Eglise catholique de Martinique
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        Audience du Regina Coeli avec le Pape François

Audience du Regina Coeli avec le Pape François

Au cours de la prière du Régina Caeli, ce dimanche 22 mai place Saint-Pierre, le Pape François a médité les paroles du Christ dites à ses disciples : « Je vous laisse ma paix » et « je vous donne donne ma paix ».


Dans l’Evangile de la liturgie de ce dimanche, au chapitre 14 de Saint Jean, le Christ fait ses adieux à ses disciples au cours de la dernière Cène. Il leur lance ces paroles : « Je vous laisse la paix », ajoutant immédiatement : « Je vous donne ma paix ».

« Jésus prend congé avec des paroles qui expriment affection et sérénité, mais le fait dans un moment tout sauf serein », a observé le Pape François, au cours de la prière du Regina Caeli, place Saint-Pierre. Judas, en effet, vient de quitter la table pour trahir le Christ, Pierre est sur le point de le renier, et presque tous les autres disciples s’apprêtent à l’abandonner. Et pourtant, le Seigneur « ne reproche pas, il n’utilise pas de paroles sévères, il ne fait pas de discours durs », remarque le Saint-Père.

À l’agitation qui l’entoure, Jésus oppose la douceur, attitude qu’il gardera jusqu’à la fin de sa vie. « Un proverbe dit qu’on meurt comme on a vécu (…). Jésus éprouve la peur et la douleur, mais il ne donne pas de place au ressentiment et à la protestation. Il ne se laisse pas aller à l’amertume », insiste François. La paix qui émane de son cœur, en dépit des difficultés qui l’accablent, provient de son entière confiance et abandon dans les mains de son père.

À notre échelle, rappelle ainsi le Sucesseur de Pierre, il nous est impossible de laisser aux autres la paix, si nous ne l’avons pas en nous-mêmes : « On ne peut pas donner la paix si on n’est pas en paix ».

Cette première phrase du Christ à ses disciples, « je vous laisse la paix », ouvre un chemin de vie auquel tous les chrétiens sont conviés. Un chemin de douceur, que le Christ l’a incarné précisément au moment le plus difficile de sa vie, et qu’il nous demande d’emprunter, en « héritiers de sa paix ».

(Avec V. N.)

Mercredi 18 mai 2022

Le Saint-Père est revenu sur la foi vécue dans les épreuves, au cours de l’audience de ce mercredi . À l’exemple de Job qui crie sa protestation face au mal, jusqu’à ce que Dieu lui réponde, le temps du silence et de l’attente dans l’épreuve peut être une bénédiction, a expliqué le Pape François.

Comment interpréter le silence de Dieu face aux épreuves que nous traversons ? Poursuivant son cycle hebdomadaire de catéchèses sur la vieillesse, le Pape François est revenu, ce 18 mai, sur la figure biblique de Job. Un « témoin de foi », qui a crié à Dieu sa protestation face au mal, jusqu’à ce qu’Il lui réponde et lui révèle son visage.

« Dieu finit par répondre, comme toujours de manière surprenante : il montre à Job sa gloire mais sans l’écraser, bien au contraire, avec une tendresse souveraine. Il faut bien lire les pages de ce livre, sans préjugés ni clichés, pour saisir la force du cri de Job », a invité le Saint-Père. Nous mettre à l’école de Job nous aide à dépasser la tentation du moralisme, lorsque ceux que nous côtoyons sont exaspérés ou démoralisés dans l’épreuve.

Au chapitre 42 du Livre de Job, le vieil homme est loué parce qu’il a compris le mystère de la tendresse de Dieu, caché derrière son silence. Les amis de Job prétendaient, eux, avoir compris Dieu et le mystère du mal qui entourait leur ami. Venus consoler Job, ils avaient fini par le juger à travers des schémas faux et préconçus, tombant dans un « piétisme hypocrite et présomptueux » qui provoqua la colère de Dieu. Pourtant « Job a bien parlé, car il a refusé d’accepter que Dieu soit un "Persécuteur" », rappelle le Souverain pontife. Et comme récompense, « Dieu rend à Job le double de tous ses biens, après lui avoir demandé de prier pour ses mauvais amis. »

Job connait un tournant dans sa foi lorsqu’au summum de sa colère, il refuse la caricature d’un Dieu vengeur présentée par ses amis. Cette parabole, affirme ainsi François, représente de manière dramatique et exemplaire ce que chacun de nous traverse réellement dans sa vie. Lorsque « des épreuves trop lourdes, disproportionnées par rapport à la petitesse et à la fragilité humaines, s’abattent sur une personne, une famille ou un peuple. Dans la vie (…) certaines personnes sont accablées par tant de maux que cela parait excessif et injuste ».

L’échec, le handicap ou la maladie, épreuves dans certains cas aggravées par des difficultés économiques, peuvent nous questionner sur l’action de Dieu dans notre vie. Récemment, les conséquences de la pandémie de Covid-19 ou encore la guerre en Ukraine apparaissent pour certains de lourds fardeaux qui s’amoncelent.
Dans son silence, Dieu révèle son respect et sa tendresse

Pouvons-nous pour autant « justifier ces "excès" par une rationalité supérieure de la nature et de l’histoire ? Pouvons-nous les bénir (…) comme une réponse justifiée à la culpabilité des victimes, qui les ont méritées ? » Au contraire, explique le Successeur de Pierre : il existe un droit de la victime à protester, face au mystère du mal qu’elle subit.

Ce droit, Dieu l’accorde à tous. « Et le silence de Dieu au premier moment du drame signifie ceci. Dieu ne recule pas devant la confrontation, mais dans un premier temps, il laisse à Job le moyen d’exprimer ses protestations. Peut-être devrions-nous, parfois, apprendre de Dieu ce respect et cette tendresse. »

Les personnes âgées affligées de maux, portent en elles fragilité et pertes progressives. Par leurs prières et leurs souffrances unies au Christ, elles sont un témoignage crédible et un rempart de la communauté dans sa lutte contre le mal, a conclu le Pape François.

(Avec V. N.)

Dimanche 15 mai 2022

Le Pape François a célébré ce dimanche la messe pour la canonisation de dix bienheureux, dont trois Français : Charles de Foucauld, Marie Rivier et César de Bus. Devant près de 50 000 fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre et aux alentours, il a exhorté à se laisser aimer par le Christ et à aimer comme lui, non par des actions héroïques, mais dans le service et le don de soi-même. Les nouveaux saints en témoignent et invitent chaque baptisé à le vivre, selon sa vocation propre.

Une Place Saint-Pierre fourmillant de groupes arrivés progressivement depuis le lever du jour. Des banderoles agitées dans un air presqu’aussi chaud qu’un mois d’été. Des centaines de prêtres, et des autorités politiques venues de divers pays. Il y a longtemps que l’on avait pas connu cette atmosphère d’effervescence aux abords de la basilique pétrinienne : la dernière messe de canonisation avait été célébrée en octobre 2019, quelques mois avant que la pandémie de covid-19 ne vienne imposer ses mesures de restriction.

Des dizaines de milliers pèlerins ont assisté ce matin à cette cérémonie, qui s’est déroulée sous un franc soleil.

Le rite de canonisation des dix bienheureux – cinq religieux et religieuses italiens, un laïc indien, un carme néerlandais, Titus Brandsma, et trois français, Charles de Foucauld, César de Bus et Marie Rivier – s’est déroulé, comme le veut la liturgie, au début de la messe : chant du Veni Creator, Petitio (demande formelle de canonisation adressée par le préfet de la Congrégation pour la cause des saints, le cardinal Marcello Semeraro, au Pape François), litanie des saints, formule de canonisation prononcée par le Saint-Père, suivie du chant de l’Alléluia et du Gloria.

Une fois les dix saints inscrits officiellement au « registre des saints », la messe s’est poursuivie avec la liturgie de la Parole, en suivant les lectures de ce 5e dimanche de Pâques. Dans l’Évangile, issu de saint Jean (13, 31-33a., 34-35), Jésus prononce son « commandement de l’amour » : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Un verset commenté par le Saint-Père dans son homélie.

Tout d’abord, a expliqué François, le Seigneur nous a aimés « jusqu’au bout, jusqu’au don total de lui-même », et cela même à l’heure où Judas l’a trahis. Et « dans l’obscurité et les tempêtes de la vie, c’est cela l’essentiel : Dieu nous aime ». C’est là « notre identité » et « notre force : aimés de Dieu », a ajouté le Souverain Pontife.

Qu’est-ce que la sainteté ?

Cette certitude de « l’amour inconditionnel et gratuit de Dieu, que nous n’avons pas mérité » est centrale, a souligné le Pape. « Au début de notre être chrétien, il n’y a pas de doctrines ni d’œuvres, mais l’émerveillement de nous découvrir aimés, avant toute réponse de notre part ». Un amour gratuit qui est aussi l’essentiel de la sainteté, contrairement à l’idée que l’on peut s’en faire.

Et François de décrire une sainteté conçue comme un idéal fait « d’héroïsme personnel », un « objectif inaccessible » coupé « de la vie quotidienne ». Non, devenir saint, « c’est avant tout se laisser transfigurer par la puissance de l’amour de Dieu. N’oublions pas la primauté de Dieu sur le moi (...), de l’Esprit sur la chair, de la grâce sur les œuvres », a déclaré le Souverain Pontife, regrettant que l’on donne souvent « plus d’importance au moi » et à la chair.

Cet amour reçu de Dieu « est la force qui transforme notre vie : il dilate notre cœur et nous prédispose à aimer », a poursuivi le Pape, commentant la deuxième partie du verset johannique.

Il ne s’agit pas seulement d’imiter l’amour de Jésus, mais d’aimer en raison de cet amour « qui nous guérit et nous transforme », qui rend capable d’« accomplir des gestes d’amour dans chaque situation ». L’équation est simple : « Tout comme je suis aimé, je peux aimer ».

Vivre cet amour signifie « servir et donner sa vie ».

“[« Servir, c’est-à-dire ne pas faire passer ses propres intérêts en premier ; (…) partager les charismes et les dons que Dieu nous a donnés. Se demander concrètement : "qu’est-ce que je fais pour les autres ?" (...) et vivre le quotidien dans un esprit de service, avec amour et sans clameur, sans rien revendiquer ». ]”

Donner sa vie, qui ne désigne pas une réalité matérielle mais « se donner soi-même », « toucher et regarder la chair du Christ qui souffre dans nos frères et sœurs », a décrit l’évêque de Rome, avant de résumer : « La sainteté n’est pas faite de quelques gestes héroïques, mais de beaucoup d’amour quotidien ». Selon son propre état de vie, « toujours regarder Jésus dans les autres », a-t-il encore indiqué.

La voie est ouverte : Titus Brandsma, Devasahayam Lazare Pillai, César de Bus, Luigi Maria Palazzolo, Giustino Maria Russolillo, Charles de Foucauld, Marie Rivier, Maria Francesca di Gesù Rubatto, Maria di Gesù Santocanale, et Maria Domenica Mantovani : dix nouveaux saints qui nous invitent à aimer nous aussi jusqu’au bout, avec Jésus, dans le service et le don de soi. « Servir l’Évangile et les frères, offrir sa vie sans retour (...), sans chercher la gloire mondaine : nous sommes, nous aussi, appelés à cela », a souligné le Pape. Ce sont « nos compagnons de route », qui ont répondu à leur vocation personnelle « avec enthousiasme », jusqu’à devenir « des reflets lumineux du Seigneur dans l’histoire ».

Or la route de la sainteté « n’est pas fermée » mais « universelle » et « commence avec le baptême », a assuré François. C’est une voie pour chaque baptisé : « chacun de nous est appelé à la sainteté, à une sainteté unique et non reproductible », a insisté le Saint-Père. Et de conclure par cette exhortation : « Oui, le Seigneur a un plan d’amour pour chacun de nous, il a un rêve pour ta vie, pour ma vie, pour la vie de chacun de nous. (...) Fais-le avancer avec joie ».

Regina Cœli : que les nouveaux saints suscitent la paix !

Au terme de cette messe, le chant du Regina Cœli a été entonné. Le Souverain Pontife a prononcé auparavant quelques mots de remerciements. Il a aussi souligné combien « il est bon de voir que, par leur témoignage évangélique, ces saints ont favorisé la croissance spirituelle et sociale de leurs nations respectives et aussi de toute la famille humaine ».

Un témoignage d’actualité, « alors que, malheureusement, dans le monde, les distances s’accroissent et que les tensions et les guerres augmentent », a fait remarquer François, souhaitant ces nouveaux saints puissent « inspirer des solutions de rassemblement, des voies de dialogue, en particulier dans le cœur et l’esprit de ceux qui occupent des postes de grande responsabilité et sont appelés à être des protagonistes de la paix et non de la guerre ».

(Avec V. N.)

Mercredi 11 mai 2022

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur le thème de la vieillesse à partir de la figure biblique de Judith. Il est revenu sur la retraite, une période opportune pour tisser et repenser les liens entre les générations.

Judith, qui sauva la ville de Béthulie et le peuple de Judée du siège d’Holopherne, vécu une belle vieillesse, jusqu’à 105 ans. Pour elle, l’heure de la retraite avait sonné, et de nos jours, a débuté le Saint-Père, il reste tant d’années à vivre après le départ en retraite. Alors, a-t-il questionné, « comment interpréter ce temps dont nous disposons, comment en tirer le meilleur parti ? »

Car, a expliqué François, si pour beaucoup de personnes la perspective de la retraite coïncide « avec un repos bien mérité et très désiré d’activités exigeantes et fatigantes », « il arrive aussi que la fin du travail soit une source d’inquiétude et soit attendue avec une certaine appréhension ». Chacun peut en effet se demander ce qu’il va pouvoir faire de cette période.

Bien sûr, a continué l’évêque de Rome, « il y a l’engagement, à la fois joyeux et fatigant, de s’occuper des petits-enfants ; mais nous savons qu’aujourd’hui il y a de moins en moins d’enfants qui naissent, et que les parents sont souvent plus éloignés, plus sujets aux voyages, avec des situations de travail et de vie défavorables ». En effet, parfois les parents sont plus réticents à confier leurs enfants aux grands-parents. Ainsi, l’alliance traditionnelle entre les générations doit être remodelée et la retraite est le temps propice pour y travailler.

« La coexistence des générations s’allonge en effet. Essayons-nous, tous ensemble, de les rendre plus humaines, plus aimantes, plus justes, dans les nouvelles conditions des sociétés modernes », a invité le Pape François. « Pour les grands-parents, une part importante de leur vocation consiste à soutenir leurs enfants dans leur éducation. Les petits apprennent la force de la tendresse et le respect de la fragilité : des leçons irremplaçables, qui sont plus faciles à transmettre et à recevoir avec les grands-parents. Les grands-parents, quant à eux, apprennent que la tendresse et la fragilité ne sont pas seulement des signes de déclin : pour les jeunes, ce sont des étapes qui rendent le futur humain. »

Judith, elle, rapidement devenue veuve et sans enfant, a pu vivre une période de plénitude et de sérénité lorsqu’elle était âgée, en sachant qu’elle avait pleinement vécu la mission que le Seigneur lui avait confiée. « C’est précisément dans sa vieillesse que Judith "a accordé la liberté à sa servante préférée". »

En tant que vieille personne, a poursuivi le Saint-Père, « on perd un peu la vue, mais le regard intérieur devient plus pénétrant. On devient capable de voir des choses qui nous échappaient auparavant ». Ainsi, « la vie de nos communautés doit savoir profiter des talents et des charismes de tant de personnes âgées, déjà retraitées sur les papiers officiels, mais qui sont une richesse à exploiter. Cela exige, de la part des personnes âgées elles-mêmes, une attention créative et nouvelle, une disponibilité généreuse ». Les anciennes compétences de la vie active peuvent donc devenir un don.

« Judith a libéré sa servante et a couvert tout le monde d’attention. Jeune fille, elle a gagné l’estime de la communauté par son courage. Dans sa vieillesse, elle l’a mérité pour la tendresse avec laquelle elle a enrichi leur liberté et leurs affections », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 8 mai 2022

Le Pape invite à se mettre à l’écoute de Dieu, sans se faire submerger par la hâte de faire ou dire quelque chose. Celui qui le fera découvrira que Jésus le connaît et l’aime, et pourra, à son tour, tendre la main à son prochain

Depuis la fenêtre des appartements pontificaux, le Pape a commenté l’Évangile du jour (Jn 10, 27-30) qui parle « du lien entre le Seigneur et chacun de nous ». Jésus utilise l’image « tendre et belle » du berger qui connait ses brebis. Elles entendent sa voix, et le suivent. Écouter, connaître, suivre. Trois verbes sur lesquels le Pape est revenu dans sa catéchèse.

Si tout part de la grâce du Seigneur, car « c’est lui qui nous appelle à la communion avec lui », cette communion n’advient que « si nous nous ouvrons à l’écoute ». Cela signifie, explique le Saint-Père, « disponibilité, docilité, temps consacré au dialogue ». François regrette qu’aujourd’hui, l’on soit tous « submergés par les mots et par la hâte de devoir toujours dire et faire quelque chose ». Il constate combien il est difficile de s’écouter, que ce soit en famille, à l’école, au travail ou même dans l’Église. Combien de fois, regrette-t-il, une personne coupe la parole à son interlocuteur. François invite à écouter l’autre jusqu’au bout. Car, pour le Seigneur, il faut surtout écouter. « Il est la Parole du Père et le chrétien est un enfant de l’écoute, appelé à vivre avec la Parole de Dieu à portée de main », dit François qui propose à chacun de se demander s’il est un enfant de l’écoute, s’il trouve du temps pour la Parole de Dieu. Celui qui le fait, expérimente quelque chose de très beau, il se rend compte, explique François « que le Seigneur lui-même écoute : il nous écoute quand nous le prions, quand nous nous confions à lui, quand nous l’invoquons ». Dès lors, écouter Jésus devient ainsi le moyen de découvrir qu’il nous connaît et nous aime. « Alors, promet le Pape, notre relation avec Lui ne sera plus impersonnelle, froide ou superficielle ».

“Dans les situations difficiles, nous pouvons découvrir que nous sommes connus et aimés par le Seigneur”

Le berger connaît ses brebis, lit-on dans l’Évangile. « Cela ne signifie pas seulement qu’il sait beaucoup de choses sur nous : connaître au sens biblique signifie aimer », explique en effet le Saint-Père. Jésus cherche une amitié chaleureuse, une confiance, une intimité. Il veut nous donner une nouvelle et merveilleuse connaissance : celle de savoir que nous sommes toujours aimés de Lui et donc jamais livrés à nous-mêmes. « En étant avec le bon berger, nous vivons l’expérience dont parle le Psaume : "Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi." (Ps 23,4). Surtout dans les souffrances, dans les épreuves, dans les crises : il nous soutient en les traversant avec nous », assure le Pape qui invite, à nouveau, à l’introspection : « Est-ce que je me laisse connaître par le Seigneur ? Est-ce que je lui fais de la place dans ma vie, est-ce que je lui apporte ce que je vis ? Et, après toutes les fois où j’ai fait l’expérience de sa proximité, de sa compassion, de sa tendresse, quelle idée ai-je de lui ? Est-ce que je pense encore à lui comme à un Dieu lointain et distant, indifférent à mes problèmes, ou est-ce que je le connais comme mon bon berger, qui me connaît et m’aime ? »

Enfin, les brebis qui écoutent et se savent connues suivent leur berger, dit l’Évangile. Ainsi celui qui suit le Christ « va où Lui va, sur la même route, dans la même direction. Il va chercher celui qui est égaré (cf. Lc 15,4), il s’intéresse à celui qui est distant, il prend à cœur la situation de celui qui souffre, il sait pleurer avec celui qui pleure, il tend la main à son prochain, il le porte sur ses épaules ». Le Pape invite les fidèles à se laisser simplement aimer par Jésus pour ensuite l’imiter.

Le Saint-Père prie enfin la Vierge pour qu’elle aide chacun à écouter le Christ, à le connaître de plus en plus et à le suivre sur le chemin du service.

(Avec V. N.)

Mercredi 4 Mai 2022

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur le thème de la vieillesse à partir de la figure biblique d’Eléazar. La banalisation de la foi par des personnes âgées peut avoir un « effet dévastateur pour la vie intérieure des jeunes », a alerté, à cette occasion, le Saint-Père.

Le personnage biblique d’Eléazar, homme très âgé et éminent scribe de son époque, nous invite à méditer la relation particulière entretenue entre la fidélité de la vieillesse et l’honneur de la foi. Cette dernière, a expliqué François, « subit constamment des pressions, même violentes, de la part de la culture dominante, qui cherche à l’avilir en la traitant comme un vestige archéologique, une vieille superstition ». À l’exemple d’Eleazar, les personnes âgées sont ainsi appelées à mettre à l’honneur leur propre foi, en particulier pour les plus jeunes générations qui les regardent.

Le récit biblique raconte l’épisode du peuple juif contraint par un décret du roi à manger des viandes sacrifiées aux idoles. Lorsque ce fut le tour d’Eléazar, les fonctionnaires du roi lui conseillèrent de faire semblant de manger la viande, afin d’être sauvé. La réponse d’Eléazar, qui refuse de renier sa foi pour rester en vie quelques jours de plus, vient questionner la cohérence de notre vie de foi. Or, « un vieil homme qui a vécu dans la cohérence de sa foi pendant toute une vie, et qui s’adapte maintenant à feindre de la renier, condamne la nouvelle génération à penser que toute la foi n’a été qu’une imposture, un revêtement extérieur que l’on peut abandonner », a alerté le Souverain pontife. La foi chrétienne apparaitrait alors aux jeunes « comme un ensemble de comportements qui, en l’occurrence, peuvent être simulés ou dissimulés, car aucun d’entre eux n’est aussi important pour la vie. »

La tentation de considérer la foi comme une spiritualité, et non pas comme une pratique, était « un piège très puissant et très séduisant pour le christianisme des premiers siècles », a affirmé le Successeur de Pierre. L’ancienne gnose hétérodoxe, notamment, théorisait précisément ceci. Cette tentation gnostique reste toujours actuelle : « Dans de nombreuses tendances de notre société et de notre culture, la pratique de la foi subit une représentation négative, parfois sous forme d’ironie culturelle, parfois avec une marginalisation cachée », a indiqué François.

Une des manière de lutter contre cette fausse conception de la foi chrétienne est de rendre à la foi son honneur, a conclu le Saint-Père, car « la pratique de la foi n’est pas le symbole de notre faiblesse, mais plutôt le signe de sa force ». La foi a « changé nos vies, purifié nos esprits, nous a appris l’adoration de Dieu et l’amour du prochain. C’est une bénédiction pour tous (...). Nous n’échangerons pas notre foi contre une poignée de jours tranquilles », a exhorté François, devant la foule réunie place Saint-Pierre.

(Avec V. N.)

Dimanche 1er Mai 2022

En ce troisième dimanche de Pâques, le Pape François est revenu sur l’Évangile de Saint Jean où Jésus se manifeste aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade et demande à Simon-Pierre s’il l’aime. Le Pape a souligné l’enthousiasme de Pierre à vouloir suivre le Christ par amour.

En commentant l’Évangile du jour où Jésus est accompagné de ses disciples sur les bords du lac de Tibériade, le Pape François est revenu en particulier sur l’attitude de Simon-Pierre, protagoniste de ce passage relaté par Saint-Jean. « Tout commence lorsqu’il dit aux autres disciples "Je m’en vais à la pêche" » a rappelé le Pape. « Rien d’étrange, il était pêcheur, mais il avait abandonné cette profession depuis qu’il avait laissé ses filets sur la rive de ce même lac pour suivre Jésus. Et maintenant, alors que le Ressuscité attend, Pierre, peut-être un peu découragé, propose aux autres de retourner à sa vie antérieure ».

Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien, relate l’Évangile. « Il peut aussi nous arriver, par fatigue, par déception, peut-être par paresse, d’oublier le Seigneur et de négliger les grands choix que nous avons faits, de nous contenter d’autre chose » a souligné le Pape François rappelant par exemple que « nous oublions la prière, nous laissant prendre par nos propres besoins ; nous négligeons la charité, avec l’excuse des urgences quotidiennes ». Ce faisant, a t-il poursuivi, « nous nous retrouvons déçus : avec des filets vides, comme Pierre ».
Trouver le courage de recommencer

Jésus revient à nouveau sur la rive du lac où il avait choisi Pierre, André, Jacques et Jean et parle avec tendresse à ses disciples, les invitant à jeter à nouveau leurs filets, avec courage. Cette fois-ci les filets regorgent de poissons. « Frères, sœurs, lorsque nos filets sont vides dans la vie, ce n’est pas le moment de s’apitoyer sur notre sort, de s’amuser, de revenir à de vieux passe-temps, a expliqué le Pape, mais c’est le moment de recommencer avec Jésus, de trouver le courage de recommencer, de se mettre en route avec lui ».

Quand Simon-Pierre entend de la bouche de Jean que « c’est le Seigneur », il passe un vêtement et se jette à l’eau. Il a besoin « de ce choc » a rappelé François. En nageant vers Jésus, Simon-Pierre effectue « un geste d’amour, car l’amour va au-delà de l’utile, du commode et de ce qui est dû ; l’amour suscite l’étonnement, inspire des élans créatifs et libres ».

« Aujourd’hui nous sommes invités à un nouvel élan, à plonger dans le bien sans avoir peur de perdre quelque chose, sans trop calculer, sans attendre que les autres commencent » a poursuivi le Souverain pontife. Pour aller vers Jésus, il faut en effet se décharger. Et le Pape de demander : « suis-je capable d’un élan de générosité, ou est-ce que je freine l’élan de mon cœur et me ferme par habitude, par peur ? »

A travers cette page d’Évangile, le Seigneur nous pose aussi cette question : m’aimes-tu ? « Parce qu’à Pâques, Jésus veut que nos cœurs se lèvent aussi ; parce que la foi n’est pas une question de connaissance, mais d’amour » a précisé François. Alors que Pierre a cessé de pêcher pour toujours et s’est consacré au service de Dieu et de ses frères et sœurs, au point de donner sa vie ici, où nous sommes maintenant, une seule question demeure : Et nous, voulons-nous aimer Jésus ?

A l’issue de la prière mariale du Regina Coeli, le Pape François a invité une nouvelle fois à prier pour la paix dans le monde, et en particulier pour l’Ukraine. En ce premier jour du mois marial de mai, François appelle à prier le rosaire chaque jour, spécialement pour la ville ukrainienne de Marioupol, qui porte le nom de Marie.

« Aujourd’hui commence le mois consacré à la Mère de Dieu. Je voudrais inviter tous les fidèles et les communautés à prier le Rosaire pour la paix tous les jours du mois de mai. Mes pensées vont immédiatement à la ville ukrainienne de Mariupol, "ville de Marie", bombardée de façon barbare et détruite » a t-il lancé.

Le Saint-Père est revenu sur le martyre de cette ville, en grande partie détruite par les bombardements. Il a renouvelé son appel à la mise en place de couloirs humanitaires sûrs pour les personnes piégées dans la ville ukrainienne. En pensant à Marioupol, le Pape partage également la souffrance de tous les ukrainiens victimes de cette guerre qui n’a que trop duré.

« Je souffre et je pleure en pensant à la souffrance du peuple ukrainien et en particulier des plus faibles, les personnes âgées et les enfants. Il y a même des rapports terribles d’enfants expulsés et déportés » a t-il confié.

Face à ce qu’il qualifie d’une « régression macabre de l’humanité », « avec tant de personnes angoissées », François appelle chacun à se remettre en question. Demandons-nous « si recherchons vraiment la paix ; s’il existe une volonté d’éviter une escalade militaire et verbale continue ; si nous faisons tout notre possible pour faire taire les armes », a invité le Saint-Père.

« Ne cédez pas à la logique de la violence, à la spirale perverse des armes. Prenons le chemin du dialogue et de la paix ! », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Mercredi 27 avril 2022

Lors de l’audience générale, place Saint-Pierre, le Pape François, en partant du livre de Ruth, a poursuivi sa réflexion sur la vieillesse en revenant sur les liens entre les jeunes et les personnes âgées, représentés respectivement par Ruth et Noémie, belle-fille et belle-mère. Quand la jeunesse redonne de l’enthousiasme à l’âge mûr, la vieillesse s’avère capable de rouvrir l’avenir à la jeunesse blessée.

C’est d’abord une invitation que le Pape François lance : celle de redécouvrir le livre de Ruth et sa méditation sur l’amour et sa catéchèse sur la famille. Ce « joyau de la Bible » constitue « l’autre panneau du diptyque de l’amour nuptial » avec le Cantique des Cantiques, explique-t-il. Concernant l’extrait lu ce mercredi matin, qui revient sur les liens entre belle-mère et belle-fille, le Pape affirme que « l’inspiration de la foi peut ouvrir un horizon de témoignage qui va à l’encontre des préjugés les plus courants, un horizon précieux pour toute la communauté humaine ».

Le livre de Ruth enseigne aussi une précieuse leçon sur l’alliance des générations : « là où la jeunesse s’avère capable de redonner de l’enthousiasme à l’âge mûr, la vieillesse s’avère capable de rouvrir l’avenir à la jeunesse blessée ». Autrement dit, « dans certains cas, la tendance au pessimisme des personnes âgées doit être contrebalancée par la pression affectueuse des jeunes ». C’est ce qui arrive entre Ruth et Noémie. La belle-mère incite sa belle-fille, veuve, à se remarier et à la quitter. Mais la jeune femme ne veut pas abandonner la mère de son défunt mari. Finalement Noémie encourage Ruth à trouver un nouveau mari en Israël. C’est là qu’elle épousera Booz, et deviendra la grand-mère du roi David.

Noémie, précise le Pape, « se convertit à l’engagement de se rendre disponible, avec amour, pour l’avenir d’une génération blessée par la perte et risquant l’abandon. Les fronts de la recomposition sont les mêmes que ceux qui, selon les probabilités établies par les préjugés du sens commun, devraient générer des fractures insurmontables. Au contraire, la foi et l’amour permettent de les surmonter ».

Tout cela, poursuit le Pape, parce que « Ruth s’est obstinée à être fidèle à un lien exposé aux préjugés ethniques et religieux ». Et de revenir sur cette figure « mythique », perçue comme « le diable » alors que la belle-mère est « la maman de ton mari, est la maman de ta femme », tempère le Saint-Père qui invite chacun à revoir ses rapports au sein de la famille pour que les personnes âgées puissent vivre leur vieillesse avec bonheur, et que les belles-mères soient attentives à ne pas médire, « parce que la langue est un des péchés les plus vilains ».

« Si les jeunes s’ouvrent à la gratitude pour ce qu’ils ont reçu, conclut le Pape, et que les personnes âgées prennent l’initiative de relancer leur avenir, rien ne pourra empêcher l’épanouissement des bénédictions de Dieu parmi les peuples ! » Et d’adresser une ultime recommandation, déjà formulée dans le passé : que les jeunes parlent avec les grands-parents et vice-versa. « Ce pont, on doit le rétablir fortement, il y a là un courant de salut, de bonheur ».

(Avec V. N.)

Dimanche 24 Avril 2022

En la fête de la Divine Miséricorde, fixée il y a 21 ans par saint Jean-Paul II au deuxième dimanche de Pâques, dans le commentaire de l’Evangile de ce dimanchel, lors de la prière du Regina Coeli, le Pape François est revenu sur l’exemple de Thomas. Il a en particulier encouragé tous les chrétiens à ne pas avoir peur des crises qu’ils traversent parfois dans leur vie de foi.

Au dernier jour de l’Octave de Pâques, ce 24 avril, l’Évangile revient sur la première et la deuxième apparition du Seigneur ressuscité aux disciples. Le Pape François a à cette occasion sur la médité sur la figure de Thomas, apôtre à l’écart de sa communauté, et traversé par des doutes.

Thomas « nous représente tous », a expliqué François. En effet, tout comme le disciple incrédule, nous aussi avons parfois du mal à croire que « Jésus est réellement ressuscité, qu’il nous accompagne et qu’il est le Seigneur de nos vies sans l’avoir vu ou touché ». Nous aimerions parfois que le Christ nous donne un signe plus évident de sa présence et de son amour, a exprimé le Saint-Père.

Mais nous ne devrions pas avoir honte des doutes qui émergent parfois au cœur de notre vie de foi, a continué le Pape François, devant la foule réunie place Saint-Pierre. En nous racontant l’histoire de Thomas, l’Évangile nous montre que le Seigneur ne cherche pas des chrétiens parfaits, qui ne doutent jamais et affichent toujours une foi sûre. « Non, l’aventure de la foi, comme pour Thomas, est faite d’ombre et de lumière. Si non, quel genre de foi serait-ce ? Elle connaît des moments de consolation, d’élan et d’enthousiasme, mais aussi de lassitude, de désorientation, de doute et d’obscurité », a exprimé le Souverain pontife.

Face à l’absence et au cheminement de Thomas, qui est souvent également le nôtre, quelle est l’attitude de Jésus ? Il « n’abandonne pas, il ne se lasse pas de nous, il n’a pas peur de nos crises et de nos faiblesses. Il revient toujours (...) et non pas avec des signes puissants qui nous feraient nous sentir petits et inadaptés, mais avec ses plaies, signes de son amour qui a épousé nos fragilités. »

C’est en particulier lorsque nous éprouvons de la fatigue ou des moments de crise que Jésus souhaite revenir pour être avec nous, a affirmé depuis la Loggia François. Le Seigneur attend seulement que nous le cherchions, que nous l’invoquions, voire, comme Thomas, que nous protestions en lui présentant nos besoins et notre incrédulité.

“« Une foi imparfaite mais humble, qui revient toujours à Jésus, est meilleure qu’une foi forte mais présomptueuse, qui nous rend fiers et arrogants. »”

« Pensons donc à la dernière fois où, lors d’un moment difficile (...) nous nous sommes refermés sur nous-mêmes (...) laissant Jésus à l’extérieur de la maison. Et promettons-nous la prochaine fois, dans notre fatigue, de rechercher Jésus, de retourner vers lui, vers son pardon (...). Ainsi, nous deviendrons également capables de compassion, d’approcher sans rigidité ni préjugés les plaies des autres », a invité le Saint-Père, avant de saluer les groupes de fidèles présents, et de lancer un appel à la paix en Ukraine et au Cameroun.

(Avec V. N.)

Dimanche 17 avril 2022

A l’issue de la messe de Pâques célébrée sous le soleil de la place Saint-Pierre, devant 100 000 fidèles, le Pape François a pris le chemin de la loggia centrale de la basilique pour impartir sa bénédiction « Urbi et Orbi », à la ville et au monde, ce dimanche 17 avril. Il a lancé appel à la paix pour toutes les régions du monde qui souffrent de conflits, notamment l’Ukraine martyrisée.

« Nos yeux sont incrédules, en cette Pâque de guerre », a regretté le Souverain Pontife, s’adressant au monde entier et aux dizaines de milliers de fidèles rassemblés place Saint-Pierre, après la messe de Pâques. « Nous avons vu trop de sang versé, trop de violence. Nos cœurs aussi se sont remplis de peur et d’angoisse, alors que tant de nos frères et sœurs ont dû s’enfermer pour se protéger des bombes ».

Le Christ ressuscité n’est pas une illusion a d’abord expliqué François, et aujourd’hui « plus que jamais, nous avons besoin de lui, à la fin d’un Carême qui ne semble jamais se terminer ». En effet, a commenté le Saint-Père, après deux ans de pandémie aux conséquences dramatiques, au lieu de sortir du tunnel main dans la main, « nous montrons que nous avons encore en nous l’esprit de Caïn, qui regarde Abel non pas comme un frère, mais comme un rival, et réfléchit à la manière de l’éliminer ». Aujourd’hui plus que jamais, a-t-il répété, « nous avons besoin de Lui, qui vient parmi nous et nous dit à nouveau : "La paix soit avec vous". »

Les blessures de Jésus sont doublement nôtres, a continué l’évêque de Rome, « nôtres parce qu’elles lui ont été infligées par nous, par nos péchés, par notre dureté de cœur, par la haine fratricide ; et nôtres parce qu’il les porte pour nous, il ne les a pas effacées de son Corps glorieux, il a voulu les garder, les porter en lui pour toujours », des plaies qui sont le signe « de la lutte qu’il a menée et gagnée pour nous, avec les armes de l’amour, afin que nous puissions avoir la paix, être en paix, vivre en paix. »

Comme à son habitude, le Souverain Pontife a ensuite égrené les régions du monde en souffrance, en commençant par « l’Ukraine martyrisée » : « Puisse une nouvelle aube d’espoir se lever bientôt sur cette terrible nuit de souffrance et de mort ! Choisissons la paix. Arrêtons de montrer nos muscles pendant que les gens souffrent. ». Le Primat d’Italie suit depuis le début de la guerre de la Donbass en 2014 très attentivement la situation en Ukraine, « Allons-nous mettre fin à l’humanité, ou l’humanité renoncera-t-elle à la guerre ? », a-t-il demandé, faisant siens les mots du manifeste Russell-Einstein, paru en 1955 en pleine guerre froide.

« Je porte dans mon cœur toutes les nombreuses victimes ukrainiennes, les millions de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur du pays, les familles divisées, les personnes âgées restées seules, les vies brisées et les villes rasées », a assuré François, avant d’avoir une pensée particulière pour enfants orphelins qui fuient la guerre et pour les enfants du monde entier « ceux qui meurent de faim ou du manque de soins, ceux qui sont victimes d’abus et de violence et ceux à qui on a refusé le droit de naître. »

Continuant sa bénédiction, l’évêque de Rome a ensuite appelé à la paix au Moyen-Orient : d’abord pour Jérusalem « Puissent les Israéliens, les Palestiniens et tous les habitants de la Ville Sainte, ainsi que les pèlerins, connaître la beauté de la paix, vivre dans la fraternité et accéder librement aux Lieux Saints dans le respect mutuel des droits de chacun. ». Puis, pour les peuples du Liban, de Syrie et d’Irak, en particulier pour toutes les communautés chrétiennes vivant au Moyen-Orient, sans oublier la Libye, et le Yémen « qui souffre d’un conflit oublié de tous, qui continue de faire des victimes : que la trêve signée ces derniers jours redonne espoir à la population », a-t-il souhaité.

Le Pape François a aussi demandé au Seigneur le don de la réconciliation pour la Birmanie et pour l’Afghanistan.
La paix sur le continent africain

Le Souverain Pontife a par la suite déplacé son curseur sur le continent africain, où il est attendu début juillet au Soudan du Sud et en République Démocratique du Congo, « Que la paix règne sur l’ensemble du continent africain, afin que cessent l’exploitation dont il est victime et l’hémorragie provoquée par les attentats terroristes - notamment dans la région du Sahel - et qu’il trouve un soutien concret dans la fraternité des peuples ».

Dans le cœur du Saint-Père également, l’Éthiopie « touchée par une grave crise humanitaire », la République du Congo, blessée par les violences, et les populations d’Afrique du Sud frappées cette semaine par inondations dévastatrices dans lesquelles sont mortes plus de 400 personnes.
Accompagner l’Amérique

Enfin, François a eu un mot pour les peuples d’Amérique latine, « qui, dans certains cas, ont vu leurs conditions sociales s’aggraver en ces temps difficiles de pandémie, exacerbés également par des cas de criminalité, de violence, de corruption et de trafic de drogue » et également pour le Canada, où il est invité à se rendre : « Demandons au Seigneur ressuscité d’accompagner le chemin de réconciliation que l’Église catholique canadienne suit avec les peuples autochtones », a-t-il déclaré.

Enfin, chaque guerre entraîne des séquelles qui touchent toute l’humanité, a rappelé le Saint-Père, du drame des réfugiés en passant par la crise économique et alimentaire « Face aux signes persistants de la guerre, ainsi qu’aux nombreuses et douloureuses défaites de la vie, le Christ, vainqueur du péché, de la peur et de la mort, nous exhorte à ne pas céder au mal et à la violence », a-t-il souligné, avant une conclusion enthousiaste : « Laissons-nous envahir par la paix du Christ ! La paix est possible, la paix est nécessaire, la paix est la responsabilité première de tous ! »

(Avec V. N.)

Samedi 16 avril 2022

Le Pape François a célébré ce soir, en la basilique Saint-Pierre, la liturgie de la Veillée pascale, marquant le passage du Christ de la mort vers la vie et le passage du monde de l’obscurité vers la lumière.

Après deux ans de format restreint à cause de la pandémie de coronavirus, la veillée pascale a cette année retrouvé sa forme traditionnelle, divisée en quatre temps : la liturgie de la lumière, la liturgie de la Parole, la liturgie baptismale et la liturgie eucharistique. Le Pape François, qui a seulement prononcé l’homélie, était entouré de 30 évêques, 30 cardinaux et 200 prêtres. La célébration a débuté avec la bénédiction du feu nouveau par le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du collège des cardinaux qui célébrait cette veillée, dans l’atrium de la basilique, plongée dans la pénombre, avant la transmission de la flamme du cierge pascal portée par le diacre.

L’Exsultet s’est ensuite élevé, symbolisant le passage de la nuit à la lumière.

« De nombreux écrivains ont évoqué la beauté des nuits illuminées par les étoiles. Au contraire, les nuits de la guerre sont striées par les traînées lumineuses de la mort », ainsi a débuté l’homélie du Pape François, depuis l’autel de la confession de Pierre. Il a d’emblée invité les fidèles à se laisser prendre la main par les femmes de l’Évangile, « pour découvrir avec elles l’aube de la lumière de Dieu qui brille dans les ténèbres du monde. » Car ces femmes, tandis que les premières lueurs de l’aube pointaient sans bruit, ont fait une expérience bouleversante : « elles découvrent d’abord que le tombeau est vide ; elles voient ensuite deux personnages aux vêtements éblouissants, qui leur annoncent que Jésus est ressuscité ; et aussitôt elles courent annoncer la nouvelle aux autres disciples », « elles voient, elles écoutent, elles annoncent », a répeté François, avant de développer, « par ces trois actions, entrons nous aussi dans la Pâque du Seigneur. »

La première annonce de la Résurrection n’est pas exprimée comme une formule à comprendre, mais comme un signe à contempler, a expliqué François. « Dans un cimetière, auprès d’un tombeau, où tout devrait être en ordre et tranquille, les femmes trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau », ainsi « La Pâque commence donc par bouleverser nos schémas. Elle est accompagnée par le don d’une espérance surprenante. »
La Veillée pascale dans la basilique Saint-Pierre, le 16 avril 2022.
La Veillée pascale dans la basilique Saint-Pierre, le 16 avril 2022.

Mais ce don, il n’est pas facile de l’accueillir, a commenté l’évêque de Rome, car parfois « cette espérance ne trouve pas de place dans notre cœur. Comme les femmes de l’Évangile, les questions et les doutes prédominent en nous, et notre première réaction à ce signe inattendu est la peur, ‘’le visage incliné vers le sol’’ (cf. vv. 4-5). » Trop souvent, a soupiré François, « nous regardons la vie et la réalité avec les yeux tournés vers le bas ; nous ne fixons que l’aujourd’hui qui passe, nous sommes sans illusions quant à l’avenir, nous nous enfermons dans nos besoins, nous nous installons dans la prison de l’apathie, tout en continuant à nous plaindre et à penser que les choses ne changeront jamais. »

Ainsi, nous restons immobiles devant la tombe de la résignation, a continué le Saint-Père, « Pourtant, le Seigneur, en cette nuit, veut nous donner des yeux différents, éclairés par l’espoir que la peur, la douleur et la mort n’auront pas le dernier mot sur nous. » Alors, a déclaré François, « Grâce à la Pâque de Jésus, nous pouvons faire le saut du néant à la vie ».

Ensuite, les femmes écoutent les deux hommes en vêtements brillants leur dire que le Christ est ressuscité, qu’« Il n’est pas ici ». Cela fait du bien d’entendre ces mots, a commenté le Souverain pontife, « Chaque fois que nous prétendons avoir tout compris de Dieu, pouvoir le faire entrer dans nos schémas, répétons-nous : il n’est pas là ! ».

Puis le Saint-Père a invité à réfléchir sur la question posée aux femmes : « pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? ». « Nous ne pouvons pas célébrer Pâques si nous continuons à rester dans la mort ; si nous restons prisonniers du passé ; si dans la vie nous n’avons pas le courage de nous laisser pardonner par Dieu, de changer, de rompre avec les œuvres du mal, de nous décider pour Jésus et son amour », a dit François, avant d’ajouter qu’« un christianisme qui cherche le Seigneur parmi les reliques du passé est un christianisme sans Pâques ». Ainsi, il ne faut pas s’attarder autour des tombes mais aller découvrir le Christ, « Et n’ayons pas peur de le chercher aussi dans les visages de nos frères et sœurs, dans l’histoire de ceux qui espèrent et rêvent, dans la douleur de ceux qui pleurent et souffrent : Dieu est là ! »

Qu’annoncent-elles ? a questionné François. La joie de la Résurrection. Car « Pâques n’arrive pas pour consoler le cœur de ceux qui pleurent la mort de Jésus, mais pour l’ouvrir en grand à l’annonce extraordinaire de la victoire de Dieu sur le mal et la mort ». Les femmes savent alors qu’elles risquent d’être prises pour des folles, « mais elles ne se soucient pas de leur réputation, de défendre leur image ; elles ne mesurent pas leurs sentiments, elles ne calculent pas leurs paroles. »

« Comme elle est belle, une Église qui court ainsi dans les rues du monde ! Sans peurs, sans tactiques et sans opportunismes ; seulement avec le désir d’apporter à tous la joie de l’Évangile », s’est exclamé le Saint-Père, avant de préciser que c’était à cela que chacun était appelé : « faire l’expérience du Seigneur ressuscité et la partager avec d’autres ; rouler la pierre du tombeau, dans lequel nous avons souvent scellé le Seigneur, pour répandre sa joie dans le monde. »

Faisons ressusciter Jésus, a invité François, exhortant l’assemblée de 5500 fidèles présents dans la basilique Saint-Pierre à amener Jésus dans leur vie quotidienne, « par des gestes de paix en ce temps marqué par les horreurs de la guerre ; par des œuvres de réconciliation dans les relations brisées et de compassion pour ceux qui sont dans le besoin ; par des actions de justice au milieu des inégalités et de vérité au milieu des mensonges. » Et surtout, par des œuvres d’amour et de fraternité.

« Notre espérance s’appelle Jésus » a conclu François, « il nous a réveillés à la vie et transformé notre deuil en danse. Célébrons Pâques avec le Christ ! », « Parce qu’avec Jésus, le Ressuscité, aucune nuit n’est sans fin ; et même dans les ténèbres les plus épaisses, brille l’étoile du matin. »

À l’intention d’une petite délégation ukrainienne présente dans l’assemblée, dont le maire de Melitopol, Ivan Fedorov, que le Pape a brièvement rencontrée peu avant la veillée, François a improvisé quelques mots après son homélie : « Dans l’obscurité que vous vivez, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs, l’obscurité de la guerre, de la cruauté, nous prions tous, nous prions avec vous et pour vous, cette nuit. Nous prions pour tant de souffrance. Nous ne pouvons que vous offrir notre compagnie, notre prière et vous dire : "Courage ! Nous vous accompagnons". Et vous dire la plus grande chose que l’on célèbre aujourd’hui : le Christ est ressuscité ! ».

(Avec V. N.)

Vendredi 15 avril 2022

Le chemin de Croix du Vendredi Saint, présidé par le Saint-Père, s’est déroulé au Colisée ce 15 avril au soir en présence d’environ 10 000 fidèles. Plusieurs familles ont porté la Croix au long des 14 stations, au rythme des méditations qu’elles avaient rédigées, en témoignant de situations d’épreuve telles que le handicap, la stérilité, le deuil. La guerre en Ukraine fut également évoquée, avec une famille ukrainienne et une famille russe priant en silence avec l’assemblée.

La Passion du Christ se prolonge à travers les souffrances des familles du monde. C’est ce dont ont témoigné quatorze d’entre elles lors de ce chemin de Croix qui s’est tenu au Colisée ce Vendredi Saint. Après deux années sur la Place Saint-Pierre en raison de la pandémie de Covid-19, le Via Crucis a en effet retrouvé le lieu où il se tient traditionnellement depuis 1964, à l’époque du pontificat de saint Paul VI.

L’année de la famille – Amoris Laetitia que vit actuellement l’Église universelle à l’initiative du Pape François a motivé ce choix de confier la rédaction des méditations à des familles.

Dans la pénombre qui enveloppait la Ville éternelle – la célébration ayant commencé vers 21h15 – les derniers moments de la vie terrestre du Christ, de Gethsémani jusqu’au Golgotha, ont donc été reparcourus par des familles et couples aux situations variées : jeunes mariés, missionnaires, parents adoptifs, familles traversant le deuil, la maladie, confrontées au handicap, à la migration, à la guerre, au veuvage... Autant de témoignages délivrés avec pudeur, simplicité et profondeur, qui ont rendu ce chemin de Croix tout aussi incarné que poignant. L’assemblée, très nombreuse aux abords du Colisée, suivait les prières et méditations à la lueur de flambeaux, formant vu d’en-haut un parterre de lueurs rouges. Pendant ce temps cheminait la procession, partie de l’enceinte de l’amphithéâtre Flavien jusqu’à rejoindre l’extérieur après quelques stations. Autour de la Croix, des parents, des enfants, et des représentants du clergé romain. Le Souverain Pontife écoutait avec recueillement, assis à proximité d’une croix illuminée par des bougies.

« Nous sommes en train de nous rendre compte que le mariage n’est pas seulement une aventure romantique, mais que c’est aussi Gethsémani, c’est aussi l’angoisse avant de briser ton corps pour l’autre », a d’abord expliqué un couple de jeunes mariés, lancés sur le chemin du mariage dont, lucides, ils n’ignorent pas les embûches. Mais à l’heure de l’épreuve, le Christ est là à Gethsémani qui implore le Père avec eux.

« Puis la vie nous a découverts plus fragiles et, en même temps, elle nous a dépouillés de nos attentes, nous faisant cheminer sur une route bien souvent ardue, au bout de laquelle nous nous sommes retrouvés face à l’impossibilité de devenir parents ; en faisant souvent l’expérience douloureuse de jugements sur notre stérilité », ont confié quant à eux un couple sans enfant. Mais ces regards acrimonieux, semblables à ceux reçus par le Seigneur au Prétoire, ne les empêchent pas de « marcher chaque jour, en nous tenant par la main, en prenant soin d’une communauté de frères et d’amis qui, dans la solitude et la tendresse, est devenue au fil du temps une maison et une famille ».

Car au milieu des ténèbres venues menacer ou submerger la vie de ces familles, des rayons de lumière percent et viennent ouvrir un chemin de vie. « Malgré les pensées et la densité de nos journées, qui semblent ne jamais suffire, nous ne reviendrions jamais en arrière », a expliqué une famille bousculée par l’arrivée de plusieurs enfants. « Nous ne sommes pas à l’abri de la croix du doute ou de la tentation de nous demander comment ça aurait été si les choses avaient été différentes. Mais, en réalité, le handicap est une condition, pas une caractéristique, et l’âme, grâce à Dieu, ne connaît pas de barrières », ont assuré des parents aux côtés de leur enfant handicapé.

L’épreuve endurée par Jésus il y a deux mille ans, puis sa Résurrection, donnent aux familles d’aujourd’hui une espérance plus forte que les nuits du quotidien. Dans le mystère du mal brille par contraste la plus grande dignité de l’être humain.

« Par cette maladie, sur cette croix, nous sommes devenus le pilier sur lequel les enfants savent qu’ils peuvent s’appuyer. Il n’en était pas ainsi auparavant. Je pourrais presque dire qu’aujourd’hui, avec ses yeux pénétrants dans leur douleur glabre, elle est pleinement mère et épouse. Sans fioritures, dans l’essentiel d’une vie plus difficile et nouvelle », a ainsi déclaré le mari d’une femme gravement malade.

Les parents d’un enfant adopté l’ont reconnu aussi : « il n’y a pas un jour où nous ne nous réveillons en pensant que cela en valait la peine, que tous ces efforts ne sont pas vains, que cette croix, bien que douloureuse, cache un secret de bonheur ».

Ce secret de bonheur donné par la Croix est aussi un secret d’amour, qui « se multiplie parce qu’il est gratuit », a expliqué une jeune veuve. En Jésus crucifié, « l’Amour est rendu tangible, car dans notre abîme et nos difficultés, nous ne sommes pas abandonnés », a-t-elle poursuivi. Une foi qui soutient, ou qui travaille les cœurs, comme en ont témoigné avec humilité les parents d’une personne consacrée : « nous avons compris qu’on ne peut pas lutter contre Toi. Nous sommes un vase, et tu es la mer. Nous sommes une étincelle et tu es le feu. Et donc, comme le bon larron, nous Te demandons de Te souvenir de nous lorsque tu entreras dans ton Royaume ».

Au sommet du Calvaire, lors de la 13e station, celle de la mort du Christ, une infirmière russe et une infirmière ukrainienne ont tenu ensemble la Croix. Une image forte de ce via Crucis, alors que la guerre continue de faire rage en Ukraine. « Face à la mort, le silence est plus éloquent que les mots. Restons donc debout dans le silence de la prière, et que chacun de nous prie dans son cœur pour la paix dans le monde », a-t-il été déclaré sobrement, avant que la foule ne se recueille quelques instants, dans un saisissant silence.

Enfin, spirituellement à côté du tombeau du Christ, une famille de migrants originaires de République Démocratique du Congo a parlé de son exil et de sa nouvelle condition sur le sol italien. « Nous qui étions importants chez nous, nous sommes ici des numéros, des catégories, des simplifications. Pourtant, nous sommes bien plus que des immigrés. Nous sommes des personnes », a plaidé le couple. « Nous sommes catholiques, mais même cela semble parfois passer au second plan par rapport au fait que nous sommes des migrants », ont regretté Raoul et Irène. Mais là aussi, l’espérance a eu le dernier mot : « Si nous ne nous résignons pas, c’est parce que nous savons que la grande pierre devant la porte du tombeau sera un jour roulée ».

Vendredi 15 avril 2022

À l’occasion de la Passion du Seigneur, présidée par le Pape François ce vendredi saint en la basilique Saint-Pierre, le cardinal Raniero Cantalamessa, chargé par le Saint-Père de prononcer l’homélie, a proposé une méditation sur le dialogue entre le Christ et Pilate. À l’image de ce dernier, l’homme d’aujourd’hui continuer de tourner le dos à Celui qui est venu annoncer au monde la Vérité : le Christ, a souligné le prédicateur de la Maison pontificale.

Dans le récit de la Passion, l’évangéliste Jean accorde une importance particulière au dialogue de Jésus avec Pilate. Tout commence par la question de Pilate : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus veut faire comprendre à ce dernier que la question est plus sérieuse qu’il ne le pense, mais qu’elle n’a de sens que s’il ne se contente pas de répéter une accusation formulée par d’autres. Il demande donc à son tour : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? »

« En déclarant qu’il est roi, Jésus s’expose à la mort ; mais au lieu de se disculper en le niant, il l’affirme avec force », a expliqué le cardinal Raniero Cantalamessa. Jésus laisse filtrer son origine supérieure : « Je suis venu dans le monde... » : il a donc mystérieusement existé avant la vie terrestre. Il est venu sur la terre pour être le témoin de la vérité. Et considère Pilate comme une âme qui a besoin de lumière et de vérité, et non comme un juge. « Jésus est plus intéressé par le sort de Pilate que par le sien. Par son appel à accueillir la vérité, il veut l’amener à rentrer en lui-même, à regarder les choses d’un autre œil, à se placer au-dessus de la dispute momentanée avec les Juifs », a noté le prédicateur de la Maison pontificale. Par son appel à accueillir la vérité, Jésus veut amener Pilate à rentrer en lui-même, à regarder les choses d’un autre œil, à se placer au-dessus de la dispute momentanée avec les Juifs.

Aujourd’hui encore, comme hier, l’homme ne cesse de se demander : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Mais à l’image de Pilate, il tourne distraitement le dos à Celui qui a dit « Je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » et « Je suis la Vérité ! ».

« Grâce à internet, j’ai suivi d’innombrables débats sur religion et science, sur foi et athéisme (...) sans que le nom de Jésus ne soit jamais mentionné », a témoigné le cardinal Cantalamessa. « Tout se passe comme si un homme appelé Jésus-Christ n’avait jamais existé dans le monde. » Le mot « Dieu » devient ainsi un récipient vide, que chacun peut remplir à sa guise. Mais c’est précisément pour cela que Dieu a pris soin de donner un contenu à son nom : « Le Verbe s’est fait chair ». La Vérité s’est faite chair, d’où l’effort acharné des hommes de laisser le Christ en dehors du discours sur Dieu, a expliqué le prélat capucin, face aux 3500 fidèles environ réunis dans la basilique Saint-Pierre.

“Si j’avais le courage de l’apôtre Paul, je devrais moi aussi crier : « nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! »”

Le mal qui nous entoure est encore plus absurde et désespérant sans la foi en un triomphe final de la vérité, a remarqué le cardinal Cantalamessa. Citant les mots du philosophe existentialiste S. Kierkegaard, dans le Traité du désespoir, la maladie mortelle, il note : « Frères et sœurs athées, agnostiques ou encore en recherche (...) on parle beaucoup de la misère humaine, on parle beaucoup des vies gâchées. Mais la seule vie gâchée est celle de l’homme qui ne se rend jamais compte, parce qu’il ne l’a jamais eue, au sens le plus profond, l’impression qu’il existe un Dieu et qu’il - lui-même, son ego - se tient devant ce Dieu. »

La résurrection de Jésus d’entre les morts, que nous allons célébrer dans deux jours, est la promesse et la garantie que ce triomphe aura lieu, car il a déjà commencé avec Lui. « Si j’avais le courage de l’apôtre Paul, je devrais moi aussi crier : "nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu !" », a lancé le religieux. Lui invite à ne pas sortir de ce monde comme Pilate est sorti du prétoire, avec cette question en suspens : « Qu’est-ce que la vérité ? ». « C’est trop important. Il s’agit de savoir si nous avons vécu pour quelque chose, ou en vain. »

Cette année, nous célébrons Pâques, non pas au son joyeux des cloches, mais avec dans les oreilles le bruit de bombes et d’explosions non loin d’ici, a rappelé le cardinal Cantalamessa. « Rappelons-nous ce que Jésus a répondu un jour à la nouvelle du sang qu’avait fait verser Pilate et de l’effondrement de la tour de Siloé : "Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même." Si vous ne changez pas vos lances en faucilles, vos épées en socs et vos missiles en usines et en maisons, vous périrez tous de la même manière ! », a-t-il lancé.

L’ordre du monde peut changer d’un jour à l’autre. Tout passe, tout vieillit, tout disparaît. « Il n’y a qu’un seul moyen d’échapper au courant du temps qui entraîne tout derrière lui : passer à ce qui ne passe pas ! Mettre les pieds sur la terre ferme ! » Pâques signifie passage : chacun de nous est aujourd’hui invité à faire de cette année une vraie Pâque, à passer à Celui qui ne passe pas : le Christ, a conclu le cardinal italien.

(Avec V. N.)

Jeudi 14 avril 2022

Dans l’après-midi du Jeudi Saint, le Saint-Père s’est rendu à Civitavecchia, ville portuaire au Nord de Rome, pour célébrer la messe « In Coena Domini » dans un établissement pénitentiaire. Il a lavé les pieds de douze détenus, et pris le temps, après la messe, d’échanger avec de nombreux prisonniers et des membres du personnel.

Balduz enlève son masque et embrasse la main du pape, puis y pose son front. Il le fait deux fois. En Égypte, son pays d’origine, c’est un signe de la plus grande gratitude. François vient de lui laver les pieds ainsi qu’à onze autres détenus de la prison de Civitavecchia, où il a choisi cette année de célébrer la messe in Coena Domini du Jeudi Saint. « Merci », murmure l’homme, qui retrouvera la liberté le 8 juin prochain. « Merci », répond le Pape qui se tourne ensuite vers Daniele, 38 ans, Papa d’une petit garçon qui vit avec sa compagne à Fiumicino. Président d’une association pour enfants handicapés, il se retrouve en prison « pour une bêtise » : « Pendant la pandémie, j’ai eu une baisse de revenus et j’ai dû commettre un délit ». Il a écopé de deux ans et retournera bientôt auprès de sa famille. Sur son col roulé noir, il porte un chapelet en plastique bleu. Le Pape, après lui avoir lavé les pieds, l’invite à prier pour lui chaque jour. « Bien sûr », assure cet homme a l’air dur, mais que l’on retrouvera ému à la fin de la célébration : « Ces choses-là vous arrivent une seule fois dans une vie... », glisse-t-il. « Je peux vous dire une chose », ajoute-t-il, « la prison m’a sauvé, j’aurais pris des chemins pires ». Les autres camarades, alignés sur une petite estrade, acquiescent.
Un rite émouvant

Ils sont Italiens, Nigérians, Égyptiens, Slovaques, Ukrainiens, Néerlandais, Albanais et Américains. Le Pape a lavé les pieds de chacun d’entre eux, répétant le geste de Jésus lors de la dernière Cène, un rite profondément émouvant. Parmi les onze personnes présentes, trois femmes étaient assises elles aussi sur l’estrade, dont une plus âgée assistée d’une jeune femme de couleur qui l’a également aidée à prendre la communion. Ces détenus ne se connaissent pas, ils viennent des différentes sections de la prison située à une soixantaine de kilomètres au nord de Rome, qui, entre les prisonniers et le personnel, accueille une communauté d’environ 900 personnes. Les détenus sont au nombre de 530 et la plupart sont des femmes.

Seul un échantillon a pu venir dans la chapelle pour saluer le Pape. Beaucoup sont restés dehors, adossés au mur pour filmer et saluer l’arrivée, peu avant 16 heures, de la Fiat 500L blanche transportant le Pape. « Ah, mais ce n’est pas une papamobile ! » s’écrie un petit garçon, après avoir laissé s’envoler des ballons jaunes et blancs avec d’autres enfants. Le Pape est descendu de la voiture et a été accueilli par la directrice du centre carcéral Patrizia Bravelli, qu’il avait déjà rencontrée il y a quelques années. Un échange de quelques mots, la présentation des représentants de la structure et des autorités venus pour l’occasion, dont la ministre italienne de la Justice, Marta Cartabia.

S’en suivent les cris de joie lorsque le Saint-Père entre dans la chapelle avec deux grandes allées remplies de détenus qui crient et applaudissent : « Vive le Pape ! Allez François ! ». Un homme au crâne rasé et au visage tatoué mène le train, ses compagnons l’embrassent amusés, François se retourne et sourit. Beaucoup essaient de serrer la main du Pape qui se dirige vers la sacristie, d’où il ressort quelques minutes plus tard, tenant une crosse en bois d’olivier.

La célébration est intime, animée par des chants interprétés par une chorale de prisonniers. D’autres font office de servants de messes et de lecteurs. L’homélie du Pape, prononcée à voix basse, est centrée sur les notions de pardon et de service. L’évêque de Rome commente les lectures du jour, en parlant du signe du lavement des pieds, une « chose étrange » dans ce monde : « Jésus lave les pieds du traître, de celui qui le vend », dit le Souverain Pontife. « Jésus nous enseigne ceci, simplement : entre vous, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres... l’un sert l’autre, sans intérêt : comme ce serait beau si cela pouvait se faire tous les jours et pour tous les hommes ». « Sans intérêt », répète le Pape.

« Dieu, ajoute-t-il ensuite, pardonne tout et Dieu pardonne toujours ! C’est nous qui sommes fatigués de demander le pardon ». « Demandez pardon à Jésus », insiste François : « Il y a un Seigneur qui juge, mais c’est un jugement étrange : le Seigneur juge et pardonne ». Le Pape conclut en exhortant les gens à suivre le Christ, avec « le désir de servir et de se pardonner mutuellement ».

L’homélie devait s’achever par une longue pause de silence. Mais, des applaudissements nourris ont été entendus dans la chapelle lorsqu’un jeune homme, lors de la prière des fidèles, a scandé : « Pour nos compagnons les plus fragiles, qui ont perdu la vie en prison, afin que le Seigneur les accueille dans son étreinte aimante et fasse briller la béatitude sur leurs visages ». Les mains applaudissent en mémoire de ceux qui n’ont pas pu venir. Un signe du fort sentiment de communauté qui anime les résidents du pénitencier. La directrice le souligne aussi dans son allocution, sans nier les problèmes de la « maison » : ceux apportés de l’extérieur - violence, troubles mentaux, dépendances, exclusion sociale - et ceux qui se produisent inévitablement à l’intérieur. « Il y a ici une humanité différente et complexe dans laquelle on voit beaucoup de fragilités », explique-t-elle, parlant toutefois de « redémarrages », de nouvelles vies, de nouveaux espoirs, de nouveaux objectifs.
Des échanges simples mais intenses

François écoute, acquiesce, sourit, regarde avec intérêt les nombreux cadeaux qu’il a reçus : des paniers de plantes et de fleurs, des sculptures en bois et en fil de cuivre et des dessins au crayon, « tous faits de matériaux pauvres ». Chaque personne présente se voit remettre un chapelet du Souverain Pontife. Certains en demandent deux pour leur épouse ou compagne lorsqu’ils sortiront. Un jeune homme, très jeune et barbu, en a brandi un noir, demandant au Pape de le bénir. Le Successeur de Pierre essaie de prendre quelques instants avec tous, et lorsqu’il part, la foule se rassemble autour de lui, retenue par des policiers et des gendarmes. De nouveau retentissent des applaudissements et des cris « Vive le Pape ! ». À la sortie, les sœurs Ancelle della Visitazione, qui servent dans la prison, attendent le Souverain Pontife. Débordées par l’émotion de voir celui-ci, elles ne parviennent pas à dire quelques mots. Le Pape plaisante avec elles et avec un groupe d’enseignants, puis il se rend dans un petit bâtiment du complexe utilisé pour les réunions avec les parents et les amis.

François y rencontre les détenus de la section de haute sécurité : moins de cinquante personnes, jeunes et moins jeunes, tous avec une histoire différente. Le Pape plaisante avec certains d’entre eux. À un homme avec un pansement sur le nez, il dit : « Ils t’ont frappé ? ». Ce dernier éclate de rire et serre les mains du Pape. Un homme âgé ouvre une enveloppe et montre des photos : « Ce sont mes petits-enfants, je ne les ai jamais vus ».

Le Saint Père salue ensuite les fonctionnaires et une partie du personnel de l’établissement, dont un groupe d’infirmières. Une chaise dorée est placée au centre, mais le Pape ne l’utilise que pour signer le livre d’honneur. Il fait le tour des personnes présentes, bénit les familles, tapote les enfants sur les joues, recueille les dessins, les confidences et les larmes d’une femme, l’épouse d’un policier, qui a perdu ses deux parents il y a quelques jours.

Ces courts instants semblent suffisants pour que la communauté de la prison de Civitavecchia puisse écrire des chapitres entiers de la vie de chacun. « Je n’arrive pas à croire que vous êtes venu jusqu’ici, Saint-Père », dit un gardien, juste avant que le Pape ne remonte en voiture. Tout a duré moins de deux heures, mais a semblé beaucoup plus long. Vers 17h45, François est déjà en route pour Rome. Avant de franchir le portail, il fait arrêter la voiture pour un homme qui lui demande un selfie. À la directrice, il exprime sa gratitude pour tout ce qui est fait dans le centre carcéral : « Merci, merci pour ce que vous faites et continuez ».

(Avec V. N.)

Dimanche 10 avril 2022

Le pape François a célébré la messe place Saint-Pierre. Dans son homélie, il a insisté sur le pardon : Jésus nous pardonne toujours et se fait notre avocat auprès du Père. Apprenons à pardonner pour sortir du cercle vicieux du mal et du regret. Ne pas pardonner, c’est continuer à clouer le Christ dans ceux qui souffrent les conséquences des guerres.

« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Jésus a imploré le pardon pour ses bourreaux comme il le demande pour nous auprès du Père, a dit le Pape dans son homélie de la messe du dimanche des Rameaux. En ce dimanche qui a marqué la reprise des célébrations sur la place Saint-Pierre, François a invité à réfléchir sur la différence entre deux mentalités qui s’affrontent et qui s’opposent sur le calvaire : celle de Dieu et celle du monde, qui a crucifié Jésus, celle du « sauve-toi toi-même ». « Se sauver soi-même, s’occuper de soi, penser à soi et pas aux autres, seulement à sa santé, à son succès, à ses intérêts ; à l’avoir, au pouvoir, au paraître », a regretté le Saint-Père.

Alors que ses adversaires sont dans une mentalité égoïste du moi, a poursuivi le Pape, Jésus se préoccupe des autres : il fait miséricorde au bon larron et demande le pardon pour ses bourreaux. C’est au cœur de la douleur atroce, de la souffrance physique aigue de la passion, que Jésus demande pardon pour ceux qui le transpercent. « Fixé à la potence de l’humiliation, il augmente l’intensité du don, qui devient par-don ».

Le Pape François a ensuite invité à regarder Jésus sur la Croix pour se rendre compte que Dieu fait de même avec nous : il nous pardonne. Des blessures du crucifié, ces brèches de douleur causées par nos clous, jaillit le pardon.

C’est au moment le plus difficile, celui de la crucifixion, que Jésus vit le commandement le plus difficile, l’amour des ennemis. François a ainsi invité à imiter l’exemple du Maître, plutôt que de suivre notre instinct rancunier. Ne restons pas à « regarder en nous-mêmes et à lécher les blessures qui nous ont été infligées par les autres, par la vie, par l’histoire ». Comme Jésus, réagissons en brisant le cercle vicieux du mal et du regret. Aux clous de la vie réagissons avec amour et aux coups de la haine avec la caresse du pardon.

Imitons Dieu qui ne divise pas entre les bons et les mauvais, entre amis et ennemis ; qui accorde compassion et miséricorde à tous. « Pensons à quelqu’un qui nous a blessés, offensés, déçus ; quelqu’un qui nous a mis en colère, qui ne nous a pas compris ou qui n’a pas été un bon exemple. Combien de temps restons-nous à repenser à ceux qui nous ont fait du mal ! », s’est-exclamé le Pape.

Jésus avait le pardon sur les lèvres et dans son cœur. Comme lui, « ne nous lassons pas du pardon de Dieu : à nous prêtres de l’administrer, à chaque chrétien de le recevoir et d’en témoigner », a appelé François.

En s’adressant au Père, Jésus dit : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». C’est ainsi que Jésus se comporte avec nous, il se fait notre avocat. « Quand on utilise la violence, on ne sait plus rien de Dieu qui est Père, ni des autres, qui sont frères. On oublie pourquoi on est dans le monde, et on va jusqu’à commettre des cruautés absurdes ». Pour illustrer ces propos, François a évoqué le drame de la guerre, où le Christ est à nouveau cloué sur la Croix et crucifié dans les personnes qui souffrent : « Oui, le Christ est à nouveau cloué à la croix dans les mères qui pleurent la mort injuste de leurs maris et de leurs enfants. Il est crucifié dans les réfugiés qui fuient les bombes avec des enfants dans les bras. Il est crucifié dans les personnes âgées laissées seules pour mourir, dans les jeunes privés d’avenir, dans les soldats envoyés pour tuer leurs frères ».
Le miracle de la « canonisation » du bon larron

Évoquant le pardon accordé au bon larron, le Pape l’a désigné comme la première canonisation de l’histoire. C’est le miracle du pardon de Dieu qui a transformé la requête de condamné à mort en grâce, a encore déclaré François, qui a conclu son homélie en invitant à marcher courageusement vers Pâques avec la certitude que Jésus intercède auprès du Père pour que Dieu nous pardonne toujours.

(Avec V. N.)

Mercredi 6 avril 2022

Comme le veut la tradition après chaque voyage apostolique, le Pape a consacré sa catéchèse à sa récente visite sur l’île de Malte, qui s’est déroulée les 2 et 3 avril dernier. Il a proposé une synthèse de ces deux journées, qui lui ont permis de constater l’humanité et la foi des Maltais, atouts de taille face au défi des migrations d’une part, et à l’exigence d’annoncer l’Évangile d’autre part.

Repoussé de deux années en raison de la pandémie de Covid-19, le voyage apostolique du Souverain Pontife à Malte a pu enfin avoir lieu, prenant un relief particulier dans le contexte de la guerre en Ukraine.

François a bien insisté sur les mots que l’on trouve dans le récit du naufrage de saint Paul et de ses compagnons sur les côtes maltaises, dans les Actes des Apôtres. Ils ont été accueillis par les insulaires « avec une rare humanité ». Une expression qui résonne aujourd’hui comme une invitation, afin « que le monde devienne plus fraternel, plus vivable, et se sauve d’un "naufrage" qui nous menace tous », a souhaité François.

Malte est avant tout un lieu-clé du point de vue géographique, a poursuivi le Pape depuis la salle Paul VI. Par sa position, elle est un lieu « où se croisent peuples et cultures ». Elle représente aussi « le droit et la force des "petits", des Nations petites mais riches d’histoire et de civilisation, qui incarnent la logique du respect et de la liberté, (…) de la convivialité des différences, opposée à la colonisation des puissants ».

Le Saint-Père a fustigé l’influence économique, idéologique ou militaire exercée par certains. « Nous le voyons en ce moment avec la guerre », a-t-il regretté, pointant également « l’impuissance » de l’ONU face au conflit entre l’Ukraine et la Russie.

Malte est ensuite un lieu-clé concernant les migrations. Le Souverain Pontife a pu rencontrer des migrants au ventre d’accueil Jean XXIII. Une visite qui lui permet aujourd’hui de redire que « chaque migrant est unique (…) chaque migrant est une personne avec sa propre dignité, ses racines, sa culture ». « N’oublions pas que l’Europe a été faite par les migrations », a ajouté le Pape. Ce phénomène « est un signe de notre temps » qui peut devenir source de conflit ou de paix. « Cela dépend de nous », a déclaré l’évêque de Rome. Celui-ci a également souligné que toute la nation maltaise, par son comportement, « est un laboratoire de paix ». Elle peut continuer à l’être en maintenant vivantes les valeurs qui lui sont transmises par l’Évangile.

Et c’est justement le troisième point rappelé ce mercredi par François : Malte « est un lieu-clé du point de vue de l’évangélisation », parce qu’elle a porté au monde entier le témoignage chrétien. « Comme si le passage de saint Paul avait laissé la mission dans l’ADN des Maltais ! », a noté le Pape. Cependant, les habitants de l’archipel ne sont pas exemptés de risques. « Face au vent du sécularisme et de la culture globalisée », le temps est venu d’une « nouvelle évangélisation » à Malte, a insisté le Souverain Pontife, « afin que l’Évangile puisse jaillir avec la fraîcheur des origines et raviver son patrimoine de religiosité populaire ».

Reprenant les mots qu’il avait plusieurs fois répétés samedi 2 avril depuis le sanctuaire de Ta’Pinu, sur l’île de Gozo, François a expliqué que « la joie de l’Église est d’évangéliser ». « La vocation de l’Église est d’évangéliser », a-t-il complété, citant saint Paul VI. C’est la « définition la plus belle de l’Église » aux yeux de François.

Le Successeur de Pierre a enfin chaleureusement remercié les autorités maltaises, l’Église locale et la population pour leur accueil plein de déférence et de sympathie. Il a également mentionné le père Dionisio Mintoff, franciscain de 91 ans responsable du centre d’accueil pour migrants visité par le Pape, « un exemple de zèle apostolique et d’amour des migrants, dont on a aujourd’hui tant besoin », a fait remarquer François. Celui-ci a conclu sa catéchèse en invoquant le Seigneur, lui qui seul « fait grandir » ce que sèment ses enfants.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 avril 2022

Dans son homélie délivrée lors de la messe célébrée à Floriana, à l’ouest de La Valette, lors de son voyage apostolique à Malte, le Pape François a exhorté les fidèles à ne pas oublier la miséricorde et à ouvrir notre cœur à Jésus. Dieu est venu pour les malades, a rappelé le Saint-Père, invitant à nous mettre avec amour à la recherche des pécheurs.

Après la prière dans la grotte de saint Paul, à l’autre bout de l’île de Malte, le Pape s’est rendu au centre, place Saint-Publius, vaste esplanade à deux pas du centre historique de La Valette. Devant près de 20 000 fidèles qui l’ont attendu pendant près de deux ans à cause de la pandémie de Covid-19, le Pape François est revenu sur l’évangile de ce dimanche précédant les Rameaux, celui de la femme adultère. L’occasion de comparer le peuple d’aujourd’hui, vivant et nombreux, « fidèle dans la recherche du Seigneur, attaché à une foi concrète, vécue », à celui venu écouter Jésus au Temple.

Si la foule est alors nombreuse au Temple pour écouter l’enseignement de Jésus qui « touche la vie et la libère, la transforme, la renouvelle », il y a deux absents : la femme adultère, et ses accusateurs, les scribes, qui « ne se soucient pas de leurs défauts mais sont très attentifs à découvrir ceux des autres », et qui « ne combattent pas les pensées malveillantes qui s’agitent dans leur cœur ». S’ils vont vers Jésus, c’est pour le mettre à l’épreuve et pensent le faire grâce à la femme.

Ces « experts de Dieu » comme ils sont considérés, ne reconnaissent cependant pas Jésus qu’il considère comme un ennemi à éliminer. Ils tentent de faire condamner la pécheresse pour contrer la compassion de Jésus. Pour le Pape, c’est la preuve que « le ver de l’hypocrisie et l’envie de montrer du doigt peuvent s’insinuer dans notre religiosité même », car « le risque de mal comprendre Jésus existe toujours ; d’en avoir le nom sur les lèvres mais de le démentir dans les faits ».

D’où cette interrogation du Saint-Père aux fidèles : « Comment pouvons-nous alors vérifier si nous sommes des disciples à l’école du Maître ? ». La réponse est simple : « Par notre regard, de la façon dont nous regardons le prochain et de la façon dont nous nous regardons nous-mêmes ». Dans le premier cas, « celui qui croit défendre la foi en pointant du doigt les autres aura peut-être une vision religieuse, mais il n’épousera pas l’esprit de l’Évangile, parce qu’il oublie la miséricorde, qui est le cœur de Dieu ».

Dans le second cas, ne nous regardant nous-mêmes, l’exemple des scribes est éloquent. En apparence parfaits, « il leur manque la vérité du cœur », explique François. Leur foi est de façade et il leur manque la pauvreté intérieure. Or, « pour Jésus, ce qui compte, c’est l’ouverture disponible de celui qui ne se sent pas arrivé, mais qui a besoin de salut ». « Le Maître ne se contente pas de l’apparence mais cherche la vérité du cœur. Et quand nous lui ouvrons notre cœur en vérité, il peut accomplir des prodiges en nous ».

C’est le cas de la femme adultère. Son histoire nous apprend que « toute observation, si elle n’est pas faite par charité et n’a pas de charité, fait tomber davantage encore celui qui la reçoit. Dieu, au contraire, laisse toujours une possibilité ouverte et sait trouver à chaque fois des voies de libération et de salut ».

Et « la vie de cette femme change grâce au pardon », précise le Pape François. Nous aussi nous sommes appelés à devenir « des témoins inlassables de réconciliation ; témoins d’un Dieu pour qui le mot irrécupérable n’existe pas ; d’un Dieu qui pardonne toujours, qui continue à croire en nous et donne à chaque fois une chance pour recommencer ». Comme avec la femme adultère. Le Seigneur est venu « non pas pour les personnes en bonne santé, mais pour les malades ».

Nous sommes invités, explique le Pape, à nous remettre à l’école du Dieu de l’espérance. Si nous imitons cette femme, « nous ne serons pas amenés à nous concentrer sur la dénonciation des péchés, mais à nous mettre avec amour à la recherche des pécheurs ». « Nous ne rejetterons pas les méprisés, mais nous regarderons en premier ceux qui sont considérés comme derniers ».

(Avec V. N.)

Mercredi 30 mars 2022

Le Pape a continué son cycle de catéchèses sur la vieillesse à l’occasion de l’audience générale de ce mercredi . Un cinquième épisode dédié à la « fidélité à la visite de Dieu pour la génération future », à partir des figures de Syméon et Anne, qui accueillent le Messie dans le Temple. Le Saint-Père a invité les personnes âgées à affiner leurs sens spirituels, alors que l’esprit du monde tend à les étouffer.

« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut », s’exclame le vieux Syméon depuis le Temple de Jérusalem, où il rencontre enfin le Christ (Lc 2, 29-30). Avec Anne, ils sont « pleins de vitalité spirituelle » et nous apprennent que « la fidélité de l’attente affine les sens », a expliqué ce mercredi matin le Pape François en salle Paul VI.

Cette sensibilité, c’est l’Esprit Saint qui la façonne, a précisé le Saint-Père en indiquant l’hymne Veni Creator Spiritus.

La vieillesse affaiblit le corps « dans sa matérialité », mais elle peut être vécue dans l’attente de la visite de Dieu. « Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin (…) d’une vieillesse dotée de sens spirituels vifs et capables de reconnaître les signes de Dieu, voire le Signe de Dieu, qui est Jésus », a déclaré l’évêque de Rome. Et cela, d’autant plus dans une société qui « cultive l’illusion d’une éternelle jeunesse », anesthésie les sens spirituels, et privilégie le plaisir.

La sensibilité de l’âme, a détaillé le Souverain Pontife, ne concerne pas seulement la pensée de Dieu ou la religion, mais aussi « la compassion et la pitié, la honte et le remord, la fidélité et le dévouement, la tendresse et notre responsabilité envers l’autre ». La vieillesse est la « première victime » de cet étiolement spirituel, dont bien souvent, on ne s’aperçoit pas.

Et le Pape François a dénoncé une « rhétorique de l’inclusion des plus fragiles » qui ne relève que du « politiquement correct », tandis que « l’esprit de la fraternité » peine à se développer concrètement.

Le Pape a également relevé le « témoignage émouvant de tant de jeunes qui honorent pleinement cette fraternité », mais regrette le « fossé » entre ces exemples de « tendresse sociale » et le conformisme ambiant qui paralyse la jeunesse.

Les personnes âgées peuvent contribuer à combler ce fossé. Il faut revenir à l’histoire de Syméon et Anne, lesquels reconnaissent dans l’Enfant Jésus le « signe certain de la visite de Dieu ». Dieu qui « ne prend pas chair dans leur génération, mais dans la génération future ». Les deux humbles anciens ne manifestent pourtant « pas de ressentiment ou de récrimination pour cela », seulement de l’émotion et de la consolation, car la génération suivante sera sauvée.

Ils n’apparaissent pas comme des sauveurs, mais comme les premiers témoins du salut. Un point sur lequel a insisté le Pape François : si l’on veut à tout prix être le « personnage principal », alors devient-on superficiel et perdons-nous la « sensibilité de l’Esprit ».

Ainsi, « la sensibilité spirituelle de la vieillesse est capable de briser la compétition et le conflit entre les générations de manière crédible et définitive, a expliqué le Saint-Père après avoir une nouvelle fois invité au dialogue entre les générations. « C’est bien sûr impossible pour les hommes, mais c’est possible pour Dieu. Et aujourd’hui nous en avons tant besoin ! », a conclu François.

(Avec V. N.)

Dimanche 27 mars 2022

Dimanche Laetare, en commentant la parabole du fils prodigue lors de sa catéchèse du 4ème dimanche du Carême, le Pape François a médité sur l’importance d’être solidaire de ceux qui sont sur le chemin de la repentance, mais également sur le besoin de se réjouir de la conversion du prochain, « car le bien de l’autre est aussi le mien ».

Surplombant une place Saint-Pierre bondée de pèlerins et de touristes, à deux pas du marathon de Rome, le Souverain pontife est revenu sur l’épisode du retour du fils prodigue dans l’angélus du dimanche 27 mars. Une parabole qui « nous fait entrer dans le cœur de Dieu, qui pardonne toujours avec compassion et tendresse », a commenté François, car le père non seulement accueille le retour, mais se réjouit et fait la fête pour son fils.

Mais dans cette parabole, a nuancé le Saint-Père, il y aussi le fils aîné qui entre en crise devant ce père, « et qui peut également nous mettre en crise », a avancé François. « En fait, il y a aussi ce fils en nous et, au moins en partie, nous sommes tentés d’être d’accord avec lui : il a toujours fait son devoir, il n’a pas quitté la maison, alors il est indigné de voir le père accueillir de nouveau son frère qui s’est mal comporté. Il proteste et dit : "Je t’ai servi pendant de nombreuses années et je n’ai jamais désobéi à un seul de tes ordres", mais pour "ce fils à toi", tu fais même la fête ! (vv. 29-30). »

Le fils aîné a ainsi tissé une relation avec son père basée sur la pure observance des commandements et du sens du devoir. « Cela peut aussi être notre problème avec Dieu : perdre de vue qu’il est père et vivre une religion lointaine, faite d’interdictions et de devoirs. Et la conséquence de cette distance est la rigidité envers le voisin, qui ne se voit plus comme un frère. Dans la parabole, en effet, le fils aîné ne dit pas au père mon frère, mais ton fils. Et à la fin, c’est lui qui risque d’être mis à l’écart de la maison. En fait - dit le texte - "il ne voulait pas entrer" (v. 28). », a éclairé François.

« Quand je suis devenu père, j’ai compris Dieu », a-t-il poursuivi, faisant siens les mots d’Honoré de Balzac dans le roman Le père Goriot. « À ce moment de la parabole, le Père ouvre son cœur à son fils aîné et lui exprime deux besoins, qui ne sont pas des commandements, mais des nécessités du cœur : "Tu aurais dû te réjouir et être dans l’allégresse, parce que ton frère était mort et qu’il est revenu à la vie" (v. 32). » Ainsi, « Voyons si nous aussi, nous avons dans notre cœur les deux besoins du père : faire la fête et se réjouir. », a demandé François à la foule.

Premièrement, a-t-il ensuite expliqué, il faut montrer sa proximité envers ceux qui se repentent ou sont en chemin vers la repentance, « Car cela permet de surmonter la peur et le découragement que peut susciter le souvenir de ses erreurs. Ceux qui ont commis une faute se sentent souvent reprochés par leur propre cœur ; la distance, l’indifférence et les mots durs n’aident pas ». C’est pourquoi selon le père, il est donc nécessaire d’offrir un accueil chaleureux à son fils. Il l’invite ainsi à persévérer sur le chemin de la repentance. « Et nous, est-ce qu’on le fait ? » a interrogé François. « Cherchons-nous ceux qui sont loin, souhaitons-nous célébrer avec eux ? Combien de bien peut être fait par un cœur ouvert, une oreille attentive, un sourire transparent ; pour que les gens se sentent heureux, pas mal à l’aise ! ».

Deuxièmement, suivant l’exemple de ce père, il faut se réjouir, a invité l’évêque de Rome. « Celui qui a un cœur à l’écoute de Dieu, lorsqu’il voit le repentir d’une personne, quelle que soit la gravité de ses erreurs, se réjouit. Il ne s’arrête pas sur les erreurs, il ne pointe pas du doigt le mal, mais il se réjouit du bien, car le bien de l’autre est aussi le mien ! », a expliqué le Pape, avant de conclure sur deux interrogations : « Savons-nous comment voir les autres de cette manière ? Savons-nous nous réjouir pour les autres ? ».

Après la prière de l’angélus, François a une nouvelle fois appelé à la fin de la guerre en Ukraine, puis a salué les participants au marathon de Rome. Par ailleurs, un livre a été distribué aux pélerins venus assister à l’angélus : une compilation de la prière contre la pandémie du Pape, place Saint-Pierre, le 27 mars 2020 et du texte de l’acte de consécration de la Russie et l’Ukraine réalisé vendredi 26 mars 2022.

(Avec V. N.)

Dimanche 20 mars 2022

Nous ne devons pas imputer à Dieu la responsabilité de nos maux, mais au contraire regarder en nous-mêmes. La guerre ou la pandémie ne sont pas des punitions de Dieu ; ce sont nos choix erronés et violents qui déchaînent le mal. Telles sont les pistes de réflexion suggérées par le Pape François au cours de l’Angélus de ce troisième dimanche de Carême.

Au cœur de ce chemin de Carême, le Pape François revient ce dimanche sur la sempiternelle question de la responsabilité de Dieu dans le mal qui ronge le monde. Facilement, l’on pourrait attribuer les guerres ou les maladies qui sévissent dans le monde à la colère de Dieu. En revanche, dans l’Évangile (cf. Luc 13,1), « Jésus refuse et conteste fortement l’idée d’imputer nos maux à Dieu : les personnes tuées et celles qui sont mortes sous la tour n’étaient pas plus coupables que les autres et ne sont pas victimes d’un Dieu impitoyable et vindicatif, qui n’existe pas ! Le mal ne peut jamais venir de Dieu car il "ne nous traite pas selon nos péchés" (Ps 103,10), mais selon sa miséricorde ».

Le Pape nous invite à faire attention car lorsque le mal nous oppresse et nous fait nous sentir impuissants, le risque est grand de perdre la lucidité et finalement d’accuser Dieu. « Combien de fois attribuons-nous nos malheurs et les malheurs du monde, à celui qui, au contraire, nous laisse toujours libres et n’intervient donc jamais en imposant, seulement en proposant ; à celui qui n’utilise jamais la violence et, en effet, souffre pour nous et avec nous ? », s’interroge François.

Au lieu de blâmer Dieu, propose l’évêque de Rome, nous devons regarder en nous-mêmes : « c’est le péché qui produit la mort ; c’est notre égoïsme qui déchire les relations ; ce sont nos choix erronés et violents qui déchaînent le mal ».

Regarder en nous-mêmes, estime François, c’est accueillir la pressante invitation du Christ à la conversion, surtout en cette période de Carême. « Acceptons-la avec un cœur ouvert. Convertissons-nous du mal, renonçons à ce péché qui nous séduit, ouvrons-nous à la logique de l’Évangile : car, là où règnent l’amour et la fraternité, le mal n’a plus de pouvoir ! ».

Jésus sait que la conversion n’est pas facile, « que bien souvent nous retombons dans les mêmes erreurs et les mêmes péchés ; que nous nous décourageons et, peut-être, qu’il nous semble que notre engagement pour le bien est inutile dans un monde où le mal semble régner ».

Mais cette patience de Dieu est infinie. « J’aime à penser qu’un joli nom pour Dieu serait "le Dieu de l’autre possibilité" : il nous donne toujours une autre chance, toujours. C’est sa miséricorde » a souligné le Pape.

C’est pourquoi racontant la parabole du figuier stérile, Jésus nous offre l’image d’un Dieu patient à notre égard, qui ne se lasse pas de nous redonner confiance avec tendresse. « Il (Dieu) ne se décourage pas, mais place toujours l’espoir en nous. Dieu est un Père et te regarde comme un père : comme le meilleur des pères, il ne voit pas les résultats que tu n’as pas encore atteints, mais les fruits que tu peux encore porter ; il ne compte pas tes échecs, mais encourage tes possibilités ; il ne s’attarde pas sur ton passé, mais parie avec confiance sur ton avenir. », a conclu le Pape avant de demander à la Vierge Marie de nous donner l’espoir et le courage, et d’allumer en nous le désir de la conversion.

A l’issue de la prière de l’Angélus, le souverain pontife a de nouveau dénoncé la guerre qui frappe l’Ukraine, déplorant en particulier les missiles et les bombes qui touchent les civils et exhortant « tous les acteurs de la communauté internationale afin qu’ils s’engagent vraiment à faire cesser cette guerre répugnante ».

Une nouvelle fois, le Pape François a lancé un appel pour dénoncer la guerre qui déchire l’Ukraine et demander que cessent la violence insensée de ces derniers jours. D’une voix grave, l’évêque de Rome a regretté que « la violente agression contre l’Ukraine, malheureusement ne s’arrête pas ». François a dénoncé « un massacre insensé, où chaque jour se répètent des horreurs et des atrocités. Il n’y a pas de justification pour cela » a t-il ajouté.

Le Pape une nouvelle fois s’est tourné vers la communauté internationale : « Je supplie tous les acteurs de la communauté internationale afin qu’ils s’engagent vraiment à faire cesser cette guerre répugnante » a t-il lancé.

« Cette semaine encore, des missiles et des bombes sont tombées sur des civiles, des personnes âgées,des enfants et des femmes enceintes », a encore expliqué le souverain pontife, rappelant que la veille il s’était rendu dans un hôpital pédiatrique de Rome pour y rencontrer des enfants ukrainiens blessés.
Une grande douleur pour ceux qui n’ont pas la possibilité de fuir

« Je pense aux millions de réfugiés ukrainiens qui doivent fuir laissant tout derrière eux ! Je ressens une grande douleur pour ceux qui n’ont pas la possibilité de fuir » a aussi dit François. « De nombreux grands-parents, des malades et des pauvres, séparés de leur propre famille. De nombreux enfants et personnes fragiles meurent sous les bombes sans pouvoir recevoir de l’aide et sans se trouver en sécurité, pas meme dans les refuges anti aériens. Tout cela est inhumain ! C’est un sacrilège ! Car c’est contre la sacralité de la vie humaine » a t-il dénoncé.

Dans cet océan de violence, le Pape s’est dit malgré tout « réconforté de savoir que les personnes restées sous les bombes ne manquent pas de la proximité des Pasteurs qui, en ces jours tragiques, vivent l’Évangile de la charité et de la fraternité », confiant avoir eu plusieurs d’entre eux au téléphone ces derniers jours. François a notamment cité le nonce apostolique en Ukraine, Mgr Visvaldas Kulbokas, « resté à Kiev avec ses collaborateurs depuis le début de la guerre et qui, par sa présence, me rend chaque jour plus proche du peuple ukrainien martyr ».

Le Pape a enfin rappelé les millions de réfugiés ukrainiens qui ont fui leur pays. « Ne nous lassons pas de les accueillir avec générosité, a t-il plaidé, comme nous le faisons : non seulement maintenant, dans l’urgence, mais aussi dans les semaines et les mois à venir ».

(V. N.)

Mercredi 16 mars 2022

Lors de l’Audience générale de ce jour, poursuivant sa série de catéchèses sur le thème de la vieillesse, le Pape François est revenu sur la figure de Noé. Alors que notre monde actuel est soumis à diverses contraintes et pressions, où domine la corruption, la vocation de Noé, choisi par Dieu parmi les anciens, est riche d’enseignements.

Dans le récit biblique, Dieu a confié à Noé la tâche de sauver la Terre de la corruption et du déluge. A son image, chacun d’entre nous est aujourd’hui invité à prendre particulièrement soin de la vie sous toutes ses formes. « Le monde a besoin de jeunes forts qui vont de l’avant, et de la sagesse des personnes âgées », a souligné François.

Le récit biblique de Noé et de ses contemporains condamne l’insouciance de l’être humain, qui se limite à jouir de la vie en en perdant le sens et la dignité. Les biens du monde étaient alors consommés sans se soucier de la qualité spirituelle de la vie, et le peuple de Dieu vivait la corruption comme si elle faisait partie de la normalité.

Notre époque n’est pas exempte de ces formes de perversion, a averti dans sa catéchèse le Pape François. D’un côté, « nous avons l’optimisme de l’éternelle jeunesse, enflammé par les extraordinaires progrès de la technologie, qui nous dépeint un avenir rempli de machines plus efficaces et plus intelligentes que nous, qui soigneront nos maux et imagineront les meilleures solutions pour que nous ne mourions pas », exprime le Saint-Père. De l’autre « il semble que le symbole du déluge gagne du terrain dans notre inconscient » collectif, avertit François, mentionnant l’impact de la pandémie et de la question de l’arme atomique dans les esprits.

Les tentations de notre époque évoquées par le Saint-Père sont une forme de corruption moderne, « qui amoindrit nos défenses, émousse notre conscience et nous rend - même involontairement - complices. » La corruption devient normalité à travers notre insouciance, qui nous touche tous individuellemment et collectivement, alerte François.

C’est ainsi que la figure de Noé, qui s’est vu confier la sauvegarde de la Terre à une période critique pour l’humanité, peut être pour chacun de nous une voie de conversion. « Dieu confie la tâche à la fidélité du plus ancien de tous », note François. « La vieillesse sauvera-t-elle le monde ? Dans quel sens ? (...) Vie au-delà de la mort ou juste survie jusqu’au déluge ? »

La vieillesse « est bien placée pour saisir la supercherie de cette normalisation d’une vie obsédée par la jouissance et vide d’intériorité », considère François. « Une vie sans pensée, sans sacrifice, sans intériorité, sans beauté, sans vérité, sans justice, sans amour. » Les personnes âgées, par leur particulière sensibilité aux attentions, aux pensées et aux marques d’affection peuvent ainsi témoigner aux jeunes générations de ce qui rend vraiment humain.

« Nous avons tellement besoin de la sagesse des anciens face à la corruption », insiste François. « Nous, personnes agées, nous devons prendre soin des jeunes et de la vie. » Noé est un exemple d’une « vieillesse régénérative » affirme le Souverain Pontife. « Il ne se plaint pas, il ne récrimine pas, mais il prend soin de l’avenir de la génération qui est en danger. En prenant soin de la vie, sous toutes ses formes, Noé accomplit le commandement de Dieu et répète le geste tendre et généreux de la Création. »

Le successeur de Saint Pierre a conclu en lançant un appel à toutes les personnes âgées : « Vous avez la responsabilité de dénoncer la corruption humaine, dans laquelle nous avançons avec relativisme, comme si tout était licite (...). Allons de l’avant, le monde à besoin de jeunes forts qui vont de l’avant et de personnes âgées sages ! »

(Avec V. N.)

Dimanche 13 mars 2022

En ce deuxième dimanche de Carême, le Pape commente la Transfiguration du Seigneur tirée de l’évangile selon Saint Luc (Lc 9, 26-38). “Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il les emmène sur une montagne pour prier. Pendant qu’il priait, Jésus est transfiguré. Son visage apparaît tout autre et ses vêtements deviennent d’une blancheur éclatante.”

Avant sa montée à Jérusalem vers sa Passion, Jésus prépare Pierre, Jacques et Jean. Il leur donne la force pour affronter le scandale de la croix. Il les prépare à le reconnaître à la résurrection. A travers la transfiguration, Jésus les invite et leur apprend à le voir autrement. Devant cette étonnante vision dont ils sont témoins, le Pape met l’accent sur l’attitude de Pierre, Jean et Jacques qui s’assoupissent avant le début de la Transfiguration. C’est-à-dire, juste pendant que Jésus est en prière. Une fois de plus, les disciples ne comprennent pas. La Transfiguration reste un mystère. François compare ce sommeil mal placé à tant de nos rêves qui nous viennent à l’esprit dans des moments que nous savons importants. D’où la nécessité de rester plus éveillés, attentifs, impliqués, pour ne pas perdre de précieuses opportunités. Le Saint Père souligne la nécessité de rester éveillés avec la force venant de la lumière de Jésus car seuls, nous ne pouvons pas.

“Nous arrive-t-il aussi de passer à coté de quelque chose d’important dans le domaine spirituel, uniquement parce que l’on est trop fatigué ou épuisé ?” Le Pape explique combien “garder le cœur en éveil ne dépend pas seulement de nous : c’est une grâce, et il faut la demander. C’est un moment où Dieu veut nous réveiller de la léthargie intérieure.”

Les trois disciples de l’Evangile le démontrent, fait remarquer l’évêque de Rome ; ils étaient bons, ils avaient suivi Jésus sur la montagne, mais avec leur force ils ne pouvaient pas rester éveillés.

Sur la montagne, Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil. Ces mêmes disciples dormiront aussi à Gethsémani. Au moment de la Transfiguration, ils se réveillent, voient et contemple la gloire de Jésus ; c’est le rôle du Saint Esprit de nous réveiller en nous présentant la gloire du Christ.

On peut penser, a poursuivi le Pape, que c’est la lumière de Jésus qui les a réveillés. Une lumière de Dieu qui nous fait voir les choses différemment et dont nous avons tous besoin. Une lumière qui nous attire, nous éveille, ravive le désir et la force de prier, de regarder à l’intérieur et de consacrer du temps aux autres. Nous pouvons, ainsi, vaincre la fatigue corporelle avec la force de l’Esprit de Dieu relève François.

En ce temps de Carême, le Saint Père exhorte les fidèles à se mettre à la lumière de Dieu, après les épreuves de chaque jour. Le Pape invite à laisser au Seigneur l’occasion de nous surprendre et d’éveiller nos cœurs. Nous pouvons le faire, par exemple, en ouvrant l’Evangile et en nous laissant émerveiller par la Parole de Dieu, car l’Ecriture illumine nos pas et fait brûler notre cœur. Ou nous pouvons regarder le Crucifix et nous émerveiller devant l’amour fou de Dieu, qui ne se lasse pas de nous et a le pouvoir de transfigurer nos journées, de leur donner un nouveau sens, une lumière différente et inattendue.

Le Pape a conclu la méditation en invoquant la bienheureuse Vierge Marie, afin qu’elle garde notre cœur en éveil pour accueillir ce temps de grâce que Dieu nous offre.

(Avec V. N.)

Dimanche 6 mars 2022

En ce premier dimanche de Carême, le Pape commente l’Évangile selon Luc, lorsque Jésus est conduit par l’Esprit Saint dans le désert pour être tenté par le diable pendant quarante jours. François revient sur la lutte spirituelle qui s’engage, expliquant comment Jésus s’oppose aux attraits du mal pour inviter les fidèles à suivre son exemple.

Avant de commencer sa mission publique, Jésus est conduit dans le désert par l’Esprit Saint. « Le désert symbolise la lutte contre les séductions du mal, afin d’apprendre à choisir la vraie liberté », nous dit le Pape. Dans sa catéchèse, François revient sur cette « lutte spirituelle » à travers laquelle Jésus affirme « de manière décisive quel type de Messie il entend être ».

Contre quelles tentations Jésus est-il appelé à combattre ? Par deux fois, le diable lui dit « Si tu es le Fils de Dieu... », en d’autres termes, il se propose d’exploiter sa position pour satisfaire ses besoins matériels, sa faim, puis pour accroître son pouvoir, enfin pour obtenir de Dieu un signe prodigieux. « C’est comme s’il disait : "Si tu es le Fils de Dieu, profites-en ! », résume François. Cette proposition est séduisante mais elle conduit à l’esclavage du cœur : « elle nous rend obsédés par le désir d’avoir, elle réduit tout à la possession de choses, de pouvoir, de gloire. C’est le noyau de la tentation. C’est "le poison des passions" dans lequel le mal prend racine », affirme le Saint-Père.

Jésus s’oppose à ces tentations pour en triompher. Comment ? Il y répond avec la Parole de Dieu, qui dit de ne pas profiter, de ne pas utiliser Dieu, les autres et les choses pour soi-même, de ne pas exploiter sa position pour acquérir des privilèges. « Le vrai bonheur et la liberté ne résident pas dans la possession mais dans le partage ; pas dans le fait de profiter des autres, mais dans le fait de les aimer ; pas dans l’obsession du pouvoir, mais dans la joie de servir », nous dit François.

Le Pape appelle ainsi les fidèles à la vigilance, car ces tentations se présentent à chacun sur le chemin de la vie, souvent sous une forme attrayante. Le diable, rusé, use de tromperie. « Il arrive souvent avec des yeux doux, un visage angélique ; il sait même se déguiser avec des motifs sacrés, apparemment religieux ! » prévient François.

En cédant aux flatteries du diable, on déguise les faussetés en bonnes intentions et le Pape nourrit son propos d’exemples : « j’ai fait des affaires étranges, mais j’ai aidé les pauvres » ; « j’ai profité de mon rôle, mais aussi pour faire le bien » ; « j’ai cédé à mes instincts, mais finalement je n’ai fait de mal à personne ». Et de s’exclamer : « S’il vous plaît, pas de compromis avec le mal ! ». Le Pape exhorte à ne pas dialoguer avec la tentation, « un sommeil de la conscience » que l’on justifie en se disant que d’autres l’on fait avant nous. Jésus, lui, ne cherche pas d’accommodement. Il ne passe pas d’accord avec le mal. Il oppose au diable la Parole de Dieu et vainc ainsi la tentation. Le Pape demande aux fidèles de faire de même. « Que ce temps de carême soit aussi pour nous un temps de désert ».

Il propose à chacun de prendre le temps du silence et de la prière, pour s’arrêter et « regarder ce qui remue dans nos cœurs ». Il suggère de rechercher la clarté intérieure, en se plaçant devant la Parole de Dieu dans la prière, « afin qu’un combat salutaire contre le mal qui nous asservit, un combat pour la liberté, puisse avoir lieu en nous ». Le Pape demande enfin à la Vierge Marie son intercession pour qu’elle accompagne chacun sur son chemin de conversion.

À l’issue de la prière de l’angélus, le Pape a renouvelé son appel pour l’ouverture de couloirs humanitaires en Ukraine, déplorant un nombre toujours plus important de victimes dans le pays en guerre car il ne s’agit pas d’une « opération militaire » précise le Saint-Père. Il salue ce dimanche ceux qui aident les réfugiés mais aussi les journalistes sur le terrain.

« En Ukraine coulent des fleuves de sang et de pleurs. Il ne s’agit pas d’une opération militaire mais d’une guerre qui sème la mort, la destruction et la misère », affirme d’emblée le Pape François après la prière de l’Angélus. Avec amertume, le Saint-Père constate que les victimes sont toujours plus nombreuses, comme les personnes en fuite, essentiellement des mères et des enfants.

« Dans ce pays martyr croît dramatiquement la nécessité d’une aide humanitaire », pour cette raison, le Pape renouvelle son appel « du cœur » en faveur de couloirs humanitaires afin que de l’arrivée d’aides soit garantie dans les zones assiégées, pour offrir un secours « vital aux frères et sœurs oppressés par les bombes et la peur ».
Que prévale la négociation

À nouveau, le Pape « implore pour cessent les attaques armées, que prévalent la négociation et le bon sens et que le droit international soit de nouveau respecter ».

Ce dimanche, le Saint-Père remercie tous ceux qui apportent leur soutien aux réfugiés mais également les journalistes qui vont jusqu’à mettre en péril leur propre vie pour informer le public. « Merci pour ce service que vous rendez qui nous permet d’être proches du drame de ces populations et qui nous permet de mesurer la cruauté de la guerre », a dit le Pape sous les applaudissements.

François a alors invité les fidèles à prier pour l’Ukraine. Avec eux, il a imploré la Vierge Marie, récité un Ave Maria.

Enfin, le Pape a affirmé que le Saint-Siège est disposé à tout faire pour se mettre au service de la paix. Ces jours-ci, deux cardinaux se sont rendus en Ukraine, a-t-il précisé, l’aumônier apostolique, le cardinal Krajewski, et le cardinal Czerny, préfet ad intérim du dicastère pour le Service du) développement humain intégral. Cette présence n’est pas seulement celle du Pape, a souligné François, mais « celle de tout le peuple chrétien qui veut se faire proche et dire : ‘La guerre est une folie ! Arrêtez-vous, s’il vous plaît ! Regardez cette cruauté !’ »

(Avec V. N.)

Mercredi 2 Mars 2022

En ce mercredi des Cendres, qui signe l’entrée dans la période du Carême, le Souverain Pontife a dédié sa catéchèse à la question de la transmission et de la rencontre entre les générations. François a invité chacun d’entre nous à s’extraire d’une vision du temps où urgence et rapidité prédominent, pour nous mettre à l’écoute des personnes âgées.

Le Pape François a continué, ce mercredi 02 mars, son cycle de catéchèse sur la vieillesse, débuté le 23 février 2022.

Dans la Bible, la longévité de vie des patriarches est un symbole fort de l’importance de la transmission entre les générations. À l’heure où les temps de transmission sont considérablement réduits, le Saint-Père nous invite à garder une vigilance particulière quant à notre manière de traverser les différents temps de nos vies. « L’excès de rapidité rend toute expérience superficielle et moins nourrissante », alerte le Pape François.
Accueillir un rythme plus lent

Les plus jeunes générations sont les victimes inconscientes et directes de ce nouveau rapport au temps. Une longue vie permet de faire l’expérience de ces temps longs, et les dommages de la précipitation. Le Saint-Père invite ainsi les jeunes chrétiens à se mettre à l’écoute des générations plus anciennes. Le temps de la vieillesse, qui « impose des rythmes plus lents », n’est pas pour autant un temps d’inertie et peut révéler une vraie fécondité au sein de l’Eglise, a indiqué François.

L’alliance entre les deux générations extrêmes de la vie - les enfants et les personnes âgées - aide également les deux autres - les jeunes et les adultes - à se lier les uns aux autres pour rendre l’existence de chacun plus riche en humanité.

La pandémie dans laquelle nous sommes encore contraints de vivre, a imposé un coup d’arrêt brutal au culte de la vitesse, a noté le Pape François. « Dans cette période, les grands-parents ont fait office de barrière à la "déshydratation" affective des plus jeunes. L’alliance visible des générations, qui harmonise leurs temps et leurs rythmes, nous redonne l’espoir de ne pas vivre en vain », indique-t-il. Celle alliance entre générations redonne à chacun de l’amour de sa vie vulnérable, et barre la route à l’obsession de la vitesse, qui la consume tout simplement.

Le Saint-Père a enfin invité tout un chacun à se questionner sur la façon dont il souhaite vivre aujourd’hui cette transmission entre générations. Car notre confrontation avec les rythmes lents de la vieillesse peut enrichir l’humanité, tout en nous sortant de l’urgence de l’instant et de la dictature de l’immédiateté, considère le Souverain Pontife.

« Que l’Esprit Saint nous donne l’intelligence et la force d’abandonner l’urgence de l’horloge pour nous convertir à la beauté des rythmes de la vie, grâce au renouvellement de l’alliance entre générations », a conclu François, au terme de son audience.

(Avec V. N.)

Dimanche 27 février

Commentant l’évangile de ce mercredi (Lc 6, 39-45), le Pape François a proposé lors de l’Angélus à réfléchir à notre regard et à notre manière de parler. Ces deux aspects peuvent en effet servir le bien, ou propager la haine.

Avec l’image bien connue de la paille et la poutre, Jésus dénonce toute hypocrisie qui se manifeste par le regard. « Ce que dit Jésus est vrai : nous trouvons toujours des raisons de blâmer les autres et de nous justifier », a expliqué François au début de cet angélus. À propos de l’Église, de la société, du monde… sans aucune remise en question de soi-même. En faisant ainsi, « notre regard est aveugle », a prévenu l’évêque de Rome, car « tout changement fécond, positif, doit commencer par nous-mêmes ».

Le Seigneur invite donc à un regard d’introspection. Si « nous reconnaissons nos erreurs et nos misères, la porte de la miséricorde s’ouvre à nous ». Après cette première étape, « Jésus nous invite à regarder les autres comme lui, qui ne voit pas d’abord le mal, mais le bien ». Dieu nous regarde non pas en voyant « en nous des erreurs irrémédiables, mais des enfants qui font des erreurs », a insisté le Pape. « Dieu distingue toujours la personne de ses erreurs », et nous demande de faire de même.

La fin de l’évangile de ce dimanche fait également référence à la parole : « ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur », déclare Jésus. « Les mots que nous utilisons disent qui nous sommes. Parfois, cependant, nous faisons peu attention à nos mots et les utilisons de manière superficielle », a commenté le Saint-Père. « Mais les mots ont un poids : ils nous permettent d’exprimer des pensées et des sentiments, de donner une voix aux craintes que nous avons et aux projets que nous voulons réaliser, de bénir Dieu et les autres ». Ils peuvent aussi devenir les vecteurs du mal : « les ragots blessent et la médisance peut être plus tranchante qu’un couteau ! », a averti le Souverain Pontife, dénonçant également les fake news.

Le Pape a alors invité à s’interroger sur le type de mots que nous utilisons – « des mots qui expriment l’attention, le respect, la compréhension, la proximité, la compassion, ou des mots qui visent avant tout à nous faire bien voir devant les autres ? » - et sur notre manière de parler – « avec douceur ou polluons-nous le monde en répandant du poison (…) ?

Il s’est enfin tourné vers Marie, « Vierge du silence » afin qu’elle « nous aide à purifier notre regard et notre parole ».

« Que les armes se taisent ! » a lancé le Pape François ce dimanche devant une foule nombreuse de fidèles -dont un certain nombre d’Ukrainiens- réunis Place Saint-Pierre pour la prière de l’Angélus. Plus que jamais, l’évêque de Rome invite à prier et jeûner ce mercredi des Cendres pour la paix en Ukraine.

Au terme de la prière mariale de l’Angélus, le Pape François a longuement évoqué le conflit qui ensanglante l’Ukraine depuis quatre jours et l’invasion de son territoire par l’armée russe :

« Ces derniers jours, nous avons été bouleversés par quelque chose de tragique : la guerre. À maintes reprises, nous avons prié pour que cette voie ne soit pas empruntée. N’arrêtons pas de parler, et même, supplions Dieu plus intensément. C’est pourquoi je renouvelle à tous l’invitation à faire du 2 mars, mercredi des Cendres, une journée de prière et de jeûne pour la paix en Ukraine. Un jour pour se faire proche des souffrances du peuple ukrainien, pour sentir que nous sommes tous frères et sœurs et pour implorer Dieu de mettre fin à la guerre.

Celui qui fait la guerre oublie l’humanité. Il ne part pas du peuple, il ne regarde pas la vie concrète du peuple, mais fait passer les intérêts partisans et le pouvoir avant tout. Il s’appuie sur la logique diabolique et perverse des armes, qui est la plus éloignée de la volonté de Dieu. Et il se distancie des gens ordinaires, qui veulent la paix et qui, dans chaque conflit, sont les véritables victimes, qui paient dans leur chair les folies de la guerre. Je pense aux personnes âgées, à celles qui cherchent refuge en ce moment, aux mères qui fuient avec leurs enfants... Ce sont des frères et des sœurs pour lesquels il est urgent d’ouvrir des couloirs humanitaires et qui doivent être accueillis. Le cœur brisé par ce qui se passe en Ukraine - et n’oublions pas les guerres dans d’autres parties du monde, comme le Yémen, la Syrie, l’Éthiopie... - je le répète : que les armes se taisent ! Dieu est avec les artisans de paix, pas avec ceux qui utilisent la violence. Parce que ceux qui aiment la paix, comme le dit la Constitution italienne, “répudient la guerre comme instrument d’agression contre la liberté d’autres peuples et comme moyen de régler les différends internationaux” ».

(Avec V. N.)

Mercredi 23 février 2022

Depuis la salle Paul VI, le Pape François a débuté un nouveau cycle de catéchèses, portant cette fois sur la vieillesse. « La grâce du temps et l’alliance des âges de la vie » était le thème d’ouverture. François a notamment attiré l’attention des fidèles sur les méfaits du manque de relations entre les jeunes et les personnes âgées.

C’est sur une situation qui concerne l’humanité tout entière que le Pape François a voulu attirer l’attention avec ce nouveau cycle de catéchèses. Un âge de la vie qui, depuis quelques décennies, « concerne un vrai “nouveau peuple”, les personnes âgées ». « Avec les migrations, la vieillesse fait partie des questions les plus urgentes que la famille humaine doit affronter », a estimé le Souverain Pontife. Avec son lot de défis, notamment « le risque de rejeter cette catégorie de personnes considérées comme un “poids” ». Le Saint-Père s’est désolé en particulier des situations de négligence dont les plus anciens ont été victimes durant la pandémie.

Aux yeux du Successeur de Pierre, le principal enjeu est « l’unité des âges de la vie ». « Demandons-nous : existe-t-il une amitié, une alliance entre les différents âges de la vie, ou la séparation et le rejet prévalent-ils ? ».

Et François de dénoncer une culture dominante qui exalte la jeunesse « comme le seul âge digne d’incarner l’idéal humain, associée au mépris de la vieillesse comme fragilité, déchéance, handicap ». Cette vision déformée fut « l’icône dominante des totalitarismes du 20è siècle ».

Le prolongement de la vie influence de manière structurelle l’histoire, les individus, les familles et la société. « Dans la représentation du sens de la vie dans les cultures dites “développées” », il y a peu de place pour la vieillesse, a fait remarquer le Saint-Père. Pour un âge aussi important de l’espace communautaire, « il y a des plans d’assistance, mais pas de projets d’existence », a-t-il regretté, ce qui constitue « un vide de pensée, d’imagination et de créativité », inhérent à la « culture du déchet ».

Et le Pape de poursuivre son plaidoyer pour une meilleure perception du sens de chaque âge de la vie : « La jeunesse est belle, mais la jeunesse éternelle est une hallucination très dangereuse. Être vieux est tout aussi important - et beau et tout aussi important - que d’être jeune. (…) L’alliance entre les générations, qui redonne à l’humain tous les âges de la vie, est notre don perdu », et il faut le retrouver.

Pour cela, la Parole de Dieu offre une précieuse sagesse, par exemple la prophétie de Joël : : "Vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions" (Jl 3,1). François a commenté ce verset, invitant les ainés à communiquer leurs rêves, en dialogue avec les jeunes. « Les jeunes qui ne remettent plus en question les rêves des anciens, qui foncent tête baissée vers des visions qui ne dépassent pas le bout de leur nez, auront du mal à porter leur présent et à supporter leur avenir. Si les grands-parents se replient sur leurs mélancolies, les jeunes se courberont plus encore sur leurs smartphones », a-t-il prévenu.

« La vieillesse est un don pour tous les âges de la vie », un « don de maturité, de sagesse », « une bénédiction pour la société » a encore insisté le Saint-Père. Les personnes âgées ont une ressource de vie déjà vécue qui peut aider les jeunes, surtout en cette période de pandémie dont le « contrecoup le plus grave » est « l’égarement des jeunes », a-t-il poursuivi.

La longue marche qui accompagne la vieillesse « doit être vécue comme une offrande du sens de la vie ». En revanche, la vieillesse privée d’une vie humainement digne, « court le risque de se renfermer dans un avilissement qui enlève l’amour à tous ». Le Souverain Pontife a employé à nouveau l’image de l’arbre, dont les racines seraient les personnes âgées, et les fruits et les fleurs les plus jeunes. La sève monte des premiers vers les seconds.

Maintenir l’amour vivant entre les générations, en privilégiant le dialogue : ce défi « de l’humanité et de la civilisation exige notre engagement et l’aide de Dieu », a conclu François en demandant l’aide de l’Esprit Saint.

Au terme de l’audience générale, le Saint-Père a lancé un appel à la paix en Ukraine, invitant notamment les responsables politiques à un « sérieux examen de conscience ». François a aussi annoncé que le 2 mars prochain, mercredi des Cendres, serait un « jour de jeûne pour la paix ».

Alors que la crise s’accentue de jour en jour en Ukraine, le Pape François a fait part de sa « grande douleur » à ce sujet lors de l’audience générale de ce mercredi. « Malgré les efforts diplomatiques de ces dernières semaines, des scénarios de plus en plus alarmants s’ouvrent » a-t-il souligné. « Une fois de plus, la paix de tous est menacée par des intérêts partisans. Je voudrais lancer un appel à ceux qui ont des responsabilités politiques pour qu’ils fassent un sérieux examen de conscience devant Dieu, qui est le Dieu de la paix et non de la guerre, le Père de tous et non de quelques-uns, qui veut que nous soyons frères et non ennemis », a déclaré le Souverain Pontife depuis la salle Paul VI.

Le Successeur de Pierre a prié « toutes les parties concernées de s’abstenir de toute action qui causerait encore plus de souffrances à la population, déstabiliserait la coexistence entre les nations et discréditerait le droit international ».

Il a également lancé un appel à tous, « croyants et non-croyants ». « Jésus nous a appris qu’à l’insistance diabolique, à l’absurdité diabolique de la violence, on répond avec les armes de Dieu : par la prière et le jeûne », a rappelé François. Le Saint-Père a donc annoncé que le 2 mars prochain, mercredi des Cendres, serait un jour de jeûne pour la paix. « J’encourage tout particulièrement les croyants à se consacrer intensément à la prière et au jeûne ce jour-là. Que la Reine de la Paix préserve le monde de la folie de la guerre », a-t-il conclu.

Le Pape François avait déjà fait part de son inquiétude concernant l’Ukraine lors de l’angélus du 13 février dernier.

Dans la nuit de lundi à mardi, en dépit des efforts diplomatiques, le président russe Vladimir Poutine a reconnu l’indépendance des républiques séparatistes de Donetsk et Louhansk, dans l’est de l’Ukraine. Il a également décidé d’envoyer sur place une force de « maintien de la paix » en soutien aux séparatistes, mesure approuvée par le Sénat russe.

De nombreux pays, dont les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni, ont déjà annoncé des sanctions contre la Russie. Vladimir Poutine a assuré de son côté être disposé à trouver des « solutions diplomatiques » à la crise, tout en insistant sur le caractère « non négociable » des intérêts et de la sécurité de son pays.

Les forces armées ukrainiennes ont annoncé ce mercredi un plan de mobilisation dès aujourd’hui des réservistes, sur fond de craintes d’une escalade militaire par Moscou. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a appelé quant à lui ses ressortissants à quitter la Russie au plus vite.

(Avec V. N.)

Dimanche 20 février 2022

Le Pape François a apporté des éclaircissements dans l’exhortation aux fidèles réunis sur la place Saint Pierre pour l’angélus : que signifie l’invitation de Jésus à tendre l’autre joue à celui qui te frappe sur une joue ? Est-il possible d’aimer ses ennemis ?

Commentant l’Évangile de la liturgie de ce dimanche, le Pape François remarque que Jésus propose aux disciples quelques indications fondamentales de la vie. « Le Seigneur fait référence aux situations les plus difficiles, celles qui nous mettent à l’épreuve, celles qui nous confrontent à ceux qui sont ennemis et hostiles à notre égard, ceux qui cherchent toujours à nous faire du mal ». Dans de tels cas, l’évêque de Rome exhorte les chrétiens à ne pas céder à l’instinct et à la haine. Il les invite plutôt à se surpasser au point de rendre le bien au mal (cf. Lc 6, 27) en tendant « l’autre joue à celui nous frappe sur une joue ».

Le Souverain pontife reconnaît que l’amour des ennemis que commande Jésus pourrait paraitre, à première vue, impossible et même injuste. Mais, « le Seigneur pourrait-il nous demander des choses impossibles et injustes ? », s’interroge-t-il. « Si cela ne dépendait que de nous, ce serait impossible », répond François. « Lorsque le Seigneur demande une chose, il veut la donner ; quand il me dit d’aimer mes ennemis, il veut me donner la capacité de le faire ». Ainsi, le Seigneur est heureux de nous donner la force d’aimer qui n’est rien d’autre que l’Esprit Saint. Il nous faudrait la lui demander.

Quant au sentiment d’injustice que nous ressentons en « tendant l’autre joue », le Pape en élucide le sens en évoquant le récit de la passion selon l’évangile de Jean. Lors de son procès injuste devant le grand prêtre, Jésus reçoit une gifle d’un des gardes. Sa réplique consiste à demander des comptes : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? ». Par sa question, explique le Souverain pontife, Jésus dénonce ce qui est injuste. Il nous fait comprendre que « tendre l’autre joue ne signifie pas souffrir en silence ni céder à l’injustice ». Seulement, poursuit le Pape, Jésus le fait « sans colère ni violence, plutôt avec gentillesse ; il ne veut pas déclencher une dispute, mais désamorcer la rancœur ».

« La douceur de Jésus est une réponse plus forte que les coups qu’il a reçus. Tendre l’autre joue n’est pas le repli du perdant, mais l’action de celui qui a une plus grande force intérieure, qui vainc le mal par le bien, qui ouvre une brèche dans le cœur de l’ennemi, démasquant l’absurdité de sa haine. L’action n’est pas dictée par le calcul, mais par l’amour », explique le Pape. Ainsi, le Successeur de Pierre suggère que l’amour gratuit que nous recevons de Jésus génère dans nos cœurs une façon de faire semblable à la sienne, qui rejette toute vengeance. Car il est triste, conclut-il, que des personnes et des peuples fiers d’être chrétiens voient les autres comme des ennemis et pensent à se faire la guerre !

“Tendre l’autre joue n’est pas le repli du perdant, mais l’action de celui qui a une plus grande force intérieure, qui vainc le mal par le bien, qui ouvre une brèche dans le cœur de l’ennemi, démasquant l’absurdité de sa haine.”

(Avec V. N.)

Mercredi 16 février 2022

Concluant le cycle de catéchèse sur la figure de saint Joseph, le Pape François a mis en exergue le titre de saint Joseph comme Patron de l’Église Universelle. S’appuyant sur l’Évangile, l’évêque de Rome a expliqué qu’ayant reçu la mission de protéger la famille de Nazareth, Joseph protège également l’Église de laquelle cette dernière est le noyau primordial.

Ce mercredi 16 février 2022, devant de nombreux pèlerins réunis dans la salle Paul VI du Vatican, le Pape François s’est penché sur saint Joseph comme Patron de l’Église Catholique en conclusion du cycle de catéchèses sur la figure de l’époux de la Vierge Marie.

Les Évangiles mettent en scène un Joseph attentif et toujours prompt à faire ce que Dieu lui ordonne de faire, protéger l’Enfant et sa mère. Ainsi Joseph devient le gardien du trésor le plus précieux de notre foi. Et citant sa lettre apostolique Patris Corde sur Saint Joseph, François a invité les fidèles à se demander s’ils défendent de toutes leurs forces, à l’instar de Joseph, « Jésus et Marie qui sont mystérieusement confiés à notre responsabilité, à notre soin, à notre garde ».

Dieu a fait confiance à Joseph en lui confiant la garde du noyau primordial de l’Église. « En ce sens, Joseph ne peut pas ne pas être le Gardien de l’Église, parce que l’Église est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire, et en même temps dans la maternité de l’Église est esquissée la maternité de Marie. Joseph, en continuant de protéger l’Église, continue de protéger l’Enfant et sa mère, et nous aussi en aimant l’Église nous continuons d’aimer l’Enfant et sa mère ».
Joseph, protecteur de tous les nécessiteux

« Chaque personne qui a faim et soif, chaque étranger, chaque personne sans vêtements, chaque malade, chaque prisonnier est l’"Enfant" dont Joseph s’occupe », a déclaré le Pape soulignant que le Christ s’est toujours reconnu en chacun « de ces plus petits » (Mt 25, 40). C’est pourquoi il convient d’invoquer saint Joseph comme protecteur de tous les nécessiteux, les exilés, les affligés, et même les mourants.

Le souverain Pontife a fait remarquer qu’aujourd’hui, il est courant « de critiquer l’Église, de pointer ses incohérences, ses péchés qui sont en réalité nos incohérences, nos péchés, car l’Église a toujours été un peuple de pécheurs qui rencontrent la miséricorde de Dieu. Demandons-nous si, du fond du cœur, nous aimons l’Église », a-t-il exhorté. « En effet, seul l’amour nous rend capables de dire pleinement la vérité, de manière non partisane ; de dire ce qui ne va pas, mais aussi de reconnaître tout le bien et la sainteté qui sont présentes en elle, à commencer précisément par Jésus et Marie. ».

Le Pape François a, par ailleurs, encouragé tous les fidèles à demander l’intercession de saint Joseph surtout dans les moments les plus difficiles de leur vie et de celles de leurs communautés.

« Lorsque nos erreurs deviennent un scandale, demandons à saint Joseph de nous donner le courage de faire la vérité, de demander pardon et de recommencer humblement » a-t-il expliqué. « Là où la persécution empêche l’annonce de l’Évangile, demandons à saint Joseph la force et la patience de savoir supporter les injustices et les souffrances par amour de l’Évangile. Là où les moyens matériels et humains sont rares et nous font faire l’expérience de la pauvreté, surtout lorsque nous sommes appelés à servir les derniers, les sans défense, les orphelins, les malades, les rejetés de la société, prions saint Joseph afin qu’il soit pour nous Providence. », a développé le successeur de Pierre avant de conclure par une prière à saint Joseph lui confiant de manière spéciale, l’Église qui souffre et qui est dans l’épreuve.

(Avec V. N.)

Dimanche 9 février 2022

Lors de la prière de l’angélus place Saint-Pierre, le Pape François a invité les fidèles à approfondir leur relation aux Béatitudes, au cœur de la liturgie de ce dimanche. En apparence paradoxales, elles sont en réalité la « carte d’identité » de tous celles et ceux qui désirent suivre le Christ. François a également appelé tous les fidèles à prier pour la paix en Ukraine.

Les Béatitudes peuvent sembler étranges, parfois même incompréhensibles. Pourtant, elles nous montrent l’identité de celui ou celle qui veut se faire disciple du Christ. « Si nous nous demandons à quoi ressemble un disciple de Jésus, la réponse est précisément les Béatitudes », a affirmé d’emblée François.

La première Béatitude, « Heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous », est la base de toutes les autres pour le Saint-Père. Elle invite chaque disciple à trouver sa joie dans les dons qu’il reçoit quotidiennement de Dieu : « la vie, la création, les frères et sœurs, etc. Et les biens qu’il possède, il est heureux de les partager, car il vit dans la logique de Dieu qui est la gratuité », observe François.
Les Béatitudes enseignent un chemin d’humilité

Cette pauvreté proposée par les Béatitude invite le disciple du Christ à un renversement de paradigme dans sa vie quotidienne. « Le disciple de Jésus ne pense pas posséder la vie, tout connaitre, il sait qu’il doit apprendre chaque jour. C’est donc une personne humble, ouverte, libre de préjugés et de rigidité. » Les Béatitudes apprenent ainsi au disciple du Christ à se remettre en question, et à chercher Dieu humblement chaque jour dans son quotidien.

Celui qui traverse son quotidien en possèdant la vie, au contraire, peut vouloir être à l’écoute du Christ mais ne le suit pas, avertit le Saint-Père. Celui-là alors « devient triste parce que (…) la réalité échappe à ses schémas mentaux et (…) il se retrouve dans l’insatisfaction. »
Entrer dans la logique de Dieu

Concluant la prière de l’angélus, le Saint-Père a insisté sur l’importance de se laisser interpeller par la logique du Christ. A travers les Béatitudes, qui nous apparaissent parfois paradoxales, le disciple de Jésus doit accepter de se laisser bousculer. « Le disciple de Jésus est conscient que ce n’est pas Dieu qui doit entrer dans notre logique, mais nous qui devons entrer dans la sienne. (…) En d’autres termes, un disciple de Jésus accepte le paradoxe des Béatitudes », a affirmé le Saint-Père.

Une fois que nous avons consenti à cette logique de Dieu, « le Seigneur nous révèle le vrai bonheur, qui se trouve souvent là où nous ne pensons pas. (…). » Et François de questionner : « Ai-je la disponibilité du disciple ? Est-ce que je me laisse "désarçonner intérieurement" par le paradoxe des Béatitudes, ou bien est-ce que je reste dans la limite de mes propres idées ? » Au-delà des épreuves et des difficultés, le disciple de Jésus ressentira « la joie du cœur », trait décisif de tous ceux qui décident de suivre le Christ.

En terminant la prière l’angélus, le Pape François a demandé à tous les fidèles de prier pour la paix en Ukraine, plongée dans une situation est « préoccupante ».

À la fin de la prière de l’angélus, dimanche 13 février, le Pape François a invité à prier en silence pour la crise en Ukraine, pays d’Europe de l’Est d’où arrivent des « nouvelles très inquiétantes ». Alors que la tension monte dans le pays, qui craint une invasion russe imminente, la diplomatie s’efforce d’éviter un affrontement armé. Pour Kiev, l’alarmisme américain ne fait que provoquer la panique.

« Les informations en provenance d’Ukraine sont inquiétantes, je confie à l’intercession de la Vierge Marie et à la conscience des responsables politiques tous les efforts pour la paix. Prions en silence. » A l’issue de la prière de l’angélus dominical, place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur la crise en cours dans le pays d’Europe de l’Est et a exprimé ses craintes face à l’aggravation de la situation.

(Avec VG. N.)

Mercredi 9 février 2022

Après avoir dédié la catéchèse du 2 février à la communion des saints, le Pape François consacre celle du 9 février à la figure de Joseph, comme saint patron de la bonne mort. Dans sa méditation, le Successeur de Pierre a insisté, entre autres, sur l’importance des soins palliatifs, et a très fermement dénoncé l’euthanasie et le suicide assisté.

Le Souverain pontife a d’emblée souhaité rappeler que « notre relation avec la mort » ne concerne jamais le passé, mais bien toujours le présent.

« Benoît XVI a dit il y a quelques jours, en parlant de lui-même, qu’il "se tient devant la porte obscure de la mort". Il est beau de remercier le Pape d’avoir cette lucidité, à 95 ans, pour nous dire ceci : " Je suis devant l’obscurité de la mort, la porte obscure de la mort ". C’est un bon conseil qu’il nous a donné, n’est-ce pas ? », a déclaré le Pape.

« La soi-disant culture "du bien-être " tente d’évacuer la réalité de la mort, mais de manière spectaculaire la pandémie de coronavirus l’a remise en évidence », a remarqué François, pensant à toutes les personnes ayant perdu des êtres chers sans pouvoir être près d’eux.
Affronter la peur de la mort plutôt que l’évacuer

Malgré cela, le Pape note que l’on cherche souvent par tous les moyens « d’écarter la pensée de notre finitude », nous illusionnant ainsi « d’enlever à la mort son pouvoir et chasser la peur ». Mais la foi chrétienne n’est pas une façon d’exorciser la peur de la mort, elle nous aide plutôt à l’affronter, a-t-il souligné. La véritable lumière qui éclaire le mystère de la mort, insiste le Saint-Père, vient de la résurrection du Christ.

« Ce n’est que par la foi en la résurrection que nous pouvons regarder l’abîme de la mort sans être submergés par la peur », a ajouté François. Outre cela, nous pouvons aussi « redonner un rôle positif à la mort ». « La réflexion sur la mort, éclairée par le mystère du Christ, nous aide à regarder d’un œil nouveau toute la vie », a-t-il affirmé.

L’évêque de Rome a ainsi mis en garde avec ces quelques paroles : « Je n’ai jamais vu un camion de déménagement derrière un corbillard ! Il ne sert à rien d’accumuler si un jour nous mourrons. Ce que nous devons accumuler, c’est la charité, la capacité de partager, de ne pas rester indifférent aux besoins des autres. Ou encore, à quoi bon se disputer avec un frère, une sœur, un ami, un membre de la famille ou un frère ou une sœur dans la foi si un jour nous mourrons ? Face à la mort, tant de questions sont redimensionnées. C’est bon de mourir réconcilié, sans rancune et sans regret ! »

L’Évangile nous dit que la mort arrive comme un voleur, a rappelé le Pape, et même si nous essayons de contrôler son arrivée, voire de planifier notre propre mort, elle reste un événement avec lequel nous devons compter et devant lequel nous devons aussi faire des choix.

Deux considérations s’imposent alors aux chrétiens. La première est que nous ne pouvons pas éviter la mort, estime le Pape, et c’est précisément pour cette raison que, après avoir fait tout ce qui est humainement possible pour guérir le malade, il est immoral de s’engager dans l’acharnement thérapeutique.

La deuxième considération pointée par François concerne la qualité de la mort elle-même, de la douleur, de la souffrance. En effet, nous devons être reconnaissants pour toute l’aide que la médecine s’efforce d’apporter, afin que, grâce aux "soins palliatifs", toute personne qui s’apprête à vivre la dernière partie de sa vie puisse le faire de la manière la plus humaine possible, a reconnu le Souverain pontife avant de nuancer : « Il faut se garder de confondre cette aide avec des dérives inacceptables vers l’euthanasie. Nous devons accompagner les personnes jusqu’à la mort, mais ne pas la provoquer ni favoriser le suicide assisté ».

« Je rappelle que le droit aux soins et aux traitements pour tous doit toujours être prioritaire, afin que les plus faibles, notamment les personnes âgées et les malades, ne soient jamais écartés. En effet, la vie est un droit, non la mort, celle-ci doit être accueillie, non administrée. Et ce principe éthique concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens ou les croyants », a expliqué le Pape, soulignant « un problème social mais réel ».

« Cette "planification"-je ne sais pas si c’est le bon mot- mais l’accélération de la mort des personnes âgées. Nous constatons souvent, dans une certaine classe sociale, que les personnes âgées, parce qu’elles n’ont pas les moyens, reçoivent moins de médicaments qu’elles n’en auraient besoin, et c’est inhumain : cela ne les aide pas, cela les pousse vers une mort plus rapide. Et cela n’est ni humain ni chrétien. Il faut prendre soin des personnes âgées comme d’un trésor de l’humanité : elles sont notre sagesse. S’il vous plaît, n’isolez pas les personnes âgées, ne précipitez pas la mort des personnes âgées. Caresser une personne âgée suscite la même espérance que de caresser un enfant, car le début de la vie et la fin sont toujours un mystère, un mystère qu’il faut respecter, accompagner, soigner », a développé le Saint-Père, avant de conclure ainsi :

« Que Saint Joseph nous aide à vivre le mystère de la mort de la meilleure manière possible. Pour un chrétien, la bonne mort est une expérience de la miséricorde de Dieu, qui est proche de nous aussi dans ce dernier moment de notre vie. Également dans la prière de l’Ave Maria, nous demandons à la Vierge d’être près de nous "à l’heure de notre mort". C’est précisément pour cette raison que je voudrais terminer en priant ensemble un Ave Maria pour les mourants et pour tous ceux qui vivent un deuil. »

(Avec V. N.)

Dimanche 6 Février 2022

Lors de la prière de l’angélus, le Pape François nous a exhortés à nous laisser guider par Jésus et à prendre le large avec lui car, lorsque nous sommes dans la nuit obscure de notre vie et faisons face à l’insuccès, à l’incapacité et à la déception , c’est alors que Jésus vient dans le vide de notre barque et nous montre une autre direction à prendre.

Commentant l’évangile du cinquième dimanche du Temps Ordinaire, le Saint Père a particulièrement invité à s’arrêter sur deux actions de Jésus : il monte dans la barque vide de Simon Pierre et il l’invite à prendre le large.

Comme Pierre qui a pêché toute la nuit sans rien prendre, nous faisons aussi l’expérience de l’insuccès, de la « nuit des filets vides » et des déceptions, d’engagements importants sans résultats désirés. « Chaque jour, la barque de notre vie quitte les rives de notre maison pour voguer sur la mer des activités quotidiennes ; chaque jour, nous essayons de "pêcher dans la mer", de cultiver des rêves, de poursuivre des projets, de vivre l’amour dans nos relations ». Nous faisons face à un sentiment de défaite, tandis que la déception et l’amertume naissent dans nos cœurs.

C’est en ce moment que Jésus choisit de monter dans notre barque vide, pour proclamer l’Évangile au monde entier. « Cette barque vide, a indiqué le Saint Père, symbole de notre incapacité, devient la "chaire" de Jésus, le pupitre d’où il proclame la Parole ». Il vient dans notre vie quand nous n’avons rien à lui offrir ; il entre dans nos vides et les remplit de sa présence ; il se sert de notre pauvreté pour proclamer sa richesse, de nos misères pour proclamer sa miséricorde.

Jésus, a poursuivi le Pape, n’a pas besoin d’un bateau de croisière, une pauvre barque « déglinguée » lui suffit. Il attend que nous puissions l’accueillir, que nous mettions à sa disposition le peu que nous avons. Notre péché qui nous fait sentir indigne de Lui est une excuse qui ne plait pas au Seigneur, car elle l’éloigne de nous, alors que Lui se veut proche : « Il est le Dieu de la proximité : il ne cherche pas le perfectionnisme, mais l’accueil », Il veut monter dans notre barque vide telle qu’elle est, a insisté François.

Par le fait d’être monté sur sa barque et d’y avoir prêché, Jésus a reconstruit la confiance de Pierre, a déclaré le Pape François, en parlant de la deuxième action. A son tour, Pierre fait confiance en « prenant le large » et en jetant les filets, en s’appuyant non pas sur les techniques des pêcheurs qu’il connaissait bien, mais sur la nouveauté de Jésus. Si nous accueillons Jésus sur notre barque, nous pouvons nous aussi naviguer sur la mer de la vie sans crainte, sans céder à la déception lorsque nous n’attrapons rien, et sans céder au « il n’y a plus rien à faire », a exhorté le Saint Père.

Le Pape a terminé son exhortation en invitant à chasser le pessimisme, la méfiance et à prendre le large avec Jésus, qui nous ouvre des nouvelles possibilités, afin de participer à la pêche miraculeuse avec Lui. « Toujours, dans la vie personnelle comme dans la vie de l’Église et de la société, il y a quelque chose de beau et de courageux que l’on peut faire. Nous pouvons toujours recommencer, le Seigneur nous invite toujours à nous remettre en jeu car il ouvre des nouvelles possibilités. Acceptons donc l’invitation : chassons le pessimisme et la méfiance et prenons le large avec Jésus ! Même notre petite barque vide participera à une pêche miraculeuse ».

Mercredi 2 février

En la fête de la Présentation de Jésus au Temple, , le Souverain Pontife argentin a dédié sa catéchèse à la communion des saints, lors de l’audience générale en salle Paul VI du Vatican. Le Pape a rappelé ainsi combien chaque membre de l’Église est lié de manière profonde, que ce soit sur terre ou au ciel.

S’appuyant sur la prière et la dévotion mises en valeur par saint Joseph auquel le Pape consacre ses dernières catéchèses, l’évêque de Rome a détaillé sur « cet article de foi important » qui enrichit la vie chrétienne : la communion des saints.

« Parfois, même le christianisme peut tomber dans des formes de dévotion qui semblent refléter une mentalité plus païenne que chrétienne. La différence fondamentale est que notre prière et la dévotion des fidèles ne se fondent pas sur la confiance en un être humain, ou en une image ou un objet, même si nous savons qu’ils sont sacrés », a soutenu le Successeur de Pierre.

En effet, même lorsque nous comptons pleinement sur l’intercession d’un saint, rappelle François, notre confiance n’a de valeur que par rapport au Christ. Ce lien qui nous unit à lui et les uns aux autres porte le nom spécifique de « communion des saints ». « Ce ne sont pas les saints qui font des miracles, mais seulement la grâce de Dieu qui agit à travers eux. »

Qu’est-ce donc que la communion des saints ?, s’interroge le Saint-Père. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme : « La communion des saints est précisément l’Église » (n° 946). Le Pape répond : « Qu’est-ce que cela signifie ? Que l’Église est réservée aux parfaits ? Non. Cela signifie qu’il s’agit de la communauté des pécheurs sauvés. Notre sainteté est le fruit de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ, qui nous sanctifie en nous aimant dans notre misère et en nous en sauvant. »

Ainsi le Souverain Pontife fait remarquer que la joie et la tristesse qui affectent tout un chacun, affectent tout le monde, tout comme « la joie et la tristesse qui affectent la vie du frère et de la sœur à côté de nous m’affectent également », précise-t-il.

Dans ce sens, même le péché d’une personne individuelle affecte toujours tout le monde, et l’amour de chaque personne individuelle affecte tout le monde.

En vertu de la communion des saints, chaque membre de l’Église est donc lié d’une manière profonde, « et ce lien est si fort qu’il ne peut être rompu même par la mort », ajoute le Pape, notant que communion des saints ne concerne pas seulement les frères et sœurs encore en vie, mais aussi « ceux qui ont achevé leur pèlerinage terrestre et franchi le seuil de la mort ». « La communion des saints maintient ensemble la communauté des croyants sur terre et au ciel ».

Les saints sont des amis avec lesquels nous établissons très souvent des relations amicales, observe le Pape, rappelant que ce que nous appelons dévotion est en fait « une façon d’exprimer l’amour à partir de ce lien même qui nous unit ».

Et François de poursuivre : « C’est toujours grâce à la communion des saints que nous sentons près de nous les saints et les saintes qui sont nos patrons, par le nom que nous portons, par l’Église à laquelle nous appartenons, par le lieu où nous vivons, etc. Et cette confiance doit toujours nous animer lorsque nous nous tournons vers eux aux moments décisifs de notre vie. » L’évêque de Rome a aussi insisté sur le fait que la communion des saints n’était ni une chose magique, ni une superstition : « Elle est simplement une conversation avec un frère ou une sœur devant Dieu, qui a parcouru une vie juste, sainte, une vie de modèle. »

Le Saint-Père a conclu sa catéchèse par une prière à saint Joseph, à laquelle il est « particulièrement attaché », la récitant chaque jour depuis de nombreuses années :

« Glorieux Patriarche saint Joseph dont la puissance sait rendre possibles les choses impossibles, viens à mon aide en ces moments d’angoisse et de difficulté. Prends sous ta protection les situations si graves et difficiles que je te recommande, afin qu’elles aient une heureuse issue. Mon bien-aimé Père, toute ma confiance est en toi. Qu’il ne soit pas dit que je t’ai invoqué en vain, et puisque tu peux tout auprès de Jésus et de Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir. Amen. »

(Avec V. N.)

Dimanche 30 janvier

"Le chrétien accueille-t-il le Seigneur dans sa réalité quotidienne, avec un cœur simple et ouvert ou bien pense-t-il tout connaitre du Christ et reste-il fermé à tout changement ?" C’est la question posée par le Pape François, juste avant la prière de l’Angélus de ce dimanche, aux fidèles réunis Place Saint-Pierre.

Comme chaque semaine, François est revenu sur l’Évangile de ce dimanche, qui relate la première prédication de Jésus à Nazareth, le village où il a grandi. Mais au lieu de rencontrer l’approbation des siens, il ne trouve qu’incompréhension, hostilité et rejet. Et pour cause : les concitoyens de Jésus s’attendaient à le voir accomplir des miracles et des prodiges, mais le Christ n’en fait rien. « Aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays », affirme-t-il devant eux.

En fait, le Christ s’attendait à cet échec, « il savait le risque qu’il prenait ». Mais alors « pourquoi va-t-il quand même dans sa ville ? Pourquoi faire du bien à des gens qui ne sont pas prêts à vous accepter ? », peut-on se demander. Pour le Pape, ces interrogations « aident à mieux comprendre Dieu » : « face à nos fermetures, il ne recule pas, il ne freine pas son amour », tout comme des parents continuent à aimer leurs enfants et à leur faire du bien, malgré leur ingratitude. Dieu est ainsi, « mais à un niveau bien plus élevé », nous invitant à croire au bien et à ne rien négliger pour le faire.

L’hostilité des habitants de Nazareth renvoie le chrétien d’aujourd’hui à son esprit d’accueil, remarque ensuite le Pape, qui pointe là l’autre enseignement de cet épisode amer des Évangiles. Pour le comprendre, il faut se référer aux deux modèles d’accueil que le Christ lui-même propose : la veuve de Sarepta et Naaman le Syrien. La première accueille le prophète Élie, le second, le prophète Élisée, et cela, dans des circonstances difficiles ; mais tous deux, loin de toute rigidité, se montrent dociles aux voies du Seigneur. Ainsi, « la foi passe par la disponibilité et l’humilité », en déduit le Pape.

A la suite des prophètes, le Christ « ne se présente pas comme on l’attendrait ». Ceux qui s’attachent à des signes extérieurs et puissants, à des « sensations nouvelles » ne le trouvent pas, au contraire de ceux « qui acceptent ses chemins et ses défis, sans se lamenter, sans soupçon, sans critique, ni grimace ». Le Christ demande à chacun de l’accueillir dans sa réalité quotidienne, dans l’Église d’aujourd’hui, dans ceux qui sont proches et ceux qui sont dans le besoin.

Pour le Pape, chaque fidèle devrait s’interroger : « sommes-nous accueillants, ou ressemblons-nous aux compatriotes (de Jésus), qui pensaient tout savoir de lui ? Peut-être qu’après tant d’années comme croyants, nous pensons bien connaitre le Seigneur, avec nos idées et nos jugements. Le risque est que nous nous habituions à Jésus, que nous nous fermions à ses innovations, figés sur nos positions », à rebours de ce que le Seigneur attend de nous : un « esprit ouvert et un cœur simple ».

Après l’Angélus, le Pape a présenté ses vœux aux peuples qui fêtent le nouvel an lunaire ou « fête du printemps ». L’évêque de Rome dit espérer que ces festivités puissent renforcer les liens de paix entre les peuples, en vue de parvenir à la prospérité matérielle et spirituelle.

« Que la nouvelle année apporte à tous la paix, la santé et une vie sereine et sûre » : c’est le souhait exprimé par le Pape après la prière mariale de l’Angélus ce dimanche 30 janvier, rappelant que le nouvel an lunaire est célébré le 1er février en Extrême-Orient, ainsi que dans diverses parties du monde.

François a souligné la beauté qui se crée « lorsque les familles trouvent l’occasion de se réunir et de vivre des moments d’amour et de joie ». Et d’ajouter : « de nombreuses familles ne pourront malheureusement pas se réunir cette année en raison de la pandémie. J’espère que nous serons bientôt en mesure de surmonter cette épreuve ». « Que, grâce à la bonne volonté des individus et à la solidarité des peuples, la famille humaine tout entière puisse atteindre avec un dynamisme renouvelé des objectifs de prospérité matérielle et spirituelle », a-t-il conclu.

Le Tet, le nouvel an lunaire, célébré le 1er février, marque le début de l’année du tigre. C’est la fête traditionnelle la plus importante pour le Vietnam, mais aussi pour la Chine, la Mongolie et la Corée. Sa date change chaque année, mais elle se situe toujours entre le 21 janvier et le 20 février. Le nom chinois du nouvel an est 春节 (Chūn Jié), qui se traduit par “Fête du printemps”, également célébrée en Malaisie, à Singapour et aux Philippines. Les célébrations durent 16 jours, de la veille du nouvel an au festival des lanternes.

C’est l’occasion pour de nombreuses organisations sociales et religieuses de partager nourriture et argent aux pauvres, dans une atmosphère de convivialité. Une attention particulière est portée aux personnes vulnérables, âgées et seules, aux sans-abris, aux malades. Dans les paroisses et diocèses catholiques du Vietnam, par exemple, le nouvel an lunaire, associé à la foi en Christ, revêt un caractère particulier. Selon la tradition vietnamienne, la fête du Tet est l’occasion de rendre visite aux amis et aux parents. Comme le rapporte l’agence Fides - lors d’une rencontre avec des dignitaires de différentes religions dans la ville de Danang le 24 janvier - le président du Comité populaire de Danang a exprimé ses sincères remerciements aux organisations chrétiennes pour leur contribution dans un moment difficile à cause du Covid-19.

Pour les catholiques de ce pays asiatique, le nouvel an lunaire est comme une extension de l’esprit de la période de Noël, au cours de laquelle les responsables civils et religieux non chrétiens se rendent dans les évêchés et les paroisses pour présenter leurs meilleurs vœux aux fidèles. Les autorités civiles ont souligné à plusieurs reprises que la pleine participation des catholiques à la vie sociale de la nation contribue au bien-être collectif du pays.

(Avec V. N.)

Mercredi 26 janvier 2022

En poursuivant sa catéchèse sur la figure de saint Joseph lors de l’audience générale de ce matin, le Pape François est revenu sur les songes qui l’ont averti, « le songe symbolise la vie spirituelle de chacun d’entre nous ». Il en a également profité pour rappeler les difficultés des parents face à celles de leurs enfants, invitant à la prière pour surmonter les épreuves.

La figure de saint Joseph comme un homme qui songe. C’est le thème de la catéchèse du Pape François livrée en salle Paul VI devant la foule de pèlerins. « Le songe symbolise la vie spirituelle de chacun de nous, cet espace intérieur que chacun est appelé à cultiver et à garder, où Dieu se manifeste et souvent nous parle », a d’abord clarifié François, avant de préciser que d’autres voix se trouvaient également en chacun d’entre nous, comme celles des peurs, des expériences passées, des espoirs et du malin. Comme Joseph, il faut donc apprendre à reconnaitre la voix de Dieu parmi les autres voix.

Dans le premier rêve, l’ange aide Joseph à résoudre le drame qui l’assaille lorsqu’il apprend la grossesse de Marie, a d’abord détaillé François : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » La réponse de Joseph fut immédiate, quand il se réveilla, il fit ce que l’ange lui avait prescrit.

Le deuxième songe révélateur de Joseph survient lorsque la vie de l’enfant Jésus est en danger, a continué François, avec un message clair, « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » (Mt 2, 13). De nouveau, Joseph obéit sans hésiter. Dans la vie, a expliqué François, chacun est confronté à des dangers qui menacent son existence ou celle de ses proches, « Dans ces situations, prier signifie écouter la voix qui peut faire naître en nous le même courage que Joseph, pour affronter les difficultés sans succomber. »

En Égypte, Joseph attendit un signe de Dieu pour pouvoir rentrer chez lui, et c’est le contenu du troisième songe, « Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël. » (v. 21). Des projets précisés par la quatrième révélation, « Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth » (v. 22-23). Ainsi, a poursuivi le Souverain Pontife, la peur fait partie de nos vies et nécessite la prière, car cette peur ne doit pas être le critère de nos décisions, « le pouvoir de la prière apporte la lumière dans des situations d’obscurité. »

L’évêque de Rome a dit penser à « tant de personnes qui sont écrasées par le poids de la vie et ne peuvent plus espérer ni prier », espérant que saint Joseph les aidera à s’ouvrir au dialogue avec Dieu. Cependant, a rappelé François, la prière « n’est jamais un geste abstrait ou intimiste ; elle est toujours indissolublement liée à la charité. »

Enfin, François a tenu à parler aux parents qui traversent des épreuves avec leurs enfants. « Des enfants atteints de nombreuses maladies, des enfants qui sont malades, même avec des maladies permanentes. Combien de douleur il y a. », avant de continuer, « Les parents qui constatent des orientations sexuelles différentes chez leurs enfants ; comment faire face à cela et accompagner leurs enfants et ne pas se réfugier dans une attitude condamnatoire », a-t-il dit. Il ne faut jamais condamner un enfant, a conclu François, se souvenant avec tendresse des mères venant rendre visite à leurs progénitures dans une prison de Buenos Aires.

Ce mercredi 26 janvier se tient par ailleurs la journée de prière pour la paix en Ukraine convoquée par le Pape François dimanche dernier. À la fin de l’audience générale, François est revenu sur le sort des Ukrainiens : « Demandons avec insistance au Seigneur que cette terre puisse voir fleurir la fraternité et surmonter les blessures, les peurs et les divisions. » Évoquant les souffrances du peuple ukrainien liées à la Seconde Guerre mondiale, le Saint-Père a rappelé que plus de cinq millions de personnes ont été anéanties pendant la guerre : « C’est un peuple qui souffre qui mérite la paix ».

(Avec V. N.)

Dimanche 23 janvier 2022

Lors de l’audience de l’angélus, revenant sur l’Evangile de ce jour, le Pape s’est attardé sur la signification de la "Parole de Dieu". Cette parole s’accomplit aujourd’hui dans la vie de chacun d’entre nous.

Dans l’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui, nous voyons Jésus se rendre à Nazareth et participer à la prière dans la synagogue. Au début de sa prédication, le Christ énonce : « Aujourd’hui, cette Écriture est accomplie ». Des mots sur lesquels le Saint-Père est revenu, lors de la prière de l’Angélus.

La prophétie d’Isaïe remonte à des siècles, mais Jésus, par la puissance de l’Esprit la rend pertinente et l’accomplit. « Prononcée par le Seigneur, cette parole indique un "aujourd’hui" qui traverse tous les âges et reste toujours valable », explique le Saint-Père. À l’image des mots du Christ, nos prédications doivent toujours être accompagnées de l’Esprit Saint. Sans cela, la prédication appauvrit la Parole de Dieu, peut tendre au moralisme ou être trop abstraite.

« La prédication présente l’Évangile avec détachement, comme s’il était hors du temps, loin de la réalité. Mais une parole dans laquelle ne palpite pas la force de l’aujourd’hui n’est pas digne de Jésus et n’aide pas la vie des gens », insiste le Pape François. Au contraire, chaque parole publique du Christ est, elle, « remplie de sens » par la puissance de l’Esprit.

La Parole de Dieu doit être aussi le phare qui guide le chemin synodal, qui vient de débuter dans toute l’Église, a relevé le Pape François. « En nous efforçant de nous écouter les uns les autres, avec attention et discernement, écoutons ensemble la Parole de Dieu et l’Esprit Saint. Que la Vierge Marie nous obtienne la constance de nous nourrir de l’Évangile chaque jour. », a-t-il demandé.

La Parole de Dieu, en effet, est là pour nous changer. Elle illumine notre quotidien, nous réconforte et met en ordre notre vie. Elle transforme enfin un jour ordinaire en un aujourd’hui dans lequel Dieu peut nous parler.

Le Saint-Père propose ainsi de nous familiariser davantage avec les Saintes Ecritures, en lisant chaque jour un court passage de l’Evangile de Luc. « Avec le temps, nous découvrirons que ces paroles sont faites spécialement pour nous, pour notre vie. Elles nous aideront à accueillir chaque jour avec un regard meilleur, plus serein, parce que lorsque l’Évangile entre dans le monde d’aujourd’hui, il le remplit de Dieu. », a-t-il conclu devant la foule des fidèles, place Saint-Pierre.

A l’issue de la prière de l’Angélus dominical, le Pape François a de nouveau fait part de ses préoccupations devant la dégradation des conditions sécuritaires à la frontière russo-ukrianienne. « Je suis avec inquiétude la montée des tensions qui risquent de porter un nouveau coup à la paix en Ukraine et de remettre en cause la sécurité du continent européen, avec des répercussions encore plus larges » a expliqué François.

Le Pape a par conséquent souhaité lancer « un appel sincère à toutes les personnes de bonne volonté pour qu’elles prient le Dieu tout-puissant afin que toutes les actions et initiatives politiques servent la fraternité humaine plutôt que les intérêts partisans ». « Ceux qui poursuivent leurs propres objectifs au détriment des autres méprisent leur propre vocation d’être humain, car nous avons tous été créés frères » a t-il poursuivi.

« Pour cette raison et avec inquiétude, compte tenu des tensions actuelles, je propose que le mercredi 26 janvier prochain soit une journée de prière pour la paix » a ainsi annoncé le Pape. La situation dans l’Est de l’Ukraine est depuis plusieurs semaines l’objet d’un bras de fer entre la Russie et les pays occidentaux. Moscou a massé des troupes à la frontière avec l’Ukraine et est accusé de vouloir envahir son voisin, ce que dément catégoriquement Moscou. Les récents pourparlers diplomatiques entre les Etats-Unis et la Russie sur la question ukrainienne se sont tous soldés par un échec.

(Avec V. N.)

Mercredi 19 Janvier 2022

Lors de l’audience générale, le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la figure de Saint Joseph , s’arrêtant en particulier sur le « père de tendresse ». « Cela nous fait du bien de nous refléter dans la paternité de Joseph », a expliqué le Saint-Père.

Le Pape a poursuivi mercredi matin son cycle de catéchèse autour de la figure de Saint Joseph, revenant sur le « père de tendresse ». Une caractéristique qu’il avait déjà développée dans sa lettre apostolique Patris Corde. « Même si les Évangiles ne nous donnent aucun détail sur la manière dont il a exercé sa paternité, nous pouvons être sûrs que le fait qu’il soit un homme "juste" s’est également traduit dans l’éducation donnée à Jésus », a t-il expliqué. Comme le Seigneur le fit avec Israël, Joseph a appris à Jésus lui « à marcher en le tenant par la main ; il était pour lui comme un père qui soulève un nourrisson tout contre sa joue ; il se penchait vers lui pour le nourrir ».

De nombreuses paraboles ont comme protagoniste la figure du père, a rappelé le Pape, l’une des plus célèbre étant certainement celle du Père miséricordieux, racontée par l’évangéliste Luc (cf. Lc 15, 11-32). Une parabole qui met l’accent sur la manière dont le pardon atteint la personne qui a commis une faute. « Le fils s’attendait à une punition, une justice qui, tout au plus, aurait pu lui donner la place d’un des serviteurs, mais il se retrouve enveloppé dans l’étreinte de son père. La tendresse est quelque chose de plus grand que la logique du monde », a souligné François. « Il y a une grande tendresse dans l’expérience de l’amour de Dieu. Et c’est beau de penser que la première personne à transmettre cette réalité à Jésus a été Joseph lui-même ».

« C’est pourquoi nous ne devons jamais oublier que Dieu n’est pas effrayé par nos péchés, nos erreurs, nos chutes, mais il est effrayé par la fermeture de notre cœur, par notre manque de foi en son amour » a poursuivi le Saint-Père. François a ainsi invité à se demander « si nous avons nous-mêmes fait l’expérience de cette tendresse, et si nous en sommes devenus à notre tour les témoins ». La tendresse n’est pas avant tout une affaire d’émotion ou de sentiment mais « l’expérience de se sentir aimé et accueilli précisément dans notre pauvreté et notre misère, et ainsi transformé par l’amour de Dieu ».

Dieu compte sur notre faiblesse rachetée, a poursuivi le Pape, comme Saint-Paul l’écrivit aux habitants de Corinthe : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Cor 12, 7-9). Ainsi, l’expérience de la tendresse consiste à voir la puissance de Dieu traverser précisément ce qui nous rend les plus fragiles. « La tendresse est le meilleur moyen de toucher ce qui est fragile en nous. [...] C’est pourquoi il est important de rencontrer la Miséricorde de Dieu, notamment dans le Sacrement de la Réconciliation, en faisant une expérience de vérité et de tendresse ».

François a encore expliqué que cela nous faisait du bien « de nous refléter dans la paternité de Joseph et de nous demander si nous permettons au Seigneur de nous aimer avec sa tendresse, transformant chacun de nous en hommes et en femmes capables d’aimer de cette manière ». Il a appelé de nouveau de ses vœux à une « révolution de la tendresse », sans laquelle nous risquons de rester emprisonnés. Le Pape a conclu son audience en invitant les fidèles à prier pour « nos frères et soeurs qui sont en prison. Il est juste que qui a commis une faute paie pour son erreur, mais il est encore plus juste que qui a commis une faute puisse se racheter de son erreur ».

(Avec V. N.)

Dimanche 16 Janvier 2022

Lors de l’audience de l’angélus, revenant sur l’Évangile du jour, celui des noces de Cana (Jn 2, 1-11), le Pape s’est arrêté sur la signification du « signe » selon les Saintes Écritures : un indice « qui révèle l’amour de Dieu », lequel agit toujours avec tendresse et dans la discrétion.

Il est intéressant de noter que pour Cana, l’évangéliste Jean ne parle pas de « miracle », mais bien de « signe », qui « suscite la foi des apôtres ». Le signe peut ainsi se concevoir comme un « indice qui révèle l’amour de Dieu, qui n’attire pas l’attention sur la puissance du geste, mais sur l’amour qui l’a provoqué ». Celui que narre aujourd’hui l’Évangile se produit donc à Cana, lors d’un mariage qui risque d’être gâché par le manque de vin, « élément essentiel » à la fête. La Vierge Marie s’en aperçoit et en fait part à Jésus, qui intervient « sans clameur, presque sans se montrer », « en coulisses ». Car c’est ainsi que Dieu agit, avec proximité et dans la discrétion, souligne le Pape. Quant aux disciples, ils constatent que, grâce au Seigneur, les noces sont encore plus belles. « Ainsi la semence de la foi commence à se développer en eux, c’est-à-dire qu’ils croient que Dieu, l’amour de Dieu, est présent en Jésus ».

Le premier signe accompli par le Christ n’est pas « une guérison spectaculaire ou un miracle dans le temple de Jérusalem, mais un geste qui répond à un besoin simple et concret de gens ordinaires », pointe ensuite l’évêque de Rome. C’est là le mode d’action privilégié de Dieu, « et si nous l’interpellons, Il est prêt à nous aider, à nous relever ».

Habituellement, le vin donné à la fin d’une fête était le moins bon, le plus dilué, fait encore observer le Pape, pour qui le second trait distinctif de Cana tient précisément à ce fait : Jésus, lui, veille à ce que le festin se termine avec le bon vin. « Cela nous dit que Dieu veut le meilleur pour nous, Il veut que nous soyons heureux », sans fixer de limites ou de conditions. « Dans le signe de Jésus, il n’y a pas de place pour les arrière-pensées, pour des exigences envers le couple. Non, la joie que Jésus laisse dans nos cœurs est pleine et désintéressée. Cette joie n’est jamais diluée ! », s’exclame François.

Et de conclure en invitant les fidèles, réunis Place Saint-Pierre sous un radieux soleil, de rechercher dans leurs souvenirs tous les signes que Dieu a accomplis dans leur vie « pour nous montrer qu’Il nous aime ». « Demandons-nous : avec quels signes, discrets et attentionnés, m’a-t-il fait sentir sa tendresse ? Comment ai-je découvert sa proximité et ai-je ressenti une grande joie dans mon cœur ? ». Le Pape appelle enfin à relire ces moments sous le regard de la Vierge Marie, pour qu’elle « aide à garder précieusement les signes de Dieu dans nos vies ».

Au terme de la prière de l’angélus prononcée ce dimanche 16 janvier, François s’est dit proche de la population brésilienne, en proie à des inondations meurtrières ces dernières semaines. Sur place, la Caritas s’organise pour répondre aux besoins.

« J’exprime ma proximité avec les personnes touchées par les fortes pluies et les inondations survenues dans diverses régions du Brésil ces dernières semaines, a assuré l’évêque de Rome ce dimanche 16 janvier. Je prie en particulier pour les victimes et leurs familles, et pour ceux qui ont perdu leur maison. Que Dieu soutienne les efforts de ceux qui portent secours », a-t-il demandé depuis la fenêtre du Palais apostolique.

En ce début d’année, le Brésil a connu d’intenses précipitations. Plus de 10 États, du nord au sud du pays, ont été touchés par des inondations. Environ 270 personnes sont mortes et des milliers d’autres sont désormais déplacées.

Au moins 25 personnes ont perdu la vie dans l’État du Minas Gerais, dans le sud-est. C’est là que l’effondrement d’un barrage à Brumadinho, le 25 janvier 2019, avait fait 270 morts. Suite aux intempéries, on craint désormais pour l’étanchéité de 42 barrages du pays, dont celui d’Usina de Carioca, près de Parà de Minas : plus de 100 000 personnes ont été alertées. Dans l’État de Bahia, au nord-est du Brésil, 25 personnes sont décédées à cause des intempéries. De nombreuses communautés indigènes ont également été touchées.

Cette catastrophe naturelle vient s’ajouter à la pandémie de Covid-19, qui a fait jusqu’à présent plus de 620 000 victimes.

Face aux besoins de la population, la mobilisation internationale commence à s’organiser. Caritas internationalis coordonne l’aide en collaboration avec Caritas Brésil. Les États-Unis et l’Union européenne ont également fourni une première assistance.

Le président de l’épiscopat brésilien, Mgr Walmor Oliveira de Azevedo, archevêque de Belo Horizonte, s’est rendu dans le Minas Gerais auprès des victimes des inondations, comme l’a annoncé la Conférence épiscopale dans un communiqué publié le 12 janvier dernier.

(Avec V. N.)

Mercredi 12 Janvier 2022

Pour la septième étape de sa série de catéchèses sur saint Joseph, lors de l’audience générale tenue en Salle Paul-VI, le Pape François est revenu sur la figure inspirante que le père adoptif de Jésus représente pour les travailleurs, et particulièrement les ouvriers et artisans, qui peuvent tracer un chemin de sainteté à travers le soin donné à leur travail.

« Jésus adolescent a appris de son père ce métier » de charpentier, un service important dans la société de l’époque, car le bois servait à construire des meubles et des barques mais aussi parfois des habitations. Mais cette filiation dans l’artisanat du bois, et donc dans un travail manuel, retirait toute légitimité intellectuelle à Jésus, du point de vue des autorités religieuses. Dans le 13e chapitre de l’Évangile selon saint Matthieu, certains témoins de sa prédication se demandent « d’où lui viennent cette sagesse et ces prodiges ». Ils sont choqués, scandalisés, car « il était le fils du charpentier mais il parlait comme un docteur de la loi ».

« Cette donnée biographique de Joseph et de Jésus me fait penser à tous les travailleurs du monde, d’une façon particulière à ceux qui sont exploités avec le travail au noir », a expliqué le Pape François, rendant hommage aux enfants exploités, aux chiffonniers, aux employés des mines et de certaines usines qui « donnent un salaire de contrebande, en cachette, sans retraite, sans rien », s’est-il alarmé. Il a aussi dénoncé les nombreux accidents du travail qui ont marqué l’actualité récente, notamment en Italie.

Le Pape argentin s’est aussi attristé de l’humiliation de ceux qui ne trouvent pas travail, qui sont rejetés à la porte des usines et se trouvent réduits à quémander du pain à la Caritas. « Les gouvernants doivent donner à tous la possibilité de gagner le pain » car le travail est « une onction de dignité », a redit l’évêque de Rome. Avec gravité, évoquant la détresse des jeunes, des pères et des mères qui en viennent à se suicider en raison de leur incapacité à trouver un travail et à nourrir leurs familles, le Pape François a invité les pèlerins rassemblés à se tenir un instant en silence.

« On ne tient pas suffisamment compte du fait que le travail est une composante essentielle dans la vie humaine, et aussi un chemin de sanctification ». Le Pape François, qui a lui-même exercé plusieurs professions en Argentine avant de devenir prêtre (il fut notamment professeur de lettres, technicien de laboratoire et même videur de boîte de nuit), a rappelé que travailler permet d’œuvrer concrètement au service des autres et de faire en sorte que la vie spirituelle ne devienne pas un simple « spiritualisme ». Mais ce service ne peut être assumé que s’il est vécu dans un cadre sain, officiel et régulé, afin d’exprimer sereinement notre « nature relationnelle » et notre « créativité ».

« Il est beau de penser que Jésus lui-même a travaillé et qu’il a appris cet art justement de saint Joseph. Nous devons aujourd’hui nous demander ce que nous pouvons faire pour retrouver la valeur du travail », et faire en sorte qu’il échappe « à la logique du pur profit et puisse être vécu comme comme droit et devoir fondamental de la personne, qui exprime et assoit sa dignité ».

Comme il en a pris l’habitude depuis le début de son cycle de catéchèses sur saint Joseph, le Pape a conclu sa catéchèse en récitant une prière, que saint Paul VI avait prononcé le 1er mai 1969.

« Ô saint Joseph, Patron de l’Église toi qui, auprès du Verbe incarné, as travaillé chaque jour pour gagner le pain, en tirant de Lui la force de vivre et de se fatiguer ; toi qui as éprouvé l’angoisse du lendemain, l’amertume de la pauvreté, la précarité du travail.

Toi qui irradies aujourd’hui par l’exemple de ta figure, humble devant les hommes mais très grande devant Dieu, protège les travailleurs dans leur dure existence quotidienne, défend-les du découragement, de la révolte nihiliste comme des tentations de l’hédonisme ; et prends soin de la paix dans le monde, cette paix qui seule peut garantir le développement des peuples. Amen. »

(Avec V. N.)

Dimanche 9 Janvier 2022

Après la célébration de la messe de la fête du Baptême du Seigneur, lors de laquelle il a baptisé 16 bébés dans la chapelle Sixtine, le pape François a récité la prière de l’angélus depuis la fenêtre du palais apostolique. Il a invité la foule de pèlerins à réfléchir sur la façon dont ils prient.

Commentant l’évangile du jour, « comme Jésus priait, après avoir été baptisé, le ciel s’ouvrit » (Lc 3, 15-16.21-22), devant une foule de pèlerins ayant bravé le froid qui s’est abattu sur Rome ce dimanche 9 janvier, le Saint-Père est revenu sur la scène par laquelle commence la vie publique de Jésus : « Lui, qui est le Fils de Dieu et le Messie, se rend sur les rives du Jourdain et se fait baptiser par Jean le Baptiste ».

Après une trentaine d’années de vie cachée, « Jésus ne se montre pas avec quelques miracles ou en prenant une chaise pour enseigner. Il s’aligne avec les pécheurs qui allaient être baptisés par Jean ». Il partage alors le sort des pécheurs, a commenté le Pape François, et « descend jusqu’à nous : il descend au fleuve comme dans l’histoire blessée de l’humanité, il plonge dans nos eaux pour les guérir. Il ne s’élève pas au-dessus de nous, mais descend vers nous. » « Il n’y va pas seul, ni avec un groupe d’élus privilégiés. Non : il va avec le peuple. Il appartient à ce peuple et il va avec le peuple pour être baptisé avec ce peuple humble. »

Arrêtons-nous sur un point important, a invité l’évêque de Rome. « Au moment où Jésus reçoit le baptême, le texte dit qu’"il priait" (Lc 3,21). Il est bon pour nous de contempler ceci : Jésus prie. » Mais comment prie-t-il, a questionné le Pape François, avant d’expliquer que « Jésus - les évangiles le répètent à plusieurs reprises - passe beaucoup de temps en prière : au début de chaque journée, souvent la nuit, avant de prendre des décisions importantes... Sa prière est un dialogue vivant, une relation avec le Père ».

Cette manière de prier est une grande leçon, a continué le Souverain pontife. « Nous sommes tous plongés dans les problèmes de la vie et dans de nombreuses situations complexes, appelés à affronter des moments difficiles et des choix qui nous tirent vers le bas », « mais, si nous ne voulons pas être écrasés, nous devons tout soulever vers le haut ». Ainsi, la prière n’est pas « une échappatoire », un « rituel magique ou une répétition de chants appris par cœur. »

Comme l’a expliqué le Saint-Père, « prier est le moyen de laisser Dieu agir en nous, de saisir ce qu’Il veut nous communiquer même dans les situations les plus difficiles, d’avoir la force de continuer. » Ainsi, « la prière est la clé qui ouvre le cœur au Seigneur. C’est le dialogue avec Dieu, c’est l’écoute de sa Parole, c’est l’adoration : rester en silence et lui confier ce que nous vivons. Et parfois, c’est aussi crier vers Lui comme Job, se défouler sur Lui ».

La prière donne « de l’oxygène à la vie, un espace de respiration même au milieu de l’angoisse, et nous fait voir les choses plus largement », a ensuite détaillé le Pape. « Surtout, elle nous permet de faire la même expérience que Jésus au Jourdain : nous nous sentons des enfants aimés du Père ». Il est important de se rappeler notre date de baptême, a répété François, invitant ceux qui avaient un doute sur cette date à demander à leurs proches.

Enfin, l’évêque de Rome a exhorté chacun à se demander « comment va ma prière ? Est-ce que je prie par habitude, sans le vouloir, en récitant simplement des formules ? Ou est-ce que je cultive l’intimité avec Dieu, je dialogue avec lui, j’écoute sa Parole ? » Cette prière ne doit pas être négligée, a-t-il conclu.

Après la prière de l’angélus, le Pape François a évoqué dans ses saluts aux fidèles le Kazakhstan et confié sa préoccupation après la répression de manifestations cette semaine. Il espère que l’harmonie sociale sera retrouvée grâce au dialogue.

« J’ai appris avec douleur qu’il y a eu des victimes durant les protestations qui ont éclaté ces derniers jours au Kazakhstan » a déclaré le Pape François après avoir récité depuis la fenêtre des appartements du palais apostolique la prière de l’angélus, en ce dimanche, fête du Baptême du Seigneur. « Je prie pour elles et pour leurs proches, et je souhaite que l’harmonie sociale soit retrouvée le plus vite possible au travers du dialogue, de la justice et du bien commun. Je confie le peuple kazakh à la protection de la Vierge, Reine de la Paix d’Ozernoïe », un important centre de pèlerinage marial dans le pays.

Le Saint-Père a fait référence aux émeutes qui ont fait au moins 164 morts, dont 103 dans la capitale économique, Almaty, selon un bilan provisoire communiqué ce dimanche par le ministère kazakh de la Santé. Un bilan précédent faisait état de 26 morts et de deux mille blessés.

Ces chiffres montrent la violence des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre qui poursuivaient leurs opérations de répression avec l’arrestation au total de près de 6 000 personnes. Selon les autorités, « un nombre conséquent de ressortissants étrangers » figurent parmi les personnes interpellées. La situation serait stabilisée dans plusieurs régions du pays même si des « opérations de nettoyage » seraient encore en cours.

La contestation a commencé dimanche dernier après l’augmentation des prix du gaz, avant de gagner des grandes villes, notamment la capitale économique Almaty, où des émeutes ont éclaté, la police tirant à balles réelles sur les manifestants.

Selon le ministère kazakh de l’Intérieur cité dimanche par les médias locaux, le préjudice matériel causé par les violences a été initialement évalué à environ 175 millions d’euros. Plus de cent commerces et banques ont été pillés et plus de 400 véhicules détruits, selon la même source.

Le Kazakhstan avait annoncé samedi l’arrestation de l’ex-directeur des services de renseignement, Karim Massimov, première personnalité majeure interpellée, pour des soupçons de « haute trahison ». Refusant tout dialogue avec les manifestants, le président Tokaïev avait autorisé vendredi ses forces à « tirer pour tuer ».

L’aéroport d’Almaty, qui devait rouvrir lundi, restera finalement fermé « jusqu’à ce que la situation se stabilise », ont déclaré dimanche les autorités. Outre la hausse du coût de la vie, la figure de l’ex-président Nazarbaïev, qui a régné d’une main de fer sur le Kazakhstan de 1989 à 2019, était au centre de la colère des manifestants.

La Russie a déployé des troupes dans le pays d’Asie centrale dans le cadre d’un contingent multinational de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), à l’appel de M. Tokaïev.

(Avec V. N.)

Mercredi 5 janvier 2022

Le Pape François a poursuivi ce jour son cycle de catéchèses sur la figure de saint Joseph, vu comme père putatif de Jésus. L’occasion pour le Saint-Père de proposer une réflexion sur la paternité et la maternité, en encourageant notamment le choix de « la voie de l’adoption ».

Les évangélistes Matthieu et Luc ne présentent pas saint Joseph comme père biologique de Jésus, mais comme père putatif, c’est-à-dire supposé avoir une existence légale.

La paternité putative était autrefois très fréquente en Orient et reposait sur l’institution d’adoption, a expliqué le Pape François en s’appuyant sur le cas du « lévirat » en Israël.

En tant que père officiel de Jésus, Joseph avait aussi le droit de donner un nom à son fils. Un acte symboliquement fort : nommer une personne signifiait la reconnaître juridiquement et affirmer son autorité sur elle. Or, « Joseph savait déjà qu’il y avait un nom préparé par Dieu pour le fils de Marie : "Jésus", qui signifie "Le Seigneur sauve" », a fait remarquer le Souverain pontife. Dieu, le véritable père de Jésus, donne un nom à son Fils.

Cet aspect particulier de la figure de Joseph permet de réfléchir sur la paternité, comme l’a proposé François. Un questionnement « important » selon lui, à une époque où « notre société est un peu orpheline ». « On ne naît pas père, mais on le devient. Et on ne le devient pas seulement parce qu’on met au monde un enfant, mais parce qu’on prend soin de lui de manière responsable », a-t-il rappelé en citant son exhortation apostolique Patris corde (n. 7).

« Une attitude si généreuse et belle » : la voie de l’adoption est l’une des « formes la plus élevées d’amour, de la paternité et de la maternité », a expliqué François. Le Pape a assuré qu’il ne fallait pas « avoir peur de choisir la voie de l’adoption et d’assumer le "risque" d’accueillir des enfants ».

Improvisant son discours, le Saint-Père s’est ensuite désolé de l’hiver démographique actuel. « Tant de couples non pas d’enfants parce qu’ils n’en veulent pas ou en ont un et pas plus. (…), Chiens et chats occupent la place des enfants », et ainsi la civilisation « perd la richesse de la paternité et de la maternité », a regretté le Successeur de Pierre. Or « la paternité et la maternité sont la plénitude de la vie d’une personne », a-t-il déclaré, y compris sur le plan spirituel. François a demandé à saint Joseph « la grâce de réveiller les consciences » pour que les couples renouent avec le désir d’enfants.

« Avoir un enfant est toujours un risque, qu’il soit naturel ou adopté. Mais le plus risqué est de ne pas en avoir. Il est plus risqué de nier la paternité, de nier la maternité, qu’elle soit réelle ou spirituelle. Mais (…) un homme et une femme qui ne développent pas le sens de la paternité et de la maternité, il leur manque quelque chose », a poursuivi le Pape.

Il a également encouragé les institutions engagées auprès des orphelins, pour qu’elles simplifient leurs procédures et renforcent leurs contrôles. Et cela « afin que puisse se réaliser le rêve de tant d’enfants qui ont besoin d’une famille, et de tant de conjoints qui souhaitent se donner par amour ».
La prière du Pape à saint Joseph

Le Saint-Père a conclu sa première catéchèse de l’année 2022 par la prière suivante :

Saint Joseph,

toi qui as aimé Jésus d’un amour paternel,

sois proche de tant d’enfants qui sont sans famille

et qui désirent un père et une mère.

Soutiens les conjoints qui ne peuvent pas avoir d’enfants,

Aide-les à découvrir, à travers cette souffrance, un projet plus grand.

Fais que personne ne manque d’un foyer, de l’affection,

d’une personne qui s’occupe d’elle ;

et guéris l’égoïsme de qui se ferme à la vie,

afin qu’il ouvre son cœur à l’amour. Amen.

Après l’audience, les artistes du Rony Roller Circus, un cirque italien, ont offert un spectacle d’environ un quart d’heures au Pape François et aux pèlerins à la fin de l’audience, sur l’estrade de la Salle Paul VI.

(Avec V. N.)

Dimanche 2 Janvier 2022

Le Pape François a prononcé la prière de l’Angélus depuis la fenêtre du Palais apostolique. Il a commenté l’Évangile du jour, tiré du premier chapitre de saint Jean, selon un calendrier liturgique différent de celui de la France et d’autres pays. Au Vatican et en Italie, où l’Épiphanie sera célébrée le jeudi 6 janvier, les textes lus dans les messes d’aujourd’hui sont ceux du 2ème dimanche de Noël.

Avant de réciter la prière de l’Angélus récitée devant les fidèles réunis place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur la phrase de l’Évangile en Saint Jean « Le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous ». (Jn 1, 14). Une phrase, a t-il précisé « qui, à elle seule, nous révèle le sens de Noël ». des mots qui contiennent un paradoxe, qui réunit deux réalités opposées : le Verbe et la chair. Le "Verbe" indique que Jésus est le Verbe éternel du Père, infini, existant depuis toujours, avant toute chose créée ; la "chair", par contre, indique précisément notre réalité créée, fragile, limitée, mortelle.

« Il y a une autre opposition dans le Prologue de l’Évangile de Jean, un autre binôme : la lumière et les ténèbres (cf. v. 5), a poursuivi le Pape, Jésus est la lumière de Dieu qui est entrée dans les ténèbres du monde. Dieu est lumière : en lui il n’y a pas d’opacité ; en nous, par contre, il y a beaucoup d’obscurité. Maintenant, avec Jésus, la lumière et les ténèbres se rencontrent : la sainteté et la faute, la grâce et le péché ».

L’Évangile, en présentant ces polarités veut nous annoncer « une chose splendide » a expliqué le Pape : « la manière d’agir de Dieu ». Face à notre fragilité, le Seigneur ne recule pas a t-il poursuivi. Dieu « ne reste pas dans son éternité bienheureuse et dans sa lumière infinie, mais il s’approche, il se fait chair, il descend dans les ténèbres, il habite des terres qui lui sont étrangères ». Cette proximité de Dieu se manifeste dans son amour infini, et dans le fait qu’Il vient toujours à ntre rencontre, « il ne se lasse pas de nous chercher ».

Même si nous avons tendance à garder souvent nos distances avec Dieu, parce que nous pensons parfois être indignes de Lui, « Noël nous invite à voir les choses de son point de vue » a encore expliqué le Saint-Père. « Dieu désire s’incarner. Si ton cœur te semble trop pollué par le mal, trop désordonné, ne t’enferme pas, n’aie pas peur. Pense à l’étable de Bethléem. Jésus est né là, dans cette pauvreté, pour te dire qu’il n’a pas peur de visiter ton cœur ».

Aussi, François a demandé qu’elle place souhaitons-nous faire, concrètement, à cette présence de Dieu. « Peut-être y a-t-il des aspects de la vie que nous gardons pour nous, des lieux exclusifs, intérieurs, où nous avons peur que l’Évangile entre, où nous ne voulons pas mettre Dieu au milieu, a t-il relevé. En ces jours de Noël, accueillir le Seigneur ici même nous fera du bien ». Le Pape a suggéré de « s’arrêter devant la crèche, parce qu’elle montre Jésus qui vient habiter toutes nos vies concrètes, ordinaires, où tout ne va pas bien, avec de nombreux problèmes : les bergers qui travaillent dur, Hérode qui menace les innocents, la grande pauvreté ».

« Devant la crèche, parlons à Jésus de nos situations concrètes, a t-il conclu. Invitons-le officiellement dans nos vies, surtout dans nos zones d’ombre, dans nos "étables intérieures". Et parlons-lui aussi sans crainte des problèmes sociaux et ecclésiaux de notre temps, car Dieu aime habiter parmi nous ».

(Avec V. N.)

Samedi 1er janvier 2022

Pour le premier Angélus de l’année, le Pape François a rappelé combien la Vierge Marie nous rendait disponible Jésus et nous transmet « un merveilleux message : Dieu est proche, à notre portée ».

« Nous commençons la nouvelle année en la confiant à Marie, Mère de Dieu. L’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui parle d’elle, nous renvoyant à l’enchantement de la crèche » a lancé le Pape François à la foule compacte rassemblée place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus en ce premier jour de l’année. François a invité à s’arrêter devant l’image de Marie « en mère tendre et attentionnée, qui vient de déposer Jésus dans la mangeoire ».

« En le déposant devant nos yeux, sans dire un mot, elle nous transmet un merveilleux message : Dieu est proche, à notre portée. Il ne vient pas avec la puissance de celui qui veut être craint, mais avec la fragilité de celui qui demande à être aimé ; il ne nous juge pas du haut d’un trône, mais nous regarde comme un frère, voire comme un fils » a expliqué le Saint-Père. Dieu naît pauvre dans une mangeoire, qui nait « petit et nécessiteux », pour que personne n’ait jamais à avoir honte de lui-même : « c’est précisément lorsque nous faisons l’expérience de notre faiblesse et de notre fragilité que nous pouvons sentir Dieu de plus près encore » a t-il souligné.

La nouvelle année commence avec Dieu qui, dans les bras de sa Mère et déposé dans une mangeoire, nous encourage tendrement a poursuivi le Pape. « Nous avons besoin de cet encouragement » a t-il insisté, face aux nombreux défis d’aujourd’hui. « Nombreux sont ceux qui ont peur de l’avenir et qui sont accablés par les situations sociales, les problèmes personnels, les dangers de la crise écologique, les injustices et les déséquilibres économiques planétaires, a t-il en effet expliqué, soulignant qu’en regardant Marie tenant son Enfant dans ses bras, je pense aux jeunes mères et à leurs enfants qui fuient les guerres et la famine ou qui attendent dans des camps de réfugiés ».

Et en contemplant Marie déposant Jésus dans la mangeoire, le rendant disponible pour tous, « nous nous rappelons que le monde change et que la vie de chacun ne s’améliore que si nous nous rendons disponibles pour les autres, sans attendre que ce soit eux qui commencent ».
Une paix à construire

Le Saint-Père a rappelé aussi que ce 1er janvier est la journée mondiale de la paix, qui « est à la fois un don d’en haut et le fruit d’un engagement commun ». François a expliqué que« nous ne pouvons véritablement construire la paix que si nous l’avons dans notre cœur, que si nous la recevons du Prince de la Paix ». Une paix qui nécessité l’engagement de chacun, qui se construit « avec l’attention envers les plus petits, avec la promotion de la justice, avec le courage du pardon, qui éteint le feu de la haine ».

« Il n’y a pas lieu de se laisser abattre et de se plaindre, mais de retrousser ses manches pour construire la paix, a conclu le Pape, souhaitant que la Mère de Dieu, Reine de la Paix, obtienne la concorde dans nos cœurs et dans le monde entier en ce début d’année ».

(Avec V. N.)

Mercredi 29 décembre 2021

Dans sa dernière catéchèse de l’année prononcée lors de l’audience générale en Salle Paul VI, le Pape François a médité sur saint Joseph « comme un migrant persécuté et courageux », tel que l’évangéliste Matthieu le décrit.

Lors de cet événement particulier de la vie de Jésus, traditionnellement connu sous le nom de « la fuite en Égypte » (cf. Mt 2, 13-23), la famille de Nazareth a en effet subi une humiliation et fait l’expérience directe de la précarité, de la peur et de la douleur de devoir quitter sa patrie, a relevé le Saint-Père comparant cette situation à nos jours, où « tant de nos frères et sœurs sont contraints de subir les mêmes injustices et souffrances ». « La cause est presque toujours l’arrogance et la violence des puissants. C’était également le cas pour Jésus », a remarqué le Pape.

La fuite de la Sainte Famille en Égypte sauve Jésus, mais n’empêche malheureusement pas Hérode de perpétrer son massacre, rappelle l’évêque de Rome. Et le Pape d’indiquer : « Nous sommes donc confrontés à deux personnalités opposées : d’un côté Hérode avec sa férocité et de l’autre Joseph avec sa sollicitude et son courage ». Le Souverain pontife a rappelé qu’Hérode veut défendre son pouvoir « avec une cruauté impitoyable », symbole de nombreux tyrans d’hier et d’aujourd’hui.

« Il est l’homme qui devient un "loup" pour les autres hommes. L’histoire regorge de personnalités qui, vivant à la merci de leurs peurs, tentent de les conquérir en exerçant le pouvoir de manière despotique et en accomplissant des actes de violence inhumains », a constaté le Pape, notant un point : « C’est une attitude dans laquelle nous pouvons tous tomber, chaque fois que nous essayons de dissiper nos peurs par l’arrogance, même si elle n’est que verbale ou faite de petits abus réalisés pour mortifier ceux qui nous entourent. »

Or, Joseph est le contraire d’Hérode : tout d’abord, c’est "un homme juste" (Mt 1,19), a rappelé François. De plus, il fait preuve de courage en exécutant l’ordre de l’Ange. « Son courage apparaît également au moment de son retour, lorsque, rassuré par l’Ange, il surmonte ses craintes compréhensibles et s’installe avec Marie et Jésus à Nazareth » (cf. Mt 2, 19-23). Hérode et Joseph sont deux personnages opposés, reflétant comme toujours les deux visages de l’humanité. Et le Pape d’affirmer qu’il est une erreur commune de considérer le courage comme « la vertu exclusive du héros ». « En réalité, la vie quotidienne de chaque personne nécessite du courage pour affronter les difficultés de chaque jour ».

Le courage, a estimé le Saint-Père, est synonyme de force d’âme, qui, « avec la justice, la prudence et la tempérance, fait partie du groupe de vertus humaines connues sous le nom de vertus "cardinales" ».
Le courage de faire confiance à la Providence

La leçon que Joseph laisse aujourd’hui est donc la suivante : la vie nous réserve toujours des adversités, et face à elles nous pouvons aussi nous sentir menacés, avoir peur, mais ce n’est pas en faisant ressortir le pire en nous, comme Hérode, que nous pourrons surmonter certains moments, mais en nous comportant comme Joseph qui réagit à la peur avec le courage de faire confiance à la Providence de Dieu, a conclu le Pape, assurant prier « pour tous les migrants, tous les persécutés et tous ceux qui sont victimes de circonstances défavorables et qui se sentent découragés et abandonnés à cause de cela ».

François a conclu sa catéchèse en prononçant cette prière : « Saint Joseph, toi qui a fait l’expérience de la souffrance de ceux qui doivent fuir pour sauver la vie des personnes les plus chères, protège tous ceux qui fuient à cause de la guerre, la haine, la faim. Soutiens-les dans leurs difficultés, renforce-les dans l’espérance, et fais-leur trouver accueil et solidarité. Guide leurs pas et ouvre les cœurs de ceux qui peuvent les aider. Amen. »

(Avec V. N.)

Dimanche 26 Décembre 2021

Avant la prière de l’Angélus, le Pape est revenu sur la Sainte Famille de Nazareth, que l’Église universelle célèbre en ce dimanche 26 décembre. Il a invité les fidèles à contempler « avec émerveillement la beauté de ce mystère », en en soulignant deux aspects concrets pour les familles d’aujourd’hui.

« La famille est l’histoire dont nous sommes issus » : c’est le premier aspect développé par le Pape, précisant que l’Évangile proclamé ce jour -celui du recouvrement de Jésus au temple de Jérusalem-, rappelle que le Christ « est aussi le fils d’une histoire familiale ». « Il est beau de voir Jésus inséré dans le réseau des affections familiales, né et grandissant dans l’étreinte et la préoccupation des siens », a-t-il pointé, ajoutant que cette dimension était importante pour nous aussi : « nous venons d’une histoire tissée de liens d’amour et la personne que nous sommes aujourd’hui ne naît pas tant des biens matériels dont nous avons joui, mais de l’amour que nous avons reçu ». Et François d’insister : personne ne nait dans une famille sans problème, mais « c’est notre histoire, ce sont nos racines : si nous les coupons, la vie s’assèche ! ». Dieu nous a créés pour que nous marchions ensemble, non pour être des « francs-tireurs solitaires ».

Vient ensuite le second aspect mis en exergue par le Pape : « nous apprenons à être une famille tous les jours ». L’Évangile de ce dimanche montre que la Sainte Famille se voit confrontée, elle aussi, à « des problèmes inattendus, des angoisses, des souffrances ». Marie et Joseph perdent Jésus, le cherchent et lorsqu’ils le retrouvent, ils ne comprennent ce qu’il leur dit : « Ils ont besoin de temps pour apprendre ò connaitre leur fils ». Bref, « la Sainte Famille de l’imagerie traditionnelle n’existe pas ».

Dans chaque famille, l’écoute et la compréhension mutuelle, la gestion des conflits et des difficultés représentent un défi quotidien, qui peut être surmonté par « de petites attentions » et « des gestes simples ».

Pour savoir comment faire, il suffit de regarder Marie, qui dit à Jésus : « Ton père et moi, nous te cherchions ». « Ton père et moi, et non pas moi et ton père : avant le "je", il y a le "tu" ! Pour préserver l’harmonie dans la famille, il faut lutter contre la dictature du "moi" », relève le Pape. Pour lui, le danger réside dans le fait de se faire des reproches au lieu de s’écouter ; de ses concentrer sur ses propres besoins au lieu de s’occuper des autres ; de s’isoler avec son téléphone portable au lieu de parler. Le dialogue en famille -entre parents et enfants, entre frères et soeurs- « peut nous aider à vivre ces racines, celles de nos grands-parents ».

Son conseil est de faire la paix, chaque soir avant de se coucher, afin d’éviter la « guerre froide » du lendemain. « Combien de fois, regrette-il, des conflits naissent entre les murs du foyer à la suite de longs silences et d’égoïsmes non entendus ! ». Ces situations peuvent aboutir à des violences physiques et morales, détruisant ainsi l’harmonie et tuant la famille. « Passons du “je” au “tu” », recommande enfin le Pape, qui exhorte les familles à prier censemble chaque jour, et appelle les parents, les enfants, l’Église et la société à s’engager à soutenir, défendre, et préserver la famille.

Au terme de l’Angélus, le Pape François a évoqué la publication en ce dimanche de la Sainte-Famille d’une Lettre aux époux, afin d’encourager les couples et les familles dans cette période marquée par la pandémie.

(V. N.)

Samedi 25 décembre 2021

Le Pape François a donné sa bénédiction Urbi et Orbi -à la ville et au monde-, depuis la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre. Dans un contexte plus qu’incertain, caractérisé par une multiplicité de crises complexes et interminables, le Souverain Pontife appelle à toujours choisir la voie du dialogue pour les résoudre.

Apparu dans le monde « comme un chuchotement », « comme le murmure d’une brise légère », le Verbe de Dieu fait chair dans le sein de la Vierge Marie est venu « pour dialoguer avec nous », et ce faisant, pour nous montrer « la voie de la rencontre et du dialogue ». Ce chemin est plus que jamais nécessaire en ces temps de pandémie, où « la tendance se renforce à se replier sur soi » ; même au niveau international, note le Saint-Père, l’on semble privilégier le choix « des raccourcis » plutôt que celui du dialogue, alors qu’il conduit « réellement à la résolution des conflits et à des bénéfices partagés et durables ».

« Alors que l’annonce de la naissance du Sauveur résonne autour de nous et dans le monde entier, nous voyons encore beaucoup de conflits, de crises et de contradictions (…) Et nous ne les remarquons presque plus. Nous nous y sommes tellement habitués que d’immenses tragédies passent désormais sous silence », déplore François, qui a ensuite énuméré plusieurs situations emblématiques, au premier rang desquelles la Syrie, en guerre depuis une décennie et l’Irak « qui peine toujours à se relever après un long conflit ». « Nous entendons le cri des enfants s’élever du Yémen où une terrible tragédie, oubliée de toute le monde, se déroule en silence depuis des années, faisant des morts chaque jour », poursuit-il.

Le Pape évoque aussi « les tensions permanentes entre Israéliens et Palestiniens », qui s’éternisent avec des « conséquences sociales et politiques toujours plus importantes ». Une pensée spéciale pour Bethléem, la ville de naissance du Christ, aux prises avec une sévère crise économique du fait de l’absence des pèlerins, en raison de la pandémie, avant de citer la terrible crise qui ruine le Liban.

Mais au milieu des ténèbres, Noël est le signe de l’espérance : celle d’un petit enfant qui « a besoin de tout mais qui vient tout nous donner ». C’est de Lui que vient la force de « s’ouvrir au dialogue », et c’est à Lui que le Pape adresse sa supplication pour un monde tourmenté et en souffrance.

« Enfant Jésus, donne la paix et l’harmonie au Moyen-Orient et au monde entier. Soutiens ceux qui s’engagent à fournir une aide humanitaire aux personnes contraintes de fuir leur patrie. Réconforte le peuple afghan qui, depuis plus de quarante ans, est durement éprouvé par des conflits qui ont poussé de nombreuses personnes à quitter le pays ».

La prière du Pape s’étend aussi à la Birmanie « où l’intolérance et la violence touchent aussi souvent la communauté chrétienne et les lieux de culte, et obscurcissent le visage pacifique de cette population » ; puis à l’Ukraine, pour laquelle le Pape prie l’Enfant-Dieu de ne pas laisser « les métastases d’un conflit gangrené se propager », alors que les tensions n’ont eu de cesse de se raviver ces derniers jours sur cette question.

L’Afrique et ses graves crises sont également au cœur des pensées du Pape : « Prince de la Paix, aide l’Éthiopie à retrouver le chemin de la réconciliation et de la paix par une discussion sincère qui mette les besoins de la population au premier plan. Écoute le cri des populations de la région du Sahel, qui connaissent la violence du terrorisme international. Tourne ton regard vers les peuples des pays d’Afrique du Nord qui sont frappés par les divisions, le chômage et l’inégalité économique ; et soulage la souffrance des nombreux frères et sœurs qui souffrent des conflits internes au Soudan et au Soudan du Sud ».

Le Pape argentin n’oublie pas le continent américain, priant afin « que prévalent dans le cœur (de ses) peuples les valeurs de solidarité, de réconciliation et de coexistence pacifique ».

L’évêque de Rome pense de manière particulière aux femmes victimes de violences, surtout en cette période de pandémie, pour les enfants et adolescents victimes d’abus, pour les personnes âgées seules, ainsi que pour les familles et les malades.

Et alors que la crise du Covid-19 perdure, le Pape demande au Seigneur d’inspirer « toutes les personnes de bonne volonté à trouver les solutions les plus appropriées pour (en) surmonter (les) conséquences. (…) afin que les traitements nécessaires, notamment les vaccins, puissent parvenir aux populations les plus démunies ».

François prie enfin pour la libération des prisonniers de guerre, civils et militaires, ainsi que pour les personnes détenues pour des raisons politiques. Il appelle encore une fois à ne pas être indifférents au drame des migrants, réfugiés et personnes déplacées : « Leurs regards nous demandent de ne pas nous détourner, de ne pas nier l’humanité qui nous unit, de faire nôtres leurs histoires et de ne pas oublier leurs tragédies », affirme-t-il, reprenant les mots qu’il avait eus lors de sa visite sur l’ile de Lesbos, au début du mois.

Un dernier mot enfin sur la maison commune, « qui souffre elle aussi de la négligence avec laquelle nous la traitons si souvent » ; et de demander au Verbe éternel de pousser « les autorités politiques à trouver des accords efficaces pour que les générations à venir puissent vivre dans un environnement respectueux de la vie ».

« Chers frères et sœurs, les difficultés de notre époque sont nombreuses, mais l’espérance est plus forte car "un enfant nous est né" (Is 9, 5). Il est la Parole de Dieu, et il s’est fait nourrisson capable seulement de crier, ayant besoin de tout. Il a voulu apprendre à parler, comme tout enfant, pour que nous apprenions à écouter Dieu, notre Père, à nous écouter les uns les autres et à dialoguer en tant que frères et sœurs. O Christ, né pour nous, apprends-nous à marcher avec toi sur les chemins de la paix », a-t-il conclu avant de donner sa bénédiction Urbi et Orbi. Il s’agissait de la première apparition du Pape à la loggia depuis Noël 2019.

(Avec V. N.)

Vendredi 24 décembre 2021

Le Pape François a célébré ce lsoir a messe de la nuit de Noël en la basilique Saint-Pierre, anticipée à 19h30 en raison de la pandémie de coronavirus.

Malgré ce format une nouvelle fois restreint pour la deuxième année consécutive, toute la liturgie de la nuit de Noël a été déployée avec faste et solennité, l’émouvant chant du "Kalenda" récapitulant l’attente et la proclamation de la naissance du Christ. Des enfants des différents continents ont déposé des fleurs autour de l’Enfant Jésus.

Dans son homélie, François a mis en relief le paradoxe de cette arrivée de Dieu dans l’humanité. Alors que beaucoup attendaient une manifestation grandiose et puissante, Dieu s’incarne dans un petit enfant, qui renverse les hiérarchies habituelles. L’Évangile « raconte la naissance de Jésus en commençant par César Auguste qui recense la terre entière : il montre le premier empereur dans sa grandeur. Mais, tout de suite après, il nous emmène à Bethléem, où il n’y a rien de grand : juste un pauvre enfant emmailloté, entouré de bergers. C’est là qu’est Dieu, dans la petitesse. Voici le message : Dieu ne chevauche pas dans la grandeur, mais descend dans la petitesse. La petitesse est la voie qu’il a choisie pour nous rejoindre, pour toucher notre cœur, pour nous sauver et nous ramener à ce qui compte », a expliqué l’évêque de Rome.

Chaque chrétien doit donc se tenir devant la crèche en contemplant le « Dieu-Enfant » et en se laissant étonner par toutes ces contradictions apparentes. « Celui qui embrasse l’univers a besoin d’être tenu dans les bras. Lui, qui a fait le soleil, a besoin d’être réchauffé. La tendresse en personne a besoin d’être choyée. L’amour infini a un cœur minuscule, aux faibles battements. La Parole éternelle est enfantine, c’est-à-dire incapable de parler. Le Pain de Vie doit être nourri. Le Créateur du monde est sans demeure. Aujourd’hui, tout est renversé : Dieu vient petit dans le monde. Sa grandeur s’offre dans la petitesse. »

Alors que nous courons perpétuellement derrière le succès et le besoin de reconnaissance, « Dieu ne cherche pas la force et le pouvoir, il demande la tendresse et la petitesse intérieure ». Demander au Seigneur la « grâce de la petitesse », cela signifie comprendre que « Dieu veut venir dans les petites choses de nos vies, il veut habiter les réalités quotidiennes, les gestes simples que nous accomplissons à la maison, en famille, à l’école, au travail. C’est dans nos vies ordinaires qu’il veut réaliser des choses extraordinaires ». En avoir conscience, cela doit permettre de résister aux tentations de l’avidité et de l’aigreur.

Dieu nous rejoint dans notre petitesse, c’est-à-dire « ce qui fait nous sentir faibles, fragiles, inadéquats, peut-être même ratés ». Le Pape a donc lancé à chaque personne disponible à l’entendre cet appel intime, vibrant et émouvant : « Ma sœur, mon frère, si, comme à Bethléem, les ténèbres de la nuit t’entourent, si tu sens une froide indifférence autour de toi, si les blessures que tu portes en toi crient : “Tu ne comptes pas, tu ne vaux rien, tu ne seras jamais aimé comme tu le voudrais”, ce soir Dieu répond. Ce soir, il te dit : “Je t’aime comme tu es. Ta petitesse ne m’effraie pas, tes fragilités ne m’inquiètent pas. Je me suis fait petit pour toi. Pour être ton Dieu, je suis devenu ton frère. Frère bien-aimé, sœur bien-aimée, n’aie pas peur de moi, mais retrouve en moi ta grandeur. Je suis proche de toi et je te demande seulement cela : fais-moi confiance et ouvre-moi ton cœur”. »

La fête de Noël doit nous pousser à rejoindre le Seigneur dans les pauvres. « En cette nuit d’amour, qu’une seule peur nous saisisse : celle de blesser l’amour de Dieu, le blesser en méprisant les pauvres par notre indifférence. Ils sont les préférés de Jésus, et ils nous accueilleront un jour au Ciel ». « Celui qui n’a pas trouvé le Ciel ici-bas le manquera là-haut », a averti François en citant la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886).

Le Pape s’est aussi arrêté sur la figure des bergers qui « étaient là pour travailler car ils étaient pauvres ; leur vie n’avait pas d’horaire mais dépendait du troupeau. Ils ne pouvaient pas vivre comme et où ils le voulaient, mais ils s’adaptaient aux besoins des brebis qu’ils gardaient. Et Jésus naît là, près d’eux, près des oubliés des périphéries. Il vient là où la dignité humaine est mise à l’épreuve. Il vient ennoblir les exclus et se révèle d’abord à eux : non pas à des personnes cultivées et importantes, mais à des personnes pauvres qui travaillent. Ce soir, Dieu vient remplir de dignité la dureté du travail », a insisté François, appelant à éradiquer le drame des morts accidentelles sur le lieu de travail.

« Chers frères et sœurs, retournons à Bethléem, retournons aux origines : à l’essentiel de la foi, au premier amour, à l’adoration et à la charité. Regardons les mages en pèlerinage et, en tant qu’Église synodale, en chemin, allons à Bethléem, là où Dieu est en l’homme et l’homme en Dieu ; où le Seigneur est à la première place et adoré ; où les derniers occupent la place la plus proche de lui ; où bergers et mages se tiennent ensemble dans une fraternité plus forte que toutes les catégories. Que Dieu nous accorde d’être une Église adoratrice, pauvre et fraternelle. Voilà l’essentiel. Retournons à Bethléem », a martelé François.

« Frères et sœurs, mettons-nous en route, car la vie est un pèlerinage, a exhorté François. Levons-nous, réveillons-nous car cette nuit une lumière s’est levée. C’est une lumière douce qui nous rappelle que, dans notre petitesse, nous sommes des enfants bien-aimés, des fils de la lumière. Réjouissons-nous ensemble car personne n’éteindra jamais cette lumière, la lumière de Jésus qui depuis cette nuit brille dans le monde », a conclu l’évêque de Rome.

Comme c’est la tradition chaque année, le Pape François a conclu la cérémonie en portant l’Enfant Jésus jusqu’à la crèche de la basilique Saint-Pierre, entouré par des enfants qui y ont déposé leurs bouquets de fleurs.

(Avec V. N.)

Vendredi 23 décembre 2021

Le pape François a invité ses collaborateurs à se « laisser évangéliser par l’humilité de l’Enfant Jésus », dans son discours à la curie romaine, à l’occasion de l’échange des vœux.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Comme chaque année, nous avons l’occasion de nous réunir quelques jours avant la fête de Noël. C’est une façon de dire “à haute voix” notre fraternité à travers l’échange des vœux, mais c’est aussi un temps de réflexion et de vérification pour chacun d’entre nous afin que la lumière du Verbe fait chair nous montre toujours mieux qui nous sommes et quelle est notre mission.

Nous le savons tous : le mystère de Noël c’est le mystère de Dieu qui vient dans le monde par le chemin de l’humilité. Il s’est fait chair : cette grande synkatabasis. Cette époque semble avoir oublié l’humilité, ou bien semble l’avoir simplement reléguée à une forme de moralisme, en la vidant de la force dérangeante dont elle est dotée.

Mais si nous devions exprimer tout le mystère de Noël en un seul mot, je crois que le mot humilité serait celui qui pourrait nous aider le plus. Les Évangiles évoquent un cadre pauvre et sobre, peu propice à l’accueil d’une femme sur le point de donner naissance. Et cependant le Roi des rois vient dans le monde non pas en attirant l’attention, mais en suscitant une mystérieuse attraction dans le cœur de ceux qui ressentent la présence bouleversante d’une nouveauté sur le point de changer l’histoire. C’est pourquoi il me plaît de penser et de dire que l’humilité a été sa porte d’entrée et il nous invite, nous tous, à la franchir.Ce passage des Exercices me vient à l’esprit : on ne peut aller de l’avant sans humilité, et on ne peut aller de l’avant, dans l’humilité, sans humiliations. Et saint Ignace nous dit de demander les humiliations.

Il n’est pas facile de comprendre ce qu’est l’humilité. Elle est le résultat d’un changement que l’Esprit lui-même opère en nous à travers l’histoire que nous vivons, comme cela est arrivé par exemple à Naaman le Syrien (cf. 2 R, 5). À l’époque du prophète Élisée, cette personne jouissait d’une grande réputation. C’était un valeureux général de l’armée araméenne, qui avait montré sa vaillance et son courage à plusieurs reprises. Mais à côté de la célébrité, de la force, de l’estime, des honneurs et de la gloire, cet homme est contraint de vivre avec un terrible drame : il est lépreux. Son armure, celle-là même qui lui apporte la gloire, recouvre en réalité une humanité fragile, blessée, malade. Nous trouvons souvent cette contradiction dans nos propres vies : parfois, les grands dons sont une armure qui couvrent de grandes fragilités.

Naaman comprend une vérité fondamentale : on ne peut pas passer sa vie à se cacher derrière une charge, un rôle, une reconnaissance sociale : en fin de compte, ça fait mal. Il arrive un moment dans l’existence où chacun a le désir de ne plus vivre sous couvert de la gloire de ce monde, mais dans la plénitude d’une vie sincère, sans plus avoir besoin d’armures ni de masques. Ce désir pousse le vaillant général Naaman à partir à la recherche de quelqu’un qui puisse l’aider, et il le fait sur la suggestion d’une esclave, une juive prisonnière de guerre qui parle d’un Dieu capable de guérir de telles contradictions.

Après avoir fait des provisions d’argent et d’or, Naaman se met en route et se présente devant le prophète Elisée. Celui-ci demande à Naaman, comme seule condition à sa guérison, le simple geste de se dévêtir et de se laver sept fois dans le Jourdain. Ni gloire, ni honneur, ni or, ni argent ! La grâce qui sauve est gratuite, elle ne se réduit pas au prix des choses de ce monde.

Naaman résiste à cette demande, elle lui paraît trop banale, trop simple, trop accessible. Il semble que la force de la simplicité n’ait pas de place dans son imaginaire. Mais les paroles de ses serviteurs le font changer d’avis : « Si le prophète t’avait ordonné quelque chose de difficile, tu l’aurais fait, n’est-ce pas ? Combien plus, lorsqu’il te dit : “Baigne-toi, et tu seras purifié” » (2 R 5, 13). Naaman capitule et, dans un geste d’humilité, il “descend”, enlève son armure et entre dans les eaux du Jourdain, « alors sa chair redevient semblable à celle d’un petit enfant : il est purifié ! » (2 R 5, 14). La leçon est grande ! L’humilité de mettre à nu son humanité, selon la parole du Seigneur, apporte la guérison à Naaman.

L’histoire de Naaman nous rappelle que Noël est un moment où chacun de nous doit avoir le courage d’enlever son armure, de se débarrasser des vêtements de sa charge, de la reconnaissance sociale, de l’éclat de la gloire de ce monde, et d’assumer sa propre humilité. Nous pouvons le faire à partir d’un exemple plus fort, plus convaincant encore et faisant davantage autorité : celui du Fils de Dieu qui ne se dérobe pas à l’humilité de “descendre” dans l’histoire en se faisant homme, en devenant un enfant fragile, emmailloté et couché dans une mangeoire (cf. Lc 2, 16). Débarrassés de nos vêtements, de nos prérogatives, de nos rôles et de nos titres, nous sommes tous des lépreux, nous tous, ayant besoin d’être guéris. Noël est la mémoire vivante de cette prise de conscience et il nous aide à la comprendre plus profondément.

Chers frères et sœurs, si nous oublions notre humanité nous ne vivons que par les honneurs de nos armures. Or Jésus nous rappelle une vérité inconfortable et déconcertante : « Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? » (Mc 8, 36).

C’est là la dangereuse tentation – je l’ai rappelée en d’autres occasions – de la mondanité spirituelle qui, à la différence de toutes les autres tentations, est difficile à démasquer parce qu’elle est recouverte de tout ce qui habituellement nous rassure : notre charge, la liturgie, la doctrine, la religiosité. J’écrivais dans Evangelii gaudium : « Dans ce contexte, se nourrit la vaine gloire de ceux qui se contentent d’avoir quelque pouvoir et qui préfèrent être des généraux d’armées défaites plutôt que de simples soldats d’un escadron qui continue à combattre. Combien de fois rêvons-nous de plans apostoliques, expansionnistes, méticuleux et bien dessinés, typiques des généraux défaits ! Ainsi nous renions notre histoire d’Église qui est glorieuse en tant qu’elle est histoire de sacrifices, d’espérance, de lutte quotidienne, de vie dépensée dans le service, de constance dans le travail pénible, parce que tout travail est accompli à la “sueur de notre front”. À l’inverse, nous nous attardons comme des vaniteux qui disent ce “qu’on devrait faire” – le péché du “on devrait faire” – comme des maîtres spirituels et des experts en pastorale qui donnent des instructions tout en restant en dehors. Nous entretenons sans fin notre imagination et nous perdons le contact avec la réalité douloureuse de notre peuple fidèle » (n. 96).

L’humilité est la capacité de savoir habiter sans désespoir, avec réalisme, joie et espérance notre humanité ; cette humanité aimée et bénie par le Seigneur. L’humilité consiste à comprendre que nous ne devons pas avoir honte de notre fragilité. Jésus nous apprend à regarder notre misère avec le même amour et la même tendresse que l’on porte à un petit enfant fragile qui a besoin de tout. Sans humilité, nous chercherons à nous rassurer, et nous y arriverons peut-être, mais nous ne trouverons certainement pas ce qui nous sauve, ce qui peut nous guérir. Vouloir se rassurer est le fruit le plus pervers de la mondanité spirituelle qui révèle un manque de foi, d’espérance et de charité, et devient une incapacité à discerner la vérité des choses. Si Naaman s’était contenté de continuer à accumuler des médailles pour les mettre sur son armure, il aurait fini par être dévoré par la lèpre : vivant en apparence, oui, mais enfermé et isolé dans sa maladie. Il recherche courageusement ce qui peut le sauver et non pas ce qui le gratifie dans l’immédiat.

Nous savons tous que le contraire de l’humilité est l’orgueil. Un verset du prophète Malachie, qui m’a beaucoup touché, nous aide à comprendre, par contraste, la différence entre la voie de l’humilité et celle de l’orgueil : « Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l’univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche. » (3, 19).

Le Prophète utilise une image évocatrice qui décrit bien l’orgueil : il est, dit-il, comme la paille. Quand le feu arrive, la paille devient cendre, elle brûle, elle disparaît. Et il nous dit également que ceux qui vivent en s’appuyant sur l’orgueil se retrouvent privés de ce que nous avons de plus important : les racines et les bourgeons. Les racines évoquent notre lien vital avec le passé dont nous tirons la sève pour pouvoir vivre le présent. Les bourgeons sont le présent qui ne meurt pas mais qui devient lendemain, avenir. Être dans un présent qui n’a plus ni racines ni bourgeons, c’est vivre la fin. Ainsi, l’orgueilleux, enfermé dans son petit monde n’a plus ni passé ni avenir, il n’a plus ni racines ni bourgeons, il vit avec le goût amer de la tristesse stérile qui envahit le cœur comme « le plus riche des élixirs du démon » [1]. Au contraire, la personne humble vit constamment guidée par deux verbes : se souvenir – les racines – et engendrer, fruit des racines et des bourgeons, et elle vit ainsi l’ouverture joyeuse de la fécondité.

Se souvenir signifie étymologiquement “ramener au cœur”, [ri-cordare]. La mémoire vitale que nous avons de la Tradition, de nos racines, n’est pas un culte du passé mais un mouvement intérieur par lequel nous ramenons constamment au cœur ce qui nous a précédés, ce qui a traversé notre histoire, ce qui nous a conduits jusqu’à aujourd’hui. Se souvenir ne signifie pas répéter, mais tirer leçon, raviver et, avec gratitude, laisser la force de l’Esprit Saint enflammer notre cœur, comme les premiers disciples (cf. Lc 24, 32).

Mais pour que le souvenir ne devienne pas une prison du passé, nous avons besoin d’un autre verbe : engendrer. L’humble – l’homme humble, la femme humble – se soucie également de l’avenir, et non seulement du passé, parce qu’elle sait regarder en avant, elle sait voir les bourgeons, avec une mémoire pleine de gratitude. La personne humble engendre, invite et pousse vers ce qui est inconnu. L’orgueilleux, en revanche, se répète, se raidit – la rigidité est une perversion, c’est une perversion qui est d’actualité – et s’enferme dans sa répétition, il se sent sûr de ce qu’il connaît et craint la nouveauté parce qu’il ne peut pas la maîtriser. Il se sent déstabilisé par elle… parce qu’il a perdu la mémoire.

La personne humble accepte d’être remise en cause, elle s’ouvre à la nouveauté, et elle le fait parce qu’elle se sent forte de ce qui la précède, de ses racines, de son appartenance. Son présent est habité par un passé qui l’ouvre à l’avenir avec espérance. Contrairement à l’orgueilleux, elle sait que ni ses mérites ni ses “bonnes habitudes” ne sont le principe et le fondement de son existence ; elle est donc capable de faire confiance ; le superbe n’en a pas.

Nous sommes tous appelés à l’humilité car nous sommes appelés à nous souvenir et à engendrer, nous sommes appelés à redécouvrir notre juste relation avec les racines et les bourgeons. Sans eux, nous sommes malades et voués à disparaître.

Jésus, en venant dans le monde par la voie de l’humilité, ouvre un chemin. Il nous indique une manière de faire, il nous montre un but.

Chers frères et sœurs, s’il est vrai que sans humilité on ne peut rencontrer Dieu ni faire l’expérience du salut, il est également vrai que sans humilité on ne peut rencontrer le prochain, le frère et la sœur qui vivent à côté de nous.

Le 17 octobre dernier, nous avons entamé le parcours synodal qui nous engage pour les deux prochaines années. Là encore, seule l’humilité peut nous mettre en juste condition pour nous rencontrer et nous écouter, pour dialoguer et discerner, pour prier ensemble, comme l’indiquait le Cardinal Doyen. Si chacun reste enfermé dans ses propres convictions, dans son propre vécu, dans la coquille de son seul ressenti et de ses idées personnelles, il sera difficile de faire place à cette expérience de l’Esprit qui, comme le dit l’Apôtre, est liée à la conviction que nous sommes tous les enfants d’« un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous » (Ep 4, 6).

“Tous” n’est pas un mot difficile à comprendre ! Le cléricalisme, tel une tentation – perverse – qui s’insinue quotidiennement parmi nous, nous fait toujours penser à un Dieu qui parle seulement à certains, tandis que les autres doivent seulement écouter et exécuter. Le Synode cherche à être l’expérience de se sentir tous membres d’un peuple plus grand : le Saint Peuple fidèle de Dieu, et donc des disciples qui écoutent et, précisément en vertu de cette écoute, peuvent aussi comprendre la volonté de Dieu qui se manifeste toujours de manière imprévisible. Ce serait toutefois une erreur de penser que le Synode serait un événement réservé à l’Église comme entité abstraite et éloignée de nous. La synodalité est un style auquel nous devons nous convertir, surtout nous qui sommes ici et qui vivons l’expérience du service de l’Église universelle par le travail à la Curie romaine.

Et la Curie – ne l’oublions pas – n’est pas seulement un instrument logistique et bureaucratique pour les nécessités de l’Église universelle, mais elle est le premier organisme appelé au témoignage. C’est précisément pour cela qu’elle acquiert toujours plus d’autorité et d’efficacité lorsqu’elle assume elle-même les défis de la conversion synodale à laquelle elle est aussi appelée. L’organisation que nous devons mettre en place n’est pas sur le modèle de l’entreprise, mais sur un modèle évangélique.

C’est pourquoi, si la Parole de Dieu rappelle au monde entier la valeur de la pauvreté, nous, membres de la Curie, nous devons, les premiers, nous engager dans une conversion à la sobriété. Si l’Évangile annonce la justice, nous devons, les premiers, chercher à vivre avec transparence, sans favoritismes et sans copinages. Si l’Église parcourt la voie de la synodalité, nous devons les premiers nous convertir à un style de travail, de collaboration, de communion différent. Et cela n’est possible qu’à travers le chemin de l’humilité. Sans humilité nous ne pourrons pas faire cela.

Lors de l’ouverture de l’assemblée synodale, j’ai utilisé trois mots-clés : participation, communion et mission. Et ils naissent d’un cœur humble : sans humilité on ne peut faire ni participation, ni communion, ni mission. Ces mots sont les trois exigences que je voudrais indiquer comme style d’humilité auquel il faut tendre, ici, à la Curie. Trois façons pour faire du chemin de l’humilité, un chemin concret à mettre en pratique.

Tout d’abord, la participation. Elle devrait s’exprimer par un style de coresponsabilité. Certes, dans la diversité des rôles et des ministères, les responsabilités sont différentes, mais il serait important que chacun se sente impliqué, coresponsable du travail, sans vivre la seule expérience dépersonnalisante de l’exécution d’un programme établi par quelqu’un d’autre. Je suis toujours touché quand je rencontre au sein de la Curie de la créativité – j’aime vraiment – elle se manifeste souvent, surtout là où on laisse et où on trouve de la place pour chacun, même à ceux qui, hiérarchiquement, semblent occuper un poste marginal. Je vous remercie pour ces exemples – je les trouve, et j’aime ça– et je vous encourage à travailler pour que nous soyons capables de générer des dynamiques concrètes dans lesquelles tous sentent avoir une participation active dans la mission à accomplir. L’autorité devient service quand elle partage, implique et aide à grandir.

Le second mot est communion. Elle ne s’exprime pas en termes de majorités ou de minorités, mais elle naît fondamentalement de la relation avec le Christ. Nous n’aurons jamais un style évangélique dans nos milieux si ce n’est en remettant le Christ au centre et non ce parti ou cet autre, cette opinion ou cette autre : le Christ au centre.Nous sommes nombreux à travailler ensemble, mais ce qui fortifie la communion c’est de pouvoir aussi prier ensemble, d’écouter la Parole ensemble, de construire des relations qui ne relèvent pas du simple travail et qui renforcent de bons liens, de bons liens entre nous, en nous aidant les uns les autres. Sans cela, nous risquons de n’être que des étrangers qui collaborent, des concurrents cherchant à mieux se positionner. Pire encore, là où s’établissent des relations, celle-ci semblent prendre davantage la forme d’une complicité fondée sur des intérêts personnels, oubliant la raison commune qui nous rassemble. La complicité crée des divisions, crée des factions, crée des ennemis ; la collaboration exige la grandeur d’accepter notre partialité, ainsi que l’ouverture au travail en groupe même avec ceux qui ne pensent pas comme nous. Dans la complicité, on est ensemble en vue d’obtenir un résultat extérieur. Dans la collaboration, on est ensemble parce qu’on porte à cœur le bien de l’autre et, par conséquent, de tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir : n’oublions pas le visage concret des personnes, n’oublions pas nos racines, le visage concret de ceux qui ont été nos premiers maîtres dans la foi. Paul disait à Timothée : “Souviens-toi de ta mère, souviens-toi de ta grand-mère ”.

La perspective de la communion implique, en même temps, de reconnaître la diversité qui nous habite comme un don de l’Esprit Saint. Chaque fois que nous nous écartons de cette voie et que nous confondons communion et uniformité, nous affaiblissons et réduisons au silence la force vivifiante de l’Esprit Saint au milieu de nous. L’attitude de service nous demande, je dirais même exige, la magnanimité et la générosité de reconnaître et de vivre joyeusement la richesse multiforme du peuple de Dieu ; et sans humilité, ce n’est pas possible. Ça me fait du bien de relire le début du Lumen gentium, ces numéros 8, 12… : le saint peuple fidèle de Dieu. Reprendre ces vérités est de l’oxygène pour l’âme.

Le troisième mot est mission. Elle est ce qui nous évite de nous replier sur nous-mêmes. Celui qui est replié sur lui-même « regarde de haut et de loin, il refuse la prophétie des frères, il élimine celui qui lui fait une demande, il fait ressortir continuellement les erreurs des autres et est obsédé par l’apparence. Il a réduit la référence du cœur à l’horizon fermé de son immanence et de ses intérêts et, en conséquence, il n’apprend rien de ses propres péchés et n’est pas authentiquement ouvert au pardon. Ce sont les deux signes d’une personne “fermée” : elle n’apprend pas de ses péchés et elle n’est pas ouverte au pardon. C’est une terrible corruption sous l’apparence du bien. Il faut l’éviter en mettant l’Église en mouvement de sortie de soi, de mission centrée en Jésus Christ, d’engagement envers les pauvres » (Evangelii gaudium, n. 97). Seul un cœur ouvert à la mission garantit que tout ce que nous faisons ad intra et ad extra est toujours marqué par la force régénératrice de l’appel du Seigneur. Et la mission implique toujours une passion pour les pauvres, c’est-à-dire pour ceux qui sont « en manque » : ceux qui « manquent » de quelque chose, non seulement en termes matériels, mais aussi spirituels, affectifs et moraux. Qui a faim de pain et qui a faim de sens est également pauvre. L’Église est invitée à aller à la rencontre de toutes les pauvretés, elle est appelée à annoncer l’Évangile à tous parce que tous, d’une manière ou d’une autre, nous sommes pauvres, nous sommes en manque. Mais l’Église va aussi à leur rencontre parce que eux nous manquent : leur voix, leur présence, leurs questions et leurs discussions nous manquent. Celui qui a un cœur missionnaire sent que son frère lui manque et, avec l’attitude du mendiant, il va à sa rencontre. La mission nous rend vulnérables, – c’est beau, la mission nous rend vulnérables – elle nous aide à nous rappeler notre condition de disciples et nous permet toujours de redécouvrir la joie de l’Évangile.

Participation, mission et communion sont les caractéristiques d’une Église humble qui se met à l’écoute de l’Esprit et place son centre en dehors d’elle-même. Henri de Lubac disait : « Aux yeux du monde, l’Église, comme son Seigneur, a toujours l’aspect d’une esclave. Elle existe ici-bas sous la forme d’une servante. […] Elle n’est ni une académie de scientifiques, ni un cénacle de spirituels raffinés, ni une assemblée de surhommes. Elle est exactement le contraire. Les infirmes, les difformes, les misérables de toute sorte s’y assemblent, les médiocres s’y bousculent […] ; il est difficile, ou plutôt impossible, pour l’homme naturel, tant qu’une transformation radicale ne s’est pas opérée en lui, de reconnaître dans ce fait l’accomplissement de la kénose salvifique, la trace adorable de l’humilité de Dieu » (Méditation sur l’Église, p. 352).

En conclusion, je voudrais vous souhaiter, et à moi en premier, de nous laisser évangéliser par l’humilité, par l’humilité de Noël, par l’humilité de la crèche, de la pauvreté et de l’essentialité par lesquelles le Fils de Dieu est entré dans le monde. Même les Mages, dont on peut penser qu’ils étaient de condition plus aisée que Marie et Joseph ou que les bergers de Bethléem, se prosternent lorsqu’ils se trouvent devant l’Enfant (cf. Mt 2,11). Ils se prosternent. Ce n’est pas seulement un geste d’adoration, c’est un geste d’humilité. Les mages se mettent au niveau de Dieu en se prosternant sur la terre nue. Et cette kénose, cette descente, cette synkatabasis est la même que celle accomplie par Jésus au dernier soir de sa vie terrestre, quand il « se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il a à la ceinture » (Jn 13, 4-5). L’effarement causé par ce geste provoque la réaction de Pierre, mais à la fin Jésus lui-même donne à ses disciples la juste clé de lecture : « Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur », et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 13-15).

Chers frères et sœurs, en nous souvenant de notre lèpre, en fuyant les logiques de la mondanité qui nous prive de racines et de bourgeons, laissons-nous évangéliser par l’humilité de l’Enfant Jésus. Ce n’est qu’en servant et en considérant notre travail comme un service que nous pouvons vraiment être utiles à tous. Nous sommes ici – moi le premier – pour apprendre à nous agenouiller et à adorer le Seigneur dans son humilité, et non d’autres seigneurs dans leur opulence vide. Nous sommes comme les bergers, nous sommes comme les Mages, nous sommes comme Jésus. Voilà la leçon de Noël : l’humilité est la grande condition de la foi, de la vie spirituelle, de la sainteté. Puisse le Seigneur nous en faire le don, à partir de la manifestation première de l’Esprit en nous : le désir. Ce que nous n’avons pas, nous pouvons au moins commencer à le désirer. Et demander au Seigneur la grâce de pouvoir désirer, de devenir des hommes et des femmes de grands désirs. Et le désir c’est déjà l’Esprit à l’œuvre en chacun de nous.

Joyeux Noël à tous ! Et je vous demande de prier pour moi. Merci !

En souvenir de ce Noël, j’aimerais laisser quelques livres… Mais pour les lire, pas pour les laisser dans la bibliothèque, pour nos proches qui recevront l’héritage ! Tout d’abord, celui d’un grand théologien, inconnu car trop humble, sous-secrétaire de la Doctrine de la Foi, Mgr. Armando Matteo, qui réfléchit un peu sur un phénomène social et à la manière dont il implique à la pastorale. Il s’appelle Convertir Peter Pan. Sur le sort de la foi dans cette société de l’éternelle jeunesse. C’est provocateur, cela fait du bien. Le second est un livre sur les personnages secondaires ou oubliés de la Bible, du Père Luigi Maria Epicoco : La pierre rejetée, et en sous-titre Quand les oubliés se sauvent. C’est beau. C’est pour la méditation, pour la prière. En le lisant, cela m’a rappelé l’histoire de Naaman le Syrien dont j’ai parlé. Et le troisième est d’un Nonce Apostolique, Mgr. Fortunatus Nwachukwu, que vous connaissez bien. Il a réfléchi aux ragots, et j’aime ce qu’il a présenté : que les ragots font « fondre » l’identité. Je vous laisse ces trois livres, et j’espère qu’ils nous aideront tous à avancer. Merci ! Merci pour votre travail et votre collaboration. Merci.

Et nous demandons à la Mère de l’humilité de nous apprendre à être humbles : « Je vous salue Marie… »

Pape François

[1] G. Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Paris 1974, p. 135.

(Avec V. N.)

Dimanche 19 Décembre

En ce quatrième dimanche de l’Avent, le Pape François a médité sur l’élan généreux de Marie vis-à-vis d’Élisabeth, sa parente : « Elle se mit en route avec empressement ». Avant de réciter l’angélus, l’évêque de Rome a invité à faire de cette attitude un modèle pour regarder toujours « vers le haut » et mener sa journée « d’un pas heureux », en aidant autrui.

L’Évangile de la liturgie du jour, quatrième dimanche de l’Avent, relate la visite de Marie à Élisabeth (cf. Lc 1, 39-45). Après avoir reçu l’annonce de l’ange, la Vierge ne reste pas à la maison, repensant à ce qui s’est passé et considérant les problèmes et les imprévus. Au contraire, la première chose à laquelle elle pense, c’est à ceux qui sont dans le besoin : à sa parente Élisabeth, âgée et enceinte.

Marie s’est mise en route avec générosité, sans se laisser intimider par les désagréments du voyage, répondant à un élan intérieur qui l’appelait à être proche et à aider, a tout d’abord rappelé le Pape, resituant le contexte. « Comment ? En partageant sa joie. Marie donne à Élisabeth la joie de Jésus, la joie qu’elle portait dans son cœur et dans son sein », répond le Successeur de Pierre. Marie va donc vers Élisabeth et proclame le Magnificat. Mais pour ce faire, la Vierge -dit le texte– « se mit en route (…) avec empressement » (v.39)

« Elle se leva et partit. Dans la dernière partie du chemin vers l’Avent, laissons-nous guider par ces deux verbes », a ainsi suggéré François, poursuivant : « Se lever et marcher avec empressement : ce sont les deux mouvements que Marie a fait et qu’elle nous invite à faire dans la perspective de Noël ».

Tout d’abord, se lever. Après l’annonce de l’ange, une période difficile s’annonce pour la Vierge : sa grossesse inattendue l’expose à des malentendus et même à de sévères peines : « Imaginez combien de pensées et de tourments elle avait ! Pourtant, elle ne s’est pas découragée, elle n’a pas baissé les bras, mais s’est relevée », a remarqué François, insistant sur le fait « qu’elle ne regardait pas vers le bas, vers les problèmes mais vers le haut, vers Dieu ». Et surtout, « elle ne pensait pas à qui demander de l’aide, mais à qui apporter de l’aide ». « C’est ainsi que Marie est, elle pense toujours aux besoins des autres. Elle fait de même plus tard, aux noces de Cana, lorsqu’elle constate qu’il y a un manque de vin. C’est un problème qui concerne d’autres personnes, mais elle y pense et essaie de trouver une solution », a précisé le Pape.

“Elle ne pensait pas à qui demander de l’aide, mais à qui apporter de l’aide”

Apprenons de la Vierge cette façon de réagir, conseille l’évêque de Rome, développant cette invitation à se lever. « Se lever, surtout lorsque les difficultés menacent de nous écraser. Se lever, pour ne pas s’enliser dans les problèmes, sombrer dans l’apitoiement et dans une tristesse qui paralyse. Mais pourquoi se lever ? Parce que Dieu est grand et qu’il est prêt à nous élever si nous lui tendons la main. Déposons en Lui les pensées négatives, les peurs qui bloquent tout élan et nous empêchent d’avancer ».

Et le Pape d’ajouter : « Faisons comme Marie, regardons autour de nous et cherchons quelqu’un à qui nous pouvons apporter de l’aide ! Y a-t-il une personne âgée que je connais à qui je puisse offrir un peu de compagnie, un service, une gentillesse, un coup de téléphone ? En aidant les autres, nous nous aiderons nous-mêmes à nous relever des difficultés. »

Le deuxième mouvement consiste « à marcher avec empressement ». Cela ne signifie pas qu’il faut procéder avec agitation, de manière précipitée, a d’emblée précisé le Pape. Mais il s’agit au contraire « de mener nos journées d’un pas heureux, en regardant devant nous avec confiance, sans nous traîner à contrecœur, esclaves des plaintes, cherchant toujours quelqu’un à blâmer ».

Le Saint-Père exhorte là à imiter Marie, qui avance d’un pas rapide, comme « ceux qui ont le cœur et la vie plein de Dieu, plein de sa joie », et il encourage à s’interroger : « Demandons-nous donc : comment est mon "pas" ? Suis-je proactif ou est-ce que je m’attarde dans la mélancolie ? Est-ce que j’avance avec espérance ou est-ce que je m’arrête et m’apitoie sur mon sort ? Si nous avançons d’un pas fatigué par les plaintes et les commérages nous n’apporterons Dieu à personne. En revanche, il est si bon de cultiver un sain sens de l’humour, comme le faisaient, par exemple, saint Thomas More ou saint Philippe Néri ».

“Suis-je proactif ou est-ce que je m’attarde dans la mélancolie ? Est-ce que j’avance avec espérance ou est-ce que je m’arrête et m’apitoie sur mon sort ?”

Enfin, le Pape a conclu, invitant « à ne pas oublier » que le premier acte de charité que nous pouvons faire pour notre prochain est simplement « de lui offrir un visage serein et souriant et lui apporter la joie de Jésus, comme Marie l’a fait avec Élisabeth ». « Que la Mère de Dieu nous prenne par la main, nous aide à nous lever et à marcher avec empressement vers Noël ! »

(Avec V. N.)

Mercredi 15 décembre 2021

Le Pape François est revenu sur la figure de Saint Joseph, homme du silence, totalement ouvert à l’action de l’Esprit-Saint : ce trait si caractéristique de l’époux de Marie a été exploré par le Pape ce mercredi devant les fidèles et pèlerins réunis en salle Paul VI du Vatican pour l’audience générale hebdomadaire.

Le parcours de réflexion sur saint Joseph, que propose le Pape depuis quelques semaines, s’est arrêté ce mercredi sur un aspect fondamental de cette figure : le silence. Les Évangiles ne rapportent en effet aucune parole du père adoptif de Jésus. Mais il serait faux d’imputer cette attitude à un caractère « taciturne », ou d’assimiler ce silence à du « mutisme », a précisé d’entrée François. Il s’agit plutôt d’un silence « plein d’écoute », qui révèle « sa grande intériorité » et par lequel Joseph nous invite à « laisser la place à la présence du Verbe fait chair », le Christ. C’est en effet dans le silence que Dieu se manifeste.

Ayant grandi à cette « école » à Nazareth, Jésus n’aura de cesse de chercher des espaces de silence durant ses journées, tout en enjoignant ses disciples à faire de même. « Comme il serait beau que chacun de nous, à l’exemple de saint Joseph, parvienne à retrouver cette dimension contemplative de la vie ouverte précisément par le silence », a alors lancé le Pape aux fidèles, reconnaissant toutefois que cette expérience n’est guère facile, et pour cause : « le silence nous fait un peu peur, car il nous demande d’entrer en nous-mêmes et de rencontrer la partie la plus vraie de nous-mêmes ».

Or, de ces espaces de silences peut « émerger une autre parole, celle de l’Esprit Saint qui habite en nous ». Cette Voix est souvent confondue « avec les milliers de voix des préoccupations, des tentations, des désirs et des espoirs qui nous habitent ». Et sans cet entrainement qui vient de la pratique du silence, « même notre parole peut devenir malade », se transformer même en une « arme dangereuse » -« qui tue plus que l’épée »- lorsqu’elle se confond avec la « flatterie, vantardise, (le) mensonge, médisance et calomnie », a pointé le Pape.

En cultivant le silence, à l’instar de saint Joseph, nous « donnons à l’Esprit la possibilité de nous régénérer, de nous consoler, et nous corriger », « et le bénéfice pour nos cœurs guérira aussi notre langage, nos mots et nos choix », a assuré l’évêque de Rome qui a conclu par une courte prière à saint Joseph, l’homme « qui a uni le silence à l’action » :

“Saint Joseph, homme du silence, toi qui, dans l’Évangile, n’a prononcé aucune parole, apprends nous à nous abstenir de paroles vaines, à redécouvrir la valeur des mots qui édifient, encouragent, consolent, soutiennent. Sois proche de ceux qui souffrent des mots qui blessent, comme les calomnies et les médisances, et aide-nous à toujours unir nos paroles à nos actes. Amen. ”

Au terme de l’audience générale, le Souverain Pontife a appelé à prier pour ce peuple « qui souffre tant ».

« Ces dernières heures, une explosion dévastatrice a eu lieu à Cap-Haïtien, dans le nord d’Haïti, dans laquelle de nombreuses personnes ont perdu la vie, dont beaucoup d’enfants. Pauvre Haïti… Une épreuve après l’autre… C’est un peuple qui souffre. Prions, prions pour Haïti, ce sont des gens bien, des gens religieux, mais ils souffrent tellement. Je suis proche des habitants de cette ville et des familles des victimes ainsi que des blessés. Je vous invite à vous joindre à moi pour prier pour nos frères et sœurs qui souffrent tant ». Ce sont les mots de l’évêque de Rome, prononcés à l’issue de l’audience générale ce mercredi.

Haïti, englué dans les crises et l’extrême pauvreté, a donc été de nouveau touché par un drame, mardi 14 décembre. En tentant d’éviter une collision avec un taxi-moto, un chauffeur d’un camion-citerne a perdu le contrôle de son véhicule qui s’est renversé. De nombreuses personnes en ont alors profité pour recueillir le carburant répandu en usant de récipients de fortune. Une puissante explosion a alors retenti. Le bilan s’élève actuellement à environ 62 morts et une cinquantaine de blessés, dont beaucoup se trouvent dans un état critique.

Quelque 40 habitations autour du lieu de l’explosion ont pris feu à la suite de la déflagration, selon le maire-adjoint, laissant craindre un bilan encore plus lourd. Les hôpitaux, submergés, tentent de faire face à l’afflux de patients qui nécessitent des soins urgents.

Le Premier ministre a décrété trois jours de deuil national à « la mémoire des victimes de cette tragédie qui endeuille la nation haïtienne tout entière ».
Pénurie de carburants et mainmise des gangs

Haïti, pays pauvre des Caraïbes, est en proie à une forte pénurie de carburants en raison de la mainmise des gangs sur une partie du circuit de ravitaillement. Ces derniers mois, les bandes armées ont accru leur emprise sur Port-au-Prince, contrôlant les axes routiers qui conduisent aux trois terminaux pétroliers que compte le pays.

Plus d’une dizaine de véhicules de transport de carburant a été détournée par les gangs, qui ont exigé de fortes rançons pour la libération des chauffeurs, suscitant la colère de la population. L’île a d’ailleurs été le théâtre lundi de manifestations contre l’augmentation des prix de l’essence.

Depuis octobre, les réseaux de télécommunications et les médias ont réduit leurs activités à travers le pays, faute de pouvoir trouver du carburant pour les générateurs thermiques qui alimentent les antennes en électricité.

Cette crise énergétique handicape également lourdement le fonctionnement des rares structures hospitalières d’Haïti.

(Avec V. N.)

Dimanche 12 décembre 2021

Lors de sa méditation dominicale, depuis la fenêtre des appartements pontificaux, le Pape François est revenu sur l’importance de se découvrir soi-même pour comprendre vers quels desseins guide la vie et comment faire concrètement sa part.

Sous un soleil romain éclatant, après la récitation du rosaire en l’honneur de Notre-Dame de Guadalupe place Saint-Pierre, le Pape François, revenant sur la parole du jour, « Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10-18), a rappelé que l’Evangile contenait un enseignement de niveau supérieur : « la vie a une tâche à accomplir pour nous ».

En effet, a expliqué François, la vie n’est pas dénuée de sens ni laissée au hasard, mais « un cadeau que le Seigneur nous fait, en nous disant : découvre qui tu es, et travaille pour réaliser le rêve qu’est ta vie ! », car « Chacun d’entre nous - ne l’oublions pas - est une mission à remplir. » Ainsi, a continué le Saint-Père, il ne faut pas avoir peur de questionner le Seigneur sur le destin qui nous attend.

La question « Que dois-je faire » est d’ailleurs récurrente dans la bible, par exemple, dans les Actes des Apôtres. Alors, « Demandons-nous aussi : qu’est-il bon de faire pour moi et pour les frères ? Comment puis-je contribuer au bien de l’Église, de la société ? », a invité le Souverain pontife, avant de préciser que c’est à cela justement que sert le temps de l’Avent, « s’arrêter et se demander comment se préparer à Noël ». « Nous sommes occupés par tant de préparatifs, par des cadeaux et des choses qui passent, mais demandons-nous ce que nous devons faire pour Jésus et pour les autres ! », a-t-il expliqué.

La réponse à cette question est donnée dans l’Évangile par Jean le Baptiste : face à la foule, aux publicains et aux soldats, il « recommande à ceux qui ont deux tuniques de partager avec ceux qui n’en ont pas ; aux publicains, qui collectent les impôts, il dit : "N’exigez rien de plus que ce qui a été déposé pour vous" (Lc 3,13) ; et aux soldats : "Ne maltraitez pas et n’extorquez rien à personne". (v. 14). » Une réponse spécifique est donc donnée à chaque groupe. « Cela nous offre une leçon précieuse : la foi s’incarne dans la vie concrète. Il ne s’agit pas d’une théorie abstraite et généralisée, elle touche la chair et transforme la vie de chaque personne », a commenté François.

Il faut donc se demander concrètement comment peut-on faire notre part. Une solution serait de prendre un engagement concret, « même petit » a conclu l’évêque de Rome : « par exemple : je peux téléphoner à cette personne seule, rendre visite à cette personne âgée ou malade, faire quelque chose pour servir les pauvres, les nécessiteux. Et encore : peut-être ai-je un pardon à demander, une situation à clarifier, une dette à régler. Peut-être ai-je négligé la prière et après un long moment, il est temps d’approcher le pardon du Seigneur. Trouvons quelque chose de concret et faisons-le ! »

(Avec V. N.)

Mercredi 8 Décembre 2021

Le Pape François a fait l’éloge de l’humilité dans son commentaire de l’Évangile lors de l’angélus en la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Dieu, encore aujourd’hui, veut faire de grandes choses avec nous dans notre vie quotidienne, comme il le fit avec Marie.

Le récit de l’Annonciation est d’abord celui de l’humilité. Dans son commentaire de l’Évangile de Luc (Lc 1, 26-38), le Pape François, depuis la fenêtre du palais apostolique, place Saint-Pierre, replonge les fidèles dans « cette intimité domestique » de la maison de Marie où elle reçut la visite de l’ange. Saluée comme « pleine de grâce », Marie est donc « vide de mal », « sans péché, immaculée » explique le Saint-Père. Ce qui ne la pousse pas à se vanter remarque-t-il. Au contraire, à cette annonce, elle est « toute bouleversée », « elle éprouve de l’étonnement » parce qu’elle se sent « petite à l’intérieur » et c’est « cette petitesse, cette humilité » qui attire le regard de Dieu explique le Pape.

Voilà « un aspect merveilleux du cœur de Marie » : « ayant reçu le plus grand des compliments, elle est troublée parce qu’elle sent que ce qu’elle ne s’attribuait pas lui est adressé », souligne François. Pas de revendication, pas d’exaltation, pas de félicitation. « Dans son humilité, elle sait qu’elle reçoit tout de Dieu, explique le Saint-Père. Elle est donc libre d’elle-même, totalement tournée vers Dieu et vers les autres. Marie Immaculée n’a pas d’yeux pour elle. Voilà la véritable humilité : ne pas avoir d’yeux pour soi mais pour Dieu et pour les autres » poursuit-il.

L’humilité, on la voit également dans le lieu choisi par l’ange pour faire son annonce : entre les murs de la maison de Marie, « dans la discrétion », et non sur la place principale de Nazareth. Et c’est là que « battait le plus grand cœur qu’une créature ait jamais eu ». Et « c’est une nouvelle extraordinaire pour nous » s’exclame le Pape, « parce qu’elle nous dit que le Seigneur, pour faire des merveilles, n’a pas besoin de grands moyens ou de nos hautes capacités mais de notre humilité, de notre ouverture à Lui et aux autres ». « Dieu a changé l’histoire », affirme François, entre les pauvres murs d’une petite maison. Et ce qu’Il fit avec Marie, Il le fait avec nous « dans notre vie quotidienne : en famille, au travail, dans nos environnements de tous les jours », « plus que dans les grands événements de l’histoire ».

François interpelle alors les fidèles : « est-ce que nous y croyons ? Ou pensons-nous que la sainteté est une utopie, quelque chose pour les initiés, une illusion pieuse incompatible avec la vie ordinaire ? ». Il demande ensuite à la Vierge de nous libérer de « l’idée trompeuse selon laquelle l’Évangile est une chose et la vie en est une autre » ; de nous éclairer avec enthousiasme « pour l’idéal de la sainteté » qui consiste à « vivre chaque jour ce qui nous arrive avec humilité et joie, libres de nous-mêmes, les yeux tournés vers Dieu et vers le prochain que nous rencontrons ». « Ne perdons pas le courage » exhorte François, « le Seigneur nous a donné à tous un bon tissu pour tisser la sainteté dans notre vie quotidienne ! Et lorsque nous sommes assaillis par le doute de ne pas réussir, la tristesse d’être insuffisants, laissons-nous regarder par les "yeux miséricordieux" de la Vierge, car personne qui a demandé son aide n’a jamais été abandonné ! ».

Après la prière de l’angélus, le Pape François est revenu sur son voyage à Chypre et en Grèce. Il est revenu sur ses rencontres avec les orthodoxes, saluant l’accueil reçu et vantant les graines d’espérance semées. Il a évoqué le sort des personnes réfugiées, demandant de réagir à notre indifférence envers eux.

Il y a d’abord les remerciements envers les Chypriotes et les Grecs, les autorités civiles et religieuses, pour leur « affection » et leur « gentillesse » envers le Saint-Père. À Chypre, « perle de la Méditerranée », « perle d’une rare beauté », mais portant « l’empreinte des barbelés » et « la douleur d’un mur qui la divise », François s’est senti comme dans une famille. Il souhaite que l’île soit « toujours un laboratoire de fraternité, où la rencontre l’emporte sur la confrontation, où nous accueillons nos frères et sœurs, surtout lorsqu’ils sont pauvres, rejetés, immigrés ».

En Grèce, à Athènes, il s’est senti « immergé dans la grandeur de l’histoire, dans la mémoire de l’Europe : humanisme, démocratie, sagesse, foi ». Dans chacun des deux pays, il a fait l’expérience « de la mystique de l’ensemble » lors de ses nombreuses rencontres avec les communautés orthodoxes et catholiques.

Il y a eu aussi la rencontre avec les personnes exilées. « Face à l’histoire, face à ceux qui émigrent, nous ne pouvons pas nous taire, nous ne pouvons pas nous détourner » affirme-t-il de nouveau. « À Chypre comme à Lesbos, j’ai pu regarder dans les yeux de cette souffrance : s’il vous plaît, regardons dans les yeux des personnes rejetées que nous rencontrons, laissons-nous provoquer par les visages des enfants, des enfants de migrants désespérés. Laissons-nous émouvoir par leur souffrance pour réagir à notre indifférence ; regardons leurs visages, pour nous réveiller du sommeil de l’habitude ! ».

La dimension œcuménique de ce voyage n’est pas oubliée. Le Pape confie ainsi son émotion quand, à Chypre, son « cher frère orthodoxe Chrysosotomos » a parlé de l’Église Mère. « En tant que chrétiens, nous suivons des chemins séparés, mais nous sommes les enfants de l’Église de Jésus, qui est Mère et qui nous accompagne, nous protège et nous fait avancer, tous frères ». Il relate aussi sa rencontre avec Hieronymos, le patriarche orthodoxe de Grèce, d’abord chez lui puis à la nonciature. « Je chéris cette fraternité dans mon cœur, partage le Pape. Je confie à la Sainte Mère de Dieu les nombreuses graines de rencontre et d’espérance que le Seigneur a semées sur ce pèlerinage. Je vous demande de continuer à prier pour qu’ils germent dans la patience et s’épanouissent dans la confiance » ajoute-t-il.

Lors de ces saluts, François a évoqué également la fin de l’année consacrée à saint Joseph et du jubilé de Lorette qui s’achèvera ce jeudi. « Que la grâce de ces événements continue à agir dans nos vies et dans celles de nos communautés. Que la Vierge Marie et Saint Joseph nous guident sur le chemin de la sainteté ! » a-t-il souhaité.

(Avec V. N.)

Dimanche 5 décembre 2021

Le Saint-Père poursuit son voyage en Grèce, seconde étape de son 35ème voyage apostolique après l’île de Chypre qu’il a quittée hier ; de retour sur l’île grecque de Lesbos après sa première visite du 16 avril 2016, le Pape François y a lancé un ferme appel à la solidarité avec les migrants et réfugiés en dénonçant à nouveau l’indifférence, "signe" d’un naufrage de civilisation.

Arrivé au Centre de réception et d’identification de Mytilène vers 9h30, le Pape François a tout d’abord longuement déambulé à la rencontre des migrants, prenant notamment le temps de saluer les femmes et les enfants. De nombreux migrants musulmans, venus d’Afghanistan, lui ont exprimé un profond respect. François a été accueilli sous la tente au rythme d’une chorale d’Africains francophones, chantant « rendez grâce au Seigneur car il est bon », sous les applaudissement des personnalités présentes, y compris la présidente grecque.

Dans son allocution d’accueil, la présidente Ekaterina Sakellaropoulou a mis en avant les progrès revendiqués par l’État grec dans l’accueil des migrants et réfugiés, par rapport à la précédente visite du Pape à Lesbos en 2016, et elle a remercié le Pape pour son soutien aux plus pauvres et aux personnes persécutées.

L’archevêque catholique du diocèse de Naxos, qui compte l’île de Lesbos sous sa juridiction, a souligné « l’humanité et l’ouverture d’esprit des habitants vis-à-vis des réfugiés ». « Votre parole fortifie les Bons Samaritains de ces îles », des orthodoxes et des catholiques qui apportent leur soutien aux migrants et réfugiés, notamment avec les structures de la Caritas, a expliqué Mgr Printezis au Pape François.

Un homme venu de République démocratique du Congo, Christian, âgé d’une trentaine d’années, a témoigné en français de son parcours depuis son arrivée en Grèce en novembre 2020. Il a dit sa peine de ne pas avoir de nouvelles de sa femme et de l’un de ses enfants, mais a souligné « l’humanisme » de la population et des autorités grecques, et l’aide de la paroisse « qui m’a porté et chéri comme un enfant, et dans laquelle je prie le Seigneur notre Dieu ». « Comme réfugié, je suis un pèlerin, demandeur d’asile à la recherche d’un lieu et d’un abri sûr, de paix, de la survie de ma famille et de l’éducation de mes deux enfants, suite à la persécution et menace de mort dans mon pays d’origine », a-t-il confié, en remerciant le Pape pour son fidèle soutien.

Len Meachim, un homme faisant partie de la communauté catholique locale de Lesbos, s’est ensuite exprimé en anglais, revenant sur l’expérience de la « main tendue » aux migrants, parmi lesquels des familles chrétiennes qui « ont apporté un regain de vie dans notre communauté ». Ils ont « enrichi notre communauté par leur joie, leur enthousiasme », s’est-il réjoui, en exprimant aussi sa reconnaissance pour le soutien financier dont cette petite communauté catholique a bénéficié pour relever ce défi.

« Nos amis finissent pas nous quitter, et par quitter cette île, en continuant leur voyage. Mon espoir profond est qu’une main d’amitié leur soit tendue, et les soutienne lorsqu’ils atteignent leur destination finale, leur terre promise. Mon expérience personnelle m’amène à une ferme conviction : la conviction qu’ils ont autant à nous offrir que nous avons à leur offrir », a expliqué Len Meachim.

« Je suis là pour voir vos visages, pour vous regarder dans les yeux. Des yeux remplis de peur et d’attente, des yeux qui ont vu la violence et la pauvreté, des yeux embués par trop de larmes », a lancé le Pape au début de son discours, prononcé avec compassion mais aussi avec fermeté. Face à cette « crise humanitaire qui nous concerne tous », personne ne doit se complaire dans sa peur et détourner le regard.

Dans un monde marqué par de nombreuses crises, comme le changement climatique et la pandémie de Covid-19, le défi migratoire ne peut pas être esquivé, car « ce n’est qu’en étant réconcilié avec les plus faibles que l’avenir sera prospère. Parce que lorsque les pauvres sont rejetés, c’est la paix qui est rejetée. Le repli sur soi et les nationalismes - comme l’histoire nous l’enseigne – mènent à des conséquences désastreuses. L’avenir nous met de plus en plus en contact les uns avec les autres. Pour en faire un bien, ce sont les politiques de grande envergure qui sont utiles, et non les actions unilatérales », a averti François.

« En ce dimanche, je prie Dieu de nous réveiller de l’oubli de ceux qui souffrent, de nous secouer de l’individualisme qui exclut, de réveiller les cœurs sourds aux besoins des autres », a insisté François. « Luttons à la racine contre cette pensée dominante, cette pensée qui se concentre sur son propre moi, sur les égoïsmes personnels et nationaux, qui deviennent la mesure et le critère de toute chose », a exhorté le Pape, dans une allusion claire aux dérives populistes qui rythment la vie politique de nombreux pays, en Europe et au-delà, et qui séduisent de nombreux catholiques.

Par rapport à sa précédente visite de 2016 à Lesbos, le Pape a relevé les efforts menés par les autorités locales et par la population pour « financer et construire des structures d’accueil dignes, et je remercie de tout cœur la population locale pour tout le bien accompli et les nombreux sacrifices consentis ».

Néanmoins, il a relevé avec gravité que de nombreux dirigeants européens ne sont pas à la hauteur du défi. « Il faut admettre avec amertume que ce pays, comme d’autres, est encore en difficulté, et que certains en Europe persistent à traiter le problème comme une affaire qui ne les concerne pas. Comme ces conditions sont indignes de l’homme ! Combien de hotspot où les migrants et les réfugiés vivent dans des conditions à la limite de l’acceptable, sans entrevoir de solutions ! Pourtant, ce respect des personnes et des droits humains, surtout dans le continent qui les promeut dans le monde, devrait toujours être sauvegardé, et la dignité de chacun passer avant tout ! Il est triste d’entendre proposer, comme solution, l’utilisation de fonds communs pour construire des murs, pour construire des fils barbelés », a-t-il tonné.

« Bien sûr, les peurs et les insécurités, les difficultés et les dangers sont compréhensibles, a-t-il reconnu. La fatigue et la frustration se font sentir, exacerbées par les crises économique et pandémique, mais ce n’est pas en élevant des barrières que l’on résout les problèmes et que l’on améliore la vie en commun. Au contraire, c’est en unissant nos forces pour prendre soin des autres, selon les possibilités réelles de chacun et dans le respect de la loi, en mettant toujours en avant la valeur irrépressible de la vie de tout homme, de toute femme, de toute personne », a martelé François, en reprenant les paroles d’Elie Wiesel lors de son discours d’acceptation du prix Nobel de la Paix, en décembre 1986 : « Lorsque des vies humaines sont en danger, lorsque la dignité humaine est en danger, les frontières nationales deviennent sans objet ».

« Dans diverses sociétés, on oppose de façon idéologique sécurité et solidarité, local et universel, tradition et ouverture, a regretté François. Plutôt que de prendre parti pour des idées, il peut être utile de partir de la réalité : s’arrêter, étendre son regard, l’immerger dans les problèmes de la plus grande partie de l’humanité, de tant de populations victimes d’une urgence humanitaire qu’elles n’ont pas causée mais seulement subie, souvent après de longues histoires d’exploitation qui durent encore. »

L’évêque de Rome a donc lancé cette question en forme d’avertissement. « Il est facile de mener l’opinion publique en diffusant la peur de l’autre ; pourquoi, au contraire, ne pas parler avec la même vigueur de l’exploitation des pauvres, des guerres oubliées et souvent largement financées, des accords économiques conclus aux dépens des populations, des manœuvres secrètes pour le trafic et le commerce des armes en provoquant leur prolifération ? »

« Il n’y a pas de réponses faciles aux problèmes complexes », a reconnu le Pape, invitant à « accompagner les processus de l’intérieur pour surmonter les ghettoïsations et de favoriser une intégration lente et indispensable, afin d’accueillir les cultures et les traditions des autres de manière fraternelle et responsable ».
La mer Méditerranée devenue un gigantesque cimetière

François a invité à regarder « le visage des enfants. Ayons le courage d’éprouver de la honte devant eux, qui sont innocents et représentent l’avenir. Ils interpellent nos consciences et nous interrogent : “Quel monde voulez-vous nous donner ?” »

« Ne fuyons pas trop vite les images crues de leurs petits corps gisants sur les plages. La Méditerranée, qui a uni pendant des millénaires des peuples différents et des terres éloignées, est en train de devenir un cimetière froid sans pierres tombales. Ce grand plan d’eau, berceau de tant de civilisations, est désormais comme un miroir de la mort. Ne permettons pas que la Mare Nostrum se transforme en une désolante mare mortuum, que ce lieu de rencontre devienne le théâtre de conflits ! Ne laissons pas cette “mer des souvenirs” devenir la “mer de l’oubli”. Je vous en prie, arrêtons ce naufrage de civilisation ! », a supplié l’évêque de Rome.
L’indifférence est une offense à Dieu

« C’est Dieu que l’on offense, en méprisant l’homme créé à son image, en le laissant à la merci des vagues, dans le clapotis de l’indifférence, parfois même justifié au nom de prétendues valeurs chrétiennes. La foi, au contraire, exige compassion et miséricorde », a martelé l’évêque de Rome. En citant l’encyclique Deus Caritas est de son prédécesseur Benoît XVI, le Pape François a répété que le programme chrétien requiert « un cœur qui voit ». Il a remercié le peuple grec pour son humanité et son hospitalité.

Avant de prononcer la prière de l’Angélus, le Pape a conclu son discours en invitant à confier ces personnes migrantes à l’intercession de Marie. « Combien de mères enceintes ont trouvé la mort dans la précipitation et en voyage alors qu’elles portaient la vie dans leur sein ! Que la Mère de Dieu nous aide à avoir un regard maternel, qui voit dans les hommes des enfants de Dieu, des sœurs et des frères à accueillir, à protéger, à promouvoir et à intégrer. Et à aimer tendrement. Que la Mère Toute Sainte nous apprenne à faire passer la réalité de l’homme avant les idées et les idéologies, et à nous hâter à la rencontre de ceux qui souffrent », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Mercredi 1er décembre 2021

Le Pape François a poursuivi lors de l’audience générale, salle Paul VI, son cycle de catéchèses sur Joseph. Il s’est arrêté sur le fait qu’il était « juste » et « fiancé à Marie ». Ce fut l’occasion pour le Saint-Père d’adresser un message aux fiancés.

La première qualité de Joseph, c’est sa justice. Il est « juste » comme l’écrit Matthieu dans son Évangile. Tout d’abord parce qu’il était « soumis à la loi comme tout Israélite pieux », mais aussi parce que « son amour pour Marie et sa confiance en elle, lui suggèrent une voie qui sauvera le respect de la loi et l’honneur de son épouse ». Selon la loi, Joseph aurait pu répudier Marie à l’annonce de sa grossesse alors qu’ils n’étaient encore que fiancés. Mais « il décide de lui donner l’acte de répudiation en secret, sans tapage, sans la soumettre à une humiliation publique ».

C’est ensuite que l’Ange du Seigneur lui demande de reprendre Marie et de s’occuper de son fils. Il lui révèle « un sens plus grand que sa propre justice », raconte le Pape, précisant : « Combien est-il important pour chacun de nous de cultiver une vie juste et en même temps de sentir que nous avons toujours besoin de l’aide de Dieu ». Cela nous permet d’élargir les horizons et de voir les choses sous un autre angle. Derrière certaines circonstances de la vie dramatiques au départ, la Providence se cache, la Providence qui « prend forme et illumine de sens même la douleur qui nous a frappés », poursuit François.
Du coup de foudre à l’amour mature

« Dieu semble s’insérer comme à l’improviste dans leur vie et, malgré quelques difficultés initiales, tous deux ouvrent leur cœur à la réalité qui s’offre à eux », remarque le Pape. Il souligne que « très souvent, notre vie n’est pas telle que nous l’imaginons ». C’est le cas en amour : « Nous avons du mal à passer de la logique du coup de foudre à celle de l’amour mature », note-t-il. « Aimer, ce n’est pas attendre de l’autre ou de la vie qu’ils correspondent à notre imagination : c’est plutôt choisir en toute liberté d’assumer la vie telle qu’elle nous est offerte ». Joseph le prouve en choisissant Marie « les yeux ouverts », relève le Saint-Père.

Passer à l’amour mature est « un choix exigeant », concède-t-il, qui, « au lieu d’emprisonner la vie, peut renforcer l’amour pour qu’il soit durable face aux épreuves du temps ». Notamment des disputes : « Que les époux se disputent, c’est notre pain quotidien », affirme-t-il. Mais « ne jamais finir la journée sans faire la paix », « parce que la guerre froide du jour d’après est très dangereuse », précise-t-il comme il a eu l’occasion de le dire souvent au cours de son pontificat.

Au terme de l’audience, le Pape a évoqué la Journée mondiale contre le SIDA. « C’est une occasion importante pour se souvenir des nombreuses personnes affectées par ce virus et pour qui pour nombre d’entre elles, dans certains endroits du monde, l’accès à des soins essentiels n’est pas disponible » a déclaré François avant de renouveler son appel à « un engagement solidaire pour garantir des traitements sanitaires équitables et efficaces ».

Le Saint-Père a également parlé de son prochain voyage à Chypre et en Grèce, deux pays « riches d’histoire, de spiritualité et de civilisation ». « Ce sera un voyage aux sources de la foi apostolique et de la fraternité entre les chrétiens de diverses confessions », a-t-il présenté. « J’aurai aussi l’opportunité d’approcher une humanité blessée dans la chair de tant de migrants en quête d’espérance » a-t-il ajouté, en citant une de ses étapes, Lesbos, où il se rendra dimanche pour visiter le camp de Mytilène.

(Avec V. N.)

Dimanche 28 novembre 2021

En ce premier dimanche de préparation à Noël, le Pape François a délivré une forte catéchèse sur l’indispensable éveil de l’âme grâce à la prière, pour lutter contre le premier des ennemis spirituels : l’acédie. Ainsi, « restez éveillés et priez en tout temps ».

« L’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui, premier dimanche de l’Avent, nous parle de la venue du Seigneur à la fin des temps. Jésus annonce des événements sombres et des tribulations, mais c’est précisément à ce moment-là qu’il nous invite à ne pas avoir peur », a commencé le Pape, citant l’Évangile de Luc 21,28. « Pourquoi ? Parce que tout va bien se passer ? Non, mais parce qu’Il viendra. Il dit : " redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche." »

Il est bon d’entendre cette parole d’encouragement, se redresser et relever la tête parce que c’est précisément dans les moments où tout semble fini que le Seigneur vient nous sauver, a rappelé l’évêque de Rome, invitant à l’attendre « avec joie » « même au milieu des tribulations, dans les crises de la vie et les drames de l’histoire ». Mais comment relever la tête, comment ne pas se laisser absorber par les difficultés, les souffrances et les défaites ? a-t-il interrogé. Jésus répond avec un appel déterminant : celui de l’éveil. « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse [...]. Restez éveillés et priez en tout temps » (vv. 34.36).

« Restez éveillés », la vigilance devient le maître mot. « Les paroles du Christ nous montrent que la vigilance est liée à l’attention : être attentif, ne pas se laisser distraire, c’est-à-dire rester éveillé ! La vigilance signifie ceci : ne permettez pas à votre cœur de devenir paresseux et à votre vie spirituelle de se ramollir dans la médiocrité », a remarqué le Successeur de Pierre, mettant soigneusement en garde contre le fait d’être des « chrétiens endormis ». « Nous le savons qu’il y en a beaucoup, des chrétiens anésthésiés par les mondanités ! », a regretté le Pape, « sans élan spirituel, sans ardeur dans la prière, sans enthousiasme pour la mission, sans passion pour l’Évangile ». Cela conduit en effet à une sinistre « somnolence », à poursuivre les choses par inertie, à tomber dans l’apathie, indifférent à tout, sauf à ce qui nous arrange. Une vie triste en somme, sans bonheur, a soupiré le Saint-Père.

“Ne permettez pas à votre cœur de devenir paresseux et à votre vie spirituelle de se ramollir dans la médiocrité”

« Nous devons être vigilants afin de ne pas traîner nos journées dans l’habitude, afin de ne pas être alourdis -dit Jésus- par les fardeaux de la vie » (cf. v. 34), a insisté le Pape, en profitant de ce premier dimanche de l’Avent pour se demander : « Qu’est-ce qui pèse sur mon esprit ? Qu’est-ce qui me pousse à m’asseoir dans le fauteuil de la paresse ? Quels sont les médiocrités qui me paralysent, les vices qui m’écrasent au sol et m’empêchent de relever la tête ? Et par rapport aux fardeaux qui pèsent sur les épaules des frères, suis-je attentif ou indifférent ? »

“Quels sont les médiocrités qui me paralysent, les vices qui m’écrasent au sol et m’empêchent de relever la tête ?”

Ces questions sont bonnes pour nous, car elles aident à préserver le cœur de l’acédie, qui est un grand ennemi de la vie spirituelle, a poursuivi le Saint-Père, vilipendant l’acédie, cette paresse qui plonge dans la tristesse, qui enlève la joie de vivre et l’envie de faire. « C’est un esprit maléfique qui enferme l’âme dans la torpeur, la privant de la joie. Le livre des Proverbes dit : « Veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie. » (Pr 4,23). Veille sur ton cœur : c’est la vigilance ! »
La prière est la lampe du cœur

Et le Souverain pontife d’ajouter un ingrédient essentiel : le secret pour être vigilant est la prière. Car Jésus dit : « Restez éveillés et priez en tout temps » (Lc 21,36). « C’est la prière qui maintient la lampe du cœur allumée. Surtout lorsque nous sentons que notre enthousiasme s’est refroidi, la prière le ravive, car elle nous ramène à Dieu, au centre des choses ». « La prière réveille l’âme du sommeil et la concentre sur ce qui compte, sur le but de l’existence. Même dans les journées les plus chargées, nous ne négligeons pas la prière », a ainsi exhorté le Saint-Père, conseillant pour nous aider de répéter par exemple de courtes invocations pendant l’Avent : « Viens, Seigneur Jésus ». « Répétons cette prière tout au long de la journée : l’âme restera vigilante ! »

Après la prière de l’angélus, le Pape François est revenu sur le sort des migrants morts en Manche cette semaine, sur ceux coincés à la frontière entre la Pologne et le Bélarus, et sur ceux qui tentent de traverser la Méditerranée. Le Saint-Père a renouvelé son appel aux autorités pour trouver des solutions et a rendu hommage aux associations, notamment les Caritas, engagées auprès de ces personnes.

« Combien de migrants sont exposés, y compris ces jours-ci, à de très graves dangers, et combien perdent la vie à nos frontières ! » s’est exclamé gravement le Pape après la prière de l’angélus, place Saint-Pierre, en ce premier dimanche de l’Avent. Une nouvelle fois, François exprime sa douleur pour ces personnes en quête d’une vie meilleure et qui ne trouvent qu’« une tombe ».

Ses pensées vont tout d’abord « à ceux qui sont morts dans la Manche, à ceux aux confins du Bélarus, dont beaucoup sont des enfants, à ceux qui se noient dans la Méditerranée ». Le Saint-Père évoque également le sort de ceux qui sont ramenés en Afrique du Nord, qui « sont capturés par des trafiquants qui les réduisent en esclavage : ils vendent les femmes, torturent les enfants ». « Sachez que je vous suis proche », confie le Pape, assurant tous ces migrants de ses prières et d’une place dans son cœur.

François en profite pour remercier « toutes les institutions qu’elles soient de l’Église catholique ou d’ailleurs, spécialement les Caritas nationales et tous ceux qui sont engagés pour soulager les souffrances » des migrants. Et de renouveler aux autorités civiles et militaires son appel « afin que la compréhension et le dialogue prévalent finalement sur tout type d’instrumentalisation et orientent les volontés et les efforts vers des solutions qui respectent l’humanité de ces personnes. Pensons aux migrants, à leurs souffrances et prions en silence ».

Le Pape avait rencontré samedi 27 novembre des membres d’associations et de groupes de migrants, ainsi que de personnes qui, « dans un esprit de fraternité », en partagent le chemin. Ils étaient présents place Saint-Pierre ce dimanche avec un immense drapeaux composés de drapeaux de pays du monde entier.

(Avec V. N.)

Dimanche 21 novembre 2021

Le Pape François, avant la récitation de la prière de l’angélus, en ce dernier dimanche du temps ordinaire, Solennité du Christ, Roi de l’Univers, a proposé une méditation sur la royauté de Jésus qui est « vraiment au-delà des paramètres humains ».

Après avoir célébré la messe, dans la basilique Saint-Pierre, pour la Solennité du Christ-Roi de l’Univers, en cette 36e Journée mondiale de la Jeunesse, le Pape François, prenant appui sur l’Évangile du jour selon Saint Jean, a observé la particularité de la royauté de Jésus. « Ma royauté n’est pas de ce monde », affirme le Christ, s’adressant à Pilate. (Jn 18,36). Le Christ « fuit toute quête de grandeur mondaine, mais il rend le cœur de ceux qui le suivent libre et souverain ».

Il n’est pas roi comme les autres, mais il est roi pour les autres, a relevé le Saint-Père. Jésus « ne vient pas pour dominer, mais pour servir. Il ne vient pas avec des signes de puissance, mais avec la puissance des signes. Il n’est pas revêtu de précieux insignes, mais se tient nu sur la croix ». Et c’est précisément dans l’inscription sur la croix que Jésus est appelé “roi” (cf. Jn 19,19).

Le Pape a ensuite mis en lumière la liberté du Christ et en a défini les contours, rappelant qu’Il libère les cœurs. « Jésus se montre souverainement libre du désir de renommée et de gloire terrestre ». Non seulement Jésus fuit toute quête de grandeur mondaine, mais Il rend le cœur de ceux qui le suivent libre et souverain, a affirmé le saint-Père, qui s’exprimait entouré de deux jeunes romains.

« Lui, chers frères et sœurs, nous libère de l’asservissement au mal. Son royaume est libérateur, il n’a rien d’oppressant. Il traite chaque disciple comme un ami, et non comme un sujet » et « ne trace pas de lignes de séparation entre lui et les autres mais désire avoir des frères avec lesquels il puisse partager sa joie » (cf. Jn 15,11).

« Savons-nous imiter le Christ ? », a interpellé le Pape, s’adressant aux fidèles rassemblés place Saint-Pierre. « Savons-nous comment gouverner notre tendance à être continuellement approuvés, ou faisons-nous tout pour être estimés par les autres ? Dans ce que nous faisons, en particulier dans notre engagement chrétien, les applaudissements ou le service comptent-ils ? ».

En suivant le Christ, « on ne perd pas, mais on gagne en dignité », a déclaré le saint-Père, parce qu’ « Il ne veut pas de servilité autour de lui, mais des personnes libres ». Et cette liberté de Jésus nous la découvrons en revenant à sa déclaration devant Pilate : "Je suis roi”. “Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité” (Jn 18,37).

La liberté de Jésus vient de la vérité, a insisté le Pape, et “la vérité vous rendra libres”. (cf. Jn 8, 32). Elle n’est pas une idée, quelque chose d’abstrait, a-t-il poursuivit, c’est une réalité, « c’est Lui-même qui fait la vérité en nous, il nous libère des faussetés que nous avons en nous. En étant avec Jésus, nous devenons vrais ». « La vie d’un chrétien n’est pas une récitation dans laquelle vous pouvez porter le masque qui vous convient le mieux. Car lorsque Jésus règne dans le cœur, il le libère de l’hypocrisie, du subterfuge, de la duplicité ».

Le Christ est notre roi car il permet le détachement de ce qui pollue la vie, la rendant ambiguë, opaque, triste, a indiqué le Pape, reconnaissant que « nous devons toujours accepter nos limites et nos défauts. Nous sommes tous des pécheurs, mais corrompus jamais ! », s’est-il exclamé, concluant sur cet appel à nous placer sous la protection du Christ, pour ne pas devenir corrompus, faux, et enclins à dissimuler la vérité.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 Novembre 2021

Après une série de catéchèses sur la lettre de Paul aux Galates, le Pape François a ouvert mercredi 17 novembre en salle Paul VI du Vatican un nouveau cycle dédié à la figure de saint Joseph, patron de l’Église universelle. Le Saint-Père a décrit Joseph de Nazareth, en ces temps de crises, comme un soutien, un réconfort et un guide, dont l’exemple et le témoignage peuvent nous éclairer

Saint Joseph sera donc au cœur des prochaines catéchèses du Pape François en cette année spéciale qui lui est dédiée et après la publication par le Saint-Père de la Lettre apostolique Patris corde. L’étymologie de son nom nous aide tout d’abord à mieux le cerner : Joseph signifie en hébreu « Que Dieu augmente, que Dieu fasse grandir ». Joseph est ainsi « un homme plein de foi en Dieu, en sa providence » souligne François. « Toutes ses actions relatées dans l’Évangile, sont dictées par la certitude que Dieu "fait croître", "augmente", "ajoute", c’est-à-dire que Dieu poursuit son dessein de salut. Et en cela, Joseph de Nazareth ressemble beaucoup à Joseph d’Égypte » avec qui il partage le nom.

Les villes qui lui sont liées contribuent aussi à la compréhension de sa figure. Bethléem signifie « Maison du pain » ou « Maison de la viande », ce qui renvoie « au mystère eucharistique » explique François. Joseph est lié à cette ville via sa lignée qui remonte à Ruth. Et c’est à Bethléem que devra sortir celui qui doit gouverner Israël comme l’avait prédit le prophète Michée. « Le Fils de Dieu ne choisit pas Jérusalem comme lieu de son incarnation, mais Bethléem et Nazareth, deux villages périphériques, loin des clameurs de la chronique et du pouvoir de l’époque » relève le Pape.

Ce choix « nous indique que la périphérie et la marginalité sont favorisées par Dieu. Ne pas prendre au sérieux cette réalité revient à ne pas prendre au sérieux l’Évangile et l’œuvre de Dieu, qui continue à se manifester dans les périphéries géographiques et existentielles. En particulier, Jésus va à la recherche des pécheurs, entre dans leurs maisons, leur parle, les appelle à la conversion. Il va chercher les pécheurs qui ont fait du mal, et il va chercher aussi ceux qui n’ont pas fait de mal mais qui l’ont subi, comme les malades, les affamés, les pauvres, les derniers. Jésus va toujours vers les périphéries et cela doit nous donner beaucoup de confiance, non ? » poursuit le Saint-Père.

François dresse ensuite un parallèle avec notre époque, pas très différente de celle de Joseph. C’est à partir des périphéries que l’Église est appelée à annoncer la bonne nouvelle affirme-t-il. Joseph, par sa confiance dans le plan de Dieu pour lui et sa fiancée « rappelle à l’Église de fixer son regard sur ce que le monde ignore délibérément ». « En ce sens, il est véritablement un maître de l’essentiel ».

Le Pape exhorte donc à lui demander d’intercéder pour que « toute l’Église retrouve cette clairvoyance, cette capacité de discerner et d’évaluer l’essentiel. Repartons de Bethléem, repartons de Nazareth ». Et de s’adresser aux hommes et femmes qui vivent dans les périphéries géographiques les plus oubliées du monde ou qui connaissent des situations de marginalisation existentielle : « puissiez-vous trouver en saint Joseph le témoin et le protecteur vers lequel vous tourner ». Le Saint-Père a conclu en adressant cette prière :

Saint Joseph,
toi qui toujours as fait confiance à Dieu,
et as fait tes choix
guidé par sa providence
apprends-nous à ne pas tant compter sur nos projets
mais sur son dessein d’amour.
Toi qui viens des périphéries
aides-nous à convertir notre regard
et à préférer ce que le monde rejette et marginalise.
Réconforte ceux qui se sentent seuls
et soutiens ceux qui travaillent en silence
pour défendre la vie et la dignité humaine.
Amen.

(Avec V. N.)

Dimanche 14 novembre 2021

Le Pape a prononcé l’Angélus de ce dimanche depuis la fenêtre des appartements pontificaux, en rappelant que chaque chrétien est appelé à investir sur l’éternité, et non pas sur les biens de ce monde.

« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas », assure Jésus dans l’Évangile du jour. « C’est un message précieux pour nous, pour nous orienter dans les choix importants de la vie », a expliqué le Pape. Ce n’est pas facile de suivre Jésus, a-t-il reconnu : « Les choses qui tombent sous nos sens et nous donnent une satisfaction immédiate nous attirent, alors que les paroles du Seigneur, bien que belles, vont au-delà de l’immédiateté et demandent de la patience ».

Il faut fonder sa vie sur le roc, en se demandant « quel est le centre, le cœur battant de la Parole de Dieu ? Qu’est-ce qui, finalement, donne de la solidité à la vie et qui n’aura jamais de fin ? ». Le Pape l’a redit, en citant la Lettre de saint Paul aux Corinthiens : « La charité ne finira jamais ».

« Celui qui fait le bien investit pour l’éternité. Quand nous voyons une personne généreuse et serviable, douce, patiente, qui n’est pas envieuse, qui ne médit pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil, ne manque pas de respect, celle-ci est une personne qui construit le Ciel sur la terre. Peut-être qu’elle n’aura pas de visibilité, qu’elle ne fera pas carrière, et pourtant, ce qu’elle fait ne sera pas perdu. Parce que le bien n’est jamais perdu », a insisté François

« Et nous, sur quoi sommes-nous en train d’investir la vie ? » , a-t-il demandé, en rappelant que, pour comprendre ce qui est vraiment essentiel, il faut toujours se situer par rapport à la perspective de la mort. « Quand arrive le moment du départ, nous devons tout laisser », a averti le Pape. Avant toute décision importante, il faut donc se tenir « devant Jésus, comme à la fin de la vie, devant Lui qui est amour », et ainsi, en se situant « au seuil de l’éternité, prenons la décision pour aujourd’hui », a exhorté le Pape.

Que la sainte Vierge « nous aide à accomplir les choix importants de la vie comme elle l’a fait elle-même : selon l’amour, selon Dieu », a conclu François.

Après avoir récité la prière de l’Angélus, outre son appel aux responsables politiques après la conclusion de la COP26, le Pape est revenu sur la célébration de la Journée mondiale des pauvres, qui avait cette année pour thème « Les pauvres, vous en aurez toujours avec vous ». « L’humanité progresse, se développe, mais les pauvres sont toujours avec nous, il y en a toujours, et le Christ est présent en eux. Avant-hier, à Assise, nous avons vécu un moment fort de témoignage et de prière, que je vous invite à reprendre, cela vous fera du bien. Et je suis reconnaissant pour les nombreuses initiatives de solidarité qui ont été organisées dans les diocèses et les paroisses du monde entier », a souligné François.

Avant de saluer la foule, le Pape a aussi évoqué la Journée mondiale du diabète, « une maladie chronique qui afflige de nombreuses personnes, même des jeunes et des enfants. Je prie pour eux tous, et pour ceux qui en partagent la fatigue chaque jour, comme aussi pour les opérateurs sanitaires et les volontaires qui les assistent. »

(Avec V. N.)

Mercredi 10 novembre 2021

La catéchèse de ce mercredi portait sur un extrait de la lettre aux Galates (Gal 6, 9-10.18). Le Pape François a commenté la manière dont Saint Paul annonçait l’Évangile, et ce que son témoignage peut susciter en nous : l’enthousiasme et la conscience de nos limites, qui rend nécessaire le soutien du Seigneur.

L’audience générale de ce mercredi est venue conclure un cycle de catéchèses sur la Lettre aux Galates. Dans cette lettre, « l’Apôtre Paul nous a parlé en évangélisateur, en théologien et en pasteur », a résumé François.

Saint Paul a su contempler « le mystère du Christ et l’a transmis par son intelligence créative ». Auprès des communautés à évangéliser, il a « affirmé son autorité d’apôtre, mais en même temps il n’a pas caché les faiblesses de son caractère ». La puissance de l’Esprit a agi dans ses zones de vulnérabilité.

Avec passion et courage, le juif converti a aussi « défendu la liberté apportée par le Christ », en faisant comprendre aux Galates qu’ils y étaient aussi appelés. Il était conscient des « risques » qu’elle comprend, mais n’en a pas « minimisé les conséquences ». En effet, cette liberté « les affranchissait de toute forme d’esclavage », a rappelé le Pape, et les enfants de Dieu dans le Christ Jésus. Toutefois, elle n’équivaut pas « au libertinage et ne conduit pas à des formes d’autosuffisance présomptueuse ». À l’ombre de l’amour, cette liberté s’exerce « dans le service de la charité ».

L’évêque de Rome a par ailleurs dénoncé la tentation de « revenir en arrière pour être plus en sécurité », un mouvement que ne doivent pas suivre les chrétiens qui vivent dans la « plénitude de l’Esprit que le Christ nous a donné ».

De cet itinéraire catéchétique, « deux attitudes peuvent naître en nous », a poursuivi le Souverain Pontife. D’une part « l’enthousiasme », qui pousse « à suivre immédiatement le chemin de la liberté et à “marcher selon l’Esprit” ». D’autre part, la conscience de nos limites, puis « la fatigue qui freine l’enthousiasme ». Dans une telle situation, Saint Augustin, a précisé le Saint-Père, nous suggère de « réveiller le Christ dans notre cœur » et de « contempler les choses avec Son regard, car Il voit au-delà de la tempête ».

“"La foi du Christ dans ton cœur est comme le Christ dans la barque. Tu entends des insultes, tu es fatigué, tu es contrarié, et Christ dors. Réveille le Christ, secoue ta foi ! Même dans la tourmente, tu es capable de faire quelque chose. Secoue ta foi. Le Christ se réveille et te parle... Réveille donc le Christ... Crois ce qui a été dit, et il y aura un grand calme dans ton cœur" (Sermons 163/B 6).”

« L’unique chose que nous pouvons faire dans les mauvais moments : réveiller le Christ qui est en nous, mais dort comme dans la barque », a insisté François.

Nous ne devons pas non plus « nous lasser de faire le bien », explique Saint Paul. « Apprenons donc à invoquer souvent l’Esprit Saint », a conseillé le Pape, car il « vient toujours au secours de notre faiblesse et nous accorde le soutien dont nous avons besoin ». D’où cette invitation de François à prier régulièrement « la belle prière que l’Église récite à la Pentecôte », la séquence à l’Esprit Saint, dont « le mot-clé est “viens“ ». « Cela nous aidera à marcher dans l’Esprit, dans la liberté et dans la joie », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 7 novembre 2021

Lors de la prière de l’Angélus de ce dimanche, le Pape François est revenu sur l’extrait de l’Évangile de saint Marc lu dans la liturgie de ce jour, dans lequel Jésus observe le contraste entre l’attitude des scribes, au Temple de Jérusalem, et l’humilité de la veuve qui offre le peu qu’elle a en offrande.

« Jésus observe ce qui se passe dans le lieu le plus saint de tous et voit comment les scribes aiment se comporter pour être remarqués, salués et vénérés, et pour avoir des places d’honneur », a commenté le Pape. À l’inverse de ces attitudes ostentatoires, « une pauvre veuve, précisément une de celles qui sont exploitées par les puissants, jette dans le trésor du Temple "tout ce qu’elle avait pour vivre" » (v. 44).

« L’Évangile nous présente ce contraste saisissant : les riches, qui donnent leur surplus pour être vus, et une pauvre femme qui, sans en avoir l’air, offre tout le peu qu’elle a. » Ce sont « deux symboles des comportements humains ». En regardant ces deux attitudes, il faut donc savoir se situer en vérité.

« Tout d’abord, méfiez-vous des hypocrites, c’est-à-dire veillez à ne pas fonder votre vie sur le culte de l’apparence, de l’extériorité, sur le soin exagéré de votre propre image. Et, surtout, veiller à ne pas plier la foi à nos propres intérêts. Ces scribes ont couvert, sous le nom de Dieu, leur propre vanité et, pire encore, ont utilisé la religion pour s’occuper de leurs affaires, abusant de leur autorité et exploitant les pauvres. C’est un avertissement pour tous les temps et pour tous, Eglise et société : ne profitez jamais de votre rôle pour écraser les autres, ne vous enrichissez jamais sur la peau des plus faibles ! », a averti le Pape avec fermeté, dénonçant une nouvelle fois le cléricalisme qui écrase les plus humbles, encore aujourd’hui, en de nombreux endroits.

« Méfions-nous des faussetés du cœur, de l’hypocrisie, qui est une maladie dangereuse de l’âme ! », a exhorté le Pape. Il est important de « libérer le sacré de ses liens avec l’argent », a insisté le Pape.

Au contraire, la veuve « n’a plus rien, mais elle trouve son tout en Dieu. Elle n’a pas peur de perdre le peu qu’elle a, car elle a confiance en l’abondance de Dieu, qui multiplie la joie de ceux qui donnent », a expliqué le Pape.

« Elle ne va pas au Temple pour se donner bonne conscience, elle ne prie pas pour être vue, elle ne fait pas étalage de sa foi, mais elle donne du cœur, avec générosité et gratuité. une foi sans fioritures extérieures, mais sincère à l’intérieur ; une foi faite d’un humble amour pour Dieu et pour nos frères et sœurs », a conclu François, avant d’inviter les fidèles à se tourner « vers la Vierge Marie, qui, avec un cœur humble et transparent, a fait de toute sa vie un don pour Dieu et pour son peuple ».

A l’issue de la prière de l’Angélus, le Souverain Pontife n’a pas caché son inquiétude devant la dégradation de la situation dans le pays, en guerre depuis plus d’un an et invité les fidèles à prier pour que se taisent les armes.

Après avoir récité la prière de l’Angélus, le Pape François a tenu une nouvelle fois à lancer un appel vers l’Ethiopie où la guerre avec la région du Tigré s’étend sur tout le territoire et a provoqué une catastrophe humanitaire. « Je suis avec inquiétude les nouvelles en provenance de la région de la Corne de l’Afrique, en particulier de l’Ethiopie, secouée par un conflit qui dure depuis plus d’un an et qui a fait de nombreuses victimes et provoqué une grave crise humanitaire », a lancé le Pape depuis al fenêtre du palais apostolique. François a aisni invité « tout le monde à prier pour ces peuples si durement éprouvés, et je renouvelle mon appel à faire prévaloir la concorde fraternelle et la voie pacifique du dialogue ».

Débuté le 4 novembre 2020, le conflit armé entre le pouvoir fédéral et les sépartistes du Tigré s’est étendu ces dernières semaines à tout le pays. Les rebelles progressent vers la capitale Adis-Abeba et le premier ministre Abiy Ahmed a déclaré l’état d’urgence sur tout le territoire. Ce dimanche 7 novembre, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé pour soutenir le gouvernement, promettant de défendre la capitale fasse aux assauts des sépartistes.

Au cours de ces appels, le Pape François a tenu aussi adresser ses prières pour la Sierra Leone après la catastophe de vendredi : un camion-citerne a explosé dans une zone industrielle de la capitale Freetown, après avoir été pecuté par un poids-lourd. Un drame qui a fait fait au moins 98 morts et des dizaines de blessés. « J’assure mes prières pour les victimes de l’incendie consécutif à une explosion de carburant dans la banlieue de Freetown, la capitale de la Sierra Leone » a commenté le Saint-Père.

En 2019, une centaine de personnes ont été tuées dans une tragédie similaire lorsqu’un camion-citerne a explosé en Tanzanie, et en 2015, plus de 200 personnes ont péri dans un autre accident du même genre au Soudan du Sud. (avec Afp)

(Avec V. N.)

Mercredi 3 novembre 2021

Lors de l’audience générale de ce jour, le Pape François a commenté un extrait de la lettre de saint Paul aux Galates, où l’Apôtre exhorte les chrétiens à « marcher selon l’Esprit ». Une voie qui exige de faire place à la grâce et à la charité, a expliqué le Pape.

Comme une « longue randonnée en haute montagne » : telle est la marche du chrétien à la suite du Christ. Une randonnée « fascinante, a précisé François, l’objectif nous attire, mais requiert beaucoup d’efforts et de ténacité ».

C’est là qu’intervient l’Esprit Saint, sous la conduite duquel les baptisés sont invités à avancer. L’Esprit nous donne d’en-haut la force pour ne pas nous arrêter devant les difficultés ni les impulsions de l’égoïsme et de l’orgueil que l’Apôtre appelle les « désirs de la chair ».

« En suivant ce chemin, le chrétien acquiert une vision positive de la vie », a assuré le Souverain Pontife. Le mal reste présent dans le monde, « mais Dieu est plus fort que nos résistances et plus grand que nos péchés ».
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Cette marche selon l’Esprit n’est pas individuelle, « elle concerne aussi la communauté dans son ensemble ». Les pasteurs en particulier doivent marcher « avec le peuple », a ajouté le Saint-Père. Construire cette communauté est souvent difficile : « les envies, les préjugés, les hypocrisies et les ressentiments continuent à se faire sentir, et le recours à des préceptes rigides peut être une tentation facile, a prévenu le Pape, mais ce faisant, on s’écarterait du chemin de la liberté et, au lieu de monter au sommet, on retournerait en bas ».

Il est donc nécessaire de faire place, sans crainte, « à la grâce et la charité ». Saint Paul recommande à chacun d’avoir souci des difficultés des autres, mais en évitant de les juger si nous sommes appelés à les corriger, et en nous souvenant de notre propre fragilité. Autrement dit, agir avec douceur et dans l’humilité. « L’Esprit Saint, en plus de nous faire le don de la douceur, nous invite à la solidarité, à porter les fardeaux des autres », a poursuivi François. Un fardeau qui peut prendre des formes variées : « maladie, manque de travail, solitude, douleur... ». Le Pape a également indiqué la prière pour trouver la juste manière d’aider les autres à se corriger, au lieu de les critiquer.

« La règle suprême de la correction fraternelle est l’amour : vouloir le bien de nos frères et sœurs », a résumé l’évêque de Rome au terme de cette catéchèse. Avant de lancer une dernière exhortation pour gravir la montagne du Seigneur : « Marchons joyeusement et patiemment sur ce chemin, en nous laissant guider par l’Esprit Saint ».

(Avec V. N.)

Mardi 2 novembre 2021

Le Saint-Père s’est rendu cette année au cimetière militaire français de Rome, situé sur la colline du Monte Mario, afin de célébrer une messe pour la commémoration de tous les fidèles défunts. Dans sa brève homélie, le Pape a demandé de s’engager pour que cessent les guerres et que les économies ne soient plus alimentées par l’industrie des armes.

Dans ce lieu relativement peu connu des Romains, le Pape s’est d’abord recueilli auprès des tombes des militaires du Corps expéditionnaire français en Italie (CEFI), un ensemble de quatre divisions militaires mené par le général Alphonse Juin, qui s’est particulièrement illustré lors de la bataille du Monte Cassino en mai 1944. François a déposé une rose blanche sur l’une d’entre elles. Chrétiens ou musulmans, 1888 soldats sont enterrés dans ce cimetière.

L’évêque de Rome a ensuite rejoint l’autel installé sous une tente blanche dans l’allée principale, afin de célébrer la messe avec les fidèles présents à cette occasion. Parmi eux, plusieurs Français, comme le cardinal Dominique Mamberti, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, et Élisabeth Beton-Delègue, ambassadrice de France près le Saint-Siège.

« Toi qui passes, pense à tes pas, et de tes pas, pense au dernier pas ». C’est à partir de cette sentence lue à la porte d’un cimetière que François a commencé son homélie, rappelant que la vie « est un chemin » et non « une promenade, ni un labyrinthe ». Et le Pape de souligner l’importance de ce « dernier pas », celui de la mort. Ce pas, a-t-il insisté, doit nous trouver « en chemin », et pas « dans un labyrinthe sans fin ». Autrement dit, dans « la paix du cœur », a-t-il précisé à la fin de son homélie.

Le Saint-Père a également eu une pensée pour les soldats morts pendant la guerre, parce qu’ils avaient été appelés « à défendre leur patrie, à défendre des valeurs, à défendre des idéaux, et tant d’autres fois, à des situations politiques tristes et lamentables ». « Ce sont des victimes, des victimes de la guerre, qui mange les enfants de la patrie », a-t-il regretté en dénonçant « la tragédie de la guerre ». Et le Pape nommer différentes batailles des première et deuxième guerre mondiale, en Italie ou sur les plages de Normandie, qui ont emporté des milliers d’hommes. « Je suis sûr que tous ceux-là qui sont partis de bonne volonté, appelés par la Patrie pour la défendre, sont avec le Seigneur », a-t-il ajouté.

« Mais nous, qui sommes sur la route, combattons-nous suffisamment pour qu’il n’y ait pas de guerres ? Pour que les économies des pays ne soient pas fortifiées par l’industrie de l’armement ? », a ensuite lancé le Pape, expliquant que ces tombes « sont un message de paix », elles « crient : Paix ! ». Aux hommes et femmes d’aujourd’hui, les soldats défunts demandent : « Arrêtez-vous, frères et sœurs, arrêtez. Arrêtez-vous, fabricants d’armes, arrêtez-vous ! ».

Le dernier pas de la vie terrestre, la paix à construire sans relâche : « Que le Seigneur nous aide à semer et à garder dans nos cœurs ces deux pensées », a conclu le Saint-Père.

Lors de son retour au Vatican, le Pape François s’est arrêté pour prier sur les tombes des papes sous la basilique Saint-Pierre, a informé le Bureau de Presse du Saint-Siège.

(Avec V. N.)

Lundi 1er novembre 2021

En la fête de la Toussaint, le Pape François a prononcé la prière de l’Angélus et commenté l’Évangile du jour, un extrait de saint Matthieu où Jésus prononce les Béatitudes (Mt 5, 1-12). Ce passage du Sermon sur la montagne décrit le chemin emprunté par les saints, dans la joie et la prophétie, comme l’a montré le Saint-Père.

L’horizon du chemin de la sainteté ? Le Royaume de Dieu et le bonheur, a d’abord rappelé François depuis la fenêtre du Palais apostolique. Les Béatitudes rapportées par saint Matthieu parlent d’humilité, de compassion, de douceur, de justice et de paix. « Être un saint, c’est marcher sur ce chemin », a indiqué le Pape, avant de s’arrêter sur deux aspects de la sainteté.

D’abord, la joie. Les Béatitudes ne sont pas « un programme de vie fait uniquement d’efforts et de renoncements, mais elle est avant tout la découverte joyeuse d’être des enfants aimés de Dieu », comme le rappelle aussi saint Jean dans la deuxième lecture. « Ce n’est pas un exploit humain, c’est un don que nous recevons, a précisé l’évêque de Rome, nous sommes saints parce que Dieu, qui est le Saint, vient habiter dans nos vies ».

La joie du chrétien vient de cette certitude de tout vivre, même les tribulations, « sous le regard aimant de Dieu », avec le soutien de sa Grâce. Elle n’a donc rien d’une émotion fugace ou d’un « optimisme humain ». « Sans la joie, la foi devient un exercice rigoureux et oppressant, et risque de tomber malade de tristesse », a prévenu le Pape, avant d’inviter à s’interroger : « sommes-nous des chrétiens joyeux ? (...) Répandons-nous la joie ou sommes-nous des gens ternes, tristes, avec un visage de funérailles ? Rappelons-nous qu’il n’y a pas de sainteté sans joie ! »

Deuxième trait caractéristique de la sainteté : la prophétie. Les Béatitudes forment en cela un « message à contre-courant », a fait remarquer le Saint-Père. Jésus vient renverser les critères du monde en matière de réussite. Il montre que « la vraie plénitude de vie s’obtient en [le] suivant, en mettant en pratique sa Parole ». Et cela signifie « être pauvre à l’intérieur, se vider de soi-même pour faire de la place à Dieu » et à son prochain.

Ainsi les Béatitudes sont « la prophétie d’une nouvelle humanité, d’une nouvelle façon de vivre », faite en autres d’humilité, de compassion, d’engagement pour la justice et la paix. « La sainteté, c’est accepter et mettre en pratique, avec l’aide de Dieu, cette prophétie qui révolutionne le monde », a souligné le Pape.

“Nous pouvons donc nous demander : est-ce que je témoigne de la prophétie de Jésus ? Est-ce que j’exprime l’esprit prophétique que j’ai reçu par le baptême ? Ou est-ce que je me conforme au confort de la vie et à ma propre paresse, en pensant que tout est bien si cela me convient ? Est-ce que j’apporte au monde la nouveauté joyeuse de la prophétie de Jésus, ou les plaintes habituelles sur ce qui ne va pas ?”

Le Saint-Père a conclu sa méditation en invoquant la Vierge Marie, « cette âme bienheureuse qui magnifiait joyeusement le Seigneur ».

(Avec V. N.)

Dimanche 31 octobre 2021

Avant de réciter la prière de l’angélus place saint-Pierre de Rome, le Pape François a exhorté dans sa catéchèse à se familiariser sans relâche avec l’Évangile, la Parole de Dieu, afin d’en devenir « des traductions vivantes ».

S’appuyant l’Évangile du jour, le Pape évoque l’épisode où un scribe s’approche de Jésus et lui demande : « Quel est le premier de tous les commandements ? » (Mc 12,28).

Jésus répond en citant l’Écriture et affirme que le premier commandement est d’aimer Dieu ; de là découle naturellement le second : aimer son prochain comme soi-même (cf. v. 29-31). « En entendant cette réponse, le scribe répète presque les mêmes paroles prononcées par Jésus », a rappelé l’évêque de Rome avant d’interroger : « Pourquoi, en donnant son assentiment, le scribe ressent-il le besoin de répéter les mêmes mots que Jésus ? C’est une leçon pour nous qui écoutons. »

Et le Pape d’affirmer : « Parce que la Parole du Seigneur ne peut pas être reçue comme n’importe quelle autre nouvelle : il faut la répéter, la faire sienne, la conserver précieusement. La tradition monastique utilise un terme audacieux mais très concret : la Parole de Dieu doit être "ruminée" ».

« Nous pouvons dire qu’elle est si nourrissante qu’elle doit atteindre tous les domaines de la vie », a-t-il déclaré, poursuivant : « Impliquer, comme le dit Jésus aujourd’hui, tout le cœur, toute l’âme, tout l’esprit, toute la force. Elle doit résonner, faire écho en nous. »

En effet, le Seigneur ne cherche pas tant d’habiles commentateurs des Écritures, mais des cœurs dociles qui, en accueillant sa Parole, se laissent changer intérieurement, a relevé le Souverain pontife argentin, expliquant combien « il est si important de se familiariser avec l’Évangile, de l’avoir toujours à portée de main, de le lire et de le relire, de s’en passionner ».

Prenant exemple sur l’Évangile du jour, le Pape assure « qu’il ne suffit pas de le lire pour comprendre que nous devons aimer Dieu et notre prochain. Il faut que ce commandement, le "grand commandement", résonne en nous, soit assimilé, devienne la voix de notre conscience ». Ainsi cette Parole de Dieu ne reste pas lettre morte, mais agit, et « chacun de nous peut devenir une "traduction" vivante, différente et originale, de l’unique Parole d’amour que Dieu nous donne ».

Concluant sa catéchèse, le Saint-Père a donc invité à prendre exemple sur le scribe. « Répétons les paroles de Jésus, faisons-les résonner en nous : "Aime Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force, et ton prochain comme toi-même". Et demandons-nous : ce commandement guide-t-il vraiment ma vie ? Est-ce que cela se reflète dans ma journée ? Cela nous fera du bien ce soir, avant de nous coucher, d’examiner notre conscience sur cette Parole ».

Mercredi 27 Octobre 2021

Le Pape a poursuivi son itinéraire de catéchèses sur la Lettre aux Galates de saint Paul lors de l’audience générale, en salle Paul VI du Vatican. Le Saint-Père a développé une réflexion sur Paul comme annonciateur du Christ crucifié, insistant sur un retour à l’essentiel au milieu des mille problèmes et pensées qui nous assaillent, et font perdre le fil de la vie spirituellle.

« Aux Galates, tentés de fonder leur religiosité sur l’observance de préceptes et de traditions, Paul rappelle le centre du salut et de la foi : la mort et la résurrection du Seigneur », a d’abord assuré le Souverain pontife argentin, regrettant qu’aujourd’hui encore, beaucoup sont à la recherche « de certitudes religieuses plutôt que du Dieu vivant et véritable », se concentrant sur « les rituels et les préceptes plutôt que d’embrasser le Dieu de l’amour de tout leur être ». C’est pourquoi Paul demande aux Galates de revenir à l’essentiel, estime le Pape, à Dieu qui nous donne la vie dans le Christ crucifié.

Si nous perdons le fil de notre vie spirituelle, si mille problèmes et pensées nous assaillent, faisons nôtre le conseil de Paul, a exhorté l’évêque de Rome : plaçons-nous devant le Christ crucifié, repartons de Lui. « Prenons le Crucifix dans nos mains, serrons-le contre notre cœur. Ou bien faisons une pause en adoration devant l’Eucharistie, où Jésus est le Pain rompu pour nous, le Crucifié ressuscité ».

Et le Pape d’inviter, toujours guidés par saint Paul, à faire un pas de plus. « Demandons-nous : que se passe-t-il lorsque nous rencontrons Jésus crucifié dans la prière ? Ce qui se passe est ce qui s’est passé sous la Croix : Jésus donne l’Esprit (cf. Jn 19,30), c’est-à-dire qu’il donne sa propre vie. Et l’Esprit, qui découle de la Pâque de Jésus, est le principe de la vie spirituelle. C’est Lui qui change le cœur : non pas nos œuvres, mais l’action du Saint-Esprit en nous ! »

C’est lui qui guide l’Église, et nous sommes appelés à obéir à son action, qui se déploie où et comme il le veut. Et c’est toujours grâce à Lui que nous nourrissons notre vie chrétienne et poursuivons notre combat spirituel, a affirmé le Pape, relevant l’importance du combat spirituel dans la Lettre aux Galates.

L’Apôtre présente en effet deux fronts opposés : d’une part les « œuvres de la chair », d’autre part le « fruit de l’Esprit ». Les œuvres de la chair sont des comportements contraires à l’Esprit de Dieu. L’Apôtre les appelle œuvres de la chair, non pas parce qu’il y aurait quelque chose de mauvais ou d’erroné dans notre chair humaine, rappelle François, mais au contraire, nous avons vu comment il insiste sur le réalisme de la chair humaine portée par le Christ sur la croix !

« La chair est un mot qui indique l’homme dans sa dimension terrestre, fermé sur lui-même, dans une vie horizontale, où l’on suit les instincts mondains et où la porte est fermée à l’Esprit, qui nous élève et nous ouvre à Dieu et aux autres », a-t-il observé. « Mais la chair nous rappelle aussi que tout cela vieillit et passe, pourrit, alors que l’Esprit donne la vie. Paul énumère donc les œuvres de la chair, qui se réfèrent à l’usage égoïste de la sexualité, aux pratiques magiques qui relèvent de l’idolâtrie et à ce qui mine les relations interpersonnelles, comme "la discorde, la jalousie, les dissensions, les divisions, les factions, l’envie... ‘’ »

Le fruit de l’Esprit, en revanche, a expliqué le Pape est « l’amour, la joie, la paix, la magnanimité, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi » (Ga 5,22). Les chrétiens sont appelés à vivre de cette manière. « Ce peut être un bon exercice spirituel que de lire la liste de saint Paul et de regarder sa propre conduite, pour voir si elle correspond, si notre vie est vraiment conforme à l’Esprit Saint, si elle porte ces fruits. Par exemple, les trois premières énumérées sont l’amour, la paix et la joie : à partir de là, on reconnaît une personne habitée par l’Esprit de Dieu », a enfin conseillé le Saint-Père, avant de remarquer, que, parfois, ceux qui s’approchent de l’Église ont l’impression d’être confrontés à « une masse dense de commandements et de préceptes ».

Mais en réalité, la beauté de la foi en Jésus-Christ ne peut être saisie sur la base d’un trop grand nombre de commandements et d’une vision morale qui, se développant dans de nombreux courants, peut faire oublier la fécondité originelle de l’amour, nourri par la prière pacifique et le témoignage joyeux, a-t-il souligné, abondant en ce sens : « De même, la vie de l’Esprit exprimée dans les sacrements ne peut être étouffée par une bureaucratie qui empêche l’accès à la grâce de l’Esprit, auteur de la conversion du cœur ».

« Nous avons donc la grande responsabilité de proclamer le Christ crucifié et ressuscité, parce que c’est seulement cet Amour qui a le pouvoir d’attirer et de changer le cœur de l’homme », a conclu le Successeur de Pierre.

(Avec V. N.)

Dimanche 24 octobre 2021

Depuis la fenêtre des appartements pontificaux, le Pape François est revenu sur l’Evangile du jour et a invité les fidèles à une prière courageuse et substantielle, suivant l’exemple de Bartimée, le mendiant aveugle qui interpelle Jésus.

Le Pape est revenu, juste avant la récitation de la prière de l’angélus, sur l’épisode lors duquel Jésus quitte Jéricho pour rendre la vue à Bartimée, un aveugle qui mendiait au bord de la route. « Une rencontre importante », a d’emblée rappelé le Saint-Père, la dernière avant l’entrée du Seigneur à Jérusalem pour la Pâque. Lors de cette rencontre, Jésus s’était arrêté immédiatement pour secourir Bartimée, tandis que « les disciples et la foule agacés par ses cris lui demandent de se taire », car « Dieu écoute toujours le cri du pauvre », a expliqué François à la foule rassemblée place Saint-Pierre, « il n’est pas du tout dérangé par la voix de Bartimée, au contraire, il se rend compte qu’elle est pleine de foi, une foi qui n’a pas peur d’insister, de frapper au cœur de Dieu, malgré l’incompréhension et les reproches. Et c’est là que réside la racine du miracle. En effet, Jésus lui dit : " Ta foi t’a sauvé " » (v. 52).

Car « la foi de Bartimée transparaît dans sa prière », a poursuivi le Pape François, « Il ne s’agit pas d’une prière timide, conventionnelle ». Bartimée appelle Jésus « fils de David », cela veut dire qu’il le reconnaît comme le Messie, puis « il l’appelle par son nom, avec confiance », « Il n’a pas peur de lui, il ne prend pas de distance. Et ainsi, du fond du cœur, il crie au Dieu ami tout son drame : "Aie pitié de moi !". »

Ainsi, a détaillé l’évêque de Rome, « Il ne demande pas une grâce, mais se présente lui-même : il demande la miséricorde pour sa personne, pour sa vie. Ce n’est pas une petite demande, mais elle est belle, car elle invoque la miséricorde, c’est-à-dire la compassion, la miséricorde de Dieu, sa tendresse. »
Dire l’essentiel en peu de mots

En peu de mots, a précisé François, Bartimée a dit l’essentiel et « se confie à l’amour de Dieu, qui peut refaire fleurir sa vie en faisant ce qui est impossible aux hommes ». C’est pourquoi, il ne demande pas l’aumône au Seigneur, « mais manifeste tout, sa cécité et sa souffrance, qui allait au-delà du fait de ne pas pouvoir voir ». Finalement, « la cécité était la partie émergée de l’iceberg, mais dans son cœur il devait y avoir des blessures, des humiliations, des rêves brisés, des erreurs, des remords. »

Enfin, le Saint-Père a invité chacun à se demander si sa prière est « courageuse » et « substantielle », « met-elle mon cœur à nu devant le Seigneur ? Est-ce que je lui apporte l’histoire et les visages de ma vie ? Ou bien est-elle anémique, superficielle, faite de rituels sans affection ni cœur ? », avant d’ajouter : « Lorsque la foi est vivante, la prière est sincère : elle ne fait pas la manche, elle ne se réduit pas aux besoins du moment. Jésus, qui peut tout faire, doit être sollicité pour tout. Il est impatient de déverser sa grâce et sa joie dans nos cœurs, mais malheureusement c’est nous qui gardons nos distances, par timidité, paresse ou incrédulité. »

Nous sommes si nombreux, a déploré François, « à ne pas croire que le Seigneur peut faire des miracles ». Pour appuyer son propos, le Pape est ensuite revenu sur un épisode vécu personnellement dans son Église local : un père, averti par les médecins que sa fille de 9 ans, malade, ne passerait pas la nuit s’est rendu auprès d’un sanctuaire marial, mais les grilles étaient fermées. Ce père a pourtant passé la nuit à prier, « en criant du cœur », puis en revenant le matin, il a trouvé son enfant guérie. « Le cri de cet homme qui demandait tout, a été entendu par le Seigneur qui lui avait tout donné. Ce n’est pas une histoire : j’ai vu cela dans un autre diocèse. Mais avons-nous ce courage dans la prière ? »

En conclusion, il faut suivre l’exemple de Bartimée a exhorté François, suivre sa « foi concrête, insistance, courageuse ».

(Avec V. N.)

Mercredi 20 octobre 2021

Le Pape François a poursuivi son itinéraire de catéchèses sur la lettre de saint Paul aux Galates lors de l’audience générale en salle Paul VI du Vatican. Le Souverain Pontife argentin a détaillé la notion de liberté telle qu’exprimée par l’apôtre des Gentils aux communautés de Galatie.

Saint Paul introduit les fidèles « dans la grande nouveauté de la foi », à savoir la « vie nouvelle » reçue du baptême, « ce grand cadeau déversé sur nous ». Ainsi le Pape François a débuté sa méditation spirituelle du mercredi devant des centaines de pèlerins et fidèles en salle Paul VI.

L’évêque de Rome a rappelé combien en renaissant dans le Christ, « nous sommes passés d’une religiosité faite de préceptes à une foi vivante ». « Nous sommes passés de l’esclavage de la peur et du péché à la liberté des enfants de Dieu », a-t-il affirmé.

Ce que l’apôtre Paul considère comme le cœur de cette liberté, a soutenu le Saint-Père, n’est pas « une manière libertine de vivre, selon la chair, ou l’instinct, les désirs individuels et les pulsions égoïstes » ; au contraire, la liberté de Jésus nous porte à être, écrit l’apôtre, « au service les uns des autres ».

La vraie liberté, en d’autres termes, s’exprime pleinement dans la charité. Paradoxe de l’Évangile : nous sommes libres en servant ; nous nous trouvons pleinement dans la mesure où nous nous donnons ; nous possédons la vie si nous la perdons (cf. Mc 8,35).

« Comment expliquer ce paradoxe ? », a questionné le Successeur de Pierre. « Par l’amour ». « C’est l’amour du Christ qui nous a libérés et c’est encore l’amour qui nous libère du pire des esclavages, celui de notre ego ; la liberté croît donc avec l’amour », en déduit le Souverain Pontife, prévenant toutefois : « pas avec l’amour de l’intimité, des feuilletons, pas avec la passion qui cherche simplement ce qui nous convient et ce qui nous plaît, mais avec l’amour que nous voyons dans le Christ, la charité : c’est l’amour qui est vraiment libre et libérateur ». L’amour qui rayonne dans le service gratuit.

Pour Paul en effet, la liberté ne consiste donc pas à « faire ce qu’il nous plaît ». Ce type de liberté, sans fin et sans références, serait une liberté vide, a assuré le Pape, observant qu’il laisse « un vide à l’intérieur ». Et le Saint-Père d’expliquer : « Combien de fois, après avoir suivi seulement notre instinct, nous nous rendons compte que nous restons avec un grand vide à l’intérieur et que nous avons abusé du trésor de notre liberté, de la beauté de pouvoir choisir le vrai bien pour nous et pour les autres. Seule cette liberté est pleine, concrète, et nous insère dans la vie réelle de chaque jour. »

Ainsi la liberté guidée par l’amour est la seule qui libère les autres et nous-mêmes, qui sait écouter sans imposer, qui sait aimer sans forcer, qui construit et ne détruit pas, qui n’exploite pas les autres à sa convenance et leur fait du bien sans chercher son propre bénéfice, a insisté le Pape, sous-tendant que si la liberté n’est pas au service du bien, « elle risque d’être stérile et de ne pas porter de fruits ». En revanche, la liberté animée par l’amour, elle, « conduit aux pauvres, reconnaissant, dans leur visage, celui du Christ ».

(Avec V. N.)

Dimanche 17 octobre 2021

Après avoir présidé dans la matinée à la basilique Saint-Pierre une messe d’ordination épiscopale, le Pape François a prié l’Angélus depuis la fenêtre des appartements pontificaux. Lors de sa brève catèchèse, il a attiré l’attention sur les dangers qu’implique la recherche du prestige personnel, « une maladie de l’esprit ».

Le Pape est revenu sur l’Évangile du jour, au cours duquel les deux disciples Jacques et Jean demandent au Seigneur de siéger un jour avec lui dans la gloire. Ces velléités provoquent l’indignation des autres disciples, a rappelé le Pape à la foule rassemblée place Saint-Pierre, et Jésus « avec patience », leur offre alors une grande leçon : « la vraie gloire ne s’obtient pas en s’élevant au-dessus des autres, mais en vivant le même baptême que celui qu’il recevra, peu après, à Jérusalem ».

Le mot « baptême », a expliqué le Saint-Père, signifie « immersion » : « par sa Passion, Jésus s’est immergé dans la mort, offrant sa vie pour nous sauver. Sa gloire, la gloire de Dieu, est donc l’amour qui devient service, et non la puissance qui cherche à dominer. C’est pourquoi Jésus conclut en disant aux siens et à nous aussi : "Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur" (Mc 10,43). »

Nous sommes confrontés à deux logiques différentes, a continué le Souverain Pontife : « les disciples veulent émerger et Jésus veut s’immerger », avant de revenir sur le sens même des verbes « émerger » et « immerger ». « Emerger » exprime une « mentalité mondaine à laquelle nous sommes toujours tenté », a détaillé François, « vivre toutes choses, même les relations, afin de nourrir notre ambition, de gravir les échelons du succès, d’atteindre des postes importants », avant d’avertir : « la recherche du prestige personnel peut devenir une maladie de l’esprit, se dissimulant même derrière de bonnes intentions ». Il faut donc toujours vérifier les intentions du cœur et se demander : « Pourquoi est-ce que j’effectue ce travail, cette responsabilité ? Pour offrir un service ou pour être remarqué, félicité et recevoir des compliments ? ».

A cette logique mondaine, a continué François, « Jésus oppose la sienne : au lieu de t’élever au-dessus des autres, descends de ton piédestal pour les servir ; au lieu de t’élever au-dessus des autres, plonge-toi dans la vie des autres. »

Jésus demande à chacun de s’immerger avec compassion dans la vie des autres, « comme il l’a fait avec nous ». « Nous regardons le Seigneur crucifié, plongé au plus profond de notre histoire blessée, et nous découvrons la manière de faire de Dieu. Nous voyons qu’il n’est pas resté là-haut dans le ciel, à nous regarder de haut, mais qu’il s’est abaissé pour nous laver les pieds. » Comme l’a précisé l’évêque de Rome, Dieu ne s’élève pas « mais descend, comme la pluie qui tombe sur la terre et donne la vie. »

Alors comment passer de la mentalité de prestige à celle de service ? a questionné François : « nous avons en nous une force qui nous aide. C’est celle du baptême, de cette immersion en Jésus que nous avons déjà reçue par grâce et qui nous oriente, nous pousse à le suivre, à ne pas chercher notre propre intérêt mais à nous mettre à son service. C’est une grâce, c’est un feu que l’Esprit a allumé en nous et qui doit être nourri ».

« Demandons à l’Esprit Saint de renouveler en nous la grâce du baptême, l’immersion en Jésus, dans sa manière d’être, dans le service », a conclu le Saint-Père.

Au terme de l’Angélus, l’évêque de Rome a évoqué les trois attentats qui ont eu lieu cette semaine en Norvège, Afghanistan et Angleterre.

Parlant de ces attentats, qui ont fait « de nombreux morts et blessés », le Pape a tenu à assurer les familles des victimes de sa sympathie, avant de s’adresser solennellement aux terroristes : « Je vous supplie, s’il vous plaît, d’abandonner la voie de la violence, qui est toujours perdante, qui est une défaite pour tous. N’oublions pas que la violence engendre la violence », a dit le Saint-Père.

Mercredi, un homme de 37 ans a tué 5 personnes avec un arc et des flèches, dans la petite ville de Kongsberg, dans le sud-ouest du pays. D’abord soupçonné de radicalisation islamiste, le tueur a finalement été transféré en hôpital psychiatrique : il semblerait en effet que la maladie mentale ait été le moteur de son acte.

Vendredi, un attentat-suicide a visé une mosquée chiite de Kandahar, la ville-fief des Talibans au pouvoir, en Afghanistan. Revendiqué par l’État islamique, le carnage a fait une soixantaine de morts. La semaine dernière, une attaque similaire avait pris pour cible une mosquée chiite de Kundunz (nord-est). Une succession de massacres qui confirme la dégradation sécuritaire de ce pays, et la difficulté des Talibans à y faire face.

Et puis, toujours vendredi, c’est l’Angleterre qui, sous le choc, a appris le meurtre brutal d’un député conservateur, poignardé à mort lors d’une réunion régulière avec ses électeurs dans l’Essex. David Amess, 69 ans, a été attaqué durant une permanence parlementaire organisée dans une église méthodiste de Leigh-on-Sea, une ville balnéaire située à environ 62 kilomètres à l’est de Londres. La police locale a arrêté un homme de 25 ans sur les lieux et a officiellement déclaré aujourd’hui que le meurtre était un incident terroriste. Le suspect est un citoyen britannique d’origine somalienne et était connu des autorités britanniques comme une personne à risque de radicalisation.

(Avec V. N.)

Mercredi 13 Octobre 2021

Le thème de la catéchèse du Pape François était celui de “la liberté chrétienne, ferment universel de libération”. S’appuyant sur la lettre de saint Paul aux Galates, le Saint-Père est revenu sur le sens de l’inculturation de l’Évangile, reconnaissant que des erreurs avaient parfois été commises en la matière.

Dans la lettre aux Galates, Saint Paul nous enseigne que mort et la résurrection de Jésus nous libère de l’esclavage du péché et de la mort. « Nous sommes libres parce que nous avons été libérés gratuitement », a souligné François.

« Nous », c’est-à-dire chaque peuple et chaque culture, accueillis par le Christ.

Pour entrer dans cette condition nouvelle de liberté, seule compte « la foi qui opère par la charité », a rappelé le Pape en reprenant les mots de l’Apôtre. Le juif converti est accusé d’« opportunisme pastoral » par ses détracteurs, mais lui ne recherche pas « la gloire qui vient des hommes » (1Th 2, 5-6) ; il veut être « serviteur du Christ ». Des cas de figure similaires se retrouvent aujourd’hui, a noté le Saint-Père, « l’histoire se répète toujours ».

Paul vient montrer que la foi n’entre pas en conflit avec les cultures et les traditions. Elle n’implique pas d’y renoncer mais seulement à ce qui, en elles, « fait obstacle à la nouveauté et à la pureté de l’Évangile », a expliqué François.

« La libération obtenue par le baptême, en effet, nous permet d’acquérir la pleine dignité d’enfants de Dieu, de sorte que, tout en restant fermement enracinés dans nos racines culturelles, en même temps nous nous ouvrons à l’universalisme de la foi (…) », a-t-il poursuivi.

La foi entre ainsi dans toutes les cultures, « en reconnait les germes de vérité présents et les développe, portant à leur plénitude le bien qu’elles contiennent ». Dans cet appel à la liberté réside « le véritable sens de l’inculturation de l’Évangile » : annoncer le Christ Sauveur en respectant « ce qu’il y a de bon et vrai dans les cultures » auxquelles elle s’adresse. « Ce n’est pas facile ! », a reconnu le Souverain Pontife. « Parfois, on n’a même pas renoncé à la violence pour faire prévaloir son propre point de vue. L’Église a ainsi été privée de la richesse de tant d’expressions locales qui portent en elles les traditions culturelles de peuples entiers. Mais c’est exactement le contraire de la liberté chrétienne ! », a regretté le Pape. « L’uniformité comme règle de vie n’est pas chrétien », a-t-il ajouté, « l’unité oui, l’uniformité non ! »

Saint Paul offre une vision de la liberté « éclairée et enrichie par le mystère du Christ, qui dans son incarnation - comme le rappelle le Concile Vatican II - s’est uni d’une certaine manière à tout homme (cf. Constitution pastorale Gaudium et Spes, 22) », a souligné François.

D’où le « devoir de respecter l’origine culturelle de chaque personne, en la plaçant dans un espace de liberté qui ne soit limité d’aucune imposition dictée par une seule culture prédominante ».

L’Église a en elle-même une ouverture universelle à tous les peuples de tous les temps – c’est le sens de l’adjectif « catholique » - « car le Christ est né, mort et ressuscité pour tous », a insisté le Successeur de Pierre. Pour autant, la liberté chrétienne n’est jamais définitivement acquise.

Comme l’a précisé François, « si nous prétendions parler de la foi comme nous le faisions dans les siècles passés, nous risquerions de ne plus être compris par les nouvelles générations. La liberté de la foi chrétienne n’indique pas une vision statique de la vie (…) et de la culture, mais une vision dynamique », y compris pour la tradition qui « grandit, mais toujours avec la même nature ». Dans un monde en perpétuelle transformation, elle est un don que nous devons garder et faire grandir jusqu’à sa « plénitude ».

« C’est la condition des pèlerins, a conclu le Pape, libérés de l’esclavage pour marcher vers la plénitude de la liberté ».

(Avec V. N.)

Dimanche 10 octobre 2021

après avoir participé à un moment de réflexion en guise de prologue samedi en Salle du Synode avec 300 participants venus du monde entier, le Pape François a présidé à la basilique Saint-Pierre la messe d’ouverture du parcours synodal sur la synodalité.

« Souvent, les Évangiles nous montrent Jésus sur la route, marchant aux côtés de l’homme, à l’écoute des questions qui habitent et agitent son cœur », a expliqué François dans son homélie, en commentant l’Évangile du jour, qui raconte la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche. Ce récit nous révèle ainsi que « Dieu n’habite pas les lieux aseptisés et tranquilles, loin du réel, mais qu’il chemine avec nous et nous rejoint là où nous sommes, sur les sentiers souvent ardus de la vie ».

Le Pape a donc invité chaque acteur de la vie de l’Église, lui inclus, à se demander s’il « chemine dans l’histoire et partage les défis de l’humanité », ou s’il se laisse rattraper par les tentations du repli, des routines, des habitudes.

« « Faire Synode » signifie marcher sur la même route, ensemble. Regardons Jésus sur le chemin, qui rencontre d’abord l’homme riche, puis écoute ses questions, et enfin l’aide à discerner ce qu’il faut faire pour avoir la Vie éternelle. » François a donc articulé son homélie autour de ces trois verbes : « Rencontrer, écouter, discerner ».
La disponibilité à la rencontre

Tout d’abord, donc la rencontre : en croisant le jeune homme riche, « le Seigneur ne se met pas à distance, il ne se montre pas agacé ou dérangé ; au contraire, il s’arrête avec lui. Il est disponible à la rencontre. Rien ne le laisse indifférent, tout le passionne. Rencontrer les visages, croiser les regards, partager l’histoire de chacun : voilà la proximité de Jésus », a souligné le Pape, en remarquant que « Jésus n’était pas pressé, il ne regardait pas sa montre ! Il était toujours au service de la personne qui le rencontrait ».

L’enjeu du Synode n’est donc pas « l’organisation d’évènements », ou la « réflexion théorique sur des problèmes », mais de cultiver « l’art de la rencontre » en prenant « le temps de rencontrer le Seigneur », et en favorisant la rencontre entre nous. « Chaque rencontre, nous le savons bien, demande de l’ouverture, du courage, de la disponibilité à se laisser interpeller par le visage et l’histoire de l’autre. Même si nous préférons parfois nous abriter dans des relations formelles ou porter un masque de circonstance, la rencontre nous transforme et nous suggère souvent de nouveaux chemins que nous n’avions pas imaginés parcourir. C’est souvent ainsi que Dieu nous indique la route à suivre, en nous faisant sortir de nos routines fatiguées. Tout change lorsque nous sommes capables de vraies rencontres avec lui et entre nous. Sans formalismes, sans prétextes, sans calculs », a insisté le Pape François.

Le Pape a ensuite insisté sur l’importance d’une écoute qui ne soit pas formelle ou superficielle. Face aux questions du jeune homme riche, Jésus « ne donne pas une réponse "rituelle", il n’offre pas une solution toute faite, il ne fait pas semblant de répondre poliment pour s’en débarrasser et continuer sa route. Il l’écoute. Jésus n’a pas peur d’écouter avec le cœur, et pas seulement avec les oreilles », « Lorsque nous écoutons avec le cœur, c’est ce qui arrive : l’autre se sent accueilli, non pas jugé, libre de raconter son vécu et son parcours spirituel. »

François a donc invité à s’interroger : « Permettons-nous aux personnes de s’exprimer, de cheminer dans la foi même si elles ont des parcours de vie difficiles, de contribuer à la vie de la communauté sans être empêchées, rejetées ou jugées ? » Le Pape a reconnu que l’écoute « est un exercice lent, qui peut être laborieux, d’apprendre à s’écouter mutuellement – évêques, prêtres, religieux et laïcs – en évitant les réponses artificielles et superficielles ». Mais face aux souffrances de nos contemporains, François a martelé que l’indifférence est la pire des attitudes. « N’insonorisons pas notre cœur, ne nous blindons pas dans nos certitudes. Les certitudes, bien souvent, nous renferment. Écoutons-nous », a-t-il martelé.

« L’Évangile d’aujourd’hui nous le montre : Jésus devine que l’homme en face de lui est bon et religieux, qu’il pratique les commandements, mais il veut le conduire au-delà de la simple observance des préceptes. Dans le dialogue, il l’aide à discerner », a expliqué François, revenant sur ce thème du discernement, central dans la spiritualité jésuite et dans son pontificat. « Il lui propose de regarder au fond de lui-même, à la lumière de l’amour avec lequel lui, Jésus, fixant son regard sur lui, l’aime, et de discerner, à cette lumière, à quoi son cœur est réellement attaché. Il découvre ainsi que son bien ne consiste pas à ajouter d’autres actes religieux mais, au contraire, à se vider de lui-même : vendre ce qui occupe son cœur pour laisser de l’espace à Dieu. »

Le Synode est donc avant tout « un chemin de discernement spirituel, qui se fait dans l’adoration, dans la prière, au contact de la Parole de Dieu ». Ce n’est pas « une « convention ecclésiale, un colloque d’études ou un congrès politique, mais un évènement de grâce, un processus de guérison conduit par l’Esprit Saint. En ces jours, Jésus nous appelle, comme il l’a fait avec l’homme riche de l’Évangile, à nous vider, à nous libérer de ce qui est mondain, et aussi de nos fermetures et de nos modèles pastoraux répétitifs. Il nous appelle à nous interroger sur ce que Dieu veut nous dire en ce temps, et dans quelle direction il souhaite nous conduire. »

« Puissions-nous être des pèlerins amoureux de l’Évangile, ouverts aux surprises de l’Esprit. Ne perdons pas les occasions de grâce de la rencontre, de l’écoute réciproque, du discernement. Avec la joie de savoir qu’alors que nous cherchons le Seigneur, c’est bien lui, le premier, qui se porte avec amour à notre rencontre », a conclu le Saint-Père.

Au terme de la messe, le Pape a béni symboliquement plusieurs fidèles laïcs venus du monde entier, représentant le Peuple de Dieu, qui sera directement impliqué dans ce parcours synodal de deux ans. Après cette messe d’ouverture à Rome, une autre célébration de lancement sera célébrée le week-end prochain dans tous les diocèses du monde, premier échelon de ce Synode au format inédit, dans lequel tous les croyants et toutes les personnes de bonne volonté sont invités à s’impliquer.

(Avec V. N.)

Audience de l’Angélus

Lors de l’audience de l’Angélus, revenant sur l’Évangile de Marc, où l’homme bon demande à Jésus ce qu’il faut faire pour obtenir la vie éternelle, le Pape François a invité les fidèles à se demander quelle était leur véritable relation à Dieu et comment leur foi était nourrie.

Avant de réciter la prière de l’Angélus devant les fidèles réunis place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le passage de l’Évangile de ce dimanche, tiré de Saint-Marc, qui nous offre la rencontre entre Jésus et le jeune homme riche. « L’Évangile de Marc parle en fait de lui comme d’un "homme", sans mentionner son âge ou son nom, ce qui suggère que nous pouvons tous nous voir dans cet homme. Sa rencontre avec Jésus, en fait, nous permet de tester notre foi » a expliqué le Saint-Père.

« Remarquez les verbes qu’il utilise », a relevé le Pape, « doit faire » et « avoir ». « Voici sa religiosité : un devoir, un faire pour obtenir ; "je fais quelque chose pour obtenir ce dont j’ai besoin". Mais il s’agit d’une relation commerciale avec Dieu, un « faire pour obtenir ». La foi au contraire a précisé François « est une question de liberté et d’amour ».

Et le Saint-Père de poser ainsi cette question aux fidèles : « qu’est-ce que la foi pour moi ? » S’il s’agit principalement d’un devoir ou d’une monnaie d’échange, nous faisons fausse route, a t-il relevé, car le Salut est un don et non un devoir, il est gratuit et ne peut être acheté. Jésus, dans ce passage de l’Évangile de Marc « offre le vrai visage de Dieu ». « C’est là que la foi naît et renaît, a encore précisé François : non pas d’un devoir, non pas d’une chose à faire, mais d’un regard d’amour à accueillir. C’est ainsi que la vie chrétienne devient belle, si elle ne se fonde pas sur nos propres capacités et plans, mais sur le regard de Dieu »

Face à une foi fatiguée que nous souhaitons revigorer, le Pape a ainsi invité à « s’asseoir dans l’adoration, à nous laisser pardonner dans la Confession, à nous tenir devant le Crucifié. En bref, à nous laisser aimer par Lui ».

La troisième étape de la rencontre du jeune homme riche et de Jésus est enfin son invitation au don et à la gratuité. Cette gratuité, a souligné le Pape, « est peut-être ce qui nous manque aussi. Nous faisons souvent le strict minimum, alors que Jésus nous invite à faire le maximum possible. Combien de fois nous contentons-nous de nos devoirs - les préceptes et quelques prières - alors que Dieu, qui nous donne la vie, nous demande des élans de vie ! »

Le Souverain Pontife a ainsi invité les fidèles à une autre introspection : « où en est ma foi ? ». Une foi sans don, sans gratuité, sans œuvres de charité, finit par rendre triste : comme l’homme qui, bien que regardé avec amour par Jésus lui-même, est rentré chez lui « attristé » et « le visage sombre ». La Vierge Marie, qui a dit un « oui total à Dieu et sans conditions », a conclu le Saint-Père peut nous aider à savourer la beauté de faire de la vie un don.

(Avec V. N.)

Mercredi 6 Octobre 2021

Lors de l’audience générale de ce mercredi, le Pape a livré une réflexion sur le sens chrétien de la liberté, à l’aune de l’enseignement de saint Paul. Le Christ ayant libéré tous les hommes par le sacrifice de sa croix, son nom ne peut être utilisé pour asservir ou réduire en esclavage, a lancé le Saint-Père.

« Le Christ nous a libérés ! Tenez donc ferme et ne vous laissez pas imposer à nouveau le joug de l’esclavage » : le cri de Paul apparait comme une remontrance aux Galates. Il ne peut supporter que cette communauté « après avoir connu et accueilli la vérité du Christ », se laisse fourvoyer « par des propositions trompeuses, passant de la liberté à l’esclavage : de la présence de Jésus qui libère à l’esclavage du péché et du légalisme et ainsi de suite ».

« Jaloux » de cette liberté acquise dans le Christ, il encourage donc les Galates à s’y tenir, et à ne pas se laisser imposer le joug de la servitude. Car, a ajouté le Pape, « une prédication qui entraverait la liberté dans le Christ n’est pas évangélique. On ne peut jamais contraindre quelqu’un, ni le rendre esclave au nom de Jésus qui nous rend libres. »

La liberté chrétienne repose sur deux piliers : la grâce du Seigneur et la vérité. Et le Pape de s’arrêter sur le premier d’entre eux. La liberté est avant tout un « don du Seigneur », fruit de la mort et de la résurrection de Jésus, a-t-il souligné. En fait, « la véritable liberté, la libération de l’esclavage du péché, a jailli de la Croix du Christ ». En d’autres termes, Dieu fait du lieu « où nous sommes dépouillés de toute liberté », la source même de la liberté. Voilà le surprenant mystère d’amour de Dieu : il ne peut se comprendre totalement, il se vit.

Le second pilier est la vérité. « La vérité de la foi n’est pas une théorie abstraite, mais la réalité du Christ vivant » qui touche directement toute la vie personnelle au quotidien. La vérité rend libre en transformant la vie d’une personne et en l’orientant vers le bien, a encore affirmé François, pour qui la vérité « doit nous inquiéter, nous poser sans cesse des questions, afin que nous puissions aller toujours plus au fond dans ce que nous sommes vraiment ». Sur ce chemin long et difficile, nous sommes soutenus par l’amour qui vient de la Croix, a conclu le Saint-Père : « un amour qui révèle la vérité et nous donne la liberté ».

Au cours de l’audience générale, le Pape est aussi revenu sur la publication, ce mardi 5 octobre, du retentissant rapport de la CIASE sur les abus sexuels sur mineurs commis dans l’Église de France.

La présentation du rapport de la CIASE a été suivie avec attention au Vatican, notamment au sein de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, où le sérieux de l’enquête et la méthodologie employée ont été très appréciés. Le Pape François lui-même a réagi par un communiqué publié mardi en début d’après-midi par la Salle de Presse du Saint-Siège.

Comme les évêques de France en visite ad limina la semaine dernière l’avaient souhaité, il s’est également exprimé sur le sujet par une prise de parole adressée aux pèlerins de langue française, ce matin lors de l’audience générale en Salle Paul VI.

« Hier, la Conférence épiscopale et la Conférence des religieux et des religieuses de France ont reçu le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, chargée d’évaluer l’ampleur du phénomène des agressions et des violences sexuelles commises sur les mineurs à partir de 1950. Malheureusement, le nombre en est considérable », a déclaré l’évêque de Rome.
Compassion pour les victimes

« Je désire exprimer aux victimes ma tristesse et ma douleur pour les traumatismes qu’elles ont subis et notre honte, ma honte, pour la trop longue incapacité de l’Eglise à les mettre au centre de ses préoccupations, et je les assure de ma prière », a insisté le Pape François avant d’asséner avec gravité : « Je prie et nous prions ensemble : à toi Seigneur la gloire, à nous la honte. C’est le temps de la honte. »

« J’encourage les évêques et les supérieurs religieux à continuer à faire des efforts afin que de semblables drames ne se reproduisent pas. J’exprime aux prêtres de France ma proximité et mon soutien paternel devant cette épreuve, qui est dure mais salutaire, et j’invite les catholiques français à assumer leur responsabilité pour garantir que l’Église soit une maison sûre pour tous », a conclu le Saint-Père.

Depuis le début de son pontificat, le Pape François a multiplié les initiatives dans la lutte contre les abus sexuels sur mineurs, notamment à la suite du sommet des présidents de conférence épiscopale en février 2019 à Rome.

La publication du rapport de la CIASE a donné lieu dès ce mercredi matin à un contact direct entre le Pape et les évêques de France. Avant d’entrer dans la Salle Paul-VI pour l’audience générale, le Pape François a rencontré quatre évêques français et a vécu avec eux un moment de prière silencieuse pour les victimes.

« Oui, une prière silencieuse. Le Pape a raison : c’est le moment de la honte face au rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. Oui, maintenant c’est le temps de la prière, de la conversion, de demander pardon et de tout faire pour que cette honte ne répète plus jamais, a confié, profondément ému, Mgr Emmanuel Gobilliard », évêque auxiliaire de Lyon.

Les autres évêques français présents étaient Mgr Pierre-Yves Michel, évêque de Valence, Mgr Laurent Dognin, évêque de Quimper et Léon, et Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans. Ils sont présents au Vatican depuis mardi, avec trois femmes consacrées, à l’occasion d’’une rencontre qui se tient jusqu’au 8 octobre, organisée par la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Octobre 2021

Le Pape François est revenu lors de l’angélus de ce dimanche place Saint-Pierre, sur l’enseignement que Jésus donne à ses disciples qui écartent des enfants de Lui. Cet extrait de l’Évangile complète celui d’il y a deux semaines, dans lequel le Seigneur s’indignait des insultes faites aux plus petits.

Il y a d’abord ce rappel formulé par le Pape : « ceux qui cherchent Dieu le trouvent dans les petits, dans ceux qui sont dans le besoin : qui ne manquent pas seulement de biens, mais de soins et de réconfort, comme les malades, les humiliés, les prisonniers, les immigrés et les détenus ». Cela, Jésus l’a enseigné à ses disciples en embrassant lors d’un précédent épisode de l’Évangile un enfant, montrant que ceux qui ne peuvent rendre la pareille doivent être servis en premier et que « toute insulte faite à un petit, à un pauvre, à une personne sans défense, est faite à Lui ».

Aujourd’hui, Jésus ajoute que « celui qui ne reçoit pas le royaume de Dieu comme un enfant le reçoit, n’y entrera pas » (Mc 10,15). Cette « nouveauté » signifie que « le disciple ne doit pas seulement servir les petits, mais se reconnaître lui-même comme un petit. Se savoir petit, se savoir en quête de salut, est indispensable pour accueillir le Seigneur. C’est le premier pas pour s’ouvrir à Lui » explique François.
C’est dans les difficultés que l’on grandit

Mais « souvent cependant, nous l’oublions. Dans la prospérité, dans le bien-être, nous avons l’illusion d’être autosuffisants, de nous suffire à nous-mêmes, de ne pas avoir besoin de Dieu. C’est une tromperie, car chacun d’entre nous est un être dans le besoin, un petit, » poursuit-il, ajoutant que « dans la vie, se reconnaître petit est le point de départ pour devenir grand ».

C’est « dans les moments de lutte et de fragilité » que l’on grandit, que l’on ouvre son cœur à Dieu, aux autres et au sens de la vie. Dans ces circonstances difficiles, « le masque de la superficialité tombe et notre fragilité radicale réapparaît : c’est notre base commune, notre trésor, car avec Dieu, les fragilités ne sont pas un obstacle, mais une opportunité » affirme le Saint-Père.

C’est à ce moment que « nous découvrons à quel point Dieu prend soin de nous ». Ceux qui prient le savent bien. La prière leur fait voir la « tendresse de Dieu » « encore plus présente », qui « donne la paix et nous fait grandir ». « Le Seigneur nous serre contre Lui, comme un père avec son enfant ». Nous devenons grands « non pas dans la prétention illusoire de notre autosuffisance, mais dans la force de placer toute l’espérance dans le Père. Tout comme les petits ».

Après la prière de l’angélus, le Saint-Père s’est exprimé à propos des affrontements sanglants qui ont eu lieu cette semaine dans la prison de Guayaquil en Équateur.

C’est le pire massacre de l’histoire carcérale de l’Amérique latine. Selon un dernier bilan rapporté par l’AFP, 118 personnes sont mortes – dont six décapités – et 86 ont été blessées depuis mardi dans la prison de Guayaquil, et des agents de la police équatorienne ont été attaqués par balles hier par des détenus.

« Je suis profondément attristé par ce qui s’est passé ces derniers jours dans la prison de Guayaquil, en Équateur », a déclaré le Pape François au terme de la prière de l’angélus de ce dimanche. « Une terrible explosion de violence entre détenus appartenant à des gangs rivaux a fait plus de cent morts et de nombreux blessés. Je prie pour eux et pour leurs familles », a-t-il assuré depuis la fenêtre du Palais apostolique. « Que Dieu nous aide à guérir les blessures de la criminalité qui asservit les plus pauvres. Et qu’Il aide ceux qui travaillent chaque jour pour rendre la vie en prison plus humaine », a-t-il demandé.
Mesures prises par le gouvernement

La prison de Guayaquil abrite 8 500 détenus pour une capacité d’accueil de 5 300, soit une surpopulation de 60%. Les groupes criminels liés au trafic de drogue sont fortement représentés.

Le nombre total de prisonniers a augmenté de 30% au cours des six dernières années, pour un budget réduit de 150 millions à 99 millions de dollars au cours de la même période.

Pour réduire cette surpopulation carcérale, le gouvernement équatorien vient d’annoncer son intention de construire davantage d’infrastructures pénitentiaires, d’accorder des grâces à quelque 2 000 détenus âgés de plus de 65 ans et souffrant de maladies ou de handicaps, et de rapatrier les étrangers condamnés pour qu’ils terminent leurs peines dans leurs pays d’origine.

Environ 10% de la population carcérale du pays est étrangère, en majorité des Colombiens ou des Vénézuéliens.

(Avec V. N.)

Mercredi 29 Septembre 2021

Lors de l’audience de ce mercredi, le Pape est revenu sur le thème de la justification, à la lumière de l’enseignement de saint Paul. L’Apôtre explique que nous ne sommes pas sauvés par nos propres efforts, mais avant tout par l’amour gratuit de Dieu, qui l’a lui-même tiré de ses ténèbres.

La justification : une notion théologique qui a suscité d’âpres débats et des divisions à travers les siècles, notamment au temps de la réforme protestante.

De quoi s’agit-il ?

Dans le Nouveau testament, ce thème essentiel de la foi chrétienne est surtout abordé par saint Paul, dans la lettre aux Romains et celle aux Galates, sur laquelle le Saint-Père s’est penché aujourd’hui (Ga 2, 19-20).

La justification, a-t-il résumé en reprenant les mots du Catéchisme de l’Église Catholique, est la conséquence de « la miséricorde de Dieu qui offre le pardon ». Elle renvoie à la mort et à la résurrection du Christ, qui « a détruit le péché et nous a donné de manière définitive le pardon et le salut ». « La justification que Dieu opère nous permet donc de retrouver l’innocence perdue par le péché », elle est une réconciliation de la créature avec son Créateur.

Pour aimer à notre tour, que faire ?

Saint Paul explique et témoigne que la justification se fait par la grâce. L’ancien persécuteur, dans une rencontre fulgurante avec le Seigneur sur le chemin de Damas, est bouleversé en profondeur. Et dans « la foi au Fils de Dieu », il découvre que « nous ne devenons pas justes par nos propres efforts, mais c’est le Christ, avec la force de sa grâce, qui nous rend justes ». Ainsi, en saint Paul, la « justification par la foi souligne la priorité de la grâce, que Dieu offre à tous ceux qui croient en son Fils sans aucune distinction ». « Nous avons été justifié par pure grâce », et « non par nos mérites », a insisté le Pape François.

Mais le juif converti n’écarte pas pour autant la Loi mosaïque, qui reste « sainte » (Rm 7,12). « Bien sûr, il est essentiel, dans notre vie spirituelle, de respecter les commandements », a précisé le Pape, mais cela aussi est l’œuvre de la grâce que nous recevons du Christ. Elle est « fondamentale », car elle est un « amour gratuit » qui « nous permet, à notre tour, d’aimer de manière concrète ».

Notre engagement et sa miséricorde

Saint Jacques complète en écrivant que, « sans les œuvres, la foi est morte ». « La réponse de la foi exige donc d’être actifs dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain », a poursuivi le Saint-Père. L’homme a la responsabilité de « collaborer avec Dieu dans son œuvre de salut ». Si la justification « ne fleurit pas avec nos œuvres, elle restera là, sous terre, comme morte », a-t-il averti.

Et le Pape François d’ajouter devant les pèlerins rassemblés en salle Paul VI :

“« La justification est précisément la plus grande proximité de Dieu avec nous, hommes et femmes, la plus grande compassion de Dieu envers nous, hommes et femmes, la plus grande tendresse du Père. La justification est ce don du Christ, de la mort et de la résurrection du Christ qui nous libère. (…) Nous ne sommes pas condamnés, à la base, non : nous sommes justes. Permettez-moi de le dire ainsi : nous sommes saints, à la base. Mais ensuite, par nos actions, nous devenons des pécheurs. Mais, à la base, soyons saints : que la grâce du Christ vienne et que cette justice, cette justification nous donne la force de continuer ».”

La « lumière de la foi nous permet de reconnaître combien est infinie la miséricorde de Dieu, la grâce qui agit pour notre bien », a déclaré François en conclusion de cette catéchèse. Mais la « force de la grâce a besoin de s’unir à nos œuvres de miséricorde que nous sommes appelés à vivre pour témoigner combien est grand l’amour de Dieu ».

(V. N.)

Mercredi 22 Septembre 2021

Lors de l’audience générale, le Saint-Père a dressé un bilan de son dernier déplacement, qui l’a conduit en Hongrie et en Slovaquie. Quatre jours qui furent « un pèlerinage de prière, un pèlerinage aux racines, un pèlerinage d’espérance »

Le « pèlerinage de prière » de François a commencé le 12 septembre dernier à Budapest avec la messe de clôture du Congrès Eucharistique International, et s’est conclu le 15 septembre avec la Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs en Slovaquie, au sanctuaire de Šaštín.

Depuis le cœur de l’Europe, ces deux évènements ont rappelé aux croyants l’importance de l’adoration – « chemin de l’amour humble et désintéressé », qui conduit à l’essentiel – et de la piété populaire. Comme l’a souligné le Saint-Père ce matin, le Peuple de Dieu est appelé « par dessus tout » - « à adorer, à prier, à marcher et à faire pénitence, et en tout cela sentir la paix et la joie qui viennent du Seigneur ». Une attitude apportant une véritable « réponse de guérison » sur le continent européen, a affirmé François, à l’heure où la « présence de Dieu se dilue dans le consumérisme et dans les "vapeurs" d’une pensée unique ».

Le Pape a également évoqué sa rencontre avec la communauté juive, à Budapest et en Slovaquie, montrant qu’« il n’y a pas de prière sans mémoire ».

Le 34ème voyage apostolique du Souverain Pontife fut ensuite un pèlerinage aux « racines de la foi et de la vie chrétienne », qui sont vivantes dans l’exemple lumineux des témoins de la foi. « J’ai ressenti la force de ces racines lors de la célébration de la Divine Liturgie dans le rite byzantin, à Prešov, en la fête de la Sainte Croix. Dans les chants, j’ai senti vibrer le cœur du saint peuple fidèle, forgé par tant de souffrances pour la foi », a confié le Pape.

Ces racines « remplies de la sève vitale de l’Esprit Saint » doivent êtres gardées car elles sont la garantie de l’avenir, a-t-il poursuivi. Mais il ne s’agit pas d’en faire une idéologie ni de les exploiter « à des fins de prestige et de pouvoir, pour consolider une identité fermée ». « Cela signifierait les trahir et les stériliser ! », a averti François. Les saints Cyrille et Méthode, ainsi que les pères de l’Union Européenne nous apprennent à transmettre l’héritage chrétien et à s’engager pour le bien commun. Nous pouvons nous en inspirer, a suggéré le Saint-Père ; de cette manière « les racines sont la garantie de l’avenir : d’elles poussent d’épaisses branches d’espérance ». Et le Pape d’insister : « Tu peux grandir dans la mesure où tu es uni à tes racines », les « idéologies nouvelles » en revanche finissent mal.

Depuis le stade Lokomotiva de Košice, le Pape François est allé à la rencontre de milliers de jeunes slovaques, dialoguant avec eux et les invitant à garder confiance en Dieu face ...

L’espérance fut le troisième aspect de ce pèlerinage du Pape François, une vertu aperçue dans les yeux des jeunes rencontrés au stade de Košice. Le Pape s’est notamment réjoui de la présence de nombreux jeunes couples avec des enfants, signe encourageant dans un contexte d’hiver démographique en Europe.

« Tout aussi fort et prophétique est le témoignage de la bienheureuse Anna Kolesárová, une jeune Slovaque qui au prix de sa vie a défendu sa dignité contre la violence : un témoignage plus que jamais actuel, malheureusement, car la violence à l’égard des femmes est une plaie ouverte », a également fait remarquer le Successeur de Pierre.

Le Saint-Père s’est rendu mardi après-midi dans un quartier pauvre de Košice où vit une importante communauté Rom. Il a rappelé l’importance de la place de cette communauté ...

Puis François a évoqué d’autres rencontres marquantes, en particulier celle avec les sœurs missionnaires de la Charité du Centre Bethléem à Bratislava, ou encore avec la communauté Rom de Košice – « une fête simple, qui sentait l’Évangile ». Ces religieuses de la congrégation fondée par sainte mère Teresa prient beaucoup et servent beaucoup, a ajouté le Pape, les qualifiant de « héros de cette civilisation », des mots qui ont suscité les applaudissements des fidèles rassemblés en salle Paul VI. Le Souverain Pontife a aussi salué le travail des pères salésiens de Bratislava.

Toutes ces rencontres montrent que l’espérance ne devient concrète que « si elle se décline avec le mot “ensemble” ». La fraternité et la cohabitation avec les différentes religions et avec les plus faibles sont « la voie à suivre », a indiqué le Saint-Père. « L’avenir sera porteur d’espérance s’il nous sommes ensemble », a-t-il déclaré.

Le Pape a conclu en adressant de chaleureux remerciement à toutes les personnes ayant participé à ce voyage en Hongrie et en Slovaquie. « S’il vous plait, ajoutez encore une prière, afin que les graines semées pendant le Voyage portent de bons fruits ».

(Avec V. N.)

Dimanche 19 Septembre 2021

Lors de l’audience de l’Angélus, en commentant l’Évangile de Saint Marc, le Pape François est revenu sur le sens du "service". Un mot essentiel qui doit guider nos vies car le service est la voie tracée par Jésus.

Avant de réciter la prière de l’Angélus, le Pape s’est arrêté sur l’Évangile dominical (Mc 9, 30-37) où les disciples de Jésus, sur le chemin de Jérusalem, se disputent pour savoir qui « était le plus grand parmi eux ». Jésus leur répond : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». Une phrase lapidaire par laquelle Jésus « inaugure un bouleversement » a relevé François : « il renverse les critères qui marquent ce qui compte vraiment. La valeur d’une personne ne dépend plus du rôle qu’elle joue, du succès qu’elle a, du travail qu’elle accomplit, de l’argent qu’elle a en banque ; non, la grandeur et le succès, aux yeux de Dieu, ont une autre unité de mesure : le service ».

Ce mot « service », qui semble parfois « un peu fané, abimé par l’usure », a poursuivi le Pape, l’Évangile lui donne un sens concret : servir n’est pas une expression de courtoisie mais bien faire comme Jésus, qui, résumant sa vie en quelques mots, a dit qu’il était venu « non pour être servi, mais pour servir » (Mc 10,45).

Si nous voulons suivre Jésus, « nous devons suivre le chemin qu’il a lui-même tracé, le chemin du service, a ainsi expliqué le Saint-Père. Notre fidélité au Seigneur dépend de notre volonté de servir. Il y a souvent un prix à payer, ça "a le goût de la croix". Plus nous servons, plus nous ressentons la présence de Dieu a t-il encore souligné, « surtout lorsque nous servons ceux qui n’ont rien à donner en retour, les pauvres, en embrassant leurs difficultés et leurs besoins avec une tendre compassion : nous découvrons alors que nous sommes à notre tour aimés et embrassés par Dieu ».

Pour illustrer ce qu’est le service, Jésus fait un geste rappelé par saint Marc : il prend un enfant et le place au milieu des disciples, au centre, à l’endroit le plus important. « L’enfant de l’Évangile ne symbolise pas tant l’innocence que la petitesse, a encore expliqué François, parce que les petits, comme les enfants, dépendent des autres, des adultes, ils ont besoin de recevoir. Jésus embrasse cet enfant et dit que celui qui accueille un petit l’accueille (cf. v. 37). « Voici avant tout qui servir : ceux qui ont besoin de recevoir et n’ont rien à donner en retour », a souligné le Pape.

C’est ainsi en accueillant les marginalisés et ceux qui sont délaissés que nous accueillons Jésus, a résumé le Pape, « et dans un petit, dans un pauvre que nous servons, nous aussi nous recevons la tendre étreinte de Dieu ». François a ainsi invité à se demander si « moi, à la suite de Jésus, je m’intéresse à ceux qui sont les plus délaissés ? Ou, comme les disciples, cette fois-là, est-ce que je recherche la satisfaction personnelle ? », invitant par ailleurs à « consacrer du temps à un petit ». La Vierge Marie, a t-il conclu, peut nous aider à comprendre « que servir ne nous diminue pas, mais nous fait grandir. Et qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ».

(Avec V. N.)
Dimanche 12 Septembre 2021

Juste avant la récitation de la prière de l’angélus, le Pape François s’est adressé au peuple hongrois le remerciant pour son accueil. Il a souhaité que la croix soit pour ce pays « un pont entre le passé et l’avenir ».

« Köszönöm [merci] à toi, peuple de Hongrie ». Le Pape François depuis la place des Héros de Budapest, d’où il a célébré la messe de clôture du 52ème Congrès eucharistique international, a adressé de nombreux remerciements au terme de ce voyage de quelques heures en Hongrie, et notamment aux autorités civiles et religieuses pour leur accueil.

Le Saint-Père a tourné son regard vers « la grande famille chrétienne hongroise ». Je désire l’« embrasser dans ses rites, dans son histoire, dans les sœurs et dans les frères catholiques et ceux d’autres confessions, tous en marche vers la pleine unité ». Il a chaleureusement salué le Patriarche Bartholomée, « un Frère qui nous honore de sa présence » et les catholiques du pays. « Merci, en particulier, à mes bien-aimés Frères évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées, et à vous tous, chers fidèles ! », a déclaré le Pape.

« Que la croix soit pour vous un pont entre le passé et l’avenir ! », a souhaité le Saint-Père aux Hongrois rappelant l’importance des racines de ce pays. « Le sentiment religieux est la sève de cette nation si attachée à ses racines » a-t-il affirmé, soulignant que « la croix, plantée en terre, en plus de nous inviter à bien nous enraciner, élève et étend ses bras vers tous : elle exhorte à garder solides les racines, mais sans cloisonnement ; à puiser aux sources, en nous ouvrant aux assoiffés de notre temps ».

Le Saint-Père a ainsi invité le peuple hongrois a être « ancrés et ouverts, enracinés et respectueux », et à annoncer par sa vie l’Évangile libérateur de la tendresse infinie de Dieu pour chacun. « Dans le manque d’amour d’aujourd’hui, il est la nourriture que l’homme attend ».

Le Pape a ensuite rendu hommage à la figure de deux témoins de l’Évangile proclamés bienheureux ce dimanche à Varsovie, en Pologne : le Cardinal Stefan Wyszyński, primat de Pologne, qui « arrêté et séquestré, a toujours été un pasteur courageux selon le cœur du Christ, un héraut de la liberté et de la dignité » et sœur Elisabetta Czacka, fondatrice des Sœurs Franciscaines Servantes de la Croix, « qui a consacré sa vie entière à aider les aveugles ».

« L’exemple des nouveaux bienheureux nous incite à transformer les ténèbres en lumière grâce à la force de l’amour ». Et c’est en langue hongroise que le Pape a conclu cet angélus : « Isten, áldd meg a magyart ! [Que Dieu bénisse les Hongrois !] ».

(Avec V. N.)

Mercredi 8 Septembre 2021

Le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la lettre de Saint Paul aux Galates. Il est revenu sur l’exhortation faite par Paul aux chrétiens de ne pas oublier la nouveauté de la révélation et sur les principes d’égalité déclarés par Paul, des expressions « révolutionnaires ».

« Nous, chrétiens, considérons souvent comme acquise cette réalité d’être enfants de Dieu », a expliqué François devant la foule de fidèles rassemblée salle Paul VI ce mercredi. « Il est bon au contraire, de toujours se rappeler avec reconnaissance le moment où nous le sommes devenus, celui de notre baptême, pour vivre avec une conscience plus élevée le grand don reçu. »

En effet, a expliqué le Saint-Père, « Une fois que ‘’la foi est survenue’’ en Jésus-Christ (v. 25), il se crée une condition radicalement nouvelle qui introduit dans la filiation divine ». « Cette filiation dont parle Paul n’est plus la filiation générale qui comprend tous les hommes et toutes les femmes comme fils et filles de l’unique Créateur. » La foi permet d’être des enfants de Dieu « dans le Christ » rappelle François. « Par son incarnation, il est devenu notre frère, et par sa mort et sa résurrection, il nous a réconciliés avec le Père. Celui qui accueille le Christ dans la foi par le baptême est "revêtu" de Lui et de la dignité filiale (cf. v. 27). »

Dans ses lettres a rappelé François, Paul fait plusieurs fois référence au baptême. « Pour lui, être baptisé équivaut à participer de manière effective et réelle au mystère de Jésus », et dans la Lettre aux Romains, « il va même jusqu’à dire que, dans le baptême, nous sommes morts avec le Christ et ensevelis avec Lui pour vivre avec Lui (cf. 6,3-14). » Le baptême n’est pas seulement « un rite extérieur », a continué le Saint-Père, « ceux qui le reçoivent sont transformés en profondeur dans leur être plus intime, et ils possèdent une vie nouvelle, précisément celle qui leur permet de se tourner vers Dieu et de l’invoquer avec le nom "Abba, Père" (cf. Ga 4, 6). »

L’identité reçue par le baptême est supérieure à celles qui existent au niveau « ethnico-religieux », rappelle l’Apôtre, et aux différences liées au niveau social, « il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme » (Ga 3,28). Ces expressions, a poursuivi François, possèdent une « valeur révolutionnaire » , « Pour Paul, écrire aux Galates que dans le Christ "il n’y a ni juif ni grec" équivalait à une authentique subversion dans la sphère ethnico-religieuse. ». Car, en vertu de son appartenance au peuple élu, le Juif était privilégié par rapport au païen, et Paul lui-même l’affirme, a déclaré François, « il n’est donc pas surprenant que ce nouvel enseignement de l’Apôtre puisse paraître hérétique ».

La deuxième égalité, « il n’y a plus ni esclave ni homme libre », ouvre également « des perspectives bouleversantes », a expliqué le Souverain pontife, car « pour la société antique, la distinction entre esclaves et citoyens libres était vitale. Ces derniers jouissaient de tous les droits en vertu de la loi, tandis qu’aux esclaves n’étaient même pas reconnus la dignité humaine. »

Enfin, « Llégalité dans le Christ surmonte la différence sociale entre les deux sexes, établissant une égalité entre l’homme et la femme qui était révolutionnaire à l’époque et qui doit être réaffirmée encore aujourd’hui. » Selon Paul, a ajouté le Saint-Père, l’unité profonde existe entre tous les baptisés, « quelle que soit leur condition, parce que chacun d’eux, dans le Christ, est une créature nouvelle. »

En conclusion, la vocation des chrétiens est de « rendre concret et évident l’appel à l’unité de tout le genre humain », car « tout ce qui exacerbe les différences entre les personnes, provoquant souvent des discriminations, tout cela, devant Dieu, n’a plus aucune consistance, grâce au salut réalisé dans le Christ ». Ce qui compte, a terminé François, « c’est la foi qui agit en suivant le chemin de l’unité indiqué par l’Esprit Saint. Notre responsabilité est de marcher résolument sur cette voie. »

(V. N.)

Dimanche 5 Septembre 2021

Depuis la fenêtre du palais apostolique, le Pape François a offert une méditation sur l’évangile du jour « Il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 31-37). Il a invité chacun, notamment les prêtres, à se questionner sur sa manière d’écouter les autres.

Le Saint-Père est revenu sur l’épisode de la liturgie du jour, qui présente Jésus guérissant un sourd-muet. « Ce qui est frappant dans le récit, c’est la manière dont le Seigneur accomplit ce signe miraculeux », a-t-il expliqué. En effet, Jésus prend le sourd-muet à part, lui met les doigts dans les oreilles et touche sa langue avec sa salive, puis il lève les yeux au ciel, soupire et dit « "Effatà", c’est-à-dire : Ouvre-toi ! » (cf. Mc 7, 33-34).

Dans d’autres épisodes de guérisons, Jésus ne fait pas autant de geste. Alors, « Pourquoi fait-il tout cela maintenant, alors qu’on lui a seulement demandé d’imposer sa main au malade (cf. v. 32) ? », questionne-t-il, car être sourd-muet, répond le Pape François, « a une valeur symbolique particulière et a quelque chose à nous dire à tous. »

En effet, « nous avons tous des oreilles, mais bien souvent, nous ne pouvons pas entendre », car « il existe en fait une surdité intérieure, que nous pouvons aujourd’hui demander à Jésus de toucher et de guérir. C’est pire que la surdité physique, c’est la surdité du cœur ». Pris dans le quotidien, « nous ne trouvons pas le temps de nous arrêter pour écouter ceux qui nous parlent. » et « nous risquons de devenir imperméables à tout et de ne pas faire de place à ceux qui ont besoin d’être écoutés : je pense aux enfants, aux jeunes, aux personnes âgées, à tous ceux qui n’ont pas tant besoin de paroles et de sermons, mais d’être écoutés. Demandons-nous : comment se passe mon écoute ? Est-ce que je me laisse toucher par la vie des gens, est-ce que je sais consacrer du temps à mes proches ? ».

Cette dernière question est particulièrement valable pour les prêtres, a continué le Pape. « Le prêtre doit écouter les gens, ne pas être pressé. Écouter et voir comment il peut les aider, mais après avoir écouté. Et nous tous : d’abord écouter, puis répondre. ».

Une situation également applicable à la vie de famille : « combien de fois les gens parlent sans écouter d’abord, répétant leurs refrains qui sont toujours les mêmes ! Incapables d’écouter, nous disons toujours les mêmes choses. » Pourtant, a continué l’évêque de Rome, « la renaissance d’un dialogue vient souvent non pas des mots, mais du silence, du fait de ne pas s’accrocher, de recommencer patiemment à écouter l’autre » ; « la guérison du cœur commence par l’écoute. »

Il en va de même pour le Seigneur, « nous faisons bien de l’inonder de questions, mais nous ferions mieux de commencer par l’écouter. Jésus le demande ».

« Nous sommes chrétiens, a repris le Pape, mais peut-être, parmi les milliers de mots que nous entendons chaque jour, nous ne trouvons pas quelques secondes pour laisser résonner en nous quelques mots de l’Évangile. Jésus est la Parole : si nous ne nous arrêtons pas pour l’écouter, il passe. » Le « médicament », a expliqué le Successeur de Pierre, est « chaque jour un peu de silence et d’écoute, un peu moins de paroles inutiles et un peu plus de paroles de Dieu. »

En conclusion : « entendons aujourd’hui, comme au jour de notre baptême, les paroles de Jésus : "Effatà, ouvre-toi" ! Jésus, je souhaite m’ouvrir à ta Parole, m’ouvrir à l’écoute ».

Après la prière de l’Angélus, le Pape est notamment revenu sur la béatification de son compatriote argentin, Mamerto Esquiú, qui a eu lieu la veille. Né en 1826, frère mineur et évêque de Córdoba, « il était un proclamateur zélé de la Parole de Dieu pour l’édification de la communauté ecclésiale et civile », a salué François, invitant à applaudir le bienheureux.

Le Souverain pontife est aussi revenu sur la commémoration de sainte Teresa de Calcutta, ce dimanche : « un tonnerre d’applaudissements ! J’adresse mes salutations à toutes les Missionnaires de la Charité, engagées dans le monde entier dans un service souvent héroïque, et je pense en particulier aux Sœurs du Don de Marie, ici au Vatican. »

Le Pape a aussi assuré de ses prières les populations des États-Unis touchées par le cyclone Ida qui a causé la mort de 47 personnes à New York et dans sa région cette semaine. Il a salué également les juifs qui fêteront dans les prochains jours leur Nouvel An, « Rosh Ha-Shanah », puis les fêtes de Yom Kippour et de Sukkot. « Que cette nouvelle année soit riche de fruits, de paix et de bien pour ceux qui cheminent fidèlement dans la Loi du Seigneur » a-t-il déclaré.

(Avec V. N.)

Mercredi 1er Septembre 2021

Le Pape François a poursuivi sa catéchèse ce mercredi sur la lettre de Saint Paul aux Galates, en revenant notamment sur l’interpellation vive de l’Apôtre et sa mise en garde contre toute forme de rigidité qui éloigne de l’Esprit de Dieu.

Devant les fidèles réunis dans la salle Paul VI du Vatican, le Pape François a poursuivi ce mercredi sa catéchèse autour de la lettre de Saint Paul aux Galates. Le Saint-Père a notamment mis en avant le conflit entre l’Apôtre des Gentils et les premiers chrétiens de Galatie et les vigoureuses mises en garde de Paul contre toute tentation de rigidité et fondamentalisme.

« L’Apôtre pose des questions aux Galates afin de secouer leur conscience. Ces questions sont rhétoriques, car les Galates savent très bien que leur venue à la foi en Christ est le fruit de la grâce reçue par la prédication de l’Évangile. Elle les amène au début de leur vocation chrétienne » a t-il expliqué.

Dans ce dernier chapitre, le Pape a rappelé comment Saint Paul met au défi les Galates de regarder où ils se sont éloignés de leur foi et comment ils risquent d’annuler la grâce qu’ils ont expérimentée avec la tentation de suivre d’autres annonces. Paul utilise des termes très forts comme celui de « folie », pour décrire leur comportement, parce qu’ils risquaient de perdre leur foi dans le Christ, qu’ils avaient initialement accueillie avec enthousiasme.

« L’intention de Paul est d’acculer les chrétiens pour qu’ils se rendent compte de l’enjeu et ne se laissent pas séduire par la voix des sirènes qui veulent les entraîner vers une religiosité basée uniquement sur l’observation scrupuleuse des préceptes » a explique le Souverain Pontife.

En s’exprimant aux Galates, Paul s’exprime aussi à nous aujourd’hui : « comment vivons-nous notre foi ? L’amour du Christ crucifié et ressuscité reste-t-il au centre de notre vie quotidienne comme source de salut, ou nous contentons-nous de quelques formalités religieuses pour apaiser nos consciences ? » a demandé le Saint-Père. François a invité les fidèles à garder la certitude que, « même lorsque nous sommes tentés de nous détourner, Dieu continue à nous accorder ses dons »

Nous devons continuellement nous en tenir à ce « précieux trésor, à la beauté de la nouveauté du Christ », plutôt qu’à des éléments extérieurs, à « quelque chose qui nous attire momentanément mais nous laisse ensuite vides à l’intérieur » a encore expliqué le Pape.

Cette lettre aux Galates pourra nous aider « à ne pas écouter ces propositions quelque peu fondamentalistes qui nous font reculer dans notre vie spirituelle » a t-il conclu, et nous aidera à avancer dans la vocation pascale de Jésus. Dieu parle au présent, il « ne nous abandonne pas mais reste avec nous, avec son amour miséricordieux. Dieu est toujours proche de nous par sa bonté ».

(Avec V. N.)

Dimanche 29 Août 2021

Devant une place Saint-Pierre remplie de fidèles, le Saint-Père, depuis la fenêtre du palais apostolique a livré sa traditionnelle prière de l’Angélus. Il a offert une méditation sur le « risque d’une religiosité des apparences ».

Le Pape François a commenté l’épisode de l’Évangile selon saint Marc, dans lequel les scribes et les pharisiens sont étonnés par l’attitude de Jésus : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes » (Mc 7, 1-8.14-14. 21-23).

Nous aussi, a concédé le Souverain Pontife, « nous pouvons nous demander : pourquoi Jésus et ses disciples négligent-ils ces traditions ? », car « Après tout, ce ne sont pas de mauvaises choses, mais de bonnes habitudes rituelles, un simple lavage avant de prendre de la nourriture. » Mais alors pourquoi Jésus ne leur prête-t-il pas attention ? a continué François, « Parce qu’il est important pour Lui de ramener la foi au centre. Et pour éviter un risque, qui vaut pour ces scribes comme pour nous : observer les formalités extérieures en mettant au second plan le cœur de la foi. »

Le Pape François est ainsi revenu sur un écueil à éviter, « la religiosité des apparences », avant de développer ce phénomène : « paraître bon à l’extérieur, tout en négligeant de purifier le cœur. Il y a toujours la tentation de "contenter Dieu" par une dévotion extérieure, mais Jésus ne se satisfait pas de cette adoration. Il ne veut pas de choses extérieures, il veut une foi qui atteint le cœur. »

En effet, dans l’Évangile selon saint Marc, immédiatement, Jésus rappelle la foule pour lui dire une grande vérité : « "Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur." (v. 15). Au contraire, c’est "du dedans, du cœur" (v. 21) que naissent les choses mauvaises. » Des paroles qui sont révolutionnaires estiment François, « car dans la mentalité de l’époque, on pensait que certains aliments ou contacts extérieurs rendaient impur. Jésus renverse la perspective : ce n’est pas ce qui vient de l’extérieur qui est mauvais, mais ce qui naît de l’intérieur. »

Un enseignement qui peut aussi concerner chacun d’entre nous, a poursuivi le Souverain pontife, « Nous pensons souvent que le mal vient principalement de l’extérieur : du comportement des autres, de ceux qui pensent du mal de nous, de la société. Combien de fois nous blâmons les autres, la société, le monde, pour tout ce qui nous arrive ! C’est toujours la faute des "autres" : des gens, des gouvernants, de la malchance. Les problèmes semblent toujours venir de l’extérieur », et nous passons alors notre temps à « distribuer des blâmes, mais passer du temps à blâmer les autres, c’est perdre du temps. Vous vous mettez en colère, vous êtes amer et vous écartez Dieu de votre cœur. » Attention à ne pas se comporter comme ces personnes de l’Evangile, « qui se plaignent, se scandalisent, font polémique ». « On ne peut être vraiment religieux en se plaignant : la colère, le ressentiment et la tristesse ferment les portes à Dieu. »

Il faut savoir « s’accuser soi-même », c’est le début du cheminement de la foi, a expliqué François.

Ainsi, « Demandons aujourd’hui au Seigneur de nous libérer de blâmer les autres. Demandons dans la prière la grâce de ne pas perdre de temps à polluer le monde avec des plaintes, car ce n’est pas chrétien. » Au contraire, a conclu François, « Jésus nous invite à regarder la vie et le monde depuis notre cœur. Si nous regardons à l’intérieur, nous trouverons presque tout ce que nous détestons à l’extérieur. » Le Pape a invité chacun à demander à Dieu de purifier les cœurs, « car il existe un moyen infaillible de vaincre le mal : commencer par le vaincre en soi. »

Après la prière de l’Angélus, le Pape François a lancé un vibrant appel à prier pour l’Afghanistan, pays en plein chaos après la prise de pouvoir des talibans, et endeuillé par les attentats de l’aéroport de Kaboul.

« Je suis la situation en Afghanistan avec une grande inquiétude, et je partage la souffrance de ceux qui pleurent les personnes qui ont perdu la vie dans les attentats suicides de jeudi dernier, et de ceux qui cherchent aide et protection », a assuré le Pape François avec gravité.

« Je recommande les défunts à la miséricorde de Dieu tout-puissant, et je remercie ceux qui s’efforcent d’aider cette population durement éprouvée, en particulier les femmes et les enfants, a insisté le Pape. Je demande à tous de continuer à aider ceux qui sont dans le besoin, et de prier pour que le dialogue et la solidarité conduisent à l’instauration d’une coexistence pacifique et fraternelle, et soient porteurs d’espoir pour l’avenir du pays. »

Bien que l’Afghanistan soit l’un des rares pays au monde à n’avoir aucune présence chrétienne stable (à l’exception des expatriés), le Pape a une nouvelle fois demandé aux catholiques de faire preuve de proximité spirituelle avec la population afghane. « Dans des moments historiques comme celui-ci, nous ne pouvons pas rester indifférents : l’histoire de l’Église nous l’enseigne. En tant que chrétiens, cette situation nous engage.

C’est pourquoi je lance un appel à tous pour intensifier la prière et pratiquer le jeûne : prière et jeûne, prière et pénitence. C’est le moment de le faire. Je suis sérieux : intensifiez la prière et pratiquez le jeûne, en demandant au Seigneur la miséricorde et le pardon. »

(Avec V. N.)

Mercredi 25 Août 2021

Le Pape a poursuivi sa lecture de la lettre de Paul aux Galates lors de l’audience générale, salle Paul VI. Il est revenu sur l’hypocrisie qui est la peur de la vérité. Une personne hypocrite n’est pas capable d’aimer vraiment, a affirmé le Saint-Père lors de sa catéchèse.

Le Saint-Père s’est arrêté dans la catéchèse de ce mercredi sur le reproche adressé par saint Paul à saint Pierre dans sa lettre aux Galates. Le premier des apôtres avait cessé de manger avec des chrétiens d’origine païenne à Antioche pour ne pas s’attirer les critiques des chrétiens circoncis venus de Jérusalem qui étaient arrivés dans la ville. La Loi interdisait en effet aux juifs de manger à la même table avec des non-juifs. Ce comportement n’a pas plu à Paul, considérant qu’il créait une division injuste entre les chrétiens. « Une fois encore la relation entre la Loi et la liberté est en jeu », a affirmé le Pape François.

Le maître-mot est ainsi « hypocrisie », qui n’est autre que « la peur de la vérité », comme si l’on maquillait son comportement, son âme. « On préfère faire semblant plutôt qu’être soi-même », a poursuivi le Pape. C’est la dissimulation qui empêche d’avoir le courage de dire ouvertement la vérité et « on se soustrait ainsi facilement à l’obligation de la dire toujours, partout et malgré tout ». Et de dresser ce constat : « le virus de l’hypocrisie se diffuse facilement ».

Cette hypocrisie, elle est combattue dans la Bible. Déjà dans l’Ancien Testament, Eléazar la rejette lorsque ce vieil homme refuse de faire semblant de manger la chair sacrifiée aux divinités païennes pour pouvoir sauver sa vie. Jésus, dans les Évangiles, « réprimande fortement ceux qui apparaissent comme des justes de l’extérieur, mais qui sont pleins de fausseté et d’iniquité en eux ». Et d’inviter les fidèles à relire le chapitre 23 de l’Évangile de Matthieu pour voir combien Jésus s’insurge contre eux.

François a défini alors ce qu’est exactement un hypocrite : c’est « une personne qui fait semblant, qui flatte et qui trompe car elle vit avec un masque sur le visage, et elle n’a pas le courage de se confronter à la vérité. C’est pourquoi elle n’est pas capable d’aimer vraiment : elle se limite à vivre d’égoïsme et n’a pas la force de montrer son cœur en transparence. »

L’hypocrite se rencontre dans tous les milieux, a poursuivi le Pape : au travail, dans la politique, sans oublier dans l’Église où l’hypocrisie est « particulièrement détestable ». « Malheureusement (…) il y a tellement de chrétiens et de ministres hypocrites », a regretté François.

Et de conclure en exhortant les fidèles à « ne pas avoir peur d’être véritables, de dire la vérité, d’entendre la vérité, de se conformer la vérité. Ainsi nous pourrons aimer ».

(Avec V. N.)

Dimanche 22 Août 2021

Au cours de l’Angélus ce dimanche, le Pape a invité les fidèles réunis sur la Place Saint-Pierre à méditer l’Évangile du jour, dans lequel les paroles de Jésus, qui se révèle « Pain de vie », suscitent l’incompréhension, voire l’hostilité de certains de ses disciples. Un passage qui interpelle sur le « scandale » de la révélation de Dieu dans l’humanité de Jésus.

L’enseignement de Jésus à la synagogue de Capharnaüm laisse interdits plusieurs de ses disciples. Les paroles du Maître leur semblent « rudes » et incompréhensibles. Aussi, beaucoup « s’en retournèrent et cessèrent de le suivre ». C’est précisément sur cette attitude de rejet et d‘incrédulité que le Pape a appelé à réfléchir.

« L’incarnation de Dieu est ce qui suscite le scandale et constitue un obstacle pour ces personnes, mais souvent pour nous aussi », a souligné François. En effet, Jésus « affirme que le véritable pain du Salut, qui donne la vie éternelle, est sa propre chair ; que pour entrer en communion avec Dieu, avant d’observer les lois ou d’accomplir les préceptes religieux, il faut vivre une relation réelle et concrète avec lui ». Ainsi donc, ce ne sont pas dans des « rêves et images de grandeur et de puissance » ou « en dehors de la vie et de l’histoire » que Dieu se laisse trouver, mais dans l’humanité de Jésus, qui s’abaisse jusqu’à nous, ainsi que dans celle de nos frères et sœurs. Dieu s’est fait chair, « et quand nous disons cela dans le Credo, le jour de Noël, le jour de l’Annonciation, nous nous agenouillons pour adorer ce mystère de l’Incarnation », a-t-il rappelé.

Aujourd’hui encore, a noté le Saint-Père, ce mystère de la révélation de Dieu dans la faiblesse de la chair, cette « folie de l’Évangile », « n’est pas facile à accepter ». « Cette dimension scandaleuse est bien représentée par le sacrement de l’Eucharistie : quel sens peut-il y avoir, aux yeux du monde, à s’agenouiller devant un morceau de pain ? Pourquoi se nourrir assidûment de ce pain ? », a interrogé le Pape.

Après avoir accompli le miracle de la multiplication des pains, la foule acclame Jésus et veut en faire son roi, mais quand il explique que son geste préfigure le don de sa chair et de son sang, que ceux qui veulent le suivre doivent assimiler son humanité, « alors non, ce Jésus ne va plus ». « Chers frères et sœurs, ne soyons pas surpris si Jésus-Christ nous met en crise. En effet, inquiétons-nous s’il ne nous met pas en crise, car peut-être avons-nous dilué son message ! Et demandons la grâce de nous laisser provoquer et convertir par ses “paroles de vie éternelle” », a conclu le Souverain Pontife.

(Avec V. N.)

Mercredi 18 Août 20021

Poursuivant le cycle de catéchèse qu’il consacre à la Lettre aux Galates, le Pape s’est arrêté ce mercredi sur le rôle de la Loi de Moïse dans le plan de Salut de Dieu. Si ce rôle est éducatif et disciplinaire, il est aussi limité dans le temps, car son autorité prend fin avec la foi en Jésus-Christ.

Paul suggère que l’Histoire du Salut, et par conséquent l’histoire personnelle de chacun, se divise en deux moments : « avant de devenir croyant et après avoir reçu la foi ». Cela est valable aussi quand on parle de la Loi. Avant la foi en Jésus, l’homme se trouve « sous la Loi », dans une attitude de servitude, « comme surveillé ». « Ce temps, dit saint Paul, a duré longtemps, et se perpétue tant que l’on vit dans le péché », a précisé le Saint-Père.

La Loi mosaïque, en définitive, porte à Jésus ; elle a donc un rôle « pédagogique ». « Dans le système scolaire de l’Antiquité, le pédagogue n’avait pas la fonction que nous lui attribuons aujourd’hui, à savoir soutenir l’éducation d’un garçon ou d’une fille, a expliqué le Pape. Au lieu de cela, il était un esclave dont la tâche était d’accompagner le fils du maître chez le professeur et de le ramener ensuite à la maison. Ainsi, il devait le protéger du danger et le surveiller pour qu’il ne se comporte pas mal. Sa fonction était plutôt disciplinaire. Lorsque le garçon devient adulte, le pédagogue cesse ses fonctions ».

Dans cette perspective, il faut comprendre la Torah comme « un don de Dieu pour son peuple, car, par elle, il le protège, l’éduque et le soutient dans sa faiblesse » au milieu d’un monde marqué par le paganisme et l’idolâtrie. Pour l’apôtre, la Loi est donc une réalité positive, mais limitée dans le temps : celui de la maturation des individus et du choix de la liberté. Avec la foi en Jésus-Christ, « la Loi perd sa valeur propédeutique et doit céder la place à une autre autorité ».

Il convient de continuer à observer les commandements, mais ceux-ci ne donnent pas la justice, ni ne sauvent, a souligné le Saint-Père ; seule compte la rencontre avec Jésus, seul le Christ nous apporte la justification, gratuitement.

« Cela nous fera du bien de nous demander si nous vivons encore dans la période où nous avons besoin de la Loi, ou si nous sommes bien conscients d’avoir reçu la grâce de devenir des enfants de Dieu pour vivre dans l’amour. Comment est-ce que je vis ? Dans la crainte que si je ne fais pas cela, j’aille en enfer ? Ou est-ce que je vis aussi avec cette espérance, avec cette joie de la gratuité du salut en Jésus-Christ ? », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 15 août 2021

Solennité de l’Assomption, lors de l’audience de l’Angélus place Saint-Pierre, le Pape François a axé sa méditation sur l’humilité de la Vierge Marie. Après la prière de l’Angélus, il est revenu sur la situation en Afghanistan.

« L’humilité est le secret de Marie. C’est l’humilité qui a attiré le regard de Dieu sur elle », a expliqué l’évêque de Rome. « L’œil humain recherche la grandeur et est ébloui par ce qui est ostentatoire. Dieu, en revanche, ne regarde pas les apparences mais le cœur ».

« Dieu ne nous exalte pas pour nos dons, nos richesses ou nos compétences, mais pour notre humilité. Dieu élève ceux qui s’abaissent, ceux qui servent. Marie, en effet, ne s’attribue rien de plus que le "titre" de servante : elle est "la servante du Seigneur" (Lc 1,38). Elle ne dit rien d’autre d’elle-même, elle ne cherche rien d’autre pour elle-même », a souligné le Pape François, invitant chacun à un examen de conscience :

« Aujourd’hui, nous pouvons donc nous demander : quel est mon degré d’humilité ? Est-ce que je cherche à être reconnu par les autres, à m’affirmer et à être loué, ou est-ce que je pense à servir ? Est-ce que je sais écouter, comme Marie, ou est-ce que je veux juste parler et recevoir de l’attention ? Est-ce que je sais me taire, comme Marie, ou est-ce que je suis toujours en train de bavarder ? Est-ce que je sais faire marche arrière, désamorcer les querelles et les disputes, ou est-ce que j’essaie simplement de me mettre en avant ? »

« Il est essentiel d’être pauvre en esprit, c’est-à-dire d’avoir besoin de Dieu. Celui qui est imbu de lui-même ne laisse pas de place à Dieu, mais celui qui reste humble permet au Seigneur d’accomplir de grandes choses », a expliqué le Pape.

Le poète Dante écrivait que la Vierge Marie est « plus humble et plus haute qu’une créature » (Paradis XXXIII, 2), a rappelé François, en montrant que c’est dans la vie ordinaire qu’elle a réalisé sa vocation, sans rien d’extraordinaire en apparence, mais « le regard de Dieu est toujours resté sur elle, admirant son humilité, sa disponibilité, la beauté de son cœur jamais touché par le péché ».

« Pour nous, pour vous, qui vivez les mêmes journées, fatigantes et souvent difficiles, c’est un grand message d’espérance. Marie vous rappelle aujourd’hui que Dieu vous appelle aussi à ce destin glorieux », a expliqué le Pape argentin, très marqué par la piété mariale dans son parcours familial et vocationnel. « Fêtons-la aujourd’hui avec l’amour des enfants, animés par l’espérance d’être un jour avec elle, au Ciel ! », a-t-il demandé aux fidèles.

« Et prions-la maintenant, afin qu’elle nous accompagne sur notre chemin de la Terre vers le Ciel. Elle nous rappelle que le secret du cheminement est contenu dans le mot humilité. Et que la petitesse et le service sont les secrets pour atteindre le but », a conclu le Pape François.

Après la prière de l’Angélus, le Saint-Père s’est associé à la préoccupation internationale pour la situation du pays et il a imploré que cesse le fracas des armes.

« Je vous demande de prier avec moi le Dieu de la paix pour que le fracas des armes cesse et que des solutions soient trouvées à la table du dialogue. Ce n’est qu’ainsi que la population martyrisée de ce pays - hommes, femmes, personnes âgées et enfants - pourra rentrer chez elle et vivre en paix et en sécurité dans un respect mutuel total ».

C’est ainsi que le Pape François, ce matin après l’Angélus sur la place Saint-Pierre, a rejoint « la préoccupation unanime pour la situation en Afghanistan » où les talibans sont désormais entrés dans la capitale Kaboul.

La progression des combattants dans le pays a été inexorable. Des hélicoptères atterrissent près de l’ambassade américaine dans la capitale tandis que des véhicules diplomatiques quittent le complexe. Avec les capitulations de Mazar-i-Sharif et Jalalabad - la cinquième plus grande ville d’Afghanistan - le nombre de capitales provinciales tombées aux mains des talibans est passé à 26. La plupart des villes se sont rendues sans combattre.

Progressant à grande vitesse, les talibans ont réussi à contrôler tous les postes frontières d’Afghanistan et l’aéroport de Kaboul est resté le seul moyen de sortir du pays. Le ministre pakistanais de l’Intérieur, Sheikh Rashid Ahmed, a confirmé que les talibans avaient conquis le côté afghan du passage de Torkham, le dernier qui était resté sous le contrôle du gouvernement.

« Kaboul ne sera pas attaquée et la transition se fera de manière pacifique ». C’est ce qu’a déclaré le ministre afghan de l’Intérieur par intérim, Abdul Sattar Mirzakwal, dans une vidéo filmée par Tolo news. Le ministre a assuré les habitants de Kaboul que les forces de sécurité garantiront la sécurité de la ville. Pendant ce temps, le Royaume-Uni se prépare à l’évacuation de l’ambassadeur britannique à Kaboul, Sir Laurie Bristow. Six cents soldats sont déployés dans la capitale pour l’évacuation des citoyens britanniques restants et des Afghans qui ont collaboré avec l’armée britannique.

Il n’est par contre pas prévu d’évacuer l’ambassade de Russie à Kaboul, les diplomates poursuivant leur travail. C’est ce qu’a annoncé Zamir Kabulov, envoyé spécial du président russe pour l’Afghanistan, directeur du deuxième département d’Asie au ministère russe des Affaires étrangères.

Les talibans ont également saisi l’importante prison de l’aéroport de Bagram et tous les détenus ont été transférés dans un lieu sûr. L’université de Kaboul, dans la partie occidentale de la capitale afghane, est sous leur contrôle ; leur drapeau a été hissé dans un quartier de la ville.

Ils ont toutefois assuré qu’ils n’utiliseraient pas la force à Kaboul et qu’ils négociaient une transition du pouvoir. Pendant ce temps, le représentant des talibans à Doha, au Qatar, a ordonné aux combattants de rester aux portes de la ville, de ne pas recourir à la violence et d’éviter les morts et les blessés. Pour l’instant, il n’y a pas de combat en cours.

Le nombre de soldats envoyés par les États-Unis à Kaboul pour organiser l’évacuation du personnel de l’ambassade américaine est passé de 3 000 à 5 000. Le Secrétaire d’État américain Antony Blinken s’est entretenu hier avec le président afghan Ashraf Ghani au sujet de l’évolution de la situation en Afghanistan. Les deux hommes ont discuté de l’urgence des efforts diplomatiques et politiques en cours pour réduire la violence.

Le Secrétaire d’État a souligné l’engagement des États-Unis en faveur d’une relation diplomatique et sécuritaire forte avec le gouvernement afghan et il a promis un « soutien continu au peuple afghan ». Le président Biden a toutefois renouvelé son engagement à faire sortir l’armée américaine de ce bourbier, comparé par de nombreux observateurs à la guerre du Vietnam, en déclarant : « Je ne ne transmettrai pas cette guerre à mon successeur ».

Il a néanmoins demandé à la communauté du renseignement de rester vigilante et de faire ainsi face aux futures menaces terroristes en provenance d’Afghanistan. La diplomatie américaine a fait savoir aux représentants des talibans à Doha que toute action de leur part sur le terrain en Afghanistan qui mettrait en danger le personnel américain ou la mission sur place entraînerait une « réponse militaire rapide et forte ».

(Avec V. N.)

Mercredi 11 Août 2021

Poursuivant son parcours catéchétique de la Lettre de saint Paul aux Galates, le Pape François a approfondi ce mercredi le thème de la Loi de Moïse. Bien que d’origine divine, celle-ci ne donne pas la vie ; c’est en effet dans le Christ que la promesse trouve son accomplissement.

« Pourquoi la Loi ? » (Gal 3, 19) : cette interrogation de saint Paul, qui est le point de départ de la réflexion proposée par le Pape aux pèlerins réunis en salle Paul VI, amène à reconnaitre la nouveauté de la vie chrétienne animée par l’Esprit Saint.

Lorsque l’apôtre des Gentils parle de la Loi, il se réfère à celle de Moïse, liée à l’Alliance que Dieu avait établie avec son peuple sur le mont Sinaï. Un don nécessaire, alors que le paganisme et l’idôlatrie régnaient partout en maîtres. « L’observation de la loi garantissait au peuple les avantages de l’Alliance et le lien spécial avec Dieu, explique le Pape François. En concluant l’Alliance avec Israël, Dieu leur avait offert la Torah afin qu’ils puissent comprendre sa volonté et vivre dans la justice ». Tout au long de l’histoire d’Israël, on constate que la non-observance de la Loi représente une trahison de l’Alliance et suscite la colère de Dieu. Ainsi, Loi et Alliance sont inséparables.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’enseignement des missionnaires « fondamentalistes » infiltrés dans la communauté des Galates ; à rebours du Concile de Jérusalem, ils affirmaient en effet que les Galates devaient nécessairement suivre la Loi mosaïque pour adhérer à l’Alliance et être sauvés. Mais Paul, soutenu par la grâce reçue pour sa mission évangélisatrice, récuse cette affirmation. L’argument qu’il oppose à ses détracteurs nous fait découvrir toute la profondeur de son « intelligence spirituelle ». Il assure en effet que la Loi n’est pas la base de l’Alliance, et creuse son explication : « l’Alliance établie par Dieu avec Abraham était fondée sur la foi dans l’accomplissement de la promesse et non sur l’observance de la Loi, qui n’existait pas encore ». Abraham s’est mis en route bien avant la Loi ; de fait, la Torah n’est pas incluse dans la promesse faite au Patriarche, « elle vient 430 ans après ».
Les commandements portent à Jésus

Il serait pourtant faux de penser que Paul est contre la Loi de Moïse. « À plusieurs reprises dans ses Lettres, il défend son origine divine et soutient qu’elle a un rôle très précis dans l’histoire du salut. Cependant, la Loi ne donne pas la vie, elle n’offre pas l’accomplissement de la promesse, car elle n’est pas en mesure de l’accomplir. Ceux qui cherchent la vie doivent se tourner vers la promesse et son accomplissement en Christ », rappelle le Pape.

Ce passage de la Lettre aux Galates montre donc « la nouveauté radicale de la vie chrétienne : tous ceux qui ont la foi en Jésus-Christ sont appelés à vivre dans l’Esprit Saint, qui les libère de la Loi et, en même temps, l’accomplit selon le commandement de l’amour ». Et le Pape d’insister : les commandements restent importants, en ce sens qu’ils sont des « pédagogues » et portent à la rencontre avec Jésus. « Que le Seigneur nous aide à marcher sur le chemin des commandements mais en regardant l’amour du Christ avec la rencontre avec le Christ, sachant que la rencontre avec Jésus est plus importante que tous les commandements », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 8 Août 2021

Le Pape François est apparu à la fenêtre du Palais apostolique pour l’Angélus de ce dimanche. Il est revenu sur l’extrait de l’Évangile du Jour, tiré du 6e chapitre de saint Jean, dans lequel Jésus, devant les témoins de la multiplication des pains, exprime cette affirmation énigmatique pour ses contemporains : « Je suis le pain de la vie ».

« Que signifie le pain de vie ? », s’est interrogé le Pape François, en insistant sur le caractère très concret de ce symbole. « Pour vivre, il faut du pain. Celui qui a faim ne demande pas une nourriture raffinée et coûteuse, mais du pain. Les personnes sans emploi ne demandent pas de gros salaires, mais le "pain" de l’emploi. Jésus se révèle comme le pain, c’est-à-dire l’essentiel, le nécessaire à la vie quotidienne. Sans lui, ça ne fonctionne pas », a expliqué le Saint-Père avec clarté

« En d’autres termes, sans Lui, nous vivotons plus que nous ne vivons : parce que Lui seul nourrit nos âmes, Lui seul nous pardonne le mal que nous ne pouvons pas surmonter par nous-mêmes, Lui seul nous fait sentir aimés même si tout le monde nous laisse tomber, Lui seul nous donne la force d’aimer et de pardonner dans les difficultés, Lui seul donne au cœur la paix qu’il cherche, Lui seul donne la vie pour toujours quand la vie ici se termine », a insisté le Pape.

À travers cette affirmation surprenante, Jésus annonçait en réalité le don ultime de sa vie. « On le verra pleinement à la fin, lors de la dernière Cène. Jésus sait que le Père lui demande non seulement de nourrir les gens, mais de se donner, de se briser, sa vie, sa chair, son cœur pour que nous ayons la vie. Ces paroles du Seigneur éveillent en nous l’étonnement devant le don de l’Eucharistie, a souligné François. Personne dans ce monde, quel que soit l’amour qu’il porte à une autre personne, ne peut se faire de la nourriture pour elle. Dieu l’a fait, et le fait encore, pour nous. Renouvelons cet étonnement. Faisons-le en adorant le Pain de Vie, car l’adoration remplit la vie d’émerveillement. »

Dans l’Évangile, cependant, les gens sont scandalisés, a reconnu le Pape. « Peut-être sommes-nous nous aussi scandalisés : nous serions plus à l’aise avec un Dieu qui est au ciel sans se mêler de rien, tandis que nous pouvons gérer nos affaires ici-bas. Au contraire, Dieu s’est fait homme pour nous rencontrer dans nos vies concrètes », a insisté l’évêque de Rome.

« Nous pouvons lui parler de nos affections, de notre travail, de notre journée, de tout. Jésus désire cette intimité avec nous », et il ne veut pas être relégué au second plan ni être instrumentalisé pour parer à de simples besoins ponctuels.

La foi en Jésus doit donc se construire sur la régularité, dans l’ordinaire de nos vies. « Au moins une fois par jour, nous nous retrouvons pour manger ensemble ; peut-être le soir, en famille, après une journée de travail ou d’études, a observé le Pape. Ce serait beau, avant de rompre le pain, d’inviter Jésus, le pain de vie, de lui demander simplement de bénir ce que nous avons fait et ce que nous n’avons pas fait. Invitons-le à la maison, prions dans un style "domestique". Jésus sera à table avec nous et nous serons nourris par un plus grand amour. »

« Que la Vierge Marie, en qui le Verbe s’est fait chair, nous aide à grandir jour après jour dans l’amitié avec Jésus, le pain de la vie », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Mercredi 4 août 2021

Le pape François a repris les audiences générales en salle Paul VI. Il a renoué avec le cycle de catéchèses sur la Lettre de saint Paul aux Galates, initié juste avant la pause estivale. A l’école de « l’apôtre des Gentils », le Pape a centré son enseignement sur l’unicité de l’Évangile.

Le Pape relève tout d’abord l’enthousiasme et la passion de Paul pour tout ce qui touche à l’Évangile et à la mission. « Tout en lui est consacré à cette annonce », et « Paul interprète toute son existence comme un appel à évangéliser », c’est là sa vocation, a affirmé François. « On comprend donc la tristesse, la déception et l’ironie amère de l’apôtre à l’égard des Galates, qui à ses yeux prennent une mauvaise direction, qui les conduira à un point de non-retour », a-t-il poursuivi, en référence au passage de l’épitre lu avant sa catèchèse (Gal 1,6-8). Car pour lui, l’Évangile n’est pas multiple, mais un, et il « est l’accomplissement des promesses, le salut offert à tous les hommes ».
L’Évangile est un, celui de Jésus-Christ

Ainsi, l’apôtre natif de Tarse « ne réussit pas à s’expliquer comment il est possible qu’ils pensent à accueillir un autre “Évangile”, peut-être plus sophistiqué, intellectuel ». Il admoneste donc durement les Galates, avant qu’il ne soit trop tard, car ceux-ci n’ont pas encore abandonné la voie droite. « Sa première argumentation va directement au fait que la prédication accomplie par les nouveaux missionnaires ne peut pas être l’Évangile. C’est même une annonce qui déforme le vrai Évangile, parce qu’elle empêche d’atteindre la liberté acquise en venant à la foi ».

Attention, précise le Pape, « Paul ne dit pas que le vrai Évangile est le sien, parce que c’est lui qui l’a annoncé, non ! cela serait présomptueux, ce serait vaniteux. Il affirme plutôt que “son” Évangile, le même que les autres apôtres allaient annoncer ailleurs, est le seul authentique, car il est celui de Jésus-Christ ». Voilà pourquoi Paul utilise des termes très durs, en parlant d’« anathème », car ce nouvel Évangile « menace les fondements de la communauté ». « La vérité de l’Évangile ne peut être négociée. Soit vous recevez l’Évangile tel qu’il est, tel qu’il a été proclamé, soit vous recevez autre chose. (…) Quand il s’agit de l’Évangile et de son possible bouleversement, vous ne pouvez pas faire de compromis : la foi en Jésus n’est pas une monnaie d’échange : elle est salut, elle est rencontre, elle est rédemption. Elle n’est pas vendu à bas prix », a martelé le Saint-Père.
Importance du discernement

Nul doute cependant que les Galates sont mûs par de bons sentiments et que les ennemis de Paul semblent animés « par la fidélité à la tradition reçue des Pères ». Mais l’apôtre est pour sa part conscient que sa mission est de nature divine, de là son enthousiasme pour l’Évangile -radical, toujours nouveau et jamais “à la mode”- et de là aussi, sa sévérité.

Pour le Pape, il est donc nécessaire de « se démêler dans ce labyrinthe de bonnes intentions pour saisir la vérité ». À cet égard, le discernement revêt une importance cruciale : « Nous avons souvent vu dans l’histoire, et nous le voyons aussi aujourd’hui, des mouvements qui prêchent l’Évangile à leur manière, parfois avec leurs propres charismes véritables, mais ensuite ils exagèrent et réduisent tout l’Évangile au “mouvement”. Et ce n’est pas l’Évangile du Christ : c’est l’Évangile du fondateur, de la fondatrice, et cela oui, cela peut aider au début, mais à la fin, cela ne porte pas de fruits avec des racines profondes », a-t-il estimé.

« C’est pourquoi, a conclu le Pape François, la parole claire et décidée de Paul fut salutaire pour les Galates et elle est salutaire également pour nous ».

(V. N.)

Dimanche 1er Août 2021

La logique du don et du partage a été au cœur de la catéchèse du Saint-Père délivrée juste avant la prière de l’angélus, dimanche 25 juillet, place Saint-Pierre de Rome. Le Pape François a développé l’Évangile de ce dimanche, axé sur la multiplication des pains et des poissons.

S’appuyant sur l’Évangile de ce dimanche racontant le célèbre épisode de la multiplication des pains et des poissons, avec lequel Jésus nourrit environ 5 000 personnes venues l’écouter, le Pape François a médité sur la manière dont se déroule ce miracle.

Ainsi « Jésus ne crée pas les pains et les poissons à partir de rien », mais travaille « à partir de ce que les disciples lui apportent ». L’un d’eux dit, cite le Pape : « Il y a ici un garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela représente pour tant de gens ? » (v. 9). C’est peu, c’est rien, mais c’est suffisant pour Jésus, a souligné le Pape François.

Essayons maintenant de nous mettre à la place de ce garçon. Les disciples lui demandent de partager tout ce qu’il a à manger. Cette proposition semble insensée, relève le Pape. « Pourquoi priver une personne, le plus souvent un garçon, de ce qu’elle a apporté de chez elle et qu’elle a le droit de garder pour elle ? Pourquoi retirer à une personne ce qui n’est pas suffisant pour nourrir tout le monde de toute façon ? Humainement, c’est illogique. Mais pas pour Dieu. Au contraire, grâce à ce petit don gratuit, et donc héroïque, Jésus peut nourrir tout le monde », a expliqué le Successeur de Pierre.

C’est une grande leçon pour nous. Il nous dit que le Seigneur peut faire beaucoup avec le peu que nous mettons à sa disposition, a-t-il ajouté, conseillant de nous demander chaque jour : « Qu’est-ce que j’apporte à Jésus aujourd’hui ? ». « Il peut faire beaucoup avec une de nos prières, avec un geste de charité pour les autres, même avec une de nos misères remise à sa miséricorde. C’est ainsi que Dieu aime agir : il fait de grandes choses à partir de petites choses gratuites », a assuré l’évêque de Rome.

Tous les grands protagonistes de la Bible -d’Abraham à Marie jusqu’au garçon d’aujourd’hui- montrent cette logique de la petitesse et du don. « La logique du don est si différente de la nôtre », a observé le Pape, constatant que nous essayons d’accumuler et d’augmenter ce que nous avons, alors que Jésus nous demande de donner, de diminuer. « Nous aimons ajouter, nous aimons ajouter ; Jésus aime soustraire, enlever quelque chose pour le donner aux autres. Nous voulons nous multiplier pour nous-mêmes ; Jésus apprécie que nous partagions avec les autres, que nous partagions », a-t-il poursuivi.

Le vrai miracle, dit Jésus, n’est pas la multiplication qui produit la vantardise et le pouvoir, mais le partage qui accroît l’amour et permet à Dieu d’accomplir des merveilles, a insisté le Saint-Père faisant allusion à notre époque, où « la multiplication des biens ne résout pas les problèmes sans un partage équitable ». « On pense à la tragédie de la faim, qui touche particulièrement les petits. On a calculé que chaque jour dans le monde, environ 7 000 enfants de moins de cinq ans meurent à cause de la malnutrition », a détaillé François.

Face à de tels scandales, Jésus nous adresse aussi une invitation, semblable à celle que le garçon de l’Évangile, qui n’a pas de nom et dans lequel nous pouvons tous nous reconnaître, a probablement reçue : « Courage, donne le peu que tu as, tes talents et tes biens, mets-les à la disposition de Jésus et de tes frères. N’ayez pas peur, rien ne sera perdu, car si vous partagez, Dieu multiplie. Bannissez la fausse modestie de vous sentir inadéquat, faites-vous confiance. Croyez en l’amour, en la force du service, en la force de la gratuité ».

« Que la Vierge Marie, qui a répondu "oui" à la proposition inédite de Dieu, nous aide à ouvrir notre cœur aux invitations du Seigneur et aux besoins des autres », a conclu le Souverain pontife.

Après la prière de l’angélus, le Saint-Père a évoqué lors de ses saluts, les inondations qui touchent le Sud de la Chine. Il a exprimé sa proximité et sa solidarité avec toutes les victimes

« Ces jours derniers, des pluies torrentielles ont frappé la ville de Zhengzhou dans la province du Henan, en Chine, causant des inondations dévastatrices. Je prie pour les victimes et leurs familles et j’exprime ma proximité et ma solidarité à tous ceux qui souffrent de cette calamité » : ce sont les mots du Pape François adressés aux Chinois lors de l’angélus ce dimanche, place Saint-Pierre.

Le Pape a fait référence aux intempéries qui ont concerné le Henan et où 58 personnes ont perdu la vie cette semaine. Plusieurs millions de personnes sont concernées, certaines se sont retrouvées bloquées sans eau ni nourriture pendant plusieurs jours. Près d’un demi-million ont été évacuées et les dégâts se comptent en milliards d’euros selon les autorités locales. Un nettoyage et une désinfection à l’échelle de la province seront nécessaires pour « s’assurer que la catastrophe ne soit pas suivie d’une épidémie » a déclaré un responsable des secours de la province.

La Chine se prépare maintenant à l’arrivée du typhon In-Fa dont les premières rafales ont balayé l’est du pays. Le trafic aérien, ferroviaire et maritime a été interrompu sur toute une frange de la côte orientale, alors que la tempête tropicale devrait toucher terre dimanche en fin d’après-midi dans les environs de Ningbo et Shanghai, deux des plus grands ports au monde. Tous les vols ont été suspendus sur les deux aéroports internationaux de la ville, de même que des dizaines de trains ainsi que l’activité dans les ports. Les habitants ont été invités à éviter les activités d’extérieur.

(Avec V. N.)

Dimanche 18 Juillet 021

Depuis les fenêtres du palais apostolique, le Pape François est revenu ce dimanche sur l’Évangile de Saint-Marc (6, 30-34) où Jésus invite ses Apôtres à venir à l’écart dans le désert pour se reposer, après qu’ils lui aient expliqué leurs « travaux de la mission ». L’occasion pour le Pape de s’arrêter sur deux « aspects importants de la vie ». Le premier est le repos.

« Bien qu’il se réjouisse de voir ses disciples heureux grâce aux merveilles de la prédication, Jésus ne s’attarde pas sur les compliments et les questions, mais s’inquiète de leur fatigue physique et intérieure », a souligné le Pape. « Il veut les mettre en garde contre un danger qui nous guette nous aussi : se laisser entraîner dans la frénésie de l’action, tomber dans le piège de l’activisme, où le plus important est le résultat obtenu et le sentiment d’être les protagonistes absolus », a t-il précisé.

« Combien de fois cela arrive-t-il dans l’Église aussi : nous sommes occupés, nous nous précipitons, nous pensons que tout dépend de nous et, à la fin, nous risquons de négliger Jésus », a relevé François. Aussi, le repos dont parle Jésus n’est pas seulement le repos physique, mais également le « repos du coeur ». Le Saint-Père a ainsi appelé à « revenir au cœur des choses : s’arrêter, se taire, prier, pour ne pas passer de la course du travail à la course des vacances. Jésus, a t-il poursuivi, ne s’est pas dérobé aux besoins de la foule, mais chaque jour, avant toute autre chose, il s’est retiré dans la prière, dans le silence, dans l’intimité avec le Père ».

Et le Pape François d’inviter ainsi les fidèles à « faire une pause », « à éteindre le téléphone portable pour regarder les gens dans les yeux, à cultiver le silence, à contempler la nature, à nous régénérer dans le dialogue avec Dieu ».

Le deuxième mot-clé mis en avant par François est la « compassion ». C’est celle de Jésus devant la foule venue l’écouter. « Ému, Jésus se consacre au peuple et reprend son enseignement ». « Cela semble être une contradiction, mais en réalité il n’en est rien », a indiqué le Pape. « En effet, seul le cœur qui ne se laisse pas emporter par la précipitation est capable de s’émouvoir, c’est-à-dire de ne pas se laisser enfermer en lui-même et dans les choses à faire, et de remarquer les autres, leurs blessures, leurs besoins ».

Si nous apprenons à nous reposer vraiment, nous sommes alors capables d’exercer cette compassion. « Si nous cultivons un regard contemplatif, nous réaliserons nos activités sans l’attitude rapace de ceux qui veulent tout posséder et consommer ; si nous restons en contact avec le Seigneur et n’anesthésions pas le plus profond de nous-mêmes, les choses à faire n’auront pas le pouvoir de nous couper le souffle et de nous dévorer ». Le Pape a ainsi rappelé que nous avons besoin d’une « écologie du cœur » faite de repos, de contemplation et de compassion. « Profitons de l’été pour cela ! », a t-il lancé aux fidèles.

Le Pape François, au terme de la prière de l’Angélus, s’est fait proche des habitants d’Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas qui ont été frappés par des pluies diluviennes.

Les intempéries de ces derniers jours dans l’Ouest de l’Europe ont fait de très nombreuses victimes. Le bilan des inondations et glissements de terrain s’élève à 183 morts, ce dimanche à la mi-journée, et des dizaines de personnes sont toujours portées disparues. L’Allemagne est le pays le plus endeuillé. La police a fait état, dans la matinée, de 156 décès.

Le Saint-Père a de nouveau souhaité, ce dimanche, transmettre sa solidarité aux personnes sinistrées. « J’exprime ma proximité aux populations d’Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas, qui ont été frappées par des inondations catastrophiques. Que le Seigneur accueille les défunts et réconforte leurs familles. Qu’il soutienne les efforts de chacun pour aider ceux qui ont subi de graves dommages », a-t-il déclaré, après avoir récité la prière de l’Angélus.

Dans le seul Etat régional allemand de Rhénanie-Palatinat, la police locale a fait état de 110 morts et dit craindre « que d’autres victimes viennent s’ajouter », évoquant au moins 670 personnes blessées, dans cette seule région. La tendance est à la décrue dans la zone la plus sinistrée, mais la situation se dégrade plus au sud, à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche, indiquent les autorités. La chancelière allemande Angela Merkel se rend ce dimanche au chevet des victimes de ces inondations inédites depuis plus de cinquante ans.

En Belgique, les inondations ont fait au moins 27 morts, selon un dernier bilan officiel, publié samedi soir par les autorités. Le Premier ministre belge Alexander De Croo et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se sont rendus le 17 juillet au matin à Rochefort (Sud) et à Pepinster (Est), des communes frappées par les intempéries. La Belgique a décrété une journée de deuil national, ce mardi 20 juillet, à la veille de sa fête nationale.

L’Union Européenne a assuré de son soutien face à ces intempéries, qui ont également affecté les Pays-Bas et le Luxembourg. Dans un télégramme au nom du Pape, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, avait, le 15 juillet dernier, assuré le président de la République Fédérale d’Allemagne Franz-Walter Steinmeier des prières du Saint-Père pour les victimes et leurs familles.

« Sa Sainteté se souvient dans la prière de ceux qui ont perdu la vie et exprime à leurs familles sa plus profonde sympathie », peut-on lire dans ce télégramme dans lequel le Pape dit « prier en particulier pour les personnes toujours portées disparues, pour les blessés et pour ceux qui ont subi des dommages ou perdu leurs biens à cause des forces de la nature ».

(Avec V. N.)

Vendredi 16 Juillet

Le Pape François publie un Motu Proprio pour redéfinir les modalités de recours au missel préconciliaire : les décisions retombent sous la responsabilité des évêques. Les groupes liés à l’ancienne liturgie ne doivent pas exclure la légitimité de la réforme liturgique, les écrits du Concile Vatican II et le Magistère Pontifical.

Le Pape François, après avoir consulté les évêques du monde entier, a décidé de modifier les règles régissant l’utilisation du missel de 1962, libéralisé sous le nom de « rite romain extraordinaire » il y a quatorze ans par son prédécesseur Benoît XVI. Aujourd’hui, le Souverain Pontife publie le motu proprio intitulé Traditionis custodes, sur l’usage de la liturgie romaine d’avant 1970, l’accompagnant d’une lettre dans laquelle il explique les raisons de sa décision.

Le rôle des évêques

La responsabilité de réguler la célébration selon le rite préconciliaire revient à l’évêque, modérateur de la vie liturgique diocésaine : « il est de sa compétence exclusive d’autoriser le recours au Missale Romanum de 1962 dans son diocèse, selon les directives du Siège Apostolique ». L’évêque doit veiller à ce que les groupes qui célèbrent aujourd’hui avec l’ancien missel « n’excluent pas la validité et la légitimité de la réforme liturgique, des écrits du Concile Vatican II et du Magistère Pontifical ».

Les messes suivant l’ancien rite ne seront plus dites dans les églises paroissiales. Il reviendra à l’évêque de déterminer l’église et les jours des célébrations. Les lectures seront « en langue vernaculaire », selon les traductions approuvées par les conférences épiscopales. Le célébrant doit être un prêtre délégué par l’évêque. Ce dernier est également chargé de vérifier s’il est opportun ou non de maintenir les célébrations selon l’ancien missel, en vérifiant leur « utilité effective pour la croissance spirituelle ». Il est en effet nécessaire que le prêtre en charge ait à cœur non seulement la célébration digne de la liturgie, mais aussi le soin pastoral et spirituel des fidèles. Par ailleurs, l’évêque « veillera à ne pas autoriser la création de nouveaux groupes ».

Une autorisation nécessaire pour les prêtres

Les prêtres ordonnés après la publication du Motu proprio d’aujourd’hui, et qui ont l’intention de célébrer selon le missel préconciliaire, « doivent adresser une demande formelle à l’évêque diocésain qui consultera le Siège Apostolique avant de donner son autorisation ». Quant à ceux qui le font déjà, ils doivent demander à l’évêque diocésain la permission de continuer. Les Instituts religieux, « à l’époque érigés par la Commission Pontificale Ecclesia Dei », relèvent dorénavant de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique. Les Dicastères du Culte divin et des Religieux veilleront au respect de ces nouvelles dispositions.

Les raisons du Pape François

Dans la lettre qui accompagne le document, le Pape François explique que les concessions établies par ses prédécesseurs pour l’utilisation de l’ancien missel avaient été motivées avant tout « par le désir de favoriser la recomposition du schisme avec le mouvement dirigé par Mgr Lefebvre ». La demande, adressée aux évêques, d’accueillir généreusement les « justes aspirations » des fidèles qui demandaient de pouvoir utiliser ce missel, « avait donc une raison ecclésiale de recomposer l’unité de l’Église ». Cette faculté, observe François, « a été interprétée par beaucoup au sein de l’Église comme la possibilité d’utiliser librement le Missel romain promulgué par saint Pie V, déterminant un usage parallèle au Missel Romain promulgué par saint Paul VI ».

Le Pape rappelle que la décision de Benoît XVI, avec le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007, était soutenue par « la conviction qu’une telle mesure ne mettrait pas en doute l’une des décisions essentielles du Concile Vatican II, sapant ainsi son autorité ». Il y a quatorze ans, Joseph Ratzinger déclarait que les craintes de scissions dans les communautés paroissiales n’étaient pas fondées, car les deux formes d’utilisation du rite romain pouvaient s’enrichir mutuellement. Mais l’enquête récemment menée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi auprès des évêques a fourni des réponses qui révèlent, écrit François, « une situation qui me chagrine et m’inquiète, me confirmant dans la nécessité d’intervenir », étant donné que le désir d’unité a été « gravement méprisé » et que les concessions offertes avec magnanimité ont été utilisées « pour accroître les distances, renforcer les différences, construire des oppositions qui blessent l’Église et entravent son chemin, l’exposant au risque de la division ».

Contre une remise en doute du Concile

Le Pape se dit attristé par les abus dans les célébrations liturgiques « d’un côté comme de l’autre », mais aussi par « une instrumentalisation du Missale Romanum de 1962, de plus en plus caractérisé par un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais aussi du Concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il trahit la Tradition et la ’vraie Église’ ». Douter du Concile, explique François, « signifie douter des intentions mêmes des Pères, lesquels ont solennellement exercé leur pouvoir collégial cum Petro et sub Petro au cours du Concile Œcuménique, et, en définitive, douter de l’Esprit Saint lui-même qui guide l’Église ».

François ajoute enfin une dernière raison à sa décision de modifier les concessions du passé : « il est de plus en plus évident, dans les paroles et les attitudes de nombreuses personnes, qu’il existe un rapport étroit entre le choix des célébrations selon les livres liturgiques antérieurs au Concile Vatican II et le rejet de l’Église et de ses institutions au nom de ce qu’ils jugent être la ‘vraie Église’. Il s’agit d’un comportement qui contredit la communion, qui alimente cette tendance à la division […] contre laquelle l’Apôtre Paul a fermement réagi. C’est pour défendre l’unité du Corps du Christ que je me vois contraint de révoquer la faculté accordée par mes prédécesseurs ».

(Avec V. N.)

Mercredi 14 juillet

Le Saint-Père a quitté l’hôpital ce mercredi après neuf jours de convalescence suite à son opération du côlon. Il s’est arrêté à Sainte-Marie Majeure pour prier devant l’image de la Vierge « Salus populus romani ».

La salle de presse du Saint-Siège a annoncé ce mercredi le retour du Pape à la Maison Sainte-Marthe du Vatican. « Répondant aux questions des journalistes, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a confirmé que ce matin, peu après 10h30, le Saint-Père est sorti de l’hôpital universitaire A. Gemelli » précise un communiqué.

« Avant de retourner à la Maison-Sainte-Marthe au Vatican, le Pape s’est rendu à la Basilique de Sainte-Marie Majeure, précise le communiqué du Saint-Siège, où, devant l’icône de la Vierge "Salus Populi Romani", il a rendu grâce pour le succès de son opération, adressant une prière pour tous les malades, en particulier ceux qu’il a rencontrés pendant les jours de son séjour »

Le même communiqué précise enfin que le Saint-Père est retourné à la maison Sainte-Marthe « peu avant 12 heures ».

(Avec V. N.)

Dimanche 11 Juillet

Première apparition publique du Pape François depuis son opération : le Saint-Père a récité la prière de l’Angélus depuis les fenêtres de sa chambre, à l’hôpital universitaire Gemelli de Rome.

« J’ai beaucoup ressenti votre proximité et le soutien de vos prières. Je vous remercie de tout mon cœur ! » a d’emblée déclaré le Pape, qui, malgré sa convalescence, a tenu à maintenir ce rendez-vous dominical, en présence de fidèles et journalistes ayant fait le déplacement jusqu’à l’hôpital Gemelli où il se trouve depuis dimanche dernier. Souriant, le Pape les a salués du balcon du 10e étage, visiblement heureux de les retrouver. Brandissant des drapeaux et des banderoles, les fidèles l’ont chaleureusement applaudi. Aux cotés du Saint-Père, plusieurs enfants soignés au sein du département d’oncologie pédiatrique de l’hôpital.

Comme de coutume,le Pape François est revenu sur l’Évangile du jour relatant l’envoi en mission des disciples qui faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient » (Mc 6, 13). Cette huile est « certainement le sacrement de l’onction des malades, qui réconforte l’esprit et le corps », mais elle est aussi « l’écoute, la proximité, le soin, la tendresse de ceux qui s’occupent du malade : c’est comme une caresse qui fait du bien, qui apaise la douleur et qui soulage », a-t-il affirmé. Tôt ou tard, chacun a besoin de cette onction et aura ensuite mission de la donner à son tour « par une visite, un appel téléphonique, une main tendue à ceux qui ont besoin d’aide ». Une des choses qui nous sera demandée lors du Jugement dernier sera précisément cette proximité avec les malades, a insisté l’évêque de Rome.
Importance d’un système de santé accessible à tous

Et le Pape d’apporter un témoignage personnel : « en ces jours d’hospitalisation, j’ai pu constater l’importance d’un bon service de santé, accessible à tous, comme c’est le cas en Italie et dans d’autres pays. (…) Il ne faut pas perdre ce bien précieux. Il faut le maintenir ! Et pour cela, nous devons tous nous engager, car il est utile à tous et nécessite la contribution de tous », a-t-il pointé, soulignant la nécéssité de sauvegarder les institutions assurant un service gratuit.

Le Saint-Père a également réitéré sa gratitude et ses encouragements aux médecins ainsi qu’à l’ensemble du personnel soignant et hospitalier. « Prions pour tous les malades, en particulier ceux qui se trouvent dans des conditions plus difficiles : personne ne doit être laissé seul, que tous puissent recevoir l’onction de l’écoute, de la proximité et du soin. Demandons-le par l’intercession de Marie, notre Mère, Santé des malades », a-t-il conclu.

Au terme de l’Angélus, le Pape a évoqué le dimanche de la Mer, qui se tient ce 11 juillet, disant prier pour les marins et leurs familles, exhortant chacun à prendre soin des mers et des océans, notamment en en éliminant le plastique.

Il a également mentionné la fête de saint Benoît, père fondateur du monachisme en Occident. L’occasion pour le Saint-Père de saluer toute la grande famille bénédictine, et d’inviter à prier pour l’Europe -dont saint Benoît est le patron- afin qu’elle soit « unie autour de ses valeurs fondatrices ».

(Avec V. N.)

Jeudi 8 Juillet 2021

Le séjour du Pape à l’hôpital Gemelli de Rome se poursuit après l’intervention chirurgicale intestinale de dimanche dernier.

« Sa Sainteté le Pape François a passé une journée tranquille, se nourrissant et se déplaçant de manière autonome. L’après-midi, il a voulu montrer sa proximité paternelle aux jeunes patients du département voisin d’oncologie pédiatrique et de neurochirurgie infantile, en leur envoyant ses salutations affectueuses », a fait savoir le directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège dans un communiqué publié ce jeudi midi, 8 juillet.

« Dans la soirée il a souffert d’un épisode de fièvre, a précisé Matteo Bruni. Ce matin, il a été soumis à des examens de routine, à des tests microbiologiques et à un scanner de la poitrine et de l’abdomen, qui se sont révélés négatifs. »

« Le Saint-Père, a conclu le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, poursuit le traitement prévu et l’alimentation orale. En ce moment particulier, il tourne son regard vers tous ceux qui souffrent, exprimant sa proximité avec les malades, surtout ceux qui ont le plus besoin de soins ».

Mercredi 7 Juillet

Le repos postopératoire du Pape François se poursuit, après l’intervention chirurgicale planifiée qu’il a subie dimanche dernier à l’intestin. Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a donné de nouvelles informations dans une déclaration publiée ce mercredi 7 juillet.

« L’évolution postopératoire de Sa Sainteté le Pape François continue d’être régulière et satisfaisante. Le Saint-Père a continué à s’alimenter régulièrement, et la thérapie par perfusion a été suspendue », a-t-il indiqué. « L’examen histologique définitif a confirmé une sténose diverticulaire sévère avec des signes de diverticulite sclérosante », a ajouté Matteo Bruni.

Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a également expliqué que « le Pape François est touché par les nombreux messages et l’affection reçus ces jours-ci et exprime sa gratitude pour la proximité et la prière ».

Depuis dimanche, plusieurs chefs d’État, des autorités religieuses et des groupes de fidèles ont en effet manifesté leur soutien au Souverain Pontife hospitalisé.

Lundi 5 Juillet

Le Pape François s’est bien reposé pendant la nuit et a lu quelques journaux ce matin. Les examens de routine sont positifs.

Le traitement post-opératoire du pape, qui a été admis à l’hôpital Gemelli de Rome dimanche après-midi pour une opération du côlon, se déroule bien : c’est ce qu’assure le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni. Son état de santé évolue bien.

« Sa Sainteté le Pape François s’est bien reposé pendant la nuit. Ce matin, il a pris son petit-déjeuner, lu quelques journaux et s’est levé pour marcher », peut -on lire dans le communiqué publié à la mi-journée.

« Le cours post-opératoire est régulier. Les examens de contrôle de routine sont bons », a ajouté Matteo Bruni, sur la base des informations fournies par les médecins en charge des soins du Souverain Pontife.

(Avec V. N.)

Dimanche 4 Juillet 2021

Dans sa méditation avant la prière de l’Angélus , le Pape François est revenu sur l’incompréhension des contemporains de Jésus, qui n’avaient pas compris qu’il était le Fils de Dieu. Il a averti sur le risque que nous courons, nous aussi, de laisser passer Dieu sans le reconnaître.
Le Pape est revenu sur l’épisode de l’Évangile du jour, dans lequel Jésus, qui enseigne à la Synagogue un jour de sabbat, se heurte à l’incrédulité des habitants de Nazareth, où il avait vécu son enfance. Cet échec de Jésus a donné lieu à l’expression populaire « nul n’est prophète en son pays ».

Les habitants de Nazareth « connaissent Jésus mais ne le reconnaissent pas. En effet, il y a une différence entre connaître et reconnaître ». Cela se ressent aussi dans notre vie quotidienne : souvent, on se fait une idée d’une personne à partir de ce qu’en disent les autres, d’une connaissance superficielle, mais sans reconnaître « le caractère unique de cette personne. C’est un risque que nous courons tous : nous pensons savoir beaucoup sur une personne, nous lui mettons une étiquette et nous l’enfermons dans nos préjugés », a averti François.

« De la même façon, les compatriotes de Jésus le connaissaient depuis 30 ans et pensaient tout savoir : en réalité, ils ne se sont jamais rendus compte de qui il était vraiment. Ils se sont arrêtés aux aspects extérieurs et ont refusé la nouveauté de Jésus », a souligné le Pape.

Le Pape François a donc mis en garde contre ce piège spirituel et relationnel très fréquent : « Lorsque nous faisons prévaloir le confort de l’habitude et la dictature des préjugés, il est difficile de s’ouvrir à la nouveauté et de se laisser étonner ». De nombreux chrétiens se laissent endormir par une certaine vision confortable de Jésus, qui répond à leurs codes culturels, à leurs habitudes. Mais « avec Dieu ça ne suffit pas. Sans ouverture à la nouveauté et aux surprises de Dieu, sans étonnement, la foi devient une litanie fatiguée qui s’éteint lentement », a averti le Pape.

Les contemporains de Jésus n’ont pas « accepté le scandale de l’Incarnation ». Le fait que Dieu s’incarne dans l’ordinaire du quotidien est en effet très déstabilisant : beaucoup se projettent dans l’idée d’un « dieu abstrait et distant », qui nous laisse vaquer à nos occupations, ou au contraire imaginent un « dieu des effets spéciaux, qui fait seulement des choses exceptionnelles et donne toujours de grandes émotions ».

Mais ces deux conceptions sont fausses : « Au contraire, Dieu s’est incarné : humble, tendre, caché, il se fait proche de nous en habitant la normalité de notre vie quotidienne. » Il faut donc avoir les yeux et l’esprit ouverts pour reconnaître Sa présence. « J’ai peur de Dieu quand il passe, j’ai peur de ne pas Le reconnaître », écrivait saint Augustin. « Pensons aux fois où nous ne nous le reconnaissons pas, et où nous scandalisons de Lui », a demandé le Pape.

Il a conclu son intervention en demandant à Marie, « qui a accueilli le mystère de Dieu dans la vie quotidienne de Nazareth » de nous aider à « avoir les yeux et le cœur libérés des préjugés et ouverts à l’étonnement, aux surprises de Dieu, à Sa présence humble et cachée dans la vie de chaque jour ».

A la fin de l’Angélus de ce dimanche 4 juillet , le Saint-Pèrel a confirmé le voyage du 12 au 15 septembre prochain en Hongrie et en Slavaquie, expliquant que le dimanche 12 septembre, avant de se rendre à Bratislava, il concélébrera à Budapest, en Hongrie, la messe de clôture du Congrès eucharistique international. « Je remercie sincèrement ceux qui préparent ce voyage et je prie pour eux. Prions tous pour ce voyage et pour les personnes qui s’organisent pour le préparer », a-t-il expliqué.

Le voyage en Slovaquie ne comprendra pas seulement une visite à Bratislava, mais aussi à trois autres villes, comme l’a confirmé le directeur du Bureau de presse du Vatican, Matteo Bruni, dans une déclaration : « Comme l’a annoncé le Saint-Père dans l’Angélus de ce matin, à l’invitation des autorités civiles et des conférences épiscopales, le dimanche 12 septembre 2021, le Pape François sera à Budapest à l’occasion de la messe de clôture du 52e Congrès eucharistique international ; ensuite, du 12 au 15 septembre 2021, il se rendra en Slovaquie, visitant les villes de Bratislava, Prešov, Košice et Šaštin. Le programme du voyage sera publié en temps utile », a-t-il précisé.

Le Pape ne s’arrêtera donc pas seulement dans la capitale, mais visitera trois autres lieux : Prešov, la troisième ville de Slovaquie, avec un grand prestige culturel, surplombant la rivière Torysa ; puis Košice, la deuxième ville la plus peuplée du pays, à la frontière orientale, près de la Pologne, de l’Ukraine et de la Hongrie, sur la rivière Horná ; enfin, Šaštin, dans la région de Trnava.

Il s’agira de la deuxième visite d’un Pape dans ce pays indépendant depuis le 1er janvier 1993, après le voyage apostolique de Jean-Paul II en 2003. Le Pape polonais s’était par ailleurs rendu à deux reprises en Hongrie, peu après la sortie du communisme, en 1991 et en 1996.
Les réactions du cardinal Erdö et de la présidente slovaque

Le Cardinal Péter Erdő, archevêque d’Ezstergom-Budapest et Primat de Hongrie, a déclaré après l’annonce : « La communauté des fidèles catholiques attend avec beaucoup de joie et d’amour l’arrivée du Saint-Père. Nous prions pour que sa visite soit un signe d’espérance et de nouveau départ pendant cette période d’atténuation de la pandémie. »

Il a souligné l’importance de la participation personnelle du Pape à la messe de clôture, puisque habituellement c’est un légat pontifical qui représente le Saint-Père aux congrès eucharistiques. Ce fut le cas lors du dernier congrès à Cebu où le Pape François avait envoyé un message vidéo. La dernière participation personnelle d’un Pape à un congrès eucharistique remonte au Grand Jubilé de l’an 2000, mais il ne s’agissait pas d’un voyage : Jean-Paul II avait assisté à cet événement mondial qui s’était tenu alors à Rome.

Concernant la visite des Papes en Hongrie, le cardinal Erdö rappelle qu’en 1996, Jean-Paul II n’avait fait que transiter par Budapest, les destinations de son voyage étant Pannonhalma et Győr. La clôture du Congrès eucharistique donnera donc lieu à la première messe pontificale dans la capitale hongroise depuis 30 ans.

La présidente de la Slovaquie, Zuzana Caputova, a pour sa part diffusé une déclaration en vidéo, dans laquelle elle déclare : « Je suis très heureuse que le Pape François ait accepté l’invitation et ait confirmée aujourd’hui sa visite en Slovaquie en septembre de cette année. Quand je l’avais rencontré en décembre au Vatican, il m’avait dit combien la Slovaquie lui tient à coeur. Ses paroles sont confirmées par le fait qu’il a l’intention de rester plus longtemps en Slovaquie. Je crois que la présence du Pape François sera un message de réconciliation et d’espérance pour nous tous dans les temps difficiles que nous sommes en train de vivre. »

(Avec V. N.)

Mardi 29 Juin 2021

En cette Solennité des saints Pierre et Paul, le Pape François a prononcé sa méditation de l’Angélus depuis la fenêtre du Palais apostolique.

L’évêque de Rome s’est arrêté sur cette interpellation du Christ dans l’Évangile du jour, tiré du 16e chapitre de saint Matthieu : « Pour vous, qui suis-je ? ». Il a invité chacun à recevoir cette question pour lui-même, en donnant au Seigneur une réponse qui « vienne du cœur », même pour ceux qui se sont éloignés ou sont découragés.

La vie chrétienne, en effet, ce n’est pas seulement « parler de Jésus » mais c’est « parler à Jésus », « en lui apportant sa vie, en entrant en relation avec Lui, en accomplissant le passage décisif », et donc en en faisant le véritable centre de nos pensées et de nos affections. Saint Pierre et saint Paul n’ont pas été de simples « admirateurs » de Jésus mais des « imitateurs », en mettant leur vie en jeu concrètement, pas seulement en actes mais aussi en paroles.

C’est une leçon pour tous les chrétiens qui ont parfois tendance à se contenter de beaux discours sans prendre de risques pour eux-mêmes. « Combien de fois, par exemple, nous disons que nous voudrions une Église plus fidèle à l’Évangile, plus proche des gens, plus prophétique et missionnaire, mais ensuite, concrètement, nous ne faisons rien ! », a regretté le Pape François.

Le Pape a rappelé que Pierre et Paul ne sont pas exempts de reproches. « Pierre a renié Jésus et Paul a persécuté les chrétiens ». Mais leurs chutes portent aussi témoignage de la sincérité de leur retournement. « C’est de là que commence le témoin : par la vérité sur lui-même, la lutte contre sa propre duplicité ou fausseté. Le Seigneur peut faire de grandes choses avec nous quand nous ne nous complaisons pas à défendre notre image, mais que nous sommes transparents avec Lui et avec les autres ». Le Seigneur, « à travers ses témoins Pierre et Paul, nous pousse à faire tomber nos masques, à renoncer aux demi-mesures, aux excuses qui nous rendent tièdes et médiocres ».

Le Pape a conclu sa méditation en demandant à la Vierge Marie « d’allumer en nous le désir de témoigner de Jésus ».

Au terme de l’Angélus, outre un hommage à Benoît XVI qui fête aujourd’hui ses 70 ans de sacerdoce et une invitation à prier pour le Liban à l’occasion de la journée de prière et de réflexion du 1er juillet, le Pape a aussi évoqué le 160e anniversaire, ce jeudi 1er juillet également, de L’Osservatore Romano, « "le Journal du Parti", comme je l’appelle », a-t-il dit avec humour. Il a salué le travail des journalistes de ce quotidien, en les exhortant à poursuivre leur service « avec fidélité et créativité ».

Auparavant, à 9h30, le le Pape François avait présidé la messe en la basilique dédiée au prince des apôtres. Le Souverain Pontife a articulé son homélie autour de la liberté de Pierre et Paul, offerte par leur rencontre avec le Christ.

Ce n’est pas la bravoure qui est au centre de l’histoire de Pierre et Paul, mais la rencontre avec le Christ qui a changé leur vie. Cette expérience les a guéris et libérés. « Pierre et Paul sont libres seulement parce qu’ils ont été libérés. », le Saint-Père a invité à s’arrêter sur ce point central.

Pierre, le pêcheur de Galilée a d’abord pu être « libéré du sentiment d’inaptitude et d’amertume de l’échec » grâce à « l’amour inconditionnel de Jésus ». Malgré la défaite de n’avoir rien pêché (cf. Lc 5, 5 ; Jn 21, 5), malgré la peur (cf. Mt 14, 30), « Jésus l’a aimé gratuitement et a misé sur lui. Il l’a encouragé à ne pas abandonner, à jeter encore les filets à la mer, à marcher sur les eaux, à regarder avec courage sa faiblesse, à le suivre sur la voie de la croix, à donner sa vie pour ses frères, à paître ses brebis. Il l’a ainsi libéré de la peur, des calculs basés sur les seules sécurités humaines, des soucis mondains, en lui donnant le courage de tout risquer, et la joie de se sentir pêcheur d’hommes », a détaillé le Pape. Jésus lui a ensuite donné les clefs qui lui offrent le pouvoir de lier et délier, « de lier les frères au Christ et de délier les nœuds et les chaînes de leur vie » (cf. Mt 16, 19). « Pierre fait l’expérience de la Pâque : le Seigneur l’a libéré. »

Si tout cela a été possible, a continué le Souverain Pontife, c’est parce que Pierre a d’abord été libéré, « les chaînes qui le retenaient prisonnier ont été brisées et, comme cela s’était produit dans la nuit de la libération des Israélites de l’esclavage d’Égypte, il lui a été demandé de se lever rapidement, de mettre sa ceinture et de s’attacher les sandales pour sortir. » Il s’agit là d’une histoire d’ouverture.

Paul a également vécu la libération du Christ, « Il a été libéré de l’esclavage le plus oppressant, celui de son moi, et de Saul, nom du premier roi d’Israël, il est devenu Paul qui signifie “petit” ». Paul a ainsi été également « libéré du zèle religieux qui l’avait rendu acharné à soutenir les traditions reçues (cf. Ga 1, 14) et violent dans la persécution des chrétiens. » En effet, a noté le Saint-Père, « l’observance formelle de la religion et sa défense par l’épée tirée de la tradition, au lieu de l’ouvrir à l’amour de Dieu et des frères, l’avaient rendu rigide. »

Une fois que Dieu l’a libéré de cela, il ne lui a pas épargné de nombreuses difficultés et faiblesses qui ont rendu sa mission évangélisatrice plus féconde, « les fatigues de l’apostolat, l’infirmité physique (cf. Ga 4, 13-14) ; les violences et les persécutions, les naufrages, la faim et la soif, et, comme il le raconte lui-même, une épine qui le tourmente dans la chair (cf. 2 Co 12, 7-10). » C’est ainsi que Paul a compris que « Dieu a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde pour couvrir de confusion ce qui est fort » (1 Co 1, 27), « Paul a fait l’expérience de la Pâque : le Seigneur l’a libéré. »

Le Christ a libéré ces deux géants de la foi, a continué le Pape François, « Il ne les a pas jugés, il ne les a pas humiliés, mais il a partagé leur vie avec affection et proximité, en les soutenant de sa prière et, parfois, en les reprenant pour les provoquer au changement », et Jésus « fait de même avec nous : il nous assure de sa proximité en priant pour nous et en intercédant auprès du Père ; et il nous reproche avec douceur quand nous faisons erreur, afin que nous puissions trouver la force de nous relever et de reprendre le chemin. »

« Touchés par le Seigneur, nous sommes libérés nous aussi. Et nous avons toujours besoin d’être libérés, car seule une Eglise libre est une Eglise crédible. », a poursuivi le Pape. Nous sommes appelés à être libre de la peur « qui nous immobilise et nous rend craintifs, en nous enfermant dans nos sécurités et en nous ôtant le courage de la prophétie. », comme Pierre face à ses filets pauvres en poisson, et comme Paul :

“Nous sommes appelés à être libres des hypocrisies de l’apparence ; libres de la tentation de nous imposer par la force du monde plutôt que par la faiblesse qui fait place à Dieu ; libres d’une observance religieuse qui nous rend rigides et inflexibles ; libres des liens ambigus avec le pouvoir et de la peur d’être incompris et attaqués.”

Pierre et Paul « nous livrent l’image d’une Eglise remise entre nos mains, mais conduite par le Seigneur avec fidélité et tendresse. » Car une Eglise libérée « peut offrir au monde cette libération qu’il ne peut pas se donner tout seul : la libération du péché, de la mort, de la résignation, du sens de l’injustice, de la perte de l’espérance qui avilit la vie des femmes et des hommes de notre temps. »

Le Pape qui a ensuite invité à se demander à quel point nos villes, nos sociétés, notre monde, « ont-ils besoin de libération ? Combien de chaînes doivent-elles être brisées et combien de portes fermées doivent-elles être ouvertes ! » « Nous pouvons être des collaborateurs de cette libération, mais seulement si nous nous laissons d’abord libérer par la nouveauté de Jésus, et si nous marchons dans la liberté de l’Esprit Saint », a-t-il détaillé.

En conclusion, les archevêques métropolitains qui reçoivent ce mardi 29 juin le pallium représentent « un signe d’unité avec Pierre rappelle la mission du pasteur qui donne sa vie pour le troupeau. C’est en donnant sa vie que le pasteur, libéré de lui-même, devient instrument de libération pour les frères. »

Enfin, la présence de la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople à la cérémonie est « un précieux signe d’unité sur le chemin de libération des distances qui divisent scandaleusement ceux qui croient au Christ. »

(Avec V. N.)

Dimanche 27 Juin 2021

Avant de réciter la prière de l’angélus, le Pape François a délivré une catéchèse sur l’amour comme meilleure guérison possible aux maux de la vie, conseillant quelques moyens pour le trouver, à savoir en adoptant le regard et de la perspective du Christ.

S’appuyant sur l’Évangile du jour (cf. Mc 5, 21-43), le Souverain pontife est revenu sur les deux situations les plus dramatiques de la vie : la mort et la maladie, dans lesquelles Jésus va à notre rencontre.

« Jésus se laisse toucher par notre douleur et notre mort, et il opère deux signes de guérison pour nous dire que ni la douleur ni la mort n’ont le dernier mot. Il nous dit que la mort n’est pas la fin. Il vainc cet ennemi, dont nous ne pouvons nous libérer », a affirmé le Saint-Père, souhaitant se concentrer sur la maladie à partir de l’exemple de la femme citée dans l’Évangile, « qui a des pertes de sang depuis plusieurs années ».

Plus que sa santé, ce sont ses relations affectives qui sont compromises : elle saigne et donc, selon la mentalité de l’époque, elle est considérée comme impure, relève d’abord le Pape. « Elle était donc marginalisée, elle ne pouvait avoir de relations stables, un époux, une famille et des relations sociales normales. Elle vivait seule, avec un cœur blessé ». Et l’évêque de Rome d’affirmer : « Quel est la plus grande maladie de la vie ? Le cancer, la tuberculose, la pandémie ? Non, la plus grande maladie de la vie est le manque d’amour, c’est ne pas être capable d’aimer. Et la guérison qui compte le plus est celle de l’affectif. Mais comment la trouver ? » « Pensons à nos relations affectives, sont-elles en bonne santé ou malades ? Si elle sont malades, Jésus peut les guérir », a affirmé le Pape.

L’histoire de cette femme sans nom, dans laquelle nous pouvons tous nous reconnaître, est exemplaire, a soutenu le Pape. « Le texte dit qu’elle avait tenté de nombreux traitements, ‘’elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré’’ (v. 26). Nous aussi, combien de fois avons-nous recours à de mauvais remèdes pour assouvir notre manque d’amour ? », a interrogé François, poursuivant : « Nous pensons que c’est le succès et l’argent qui nous rendent heureux, mais l’amour ne s’achète pas. Nous nous réfugions dans le virtuel, mais l’amour est concret. Nous ne nous acceptons pas tels que nous sommes et nous nous cachons derrière les artifices de l’apparence, mais l’amour n’est pas une apparence. Nous cherchons des solutions auprès de magiciens et de gourous, pour nous retrouver ensuite sans argent et sans paix, comme cette femme. »

Elle, la femme, finalement, choisit Jésus et se jette dans la foule pour toucher son vêtement. Cette femme donc cherche un contact direct et physique avec Jésus, assure le Pape, rappelant combien en particulier en cette période, nous aussi « avons compris combien le contact et les relations sont importants ».

« Il en va de même avec Jésus : parfois nous nous contentons d’observer quelques préceptes et de répéter des prières, mais le Seigneur attend que nous le rencontrions, que nous lui ouvrions notre cœur, que nous touchions son vêtement, comme la femme, pour guérir. Parce qu’en entrant dans une intimité avec Jésus, nous sommes guéris dans notre affect », a relevé le Successeur de Pierre, insistant sur « le regard de Jésus » : il y a beaucoup de gens, mais Lui va à la recherche d’un visage et d’un cœur plein de foi. Il ne regarde pas l’ensemble, mais la personne, a détaillé le Pape.
Jésus guérit le cœur

« Il ne s’arrête pas devant les blessures et les erreurs du passé, mais va au-delà des péchés et des préjugés. Il ne s’arrête pas aux apparences, il va jusqu’au cœur ».

Le Saint-Père qui a enfin invité tous les fidèles à laisser Jésus regarder et guérir leur cœur, à commencer par lui-même : « Moi aussi, je dois laisser Jésus regarder mon cœur pour qu’il le guérisse ». « Et si tu as déjà fait l’expérience de son regard tendre posé sur toi, imite-le, fais comme Lui. Regarde autour de toi : tu verras que de nombreuses personnes qui vivent à tes côtés se sentent blessées et seules, elles ont besoin de se sentir aimées. Jésus te demande un regard qui ne se limite pas à l’extérieur, mais qui rejoint le cœur, un regard qui ne juge pas, mais qui accueille. Parce que seul l’amour guérit la vie », a conclu le Souverain pontife, exhortant avec insistance à ne surtout pas juger, « juger les réalités personnelles et sociales d’autrui, car Dieu aime tout le monde ».

Au terme de la prière dominicale de l’angélus, le Saint-Père a ensuite évoqué la fête des saints Pierre et Paul, qui aura lieu mardi 29 juin prochain. À cette occasion, le Pape a demandé aux fidèles de prier pour lui. « Priez d’une manière particulière : le pape a besoin de vos prières ! Merci. Je sais que vous le ferez », a-t-il insisté.

À l’occasion de la Journée pour la paix en Orient, célébrée dimanche 27 juin, le Saint-Père a par ailleurs inviter chacun « à implorer la miséricorde de Dieu et la paix dans cette région ». « Que le Seigneur soutienne les efforts de tous ceux qui œuvrent pour le dialogue et la coexistence fraternelle au Moyen-Orient, où la foi chrétienne est née et est vivante, malgré les souffrances. Que Dieu accorde à ces chers peuples une force, une persévérance et un courage constants », a déclaré François.

Enfin, le Souverain pontife a tourné ses pensées vers la République tchèque, frappée jeudi soir par un violent ouragan ayant fait une soixantaine de blessés et au moins cinq morts. « J’assure de ma proximité les habitants du sud-est de la République tchèque qui ont été frappés par un violent ouragan. Je prie pour les morts et les blessés et pour tous ceux qui ont dû quitter leurs maisons, qui ont été gravement endommagées », a garanti l’évêque de Rome.

(Avec V. N.)

Mercredi 23 Juin 2021

En inaugurant un nouveau cycle de catéchèses, lors de l’audience générale tenue en cour saint-Damase du Palais apostolique, le Souverain pontife a médité sur la Lettre aux Galates de saint Paul. Le Saint-Père a loué l’œuvre évangélisatrice de Paul, et mis en garde contre certains prédicateurs, qui se présentent comme « uniques détenteurs de la vérité ».

La Lettre de saint Paul aux Galates est décisive, montre la beauté de l’Évangile et la conversion de l’apôtre, a estimé le Pape, égrainant les différents thèmes importants pour la foi qu’elle renferme : la liberté, la grâce et la manière de vivre chrétienne, tous extrêmement actuels. « Cette lettre semble écrite pour notre temps », selon le Pape.

La première des caractéristiques qui ressort de cette Lettre est la grande œuvre d’évangélisation mise en œuvre par l’apôtre missionnaire.

« Nous ne savons pas précisément à quelle zone géographique il se réfère, et nous ne pouvons pas non plus affirmer avec certitude la date à laquelle il écrivit cette lettre. Nous savons que les Galates étaient une antique population celte qui, à travers de nombreuses péripéties, s’était établie dans cette région étendue de l’Anatolie, dont le chef-lieu était la ville d’Ancyra, aujourd’hui Ankara, la capitale de la Turquie », a expliqué le Successeur de Pierre, relevant la fondation de « diverses petites communautés éparses » fondées par l’apôtre en Galatie.

Mais après avoir fondé ces Églises, saint Paul s’aperçoit d’un grand danger qu’elles courent pour leur croissance dans la foi.

« Certains chrétiens venus du judaïsme s’étaient en effet infiltrés, commençant avec astuce à semer des théories contraires à l’enseignement de l’apôtre, arrivant même à dénigrer sa personne », a observé l’évêque de Rome. « Se présenter dans certaines occasions comme les uniques détenteurs de la vérité et de chercher à déprécier, également par la calomnie, le travail accompli par les autres. » Pareilles attitudes appartiennent selon le Saint-Père, à la voie du Malin, ces gens qui divisent et ne savent pas construire.

Face à cela, les Galates sont en crise. Que devaient-ils faire ? « Écouter et suivre ce que Paul leur avait prêché, ou bien écouter les nouveaux prédicateurs qui l’accusaient ? », s’est interrogé François, évoquant l’état d’incertitude qui animait leur cœur.

« Pour eux, avoir connu Jésus et cru à l’œuvre de salut réalisée avec sa mort et sa résurrection, était vraiment le début d’une vie nouvelle. Ils avaient entrepris un parcours qui leur permettait d’être finalement libres, alors que leur histoire était tissée de nombreuses formes d’esclavage violent, notamment celui qui les soumettait à l’empereur de Rome », a poursuivi le Pape.

C’est pourquoi, devant les critiques des nouveaux prédicateurs, ils se sentaient perdus et incertains sur la manière de se comporter et qui écouter. Une condition proche, selon le Souverain pontife, de l’expérience que certaines communautés chrétiennes vivent aussi à notre époque.

« En effet, aujourd’hui aussi ne manquent pas des prédicateurs qui, en particulier à travers les nouveaux moyens de communication, ne se présentent pas tout d’abord pour annoncer l’Évangile de Dieu qui aime l’homme dans Jésus crucifié et ressuscité, mais pour affirmer avec insistance, en vrais “gardiens de la vérité ”, quelle est la meilleure façon d’être chrétiens », a déploré le Saint-Père, ajoutant que ceux-ci affirment « avec force » que le vrai christianisme est celui auquel ils sont attachés, « souvent identifié avec certaines formes du passé », et que la solution aux crises actuelles est de revenir en arrière pour « ne pas perdre l’authenticité de la foi ».

Aujourd’hui aussi, comme alors, il existe donc la tentation de se refermer sur certaines certitudes acquises dans des traditions passées, a affirmé le Pape, conseillant de suivre l’enseignement de saint Paul dans la Lettre aux Galates pour comprendre quelle route suivre.

Celle indiquée par l’apôtre est la voie libératrice et toujours nouvelle de Jésus Crucifié et Ressuscité : « C’est la voie de l’annonce, qui se réalise à travers l’humilité et la fraternité ; -les nouveaux prédicateurs, eux, ne la connaissent pas- c’est la voie de la confiance douce et obéissante, dans la certitude que l’Esprit Saint œuvre à chaque époque de l’Église », a-t-il conclu. « En fin de compte, la foi en l’Esprit Saint présent dans l’Église nous porte et nous sauvera. »

(Avec V. N.)

Dimanche 20 Juin 2021

Lors de la prière de l’Angélus ce dimanche, le Pape François est revenu sur l’Évangile où Jésus calme la tempête devant ses disciples apeurés, invitant les fidèles à mettre le Christ au centre de leur vie et à garder confiance, même quand « nous nous sentons submergés par les problèmes ».

Le Pape François a repris l’Évangile du jour où saint Marc relate l’épisode de la tempête apaisée (Mc 4, 35-41). La barque dans laquelle les disciples traversent le lac de Tibériade est battue par les vents et les vagues et ils ont peur de couler. Jésus lui, dort sur un coussin à l’arrière de la barque. Remplis de crainte, les disciples le réveillent et lui crient « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

« Tant de fois, nous aussi, assaillis par les épreuves de la vie, nous avons crié au Seigneur : "Pourquoi restes-tu silencieux et ne fais-tu rien pour moi ?” » a expliqué le pape, « surtout lorsque nous avons l’impression de couler, parce que l’amour ou le projet dans lequel nous avions placé de grands espoirs s’évanouit ; ou lorsque nous sommes à la merci des vagues insistantes de l’anxiété ; ou lorsque nous nous sentons submergés par les problèmes ou perdus au milieu de la mer de la vie, sans cap et sans port ».

« Dans ces situations et dans bien d’autres, nous aussi nous sentons étouffés par la peur, a relevé François, et, comme les disciples, nous risquons de perdre de vue ce qui est le plus important ». Jésus en effet, même s’il dort, est bien là, avec ses disciples. Son sommeil, même s’il peut nous étonner, « nous met à l’épreuve » a expliqué le Pape. « Le Seigneur, en effet, attend que nous l’impliquions, que nous l’invoquions, que nous le mettions au centre de ce que nous vivons. Son sommeil nous pousse à nous réveiller »

Et le Saint-Père d’expliquer qu’il ne suffit pas de croire que Dieu existe, mais qu’il faut « s’engager avec lui, élever la voix avec lui » comme il l’a fait pour calmer la tempête. Demandons-nous ainsi « quels sont les vents qui soufflent sur ma vie, quelles sont les vagues qui entravent ma navigation ? » a t-il poursuivi.

« Dieu veut que nous nous accrochions à Lui pour trouver un abri contre les raz-de-marée de la vie » a encore souligné François. L’Évangile nous dit que les disciples s’approchent de Jésus, le réveillent et lui parlent (cf. v. 38). « C’est le début de notre foi : reconnaître que par nous-mêmes nous ne sommes pas capables de rester à flot, que nous avons besoin de Jésus comme les marins des étoiles pour trouver notre cap ».

La foi commence par la conviction que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, « par le sentiment d’avoir besoin de Dieu » a précisé le Pape. Quand nous surmontons « la tentation de ne pas nous enfermer en nous-mêmes, quand nous surmontons aussi la fausse religiosité qui ne veut pas déranger Dieu », quand nous crions vers Lui, alors il peut faire des miracles.

Dans l’Évangile de Marc, Jésus pose enfin une question à ses disciples, qui nous concerne tous a encore souligné le Souverain Pontife : « pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » « Combien de fois restons-nous à fixer les problèmes au lieu d’aller vers le Seigneur et de Lui confier nos soucis ! » a ainsi interrogé François. « Combien de fois laissons-nous le Seigneur dans un coin, au fond de la barque de la vie, pour ne le réveiller qu’au moment où l’on en a besoin ! » Le Pape a ainsi invité à demander la grâce d’une foi « qui ne se lasse pas de chercher le Seigneur, de frapper à la porte de son cœur ».

Au terme de l’Angélus dominical, le Saint-Père a évoqué la situation difficile de la Birmanie, s’associant à l’appel des évêques du pays qui, dans une lettre publiée la semaine dernière, attiraient l’attention du monde sur le sort dramatique de milliers de déplacés internes menacés par la famine. « Nous plaidons pour la mise en place de couloirs humanitaires et pour que les églises, les pagodes, les monastères, les mosquées, les temples ainsi que les écoles et les hôpitaux soient respectés comme des lieux de refuge neutres », peut-on lire dans cet extrait lu par le Pape depuis les fenêtres des appartements pontificaux du Palais apostolique. « Que le cœur du Christ touche le cœur de tous, en apportant la paix à la Birmanie », a conclu François.

Au total, plus de 175 000 personnes ont été déplacées dans les États de Kachin, Karen, Chin, Kayah et Shan depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021, selon le HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés). Depuis cette date, au moins 860 personnes auraient également été tuées par les forces de sécurité, principalement des militants pro-démocratie, et plus de 4 800 seraient détenus arbitrairement, selon l’AFP. En outre, des milliers de personnes déplacées - en particulier des personnes âgées et des enfants - pourraient mourir dans la jungle, faute de nourriture, d’eau, d’équipements sanitaires ou de soins médicaux.

Beaucoup parmi elles ont trouvé refuge dans les lieux de culte, notamment des églises et des institutions catholiques. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs été bombardées pour cela.

(Avec V. N.)

Mercredi 16 juin 2021

Le Pape François a médité sur le mystère de la prière de Jésus, lors de son ultime catéchèse du cycle dédié à la prière, livrée devant un parterre de fidèles en cour saint-Damase du Palais apostolique.

Au cours de sa mission, Jésus se plonge dans la prière, car « le dialogue avec le Père est le noyau incandescent de toute son existence ». « Jésus priait beaucoup, énormément ». Partant de ce postulat, le Pape François a détaillé plusieurs exemples, extraits de la vie de prière du Christ. « Une prière devenue encore plus dense et intense à l’heure de sa passion et de sa mort. »

En effet, les dernières heures vécues par Jésus à Jérusalem sont le cœur de l’Évangile « non seulement parce que les évangélistes réservent à cette narration, en proportion, une plus grande place », mais également parce que « l’événement de la mort et de la résurrection –tel un éclair– jette de la lumière sur tout le reste de l’histoire de Jésus », a d’emblée rappelé le Saint-Père devant l’assemblée de fidèles.

Jésus n’a pas été un philanthrope qui a pris soin des souffrances et des maladies humaines : il a été et il est beaucoup plus, a développé l’évêque de Rome. « En Lui il n’y a pas seulement la bonté : il y a le salut, et pas un salut épisodique -celui qui me sauve de la maladie ou d’un moment de découragement -mais le salut total, messianique, celui qui fait espérer dans la victoire définitive de la vie sur la mort », a expliqué le Pape, avant de revenir sur quelques-uns de ses moments de prière.

Dans le jardin de Gethsémani, mais surtout sur la Croix. Là, Jésus prie, « obscurément enveloppé par le silence de Dieu », a estimé le Souverain Pontife, précisant qu’à cet instant, sur ses lèvres, affleure pourtant encore une fois le mot “Père”. C’est là la prière la plus hardie, car sur la Croix, Jésus est l’intercesseur absolu, assure le Pape.

« Il prie pour les autres, pour tous, également pour ceux qui le condamnent, sans que personne, en dehors d’un pauvre malfaiteur, ne prenne son parti », a-t-il ajouté. Ainsi, en plein drame, « dans la douleur atroce de l’âme et du corps », Jésus prie avec les paroles des psaumes ; avec les pauvres du monde, en particulier ceux qui sont oubliés de tous.

Le Saint-Père souhaite donc insister sur la grâce que non seulement nous prions, mais que, nous avons été « priés ». « Et alors, avec la prière et avec la vie, il ne nous reste plus qu’à dire : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, pour les siècles des siècles. Amen. »

(Avec V. N.)

Dimanche 13 juin 2021

Lors de la prière de l’angélus, le Saint-Père a invité les fidèles à cultiver leur bonté sans se laisser décourager, car de la plus petite des graines naîtra toujours, grâce à la force divine, des fruits. C’est ainsi que nous sortirons de la pandémie, a rappelé François, avec patience et constance.

Les paraboles du jour nous enseignent que Jésus est présent en toutes choses, tous les jours, a commencé le Pape François, il « observe la réalité et, à travers de petites images quotidiennes, ouvre des fenêtres sur le mystère de Dieu et sur les affaires humaines ». Ainsi, ce que nous poursuivons parfois avec « distraction et fatigue » est également habité par la présence cachée de Dieu.

Jésus compare le Royaume de Dieu « à la graine de moutarde, c’est-à-dire à la plus petite graine qui existe. Pourtant, jetée en terre, elle grandit jusqu’à devenir le plus grand arbre » (cf. Mc 4, 31-32), « C’est ce que fait Dieu », a expliqué le Souverain Pontife, « Parfois, le bruit du monde, ainsi que les nombreuses activités qui remplissent nos journées, nous empêchent de nous arrêter et de voir comment le Seigneur conduit l’histoire. Pourtant - l’Évangile nous l’assure - Dieu est à l’œuvre, comme une petite graine bonne, qui germe silencieusement et lentement. Et, petit à petit, elle devient un arbre luxuriant, qui donne vie et fraîcheur à tous. »

Alors même si la semence peut sembler petite, « tout ce qui est bon, appartient à Dieu et donc, humblement, porte lentement du fruit. Le bien, rappelons-le, grandit toujours de manière humble, cachée, souvent invisible. » Par cette parabole a continué le Pape, Jésus veut nous donner confiance, car « dans de nombreuses situations de la vie, en effet, il peut arriver que nous nous découragions, parce que nous voyons la faiblesse du bien par rapport à la force apparente du mal. Et nous pouvons nous laisser paralyser par la méfiance lorsque nous réalisons que nous avons fait des efforts, mais que les résultats ne viennent pas et que les choses ne semblent jamais changer. »

L’Évangile nous demande donc de porter un nouveau regard sur nous-mêmes et sur la réalité, « il nous demande d’avoir des yeux plus grands, qui savent voir au-delà, surtout au-delà des apparences », « C’est notre confiance, c’est ce qui nous donne la force d’avancer chaque jour avec patience, en semant le bien qui portera du fruit ». Une attitude ô combien importante pour sortir de la pandémie, a rappelé le Saint-Père, il faut « reconstruire et recommencer, avec patience et constance ».

Même dans l’Église, « les mauvaises herbes de la méfiance peuvent prendre racine, surtout lorsque nous sommes témoins de la crise de la foi », a repris le Pape, mais il ne faut pas oublier que les résultats des semailles ne dépendent pas de nos propres capacités mais « de l’action de Dieu. C’est à nous de semer, avec amour, engagement et patience. Mais la force de la graine est divine. », « Avec Dieu, même dans les sols les plus secs, il y a toujours l’espoir de nouvelles pousses. », a conclu le Souverain pontife.

A l’issue de la prière de l’angélus, le Saint-Père a voulu faire part de sa proximité avec les populations civiles du Tigré, dans le nord de l’Ethiopie, dénonçant la famine qui touche en particulier des enfants et demandant que cesse les violences.

Après la prière de l’Angélus récitée devant les fidèles place Saint-Pierre, le Pape François a tenu à lancer ce dimanche un appel à destination de la région éthiopienne du Tigré, où de violents combats depuis novembre dernier ont provoqué une catastrophe humanitaire.

« Je suis particulièrement proche de la population de la région du Tigré en Éthiopie, qui souffre d’une grave crise humanitaire qui expose les plus pauvres à la famine, a dit le Pape, il y a la famine aujourd’hui, il y a la faim », a t-il déploré. François a demandé de prier pour que les violences cessent immédiatement, pour que la nourriture et les soins de santé soient garantis pour tous, et que l’harmonie sociale soit rétablie dès que possible » dans cette région. Le Pape a ensuite fait réciter un Je vous salue Marie aux fidèles pour prier tout spécialement à cette intention.

Selon les agences humanitaires de l’ONU, 350 000 personnes sont en situation de famine au Tigré, et quelque 30 000 enfants risquent de mourir de faim. Le conflit au Tigré oppose les forces des anciennes autorités régionales - issues du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF) - et l’armée fédérale éthiopienne.

(Avec V. N.)

Mercredi 9 Juin 2021

Entouré de nombreux fidèles dans la cour Saint-Damase au cœur du Vatican, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèse sur la prière, revenant cette fois-ci sur la persévérance dans la prière dans le quotidien de chacun.

Sourire aux lèvres, François a d’abord pris le temps de saluer les nombreux pèlerins masqués venus assister à sa catéchèse. Le Pape s’est attardé mercredi 9 juin sur la persévérance dans la prière, s’inspirant de la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : « Priez sans cesse. En toute condition soyez dans l’action de grâces » (5, 17-18). Une invitation qui a frappé le pèlerin russe, « C’est de cette interrogation que commence sa recherche, qui le conduira à découvrir celle que l’on appelle la prière du cœur. Celle-ci consiste à répéter avec foi : “Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur !” », une prière qui finalement « s’adapte au rythme de la respiration et qui s’étend à toute la journée. En effet, la respiration ne s’arrête jamais, pas même quand nous dormons ; et la prière est le souffle de la vie. »

Mais alors, comment est-il possible de toujours rester dans un état de prière ? s’est demandé le Souverain pontife. Avant de citer plusieurs exemples tirés du catéchisme qui insistent justement sur cette nécessité d’une prière continue et donnent des clefs pour la mettre en œuvre.

Ainsi, le moine Evagre le Pontique affirme : « Il ne nous a pas été prescrit de travailler, de veiller et de jeûner constamment, tandis que c’est pour nous une loi de prier sans cesse » (n. 2742), « Il y a donc une ardeur dans la vie chrétienne qui ne doit jamais venir à manquer », a commenté François. « C’est un peu comme ce feu sacré que l’on conservait dans les temples antiques, qui brûlait sans interruption et que les prêtres avaient pour tâche de continuer à alimenter. Voilà : il doit y avoir un feu sacré également en nous, qui brûle sans cesse et que rien ne peut éteindre. »

Autre exemple donné, celui de saint Jean Chrysostome, pasteur prêchant ainsi : « Il est possible, même au marché ou dans une promenade solitaire, de faire une fréquente et fervente prière. Assis dans votre boutique, soit en train d’acheter ou de vendre, ou même de faire la cuisine » (n. 2743), « La prière est donc une sorte de portée musicale, où nous inscrivons la mélodie de notre vie. Elle n’est pas en opposition avec les activités quotidiennes, elle n’entre pas en contradiction avec les nombreuses petites obligations et rendez-vous, mais elle est plutôt le lieu où chaque action retrouve son sens, sa raison et sa paix. », a expliqué François.

« Mettre ces principes en pratique n’est pas facile », a admis le Pape. « Un père et une mère pris par mille occupations, peuvent ressentir la nostalgie d’une période de leur vie où il était facile de trouver des temps rythmés et des espaces de prière. Ensuite, les enfants, le travail, les tâches de la vie familiale, les parents qui vieillissent… On a l’impression de ne jamais réussir à arriver à tout faire », mais c’est justement à ce moment là que nous devons de rappeler de Lui, a-t-il expliqué.

Dans le monachisme chrétien, le travail a toujours été tenu en grand honneur, a poursuivi François, « pas seulement en raison du devoir moral de pourvoir à soi-même et aux autres, mais également à cause d’une sorte d’équilibre intérieur : il est risqué pour l’homme de cultiver un intérêt tellement abstrait qu’il lui fait perdre le contact avec la réalité. » Prière et travail sont complémentaires : « Il est inhumain d’être absorbés par le travail au point de ne plus trouver de temps pour la prière », a averti le Pape.

En conclusion, la prière constante doit s’insérer et être en phase avec la vie quotidienne, « une prière étrangère à la vie n’est pas saine. Une prière qui nous rend étrangers au caractère concret de la vie devient spiritualisme, ou bien ritualisme », comme Jésus sur le mont Tabor, après avoir montré sa gloire aux disciples, il descendit pour reprendre avec eux le chemin quotidien : « Dans cette circularité entre foi, vie et prière, ce feu de l’amour chrétien que Dieu attend de chacun de nous reste allumé. »

( Avec V. N.

Dimanche 6 Juin 2021

La Solennité du Corps et du Sang du Christ est fêtée ce dimanche en divers pays, le Pape François est revenu sur le sens du sacrement de l’Eucharistie. En elle le Seigneur nous rejoint dans nos fragilités, et nous permet de passer de l’égoïsme au don de soi-même.

Un pain béni, rompu, puis partagé, à la veille de la crucifixion : « c’est ainsi, avec simplicité, que Jésus nous donne le plus grand sacrement », a rappelé le Saint-Père en commentant l’Évangile de cette solennité du Corpus Domini. Le Seigneur montre lors de la dernière Cène « que le but de la vie est de se donner, que la plus grande chose est de servir ».

François a particulièrement insisté sur la fragilité qui se dégage du sacrement de l’Eucharistie, devenant paradoxalement « une force : force de l’amour qui se fait petit pour être accueilli et non craint ; force de l’amour qui se brise et se divise pour nourrir et donner la vie ; force de l’amour qui se fragmente pour nous rassembler tous dans l’unité », et aussi « force d’aimer ceux qui se trompent ». Jésus l’a montré face à Judas qui le trahissait.

Mais à ce « "non" de Judas », le Christ répond « par le "oui" de la miséricorde ». Il fait de même avec nous, car « il ne renonce pas à unir sa vie à la nôtre », malgré nos erreurs. Et le Pape de souligner que « l’Eucharistie n’est pas le prix des saints, mais le Pain des pécheurs ». D’où ce « n’ayez pas peur ! Prenez et mangez », adressé à tous.
Seul Jésus Eucharistie nous guérit

Chaque fois que nous recevons le Pain de Vie, « Jésus vient donner un sens nouveau à nos fragilités », a poursuivi le Successeur de Pierre. Le Seigneur nous rappelle que nous avons du prix à ses yeux, « qu’il est heureux que nous partagions nos faiblesses avec lui ». Sa miséricorde vient nous guérir « de ces fragilités que nous ne pouvons pas guérir par nous-mêmes » : ressentiment, isolement, tourments et angoisses. « L’Eucharistie est un médicament efficace contre ces fermetures », a assuré François, elle « guérit parce qu’elle nous unit à Jésus ».

Alors, par cette union, nous Lui devenons semblable, et à notre tour, nous pouvons « répondre au mal par le bien » et nous tourner vers les autres avec bienveillance et générosité. Le Saint-Père a évoqué « la logique de l’Eucharistie », consistant à recevoir Jésus « qui nous aime et guérit nos fragilités pour aimer les autres et les aider dans leurs fragilités ».

Il a enfin invoqué Marie, afin qu’elle « nous aide à accueillir avec un cœur reconnaissant le don de l’Eucharistie et à faire de notre vie un don également ». « Que l’Eucharistie nous fasse un don pour tous les autres ».

Au terme de la prière de l’Angélus, le Pape François a exprimé sa proximité avec la population du Burkina Faso, pays de plus de 20 millions d’habitants autrefois considéré comme un îlot de relative stabilité au Sahel, mais qui affronte depuis six ans une série d’attaques terroristes dont la plus grave s’est produite hier.

« Je désire assurer de ma prière pour les victimes du massacre survenu la nuit de vendredi à samedi dans un village du Burkina Faso », a déclaré l’évêque de Rome, qui a assuré de sa proximité pour les proches des victimes et pour « l’entier peuple burkinabè qui est en train de beaucoup souffrir à cause de ces attaques répétées. L’Afrique a besoin de paix et non de violence », a-t-il martelé.

Le Nord du Burkina Faso a été frappé dans la nuit de vendredi à samedi par deux attaques dont l’une a fait au moins 138 morts, la plus meurtrière dans ce pays depuis le début des violences jihadistes en 2015. Sept enfants figurent parmi les victimes de ce massacre, et plusieurs dizaines de blessés sont à déplorer.

Selon l’AFP, l’attaque avait d’abord visé vers 2h du matin le poste des "Volontaires pour la défense de la Patrie", les VDP, des supplétifs civils de l’armée. Les assaillants ont ensuite visité les maisons et procédé à des exécutions. Des habitations et le marché de la ville ont été incendiés.

Le Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a condamné vivement cette « attaque horrible » et il a souligné « la nécessité urgente que la communauté internationale renforce son soutien à l’un de ses membres dans son combat contre la violence extrémiste et son bilan humain inacceptable ».

Vendredi soir, dans un village de la même région, Tadaryat, un autre attentat a couté la vie à 14 personnes. Ces attaques ont été commises dans la zone dite "des trois frontières" entre Burkina, Mali et Niger, régulièrement ciblée par des assauts meurtriers de jihadistes présumés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique contre des civils et des militaires.

Depuis le 5 mai, face à la recrudescence des attaques jihadistes, les forces armées ont lancé une opération d’envergure dans les régions du Nord et du Sahel. Malgré l’annonce de nombreuses opérations de ce type, les forces de sécurité peinent à enrayer la spirale de violences jihadistes qui ont fait depuis 2015 plus de 1400 morts et plus d’un million de personnes déplacées, fuyant les zones de violences.

Un deuil national de 72 heures à été décrété par les autorités burkinabè, depuis le samedi 5 juin jusqu’au lundi 7 juin.

(Avec V. N.)

Mercredi 2 Juin 2021

La prière de Jésus en faveur de ses amis, de ses disciples, a fait l’objet de la catéchèse du Pape François mercredi matin 2 juin lors de l’audience générale, qui s’est déroulée depuis la Cour saint-Damase du Palais apostolique.

Les Évangiles montrent combien la prière a été fondamentale dans la relation de Jésus avec ses disciples. De ce constat, le Pape François a proposé une réflexion sur la relation de Jésus à la prière, comme dialogue avec le Père.

« La prière en faveur de ses amis réapparaît constamment dans la vie de Jésus. Les apôtres deviennent quelquefois un motif de préoccupation pour lui, mais Jésus, de même qu’il les a reçus du Père, les porte de la même façon dans son cœur, également dans leurs erreurs, également dans leurs chutes », a affirmé le Souverain pontife.
Jésus, maître et ami patient

Dans tout cela, nous découvrons que Jésus a été un maître et un ami, toujours disponible à attendre avec patience la conversion du disciple.

Le sommet le plus élevé de cette attente patiente est, selon le Saint-Père, la « toile » d’amour que Jésus tisse autour de Pierre. Lors de la Dernière Cène, il lui dit : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 31-32).

Il est impressionnant de savoir qu’au moment de la faiblesse, à ce moment-là, l’amour de Jésus ne cesse pas, et qu’il devient même plus intense et que nous sommes au centre de sa prière, s’est exclamé l’évêque de Rome, ajoutant : « La prière de Jésus revient ponctuellement à un moment crucial de son chemin, celui de la vérification de la foi des disciples. »

En effet, les grandes étapes de la mission de Jésus sont toujours précédées par une prière intense, prolongée. « Cette vérification de la foi semble une ligne d’arrivée et, en revanche, elle est un point de départ renouvelé pour les disciples, car dorénavant c’est comme si Jésus franchissait un cap dans sa mission, en leur parlant ouvertement de sa passion, de sa mort et de sa résurrection », a poursuivi le Pape.

Dans cette perspective, a relève le Successeur de Pierre, la prière est la seule source de lumière et de force. « Il faut prier plus intensément chaque fois que la route commence à monter. »

“« Il faut prier plus intensément chaque fois que la route commence à monter. »”

Et en effet, après avoir préannoncé à ses disciples ce qui l’attend à Jérusalem, a lieu l’épisode de la Transfiguration. « Prenant avec lui Pierre, Jean et Jacques, il gravit la montagne pour prier. Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante. Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Lc 9, 28-31).
Prier comme Il prie

Cette manifestation anticipée de la gloire de Jésus a donc eu lieu dans la prière, « alors que le Fils de Dieu était plongé dans la communion avec le Père et consentait pleinement à sa volonté d’amour, à son dessein de salut », explique le Saint-Père.

De ce parcours rapide à travers l’Évangile, il ressort que « Jésus veut non seulement que nous priions comme Il prie, mais qu’il nous assure que, même si nos tentatives de prière étaient complètement vaines et inefficaces, nous pouvons toujours compter sur sa prière », a complété le Pape.

Le Pape François a conclu en ces paroles encourageantes : « Même si nos prières n’étaient que des balbutiements, si elles étaient compromises pas une foi vacillante, nous ne devons jamais cesser d’avoir confiance en Lui. Soutenues par la prière de Jésus, nos prières timides s’appuient sur des ailes d’aigles et s’élèvent jusqu’au Ciel. »

(Avec V. N.)

Dimanche 30 Mai 2021

En ce dimanche de la Sainte Trinité, 30 mai, le Souverain pontife argentin a médité sur l’immense mystère du Dieu unique en trois personnes, dans sa catéchèse délivrée lors de l’angélus, place saint-Pierre de Rome.

« C’est un immense mystère, qui dépasse la capacité de notre esprit, mais qui parle à notre cœur, parce que nous le trouvons enfermé dans cette expression de saint Jean qui résume toute la Révélation : "Dieu est amour" (1 Jn 4,8.16) », a d’emblée affirmé le Saint-Père.

Dans la mesure où il est amour, Dieu, bien qu’il soit un et unique, n’est pas solitude mais communion, a-t-il soutenu, expliquant ainsi cette unité : « L’amour est essentiellement un don de soi, et dans sa réalité originelle et infinie, c’est le Père qui se donne en engendrant le Fils, qui à son tour se donne au Père, et leur amour mutuel est l’Esprit Saint, le lien de leur unité ».

Ce mystère de la Trinité a été révélé par Jésus lui-même. « Il nous a fait connaître le visage de Dieu comme Père miséricordieux ; il s’est présenté, vrai homme, comme le Fils de Dieu et la Parole du Père ; il a parlé de l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils, l’Esprit de Vérité, l’Esprit Paraclet, c’est-à-dire Consolateur et Avocat », a insisté le Pape François, rappelant la mission de l’Église à ce titre, « et celle de nous tous, disciples du Christ », « de faire en sorte que chaque homme et chaque femme puisse être immergé dans l’amour de Dieu et recevoir ainsi le salut, la vie éternelle ».
Unité essentielle

« Et cette unité, j’ose le dire, est essentielle pour le chrétien. Elle est essentielle, car l’unité naît de l’amour, de la miséricorde de Dieu, de la justification de Jésus-Christ et de la présence de l’Esprit Saint dans nos cœurs », a-t-il ajouté.

“« Ce merveilleux mystère d’amour et de lumière d’où nous venons et vers lequel notre chemin terrestre est orienté. »”

La fête d’aujourd’hui fait donc contempler « ce merveilleux mystère d’amour et de lumière d’où nous venons et vers lequel notre chemin terrestre est orienté », a relevé le Successeur de Pierre. « La beauté de l’Évangile exige d’être vécue et témoignée en harmonie entre nous, qui sommes si différents ! », en a-t-il déduit.
Après l’angélus

Au terme de l’angélus, le Saint-Père a évoqué la Journée mondiale de la sclérose en plaques et, en Italie, la journée nationale des secours, qui ont toutes deux lieu ce dimanche. « Je vous exprime ma gratitude pour ces initiatives. Rappelons que la proximité est un baume précieux qui apporte soutien et consolation à ceux qui souffrent de la maladie », a-t-il assuré.

(Avec V. N.)

Mercredi 26 Mai 2021

Lorsque l’on prie, « pourquoi semble-t-il parfois que Dieu n’écoute pas ? » : c’est à cette délicate question que le Pape François a tenté de répondre lors de l’audience générale qui s’est déroulée dans la Cour Saint-Damase. Le Souverain Pontife s’est notamment appuyé sur des épisodes de l’Évangile qui invitent à garder foi et espérance face au silence de Dieu.

C’est un cas de figure qui peut pousser à la « contestation radicale de la prière » ou à crier au scandale : « nos prières semblent parfois ne pas être écoutées », alors même que le mobile en était « noble » et désintéressé. Le Pape a notamment évoqué les guerres interminables qui font souffrir des nations entières, comme au Yémen ou en Syrie. Une question surgit : « pourquoi le Père, qui a promis de donner de bonnes choses à ses enfants qui les lui demandent, ne répond-il pas ? ».

Le Pape, se référant au Catéchisme de l’Église catholique, y voit une mise en garde « contre le risque de ne pas vivre une authentique expérience de foi ». Nous voulons être servis par Dieu, et formulons alors « une prière qui voudrait orienter les événements selon notre dessein ». Jésus au contraire nous apprend à demander « que se réalise non pas notre projet », mais la volonté du Père. « La prière n’est pas une baguette magique : c’est un dialogue avec le Seigneur », a résumé le Saint-Père.

Saint Paul quant à lui « nous rappelle que nous ne savons pas ce qu’il convient de demander ». La prière nécessite avant tout de l’humilité de la part de l’orant, et de demeurer en Dieu. « Dans la prière, c’est Dieu qui doit nous convertir, ce n’est pas nous qui devons convertir Dieu », a souligné François, invitant à Lui demander « ce qui sera le meilleur pour [notre] santé spirituelle ».
Attendre avec confiance la victoire du Ressuscité

Cependant l’interrogation demeure, lorsque la prière est sincère et qu’elle demande un bien correspondant au Règne de Dieu, par exemple, lorsqu’une mère prie pour son enfant malade. L’Évangile contient de nombreux épisodes ou des personnes demandent au Seigneur d’être guéries. Or nous voyons parfois Jésus tarder à répondre, a fait remarquer le Saint-Père. En effet, « le temps de Dieu n’est pas notre temps ». Il ne résout pas toujours immédiatement le problème mais demande la foi à celui qui le sollicite, comme dans le cas de la guérison de la fille de Jaïre. « C’est la foi qui soutient la prière », a insisté le Pape.

La prière de Jésus lui-même à Gethsémani ou sur la croix ne semble pas être entendue du Père, et « le Fils doit boire jusqu’à la lie le calice de la passion ». Mais la Résurrection constitue le véritable dénouement, la réponse éclatante après le silence du Samedi Saint. « Le Mal est le seigneur de l’avant-dernier jour » jamais « du dernier », a expliqué le Souverain Pontife. Le moment de la nuit où l’obscurité est la plus profonde survient toujours « avant l’aurore ». Ainsi après le temps des souffrances, le dernier mot reviendra toujours à Dieu, « le jour où s’accompliront toutes les aspirations humaines de salut ».

(Avec V. N.)

Dimanche 23 Ma 2021

Lors de la prière du Regina Caeli prononcée ce dimanche de la Pentecôte depuis les fenêtres du palais apostolique, le Pape François est revenu sur le Livre des Actes des Apôtres, lecture de ce dimanche, qui révèle que « l’Esprit-Saint est comme un vent fort et libre ».

Au cours de la prière du Regina Caeli, le Pape François a repris le passage des Actes des Apôtres, première lecture que propose la liturgie en cette solennité de la Pentecôte, pour rappeler comment l’Esprit Saint se révèle aux disciples de Jésus. « Le Seigneur ressuscité leur avait dit de rester dans la ville jusqu’à ce qu’ils aient reçu le don de l’Esprit d’en haut, a t-il dit, et cela se manifesta par un "rugissement" qui se fit soudain entendre venant du ciel, comme un "vent impétueux" qui remplit la maison où ils se trouvaient ».

Ce passage de l’Écriture « révèle que le Saint Esprit est comme un vent fort et libre » a poursuivi le Pape. « L’Esprit ne se laisse pas encadrer par nos besoins humains, nos schémas et nos préjugés, a t-il précisé, il procède de Dieu le Père et de son Fils Jésus-Christ et éclate sur l’Église - sur chacun de nous -, donnant vie à nos esprits et à nos cœurs. Comme le dit le Credo : "Il est Seigneur et donne la vie" ».

« Le Seigneur sait comment nous atteindre et ouvrir les portes de nos cœurs, a encore expliqué François, Il envoie sur nous l’Esprit Saint qui nous enveloppe et surmonte toutes nos hésitations, brise nos défenses, démonte nos fausses certitudes. L’Esprit fait de nous de nouvelles créatures, comme il l’a fait ce jour-là avec les apôtres ».

Après avoir reçu l’Esprit Saint, les apôtres « n’étaient plus comme avant, mais ils sont sortis et ont commencé à prêcher que Jésus est ressuscité, qu’il est Seigneur, de sorte que tout le monde les comprenait dans leur propre langue » a encore souligné le Pape, soulignant que l’Esprit a « changé leur coeur et élargi leurs yeux », Il les a rendus capables de communiquer à tous les grandes œuvres de Dieu, sans limites, « en dépassant les frontières culturelles et religieuses à l’intérieur desquelles ils avaient l’habitude de penser et de vivre », en d’autres termes, l’Esprit Saint réalise l’unité et l’universalité de l’Église.

Le Saint-Père a conclu ce Regina Caeli en souhaitant que « nous ouvrions notre cœur au don de l’Esprit, qui nous fait ressentir toute la beauté et la vérité de l’amour de Dieu dans le Christ mort et ressuscité. Le monde a besoin du courage, de l’espoir et de la foi des disciples du Christ. Il a besoin que nous devenions levain, levure, sel et lumière dans les différentes situations et dans les nombreux contextes culturels et sociaux. Et seul le Saint-Esprit peut créer tout cela ».

A l’issue du Regina Caeli, le Pape François a rappelé la célébration de Notre-Dame de Sheshan, patronne de la Chine, le 24 mai, et invité les fidèles à accompagner les chrétiens chinois par leurs prières pour qu’ils soient « bâtisseurs, dans leur patrie, de justice et de paix ». Il a longuement évoqué les catholiques de Chine qui s’apprêtent à célébrer la Bienheureuse Vierge Marie « secours des chrétiens et patronne céleste de leur grand pays ». Chaque année, le 24 mai, a en effet rappelé le souverain pontife, « la mère du Seigneur et de l’Eglise est vénérée avec une dévotion spéciale au sanctuaire de Sheshan à Shanghai, et est invoquée avec assiduité par les familles chrétiennes dans les épreuves et les espérances de la vie quotidienne ».

« Il est bon et nécessaire que les membres d’une famille et d’une communauté chrétienne soient toujours plus unis dans l’amour, dans la foi, a poursuivi le Saint-Père, de cette façon, les parents, les grands-parents, les enfants, pasteurs et fidèles peuvent suivre l’exemple des premiers disciples qui en la solennité de Pentecôte étaient unanimes en prière avec Marie dans l’attente de l’Esprit Saint ».

François a ainsi invité les fidèles « à accompagner par la prière les fidèles chrétiens en Chine », « nos très chers frères et sœurs qui sont au plus profond de mon cœur » a t-il précisé, afin que l’Esprit Saint, « protagoniste de la mission de l’Eglise dans le monde les guide et les aide à être porteurs de la Bonne Nouvelle, témoins de bonté, de charité, et constructeurs, dans leur patrie, de justice et de paix ».

Chaque année depuis 2007, et la "Lettre aux catholiques chinois" du Pape Benoît XVI, l’Église universelle est invitée à prier particulièrement pour les fidèles catholiques chinois. Situé à quelques dizaines de kilomètres de Shangaï, le sanctuaire marial de Sheshan accueille chaque année des dizaines de milliers de pèlerins catholiques du pays.

(V. N.)

Mercredi 19 Mai 2021

Lors de l’audience générale, depuis la cour Saint-Damase du Palais apostolique, le Saint-Père a souhaité indiquer dans sa catéchèse quelques voies pour surmonter les difficultés rencontrées dans l’expérience vécue de la prière.

Le premier problème qui se présente à celui qui prie est la distraction. « Nous commençons à prier, et notre esprit s’évade…La prière coexiste souvent avec la distraction. En effet, l’esprit humain a du mal à s’arrêter longtemps sur une seule pensée. Nous faisons tous l’expérience de ce tourbillon constant d’images et d’illusions en mouvement constant, qui nous accompagne même pendant notre sommeil. Et nous savons tous qu’il n’est pas bon de céder à ce penchant désordonné », a assuré le Souverain pontife devant les fidèles.

Lutter pour gagner et maintenir la concentration ne concerne pas seulement la prière, selon le Pape. Ces distractions ne sont pas coupables, mais elles doivent être combattues. « Dans le patrimoine de notre foi, il existe une vertu qui est souvent oubliée, mais qui est très présente dans l’Evangile. Elle s’appelle vigilance », a-t-il rappelé.

« Ne connaissant ni l’heure, ni le jour de son retour, toutes les minutes de notre vie sont précieuses et ne doivent pas être perdues en distractions. A un moment que nous ignorons, la voix de notre Seigneur retentira : ce jour-là, bienheureux ces serviteurs qu’Il trouvera occupés, encore concentrés sur ce qui compte véritablement. »

Vient ensuite la difficulté liée à « la sécheresse ». Le Catéchisme la décrit en ces termes : « Le cœur est sevré, sans goût pour les pensées, souvenirs et sentiments, même spirituels. C’est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l’agonie et au tombeau » (n. 2731).

Et François d’affirmer que la sécheresse fait penser au Vendredi saint, à la nuit du Samedi saint. Il n’y a pas Jésus, seulement la tombe, nous sommes seuls.

Souvent, nous ne savons pas quelles sont les causes de la sécheresse : cela peut dépendre de nous-mêmes, mais aussi de Dieu, qui permet certaines situations de la vie extérieure ou intérieure. « Les maîtres spirituels décrivent l’expérience de la foi comme une alternance constante de temps de consolation et de désolation ; des moments où tout est facile, tandis que d’autres sont marqués par une grande pesanteur », a poursuivi le Saint-Père.

Enfin, l’obstacle de l’acédie, représente une véritable tentation contre la prière et, plus généralement, contre la vie chrétienne. L’acédie est « une forme de dépression due au relâchement de l’ascèse, à la baisse de la vigilance, à la négligence du cœur » (CEC, n. 2733). C’est l’un des sept « péchés capitaux » parce que, alimenté par la présomption, il peut conduire à la mort de l’âme, a prévenu l’évêque de Rome.

Comment faire, donc, dans cette succession d’enthousiasmes et de découragements ? Il faut apprendre à marcher toujours, assure le Pape. « Le véritable progrès de la vie spirituelle ne consiste pas à multiplier les extases, mais à être capables de persévérer dans les moments difficiles », explique-t-il, citant la parabole de saint François sur la joie parfaite : « Ce n’est pas dans les fortunes infinies qui pleuvent du Ciel que l’on mesure la capacité d’un frère, mais dans le fait de marcher avec constance, même lorsque l’on n’est pas reconnu, même lorsque l’on est maltraité, même lorsque tout a perdu le goût des débuts ».
Ne jamais éteindre la prière

Tous les saints sont passés par cette « vallée obscure », et ne nous scandalisons pas si, en lisant leur journal, nous écoutons le compte-rendu de soirées de prière sans entrain, vécue sans goût, a ajouté le Pape, recommandant d’apprendre à dire : « Même si Toi, mon Dieu, sembles faire de tout pour que je cesse de croire en Toi, moi au contraire je continue à te prier ». Car, « les croyants n’éteignent jamais la prière ! »

Et nous aussi, qui sommes beaucoup moins saints et patients que Job, nous savons qu’à la fin, au terme de ce temps de désolation, au cours duquel nous avons élevé au Ciel des cris muets et de nombreux « pourquoi ? », Dieu nous répondra. « Ne pas oublier cette prière du pourquoi », a insisté le Successeur de Pierre. Car Dieu, « recueillera même nos expressions les plus dures et les plus amères, avec l’amour d’un père et les considérera comme un acte de foi, comme une prière ».

(Avec V. N.)

Dimanche 16 Mai 2021

Le Pape François a délivré sa méditation dominicale du Regina Caeli depuis la fenêtre du palais apostolique en suivant le texte de l’Évangile de Marc (Mc 16, 1-15) lu dans les paroisses italiennes en ce dimanche de l’Ascension en Italie.

Cet extrait de l’Évangile « présente la dernière rencontre du Seigneur ressuscité avec les disciples avant de monter à la droite du Père », a expliqué le Pape. « Habituellement, comme nous le savons, les scènes d’adieu sont tristes, elles donnent à ceux qui restent un sentiment de perte, d’abandon ; mais cela n’arrive pas aux disciples. Malgré la séparation d’avec le Seigneur, ils ne sont pas déconfits, au contraire, ils sont joyeux et prêts à partir comme missionnaires dans le monde. »

En effet, l’heure n’est pas au deuil, car « si c’est pour nous que Jésus est descendu du ciel, c’est toujours pour nous qu’il monte », a expliqué l’évêque de Rome. Jésus est ainsi est « le premier homme à entrer au ciel ». « À la droite du Père siège maintenant un corps humain, pour la première fois, le corps de Jésus, et dans ce mystère, chacun de nous contemple sa destination future de notre salut, et il prie pour nous. »
Un signe paradoxal de proximité

Ce n’est donc pas un abandon, mais au contraire, un signe d’attention et de proximité, qui ouvre le chemin vers la grâce de la Pentecôte, qui sera célébrée dans une semaine. « Il nous envoie le Saint-Esprit, il nous promet le Saint-Esprit, pour aller évangéliser », a expliqué François.

« Frères et sœurs, en cette fête de l’Ascension, alors que nous contemplons le Ciel, où le Christ est monté et est assis à la droite du Père, demandons à Marie, Reine du Ciel, de nous aider à être des témoins courageux du Seigneur ressuscité dans le monde, dans les situations concrètes de la vie », a conclu le Pape.

A l’issue de la prière du Regina Caeli, le Saint-Père est revenu sur le conflit entre Israël et la bande de Gaza.

« Je suis avec une grande préoccupation qui est en train de survenir en Terre Sainte », a déclaré le Saint-Père d’un ton grave. « Ces jours-ci, de violents affrontements armés entre la bande de Gaza et Israël se sont installés, et ils risquent de dégénérer en une spirale de mort et de destruction ». Depuis lundi dernier, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste Hamas au pouvoir dans l’enclave palestinienne sous blocus israélien depuis plus de 10 ans, a déjà fait 184 morts, dont presque 60 enfants, et des milliers de blessés.

« De nombreuses personnes ont été blessées, et de nombreux innocents sont morts, a continué le Pape. Parmi eux se trouvent des enfants, et c’est terrible et inacceptable. Leur mort est le signe que les gens ne veulent pas construire l’avenir, mais veulent le détruire. ».

Le conflit déborde également dans plusieurs villes mixtes de l’État hébreu, où s’affrontent des juifs extrémistes, les forces de l’ordre et jeunes arabes d’Israël. « La montée de la haine et de la violence qui touche différentes villes d’Israël est une grave blessure à la fraternité et à la coexistence pacifique entre les citoyens, qui sera difficile à guérir si nous ne nous ouvrons pas immédiatement au dialogue. Je me demande : où mèneront la haine et la vengeance ? Pensons-nous vraiment que nous pouvons construire la paix en détruisant l’autre ? », s’est questionné François.

« Au nom de Dieu "qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à vivre ensemble comme des frères et des sœurs entre eux" (cf. Document sur la fraternité humaine), je lance un appel au calme et, à ceux qui en ont la responsabilité, à cesser le tintamarre des armes et à emprunter les chemins de la paix, également avec l’aide de la communauté internationale », a ensuite exhorté François, avant d’ajouter prier « sans cesse », « pour qu’Israéliens et Palestiniens trouvent le chemin du dialogue et du pardon, pour être de patients bâtisseurs de paix et de justice, s’ouvrant, pas à pas, à une espérance commune, à une coexistence entre frères. »

« Prions pour les victimes, en particulier les enfants », a conclu le Saint-Père.

Samedi 15 mai, dix Palestiniens, parmi lesquels huit enfants d’une même famille, ont péri dans une frappe israélienne sur un camp de réfugiés de Gaza. Un Israélien a, dans la foulée de la frappe, été tué dans la banlieue de Tel-Aviv dans l’explosion de roquettes tirées par le Hamas. Plus tard dans la même journée, un immeuble de 13 étages qui abritait notamment les équipes de la chaîne d’information qatarie Al-Jazeera et l’agence de presse américaine Associated Press (AP) a été pulvérisé par des frappes israéliennes.

Ces violences sont les plus meurtrières depuis la guerre de l’été 2014, et ce conflit asymétrique ne semble connaitre aucun répit. Une réunion du Conseil de Sécurité des Nations unies est prévue ce dimanche après-midi, et les États-Unis ont envoyé un émissaire sur place pour tenter de mettre en place des pourparlers. De son côté, l’Union européenne a annoncé tenir mardi une réunion de ses ministres des Affaires étrangères.

Dimanche 9 mai, François avait déjà appelé à la fin des violences à Jérusalem.

(Avec V. N.)

Mercredi 12 Mai 2021

Les fidèles ont pu retrouver le Pape François dans la cour Saint-Damase ce mercredi pour l’audience générale. Le Souverain pontife a poursuivi son cycle de catéchèse sur la prière, abordant cette fois-ci le thème du combat dans la prière.

Après six mois d’audience générale depuis la bibliothèque du palais apostolique, le Pape François a d’abord pris le temps de saluer avec joie la poignée de fidèles venus écouter sa catéchèse, livrée depuis la cour Saint-Damase, au cœur du Vatican. « Je suis content de reprendre cette rencontre face à face », à d’emblée dit le Pape, heureux de retrouver « les personnes, chacun avec sa propre histoire », « cela me fait plaisir de voir chacun d’entre vous ».

« La prière chrétienne, comme toute la vie chrétienne, n’est pas une promenade », a débuté le Successeur de Pierre, en effet, « aucun des grands orants que nous rencontrons dans la Bible et dans l’histoire de l’Église n’a eu une prière confortable », « celle-ci apporte assurément une grande paix, mais à travers un combat intérieur, parfois dur, qui peut accompagner des périodes parfois longues de la vie ». « Prier n’est pas une chose facile », a continué le Saint-Père, car « chaque fois que nous voulons le faire, de nombreuses autres activités nous viennent immédiatement à l’esprit, qui à ce moment-là apparaissent plus importantes et plus urgentes. Presque toujours, après avoir reporté la prière à plus tard, nous nous apercevons que ces choses n’étaient pas du tout essentielles, et que nous avons peut-être perdu du temps. L’Ennemi nous trompe ainsi. »

Car si la prière est source de joie, a enchaîné le Souverain pontife, elle peut également procurer « difficulté et fatigue », « le silence, la prière, la concentration sont des exercices difficiles, et quelquefois la nature humaine se rebelle. Nous préférerions être dans n’importe quelle autre partie du monde, mais pas là, sur ce banc de l’église en train de prier. »

Les « pires ennemis » de la prière se trouvent finalement en nous, alors que faire au moment de la tentation, quand tout semble vaciller ? Les maîtres spirituels comme saint Ignace de Loyola et saint Antoine Abbé, fondateur du monachisme chrétien en Égypte, ont montré l’importance de persévérer dans la prière, a indiqué le Saint-Père, « pour la dépasser, chacun d’entre eux a offert une contribution : une parole de sagesse, ou bien une suggestion pour affronter les temps pavés de difficultés. Il ne s’agit pas de théories élaborées à un bureau, mais de conseils nés de l’expérience, qui montrent l’importance de résister et de persévérer dans la prière. »

Il faut se rappeler que nous ne sommes pas seuls dans les moments d’épreuve, a continué François, « Jésus est toujours avec nous : si dans un moment d’aveuglement nous ne réussissons pas à apercevoir sa présence, nous y arriverons à l’avenir. Nous répéterons nous aussi la même phrase que le patriarche Jacob prononça un jour : “En vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas !“ (Gn 28,16). A la fin de notre vie, en regardant derrière nous, nous pourrons dire nous aussi : “Je pensais que j’étais seul, en revanche non, je ne l’étais pas : Jésus était avec moi" ».

(Avec V. N.)

Dimanche 9 Mai 2021

Le Pape François a proposé ses réflexions avant la prière du Regina Cæli, prononcée depuis la fenêtre du Palais apostolique. Dans l’Évangile de ce sixième dimanche de Pâques, Jésus invite ses disciples à « demeurer » dans son amour, mais de quel amour s’agit-il ? Comment y demeurer et pourquoi ?

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour », demande Jésus à ses disciples (Jn 15, 9). Cet amour, a expliqué le Pape, « a son origine dans le Père, car "Dieu est amour" (1 Jn 4,8) ». Cet amour de Dieu est « comme un fleuve, il coule dans son Fils Jésus et, par lui, nous atteint, nous, ses créatures ».

Cet amour que Jésus nous donne est « pur, inconditionnel, amour gratuit ». Il fait de nous des « amis » du Seigneur, qui « nous fait connaître le Père, et nous implique dans sa propre mission pour la vie du monde ».

« Demeurer » dans son amour est lié au fait de « garder ses commandements ». Et il s’agit encore d’amour : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Autrement dit, il s’agit de servir ses frères, de « sortir de soi, se détacher de ses propres sécurités humaines, de ses commodités mondaines, pour s’ouvrir aux autres, surtout à ceux qui en ont le plus besoin ». C’est un amour concret, qui suppose de la disponibilité. Un amour exigeant, qui refuse les « autres "amours" que le monde nous propose : amour de l’argent (…), amour du succès, (…) du pouvoir… », a averti François.

Et le Saint-Père de dénoncer les « méthodes trompeuses » qui nous précipitent sur les voies de l’égoïsme de la domination. « Je pense à l’amour malade qui se transforme en violence - et au nombre de femmes qui en sont victimes de nos jours (…). Ce n’est pas de l’amour », a déclaré le Pape. Jésus demande au contraire « de sortir de la prétention de contrôler et de gérer les autres. Ne pas les contrôler, mais les servir. Ouvrir son cœur aux autres (…) ».

« Demeurer » dans son amour conduit alors à la joie : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (v.11). La joie du Seigneur vient de son union avec le Père. Or « la joie de se savoir aimé de Dieu malgré nos infidélités nous fait affronter les épreuves de la vie avec foi, nous fait traverser les crises pour mieux en sortir ». C’est ainsi que nous devenons « de vrais témoins ». La joie, « signe distinctif du vrai chrétien », au parfum de résurrection, est possible en tous temps. « le vrai chrétien n’est pas triste, il a toujours cette joie au-dedans », a conclu François.

Après la prière du Regina Cæli, le Saint-Père a fait part de sa préoccupation face aux heurts qui secouent depuis quelques jours la ville de Jérusalem. « Ça suffit avec les affrontements », a-t-il lancé. il a également évoqué la situation en Colombie, secouée par un important mouvement de manifestations.

« Je suis avec une inquiétude particulière les événements qui se déroulent à Jérusalem », a déclaré le Pape depuis la fenêtre du Palais apostolique, ce dimanche 9 mai 2021. « Je prie pour qu’elle soit un lieu de rencontre et non d’affrontements violents, un lieu de prière et de paix. J’invite chacun à rechercher des solutions communes afin que l’identité multireligieuse et multiculturelle de la Ville Sainte soit respectée et que la fraternité prévale », a-t-il poursuivi, avant de mettre en garde : « la violence n’engendre que la violence. Ça suffit avec les affrontements ».

Un appel lancé alors que de nouveaux heurts se sont déroulés samedi soir entre policiers israéliens et manifestants palestiniens, faisant plus de 90 blessés dans différents quartiers de Jérusalem-Est, comme l’ont annoncé les secouristes du Croissant-Rouge palestinien. Suite à ces violences, une roquette a été tirée depuis la bande de Gaza vers Israël, qui a immédiatement répliqué en bombardant des positions du mouvement islamiste Hamas dans l’enclave palestinienne. Vendredi soir, des accrochages sur l’esplanade des Mosquées avaient fait 205 blessés côté palestinien et 18 dans les rangs de la police israélienne.

À Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël depuis 1967, les tensions sont très vives dans le quartier de Cheikh Jarrah où des manifestations ont lieu tous les soirs depuis une semaine pour protester contre une possible éviction de familles palestiniennes au profit de colons israéliens.

Les derniers affrontements entre policiers israéliens et fidèles sur l’esplanade des Mosquées remontent quant à eux à août 2019. Ils avaient fait des dizaines de blessés palestiniens, le jour d’importantes commémorations juive et musulmane.
Le Pape prie également pour la Colombie

Outre un appel adressé pour Jérusalem et un autre suite à l’attentat qui a eu lieu hier à Kaboul, François a évoqué « les tensions et les affrontements violents en Colombie, qui ont fait des morts et des blessés ». Une situation que le Souverain Pontife suit avec « préoccupation ». « Il y a beaucoup de Colombiens ici, a-t-il poursuivi en s’adressant à des pèlerins venus Place Saint-Pierre, prions pour votre patrie ».

Depuis le 28 avril, la Colombie est secouée par un mouvement de protestation contre le gouvernement de droite du président Ivan Duque. Les manifestants, descendus par milliers dans les rues, font face, dans certaines villes, à une forte répression, qui a fait au moins 26 morts et plus de 800 blessés, selon les chiffres officiels.

(Avec V. N.)

Mercredi 5 Mai 2021

Dans sa catéchèse développée lors de l’audience générale depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, l’évêque de Rome a loué les vertus de la prière de contemplation. Action et contemplation ne sont pas opposées dans la vie de foi chrétienne. La contemplation est un moyen de purification du cœur.

La dimension contemplative de l’être humain est un peu comme le « sel » de la vie : elle donne de la saveur, du goût à nos journées, a d’emblée affirmé le Pape François, la détaillant ainsi : « On peut contempler en regardant le soleil qui se lève le matin, ou les arbres qui redeviennent verts au printemps ; on peut contempler en écoutant de la musique ou le chant des oiseaux, en lisant un livre, devant une œuvre d’art ou devant ce chef-d’œuvre qu’est un visage humain… »

En effet, ceux qui vivent dans une grande ville, où tout est artificiel et fonctionnel, avertit le Saint-Père, risquent de perdre la capacité de contempler. « Contempler n’est pas avant tout une manière d’agir, mais une manière d’être », a-t-il estimé, car « être contemplatifs ne dépend pas des yeux, mais du cœur ».

Et c’est là qu’entre en jeu la prière, comme acte de foi et d’amour, comme « souffle » de notre relation avec Dieu. La prière purifie le cœur assure le Successeur de Pierre, elle éclaire également le regard, « permettant de saisir la réalité d’un autre point de vue ».

Et le Pape de développer combien dans la contemplation amoureuse, « typique de la prière la plus intime », il n’y a pas besoin de beaucoup de mots : un regard suffit, « il suffit d’être convaincus que notre vie est entourée d’un amour grand et fidèle dont rien ne pourra jamais nous séparer ».

Jésus, lui, a été le maître de ce regard. « Dans sa vie n’ont jamais manqué les temps, les espaces, les silences, la communion amoureuse qui permet à l’existence de ne pas être dévastée par les épreuves immanquables, mais de conserver sa beauté intacte. Son secret était la relation avec le Père céleste », a poursuivi le Saint-Père, prenant l’exemple de la Transfiguration.

Les Évangiles situent cet épisode au moment critique de la mission de Jésus, quand grandissent autour de Lui la contestation et le refus. Même parmi ses disciples un grand nombre ne le comprennent pas et s’en vont ; l’un des Douze couve des pensées de trahison. Jésus commence à parler ouvertement des souffrances et de la mort qui l’attendent à Jérusalem. C’est dans ce contexte que Jésus gravit une haute montagne avec Pierre, Jacques et Jean.

L’Évangile de Marc cité par le Pape dit : « Et il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte » (9, 2-3).

« Précisément au moment où Jésus est incompris, précisément quand tout semble s’obscurcir dans un tourbillon de malentendus, c’est là que resplendit une lumière divine », insiste le Pape, réaffirmant la non-opposition entre contemplation et action, comme certains maîtres de spiritualité du passé ont voulu l’entendre, exaltant ces vocations qui fuient le monde et ses problèmes pour se consacrer entièrement à la prière.

« En réalité, chez Jésus Christ et dans l’Évangile, il n’y a pas d’opposition entre contemplation et action. Il y a un unique grand appel dans l’Évangile, et c’est celui à suivre Jésus sur la voie de l’amour. Tel est le sommet et le centre de tout. Dans ce sens, charité et contemplation sont synonymes, elles disent la même chose », a observé le Saint-Père, avant de conclure : « Ce qui naît de la prière et non de la présomption de notre ego, ce qui est purifié par l’humilité, même s’il s’agit d’un acte d’amour aparté et silencieux, est le plus grand miracle qu’un chrétien puisse réaliser. »

(Avec V. N.)

Dimanche 2 Mai 2021

Dans le commentaire de l’Évangile, le Pape François a rappelé que Jésus avait besoin de notre témoignage d’amour et que nous, nous avions besoin de lui pour être de bons chrétiens. Le « demeurer » en Lui est un « demeurer » actif basé sur une volonté commune de porter du fruit.

Depuis la fenêtre de l’appartement apostolique, place Saint-Pierre, le Pape François est revenu lors de la prière du Regina Coeli sur l’Évangile de ce 5e dimanche de Pâques, celui qui parle de la vraie vigne : « Il n’y a pas de vigne sans sarments, et vice versa. Les sarments ne sont pas autosuffisants, mais dépendent totalement de la vigne, qui est la source de leur existence », a résumé le Saint-Père.

S’il y a une chose sur laquelle insiste Jésus, c’est bien sur le verbe « demeurer » : « Demeurez en moi et moi en vous » (Jn 15, 4). Cet état n’est pas passif, il ne s’agit pas d’un « endormissement » dans le Seigneur. Au contraire, il est actif et réciproque : « Sans la vigne, les sarments ne peuvent rien faire, ils ont besoin de la sève pour grandir et porter du fruit ; mais la vigne a aussi besoin des sarments, car le fruit ne pousse pas sur le tronc de l’arbre. Il s’agit d’un besoin mutuel, d’une volonté mutuelle de porter du fruit », précise le Pape.
Demeurer unis à Jésus

Sur ce besoin mutuel, François insiste sur le fait qu’avant d’observer les commandements, les béatitudes, les œuvres de miséricorde, « il est nécessaire d’être unis à Lui, de demeurer en Lui. Nous ne pouvons pas être de bons chrétiens si nous ne demeurons pas en Jésus. » Mais Jésus a aussi besoin de nous, ce qui peut paraître « audacieux ». Il a besoin de notre témoignage, celui de notre vie chrétienne, ce « fruit », qu’en tant que « sarment » nous devons donner.

Les disciples, à qui Jésus s’adresse dans l’Évangile, continuent d’annoncer la bonne nouvelle du Royaume en témoignant de l’amour : c’est « le fruit à porter ». « Attachés au Christ, nous recevons les dons de l’Esprit Saint, et c’est ainsi que nous pouvons faire du bien à notre prochain et à la société, à l’Église. C’est au fruit que l’on reconnaît l’arbre. Une vie véritablement chrétienne témoigne du Christ. »

Pour y parvenir, nous devons compter sur la prière : « Nous pouvons demander à penser comme Lui, à agir comme Lui, à voir le monde et les choses avec les yeux de Jésus, explique le Pape. C’est ainsi que nous pouvons aimer nos frères et sœurs, en commençant par les plus pauvres et les plus souffrants, comme il l’a fait, les aimer de tout son cœur et apporter au monde des fruits de bonté, de charité et de paix. »
Salut au Venezuela et aux orthodoxes

Après la récitation de la prière du regina coeli, le Pape a salué les fidèles présents place Saint-Pierre en évoquant la béatification vendredi dernier à Caracas de José Gregorio Hernández Cisneros, « fidèle laïc ». « C’était un médecin plein de science et de foi : il a su reconnaître chez les malades le visage du Christ et, comme le bon Samaritain, il les a secourus avec charité évangélique. Que son exemple nous aide à avoir soin de ceux qui souffrent dans le corps et dans l’esprit » a déclaré François, invitant les fidèles à applaudir le nouveau bienheureux.

Le Pape a ensuite salué « nos frères et nos sœurs des Églises orthodoxes et des Églises catholiques orientales et latines qui, aujourd’hui, selon le calendrier julien célèbrent la solennité de Pâques ». « Que le Seigneur ressuscité les comble de lumière et de paix et conforte les communautés qui vivent en situation particulièrement difficiles ».

(Avec V. N.)

Mercredi 28 Avril 2021

Dans sa catéchèse donnée depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a poursuivi son enseignement sur la prière, s’arrêtant sur la méditation. Une pratique qui connaît une grande attention ces dernières années. Une méthode qui n’est pas un objectif en soi mais qui peut être une voie pour conduire au Christ, l’essence de notre foi.

Pour un chrétien, « méditer » signifie chercher une synthèse : « cela veut dire se mettre devant la grande page de la Révélation pour essayer de la faire devenir nôtre, en l’assumant complètement » a expliqué le Pape en débutant sa catéchèse. La méditation, a t-il expliqué, « a reçu une grande attention ces dernières années. Ce ne sont pas que les chrétiens qui parlent d’elle : il existe une pratique méditative dans presque toutes les religions du monde. Mais il s’agit d’une activité également présente chez les personnes qui n’ont pas une vision religieuse de la vie ».

Pour François, méditer est « une dynamique humaine », car nous avons tous besoin de méditer, de réfléchir, de nous retrouver nous-même. « On recherche en particulier la méditation dans le monde occidental vorace, parce que celle-ci représente une barrière élevée contre le stress quotidien et le vide qui se répand partout ».
Les « effets collatéraux de la grâce de la prière »

La méditation est « un phénomène à considérer de manière positive, a poursuivi le Pape : en effet, nous ne sommes pas faits pour courir sans cesse, nous possédons une vie intérieure qui ne peut pas être toujours piétinée ». Mais accueillie dans un contexte chrétien, la méditation acquiert une spécificité particulière. « La grande porte à travers laquelle passe la prière d’un baptisé – nous le rappelons encore une fois – est Jésus Christ » a souligné François, et la pratique de la méditation suit elle aussi ce sentier. Et le Pape de préciser : « le chrétien, quand il prie, n’aspire pas à la pleine transparence de soi, il ne se met pas à la recherche du noyau le plus profond de son moi ; la prière du chrétien est avant tout une rencontre avec l’Autre avec un A majuscule ».

Ainsi, a expliqué le Souverain Pontife, si une expérience de prière nous donne « la paix intérieure, la maîtrise de nous-mêmes ou la lucidité sur le chemin à entreprendre », il s’agit des « effets collatéraux de la grâce de la prière qui est la rencontre avec Jésus ».

Il existe de nombreuses méthodes de méditation chrétienne, a poursuivi le Pape, certaines accentuant sur la dimension intellectuelle de la personne, d’autres développant des aspects plus émotifs et affectifs. Mais toutes « sont importantes et dignes d’être pratiquées, dans la mesure où elles peuvent aider l’expérience de la foi à devenir un acte total de la personne ». Les anciens avaient l’habitude de dire que l’organe de la prière est le cœur, et ils expliquaient ainsi que c’est tout l’homme, à partir de son centre, qui entre en relation avec Dieu, et pas seulement certaines de ses facultés. C’est pourquoi a précisé François, « il faut toujours se rappeler que la méthode est une voie, pas un objectif : n’importe quelle méthode de prière, si elle veut être chrétienne, fait partie de cette sequela Christi qui est l’essence de notre foi ».

Le Catéchisme de l’Église catholique, a ajouté le Saint-Père précise que la méditation « met en œuvre la pensée, l’imagination , l’émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. La prière chrétienne s’applique de préférence à méditer "les mystères du Christ" »

Le Pape a conclu sa catéchèse en rappelant que la grâce de la prière chrétienne : « le Christ n’est pas loin, mais il est toujours en relation avec nous ». Il n’y a pas d’aspect de sa personne divine et humaine en effet qui ne puisse devenir pour nous un lieu de salut et de bonheur. « Méditer, pour nous chrétiens, est une manière de rencontrer Jésus. Et ainsi, seulement ainsi, de nous retrouver nous-mêmes ».

(Avec V. N.)

Dimanche 25 Avril 2021

Juste avant de réciter l’antienne mariale de ce temps pascal depuis les fenêtres des appartements pontificaux, le Pape est revenu sur la figure du Bon Pasteur qu’incarne Jésus, Lui qui défend, connaît et aime ses brebis.

Au contraire du mercenaire qui ne se préoccupe guère de ses brebis et n’hésite pas à les abandonner en cas de danger, le Bon Pasteur, lui, « nous défend et nous sauve en tant de situations difficiles (…), à travers la lumière de sa parole et la force de sa présence que nous expérimentons à travers le sacrements », a expliqué le Pape aux nombreux fidèles réunis place saint Pierre sous un soleil radieux.

Le Bon Pasteur est aussi celui qui connait ses brebis, une à une ; « comme il est beau et consolant de savoir (…) que nous ne sommes pas anonymes pour Lui, que notre nom lui est connu ! Pour Lui, nous ne sommes pas une "masse", une "multitude", non. Nous sommes des personnes uniques, chacune avec sa propre histoire, chacune avec sa propre valeur, à la fois comme créature et comme rachetée par le Christ. Chacun de nous peut dire : Jésus me connaît ! C’est vrai, c’est ainsi : il nous connaît comme personne d’autre ». En Jésus, qui connait le tréfonds du cœur de l’homme et se montre toujours prêt à soigner ses blessures avec « l’abondance de sa grâce », se réalise pleinement l’image du berger du peuple de Dieu telle qu’esquissée par les prophètes (Ez 34, 11-16), a fait observer le Saint-Père.

Si le Bon Pasteur défend et connait ses brebis, c’est parce qu’il les aime. Cet amour l’a conduit à mourir sur la croix, pour que, conformément à la volonté du Père, « aucun ne se perde ». Jésus « veut que tous puissent rencontrer Dieu », aussi, son amour n’est-il donc pas exclusif, mais embrasse tout le monde.

Ainsi, l’Église est appelée à mener à bien cette mission universelle du Christ. « En plus de ceux qui fréquentent nos communautés, il y a beaucoup de personnes qui ne le font que dans des cas particuliers ou jamais. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne sont pas des enfants de Dieu, que le Père confie au Christ, le Bon Pasteur. Pour chacun d’entre eux, Jésus a donné sa vie. Et à chacun d’entre eux, nous, chrétiens, devons témoigner de son amour, avec une attitude humble et fraternelle », a estimé François avant de conclure : « que Marie Très Sainte nous aide à être les premiers à accueillir ».

Au terme de la prière du Regina Cœli de ce dimanche du Bon Pasteur, le Saint-Père a attiré l’attention des catholiques sur d’autres sujets.

Il est revenu d’abord sur la béatification qui a eu lieu vendredi, à Santa Cruz de Quiché au Guatemala. Elle concernait José Maria Gran Cirera et neuf autres martyrs, soit trois prêtres et sept laïcs de la Congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, tués entre 1980 et 1991, dans une période de persécution contre l’Église catholique engagée dans la défense des pauvres. « Animés par la foi en Christ, ils ont été des témoins héroïques de la justice et de l’amour. Que leur exemple nous rende plus généreux et plus courageux pour vivre l’Évangile. Et un tonnerre d’applaudissements pour les nouveaux bénis », a demandé François.

Le Pape a également exprimé sa « sympathie à la population des îles de Saint-Vincent-et-les-Grenadines où une éruption volcanique cause des dommages et des désagréments. Je les assure de mes prières. Je bénis tous ceux qui apportent aide et assistance », a-t-il assuré. Il y a deux jours, François avait déjà adressé un message pour les victimes de l’éruption du volcan La Soufrière, qui n’a pas fait de victimes directes mais plonge des milliers de personnes dans une situation précaire.

Enfin, c’est la 58e Journée mondiale de prière pour les vocations, célébrée ce dimanche autour de la figure de saint Joseph, que le Souverain Pontife a évoquée. « Remercions le Seigneur parce qu’il continue à susciter dans l’Église des personnes qui, par amour pour lui, se consacrent à l’annonce de l’Évangile et au service de leurs frères et sœurs. Et aujourd’hui, en particulier, rendons grâce pour les nouveaux prêtres que j’ai ordonnés tout à l’heure dans la basilique Saint-Pierre », a-t-il demandé, avant d’inviter à prier le Seigneur « d’envoyer de bons ouvriers pour travailler dans son domaine et de multiplier les vocations à la vie consacrée ».

(Avec V. N.)

Mercredi 21 Avril 2021

Poursuivant son cycle de catéchèses sur la prière, le Pape François a approfondi ce mercredi matin le thème de la prière vocale. Une « donnée indispensable de la vie chrétienne », enseignée par les Écritures Saintes et par les personnes qui demeurent fidèles à leur mission d’orant.

Comment être relié à Dieu ? Par la prière, qui est « un dialogue avec Dieu », a d’emblée rappelé le Pape François. « En un certain sens, chaque créature dialogue avec Dieu » mais chez l’être humain, « la prière devient parole, invocation, chant, poésie », par la richesse du langage.

Les paroles naissent de nos expériences et de nos sentiments. Inversement, elles façonnent notre existence. « C’est pour cette raison que l’Écriture Sainte nous enseigne à prier aussi avec des paroles parfois audacieuses », a expliqué le Souverain Pontife. Les auteurs sacrés savent ce qui habite l’homme. « Personne ne naît saint et lorsque des sentiments mauvais frappent à la porte de notre cœur, nous devons être capables de les désamorcer avec la prière et la parole de Dieu », a insisté le Pape. La prière permet en particulier de lutter contre le diable et ses œuvres.

« La première prière humaine est toujours une récitation vocale », a poursuivi François. Même si prier « ne signifie pas répéter des paroles, la prière vocale est cependant la plus sûre et il est toujours possible de la pratiquer ». Le Saint-Père a invité à davantage de méfiance envers les sentiments, « toujours incertains ». La prière des lèvres, murmurée ou récitée en chœur, « est toujours possible ». Elle est indiquée en particulier par le Catéchisme de l’Église catholique, comme « donnée indispensable de la vie chrétienne », et par le Seigneur lui-même, lequel enseigne à ses disciple le Notre Père.
La fidélité des anciens

Le Saint-Père a également cité en modèle de vertu « l’humilité de certaines personnes âgées » qui, dans l’Église, récitent à mi-voix les prières apprises durant l’enfance. « Ces orants de la prière humble sont souvent les grands intercesseurs des paroisses ». Par leur persévérance au long des étapes de leur vie, ils nous montrent que l’« on peut toujours demeurer fidèle à la prière vocale ». « C’est comme une ancre : s’accrocher à la corde pour rester là, fidèles, quoiqu’il arrive », a ajouté le Pape avant de recommander la lecture du Récit d’un pèlerin russe pour mieux comprendre en quoi consiste la prière vocale.

« Ne tombons pas dans l’arrogance de mépriser la prière vocale », a mis en garde le Souverain Pontife, car elle est « la prière des simples » qui « adressent à Dieu les demandes qu’il veut écouter ». Et si jamais cela nous semble difficile, rappelons-nous que « Jésus ne nous a pas laissés dans le brouillard », puisqu’il nous a transmis la prière du Notre Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 18 Avril 2021

De retour à la fenêtre du Palais apostolique pour la première fois depuis le 14 mars, le Pape François a prononcé ce dimanche midi sa méditation du Regina Caeli en insistant sur l’importance pour les chrétiens de vivre une foi incarnée, concrète, sans distance.

« En ce troisième dimanche de Pâques, nous retournons à Jérusalem, au Cénacle, comme guidés par les deux disciples d’Emmaüs, qui avaient écouté avec beaucoup d’émotion les paroles de Jésus sur la route et l’avaient ensuite reconnu "à la fraction du pain" (Lc 24, 35) », a expliqué le Pape. Les disciples se sont d’abord montrés incrédules, mais Jésus, en se laissant regarder et toucher, et en partageant le repas avec eux, démontre qu’il n’est pas un pur esprit ou un fantôme, mais bien une personne réelle.

« Cette page d’Évangile est caractérisée par trois verbes très concrets, qui reflètent en quelque sorte notre vie personnelle et communautaire : regarder, toucher et manger. Trois actions qui peuvent donner la joie d’une vraie rencontre avec Jésus vivant », a souligné le Pape.

Jésus invite les disciples à le regarder. « Regarder n’est pas seulement voir, c’est plus, cela implique aussi une intention, une volonté, a remarqué François. C’est pourquoi il est l’un des verbes de l’amour. La maman et le papa regardent leurs enfants ; les amoureux se regardent l’un l’autre ; un bon médecin regarde son patient avec attention... Regarder est un premier pas contre l’indifférence, contre la tentation de détourner le visage des difficultés et des souffrances des autres. »

Mais ce n’est qu’une première étape. « En invitant les disciples à le toucher, à voir qu’il n’est pas un fantôme, Jésus leur indique, ainsi qu’à nous, que la relation avec lui et avec nos frères et sœurs ne peut rester "à distance", au niveau du regard. Il n’existe pas de christianisme à distance, sur le plan du seul regard » a insisté le Pape, en ce temps de distanciation et de virtualisation des rapports, pour beaucoup, rend le manque de contact physique frustrant et douloureux.

« L’amour demande la proximité, le contact, le partage de la vie », a répété François, en reprenant une nouvelle fois l’exemple du Bon Samaritain, qui « ne s’est pas contenté de regarder l’homme qu’il a trouvé à moitié mort le long de la route : il s’est penché, il l’a touché, il a pansé ses blessures, l’a chargé sur son cheval et l’a emmené à l’auberge. Il en va de même pour Jésus lui-même : l’aimer signifie entrer dans une communion vitale et concrète avec lui », a redit le Pape.

Enfin, manger est une nécessité vitale, mais « quand on le fait ensemble, en famille ou entre amis », cela « devient aussi une expression d’amour, de communion, de fête... Combien de fois les Évangiles nous montrent Jésus vivant cette dimension conviviale », y compris après la Résurrection, « au point que le banquet eucharistique est devenu le signe emblématique de la communauté chrétienne. Manger ensemble le Corps du Christ, c’est le centre et le cœur de la vie chrétienne », a insisté l’évêque de Rome.

« Frères et sœurs, cette page d’Évangile nous dit que Jésus n’est pas un "fantôme", mais une Personne vivante. Et quand Jésus se rapproche de nous, il nous remplit de joie », a insisté François.

« Être chrétien n’est pas d’abord une doctrine ou un idéal moral, c’est une relation vivante avec Lui, avec le Seigneur ressuscité : nous le regardons, nous le touchons, nous nous nourrissons de Lui et, transformés par son Amour, nous regardons, touchons et nourrissons les autres en tant que frères et sœurs. Que la Vierge Marie nous aide à vivre cette expérience de la grâce », a-t-il conclu.

À l’issue de la prière du Regina Caeli, le Pape François a appelé à la désescalade dans l’est de l’Ukraine. Des mouvements militaires inquiétants ont en effet été observés ces derniers jours autour de la région du Donbass, laissant craindre des combats de grande ampleur.

« Je suis avec préoccupation les événements dans certaines régions de l’est de l’Ukraine, où les violations du cessez-le-feu se sont multipliées ces derniers mois, et je note avec inquiétude l’augmentation des activités militaires », a déclaré le Souverain Pontife en prenant la parole après la prière du Regina Caeli. « S’il vous plaît, a continué le Saint-Père, j’espère vraiment que l’augmentation de la tension sera évitée et, au contraire, que des gestes seront faits pour promouvoir la confiance mutuelle et favoriser la réconciliation et la paix qui sont si nécessaires et si désirées ».

Le Pape François qui a également eu un mot pour la population sur place :« Prenons également à cœur la grave situation humanitaire des populations auxquelles j’exprime ma proximité et pour lesquelles je vous invite à prier. Prions ensemble. »

Depuis le début de la crise ukrainienne à l’hiver 2013-2014, le Pape François a souvent exprimé son attention en soutenant les efforts diplomatiques, les cessez-le-feu et les gestes humanitaires, notamment les échanges de prisonniers.

Les accords du Minsk du 14 février 2015 et les initiatives ultérieures prises notamment par la France et l’Allemagne avaient permis une désescalade, sans pour autant mettre fin aux combats sporadiques. Mais depuis plusieurs semaines, les heurts se multiplient entre Kiev et les séparatistes prorusses du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, tandis que des dizaines de milliers de soldats russes ont été déployés à proximité, laissant craindre une opération militaire d’ampleur.

Les deux parties, en conflit depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et les affrontements dans le Donbass qui ont fait plus de 13 000 morts, se renvoient depuis la responsabilité de cette escalade.

Moscou accuse Kiev de « provocations » et l’Otan d’actes « menaçants ». L’Ukraine affirme de son côté que la Russie veut sa « destruction » et réclame la protection de l’Otan, ce qui représente une ligne rouge absolue pour Moscou.

(Avec V. N.)

Mercredi 14 Avril

L’audience générale de ce mercredi portait sur l’Église comme « école de prière ». Le Saint-Père, montrant combien la prière est centrale dans la vie du croyant, a rappelé qu’elle nous est enseignée par l’Église à travers ses différents membres, en particulier les familles et les communautés.

« L’Église est une grande école de prière », a rappelé le Saint-Père au début de sa catéchèse, donnée depuis la bibliothèque du Palais apostolique. Et cet enseignement commence au sein de la famille : « Bon nombre d’entre nous ont appris les premières prières sur les genoux de leurs parents ou de leurs grands-parents ». « Ce don que nous avons reçu dans l’enfance avec simplicité est un grand patrimoine, un patrimoine très riche », a souligné le Pape.

Il se reçoit aussi au sein d’une paroisse, et l’on comprend peu à peu que « l’expérience de la prière mérite d’être approfondie toujours plus ».

« L’habit de la foi n’est pas amidonné, il se développe avec nous », y compris à travers les « crises » et des « résurrections ». « Le souffle de la foi est la prière », un souffle vital qui donne de la « force », et se transmet aussi d’une personne à l’autre, lorsque l’on prie les uns pour les autres.

« Ainsi, fleurissent dans l’Église des communautés et des groupes consacrés à la prière ». Et François d’évoquer les monastères et autres lieux de vie consacrée, semblables à de « petites oasis », à « des cellules vitales, non seulement pour le tissu ecclésial mais pour la société elle-même ». « Prier et travailler en communauté fait avancer le monde. C’est un moteur ! » s’est exclamé le Pape.

Le Souverain Pontife est ensuite revenu sur le rôle central de la prière : « tout dans l’Église naît dans la prière, et tout grandit grâce à la prière », a-t-il insisté, avant de mettre en garde contre l’absence de prière de la part de « certains groupes qui se mettent d’accord pour faire avancer des réformes ecclésiales ». « Les changements dans l’Église sans prière ne sont pas des changements d’Église. Ce sont des changements de groupe ». Le Diable se cache derrière ces incitations à négliger la prière, a averti le Saint-Père. Sans « l’axe central » de la prière, l’Église devient une « enveloppe vide », coupée de « la source de la chaleur et de l’amour ».

Puis François s’est arrêté sur l’exemple des saints, qui « n’ont pas une vie plus facile que les autres ». Mais « leur force est la prière, qui puise toujours au "puits" inépuisable de notre mère l’Église ». Ils soutiennent le monde non par l’argent, le pouvoir ou les moyens de communication, mais « avec les armes de la prière », de manière cachée.

À cet effet, « la lampe de la foi sera toujours allumée sur la terre tant qu’il y aura l’huile de la prière ». Il est donc essentiel de persévérer dans cette voie. Le Pape a invité à s’interroger sur notre manière de prier : prions-nous « comme des perroquets » ou bien « avec le cœur » ? Prions-nous « avec l’Église » ou bien en faisant en sorte que « mes idées deviennent prière » - ce qui revient à une « prière païenne » ?

En conclusion de sa catéchèse, le Saint-Père a souligné le « devoir essentiel de l’Église : prier et éduquer à prier », « transmettre de génération en génération la lampe de la foi avec l’huile de la prière ». Sans la lumière de cette lampe, « nous ne pourrions pas voir la route pour évangéliser », ni même pour « bien croire », ni pour servir nos frères.

« Sans la foi, tout s’écroule ; et sans la prière, la foi s’éteint », a résumé François. Foi et prière vont résolument de pair. « C’est pourquoi l’Église, qui est maison et école de communion, est maison et école de prière », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 11 Avril 2021

En ce deuxième dimanche de Pâques, dit de la Divine Miséricorde, le Pape François a célébré la messe en l’église du Santo Spirito in Sassia, à Rome. Dans son homélie, il a expliqué que Jésus, en apparaissant aux Apôtres, les relève avec la miséricorde. Ils deviennent ainsi à leur tour miséricordieux. Le Saint-Père a ainsi invité les fidèles à ne pas rester indifférents et à œuvrer avec miséricorde.

C’est la deuxième année que le Pape François célèbre la messe dans cette église romaine du Santo Spirito in Sassia, située à quelques centaines de mètres à peine du Vatican, et sanctuaire de la Divine Miséricorde. Une miséricorde au centre de l’homélie du Saint-Père. Après Pâques, Jésus apparaît aux disciples qui ont peur et qui se sont enfermés dans le cénacle. Dans ce moment de doute et de crainte, « Jésus les relève avec la miséricorde. Et eux, bénéficiaires de la miséricorde, deviennent miséricordieux », explique le Pape François.

Tout d’abord, Jésus offre aux Apôtres, « enfermés dans leurs remords », sa paix « qui répand la confiance à l’intérieur », « la paix du cœur ». Les disciples, « découragés, sont réconciliés avec eux-mêmes », car ils passent « du remord à la mission », car cette paix, précise le Pape, suscite la mission en même temps qu’elle « rompt les chaînes qui retiennent le cœur prisonnier ».

À cette paix, Jésus offre l’Esprit Saint, qu’il donne « pour la rémission des péchés ». Seuls, nous ne pouvons pas effacer notre péché, explique François. Seul Dieu peut le faire car « il nous fait sortir de nos misères les plus profondes ». « Comme ces disciples, nous avons besoin de nous laisser pardonner », ajoute le Pape.

Il nous faut comprendre qu’« au centre de la confession », il y a « Dieu avec sa miséricorde ». Comme un père qui aide son enfant qui a chuté à se relever, « la main du Père est prête à nous remettre debout et à nous faire aller de l’avant. Cette main sûre et fiable est la confession ». C’est le « sacrement de la résurrection », « pure miséricorde », affirme le Saint-Père.

Jésus offre également ses plaies, poursuit François. « Comme Thomas, nous touchons du doigt le fait que Dieu nous aime jusqu’au bout ». « Les plaies sont des canaux ouverts entre lui et nous », en les adorant et les embrassant, « nous découvrons que chacune de nos faiblesses est accueillie dans sa tendresse ». « Ses plaies lumineuses percent les ténèbres que nous portons à l’intérieur ».
Que faisons-nous à notre tour ?

Le cheminement chrétien commence ici, explique le Pape. Il n’y a qu’en accueillant l’amour de Dieu que « nous pourrons donner quelque chose de nouveau au monde » et non en nous basant sur nos capacités, nos structures ou nos projets.

Les Apôtres, après avoir reçu cette miséricorde, deviennent donc à leur tour miséricordieux. Ils mettent leur bien en commun, ce qui n’est pas du « communisme » mais « du christianisme à l’état pur », précise bien le Saint-Père. Les disciples découvrent en fait « d’avoir en commun la mission, le pardon et le Corps de Jésus : partager les biens terrestres a semblé une conséquence naturelle », explique-t-il.

D’où cette invitation adressée aux fidèles à ne pas rester indifférents. « Ne vivons pas une foi à moitié, qui reçoit mais ne donne pas, qui accueille le don mais ne se fait pas don », exhorte le Pape. « Si l’amour finit avec nous-mêmes, la foi se dessèche dans un intimisme stérile. Sans les autres, elle devient désincarnée. Sans les œuvres de miséricorde elle meurt. » Il n’y a qu’en se penchant sur les blessures des autres que l’on recevra la preuve que Dieu a touché notre vie.

Regina Coeli

À l’issue de la messe, le Pape a récité la prière du Regina Coeli, saluant auparavant les fidèles présents à cette messe, et notamment les personnels médicaux, les détenus, les handicapés, les réfugiés et les migrants, sans oublier les sœurs hospitalières de la Divine Miséricorde et les volontaires de la Protection civile italienne.

« Vous représentez quelques unes des réalités dans lesquelles la miséricorde se fait concrète, se fait proche, service, attention aux personnes en difficulté. Je vous souhaite de recevoir toujours la miséricorde pour être à votre tour miséricordieux » a déclaré François dans son bref salut.

(Avec V. N.)

Lundi 5 Avril 2021

Avant le Regina Cæli de ce Lundi de Pâques, dit aussi « lundi de l’Ange », le Pape est revenu précisément sur la figure du messager de Dieu qui annonce la nouvelle de la Résurrection aux saintes femmes. Il est une manifestation concrète de l’intervention de Dieu lui-même et de sa victoire sur la mort.

« Je sais que vous recherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, Il est ressuscité », affirme l’ange de Dieu aux femmes venues tôt au sépulcre le matin de Pâques (Mt 28, 5-6). L’expression « Il est ressuscité » va « au-delà des capacités humaines », note le Pape ; elle ne pouvait sortir que de la bouche d’un ange, tout comme le fut l’annonce de l’Incarnation du fils de Dieu à la Vierge Marie (Luc 1,31).

L’Évangéliste Matthieu rapporte qu’un fort tremblement de terre advient aux premières lueurs du jour, qu’un ange du Seigneur descend du Ciel, roule la pierre du tombeau avant de s’assoir sur elle. « Cette grande pierre, qui aurait dû être le sceau de la victoire sur le mal et la mort, (…) est devenue le marchepied de l’ange du Seigneur. Tous les plans et les défenses des ennemis et des persécuteurs de Jésus ont été en vain. L’image de l’ange assis sur la pierre du tombeau est la manifestation concrète, visuelle, de la victoire de Dieu sur le mal, de la victoire du Christ sur le prince de ce monde, de la lumière sur les ténèbres », observe le Souverain Pontife.

Tous les détails donnés par l’évangéliste -l’ouverture de la tombe, l’aspect de l’ange- sont « les symboles qui attestent de l’intervention de Dieu lui-même, porteur d’une ère nouvelle, des derniers temps de l’Histoire ».

Face à cette intervention divine, la réaction est double, fait ensuite remarquer François. D’abord celle des gardes « stupéfaits » et désarmés devant la force de Dieu ; « la puissance de la Résurrection abat ceux qui étaient utilisés pour garantir l’apparente victoire de la mort ». Devant leurs supérieurs, ces gardes ont été mis face à un choix : dire la vérité ou se taire. Corrompus par le "dieu-argent", ils ont « vendu la vérité » et répandu ce qu’on leur avait commandé de dire : que les disciples avaient volé le corps du Seigneur. Il y a ensuite la réaction des femmes, craintives dans un premier temps, puis invitées par l’ange à ne pas avoir peur et à ne pas chercher Jésus dans la tombe.

De ces paroles angéliques, le Pape en retire un enseignement : « ne nous fatiguons pas de chercher le Christ ressuscité, qui donne la vie en abondance à ceux qui le rencontrent ». Trouver le Christ signifie découvrir la paix du cœur, assure encore le Saint-Père, qui, au début de ce temps pascal, souhaite aux fidèles de faire la même expérience des saintes femmes : celle de la joie, « en accueillant dans le cœur, les maisons et les familles l’heureuse annonce de Pâques : "le Christ ressuscité ne meurt plus, sur Lui la mort n’a plus aucun pouvoir" ».

Saluant les fidèles connectés au moyen de divers moyens de communication, le Pape a adressé ses pensées en particulier « aux personnes âgées, aux malades, connectés depuis leur domicile ou ou leurs maisons. Je leur adresse un mot d’encouragement et de gratitude pour leur témoignage. Je suis proche d’eux ».

(Avec V. N.)

Dimanche 4 Avril 2021

A l’issue de la messe de Pâques célébrée par le Pape François en présence de 150 fidèles en la basilique saint-Pierre, le Souverain pontife a donné sa bénédiction "Urbi et Orbi", à la Ville et au monde, devant l’autel de la Chaire de saint Pierre. Un message de soutien spirituel aux plus fragiles qui souffrent de la crise mondiale, et d’appels à la paix là où règne toujours le conflit dans certaines régions du monde.

« L’annonce de Pâques ne montre pas un mirage, elle ne révèle pas une formule magique, elle n’indique pas une échappatoire face à la situation difficile que nous traversons ». En ces termes, le Pape François a inauguré son message à la Ville et au monde en ce jour de Pâques, point culminant de l’année liturgique, dans une atmosphère encore une fois très particulière cette année.

La pandémie est encore en cours, et la crise sociale et économique est très lourde, en particulier pour les plus pauvres, a rappelé François, qui s’est dit scandalisé par le fait que « les conflits armés ne cessent pas et les arsenaux militaires se renforcent ». « C’est le scandale d’aujourd’hui », a-t-il répété.

Au milieu de cette réalité complexe, a relevé le Saint-Père, l’annonce de Pâques renferme en quelques mots un événement qui donne l’espérance qui ne déçoit pas : « Jésus, le crucifié, est ressuscité ».

Et le Successeur de Pierre de préciser : « Cette annonce de Pâques ne parle pas d’anges ou de fantômes, mais d’un homme, un homme en chair et en os, avec un visage et un nom : Jésus. Le crucifié, pas un autre, est ressuscité. »

Et les témoins de cette résurrection rapportent d’ailleurs un détail important : Jésus ressuscité porte gravées les plaies des mains, des pieds et du côté. « Ces plaies sont le sceau éternel de son amour pour nous. Quiconque souffre une dure épreuve, dans son corps et dans son esprit, peut trouver refuge dans ces blessures, recevoir à travers elles la grâce de l’espérance qui ne déçoit pas », a assuré le Saint-Père, avant de détailler les espérances du Christ pour diverses catégories de personnes, comme « ceux qui souffrent encore à cause de la pandémie, les malades et ceux qui ont perdu une personne chère ».

Le Pape a ensuite invoqué le réconfort du Seigneur pour « les efforts des médecins et des infirmiers », pour « les personnes les plus fragiles, qui ont besoin d’assistance et ont le droit d’avoir accès aux soins nécessaires ». Avant de lancer un appel au partage équitable des vaccins : « Dans l’esprit d’un “internationalisme des vaccins”, j’exhorte donc toute la Communauté internationale à un engagement partagé afin de surmonter les retards dans leur distribution et en favoriser le partage, en particulier avec les pays les plus pauvres ».
Crise sociale et économique

Et le Pape de poursuivre sur la sévère crise socio-économique des temps présents : « Le Crucifié ressuscité est un réconfort pour ceux qui ont perdu leur travail ou traversent de graves difficultés économiques et qui sont privés de protections sociales adéquates. Que le Seigneur inspire l’action des autorités publiques afin qu’à tous, en particulier aux familles les plus nécessiteuses, soient offertes les aides nécessaires à une subsistance suffisante. »

« Il faut que les pauvres de toute sorte se reprennent à espérer », disait saint Jean-Paul II lors de son voyage à Haïti, cité par le Pape François. Et c’est justement vers « le cher peuple haïtien » que la pensée et les encouragements du Primat d’Italie se sont tournés en premier en ce jour, « pour qu’il ne soit pas vaincu par les difficultés mais qu’il regarde vers l’avenir avec confiance et espérance ».

« Jésus ressuscité est l’espérance aussi pour de nombreux jeunes qui ont été contraints de passer de longues périodes sans aller à l’école ou à l’université ni partager le temps avec leurs amis », a continué le Pape, assurant combien nous avons tous besoin de vivre des relations humaines réelles et pas seulement virtuelles. « Je suis proche des jeunes du monde entier et, en ce moment, en particulier de ceux de Birmanie, qui s’engagent pour la démocratie en faisant entendre pacifiquement leur voix, conscients que la haine ne peut être éliminée que par l’amour », a ajouté François qui suit de très près la situation politico-militaire dans ce pays qu’il avait visité en 2017.

Que la lumière du Ressuscité soit source de renaissance pour les migrants fuyant la guerre et la misère, a espéré le Pape. « Sur leurs visages, reconnaissons le visage défiguré et souffrant du Seigneur qui monte au Calvaire ». François a remercié ainsi les pays qui accueillent avec générosité ceux qui souffrent et cherchent refuge, « en particulier le Liban et la Jordanie qui accueillent de très nombreux réfugiés ayant fui le conflit syrien ».

« Que le peuple libanais, qui traverse une période de difficultés et d’incertitudes, fasse l’expérience de la consolation du Seigneur ressuscité et soit soutenu par la Communauté internationale dans sa vocation d’être une terre de rencontre, de coexistence et de pluralisme », a soutenu le Souverain pontife, souhaitant également la paix dans « la bien-aimée et martyrisée Syrie, où des millions de personnes vivent désormais dans des conditions inhumaines », ainsi qu’au Yémen « dont les événements sont entourés d’un silence assourdissant et scandaleux », et en Libye « où l’on entrevoit enfin la sortie d’une décennie de disputes et d’affrontements sanglants ».

Le Pape a ensuite tourné ses pensées naturellement vers Jérusalem, appelant Israéliens et Palestiniens à retrouver la force du dialogue pour une solution stable à deux États, de même que vers l’Irak, pays visité le mois dernier, pour lequel le Pape prie pour que « puisse continuer le chemin de pacification entrepris ».

François a invoqué « la force du Ressuscité » pour les populations africaines qui voient leur avenir compromis par des violences internes et par le terrorisme international, en particulier au Sahel et au Nigeria, ainsi que dans la région du Tigré et de Cabo Delgado.

« Il y a encore trop de guerres et trop de violence dans le monde ! », s’est enfin indigné le Saint-Père, appelant le Seigneur à nous aider « à vaincre la mentalité de la guerre ». François a aussi prié pour les prisonniers de guerre, particulièrement en Ukraine orientale et dans le Haut-Karabakh, avant de rappeler, ce 4 avril, Journée mondiale de lutte contre les mines antipersonnel, combien ces « sournois et horribles engins qui tuent ou mutilent chaque année de nombreuses personnes innocentes, empêchent l’humanité de marcher ensemble sur les chemins de la vie ». « Comme un monde sans ces instruments de mort serait meilleur ! », s’est-il exclamé.
Pour la fin des restrictions sanitaires aux cultes

Enfin, le Pape François a appelé les gouvernements à supprimer les restrictions d’accès au culte à cause de la pandémie. « Prions pour que ces restrictions, comme toute restriction à la liberté de culte et de religion dans le monde, puissent être supprimées et que chacun soit autorisé à prier et à louer Dieu librement. »

« À la lumière du Ressuscité, nos souffrances sont transfigurées. Là où il y avait mort, il y a maintenant vie, là où il y avait deuil, il y a maintenant consolation. Et maintenant prions pour que les effets bénéfiques de cette guérison s’étendent à travers le monde entier. Joyeuses Pâques à tous ! », a conclu le Successeur de Pierre, avant de donner sa bénédiction Urbi et Orbi.

(Avec V. N.)

Samedi 3 Avril 2021

Le Pape François a célébré en soirée, à la basilique Saint-Pierre, la liturgie de la Veillée pascale, marquant le passage du Christ de la mort vers la vie et le passage du monde de l’obscurité vers la lumière.

Pour la deuxième année consécutive, la Veillée pascale a été célébrée en format restreint compte tenu de la pandémie de coronavirus, depuis l’autel de la Chaire de Saint-Pierre. Cinq évêques et 34 cardinaux ont concélébré avec le Pape. Tout comme lors de la messe de la Nuit de Noël le 24 décembre dernier, l’horaire du début de la célébration avait été avancé à 19h30 afin de tenir compte du couvre-feu, toujours fixé à 22h en Italie.

Les traditions liturgiques de cette Nuit de la Résurrection, symbolisant le passage de la nuit à la lumière, ont néanmoins été déployées, avec notamment l’Exsultet, les sept lectures de l’Ancien Testament, les Psaumes et cantiques, et la lettre de saint Paul aux Romains, convergeant vers l’Évangile de la Résurrection, lu à travers le récit de saint Marc.

Le Pape a délivré une homélie explorant le sens de l’expression « aller en Galilée », afin de démontrer que la foi dans le Christ Ressuscité ne doit pas se vivre de façon statique, mais dans une mise en mouvement. Les femmes évoquées dans l’Évangile (Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé) « étaient allé pleurer un mort, au contraire elles ont entendu une annonce de vie ». Elles sont « remplies de frayeur et d’étonnement », « une crainte mêlée de joie, qui surprend leur cœur à la vue de la grande pierre du tombeau roulée et à l’intérieur un jeune homme avec un vêtement blanc ». Elles reçoivent ainsi l’invitation de Pâques, à « aller en Galilée, ce qui signifie, d’abord, recommencer. Pour les disciples c’est retourner sur le lieu où, pour la première fois, le Seigneur les a cherchés et les a appelés à le suivre. C’est le lieu de la première rencontre et du premier amour. »

Certes, cette histoire n’a pas été réussie, en apparence : « Ils n’ont pas compris complètement, souvent ils ont mal interprété ses paroles et devant la croix ils ont fui, le laissant seul. Malgré cet échec, le Seigneur Ressuscité se présente comme celui qui, encore une fois, les précède en Galilée ; les précède, c’est-à-dire se tient devant eux. Il les appelle et les invite à le suivre, sans jamais se fatiguer. » Avec son « amour infini », le Seigneur « trace des sentiers nouveaux à l’intérieur des routes de nos défaites ».

« Il est possible de toujours recommencer, parce qu’il y a une vie nouvelle que Dieu est capable de faire repartir en nous au-delà de tous nos échecs. Même des décombres de notre cœur – et chacun de nous les connait -, Dieu peut construire une œuvre d’art. Même des fragments désastreux de notre humanité Dieu prépare une histoire nouvelle. Il nous précède toujours : sur la croix de la souffrance, de la désolation et de la mort, comme dans la gloire d’une vie qui ressuscite, d’une histoire qui change, d’une espérance qui renaît. Et en ces sombres mois de pandémie, nous entendons le Seigneur ressuscité qui nous invite à recommencer, à ne jamais perdre l’espérance », a insisté François.

Et aller en Galilée signifie aussi « parcourir des chemins nouveaux. C’est aller dans la direction opposée au tombeau. » La foi n’est pas la commémoration nostalgique d’un évènement du passé, a expliqué François. « Beaucoup, et même nous aussi, vivent la “foi des souvenirs”, comme si Jésus était un personnage du passé, un ami de jeunesse désormais loin, un fait arrivé il y a longtemps, quand étant enfant je fréquentais le catéchisme. Une foi faite d’habitudes, de choses du passé, de beaux souvenirs de l’enfance, qui ne me touche plus, ne m’interpelle plus », a regretté le Pape, qui a martelé qu’au contraire, « aller en Galilée signifie apprendre que la foi, pour être vivante, doit se remettre en route. Elle doit faire revivre chaque jour le début du chemin, l’étonnement de la première rencontre », en faisant confiance, sans chercher à tout planifier, à tout maîtriser. « Très souvent, nous avons peur des surprises de Dieu, mais aujourd’hui le Seigneur nous invite à nous laisser surprendre ! »

« Jésus n’est pas un personnage dépassé. Il est vivant, ici et maintenant. Il marche avec toi chaque jour, dans la situation que tu vis, dans l’épreuve que tu traverses, dans les rêves que tu portes en toi. Il ouvre des chemins nouveaux où il te semble qu’il n’y en a pas, il te pousse à aller à contrecourant par rapport au regret et au “ déjà vu”. Même si tout te semble perdu, ouvres-toi avec étonnement à sa nouveauté : il te surprendra », a insisté le Pape.

« Aller en Galilée signifie, en outre, aller aux frontières », car Jésus a voulu adresser l’annonce « à ceux qui mènent leur vie quotidienne avec peine, aux exclus, aux personnes fragiles, aux pauvres, pour être visage et présence de Dieu qui va chercher sans se lasser celui qui est découragé ou perdu, qui va jusqu’aux limites de l’existence parce qu’à ses yeux personne n’est dernier, personne n’est exclu. »

Aujourd’hui existe encore une « Galilée réelle. C’est le lieu de la vie quotidienne, ce sont les routes que nous parcourons chaque jour, ce sont les recoins de nos villes où le Seigneur nous précède et se rend présent, justement dans la vie de celui qui passe à côté de nous et partage avec nous le temps, la maison, le travail, les peines et les espérances. En Galilée nous apprenons que nous pouvons trouver le Ressuscité dans le visage des frères, dans l’enthousiasme de celui qui rêve et dans la résignation de celui qui est découragé, dans les sourires de celui qui se réjouit et dans les larmes de celui qui souffre, surtout dans les pauvres et dans celui qui est marginalisé. Nous nous étonnerons de la façon dont la grandeur de Dieu se révèle dans la petitesse, de la façon dont sa beauté resplendit dans les simples et dans les pauvres. »

« Jésus, le Ressuscité, nous aime sans limites et visite chacune de nos situations de vie. Il a planté sa présence au cœur du monde et nous invite aussi à dépasser les barrières, vaincre les préjugés, approcher celui qui est à côté chaque jour, pour retrouver la grâce du quotidien, a insisté François. Au-delà de toutes les défaites, du mal et de la violence, au-delà de toute souffrance et au-delà de la mort, le Ressuscité vit et conduit l’histoire. »

« Sœur, Frère si en cette nuit tu portes dans le cœur une heure sombre, un jour qui n’a pas encore surgi, une lumière ensevelie, un rêve brisé, ouvre ton cœur avec étonnement à l’annonce de la Pâque : “N’aie pas peur, il est ressuscité ! Il t’attend en Galilée”. Tes attentes ne resteront pas déçues, tes larmes seront séchées, tes peurs seront vaincues par l’espérance. Parce que le Seigneur te précède, il marche toujours devant toi. Et, avec lui, toujours, la vie recommence », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Jeudi 1er Avril 2021

En ce matin du Jeudi Saint, le Pape François a célébré la Messe Chrismale dans la basilique Saint-Pierre au Vatican. Au cours de son homélie, le Saint-Père est revenu sur l’Évangile de Saint Luc, où Jésus dans la synagogue de Nazareth fait la lecture du livre du Prophète Isaïe pour annoncer l’accomplissement de la Parole. Retrouvez dans son intégralité le texte de son homélie

« L’Evangile nous présente un changement de sentiments chez les personnes qui écoutent le Seigneur. Le changement est dramatique et il nous montre combien la persécution et la Croix sont liées à l’annonce de l’Evangile. L’admiration suscitée par les paroles de grâce qui sortent de la bouche de Jésus a peu duré dans l’esprit des gens de Nazareth. Une phrase que quelqu’un a murmuré à voix basse : “Mais celui-là, qui est-il ? Le fils de Joseph ?” (cf. Lc 4, 22) Cette phrase s’est propagée insidieusement. Et tous : “ Mais qui est-il, celui-là ? N’est-il pas le fils de Joseph ?”.

Il s’agit de l’une de ces phrases ambigües qu’on lâche en passant. On peut l’utiliser pour exprimer avec joie : “Quelle merveille que quelqu’un d’origine si humble parle avec cette autorité”. Et un autre peut l’utiliser pour dire avec mépris : “Et celui-ci, d’où est-il sorti ? Qui croit-il être ?”. Si nous regardons bien, la phrase se répète quand les apôtres, le jour de la Pentecôte, remplis de l’Esprit Saint, commencent à prêcher l’Evangile. Quelqu’un a dit : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? » (Ac 2, 7). Et tandis que les uns ont accueilli la Parole, les autres les ont pris pour des ivrognes.

Formellement il semblerait qu’une option a été laissée ouverte mais, si nous considérons les fruits, dans ce contexte concret, ces paroles contenaient un germe de violence qui s’est déchainée contre Jésus.

Il s’agit d’une “phrase moteur”[1], comme quand on dit : “C’en est trop !” et on agresse l’autre ou on s’en va.

Le Seigneur, qui parfois se taisait ou allait sur l’autre rive, cette fois n’a pas renoncé à commenter, au contraire, il a démasqué la logique perverse qui se cachait sous le couvert d’un simple commérage de campagne. « Vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”. Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici, dans ton lieu d’origine ! » (Lc 4, 23). “Guéris-toi toi-même…”.

“Qu’il se sauve lui-même”. Ici se trouve le venin ! C’est la même phrase qui suivra le Seigneur jusqu’à la Croix : « Il en a sauvé d’autres ! qu’il se sauve lui-même » (Lc 23, 35) ; “et qu’il nous sauve nous aussi”, ajoutera un des deux malfaiteurs (cf. v. 39).

Le Seigneur, comme toujours, ne dialogue pas avec l’esprit mauvais, il répond seulement avec l’Ecriture. Les prophètes Elie et Elisée n’ont pas non plus été acceptés par leurs compatriotes mais par contre ils le furent par une veuve phénicienne et un syrien souffrant de la lèpre : deux étrangers, deux personnes d’une autre religion. Les faits sont un signe fort et provoquent l’effet qu’avait prophétisé Siméon, ce vieillard charismatique : que Jésus aurait été « signe de contradiction » (semeion antilegomenon) (Lc 2, 34)[2]

La parole de Jésus a le pouvoir de mettre en lumière ce que l’on a dans le cœur, qui d’habitude est un mélange, comme le grain et l’ivraie. Et cela provoque un combat spirituel. En voyant les gestes de la miséricorde débordante du Seigneur et en écoutant ses béatitudes et les “malheur à vous !” de l’Evangile, on est obligé de discerner et de choisir. Dans ce cas sa parole n’a pas été acceptée et cela a fait que la foule, furieuse, a tenté de mettre fin à sa vie. Mais ce n’était pas encore “l’heure” et le Seigneur, nous dit l’Evangile, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30).

Ce n’était pas l’heure mais la rapidité avec laquelle se sont déclenchées la fureur et la férocité de l’acharnement, capables de tuer le Seigneur à ce moment même, montre que c’est toujours l’heure. Et c’est ce que je voudrais partager aujourd’hui avec vous, chers prêtres : l’heure de l’annonce joyeuse et l’heure de la persécution et de la Croix vont ensemble.

L’annonce de l’Evangile est toujours liée à l’étreinte d’une croix concrète. La douce lumière de la Parole produit clarté dans les cœurs bien disposés et confusion et rejet dans ceux qui ne le sont pas. Cela, nous le voyons constamment dans l’Evangile.

La bonne semence semée dans un champ donne du fruit – cent, soixante, trente pour un –, mais elle réveille aussi la jalousie de l’ennemi qui se met avec obsession à semer l’ivraie durant la nuit (cf. Mt 13, 24-30.36-43).

La tendresse du père miséricordieux attire irrésistiblement le fils prodigue pour qu’il retourne à la maison, mais elle suscite aussi l’indignation et la rancœur du fils aîné (cf. Lc 15, 11-32).

La générosité du propriétaire de la vigne est un motif de reconnaissance pour les ouvriers de la dernière heure, mais elle est aussi un motif de commentaires aigres de la part des premiers, qui se sentent offensés parce que leur maître est bon (cf. Mt 20, 1-16).

La proximité de Jésus qui va manger avec les pécheurs gagne des cœurs comme celui de Zachée, celui de Matthieu, celui de la Samaritaine…, mais elle provoque aussi des sentiments de mépris chez ceux qui se croient justes.

La magnanimité de cet homme qui envoie son fils en pensant qu’il sera respecté par les vignerons, déchaîne cependant en eux une férocité hors de toute mesure : nous sommes face au mystère de l’iniquité qui conduit à tuer le Juste (cf. Mt 21, 33-46).

Tout cela, chers frères prêtres, nous fait voir que l’annonce de la Bonne Nouvelle est liée – mystérieusement – à la persécution et à la Croix.

Saint Ignace de Loyola, dans la contemplation de la Nativité – pardonnez-moi cette publicité pour ma famille -, dans cette contemplation de la Nativité il exprime cette vérité évangélique quand il nous fait observer et considérer ce que font saint Joseph et la Vierge : « par exemple, ils marchent et travaillent pour que le Seigneur naisse dans une extrême pauvreté, et meure sur la croix après avoir souffert de faim, de soif, de chaleur et de froid, d’injures et d’affronts. Et tout cela pour moi. Puis – ajoute Ignace –, réfléchissant, pour obtenir un bénéfice spirituel » (Exercices spirituels, 116). La joie de la naissance du Seigneur, la souffrance de la Croix, la persécution.

Quelle réflexion pouvons-nous faire afin de tirer profit pour notre vie sacerdotale en contemplant cette présence précoce de la Croix – de l’incompréhension, du rejet, de la persécution – au début et au cœur même de la prédication évangélique ?

Deux réflexions me viennent à l’esprit.

La première : il n’est pas étonnant de constater que la Croix est présente dans la vie du Seigneur au début de son ministère et même avant sa naissance. Elle est déjà présente dans le premier trouble de Marie à l’annonce de l’ange ; elle est présente dans l’insomnie de Joseph, se sentant obligé d’abandonner son épouse promise ; elle est présente dans la persécution d’Hérode et dans les épreuves que subit la Sainte Famille, semblables à celles de nombreuses familles qui doivent s’exiler de leur patrie.

Cette réalité nous ouvre au mystère de la Croix vécue bien avant. Elle nous amène à comprendre que la Croix n’est pas un évènement à posteriori, un fait occasionnel, produit d’une conjoncture dans la vie du Seigneur. Il est vrai que tous ceux qui crucifient dans l’histoire font apparaître la Croix comme si elle était un dommage collatéral, mais ce n’est pas ainsi : la Croix ne dépend pas des circonstances. Les grandes Croix de l’humanité et les petites Croix – disons ainsi – de chacun de nous, ne dépendent pas des circonstances.

Pourquoi le Seigneur a-t-il embrassé la Croix dans toute son intégrité ? Pourquoi Jésus a-t-il embrassé toute la passion : il a embrassé la trahison et l’abandon de ses amis dès la dernière cène, il a accepté la détention illégale, le jugement sommaire, la sentence démesurée, la méchanceté sans motif des gifles et des crachats gratuits… ? Si les circonstances avaient déterminé le pouvoir salvifique de la Croix, le Seigneur n’aurait pas tout embrassé. Mais quand ce fut son heure, il a embrassé toute la Croix. Parce que dans la Croix, il n’y a pas d’ambigüité ! La Croix ne se négocie pas.

La seconde réflexion est la suivante. Il est vrai qu’il y a quelque chose de la Croix qui est partie intégrante de notre condition humaine, de la limite et de la fragilité. Cependant il est aussi vrai qu’il y a quelque chose de ce qui se passe sur la Croix, qui n’est pas inhérent à notre fragilité. C’est bien la morsure du serpent, qui, en voyant le crucifié sans défense, le mord et tente d’empoisonner et de discréditer toute son œuvre. Une morsure qui cherche à scandaliser – nous sommes dans une époque à scandales –, une morsure à immobiliser et à rendre stériles et insignifiants tout service et tout sacrifice d’amour pour les autres. C’est le venin du malin qui continue d’insister : sauve-toi toi-même.

Et dans cette morsure, cruelle et douloureuse, qui prétend être mortelle, apparait finalement le triomphe de Dieu. Saint Maxime le Confesseur nous a fait voir qu’avec Jésus crucifié les choses ont été inversées : en mordant la chair du Seigneur, le démon ne l’a pas empoisonné – il a seulement trouvé en lui mansuétude infinie et obéissance à la volonté du Père – En revanche, avec l’appât de la Croix, il a avalé la Chair du Seigneur qui a été un venin pour lui et est devenue pour nous l’antidote qui neutralise le pouvoir du malin.[3]

Ce sont mes réflexions. Demandons au Seigneur la grâce de tirer profit de ces enseignements : il y a la Croix dans l’annonce de l’Evangile, c’est vrai, mais c’est une Croix qui sauve. Pacifiée avec le Sang de Jésus, c’est une Croix avec la force de la victoire du Christ qui vainc le mal, qui nous libère du Malin. L’embrasser avec Jésus et comme lui, déjà “bien avant” d’aller prêcher, nous permet de discerner et de refuser le poison du scandale avec lequel le démon cherchera à nous empoisonner quand surviendra à l’improviste une croix dans notre vie.

« Or nous ne sommes pas, nous, de ceux qui abandonnent (hypostoles) » (He 10, 39), dit l’auteur de la Lettre aux Hébreux. « Nous ne sommes pas, nous, de ceux qui abandonnent », et le conseil qu’il nous donne : ne nous scandalisons pas, parce que Jésus ne s’est pas scandalisé en voyant que sa joyeuse annonce de salut aux pauvres ne retentissait pas pur, mais au milieu des cris et des menaces de ceux qui ne voulaient pas entendre sa Parole ou voulaient la réduire à un légalisme (moraliste, cléricaliste…).

Ne nous scandalisons pas parce que Jésus ne s’est pas scandalisé quand il devait guérir les malades et libérer les prisonniers au milieu des discussions et des controverses moralistes, juridiques, cléricales qui surgissaient chaque fois qu’il faisait du bien.

Ne nous scandalisons pas parce que Jésus ne s’est pas scandalisé quand il devait rendre la vue aux aveugles au milieu de gens qui fermaient les yeux pour ne pas voir ou regardaient autre part.

Ne nous scandalisons pas parce que Jésus ne s’est pas scandalisé du fait que sa proclamation de l’année de grâce du Seigneur – une année qui est toute l’histoire – ait provoqué un scandale public dans ce qui occuperait aujourd’hui à peine la troisième page d’un journal de province.

Et ne nous scandalisons pas parce que l’annonce de l’Evangile ne reçoit pas son efficacité de nos paroles éloquentes, mais de la force de la Croix (cf. 1 Co 1, 17).

De la façon dont nous embrassons la Croix en annonçant l’Evangile – avec les œuvres, si nécessaire, avec les paroles – deux choses apparaissent : les souffrances qui nous sont procurées par l’Evangile ne sont pas nôtres mais sont « les souffrances du Christ en nous » (2 Co 1, 5), et que « nous ne nous annonçons pas nous-mêmes, mais le Seigneur Jésus Christ », nous sommes « serviteurs à cause de Jésus » (2 Co 4, 5).

Je voudrais terminer par un souvenir. Une fois, dans un moment très obscur de ma vie, je demandais une grâce au Seigneur, qu’il me libère d’une situation dure et difficile. Un moment obscur. Je suis allé prêcher les Exercices Spirituels à des religieuses et, le dernier jour, comme c’était habituel à cette époque, elles se sont confessées. Une sœur très âgée est venue, avec des yeux clairs, réellement lumineux. C’était une femme de Dieu. Alors j’ai senti le désir de lui demander de prier pour moi et je lui ai dit : “Ma Sœur, comme pénitence priez pour moi, parce que j’ai besoin d’une grâce. Demandez-la au Seigneur. Et si vous la demandez au Seigneur, certainement qu’il me la donnera”. Elle a fait silence, elle a attendu un long moment, comme si elle priait, et après elle m’a regardé et elle m’a dit ceci : “Certainement que le Seigneur vous donnera la grâce, mais ne vous y trompez pas : il la donnera à sa manière divine”. Cela m’a fait beaucoup de bien : sentir que le Seigneur nous donne toujours ce que nous demandons mais le fait à sa manière divine. Cette façon implique la croix. Non pas par masochisme, mais pas amour, par amour jusqu’à la fin[4]. »

Pape François

[1] Comme celles signalées par un maître spirituel, le père Claude Judde ; une de ces phrases qui accompagnent nos décisions et contiennent “le dernier mot”, celui qui conduit à la décision et pousse une personne ou un groupe à agir. Cf. C. Judde, Œuvres spirituelles, II, 1883 Instruction sur la connaissance de soi-même, 313-319, en M.Á. Fioritto, Buscar y hallar la voluntad de Dios, Bs. As., Paulinas, 2000, p. 248 ss.

[2] “Antilegomenon” veut dire qu’on parlerait contre lui, que certains parleraient bien de lui et que d’autres parleraient mal.

[3] Cf. Centuria 1, 8-13.

[4] Cf. Homélie de la Messe à Sainte Marthe, 29 mai 2013.

Mercredi 31 Mars 2021

Lors de l’audience générale de ce mercredi saint, le Pape François est revenu sur le triduum pascal et sa signification. Dans le contexte actuel de la pandémie, qui empêche une nouvelle fois la tenue de célébrations publiques, le Saint-Père rappelle que la croix du Christ est un signe d’espérance qui ne déçoit pas.

C’est une nouvelle fois au sein de la bibliothèque du palais apostolique que le Pape François a tenu cette audience générale. La cause : la pandémie de covid-19, qui marque encore de son empreinte les célébrations de cette Semaine Sainte. « Dans une situation de souffrance dont des personnes, des familles et des populations déjà éprouvées par la pauvreté, les calamités ou les conflits sont les premières à en pâtir, la Croix du Christ est comme un phare qui indique le port aux navires encore au large dans la tempête. C’est le signe de l’espérance qui ne déçoit pas ; et qui nous dit que pas même une larme, pas même un gémissement ne sont perdus dans le dessein de salut de Dieu » a rappelé le Pape François au terme de sa catéchèse.

Auparavant, le Saint-Père est revenu sur la signification de chacune des trois journées qui composent le triduum pascal, qui commence avec la messe in Coena Domini, le Jeudi Saint au soir. Lors de ce premier rendez-vous, Jésus laisse à ses disciples « le testament de son amour dans l’Eucharistie, non pas comme un souvenir mais comme un mémorial perpétuel de son amour », explique François. En lavant les pieds des apôtres, il demande de nous aimer les uns les autres. Ce geste anticipe sa mort sur la croix.

Le Vendredi Saint, jour de la Passion du Christ, en adorant la Croix, « nous revivrons le chemin de l’Agneau innocent immolé pour notre salut », explique le Pape. « Nous porterons dans l’esprit et dans le cœur les souffrances des malades, des pauvres, des rejetés de ce monde. Nous rappellerons les « agneaux immolés » victimes innocentes des guerres, des dictatures, des violences quotidiennes, des avortements ». En ce jour « de pénitence, de jeûne et de prière », le Pape souligne que grâce au Christ, « abandonné sur la croix, jamais plus personne n’est seul dans la nuit de la mort ». Et de nous exhorter à ne pas oublier « les crucifiés d’aujourd’hui qui sont l’image de Jésus Crucifié, en eux il y a Jésus ».

Et de citer dans ce monde plongé dans les ténèbres, « les guerres », « tous les enfants qui meurent de faim, qui n’ont pas d’éducation, les peuples entiers détruits par les guerres, le terrorisme », « les nombreuses personnes qui pour se sentir un peu mieux ont besoin de la drogue, de l’industrie de la drogue qui tue ». « C’est une calamité, c’est un désert » s’exclame alors le Saint-Père.

Lors du Samedi Saint, « jour du silence, vécu dans les larmes et le désarroi des premiers disciples », Marie pleure aussi mais « son cœur est rempli d’espérance et d’amour ». « Alors que tout semble fini, poursuit François, elle veille, confiante en la promesse de Dieu qui ressuscite les morts. C’est ainsi qu’à l’heure la plus sombre de l’histoire, elle est devenue la Mère de l’Église, la Mère de l’espérance ».

Enfin, la joie fera irruption au cours de la nuit Pascale et se prolongera pendant cinquante jours. « Toutes les questions et les incertitudes, les hésitations et les pauvres ont fui cette révélation » s’exclame le Pape. « Jésus ressuscité nous donne la certitude que le bien triomphera toujours sur le mal ».

Le Pape a voulu souligner un point avant de conclure : les soldats, « les ennemis » ont vu Jésus Ressuscité mais ont fait semblant de ne pas l’avoir vu, « parce qu’ils ont été payés ». On voit là parfaitement ce que Jésus dit une fois : il y a deux seigneurs, Dieu et l’argent. « C’est l’argent qui a fait changer la réalité », explique François qui poursuit : « ils avaient vu la merveille de la résurrection mais ils ont été payés pour se taire. Pensons à toutes les nombreuses fois que les hommes et les femmes chrétiennes ont été payés pour ne pas reconnaître dans la pratique la résurrection du Christ et ne font pas ce que le Christ leur demande de faire, comme chrétiens ».

(Avec V. N.)

Dimanche 28 Mars 2021

A la fin de la messe du dimanche des Rameaux, le Pape François a récité la prière de l’Angélus depuis la basilique Saint-Pierre, invitant les fidèles à suivre Jésus, comme Marie, en parcourant le chemin de la Passion.

Pour la deuxième année consécutive, l’entrée en Semaine Sainte se réalise dans le contexte de la pandémie, a tout d’abord noté le Saint-Père. « L’année dernière, nous étions plus choqués, cette année nous sommes plus éprouvés. Et la crise économique est devenue grave. »

« Que fait Dieu dans une telle situation ? », a demandé François. « Il prend la croix. Jésus prend sa croix, c’est-à-dire qu’il assume le fardeau du mal qu’une telle réalité entraîne, un mal physique, psychologique et surtout spirituel, car le Malin profite des crises pour semer la méfiance, le désespoir et la discorde. » « Alors nous, que devons-nous faire ? », a questionné François, invitant à suivre l’exemple de la Vierge Marie : « Elle a suivi son fils. Elle a pris sur elle sa part de souffrance, d’obscurité, d’égarement, et elle a parcouru le chemin de la passion, en gardant la lampe de la foi allumée dans son cœur. » Avec la grâce de Dieu, nous aussi nous pouvons faire ce voyage, a expliqué l’évêque de Rome.

Le long de ce chemin de croix quotidien, tandis que nous rencontrons « les visages de tant de frères et sœurs en difficulté », « ne passons pas à côté, laissons notre cœur s’émouvoir de compassion et approchons-nous », a invité François. Sur le moment nous pouvons peut-être penser, comme Simon de Cyrène, « Pourquoi moi ? », mais nous avons « le don qui, sans nos mérites, nous a été fait : Que la Vierge Marie, qui nous précède toujours sur le chemin de la foi, nous aide. »

Avant de conclure, le Saint-Père a tenu à prier pour les victimes de la violence, « en particulier pour celles de l’attentat survenu ce matin en Indonésie, devant la cathédrale de Makassar », en Indonésie, visée à la sortie de la messe du dimanche des Rameaux par un double attentat-suicide qui a fait au moins 14 blessés.

Ce dimanche 28 mars, la messe venait de s’achever dans la cathédrale du Sacré Coeur de Jésus à Makassar en Indonésie, quand une bombe a explosé, portée par deux kamikazes selon les autorités locales.

Selon les autorités locales, la déflagration près de la cathédrale de Makassar proviendrait de deux personnes ayant commis un attentat-suicide. Les deux kamikazes seraient morts, 14 autres personnes blessées.

Les deux terroristes seraient arrivés à bord du moto et se sont fait exploser près de l’édifice, tandis que les fidèles sortaient de la messe dans la cathédrale du Sacré Coeur de Jésus, siège de l’archidiocèse de Makassar, dans le sud de l’île de Célèbes. Selon l’agence Reuters, un garde de sécurité a arrêté les deux hommes alors qu’ils voulaient entrer dans le bâtiment, c’est à ce moment là qu’un des deux hommes s’est fait exploser. De nombreux véhicules ont été endommagés autour de l’édifice.

Les églises ont par le passé été la cible d’extrémistes en Indonésie, qui est le pays à majorité musulmane le plus peuplé au monde.

En mai 2018, une famille de six personnes, dont deux filles de 9 et 12 ans et deux fils de 16 et 18 ans, avaient déclenché des bombes contre trois églises de Surabaya, la deuxième ville du pays, tuant plus d’une dizaine de fidèles.

(Avec V. N.)

Mercredi 24 Mars 2021

Le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière, en centrant sa réflexion sur la figure de Marie, dont la maternité s’étend à toute l’Église. Marie « qui est toujours présente au chevet de ses enfants qui quittent ce monde ».

En la veille de la Solennité de l’Annonciation, c’est sur la prière « en communion avec Marie » que s’est concentré le Pape François ce mercredi matin depuis la bibliothèque du palais apostolique. « C’est de l’unique médiation du Christ que prennent leur sens et leur valeur les autres références que le chrétien trouve pour sa prière et sa dévotion, la première de toutes étant celle à la Vierge Marie », a t-il expliqué.

La Vierge occupe une place privilégiée dans la vie et la prière du chrétien, « parce qu’elle est la mère de Jésus ». Elle est présente partout dans l’iconographie chrétienne, a poursuivi le pape, citant notamment une célèbre représentation de la Vierge dans la cathédrale de Bari (la Madonne Odigitria, qui montre la direction vers son Fils) « toujours en relation avec son Fils et en fonction de Lui. Ses mains, ses yeux, son attitude sont un “catéchisme” vivant et ils signalent toujours le pivot, le centre : Jésus. Marie est totalement tournée vers Lui ».

Les Évangiles rapportent combien la Vierge Marie est présente, même si elle semble « presque disparaître », mais elle revient dans les « moments cruciaux » comme à Cana ou au pied de la Croix sur le Golgotha. Toute sa vie terrestre, Marie est restée « l’humble servante du Seigneur », un rôle qu’elle conserve pour toujours a souligné François.

« Jésus a étendu la maternité de Marie à toute l’Eglise quand il lui a confié le disciple bien-aimé, peu avant de mourir sur la croix. A partir de ce moment-là, nous avons tous été placés sous son manteau, comme on le voit dans certaines fresques ou tableaux médiévaux » a poursuivi le Pape. Notre prière vers elle a d’abord repris des expressions présentes dans les Évangiles comme « pleine de grâce » ou « bénie entre toutes les femmes », puis Marie est devenue ensuite « Mère de Dieu » (Theotokos) après le Concile d’Ephèse.

Dans l’histoire, a précisé François, les qualificatifs donné à la Vierge sont nombreux pour la magnifier, la piété chrétienne « lui a toujours conféré de beaux titres ». Mais, a t-il averti, « les choses que l’Église et les Saints disent à Marie, les belles choses, n’enlèvent rien à l’unicité rédemptrice du Christ. Il est le seul Rédempteur ».
Marie nous accompagne dans le passage à la vie éternelle

Comme dans la prière du Notre-Père, a encore expliqué le Souverain Pontife, « nous demandons à la Mère de prier pour nous pécheurs, pour qu’elle intercède avec sa tendresse, “maintenant et à l’heure de notre mort ”. Maintenant, dans les situations concrètes de la vie, et au moment final, pour qu’elle nous accompagne dans le passage à la vie éternelle ».

Le Pape a ainsi rappelé combien la présence maternelle de la Vierge était proche au moment de la mort, des mots qui résonnent avec la situation actuelle marquée par la pandémie mondiale. « Marie est toujours présente au chevet de ses enfants qui quittent ce monde » a t-il précisé, elle « a été et est présente pendant les jours de la pandémie, auprès des personnes qui ont malheureusement conclu leur chemin terrestre dans une situation d’isolement, sans le réconfort de la proximité de leurs proches. Marie est toujours là, avec sa tendresse maternelle ».

Les prières qui lui sont adressées « ne sont pas vaines » a encore souligné François, elle « nous défend des dangers, elle se préoccupe pour nous, même quand nous sommes pris par nos occupations et que nous perdons le sens du chemin, mettant en danger non seulement notre santé, mais notre salut ».

« Marie est là, qui prie pour nous, qui prie pour ceux qui ne prient pas. Car elle est notre Mère » a t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 21 Mars 2021

En ce cinquième dimanche de Carême, le Pape a commenté l’Évangile selon saint Jean de ce jour, quand, quelques jours avant sa Passion, Jésus se trouve à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Le signe de la croix doit être cohérent avec l’Évangile, les fidèles sont appelés à témoigner d’une vie qui se donne dans le service, auprès de ceux qui demande à rencontrer Jésus. Le Saint-Père assure que c’est à ce moment-là, dans l’épreuve et la solitude alors que la graine meurt, que la vie germe pour produire des fruits mûrs en son temps.

Philippe et André viennent le trouver car des Grecs, curieux de ce qu’il accomplissait, avaient formulé le désir de le voir. "Nous voudrions voir Jésus" (Jn12, 21), une « question que tant d’hommes et de femmes, de tout lieu et de tout temps, adressent à l’Église et aussi à chacun de nous », rapporte le Saint-Père.

La réponse de Jésus « donne à penser », explique François. Il dit : "L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit" (v. 23-24). Ces mots ne semblent pas répondre à la question posée par ces Grecs, or « en réalité, ils vont plus loin », affirme le Saint-Père, « Jésus révèle en effet que, pour tout homme qui veut le chercher, il est la semence cachée prête à mourir pour porter beaucoup de fruits ». Comme pour dire :

“« Si vous voulez me connaître et me comprendre, regardez le grain de blé qui meurt en terre, regardez la croix ».”

Il n’y pas de hasard si le signe de croix est devenu au fil des siècles « l’emblème par excellence des chrétiens ». D’ailleurs, poursuit François, le crucifix est bien le premier signe que rencontre ceux qui, aujourd’hui encore, veulent "voir Jésus", venant peut-être de pays et de cultures où le christianisme est peu connu. Ils le voient dans les églises, les maisons des chrétiens, et même porté sur son propre corps. L’important, souligne le Pape, est que le signe soit cohérent avec l’Évangile, « la croix ne peut qu’exprimer l’amour, le service, le don de soi sans réserve : c’est seulement ainsi qu’elle est vraiment l’"arbre de la vie", de la vie en abondance ».

Et parce qu’aujourd’hui encore, de nombreuses personnes, souvent sans le dire, de manière implicite, aimeraient "voir Jésus", le rencontrer, le connaître, « nous comprenons la grande responsabilité qui nous incombe, à nous chrétiens et à nos communautés ». Le Pape invite à témoigner d’une vie qui se donne dans le service, en imitant le style de Dieu : proximité, compassion et tendresse. Il s’agit de « semer des graines d’amour non pas avec des mots qui s’envolent, mais avec des exemples concrets, simples et courageux ». Ensuite, promet le Pape « le Seigneur, avec sa grâce, nous fait porter du fruit, même lorsque le terrain est aride à cause des incompréhensions, des difficultés ou des persécutions ». François assure que c’est précisément à ce moment-là, dans l’épreuve et la solitude, alors que la graine meurt, que la vie germe, pour produire des fruits mûrs en son temps. « C’est dans cet entrelacement entre la mort et la vie que nous pouvons faire l’expérience de la joie et de la véritable fécondité de l’amour ».

Le Pape appelle enfin la Vierge Marie à aider chacun à suivre Jésus, « à marcher avec force et bonheur sur le chemin du service », afin que l’amour du Christ « brille dans toutes nos attitudes et devienne toujours davantage le style de notre vie quotidienne ».

À l’issue de l’Angélus, le Pape a invité chacun à renouveler son engagement contre les structures de péché que sont les mafias. Depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape a en effet rappelé que l’Italie célébrait une Journée du souvenir en mémoire des victimes de la mafia ce dimanche 21 mars, une date choisie en 2017 par les députés italiens car elle marque la fin de l’hiver et le début du printemps.

Mais, « les mafias sont présentes dans différentes parties du monde », rappelle le Pape et elles « exploitent la pandémie », s’enrichissent grâce à la corruption, dénonce François.

Devant des fidèles du monde entier, le Pape a rappelé l’engagement de ses prédécesseurs contre les mafias. Saint Jean-Paul II dénonçait leur « culture de mort », tandis que Benoît XVI condamnait ces « chemins de mort ». Pour le Pape, « ces structures de péchés, ces structures mafieuses contraires à l’Évangile, confondent la foi et l’idolâtrie ».

Le Pape a invité ce dimanche à faire mémoire de toutes les victimes de la mafia et à renouveler son engagement personnel contre les mafias.

Depuis le début de son pontificat, le Pape François n’a cessé de lutter contre le fléau de la criminalité organisée, en se rendant en Calabre ou en Sicile. « On ne peut croire et être mafieux », s’exclamait-il dans une homélie prononcée à Palerme en septembre 2018, à l’occasion du 25e anniversaire de la mort du père Pino Puglisi, victime de la mafia. Il invitait alors à choisir la voie de l’amour et du service plutôt que celle de l’argent et du pouvoir.

L’été dernier, le Saint-Père a également demandé que la figure de la Vierge Marie soit libérée de l’influence des mafias.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 Mars 2021

Lors de l’audience générale qu’il a tenue dans la bibliothèque du palais apostolique, le Pape a exploré la prière comme relation avec la Sainte Trinité, et en particulier avec l’Esprit Saint, sans qui il n’y a pas de relation avec le Père ou le Fils. Sa présence vivifie le croyant, appelé à maintenir son feu d’amour sur la terre.

L’Esprit est un « don fondamental », il ouvre notre cœur à la présence de Dieu, « nous transforme en profondeur et nous fait expérimenter la joie émouvante d’être aimés par Dieu comme de vrais enfants. » Il nous rend le Christ présent et offre aux chrétiens de chaque temps et chaque lieu la possibilité de le rencontrer. Car le Christ n’est pas un personnage historique du passé, a insisté le Pape, « il n’est pas éloigné, il est avec nous » et l’Esprit éduque encore ses disciples, comme il le fit pour Pierre, Paul et Marie de Magdala.

Beaucoup d’hommes et de femmes ont vécu cette expérience de la prière, par laquelle l’Esprit les a formés « selon la mesure du Christ ». En ces personnes, « palpite une vie différente », note le Saint-Père qui se réfère non seulement aux ermites, moines et moniales, mais aussi à des personnes communes, qui elles aussi, « ont tissé une longue histoire de dialogue avec Dieu, parfois de lutte intérieure qui purifie la foi ». Ces orants ont cherché Dieu dans l’Évangile, l’Eucharistie, le service aux frères et sœurs en difficulté, et ce faisant, ont conservé « sa présence comme un feu secret ».

Et la première tâche du chrétien est de maintenir ce feu de l’Esprit sur la terre, ce feu de l’amour sans lequel « les prophéties s’éteignent, la tristesse l’emporte sur la joie, l’habitude remplace l’amour, le service se transforme en esclavage ». Et le Pape de prendre l’exemple de la petite lampe qui brille devant le tabernacle, jour et nuit, en silence : « personne ne la voit, pourtant elle brûle devant le Seigneur ».

L’Esprit est maitre de prière, enseigne le catéchisme de l’Église catholique. Souvent, l’envie de prier est absente, ou bien nous prions avec la bouche tandis que le coeur est absent, remarque encore le Pape. « C’est le moment de dire à l’Esprit : "Viens Esprit Saint, réchauffe mon coeur, viens et apprends-moi à prier, apprends-moi à regarder le Père, à regarder le Fils. Apprends-moi comment est le chemin de la foi. Apprends-moi comment aimer et surtout apprends-moi à avoir une attitude d’espérance" », a développé le Souverain Pontife pour qui il s’agit d’appeler l’Esprit continuellement afin de le rendre présent dans nos vies.

Ainsi donc, c’est l’Esprit Saint qui « écrit l’histoire de l’Église et du monde », a fait observer François. « Nous sommes des pages ouvertes, disponibles à recevoir sa calligraphie. Et en chacun de nous l’Esprit compose des œuvres originales, car il n’y a jamais un chrétien complètement identique à un autre. Dans le domaine infini de la sainteté, l’unique Dieu, Trinité d’Amour, fait fleurir la variété des témoins : tous égaux en dignité, mais également uniques par la beauté que l’Esprit a voulu libérer en chacun de ceux que la miséricorde de Dieu a rendu ses enfants ». Et de conclure cette catéchèse en incitant les fidèles une fois encore à s’adresser directement à l’Esprit, à l’appeler à travers cette « belle prière » : « Viens Esprit Saint ».

(Avec V. N.)

Dimanche 14 Mars 2021

Lors de l’angélus de ce quatrième dimanche de Carême, le Saint-Père a médité sur trois aspects du Christ, qui se donne à « l’humanité faible et pécheresse ».

« Quelle est la raison de cette joie ? », s’interroge d’emblée le Saint-Père. L’Évangile du jour dit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16).

Ce message joyeux est le cœur de la foi chrétienne, estime ainsi le Pape : en effet, l’amour de Dieu « a trouvé son sommet » dans le don du Fils à l’humanité faible et pécheresse. C’est ce qui apparaît dans le dialogue nocturne entre Jésus et Nicodème, dont une partie est décrite dans l’Évangile (cf. Jn 3, 14-21).

Nicodème, comme chaque membre du peuple d’Israël, attendait le Messie, l’identifiant comme un homme fort qui jugerait le monde avec puissance. Jésus sape cette attente en se présentant sous trois aspects, raconte le Souverain pontife : celui du Fils de l’homme exalté sur la croix, celui du Fils de Dieu envoyé dans le monde pour le salut, et celui de la lumière qui distingue ceux qui suivent la vérité de ceux qui suivent le mensonge. Et le Pape de détailler successivement ces trois aspects.

Jésus se présente tout d’abord comme le Fils de l’homme (vv. 14-15). « Jésus a été élevé sur la croix et ceux qui croient en lui sont guéris du péché et vivent », affirme l’évêque de Rome.
La mission de Salut

Le deuxième aspect est celui du Fils de Dieu (vv.16-18). Dieu le Père aime l’humanité au point de « donner » son Fils : il l’a donné dans l’Incarnation et il l’a donné en le livrant à la mort. « La finalité du don de Dieu est la vie éternelle des hommes : en effet, Dieu envoie son Fils dans le monde non pas pour le condamner, mais pour que le monde soit sauvé par Jésus. La mission de Jésus est une mission de Salut, pour tous », a souligné le Souverain pontife.

Le troisième nom que Jésus se donne est « lumière », observe François (vv. 19-21). Et l’Évangile dit : « La lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière » (v. 19).

La venue de Jésus dans le monde provoque en effet un choix, relève le Successeur de Pierre : « celui qui choisit les ténèbres sera confronté à un jugement de condamnation, celui qui choisit la lumière aura un jugement de salut. Le jugement est la conséquence du libre choix de chacun : celui qui pratique le mal cherche les ténèbres, celui qui pratique la vérité, c’est-à-dire le bien, vient à la lumière. Celui qui marche dans la lumière, celui qui s’approche de la lumière, fait de bonnes œuvres ».

Ainsi c’est ce que nous sommes appelés à faire avec un plus grand engagement pendant le Carême, a conseillé le Saint-Père, à savoir « accueillir la lumière dans notre conscience, ouvrir notre cœur à l’amour infini de Dieu, à sa miséricorde pleine de tendresse et de bonté ». « C’est ainsi que nous trouverons la vraie joie et que nous pourrons nous réjouir du pardon de Dieu qui régénère et donne la vie », en a-t-il conclut.

« Que Marie Très Sainte nous aide à ne pas avoir peur de nous laisser "mettre en crise" par Jésus. Il s’agit d’une crise saine, pour notre guérison, afin que notre joie soit pleine. »

Après la prière de l’angélus ce dimanche, le Pape François a renouvelé son appel aux belligérants du conflit syrien à déposer les armes pour redonner un peu d’espoir à une population exténuée. Il a appelé la communauté internationale à s’engager pour la reconstruction du pays et de sa société.

« Il y a dix ans commençait le sanglant conflit en Syrie qui a causé une des plus graves catastrophes humanitaires de notre époque » : le Pape François a rappelé aux fidèles présents place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus l’anniversaire du début de la guerre en Syrie. Les combats qui ont ravagé l’ensemble du pays ont provoqué « un nombre imprécis de morts et de blessés, des millions de réfugiés, des milliers de disparus, des destructions, des violences en tout genre et d’immenses souffrances pour toute la population, en particulier pour les plus vulnérables comme les enfants, les femmes et les personnes âgées » a-t-il décrit. Selon plusieurs bilans établis par l’ONU ou différentes ONG, près de 400 000 personnes ont perdu la vie au cour de ces dix dernières années à cause de la guerre.

Face à cette situation dramatique, le Saint-Père renouvelle son « appel sincère aux parties en conflit pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté, afin qu’une lueur d’espoir s’ouvre pour la population épuisée ». Il anticipe également l’après-guerre en interpellant la communauté internationale dont il espère « un engagement décisif et renouvelé, constructif et solidaire », « afin qu’une fois les armes déposées, le tissu social puisse être reconstitué et que la reconstruction et la reprise économique puissent commencer ».

À l’issue de cet appel, le Pape a invité les fidèles à prier la Vierge pour que les nombreuses souffrances de la « Syrie aimée et martyrisée ne soient pas oubliées et pour que notre solidarité ravive l’espérance ».

La guerre civile, à laquelle participent de nombreuses puissances étrangères et groupes djihadistes composés de membres venus du monde entier, a commencé par des manifestations le 15 mars 2011 avant de dégénérer en véritable conflit armé.

(Avec V. N.)

Samedi 13 Mars 2021

Le 13 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio devenait le premier pape jésuite, sud-américain et également le premier à porter le nom de François. Ces huit années de pontificat ont été caractérisées par des initiatives et des réformes visant à impliquer tous les chrétiens dans un nouvel élan missionnaire dans le but de porter l’amour de Jésus à toute l’humanité.
Proximité, synodalité et élan missionnaire : telles sont les pierres angulaires du pontificat de François, élu il y a huit ans sur le trône de Pierre. La perspective de son pontificat part d’en bas, de l’attention portée aux périphéries. Invitant à retrouver « la fraîcheur originelle de l’Évangile », il demande aux fidèles une nouvelle ferveur et un nouveau dynamisme pour que l’amour de Jésus puisse atteindre le monde entier. L’Église souhaitée par le Pape argentin est une Église « en sortie », aux « portes ouvertes », un « hôpital de campagne » qui n’a pas peur de la « révolution de la tendresse » ou du « miracle de la gentillesse ».

- 2013 : Evangelii gaudium, texte programmatique du Pontificat

Premier pape portant le nom de François, premier jésuite et premier natif d’Amérique latine, mais aussi premier pontife des temps modernes élu suite à la démission de son prédécesseur, Jorge Mario Bergoglio a commencé son pontificat sous le signe de la nouveauté, notamment en célébrant la messe quotidienne présidée à la Maison Sainte Marthe, où il a décidé de résider, ce qui est un autre fait nouveau. Dans ses courtes homélies, prononcées rigoureusement dans le style d’un curé de paroisse, le Pape établit un dialogue direct avec les fidèles, les exhortant à une confrontation immédiate avec la Parole de Dieu.

Mais 2013 est également marquée par la publication de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, véritable manifeste programmatique du nouveau pontificat, dans lequel François appelle à une nouvelle évangélisation caractérisée par la joie, ainsi qu’à la réforme des structures ecclésiales et à la conversion de la papauté, afin qu’elles soient plus missionnaires et plus proches du sens voulu par Jésus. Pour cela, toujours en 2013, il institue un Conseil des cardinaux dont la tâche est d’étudier un projet de révision de la Constitution apostolique Pastor bonus de la Curie romaine, datant de 1988.

- 2014 : La famille

La famille est l’axe pastoral de l’année 2014 du Pape François, avec un Synode extraordinaire. Pour le Souverain Pontife, la société individualiste contemporaine attaque sévèrement la famille, mettant en péril les droits des enfants et des parents, notamment dans le domaine de l’éducation morale et religieuse. Le thème de la famille trouvera ensuite son apogée dans l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, publiée le 8 avril 2016, dans laquelle François souligne l’importance et la beauté de la famille fondée sur le mariage indissoluble entre un homme et une femme, mais regarde aussi, avec réalisme, les fragilités vécues par certaines personnes, comme les divorcés remariés, encourageant les pasteurs au discernement.

Concernant les réformes, une mesure significative de 2014 fut la création de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, dont le but est de proposer des initiatives au Pontife pour « promouvoir la responsabilité des Églises particulières dans la protection de tous les mineurs et des adultes vulnérables. »

Sur le plan diplomatique, l’année 2014 du Pape François est marquée par deux initiatives majeures : la première est l’Invocation pour la paix en Terre sainte, qui s’est tenue le 8 juin dans les jardins du Vatican en compagnie des présidents israélien, Shimon Peres, et palestinien, Mahmoud Abbas, quelques jours après la visite du Pape sur place. Le second est l’établissement de relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba. Un objectif pour lequel le Souverain Pontife a lui-même travaillé à travers des lettres envoyées aux chefs d’État des deux pays.

- 2015 : La sauvegarde de la création

2015 est l’année de la sauvegarde de la Création : le 24 mai, François signe l’encyclique Laudato si’ sur le soin de la maison commune, dont l’axe cartésien est l’écologie intégrale, celle dans laquelle le souci de la nature, l’équité envers les pauvres et l’engagement envers la société sont inséparables. À cet égard, le Souverain Pontife a institué la "Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création", de caractère œcuménique, qui sera célébrée chaque année le 1er septembre, suivant la tradition instituée quelques années plus tôt par le Patriarcat de Constantinople.

Entre-temps, les travaux sur la nouvelle Constitution apostolique de la curie romaine se poursuivent. La même année explose l’affaire "Vatileaks 2", sur la fuite de documents confidentiels du Saint-Siège. « Un acte déplorable », a déclaré le Pape lors de l’Angélus du 8 novembre, car « le vol de documents est un crime ». Après un procès au tribunal du Vatican, l’affaire se clôt en juillet 2016, avec deux condamnations et deux acquittements.

- 2016 : Le Jubilé extraordinaire de la miséricorde

La miséricorde est très certainement le fil rouge de 2016 : c’est l’année où se déroule le Jubilé extraordinaire convoqué par François sur le thème « Soyez miséricordieux comme le Père ». La prévenance envers « les plus petits » se concrétise avec les "Vendredis de la miséricorde", c’est-à-dire les visites privées que le Pontife effectue dans des structures dédiées à l’accueil des pauvres, des malades, des marginaux. Il s’agit d’un Jubilé qui voit la possibilité d’ouvrir une Porte Sainte dans chaque église du monde. François lui-même, avant même d’ouvrir celle de la basilique Saint-Pierre, en a ouvert une autre, fortement symbolique : celle de la cathédrale de Bangui, en République centrafricaine, où il s’est rendu en voyage apostolique en novembre 2015.

En 2016, en outre, un événement historique a lieu sur le plan œcuménique : le 12 février, à Cuba, l’évêque de Rome rencontre le Patriarche de Moscou, Kirill. Ensemble, ils signent une déclaration commune, dans laquelle ils s’engagent à répondre aux défis du monde contemporain, notamment à mettre fin à la persécution des chrétiens et aux guerres, à promouvoir le dialogue interreligieux, à aider les migrants et les réfugiés et à protéger la vie et la famille.

- 2017 : L’institution de la Journée mondiale des pauvres

L’année 2017 est également marquée par un acte qui s’inscrit dans cette diplomatie de la paix portée par François : le 20 septembre 2017, aux Nations-Unies à New York, le Saint-Siège est parmi les premiers pays à signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Sur le plan pastoral, l’année est marquée par la célébration de la première Journée mondiale des pauvres : un anniversaire qui veut être - souligne le Pape - un rappel que c’est précisément chez les indigents que « la présence de Jésus se manifeste ». Par conséquent, ils « ouvrent la voie vers le ciel » et sont notre « passeport pour le paradis ».

- 2018 : L’Accord avec la Chine

Deux faits saillants furent à relever dans l’année 2018 du Pape François. Au niveau pastoral, le Synode sur les jeunes a été un moment important de réflexion ecclésiale. Aux jeunes, le Souverain Pontife a demandé « d’écouter, de se faire proches, de témoigner », car « la foi est une question de rencontre, pas de théorie ». Cet appel trouvera son prolongement dans l’exhortation apostolique post-synodale Christus vivit, signée en 2019. François, dans ce document, demande aux jeunes de ne pas reculer devant les défis du monde contemporain et de consacrer leur attention aux plus petits.

Sur le plan diplomatique, l’actualité majeure de cette année-là est l’accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, signé à Pékin le 22 septembre 2018 et concernant la nomination des évêques. En 2020, l’accord sera renouvelé pour deux ans.
La lutte contre les abus

L’année 2018 sera aussi marquée par le drame des abus commis par certains membres du clergé : les affaires relatives au cardinal George Pell, jugé en Australie puis acquitté après 13 mois passés injustement en prison, et à l’ancien prêtre chilien Ferdinand Karadima, ensuite écarté par François de l’état clérical, ainsi que la publication du Rapport Pennsylvania aux États-Unis, soulignent l’importance de la lutte contre ce crime.

En août, à la fin de son voyage apostolique en Irlande, François a récité une prière pénitentielle pour demander pardon au nom de l’Église. Au cours de la même période, l’affaire McCarrick, qui concerne l’ancien cardinal-archevêque de Washington, responsable d’abus sexuels sur des mineurs et qui sera renvoyé de l’état clérical en 2019, occupe le devant de la scène médiatique. Le Saint-Siège répondra à cette affaire par un Rapport spécial (lien vers le texte intégral en anglais), préparé par la Secrétairerie d’État sur mandat du Pape et rendu public le 10 novembre 2020.

La lutte contre les abus se poursuit au cours de l’année 2019 avec le Sommet sur la protection des mineurs. De cette réunion découle le Motu proprio Vos estis lux mundi qui introduit l’obligation pour les clercs et les religieux de signaler les abus, tandis que chaque diocèse doit disposer d’un système facilement accessible au public pour recevoir les signalements. En outre, en décembre, par un rescrit, le pape a aboli le secret pontifical dans les cas d’abus sexuels.

- 2019 : Fraternité, paix et unité des chrétiens

L’année 2019 sert de toile de fond à trois grands gestes : le premier est la signature du Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé par le Pape et le Grand-Imam d’Al-Azhar Ahmad al-Tayyeb, à Abou Dhabi, le 4 février. Ce document, qui pose un jalon important dans les relations entre le christianisme et l’islam, encourage le renforcement du dialogue interreligieux et promeut le respect mutuel, en condamnant le terrorisme et la violence.

Le deuxième geste fort est l’organisation d’une retraite spirituelle au Vatican pour les responsables civils et ecclésiastiques du Soudan du Sud. La réunion a lieu en avril et se termine par un acte surprenant : François s’agenouille et embrasse les pieds du président de la République du Soudan du Sud Salva Kiir, et des vice-présidents désignés présents, parmi lesquels son adversaire Riek Machar. Il le fait pour « implorer que le feu de la guerre soit éteint une fois pour toutes » dans ce jeune pays africain.

Le troisième geste, enfin, va dans le sens de l’unité des chrétiens : le 29 juin, François remet à une délégation du patriarcat œcuménique de Constantinople des fragments des reliques de saint Pierre. Comme l’écrit le Pontife lui-même dans une Lettre au Patriarche Bartholomée, ce don « se veut une confirmation du chemin parcouru par nos Eglises pour se rapprocher ».

- 2020 : La prière dans la pandémie

En 2020, année de la pandémie de Covid-19, le Pape François est resté proche des fidèles avec la force constante de la prière. La "Statio Orbis" présidée le 27 mars par le Pape, seul, devant une Place Saint-Pierre déserte et trempée par la pluie, reste imprimée dans la mémoire du monde. La technologie a également permis de raccourcir les distances, nécessaires pour contenir les contagions : pendant un certain temps, les audiences générales et la récitation de l’Angélus étaient retransmises en direct par audio-vidéo, tout comme les messes du matin à la Maison Sainte-Marthe.

En février, a été publiée la cinquième exhortation apostolique du Pape François. Querida Amazonia, qui recueille les fruits du synode spécial pour l’Amazonie, qui s’est tenu au Vatican en 2019, et en octobre, la troisième encyclique, Fratelli tutti, qui, explicitant davantage les traits saillants de ce pontificat, appelle à la fraternité et à l’amitié sociale et réaffirme le non à la guerre pour construire un monde meilleur, avec l’engagement de tous.

Les voyages apostoliques et le regard vers les périphéries

L’année 2020, la première sans le moindre déplacement international pour un Pape depuis 1978, s’était terminée par l’annonce du voyage apostolique en Irak, qui s’est finalement achevé lundi dernier. Malgré les rumeurs d’annulation, ce voyage historique, le premier d’un Pape sur la terre d’Abraham, s’est finalement déroulé dans de bonnes conditions.

Après l’arrêt de 15 mois dû à la pandémie, François a recommencé à apporter au monde la lumière et la beauté de l’Évangile, en tournant son regard, une fois de plus, vers les périphéries, où « fraternité et espérance » sont nécessaires de toute urgence.

Son premier voyage en tant que Pape, le 8 juillet 2013, avait eu pour destination Lampedusa : depuis cette île, destination de débarquements désespérés, le Pape braquera les projecteurs mondiaux sur le drame des migrations, thème majeur de son pontificat. Le Pape répète souvent que les migrants sont avant tout des personnes, et pas seulement des chiffres ou des questions sociales, et il le fait non seulement en paroles, mais aussi en actes. Il suffit de penser à la décision prise en avril 2016, au retour d’une visite au camp de réfugiés de Lesbos : dans le vol papal, François a accueilli 12 réfugiés syriens et les a accompagnés à Rome, afin qu’ils puissent être assistés.
Les réformes dans le domaine économique et financier

Dans le cadre des réformes, en août 2019, avec un chirographe, le Pape renouvelle le statut de l’IOR, en introduisant la figure de l’auditeur externe pour vérifier les comptes. Cette décision est suivie, fin 2020, par le nouveau statut de l’Autorité des informations financières, qui s’appellera désormais Autorité de surveillance et d’information financière (Asif), et par le Motu proprio Sur certaines compétences en matière économico-financière, par lequel la gestion des fonds et des biens du Secrétariat d’État, y compris le Denier de Saint-Pierre, est transférée à l’Apsa, tandis que le rôle de surveillance du Secrétariat pour l’économie est renforcé.
Quelques données statistiques

Jusqu’à présent, François a effectué 25 voyages officiels en Italie (sans compter de nombreux déplacements à caractère informel, dans Rome et en dehors de la capitale italienne) et 33 en dehors de la péninsule. Il s’est exprimé durant plus de 340 Audiences générales, plus de 450 prières de l’Angélus ou du Regina Coeli, et près de 790 homélies à la Maison Sainte-Marthe. Il a proclamé environ 900 nouveaux Saints (parmi lesquels les 800 martyrs d’Otrante, dont la canonisation avait été programmée par son prédécesseur Benoît XVI).

François a également tenu sept Consistoires, créant 101 nouveaux cardinaux, et outre l’Année Sainte de la Miséricorde en 2016, il a convoqué plusieurs Années Spéciales, telles que celles consacrées à la Vie Consacrée (2015-2016), à saint Joseph (2020-2021) et à la Famille-Amoris Laetitia (2021-2022).

Il a aussi institué plusieurs "Journées", comme par exemple la Journée mondiale des Pauvres et le dimanche de la Parole de Dieu. La Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées sera célébrée pour la première fois en juillet 2021, à proximité de la fête des saints Joachim et Anne, les "grands-parents" de Jésus.

(Avec V. N.)

Mercredi 10 Mars 2021

Au cours de l’audience générale, le Pape François est revenu sur son voyage apostolique en Irak, faisant part de sa gratitude à l’égard de Dieu et de tous ceux qui ont rendu possible cette visite historique. Le Saint-Père a invité les fidèles à continuer à prier pour ce pays et pour le Moyen-Orient.

Deux jours après son retour de Bagdad, le Pape François est revenu longuement sur son voyage apostolique en Irak lors de l’audience générale ce mercredi matin : « La Providence a voulu que cela ait lieu maintenant, comme signe d’espérance après des années de guerre et de terrorisme et au cours d’une dure pandémie », a-t-il relevé. « Mon âme est remplie de gratitude. Gratitude à l’égard de Dieu et de tous ceux qui l’ont rendue possible », a souligné François, qu’il s’agisse des autorités politiques irakiennes, des patriarches et évêques ainsi que des différentes autorités religieuses respectives du pays, à commencer par l’Ayatollah Al Sistani, dont le Pape a rappelé « la rencontre inoubliable dans sa résidence à Nadjaf ».

François est également revenu sur la dimension pénitentielle de ce pèlerinage en terre irakienne. « Je ne pouvais pas m’approcher de ce peuple martyrisé, de cette Église martyre, sans prendre sur moi, au nom de l’Église catholique, la Croix qu’ils portent depuis des années ; une grande Croix, comme celle placée à l’entrée de Qaraqosh », a-t-il affirmé, évoquant les blessures « encore ouvertes des destructions ».

Malgré ces plaies toujours béantes, le Pape a néanmoins été frappé par la joie de l’accueil de tous les Irakiens, heureux d’accueillir « le messager du Christ ». « J’ai vu l’espérance de s’ouvrir à un horizon de paix et de fraternité, résumé par les paroles de Jésus qui étaient la devise de la visite : « Vous êtes tous frères » (Mt 23, 8) », a-t-il précisé.

« Le peuple irakien a le droit de vivre en paix, il a le droit de retrouver la dignité qui lui appartient », a poursuivi le Saint-Père, rappelant les racines culturelles et religieuses plurimillénaires du pays. Bagdad a été détruite par la guerre, la guerre « qui est toujours le monstre qui, au fil des époques, se transforme et continue à dévorer l’humanité », a-t-il déploré. « Mais la réponse à la guerre n’est pas une autre guerre, la réponse aux armes ne sont pas d’autres armes. La réponse est la fraternité », a réaffirmé François. « Tel est le défi pour l’Irak, mais pas seulement : c’est le défi pour les nombreuses régions en conflit et, en définitive, pour le monde entier ».

François est aussi revenu sur la rencontre interreligieuse dans le désert d’Ur, patrie d’Abraham. « Alors que nous étions ensemble sous ce ciel lumineux, le même ciel dans lequel notre père Abraham nous vit, nous, sa descendance, il nous a semblé que retentissait encore dans nos cœurs cette phrase : Vous êtes tous frères » a-t-il souligné.

« De Mossoul et de Qaraqosh, sur le fleuve du Tigre près des ruines de l’antique Ninive, nous avons lancé un message de fraternité » a-t-il ajouté, revenant sur les exactions de l’organisation État Islamique qui persécuta les minorités chrétiennes et yazidies. Malgré la beauté des témoignages reçus, le Pape a demandé aux fidèles de continuer « à prier pour nos frères et sœurs si éprouvés, pour qu’ils aient la force de recommencer ».

À propos des célébrations eucharistiques en rite chaldéen à Bagdad ou latin à Erbil au Kurdistan irakien, François a enfin rappelé que « l’espérance d’Abraham et de sa descendance s’est réalisée dans le mystère que nous avons célébré, en Jésus, le Fils que Dieu le Père n’a pas épargné, mais a donné pour le salut de tous : à travers sa mort et sa résurrection ».

« Louons Dieu pour cette visite historique et continuons à prier pour cette Terre et pour le Moyen-Orient », a conclu le Pape, prenant l’image des palmiers, qui « ont continué à pousser et à porter du fruit » malgré les destructions que l’Irak a subies. « Il en est ainsi pour la fraternité : elle ne fait pas de bruit, mais elle est fructueuse et nous fait grandir. Que Dieu, qui est paix, accorde un avenir de fraternité à l’Irak, au Moyen-Orient et au monde entier ! »

(Avec V. N.)

Dimanche 7 Mars 2021

Pour la deuxième étape de sa visite dans la plaine de Ninive, le Pape François est allé à la rencontre de la communauté chrétienne de Qaraqosh, ville située à une trentaine de kilomètres de Mossoul. L’occasion d’inviter ses habitants à valoriser leur héritage spirituel, essentiel dans la reconstruction de la ville et du pays.

Après la prière pour la paix effectuée dans la vieille ville de Mossoul, le Pape François a rejoint par hélicoptère la ville de Qaraqosh, située à une trentaine de kilomètres de la capitale régionale. Une étape à la rencontre des communautées chrétiennes, dans cette ville, qui ont beaucoup souffert ces dernières années en raison de la guerre et des exactions du groupe État Islamique. Qaraqosh ville de 35 000 habitants est à 90 % chrétienne. Son patrimoine religieux et intellectuel chrétien a été en grande partie détuit par les terroristes.

Pour la première fois lors de ce voyage apostolique, la foule a pu sortir le long des routes pour saluer l’arrivée du Saint-Père qui avait rendez-vous dans la cathédrale de l’Immaculée Conception. Le Pape a été accueilli par des chants de joie, des youyous, par les fidèles agitant des drapeaux et des ballons. Dans la cathédrale qui fut vandalisée par Daesh, il a été salué d’abord par le patriarche des syro-catholiques Ignace Youssef Younan.

« La foule qui vous a accueilli, en tant que père et pasteur, fait partie de ces chrétiens qui ont été déracinés en 2014 de leurs maisons à Qaraqoch, Bartella, Baashika, Karemless, et d’autres villages de la plaine de Ninive. Parmi eux se trouvent également certains de nos voisins : les musulmans arabes, les Kurdes, les Shahbaks, les Turcomans, les Yesidi et les Kakaïs » a souligné le patriarche Younan. Cette visite historique du Pape « nous console de nos tourments, nous encourage à rester enracinés sur notre terre et nous incite à persévérer dans le témoignage audacieux de l’Évangile du Christ », a t-il aussi précisé.

Plusieurs personnes sont venues ensuite témoigner de leur histoire, parmi lesquelles une femme, Doha Sabah Abdallah, qui a raconté avoir perdu son fils et un neveu dans des tirs de mortiers. Un "avertissement" qui a fait fuir les autres habitants et les a sauvés du martyre. Un autre témoignage est venu du père Ammar Yako, prêtre syro-catholique, premier prêtre à être revenu à Qaraqosh après sa libération de Daesh.
« Le moment est venu de reconstruire et de recommencer »

Le Pape a ensuite pris la parole, rendant grâce au Seigneur d’avoir pu se rendre parmi cette communauté. « J’ai attendu avec impatience ce moment » a t-il lancé à ses hôtes. « En vous regardant, je vois la diversité culturelle et religieuse des habitants de Qaraqosh, et cela montre quelque chose de la beauté que votre région offre pour l’avenir. Votre présence ici rappelle que la beauté n’est pas unicolore, mais qu’elle rayonne par la variété et les différences. »

« En même temps, avec grande tristesse, nous regardons tout autour et nous voyons d’autres signes, des signes du pouvoir destructeur de la violence, de la haine et de la guerre a poursuivi gravement le Saint-Père Que, que de choses ont été détruites ! Et combien doivent être reconstruites ». Mais cette rencontre « montre que le terrorisme et la mort n’ont jamais le dernier mot (...) Même au milieu des dévastations, du terrorisme et de la guerre, nous pouvons voir, avec les yeux de la foi, le triomphe de la vie sur la mort » a t-il expliqué.
« Vous n’êtes pas seuls ! »

Le Saint-Père est revenu sur le patrimoine spirituel irremplaçable de cette communauté chrétienne qui a tenu dans la foi malgré les épreuves : « Vous avez devant vous l’exemple de vos pères et de vos mères dans la foi qui ont adoré et loué Dieu en ce lieu. Ils ont persévéré dans une ferme espérance sur leur chemin terrestre, faisant confiance à Dieu qui ne déçoit jamais et qui nous soutient toujours de sa grâce ».

« Vous n’êtes pas seuls ! a encore lancé le Pape à ces fidèles, en signe de réconfort. L’Eglise toute entière vous est proche, par la prière et la charité concrète. Et dans cette région, beaucoup vous ont ouvert les portes quand il y en avait besoin. »

Il y a sûrement des moments où la foi peut vaciller, lorsqu’il semble que Dieu ne voit pas ni n’agit, a poursuivi le Pape, en invitant les fidèles de Qaraqosh à « ne pas cesser re rêver » pour reconstruire l’avenir. « Ne vous rendez pas, ne perdez pas l’espérance ! Du ciel, les saints veillent sur nous : invoquons-les et ne nous lassons pas de demander leur intercession ».

Le Souverain Pontife a tenu à remercier particulièrement Doha Sabah Abdallah pour son témoignage : « elle a dit que le pardon est nécessaire de la part de ceux qui ont survécu aux attaques terroristes. Pardon : c’est une parole clé. Le pardon est nécessaire pour demeurer dans l’amour, pour demeurer chrétien ».

« Je sais que cela est très difficile, n’a pas caché le Saint-Père, mais nous croyons que Dieu peut apporter la paix sur cette terre. Nous lui faisons confiance et, avec toutes les personnes de bonne volonté, nous disons “non” au terrorisme et à l’instrumentalisation de la religion. »

Il a ainsi invité à prier sans relâche, à ne pas se lasser de prier pour la « conversion des cœurs et pour le triomphe d’une culture de la vie, de la réconciliation et de l’amour fraternel, dans le respect des différences, des diverses traditions religieuses, dans l’effort de construire un avenir d’unité et de collaboration entre toutes les personnes de bonne volonté ».

Le Pape a enfin placé cette communauté de Qaraqosh sous le regard de la Vierge Marie : « lorsque j’arrivais avec l’hélicoptère, j’ai vu la statue de la Vierge Marie sur cette église de l’Immaculée Conception, et je lui ai confié la renaissance de cette ville » a t-il confié. « La Vierge non seulement nous protège d’en haut, mais elle descend vers nous avec une tendresse maternelle. Sa représentation a été ici blessée et bafouée, mais le visage de la Mère de Dieu continue à nous regarder avec tendresse. Car c’est ainsi que font les mères : elles consolent, elles confortent, elles donnent vie ».

Pour célébrer le triomphe de la vie sur la mort, le Saint-Père a enfin rendu hommage « à toutes les mères et les femmes de ce pays, des femmes courageuses qui continuent à donner vie malgré les exactions et les blessures. Que les femmes soient respectées et protégées ! » Des mots qui résonnent fortement alors que certaines de ces femmes ont été réduites en esclavage par les terroristes.

(V. N.)

Samedi 6 Mars 2021

Le Pape François a présidé une messe en rite chaldéen dans la cathédrale Saint-Joseph de Bagdad. Devant une assemblée restreinte mais priante, le Saint-Père, revenant en particulier sur l’Évangile des Béatitudes, a déroulé son homélie autour d’un triptyque : sagesse, témoignage et promesses.

C’est une nouvelle étape symbolique de ce 33ème voyage apostolique : après son périple matinal dans le sud du pays -Najaf puis Ur-, le Pape, de retour à Bagdad, a célébré sa première messe publique en terre irakienne. Elle s’est tenue dans la cathédrale Saint-Joseph, selon le rite suivi par l’Église chaldéenne, née au Ier siècle de la prédication de saint Thomas sur les rives du Tigre et de l’Euphrate, et à laquelle appartient une majorité de chrétiens du pays. C’est du reste la première fois qu’un Pape célèbre une liturgie dans ce rite oriental ancien ; c’est dire donc la joie et l’émotion des fidèles qui ont accueilli la procession d’entrée par des youyous enthousiastes. À noter, la présence du président Barham Saleh et de plusieurs dignitaires musulmans.

Le Pape célèbre pour la première fois une messe en rite chaldéen en la cathédrale Saint-Joseph de Bagdad, samedi 6 mars, au deuxième jour de son 33ème voyage apostolique.

Ouvrant son homélie, le Pape a évoqué la quête de la Sagesse, ancienne sur ses terres mésopotamiennes. Sa recherche a malheureusement donné lieu à une « inégalité inacceptable », car « celui qui a davantage de moyens peut acquérir plus de connaissances et avoir plus d’opportunités, tandis que celui qui en a moins est mis de côté ». Or cette perspective n’est pas celle de Dieu, qui opère un renversement total. Ce sont en effet les derniers qu’il privilégie, tandis que les puissants sont soumis à « un examen rigoureux ».

Jésus, « la sagesse en personne », parachève ce renversement avec les Béatitudes qu’il proclame au tout début de son ministère public :

“« Les pauvres, ceux qui pleurent, les persécutés sont dits bienheureux. Comment est-ce possible ? Bienheureux, pour le monde, sont les riches, les puissants, les célèbres ! A de la valeur celui qui possède, celui qui peut, celui qui compte ! Pour Dieu non : n’est pas plus grand celui qui possède, mais celui qui est pauvre en esprit ; non pas celui qui peut tout sur les autres, mais celui qui est doux avec tous ; non pas celui qui est acclamé par les foules, mais celui qui est miséricordieux envers son frère. »”

Cette attitude de vie proposée par Jésus peut laisser dubitatif : ne risque-t-elle pas d’être perdante pour celui qui la choisit ? Non, répond le Pape, qui y voit au contraire une proposition « sage » de Jésus, et même « gagnante » car basée sur l’amour, qui a vaincu le péché et la mort et a rendu « les martyrs victorieux dans l’épreuve ». L’amour est une force et demeure, au contraire des vanités, qui sont éphémères par nature. Ainsi, « vivre les Béatitudes, c’est rendre éternel ce qui passe. C’est porter le Ciel sur la terre ».

Les pratiquer ne requiert pas « de faire des choses extraordinaires » mais demande « un témoignage chrétien », et c’est là le second point de l’homélie du Pape :

“« Pour devenir bienheureux, il n’est pas nécessaire d’être des héros de temps à autre, mais des témoins chaque jour. Le témoignage est le chemin pour incarner la sagesse de Jésus. C’est ainsi que l’on change le monde : non pas par le pouvoir ou par la force, mais avec les Béatitudes. Parce que c’est ce qu’a fait Jésus, en vivant jusqu’au bout ce qu’il avait dit au début. »”

Dans son hymne à la charité – deuxième lecture de la messe (1 Co 12)- saint Paul affirme qu’elle est « longanime » avant tout. De fait, la patience de Dieu n’a jamais failli, quelles qu’aient été les turpitudes et les trahisons de l’homme ; « à chaque fois, il est demeuré fidèle, a pardonné et a recommencé », note François. Aussi, cette patience de recommencer à chaque fois est-elle « la première qualité de l’amour », qui « stimule », « reste créatif » et « ne se résigne pas » :

“« Celui qui aime ne s’enferme pas en lui-même quand les choses vont mal, mais il répond au mal par le bien, en rappelant la sagesse victorieuse de la croix. Le témoin de Dieu fait ainsi : il n’est pas passif, fataliste, il ne vit pas à la merci des circonstances, de l’instinct et de l’instant, mais il est toujours plein d’espoir, parce qu’il est fondé dans l’amour qui "supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout". » ( 1 Co 13, 7)”

Face à des situations difficiles, la tentation peut être de fuir ou de céder à la colère. Le Christ, lui, ne choisit aucune de ces options. Il réagit à l’inverse par « la force humble de l’amour » et nous montre ainsi la voie, car « Dieu réalise ses promesses de cette manière ».

Les promesses de Dieu, qui suivent chaque béatitude, ne déçoivent pas, assure le Saint-Père qui rappelle qu’elles s’accomplissent par nos faiblesses. « La route est celle-là, il n’y en a pas d’autre », insiste-il, citant les exemples d’Abraham, de Moïse de la Vierge Marie et de saint Pierre. C’est proprement à travers leurs pauvretés intérieures ou faiblesses – âge avancé, bégaiement, virginité et reniement- que Dieu accomplit des merveilles. « Chers frères et sœurs, parfois nous pouvons nous sentir incapables, inutiles. N’y croyons pas, car Dieu veut accomplir des prodiges précisément à travers nos faiblesses », a alors lancé l’évêque de Rome. Malgré les chutes et les épreuves, « nous ne devons pas oublier qu’avec Jésus, nous sommes bienheureux » :

“« Ce que le monde nous enlève n’est rien comparé à l’amour tendre et patient avec lequel le Seigneur accomplit ses promesses. Chère sœur, cher frère, peut-être que tu regardes tes mains et elles te semblent vides, peut-être que dans ton cœur la méfiance s’insinue et que tu ne te sens pas récompensé par la vie. Si c’est le cas, ne crains pas : les Béatitudes sont pour toi, pour toi qui es affligé, affamé et assoiffé de justice, persécuté. Le Seigneur te promet que ton nom est écrit dans son cœur, dans les Cieux ! Et moi aujourd’hui je le remercie avec vous et pour vous, car ici, là où dans l’antiquité est née la sagesse, en ces temps-ci se sont levés beaucoup de témoins, souvent négligés par les chroniques, mais précieux aux yeux de Dieu ; des témoins qui, vivant les Béatitudes, aident Dieu à réaliser ses promesses de paix. »”

(Avec V. N.)

Vendredi 5 Mars 2021

Lors de la première journée de son voyage en terre d’Abraham, le Pape François a rencontré les évêques, prêtres et religieux d’Irak à la cathédrale syro-catholique de Bagdad, lieu d’un terrible attentat le 31 octobre 2010, en pleine messe.

Le Pape François a été accueilli par le Patriarche syriaque catholique, Sa Béatitude Ignace Joseph III Younan, qui a exprimé « l’affection filiale et la profonde gratitude » de sa communauté pour cette visite de l’évêque de Rome, qui « préside dans la charité » parmi les Églises en communion.

Il est ensuite revenu sur le souvenir douloureux de l’attentat du 31 octobre 2010, survenu en ce même lieu, qui a été depuis superbement restauré mais qui en porte encore des stigmates. « Les 48 martyrs massacrés durant la célébration de la Divine Liturgie dominicale, justement dans cette cathédrale il y a dix ans, ont mélangé leur sang avec celui de l’Agneau, pour témoigner à leurs frères oppressés, tués ou éradiqués, en Irak et dans le Proche-Orient, que Jésus lui-même, Dieu Sauveur, continuera comme il l’a promis à vivre en eux. Et nous, forts de cette foi, avec courage, nous voulons continuer à témoigner du Christ Ressuscité », a-t-il déclaré. Il a demandé au Pape de soutenir un aboutissement rapide du processus de béatification de ces martyrs.

En son titre de président de l’Assemblée des évêques catholiques d’Irak, qui regroupe donc les différentes Églises en communion avec Rome, le cardinal Louis Raphaël Sako, Patriarche de l’Église chaldéenne a remercié le Pape pour sa visite sur la terre d’Abraham. « Bienvenue ô Père de notre Église », a-t-il déclaré, utilisant une expression populaire en arabe. « C’est une grande joie pour tous les Irakiens », a-t-il souligné.

« Nous vous remercions de votre courageuse visite, qui approfondit en nous la confiance dans le Seigneur et nous encourage à continuer à vivre avec foi et constance, à consolider nos relations fraternelles entre nous, entre chrétiens et avec nos compatriotes musulmans, que nous aimons comme des frères », a-t-il souligné, dans l’esprit de l’encyclique Fratelli tutti.

« Les chrétiens étaient très majoritaires lorsque les musulmans sont arrivés dans notre pays, et ils ont beaucoup donné aux musulmans. En effet, nos ancêtres ont créé un modèle de coexistence, contribuant grandement à la culture ; aujourd’hui, nous sommes devenus une minorité, mais nous sommes une minorité vivante et active et nous avons contribué à la construction de l’Irak et au développement de sa culture », a rappelé le cardinal Sako.

Il est ensuite revenu sur les tragédies récentes. « Ces dernières années, nous avons été soumis à de nombreuses difficultés, dangers et persécutions et le meilleur témoignage est cette cathédrale des catholiques syriaques dans laquelle nous sommes réunis, qui a été soumise à un attentat criminel à la bombe le 31 octobre 2010 : au cours de la sainte messe, 48 martyrs ont été tués, dont deux de nos jeunes prêtres, Tha’er et Wasim, et beaucoup ont été blessés. En août 2014, Daech a chassé les 120 000 chrétiens de la plaine de Ninive et du Mossoul. Nous remercions Dieu que ces régions aient été libérées en 2017 et que 50 % de leurs habitants soient revenus », a tenu à souligner le Patriarche chaldéen.

« Malgré ce qui nous a touchés et notre douleur, nous avons conservé notre foi, notre sérénité spirituelle et notre solidarité fraternelle, et toutes les Églises ont fait un grand travail pour soutenir les personnes touchées, les aider et soulager leur douleur », a-t-il rappelé.

« Votre visite paternelle nous donne la force de surmonter l’adversité, nous rassure sur le fait que nous ne sommes pas oubliés et génère en nous la confiance et l’enthousiasme nécessaires pour poursuivre notre chemin de foi et de témoignage évangélique, malgré les difficultés, et pour contribuer avec nos compatriotes musulmans et d’autres à construire notre pays sur des règles solides et à établir les valeurs de citoyenneté et de coexistence sur la base d’une fraternité respectueuse de la diversité et du pluralisme. Si Dieu le veut, grâce à vos prières, à votre intérêt constant et à la bonne volonté des Irakiens, nous sortirons de nos crises vers un avenir meilleur », a assuré le cardinal Sako.

Embrassant tous les participants « avec une affection paternelle », le Pape a été accueilli avec une grande chaleur, dans un ambiance très festive rythmée par les chants et de youyous, revêtant un collier de fleurs aux couleurs du Vatican, en prenant le temps de saluer des personnes handicapées à l’entrée de la cathédrale. « Nous sommes réunis dans cette Cathédrale Notre-Dame du Perpétuel Secours, bénis par le sang de nos frères et sœurs qui ont payé le prix extrême de leur fidélité au Seigneur et à son Église », a-t-il souligné dans son discours en évoquant le massacre du 31 octobre 2010. « Puisse le souvenir de leur sacrifice nous inspirer à renouveler notre foi dans la force de la Croix et de son message salvifique de pardon, de réconciliation et de renaissance. Le chrétien, en effet, est appelé à témoigner de l’amour du Christ partout et en tout temps. C’est l’Évangile à proclamer et à incarner aussi dans ce bien aimé pays. »

Même avec les difficultés posées par l’insécurité persistante et par la pandémie, « ce qui ne doit jamais être bloqué ou réduit, c’est notre zèle apostolique que vous puisez au racines très anciennes de la présence ininterrompue de l’Eglise sur ces terres, depuis les premiers temps », a souligné François en citant l’exhortation apostolique de son prédécesseur Benoît XVI Ecclesia in Medio Oriente, rédigée suite au Synode de 2010.

« Nous savons combien il est facile d’être contaminé par le virus du découragement qui semble parfois se répandre autour de nous, a expliqué le Pape en filant une métaphore faisant écho à l’actualité. Pourtant, le Seigneur nous a donné un vaccin efficace contre ce mauvais virus : c’est l’espérance qui naît de la prière persévérante et de la fidélité quotidienne à notre apostolat. Avec ce vaccin, nous pouvons aller de l’avant avec une énergie toujours nouvelle, pour partager la joie de l’Évangile, comme disciples missionnaires et signes vivants de la présence du Règne de Dieu, Règne de sainteté, de justice et de paix », a rappelé l’évêque de Rome.

« Comme nous le voyons dans l’histoire antique de l’Église sur ces terres, une foi vivante en Jésus est "contagieuse", elle peut changer le monde », a insisté le Pape.
Faire face aux difficultés et aux persécutions sans perdre l’espérance

« Les difficultés font partie de l’expérience quotidienne des fidèles irakiens », a-t-il reconnu. « Au cours des dernières décennies, vous et vos concitoyens avez dû affronter les effets de la guerre et des persécutions, la fragilité des infrastructures de base et la lutte continuelle pour la sécurité économique et personnelle, qui a souvent conduit à des déplacements internes et à la migration de nombreuses personnes, aussi parmi les chrétiens, dans d’autres parties du monde. »

Le Pape a remercié les prêtres et les évêques pour leur proximité avec le peuple en ces temps d’épreuves, notamment à travers l’éducation et l’aide caritative, qui « représentent une ressource précieuse aussi bien pour la vie de la communauté ecclésiale que pour celle de toute la société. Je vous encourage à persévérer dans cet engagement afin de garantir que la communauté catholique en Irak, bien que petite comme une graine de moutarde (cf. Mt 13, 31-32), continue à enrichir la marche du pays dans son ensemble », a rappelé le Pape.

En mettant en avant la diversité des Églises, le Saint-Père a développé la métaphore du tapis oriental en expliquant que « Dieu lui-même est l’artiste qui a conçu ce tapis, qui l’a tissé avec patience et le reprise avec soin, nous voulant tous bien entrelacés entre nous comme ses fils et ses filles ». Que l’exhortation de saint Ignace d’Antioche soit toujours dans notre cœur, a-t-il demandé : « Qu’il n’y ait rien entre vous qui puisse vous séparer, mais qu’il n’y ait qu’une seule prière, un seul esprit, une seule espérance, dans l’amour et dans la joie ».

Entre les chrétiens, les « nœuds » qui empêchent le tissage de la fraternité « peuvent être défaits par la Grâce, par un amour plus grand ; ils peuvent être guéries par le pardon et par le dialogue fraternel, en portant patiemment les fardeaux les uns des autres (cf. Gal 6, 2) et en se réconfortant mutuellement dans les moments d’épreuve et de difficulté », a insisté le Pape François.

S’adressant ensuite plus spécifiquement à ses frères évêques, le Saint-Père a insisté sur leur devoir de proximité, tant avec Dieu dans la prière qu’avec leurs fidèles et leurs prêtres. « Qu’ils ne vous voient pas seulement comme des administrateurs ou des managers, mais comme des pères soucieux que leurs enfants se portent bien, prêts à leur offrir soutien et encouragement avec un cœur ouvert. Accompagnez-les par votre prière, par votre temps, par votre patience, en appréciant leur travail et en guidant leur croissance. De cette façon vous serez pour vos prêtres un signe visible de Jésus, le Bon Pasteur qui connaît ses brebis et donne sa vie pour elles (cf. Jn 10, 14-15) », a exhorté François.

Il a invité les prêtres, religieux et religieuses, catéchistes et séminaristes à « partager la Bonne Nouvelle avec enthousiasme et avec courage, en vivant et en cheminant toujours à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons le don et le devoir d’annoncer ».

Plutôt que de se laisser happer par les tâches administratives, « il est important de sortir au milieu de notre troupeau et d’offrir notre présence et notre accompagnement aux fidèles dans les villes et les villages. Je pense à tous ceux qui risquent de rester à la traîne : aux jeunes, aux personnes âgées, aux malades et aux pauvres. Quand nous servons le prochain avec dévouement, comme vous le faites, dans un esprit de compassion, d’humilité, de bienveillance, avec amour, nous servons réellement Jésus, comme lui-même nous l’a dit (cf. Mt 25, 40). Et en servant Jésus dans les autres, nous découvrons la vraie joie », a-t-il insisté, en exhortant les prêtres et consacrés à prendre son loin de leur lignage avec le peuple saint de Dieu, et à rester fidèle à la foi transmise par leurs mamans et leurs grands-mères.
L’hommage aux martyrs de 2010

Le Pape a ensuite évoqué « nos frères et sœurs morts lors de l’attentat terroriste dans cette cathédrale il y a dix ans et dont la cause de béatification est en cours. Leur mort nous rappelle avec force que l’incitation à la guerre, les attitudes de haine, la violence et l’effusion de sang sont incompatibles avec les enseignements religieux. Et je veux rappeler toutes les victimes de violences et de persécutions, appartenant à quelque communauté religieuse que ce soit. Je veux vous remercier pour votre engagement à être des artisans de paix, au sein de vos communautés et avec les croyants des autres traditions religieuses, en répandant des semences de réconciliation et de coexistence fraternelle qui peuvent porter à une renaissance d’espérance pour tous », a-t-il souligné, en évoquant sa rencontre de samedi matin à Ur avec les responsables des autres religions.

Le pape François a aussi évoqué la situation des jeunes, qui sont « porteurs de promesse et d’espérance, surtout dans ce pays. Ici, en effet, il n’y a pas seulement un inestimable patrimoine archéologique, mais une richesse incalculable pour l’avenir : ce sont les jeunes. Ils sont votre trésor et il convient d’en prendre soin, en nourrissant leurs rêves, en accompagnant leur chemin, en faisant grandir leur espérance. Bien que jeunes, en effet, leur patience a déjà été mise durement à l’épreuve par les conflits de ces années. Mais rappelons-nous, avec les anciens ils sont la pointe de diamant du pays, les fruits les plus savoureux de l’arbre : il nous revient de les cultiver dans le bien et de les irriguer d’espérance »..

S’adressant à tous les participants, le Souverain Pontife a demandé que « leur témoignage, mûri dans les épreuves et renforcé par le sang des martyrs, soit une lumière qui resplendit en Irak et au-delà, pour annoncer la grandeur du Seigneur et faire exulter l’esprit de ce peuple en Dieu notre Sauveur » (cf. Lc 1, 46-47).

« Que Notre-Dame du Salut et l’Apôtre Saint Thomas intercèdent pour vous et vous protègent toujours », a conclu François, en leur adressant sa bénédiction et en leur demandant de prier pour lui.

(Avec V. N.)

Mercredi 3 mars 2021

Lors de l’audience générale depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, pendant laquelle il a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière, le Pape François a médité sur la vocation de celle-ci, et sur l’amour de Dieu pour l’homme qui en découle.

« Dans notre chemin de catéchèse sur la prière, la prière nous ouvre à la Trinité, à la mer immense de Dieu Amour », a d’abord commencé le Saint-Père, relevant comment, autrefois, « nous ne savions vraiment pas comment on pouvait prier », à savoir quels mots, quels sentiments et quels langages « étaient appropriés » pour Dieu.

Or, toutes les prières ne sont pas égales, et toutes ne sont pas appropriées, observe le Successeur de Pierre : « la Bible elle-même atteste du mauvais résultat de nombreuses prières, qui sont repoussées ». En effet, parfois, peut-être que Dieu n’est pas content de nos prières et que nous ne nous en apercevons même pas, soutient le Pape, précisant : « Dieu regarde les mains de celui qui prie : pour les rendre pures, il ne faut pas les laver, mais il faut plutôt s’abstenir de mauvaises actions ».

Le Pape François a alors cité l’exemple d’une prière particulièrement émouvante, celle « qui a fleuri sur les lèvres de ce centurion romain qui supplia Jésus un jour de guérir son serviteur malade » (cf. Mt 8, 5-13).

Il se sentait complètement inadapté : il n’était pas juif, c’était un officier de l’armée d’occupation qui était haïe. Mais la préoccupation pour son serviteur lui fait oser, remarque le Pape, le citant : « Seigneur, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri » (v. 8).

Cette phrase répétée dans chaque liturgie eucharistique montre que « dialoguer avec Dieu est une grâce », estime le Souverain pontife : « Nous n’en sommes pas dignes, nous n’avons aucun droit à avancer, “nous boitons” avec chaque parole et chaque pensée… Mais Jésus est une porte qui s’ouvre. »
Un Dieu qui aime l’homme, une « révolution »

« Pourquoi l’homme devrait-il être aimé de Dieu ? », s’interroge ensuite l’évêque de Rome. « Il n’y a pas de raisons évidentes, il n’y a pas de proportion… »

Cela est vrai au point que dans une bonne partie des mythologies, le cas d’un dieu qui se soucie des événements humains n’est pas prévu, rappelle le Saint-Père. « Ceux-ci sont même pénibles et ennuyeux, tout à fait négligeables. Dieu ne peut que penser à lui-même. » Dans ces cas antiques, ce sont plutôt les êtres humains qui cherchent « à adoucir la divinité et à apparaître agréables à ses yeux ». D’où le devoir de « religion », avec son cortège de sacrifices et de dévotions à offrir sans cesse pour gagner les faveurs d’un Dieu muet et indifférent.

De ce fait, « nous n’aurions jamais eu le courage de croire à un Dieu qui aime l’homme, si nous n’avions pas connu Jésus », affirme le Pape François. « Nous n’aurions pas pu concevoir des récits de ce genre, pas même les comprendre, si nous n’avions pas rencontré Jésus. Quel Dieu est disposé à mourir pour les hommes ? Quel Dieu aime toujours et patiemment, sans avoir la prétention d’être aimé en retour ? Quel Dieu accepte le terrible manque de reconnaissance d’un fils qui lui demande son héritage en avance et s’en va de la maison en gaspillant tout ? », poursuit le Saint-Père (cf. Lc 15,12-13).

En effet, nous imaginons avec difficulté et de très loin l’amour dont la Très Sainte Trinité est riche, et quelle immensité de bienveillance réciproque existe entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, constate le Souverain pontife, prenant l’exemple des icônes orientales qui laissent entrevoir « quelque chose de ce mystère, origine et joie de tout l’univers ».

Il nous était surtout impossible de croire que cet amour divin se serait dilaté, en abordant sur notre rivage humain : nous sommes le terme d’un amour qui n’a pas d’égal sur la terre, a ajouté le Saint-Père, concluant sur la portée infinie de cet amour : « Nous ne pouvions vraiment pas espérer de plus haute vocation : l’humanité de Jésus a rendu la vie de la Trinité elle-même disponible pour nous. »

(Avec V. N.)

Dimanche 28 Février 2021

Avant la prière de l’Angélus de ce deuxième dimanche de Carême, le Pape François a proposé un commentaire du mystère de la Transfiguration, au cœur de l’Évangile du jour. Cet épisode de la vie de Jésus nous rappelle que la victoire de la Résurrection succèdera aux épreuves de la vie. Il s’agit aussi une invitation à porter au monde la lumière de l’Évangile.

Avant la souffrance du mont du Calvaire, c’est la lumière émanant du Christ que les fidèles sont appelés à contempler avec les disciples sur le mont Thabor. La Transfiguration du Seigneur anticipe « son image de Ressuscité », a expliqué le Pape François. Jésus offre à Pierre, Jacques et Jean « la lumière pour passer à travers les ténèbres ». La joyeuse annonce de Pâques transparait déjà : « la mort ne sera pas la fin de tout, car elle s’ouvrira à la gloire de la Résurrection ».

Comme l’a souligné le Saint-Père, « cet "avant-goût" de lumière au cœur du Carême » est une « invitation à nous rappeler, surtout lorsque nous traversons une épreuve difficile, (...) que le Seigneur est ressuscité et ne permet pas aux ténèbres d’avoir le dernier mot ».

Face aux mystères de la mort, de la maladie, de la douleur innocente, devant « le scandale de la croix et les exigences de l’Évangile », invitant au don de sa propre vie, nous nous effrayons souvent et nous trébuchons, comme les disciples aux côtés de Jésus. « Nous avons donc besoin d’un autre regard, d’une lumière qui éclaire en profondeur le mystère de la vie et nous aide à dépasser nos schémas et les critères de ce monde », a indiqué le Pape. Il s’agit alors de « gravir la montagne », afin de « contempler la beauté du Ressuscité qui allume des lueurs de lumière dans chaque fragment de notre vie et nous aide à interpréter l’histoire sur la base de sa victoire pascale ».

Le Souverain Pontife a toutefois appelé au réalisme : prendre de la hauteur « ne doit pas devenir une paresse spirituelle. Nous ne pouvons pas rester sur la montagne et profiter seuls de la béatitude de cette rencontre », a-t-il averti. Il faut revenir « dans la vallée, parmi nos frères et sœurs et dans notre vie quotidienne ».

« Nous devons nous méfier de la paresse spirituelle : nous sommes bien, avec nos prières et nos liturgies, et cela nous suffit », a-t-il insisté. « Prier, ce n’est jamais échapper aux labeurs de la vie ; la lumière de la foi n’est pas pour une belle émotion spirituelle », a poursuivi François. « Non, cela n’est pas le message de Jésus ». Cette lumière reçue dans la rencontre avec le Seigneur doit être partagée. « Allumer de petites lumières dans le cœur des gens, être de petites lampes de l’Évangile qui apportent un peu d’amour et d’espoir : telle est la mission du chrétien », a conclu le Pape.

À l’issue de la prière de l’Angélus, qui a été suivie d’un appel pour le Nigéria et à l’occasion de la Journée mondiale des maladies rares, le Pape François a appelé à un jeûne de « commérages et de médisances » durant le Carême, ainsi qu’à la lecture régulière d’un passage de l’Évangile.

Le Saint-Père a évoqué l’enlèvement par des bandits de plusieurs centaines de jeunes filles alors qu’elles se trouvaient dans leur internat, dans le nord-ouest du Nigeria.

« Je joins ma voix à celle des évêques du Nigeria pour condamner le lâche enlèvement de 317 filles, enlevées de leur école à Jangebe, dans le nord-ouest du pays. Prions pour ces filles, afin qu’elles puissent bientôt rentrer chez elles. Je suis proche de leurs familles et proche d’elles. Prions ensemble. Prions Notre-Dame pour qu’elle les protège », a déclaré le Pape avant d’inviter les fidèles rassemblés sur la place saint Pierre à réciter avec lui un Ave Maria.

C’est dans la nuit de jeudi à vendredi que des hommes armés ont fait irruption dans les dortoirs des jeunes filles avant de les y arracher et de les emmener dans un endroit inconnu. Leurs parents et familles sont toujours sans nouvelles d’elles.

Les enlèvements de masse d’enfants et de jeunes sont devenus monnaie courante dans le pays ; auparavant pratiqués par des groupes islamistes- tel celui des lycéennes de Chibok par Boko Haram en 2014- ils le sont dorénavant par des bandits, apparemment motivés par l’appât du gain, puisque d’importantes rançons sont à chaque fois demandées, même si les autorités font officiellement savoir qu’elle ne les paieront pas.

Il s’agit du troisième enlèvement depuis le mois de décembre ; la semaine dernière, 42 personnes, dont 27 élèves, ont été enlevées dans l’État du Niger, dans le centre-ouest du pays, avant d’être libérées ce samedi. Début décembre, ce sont plus de 300 garçons qui avaient également été kidnappés à Kankara, dans l’État de Katsina. Ils avaient aussi été libérés après une semaine de captivité.

(Avec V.N.)

Dimanche 21 Février 2021

En ce premier dimanche du Carême, le Pape François est revenu sur le sens des 40 jours au désert vécus par Jésus, en invitant les chrétiens à résister, eux aussi, face à l’emprise de Satan.

« Mercredi dernier, avec le rite pénitentiel des Cendres, nous avons commencé le voyage du Carême », a expliqué le Pape François au début de sa méditation. En ce premier dimanche de ce temps liturgique, « la Parole de Dieu nous montre la manière de vivre fructueusement les quarante jours qui précèdent la célébration annuelle de Pâques ». Il s’agit de se mettre dans les pas de Jésus, qui s’est retiré 40 jours dans le désert, où il a affronté le Tentateur.

Le Pape François s’est arrêté sur la signification du désert, un environnement à la fois « naturel et symbolique » qui est souvent évoqué dans la Bible. Le désert est le lieu de la solitude, qui permet une disponibilité à la Parole de Dieu, a expliqué François. « Mais c’est aussi le lieu de l’épreuve et de la tentation, où le Tentateur, profitant de la fragilité et des besoins humains, insinue sa voix mensongère, une alternative à celle de Dieu ».

« Pendant les quarante jours vécus par Jésus dans le désert, commence le "duel" entre Jésus et le diable, qui se terminera par la Passion et la Croix », a expliqué l’évêque de Rome. « Tout le ministère du Christ est une lutte contre le Malin dans ses nombreuses manifestations : guérisons de maladies, exorcismes sur les possédés, pardon des péchés. »

Le Pape a alors relevé ce paradoxe fondamental de la foi chrétienne : « Après la première phase au cours de laquelle Jésus démontre qu’il parle et agit avec la puissance de Dieu, il semble que le Diable ait le dessus, lorsque le Fils de Dieu est rejeté, abandonné et finalement capturé et condamné à mort. C’est comme si le Diable avait gagné. En réalité, la mort a été le tout dernier "désert" à traverser pour vaincre définitivement Satan et nous libérer tous de son pouvoir. Jésus a vaincu le désert de la mort, avec sa Résurrection. »

Tout comme la vie de Jésus, la vie du chrétien est « une lutte contre l’esprit du mal ». Le Tentateur est toujours présent, prêt à nous séduire et à nous piéger. « Nous devons être conscients de la présence de cet ennemi rusé, intéressé par notre condamnation éternelle, par notre échec, et nous préparer à nous défendre contre lui et à le combattre. La grâce de Dieu nous assure, par la foi, la prière et la pénitence, la victoire sur l’ennemi », a expliqué le Pape, tout en rappelant que dans les tentations, « Jésus ne dialogue jamais avec le Diable : il le chasse. S’il répond au Diable, c’est toujours avec des Paroles de Dieu, des passages des Écritures. Il ne faut jamais chercher à dialoguer avec le Diable. Il n’y a pas de dialogue possible », avec nos propres mots, sinon nous serons vaincus, a averti François, en sortant de son texte. « Seulement la Parole de Dieu », a-t-il redit avec fermeté.

Pendant le Carême, l’Esprit Saint nous pousse aussi, comme Jésus, à entrer dans le désert, non pas comme un lieu physique mais comme une « dimension existentielle dans laquelle nous pouvons nous taire, écouter la parole de Dieu, afin que s’accomplisse en nous la véritable conversion ». C’est donc cela, le vrai chemin du Carême : « marcher dans les voies de Dieu, en renouvelant les promesses de notre Baptême : renoncer à Satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions », a conclu François, avant de confier les fidèles à l’intercession de la Vierge Marie.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 Février 2021

Dans son homélie de la messe des Cendres célébrée dans la basilique Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le sens de ce temps de Carême, un « voyage de retour à Dieu » qui implique de discerner vers où est orienté notre cœur.

Célébrée exceptionnellement cette année dans la basilique Saint-Pierre en raison des restrictions sanitaires, la messe du Mercredi des Cendres, présidée par le Pape François, a marqué l’entrée en Carême. Au cours de son homélie, le Saint-Père a rappelé le sens de ce cheminement, en reprenant les paroles du prophète Joël dans la première lecture : « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). « Le Carême est un voyage de retour à Dieu » a souligné le Pape.

Ce voyage implique toute notre vie, tout notre être, « c’est le temps pour vérifier les chemins que nous sommes en train de parcourir, pour retrouver la voie qui nous ramène à la maison, pour redécouvrir le lien fondamental avec Dieu, de qui dépend toute chose. ». Le Carême, a expliqué le Souverain Pontife, n’est pas « une collecte de bonnes actions », mais il s’agit bien de « discerner vers où est orienté notre cœur ».
Avoir un cœur ferme en Dieu

Aussi, le Pape a invité à l’intropsection : « est-ce que je vis pour plaire au Seigneur, ou pour être remarqué, loué, préféré ? » ou bien ai-je plutôt « un cœur ferme en Dieu ? ». Le temps de Carême, a-t-il poursuivi, est un voyage, un voyage qui est un « exode de l’esclavage à la liberté ». Ces quarante jours rappellent en effet les quarantes années durant lesquelles le peuple de Dieu a voyagé dans le désert pour revenir à sa terre d’origine.

Cette marche dans le désert fut semée d’épreuves et de tentations a rappelé François, celle de revenir en arrière, « de se lier aux souvenirs du passé ». Or, notre voyage de retour à Dieu est similaire, il est « entravé par nos attachements malsains », a précisé le Saint-Père, « retenu par les liens séduisants des vices, par les fausses sécurités de l’argent et du paraître, par la lamentation d’être victime, qui paralyse ».

La Parole de Dieu nous vient en aide pour démasquer ces illusions. La parabole du fils prodigue nous aide à comprendre « qu’il est temps pour nous aussi de revenir vers le Père », a poursuivi le Pape. Le pardon de Dieu est en effet ce qui nous remet toujours debout, ce pardon, a t-il souligné, « est le premier pas de notre voyage de retour ».
Un voyage de retour vers Dieu

Dans ce cheminement, nous avons besoin aussi de « revenir vers Jésus », comme le lépreux qui se jetta à ses pieds. Nous avons besoin, a précisé François de « mettre devant lui nos blessures et lui dire : “Jésus, je suis ici devant toi, avec mon péché, avec mes misères. Tu es le médecin, tu peux me libérer. Guéris mon cœur” ». Nous sommes aussi appelés à « revenir vers l’Esprit Saint » : La cendre sur la tête nous rappelle que nous sommes poussière et que nous retournerons en poussière. « Mais sur notre poussière, Dieu a soufflé son Esprit de vie » a rappelé le Pape.

Ce « voyage de retour » à Dieu n’est possible que parce qu’Il est déjà venu vers nous, a poursuivi le Saint-Père dans son homélie. « Pour nous, il est descendu plus bas que ce que nous pouvions imaginer : il s’est fait péché, il s’est fait mort ». Le Pape a ainsi rappelé l’importance de se « laisser prendre par la main ».
Se laisser réconcilier avec Dieu

« Laissez-vous réconcilier avec Dieu » exhorte Saint Paul dans la seconde lecture, en s’adressant aux Corinthiens. « La marche ne repose pas sur nos forces » a rappelé le Pape qui a invité à accueillir la grâce. « Le début du retour à Dieu c’est de reconnaître que nous avons besoin de lui, que nous avons besoin de miséricorde. C’est la voie juste, la voie de l’humilité » a t-il encore souligné.

« Aujourd’hui nous baissons la tête pour recevoir les cendres. À la fin du Carême, nous nous abaisserons encore plus pour laver les pieds de nos frères, a conclu le Saint-Père. Le Carême est une descente humble au-dedans de nous-mêmes et vers les autres ». Ce temps de montée vers Pâques est ainsi un chemin pour comprendre « que le salut n’est pas une escalade pour la gloire, mais un abaissement par amour ». François a ainsi invité à regarder chaque jour les plaies des Jésus. C’est là que nous voyons les blessures du péché et tous nos manques, mais c’est là aussi que nous voyons « que Dieu ne pointe pas le doigt contre nous, mais qu’il nous ouvre tout grand les mains ».

En ce temps où débute le Carême, Dieu, venu à notre rencontre, « nous invite maintenant à revenir à lui, pour retrouver la joie d’être aimés ».

Dimanche 14 Février 2021

Pour ce dernier angélus avant l’entrée en Carême le 17 février prochain, le Pape François a livré une méditation sur la compassion, la proximité et la tendresse avec les malades, les souffrants de tout maux, rappelant combien Dieu se laisse, lui, « contaminer » par ces douleurs afin de mieux les guérir.

Le Pape François a d’abord médité sur l’Évangile du jour (Mc 1, 40-45) présentant la rencontre de Jésus avec un homme malade de la lèpre. « Les lépreux étaient considérés comme impurs et, selon les prescriptions de la Loi, ils devaient rester en dehors de la ville », rappelle le Saint-Père. Ainsi, ils étaient exclus de toute relation humaine, sociale et religieuse.

« Jésus, au contraire, s’est laissé approcher par cet homme, il a été ému, il a même tendu la main et l’a touché. Il a ainsi accompli la Bonne Nouvelle qu’il avait annoncée : Dieu s’est rapproché de nos vies, il a de la compassion pour le sort de l’humanité blessée et il vient briser toutes les barrières qui nous empêchent de vivre notre relation avec lui, avec les autres et avec nous-mêmes », a donc expliqué le Souverain pontife, invitant à bien se rappeler de cette parole de « la proximité ». « Trois paroles qui indiquent le style de Dieu : proximité, compassion, tendresse. »

Le Successeur de Pierre a ensuite affirmé que nous pouvions voir, dans cet épisode, deux « transgressions » qui se rencontrent : le lépreux qui s’approche de Jésus et Jésus qui, poussé par la compassion, le touche avec tendresse pour le guérir.

La première transgression est celle du lépreux : malgré les prescriptions de la Loi, il sort de l’isolement et vient à Jésus. « Sa maladie était considérée comme un châtiment divin, mais en Jésus, il pouvait voir un autre visage de Dieu : non pas le Dieu qui châtie, mais le Père de la compassion et de l’amour, qui nous libère du péché et ne nous exclut jamais de sa miséricorde », a fait remarquer l’évêque de Rome. Ainsi cet homme peut sortir de son isolement, car « en Jésus il trouve Dieu qui partage sa douleur ». « L’attitude de Jésus l’attire, le pousse à sortir de lui-même et à Lui confier son histoire douloureuse. »

Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, a ensuite insisté le Pape, faisant applaudir par les fidèles présents sur la place tous ces prêtres confesseurs qui attirent les personnes découragées, « celles qui ne se sentent ‘’rien’’, ‘’mises par terre’’ à cause de leur péché », en leur offrant la tendresse, la compassion et l’écoute.

La deuxième transgression est celle de Jésus : alors que la Loi interdisait de toucher les lépreux, Il s’émeut, tend sa main et le touche pour le guérir. « Il ne se limite pas aux paroles, mais il le touche », a ajouté le Pape, précisant : « Toucher avec amour signifie établir une relation, entrer en communion, s’impliquer dans la vie de l’autre au point de partager même ses blessures. Par ce geste, Jésus montre que Dieu n’est pas indifférent, qu’il ne se tient pas à ‘’distance de sécurité’’ ; au contraire, il s’approche avec compassion et touche nos vies pour les guérir. »

Et le Souverain pontife d’interpeller les fidèles sur le nombre de personnes souffrant aujourd’hui de la lèpre, d’autres maladies et conditions « auxquelles sont malheureusement associés des préjugés sociaux ».

« Mais il peut arriver à chacun de nous de vivre des blessures, des échecs, des souffrances, des égoïsmes qui nous ferment à Dieu et aux autres. Car le péché nous renferme en nous-mêmes, par honte, humiliation, mais Dieu lui veut nous ouvrir le cœur. Face à tout cela, Jésus nous annonce que Dieu n’est pas une idée ou une doctrine abstraite, mais celui qui se ‘’contamine’’ avec notre humanité blessée et n’a pas peur d’entrer en contact avec nos blessures », a poursuivi le Pape.

Le Saint-Père a enfin pointé du doigt la tentation de dissimuler la douleur « pour respecter les règles de bonne réputation et les coutumes sociales », cette manière de « souvent faire taire notre douleur » ou de porter « des masques pour la dissimuler ». « Afin de concilier les calculs de notre égoïsme ou les lois intérieures de nos peurs, nous ne nous impliquons pas trop dans les souffrances des autres », a regretté le Successeur de Pierre.

Et le Pape de conclure sa catéchèse invitant à demander plutôt au Seigneur « la grâce de vivre ces deux ‘’transgressions’’ de l’Évangile ».

« Celle du lépreux, pour que nous ayons le courage de sortir de notre isolement et, au lieu de rester là à nous apitoyer sur notre sort ou à pleurer sur nos échecs, allons vers Jésus tel que nous sommes. Et puis la transgression de Jésus : un amour qui nous fait dépasser les conventions, qui nous fait dépasser les préjugés et la peur de nous mêler à la vie de l’autre ».

À l’issue de la prière de l’angélus, le Souverain pontife argentin a salué la récente décision du gouvernement colombien de régulariser de nombreux migrants du Venezuela. Une décision faite malgré les difficultés rencontrées par le pays, a précisé le Pape.

Parmi ses traditionnels saluts prononcés à l’issue de l’angélus, le Pape François a tenu ce dimanche à s’arrêter sur tous ceux qui sont engagés auprès des migrants. Le Saint-Père a souhaité en particulier saluer la récente décision du gouvernement de Colombie de régulariser de nombreux migrants venus du Venezuela.

« Aujourd’hui, en particulier, je me joins aux évêques de Colombie afin d’exprimer ma gratitude pour la décision des autorités colombiennes de mettre en œuvre le statut de protection temporaire des migrants vénézuéliens présents dans le pays, favorisant leur accueil, leur protection et leur intégration », a relevé le Saint-Père.

Cette décision d’offrir un statut à ces nombreux migrants « n’est pas le fait d’un pays très riche et surdéveloppé, a précisé le Pape, non : c’est le fait d’un pays qui a beaucoup de problèmes, de développement, de pauvreté, de paix... Presque 70 ans de guérilla ». Et pourtant malgré ces difficultés, a souligné François, la Colombie « a eu le courage de se pencher sur ces migrants et d’élaborer ce statut, merci à la Colombie, merci ! » a-t-il conclu.

Le 9 février dernier, le président colombien Ivan Duque avait annoncé l’octroi d’un statut de protection temporaire à 1,7 millions de Venezueliens pour une durée de dix ans. Une régularisation inédite dans la région. La Colombie partage 200 kilomètres de frontières avec le Venezuela, et est le principal pays d’accueil de milliers de migrants et réfugiés ayant fui la crise politique et économique qui sévit au Venezuela.

(Avec V. N.)

Mercredi 10 Février 2021

Lors de l’audience générale, le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière, soulignant combien, après la liturgie, « elle continue le dialogue avec Dieu dans la vie quotidienne ». « Il n’existe pas d’autre jour merveilleux que "l’aujourd’hui" que nous sommes en train de vivre », a assuré le Saint-Père.

La catéchèse du Pape François sur la prière s’est poursuivie ce mercredi matin depuis la Bibliothèque du Palais apostolique. Le Pape, après avoir expliqué la semaine passée combien la prière était « ancrée » dans la liturgie, a souligné cette fois-ci combien elle était profondément lièe à notre vie quotidienne. La prière « continue le dialogue avec Dieu : celui qui prie est comme un amoureux, qui porte toujours dans son cœur la personne aimée, où qu’il se trouve », a t-il souligné.

Dans ce dialogue avec Dieu en effet, « chaque joie devient un motif de louange, chaque épreuve est l’occasion d’une demande d’aide », a précisé François. La vie-même peut être imprégnée par la prière, chaque pensée aussi, même si elle est apparemment « profane ». La prière chrétienne communique ainsi au cœur humain une espérance invincible, a t-il ajouté.

Le Catéchisme nous enseigne à ce propos que nous apprenons à prier à tout instant, mais surtout aujourd’hui où nous rencontrons le Père. « Le temps est entre les mains du Père ; c’est dans le présent que nous le rencontrons, ni hier ni demain, mais aujourd’hui ». « Il n’existe pas de jour plus merveilleux que l’aujourd’hui de notre vie », a poursuivi joliment le Pape, « et c’est la prière qui le transforme en grâce, ou mieux qui nous transforme : elle apaise la colère, elle soutient l’amour, elle multiplie la joie, elle donne la force de pardonner ». Sortant de son texte, le Saint-Père a insisté sur la tentation de fuir le présent : « Certains vivent en pensant toujours à l’avenir : "Mais, ce sera mieux...", mais ils ne prennent pas le présent comme il vient : ce sont des gens qui vivent dans l’imaginaire, ils ne savent pas prendre le concret du réel, a t-il souligné, et aujourd’hui est réel, aujourd’hui est concret. Dans la prière, « Jésus vient à notre rencontre aujourd’hui, cet aujourd’hui que nous vivons ».

Chaque jour qui commence, a encore souligné le Saint-Père, « s’il est accueilli dans la prière, s’accompagne du courage d’affronter les difficultés qui deviennent des appels de Dieu, des occasions de rencontre avec lui ». Aussi, François a invité à prier « toujours pour tout et pour tous ». Pour nos proches, mais également ceux que nous ne connaissons pas, pour nos ennemis, car la prière dispose à un amour surabondant. Le Pape aussi appelé à prier « surtout pour les personnes malheureuses, pour celles qui pleurent dans la solitude et désespèrent qu’il n’y ait plus un amour qui palpite pour elles ».

La prière accomplit des miracles, elle nous aide à aimer les autres, malgré leurs erreurs et leurs péchés a encore expliqué le Souverain pontife. En aimant ainsi ce monde avec tendresse, nous découvrirons que chaque jour et chaque chose portent en soi un fragment du mystère de Dieu.

Le Catéchisme écrit encore que « prier dans les événements de chaque jour et de chaque instant est l’un des secrets du Royaume révélés aux "tout-petits", aux serviteurs du Christ, aux pauvres des béatitudes » a encore dit le Pape. « Il est juste et bon de prier pour que la venue du Royaume de justice et de paix influence la marche de l’histoire, mais il est aussi important de pétrir par la prière la pâte des humbles situations quotidiennes ».

« Nous sommes des êtres fragiles, a t-il conclu, mais nous savons prier : c’est notre plus grande dignité. Et quand une prière est dite selon le cœur de Jésus, elle obtient des miracles ».

(Avec V. N.)

Dimanche 7 Février 2021

Revenant sur la guérison de la belle-mère de Simon-Pierre, le Pape François a rappelé lors de l’angélus place Saint-Pierre, la nécessité de prendre soin des personnes souffrantes et comment Jésus nous a montré la voie : en se penchant vers le malade, lui tendant la main et le soulevant.

Après une interruption de plus d’un mois et demi, le Pape est de nouveau réapparu ce dimanche à la fenêtre du palais apostolique, place Saint-Pierre. Depuis le 20 décembre, les angélus avaient été récités dans la bibliothèque du palais en raison des mesures sanitaires italiennes contre la covid-19. Elles ont été allégées ces derniers jours, ce qui permet aux fidèles de retrouver un contact visuel avec le Saint-Père.

La pandémie, il en a d’ailleurs été question dans la catéchèse de l’Évangile de ce 5e dimanche du temps ordinaire. Elle rend « particulièrement actuel » le message délivré par Jésus quand il guérit la belle-mère de Simon-Pierre. Le comportement et le geste de Jésus sont « emblématiques » explique François : « il y a tant de douceur dans ce simple geste qui apparait presque naturel ». « Jésus s’approche, la saisit par la main et la fit lever » raconte l’Évangile de Marc. Et la belle-mère, à peine guérie, pense immédiatement aux autres et non à elle-même, « signe d’une vraie “santé” », souligne le Pape.

Dans cet épisode, « Jésus montre sa prédilection pour les personnes souffrantes dans le corps et dans l’âme : c’est la prédilection du Père qu’Il incarne et manifeste par ses œuvres et ses paroles », poursuit le Saint-Père. Et Jésus a voulu que ses disciples ne se contentent pas d’être témoins mais agissent. « Il leur a donné le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons ».

Et cette faculté s’est transmise dans l’Église. « Prendre soin des malades de toute sorte n’est pas pour l’Église une “activité optionnelle”, quelque chose d’accessoire ; non, cela fait partie intégrante de la mission de l’Église », précise le Pape. Et la Journée mondiale du malade, célébrée le 11 février et instituée par saint Jean-Paul II nous le rappelle. Face à notre condition humaine, « si grande dans la dignité et en même temps si fragile », Jésus a répondu à la souffrance, non pas en donnant une explication, « mais par une présence d’amour qui s’incline, qui se penche, qui prend par la main et relève ».

Jésus n’agit pas de la hauteur de sa position, « pas à distance », mais bien « par sa proximité, par la tendresse, par la compassion », explique François. Et « cette compassion plonge ses racines dans la relation intime avec le Père », Jésus priant avant et après avoir guéri.

Après la prière de l’angélus ce dimanche, le Pape François a exprimé sa vive préoccupation pour la Birmanie, une semaine après la prise du pouvoir par l’armée. Il a appelé toutes les parties prenantes à promouvoir le bien commun, la justice sociale et la stabilité nationale pour une harmonieuse cohabitation démocratique.

« Je suis avec vive préoccupation les développements de la situation qui s’est créée en Birmanie, pays que je porte dans mon cœur avec tant d’affection depuis ma visite apostolique en 2017 ». Presque une semaine après la prise du pouvoir par les militaires, « en ce moment si délicat », le Pape François a voulu assurer de nouveau sa « proximité spirituelle », sa « prière » et sa « solidarité » avec le peuple de Birmanie et prie « pour que ceux ont des responsabilités dans le pays se mettent sincèrement à disposition pour servir le bien commun, promouvant la justice sociale et la stabilité nationale en vue d’une harmonieuse cohabitation démocratique ».

Le Saint-Père relaie ainsi le message adressé au cours de la semaine par le cardinal Charles M . Bo, archevêque de Rangoun et président de la conférence des évêques birmans qui a affirmé que « la paix est possible. La paix est la seule voie et la démocratie est la lumière de cette voie ».
Arrestations des démocrates, manifestations du peuple

Les militaires ont arrêté lundi 1er février Aung San Suu Kyi, la cheffe de facto du gouvernement birman, ainsi que le président de la République et divers responsables de leur parti, la LND, la ligue nationale pour la démocratie. L’armée a également procédé à de nombreuses arrestations de personnalités engagées en faveur de la démocratie. Pour justifier son coup d’État, elle a accusé la LND d’avoir eu recours à des fraudes massives pour remporter très largement les législatives de novembre dernier.

Depuis, des manifestations ont lieu pour protester contre cette remise en cause de la démocratie. La communauté internationale, dans son ensemble, a largement condamné le renversement des institutions démocratiques et appelé à la libération des prisonniers politiques. Le cardinal Bo a lui aussi réclamé que les personnes arrêtées soient relâchées. L’Église a appelé à une journée de jeûne et de prière ce dimanche pour réitérer l’appel lancé précédemment par l’archevêque de Rangoun.

(Avec V. N.)

Dimanche 31 Janvier 2021

Commentant l’Évangile de ce dimanche avant la prière de l’Angélus, le Pape François est revenu sur deux éléments caractéristiques du ministère public de Jésus : la prédication et la guérison. Chacune révèle la divinité du Christ, venu délivrer les hommes du mal.

L’évangéliste Marc nous aide à mieux connaître Jésus en le décrivant dans la synagogue de Capharnaüm, où il enseigne et délivre un homme d’un esprit impur. « La prédication et l’œuvre thaumaturgique » apparaissent comme deux piliers du ministère public du Seigneur.

Jésus se distingue des scribes car il prêche « avec une autorité qui lui est propre ». « Il a la même autorité de Dieu qui parle », a insisté le Pape François. Et c’est en effet par sa parole, signe de sa divinité, qu’il délivre l’homme de l’emprise du Malin. La parole de Jésus « opère ce qu’elle dit. Parce qu’Il est le prophète définitif », annoncé par Moïse, c’est-à-dire « le Fils de Dieu qui sauve ».

Les guérisons quant à elles montrent que « la prédication du Christ est destinée à détruire le mal présent dans l’homme et dans le monde ». Satan est défait lorsque Jésus parle, en lui ordonnant de se taire et de quitter ce monde. L’homme est alors « transformé en une nouvelle personne ». On comprend aussi que la logique du diable est totalement opposée à celle de Jésus. « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? », demande en criant l’esprit impur au Seigneur. « Entre eux il n’y a rien en commun, l’un est l’opposé de l’autre », a souligné le Pape.

Jésus attire donc « les gens avec son autorité et il est aussi le prophète qui libère », a-t-il résumé. :
soyons interpellés par l’Évangile

Le pape François a ensuite invité les fidèles à écouter à leur tour les paroles de Jésus, par exemple en portant toujours sur soi, dans la poche ou dans son sac, un « petit Évangile ». Il faut aussi demander à Jésus de nous guérir de nos péchés et de nos maladies spirituelles, par des mots simples : « Jésus, tu es le prophète, le Fils de Dieu, celui qui a été promis pour nous guérir. Guéris-moi ! »

Le Saint-Père a conclu sa méditation en se tournant vers la Vierge Marie, qui par son exemple de disponibilité et de fidélité, peut nous aider à « expérimenter dans notre vie les signes du salut ».

Au terme de l’Angélus de ce dimanche, le Saint-Père a annoncé l’institution d’une Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, qui sera célébrée par toute l’Église le 4e dimanche de juillet, aux alentours de la mémoire liturgique des saints Joachim et Anne, grands-parents de Jésus.

En cette année spéciale “Saint Joseph”, qui sera également, à partir du 19 mars, une année “Famille Amoris Laetitia”, les grands-parents et les personnes âgées seront mis à l’honneur le 4e dimanche de juillet. Cette Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées sera célébrée par toute l’Église chaque année à cette date, comme l’a expliqué aujourd’hui le Pape François, après la prière de l’angélus. Les parents de la Vierge Marie, saints Joachim et Anne, sont fêtés le 26 juillet.. La Pape insiste : « La vieillesse est un don ».

« Après-demain, le 2 février, nous célébrerons la fête de la Présentation de Jésus au Temple, lorsque Siméon et Anne, tous deux âgés, éclairés par le Saint-Esprit, ont reconnu Jésus comme le Messie », a expliqué le Pape. « L’Esprit Saint suscite encore des pensées et des paroles de sagesse chez les personnes âgées : leur voix est précieuse car elle chante les louanges de Dieu et garde les racines des peuples. Ils nous rappellent que la vieillesse est un don et que les grands-parents sont le lien entre les différentes générations, pour transmettre aux jeunes l’expérience de la vie et de la foi. Les grands-parents sont souvent oubliés et nous oublions cette richesse de préservation des racines et de transmission », a regretté le Souverain Pontife. Annonçant ensuite l’institution de cette journée mondiale, le Saint-Père a souligné combien il est important « que les grands-parents rencontrent les petits-enfants et que les petits-enfants rencontrent les grands-parents, car - comme le dit le prophète Joël - les grands-parents avant les petits-enfants rêveront, ils auront des songes et les jeunes, prenant la force de leurs grands-parents, iront de l’avant, ils prophétiseront ».
Pour le Pape François : personnes âgées et grands-parents, le “nous” qui fait renaître l’humanité.

Dans un communiqué, le cardinal Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, livre sa réaction. Il estime qu’il s’agit du « premier fruit de l’année Famille Amoris Laetitia, un don pour toute l’Église destiné à rester au fil des ans. La pastorale des personnes âgées est une priorité qui ne peut plus être renvoyée, pour toute communauté chrétienne. Dans l’encyclique Fratelli tutti, le Saint-Père nous rappelle que personne n’est sauvé seul. Dans cette perspective, il est nécessaire de conserver précieusement la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise à travers les générations », souligne-t-il. Le Dicastère souhaite aussi s’engager davantage « pour éliminer la culture du déchet et pour valoriser les charismes des grands-parents et des personnes âgées ».

« À l’occasion de la première Journée Mondiale, le Pape François présidera la messe vespérale du dimanche 25 juillet, selon ce que permet la situation sanitaire, en la Basilique Saint-Pierre », indique encore le Dicastère, qui « annoncera les autres initiatives possibles qui l’accompagneront ». Le Dicastère invite enfin « les paroisses et les diocèses du monde entier à trouver des modalités de célébration de la Journée au niveau local qui soient adaptées à leur contexte pastoral ».

(Avec V. N.)

Mercredi 27 Janvier 2021

Lors de l’audience générale de ce mercredi, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière, abordant cette fois-ci, dans le sillage du dimanche de la Parole de Dieu, le thème de “la prière avec les Saintes Écritures”.

Bien que mises sur le papier il y a plusieurs millénaires, les paroles des Saintes Écritures ne forment pas des livres figés et poussiéreux. Elles sont éternellement vivantes, destinées à « être accueillies et [à] germer dans notre cœur », a souligné le Saint-Père au début de sa catéchèse. Mais la « Bible ne peut pas être lue comme un roman », a-t-il mis en garde, elle doit « être accompagnée par la prière ».

« Tous les jours, Dieu passe et jette une semence ». Un ou plusieurs versets de la Bible peuvent particulièrement résonner dans le cœur de la personne qui les lit. Encore faut-il que « ce jour-là, je sois là, au rendez-vous avec cette Parole », a prévenu François. « Nous ne savons pas si aujourd’hui elle trouvera un sol aride, des ronces, ou une bonne terre qui la fera croître ». « Cela dépend de nous », a précisé le Pape, de notre disponibilité intérieure.

Le Souverain Pontife a ensuite prévenu contre une distorsion du sens des Écritures. Le croyant ne doit pas chercher en elles « un appui pour sa propre vision philosophique ou morale ». Seul l’accueil préalable de l’Esprit Saint peut éviter ces interprétations abusives, ou un apprentissage par cœur qui rendrait semblable à un « perroquet ». Le chrétien « sait qu’elles ont été écrites dans l’Esprit Saint, et que c’est dans cet Esprit qu’elles doivent être reçues et comprises ».

Le Pape a aussi expliqué qu’avec la méditation de la Parole de Dieu se réalise « comme une nouvelle incarnation du Verbe ». « Et c’est nous qui sommes les “tabernacles” où les paroles de Dieu veulent être accueillies et conservées, pour pouvoir visiter le monde », a-t-il souligné. « La Bible n’est pas écrite pour une humanité générique, mais pour nous, hommes et femmes en chair et en os, pour moi », a-t-il poursuivi. Et ce n’est pas tant nous qui la lisons qu’elle qui “nous lit”.

Comme une aide apportée aux croyants, « la tradition chrétienne est riche d’expériences et de réflexions sur la prière avec l’Écriture Sainte ». Et le Saint-Père de décrire la méthode de la Lectio divina, née dans le monde monastique, et qui « se répand de plus en plus chez les chrétiens ».

François s’est ensuite arrêté sur les bienfaits de prier en compagnie de la Bible. « À travers la prière, la Parole de Dieu vient habiter en nous et nous, nous habitons en elle ». « Elle soutient notre action, nous donne force, elle nous sérénité ». Ou encore : « Dans les journées “mauvaises” et confuses, elle assure à notre cœur un noyau de confiance et d’amour qui le protège des attaques du malin ». Signe d’une identification progressive, on peut enfin déceler « l’empreinte qu’elle a laissée dans la vie des saints ».

Ainsi, la Parole de Dieu « se fait chair (…) en ceux qui l’accueillent dans la prière », avec « obéissance » et « créativité ». Citant l’Évangile selon Saint Matthieu (Mt 13,52), le Pape a conclu en soulignant que « les Saintes Écritures sont un trésor inépuisable », dans lequel nous sommes invités à « puiser toujours davantage ».

Au terme de l’audience général, dans les saluts adressés aux pèlerins en différentes langues, le Saint-Père s’est exprimé sur la Journée de la mémoire célébrée ce 27 janvier.

(Avec V. N.)

Dimanche 24 janvier, 2021

Avant de réciter la prière de l’angélus, en ce dimanche de la Parole, depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a proposé une méditation sur « deux thèmes essentiels : le temps et la conversion ».

Le Pape François prenait la parole pour la première fois ce 24 janvier n’ayant pu célébrer la messe du dimanche de la Parole de Dieu dans la matinée, en raison d’une sciatique chronique. L’Évangile du jour (cf. Mc 1, 14-20), observe le Pape, relate « le "passage de témoin" de Jean le Baptiste à Jésus ».

Dans ce texte de l’évangéliste Marc, « le temps doit être compris comme la durée de l’histoire du salut opéré par Dieu ». Et le Pape précise le sens du salut, « un don d’amour » qui n’est pas automatique, mais qui exige en tant que tel une réponse libre. « L’amour sans liberté n’est pas amour ; ça peut être un intérêt, ça peut être la peur, beaucoup de choses, mais l’amour est toujours libre et exige une réponse libre » et nécessite une conversion.

Le Saint-Père exhorte ainsi à répondre à l’appel du Christ, à l’image de Simon, André, Jacques et Jean qui, lorsque Jésus les appela, « aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc 1, 18). Cette conversion appelle à « changer de mentalité et de vie : ne plus suivre les modèles du monde, mais ceux de Dieu ».

Il s’agit d’« un changement décisif de vision et d’attitude ». Constatant que le péché a introduit dans le monde « une mentalité qui tend à s’affirmer contre les autres et aussi contre Dieu » en ayant parfois recours à « la tromperie et la violence », le Pape appelle à s’imprégner du message de Jésus en reconnaissant « notre besoin de Dieu et de sa grâce ». Le Saint-Père évoque le péché de la mondanité « qui est comme l’air, imprègne tout ». La tromperie et la violence, déplore-t-il, amène « l’avidité, le désir de pouvoir, et non de service, les guerres, l’exploitation des personnes. Le grand menteur est le diable. Il est le père du mensonge, comme le définissait Jésus ».

Chacun est donc invité à « avoir une attitude équilibrée vis-à-vis des biens terrestres ; à être accueillant et humble envers tous ; à se connaître et à se réaliser dans la rencontre et le service aux autres ». Mais « le temps durant lequel nous pouvons accueillir la rédemption est bref : c’est la durée de notre vie en ce monde », affirme le Pape. « C’est un don de l’amour infini de Dieu, mais c’est aussi un temps de vérification de notre amour pour Lui ».

Le Saint-Père met alors en lumière la valeur du temps. Chaque phase de la vie, note-il, peut être « un moment privilégié de rencontre avec le Seigneur ». Et la foi nous aide à découvrir le sens spirituel du temps qui est d’une part « mesurable », d’autre part composé « des saisons de notre développement ». Il ne doit pas être gaspillé car c’est « un temps précieux pour aimer Dieu et notre prochain, et ainsi entrer dans la vie éternelle ».

(Avec V. N.)

Samedi 23 Janvier 2021

Dans son message pour la 55e Journée mondiale des communications, publié en cette veille de la fête de Saint François de sales, patron des journalistes, et qui a pour thème « Viens et vois (Jn 1, 46). Communiquer en rencontrant les gens où et comment ils sont », le Pape François met en garde contre le risque d’une information formatée, en exhortant les gens à aller « là où personne d’autre ne va » et à ne pas raconter la pandémie uniquement avec les yeux du monde riche.

L’appel à « venir et voir » est aussi « la méthode de toute communication humaine authentique ». Tel est le cœur du message du Pape François pour la 55e Journée mondiale des communications sur le thème « Viens et vois (Jn 1, 46). Communiquer en rencontrant les gens, où et comment ils sont » qui a été publié aujourd’hui, à la veille de la commémoration de saint François de Sales, patron des journalistes. Cette journée tombe en mai 2021 et a été célébrée pour la première fois en 1967. Le premier texte écrit par un pape à cette occasion porte la signature de Paul VI. Ce rendez-vous annuel de prière et d’engagement pour les communications sociales a été introduit dans l’Église par le Concile Vatican II, avec le décret Inter mirifica.

« Venez et voyez », c’est ainsi que la foi chrétienne est communiquée

Le Message publié pour cette Journée contient donc l’invitation que Philippe adresse à Nathanaël - « Viens et vois » comme le raconte le passage de l’Évangile de Jean qui inspire le thème - qui ne consiste pas à offrir un raisonnement mais une « connaissance directe ». « Depuis plus de deux mille ans - souligne le Pape - c’est une chaîne de rencontres qui communique la fascination de l’aventure chrétienne ». D’autre part, « dans la communication, rien ne peut jamais remplacer complètement le fait de voir en personne ». Pour chaque « expression communicative » qui se veut honnête, le Pape suggère l’invitation à « venir voir » la galaxie de communication actuelle, des journaux au web, mais aussi la « prédication ordinaire de l’Église » ainsi que la « communication politique ou sociale » Le Pape met donc l’attention sur les risques de se retrouver dans une communication formatée et répétitive, « sans jamais sortir dans la rue » pour rencontrer des gens et vérifier. En particulier dans le contexte de la pandémie, le Pape exhorte à raconter aussi les vicissitudes des populations les plus pauvres.

La présomption de « déjà connaître »

Dans son discours, la dynamique consistant à se mettre en mouvement avec passion et curiosité, à sortir « de la confortable présomption du déjà connu » a un poids important. En ce qui concerne l’actualité, le Pape met en garde contre le risque d’être écrasé par des « journaux photocopiés » -et donc identiques- ou « par des programmes d’information télévisés et radiophoniques et des sites web qui sont sensiblement les mêmes », où les enquêtes perdent de l’espace au profit d’informations « préemballées ». Ces informations, rappelle-t-il, « sont de moins en moins capables d’intercepter la vérité des choses et la vie concrète des gens, et ne peuvent plus saisir ni les phénomènes sociaux les plus graves ni les énergies positives qui se dégagent de la base de la société ». Pour François, « la crise du secteur de l’édition risque donc de conduire à une information construite dans les rédactions, devant l’ordinateur », sans « user la semelle de ses chaussures ».

L’impact de la pandémie

La pandémie, qui balaie le monde depuis le début de l’année 2020, marque de façon décisive ce message. Le Pape avertit qu’il y a un risque de la raconter, ainsi que chaque crise, « seulement avec les yeux du monde riche ». La réflexion de François porte, en ce sens, sur la question des vaccins et des soins médicaux, sur le risque d’exclusion des populations les plus pauvres. « Qui nous dira - demande-t-il - l’attente de la guérison dans les villages les plus pauvres d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique ? » C’est un danger qui touche également le « monde des plus fortunés où le drame social des familles qui glissent rapidement dans la pauvreté reste largement caché », où « les personnes qui, surmontant leur honte, font la queue devant les centres Caritas pour recevoir un colis de nourriture ne font pas trop la une des journaux ». Les différences économiques risquent donc de marquer l’ordre de distribution du vaccin anti-Covid, avec les pauvres toujours en dernier et « le droit à la santé pour tous affirmé dans son principe » mais « vidé de sa valeur réelle ».

Merci aux journalistes qui rapportent les guerres oubliées

Au cœur du Pape, il y a aussi des remerciements pour le courage de tant de travailleurs de la communication. C’est grâce aux journalistes, cameramen, monteurs, qui prennent souvent des risques dans leur travail, « si aujourd’hui - dit-il - nous connaissons, par exemple, la condition difficile des minorités persécutées dans différentes parties du monde ; si de nombreux abus et injustices contre les pauvres et contre la création ont été dénoncés ; si de nombreuses guerres oubliées ont été rapportées ». Ce serait un appauvrissement, souligne-t-il, si ces voix se perdaient.

Communication avec les yeux, le ton, les gestes

Le « venir et voir » était et est essentiel, réaffirme ensuite le Pape dans le message. « On ne communique pas, en fait, seulement avec des mots, mais avec les yeux, avec le ton de la voix, avec les gestes », maintient François en se référant au grand poids que la communication non verbale a dans l’expérience que nous avons de la réalité. La grande attraction qu’exerçait Jésus était due à la vérité de sa prédication, mais son efficacité était inséparable de son regard, de ses attitudes et « même - souligne-t-il - de ses silences ». En Lui - le Logos incarné - le Verbe est devenu « Visage ».

L’étonnement et une éloquence vide

Dans le Message adressé au monde de ceux qui s’occupent de communication au quotidien, la référence aux auteurs qui ont souligné l’importance de l’expérience concrète ne manque pas. « Ouvrez avec émerveillement vos yeux à ce que vous allez voir, et laissez vos mains se remplir de la fraîcheur de la sève, afin que les autres, lorsqu’ils vous liront, touchent de leurs mains le miracle palpitant de la vie », a conseillé à ses collègues journalistes le bienheureux Manuel Lozano Garrido, qui a vécu dans les années 1900 et a été béatifié en 2010. Dans les premiers siècles du christianisme, saint Augustin lui-même rappelait que « dans nos mains se trouvent les livres, à nos yeux les faits », nous incitant à voir dans la réalité l’accomplissement des prophéties de l’Écriture Sainte. « Dans tous les domaines de la vie publique, dans le commerce comme dans la politique combien l’éloquence vide abonde même à notre époque », telle est la considération du Pape, qui se réfère également aux paroles cinglantes du grand dramaturge anglais William Shakespeare, dans Le marchand de Venise sur le fait de parler sans fin et de ne rien dire. Les mots, assure François, « sont également valables pour nous, communicateurs chrétiens ».

La rencontre personnelle, le chemin de l’Évangile

Dans le texte, la référence à la bonne nouvelle de l’Évangile revient, ce qui se produit encore aujourd’hui « à chaque fois », dit-il, « nous recevons le témoignage clair de personnes dont la vie a été changée par la rencontre avec Jésus. Ce sont des personnes qui ont accepté la même invitation "Venez et voyez" et qui "ont été frappées par un "plus" d’humanité" qui a brillé chez ceux qui ont témoigné de Jésus ». « Ce grand communicateur nommé Paul de Tarse - imagine le Pape- aurait certainement fait usage du courrier électronique et des messages sociaux ; mais c’est sa foi, son espérance et sa charité qui ont impressionné les contemporains qui l’ont entendu prêcher », et même lorsqu’il ne pouvait être rencontré en personne, « sa façon de vivre dans le Christ a été attestée par les disciples qu’il a envoyés ».

D’où le défi qui nous attend, celui - observe François - de communiquer en rencontrant les gens « là où ils sont et comment ils sont », comme le rappelle le thème même du message. D’une manière sans précédent par rapport à ses textes précédents pour cette journée, le Pape conclut par une prière dans laquelle il demande au Seigneur de nous apprendre « à aller là où personne d’autre ne veut aller, à prendre le temps de comprendre », « à distinguer l’apparence trompeuse de la vérité ». Avec « la grâce de reconnaître - conclut-il - l’honnêteté de dire ce que nous avons vu ».

(Avec V. N.)

Mercredi 20 janvier 2021

Le thème de la catéchèse tenue par le Pape François au cours de l’audience générale de ce jour était “La prière pour l’unité des chrétiens”. Pour lui, l’unité est un don, fruit de la prière et de l’amour qui constituent « les instruments que Dieu nous a donnés ».

« Dépasser le scandale des divisions entre tous ceux qui croient en Jésus », tel est l’horizon espéré lorsqu’on implore le « don de l’unité » : les chrétiens sont spécialement invités à prier à cette intention en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, et ce mercredi, le Pape a naturellement consacré sa catéchèse hebdomadaire à ce thème.

La prière pour l’unité trouve sa source dans la prière sacerdotale de Jésus, rapportée par saint Jean au chapitre 17 de son Évangile, lorsqu’après la Dernière Cène, Jésus prie « le Père pour nous, pour que nous soyons un ». « Car l’unité est avant tout un don, c’est une grâce à demander par la prière », a souligné François, avant de faire remarquer que « le Seigneur n’a pas commandé l’unité aux disciples ». Il s’est adressé au Père, car « nous ne sommes pas suffisants à nous seuls, avec nos forces, pour réaliser l’unité », et pas même, en premier lieu, « l’unité en nous-mêmes ».

L’unité « ne peut s’obtenir que comme fruit de la prière », a insisté le Souverain Pontife. « Les efforts diplomatiques et les dialogues académiques ne suffisent pas », même s’ils sont bien sûr nécessaires. Prier pour l’unité signifie « participer humblement et avec confiance à la prière du Seigneur qui nous a promis que toute prière faite en son nom sera écoutée du Père ». Et pourtant, « nous nous apercevrons probablement d’avoir prié peu, peut-être jamais, pour l’unité des chrétiens ». Mais cette prière est importante, car Jésus a demandé l’unité « pour que le monde croie ». Le monde croira, « non pas parce que nous le convaincrons par de bons arguments, mais si nous témoignons que l’amour nous unit et nous rend proche de tous » a déclaré François.

En ces temps troublés, « la prière est encore plus nécessaire pour que l’unité prévale sur les conflits ». Et le Saint-Père d’appeler à « mettre de côté les particularismes ». Les chrétiens doivent donner le bon exemple en poursuivant le chemin « vers une unité pleine et visible ». « Beaucoup de pas en avant ont été faits », a reconnu François, « mais il faut persévérer dans l’amour et dans la prière ». Y compris en luttant. « Oui, lutter, car notre ennemi, le diable (…) est le diviseur », a rappelé le Pape, avant de mettre particulièrement en garde contre les « bavardages » qui alimentent ces divisions. Au contraire, « l’Esprit Saint fait toujours converger vers l’unité ».

Afin de vérifier quel esprit nous anime, le Saint-Père a donné l’indication suivante : « nous demander si, dans les lieux dans lesquels nous vivons, nous alimentons la conflictualité ou si nous luttons pour faire grandir l’unité avec les instruments que Dieu nous a donnés : la prière et l’amour ».

Rester enracinés dans l’amour du Christ : telle est l’autre recommandation donnée par le Pape lors de cette audience. En effet, la « racine de la communion est l’amour du Christ qui nous fait dépasser les préjugés pour voir dans l’autre un frère, une sœur, à aimer toujours ». Alors nous prenons conscience « que les chrétiens des autres confessions sont des dons de Dieu ». Nous pouvons aussi prier pour les chrétiens d’autres confessions, « et quand cela est possible, avec eux », a conclu François dans un ultime conseil. « Nous apprendrons ainsi à les aimer et à les apprécier ».

S’adressant aux pèlerins de langue portugaise à la fin de cette audience générale, le Pape François a assuré de sa prière « tous ceux qui souffrent de la pandémie, en particulier à Manaus, dans le nord du Brésil. Que le Père miséricordieux vous soutienne en ces temps difficiles », a déclaré le Saint-Père. Dans l’État brésilien de l’Amazonas, aux portes de l’Amazonie, la propagation de la Covid-19 fait des ravages. Les hôpitaux de la ville de Manaus, peuplée de 2,2 millions d’habitants, sont saturés et confrontés à une pénurie d’oxygène. L’archevêque de Manaus, Mgr Leonardo Steiner, a récemment interpellé les autorités brésiliennes à ce sujet et exhorté la population à la prudence.

(Avec V. N.)

Dimanche 17 Janvier 2021

Avant de réciter la prière de l’angélus depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a proposé une catéchèse sur « la rencontre avec le Christ » et les différentes manières dont Dieu appelle chacun individuellement, tous ces appels incarnant « une initiative de son amour ».

S’appuyant sur l’Évangile du jour (Jn 1, 35-42), le Pape narre la rencontre de Jésus avec ses premiers disciples. La scène se déroule au bord du fleuve du Jourdain, le lendemain du baptême de Jésus. C’est le même Jean-Baptiste qui désigne le Messie à deux des disciples par ces mots : « Voici l’Agneau de Dieu ! » (v. 36). Et ces deux-là, se fiant au témoignage du Baptiste, suivaient Jésus. Lui le remarque et demande : « Que cherchez-vous ? », et eux l’interroge : « Maître, où habitez-vous ? » (v. 38).

Jésus ne répond pas : « J’habite à Capharnaüm ou à Nazareth », mais dit : « Venez et vous verrez » (v. 39). Ce n’est pas une carte de visite, mais une invitation à une rencontre, relève le Saint-Père, poursuivant : « Il n’est pas difficile de les imaginer assis, lui posant des questions et surtout l’écoutant, sentant leur cœur se réchauffer au fur et à mesure que le Maître parle. Ils ressentent la beauté des mots qui répondent à leur plus grande espérance. Et soudain, ils découvrent que, le soir tombant autour d’eux, la lumière que seul Dieu peut donner explose en eux ».

Chaque rencontre authentique avec Jésus reste dans la mémoire vie ; elle n’est jamais oubliée, assure François. « On oublie beaucoup de rencontres, mais la vraie rencontre avec Jésus reste toujours. Et ces nombreuses années plus tard, ils ne pouvaient pas oublier cette rencontre si heureuse, si pleine, qui avait changé leur vie. »

Quand ils partent et reviennent vers leurs frères, cette joie, cette lumière déborde donc de leur cœur comme un fleuve en crue, ajoute l’évêque de Rome. L’un de ces deux disciples, André, dit alors à son frère Simon- que Jésus appellera Pierre- « Nous avons trouvé le Messie » (v. 41).

Et le Pape de proposer de s’arrêter un instant sur cette expérience de rencontre avec le Christ « qui nous appelle à être avec lui ». « Chaque appel de Dieu est une initiative de son amour. C’est toujours Lui qui prend l’initiative. Dieu appelle à la vie, il appelle à la foi, et il appelle à un état de vie particulier », en déduit le Souverain pontife.

Le premier appel de Dieu est à la vie, par lequel il nous constitue en tant que personnes ; c’est un appel individuel, car Dieu ne fait pas les choses en série, observe François.

Ensuite, Dieu nous appelle à la foi et à faire partie de sa famille, en tant qu’enfants de Dieu, complète-t-il. Et enfin, Dieu nous appelle à un état de vie particulier : à nous donner nous-mêmes dans le mariage, le sacerdoce ou la vie consacrée, affirme le Pape, convenant que ce sont là des manières différentes de réaliser « le plan que Dieu a pour chacun de nous », qui est toujours « un projet d’amour ». « Dieu appelle toujours. Et la plus grande joie de chaque croyant est de répondre à cet appel, de s’offrir tout entier au service de Dieu et de ses frères et sœurs », remarque le Successeur de Pierre.

Et le Pape d’expliquer que face à l’appel du Seigneur, « qui peut nous parvenir de mille façons, même à travers des personnes et des événements, aussi bien heureux que tristes », notre attitude peut parfois être celle du refus, « parce qu’elle nous semble en contraste avec nos aspirations ; ou de la peur, parce que nous la considérons trop exigeante et inconfortable ». L’on dit : « Oh je n’y arriverai pas, mieux vaut ne pas y arriver, mieux vaut une vie plus tranquille... Dieu me voilà ». Mais l’appel de Dieu est l’amour, et nous n’y répondons que par l’amour, relève le Pape, développant : « Au début, il y a une rencontre, ou plutôt, il y a la rencontre avec Jésus, qui nous parle du Père, il nous fait connaître son amour. Et puis le désir de le communiquer aux personnes que nous aimons surgit spontanément en nous aussi : ‘’J’ai rencontré l’Amour’’, ‘’J’ai trouvé le sens de ma vie’’. En un mot : ‘’J’ai trouvé Dieu’’. »

« Que la Vierge Marie nous aide à faire de notre vie un chant de louange à Dieu, en réponse à son appel et dans l’accomplissement humble et joyeux de sa volonté », a conclu le Souverain pontife, ajoutant en improvisant : « Mais n’oublions pas ceci : chacun de nous, dans sa vie, a eu un moment où Dieu s’est rendu présent plus fortement, avec un appel. Souvenons-nous en. Revenons à ce moment, afin que le souvenir de ce moment nous renouvelle toujours dans notre rencontre avec Jésus. »

Après la récitation de l’angélus le Pape François a réitéré toute sa proximité avec le peuple de l’île de Sulawesi (Célèbes) en Indonésie, affectée par un violent séisme le 15 janvier. Le Saint-Père avait déjà envoyé un télégramme le 14 janvier.

« Chers frères et sœurs, je tiens à exprimer ma proximité avec le peuple de l’île de Sulawesi en Indonésie, frappée par un fort tremblement de terre. Je prie pour les morts, pour les blessés et pour ceux qui ont perdu leur maison et leur travail. Que le Seigneur les réconforte et soutienne les efforts de ceux qui s’efforcent d’apporter des secours. Prions ensemble pour nos frères à Sulawesi, et aussi pour les victimes de l’accident d’avion de samedi dernier, également en Indonésie », a ainsi assuré le Souverain pontife après l’angélus du 17 janvier, et il a fait réciter un « Je vous salue Marie ».

L’avant-veille, vendredi 15 janvier, François avait déjà envoyé un télégramme de soutien au peuple de cette grande île de Célèbes déjà dévastée en septembre 2018 par un tremblement de terre suivi d’un tsunami, qui avait alors fait plus de 2 500 morts identifiés mais aussi plus de 5 000 disparus.

Cette fois-ci, la plus forte secousse a été de 6,2 sur l’échelle de Richter. Au moins trois glissements de terrain ont balayé plusieurs villages, emprisonnant de nombreuses personnes sous les décombres. Les sauveteurs continuent de fouiller les décombres à la recherche de survivants. Un bilan provisoire déplore dimanche 60 morts selon les autorités.

Dans son télégramme, le Pape François s’est dit « attristé d’apprendre les pertes tragiques de vie humaine et les destructions matérielles causées par le violent séisme en Indonésie ». Il a exprimé sa solidarité avec tous ceux qui ont été affectés par cette catastrophe naturelle, et prié « pour le repos de l’âme des défunts, la guérison des blessés et la consolation de tous ceux qui sont dans la peine ».

(Avec V. N.)

Mercredi 13 Janvier 2021

Pour sa première audience générale de l’année 2021, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèse sur la prière, méditant aujourd’hui sur la louange, depuis la Bibliothèque du Palais apostolique. Le Pape a invité les fidèles à la pratiquer particulièrement dans les moments difficiles.

« En pleine crise, Jésus bénit le Père, il le loue. Pourquoi ? », s’interroge d’emblée le Souverain pontife. Avant tout il le loue pour ce qu’il est : « Père, Seigneur du ciel et de la terre », répond le Pape. En effet, Jésus se réjouit dans son esprit parce qu’il sait et il sent que son Père est le Dieu de l’univers, et inversement, le Seigneur de tout ce qui existe est le Père, « mon Père ». « C’est de cette expérience de se sentir ‘’fils du Très-Haut’’ que jaillit la louange » en déduit l’évêque de Rome.

François esquisse une autre raison pour laquelle le Christ loue le Père : « car il privilégie les petits ». C’est ce dont il fait lui-même l’expérience, en prêchant dans les villages : les « sages » et les « intelligents » sont suspicieux et fermés, tandis que les « petits » s’ouvrent et accueillent le message.

« Cela ne peut qu’être la volonté du Père, et Jésus s’en réjouit », affirme le Pape exhortant tous les fidèles « à se réjouir et louer Dieu » parce que « les personnes humbles et simples accueillent l’Évangile ». Dans l’avenir du monde et dans les espérances des Eglises, il y a ainsi les « petits » : ceux qui ne se considèrent pas meilleurs que les autres, qui sont conscients de leurs limites et de leurs péchés, qui ne veulent pas dominer les autres, explique le Successeur de Pierre.

Donc, en ce moment d’échec apparent, Jésus prie en louant le Père, poursuit le Pape, ajoutant ceci : « Et sa prière nous conduit aussi, nous lecteurs de l’Evangile, à juger de manière différente nos échecs personnels, les situations où nous ne voyons pas clairement la présence et l’action de Dieu, quand il semble que prévaut le mal et qu’il n’existe aucune façon de l’arrêter. »

A qui sert donc la louange ? A nous ou à Dieu ? François cite un texte de la liturgie eucharistique qui invite à prier Dieu de cette manière : « Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ notre Seigneur » (Missel romain, préface commune IV).

La prière de louange nous sert donc à nous aussi. Le Catéchisme la définit ainsi : « Elle participe à la béatitude des cœurs purs qui l’aiment dans la foi avant de le voir dans la Gloire » (n. 2639).

De ce fait, paradoxalement, le Pape relève que la louange doit être pratiquée non seulement quand la vie nous remplit de bonheur, mais surtout dans les moments difficiles, « quand le chemin grimpe ». « Parce que nous apprenons qu’à travers cette montée, ce sentier fatigant, ces passages difficiles, on arrive à voir un panorama nouveau, un horizon plus ouvert », insiste le Saint-Père, comparant l’acte de louer « à respirer de l’oxygène pur ». « Louer purifie l’âme, fait voir loin, empêche de rester prisonniers des difficultés ».

Et le Pape François de prendre enfin exemple sur l’enseignement de saint François, le Poverello d’Assise, qui composa le « Cantique des créatures » au milieu des difficultés. François est presque aveugle, et il ressent dans son âme le poids d’une solitude qu’il n’avait jamais éprouvée auparavant Mais à cet instant, François prie : « Loué sois-tu, mon Seigneur... ». François loue Dieu pour tout, pour tous les dons de la création, et aussi pour la mort, qu’il l’appelle avec courage « sœur », relève le Pape, concluant : « Les saints et les saintes nous montrent ainsi que l’on peut toujours louer, dans le bien et dans le mal, parce que Dieu est l’Ami fidèle, son amour ne manque jamais. Il est toujours proche de nous et nous attend. Il est la sentinelle qui se fait proche de nous, et nous fait avancer avec sûreté. »

(Avec V. N.)

Dimanche 10 Janvier 2021

Lors de l’angélus en la fête du Baptême du Seigneur, le Pape François a rappelé que Jésus débute sa vie publique en se mêlant aux pécheurs, offrant ainsi son « manifeste programmatique ». Lors de notre baptême, à notre tour, nous devenons enfants de Dieu, marqués par sa miséricorde.

Mercredi, lors de l’Épiphanie, Jésus n’était qu’un enfant, adoré par les Rois Mages. Ce dimanche, en la fête du Baptême du Seigneur, la liturgie nous fait faire un bond temporel de près de trente ans durant lesquels nous ne savons qu’une chose note le Pape, depuis la bibliothèque du Palais apostolique : « ce furent des années de vie cachée, que Jésus passa en famille ; quelques années comme migrant pour fuir la persécution d’Hérode d’abord en Egypte, les autres années à Nazareth, à apprendre le métier de Joseph et en famille, obéissant à ses parents, étudiant et travaillant ».

Jésus a donc vécu « la vie de tous les jours, sans apparaître », ce qui nous dévoile « la grandeur du quotidien, l’importance aux yeux de Dieu de chaque geste et moment de la vie, même le plus simple et caché », constate François.

Jésus débute donc sa vie publique par le baptême dans le Jourdain, un rite pénitentiel administré par Jean-Baptiste, « un signe de la volonté de se convertir, en demandant pardon pour ses péchés ». « Certes, Jésus n’en avait pas besoin », reconnait le Saint-Père mais il le fait tout de même « parce qu’il veut être avec les pécheurs ».

Par ce geste, « Jésus nous offre ainsi son “geste programmatique” ». « Il nous dit qu’il ne nous sauve pas par le haut, par une décision souveraine ou un acte fort, mais en allant à notre rencontre et en prenant sur soi nos péchés. Voilà comment Dieu vainc le mal dans le monde : en s’abaissant et en le prenant en charge », explique François.

À l’image de Jésus, nous pouvons nous aussi aider les autres : « en ne jugeant pas, en ne leur disant pas quoi faire, mais en se faisant proche, en étant compatissant, en partageant l’amour de Dieu », décrit-il.

Après le baptême de Jésus, la Trinité se révèle. « Dieu se manifeste quand apparait la miséricorde parce que c’est son visage. Jésus se fait serviteur des pécheurs et est proclamé Fils ; il s’abaisse vers nous et l’Esprit descend sur Lui. L’amour appelle l’amour » affirme le Saint-Père.

Il en est de même pour nous. « Notre vie est marquée par la miséricorde qui s’est posée sur nous avant même que nous ne fassions quoi que ce soit ». « Nous avons été sauvés gratuitement. Le salut est gratuit », et cela advient le jour de notre baptême. « Mais ceux qui ne sont pas baptisés reçoivent aussi la miséricorde de Dieu, toujours, parce que Dieu est là, il attend. Il attend que s’ouvrent les portes des cœurs » ajoute François qui appelle la Vierge à nous aider à garder « notre identité d’avoir reçu la miséricorde ».

Après la prière de l’angélus, en la fête du Baptême du Seigneur, le Saint-Père a tenu à assurer de ses prières les enfants, parents, marraines et parrains des baptêmes prévus initialement ce dimanche dans la chapelle Sixtine.

Cette année, à cause de la pandémie, le Pape François a dû déroger à la coutume du baptême des enfants en la fête du Baptême du Seigneur, dans la chapelle Sixtine. Les baptêmes prévus se déroulent dans les paroisses respectives, selon les mesures sanitaires en cours.

Cependant, après la prière de l’angélus prononcée depuis la bibliothèque du palais apostolique, il a tenu à avoir quelques mots envers les familles des baptisés et tous les enfants qui pendant cette période reçoivent l’identité chrétienne : « Que Dieu les bénisse tous ».

Demain se termine le temps de Noël a continué l’évêque de Rome, indiquant que reprendra le voyage du temps ordinaire. « Ne nous lassons pas d’invoquer la lumière et la force de l’Esprit Saint pour nous aider à vivre les choses ordinaires avec amour et ainsi, à les rendre extraordinaires », a-t-il déclaré avant d’inviter à rester « ouverts, dociles, à l’Esprit. Il inspirera nos pensées et nos actions quotidiennes. »

(Avec V. N.)

Mercredi 6 Janvier 2021

Prenant la parole à midi en ce mercredi 6 janvier, en la fête de l’Épiphanie, depuis la bibliothèque privée du Palais apostolique, le Pape a invité à transmettre à tous les peuples la lumière du Christ, non pas par prosélytisme mais par le témoignage de foi.

Le Pape François a expliqué que l’Épiphanie est « la manifestation du Seigneur à toutes les nations : en effet, le salut accompli par le Christ ne connaît pas de frontières, c’est pour tout le monde », a-t-il insisté. « C’est toujours le même événement que la Nativité, vu cependant dans sa dimension de lumière : une lumière qui illumine chaque homme, une lumière à accueillir dans la foi et une lumière à apporter aux autres dans la charité, dans le témoignage, dans l’annonce de l’Evangile. »

Il a remarqué que les mots d’Isaïe dans la Première Lecture du jour (« les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples ») font écho à notre situation actuelle. Mais « dans cet horizon, le prophète annonce la lumière : la lumière donnée par Dieu à Jérusalem et destinée à éclairer le chemin de toutes les nations ». « Assurément, les ténèbres sont présentes et menaçantes dans la vie de chacun et dans l’histoire de l’humanité, mais la lumière de Dieu est plus puissante », a souligné le Pape.

« L’évangéliste Matthieu, à son tour, en racontant l’épisode des Rois Mages montre que cette lumière est l’Enfant de Bethléem, c’est Jésus, même si sa royauté n’est pas acceptée par tous. Certains, comme Hérode, la refusent », a remarqué le Pape en sortant de son texte. Mais le Fils de Dieu est venu pour tous, sans discrimination.

La lumière du Christ ne se diffuse pas « à travers les puissants moyens des empires de ce monde, qui cherchent toujours à s’en accaparer la domination », mais « à travers l’annonce de l’Évangile. Et avec la même “méthode” choisie par Dieu pour venir parmi nous : l’incarnation, c’est-à-dire se faire proche de l’autre, le rencontrer, assumer sa réalité. Ce n’est qu’ainsi que la lumière de Dieu, qui est Amour, peut resplendir chez ceux qui l’accueillent et en attirer d’autres. »

Cette lumière entre dans notre vie non pas par prosélytisme, mais par le témoignage de vie, a insisté le Pape François. Les chrétiens doivent donc être des « témoins des trésors de bonté et de miséricorde infinie que le Rédempteur offre gratuitement à tous. »

« La condition est donc d’accueillir cette lumière en soi, de l’accueillir toujours davantage. Malheur si nous pensons la posséder, devoir seulement la “gérer” ! Nous aussi, comme les Rois Mages, nous sommes appelés à nous laisser toujours fasciner, attirer, guider, illuminer et convertir par le Christ : c’est le chemin de la foi, à travers la prière et la contemplation des œuvres de Dieu, qui sans cesse nous remplissent d’une joie et d’un émerveillement toujours nouveau », a conclu le Pape François, avant d’invoquer la protection de Marie sur l’Église universelle.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Janvier 2021

Lors du premier Angélus dominical de l’année 2021, le Saint-Père a commenté le prologue de l’Évangile selon saint Jean, lu lors de la messe de ce jour en Italie et au Vatican. François est revenu sur le sens de l’incarnation du Fils de Dieu, désireux de vivre « une grande intimité » avec chaque être humain, en le rejoignant notamment dans sa fragilité.

L’Épiphanie étant fêtée le 6 janvier en Italie comme en d’autres pays du monde, c’est aujourd’hui le prologue de l’Évangile selon saint Jean que de nombreux fidèles ont écouté à la messe, comme le jour de Noël.

« Au commencement était le Verbe », nous dit d’abord le disciple bien-aimé. « Celui que nous avons contemplé lors de sa Nativité, comme enfant, Jésus, existait avant : avant le commencement des choses, avant l’univers. Il est avant l’espace et le temps », a commenté le Saint-Père depuis la bibliothèque du Palais apostolique.

Par ailleurs, en appelant Jésus « le Verbe », c’est-à-dire « la Parole », saint Jean veut nous signifier que « dès le début, Dieu veut communiquer avec nous, il veut nous parler ». Il veut « nous dire la beauté d’être enfants de Dieu ». « Voici le merveilleux message d’aujourd’hui : Jésus est la Parole éternelle de Dieu, qui pense toujours à nous, depuis toujours, et qui désire communiquer avec nous », a souligné François.

Mais pour communiquer, Jésus ne s’en est pas tenu à la parole. Il « s’est fait chair ». Une « chair » qui traduit mieux que tout autre mot le désir de Dieu de rejoindre « notre condition humaine dans toute sa faiblesse ». « Dieu est devenu fragile pour toucher de près notre fragilité », a résumé le Souverain Pontife. De cette manière, « rien dans notre vie ne lui est étranger », « nous pouvons tout partager avec Lui ». La décision du Seigneur est « audacieuse » : « il entre dans notre honte pour se faire notre frère, pour partager la route de la vie ».

L’incarnation du Fils de Dieu, a ensuite expliqué le Pape, n’a pas été un évènement temporaire. « Non, il ne s’est plus jamais détaché de notre chair ». L’évangéliste utilise le verbe « habiter », « demeurer ». Jésus « s’est uni pour toujours à notre humanité ; on pourrait dire qu’il l’a "épousée" ».

Par conséquent, le Seigneur a soif d’une « grande intimité » avec chacun. « Il veut que nous partagions avec lui les joies et les peines, les désirs et les craintes, les espoirs et les tristesses, les personnes et les situations ». Et le Saint-Père d’inviter les fidèles à ouvrir leur cœur et à contempler la crèche en silence. « Et sans crainte, invitons-le dans notre maison, notre famille, (…) nos fragilités ». Marie peut nous aider à L’accueillir. Alors « il viendra, et la vie changera », a conclu François.

Après la prière de l’Angélus, le Saint-Père a renouvelé ses vœux aux fidèles pour cette nouvelle année, en invitant à fuir « une mentalité fataliste ou magique : nous savons que les choses s’amélioreront dans la mesure où, avec l’aide de Dieu, nous travaillerons ensemble pour le bien commun, en mettant les plus faibles et les plus défavorisés au centre », a-t-il souligné. « Nous ne savons pas ce que 2021 apportera », a admis François, mais chacun peut « prendre soin » des autres et de la création, et fuir les comportements hédonistes, tels que ceux qui enfreignent les mesures de confinement.

Le Souverain Pontife a ensuite salué spécialement « ceux qui commencent la nouvelle année avec plus de difficultés : les malades, les chômeurs, ceux qui vivent dans des situations d’oppression ou d’exploitation ». Il s’est aussi adressé à « toutes les familles, en particulier celles qui ont de jeunes enfants ou qui attendent une naissance. Une naissance est toujours une promesse d’espoir : je suis proche de ces familles », a-t-il assuré.

(Avec V. N.)

Vendredi 1er Janvier 2021

En ce 1er janvier 2021, où l’Église célèbre la Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, la traditionnelle messe pour la paix a eu lieu en la Basilique Saint-Pierre de Rome. Le Pape François a délivré une homélie lue par le cardinal Pietro Parolin, centrée sur trois verbes accomplis en Marie : bénir, naître et trouver.

Dans les lectures de la liturgie d’aujourd’hui ressortent trois verbes qui trouvent leur accomplissement dans la Mère de Dieu : bénir, naître et trouver, relève le Saint-Père dans cette homélie lue par le Secrétaire d’État du Saint-Siège, le Pape souffrant d’une « douloureuse sciatique ».

Bénir. Ce n’est pas une pieuse exhortation, c’est une demande précise, souligne le Pape. « C’est important qu’aujourd’hui aussi les prêtres bénissent le Peuple de Dieu, sans relâche ; et qu’également tous les fidèles soient porteurs de bénédiction, qu’ils bénissent. Le Seigneur sait que nous avons besoin d’être bénis : la première chose qu’il a faite après la création a été de dire du bien de toute chose et de dire beaucoup de bien de nous », a-t-il ajouté. Et le Saint-Père de nous rappeler que « Jésus est la bénédiction du Père, donc chaque fois que nous ouvrons le cœur à Jésus, la bénédiction de Dieu entre dans notre vie. »

En faisant de la place à Marie, nous sommes bénis, mais nous apprenons aussi à bénir, poursuit le Pape. « La Vierge Marie, en fait, enseigne que la bénédiction se reçoit pour être donnée. » Elle, la bénie, a en effet été une bénédiction pour toute personne qu’elle a rencontrée : pour Elisabeth, pour les époux à Cana, pour les apôtres au Cénacle… Nous aussi, nous sommes appelés à bénir, à dire du bien au nom de Dieu, souligne l’évêque de Rome, déplorant que le monde soit « gravement pollué » par le fait de dire du mal et de penser du mal des autres, de la société, de soi-même. « La médisance corrompt, fait tout dégénérer, tandis que la bénédiction régénère, donne la force pour recommencer. »

« Demandons à la Mère de Dieu la grâce d’être pour les autres des porteurs joyeux de la bénédiction de Dieu, comme elle pour nous », enjoint ainsi le Successeur de Pierre.

Naître est le deuxième verbe de l’homélie du Pape lue par le cardinal Parolin. Saint Paul souligne que le Fils de Dieu est « né d’une femme » (Ga 4, 4). En peu de paroles il nous dit une chose merveilleuse, observe François. « Le Seigneur est né comme nous. Il n’est pas apparu adulte, mais enfant ; il n’est pas venu au monde tout seul, mais d’une femme. Le cœur du Seigneur a commencé à palpiter en Marie, le Dieu de la vie a pris d’elle l’oxygène. » Dès lors, Marie nous unit à Dieu parce qu’en elle Dieu s’est lié à notre chair et ne l’a plus laissée, remarque le Primat d’Italie, précisant combien Marie était davantage que « le pont entre nous et Dieu » : « Elle est la route que Dieu a parcourue pour parvenir à nous et elle est la route que nous, nous devons parcourir pour parvenir à lui. Par Marie nous rencontrons Dieu comme lui le veut : dans la tendresse, dans l’intimité, dans la chair », estime le Souverain pontife, insistant sur le caractère incarné. « Oui, parce que Jésus n’est pas une idée abstraite, il est concret, incarné, il est né d’une femme et a grandi patiemment. »

Et le Pape de développer : « Les femmes connaissent ce pragmatisme patient : nous les hommes, nous sommes souvent abstraits et nous voulons quelque chose tout de suite ; les femmes sont concrètes et savent tisser avec patience les fils de la vie. Combien de femmes, combien de mères font naître et renaître la vie de cette manière, en donnant un avenir au monde ! » s’exclame le Saint-Père.

La sainte Mère de Dieu nous enseigne donc que le premier pas pour donner vie à tout ce qui nous entoure est de l’aimer en nous. Pour François, il apparaît alors important « d’éduquer le cœur au soin, à tenir beaucoup aux personnes et aux choses. » « Tout part d’ici, du fait de prendre soin des autres, du monde, de la création. Il ne sert à rien de connaître beaucoup de personnes et beaucoup de choses si nous n’en prenons pas soin », garantit le Successeur de Pierre.

Cette année, alors que nous espérons une renaissance et de nouveaux traitements, ne négligeons pas le soin, exhorte le Pape, rappelant qu’en plus du vaccin pour le corps, il nous faut le vaccin pour le cœur : c’est le soin. « Ce sera une bonne année si nous prenons soin des autres, comme fait la Vierge Marie avec nous », affirme-t-il, passant au troisième verbe « Trouver ».

L’Évangile dit que les bergers « découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né » (v. 16). « Ils n’ont pas trouvé de signes prodigieux et spectaculaires, mais une simple famille », constate François. « Là, cependant, ils ont vraiment trouvé Dieu, qui est grandeur dans la petitesse, force dans la tendresse. Mais comment firent les bergers pour trouver ce signe si peu visible ? Ils ont été appelés par un ange. Nous aussi, nous n’aurions pas trouvé Dieu si nous n’avions pas été appelés par grâce. »

C’est alors que, selon le Souverain pontife argentin, nous avons découvert « que son pardon fait renaître, sa consolation allume l’espérance, sa présence donne une joie irrépressible. » Nous l’avons trouvé, mais nous ne devons pas le perdre de vue, prévient le Pape. « Le Seigneur, en effet, ne se trouve pas une fois pour toutes : il doit être trouvé chaque jour. Pour accueillir la grâce, il faut rester actifs. »

Avant d’interroger les fidèles : « Et nous, qu’est-ce que nous sommes appelés à trouver au début de l’année ? »

« Il serait beau de trouver du temps pour quelqu’un. Le temps est la richesse que nous avons tous, mais dont nous sommes jaloux parce que nous voulons l’utiliser seulement pour nous. La grâce de trouver du temps pour Dieu et pour le prochain doit être demandée : pour celui qui est seul, pour celui qui souffre, pour celui qui a besoin d’écoute et de soin », répond François. Ainsi si nous trouvons du temps à offrir, nous serons émerveillés et heureux, comme les bergers, conclut le Saint-Père, invoquant la Vierge Marie, qui a amené Dieu dans le temps, pour qu’elle nous aide à donner de notre temps. « Sainte Mère de Dieu, nous te consacrons la nouvelle année. »

(Avec V. N.)

Jeudi 31 Décembre 2020

Comme chaque 31 décembre, l’année se conclut avec la célébration des premières vêpres de la Solennité de Sainte Marie Mère de Dieu et le Te Deum en la basilique Saint-Pierre, en action de grâce pour l’année écoulée. Le Pape François, souffrant d’une sciatique, n’a pu présider la cérémonie. Le cardinal Re l’a remplacé, lisant l’homélie préparée par le Pape, axée sur l’amour du prochain que cette année marquée par la pandémie a révélé.

Cette célébration du soir a toujours un double aspect : avec la liturgie, nous entrons dans la fête solennelle de Marie Très Sainte Mère de Dieu ; et en même temps, nous concluons l’année civile avec le grand hymne de louange, a d’emblée affirmé le cardinal Giovanni Battista Re au nom du Pape, précisant que le premier aspect serait développé demain, car ce soir « nous rendons grâce pour l’année qui touche à sa fin. »

Quel sens donner aux drames de cette année ?

« Nous te louons, Dieu, nous te proclamons Seigneur... ». L’on pourrait croire qu’il est forcé de remercier Dieu au terme d’une année comme celle-ci, marquée par la pandémie, a constaté le cardinal italien, confiant sa prière « aux familles qui ont perdu un ou plusieurs membres, à ceux qui ont été malades, à ceux qui ont souffert de la solitude, à ceux qui ont perdu leur emploi... »

Et le doyen du Sacré Collège d’interpeller les fidèles : « Parfois, quelqu’un demande : quelle est la signification d’un tel drame ? Nous ne devons pas être pressés de répondre à cette question. Même Dieu ne répond pas à nos "pourquoi" les plus angoissés en recourant à des "raisons supérieures" ». La réponse de Dieu suit en effet « le chemin de l’Incarnation », comme le chante l’Antienne au Magnificat : « Par le grand amour avec lequel il nous a aimés, Dieu a envoyé son Fils dans une chair de péché ».

Le Dieu berger n’abandonne pas ses brebis

« Un Dieu qui sacrifierait des êtres humains pour un grand dessein, même si c’était le meilleur possible, n’est certainement pas le Dieu qui nous a révélé Jésus-Christ. Dieu est Père, "Père éternel", et si son Fils s’est fait homme, c’est par l’immense compassion du cœur du Père », a poursuivi le cardinal originaire de Brescia. Or, soutient-il, Dieu est un berger, et quel berger abandonnerait ne serait-ce qu’une seule brebis, pensant qu’entre-temps il en reste beaucoup d’autres ? « Non, ce Dieu cynique et impitoyable n’existe pas. Ce n’est pas le Dieu que nous "louons" et "proclamons Seigneur" », assure-t-il, proposant « un sens » à ce drame de la pandémie comme à d’autres fléaux qui frappent l’humanité : « celui de susciter en nous la compassion et de provoquer des attitudes et des gestes de proximité, de soin, de solidarité. »

L’engagement quotidien pour l’amour du prochain

C’est ce qu’il s’est passé et se passe à Rome ces derniers mois, et pour cela surtout, « ce soir, nous rendons grâce à Dieu » : « pour les bonnes choses qui se sont produites dans notre ville pendant le confinement et, en général, pendant la période de la pandémie, qui n’est malheureusement pas encore terminée. Il y a tant de gens qui, sans faire de bruit, ont essayé de rendre le fardeau de l’épreuve plus supportable », a-t-il relevé à quelques heures du changement d’année.

Ainsi toutes ces personnes silencieuses, avec leur engagement quotidien, animés par l’amour du prochain, ont accompli les paroles du Te Deum, car « la bénédiction et la louange que Dieu apprécie le plus est l’amour fraternel ».

« Les travailleurs de la santé-médecins, infirmières, bénévoles- sont en première ligne, et pour cette raison, ils sont toujours dans nos prières et méritent notre gratitude ; tout comme de nombreux prêtres, religieux et religieuses. Mais ce soir, nos remerciements vont à tous ceux qui s’efforcent chaque jour de poursuivre leur famille et leur service pour le bien commun de la meilleure façon possible », a déclaré le cardinal Re, pensant aussi en particulier « aux directeurs d’école et aux enseignants », et « aux administrateurs publics ».

La force de Dieu, plus puissante que l’égoïsme

« Tout cela ne peut se faire sans grâce, sans la miséricorde de Dieu. Nous savons par expérience que dans les moments difficiles, nous sommes enclins à nous défendre - c’est naturel - pour nous protéger et protéger nos proches, pour protéger nos intérêts... Comment se fait-il alors que tant de personnes, sans autre récompense que celle de faire le bien, trouvent la force de se soucier des autres ? », a-t-il demandé, esquissant cette réponse : « Au fond, même s’ils n’y pensent pas eux-mêmes, ils sont poussés par la force de Dieu, qui est plus puissante que notre égoïsme. »

« C’est pourquoi nous le louons, parce que nous croyons et savons que tout le bien qui s’accomplit jour après jour sur la terre vient, en fin de compte, de Lui. Et en regardant l’avenir qui nous attend, nous implorons à nouveau : "Que ta miséricorde soit toujours avec nous, en toi nous avons espéré" », a conclu le doyen du Collège des cardinaux ce jeudi 31 décembre.

(Avec V. N.)

Mercredi 30 Décembre 2020

Lors de l’audience générale, diffusée en direct ce mercredi depuis la Bibliothèque du palais apostolique, le Pape a concentré sa catéchèse sur la prière d’action de grâce, qui a donné son nom au sacrement le plus grand, l’Eucharistie.

« Vivre est tout d’abord avoir reçu » et « si nous sommes portés à la gratitude, le monde devient lui aussi meilleur » affirme le pape François qui invite les fidèles à chercher toujours à être dans la joie de la rencontre avec Jésus.

Ce mercredi, le Pape tire son inspiration d’un épisode rapporté par l’Évangile de Luc, lorsque Jésus rencontre sur son chemin dix lépreux qui l’implorent, « Jésus, Maître, aie pitié de nous ! » (17,13). Malgré la mise au ban de ces personnes souffrantes, Jésus ne refuse pas de les rencontrer, « il va au-delà des limites imposées par les lois » et les invite à se présenter aux prêtres afin que ces derniers constatent leur guérison. Sur le chemin, les dix lépreux guérissent mais un seul revient sur ses pas pour remercier Jésus.

« Ce récit divise le monde en deux : ceux qui ne remercient pas et ceux qui remercient ; ceux qui prennent tout comme si cela leur était dû, et ceux qui accueillent tout comme un don », dit François. Or on peut lire dans le Catéchisme que tout événement et tout besoin peuvent devenir offrande d’action de grâce (n. 2638).

Le Pape appelle les fidèles à faire de l’action de grâce « le fil directeur de (leurs) journées » et signale que pour cela, il faut se reconnaître précédés par la grâce. « Nous avons été pensés avant que nous apprenions à penser ; nous avons été aimés avant que nous apprenions à aimer ; nous avons été désirés avant que dans notre cœur ne naisse un désir ».

L’action de grâce a donné son nom au sacrement le plus essentiels qui soit pour les chrétiens : l’Eucharistie, mot grec qui signifie « remerciement ». Les chrétiens bénissent Dieu pour le don de la vie. « Vivre est tout d’abord avoir reçu », explique le Saint-Père, « nous naissons tous parce que quelqu’un a désiré la vie pour nous. Et c’est seulement la première d’une longue série de dettes que nous contractant en vivant. Des dettes de reconnaissance ». Le Pape mentionne toutes les personnes qui « les yeux purs, gratuitement » ont accompli leur rôle « au-delà de la mesure demandée par le devoir », des éducateurs, des catéchistes, des amis, faisant naître en chacun la gratitude.

Le Pape encourage chacun à dire continuellement merci. Un « merci » qui s’ouvre encore plus dans la rencontre avec Jésus. « Les récits de Noël sont peuplés d’orants qui ont le cœur dilaté par la venue du Sauveur et nous aussi avons été appelés à participer à cette immense joie ». Revenant au lépreux reconnaissant de l’Évangile il « ajoute la joie à la joie », nous dit le Pape. Au-delà de la guérison, il se réjouit de la rencontre qui a eu lieu, de « la certitude d’être aimé » par Jésus. « C’est la découverte de l’amour comme force qui gouverne le monde », résume François. Et grâce à cet amour, les fidèles ne sont plus des « voyageurs errants », « nous demeurons dans le Christ » et de là « nous contemplons tout le reste du monde, et celui-ci nous apparaît infiniment plus beau ».
La voie du bonheur

« Cultivons l’allégresse » lance encore le Saint-Père. Il assure que si le démon nous laisse toujours triste et seul après nous avoir trompé, « si nous sommes dans le Christ, aucun péché et aucune menace ne pourrons jamais nous empêcher de continuer le chemin avec joie, avec de nombreux compagnons de route ». Le Pape demande aux fidèles de ne pas négliger l’action de grâce, car si les catholiques sont portés à la gratitude, alors le monde devient lui aussi meilleur, « peut-être seulement un peu plus, mais c’est ce qui suffit à lui transmettre un peu d’espérance, et le monde en a besoin », assure François. Tout est uni et lié, et chacun peut faire sa part là où il se trouve, poursuit-il.

Le Pape qui indique enfin « la voie du bonheur » décrite à la fin d’une lettre de saint Paul : « En toute condition soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5,17-19).

Dans son salut aux fidèles francophones, le Pape a dit espérer que le mystère de Noël maintienne chacun dans la joie de la rencontre avec Jésus. « Que cette rencontre puisse illuminer notre chemin pour toute l’année prochaine », a-t-il lancé avant de leur donner sa bénédiction.

(Avec V. N.)

Dimanche 27 Décembre 2020

En ce jour de fête de la Sainte Famille, le Pape François est revenu sur la valeur éducative de la famille, « une maison de prière » pour affronter toutes les épreuves.

Confinement en Italie et au Vatican oblige, le Saint-Père a livré sa méditation dominicale depuis la bibliothèque du palais apostolique. En ce temps de Noël, François a invité à fixer son regard sur la Sainte Famille que l’Église célèbre aujourd’hui. « Il est beau de réfléchir au fait que le Fils de Dieu, comme tous les enfants, avait besoin de la chaleur d’une famille » ; la famille de Nazareth est la « famille modèle » a assuré l’évêque de Rome, celle dans laquelle « toutes les familles du monde peuvent trouver leur point de référence et d’inspiration sûr. »

A Nazareth, « le printemps de la vie humaine du Fils de Dieu a fleuri », et dans la maison de Nazareth, « l’enfance de Jésus s’est déroulée dans la joie, entourée des soins maternels de Marie et des soins de Joseph, en qui Jésus a pu voir la tendresse de Dieu (cf. Lettre apostolique Patris Corde, 2). »

Alors, en imitant la Sainte Famille, le Saint-Père nous appelle à redécouvrir la valeur éducative du noyau familial, qui « doit être fondé sur l’amour qui régénère toujours les relations et ouvre des horizons d’espérance » Lorsque la famille est une maison de prière, que « les affections sont profondes et pures », la « communion sincère peut être vécue ». « Ainsi, la famille s’ouvre à la joie que Dieu donne à tous ceux qui savent donner avec joie. »

C’est cette même dynamique, a estimé le Pape, qui permet à la famille de trouver l’énergie spirituelle pour s’ouvrir au monde extérieur et à « la collaboration pour la construction d’un monde toujours nouveau et meilleur, capable, donc, de devenir le porteur de stimuli positifs, évangélisant par l’exemple de la vie. »

Dans chaque famille, il y a des problèmes et même parfois des disputes, a ensuite improvisé le Saint-Père, mais il faut faire la paix avant de faire la paix, « Et vous savez pourquoi ? Parce que la guerre froide du lendemain est si dangereuse. Cela n’aide pas. Et puis, dans la famille, il y a trois mots, trois mots à toujours chérir : "Excusez-moi", "merci", "désolé". », « "Merci" : tant d’aide, tant de services que nous nous rendons les uns aux autres dans la famille : toujours merci. La gratitude est le sang de l’âme noble. "Merci". Et puis, le plus difficile à dire : "Désolé". Parce que nous faisons toujours de mauvaises choses et que souvent quelqu’un se sent offensé par cela : "Excusez-moi", "désolé". »

La fête de la Sainte Famille de ce dimanche nous propose à nouveau cet « idéal de l’amour conjugal et familial », souligné dans l’exhortation apostolique Amoris laetitia, dont le cinquième anniversaire de la promulgation aura lieu en mars prochain.

Le Pape annonce une année "Famille Amoris lætitia"

Pour le Pape, la fête de ce dimanche rappelle l’urgence de redécouvrir l’appel de la famille à être « évangélisatrice par son exemple de vie » en proposant à nouveau « l’idéal de l’amour conjugal et familial, comme le souligne l’Exhortation Apostolique Amoris laetitia », dont le 5e anniversaire de publication aura lieu le 19 mars prochain, en la solennité de saint Joseph. Aussi, cette année sera l’occasion « d’approfondir le contenu de ce document », a annoncé le Saint-Père au cours de l’Angélus.

Cette année spéciale, intitulée “Famille Amoris laetitia”, sera donc inaugurée lors de la prochaine solennité de Saint Joseph et se terminera par la célébration de la 10e Rencontre mondiale des familles qui se tiendra ici à Rome en juin 2022 en présence du Saint-Père, précise un communiqué du Dicastère Famille, laïcs et vie, cheville-ouvrière de l’événement.

« Des outils pastoraux seront mis à la disposition des communautés ecclésiales et des familles, pour les accompagner dans leur cheminement », a expliqué le Souverain pontife, qui invite donc tous les fidèles à se joindre dès à présent aux initiatives qui seront promues au cours de l’Année sous l’égide du Dicastère romain.

« Confions à la Sainte Famille de Nazareth, en particulier à saint Joseph, époux et père attentif, ce voyage avec les familles du monde entier », a conclu le Saint-Père, qui le 8 décembre dernier, a décrété une autre Année spéciale dédiée justement à l’Époux de la Vierge Marie, par le biais de la Lettre apostolique Patris corde.

(Avec V. N.)

Samedi 26 Décembre 2020

Lors du premier angélus de l’Octave de Noël, le Pape François a médité sur la figure de saint Étienne, protomartyr de l’histoire de l’Église. Le Saint-Père appelle à suivre son exemple, à imiter le Christ, et à recevoir les pierres de la haine et les changer en paroles de pardon.

Depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, et non depuis la fenêtre des Appartements pontificaux, le Pape François a proposé une réflexion sur le saint du Jour, saint Étienne. Un angélus tenu en privé en raison du confinement qui sévit en Italie et au Vatican.

Hier, l’Évangile parlait de Jésus « vraie lumière » venue dans le monde, lumière qui « brille dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pas arrêtée. » (Jn 1, 9, 5), a commencé le Saint-Père.

Aujourd’hui, nous voyons le témoin de Jésus, Saint Étienne, briller dans les ténèbres, a relevé le Pape. « Les témoins reflètent la lumière de Jésus. » Saint Étienne faussement accusé et brutalement lapidé, mais dans l’obscurité de la haine, « il fait resplendir la lumière de Jésus : il prie pour ses meurtriers et leur pardonne ». En ce sens, il est le premier martyr, c’est-à-dire un témoin, explique l’évêque de Rome, le premier d’une multitude de frères et sœurs qui continuent à porter la lumière dans les ténèbres : à savoir, des personnes qui répondent au mal par le bien, qui ne cèdent pas à la violence et au mensonge, mais brisent la spirale de la haine avec la douceur de l’amour.

« Ces témoins éclairent l’aube de Dieu dans les nuits du monde », estime le Primat d’Italie, avant de livrer quelques clés pour soi-même « devenir un témoin ».
Imiter Jésus

La réponse du Saint-Père est limpide : « En imitant Jésus. C’est la voie à suivre pour chaque chrétien : imiter Jésus ».

Saint Étienne donne ainsi l’exemple : Jésus était venu pour servir et non pour être servi (cf. Mc 10,45), et il vit pour servir : il devient diacre, c’est-à-dire serviteur, et assiste les pauvres dans le service de la table (cf. Ac 6,2). « Il cherche à imiter le Seigneur chaque jour et le fait jusqu’à la fin : comme Jésus, il est capturé, condamné et tué en dehors de la ville et, comme Jésus, il prie et pardonne. Lorsqu’il est lapidé à mort, il dit : "Seigneur, ne leur impute pas ce péché !" (7:60) ».

Une question pourrait toutefois se poser. Et le Pape s’interroge : « Ces témoignages de bonté sont-ils vraiment nécessaires alors que la méchanceté sévit dans le monde ? À quoi servent la prière et le pardon ? Est-ce seulement pour donner un bon exemple ? »

Non, il y a beaucoup plus, répond François. Parmi ceux pour lesquels Étienne a prié et pour lesquels il a pardonné, le texte dit qu’il y avait : « un jeune homme, nommé Saul » (v. 58), qui « approuvait sa mise à mort » (8,1).

Peu de temps après, par la grâce de Dieu, Saul se convertit et devient Paul, « le plus grand missionnaire de l’histoire », poursuit le Saint-Père. « Paul est né par la grâce de Dieu, mais par le pardon d’Etienne. C’est le germe de sa conversion. C’est la preuve que les gestes d’amour changent l’Histoire : même les petits gestes cachés, quotidiens. Parce que Dieu guide l’histoire grâce à l’humble courage de ceux qui prient, aiment et pardonnent », en déduit le Souverain pontife argentin.

Cela s’applique également à nous. Et François de préciser combien « le Seigneur désire que nous fassions de la vie une œuvre extraordinaire à travers les gestes ordinaires de chaque jour ». Où que nous vivions, en famille, au travail, partout, « nous sommes appelés à être témoins de Jésus, ne serait-ce qu’en donnant la lumière d’un sourire et en fuyant les ombres du bavardage et des commérages ».

Et puis, lorsque nous voyons quelque chose de mal, conseille le Successeur de Pierre, au lieu de critiquer, de bavarder et de nous plaindre, nous prions pour ceux qui ont mal agi et pour cette situation difficile. « Et lorsqu’une dispute survient chez nous, au lieu d’essayer de l’emporter, essayons de la désamorcer ; et recommençons chaque fois, en pardonnant à ceux qui nous ont offensés ».

Saint Étienne, en recevant les pierres de la haine, a rendu des paroles de pardon. Ainsi, il a changé l’histoire, a affirmé François, insistant : « Nous aussi, nous pouvons changer le mal en bien chaque jour, comme le suggère un beau proverbe qui dit : « Sois comme le palmier : on lui jette des pierres et il fait tomber des dattes ».

Et le Pape de lancer un appel à la prière pour « ceux qui souffrent de persécution au nom de Jésus. Ils sont nombreux, malheureusement ». « Confions à la Vierge Marie ces frères et sœurs qui répondent avec douceur à l’oppression et qui, en tant que véritables témoins de Jésus, vainquent le mal par le bien. »

Après l’angélus

« Que l’atmosphère joyeuse de Noël, qui se prolonge aujourd’hui et qui remplit encore nos cœurs, suscite en chacun le désir de contempler Jésus dans la Crèche, puis de le servir et de l’aimer dans les personnes qui nous entourent. Ces jours-ci, j’ai reçu des messages de vœux de Rome et d’autres parties du monde. Il est impossible de répondre à chacun d’entre eux, mais j’en profite pour vous exprimer ma gratitude, en particulier pour le don de la prière, que vous avez et que vous faites pour moi, et que je vous rends volontiers. Joyeux Noël. Continuez à prier pour moi, s’il vous plaît », a par ailleurs déclaré le Pape, juste après l’angélus.

(Avec V. N.)

Vendredi 25 Décembre 2020

Dans son message Urbi et Orbi de ce Noël 2020, le Saint-Père a invité à un surcroît d’attention à l’autre, alors que la pandémie et de très nombreux conflits sèment la souffrance à travers le monde. En raison des mesures sanitaires, le Pape s’exprimait ce midi depuis la Salle des Bénédictions, et non depuis la loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre, comme c’est traditionnellement le cas.

La naissance du Christ nous appelle à bâtir une « fraternité basée sur l’amour réel », dont l’humanité toute entière a plus que jamais besoin :

« Un enfant est né : la naissance est toujours source d’espérance, elle est vie qui s’épanouit, elle est promesse d’avenir », a souligné le Saint-Père au début de son message “À la ville et au monde”. Au terme d’une année qui a rudement mis à l’épreuve la famille humaine, le Pape François est venu rappeler l’Enfant Jésus est « né pour nous », « pour tous » : « un nous sans frontières, sans privilèges ni exclusions ».

C’est donc un appel à la fraternité, dont nous avons « plus que jamais besoin », que le Souverain Pontife a d’emblée lancé depuis la Salle des Bénédictions. « Grâce à cet Enfant, nous pouvons tous nous appeler, et être réellement, frères », a-t-il assuré. Une fraternité qui n’est pas « faite de belles paroles, d’idéaux abstraits, de vagues sentiments », mais qui est « basée sur l’amour réel », capable de compassion, de relation et de disponibilité.

Le Saint-Père s’est ensuite exprimé sur le défi de l’accessibilité aux vaccins qui surgit dans la phase actuelle de la pandémie de coronavirus. « Aujourd’hui, en cette période d’obscurité et d’incertitude due à la pandémie, plusieurs lueurs d’espoir apparaissent, comme les découvertes de vaccins. Mais pour que ces lumières illuminent et apportent de l’espoir au monde entier, elles doivent être accessibles à tous », a-t-il plaidé. Le Pape s’est élevé contre les « nationalismes fermés » et « le virus de l’individualisme radical » qui rend indifférent à la souffrance de son prochain. « Je ne peux pas me mettre devant les autres, en plaçant les lois du marché et les brevets d’invention au-dessus des lois de l’amour et de la santé de l’humanité », a expliqué François, implorant « les responsables des États, des entreprises, des organismes internationaux, à promouvoir la coopération et non la concurrence, et à rechercher une solution pour tous, des vaccins pour tous, en particulier pour les plus vulnérables et les plus nécessiteux ».

« Face à un défi qui ne connait pas de frontières, on ne peut pas ériger de barrières. Nous sommes tous dans le même bateau », a-t-il lancé.

Le Successeur de Pierre a également appelé à la proximité envers les personnes malades, celles qui sont