discours au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège en janvier.

Le Pape François a garanti sa présence tout au long du sommet. Lundi 18 février aura lieu la conférence de presse de présentation de ce grand rendez-vous pour l’Église, en présence des membres du comité d’organisation de la Rencontre.

Le cardinal Cupich, archevêque de Chicago, Mgr Scicluna, archevêque de Malte, ou encore le père Lombardi, modérateur de la Rencontre, et le père Zollner, président du Centre pour la protection des mineurs à l’Université grégorienne de Rome, interviendront.

(Avec V. N.)

Mercredi 13 Février 2019

Dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi 13 février, tenue en Salle Paul VI, le Pape François a repris ce matin le cycle de ses catéchèses sur le Notre Père, en expliquant qu’il faut prendre exemple sur Jésus, qui invite à prier dans le secret du cœur, sans chercher à se faire remarquer par les autres.

« Jésus ne veut pas l’hypocrisie. La vraie prière est celle qui s’accomplit dans le secret de la conscience, du cœur : insondable, visible seulement pour Dieu. Moi et Dieu. » Le Pape a insisté sur cette dimension interpersonnelle, ce « dialogue silencieux, comme un carrefour de regards entre deux personnes qui s’aiment ». La prière est donc une relation personnelle en profondeur, mais qui ne doit pas mener à une forme d’intimisme réduisant la vie spirituelle à un petit monde intérieur autocentré.

« Dans le secret de la conscience, le chrétien ne laisse pas le monde derrière la porte de sa chambre, mais il porte dans le cœur les personnes, les situations, les problèmes » qui l’entourent. Le Pape a d’ailleurs remarqué que le pronom “je” n’intervient jamais dans cette prière, mais que l’on s’adresse au Seigneur en le tutoyant, et en s’intégrant dans « une communauté de frères et sœurs », en disant “nous”. La belle expression « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » doit d’ailleurs concerner tous les pauvres du monde et nous inciter au partage.

« Dans la prière, un chrétien porte toutes les difficultés des personnes qui vivent à côté de lui (…) : il pose devant lui de nombreux visages amis ou même hostiles ; il ne les chasse pas comme des distractions dangereuses ». La prière doit être liée à la compassion pour les plus pauvres, encore une fois comme Jésus nous y invite. Elle ne doit pas être une espèce d’anesthésie, pour être tranquille.

Au soir de notre vie, « nous serons jugés sur l’amour », non pas sur de simples sentiments, mais sur notre compassion, nos engagements concrets, a rappelé le Pape, avant de conclure sur cette citation de l’Évangile selon saint Matthieu : « Tout ce que vous avez fait à un seul de mes frères les plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait ».

(Avec V. N.)

Dimanche 10 février 2019

Lors de l’audience de l’Angélus, le Pape François a commenté l’Evangile de Saint Luc qui revient sur l’appel de Jésus à Simon-Pierre : « Jésus, sur la rive du lac de Galilée le voit alors qu’il répare les filets, aux côtés d’autres pécheurs » a rappelé le Saint-Père, « il le voit fatigué et déçu car il n’a pas trouvé de poisson ».

« Jésus le surprend par un geste imprévu », a poursuivi le Pape, en montant sur la barque et demandant de s’éloigner un peu du rivage pour enseigner la foule. Et ses paroles rouvrent à la confiance jusqu’au cœur de Simon. Jésus surprend par cette phrase : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »
La réponse de la foi

Simon répond avant tout par une objection a rappelé le Pape : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » et comme pécheur, il aura pu répondre aussi : « Si nous n’avons rien pris de la nuit, nous pêcherons encore moins durant le jour ». Mais Simon, a expliqué le Saint-Père, inspiré par la présence de Jésus est illuminé par sa Parole et dit finalement : « sur ta parole, je vais jeter les filets ».

C’est la réponse de la foi, a poursuivi le Pape, que nous sommes nous aussi appelés à donner, c’est le comportement de disponibilité que le Seigneur demande à tous ses disciples, surtout à ceux qui ont des responsabilités dans l’Eglise.

L’obéissance confiante de Pierre génère un résultat prodigieux a poursuivi François : « Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer ». Cette pêche miraculeuse est signe de la puissance de la parole de Jésus, quand nous mettons avec générosité à son service, il accompli en nous de grandes choses.

« Jésus nous demande de l’accueillir sur la barque de nos vie », a expliqué le Pape, pour repartir avec Lui et fendre une mer nouvelle, pleine de surprises. Son invitation à sortir en haute mer à l’humanité de notre temps, pour être témoins de bonté et de miséricorde, donne un sens nouveau à notre existence, qui risque souvent de s’aplatir sur elle-même.

Nous pouvons parfois rester surpris ou réticents face à cet appel, a encore souligné le Saint-Père, tenter de le refuser pensant qu’il ne nous est pas adapté. Pierre lui-même, après sa pêche incroyable dit à Jésus : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur », mais il le dit à genoux, devant Celui qu’il reconnaît comme « Seigneur ».

Mais Jésus l’encourage : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Si nous lui faisons confiance a expliqué le Pape, il nous libère de notre péché et nous ouvre devant un horizon nouveau : collaborer à sa mission.

Le Pape a conclu sa méditation en rappelant que le plus grand miracle réalisé par Jésus pour Simon et les autres pécheurs déçus et fatigués n’était pas tant dans les filets pleins de poisson, mais de les avoir encouragé à ne pas tomber dans la déception et le découragement face aux défaites. Il les a ouverts pour qu’ils deviennent annonciateurs et témoins de sa parole et du Règne de Dieu. Que la Vierge, a demandé François nous aide à sentir la fascination de l’appel du Seigneur.

A la suite de la prière de l’Angélus, et à l’occasion de la cinquième Journée mondiale de prière contre la traite, le Saint-Père a tenu à honorer la mémoire de Sainte Bakhita, fêtée le 8 février. La prière à Sainte Joséphine Bakhita a été distribuée place Saint-Pierre et le Pape a invité les fidèles à unir leur voix avec la sienne.

A l’age de 7 ans, la soudanaise a été vendue comme esclave et « a dû affronter des difficultés et des souffrances indicibles ». « Une fois libérée de ta servitude physique, tu as trouvé la vraie rédemption dans la rencontre avec le Christ et son Église », a déclaré François depuis la fenêtre du palais apostolique, avant de demander à Sainte Joséphine Bakhita d’aider tous ceux qui sont pris au piège de la servitude. « En leur nom, intercède auprès du Dieu de la miséricorde, afin que les chaînes de leur prison puissent être rompues. Puisse Dieu lui-même libérer tous ceux qui sont menacés, blessés ou maltraités à cause de la traite et du trafic d’être humain. » Que Bakhita enseigne à tous ceux qui survivent à voir Jésus comme un modèle de foi et d’espérance, ainsi ils pourront guérir de leurs propres blessures.

« Je te supplie de prier et d’intercéder pour chacun de nous » a conclu le Souverain Pontife, « afin que nous ne tombions pas dans l’indifférence, afin que nous ouvrions les yeux et puissions regarder les misères et les blessures de tant de nos frères et soeurs privés de leur dignité et de leur liberté et écouter leur cri d’aide, Amen. »

(Avec V. N.)

Mercredi 6 Février 2019

Lors de l’audience générale du mercredi, tenue en Salle Paul VI, le Pape est revenu sur son voyage aux Émirats arabes unis, qui s’est achevé hier : « Un voyage bref mais très important qui a écrit une nouvelle page dans l’histoire du dialogue entre le christianisme et l’islam, et dans l’engagement de promouvoir la paix dans le monde sur la base de la fraternité humaine ».

« Pour la première fois, un Pape s’est rendu dans la Péninsule arabique », a souligné l’évêque de Rome, en remarquant que « la Providence a voulu que ce soit un Pape du nom de François, 800 ans après la visite de saint François d’Assise au sultan al-Malik al-Kamil ». Le Pape s’est donc inspiré du saint dont il a choisi de porter le nom pour garder dans son cœur « l’Évangile du Christ, la prière du Père pour tous ses enfants, spécialement pour les plus pauvres, pour les victimes des injustices, des guerres, de la misère ; la prière pour que le dialogue interreligieux entre le christianisme et l’islam soit un facteur décisif pour la paix dans le monde d’aujourd’hui ».

En remerciant les autorités du pays, le Pape a expliqué que la forte croissance des Émirats arabes unis durant les dernières décennies a fait de ce territoire « un carrefour entre Orient et Occident, une oasis multiethnique et multireligieuse, et donc un lieu adapté pour promouvoir la culture de la rencontre ». Il a également souligné le dévouement de tous les prêtres des différents rites, des religieux et des laïcs qui animent la présence chrétienne sur cette terre.

Le Saint-Père invite à étudier attentivement le Document sur la Fraternité humaine qu’il a signé avec le Grand-Imam d’Al-Azhar, qui se situe dans la continuité de leur rencontre au Caire en 2017, et qui vise à donner un signe de respect et de dialogue à partir des valeurs communes entre le monde chrétien et le monde musulman, comme la promotion de la vie et de la famille, le sens religieux, le respect des anciens ou encore l’éducation des jeunes.

Il a enfin souligné la forte et étonnante affluence lors de la messe célébrée hier, qui a été l’occasion de prier « pour la paix et la justice, avec une intention spéciale pour le Moyen-Orient et pour le Yémen ». Ce voyage a été révélateur des « surprises de Dieu », a conclu le Pape François, qui a invité à prier pour que tout ce qui a été semé apporte des fruits, « selon ce que Dieu voudra ».

Au terme de l’audience, le Pape François a lancé un appel suite au naufrage d’une barque samedi dernier au large des Bahamas, avec des dizaines de migrants haïtiens à bord, « en recherche d’espérance et d’un futur de paix. » Le Pape a donc adressé sa « pensée affectueuse aux familles éprouvées par la douleur, ainsi qu’au peuple haïtien frappé par cette nouvelle tragédie. Je vous invite à vous unir à ma prière pour ceux qui ont dramatiquement disparu et pour les blessés », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Février 2019

Avant la prière de l’Angélus, le Pape François a commenté l’Évangile du jour, qui fait suite à celui de la semaine dernière. Jésus est à la synagogue de Nazareth, au début de son ministère public, où il se heurte à l’incompréhension et à la méfiance de ses compatriotes.

Ceux qui fréquentent la synagogue de Nazareth voudraient que Jésus fasse des miracles « là, à Nazareth », a expliqué le Pape François, mais cela « ne correspond pas au plan de Dieu : Dieu veut la foi, eux veulent les miracles ; Dieu veut sauver tout le monde, et eux veulent un Messie à leur propre avantage ».

Jésus tente de le leur faire comprendre par deux exemples : ceux des prophètes Élie et Élisée, venus guérir des étrangers. Mais devant cette invitation « à ouvrir leurs cœurs à la gratuité et à l’universalité du salut, les citoyens de Nazareth se rebellent », a poursuivi le Saint-Père. Ils deviennent agressifs envers Jésus et le poussent « hors de la ville » (v29).

Ainsi commence le ministère public de Jésus, « avec un refus et avec une menace de mort ». Toutefois Jésus « sait bien qu’il doit affronter la fatigue, le refus, la persécution et la défaite » en accomplissant la mission que lui confie le Père. « Un prix que la prophétie authentique est appelée à payer, hier comme aujourd’hui », a souligné le Pape. Mais cela « ne décourage pas Jésus » ni n’empêche « la fécondité de son action prophétique ». Il continue son chemin (cf. v30), « confiant dans l’amour du Père ».

Comme l’a montré le Pape François, cet Évangile est un exemple pour les croyants d’aujourd’hui. Le monde actuel « a besoin de voir dans les disciples du Seigneur des prophètes, c’est-à-dire des personnes courageuses et persévérantes dans leur réponse à la vocation chrétienne ». Des personnes poussées par l’Esprit-Saint, « qui les envoie annoncer l’espérance et le salut aux pauvres et aux exclus » ; des personnes « qui suivent la logique de la foi » et non celle du miracle ; des personnes « dévouées au service de tous, sans privilèges et exclusions ». Autrement dit, a conclu le Souverain Pontife, « des personnes qui s’ouvrent pour accueillir en elles-mêmes la volonté du Père et s’engagent à en témoigner aux autres fidèlement ».

(Avec V. N.)

Mercredi 30 Janvier 2019

Lors de l’audience générale de ce mercredi au Vatican, le Pape François de retour d’Amérique centrale a souhaité, avec les fidèles présents en Salle Paul VI, rendre grâce pour son voyage au Panama à l’occasion des 34èmes Journées mondiales de la Jeunesse qui se sont achevées dimanche. Ces JMJ ont été « un don du Seigneur à l’Eglise et au peuple de ce pays ». Lors de sa catéchèse, le Pape est revenu sur les temps forts de cet événement.

Pour leur accueil chaleureux,Lors de l’audience générale de ce mercredi au Vatican, le Pape François de retour d’Amérique centrale a souhaité, avec les fidèles présents en Salle Paul VI, rendre grâce pour son voyage au Panama à l’occasion des 34èmes Journées mondiales de la Jeunesse qui se sont achevées dimanche. Ces JMJ ont été « un don du Seigneur à l’Eglise et au peuple de ce pays ». Lors de sa catéchèse, le Pape est revenu sur les temps forts de cet événement. le Pape François remercie encore le président et autres autorités du Panama, les évêques, les volontaires et tous ces gens enthousiastes, à la foi ardente, qui ont accouru de toutes parts. Il se dit frappé par la manière dont les parents portaient leurs enfants, leur orgueil et leur fierté, à bouts de bras quand passait la papamobile. Quelle dignité dans ce geste, et quel message pour l’Europe en plein hiver démographique.

Au Panama, le Pape a souligné combien la présence joyeuse des jeunes a su contaminer même les rencontres les plus formelles, avec les autorités, ou les plus recueillies, avec les mineurs détenus. Ce fut « une fête » pour la jeunesse, pour le pays et pour toute l’Amérique centrale « frappée par tant de drames et qui a besoin d’espérance, de paix et de justice ».

Le Pape s’est félicité du « beau geste » que ces rencontres en amont des JMJ entre les jeunes autochtones et afro-américains. « Une initiative importante qui manifeste particulièrement bien le visage multiforme de l’Église en Amérique latine ». Le Pape se réjouit de la grande symphonie de langues et de visages qui suivit à l’arrivée des jeunes du monde entier.

« Voir tous les drapeaux défiler ensemble, danser dans les mains de jeunes heureux de se rencontrer est un signe prophétique, un signe à contre-courant par rapport à la triste tendance actuelle des nationalismes conflictuels qui érigent des murs et se ferment à l’universalité, à la rencontre avec les peuples. C’est un signe que les jeunes chrétiens sont dans le monde levain de paix ».

Le thème de ces JMJ était la réponse que la Vierge Marie fit à l’Ange : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». De fait, affirme François, tant que se lèveront de nouvelles générations capables de répondre à Dieu : « me voici », le monde aura un avenir.

Parmi les étapes incontournables des JMJ, il y a le Chemin de Croix. Marcher avec la Vierge derrière Jésus qui porte la croix est « une école de la vie chrétienne : là on apprend l’amour patient, silencieux et concret ». Un temps cher au Pape François, confie-t-il. En Amérique centrale, beaucoup de jeunes vivent dans des conditions difficiles, « victimes de toutes sortes de servitudes et de pauvretés » et, à cet égard, le Chemin de croix et la liturgie pénitentielle, célébrée dans une maison de rééducation pour mineurs, ont été très significatifs, explique-t-il.

Autres temps forts de ces JMJ : la veillée et la messe du lendemain matin. Pendant la veillée, le Pape a voulu proposer aux jeunes la Vierge Marie « comme celle qui, dans sa petitesse, a le plus influencé l’histoire du monde ». Elle est « l’influenceuse de Dieu ». Lors de la Messe, le Pape a taché de leur faire comprendre que le Christ ressuscité, avec la force de l’Esprit Saint les invitent à vivre l’Evangile aujourd’hui, car « ils sont l’aujourd’hui de l’Eglise et du monde ». Le Pape assure avoir fait appel à la responsabilité des adultes, pour que ne manquent pas aux nouvelles générations l’instruction, le travail, la communauté et la famille.

Le Pape François a évoqué la rencontre avec les évêques d’Amérique centrale, « un moment spécial de consolation ». Ensemble, ils se sont laissés pétrir par le témoignage de Saint Oscar Romero pour « sentir avec l’Église ».

Enfin, il est revenu sur « un signe de beauté retrouvée, à la Gloire de Dieu pour la foi et la fête de son peuple », à savoir la consécration de l’autel de la cathédrale Santa Maria La Antigua, qui fut fermée pendant sept ans.

« Puisse la famille de l’Église au Panama et dans le monde, obtenir toujours de l’Esprit Saint une nouvelle fécondité pour que le pèlerinage des jeunes disciples missionnaires du Christ se poursuive et se propage sur la terre », a conclu le Saint-Père.

A l’issue de la catéchèse, François a salué les pèlerins de différentes langues et nations, notamment ceux du diocèse de Versailles, en France. En Italien, il a également salué la figure de saint Jean Bosco dont la mémoire sera célébrée demain. « Père et maître des jeunes », Don Bosco a su faire sentir à chaque jeune qu’il rencontrait « l’étreinte de Dieu », leur offrant ainsi « de l’espérance, une maison, un avenir ». Le Pape espère que son témoignage aide à comprendre combien il est important d’éduquer les jeunes générations aux authentiques valeurs humaines et spirituelles.

(Avec V. N.)

Dimanche 27 janvier 2019

Après avoir présidé la messe de clôture des Journées Mondiales de la Jeunesse, le Saint-Père s’est rendu ce dimanche à la Casa Hogar du Bon Samaritain Juan Díaz. Situé en périphérie de la capitale panaméenne, ce lieu accueille des jeunes malades du sida. Le Pape François y a rencontré les résidents avant de prononcer un discours et de réciter avec eux la prière de l’Angélus.

Le Pape, très attendu dans ce foyer d’accueil du Bon Samaritain, a été accueilli dans un climat de simplicité et d’amitié. Un petit garçon de 13 ans, vêtu de l’habit des franciscains, a même entonné un chant devant le Saint-Père, reprenant les mots de saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta Paix ».

Après avoir été salué par le directeur de la Casa Hogar, le père Domingo Escobar, le Pape s’est adressé à l’assemblée. Une centaine de personnes étaient présentes, religieux et laïcs, dont les 18 malades du centre ainsi que des jeunes venus de d’autres foyers du Panama.

« J’ai beaucoup désiré cette rencontre avec vous qui êtes ici », a d’abord reconnu le Saint-Père. « Être ici avec vous est pour moi un motif pour renouveler l’espérance. Merci de le permettre ». Le Souverain Pontife a ensuite assuré que la Casa Hogar est « le signe de cette vie nouvelle que le Seigneur veut nous donner ». « Ce ne sont pas seulement ceux que nous pourrions appeler les “premiers bénéficiaires” qui naissent ici de nouveau ; ici l’Église et la foi naissent et se recréent continuellement par la charité », a-t-il ajouté.

Le Saint-Père a également évoqué la figure du Bon Samaritain, dont le foyer porte le nom. Il montre que « le prochain est avant tout un visage que nous rencontrons en chemin, et par lequel nous nous laissons déplacer et émouvoir : déplacer nos schémas, nos priorités, et émouvoir intimement par ce que vit cette personne, afin de lui donner un lieu et un espace dans notre agir ».
Se laisser toucher par un visage

Une nouvelle fois, le Souverain Pontife a dénoncé « l’indifférence », qui « elle aussi, blesse et tue ». Au contraire, le Bon Samaritain « nous montre que le prochain est en premier lieu une personne, quelqu’un avec un visage concret, réel, et non pas une chose par-dessus laquelle passer ou à ignorer, quelle que soit sa situation. C’est le visage qui révèle notre humanité tant de fois souffrante et ignorée. C’est le visage qui gêne superbement la vie parce qu’il nous rappelle et nous met sur le chemin de ce qui est vraiment important, et nous délivre de banaliser et de rendre inutile notre suite du Seigneur », a insisté le Pape.

Ce visage, c’est aussi celui « silencieux et maternel de l’Église qui est capable de prophétiser et de créer des foyers, de créer des communautés », a poursuivi le Pape François. Un visage « qui normalement ne se voit pas et passe inaperçu, mais qui est le signe de la miséricorde tendre et concrète de Dieu, le signe vivant de la bonne nouvelle de la résurrection qui agit aujourd’hui dans notre vie ».

Le Pape a ensuite offert une réflexion sur le sens du foyer, lieu de vie, de partage et de pardon. « Créer un “foyer”, c’est créer une famille », a-t-il expliqué. « C’est apprendre à se sentir unis aux autres au-delà des liens utilitaires ou fonctionnels qui nous font sentir la vie un peu plus humaine. Créer un foyer, c’est faire en sorte que la prophétie prenne corps et rende nos heures et nos jours moins inhospitaliers et anonymes. C’est créer des liens qui se construisent par des gestes simples, quotidiens et que nous pouvons tous faire ». Un foyer vit grâce « à la collaboration de chacun ». Et cela « implique de demander au Seigneur de nous donner la grâce d’apprendre à avoir de la patience, à se pardonner ; apprendre tous les jours à recommencer », a insisté le Saint-Père.

Celui-ci a enfin invité l’assemblée à se tourner vers la Vierge Marie, à lui remettre « inquiétudes et besoins », « douleurs » et « blessures », « afin que, en Bonne Samaritaine, elle vienne à nous et nous porte secours par sa maternité, par sa tendresse, par son sourire de Mère ».

Après la prière de l’Angélus et le message qui a suivi, le Pape a passé du temps avec les différents invités. Beaucoup se sont succédé auprès du Saint-Père pour échanger avec lui quelques mots, lui remettre un cadeau, lui demander sa bénédiction. Il s’agissait majoritairement de jeunes, venus de différents pays, accueillis dans des foyers tenus par des religieux pour des raisons douloureuses : maladie, violences subies, emprise de la drogue… La spontanéité et l’affection ont dominé ce temps privilégié, dont tous repartiront avec de nouvelles forces pour leur chemin de vie.

Après l’Angélus prié depuis le Panama, le Saint-Père avait condamné le double attentat qui a endeuillé les Philippines samedi. Il a aussi exprimé sa proximité avec la population de divers pays frappés récemment par des épisodes de violence, notamment en Amérique latine.

Depuis la Casa Hogar du Bon Samaritain, au terme de la prière de l’Angélus, le Saint-Père a délivré ce dimanche un bref message rassemblant plusieurs intentions de prière.

Le Pape François a exprimé ses condoléances pour les victimes de l’attaque meurtrière ayant frappé samedi la cathédrale de Jolo, au sud des Philippines. « Je rappelle ma plus ferme réprobation pour cet épisode de violence, qui apporte de nouveaux deuils dans cette communauté chrétienne, et j’élève mes prières pour les défunts et pour les blessés. Que le Seigneur, prince de la paix, convertisse le cœur des violents et accorde aux habitants de la région une coexistence sereine », a exhorté le Saint-Père.

Le Pape s’est également exprimé aujourd’hui sur la crise vénézuélienne. Durant ces journées passées au Panama, il dit s’être senti « particulièrement uni » au peuple vénézuélien. « Face à la grave situation qu’il est en train de vivre, je demande au Seigneur que soit recherchée et atteinte une solution juste et pacifique pour surmonter la crise, dans le respect des droits humains et en recherchant exclusivement le bien de tous les habitants du pays », a déclaré François, qui a invité à prier pour le Venezuela par l’intercession de Notre-Dame de Coromoto, la sainte patronne du pays.

Le Saint-Père a « recommandé à la miséricorde de Dieu » les victimes de deux autres récentes tragédies : celles qui ont perdu la vie lors de la rupture d’un barrage dans l’État du Minas Gerais, au Brésil, le 25 janvier dernier, et les dizaines de morts qu’a provoqué l’incendie d’un oléoduc dans l’État de Hidalgo, au Mexique, le 19 janvier dernier. Le Pape a aussi exprimé son « affection » et sa « proximité spirituelle à leurs familles et à toute la population », et assuré les nombreux blessés de sa prière.

La Colombie a enfin été longuement évoquée par le Saint-Père. Un attentat à la voiture piégée a en effet tué 20 jeunes policiers dans les installations de l’école nationale de police, à Bogota, le 17 janvier dernier. Ces jeunes, « assassinés par la haine terroriste », ont été au cœur d’une prière à haute voix du Pape François, qui a nommé chacune des victimes. Après chaque nom prononcé, l’assemblée répondait « présent », comme il est de coutume de le dire dans la Casa Hogar « quand on nomme un mort », a expliqué le Pape, pour que les défunts « soient présents devant Dieu ». Le Souverain Pontife a invoqué pour eux et pour le peuple colombien la paix du Seigneur.

Par ailleurs, le Pape a souligné une commémoration marquante de ce 27 janvier : la Journée internationale du souvenir de l’Holocauste. « Il faut maintenir vivant le souvenir du passé », a-t-il expliqué, « de la tragédie passée et apprendre des pages noires de l’histoire pour ne jamais commettre de nouveau les mêmes erreurs. Continuons à nous efforcer sans jamais renoncer à cultiver la justice, à faire grandir la concorde et à soutenir l’intégration, pour être des instruments de paix et les constructeurs d’un monde meilleur », a demandé François.

(Avec V. N.)

Dimanche 20 janvier 2019

Avant la prière de l’angélus récitée place saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le premier des « signes » opérés par Jésus au cours de son existence.La nouvelle Alliance est scellée.

Le premier de ces « signes prodigieux » a lieu dans le village de Cana, en Galilée, lors de la fête d’un mariage, « car Dieu a épousé l’humanité », constate d’emblée le Pape François.

Tout le mystère du signe de Cana est fondé « sur la présence de cet époux divin qui commence à se révéler », relève le Pape, en poursuivant : « Jésus se manifeste en tant qu’époux du peuple de Dieu, annoncé par les prophètes, et nous révèle la profondeur de la relation qui nous unit à lui : c’est une nouvelle Alliance d’amour ».
Le symbole du vin

Dans le contexte de cette Alliance, le sens du symbole du vin, qui est au centre de ce miracle, est parfaitement compris. Au moment où la fête est à son apogée, que le vin est fini ; La mère de Jésus le remarque et lui dit : « Ils n’ont pas de vin » (v. 3). Et pourtant, explique le Souverain pontife, les Écritures, en particulier les prophètes, désignaient le vin comme « élément typique du festin messianique » (cf. Am 9,13-14 ; Gl 2,24 ; Is 25,6).

En transformant ainsi en vin l’eau des jarres utilisées « pour les purifications rituelles des Juifs » (v. 6), Jésus fait un signe éloquent : « Il transforme la loi de Moïse en Évangile, porteur de joie », estime l’évêque de Rome.

C’est alors que les paroles de Marie prennent tout leur sens : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (v. 5).

De cette manière, durant ces noces, « une nouvelle alliance est vraiment scellée et la nouvelle mission est confiée à toute l’Église », en conclut le Pape, précisant : « Servir le Seigneur signifie écouter et mettre en pratique sa parole ».

Une « recommandation simple et essentielle de la Mère de Jésus », « le programme de la vie du chrétien », afin que nous puissions reconnaitre dans la vie quotidienne « les signes de sa présence vivifiante », ainsi que sa grâce.

Après avoir récité la prière de l’angélus, le Pape François a évoqué les JMJ de Panama, qui s’ouvriront mardi 22 janvier 2019. Le Saint-Père a demandé aux fidèles de prier pour « ce très bel et important événement sur le chemin de l’Église ».

Le Pape qui a aussi fait allusion au message pour la Journée mondiale des communications sociales 2019. « Cette année, il contient une réflexion sur les communautés connectées et humaine. Internet et les réseaux sociaux sont une ressource de notre temps, une opportunité pour rester en contact avec autrui, pour partager valeurs et projets, et exprimer le désir de créer une communauté. Le réseau peut également nous aider à prier en communauté, à prier ensemble », a déclaré à le Pape François, ajoutant quelques mots pour le père Frédéric Fornos, directeur international du Réseau Mondial de Prière du Pape, dont il a présenté la plateforme officielle « Click To Pray » (Cliquez pour prier) un site qui permet d’insérer les intentions de prière pour l’Église ; le Pape en a lui-même fait la démonstration sur un iPad.

Le Sainbt-Père a encore encouragé les efforts de l’UNESCO à l’occasion de la première journée internationale de l’éducation qui aura lieu le 24 janvier prochain et il a confié « avoir deux douleurs dans le cœur » : la Colombie et le naufrage en Méditerranée.

« Je pense aux 170 victimes du naufrage en Méditerranée. Ils cherchaient un avenir, ils ont été victimes, peut-être, de trafiquants. Nous prions pour eux et pour les responsables de ce qu’il s’est passé », a assuré le Pape François, très touché par cette tragédie humanitaire.

Une embarcation pneumatique transportant 120 personnes a fait naufrage vendredi 18 janvier au large de la Lybie. Trois personnes seulement ont survécu, selon Flavio Di Giacomo, porte-parole de l’agence de l’ONU pour la migration.

« Il y donc 117 personnes portées disparues, dont 10 femmes et deux enfants - dont un était âgé d’à peine deux mois », a-t-il indiqué sur Twitter. Environ 53 autres personnes sont décédées en mer d’Alboran, la partie la plus occidentale de la mer Méditerranée, selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR).

Pour la plupart, ces migrants étaient originaires d’Afrique de l’Ouest, dont une quarantaine de Soudanais, ont raconté les trois survivants, secourus par des garde-côtes italiens et emmenés sur l’île de Lampedusa.

(Avec V. N.)

Vendredi 18 janvier 2019

Lors des Vêpres célébrées en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, le Saint-Père a rappelé dans son homélie que « la solidarité et la responsabilité commune doivent être les lois qui régissent la famille chrétienne » et que « nous devons reconnaitre la valeur de la grâce concédée aux autres communautés chrétiennes ». Nous vous proposons de découvrir son homélie en intégralité.

" Aujourd’hui a commencé la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, au cours de laquelle nous sommes tous invités à invoquer de Dieu ce grand don. L’unité des chrétiens est un fruit de la grâce de Dieu et nous devons nous disposer à l’accueillir avec un cœur généreux et disponible. Ce soir, je suis particulièrement heureux de prier avec les représentants des autres Eglises présentes à Rome, auxquelles j’adresse un cordial et fraternel salut. Je salue aussi la délégation œcuménique de la Finlande, les étudiants de l’Ecumenical Institute of Bossey, en visite à Rome pour approfondir leur connaissance de l’Eglise catholique, et les jeunes orthodoxes et orthodoxes orientaux qui étudient ici avec le soutien du Comité de Collaboration culturelle avec les Églises orthodoxes, travaillant auprès du Conseil pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

Le livre du Deutéronome imagine le peuple d’Israël installé dans les plaines de Moab, sur le point d’entrer dans la Terre que Dieu lui a promise. Ici, Moïse, comme un père prévenant et un chef désigné par le Seigneur, répète la Loi au peuple, l’instruit et lui rappelle qu’il devra vivre avec fidélité et justice une fois qu’il se sera établi dans la terre promise.

Le passage que nous venons d’écouter fournit des indications sur la manière de célébrer les trois principales fêtes de l’année : Pesach (Pâque), Shavuot (Pentecôte), Sukkot (Tabernacles). Chacune de ces fêtes appelle Israël à la gratitude pour les biens reçus de Dieu. La célébration d’une fête demande la participation de tous. Personne ne peut être exclu : « Tu te réjouiras en présence du Seigneur ton Dieu, au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom, et avec toi se réjouiront ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, le lévite qui réside dans ta ville, l’immigré, l’orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi » (Dt 16, 11).

Pour chaque fête, il faut accomplir un pèlerinage « dans le lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom » (v. 2). Là, le fidèle israélite doit se placer devant Dieu. Bien que chaque israélite ait été esclave en Égypte, sans aucune possession personnelle, « personne ne paraîtra les mains vides devant la face du Seigneur » (v. 16) et le don de chacun sera à la mesure de la bénédiction que le Seigneur lui aura donnée. Tous recevront donc leur part de la richesse du pays et bénéficieront de la bonté de Dieu.

Le fait que le texte biblique passe de la célébration des trois fêtes principales à la nomination des juges ne doit pas nous surprendre. Les fêtes-mêmes exhortent le peuple à la justice, rappelant l’égalité fondamentale entre tous les membres, tous également dépendants de la miséricorde divine, et invitant chacun à partager avec les autres les biens reçus. Rendre honneur et gloire au Seigneur dans les fêtes de l’année va de pair avec le fait de rendre honneur et justice à son prochain, surtout s’il est faible et dans le besoin.

Les chrétiens d’Indonésie, réfléchissant sur le choix du thème pour la Semaine de Prière actuelle, ont décidé de s’inspirer de ces paroles du Deutéronome : « C’est la justice, rien que la justice, que tu rechercheras » (16, 20). En elles, est vivante la préoccupation que la croissance économique de leur pays, animée par la logique de la concurrence, en laisse beaucoup dans la pauvreté permettant seulement à un petit nombre de s’enrichir grandement. C’est mettre en danger l’harmonie d’une société dans laquelle des personnes de différentes ethnies, langues et religions vivent ensemble, partageant le sens d’une responsabilité réciproque.

Mais cela ne vaut pas seulement pour l’Indonésie : cette situation se rencontre dans le reste du monde. Quand la société n’a plus comme fondement le principe de la solidarité et du bien commun, nous assistons au scandale de personnes qui vivent dans l’extrême misère à côté de gratte-ciels, d’hôtels imposants et de luxueux centres commerciaux, symboles d’une richesse éclatante. Nous avons oublié la sagesse de la loi mosaïque, selon laquelle si la richesse n’est pas partagée, la société se divise.

Saint Paul, écrivant aux Romains, applique la même logique à la communauté chrétienne : ceux qui sont forts doivent s’occuper des faibles. Il n’est pas chrétien de « faire ce qui nous plaît » (15, 1). En suivant l’exemple du Christ, nous devons en effet nous efforcer d’édifier ceux qui sont faibles. La solidarité et la responsabilité commune doivent être les lois qui régissent la famille chrétienne.

Comme peuple saint de Dieu, nous aussi sommes toujours sur le point d’entrer dans le Royaume que le Seigneur nous a promis. Mais, en étant divisés, nous avons besoin de rappeler l’appel à la justice que Dieu nous a adressé. Même parmi les chrétiens, il y a le risque que prédomine la logique connue des Israélites dans les temps anciens et du peuple indonésien au jour d’aujourd’hui, c’est-à-dire que, dans la tentative d’accumuler des richesses, nous oublions les faibles et les personnes dans le besoin. Il est facile d’oublier l’égalité fondamentale qui existe entre nous : qu’à l’origine nous étions tous esclaves du péché et que le Seigneur nous a sauvés dans le Baptême, nous appelant ses fils. Il est facile de penser que la grâce spirituelle qui nous a été donnée est notre propriété, quelque chose qui nous revient et qui nous appartient. Il est possible, en outre, que les dons reçus de Dieu nous rendent aveugles sur les dons faits aux autres chrétiens. C’est un grave péché de diminuer ou de mépriser les dons que le Seigneur à concédés aux autres frères, en croyant qu’ils sont en quelque sorte moins privilégiés de Dieu. Si nous nourrissons des pensées semblables, nous permettons que la grâce elle-même reçue devienne source d’orgueil, d’injustice et de division. Et comment pourrons-nous alors entrer dans le Royaume promis ?

Le culte qui sied à ce Royaume, le culte que la justice demande, est une fête qui concerne tout le monde, une fête dans laquelle les dons reçus sont rendus accessibles et partagés. Pour accomplir les premiers pas vers cette terre promise qui est notre unité, nous devons surtout reconnaître avec humilité que les bénédictions reçues ne sont pas nôtres de droit, mais qu’elles sont nôtres par don, et qu’elles nous ont été données afin que nous les partagions avec les autres. En second lieu, nous devons reconnaître la valeur de la grâce concédée aux autres communautés chrétiennes. Par conséquent, ce sera notre désir de participer aux dons des autres. Un peuple chrétien renouvelé et enrichi par cet échange de dons sera un peuple capable de marcher d’un pas assuré et confiant sur la voie qui conduit à l’unité. "

(Librairie éditrice du Vatican)

Mercredi 16 janvier 2019

Lors de l’audience générale tenue dans la salle Paul VI au Vatican, le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière du “Notre Père”.

Le Pape s’est appuyé sur cet extrait de la Lettre de Saint-Paul aux Romains : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions "Abba !", c’est-à-dire : Père ! »

C’est dans ce cri vers le Père que se condense toute la nouveauté de l’Évangile. Le chrétien ne considère plus Dieu comme un tyran à craindre, a expliqué le Saint-Père, il n’a plus peur mais il entend faire germer en son cœur la confiance en lui : il peut parler avec le Créateur en l’appelant "Abba".

L’Écriture a gardé l’expression araméenne de Jésus, c’est comme si sa voix « était enregistrée » a expliqué le Pape.

Dans la première parole du Notre Père nous trouvons la nouveauté radicale de la prière chrétienne. Dire "Abba", c’est bien plus intime et émouvant que d’appeler simplement Dieu "Père". Nous continuons ainsi à dire "Notre Père", mais nous sommes invités à dire "papa" avec notre cœur.

« Pour cela, pour bien prier il faut avoir le cœur d’un enfant, comme un enfant dans les bras de son père, de son papa ».

« Que signifie cette parole pour Jésus ? », a demandé le Pape. Pour répondre à cette question, il faut relire la parabole du père miséricordieux qui accueille son fils prodigue en lui faisant comprendre combien il lui a manqué (Luc 15, 11-32). A chaque fois Dieu répond qu’il ne connait « que l’amour ».

Il suffit d’évoquer l’expression "Abba" pour que se développe une prière chrétienne. Dans cette expression "Abba", il y a une force qui attire tout le reste de la prière.

« Dieu te cherche même si tu ne le cherches pas. Dieu t’aime même si tu l’as oublié. Dieu n’est pas seulement un père, il est comme une mère qui ne cesse jamais d’aimer sa créature ».

Pour un chrétien, prier c’est donc simplement dire "Abba", avec la confiance d’un enfant. Et même dans les moments difficiles où nos sentiers semblent s’éloigner de Dieu, nous pouvons encore trouver la force de prier en évoquant "Notre Père".

Il ne cachera jamais son visage, même si l’on a fait des choses mauvaises. Il ne s’enfermera jamais dans le silence, mais sera toujours un père qui nous aime. « Il nous dira toujours qu’il est un père qui jamais ne nous a perdu de vue ». N’oublions jamais, a conclu le Pape François de dire "Père".

(Avec V. N.)

Dimanche 13 janvier 2019

En la solennité du Baptême du Seigneur, le Pape a baptisé 27 nouveau-nés sous les fresques de la Chapelle Sixtine au Vatican : il a demandé aux parents de transmettre la foi à la maison en menant une vie exemplaire. Lors de la prière de l’Angélus, le pape a invité les fidèles à vivre en cohérence avec leur baptême.

Sous les yeux des prophètes et des sibylles de Michel-Ange, le Pape François a baptisé ce dimanche 13 janvier 12 petits garçons et 15 petites filles, pour la plupart enfants d’employés du Vatican. Une sainte messe, dans le cadre de la fête du Baptême du Seigneur, qui clôt le temps de Noël.

S’adressant aux parents, le Saint-Père a délivré un message sur la transmission de la foi. « Que demandez-vous pour vos enfants ? » a demandé le Souverain Pontife aux parents ? « la foi ». Une foi qui selon François doit grandir, mais pas seulement au catéchisme. « Avant de l’étudier, la foi se transmet, et ceci est un travail qui vous incombe » a-t-il déclaré. Et ce devoir se fait entre les murs de la maison, dans le « dialecte » : celui de la famille et celui du foyer. Le Saint-Père a aussi rappelé aux parents l’importance d’enseigner le signe de croix aux enfants.
Ne jamais se disputer devant les enfants

Le Pape François a demandé aux géniteurs de transmettre la foi « avec leur vie de foi », pour que les enfants « voient l’amour des conjoints, qu’ils voient la paix de la maison ». Avant de donner un conseil : ne jamais se disputer devant ses enfants. « Il est normal que des époux se disputent, le contraire serait étrange. Faites-le, mais qu’ils ne l’entendent pas, qu’ils ne le voient pas ». Car les disputes parentales peuvent angoisser l’enfant, a expliqué François.

Tandis que la chapelle Sixtine se remplissait de pleurs de chérubins, le Saint-Père s’est penché sur l’origine des larmes des enfants. Ils peuvent pleurer parce qu’ils ont trop chaud, parce qu’ils ont faim… mais aussi par prévention. « ”Le pleur préventif” est une chose étrange, ils ne savent pas ce qui va arriver, et pensent “je pleure d’abord, ensuite on verra”... c’est une défense. » Soyez attentifs à ne pas trop les couvrir, a rappelé le Pape, et comme les années précédentes, il a incité les mères à allaiter leurs petits. Parce que, quel est le risque de l’allaitement, a continué le Saint-Père en souriant, sinon contredire leur vocation polyphonique ? « un se met à pleurer, l’autre fait le contrepoint, et puis l’autre… et au final nous avons un choeur de pleurs ! ».

Le Pape François a ensuite béni l’eau du baptême. Appelant les couples de parents un par un, il a aspergé d’eau chacun des enfants à l’aide d’une coquille de baptême en argent.

Lors de la célébration, un cierge a été confié aux pères qui les ont allumés à la flamme du cierge pascal, puis les concélébrants ont procédés au rite Ephata-Ouvre toi, en faisant un signe de croix sur les oreilles et la bouche des nouveau-nés, car Jésus a ouvert les oreilles et la bouche du sourd-muet.

Audience de l’Angélus de ce dimanche 13 janvier

le Pape François a invité la foule de fidèles rassemblée place Saint-Pierre à vivre en cohérence avec les promesses du baptême.

En cette journée de solennité du Baptême du Seigneur, qui marque la fin du temps liturgique de Noël, le Pape François est revenu sur deux éléments importants de l’Evangile : le rapport de Jésus avec le peuple et le rapport de Jésus avec le Père.

Lors du baptême du Christ par Jean le Baptiste dans les eaux du Jourdain, « nous voyons surtout le rôle du peuple », qui est une « composante essentielle de l’événement », a expliqué le Saint-Père. Avant de s’immerger dans l’eau, « Jésus s’immerge dans la foule, la rejoint pleinement en assumant la condition humaine, en partageant tout, excepté le péché. ». Dans sa sainte divinité, pleine de grâce et de miséricorde, le fils de Dieu s’est fait homme justement pour prendre sur lui et ôter le péché du monde, a expliqué le Souverain Pontife aux fidèles rassemblés place Saint-Pierre.

En s’unissant aux personnes qui demandent le baptême de conversion à Jean, Jésus partage également le désir profond de renouvellement intérieur. « Et le Saint-Esprit descendant sur lui “sous une forme corporelle, comme une colombe”, est le signe que Jésus commence un nouveau monde », a ajouté le Pape François. Ainsi, a-t-il continué, les paroles du Père s’adressent à chacun de nous, renaissant avec Jésus dans le baptême : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection. » « Cet amour du Père que nous avons reçu le jour de notre baptême est une flamme qui a été allumée dans nos coeurs et qui demande d’être alimentée à travers la prière et la charité. »

Après son immersion dans la foule et dans les eaux du Jourdain, Jésus s’immerge dans la prière, a repris le Saint-Père. « Le baptême est le début de la vie publique de Jésus, de sa mission dans le monde comme envoyé du Père pour manifester sa bonté et son amour pour les hommes »

La solennité du Baptême du Seigneur est une occasion propice pour renouveler avec gratitude et conviction la promesse de notre baptême, a continué le Pape François, en s’efforçant de vivre son quotidien avec cohérence. Enfin, « il est très important de connaître la date de son baptême, a-t-il conclu, qu’elle soit une date dans son coeur à fêter chaque année. »

(Avec V. N.)

Mercredi 9 Janvier 2019

Lors de l’audience générale en salle Paul VI, le Pape a poursuivi sa catéchèse sur le Notre Père en revenant sur la figure du Christ priant, telle qu’elle est présentée par l’Évangile de Luc : « Le Père n’oublie jamais aucun de ses enfants qui souffrent ».

Jésus se retire souvent dans la solitude pour prier, et lorsqu’il prie, « l’aspect de son visage devint autre et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante » rapporte l’évangéliste Luc. « Chaque pas de la vie de Jésus est comme porté par le souffle de l’Esprit qui le guide dans toutes actions », poursuit le Pape. Même la mort du Messie est plongée dans un climat de prière. A l’heure de sa passion, sa prière semble atténuer les émotions les plus violentes et les désirs de vengeance. « Elle réconcilie, dit François, l’homme avec son ennemi le plus implacable : la mort ».

C’est ce climat qui a conduit l’un des disciples à demander à Jésus de leur apprendre à prier. Dans son enseignement, Jésus explique avec quelles paroles et quelle attitude il faut s’adresser à Dieu. D’abord, il faut avoir à l’esprit qu’Il n’est « ni un patron ni un beau-père, mais un père ». Le Notre Père est ainsi le premier enseignement.

Ensuite, Jésus donne plusieurs instructions pour encourager ses disciples à avoir confiance en la prière, notamment à la parabole de l’ami importun. Jésus fait comprendre qu’aucune prière ne restera lettre morte, que « Dieu répond toujours, parce qu’il est Père et qu’il n’oublie aucun de ses enfants qui souffrent ». Cette affirmation peut nous perturber, admet François, parce qu’il semble que nombre d’entre elles restent sans réponse. Mais, même si nous avons souvent demandé sans obtenir, Jésus nous recommande « d’insister » car « la prière transforme toujours la réalité, toujours ». Ainsi « si les choses ne changent pas autour de nous, nous, au moins, nous changeons ».

Jésus a promis le don de l’Esprit Saint à tout homme ou femme qui prie, assure le Pape. La seule incertitude est liée au temps, mais il est certain que Dieu répondra. « Il n’y a rien de plus sûr : le désir de bonheur que nous portons tous dans le cœur, un jour s’accomplira ». En attendant, la prière est, dès à présent, la victoire sur la solitude et sur le désespoir. Enfin, au bout du chemin, à la fin de la route, un Père nous attend tous à bras ouverts, promet le Pape François.

« Que l’Esprit Saint nous aide à être insistants dans la prière et à ne jamais nous donner comme perdants ». Le Pape a ainsi encouragé les fidèles francophones, en particulier les séminaristes et leurs formateurs de l’archidiocèse de Paris et du diocèse aux armées, ainsi que le groupe des Apprentis d’Auteuil. « Nous pouvons être sûrs que Dieu répondra à notre prière, parce qu’il est notre Père et qu’il nous attend avec les bras grands ouverts ».

Dans son adresse aux pèlerins italiens, le Pape a exhorté chacun à se rappeler de la date de son propre baptême, et si on ne la connait pas d’aller s’en enquérir auprès de ses proches ou de ses parrains et marraines. En effet, dimanche prochain, la liturgie du temps de Noël se conclura par la solennité du Baptême du Seigneur, une fête« très importante à célébrer et à fixer dans son cœur » affirme le Pape, car elle est une occasion donnée pour se souvenir de « la date à laquelle nous sommes nés à la vie de la foi ».

Dimanche 13 janvier, à l’occasion de la solennité du Baptême du Seigneur, le Pape administrera, fidèle à la tradition, le sacrement du baptême à plusieurs nouveaux-nés en la chapelle Sixtine.

(Avec V. N.)

Dimanche 6 Janvier 2018

En cette fête de l’Epiphanie, depuis la fenêtre du Palais apostolique, le Pape est revenu sur le sens de l’Épiphanie, devant les milliers de fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre.

« Aujourd’hui, la solennité de l’épiphanie du Seigneur est la fête de la manifestation de Jésus, symbolisée par la lumière », a expliqué François, en reprenant la symbolique développée dans son homélie quelques instants plus tôt. « Dans les textes prophétiques, cette lumière est promise. En fait, Isaïe se tourne vers Jérusalem avec ces mots : "Lève-toi, couvre-toi de lumière, car ta lumière vient, la gloire de l’Éternel resplendit sur toi".

Cette invitation, aujourd’hui, a également une résonance pour nous qui avons célébré le Noël de Jésus et nous encourage à nous laisser atteindre par la lumière de Bethléem. Nous aussi, nous sommes invités à ne pas nous arrêter aux signes extérieurs de l’événement, mais à en repartir pour suivre notre parcours d’hommes et de croyants dans la nouveauté de la vie », a-t-il insisté.

Contrairement à Hérode et aux scribes, qui avaient peur de perdre le pouvoir et pensait d’abord à leur intérêt personnel, les Rois mages « se laissent guider par l’étoile et font face à un long et risqué voyage pour arriver à destination et connaître la vérité sur le Messie. Ils étaient ouverts à la "nouveauté" et à eux se révèle la plus grande et la plus surprenante nouveauté de l’histoire : Dieu fait homme. Les mages se prosternent devant Jésus et lui offrent des cadeaux symboliques : or, encens et myrrhe ; parce que la recherche du Seigneur implique non seulement la persévérance sur le chemin, mais aussi la générosité du cœur.

Et finalement, ils sont rentrés "dans leur pays" (v. 12), portant en eux le mystère de cet humble et pauvre roi ; et on peut imaginer qu’ils ont raconté à tous l’expérience vécue : le salut offert par Dieu en Christ est pour tous les hommes, proches et lointains. »

« Nous aussi, laissons-nous illuminer par la lumière du Christ qui vient de Bethléem, a exhorté François. Ne permettons pas à nos peurs de fermer notre cœur, mais ayons le courage de nous ouvrir à cette lumière douce et discrète. Ensuite, comme les mages, nous connaîtrons "une très grande joie" que nous ne pourrons pas garder pour nous-mêmes », a conclu le Saint-Père, invitant à placer notre chemin sous la protection de Marie.

« Certaines Églises orientales, catholiques et orthodoxes, qui suivent le calendrier julien, célébreront demain la sainte fête de Noël, a encore expliqué le Pape François. Je leur adresse mes vœux cordiaux et fraternels en signe de communion entre nous tous, chrétiens, qui reconnaissons Jésus en tant que Seigneur et Sauveur. À eux tous, un joyeux Noël ! ».

La plupart des Églises orientales, coptes et orthodoxes, célèbrent en effet Noël le 7 janvier, suivant le calendrier julien. L’Église apostolique arménienne le fête elle le 6 janvier, ce dimanche donc.

Concernant l’Église catholique, le Pape François a par ailleurs signalé que « l’Épiphanie est également la Journée Missionnaire des jeunes, qui invite cette année les plus jeunes missionnaires à être des "athlètes de Jésus", à témoigner de l’Évangile en famille, à l’école et sur les lieux de loisirs ». Il a enfin salué le défilé folklorique organisé comme chaque année sur la Via della Conciliazione en cette fête de l’Épiphanie, avec cette année la présence de délégations venues des Abbruzzes, et il a évoqué la tradition semblable du défilé des Mages qui est organisée dans de nombreuses localités en Pologne.

(Avec V. N.)

Mardi 1er Janvier 2019

En cette fin d’octave de Noël, le Pape a récité son premier angélus de l’année depuis la fenêtre du palais apostolique qui donne sur la Place Saint-Pierre de Rome. En ce premier jour de l’année, tous les regards sont fixés sur la Vierge Marie, Sainte Mère de Dieu, a d’emblée affirmé le Pape François avant de réciter l’angélus, mardi 1er janvier 2019.

« Nous avons le regard fixé sur elle et sur l’enfant qu’elle tient dans ses bras. Et ainsi, en nous montrant Jésus, le Sauveur du monde, elle, la mère, nous bénit », a-t-il déclaré, avant de poursuivre : « Elle bénit le chemin de chaque homme et de chaque femme en cette année qui commence et qui sera bénéfique dans la mesure où chacun aura reçu la bonté de Dieu, que Jésus est venu apporter au monde ».

Le Saint-Père a ensuite rappelé la liturgie du jour, qui rapporte la très ancienne bénédiction par laquelle les prêtres israélites bénissaient le peuple : « Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur fasse briller pour toi son visage et te rende grâce. Que le Seigneur tourne vers toi son visage et te concède la paix » (Nm 6,24-26).

Dans cette bénédiction, le prêtre répète trois fois le nom de Dieu « Seigneur » en tendant les mains vers l’assemblée du peuple. Et dans la Bible, le nom représente la réalité même qui est invoquée, explique le Pape. Par conséquent, « mettre le nom » du Seigneur sur une personne, une famille, une communauté signifie offrir à la personne la force bénéfique qui en découle, ajoute-t-il.

De plus, nous savons que dans les Écritures, « le visage de Dieu est inaccessible à l’homme », renchérit François. Personne ne peut donc voir Dieu et rester en vie. Selon le Pape, cela exprime « la transcendance de Dieu » et « la grandeur infinie de sa gloire ». Comme un soleil qui ne peut être regardé, compare François, cette grandeur « rayonne de sa grâce sur chaque créature » et, de façon particulière, sur les hommes et les femmes, « dans lesquels elle se reflète le plus », complète-t-il avant de se concentrer sur l’icône de la Sainte Mère de Dieu, célébrée en ce jour, et qui montre le Christ, Sauveur du monde.

Le 52ème anniversaire de la journée mondiale de la paix

« Jésus est la bénédiction pour chaque personne et pour toute la famille humaine ». C’est d’ailleurs pourquoi le saint pape Paul VI a voulu que le premier janvier soit la Journée mondiale de la paix, soutient François.

La journée mondiale de la paix dont est célébrée ce 1er janvier 2019, le 52ème anniversaire, et dont le thème est « la bonne politique au service de la paix ».

« Nous ne pensons pas que la politique soit réservée aux dirigeants : nous sommes tous responsables de la vie de la "cité", du bien commun ; et la politique aussi est bonne lorsque chacun joue son rôle au service de la paix », a abondé en ce sens le Successeur de Pierre avant de réciter l’angélus devant la foule de fidèles.
Après l’angélus

Après avoir récité la prière de l’angélus, le Pape a enfin renouvelé son souhait de paix et de prospérité à Rome et au monde, et a remercié le Président de la République italienne pour les salutations qu’il lui a adressées.

Le Souverain pontife a aussi exprimé « toute sa gratitude » aux innombrables initiatives de prière et d’engagement pour la paix qui ont lieu en cette journée partout dans le monde.

(Avec V. N.)

Messe de Sainte Marie, Mère de Dieu

En ce mardi 1er janvier 2019, où l’Église célèbre la Solennité de Sainte-Marie Mère de Dieu, le Pape François a présidé la traditionnelle messe pour la paix, en la Basilique Saint-Pierre de Rome. Cette première célébration de l’année 2019, à laquelle ont assisté de nombreux fidèles, était toute entière tournée vers la Vierge Marie.

En ce début d’année, le Pape François a d’abord rappelé les vertus de l’étonnement. « Aujourd’hui c’est le jour de s’étonner devant la Mère de Dieu : Dieu est un petit enfant dans les bras d’une femme qui nourrit son Créateur ». Par ce mystère, Dieu s’est « lié à l’humanité pour toujours », a affirmé François, précisant que Dieu n’était pas « un maître distant qui habite, solitaire, dans les cieux », mais le représentant de « l’Amour incarné, né comme nous d’une mère pour être le frère de chacun ».

Outre cette grâce de l’étonnement « devant le Dieu des surprises », le Pape François a invité toute l’Église à renouveler son « étonnement des origines », afin de « ne pas ressembler à un beau musée du passé ».

Pour ce faire, le Souverain pontife a noté trois attitudes à adopter vis-à-vis de Marie, Sainte Mère de Dieu : « Laissons-nous regarder par elle, laissons-nous embrasser, laissons-nous prendre par la main ».
Les yeux de la Vierge éclairent l’obscurité

« Laissons-nous regarder » dans les moments de besoin, mais aussi laissons-nous regarder « par la Vierge Marie », recommande d’abord le Pape.

« On dit que les yeux sont le miroir de l’âme ; les yeux de la pleine de grâce reflètent la beauté de Dieu, ils réfléchissent sur nous le paradis. Jésus a dit que l’œil est « la lampe du corps » (Mt 6, 22) ; les yeux de la Vierge savent éclairer toute obscurité, ils rallument partout l’espérance », a-t-il détaillé.

Ainsi pour l’évêque de Rome, ce regard maternel « donne confiance et aide à grandir dans la foi ». Car la force de la Vierge est grande.
La tendresse comme remède à la tiédeur

« Elle nous enracine dans l’Église où l’unité compte plus que la diversité. Le regard de Marie rappelle que la tendresse, qui remédie à la tiédeur, est essentielle pour la foi. Quand, dans la foi, il y a de la place pour la Mère de Dieu, on ne perd jamais le centre », développe ensuite François, avant d’affirmer : « Un monde qui regarde l’avenir sans regard maternel est myope ».

Peut-être que dans pareil monde, « les profits augmenteront » mais ce monde ne saura plus voir, dans les hommes, des enfants. « Il y aura des gains, mais ils ne seront pas pour tous », a argumenté le Pape, insistant sur le fait que « la famille humaine » se fondait sur « les mères ».

« Un monde dans lequel la tendresse maternelle est reléguée à un pur sentiment pourra être riche de choses, mais pas de lendemains », a renchérit le Saint-Père. Or, cette parole, « tendresse », beaucoup « veulent la supprimer du dictionnaire aujourd’hui », a dénoncé François.

Vient ensuite le fait « de se laisser embrasser ». Après le regard, entre ici en jeu le cœur. « Dans la vie dispersée d’aujourd’hui, où nous risquons de perdre le fil, l’étreinte de la Mère est essentielle », énonce le Successeur de Pierre, égrenant les souffrances contemporaines.

« Il y a partout tant d’éparpillement et de solitude : le monde est entièrement connecté, mais il semble être de plus en plus désuni. Nous avons besoin de nous confier à la Mère. Dans l’Ecriture, elle embrasse beaucoup de situations concrètes et elle est présente là où il y a besoin : elle se rend chez sa cousine Elisabeth, elle porte secours aux époux de Cana, elle encourage les disciples au Cénacle… », énumère François. Ainsi, Marie devient « un remède à la solitude et à la décomposition ». Elle est « la Mère de la consolation, qui con-sole », étymologiquement « être avec celui qui est seul » en latin.

Enfin, « laissons-nous prendre par la main ». Les mères prennent par la main les enfants et les accompagnent avec amour dans la vie, commence le Pape. « Mais combien d’enfants aujourd’hui, allant à leur propre compte, perdent la direction, se croient forts et s’égarent, de libres ils deviennent esclaves. Combien, oublieux de l’affection maternelle, vivent fâchés et indifférents à tout ! Combien, malheureusement, réagissent à tout et à tous avec venin et méchanceté ! », déplore-t-il.

De ce fait, le Pape a encouragé à ce que tous apprennent des mères « que l’héroïsme réside dans le fait de se donner ; la force, dans le fait d’avoir de la pitié ; la sagesse, dans la douceur ».
Reine de la paix

Car, « Dieu ne s’est pas passé de sa Mère », et à ce titre, nous aussi en avons besoin, encore plus, poursuit-il.

« La Vierge est la Reine de la paix, qui est vainqueur du mal et conduit sur les voies du bien, qui rétablit l’unité entre ses enfants, qui éduque à la compassion », en a conclu le Pape avant de l’invoquer : « Rassemble-nous tous sous ton manteau, dans la tendresse de l’amour vrai, où se reconstitue la famille humaine : “Sous ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu” ».

(Avec V. N.)

Lundi 1er Janvier 2019

Le Pape François a présidé les vêpres de la solennité de la Très Sainte Mère de Dieu ce 31 décembre en la basilique Saint-Pierre avant le chant du Te Deum en action de grâces pour 2018. Le Souverain pontife y a loué, entre autres, « la maternité de l’Église ».

« Lorsqu’ est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4, 4-5). En cette fin d’année 2018, le Pape François s’est arrêté sur ces deux versets de l’apôtre Paul. Le Saint-Père a proposé une réflexion sur les deux expressions : « plénitude des temps » et « racheter ».

La « plénitude des temps », expression qui prend une résonnance particulière en ces dernières heures « d’une année solaire, où nous sentons encore plus le besoin de quelque chose qui donne du sens à l’écoulement du temps », a estimé le Souverain pontife.

« Quelqu’un » est venu, Dieu l’a envoyé : c’est « son Fils », Jésus.

Certes, au moment de sa naissance, cet Enfant est « presque invisible et insignifiant », observe le Pape. Mais, en un peu plus de trente ans, ce Jésus libèrera « une force inouïe », qui dure encore et durera toute l’Histoire. « Cette force s’appelle Amour », affirme François, avant de noter que cet amour : « c’est l’amour qui donne plénitude à tout, également au temps ; et Jésus est le “concentré” de tout l’amour de Dieu dans un être humain ».

« Réfléchir avec douleur et repentance »

À propos de la mission du fils de Dieu, Saint Paul l’énonce très clairement : il est venu « pour racheter », souligne le Saint-Père qui explique le sens de cette seconde expression. Racheter, c’est-à-dire « faire sortir d’une condition de servitude et rendre à la liberté et à la dignité propre aux fils ». L’esclavage auquel se réfère l’Apôtre est celui de la « Loi », comprise comme un ensemble de préceptes à observer ; une Loi qui, certes, éduque l’homme, qui est pédagogique, mais ne le libère pas de sa condition de pécheur, au contraire qui le « cloue », pour ainsi dire, à cette condition, l’empêchant d’atteindre la liberté du fils, développe enfin le Successeur de Pierre.

Ainsi, recommande François, « nous devons nous arrêter, nous arrêter et réfléchir avec douleur et repentance parce que, pendant cette année, encore, qui se termine, beaucoup d’hommes et de femmes ont vécu et vivent dans des conditions de servitude indignes de personnes humaines ». Et le Pape de citer les souffrances qui sévissent dans la Ville éternelle elle-même.

Les diverses formes d’esclavages contemporains

« Je pense, en particulier, aux nombreuses personnes qui vivent sans domicile. Elles sont plus de 10 000. En hiver, leur situation est particulièrement dure. Ce sont tous des fils et des filles de Dieu, mais diverses formes d’esclavage, parfois très complexes, les ont amenés à vivre à la limite de la dignité humaine », remarque le Pape, assimilant toutes ces personnes au Christ, qui, « lui aussi », est né dans des conditions semblables. Mais, note le Pape « pas par hasard ou par accident »

« Il a voulu naître ainsi, pour manifester l’amour de Dieu pour les petits et les pauvres, et, de cette manière, jeter dans le monde la semence du Règne de Dieu, Règne de justice, d’amour et de paix, où personne n’est esclave, mais où tous sont frères ».

« Dieu est né d’une femme »

Dans ce contexte, l’Église de Rome ne veut pas « être indifférente aux servitudes de notre époque, ni même seulement les observer et y assister, mais elle veut être à l’intérieur de cette réalité, être proche de ces personnes et de ces situations », encourage le Pape, avant de célébrer cette « forme de maternité de l’Église ».

Alors qu’est célébrée la maternité divine de la Vierge Marie, le Souverain pontife a ainsi invité à reconnaître que Dieu est « né d’une femme » pour que « nous puissions recevoir la plénitude de notre humanité ».

« Par son abaissement nous avons été relevés. De sa petitesse est venue notre grandeur. De sa fragilité, notre force. De sa servitude, notre liberté. Quel nom donner à tout cela, si ce n’est celui d’Amour ? », a-t-il enfin conclu, avant de se rendre place Saint-Pierre pour y visiter son tout nouveau dispensaire et admirer la colossale crèche de sable.

(Avec V. N.)

Dimanche 30 décembre 2018

En ce dimanche, l’Église fête la Sainte Famille. Avant la prière de l’angélus, devant les fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape François a mis en avant deux aspects de l’Évangile du jour : l’angoisse et l’étonnement qui saisissent Marie et Joseph lorsqu’ils sont séparés de Jésus puis le retrouvent. Deux sentiments qui manifestent l’importance de Jésus dans leur vie.

« L’étonnement et l’angoisse sont deux éléments sur lesquels je voudrais attirer votre attention », a commencé le Saint-Père au début de son allocution.

Aux très nombreux fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape a d’abord parlé de cette réaction qu’évoque à deux reprises l’évangéliste (Lc 2,41-52) : autour de Jésus, les docteurs de la Loi « s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses » (v 47), et en retrouvant leur fils, « ses parents furent frappés d’étonnement » (v 48). « S’étonner et s’émerveiller », a expliqué le Souverain Pontife, « c’est le contraire du fait d’interpréter la réalité qui nous entoure et les évènements de l’histoire selon nos critères ».

Au contraire, cela consiste à « s’ouvrir aux autres, comprendre les raisons des autres ». Un comportement indispensable pour « assainir des relations compromises » ou « pour guérir les blessures ouvertes dans l’environnement familial », a souligné le Pape, qui a ensuite prodigué le conseil suivant : « si vous avez des problèmes dans votre famille pensez aux bons côtés qu’a la personne de la famille avec laquelle vous avez des problèmes, et émerveillez-vous de cela ». Bien souvent malheureusement, « nous tenons pour sûr que nous avons raison et nous fermons la porte aux autres ».

Le deuxième élément est l’angoisse, exprimée par Marie dans l’Évangile (v 48) : « Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant », dit-elle à son fils retrouvé. Une angoisse qui « manifeste la centralité de Jésus dans la Sainte Famille », d’après le Souverain Pontife. Un peu plus tôt, saint Luc nous explique que l’enfant « grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse » (v 40). Cette croissance se déroule aussi dans le cœur de ses parents, a analysé le Pape. Ainsi « leur affection et leur compréhension à son égard augmentaient ». De là découle la sainte de la « famille de Nazareth » : « elle était centrée sur Jésus, c’est vers Lui qu’étaient tournées toutes les attentions et les sollicitudes de Marie et de Joseph ».
Ne jamais être séparé de Lui

Les sentiments des parents de l’Enfant Jésus devraient être les nôtres, a enfin estimé le Saint-Père. En particulier lorsque « nous sommes loin de Lui ». « Nous devrions éprouver de l’angoisse lorsque pendant plus de trois jours nous oublions Jésus, sans prier, sans lire l’Évangile, sans ressentir le besoin de sa présence et de sa consolante amitié », a-t-il affirmé. « Tant de fois les jours passent sans que je me souvienne de Jésus : mais cela est mauvais, cela est très mauvais ».

La Vierge Marie et saint Joseph retrouvent Jésus dans le Temple, en train d’enseigner : une indication supplémentaire pour le rencontrer, nous aussi, « dans la maison de Dieu », notamment « dans la célébration eucharistique ». C’est à la messe qu’« Il nous parle, Il nous offre sa Parole qui illumine notre chemin, Il nous donne son Corps dans l’Eucharistie d’où nous tirons de la force pour affronter les difficultés de chaque jour », a conclu le Pape, avant de prier avec la foule pour « toutes les familles du monde ».

Après avoir récité la prière de l’Angélus, le Pape François a adressé une salutation spéciale aux habitants de la République Démocratique du Congo, attendus aux urnes ce dimanche 30 décembre pour les élections générales.

« Prions ensemble pour tous ceux qui en République Démocratique du Congo souffrent à cause de la violence et du virus Ebola », a demandé le Saint-Père avant d’adresser ses saluts. « Je souhaite que tous s’engagent à maintenir un climat pacifique qui permette un déroulement régulier et pacifique des élections », a-t-il conclu.

L’Église catholique est très engagée dans le processus politique en République démocratique du Congo. Il y a déjà deux ans, c’est sous son égide qu’était signé l’accord de la Saint-Sylvestre ouvrant la voie à l’organisation des élections présidentielle, législatives et provinciales, plusieurs reportées. Les évêques congolais n’ont pas ménagé leurs efforts pour amener le gouvernement et les partis d’opposition à s’entendre pour que les scrutins aient enfin lieu, plus de deux ans après la fin du mandat du président Joseph Kabila.

Dernière initiative en date pour que les élections se déroulent dans un climat serein et pour garantir tout débordement après la proclamation des résultats : une célébration œcuménique avec les Églises protestantes dans la cathédrale Notre-Dame de Kinshasa en présence de l’archevêque de la capitale, Mgr Fridolin Ambongo. Il a appelé chaque camp à ne pas pousser l’adversaire au désespoir et à la violence.

(Avec V. N.)

Mercredi 26 Décembre 2018

Au lendemain de la Nativité, « alors que la joie inonde encore nos coeurs » comme l’a déclaré le Saint-Père à une foule immense rassemblée place Saint-Pierre, est célébrée la mémoire de Saint Etienne, diacre et premier martyr. Ce jour est férié au Vatican, et le Pape François a tenu l’audience de l’Angélus ce 26 décembre.

Cela pourrait sembler étrange de la lier à la fête de Noël, de lier la joie de Bethléem à la lapidation de Jérusalem, avance François, avant de s’expliquer : l’enfant Jésus est le fils de Dieu fait homme, qui sauvera l’humanité en mourant sur la croix. « Aujourd’hui nous le contemplons enveloppé de langes dans la crèche, après la crucifixion il sera de nouveau enveloppé de bandages et déposé dans un tombeau ».

Ce n’est pas un hasard si la fête de ce martyr tombe le lendemain de Noël, car Saint Etienne et Jésus présentent des attitudes similaires selon François. Etienne, dont le martyr est narré dans la première lecture de ce jour (Actes des Apôtres), est mort comme Jésus, « confiant sa propre vie à Dieu et en pardonnant à ses persécuteurs » a détaillé le Saint-Père. Lors de sa lapidation, Etienne priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». Ces mots rappellent ceux du Christ prononcés sur la Croix, a déclaré le Pape François, « l’attitude de Saint Etienne qui imite fidèlement le geste de Jésus est une invitation adressée à chacun de nous à accueillir avec foi des mains du Seigneur ce que la vie nous réserve de positif mais aussi de négatif ». Notre existence est ainsi marquée par des moments de joie, mais également de difficulté et de désarroi, « la confiance en Dieu nous aide à accueillir ces moments pénibles et à les vivre comme des occasions de croissance dans la foi et de construction de nouvelles relations avec ses frères », a continué le Pape François.
Prier pour ses persécuteurs et pardonner
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Message Urbi et Orbi : les vœux de fraternité du Pape François
24/12/2018
Messe de Noël : le Pape invite à dépasser nos égoïsmes, à être transformé par Jésus

Saint Etienne a également imité Jésus à travers le pardon. Il n’a pas maudit ses persécuteurs mais a prié pour eux : « puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : “Seigneur, ne leur compte pas ce péché” ». Nous sommes ainsi appelés à suivre son exemple et à toujours pardonner a expliqué le Souverain Pontife, car « le pardon allège le coeur, engendre le partage, donne sérénité et paix ». Le protomartyr Etienne indique de cette manière la route à suivre dans nos relations familiales, à l’école et au travail, dans les paroisses et dans nos communautés. « La logique du pardon est toujours victorieuse et ouvre des horizons d’espérance », et se cultive avec la prière. C’est ainsi que Saint Etienne, les yeux fixés vers le Ciel a été capable de pardonner à ses tueurs. Selon le Pape François, il faut prier l’Esprit Saint afin qu’Il « répande sur nous le don de la force, qui guérit nos peurs, nos faiblesses et nos petitesses ».

Le Souverain Pontife a conclu en invoquant l’intercession de la Vierge Marie et de Saint Etienne : « que leur prière nous aide à toujours faire confiance à Dieu, spécialement dans les moments difficiles, et nous soutienne dans le but d’être des hommes capables de pardonner ».

A la suite de la prière de l’Angélus, le Saint-Père a tenu à remercier les pèlerins du monde entier pour leurs mots et surtout pour leurs prières à l’occasion de Noël, « Je ne peux pas répondre à chacun, mais j’adresse à tous un remerciement sincère ».

Mardi 25 Décembre 2018

Dans son message « à la ville et au monde », en cette fête de Noël, le Souverain Pontife a lancé un vibrant appel à la fraternité entre les hommes et les peuples. Le Saint-Père a également prié pour la Terre Sainte, la Syrie, le Yémen, la péninsule coréenne, l’Afrique, l’Ukraine, le Venezuela et le Nicaragua.

« Dieu est un Père bon et nous sommes tous frères » : c’est cela le message universel de Noël, la « vérité qui est à la base de la vision chrétienne de l’humanité », a affirmé le Pape depuis la loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre, devant une foule nombreuse de pèlerins. Sans cette fraternité manifestée et offerte par le Christ, « nos efforts pour un monde plus juste s’essoufflent, et même les meilleurs projets risquent de devenir des structures sans âme ».

En ce Noël 2018, ce sont donc des vœux de fraternité que le Saint-Père a choisi d’adresser au monde entier, entre les personnes de chaque nation et culture, d’idées ou de religions différentes. Dieu se révèle dans un « visage humain concret », celui d’un petit Enfant, né à une époque et dans un lieu bien précis. Par son incarnation, poursuit le Pape, « le Fils de Dieu nous indique que le salut passe par l’amour, l’accueil, le respect de notre pauvre humanité que nous partageons tous dans une variété d’ethnies, de langues, de cultures… mais tous en tant que frères en humanité ! » Les différences constituent une richesse, assure François qui prend l’exemple d’une famille, composée de frères et sœurs tous très différents, mais unis par « un lien indissoluble ». Ainsi en est-il de la famille humaine dont nous faisons tous partie ; « ici c’est Dieu qui est le géniteur, le fondement et la force de notre fraternité ».
Dialogue entre Israéliens et Palestiniens

Que ces liens de fraternité que nous sommes appelés à redécouvrir en cette fête de Noël permettent « aux Israéliens et Palestiniens de reprendre le dialogue », a souhaité le Pape, et « d’entreprendre un chemin de paix » sur cette terre choisie, sanctifiée par le Christ et dilacérée par un conflit de plus de 70 ans.

Que la « bien-aimée et martyrisée Syrie retrouve la fraternité », après tant d’années de guerre cruelle, a ensuite lancé le Saint-Père qui appelle la communauté internationale à œuvrer « résolument » pour une solution politique au conflit, « à mettre de côté les divisions et intérêts partisans », afin que le peuple syrien , et notamment les réfugiés, puissent revenir chez eux et vivre en paix.

Le Pape n’a pas manqué d’évoquer le Yémen et l’espoir soulevé par la trêve conclue il y a quelques jours par les belligérants à Hodeida, souhaitant qu’elle soulage les « nombreux enfants et les populations épuisées par la guerre et la famine ».

L’évêque de Rome pense à toute l’Afrique, traversée par de diverses situations de guerre et de violences, à ces millions de réfugiés et de déplacés nécessitant une aide humanitaire. « Que le Divin Enfant, Roi de la paix, fasse taire les armes et fasse surgir une aube nouvelle de fraternité dans tout le continent, bénissant les efforts de ceux qui œuvrent pour favoriser des processus de réconciliation au niveau politique et social », a prié François.

« Que Noël renforce les liens fraternels qui unissent la Péninsule coréenne et permette de poursuivre le cheminement de rapprochement entrepris et d’arriver à des solutions partagées qui assurent à tous le développement et le bien-être », a poursuivi le Pape, évoquant un processus de réconciliation qu’il a encouragé à maintes reprises.

Le Saint-Père n’oublie pas le continent latino-américain, priant tout particulièrement pour le Venezuela, afin qu’il retrouve la « concorde », que « toutes les composantes sociales puissent travailler fraternellement en vue du développement du pays », au service des plus faibles et des plus vulnérables. François a également mentionné le « cher Nicaragua », bouleversé cette année par un vaste mouvement de contestation sociale et politique. « Que les habitants se redécouvrent frères, afin que ne prévalent pas les divisions et les mésententes », mais que tous s’engagent en vue de la réconciliation et de la construction du pays.

Le Souverain Pontife a ensuite prié pour la « bien-aimée Ukraine », aspirant à une paix « qui tarde à venir ». C’est uniquement grâce à une paix « respectueuse des droits de chaque nation », a-t-il précisé, que le pays pourra « se remettre de souffrances subies et rétablir des conditions de vie dignes pour ses citoyens ». Le Pape s’est également dit « proche des communautés chrétiennes de la région », priant pour qu’elles puissent « tisser des liens de fraternité et d’amitié ».

L’évêque de Rome a enfin évoqué « les peuples qui subissent des colonisations idéologiques, culturelles et économiques en voyant violées leur liberté et leur identité », avant d’adresser une pensée spéciale à tous les chrétiens qui fêtent Noël dans un contexte hostile, aux communautés minoritaires, parfois vulnérables et non considérées, priant pour qu’elles puissent enfin jouir de tous leurs droits, « surtout la liberté religieuse ».

« Que l’Enfant petit et transi de froid que nous contemplons aujourd’hui dans la mangeoire protège tous les enfants de la terre ainsi que toute personne fragile, sans défense et marginalisée ». « Puissions-nous tous recevoir la paix et le réconfort par la naissance du Sauveur et, en nous sentant aimés par l’unique Père céleste, nous retrouver et vivre comme des frères ! » a enfin conclu le Pape François.

(Avec V. N.)

Lundi 24 Décembre 2018, Messe de la Nuit de Noêl

Le Pape François a présidé la liturgie de la messe de minuit, anticipée à 21h30, dans la basilique Saint-Pierre. Dans son homélie, il a proposé de monter vers Bethléem à la rencontre de l’Enfant Jésus qui "lance un nouveau modèle de vie" basé sur le partage et le don et sur l’accaparement et l’avidité. Découvrez cette homélie dans son intégralité.

"Joseph, avec Marie son épouse, monta jusqu’à « la ville de David appelée Bethléem » (Lc 2, 4). Cette nuit, nous aussi, nous montons jusqu’à Bethléem pour y découvrir le mystère de Noël.

1. Bethléem : le nom signifie maison du pain. Dans cette ‘‘maison’’, le Seigneur donne aujourd’hui rendez-vous à l’humanité. Il sait que nous avons besoin de nourriture pour vivre. Mais il sait aussi que les aliments du monde ne rassasient pas le cœur. Dans l’Écriture, le péché originel de l’humanité est associé précisément au manger : « elle prit de son fruit, et en mangea » dit le livre de la Genèse (3, 6). Elle prit et elle mangea. L’homme est devenu avide et vorace. Avoir, amasser des choses semble pour beaucoup de personnes le sens de la vie. Une insatiable voracité traverse l’histoire humaine, jusqu’aux paradoxes d’aujourd’hui ; ainsi quelques-uns se livrent à des banquets tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre.

Bethléem, c’est le tournant pour changer le cours de l’histoire. Là, Dieu, dans la maison du pain, naît dans une mangeoire. Comme pour nous dire : me voici tout à vous, comme votre nourriture. Il ne prend pas, il offre à manger : il ne donne pas quelque chose, mais lui-même. À Bethléem, nous découvrons que Dieu n’est pas quelqu’un qui prend la vie mais celui qui donne la vie. À l’homme, habitué depuis les origines à prendre et à manger, Jésus commence à dire : « Prenez, mangez : ceci est mon corps » (Mt 26, 26). Le petit corps de l’Enfant de Bethléem lance un nouveau modèle de vie : non pas dévorer ni accaparer, mais partager et donner. Dieu se fait petit pour être notre nourriture. En nous nourrissant de lui, Pain de vie, nous pouvons renaître dans l’amour et rompre la spirale de l’avidité et de la voracité. De la ‘‘maison du pain’’, Jésus ramène l’homme à la maison, pour qu’il devienne un familier de son Dieu et frère de son prochain. Devant la mangeoire, nous comprenons que ce ne sont pas les biens qui entretiennent la vie, mais l’amour ; non pas la voracité, mais la charité ; non pas l’abondance à exhiber, mais la simplicité à préserver.

Le Seigneur sait que nous avons besoin chaque jour de nous nourrir. C’est pourquoi il s’est offert à nous chaque jour de sa vie, depuis la mangeoire de Bethléem jusqu’au cénacle de Jérusalem. Et aujourd’hui encore sur l’autel, il se fait Pain rompu pour nous : il frappe à notre porte pour entrer et prendre son repas avec nous (cf. Ap 3, 20). À Noël, nous recevons sur terre Jésus, Pain du ciel : c’est une nourriture qui ne périme jamais, mais qui nous fait savourer déjà la vie éternelle.

À Bethléem, nous découvrons que la vie de Dieu court dans les veines de l’humanité. Si nous l’accueillons, l’histoire change à commencer par chacun d’entre nous. En effet, quand Jésus change le cœur, le centre de la vie n’est plus mon moi affamé et égoïste, mais lui qui naît et vit par amour. Appelés cette nuit à sortir de Bethléem, maison du pain, demandons-nous : quelle est la nourriture de ma vie, dont je ne peux me passer ? Est-ce le Seigneur ou quelque chose d’autre ? Puis, en entrant dans la grotte, flairant dans la tendre pauvreté de l’Enfant un nouveau parfum de vie, celle de la simplicité, demandons-nous : ai-je vraiment besoin de beaucoup de choses, de recettes compliquées pour vivre ? Est-ce j’arrive à me passer de tant de garnitures superflues, pour mener une vie plus simple ? À Bethléem, à côté de Jésus, nous voyons des gens qui ont marché, comme Marie, Joseph et les pasteurs. Jésus est le Pain de la route. Il n’aime pas des digestions paresseuses, longues et sédentaires, mais il demande qu’on se lève en hâte de table pour servir, comme des pains rompus pour les autres. Demandons-nous : à Noël, est-ce je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ?

2. Après Bethléem maison du pain, réfléchissons sur Bethléem maison de David. Là, David, jeune garçon, faisait le pasteur et à ce titre il a été choisi par Dieu, pour être pasteur et guide de son peuple. À Noël, dans la ville de David, pour accueillir Jésus, il y a précisément les pasteurs. Dans cette nuit « ils furent saisis d’une grande crainte, nous dit l’Évangile » (Lc 2, 9), mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas » (v. 10). Dans l’Évangile revient tant de fois ce ne craignez pas : c’est comme un refrain de Dieu à la recherche de l’homme. En effet, l’homme depuis les origines, encore à cause du péché, a peur de Dieu : « j’ai eu peur […], et je me suis caché » (Gn 3, 10), a dit Adam après le péché. Bethléem est le remède à la peur, parce que malgré les ‘‘non’’ de l’homme, là Dieu dit pour toujours ‘‘oui’’ : pour toujours il sera Dieu-avec-nous. Et pour que sa présence n’inspire pas la peur, il s’est fait un tendre enfant. Ne craignez pas : cela n’est pas dit à des saints, mais à des pasteurs, des gens simples qui en même temps ne se distinguent pas par la finesse ni par la dévotion. Le Fils de David naît parmi les pasteurs pour nous dire que personne n’est jamais seul ; nous avons un Pasteur qui surmonte nos peurs et nous aime tous, sans exceptions.

Les pasteurs de Bethléem nous disent aussi comment aller à la rencontre du Seigneur. Ils veillent dans la nuit : ils ne dorment pas, mais font ce que Jésus demandera à plusieurs reprises : veiller (cf. Mt 25, 13 ; Mc 13, 35 ; Lc 21, 36). Ils restent éveillés, attendent éveillés dans l’obscurité ; et Dieu « les enveloppa de sa lumière » (Lc 2, 9). Cela vaut aussi pour nous. Notre vie peut être une attente, qui également dans les nuits des problèmes s’en remet au Seigneur et le désire ; alors elle recevra sa lumière. Ou bien une prétention, où ne comptent que les forces et les moyens propres : mais dans ce cas, le cœur reste fermé à la lumière de Dieu. Le Seigneur aime être attendu et on ne peut pas l’attendre dans le divan, en dormant. En effet, les pasteurs se déplacent : « ils se hâtèrent » dit le texte (v. 16). Ils ne restent pas sur place comme celui qui sent qu’il est arrivé et n’a besoin de rien, mais ils s’en vont ; laissant le troupeau sans surveillance, ils prennent des risques pour Dieu. Et après avoir vu Jésus, sans même être des experts de discours, ils vont l’annoncer, à telle enseigne que « tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leurs racontaient les bergers » (v. 18).

Attendre éveillé, aller, risquer, raconter la beauté : ce sont des gestes d’amour. Le bon Pasteur, qui à Noël vient donner la vie aux brebis, à Pâques adressera à Pierre et, à travers lui à nous tous, la question finale : « M’aimes-tu » (Jn 21, 15). C’est de la réponse que dépendra l’avenir du troupeau. Cette nuit, nous sommes appelés à répondre, à lui dire nous aussi : ‘‘Je t’aime’’. La réponse de chacun est essentielle pour le troupeau tout entier.

« Allons jusqu’à Bethléem » (Lc 2, 15) : c’est ce qu’ont dit et fait les pasteurs. Nous aussi, Seigneur, nous voulons venir à Bethléem. Aujourd’hui également la route est ascendante : on doit dépasser le sommet de l’égoïsme, il ne faut pas glisser dans les ravins de la mondanité et du consumérisme. Je veux arriver à Bethléem, Seigneur, parce que c’est là que tu m’attends. Et me rendre compte que toi, déposé dans une mangeoire, tu es le pain de ma vie. J’ai besoin du parfum tendre de ton amour pour être, à mon tour, pain rompu pour le monde. Prends-moi sur tes épaules, bon Pasteur : aimé par toi, je pourrai moi aussi aimer et prendre mes frères par la main. Alors, ce sera Noël quand je pourrai te dire : ‘‘Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime’’ (cf. Jn 21, 17). "

Pape François

Dimanche 23 décembre 2018

En ce 4ème dimanche de l’Avent, le Pape François s’est arrêté sur l’épisode de la Visitation de la Vierge Marie. L’occasion de prendre pour modèle « la foi et la charité » de Marie, à l’approche de la naissance du Christ.

La liturgie de ce quatrième dimanche de l’Avent met l’accent sur la figure de Marie, qui s’apprête à donner naissance à Jésus, le Sauveur du monde, a expliqué le Pape François avant de réciter la prière de l’Angélus devant la foule de fidèles rassemblés place Saint-Pierre.

Nous invitant à poser notre regard sur Marie, « modèle de foi et de charité », le Pape invite à nous demander « quelles étaient ses pensées » durant tous ces mois d’attente. « La réponse provient de l’Évangile du jour, relatant la visite de Marie à sa cousine Elisabeth » (cf. Lc 1, 39-45).

En la matière, le contraste est évident entre Marie, qui avait foi, « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». (v. 45), et Zacharie, le mari d’Elisabeth, qui n’avait pas cru en la promesse de l’ange Gabriel. Lui, resta donc silencieux jusqu’à la naissance de son fils Jean.

Cet épisode nous aide à lire avec une lumière toute particulière le mystère de la rencontre de l’homme avec Dieu, observe le Pape François. Une rencontre qui, selon le Saint-Père, n’est pas placée « sous le signe de prodiges étonnants », mais bien « sous le signe de la foi et de la charité ».

Marie est bénie entre toutes les femmes « parce qu’elle a cru » : sa rencontre avec Dieu est le fruit de la foi, souligne le Pape. Zacharie, en revanche, qui n’a pas cru, est resté sourd et muet pour grandir dans la foi pendant ce long silence.

« Sans foi, nous restons inévitablement sourds à la voix consolante de Dieu ; et nous restons incapables de prononcer des mots de consolation et d’espoir pour nos frères », relève le Souverain pontife. Mais la foi, à son tour, se nourrit de charité. « Nous le voyons avec les personnes qui n’ont pas de foi ou qui ont ’’une toute petite foi’’ et qui côtoient des personnes en grande souffrance. Elles n’ont que des paroles de circonstances, car elles n’ont pas la force qui vient de la foi », ajoute-t-il.
La charité authentique, source de joie

La naissance de Jésus a débuté ainsi, par un simple geste de charité ; la charité authentique est toujours le fruit de l’amour de Dieu, poursuit l’évêque de Rome. Selon lui, la visite de Marie à Élisabeth nous prépare donc à bien vivre Noël, en nous transmettant « le dynamisme de la foi et de la charité, œuvres de l’Esprit Saint ».
Se détourner de soi et regarder les autres

« Un dynamisme plein de joie, comme nous le voyons dans la rencontre entre les deux mères, hymne de joie et d’exultation dans le Seigneur, qui fait de grandes choses avec les petits qui lui font confiance », a conclu le Pape avant d’appeler chacun à vivre un Noël « extraverti », au sens où il ne doit pas être centré sur notre « moi », mais sur le « Tu » du Christ et de nos frères...

Après avoir récité la prière de l’Angélus, le Pape François a eu une pensée pour toutes les familles sur le point de célébrer Noël aux quatre coins du monde, mais aussi à toutes celles et ceux qui vivent loin de leurs proches. « Beaucoup de personnes n’ont pas la possibilité d’être en famille, pour différentes raisons ; et aujourd’hui, je voudrais m’adresser d’une manière particulière à tous ceux qui sont loin de leur famille et de leurs terres. Notre Père céleste ne vous oublie pas et ne vous abandonne pas », a garanti le Pape rappelant que « les portes de la communauté chrétienne sont ouvertes, Jésus est né pour tous et donne à tous l’amour de Dieu ».

(Avec V. N.)

Mercredi 19 Décembre 2018

« Noël est la victoire de l’humilité sur l’arrogance, de la simplicité sur l’abondance, du silence sur le vacarme, de la prière sur ‘mon temps’, de Dieu sur mon ego ». Ce mercredi 19 Décembre, lors de l’audience générale, le Pape a interrompu son cycle de catéchèses sur le Notre Père, pour évoquer le sens de la fête de la Nativité afin de mieux s’y préparer. Il s’agit d’ouvrir son cœur aux surprises de Dieu et non de céder au « vacarme du consumérisme ».

Les sapins, les décorations et les lumières nous rappellent que cette année encore il y aura fête. « La machine publicitaire nous invite à échanger des cadeaux nouveaux pour se faire des surprises », mais est-ce vraiment cette fête que veut Dieu, s’interroge François. Pour apporter un élément de réponse et découvrir « les goûts de Dieu », le Pape revient au premier Noël de l’histoire, plein de surprises. Qu’il s’agisse de Marie, « vierge qui sera mère », ou de Joseph, « un père d’un fils sans l’avoir généré », Noël a apporté dans leur vie des changements inattendus. Le Pape invite les fidèles à ouvrir, eux aussi, leurs cœurs au Seigneur.

En ce premier Noël, c’est dans la nuit que survient « la plus grande des surprises » : « le Très-Haut est un petit bébé et la Parole de Dieu est un enfant, "incapable de parler" ». Il est accueilli non pas par les autorités ou des ambassadeurs, mais par de simples bergers qui, avertis par les anges, accourent sans attendre. Ainsi, poursuit le Pape, « Noël est la célébration de l’inédit de Dieu, ou mieux encore, d’un Dieu inédit qui renverse nos logiques et nos attentes ».

Vivre Noël, c’est accueillir sur terre les surprises du ciel, se laisser bousculer par les surprenantes nouveautés de Dieu. Or « Jésus n’offre pas la tiédeur rassurante d’un feu de cheminée, mais le frisson divin qui secoue l’histoire ». Le Pape rappelle que Noël est « la revanche de l’humilité sur l’arrogance, de la simplicité sur l’abondance, du silence sur le vacarme, de la prière sur mon temps, de Dieu sur mon ego ». Célébrer Noël consiste à faire comme Jésus, descendu pour se mettre au service de ceux qui en ont besoin. C’est faire comme Marie qui se fie docilement à Dieu et faire comme Joseph qui se lève pour réaliser la volonté de Dieu qui lui parle dans le silence de la nuit. « Célébrer Noël, c’est préférer la voix silencieuse de Dieu aux vacarmes du consumérisme ».

Malheureusement, constate le Pape, on peut se tromper de fête et préférer à la nouveauté du Ciel la routine de la terre ! Il exhorte les fidèles à ne pas faire de Noël « une fête mondaine » et à ne pas mettre de côté « le Roi de la fête ». Il les invite ainsi à se recueillir en silence devant la crèche, à veiller en priant plutôt que de se laisser entraîner sur la voie des futilités.

En guise de synthèse, le Pape François conclut enfin en recommandant à chacun de suivre les enseignements de Joseph qui donne de l’espace au silence ; de Marie qui a confiance en Dieu et lui dit : "Me voici" ; et de Jésus qui se fait proche de celui qui est seul, du pauvre, afin à notre tour de « trouver, à la suite des bergers, la lumière dans la pauvre grotte de Bethléem ! »

Cette audience était la 43ème et dernière de l’année 2018 ; le Pape François a rencontré 560 500 personnes pendant ces 43 audiences. La reprise des audiences générales est fixée au 2 janvier 2019.

(Avec V. N.)

Dimanche 16 décembre 2018

En ce troisième dimanche de l’Avent, le Pape s’est arrêté sur la joie suscitée par la présence du Christ citant le verset 14 du prophète Sophonie. « Pousse des cris de joie, ô fille de Sion !Lance un cri de triomphe, ô Israël !Réjouis-toi, exulte de tout cœur, ô fille de Jérusalem ».

Ainsi par cette présence, pour le peuple, la tristesse et le découragement ne sont plus une raison, mais tout suscite une gratitude joyeuse envers Dieu, qui veut toujours racheter et sauver ceux qu’il aime, explique le Pape. Car l’amour du Seigneur pour son peuple est incessant : « Il se réjouira pour vous, il vous renouvellera avec son amour, il exultera pour vous avec des cris de joie » (v. 17), rappelle le Pape François.

Un appel à la joie particulièrement approprié à l’approche de Noël. Et le Souverain pontife d’ajouter que ce message trouve toute sa signification lors de l’Annonciation à Marie, relatée par l’évangéliste Luc. Les paroles adressées par l’archange Gabriel à la Vierge font écho à celles de Sophonie : « Réjouis-toi, plein de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28).

C’est dans un village reculé de Galilée, dans le cœur d’une jeune femme inconnue du monde, que Dieu allume l’étincelle du bonheur pour le monde entier, résume le Saint-Père, avant de poursuivre : « Aujourd’hui, la même proclamation s’adresse à l’Église, appelée à accueillir l’Évangile pour qu’il devienne chair et vie concrète » : « Réjouis-toi, petite communauté chrétienne, pauvre et humble mais belle parce que tu désires ardemment mon Royaume, parce que tu as faim et soif de justice. Tisse patiemment la paix, ne poursuis pas les puissants en devoir mais reste fidèlement près des pauvres. Ainsi tu n’auras peur de rien, et ton cœur sera dans la joie ».

Aujourd’hui aussi, saint Paul nous demande de ne nous inquiéter de rien, mais de faire en sorte de présenter à Dieu nos demandes, nos besoins, nos préoccupations « avec des prières et des pétitions » (Ph 4,6). « Aucune inquiétude, aucune peur ne pourra jamais enlever la sérénité qui vient de savoir que Dieu guide toujours nos vies avec amour. Même au milieu des problèmes et des souffrances, cette certitude nourrit espoir et courage », ajoute le Successeur de Pierre, nous enjoignant à nous remettre en question afin d’accueillir au mieux cet invitation du Seigneur à la joie.

« Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10). Cette question est la première étape de la conversion que nous sommes invités à franchir en cette période de l’Avent, conclut-il.

Après l’Angélus, le Pape François a brièvement évoqué le Pacte mondial pour des migrations sures, ordonnées et régulières, approuvé le 10 décembre à Marrakech. « J’espère qu’à travers cet instrument, la responsabilité, la solidarité et la compassion, face à ceux qui ont quitté leur pays pour des motifs divers, pourront opérer », a-t-il déclaré. Le Vatican soutient ce pacte de manière appuyé, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, s’étant rendu sur place à Marrakech.

(Avec V. N.)

Mercredi 12 décembre 2018

Dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi matin, tenue en Salle Paul VI, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur le Notre Père, en centrant sa méditation sur le thème : “Une prière qui demande avec confiance”.

« La prière du “Notre Père” plonge ses racines dans la réalité concrète de l’homme », a expliqué le Pape. Demander le « pain quotidien » est une demande « simple mais essentielle », qui montre que « la foi n’est pas une question décorative, détachée de la vie ».

La prière commence là où il y a un homme « qui a faim, qui pleure, qui lutte, qui souffre et qui se demande “pourquoi” ». Jésus, dans la prière, « ne veut pas éteindre l’humain, ne veut pas l’anesthésier », mais il veut au contraire que « toute souffrance, toute inquiétude, s’élance vers le ciel ».

Prier s’apparente à un cri comme celui de l’aveugle Bartimée qui dans l’Évangile supplie Jésus d’avoir pitié de lui. Le Christ lui redonne la vue en lui disant : « Ta foi t’a sauvé ». La chose décisive pour sa guérison a donc été « cette prière, cette invocation criée avec foi », malgré tous ceux qui lui intimaient de se taire.

La prière de supplication a autant de valeur que la louange gratuite, a expliqué le Pape. « Dieu est le Père, qui a une immense compassion pour nous, et veut que ses enfants lui parlent sans peur. Nous pouvons donc tout lui raconter, même les choses qui dans notre vie demeurent faussées et incompréhensibles. Et il nous a promis qu’il serait avec nous pour toujours, jusqu’au dernier des jours que nous passerons sur cette terre », a conclu le Pape François.

Dans ses saluts aux différents groupes présents, le Pape a évoqué la fête de Notre-Dame-de-Guadalupe, ce 12 décembre, à l’occasion de laquelle il célèbrera ce soir à 18h une messe en la basilique Saint-Pierre.

En s’adressant aux pèlerins polonais, François a particulièrement confié à Notre-Dame-de-Guadalupe « ceux qui sont en attente de la naissance de leurs enfants. Saint Jean-Paul II a recommandé à Sa protection maternelle la vie et l’innocence des enfants, surtout de ceux qui courent le danger de ne pas naître. La Madonne de Guadalupe, on voit qu’elle est enceinte : elle attend le Sauveur, a remarqué le Pape François, en sortant de son texte. Par Son intercession, en ce temps d’Avent, implorons le don de la fécondité pour les familles sans enfants, le respect pour la vie conçue et l’ouverture des cœurs aux valeurs de l’Évangile », a exhorté le Saint-Père.

Suite à la fusillade survenue mardi soir sur le marché de Noël à Strasbourg, qui a fait au moins 3 morts et 12 blessés, le Pape François a fait parvenir un message de condoléances à Mgr Luc Ravel, l’archevêque de la ville alsacienne.

Voici le texte intégral de ce texte signé, comme c’est l’usage protocolaire, par le cardinal-Secrétaire d’État Pietro Parolin :

« C’est avec tristesse et préoccupation que Sa Sainteté le Pape François a appris l’attentat perpétré hier soir au marché de Noël à Strasbourg et qui a fait plusieurs victimes. Le Pape François exprime, encore une fois, sa ferme condamnation contre de tels actes. Il manifeste sa compassion en particulier aux familles affectées et à toutes les personnes touchées par cet attentat, les assurant de sa prière. Alors qu’il confie les défunts à la miséricorde de Dieu, le Saint-Père a une pensée spéciale pour les professionnels et les volontaires qui prennent soin des personnes blessées. En gage de consolation, il implore l’abondance des bénédictions divines sur les victimes, sur ceux qui les assistent et sur tout le peuple français. »

(Avec V. N.)

Dimanche 9 Décembre 2018

En ce deuxième dimanche de l’Avent, le Pape François rappelle les exigences de conversion nécessaire à la préparation de la venue du Seigneur : reconnaître les vides à combler dans notre vie, pour aplanir les aspérités de l’orgueil et faire de la place à Jésus qui vient.

Depuis la fenêtre des appartements pontificaux, surplombant une place Saint-Pierre inondée de soleil, le Pape François a expliqué aux fidèles comment attendre concrètement la venue du Seigneur. Le Saint-Père a commenté l’Évangile de Luc qui « présente la figure de Jean-Baptiste qui “parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés” » a déclaré le Saint-Père. Pour donner de la substance à l’attente du Seigneur, il faut entreprendre un chemin de conversion. Le Pape évoque ainsi la prophétie d’Isaïe citée par l’évangéliste : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées. »
S’ouvrir aux autres...

Quelles sont donc les exigences de conversion auxquelles invite Jean-Baptiste pour préparer le chemin au Seigneur qui vient ? D’abord, explique le Pape, nous sommes appelés à « combler les vides (de notre vie) produits par la froideur et l’indifférence, en nous ouvrant aux autres avec les sentiments qui étaient ceux de Jésus, c’est-à-dire la cordialité, l’attention fraternelle qui prend soin des nécessités de son prochain. » Il convient pour le Saint-Père d’avoir une attention spéciale à ceux qui sont le plus dans le besoin.

Ensuite, poursuit-il, « il faut aplanir les nombreuses âpretés causées par l’orgueil et l’arrogance » en accomplissant des gestes concrets de réconciliation -ce qui n’est pas facile, convient-il. Il faut également demander de pardon pour les fautes commises. La conversion ne pourra être complète que si elle conduit « à reconnaître humblement nos erreurs, nos infidélités et nos manquements. »

Le croyant « est celui qui, en se mobilisant pour son prochain, comme Jean-Baptiste ouvre les routes du désert, c’est-à-dire qu’il indique des perspectives d’espérance même dans des contextes existentiels accidentés, marqués par la défaillance et l’échec ». Le Pape invite alors à ne pas se rendre face aux situations négatives de renfermement et de refus : « nous ne devons pas nous laisser assujettir à la mentalité du monde, parce que le centre de notre vie est Jésus et sa parole de lumière, d’amour et de consolation ».

Le Pape ajoute que Jean-Baptiste invitait à la conversion avec « force, vigueur et sévérité » mais qu’il savait aussi écouter, accomplir des gestes de tendresse et de pardon envers ceux qui demandaient pardon et souhaitaient se faire baptiser. Son témoignage de vie a réussi à réveiller les attentes et les espérances du Messie, depuis longtemps assoupies.

« Aujourd’hui encore, les disciples de Jésus sont appelés à être ses humbles mais courageux témoins pour rallumer l’espérance, pour faire comprendre que malgré tout, le règne de Dieu continue à se construire jour après jour avec la puissance de l’Esprit saint ». Le Pape a prié la Vierge Marie, pour que par son intercession, nous préparions jour après jour le chemin du Seigneur « en commençant par nous-même » ; qu’elle nous aide « à répandre autour de nous, avec une patience tenace, des graines de paix de justice et de fraternité » a conclu le Pape.

(Avec V. N.)

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