Eglise catholique de Martinique
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        Audience générale à Rome

Audience générale à Rome

Les fidèles ont pu retrouver le Pape François dans la cour Saint-Damase ce mercredi 12 mai pour l’audience générale. Le Souverain pontife a poursuivi son cycle de catéchèse sur la prière, abordant cette fois-ci le thème du combat dans la prière.


Après six mois d’audience générale depuis la bibliothèque du palais apostolique, le Pape François a d’abord pris le temps de saluer avec joie la poignée de fidèles venus écouter sa catéchèse, livrée depuis la cour Saint-Damase, au cœur du Vatican. « Je suis content de reprendre cette rencontre face à face », à d’emblée dit le Pape, heureux de retrouver « les personnes, chacun avec sa propre histoire », « cela me fait plaisir de voir chacun d’entre vous ».

« La prière chrétienne, comme toute la vie chrétienne, n’est pas une promenade », a débuté le Successeur de Pierre, en effet, « aucun des grands orants que nous rencontrons dans la Bible et dans l’histoire de l’Église n’a eu une prière confortable », « celle-ci apporte assurément une grande paix, mais à travers un combat intérieur, parfois dur, qui peut accompagner des périodes parfois longues de la vie ». « Prier n’est pas une chose facile », a continué le Saint-Père, car « chaque fois que nous voulons le faire, de nombreuses autres activités nous viennent immédiatement à l’esprit, qui à ce moment-là apparaissent plus importantes et plus urgentes. Presque toujours, après avoir reporté la prière à plus tard, nous nous apercevons que ces choses n’étaient pas du tout essentielles, et que nous avons peut-être perdu du temps. L’Ennemi nous trompe ainsi. »

Car si la prière est source de joie, a enchaîné le Souverain pontife, elle peut également procurer « difficulté et fatigue », « le silence, la prière, la concentration sont des exercices difficiles, et quelquefois la nature humaine se rebelle. Nous préférerions être dans n’importe quelle autre partie du monde, mais pas là, sur ce banc de l’église en train de prier. »

Les « pires ennemis » de la prière se trouvent finalement en nous, alors que faire au moment de la tentation, quand tout semble vaciller ? Les maîtres spirituels comme saint Ignace de Loyola et saint Antoine Abbé, fondateur du monachisme chrétien en Égypte, ont montré l’importance de persévérer dans la prière, a indiqué le Saint-Père, « pour la dépasser, chacun d’entre eux a offert une contribution : une parole de sagesse, ou bien une suggestion pour affronter les temps pavés de difficultés. Il ne s’agit pas de théories élaborées à un bureau, mais de conseils nés de l’expérience, qui montrent l’importance de résister et de persévérer dans la prière. »

Il faut se rappeler que nous ne sommes pas seuls dans les moments d’épreuve, a continué François, « Jésus est toujours avec nous : si dans un moment d’aveuglement nous ne réussissons pas à apercevoir sa présence, nous y arriverons à l’avenir. Nous répéterons nous aussi la même phrase que le patriarche Jacob prononça un jour : “En vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas !“ (Gn 28,16). A la fin de notre vie, en regardant derrière nous, nous pourrons dire nous aussi : “Je pensais que j’étais seul, en revanche non, je ne l’étais pas : Jésus était avec moi" ».

(Avec V. N.)

Dimanche 9 Mai 2021

Le Pape François a proposé ses réflexions avant la prière du Regina Cæli, prononcée depuis la fenêtre du Palais apostolique. Dans l’Évangile de ce sixième dimanche de Pâques, Jésus invite ses disciples à « demeurer » dans son amour, mais de quel amour s’agit-il ? Comment y demeurer et pourquoi ?

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour », demande Jésus à ses disciples (Jn 15, 9). Cet amour, a expliqué le Pape, « a son origine dans le Père, car "Dieu est amour" (1 Jn 4,8) ». Cet amour de Dieu est « comme un fleuve, il coule dans son Fils Jésus et, par lui, nous atteint, nous, ses créatures ».

Cet amour que Jésus nous donne est « pur, inconditionnel, amour gratuit ». Il fait de nous des « amis » du Seigneur, qui « nous fait connaître le Père, et nous implique dans sa propre mission pour la vie du monde ».

« Demeurer » dans son amour est lié au fait de « garder ses commandements ». Et il s’agit encore d’amour : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Autrement dit, il s’agit de servir ses frères, de « sortir de soi, se détacher de ses propres sécurités humaines, de ses commodités mondaines, pour s’ouvrir aux autres, surtout à ceux qui en ont le plus besoin ». C’est un amour concret, qui suppose de la disponibilité. Un amour exigeant, qui refuse les « autres "amours" que le monde nous propose : amour de l’argent (…), amour du succès, (…) du pouvoir… », a averti François.

Et le Saint-Père de dénoncer les « méthodes trompeuses » qui nous précipitent sur les voies de l’égoïsme de la domination. « Je pense à l’amour malade qui se transforme en violence - et au nombre de femmes qui en sont victimes de nos jours (…). Ce n’est pas de l’amour », a déclaré le Pape. Jésus demande au contraire « de sortir de la prétention de contrôler et de gérer les autres. Ne pas les contrôler, mais les servir. Ouvrir son cœur aux autres (…) ».

« Demeurer » dans son amour conduit alors à la joie : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (v.11). La joie du Seigneur vient de son union avec le Père. Or « la joie de se savoir aimé de Dieu malgré nos infidélités nous fait affronter les épreuves de la vie avec foi, nous fait traverser les crises pour mieux en sortir ». C’est ainsi que nous devenons « de vrais témoins ». La joie, « signe distinctif du vrai chrétien », au parfum de résurrection, est possible en tous temps. « le vrai chrétien n’est pas triste, il a toujours cette joie au-dedans », a conclu François.

Après la prière du Regina Cæli, le Saint-Père a fait part de sa préoccupation face aux heurts qui secouent depuis quelques jours la ville de Jérusalem. « Ça suffit avec les affrontements », a-t-il lancé. il a également évoqué la situation en Colombie, secouée par un important mouvement de manifestations.

« Je suis avec une inquiétude particulière les événements qui se déroulent à Jérusalem », a déclaré le Pape depuis la fenêtre du Palais apostolique, ce dimanche 9 mai 2021. « Je prie pour qu’elle soit un lieu de rencontre et non d’affrontements violents, un lieu de prière et de paix. J’invite chacun à rechercher des solutions communes afin que l’identité multireligieuse et multiculturelle de la Ville Sainte soit respectée et que la fraternité prévale », a-t-il poursuivi, avant de mettre en garde : « la violence n’engendre que la violence. Ça suffit avec les affrontements ».

Un appel lancé alors que de nouveaux heurts se sont déroulés samedi soir entre policiers israéliens et manifestants palestiniens, faisant plus de 90 blessés dans différents quartiers de Jérusalem-Est, comme l’ont annoncé les secouristes du Croissant-Rouge palestinien. Suite à ces violences, une roquette a été tirée depuis la bande de Gaza vers Israël, qui a immédiatement répliqué en bombardant des positions du mouvement islamiste Hamas dans l’enclave palestinienne. Vendredi soir, des accrochages sur l’esplanade des Mosquées avaient fait 205 blessés côté palestinien et 18 dans les rangs de la police israélienne.

À Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël depuis 1967, les tensions sont très vives dans le quartier de Cheikh Jarrah où des manifestations ont lieu tous les soirs depuis une semaine pour protester contre une possible éviction de familles palestiniennes au profit de colons israéliens.

Les derniers affrontements entre policiers israéliens et fidèles sur l’esplanade des Mosquées remontent quant à eux à août 2019. Ils avaient fait des dizaines de blessés palestiniens, le jour d’importantes commémorations juive et musulmane.
Le Pape prie également pour la Colombie

Outre un appel adressé pour Jérusalem et un autre suite à l’attentat qui a eu lieu hier à Kaboul, François a évoqué « les tensions et les affrontements violents en Colombie, qui ont fait des morts et des blessés ». Une situation que le Souverain Pontife suit avec « préoccupation ». « Il y a beaucoup de Colombiens ici, a-t-il poursuivi en s’adressant à des pèlerins venus Place Saint-Pierre, prions pour votre patrie ».

Depuis le 28 avril, la Colombie est secouée par un mouvement de protestation contre le gouvernement de droite du président Ivan Duque. Les manifestants, descendus par milliers dans les rues, font face, dans certaines villes, à une forte répression, qui a fait au moins 26 morts et plus de 800 blessés, selon les chiffres officiels.

(Avec V. N.)

Mercredi 5 Mai 2021

Dans sa catéchèse développée lors de l’audience générale depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, l’évêque de Rome a loué les vertus de la prière de contemplation. Action et contemplation ne sont pas opposées dans la vie de foi chrétienne. La contemplation est un moyen de purification du cœur.

La dimension contemplative de l’être humain est un peu comme le « sel » de la vie : elle donne de la saveur, du goût à nos journées, a d’emblée affirmé le Pape François, la détaillant ainsi : « On peut contempler en regardant le soleil qui se lève le matin, ou les arbres qui redeviennent verts au printemps ; on peut contempler en écoutant de la musique ou le chant des oiseaux, en lisant un livre, devant une œuvre d’art ou devant ce chef-d’œuvre qu’est un visage humain… »

En effet, ceux qui vivent dans une grande ville, où tout est artificiel et fonctionnel, avertit le Saint-Père, risquent de perdre la capacité de contempler. « Contempler n’est pas avant tout une manière d’agir, mais une manière d’être », a-t-il estimé, car « être contemplatifs ne dépend pas des yeux, mais du cœur ».

Et c’est là qu’entre en jeu la prière, comme acte de foi et d’amour, comme « souffle » de notre relation avec Dieu. La prière purifie le cœur assure le Successeur de Pierre, elle éclaire également le regard, « permettant de saisir la réalité d’un autre point de vue ».

Et le Pape de développer combien dans la contemplation amoureuse, « typique de la prière la plus intime », il n’y a pas besoin de beaucoup de mots : un regard suffit, « il suffit d’être convaincus que notre vie est entourée d’un amour grand et fidèle dont rien ne pourra jamais nous séparer ».

Jésus, lui, a été le maître de ce regard. « Dans sa vie n’ont jamais manqué les temps, les espaces, les silences, la communion amoureuse qui permet à l’existence de ne pas être dévastée par les épreuves immanquables, mais de conserver sa beauté intacte. Son secret était la relation avec le Père céleste », a poursuivi le Saint-Père, prenant l’exemple de la Transfiguration.

Les Évangiles situent cet épisode au moment critique de la mission de Jésus, quand grandissent autour de Lui la contestation et le refus. Même parmi ses disciples un grand nombre ne le comprennent pas et s’en vont ; l’un des Douze couve des pensées de trahison. Jésus commence à parler ouvertement des souffrances et de la mort qui l’attendent à Jérusalem. C’est dans ce contexte que Jésus gravit une haute montagne avec Pierre, Jacques et Jean.

L’Évangile de Marc cité par le Pape dit : « Et il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte » (9, 2-3).

« Précisément au moment où Jésus est incompris, précisément quand tout semble s’obscurcir dans un tourbillon de malentendus, c’est là que resplendit une lumière divine », insiste le Pape, réaffirmant la non-opposition entre contemplation et action, comme certains maîtres de spiritualité du passé ont voulu l’entendre, exaltant ces vocations qui fuient le monde et ses problèmes pour se consacrer entièrement à la prière.

« En réalité, chez Jésus Christ et dans l’Évangile, il n’y a pas d’opposition entre contemplation et action. Il y a un unique grand appel dans l’Évangile, et c’est celui à suivre Jésus sur la voie de l’amour. Tel est le sommet et le centre de tout. Dans ce sens, charité et contemplation sont synonymes, elles disent la même chose », a observé le Saint-Père, avant de conclure : « Ce qui naît de la prière et non de la présomption de notre ego, ce qui est purifié par l’humilité, même s’il s’agit d’un acte d’amour aparté et silencieux, est le plus grand miracle qu’un chrétien puisse réaliser. »

(Avec V. N.)

Dimanche 2 Mai 2021

Dans le commentaire de l’Évangile, le Pape François a rappelé que Jésus avait besoin de notre témoignage d’amour et que nous, nous avions besoin de lui pour être de bons chrétiens. Le « demeurer » en Lui est un « demeurer » actif basé sur une volonté commune de porter du fruit.

Depuis la fenêtre de l’appartement apostolique, place Saint-Pierre, le Pape François est revenu lors de la prière du Regina Coeli sur l’Évangile de ce 5e dimanche de Pâques, celui qui parle de la vraie vigne : « Il n’y a pas de vigne sans sarments, et vice versa. Les sarments ne sont pas autosuffisants, mais dépendent totalement de la vigne, qui est la source de leur existence », a résumé le Saint-Père.

S’il y a une chose sur laquelle insiste Jésus, c’est bien sur le verbe « demeurer » : « Demeurez en moi et moi en vous » (Jn 15, 4). Cet état n’est pas passif, il ne s’agit pas d’un « endormissement » dans le Seigneur. Au contraire, il est actif et réciproque : « Sans la vigne, les sarments ne peuvent rien faire, ils ont besoin de la sève pour grandir et porter du fruit ; mais la vigne a aussi besoin des sarments, car le fruit ne pousse pas sur le tronc de l’arbre. Il s’agit d’un besoin mutuel, d’une volonté mutuelle de porter du fruit », précise le Pape.
Demeurer unis à Jésus

Sur ce besoin mutuel, François insiste sur le fait qu’avant d’observer les commandements, les béatitudes, les œuvres de miséricorde, « il est nécessaire d’être unis à Lui, de demeurer en Lui. Nous ne pouvons pas être de bons chrétiens si nous ne demeurons pas en Jésus. » Mais Jésus a aussi besoin de nous, ce qui peut paraître « audacieux ». Il a besoin de notre témoignage, celui de notre vie chrétienne, ce « fruit », qu’en tant que « sarment » nous devons donner.

Les disciples, à qui Jésus s’adresse dans l’Évangile, continuent d’annoncer la bonne nouvelle du Royaume en témoignant de l’amour : c’est « le fruit à porter ». « Attachés au Christ, nous recevons les dons de l’Esprit Saint, et c’est ainsi que nous pouvons faire du bien à notre prochain et à la société, à l’Église. C’est au fruit que l’on reconnaît l’arbre. Une vie véritablement chrétienne témoigne du Christ. »

Pour y parvenir, nous devons compter sur la prière : « Nous pouvons demander à penser comme Lui, à agir comme Lui, à voir le monde et les choses avec les yeux de Jésus, explique le Pape. C’est ainsi que nous pouvons aimer nos frères et sœurs, en commençant par les plus pauvres et les plus souffrants, comme il l’a fait, les aimer de tout son cœur et apporter au monde des fruits de bonté, de charité et de paix. »
Salut au Venezuela et aux orthodoxes

Après la récitation de la prière du regina coeli, le Pape a salué les fidèles présents place Saint-Pierre en évoquant la béatification vendredi dernier à Caracas de José Gregorio Hernández Cisneros, « fidèle laïc ». « C’était un médecin plein de science et de foi : il a su reconnaître chez les malades le visage du Christ et, comme le bon Samaritain, il les a secourus avec charité évangélique. Que son exemple nous aide à avoir soin de ceux qui souffrent dans le corps et dans l’esprit » a déclaré François, invitant les fidèles à applaudir le nouveau bienheureux.

Le Pape a ensuite salué « nos frères et nos sœurs des Églises orthodoxes et des Églises catholiques orientales et latines qui, aujourd’hui, selon le calendrier julien célèbrent la solennité de Pâques ». « Que le Seigneur ressuscité les comble de lumière et de paix et conforte les communautés qui vivent en situation particulièrement difficiles ».

(Avec V. N.)

Mercredi 28 Avril 2021

Dans sa catéchèse donnée depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a poursuivi son enseignement sur la prière, s’arrêtant sur la méditation. Une pratique qui connaît une grande attention ces dernières années. Une méthode qui n’est pas un objectif en soi mais qui peut être une voie pour conduire au Christ, l’essence de notre foi.

Pour un chrétien, « méditer » signifie chercher une synthèse : « cela veut dire se mettre devant la grande page de la Révélation pour essayer de la faire devenir nôtre, en l’assumant complètement » a expliqué le Pape en débutant sa catéchèse. La méditation, a t-il expliqué, « a reçu une grande attention ces dernières années. Ce ne sont pas que les chrétiens qui parlent d’elle : il existe une pratique méditative dans presque toutes les religions du monde. Mais il s’agit d’une activité également présente chez les personnes qui n’ont pas une vision religieuse de la vie ».

Pour François, méditer est « une dynamique humaine », car nous avons tous besoin de méditer, de réfléchir, de nous retrouver nous-même. « On recherche en particulier la méditation dans le monde occidental vorace, parce que celle-ci représente une barrière élevée contre le stress quotidien et le vide qui se répand partout ».
Les « effets collatéraux de la grâce de la prière »

La méditation est « un phénomène à considérer de manière positive, a poursuivi le Pape : en effet, nous ne sommes pas faits pour courir sans cesse, nous possédons une vie intérieure qui ne peut pas être toujours piétinée ». Mais accueillie dans un contexte chrétien, la méditation acquiert une spécificité particulière. « La grande porte à travers laquelle passe la prière d’un baptisé – nous le rappelons encore une fois – est Jésus Christ » a souligné François, et la pratique de la méditation suit elle aussi ce sentier. Et le Pape de préciser : « le chrétien, quand il prie, n’aspire pas à la pleine transparence de soi, il ne se met pas à la recherche du noyau le plus profond de son moi ; la prière du chrétien est avant tout une rencontre avec l’Autre avec un A majuscule ».

Ainsi, a expliqué le Souverain Pontife, si une expérience de prière nous donne « la paix intérieure, la maîtrise de nous-mêmes ou la lucidité sur le chemin à entreprendre », il s’agit des « effets collatéraux de la grâce de la prière qui est la rencontre avec Jésus ».

Il existe de nombreuses méthodes de méditation chrétienne, a poursuivi le Pape, certaines accentuant sur la dimension intellectuelle de la personne, d’autres développant des aspects plus émotifs et affectifs. Mais toutes « sont importantes et dignes d’être pratiquées, dans la mesure où elles peuvent aider l’expérience de la foi à devenir un acte total de la personne ». Les anciens avaient l’habitude de dire que l’organe de la prière est le cœur, et ils expliquaient ainsi que c’est tout l’homme, à partir de son centre, qui entre en relation avec Dieu, et pas seulement certaines de ses facultés. C’est pourquoi a précisé François, « il faut toujours se rappeler que la méthode est une voie, pas un objectif : n’importe quelle méthode de prière, si elle veut être chrétienne, fait partie de cette sequela Christi qui est l’essence de notre foi ».

Le Catéchisme de l’Église catholique, a ajouté le Saint-Père précise que la méditation « met en œuvre la pensée, l’imagination , l’émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. La prière chrétienne s’applique de préférence à méditer "les mystères du Christ" »

Le Pape a conclu sa catéchèse en rappelant que la grâce de la prière chrétienne : « le Christ n’est pas loin, mais il est toujours en relation avec nous ». Il n’y a pas d’aspect de sa personne divine et humaine en effet qui ne puisse devenir pour nous un lieu de salut et de bonheur. « Méditer, pour nous chrétiens, est une manière de rencontrer Jésus. Et ainsi, seulement ainsi, de nous retrouver nous-mêmes ».

(Avec V. N.)

Dimanche 25 Avril 2021

Juste avant de réciter l’antienne mariale de ce temps pascal depuis les fenêtres des appartements pontificaux, le Pape est revenu sur la figure du Bon Pasteur qu’incarne Jésus, Lui qui défend, connaît et aime ses brebis.

Au contraire du mercenaire qui ne se préoccupe guère de ses brebis et n’hésite pas à les abandonner en cas de danger, le Bon Pasteur, lui, « nous défend et nous sauve en tant de situations difficiles (…), à travers la lumière de sa parole et la force de sa présence que nous expérimentons à travers le sacrements », a expliqué le Pape aux nombreux fidèles réunis place saint Pierre sous un soleil radieux.

Le Bon Pasteur est aussi celui qui connait ses brebis, une à une ; « comme il est beau et consolant de savoir (…) que nous ne sommes pas anonymes pour Lui, que notre nom lui est connu ! Pour Lui, nous ne sommes pas une "masse", une "multitude", non. Nous sommes des personnes uniques, chacune avec sa propre histoire, chacune avec sa propre valeur, à la fois comme créature et comme rachetée par le Christ. Chacun de nous peut dire : Jésus me connaît ! C’est vrai, c’est ainsi : il nous connaît comme personne d’autre ». En Jésus, qui connait le tréfonds du cœur de l’homme et se montre toujours prêt à soigner ses blessures avec « l’abondance de sa grâce », se réalise pleinement l’image du berger du peuple de Dieu telle qu’esquissée par les prophètes (Ez 34, 11-16), a fait observer le Saint-Père.

Si le Bon Pasteur défend et connait ses brebis, c’est parce qu’il les aime. Cet amour l’a conduit à mourir sur la croix, pour que, conformément à la volonté du Père, « aucun ne se perde ». Jésus « veut que tous puissent rencontrer Dieu », aussi, son amour n’est-il donc pas exclusif, mais embrasse tout le monde.

Ainsi, l’Église est appelée à mener à bien cette mission universelle du Christ. « En plus de ceux qui fréquentent nos communautés, il y a beaucoup de personnes qui ne le font que dans des cas particuliers ou jamais. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne sont pas des enfants de Dieu, que le Père confie au Christ, le Bon Pasteur. Pour chacun d’entre eux, Jésus a donné sa vie. Et à chacun d’entre eux, nous, chrétiens, devons témoigner de son amour, avec une attitude humble et fraternelle », a estimé François avant de conclure : « que Marie Très Sainte nous aide à être les premiers à accueillir ».

Au terme de la prière du Regina Cœli de ce dimanche du Bon Pasteur, le Saint-Père a attiré l’attention des catholiques sur d’autres sujets.

Il est revenu d’abord sur la béatification qui a eu lieu vendredi, à Santa Cruz de Quiché au Guatemala. Elle concernait José Maria Gran Cirera et neuf autres martyrs, soit trois prêtres et sept laïcs de la Congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, tués entre 1980 et 1991, dans une période de persécution contre l’Église catholique engagée dans la défense des pauvres. « Animés par la foi en Christ, ils ont été des témoins héroïques de la justice et de l’amour. Que leur exemple nous rende plus généreux et plus courageux pour vivre l’Évangile. Et un tonnerre d’applaudissements pour les nouveaux bénis », a demandé François.

Le Pape a également exprimé sa « sympathie à la population des îles de Saint-Vincent-et-les-Grenadines où une éruption volcanique cause des dommages et des désagréments. Je les assure de mes prières. Je bénis tous ceux qui apportent aide et assistance », a-t-il assuré. Il y a deux jours, François avait déjà adressé un message pour les victimes de l’éruption du volcan La Soufrière, qui n’a pas fait de victimes directes mais plonge des milliers de personnes dans une situation précaire.

Enfin, c’est la 58e Journée mondiale de prière pour les vocations, célébrée ce dimanche autour de la figure de saint Joseph, que le Souverain Pontife a évoquée. « Remercions le Seigneur parce qu’il continue à susciter dans l’Église des personnes qui, par amour pour lui, se consacrent à l’annonce de l’Évangile et au service de leurs frères et sœurs. Et aujourd’hui, en particulier, rendons grâce pour les nouveaux prêtres que j’ai ordonnés tout à l’heure dans la basilique Saint-Pierre », a-t-il demandé, avant d’inviter à prier le Seigneur « d’envoyer de bons ouvriers pour travailler dans son domaine et de multiplier les vocations à la vie consacrée ».

(Avec V. N.)

Mercredi 21 Avril 2021

Poursuivant son cycle de catéchèses sur la prière, le Pape François a approfondi ce mercredi matin le thème de la prière vocale. Une « donnée indispensable de la vie chrétienne », enseignée par les Écritures Saintes et par les personnes qui demeurent fidèles à leur mission d’orant.

Comment être relié à Dieu ? Par la prière, qui est « un dialogue avec Dieu », a d’emblée rappelé le Pape François. « En un certain sens, chaque créature dialogue avec Dieu » mais chez l’être humain, « la prière devient parole, invocation, chant, poésie », par la richesse du langage.

Les paroles naissent de nos expériences et de nos sentiments. Inversement, elles façonnent notre existence. « C’est pour cette raison que l’Écriture Sainte nous enseigne à prier aussi avec des paroles parfois audacieuses », a expliqué le Souverain Pontife. Les auteurs sacrés savent ce qui habite l’homme. « Personne ne naît saint et lorsque des sentiments mauvais frappent à la porte de notre cœur, nous devons être capables de les désamorcer avec la prière et la parole de Dieu », a insisté le Pape. La prière permet en particulier de lutter contre le diable et ses œuvres.

« La première prière humaine est toujours une récitation vocale », a poursuivi François. Même si prier « ne signifie pas répéter des paroles, la prière vocale est cependant la plus sûre et il est toujours possible de la pratiquer ». Le Saint-Père a invité à davantage de méfiance envers les sentiments, « toujours incertains ». La prière des lèvres, murmurée ou récitée en chœur, « est toujours possible ». Elle est indiquée en particulier par le Catéchisme de l’Église catholique, comme « donnée indispensable de la vie chrétienne », et par le Seigneur lui-même, lequel enseigne à ses disciple le Notre Père.
La fidélité des anciens

Le Saint-Père a également cité en modèle de vertu « l’humilité de certaines personnes âgées » qui, dans l’Église, récitent à mi-voix les prières apprises durant l’enfance. « Ces orants de la prière humble sont souvent les grands intercesseurs des paroisses ». Par leur persévérance au long des étapes de leur vie, ils nous montrent que l’« on peut toujours demeurer fidèle à la prière vocale ». « C’est comme une ancre : s’accrocher à la corde pour rester là, fidèles, quoiqu’il arrive », a ajouté le Pape avant de recommander la lecture du Récit d’un pèlerin russe pour mieux comprendre en quoi consiste la prière vocale.

« Ne tombons pas dans l’arrogance de mépriser la prière vocale », a mis en garde le Souverain Pontife, car elle est « la prière des simples » qui « adressent à Dieu les demandes qu’il veut écouter ». Et si jamais cela nous semble difficile, rappelons-nous que « Jésus ne nous a pas laissés dans le brouillard », puisqu’il nous a transmis la prière du Notre Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 18 Avril 2021

De retour à la fenêtre du Palais apostolique pour la première fois depuis le 14 mars, le Pape François a prononcé ce dimanche midi sa méditation du Regina Caeli en insistant sur l’importance pour les chrétiens de vivre une foi incarnée, concrète, sans distance.

« En ce troisième dimanche de Pâques, nous retournons à Jérusalem, au Cénacle, comme guidés par les deux disciples d’Emmaüs, qui avaient écouté avec beaucoup d’émotion les paroles de Jésus sur la route et l’avaient ensuite reconnu "à la fraction du pain" (Lc 24, 35) », a expliqué le Pape. Les disciples se sont d’abord montrés incrédules, mais Jésus, en se laissant regarder et toucher, et en partageant le repas avec eux, démontre qu’il n’est pas un pur esprit ou un fantôme, mais bien une personne réelle.

« Cette page d’Évangile est caractérisée par trois verbes très concrets, qui reflètent en quelque sorte notre vie personnelle et communautaire : regarder, toucher et manger. Trois actions qui peuvent donner la joie d’une vraie rencontre avec Jésus vivant », a souligné le Pape.

Jésus invite les disciples à le regarder. « Regarder n’est pas seulement voir, c’est plus, cela implique aussi une intention, une volonté, a remarqué François. C’est pourquoi il est l’un des verbes de l’amour. La maman et le papa regardent leurs enfants ; les amoureux se regardent l’un l’autre ; un bon médecin regarde son patient avec attention... Regarder est un premier pas contre l’indifférence, contre la tentation de détourner le visage des difficultés et des souffrances des autres. »

Mais ce n’est qu’une première étape. « En invitant les disciples à le toucher, à voir qu’il n’est pas un fantôme, Jésus leur indique, ainsi qu’à nous, que la relation avec lui et avec nos frères et sœurs ne peut rester "à distance", au niveau du regard. Il n’existe pas de christianisme à distance, sur le plan du seul regard » a insisté le Pape, en ce temps de distanciation et de virtualisation des rapports, pour beaucoup, rend le manque de contact physique frustrant et douloureux.

« L’amour demande la proximité, le contact, le partage de la vie », a répété François, en reprenant une nouvelle fois l’exemple du Bon Samaritain, qui « ne s’est pas contenté de regarder l’homme qu’il a trouvé à moitié mort le long de la route : il s’est penché, il l’a touché, il a pansé ses blessures, l’a chargé sur son cheval et l’a emmené à l’auberge. Il en va de même pour Jésus lui-même : l’aimer signifie entrer dans une communion vitale et concrète avec lui », a redit le Pape.

Enfin, manger est une nécessité vitale, mais « quand on le fait ensemble, en famille ou entre amis », cela « devient aussi une expression d’amour, de communion, de fête... Combien de fois les Évangiles nous montrent Jésus vivant cette dimension conviviale », y compris après la Résurrection, « au point que le banquet eucharistique est devenu le signe emblématique de la communauté chrétienne. Manger ensemble le Corps du Christ, c’est le centre et le cœur de la vie chrétienne », a insisté l’évêque de Rome.

« Frères et sœurs, cette page d’Évangile nous dit que Jésus n’est pas un "fantôme", mais une Personne vivante. Et quand Jésus se rapproche de nous, il nous remplit de joie », a insisté François.

« Être chrétien n’est pas d’abord une doctrine ou un idéal moral, c’est une relation vivante avec Lui, avec le Seigneur ressuscité : nous le regardons, nous le touchons, nous nous nourrissons de Lui et, transformés par son Amour, nous regardons, touchons et nourrissons les autres en tant que frères et sœurs. Que la Vierge Marie nous aide à vivre cette expérience de la grâce », a-t-il conclu.

À l’issue de la prière du Regina Caeli, le Pape François a appelé à la désescalade dans l’est de l’Ukraine. Des mouvements militaires inquiétants ont en effet été observés ces derniers jours autour de la région du Donbass, laissant craindre des combats de grande ampleur.

« Je suis avec préoccupation les événements dans certaines régions de l’est de l’Ukraine, où les violations du cessez-le-feu se sont multipliées ces derniers mois, et je note avec inquiétude l’augmentation des activités militaires », a déclaré le Souverain Pontife en prenant la parole après la prière du Regina Caeli. « S’il vous plaît, a continué le Saint-Père, j’espère vraiment que l’augmentation de la tension sera évitée et, au contraire, que des gestes seront faits pour promouvoir la confiance mutuelle et favoriser la réconciliation et la paix qui sont si nécessaires et si désirées ».

Le Pape François qui a également eu un mot pour la population sur place :« Prenons également à cœur la grave situation humanitaire des populations auxquelles j’exprime ma proximité et pour lesquelles je vous invite à prier. Prions ensemble. »

Depuis le début de la crise ukrainienne à l’hiver 2013-2014, le Pape François a souvent exprimé son attention en soutenant les efforts diplomatiques, les cessez-le-feu et les gestes humanitaires, notamment les échanges de prisonniers.

Les accords du Minsk du 14 février 2015 et les initiatives ultérieures prises notamment par la France et l’Allemagne avaient permis une désescalade, sans pour autant mettre fin aux combats sporadiques. Mais depuis plusieurs semaines, les heurts se multiplient entre Kiev et les séparatistes prorusses du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, tandis que des dizaines de milliers de soldats russes ont été déployés à proximité, laissant craindre une opération militaire d’ampleur.

Les deux parties, en conflit depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et les affrontements dans le Donbass qui ont fait plus de 13 000 morts, se renvoient depuis la responsabilité de cette escalade.

Moscou accuse Kiev de « provocations » et l’Otan d’actes « menaçants ». L’Ukraine affirme de son côté que la Russie veut sa « destruction » et réclame la protection de l’Otan, ce qui représente une ligne rouge absolue pour Moscou.

(Avec V. N.)

Mercredi 14 Avril

L’audience générale de ce mercredi portait sur l’Église comme « école de prière ». Le Saint-Père, montrant combien la prière est centrale dans la vie du croyant, a rappelé qu’elle nous est enseignée par l’Église à travers ses différents membres, en particulier les familles et les communautés.

« L’Église est une grande école de prière », a rappelé le Saint-Père au début de sa catéchèse, donnée depuis la bibliothèque du Palais apostolique. Et cet enseignement commence au sein de la famille : « Bon nombre d’entre nous ont appris les premières prières sur les genoux de leurs parents ou de leurs grands-parents ». « Ce don que nous avons reçu dans l’enfance avec simplicité est un grand patrimoine, un patrimoine très riche », a souligné le Pape.

Il se reçoit aussi au sein d’une paroisse, et l’on comprend peu à peu que « l’expérience de la prière mérite d’être approfondie toujours plus ».

« L’habit de la foi n’est pas amidonné, il se développe avec nous », y compris à travers les « crises » et des « résurrections ». « Le souffle de la foi est la prière », un souffle vital qui donne de la « force », et se transmet aussi d’une personne à l’autre, lorsque l’on prie les uns pour les autres.

« Ainsi, fleurissent dans l’Église des communautés et des groupes consacrés à la prière ». Et François d’évoquer les monastères et autres lieux de vie consacrée, semblables à de « petites oasis », à « des cellules vitales, non seulement pour le tissu ecclésial mais pour la société elle-même ». « Prier et travailler en communauté fait avancer le monde. C’est un moteur ! » s’est exclamé le Pape.

Le Souverain Pontife est ensuite revenu sur le rôle central de la prière : « tout dans l’Église naît dans la prière, et tout grandit grâce à la prière », a-t-il insisté, avant de mettre en garde contre l’absence de prière de la part de « certains groupes qui se mettent d’accord pour faire avancer des réformes ecclésiales ». « Les changements dans l’Église sans prière ne sont pas des changements d’Église. Ce sont des changements de groupe ». Le Diable se cache derrière ces incitations à négliger la prière, a averti le Saint-Père. Sans « l’axe central » de la prière, l’Église devient une « enveloppe vide », coupée de « la source de la chaleur et de l’amour ».

Puis François s’est arrêté sur l’exemple des saints, qui « n’ont pas une vie plus facile que les autres ». Mais « leur force est la prière, qui puise toujours au "puits" inépuisable de notre mère l’Église ». Ils soutiennent le monde non par l’argent, le pouvoir ou les moyens de communication, mais « avec les armes de la prière », de manière cachée.

À cet effet, « la lampe de la foi sera toujours allumée sur la terre tant qu’il y aura l’huile de la prière ». Il est donc essentiel de persévérer dans cette voie. Le Pape a invité à s’interroger sur notre manière de prier : prions-nous « comme des perroquets » ou bien « avec le cœur » ? Prions-nous « avec l’Église » ou bien en faisant en sorte que « mes idées deviennent prière » - ce qui revient à une « prière païenne » ?

En conclusion de sa catéchèse, le Saint-Père a souligné le « devoir essentiel de l’Église : prier et éduquer à prier », « transmettre de génération en génération la lampe de la foi avec l’huile de la prière ». Sans la lumière de cette lampe, « nous ne pourrions pas voir la route pour évangéliser », ni même pour « bien croire », ni pour servir nos frères.

« Sans la foi, tout s’écroule ; et sans la prière, la foi s’éteint », a résumé François. Foi et prière vont résolument de pair. « C’est pourquoi l’Église, qui est maison et école de communion, est maison et école de prière », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 11 Avril 2021

En ce deuxième dimanche de Pâques, dit de la Divine Miséricorde, le Pape François a célébré la messe en l’église du Santo Spirito in Sassia, à Rome. Dans son homélie, il a expliqué que Jésus, en apparaissant aux Apôtres, les relève avec la miséricorde. Ils deviennent ainsi à leur tour miséricordieux. Le Saint-Père a ainsi invité les fidèles à ne pas rester indifférents et à œuvrer avec miséricorde.

C’est la deuxième année que le Pape François célèbre la messe dans cette église romaine du Santo Spirito in Sassia, située à quelques centaines de mètres à peine du Vatican, et sanctuaire de la Divine Miséricorde. Une miséricorde au centre de l’homélie du Saint-Père. Après Pâques, Jésus apparaît aux disciples qui ont peur et qui se sont enfermés dans le cénacle. Dans ce moment de doute et de crainte, « Jésus les relève avec la miséricorde. Et eux, bénéficiaires de la miséricorde, deviennent miséricordieux », explique le Pape François.

Tout d’abord, Jésus offre aux Apôtres, « enfermés dans leurs remords », sa paix « qui répand la confiance à l’intérieur », « la paix du cœur ». Les disciples, « découragés, sont réconciliés avec eux-mêmes », car ils passent « du remord à la mission », car cette paix, précise le Pape, suscite la mission en même temps qu’elle « rompt les chaînes qui retiennent le cœur prisonnier ».

À cette paix, Jésus offre l’Esprit Saint, qu’il donne « pour la rémission des péchés ». Seuls, nous ne pouvons pas effacer notre péché, explique François. Seul Dieu peut le faire car « il nous fait sortir de nos misères les plus profondes ». « Comme ces disciples, nous avons besoin de nous laisser pardonner », ajoute le Pape.

Il nous faut comprendre qu’« au centre de la confession », il y a « Dieu avec sa miséricorde ». Comme un père qui aide son enfant qui a chuté à se relever, « la main du Père est prête à nous remettre debout et à nous faire aller de l’avant. Cette main sûre et fiable est la confession ». C’est le « sacrement de la résurrection », « pure miséricorde », affirme le Saint-Père.

Jésus offre également ses plaies, poursuit François. « Comme Thomas, nous touchons du doigt le fait que Dieu nous aime jusqu’au bout ». « Les plaies sont des canaux ouverts entre lui et nous », en les adorant et les embrassant, « nous découvrons que chacune de nos faiblesses est accueillie dans sa tendresse ». « Ses plaies lumineuses percent les ténèbres que nous portons à l’intérieur ».
Que faisons-nous à notre tour ?

Le cheminement chrétien commence ici, explique le Pape. Il n’y a qu’en accueillant l’amour de Dieu que « nous pourrons donner quelque chose de nouveau au monde » et non en nous basant sur nos capacités, nos structures ou nos projets.

Les Apôtres, après avoir reçu cette miséricorde, deviennent donc à leur tour miséricordieux. Ils mettent leur bien en commun, ce qui n’est pas du « communisme » mais « du christianisme à l’état pur », précise bien le Saint-Père. Les disciples découvrent en fait « d’avoir en commun la mission, le pardon et le Corps de Jésus : partager les biens terrestres a semblé une conséquence naturelle », explique-t-il.

D’où cette invitation adressée aux fidèles à ne pas rester indifférents. « Ne vivons pas une foi à moitié, qui reçoit mais ne donne pas, qui accueille le don mais ne se fait pas don », exhorte le Pape. « Si l’amour finit avec nous-mêmes, la foi se dessèche dans un intimisme stérile. Sans les autres, elle devient désincarnée. Sans les œuvres de miséricorde elle meurt. » Il n’y a qu’en se penchant sur les blessures des autres que l’on recevra la preuve que Dieu a touché notre vie.

Regina Coeli

À l’issue de la messe, le Pape a récité la prière du Regina Coeli, saluant auparavant les fidèles présents à cette messe, et notamment les personnels médicaux, les détenus, les handicapés, les réfugiés et les migrants, sans oublier les sœurs hospitalières de la Divine Miséricorde et les volontaires de la Protection civile italienne.

« Vous représentez quelques unes des réalités dans lesquelles la miséricorde se fait concrète, se fait proche, service, attention aux personnes en difficulté. Je vous souhaite de recevoir toujours la miséricorde pour être à votre tour miséricordieux » a déclaré François dans son bref salut.

(Avec V. N.)

Lundi 5 Avril 2021

Avant le Regina Cæli de ce Lundi de Pâques, dit aussi « lundi de l’Ange », le Pape est revenu précisément sur la figure du messager de Dieu qui annonce la nouvelle de la Résurrection aux saintes femmes. Il est une manifestation concrète de l’intervention de Dieu lui-même et de sa victoire sur la mort.

« Je sais que vous recherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, Il est ressuscité », affirme l’ange de Dieu aux femmes venues tôt au sépulcre le matin de Pâques (Mt 28, 5-6). L’expression « Il est ressuscité » va « au-delà des capacités humaines », note le Pape ; elle ne pouvait sortir que de la bouche d’un ange, tout comme le fut l’annonce de l’Incarnation du fils de Dieu à la Vierge Marie (Luc 1,31).

L’Évangéliste Matthieu rapporte qu’un fort tremblement de terre advient aux premières lueurs du jour, qu’un ange du Seigneur descend du Ciel, roule la pierre du tombeau avant de s’assoir sur elle. « Cette grande pierre, qui aurait dû être le sceau de la victoire sur le mal et la mort, (…) est devenue le marchepied de l’ange du Seigneur. Tous les plans et les défenses des ennemis et des persécuteurs de Jésus ont été en vain. L’image de l’ange assis sur la pierre du tombeau est la manifestation concrète, visuelle, de la victoire de Dieu sur le mal, de la victoire du Christ sur le prince de ce monde, de la lumière sur les ténèbres », observe le Souverain Pontife.

Tous les détails donnés par l’évangéliste -l’ouverture de la tombe, l’aspect de l’ange- sont « les symboles qui attestent de l’intervention de Dieu lui-même, porteur d’une ère nouvelle, des derniers temps de l’Histoire ».

Face à cette intervention divine, la réaction est double, fait ensuite remarquer François. D’abord celle des gardes « stupéfaits » et désarmés devant la force de Dieu ; « la puissance de la Résurrection abat ceux qui étaient utilisés pour garantir l’apparente victoire de la mort ». Devant leurs supérieurs, ces gardes ont été mis face à un choix : dire la vérité ou se taire. Corrompus par le "dieu-argent", ils ont « vendu la vérité » et répandu ce qu’on leur avait commandé de dire : que les disciples avaient volé le corps du Seigneur. Il y a ensuite la réaction des femmes, craintives dans un premier temps, puis invitées par l’ange à ne pas avoir peur et à ne pas chercher Jésus dans la tombe.

De ces paroles angéliques, le Pape en retire un enseignement : « ne nous fatiguons pas de chercher le Christ ressuscité, qui donne la vie en abondance à ceux qui le rencontrent ». Trouver le Christ signifie découvrir la paix du cœur, assure encore le Saint-Père, qui, au début de ce temps pascal, souhaite aux fidèles de faire la même expérience des saintes femmes : celle de la joie, « en accueillant dans le cœur, les maisons et les familles l’heureuse annonce de Pâques : "le Christ ressuscité ne meurt plus, sur Lui la mort n’a plus aucun pouvoir" ».

Saluant les fidèles connectés au moyen de divers moyens de communication, le Pape a adressé ses pensées en particulier « aux personnes âgées, aux malades, connectés depuis leur domicile ou ou leurs maisons. Je leur adresse un mot d’encouragement et de gratitude pour leur témoignage. Je suis proche d’eux ».

(Avec V. N.)

Dimanche 4 Avril 2021

A l’issue de la messe de Pâques célébrée par le Pape François en présence de 150 fidèles en la basilique saint-Pierre, le Souverain pontife a donné sa bénédiction "Urbi et Orbi", à la Ville et au monde, devant l’autel de la Chaire de saint Pierre. Un message de soutien spirituel aux plus fragiles qui souffrent de la crise mondiale, et d’appels à la paix là où règne toujours le conflit dans certaines régions du monde.

« L’annonce de Pâques ne montre pas un mirage, elle ne révèle pas une formule magique, elle n’indique pas une échappatoire face à la situation difficile que nous traversons ». En ces termes, le Pape François a inauguré son message à la Ville et au monde en ce jour de Pâques, point culminant de l’année liturgique, dans une atmosphère encore une fois très particulière cette année.

La pandémie est encore en cours, et la crise sociale et économique est très lourde, en particulier pour les plus pauvres, a rappelé François, qui s’est dit scandalisé par le fait que « les conflits armés ne cessent pas et les arsenaux militaires se renforcent ». « C’est le scandale d’aujourd’hui », a-t-il répété.

Au milieu de cette réalité complexe, a relevé le Saint-Père, l’annonce de Pâques renferme en quelques mots un événement qui donne l’espérance qui ne déçoit pas : « Jésus, le crucifié, est ressuscité ».

Et le Successeur de Pierre de préciser : « Cette annonce de Pâques ne parle pas d’anges ou de fantômes, mais d’un homme, un homme en chair et en os, avec un visage et un nom : Jésus. Le crucifié, pas un autre, est ressuscité. »

Et les témoins de cette résurrection rapportent d’ailleurs un détail important : Jésus ressuscité porte gravées les plaies des mains, des pieds et du côté. « Ces plaies sont le sceau éternel de son amour pour nous. Quiconque souffre une dure épreuve, dans son corps et dans son esprit, peut trouver refuge dans ces blessures, recevoir à travers elles la grâce de l’espérance qui ne déçoit pas », a assuré le Saint-Père, avant de détailler les espérances du Christ pour diverses catégories de personnes, comme « ceux qui souffrent encore à cause de la pandémie, les malades et ceux qui ont perdu une personne chère ».

Le Pape a ensuite invoqué le réconfort du Seigneur pour « les efforts des médecins et des infirmiers », pour « les personnes les plus fragiles, qui ont besoin d’assistance et ont le droit d’avoir accès aux soins nécessaires ». Avant de lancer un appel au partage équitable des vaccins : « Dans l’esprit d’un “internationalisme des vaccins”, j’exhorte donc toute la Communauté internationale à un engagement partagé afin de surmonter les retards dans leur distribution et en favoriser le partage, en particulier avec les pays les plus pauvres ».
Crise sociale et économique

Et le Pape de poursuivre sur la sévère crise socio-économique des temps présents : « Le Crucifié ressuscité est un réconfort pour ceux qui ont perdu leur travail ou traversent de graves difficultés économiques et qui sont privés de protections sociales adéquates. Que le Seigneur inspire l’action des autorités publiques afin qu’à tous, en particulier aux familles les plus nécessiteuses, soient offertes les aides nécessaires à une subsistance suffisante. »

« Il faut que les pauvres de toute sorte se reprennent à espérer », disait saint Jean-Paul II lors de son voyage à Haïti, cité par le Pape François. Et c’est justement vers « le cher peuple haïtien » que la pensée et les encouragements du Primat d’Italie se sont tournés en premier en ce jour, « pour qu’il ne soit pas vaincu par les difficultés mais qu’il regarde vers l’avenir avec confiance et espérance ».

« Jésus ressuscité est l’espérance aussi pour de nombreux jeunes qui ont été contraints de passer de longues périodes sans aller à l’école ou à l’université ni partager le temps avec leurs amis », a continué le Pape, assurant combien nous avons tous besoin de vivre des relations humaines réelles et pas seulement virtuelles. « Je suis proche des jeunes du monde entier et, en ce moment, en particulier de ceux de Birmanie, qui s’engagent pour la démocratie en faisant entendre pacifiquement leur voix, conscients que la haine ne peut être éliminée que par l’amour », a ajouté François qui suit de très près la situation politico-militaire dans ce pays qu’il avait visité en 2017.

Que la lumière du Ressuscité soit source de renaissance pour les migrants fuyant la guerre et la misère, a espéré le Pape. « Sur leurs visages, reconnaissons le visage défiguré et souffrant du Seigneur qui monte au Calvaire ». François a remercié ainsi les pays qui accueillent avec générosité ceux qui souffrent et cherchent refuge, « en particulier le Liban et la Jordanie qui accueillent de très nombreux réfugiés ayant fui le conflit syrien ».

« Que le peuple libanais, qui traverse une période de difficultés et d’incertitudes, fasse l’expérience de la consolation du Seigneur ressuscité et soit soutenu par la Communauté internationale dans sa vocation d’être une terre de rencontre, de coexistence et de pluralisme », a soutenu le Souverain pontife, souhaitant également la paix dans « la bien-aimée et martyrisée Syrie, où des millions de personnes vivent désormais dans des conditions inhumaines », ainsi qu’au Yémen « dont les événements sont entourés d’un silence assourdissant et scandaleux », et en Libye « où l’on entrevoit enfin la sortie d’une décennie de disputes et d’affrontements sanglants ».

Le Pape a ensuite tourné ses pensées naturellement vers Jérusalem, appelant Israéliens et Palestiniens à retrouver la force du dialogue pour une solution stable à deux États, de même que vers l’Irak, pays visité le mois dernier, pour lequel le Pape prie pour que « puisse continuer le chemin de pacification entrepris ».

François a invoqué « la force du Ressuscité » pour les populations africaines qui voient leur avenir compromis par des violences internes et par le terrorisme international, en particulier au Sahel et au Nigeria, ainsi que dans la région du Tigré et de Cabo Delgado.

« Il y a encore trop de guerres et trop de violence dans le monde ! », s’est enfin indigné le Saint-Père, appelant le Seigneur à nous aider « à vaincre la mentalité de la guerre ». François a aussi prié pour les prisonniers de guerre, particulièrement en Ukraine orientale et dans le Haut-Karabakh, avant de rappeler, ce 4 avril, Journée mondiale de lutte contre les mines antipersonnel, combien ces « sournois et horribles engins qui tuent ou mutilent chaque année de nombreuses personnes innocentes, empêchent l’humanité de marcher ensemble sur les chemins de la vie ». « Comme un monde sans ces instruments de mort serait meilleur ! », s’est-il exclamé.
Pour la fin des restrictions sanitaires aux cultes

Enfin, le Pape François a appelé les gouvernements à supprimer les restrictions d’accès au culte à cause de la pandémie. « Prions pour que ces restrictions, comme toute restriction à la liberté de culte et de religion dans le monde, puissent être supprimées et que chacun soit autorisé à prier et à louer Dieu librement. »

« À la lumière du Ressuscité, nos souffrances sont transfigurées. Là où il y avait mort, il y a maintenant vie, là où il y avait deuil, il y a maintenant consolation. Et maintenant prions pour que les effets bénéfiques de cette guérison s’étendent à travers le monde entier. Joyeuses Pâques à tous ! », a conclu le Successeur de Pierre, avant de donner sa bénédiction Urbi et Orbi.

(Avec V. N.)

Samedi 3 Avril 2021

Le Pape François a célébré en soirée, à la basilique Saint-Pierre, la liturgie de la Veillée pascale, marquant le passage du Christ de la mort vers la vie et le passage du monde de l’obscurité vers la lumière.

Pour la deuxième année consécutive, la Veillée pascale a été célébrée en format restreint compte tenu de la pandémie de coronavirus, depuis l’autel de la Chaire de Saint-Pierre. Cinq évêques et 34 cardinaux ont concélébré avec le Pape. Tout comme lors de la messe de la Nuit de Noël le 24 décembre dernier, l’horaire du début de la célébration avait été avancé à 19h30 afin de tenir compte du couvre-feu, toujours fixé à 22h en Italie.

Les traditions liturgiques de cette Nuit de la Résurrection, symbolisant le passage de la nuit à la lumière, ont néanmoins été déployées, avec notamment l’Exsultet, les sept lectures de l’Ancien Testament, les Psaumes et cantiques, et la lettre de saint Paul aux Romains, convergeant vers l’Évangile de la Résurrection, lu à travers le récit de saint Marc.

Le Pape a délivré une homélie explorant le sens de l’expression « aller en Galilée », afin de démontrer que la foi dans le Christ Ressuscité ne doit pas se vivre de façon statique, mais dans une mise en mouvement. Les femmes évoquées dans l’Évangile (Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé) « étaient allé pleurer un mort, au contraire elles ont entendu une annonce de vie ». Elles sont « remplies de frayeur et d’étonnement », « une crainte mêlée de joie, qui surprend leur cœur à la vue de la grande pierre du tombeau roulée et à l’intérieur un jeune homme avec un vêtement blanc ». Elles reçoivent ainsi l’invitation de Pâques, à « aller en Galilée, ce qui signifie, d’abord, recommencer. Pour les disciples c’est retourner sur le lieu où, pour la première fois, le Seigneur les a cherchés et les a appelés à le suivre. C’est le lieu de la première rencontre et du premier amour. »

Certes, cette histoire n’a pas été réussie, en apparence : « Ils n’ont pas compris complètement, souvent ils ont mal interprété ses paroles et devant la croix ils ont fui, le laissant seul. Malgré cet échec, le Seigneur Ressuscité se présente comme celui qui, encore une fois, les précède en Galilée ; les précède, c’est-à-dire se tient devant eux. Il les appelle et les invite à le suivre, sans jamais se fatiguer. » Avec son « amour infini », le Seigneur « trace des sentiers nouveaux à l’intérieur des routes de nos défaites ».

« Il est possible de toujours recommencer, parce qu’il y a une vie nouvelle que Dieu est capable de faire repartir en nous au-delà de tous nos échecs. Même des décombres de notre cœur – et chacun de nous les connait -, Dieu peut construire une œuvre d’art. Même des fragments désastreux de notre humanité Dieu prépare une histoire nouvelle. Il nous précède toujours : sur la croix de la souffrance, de la désolation et de la mort, comme dans la gloire d’une vie qui ressuscite, d’une histoire qui change, d’une espérance qui renaît. Et en ces sombres mois de pandémie, nous entendons le Seigneur ressuscité qui nous invite à recommencer, à ne jamais perdre l’espérance », a insisté François.

Et aller en Galilée signifie aussi « parcourir des chemins nouveaux. C’est aller dans la direction opposée au tombeau. » La foi n’est pas la commémoration nostalgique d’un évènement du passé, a expliqué François. « Beaucoup, et même nous aussi, vivent la “foi des souvenirs”, comme si Jésus était un personnage du passé, un ami de jeunesse désormais loin, un fait arrivé il y a longtemps, quand étant enfant je fréquentais le catéchisme. Une foi faite d’habitudes, de choses du passé, de beaux souvenirs de l’enfance, qui ne me touche plus, ne m’interpelle plus », a regretté le Pape, qui a martelé qu’au contraire, « aller en Galilée signifie apprendre que la foi, pour être vivante, doit se remettre en route. Elle doit faire revivre chaque jour le début du chemin, l’étonnement de la première rencontre », en faisant confiance, sans chercher à tout planifier, à tout maîtriser. « Très souvent, nous avons peur des surprises de Dieu, mais aujourd’hui le Seigneur nous invite à nous laisser surprendre ! »

« Jésus n’est pas un personnage dépassé. Il est vivant, ici et maintenant. Il marche avec toi chaque jour, dans la situation que tu vis, dans l’épreuve que tu traverses, dans les rêves que tu portes en toi. Il ouvre des chemins nouveaux où il te semble qu’il n’y en a pas, il te pousse à aller à contrecourant par rapport au regret et au “ déjà vu”. Même si tout te semble perdu, ouvres-toi avec étonnement à sa nouveauté : il te surprendra », a insisté le Pape.

« Aller en Galilée signifie, en outre, aller aux frontières », car Jésus a voulu adresser l’annonce « à ceux qui mènent leur vie quotidienne avec peine, aux exclus, aux personnes fragiles, aux pauvres, pour être visage et présence de Dieu qui va chercher sans se lasser celui qui est découragé ou perdu, qui va jusqu’aux limites de l’existence parce qu’à ses yeux personne n’est dernier, personne n’est exclu. »

Aujourd’hui existe encore une « Galilée réelle. C’est le lieu de la vie quotidienne, ce sont les routes que nous parcourons chaque jour, ce sont les recoins de nos villes où le Seigneur nous précède et se rend présent, justement dans la vie de celui qui passe à côté de nous et partage avec nous le temps, la maison, le travail, les peines et les espérances. En Galilée nous apprenons que nous pouvons trouver le Ressuscité dans le visage des frères, dans l’enthousiasme de celui qui rêve et dans la résignation de celui qui est découragé, dans les sourires de celui qui se réjouit et dans les larmes de celui qui souffre, surtout dans les pauvres et dans celui qui est marginalisé. Nous nous étonnerons de la façon dont la grandeur de Dieu se révèle dans la petitesse, de la façon dont sa beauté resplendit dans les simples et dans les pauvres. »

« Jésus, le Ressuscité, nous aime sans limites et visite chacune de nos situations de vie. Il a planté sa présence au cœur du monde et nous invite aussi à dépasser les barrières, vaincre les préjugés, approcher celui qui est à côté chaque jour, pour retrouver la grâce du quotidien, a insisté François. Au-delà de toutes les défaites, du mal et de la violence, au-delà de toute souffrance et au-delà de la mort, le Ressuscité vit et conduit l’histoire. »

« Sœur, Frère si en cette nuit tu portes dans le cœur une heure sombre, un jour qui n’a pas encore surgi, une lumière ensevelie, un rêve brisé, ouvre ton cœur avec étonnement à l’annonce de la Pâque : “N’aie pas peur, il est ressuscité ! Il t’attend en Galilée”. Tes attentes ne resteront pas déçues, tes larmes seront séchées, tes peurs seront vaincues par l’espérance. Parce que le Seigneur te précède, il marche toujours devant toi. Et, avec lui, toujours, la vie recommence », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Jeudi 1er Avril 2021

En ce matin du Jeudi Saint, le Pape François a célébré la Messe Chrismale dans la basilique Saint-Pierre au Vatican. Au cours de son homélie, le Saint-Père est revenu sur l’Évangile de Saint Luc, où Jésus dans la synagogue de Nazareth fait la lecture du livre du Prophète Isaïe pour annoncer l’accomplissement de la Parole. Retrouvez dans son intégralité le texte de son homélie

« L’Evangile nous présente un changement de sentiments chez les personnes qui écoutent le Seigneur. Le changement est dramatique et il nous montre combien la persécution et la Croix sont liées à l’annonce de l’Evangile. L’admiration suscitée par les paroles de grâce qui sortent de la bouche de Jésus a peu duré dans l’esprit des gens de Nazareth. Une phrase que quelqu’un a murmuré à voix basse : “Mais celui-là, qui est-il ? Le fils de Joseph ?” (cf. Lc 4, 22) Cette phrase s’est propagée insidieusement. Et tous : “ Mais qui est-il, celui-là ? N’est-il pas le fils de Joseph ?”.

Il s’agit de l’une de ces phrases ambigües qu’on lâche en passant. On peut l’utiliser pour exprimer avec joie : “Quelle merveille que quelqu’un d’origine si humble parle avec cette autorité”. Et un autre peut l’utiliser pour dire avec mépris : “Et celui-ci, d’où est-il sorti ? Qui croit-il être ?”. Si nous regardons bien, la phrase se répète quand les apôtres, le jour de la Pentecôte, remplis de l’Esprit Saint, commencent à prêcher l’Evangile. Quelqu’un a dit : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? » (Ac 2, 7). Et tandis que les uns ont accueilli la Parole, les autres les ont pris pour des ivrognes.

Formellement il semblerait qu’une option a été laissée ouverte mais, si nous considérons les fruits, dans ce contexte concret, ces paroles contenaient un germe de violence qui s’est déchainée contre Jésus.

Il s’agit d’une “phrase moteur”[1], comme quand on dit : “C’en est trop !” et on agresse l’autre ou on s’en va.

Le Seigneur, qui parfois se taisait ou allait sur l’autre rive, cette fois n’a pas renoncé à commenter, au contraire, il a démasqué la logique perverse qui se cachait sous le couvert d’un simple commérage de campagne. « Vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”. Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici, dans ton lieu d’origine ! » (Lc 4, 23). “Guéris-toi toi-même…”.

“Qu’il se sauve lui-même”. Ici se trouve le venin ! C’est la même phrase qui suivra le Seigneur jusqu’à la Croix : « Il en a sauvé d’autres ! qu’il se sauve lui-même » (Lc 23, 35) ; “et qu’il nous sauve nous aussi”, ajoutera un des deux malfaiteurs (cf. v. 39).

Le Seigneur, comme toujours, ne dialogue pas avec l’esprit mauvais, il répond seulement avec l’Ecriture. Les prophètes Elie et Elisée n’ont pas non plus été acceptés par leurs compatriotes mais par contre ils le furent par une veuve phénicienne et un syrien souffrant de la lèpre : deux étrangers, deux personnes d’une autre religion. Les faits sont un signe fort et provoquent l’effet qu’avait prophétisé Siméon, ce vieillard charismatique : que Jésus aurait été « signe de contradiction » (semeion antilegomenon) (Lc 2, 34)[2]

La parole de Jésus a le pouvoir de mettre en lumière ce que l’on a dans le cœur, qui d’habitude est un mélange, comme le grain et l’ivraie. Et cela provoque un combat spirituel. En voyant les gestes de la miséricorde débordante du Seigneur et en écoutant ses béatitudes et les “malheur à vous !” de l’Evangile, on est obligé de discerner et de choisir. Dans ce cas sa parole n’a pas été acceptée et cela a fait que la foule, furieuse, a tenté de mettre fin à sa vie. Mais ce n’était pas encore “l’heure” et le Seigneur, nous dit l’Evangile, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30).

Ce n’était pas l’heure mais la rapidité avec laquelle se sont déclenchées la fureur et la férocité de l’acharnement, capables de tuer le Seigneur à ce moment même, montre que c’est toujours l’heure. Et c’est ce que je voudrais partager aujourd’hui avec vous, chers prêtres : l’heure de l’annonce joyeuse et l’heure de la persécution et de la Croix vont ensemble.

L’annonce de l’Evangile est toujours liée à l’étreinte d’une croix concrète. La douce lumière de la Parole produit clarté dans les cœurs bien disposés et confusion et rejet dans ceux qui ne le sont pas. Cela, nous le voyons constamment dans l’Evangile.

La bonne semence semée dans un champ donne du fruit – cent, soixante, trente pour un –, mais elle réveille aussi la jalousie de l’ennemi qui se met avec obsession à semer l’ivraie durant la nuit (cf. Mt 13, 24-30.36-43).

La tendresse du père miséricordieux attire irrésistiblement le fils prodigue pour qu’il retourne à la maison, mais elle suscite aussi l’indignation et la rancœur du fils aîné (cf. Lc 15, 11-32).

La générosité du propriétaire de la vigne est un motif de reconnaissance pour les ouvriers de la dernière heure, mais elle est aussi un motif de commentaires aigres de la part des premiers, qui se sentent offensés parce que leur maître est bon (cf. Mt 20, 1-16).

La proximité de Jésus qui va manger avec les pécheurs gagne des cœurs comme celui de Zachée, celui de Matthieu, celui de la Samaritaine…, mais elle provoque aussi des sentiments de mépris chez ceux qui se croient justes.

La magnanimité de cet homme qui envoie son fils en pensant qu’il sera respecté par les vignerons, déchaîne cependant en eux une férocité hors de toute mesure : nous sommes face au mystère de l’iniquité qui conduit à tuer le Juste (cf. Mt 21, 33-46).

Tout cela, chers frères prêtres, nous fait voir que l’annonce de la Bonne Nouvelle est liée – mystérieusement – à la persécution et à la Croix.

Saint Ignace de Loyola, dans la contemplation de la Nativité – pardonnez-moi cette publicité pour ma famille -, dans cette contemplation de la Nativité il exprime cette vérité évangélique quand il nous fait observer et considérer ce que font saint Joseph et la Vierge : « par exemple, ils marchent et travaillent pour que le Seigneur naisse dans une extrême pauvreté, et meure sur la croix après avoir souffert de faim, de soif, de chaleur et de froid, d’injures et d’affronts. Et tout cela pour moi. Puis – ajoute Ignace –, réfléchissant, pour obtenir un bénéfice spirituel » (Exercices spirituels, 116). La joie de la naissance du Seigneur, la souffrance de la Croix, la persécution.

Quelle réflexion pouvons-nous faire afin de tirer profit pour notre vie sacerdotale en contemplant cette présence précoce de la Croix – de l’incompréhension, du rejet, de la persécution – au début et au cœur même de la prédication évangélique ?

Deux réflexions me viennent à l’esprit.

La première : il n’est pas étonnant de constater que la Croix est présente dans la vie du Seigneur au début de son ministère et même avant sa naissance. Elle est déjà présente dans le premier trouble de Marie à l’annonce de l’ange ; elle est présente dans l’insomnie de Joseph, se sentant obligé d’abandonner son épouse promise ; elle est présente dans la persécution d’Hérode et dans les épreuves que subit la Sainte Famille, semblables à celles de nombreuses familles qui doivent s’exiler de leur patrie.

Cette réalité nous ouvre au mystère de la Croix vécue bien avant. Elle nous amène à comprendre que la Croix n’est pas un évènement à posteriori, un fait occasionnel, produit d’une conjoncture dans la vie du Seigneur. Il est vrai que tous ceux qui crucifient dans l’histoire font apparaître la Croix comme si elle était un dommage collatéral, mais ce n’est pas ainsi : la Croix ne dépend pas des circonstances. Les grandes Croix de l’humanité et les petites Croix – disons ainsi – de chacun de nous, ne dépendent pas des circonstances.

Pourquoi le Seigneur a-t-il embrassé la Croix dans toute son intégrité ? Pourquoi Jésus a-t-il embrassé toute la passion : il a embrassé la trahison et l’abandon de ses amis dès la dernière cène, il a accepté la détention illégale, le jugement sommaire, la sentence démesurée, la méchanceté sans motif des gifles et des crachats gratuits… ? Si les circonstances avaient déterminé le pouvoir salvifique de la Croix, le Seigneur n’aurait pas tout embrassé. Mais quand ce fut son heure, il a embrassé toute la Croix. Parce que dans la Croix, il n’y a pas d’ambigüité ! La Croix ne se négocie pas.

La seconde réflexion est la suivante. Il est vrai qu’il y a quelque chose de la Croix qui est partie intégrante de notre condition humaine, de la limite et de la fragilité. Cependant il est aussi vrai qu’il y a quelque chose de ce qui se passe sur la Croix, qui n’est pas inhérent à notre fragilité. C’est bien la morsure du serpent, qui, en voyant le crucifié sans défense, le mord et tente d’empoisonner et de discréditer toute son œuvre. Une morsure qui cherche à scandaliser – nous sommes dans une époque à scandales –, une morsure à immobiliser et à rendre stériles et insignifiants tout service et tout sacrifice d’amour pour les autres. C’est le venin du malin qui continue d’insister : sauve-toi toi-même.

Et dans cette morsure, cruelle et douloureuse, qui prétend être mortelle, apparait finalement le triomphe de Dieu. Saint Maxime le Confesseur nous a fait voir qu’avec Jésus crucifié les choses ont été inversées : en mordant la chair du Seigneur, le démon ne l’a pas empoisonné – il a seulement trouvé en lui mansuétude infinie et obéissance à la volonté du Père – En revanche, avec l’appât de la Croix, il a avalé la Chair du Seigneur qui a été un venin pour lui et est devenue pour nous l’antidote qui neutralise le pouvoir du malin.[3]

Ce sont mes réflexions. Demandons au Seigneur la grâce de tirer profit de ces enseignements : il y a la Croix dans l’annonce de l’Evangile, c’est vrai, mais c’est une Croix qui sauve. Pacifiée avec le Sang de Jésus, c’est une Croix avec la force de la victoire du Christ qui vainc le mal, qui nous libère du Malin. L’embrasser avec Jésus et comme lui, déjà “bien avant” d’aller prêcher, nous permet de discerner et de refuser le poison du scandale avec lequel le démon cherchera à nous empoisonner quand surviendra à l’improviste une croix dans notre vie.

« Or nous ne sommes pas, nous, de ceux qui abandonnent (hypostoles) » (He 10, 39), dit l’auteur de la Lettre aux Hébreux. « Nous ne sommes pas, nous, de ceux qui abandonnent », et le conseil qu’il nous donne : ne nous scandalisons pas, parce que Jésus ne s’est pas scandalisé en voyant que sa joyeuse annonce de salut aux pauvres ne retentissait pas pur, mais au milieu des cris et des menaces de ceux qui ne voulaient pas entendre sa Parole ou voulaient la réduire à un légalisme (moraliste, cléricaliste…).

Ne nous scandalisons pas parce que Jésus ne s’est pas scandalisé quand il devait guérir les malades et libérer les prisonniers au milieu des discussions et des controverses moralistes, juridiques, cléricales qui surgissaient chaque fois qu’il faisait du bien.

Ne nous scandalisons pas parce que Jésus ne s’est pas scandalisé quand il devait rendre la vue aux aveugles au milieu de gens qui fermaient les yeux pour ne pas voir ou regardaient autre part.

Ne nous scandalisons pas parce que Jésus ne s’est pas scandalisé du fait que sa proclamation de l’année de grâce du Seigneur – une année qui est toute l’histoire – ait provoqué un scandale public dans ce qui occuperait aujourd’hui à peine la troisième page d’un journal de province.

Et ne nous scandalisons pas parce que l’annonce de l’Evangile ne reçoit pas son efficacité de nos paroles éloquentes, mais de la force de la Croix (cf. 1 Co 1, 17).

De la façon dont nous embrassons la Croix en annonçant l’Evangile – avec les œuvres, si nécessaire, avec les paroles – deux choses apparaissent : les souffrances qui nous sont procurées par l’Evangile ne sont pas nôtres mais sont « les souffrances du Christ en nous » (2 Co 1, 5), et que « nous ne nous annonçons pas nous-mêmes, mais le Seigneur Jésus Christ », nous sommes « serviteurs à cause de Jésus » (2 Co 4, 5).

Je voudrais terminer par un souvenir. Une fois, dans un moment très obscur de ma vie, je demandais une grâce au Seigneur, qu’il me libère d’une situation dure et difficile. Un moment obscur. Je suis allé prêcher les Exercices Spirituels à des religieuses et, le dernier jour, comme c’était habituel à cette époque, elles se sont confessées. Une sœur très âgée est venue, avec des yeux clairs, réellement lumineux. C’était une femme de Dieu. Alors j’ai senti le désir de lui demander de prier pour moi et je lui ai dit : “Ma Sœur, comme pénitence priez pour moi, parce que j’ai besoin d’une grâce. Demandez-la au Seigneur. Et si vous la demandez au Seigneur, certainement qu’il me la donnera”. Elle a fait silence, elle a attendu un long moment, comme si elle priait, et après elle m’a regardé et elle m’a dit ceci : “Certainement que le Seigneur vous donnera la grâce, mais ne vous y trompez pas : il la donnera à sa manière divine”. Cela m’a fait beaucoup de bien : sentir que le Seigneur nous donne toujours ce que nous demandons mais le fait à sa manière divine. Cette façon implique la croix. Non pas par masochisme, mais pas amour, par amour jusqu’à la fin[4]. »

Pape François

[1] Comme celles signalées par un maître spirituel, le père Claude Judde ; une de ces phrases qui accompagnent nos décisions et contiennent “le dernier mot”, celui qui conduit à la décision et pousse une personne ou un groupe à agir. Cf. C. Judde, Œuvres spirituelles, II, 1883 Instruction sur la connaissance de soi-même, 313-319, en M.Á. Fioritto, Buscar y hallar la voluntad de Dios, Bs. As., Paulinas, 2000, p. 248 ss.

[2] “Antilegomenon” veut dire qu’on parlerait contre lui, que certains parleraient bien de lui et que d’autres parleraient mal.

[3] Cf. Centuria 1, 8-13.

[4] Cf. Homélie de la Messe à Sainte Marthe, 29 mai 2013.

Mercredi 31 Mars 2021

Lors de l’audience générale de ce mercredi saint, le Pape François est revenu sur le triduum pascal et sa signification. Dans le contexte actuel de la pandémie, qui empêche une nouvelle fois la tenue de célébrations publiques, le Saint-Père rappelle que la croix du Christ est un signe d’espérance qui ne déçoit pas.

C’est une nouvelle fois au sein de la bibliothèque du palais apostolique que le Pape François a tenu cette audience générale. La cause : la pandémie de covid-19, qui marque encore de son empreinte les célébrations de cette Semaine Sainte. « Dans une situation de souffrance dont des personnes, des familles et des populations déjà éprouvées par la pauvreté, les calamités ou les conflits sont les premières à en pâtir, la Croix du Christ est comme un phare qui indique le port aux navires encore au large dans la tempête. C’est le signe de l’espérance qui ne déçoit pas ; et qui nous dit que pas même une larme, pas même un gémissement ne sont perdus dans le dessein de salut de Dieu » a rappelé le Pape François au terme de sa catéchèse.

Auparavant, le Saint-Père est revenu sur la signification de chacune des trois journées qui composent le triduum pascal, qui commence avec la messe in Coena Domini, le Jeudi Saint au soir. Lors de ce premier rendez-vous, Jésus laisse à ses disciples « le testament de son amour dans l’Eucharistie, non pas comme un souvenir mais comme un mémorial perpétuel de son amour », explique François. En lavant les pieds des apôtres, il demande de nous aimer les uns les autres. Ce geste anticipe sa mort sur la croix.

Le Vendredi Saint, jour de la Passion du Christ, en adorant la Croix, « nous revivrons le chemin de l’Agneau innocent immolé pour notre salut », explique le Pape. « Nous porterons dans l’esprit et dans le cœur les souffrances des malades, des pauvres, des rejetés de ce monde. Nous rappellerons les « agneaux immolés » victimes innocentes des guerres, des dictatures, des violences quotidiennes, des avortements ». En ce jour « de pénitence, de jeûne et de prière », le Pape souligne que grâce au Christ, « abandonné sur la croix, jamais plus personne n’est seul dans la nuit de la mort ». Et de nous exhorter à ne pas oublier « les crucifiés d’aujourd’hui qui sont l’image de Jésus Crucifié, en eux il y a Jésus ».

Et de citer dans ce monde plongé dans les ténèbres, « les guerres », « tous les enfants qui meurent de faim, qui n’ont pas d’éducation, les peuples entiers détruits par les guerres, le terrorisme », « les nombreuses personnes qui pour se sentir un peu mieux ont besoin de la drogue, de l’industrie de la drogue qui tue ». « C’est une calamité, c’est un désert » s’exclame alors le Saint-Père.

Lors du Samedi Saint, « jour du silence, vécu dans les larmes et le désarroi des premiers disciples », Marie pleure aussi mais « son cœur est rempli d’espérance et d’amour ». « Alors que tout semble fini, poursuit François, elle veille, confiante en la promesse de Dieu qui ressuscite les morts. C’est ainsi qu’à l’heure la plus sombre de l’histoire, elle est devenue la Mère de l’Église, la Mère de l’espérance ».

Enfin, la joie fera irruption au cours de la nuit Pascale et se prolongera pendant cinquante jours. « Toutes les questions et les incertitudes, les hésitations et les pauvres ont fui cette révélation » s’exclame le Pape. « Jésus ressuscité nous donne la certitude que le bien triomphera toujours sur le mal ».

Le Pape a voulu souligner un point avant de conclure : les soldats, « les ennemis » ont vu Jésus Ressuscité mais ont fait semblant de ne pas l’avoir vu, « parce qu’ils ont été payés ». On voit là parfaitement ce que Jésus dit une fois : il y a deux seigneurs, Dieu et l’argent. « C’est l’argent qui a fait changer la réalité », explique François qui poursuit : « ils avaient vu la merveille de la résurrection mais ils ont été payés pour se taire. Pensons à toutes les nombreuses fois que les hommes et les femmes chrétiennes ont été payés pour ne pas reconnaître dans la pratique la résurrection du Christ et ne font pas ce que le Christ leur demande de faire, comme chrétiens ».

(Avec V. N.)

Dimanche 28 Mars 2021

A la fin de la messe du dimanche des Rameaux, le Pape François a récité la prière de l’Angélus depuis la basilique Saint-Pierre, invitant les fidèles à suivre Jésus, comme Marie, en parcourant le chemin de la Passion.

Pour la deuxième année consécutive, l’entrée en Semaine Sainte se réalise dans le contexte de la pandémie, a tout d’abord noté le Saint-Père. « L’année dernière, nous étions plus choqués, cette année nous sommes plus éprouvés. Et la crise économique est devenue grave. »

« Que fait Dieu dans une telle situation ? », a demandé François. « Il prend la croix. Jésus prend sa croix, c’est-à-dire qu’il assume le fardeau du mal qu’une telle réalité entraîne, un mal physique, psychologique et surtout spirituel, car le Malin profite des crises pour semer la méfiance, le désespoir et la discorde. » « Alors nous, que devons-nous faire ? », a questionné François, invitant à suivre l’exemple de la Vierge Marie : « Elle a suivi son fils. Elle a pris sur elle sa part de souffrance, d’obscurité, d’égarement, et elle a parcouru le chemin de la passion, en gardant la lampe de la foi allumée dans son cœur. » Avec la grâce de Dieu, nous aussi nous pouvons faire ce voyage, a expliqué l’évêque de Rome.

Le long de ce chemin de croix quotidien, tandis que nous rencontrons « les visages de tant de frères et sœurs en difficulté », « ne passons pas à côté, laissons notre cœur s’émouvoir de compassion et approchons-nous », a invité François. Sur le moment nous pouvons peut-être penser, comme Simon de Cyrène, « Pourquoi moi ? », mais nous avons « le don qui, sans nos mérites, nous a été fait : Que la Vierge Marie, qui nous précède toujours sur le chemin de la foi, nous aide. »

Avant de conclure, le Saint-Père a tenu à prier pour les victimes de la violence, « en particulier pour celles de l’attentat survenu ce matin en Indonésie, devant la cathédrale de Makassar », en Indonésie, visée à la sortie de la messe du dimanche des Rameaux par un double attentat-suicide qui a fait au moins 14 blessés.

Ce dimanche 28 mars, la messe venait de s’achever dans la cathédrale du Sacré Coeur de Jésus à Makassar en Indonésie, quand une bombe a explosé, portée par deux kamikazes selon les autorités locales.

Selon les autorités locales, la déflagration près de la cathédrale de Makassar proviendrait de deux personnes ayant commis un attentat-suicide. Les deux kamikazes seraient morts, 14 autres personnes blessées.

Les deux terroristes seraient arrivés à bord du moto et se sont fait exploser près de l’édifice, tandis que les fidèles sortaient de la messe dans la cathédrale du Sacré Coeur de Jésus, siège de l’archidiocèse de Makassar, dans le sud de l’île de Célèbes. Selon l’agence Reuters, un garde de sécurité a arrêté les deux hommes alors qu’ils voulaient entrer dans le bâtiment, c’est à ce moment là qu’un des deux hommes s’est fait exploser. De nombreux véhicules ont été endommagés autour de l’édifice.

Les églises ont par le passé été la cible d’extrémistes en Indonésie, qui est le pays à majorité musulmane le plus peuplé au monde.

En mai 2018, une famille de six personnes, dont deux filles de 9 et 12 ans et deux fils de 16 et 18 ans, avaient déclenché des bombes contre trois églises de Surabaya, la deuxième ville du pays, tuant plus d’une dizaine de fidèles.

(Avec V. N.)

Mercredi 24 Mars 2021

Le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière, en centrant sa réflexion sur la figure de Marie, dont la maternité s’étend à toute l’Église. Marie « qui est toujours présente au chevet de ses enfants qui quittent ce monde ».

En la veille de la Solennité de l’Annonciation, c’est sur la prière « en communion avec Marie » que s’est concentré le Pape François ce mercredi matin depuis la bibliothèque du palais apostolique. « C’est de l’unique médiation du Christ que prennent leur sens et leur valeur les autres références que le chrétien trouve pour sa prière et sa dévotion, la première de toutes étant celle à la Vierge Marie », a t-il expliqué.

La Vierge occupe une place privilégiée dans la vie et la prière du chrétien, « parce qu’elle est la mère de Jésus ». Elle est présente partout dans l’iconographie chrétienne, a poursuivi le pape, citant notamment une célèbre représentation de la Vierge dans la cathédrale de Bari (la Madonne Odigitria, qui montre la direction vers son Fils) « toujours en relation avec son Fils et en fonction de Lui. Ses mains, ses yeux, son attitude sont un “catéchisme” vivant et ils signalent toujours le pivot, le centre : Jésus. Marie est totalement tournée vers Lui ».

Les Évangiles rapportent combien la Vierge Marie est présente, même si elle semble « presque disparaître », mais elle revient dans les « moments cruciaux » comme à Cana ou au pied de la Croix sur le Golgotha. Toute sa vie terrestre, Marie est restée « l’humble servante du Seigneur », un rôle qu’elle conserve pour toujours a souligné François.

« Jésus a étendu la maternité de Marie à toute l’Eglise quand il lui a confié le disciple bien-aimé, peu avant de mourir sur la croix. A partir de ce moment-là, nous avons tous été placés sous son manteau, comme on le voit dans certaines fresques ou tableaux médiévaux » a poursuivi le Pape. Notre prière vers elle a d’abord repris des expressions présentes dans les Évangiles comme « pleine de grâce » ou « bénie entre toutes les femmes », puis Marie est devenue ensuite « Mère de Dieu » (Theotokos) après le Concile d’Ephèse.

Dans l’histoire, a précisé François, les qualificatifs donné à la Vierge sont nombreux pour la magnifier, la piété chrétienne « lui a toujours conféré de beaux titres ». Mais, a t-il averti, « les choses que l’Église et les Saints disent à Marie, les belles choses, n’enlèvent rien à l’unicité rédemptrice du Christ. Il est le seul Rédempteur ».
Marie nous accompagne dans le passage à la vie éternelle

Comme dans la prière du Notre-Père, a encore expliqué le Souverain Pontife, « nous demandons à la Mère de prier pour nous pécheurs, pour qu’elle intercède avec sa tendresse, “maintenant et à l’heure de notre mort ”. Maintenant, dans les situations concrètes de la vie, et au moment final, pour qu’elle nous accompagne dans le passage à la vie éternelle ».

Le Pape a ainsi rappelé combien la présence maternelle de la Vierge était proche au moment de la mort, des mots qui résonnent avec la situation actuelle marquée par la pandémie mondiale. « Marie est toujours présente au chevet de ses enfants qui quittent ce monde » a t-il précisé, elle « a été et est présente pendant les jours de la pandémie, auprès des personnes qui ont malheureusement conclu leur chemin terrestre dans une situation d’isolement, sans le réconfort de la proximité de leurs proches. Marie est toujours là, avec sa tendresse maternelle ».

Les prières qui lui sont adressées « ne sont pas vaines » a encore souligné François, elle « nous défend des dangers, elle se préoccupe pour nous, même quand nous sommes pris par nos occupations et que nous perdons le sens du chemin, mettant en danger non seulement notre santé, mais notre salut ».

« Marie est là, qui prie pour nous, qui prie pour ceux qui ne prient pas. Car elle est notre Mère » a t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 21 Mars 2021

En ce cinquième dimanche de Carême, le Pape a commenté l’Évangile selon saint Jean de ce jour, quand, quelques jours avant sa Passion, Jésus se trouve à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Le signe de la croix doit être cohérent avec l’Évangile, les fidèles sont appelés à témoigner d’une vie qui se donne dans le service, auprès de ceux qui demande à rencontrer Jésus. Le Saint-Père assure que c’est à ce moment-là, dans l’épreuve et la solitude alors que la graine meurt, que la vie germe pour produire des fruits mûrs en son temps.

Philippe et André viennent le trouver car des Grecs, curieux de ce qu’il accomplissait, avaient formulé le désir de le voir. "Nous voudrions voir Jésus" (Jn12, 21), une « question que tant d’hommes et de femmes, de tout lieu et de tout temps, adressent à l’Église et aussi à chacun de nous », rapporte le Saint-Père.

La réponse de Jésus « donne à penser », explique François. Il dit : "L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit" (v. 23-24). Ces mots ne semblent pas répondre à la question posée par ces Grecs, or « en réalité, ils vont plus loin », affirme le Saint-Père, « Jésus révèle en effet que, pour tout homme qui veut le chercher, il est la semence cachée prête à mourir pour porter beaucoup de fruits ». Comme pour dire :

“« Si vous voulez me connaître et me comprendre, regardez le grain de blé qui meurt en terre, regardez la croix ».”

Il n’y pas de hasard si le signe de croix est devenu au fil des siècles « l’emblème par excellence des chrétiens ». D’ailleurs, poursuit François, le crucifix est bien le premier signe que rencontre ceux qui, aujourd’hui encore, veulent "voir Jésus", venant peut-être de pays et de cultures où le christianisme est peu connu. Ils le voient dans les églises, les maisons des chrétiens, et même porté sur son propre corps. L’important, souligne le Pape, est que le signe soit cohérent avec l’Évangile, « la croix ne peut qu’exprimer l’amour, le service, le don de soi sans réserve : c’est seulement ainsi qu’elle est vraiment l’"arbre de la vie", de la vie en abondance ».

Et parce qu’aujourd’hui encore, de nombreuses personnes, souvent sans le dire, de manière implicite, aimeraient "voir Jésus", le rencontrer, le connaître, « nous comprenons la grande responsabilité qui nous incombe, à nous chrétiens et à nos communautés ». Le Pape invite à témoigner d’une vie qui se donne dans le service, en imitant le style de Dieu : proximité, compassion et tendresse. Il s’agit de « semer des graines d’amour non pas avec des mots qui s’envolent, mais avec des exemples concrets, simples et courageux ». Ensuite, promet le Pape « le Seigneur, avec sa grâce, nous fait porter du fruit, même lorsque le terrain est aride à cause des incompréhensions, des difficultés ou des persécutions ». François assure que c’est précisément à ce moment-là, dans l’épreuve et la solitude, alors que la graine meurt, que la vie germe, pour produire des fruits mûrs en son temps. « C’est dans cet entrelacement entre la mort et la vie que nous pouvons faire l’expérience de la joie et de la véritable fécondité de l’amour ».

Le Pape appelle enfin la Vierge Marie à aider chacun à suivre Jésus, « à marcher avec force et bonheur sur le chemin du service », afin que l’amour du Christ « brille dans toutes nos attitudes et devienne toujours davantage le style de notre vie quotidienne ».

À l’issue de l’Angélus, le Pape a invité chacun à renouveler son engagement contre les structures de péché que sont les mafias. Depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape a en effet rappelé que l’Italie célébrait une Journée du souvenir en mémoire des victimes de la mafia ce dimanche 21 mars, une date choisie en 2017 par les députés italiens car elle marque la fin de l’hiver et le début du printemps.

Mais, « les mafias sont présentes dans différentes parties du monde », rappelle le Pape et elles « exploitent la pandémie », s’enrichissent grâce à la corruption, dénonce François.

Devant des fidèles du monde entier, le Pape a rappelé l’engagement de ses prédécesseurs contre les mafias. Saint Jean-Paul II dénonçait leur « culture de mort », tandis que Benoît XVI condamnait ces « chemins de mort ». Pour le Pape, « ces structures de péchés, ces structures mafieuses contraires à l’Évangile, confondent la foi et l’idolâtrie ».

Le Pape a invité ce dimanche à faire mémoire de toutes les victimes de la mafia et à renouveler son engagement personnel contre les mafias.

Depuis le début de son pontificat, le Pape François n’a cessé de lutter contre le fléau de la criminalité organisée, en se rendant en Calabre ou en Sicile. « On ne peut croire et être mafieux », s’exclamait-il dans une homélie prononcée à Palerme en septembre 2018, à l’occasion du 25e anniversaire de la mort du père Pino Puglisi, victime de la mafia. Il invitait alors à choisir la voie de l’amour et du service plutôt que celle de l’argent et du pouvoir.

L’été dernier, le Saint-Père a également demandé que la figure de la Vierge Marie soit libérée de l’influence des mafias.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 Mars 2021

Lors de l’audience générale qu’il a tenue dans la bibliothèque du palais apostolique, le Pape a exploré la prière comme relation avec la Sainte Trinité, et en particulier avec l’Esprit Saint, sans qui il n’y a pas de relation avec le Père ou le Fils. Sa présence vivifie le croyant, appelé à maintenir son feu d’amour sur la terre.

L’Esprit est un « don fondamental », il ouvre notre cœur à la présence de Dieu, « nous transforme en profondeur et nous fait expérimenter la joie émouvante d’être aimés par Dieu comme de vrais enfants. » Il nous rend le Christ présent et offre aux chrétiens de chaque temps et chaque lieu la possibilité de le rencontrer. Car le Christ n’est pas un personnage historique du passé, a insisté le Pape, « il n’est pas éloigné, il est avec nous » et l’Esprit éduque encore ses disciples, comme il le fit pour Pierre, Paul et Marie de Magdala.

Beaucoup d’hommes et de femmes ont vécu cette expérience de la prière, par laquelle l’Esprit les a formés « selon la mesure du Christ ». En ces personnes, « palpite une vie différente », note le Saint-Père qui se réfère non seulement aux ermites, moines et moniales, mais aussi à des personnes communes, qui elles aussi, « ont tissé une longue histoire de dialogue avec Dieu, parfois de lutte intérieure qui purifie la foi ». Ces orants ont cherché Dieu dans l’Évangile, l’Eucharistie, le service aux frères et sœurs en difficulté, et ce faisant, ont conservé « sa présence comme un feu secret ».

Et la première tâche du chrétien est de maintenir ce feu de l’Esprit sur la terre, ce feu de l’amour sans lequel « les prophéties s’éteignent, la tristesse l’emporte sur la joie, l’habitude remplace l’amour, le service se transforme en esclavage ». Et le Pape de prendre l’exemple de la petite lampe qui brille devant le tabernacle, jour et nuit, en silence : « personne ne la voit, pourtant elle brûle devant le Seigneur ».

L’Esprit est maitre de prière, enseigne le catéchisme de l’Église catholique. Souvent, l’envie de prier est absente, ou bien nous prions avec la bouche tandis que le coeur est absent, remarque encore le Pape. « C’est le moment de dire à l’Esprit : "Viens Esprit Saint, réchauffe mon coeur, viens et apprends-moi à prier, apprends-moi à regarder le Père, à regarder le Fils. Apprends-moi comment est le chemin de la foi. Apprends-moi comment aimer et surtout apprends-moi à avoir une attitude d’espérance" », a développé le Souverain Pontife pour qui il s’agit d’appeler l’Esprit continuellement afin de le rendre présent dans nos vies.

Ainsi donc, c’est l’Esprit Saint qui « écrit l’histoire de l’Église et du monde », a fait observer François. « Nous sommes des pages ouvertes, disponibles à recevoir sa calligraphie. Et en chacun de nous l’Esprit compose des œuvres originales, car il n’y a jamais un chrétien complètement identique à un autre. Dans le domaine infini de la sainteté, l’unique Dieu, Trinité d’Amour, fait fleurir la variété des témoins : tous égaux en dignité, mais également uniques par la beauté que l’Esprit a voulu libérer en chacun de ceux que la miséricorde de Dieu a rendu ses enfants ». Et de conclure cette catéchèse en incitant les fidèles une fois encore à s’adresser directement à l’Esprit, à l’appeler à travers cette « belle prière » : « Viens Esprit Saint ».

(Avec V. N.)

Dimanche 14 Mars 2021

Lors de l’angélus de ce quatrième dimanche de Carême, le Saint-Père a médité sur trois aspects du Christ, qui se donne à « l’humanité faible et pécheresse ».

« Quelle est la raison de cette joie ? », s’interroge d’emblée le Saint-Père. L’Évangile du jour dit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16).

Ce message joyeux est le cœur de la foi chrétienne, estime ainsi le Pape : en effet, l’amour de Dieu « a trouvé son sommet » dans le don du Fils à l’humanité faible et pécheresse. C’est ce qui apparaît dans le dialogue nocturne entre Jésus et Nicodème, dont une partie est décrite dans l’Évangile (cf. Jn 3, 14-21).

Nicodème, comme chaque membre du peuple d’Israël, attendait le Messie, l’identifiant comme un homme fort qui jugerait le monde avec puissance. Jésus sape cette attente en se présentant sous trois aspects, raconte le Souverain pontife : celui du Fils de l’homme exalté sur la croix, celui du Fils de Dieu envoyé dans le monde pour le salut, et celui de la lumière qui distingue ceux qui suivent la vérité de ceux qui suivent le mensonge. Et le Pape de détailler successivement ces trois aspects.

Jésus se présente tout d’abord comme le Fils de l’homme (vv. 14-15). « Jésus a été élevé sur la croix et ceux qui croient en lui sont guéris du péché et vivent », affirme l’évêque de Rome.
La mission de Salut

Le deuxième aspect est celui du Fils de Dieu (vv.16-18). Dieu le Père aime l’humanité au point de « donner » son Fils : il l’a donné dans l’Incarnation et il l’a donné en le livrant à la mort. « La finalité du don de Dieu est la vie éternelle des hommes : en effet, Dieu envoie son Fils dans le monde non pas pour le condamner, mais pour que le monde soit sauvé par Jésus. La mission de Jésus est une mission de Salut, pour tous », a souligné le Souverain pontife.

Le troisième nom que Jésus se donne est « lumière », observe François (vv. 19-21). Et l’Évangile dit : « La lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière » (v. 19).

La venue de Jésus dans le monde provoque en effet un choix, relève le Successeur de Pierre : « celui qui choisit les ténèbres sera confronté à un jugement de condamnation, celui qui choisit la lumière aura un jugement de salut. Le jugement est la conséquence du libre choix de chacun : celui qui pratique le mal cherche les ténèbres, celui qui pratique la vérité, c’est-à-dire le bien, vient à la lumière. Celui qui marche dans la lumière, celui qui s’approche de la lumière, fait de bonnes œuvres ».

Ainsi c’est ce que nous sommes appelés à faire avec un plus grand engagement pendant le Carême, a conseillé le Saint-Père, à savoir « accueillir la lumière dans notre conscience, ouvrir notre cœur à l’amour infini de Dieu, à sa miséricorde pleine de tendresse et de bonté ». « C’est ainsi que nous trouverons la vraie joie et que nous pourrons nous réjouir du pardon de Dieu qui régénère et donne la vie », en a-t-il conclut.

« Que Marie Très Sainte nous aide à ne pas avoir peur de nous laisser "mettre en crise" par Jésus. Il s’agit d’une crise saine, pour notre guérison, afin que notre joie soit pleine. »

Après la prière de l’angélus ce dimanche, le Pape François a renouvelé son appel aux belligérants du conflit syrien à déposer les armes pour redonner un peu d’espoir à une population exténuée. Il a appelé la communauté internationale à s’engager pour la reconstruction du pays et de sa société.

« Il y a dix ans commençait le sanglant conflit en Syrie qui a causé une des plus graves catastrophes humanitaires de notre époque » : le Pape François a rappelé aux fidèles présents place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus l’anniversaire du début de la guerre en Syrie. Les combats qui ont ravagé l’ensemble du pays ont provoqué « un nombre imprécis de morts et de blessés, des millions de réfugiés, des milliers de disparus, des destructions, des violences en tout genre et d’immenses souffrances pour toute la population, en particulier pour les plus vulnérables comme les enfants, les femmes et les personnes âgées » a-t-il décrit. Selon plusieurs bilans établis par l’ONU ou différentes ONG, près de 400 000 personnes ont perdu la vie au cour de ces dix dernières années à cause de la guerre.

Face à cette situation dramatique, le Saint-Père renouvelle son « appel sincère aux parties en conflit pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté, afin qu’une lueur d’espoir s’ouvre pour la population épuisée ». Il anticipe également l’après-guerre en interpellant la communauté internationale dont il espère « un engagement décisif et renouvelé, constructif et solidaire », « afin qu’une fois les armes déposées, le tissu social puisse être reconstitué et que la reconstruction et la reprise économique puissent commencer ».

À l’issue de cet appel, le Pape a invité les fidèles à prier la Vierge pour que les nombreuses souffrances de la « Syrie aimée et martyrisée ne soient pas oubliées et pour que notre solidarité ravive l’espérance ».

La guerre civile, à laquelle participent de nombreuses puissances étrangères et groupes djihadistes composés de membres venus du monde entier, a commencé par des manifestations le 15 mars 2011 avant de dégénérer en véritable conflit armé.

(Avec V. N.)

Samedi 13 Mars 2021

Le 13 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio devenait le premier pape jésuite, sud-américain et également le premier à porter le nom de François. Ces huit années de pontificat ont été caractérisées par des initiatives et des réformes visant à impliquer tous les chrétiens dans un nouvel élan missionnaire dans le but de porter l’amour de Jésus à toute l’humanité.
Proximité, synodalité et élan missionnaire : telles sont les pierres angulaires du pontificat de François, élu il y a huit ans sur le trône de Pierre. La perspective de son pontificat part d’en bas, de l’attention portée aux périphéries. Invitant à retrouver « la fraîcheur originelle de l’Évangile », il demande aux fidèles une nouvelle ferveur et un nouveau dynamisme pour que l’amour de Jésus puisse atteindre le monde entier. L’Église souhaitée par le Pape argentin est une Église « en sortie », aux « portes ouvertes », un « hôpital de campagne » qui n’a pas peur de la « révolution de la tendresse » ou du « miracle de la gentillesse ».

- 2013 : Evangelii gaudium, texte programmatique du Pontificat

Premier pape portant le nom de François, premier jésuite et premier natif d’Amérique latine, mais aussi premier pontife des temps modernes élu suite à la démission de son prédécesseur, Jorge Mario Bergoglio a commencé son pontificat sous le signe de la nouveauté, notamment en célébrant la messe quotidienne présidée à la Maison Sainte Marthe, où il a décidé de résider, ce qui est un autre fait nouveau. Dans ses courtes homélies, prononcées rigoureusement dans le style d’un curé de paroisse, le Pape établit un dialogue direct avec les fidèles, les exhortant à une confrontation immédiate avec la Parole de Dieu.

Mais 2013 est également marquée par la publication de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, véritable manifeste programmatique du nouveau pontificat, dans lequel François appelle à une nouvelle évangélisation caractérisée par la joie, ainsi qu’à la réforme des structures ecclésiales et à la conversion de la papauté, afin qu’elles soient plus missionnaires et plus proches du sens voulu par Jésus. Pour cela, toujours en 2013, il institue un Conseil des cardinaux dont la tâche est d’étudier un projet de révision de la Constitution apostolique Pastor bonus de la Curie romaine, datant de 1988.

- 2014 : La famille

La famille est l’axe pastoral de l’année 2014 du Pape François, avec un Synode extraordinaire. Pour le Souverain Pontife, la société individualiste contemporaine attaque sévèrement la famille, mettant en péril les droits des enfants et des parents, notamment dans le domaine de l’éducation morale et religieuse. Le thème de la famille trouvera ensuite son apogée dans l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, publiée le 8 avril 2016, dans laquelle François souligne l’importance et la beauté de la famille fondée sur le mariage indissoluble entre un homme et une femme, mais regarde aussi, avec réalisme, les fragilités vécues par certaines personnes, comme les divorcés remariés, encourageant les pasteurs au discernement.

Concernant les réformes, une mesure significative de 2014 fut la création de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, dont le but est de proposer des initiatives au Pontife pour « promouvoir la responsabilité des Églises particulières dans la protection de tous les mineurs et des adultes vulnérables. »

Sur le plan diplomatique, l’année 2014 du Pape François est marquée par deux initiatives majeures : la première est l’Invocation pour la paix en Terre sainte, qui s’est tenue le 8 juin dans les jardins du Vatican en compagnie des présidents israélien, Shimon Peres, et palestinien, Mahmoud Abbas, quelques jours après la visite du Pape sur place. Le second est l’établissement de relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba. Un objectif pour lequel le Souverain Pontife a lui-même travaillé à travers des lettres envoyées aux chefs d’État des deux pays.

- 2015 : La sauvegarde de la création

2015 est l’année de la sauvegarde de la Création : le 24 mai, François signe l’encyclique Laudato si’ sur le soin de la maison commune, dont l’axe cartésien est l’écologie intégrale, celle dans laquelle le souci de la nature, l’équité envers les pauvres et l’engagement envers la société sont inséparables. À cet égard, le Souverain Pontife a institué la "Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création", de caractère œcuménique, qui sera célébrée chaque année le 1er septembre, suivant la tradition instituée quelques années plus tôt par le Patriarcat de Constantinople.

Entre-temps, les travaux sur la nouvelle Constitution apostolique de la curie romaine se poursuivent. La même année explose l’affaire "Vatileaks 2", sur la fuite de documents confidentiels du Saint-Siège. « Un acte déplorable », a déclaré le Pape lors de l’Angélus du 8 novembre, car « le vol de documents est un crime ». Après un procès au tribunal du Vatican, l’affaire se clôt en juillet 2016, avec deux condamnations et deux acquittements.

- 2016 : Le Jubilé extraordinaire de la miséricorde

La miséricorde est très certainement le fil rouge de 2016 : c’est l’année où se déroule le Jubilé extraordinaire convoqué par François sur le thème « Soyez miséricordieux comme le Père ». La prévenance envers « les plus petits » se concrétise avec les "Vendredis de la miséricorde", c’est-à-dire les visites privées que le Pontife effectue dans des structures dédiées à l’accueil des pauvres, des malades, des marginaux. Il s’agit d’un Jubilé qui voit la possibilité d’ouvrir une Porte Sainte dans chaque église du monde. François lui-même, avant même d’ouvrir celle de la basilique Saint-Pierre, en a ouvert une autre, fortement symbolique : celle de la cathédrale de Bangui, en République centrafricaine, où il s’est rendu en voyage apostolique en novembre 2015.

En 2016, en outre, un événement historique a lieu sur le plan œcuménique : le 12 février, à Cuba, l’évêque de Rome rencontre le Patriarche de Moscou, Kirill. Ensemble, ils signent une déclaration commune, dans laquelle ils s’engagent à répondre aux défis du monde contemporain, notamment à mettre fin à la persécution des chrétiens et aux guerres, à promouvoir le dialogue interreligieux, à aider les migrants et les réfugiés et à protéger la vie et la famille.

- 2017 : L’institution de la Journée mondiale des pauvres

L’année 2017 est également marquée par un acte qui s’inscrit dans cette diplomatie de la paix portée par François : le 20 septembre 2017, aux Nations-Unies à New York, le Saint-Siège est parmi les premiers pays à signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Sur le plan pastoral, l’année est marquée par la célébration de la première Journée mondiale des pauvres : un anniversaire qui veut être - souligne le Pape - un rappel que c’est précisément chez les indigents que « la présence de Jésus se manifeste ». Par conséquent, ils « ouvrent la voie vers le ciel » et sont notre « passeport pour le paradis ».

- 2018 : L’Accord avec la Chine

Deux faits saillants furent à relever dans l’année 2018 du Pape François. Au niveau pastoral, le Synode sur les jeunes a été un moment important de réflexion ecclésiale. Aux jeunes, le Souverain Pontife a demandé « d’écouter, de se faire proches, de témoigner », car « la foi est une question de rencontre, pas de théorie ». Cet appel trouvera son prolongement dans l’exhortation apostolique post-synodale Christus vivit, signée en 2019. François, dans ce document, demande aux jeunes de ne pas reculer devant les défis du monde contemporain et de consacrer leur attention aux plus petits.

Sur le plan diplomatique, l’actualité majeure de cette année-là est l’accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, signé à Pékin le 22 septembre 2018 et concernant la nomination des évêques. En 2020, l’accord sera renouvelé pour deux ans.
La lutte contre les abus

L’année 2018 sera aussi marquée par le drame des abus commis par certains membres du clergé : les affaires relatives au cardinal George Pell, jugé en Australie puis acquitté après 13 mois passés injustement en prison, et à l’ancien prêtre chilien Ferdinand Karadima, ensuite écarté par François de l’état clérical, ainsi que la publication du Rapport Pennsylvania aux États-Unis, soulignent l’importance de la lutte contre ce crime.

En août, à la fin de son voyage apostolique en Irlande, François a récité une prière pénitentielle pour demander pardon au nom de l’Église. Au cours de la même période, l’affaire McCarrick, qui concerne l’ancien cardinal-archevêque de Washington, responsable d’abus sexuels sur des mineurs et qui sera renvoyé de l’état clérical en 2019, occupe le devant de la scène médiatique. Le Saint-Siège répondra à cette affaire par un Rapport spécial (lien vers le texte intégral en anglais), préparé par la Secrétairerie d’État sur mandat du Pape et rendu public le 10 novembre 2020.

La lutte contre les abus se poursuit au cours de l’année 2019 avec le Sommet sur la protection des mineurs. De cette réunion découle le Motu proprio Vos estis lux mundi qui introduit l’obligation pour les clercs et les religieux de signaler les abus, tandis que chaque diocèse doit disposer d’un système facilement accessible au public pour recevoir les signalements. En outre, en décembre, par un rescrit, le pape a aboli le secret pontifical dans les cas d’abus sexuels.

- 2019 : Fraternité, paix et unité des chrétiens

L’année 2019 sert de toile de fond à trois grands gestes : le premier est la signature du Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé par le Pape et le Grand-Imam d’Al-Azhar Ahmad al-Tayyeb, à Abou Dhabi, le 4 février. Ce document, qui pose un jalon important dans les relations entre le christianisme et l’islam, encourage le renforcement du dialogue interreligieux et promeut le respect mutuel, en condamnant le terrorisme et la violence.

Le deuxième geste fort est l’organisation d’une retraite spirituelle au Vatican pour les responsables civils et ecclésiastiques du Soudan du Sud. La réunion a lieu en avril et se termine par un acte surprenant : François s’agenouille et embrasse les pieds du président de la République du Soudan du Sud Salva Kiir, et des vice-présidents désignés présents, parmi lesquels son adversaire Riek Machar. Il le fait pour « implorer que le feu de la guerre soit éteint une fois pour toutes » dans ce jeune pays africain.

Le troisième geste, enfin, va dans le sens de l’unité des chrétiens : le 29 juin, François remet à une délégation du patriarcat œcuménique de Constantinople des fragments des reliques de saint Pierre. Comme l’écrit le Pontife lui-même dans une Lettre au Patriarche Bartholomée, ce don « se veut une confirmation du chemin parcouru par nos Eglises pour se rapprocher ».

- 2020 : La prière dans la pandémie

En 2020, année de la pandémie de Covid-19, le Pape François est resté proche des fidèles avec la force constante de la prière. La "Statio Orbis" présidée le 27 mars par le Pape, seul, devant une Place Saint-Pierre déserte et trempée par la pluie, reste imprimée dans la mémoire du monde. La technologie a également permis de raccourcir les distances, nécessaires pour contenir les contagions : pendant un certain temps, les audiences générales et la récitation de l’Angélus étaient retransmises en direct par audio-vidéo, tout comme les messes du matin à la Maison Sainte-Marthe.

En février, a été publiée la cinquième exhortation apostolique du Pape François. Querida Amazonia, qui recueille les fruits du synode spécial pour l’Amazonie, qui s’est tenu au Vatican en 2019, et en octobre, la troisième encyclique, Fratelli tutti, qui, explicitant davantage les traits saillants de ce pontificat, appelle à la fraternité et à l’amitié sociale et réaffirme le non à la guerre pour construire un monde meilleur, avec l’engagement de tous.

Les voyages apostoliques et le regard vers les périphéries

L’année 2020, la première sans le moindre déplacement international pour un Pape depuis 1978, s’était terminée par l’annonce du voyage apostolique en Irak, qui s’est finalement achevé lundi dernier. Malgré les rumeurs d’annulation, ce voyage historique, le premier d’un Pape sur la terre d’Abraham, s’est finalement déroulé dans de bonnes conditions.

Après l’arrêt de 15 mois dû à la pandémie, François a recommencé à apporter au monde la lumière et la beauté de l’Évangile, en tournant son regard, une fois de plus, vers les périphéries, où « fraternité et espérance » sont nécessaires de toute urgence.

Son premier voyage en tant que Pape, le 8 juillet 2013, avait eu pour destination Lampedusa : depuis cette île, destination de débarquements désespérés, le Pape braquera les projecteurs mondiaux sur le drame des migrations, thème majeur de son pontificat. Le Pape répète souvent que les migrants sont avant tout des personnes, et pas seulement des chiffres ou des questions sociales, et il le fait non seulement en paroles, mais aussi en actes. Il suffit de penser à la décision prise en avril 2016, au retour d’une visite au camp de réfugiés de Lesbos : dans le vol papal, François a accueilli 12 réfugiés syriens et les a accompagnés à Rome, afin qu’ils puissent être assistés.
Les réformes dans le domaine économique et financier

Dans le cadre des réformes, en août 2019, avec un chirographe, le Pape renouvelle le statut de l’IOR, en introduisant la figure de l’auditeur externe pour vérifier les comptes. Cette décision est suivie, fin 2020, par le nouveau statut de l’Autorité des informations financières, qui s’appellera désormais Autorité de surveillance et d’information financière (Asif), et par le Motu proprio Sur certaines compétences en matière économico-financière, par lequel la gestion des fonds et des biens du Secrétariat d’État, y compris le Denier de Saint-Pierre, est transférée à l’Apsa, tandis que le rôle de surveillance du Secrétariat pour l’économie est renforcé.
Quelques données statistiques

Jusqu’à présent, François a effectué 25 voyages officiels en Italie (sans compter de nombreux déplacements à caractère informel, dans Rome et en dehors de la capitale italienne) et 33 en dehors de la péninsule. Il s’est exprimé durant plus de 340 Audiences générales, plus de 450 prières de l’Angélus ou du Regina Coeli, et près de 790 homélies à la Maison Sainte-Marthe. Il a proclamé environ 900 nouveaux Saints (parmi lesquels les 800 martyrs d’Otrante, dont la canonisation avait été programmée par son prédécesseur Benoît XVI).

François a également tenu sept Consistoires, créant 101 nouveaux cardinaux, et outre l’Année Sainte de la Miséricorde en 2016, il a convoqué plusieurs Années Spéciales, telles que celles consacrées à la Vie Consacrée (2015-2016), à saint Joseph (2020-2021) et à la Famille-Amoris Laetitia (2021-2022).

Il a aussi institué plusieurs "Journées", comme par exemple la Journée mondiale des Pauvres et le dimanche de la Parole de Dieu. La Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées sera célébrée pour la première fois en juillet 2021, à proximité de la fête des saints Joachim et Anne, les "grands-parents" de Jésus.

(Avec V. N.)

Mercredi 10 Mars 2021

Au cours de l’audience générale, le Pape François est revenu sur son voyage apostolique en Irak, faisant part de sa gratitude à l’égard de Dieu et de tous ceux qui ont rendu possible cette visite historique. Le Saint-Père a invité les fidèles à continuer à prier pour ce pays et pour le Moyen-Orient.

Deux jours après son retour de Bagdad, le Pape François est revenu longuement sur son voyage apostolique en Irak lors de l’audience générale ce mercredi matin : « La Providence a voulu que cela ait lieu maintenant, comme signe d’espérance après des années de guerre et de terrorisme et au cours d’une dure pandémie », a-t-il relevé. « Mon âme est remplie de gratitude. Gratitude à l’égard de Dieu et de tous ceux qui l’ont rendue possible », a souligné François, qu’il s’agisse des autorités politiques irakiennes, des patriarches et évêques ainsi que des différentes autorités religieuses respectives du pays, à commencer par l’Ayatollah Al Sistani, dont le Pape a rappelé « la rencontre inoubliable dans sa résidence à Nadjaf ».

François est également revenu sur la dimension pénitentielle de ce pèlerinage en terre irakienne. « Je ne pouvais pas m’approcher de ce peuple martyrisé, de cette Église martyre, sans prendre sur moi, au nom de l’Église catholique, la Croix qu’ils portent depuis des années ; une grande Croix, comme celle placée à l’entrée de Qaraqosh », a-t-il affirmé, évoquant les blessures « encore ouvertes des destructions ».

Malgré ces plaies toujours béantes, le Pape a néanmoins été frappé par la joie de l’accueil de tous les Irakiens, heureux d’accueillir « le messager du Christ ». « J’ai vu l’espérance de s’ouvrir à un horizon de paix et de fraternité, résumé par les paroles de Jésus qui étaient la devise de la visite : « Vous êtes tous frères » (Mt 23, 8) », a-t-il précisé.

« Le peuple irakien a le droit de vivre en paix, il a le droit de retrouver la dignité qui lui appartient », a poursuivi le Saint-Père, rappelant les racines culturelles et religieuses plurimillénaires du pays. Bagdad a été détruite par la guerre, la guerre « qui est toujours le monstre qui, au fil des époques, se transforme et continue à dévorer l’humanité », a-t-il déploré. « Mais la réponse à la guerre n’est pas une autre guerre, la réponse aux armes ne sont pas d’autres armes. La réponse est la fraternité », a réaffirmé François. « Tel est le défi pour l’Irak, mais pas seulement : c’est le défi pour les nombreuses régions en conflit et, en définitive, pour le monde entier ».

François est aussi revenu sur la rencontre interreligieuse dans le désert d’Ur, patrie d’Abraham. « Alors que nous étions ensemble sous ce ciel lumineux, le même ciel dans lequel notre père Abraham nous vit, nous, sa descendance, il nous a semblé que retentissait encore dans nos cœurs cette phrase : Vous êtes tous frères » a-t-il souligné.

« De Mossoul et de Qaraqosh, sur le fleuve du Tigre près des ruines de l’antique Ninive, nous avons lancé un message de fraternité » a-t-il ajouté, revenant sur les exactions de l’organisation État Islamique qui persécuta les minorités chrétiennes et yazidies. Malgré la beauté des témoignages reçus, le Pape a demandé aux fidèles de continuer « à prier pour nos frères et sœurs si éprouvés, pour qu’ils aient la force de recommencer ».

À propos des célébrations eucharistiques en rite chaldéen à Bagdad ou latin à Erbil au Kurdistan irakien, François a enfin rappelé que « l’espérance d’Abraham et de sa descendance s’est réalisée dans le mystère que nous avons célébré, en Jésus, le Fils que Dieu le Père n’a pas épargné, mais a donné pour le salut de tous : à travers sa mort et sa résurrection ».

« Louons Dieu pour cette visite historique et continuons à prier pour cette Terre et pour le Moyen-Orient », a conclu le Pape, prenant l’image des palmiers, qui « ont continué à pousser et à porter du fruit » malgré les destructions que l’Irak a subies. « Il en est ainsi pour la fraternité : elle ne fait pas de bruit, mais elle est fructueuse et nous fait grandir. Que Dieu, qui est paix, accorde un avenir de fraternité à l’Irak, au Moyen-Orient et au monde entier ! »

(Avec V. N.)

Dimanche 7 Mars 2021

Pour la deuxième étape de sa visite dans la plaine de Ninive, le Pape François est allé à la rencontre de la communauté chrétienne de Qaraqosh, ville située à une trentaine de kilomètres de Mossoul. L’occasion d’inviter ses habitants à valoriser leur héritage spirituel, essentiel dans la reconstruction de la ville et du pays.

Après la prière pour la paix effectuée dans la vieille ville de Mossoul, le Pape François a rejoint par hélicoptère la ville de Qaraqosh, située à une trentaine de kilomètres de la capitale régionale. Une étape à la rencontre des communautées chrétiennes, dans cette ville, qui ont beaucoup souffert ces dernières années en raison de la guerre et des exactions du groupe État Islamique. Qaraqosh ville de 35 000 habitants est à 90 % chrétienne. Son patrimoine religieux et intellectuel chrétien a été en grande partie détuit par les terroristes.

Pour la première fois lors de ce voyage apostolique, la foule a pu sortir le long des routes pour saluer l’arrivée du Saint-Père qui avait rendez-vous dans la cathédrale de l’Immaculée Conception. Le Pape a été accueilli par des chants de joie, des youyous, par les fidèles agitant des drapeaux et des ballons. Dans la cathédrale qui fut vandalisée par Daesh, il a été salué d’abord par le patriarche des syro-catholiques Ignace Youssef Younan.

« La foule qui vous a accueilli, en tant que père et pasteur, fait partie de ces chrétiens qui ont été déracinés en 2014 de leurs maisons à Qaraqoch, Bartella, Baashika, Karemless, et d’autres villages de la plaine de Ninive. Parmi eux se trouvent également certains de nos voisins : les musulmans arabes, les Kurdes, les Shahbaks, les Turcomans, les Yesidi et les Kakaïs » a souligné le patriarche Younan. Cette visite historique du Pape « nous console de nos tourments, nous encourage à rester enracinés sur notre terre et nous incite à persévérer dans le témoignage audacieux de l’Évangile du Christ », a t-il aussi précisé.

Plusieurs personnes sont venues ensuite témoigner de leur histoire, parmi lesquelles une femme, Doha Sabah Abdallah, qui a raconté avoir perdu son fils et un neveu dans des tirs de mortiers. Un "avertissement" qui a fait fuir les autres habitants et les a sauvés du martyre. Un autre témoignage est venu du père Ammar Yako, prêtre syro-catholique, premier prêtre à être revenu à Qaraqosh après sa libération de Daesh.
« Le moment est venu de reconstruire et de recommencer »

Le Pape a ensuite pris la parole, rendant grâce au Seigneur d’avoir pu se rendre parmi cette communauté. « J’ai attendu avec impatience ce moment » a t-il lancé à ses hôtes. « En vous regardant, je vois la diversité culturelle et religieuse des habitants de Qaraqosh, et cela montre quelque chose de la beauté que votre région offre pour l’avenir. Votre présence ici rappelle que la beauté n’est pas unicolore, mais qu’elle rayonne par la variété et les différences. »

« En même temps, avec grande tristesse, nous regardons tout autour et nous voyons d’autres signes, des signes du pouvoir destructeur de la violence, de la haine et de la guerre a poursuivi gravement le Saint-Père Que, que de choses ont été détruites ! Et combien doivent être reconstruites ». Mais cette rencontre « montre que le terrorisme et la mort n’ont jamais le dernier mot (...) Même au milieu des dévastations, du terrorisme et de la guerre, nous pouvons voir, avec les yeux de la foi, le triomphe de la vie sur la mort » a t-il expliqué.
« Vous n’êtes pas seuls ! »

Le Saint-Père est revenu sur le patrimoine spirituel irremplaçable de cette communauté chrétienne qui a tenu dans la foi malgré les épreuves : « Vous avez devant vous l’exemple de vos pères et de vos mères dans la foi qui ont adoré et loué Dieu en ce lieu. Ils ont persévéré dans une ferme espérance sur leur chemin terrestre, faisant confiance à Dieu qui ne déçoit jamais et qui nous soutient toujours de sa grâce ».

« Vous n’êtes pas seuls ! a encore lancé le Pape à ces fidèles, en signe de réconfort. L’Eglise toute entière vous est proche, par la prière et la charité concrète. Et dans cette région, beaucoup vous ont ouvert les portes quand il y en avait besoin. »

Il y a sûrement des moments où la foi peut vaciller, lorsqu’il semble que Dieu ne voit pas ni n’agit, a poursuivi le Pape, en invitant les fidèles de Qaraqosh à « ne pas cesser re rêver » pour reconstruire l’avenir. « Ne vous rendez pas, ne perdez pas l’espérance ! Du ciel, les saints veillent sur nous : invoquons-les et ne nous lassons pas de demander leur intercession ».

Le Souverain Pontife a tenu à remercier particulièrement Doha Sabah Abdallah pour son témoignage : « elle a dit que le pardon est nécessaire de la part de ceux qui ont survécu aux attaques terroristes. Pardon : c’est une parole clé. Le pardon est nécessaire pour demeurer dans l’amour, pour demeurer chrétien ».

« Je sais que cela est très difficile, n’a pas caché le Saint-Père, mais nous croyons que Dieu peut apporter la paix sur cette terre. Nous lui faisons confiance et, avec toutes les personnes de bonne volonté, nous disons “non” au terrorisme et à l’instrumentalisation de la religion. »

Il a ainsi invité à prier sans relâche, à ne pas se lasser de prier pour la « conversion des cœurs et pour le triomphe d’une culture de la vie, de la réconciliation et de l’amour fraternel, dans le respect des différences, des diverses traditions religieuses, dans l’effort de construire un avenir d’unité et de collaboration entre toutes les personnes de bonne volonté ».

Le Pape a enfin placé cette communauté de Qaraqosh sous le regard de la Vierge Marie : « lorsque j’arrivais avec l’hélicoptère, j’ai vu la statue de la Vierge Marie sur cette église de l’Immaculée Conception, et je lui ai confié la renaissance de cette ville » a t-il confié. « La Vierge non seulement nous protège d’en haut, mais elle descend vers nous avec une tendresse maternelle. Sa représentation a été ici blessée et bafouée, mais le visage de la Mère de Dieu continue à nous regarder avec tendresse. Car c’est ainsi que font les mères : elles consolent, elles confortent, elles donnent vie ».

Pour célébrer le triomphe de la vie sur la mort, le Saint-Père a enfin rendu hommage « à toutes les mères et les femmes de ce pays, des femmes courageuses qui continuent à donner vie malgré les exactions et les blessures. Que les femmes soient respectées et protégées ! » Des mots qui résonnent fortement alors que certaines de ces femmes ont été réduites en esclavage par les terroristes.

(V. N.)

Samedi 6 Mars 2021

Le Pape François a présidé une messe en rite chaldéen dans la cathédrale Saint-Joseph de Bagdad. Devant une assemblée restreinte mais priante, le Saint-Père, revenant en particulier sur l’Évangile des Béatitudes, a déroulé son homélie autour d’un triptyque : sagesse, témoignage et promesses.

C’est une nouvelle étape symbolique de ce 33ème voyage apostolique : après son périple matinal dans le sud du pays -Najaf puis Ur-, le Pape, de retour à Bagdad, a célébré sa première messe publique en terre irakienne. Elle s’est tenue dans la cathédrale Saint-Joseph, selon le rite suivi par l’Église chaldéenne, née au Ier siècle de la prédication de saint Thomas sur les rives du Tigre et de l’Euphrate, et à laquelle appartient une majorité de chrétiens du pays. C’est du reste la première fois qu’un Pape célèbre une liturgie dans ce rite oriental ancien ; c’est dire donc la joie et l’émotion des fidèles qui ont accueilli la procession d’entrée par des youyous enthousiastes. À noter, la présence du président Barham Saleh et de plusieurs dignitaires musulmans.

Le Pape célèbre pour la première fois une messe en rite chaldéen en la cathédrale Saint-Joseph de Bagdad, samedi 6 mars, au deuxième jour de son 33ème voyage apostolique.

Ouvrant son homélie, le Pape a évoqué la quête de la Sagesse, ancienne sur ses terres mésopotamiennes. Sa recherche a malheureusement donné lieu à une « inégalité inacceptable », car « celui qui a davantage de moyens peut acquérir plus de connaissances et avoir plus d’opportunités, tandis que celui qui en a moins est mis de côté ». Or cette perspective n’est pas celle de Dieu, qui opère un renversement total. Ce sont en effet les derniers qu’il privilégie, tandis que les puissants sont soumis à « un examen rigoureux ».

Jésus, « la sagesse en personne », parachève ce renversement avec les Béatitudes qu’il proclame au tout début de son ministère public :

“« Les pauvres, ceux qui pleurent, les persécutés sont dits bienheureux. Comment est-ce possible ? Bienheureux, pour le monde, sont les riches, les puissants, les célèbres ! A de la valeur celui qui possède, celui qui peut, celui qui compte ! Pour Dieu non : n’est pas plus grand celui qui possède, mais celui qui est pauvre en esprit ; non pas celui qui peut tout sur les autres, mais celui qui est doux avec tous ; non pas celui qui est acclamé par les foules, mais celui qui est miséricordieux envers son frère. »”

Cette attitude de vie proposée par Jésus peut laisser dubitatif : ne risque-t-elle pas d’être perdante pour celui qui la choisit ? Non, répond le Pape, qui y voit au contraire une proposition « sage » de Jésus, et même « gagnante » car basée sur l’amour, qui a vaincu le péché et la mort et a rendu « les martyrs victorieux dans l’épreuve ». L’amour est une force et demeure, au contraire des vanités, qui sont éphémères par nature. Ainsi, « vivre les Béatitudes, c’est rendre éternel ce qui passe. C’est porter le Ciel sur la terre ».

Les pratiquer ne requiert pas « de faire des choses extraordinaires » mais demande « un témoignage chrétien », et c’est là le second point de l’homélie du Pape :

“« Pour devenir bienheureux, il n’est pas nécessaire d’être des héros de temps à autre, mais des témoins chaque jour. Le témoignage est le chemin pour incarner la sagesse de Jésus. C’est ainsi que l’on change le monde : non pas par le pouvoir ou par la force, mais avec les Béatitudes. Parce que c’est ce qu’a fait Jésus, en vivant jusqu’au bout ce qu’il avait dit au début. »”

Dans son hymne à la charité – deuxième lecture de la messe (1 Co 12)- saint Paul affirme qu’elle est « longanime » avant tout. De fait, la patience de Dieu n’a jamais failli, quelles qu’aient été les turpitudes et les trahisons de l’homme ; « à chaque fois, il est demeuré fidèle, a pardonné et a recommencé », note François. Aussi, cette patience de recommencer à chaque fois est-elle « la première qualité de l’amour », qui « stimule », « reste créatif » et « ne se résigne pas » :

“« Celui qui aime ne s’enferme pas en lui-même quand les choses vont mal, mais il répond au mal par le bien, en rappelant la sagesse victorieuse de la croix. Le témoin de Dieu fait ainsi : il n’est pas passif, fataliste, il ne vit pas à la merci des circonstances, de l’instinct et de l’instant, mais il est toujours plein d’espoir, parce qu’il est fondé dans l’amour qui "supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout". » ( 1 Co 13, 7)”

Face à des situations difficiles, la tentation peut être de fuir ou de céder à la colère. Le Christ, lui, ne choisit aucune de ces options. Il réagit à l’inverse par « la force humble de l’amour » et nous montre ainsi la voie, car « Dieu réalise ses promesses de cette manière ».

Les promesses de Dieu, qui suivent chaque béatitude, ne déçoivent pas, assure le Saint-Père qui rappelle qu’elles s’accomplissent par nos faiblesses. « La route est celle-là, il n’y en a pas d’autre », insiste-il, citant les exemples d’Abraham, de Moïse de la Vierge Marie et de saint Pierre. C’est proprement à travers leurs pauvretés intérieures ou faiblesses – âge avancé, bégaiement, virginité et reniement- que Dieu accomplit des merveilles. « Chers frères et sœurs, parfois nous pouvons nous sentir incapables, inutiles. N’y croyons pas, car Dieu veut accomplir des prodiges précisément à travers nos faiblesses », a alors lancé l’évêque de Rome. Malgré les chutes et les épreuves, « nous ne devons pas oublier qu’avec Jésus, nous sommes bienheureux » :

“« Ce que le monde nous enlève n’est rien comparé à l’amour tendre et patient avec lequel le Seigneur accomplit ses promesses. Chère sœur, cher frère, peut-être que tu regardes tes mains et elles te semblent vides, peut-être que dans ton cœur la méfiance s’insinue et que tu ne te sens pas récompensé par la vie. Si c’est le cas, ne crains pas : les Béatitudes sont pour toi, pour toi qui es affligé, affamé et assoiffé de justice, persécuté. Le Seigneur te promet que ton nom est écrit dans son cœur, dans les Cieux ! Et moi aujourd’hui je le remercie avec vous et pour vous, car ici, là où dans l’antiquité est née la sagesse, en ces temps-ci se sont levés beaucoup de témoins, souvent négligés par les chroniques, mais précieux aux yeux de Dieu ; des témoins qui, vivant les Béatitudes, aident Dieu à réaliser ses promesses de paix. »”

(Avec V. N.)

Vendredi 5 Mars 2021

Lors de la première journée de son voyage en terre d’Abraham, le Pape François a rencontré les évêques, prêtres et religieux d’Irak à la cathédrale syro-catholique de Bagdad, lieu d’un terrible attentat le 31 octobre 2010, en pleine messe.

Le Pape François a été accueilli par le Patriarche syriaque catholique, Sa Béatitude Ignace Joseph III Younan, qui a exprimé « l’affection filiale et la profonde gratitude » de sa communauté pour cette visite de l’évêque de Rome, qui « préside dans la charité » parmi les Églises en communion.

Il est ensuite revenu sur le souvenir douloureux de l’attentat du 31 octobre 2010, survenu en ce même lieu, qui a été depuis superbement restauré mais qui en porte encore des stigmates. « Les 48 martyrs massacrés durant la célébration de la Divine Liturgie dominicale, justement dans cette cathédrale il y a dix ans, ont mélangé leur sang avec celui de l’Agneau, pour témoigner à leurs frères oppressés, tués ou éradiqués, en Irak et dans le Proche-Orient, que Jésus lui-même, Dieu Sauveur, continuera comme il l’a promis à vivre en eux. Et nous, forts de cette foi, avec courage, nous voulons continuer à témoigner du Christ Ressuscité », a-t-il déclaré. Il a demandé au Pape de soutenir un aboutissement rapide du processus de béatification de ces martyrs.

En son titre de président de l’Assemblée des évêques catholiques d’Irak, qui regroupe donc les différentes Églises en communion avec Rome, le cardinal Louis Raphaël Sako, Patriarche de l’Église chaldéenne a remercié le Pape pour sa visite sur la terre d’Abraham. « Bienvenue ô Père de notre Église », a-t-il déclaré, utilisant une expression populaire en arabe. « C’est une grande joie pour tous les Irakiens », a-t-il souligné.

« Nous vous remercions de votre courageuse visite, qui approfondit en nous la confiance dans le Seigneur et nous encourage à continuer à vivre avec foi et constance, à consolider nos relations fraternelles entre nous, entre chrétiens et avec nos compatriotes musulmans, que nous aimons comme des frères », a-t-il souligné, dans l’esprit de l’encyclique Fratelli tutti.

« Les chrétiens étaient très majoritaires lorsque les musulmans sont arrivés dans notre pays, et ils ont beaucoup donné aux musulmans. En effet, nos ancêtres ont créé un modèle de coexistence, contribuant grandement à la culture ; aujourd’hui, nous sommes devenus une minorité, mais nous sommes une minorité vivante et active et nous avons contribué à la construction de l’Irak et au développement de sa culture », a rappelé le cardinal Sako.

Il est ensuite revenu sur les tragédies récentes. « Ces dernières années, nous avons été soumis à de nombreuses difficultés, dangers et persécutions et le meilleur témoignage est cette cathédrale des catholiques syriaques dans laquelle nous sommes réunis, qui a été soumise à un attentat criminel à la bombe le 31 octobre 2010 : au cours de la sainte messe, 48 martyrs ont été tués, dont deux de nos jeunes prêtres, Tha’er et Wasim, et beaucoup ont été blessés. En août 2014, Daech a chassé les 120 000 chrétiens de la plaine de Ninive et du Mossoul. Nous remercions Dieu que ces régions aient été libérées en 2017 et que 50 % de leurs habitants soient revenus », a tenu à souligner le Patriarche chaldéen.

« Malgré ce qui nous a touchés et notre douleur, nous avons conservé notre foi, notre sérénité spirituelle et notre solidarité fraternelle, et toutes les Églises ont fait un grand travail pour soutenir les personnes touchées, les aider et soulager leur douleur », a-t-il rappelé.

« Votre visite paternelle nous donne la force de surmonter l’adversité, nous rassure sur le fait que nous ne sommes pas oubliés et génère en nous la confiance et l’enthousiasme nécessaires pour poursuivre notre chemin de foi et de témoignage évangélique, malgré les difficultés, et pour contribuer avec nos compatriotes musulmans et d’autres à construire notre pays sur des règles solides et à établir les valeurs de citoyenneté et de coexistence sur la base d’une fraternité respectueuse de la diversité et du pluralisme. Si Dieu le veut, grâce à vos prières, à votre intérêt constant et à la bonne volonté des Irakiens, nous sortirons de nos crises vers un avenir meilleur », a assuré le cardinal Sako.

Embrassant tous les participants « avec une affection paternelle », le Pape a été accueilli avec une grande chaleur, dans un ambiance très festive rythmée par les chants et de youyous, revêtant un collier de fleurs aux couleurs du Vatican, en prenant le temps de saluer des personnes handicapées à l’entrée de la cathédrale. « Nous sommes réunis dans cette Cathédrale Notre-Dame du Perpétuel Secours, bénis par le sang de nos frères et sœurs qui ont payé le prix extrême de leur fidélité au Seigneur et à son Église », a-t-il souligné dans son discours en évoquant le massacre du 31 octobre 2010. « Puisse le souvenir de leur sacrifice nous inspirer à renouveler notre foi dans la force de la Croix et de son message salvifique de pardon, de réconciliation et de renaissance. Le chrétien, en effet, est appelé à témoigner de l’amour du Christ partout et en tout temps. C’est l’Évangile à proclamer et à incarner aussi dans ce bien aimé pays. »

Même avec les difficultés posées par l’insécurité persistante et par la pandémie, « ce qui ne doit jamais être bloqué ou réduit, c’est notre zèle apostolique que vous puisez au racines très anciennes de la présence ininterrompue de l’Eglise sur ces terres, depuis les premiers temps », a souligné François en citant l’exhortation apostolique de son prédécesseur Benoît XVI Ecclesia in Medio Oriente, rédigée suite au Synode de 2010.

« Nous savons combien il est facile d’être contaminé par le virus du découragement qui semble parfois se répandre autour de nous, a expliqué le Pape en filant une métaphore faisant écho à l’actualité. Pourtant, le Seigneur nous a donné un vaccin efficace contre ce mauvais virus : c’est l’espérance qui naît de la prière persévérante et de la fidélité quotidienne à notre apostolat. Avec ce vaccin, nous pouvons aller de l’avant avec une énergie toujours nouvelle, pour partager la joie de l’Évangile, comme disciples missionnaires et signes vivants de la présence du Règne de Dieu, Règne de sainteté, de justice et de paix », a rappelé l’évêque de Rome.

« Comme nous le voyons dans l’histoire antique de l’Église sur ces terres, une foi vivante en Jésus est "contagieuse", elle peut changer le monde », a insisté le Pape.
Faire face aux difficultés et aux persécutions sans perdre l’espérance

« Les difficultés font partie de l’expérience quotidienne des fidèles irakiens », a-t-il reconnu. « Au cours des dernières décennies, vous et vos concitoyens avez dû affronter les effets de la guerre et des persécutions, la fragilité des infrastructures de base et la lutte continuelle pour la sécurité économique et personnelle, qui a souvent conduit à des déplacements internes et à la migration de nombreuses personnes, aussi parmi les chrétiens, dans d’autres parties du monde. »

Le Pape a remercié les prêtres et les évêques pour leur proximité avec le peuple en ces temps d’épreuves, notamment à travers l’éducation et l’aide caritative, qui « représentent une ressource précieuse aussi bien pour la vie de la communauté ecclésiale que pour celle de toute la société. Je vous encourage à persévérer dans cet engagement afin de garantir que la communauté catholique en Irak, bien que petite comme une graine de moutarde (cf. Mt 13, 31-32), continue à enrichir la marche du pays dans son ensemble », a rappelé le Pape.

En mettant en avant la diversité des Églises, le Saint-Père a développé la métaphore du tapis oriental en expliquant que « Dieu lui-même est l’artiste qui a conçu ce tapis, qui l’a tissé avec patience et le reprise avec soin, nous voulant tous bien entrelacés entre nous comme ses fils et ses filles ». Que l’exhortation de saint Ignace d’Antioche soit toujours dans notre cœur, a-t-il demandé : « Qu’il n’y ait rien entre vous qui puisse vous séparer, mais qu’il n’y ait qu’une seule prière, un seul esprit, une seule espérance, dans l’amour et dans la joie ».

Entre les chrétiens, les « nœuds » qui empêchent le tissage de la fraternité « peuvent être défaits par la Grâce, par un amour plus grand ; ils peuvent être guéries par le pardon et par le dialogue fraternel, en portant patiemment les fardeaux les uns des autres (cf. Gal 6, 2) et en se réconfortant mutuellement dans les moments d’épreuve et de difficulté », a insisté le Pape François.

S’adressant ensuite plus spécifiquement à ses frères évêques, le Saint-Père a insisté sur leur devoir de proximité, tant avec Dieu dans la prière qu’avec leurs fidèles et leurs prêtres. « Qu’ils ne vous voient pas seulement comme des administrateurs ou des managers, mais comme des pères soucieux que leurs enfants se portent bien, prêts à leur offrir soutien et encouragement avec un cœur ouvert. Accompagnez-les par votre prière, par votre temps, par votre patience, en appréciant leur travail et en guidant leur croissance. De cette façon vous serez pour vos prêtres un signe visible de Jésus, le Bon Pasteur qui connaît ses brebis et donne sa vie pour elles (cf. Jn 10, 14-15) », a exhorté François.

Il a invité les prêtres, religieux et religieuses, catéchistes et séminaristes à « partager la Bonne Nouvelle avec enthousiasme et avec courage, en vivant et en cheminant toujours à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons le don et le devoir d’annoncer ».

Plutôt que de se laisser happer par les tâches administratives, « il est important de sortir au milieu de notre troupeau et d’offrir notre présence et notre accompagnement aux fidèles dans les villes et les villages. Je pense à tous ceux qui risquent de rester à la traîne : aux jeunes, aux personnes âgées, aux malades et aux pauvres. Quand nous servons le prochain avec dévouement, comme vous le faites, dans un esprit de compassion, d’humilité, de bienveillance, avec amour, nous servons réellement Jésus, comme lui-même nous l’a dit (cf. Mt 25, 40). Et en servant Jésus dans les autres, nous découvrons la vraie joie », a-t-il insisté, en exhortant les prêtres et consacrés à prendre son loin de leur lignage avec le peuple saint de Dieu, et à rester fidèle à la foi transmise par leurs mamans et leurs grands-mères.
L’hommage aux martyrs de 2010

Le Pape a ensuite évoqué « nos frères et sœurs morts lors de l’attentat terroriste dans cette cathédrale il y a dix ans et dont la cause de béatification est en cours. Leur mort nous rappelle avec force que l’incitation à la guerre, les attitudes de haine, la violence et l’effusion de sang sont incompatibles avec les enseignements religieux. Et je veux rappeler toutes les victimes de violences et de persécutions, appartenant à quelque communauté religieuse que ce soit. Je veux vous remercier pour votre engagement à être des artisans de paix, au sein de vos communautés et avec les croyants des autres traditions religieuses, en répandant des semences de réconciliation et de coexistence fraternelle qui peuvent porter à une renaissance d’espérance pour tous », a-t-il souligné, en évoquant sa rencontre de samedi matin à Ur avec les responsables des autres religions.

Le pape François a aussi évoqué la situation des jeunes, qui sont « porteurs de promesse et d’espérance, surtout dans ce pays. Ici, en effet, il n’y a pas seulement un inestimable patrimoine archéologique, mais une richesse incalculable pour l’avenir : ce sont les jeunes. Ils sont votre trésor et il convient d’en prendre soin, en nourrissant leurs rêves, en accompagnant leur chemin, en faisant grandir leur espérance. Bien que jeunes, en effet, leur patience a déjà été mise durement à l’épreuve par les conflits de ces années. Mais rappelons-nous, avec les anciens ils sont la pointe de diamant du pays, les fruits les plus savoureux de l’arbre : il nous revient de les cultiver dans le bien et de les irriguer d’espérance »..

S’adressant à tous les participants, le Souverain Pontife a demandé que « leur témoignage, mûri dans les épreuves et renforcé par le sang des martyrs, soit une lumière qui resplendit en Irak et au-delà, pour annoncer la grandeur du Seigneur et faire exulter l’esprit de ce peuple en Dieu notre Sauveur » (cf. Lc 1, 46-47).

« Que Notre-Dame du Salut et l’Apôtre Saint Thomas intercèdent pour vous et vous protègent toujours », a conclu François, en leur adressant sa bénédiction et en leur demandant de prier pour lui.

(Avec V. N.)

Mercredi 3 mars 2021

Lors de l’audience générale depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, pendant laquelle il a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière, le Pape François a médité sur la vocation de celle-ci, et sur l’amour de Dieu pour l’homme qui en découle.

« Dans notre chemin de catéchèse sur la prière, la prière nous ouvre à la Trinité, à la mer immense de Dieu Amour », a d’abord commencé le Saint-Père, relevant comment, autrefois, « nous ne savions vraiment pas comment on pouvait prier », à savoir quels mots, quels sentiments et quels langages « étaient appropriés » pour Dieu.

Or, toutes les prières ne sont pas égales, et toutes ne sont pas appropriées, observe le Successeur de Pierre : « la Bible elle-même atteste du mauvais résultat de nombreuses prières, qui sont repoussées ». En effet, parfois, peut-être que Dieu n’est pas content de nos prières et que nous ne nous en apercevons même pas, soutient le Pape, précisant : « Dieu regarde les mains de celui qui prie : pour les rendre pures, il ne faut pas les laver, mais il faut plutôt s’abstenir de mauvaises actions ».

Le Pape François a alors cité l’exemple d’une prière particulièrement émouvante, celle « qui a fleuri sur les lèvres de ce centurion romain qui supplia Jésus un jour de guérir son serviteur malade » (cf. Mt 8, 5-13).

Il se sentait complètement inadapté : il n’était pas juif, c’était un officier de l’armée d’occupation qui était haïe. Mais la préoccupation pour son serviteur lui fait oser, remarque le Pape, le citant : « Seigneur, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri » (v. 8).

Cette phrase répétée dans chaque liturgie eucharistique montre que « dialoguer avec Dieu est une grâce », estime le Souverain pontife : « Nous n’en sommes pas dignes, nous n’avons aucun droit à avancer, “nous boitons” avec chaque parole et chaque pensée… Mais Jésus est une porte qui s’ouvre. »
Un Dieu qui aime l’homme, une « révolution »

« Pourquoi l’homme devrait-il être aimé de Dieu ? », s’interroge ensuite l’évêque de Rome. « Il n’y a pas de raisons évidentes, il n’y a pas de proportion… »

Cela est vrai au point que dans une bonne partie des mythologies, le cas d’un dieu qui se soucie des événements humains n’est pas prévu, rappelle le Saint-Père. « Ceux-ci sont même pénibles et ennuyeux, tout à fait négligeables. Dieu ne peut que penser à lui-même. » Dans ces cas antiques, ce sont plutôt les êtres humains qui cherchent « à adoucir la divinité et à apparaître agréables à ses yeux ». D’où le devoir de « religion », avec son cortège de sacrifices et de dévotions à offrir sans cesse pour gagner les faveurs d’un Dieu muet et indifférent.

De ce fait, « nous n’aurions jamais eu le courage de croire à un Dieu qui aime l’homme, si nous n’avions pas connu Jésus », affirme le Pape François. « Nous n’aurions pas pu concevoir des récits de ce genre, pas même les comprendre, si nous n’avions pas rencontré Jésus. Quel Dieu est disposé à mourir pour les hommes ? Quel Dieu aime toujours et patiemment, sans avoir la prétention d’être aimé en retour ? Quel Dieu accepte le terrible manque de reconnaissance d’un fils qui lui demande son héritage en avance et s’en va de la maison en gaspillant tout ? », poursuit le Saint-Père (cf. Lc 15,12-13).

En effet, nous imaginons avec difficulté et de très loin l’amour dont la Très Sainte Trinité est riche, et quelle immensité de bienveillance réciproque existe entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, constate le Souverain pontife, prenant l’exemple des icônes orientales qui laissent entrevoir « quelque chose de ce mystère, origine et joie de tout l’univers ».

Il nous était surtout impossible de croire que cet amour divin se serait dilaté, en abordant sur notre rivage humain : nous sommes le terme d’un amour qui n’a pas d’égal sur la terre, a ajouté le Saint-Père, concluant sur la portée infinie de cet amour : « Nous ne pouvions vraiment pas espérer de plus haute vocation : l’humanité de Jésus a rendu la vie de la Trinité elle-même disponible pour nous. »

(Avec V. N.)

Dimanche 28 Février 2021

Avant la prière de l’Angélus de ce deuxième dimanche de Carême, le Pape François a proposé un commentaire du mystère de la Transfiguration, au cœur de l’Évangile du jour. Cet épisode de la vie de Jésus nous rappelle que la victoire de la Résurrection succèdera aux épreuves de la vie. Il s’agit aussi une invitation à porter au monde la lumière de l’Évangile.

Avant la souffrance du mont du Calvaire, c’est la lumière émanant du Christ que les fidèles sont appelés à contempler avec les disciples sur le mont Thabor. La Transfiguration du Seigneur anticipe « son image de Ressuscité », a expliqué le Pape François. Jésus offre à Pierre, Jacques et Jean « la lumière pour passer à travers les ténèbres ». La joyeuse annonce de Pâques transparait déjà : « la mort ne sera pas la fin de tout, car elle s’ouvrira à la gloire de la Résurrection ».

Comme l’a souligné le Saint-Père, « cet "avant-goût" de lumière au cœur du Carême » est une « invitation à nous rappeler, surtout lorsque nous traversons une épreuve difficile, (...) que le Seigneur est ressuscité et ne permet pas aux ténèbres d’avoir le dernier mot ».

Face aux mystères de la mort, de la maladie, de la douleur innocente, devant « le scandale de la croix et les exigences de l’Évangile », invitant au don de sa propre vie, nous nous effrayons souvent et nous trébuchons, comme les disciples aux côtés de Jésus. « Nous avons donc besoin d’un autre regard, d’une lumière qui éclaire en profondeur le mystère de la vie et nous aide à dépasser nos schémas et les critères de ce monde », a indiqué le Pape. Il s’agit alors de « gravir la montagne », afin de « contempler la beauté du Ressuscité qui allume des lueurs de lumière dans chaque fragment de notre vie et nous aide à interpréter l’histoire sur la base de sa victoire pascale ».

Le Souverain Pontife a toutefois appelé au réalisme : prendre de la hauteur « ne doit pas devenir une paresse spirituelle. Nous ne pouvons pas rester sur la montagne et profiter seuls de la béatitude de cette rencontre », a-t-il averti. Il faut revenir « dans la vallée, parmi nos frères et sœurs et dans notre vie quotidienne ».

« Nous devons nous méfier de la paresse spirituelle : nous sommes bien, avec nos prières et nos liturgies, et cela nous suffit », a-t-il insisté. « Prier, ce n’est jamais échapper aux labeurs de la vie ; la lumière de la foi n’est pas pour une belle émotion spirituelle », a poursuivi François. « Non, cela n’est pas le message de Jésus ». Cette lumière reçue dans la rencontre avec le Seigneur doit être partagée. « Allumer de petites lumières dans le cœur des gens, être de petites lampes de l’Évangile qui apportent un peu d’amour et d’espoir : telle est la mission du chrétien », a conclu le Pape.

À l’issue de la prière de l’Angélus, qui a été suivie d’un appel pour le Nigéria et à l’occasion de la Journée mondiale des maladies rares, le Pape François a appelé à un jeûne de « commérages et de médisances » durant le Carême, ainsi qu’à la lecture régulière d’un passage de l’Évangile.

Le Saint-Père a évoqué l’enlèvement par des bandits de plusieurs centaines de jeunes filles alors qu’elles se trouvaient dans leur internat, dans le nord-ouest du Nigeria.

« Je joins ma voix à celle des évêques du Nigeria pour condamner le lâche enlèvement de 317 filles, enlevées de leur école à Jangebe, dans le nord-ouest du pays. Prions pour ces filles, afin qu’elles puissent bientôt rentrer chez elles. Je suis proche de leurs familles et proche d’elles. Prions ensemble. Prions Notre-Dame pour qu’elle les protège », a déclaré le Pape avant d’inviter les fidèles rassemblés sur la place saint Pierre à réciter avec lui un Ave Maria.

C’est dans la nuit de jeudi à vendredi que des hommes armés ont fait irruption dans les dortoirs des jeunes filles avant de les y arracher et de les emmener dans un endroit inconnu. Leurs parents et familles sont toujours sans nouvelles d’elles.

Les enlèvements de masse d’enfants et de jeunes sont devenus monnaie courante dans le pays ; auparavant pratiqués par des groupes islamistes- tel celui des lycéennes de Chibok par Boko Haram en 2014- ils le sont dorénavant par des bandits, apparemment motivés par l’appât du gain, puisque d’importantes rançons sont à chaque fois demandées, même si les autorités font officiellement savoir qu’elle ne les paieront pas.

Il s’agit du troisième enlèvement depuis le mois de décembre ; la semaine dernière, 42 personnes, dont 27 élèves, ont été enlevées dans l’État du Niger, dans le centre-ouest du pays, avant d’être libérées ce samedi. Début décembre, ce sont plus de 300 garçons qui avaient également été kidnappés à Kankara, dans l’État de Katsina. Ils avaient aussi été libérés après une semaine de captivité.

(Avec V.N.)

Dimanche 21 Février 2021

En ce premier dimanche du Carême, le Pape François est revenu sur le sens des 40 jours au désert vécus par Jésus, en invitant les chrétiens à résister, eux aussi, face à l’emprise de Satan.

« Mercredi dernier, avec le rite pénitentiel des Cendres, nous avons commencé le voyage du Carême », a expliqué le Pape François au début de sa méditation. En ce premier dimanche de ce temps liturgique, « la Parole de Dieu nous montre la manière de vivre fructueusement les quarante jours qui précèdent la célébration annuelle de Pâques ». Il s’agit de se mettre dans les pas de Jésus, qui s’est retiré 40 jours dans le désert, où il a affronté le Tentateur.

Le Pape François s’est arrêté sur la signification du désert, un environnement à la fois « naturel et symbolique » qui est souvent évoqué dans la Bible. Le désert est le lieu de la solitude, qui permet une disponibilité à la Parole de Dieu, a expliqué François. « Mais c’est aussi le lieu de l’épreuve et de la tentation, où le Tentateur, profitant de la fragilité et des besoins humains, insinue sa voix mensongère, une alternative à celle de Dieu ».

« Pendant les quarante jours vécus par Jésus dans le désert, commence le "duel" entre Jésus et le diable, qui se terminera par la Passion et la Croix », a expliqué l’évêque de Rome. « Tout le ministère du Christ est une lutte contre le Malin dans ses nombreuses manifestations : guérisons de maladies, exorcismes sur les possédés, pardon des péchés. »

Le Pape a alors relevé ce paradoxe fondamental de la foi chrétienne : « Après la première phase au cours de laquelle Jésus démontre qu’il parle et agit avec la puissance de Dieu, il semble que le Diable ait le dessus, lorsque le Fils de Dieu est rejeté, abandonné et finalement capturé et condamné à mort. C’est comme si le Diable avait gagné. En réalité, la mort a été le tout dernier "désert" à traverser pour vaincre définitivement Satan et nous libérer tous de son pouvoir. Jésus a vaincu le désert de la mort, avec sa Résurrection. »

Tout comme la vie de Jésus, la vie du chrétien est « une lutte contre l’esprit du mal ». Le Tentateur est toujours présent, prêt à nous séduire et à nous piéger. « Nous devons être conscients de la présence de cet ennemi rusé, intéressé par notre condamnation éternelle, par notre échec, et nous préparer à nous défendre contre lui et à le combattre. La grâce de Dieu nous assure, par la foi, la prière et la pénitence, la victoire sur l’ennemi », a expliqué le Pape, tout en rappelant que dans les tentations, « Jésus ne dialogue jamais avec le Diable : il le chasse. S’il répond au Diable, c’est toujours avec des Paroles de Dieu, des passages des Écritures. Il ne faut jamais chercher à dialoguer avec le Diable. Il n’y a pas de dialogue possible », avec nos propres mots, sinon nous serons vaincus, a averti François, en sortant de son texte. « Seulement la Parole de Dieu », a-t-il redit avec fermeté.

Pendant le Carême, l’Esprit Saint nous pousse aussi, comme Jésus, à entrer dans le désert, non pas comme un lieu physique mais comme une « dimension existentielle dans laquelle nous pouvons nous taire, écouter la parole de Dieu, afin que s’accomplisse en nous la véritable conversion ». C’est donc cela, le vrai chemin du Carême : « marcher dans les voies de Dieu, en renouvelant les promesses de notre Baptême : renoncer à Satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions », a conclu François, avant de confier les fidèles à l’intercession de la Vierge Marie.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 Février 2021

Dans son homélie de la messe des Cendres célébrée dans la basilique Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le sens de ce temps de Carême, un « voyage de retour à Dieu » qui implique de discerner vers où est orienté notre cœur.

Célébrée exceptionnellement cette année dans la basilique Saint-Pierre en raison des restrictions sanitaires, la messe du Mercredi des Cendres, présidée par le Pape François, a marqué l’entrée en Carême. Au cours de son homélie, le Saint-Père a rappelé le sens de ce cheminement, en reprenant les paroles du prophète Joël dans la première lecture : « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). « Le Carême est un voyage de retour à Dieu » a souligné le Pape.

Ce voyage implique toute notre vie, tout notre être, « c’est le temps pour vérifier les chemins que nous sommes en train de parcourir, pour retrouver la voie qui nous ramène à la maison, pour redécouvrir le lien fondamental avec Dieu, de qui dépend toute chose. ». Le Carême, a expliqué le Souverain Pontife, n’est pas « une collecte de bonnes actions », mais il s’agit bien de « discerner vers où est orienté notre cœur ».
Avoir un cœur ferme en Dieu

Aussi, le Pape a invité à l’intropsection : « est-ce que je vis pour plaire au Seigneur, ou pour être remarqué, loué, préféré ? » ou bien ai-je plutôt « un cœur ferme en Dieu ? ». Le temps de Carême, a-t-il poursuivi, est un voyage, un voyage qui est un « exode de l’esclavage à la liberté ». Ces quarante jours rappellent en effet les quarantes années durant lesquelles le peuple de Dieu a voyagé dans le désert pour revenir à sa terre d’origine.

Cette marche dans le désert fut semée d’épreuves et de tentations a rappelé François, celle de revenir en arrière, « de se lier aux souvenirs du passé ». Or, notre voyage de retour à Dieu est similaire, il est « entravé par nos attachements malsains », a précisé le Saint-Père, « retenu par les liens séduisants des vices, par les fausses sécurités de l’argent et du paraître, par la lamentation d’être victime, qui paralyse ».

La Parole de Dieu nous vient en aide pour démasquer ces illusions. La parabole du fils prodigue nous aide à comprendre « qu’il est temps pour nous aussi de revenir vers le Père », a poursuivi le Pape. Le pardon de Dieu est en effet ce qui nous remet toujours debout, ce pardon, a t-il souligné, « est le premier pas de notre voyage de retour ».
Un voyage de retour vers Dieu

Dans ce cheminement, nous avons besoin aussi de « revenir vers Jésus », comme le lépreux qui se jetta à ses pieds. Nous avons besoin, a précisé François de « mettre devant lui nos blessures et lui dire : “Jésus, je suis ici devant toi, avec mon péché, avec mes misères. Tu es le médecin, tu peux me libérer. Guéris mon cœur” ». Nous sommes aussi appelés à « revenir vers l’Esprit Saint » : La cendre sur la tête nous rappelle que nous sommes poussière et que nous retournerons en poussière. « Mais sur notre poussière, Dieu a soufflé son Esprit de vie » a rappelé le Pape.

Ce « voyage de retour » à Dieu n’est possible que parce qu’Il est déjà venu vers nous, a poursuivi le Saint-Père dans son homélie. « Pour nous, il est descendu plus bas que ce que nous pouvions imaginer : il s’est fait péché, il s’est fait mort ». Le Pape a ainsi rappelé l’importance de se « laisser prendre par la main ».
Se laisser réconcilier avec Dieu

« Laissez-vous réconcilier avec Dieu » exhorte Saint Paul dans la seconde lecture, en s’adressant aux Corinthiens. « La marche ne repose pas sur nos forces » a rappelé le Pape qui a invité à accueillir la grâce. « Le début du retour à Dieu c’est de reconnaître que nous avons besoin de lui, que nous avons besoin de miséricorde. C’est la voie juste, la voie de l’humilité » a t-il encore souligné.

« Aujourd’hui nous baissons la tête pour recevoir les cendres. À la fin du Carême, nous nous abaisserons encore plus pour laver les pieds de nos frères, a conclu le Saint-Père. Le Carême est une descente humble au-dedans de nous-mêmes et vers les autres ». Ce temps de montée vers Pâques est ainsi un chemin pour comprendre « que le salut n’est pas une escalade pour la gloire, mais un abaissement par amour ». François a ainsi invité à regarder chaque jour les plaies des Jésus. C’est là que nous voyons les blessures du péché et tous nos manques, mais c’est là aussi que nous voyons « que Dieu ne pointe pas le doigt contre nous, mais qu’il nous ouvre tout grand les mains ».

En ce temps où débute le Carême, Dieu, venu à notre rencontre, « nous invite maintenant à revenir à lui, pour retrouver la joie d’être aimés ».

Dimanche 14 Février 2021

Pour ce dernier angélus avant l’entrée en Carême le 17 février prochain, le Pape François a livré une méditation sur la compassion, la proximité et la tendresse avec les malades, les souffrants de tout maux, rappelant combien Dieu se laisse, lui, « contaminer » par ces douleurs afin de mieux les guérir.

Le Pape François a d’abord médité sur l’Évangile du jour (Mc 1, 40-45) présentant la rencontre de Jésus avec un homme malade de la lèpre. « Les lépreux étaient considérés comme impurs et, selon les prescriptions de la Loi, ils devaient rester en dehors de la ville », rappelle le Saint-Père. Ainsi, ils étaient exclus de toute relation humaine, sociale et religieuse.

« Jésus, au contraire, s’est laissé approcher par cet homme, il a été ému, il a même tendu la main et l’a touché. Il a ainsi accompli la Bonne Nouvelle qu’il avait annoncée : Dieu s’est rapproché de nos vies, il a de la compassion pour le sort de l’humanité blessée et il vient briser toutes les barrières qui nous empêchent de vivre notre relation avec lui, avec les autres et avec nous-mêmes », a donc expliqué le Souverain pontife, invitant à bien se rappeler de cette parole de « la proximité ». « Trois paroles qui indiquent le style de Dieu : proximité, compassion, tendresse. »

Le Successeur de Pierre a ensuite affirmé que nous pouvions voir, dans cet épisode, deux « transgressions » qui se rencontrent : le lépreux qui s’approche de Jésus et Jésus qui, poussé par la compassion, le touche avec tendresse pour le guérir.

La première transgression est celle du lépreux : malgré les prescriptions de la Loi, il sort de l’isolement et vient à Jésus. « Sa maladie était considérée comme un châtiment divin, mais en Jésus, il pouvait voir un autre visage de Dieu : non pas le Dieu qui châtie, mais le Père de la compassion et de l’amour, qui nous libère du péché et ne nous exclut jamais de sa miséricorde », a fait remarquer l’évêque de Rome. Ainsi cet homme peut sortir de son isolement, car « en Jésus il trouve Dieu qui partage sa douleur ». « L’attitude de Jésus l’attire, le pousse à sortir de lui-même et à Lui confier son histoire douloureuse. »

Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, a ensuite insisté le Pape, faisant applaudir par les fidèles présents sur la place tous ces prêtres confesseurs qui attirent les personnes découragées, « celles qui ne se sentent ‘’rien’’, ‘’mises par terre’’ à cause de leur péché », en leur offrant la tendresse, la compassion et l’écoute.

La deuxième transgression est celle de Jésus : alors que la Loi interdisait de toucher les lépreux, Il s’émeut, tend sa main et le touche pour le guérir. « Il ne se limite pas aux paroles, mais il le touche », a ajouté le Pape, précisant : « Toucher avec amour signifie établir une relation, entrer en communion, s’impliquer dans la vie de l’autre au point de partager même ses blessures. Par ce geste, Jésus montre que Dieu n’est pas indifférent, qu’il ne se tient pas à ‘’distance de sécurité’’ ; au contraire, il s’approche avec compassion et touche nos vies pour les guérir. »

Et le Souverain pontife d’interpeller les fidèles sur le nombre de personnes souffrant aujourd’hui de la lèpre, d’autres maladies et conditions « auxquelles sont malheureusement associés des préjugés sociaux ».

« Mais il peut arriver à chacun de nous de vivre des blessures, des échecs, des souffrances, des égoïsmes qui nous ferment à Dieu et aux autres. Car le péché nous renferme en nous-mêmes, par honte, humiliation, mais Dieu lui veut nous ouvrir le cœur. Face à tout cela, Jésus nous annonce que Dieu n’est pas une idée ou une doctrine abstraite, mais celui qui se ‘’contamine’’ avec notre humanité blessée et n’a pas peur d’entrer en contact avec nos blessures », a poursuivi le Pape.

Le Saint-Père a enfin pointé du doigt la tentation de dissimuler la douleur « pour respecter les règles de bonne réputation et les coutumes sociales », cette manière de « souvent faire taire notre douleur » ou de porter « des masques pour la dissimuler ». « Afin de concilier les calculs de notre égoïsme ou les lois intérieures de nos peurs, nous ne nous impliquons pas trop dans les souffrances des autres », a regretté le Successeur de Pierre.

Et le Pape de conclure sa catéchèse invitant à demander plutôt au Seigneur « la grâce de vivre ces deux ‘’transgressions’’ de l’Évangile ».

« Celle du lépreux, pour que nous ayons le courage de sortir de notre isolement et, au lieu de rester là à nous apitoyer sur notre sort ou à pleurer sur nos échecs, allons vers Jésus tel que nous sommes. Et puis la transgression de Jésus : un amour qui nous fait dépasser les conventions, qui nous fait dépasser les préjugés et la peur de nous mêler à la vie de l’autre ».

À l’issue de la prière de l’angélus, le Souverain pontife argentin a salué la récente décision du gouvernement colombien de régulariser de nombreux migrants du Venezuela. Une décision faite malgré les difficultés rencontrées par le pays, a précisé le Pape.

Parmi ses traditionnels saluts prononcés à l’issue de l’angélus, le Pape François a tenu ce dimanche à s’arrêter sur tous ceux qui sont engagés auprès des migrants. Le Saint-Père a souhaité en particulier saluer la récente décision du gouvernement de Colombie de régulariser de nombreux migrants venus du Venezuela.

« Aujourd’hui, en particulier, je me joins aux évêques de Colombie afin d’exprimer ma gratitude pour la décision des autorités colombiennes de mettre en œuvre le statut de protection temporaire des migrants vénézuéliens présents dans le pays, favorisant leur accueil, leur protection et leur intégration », a relevé le Saint-Père.

Cette décision d’offrir un statut à ces nombreux migrants « n’est pas le fait d’un pays très riche et surdéveloppé, a précisé le Pape, non : c’est le fait d’un pays qui a beaucoup de problèmes, de développement, de pauvreté, de paix... Presque 70 ans de guérilla ». Et pourtant malgré ces difficultés, a souligné François, la Colombie « a eu le courage de se pencher sur ces migrants et d’élaborer ce statut, merci à la Colombie, merci ! » a-t-il conclu.

Le 9 février dernier, le président colombien Ivan Duque avait annoncé l’octroi d’un statut de protection temporaire à 1,7 millions de Venezueliens pour une durée de dix ans. Une régularisation inédite dans la région. La Colombie partage 200 kilomètres de frontières avec le Venezuela, et est le principal pays d’accueil de milliers de migrants et réfugiés ayant fui la crise politique et économique qui sévit au Venezuela.

(Avec V. N.)

Mercredi 10 Février 2021

Lors de l’audience générale, le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière, soulignant combien, après la liturgie, « elle continue le dialogue avec Dieu dans la vie quotidienne ». « Il n’existe pas d’autre jour merveilleux que "l’aujourd’hui" que nous sommes en train de vivre », a assuré le Saint-Père.

La catéchèse du Pape François sur la prière s’est poursuivie ce mercredi matin depuis la Bibliothèque du Palais apostolique. Le Pape, après avoir expliqué la semaine passée combien la prière était « ancrée » dans la liturgie, a souligné cette fois-ci combien elle était profondément lièe à notre vie quotidienne. La prière « continue le dialogue avec Dieu : celui qui prie est comme un amoureux, qui porte toujours dans son cœur la personne aimée, où qu’il se trouve », a t-il souligné.

Dans ce dialogue avec Dieu en effet, « chaque joie devient un motif de louange, chaque épreuve est l’occasion d’une demande d’aide », a précisé François. La vie-même peut être imprégnée par la prière, chaque pensée aussi, même si elle est apparemment « profane ». La prière chrétienne communique ainsi au cœur humain une espérance invincible, a t-il ajouté.

Le Catéchisme nous enseigne à ce propos que nous apprenons à prier à tout instant, mais surtout aujourd’hui où nous rencontrons le Père. « Le temps est entre les mains du Père ; c’est dans le présent que nous le rencontrons, ni hier ni demain, mais aujourd’hui ». « Il n’existe pas de jour plus merveilleux que l’aujourd’hui de notre vie », a poursuivi joliment le Pape, « et c’est la prière qui le transforme en grâce, ou mieux qui nous transforme : elle apaise la colère, elle soutient l’amour, elle multiplie la joie, elle donne la force de pardonner ». Sortant de son texte, le Saint-Père a insisté sur la tentation de fuir le présent : « Certains vivent en pensant toujours à l’avenir : "Mais, ce sera mieux...", mais ils ne prennent pas le présent comme il vient : ce sont des gens qui vivent dans l’imaginaire, ils ne savent pas prendre le concret du réel, a t-il souligné, et aujourd’hui est réel, aujourd’hui est concret. Dans la prière, « Jésus vient à notre rencontre aujourd’hui, cet aujourd’hui que nous vivons ».

Chaque jour qui commence, a encore souligné le Saint-Père, « s’il est accueilli dans la prière, s’accompagne du courage d’affronter les difficultés qui deviennent des appels de Dieu, des occasions de rencontre avec lui ». Aussi, François a invité à prier « toujours pour tout et pour tous ». Pour nos proches, mais également ceux que nous ne connaissons pas, pour nos ennemis, car la prière dispose à un amour surabondant. Le Pape aussi appelé à prier « surtout pour les personnes malheureuses, pour celles qui pleurent dans la solitude et désespèrent qu’il n’y ait plus un amour qui palpite pour elles ».

La prière accomplit des miracles, elle nous aide à aimer les autres, malgré leurs erreurs et leurs péchés a encore expliqué le Souverain pontife. En aimant ainsi ce monde avec tendresse, nous découvrirons que chaque jour et chaque chose portent en soi un fragment du mystère de Dieu.

Le Catéchisme écrit encore que « prier dans les événements de chaque jour et de chaque instant est l’un des secrets du Royaume révélés aux "tout-petits", aux serviteurs du Christ, aux pauvres des béatitudes » a encore dit le Pape. « Il est juste et bon de prier pour que la venue du Royaume de justice et de paix influence la marche de l’histoire, mais il est aussi important de pétrir par la prière la pâte des humbles situations quotidiennes ».

« Nous sommes des êtres fragiles, a t-il conclu, mais nous savons prier : c’est notre plus grande dignité. Et quand une prière est dite selon le cœur de Jésus, elle obtient des miracles ».

(Avec V. N.)

Dimanche 7 Février 2021

Revenant sur la guérison de la belle-mère de Simon-Pierre, le Pape François a rappelé lors de l’angélus place Saint-Pierre, la nécessité de prendre soin des personnes souffrantes et comment Jésus nous a montré la voie : en se penchant vers le malade, lui tendant la main et le soulevant.

Après une interruption de plus d’un mois et demi, le Pape est de nouveau réapparu ce dimanche à la fenêtre du palais apostolique, place Saint-Pierre. Depuis le 20 décembre, les angélus avaient été récités dans la bibliothèque du palais en raison des mesures sanitaires italiennes contre la covid-19. Elles ont été allégées ces derniers jours, ce qui permet aux fidèles de retrouver un contact visuel avec le Saint-Père.

La pandémie, il en a d’ailleurs été question dans la catéchèse de l’Évangile de ce 5e dimanche du temps ordinaire. Elle rend « particulièrement actuel » le message délivré par Jésus quand il guérit la belle-mère de Simon-Pierre. Le comportement et le geste de Jésus sont « emblématiques » explique François : « il y a tant de douceur dans ce simple geste qui apparait presque naturel ». « Jésus s’approche, la saisit par la main et la fit lever » raconte l’Évangile de Marc. Et la belle-mère, à peine guérie, pense immédiatement aux autres et non à elle-même, « signe d’une vraie “santé” », souligne le Pape.

Dans cet épisode, « Jésus montre sa prédilection pour les personnes souffrantes dans le corps et dans l’âme : c’est la prédilection du Père qu’Il incarne et manifeste par ses œuvres et ses paroles », poursuit le Saint-Père. Et Jésus a voulu que ses disciples ne se contentent pas d’être témoins mais agissent. « Il leur a donné le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons ».

Et cette faculté s’est transmise dans l’Église. « Prendre soin des malades de toute sorte n’est pas pour l’Église une “activité optionnelle”, quelque chose d’accessoire ; non, cela fait partie intégrante de la mission de l’Église », précise le Pape. Et la Journée mondiale du malade, célébrée le 11 février et instituée par saint Jean-Paul II nous le rappelle. Face à notre condition humaine, « si grande dans la dignité et en même temps si fragile », Jésus a répondu à la souffrance, non pas en donnant une explication, « mais par une présence d’amour qui s’incline, qui se penche, qui prend par la main et relève ».

Jésus n’agit pas de la hauteur de sa position, « pas à distance », mais bien « par sa proximité, par la tendresse, par la compassion », explique François. Et « cette compassion plonge ses racines dans la relation intime avec le Père », Jésus priant avant et après avoir guéri.

Après la prière de l’angélus ce dimanche, le Pape François a exprimé sa vive préoccupation pour la Birmanie, une semaine après la prise du pouvoir par l’armée. Il a appelé toutes les parties prenantes à promouvoir le bien commun, la justice sociale et la stabilité nationale pour une harmonieuse cohabitation démocratique.

« Je suis avec vive préoccupation les développements de la situation qui s’est créée en Birmanie, pays que je porte dans mon cœur avec tant d’affection depuis ma visite apostolique en 2017 ». Presque une semaine après la prise du pouvoir par les militaires, « en ce moment si délicat », le Pape François a voulu assurer de nouveau sa « proximité spirituelle », sa « prière » et sa « solidarité » avec le peuple de Birmanie et prie « pour que ceux ont des responsabilités dans le pays se mettent sincèrement à disposition pour servir le bien commun, promouvant la justice sociale et la stabilité nationale en vue d’une harmonieuse cohabitation démocratique ».

Le Saint-Père relaie ainsi le message adressé au cours de la semaine par le cardinal Charles M . Bo, archevêque de Rangoun et président de la conférence des évêques birmans qui a affirmé que « la paix est possible. La paix est la seule voie et la démocratie est la lumière de cette voie ».
Arrestations des démocrates, manifestations du peuple

Les militaires ont arrêté lundi 1er février Aung San Suu Kyi, la cheffe de facto du gouvernement birman, ainsi que le président de la République et divers responsables de leur parti, la LND, la ligue nationale pour la démocratie. L’armée a également procédé à de nombreuses arrestations de personnalités engagées en faveur de la démocratie. Pour justifier son coup d’État, elle a accusé la LND d’avoir eu recours à des fraudes massives pour remporter très largement les législatives de novembre dernier.

Depuis, des manifestations ont lieu pour protester contre cette remise en cause de la démocratie. La communauté internationale, dans son ensemble, a largement condamné le renversement des institutions démocratiques et appelé à la libération des prisonniers politiques. Le cardinal Bo a lui aussi réclamé que les personnes arrêtées soient relâchées. L’Église a appelé à une journée de jeûne et de prière ce dimanche pour réitérer l’appel lancé précédemment par l’archevêque de Rangoun.

(Avec V. N.)

Dimanche 31 Janvier 2021

Commentant l’Évangile de ce dimanche avant la prière de l’Angélus, le Pape François est revenu sur deux éléments caractéristiques du ministère public de Jésus : la prédication et la guérison. Chacune révèle la divinité du Christ, venu délivrer les hommes du mal.

L’évangéliste Marc nous aide à mieux connaître Jésus en le décrivant dans la synagogue de Capharnaüm, où il enseigne et délivre un homme d’un esprit impur. « La prédication et l’œuvre thaumaturgique » apparaissent comme deux piliers du ministère public du Seigneur.

Jésus se distingue des scribes car il prêche « avec une autorité qui lui est propre ». « Il a la même autorité de Dieu qui parle », a insisté le Pape François. Et c’est en effet par sa parole, signe de sa divinité, qu’il délivre l’homme de l’emprise du Malin. La parole de Jésus « opère ce qu’elle dit. Parce qu’Il est le prophète définitif », annoncé par Moïse, c’est-à-dire « le Fils de Dieu qui sauve ».

Les guérisons quant à elles montrent que « la prédication du Christ est destinée à détruire le mal présent dans l’homme et dans le monde ». Satan est défait lorsque Jésus parle, en lui ordonnant de se taire et de quitter ce monde. L’homme est alors « transformé en une nouvelle personne ». On comprend aussi que la logique du diable est totalement opposée à celle de Jésus. « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? », demande en criant l’esprit impur au Seigneur. « Entre eux il n’y a rien en commun, l’un est l’opposé de l’autre », a souligné le Pape.

Jésus attire donc « les gens avec son autorité et il est aussi le prophète qui libère », a-t-il résumé. :
soyons interpellés par l’Évangile

Le pape François a ensuite invité les fidèles à écouter à leur tour les paroles de Jésus, par exemple en portant toujours sur soi, dans la poche ou dans son sac, un « petit Évangile ». Il faut aussi demander à Jésus de nous guérir de nos péchés et de nos maladies spirituelles, par des mots simples : « Jésus, tu es le prophète, le Fils de Dieu, celui qui a été promis pour nous guérir. Guéris-moi ! »

Le Saint-Père a conclu sa méditation en se tournant vers la Vierge Marie, qui par son exemple de disponibilité et de fidélité, peut nous aider à « expérimenter dans notre vie les signes du salut ».

Au terme de l’Angélus de ce dimanche, le Saint-Père a annoncé l’institution d’une Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, qui sera célébrée par toute l’Église le 4e dimanche de juillet, aux alentours de la mémoire liturgique des saints Joachim et Anne, grands-parents de Jésus.

En cette année spéciale “Saint Joseph”, qui sera également, à partir du 19 mars, une année “Famille Amoris Laetitia”, les grands-parents et les personnes âgées seront mis à l’honneur le 4e dimanche de juillet. Cette Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées sera célébrée par toute l’Église chaque année à cette date, comme l’a expliqué aujourd’hui le Pape François, après la prière de l’angélus. Les parents de la Vierge Marie, saints Joachim et Anne, sont fêtés le 26 juillet.. La Pape insiste : « La vieillesse est un don ».

« Après-demain, le 2 février, nous célébrerons la fête de la Présentation de Jésus au Temple, lorsque Siméon et Anne, tous deux âgés, éclairés par le Saint-Esprit, ont reconnu Jésus comme le Messie », a expliqué le Pape. « L’Esprit Saint suscite encore des pensées et des paroles de sagesse chez les personnes âgées : leur voix est précieuse car elle chante les louanges de Dieu et garde les racines des peuples. Ils nous rappellent que la vieillesse est un don et que les grands-parents sont le lien entre les différentes générations, pour transmettre aux jeunes l’expérience de la vie et de la foi. Les grands-parents sont souvent oubliés et nous oublions cette richesse de préservation des racines et de transmission », a regretté le Souverain Pontife. Annonçant ensuite l’institution de cette journée mondiale, le Saint-Père a souligné combien il est important « que les grands-parents rencontrent les petits-enfants et que les petits-enfants rencontrent les grands-parents, car - comme le dit le prophète Joël - les grands-parents avant les petits-enfants rêveront, ils auront des songes et les jeunes, prenant la force de leurs grands-parents, iront de l’avant, ils prophétiseront ».
Pour le Pape François : personnes âgées et grands-parents, le “nous” qui fait renaître l’humanité.

Dans un communiqué, le cardinal Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, livre sa réaction. Il estime qu’il s’agit du « premier fruit de l’année Famille Amoris Laetitia, un don pour toute l’Église destiné à rester au fil des ans. La pastorale des personnes âgées est une priorité qui ne peut plus être renvoyée, pour toute communauté chrétienne. Dans l’encyclique Fratelli tutti, le Saint-Père nous rappelle que personne n’est sauvé seul. Dans cette perspective, il est nécessaire de conserver précieusement la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise à travers les générations », souligne-t-il. Le Dicastère souhaite aussi s’engager davantage « pour éliminer la culture du déchet et pour valoriser les charismes des grands-parents et des personnes âgées ».

« À l’occasion de la première Journée Mondiale, le Pape François présidera la messe vespérale du dimanche 25 juillet, selon ce que permet la situation sanitaire, en la Basilique Saint-Pierre », indique encore le Dicastère, qui « annoncera les autres initiatives possibles qui l’accompagneront ». Le Dicastère invite enfin « les paroisses et les diocèses du monde entier à trouver des modalités de célébration de la Journée au niveau local qui soient adaptées à leur contexte pastoral ».

(Avec V. N.)

Mercredi 27 Janvier 2021

Lors de l’audience générale de ce mercredi, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière, abordant cette fois-ci, dans le sillage du dimanche de la Parole de Dieu, le thème de “la prière avec les Saintes Écritures”.

Bien que mises sur le papier il y a plusieurs millénaires, les paroles des Saintes Écritures ne forment pas des livres figés et poussiéreux. Elles sont éternellement vivantes, destinées à « être accueillies et [à] germer dans notre cœur », a souligné le Saint-Père au début de sa catéchèse. Mais la « Bible ne peut pas être lue comme un roman », a-t-il mis en garde, elle doit « être accompagnée par la prière ».

« Tous les jours, Dieu passe et jette une semence ». Un ou plusieurs versets de la Bible peuvent particulièrement résonner dans le cœur de la personne qui les lit. Encore faut-il que « ce jour-là, je sois là, au rendez-vous avec cette Parole », a prévenu François. « Nous ne savons pas si aujourd’hui elle trouvera un sol aride, des ronces, ou une bonne terre qui la fera croître ». « Cela dépend de nous », a précisé le Pape, de notre disponibilité intérieure.

Le Souverain Pontife a ensuite prévenu contre une distorsion du sens des Écritures. Le croyant ne doit pas chercher en elles « un appui pour sa propre vision philosophique ou morale ». Seul l’accueil préalable de l’Esprit Saint peut éviter ces interprétations abusives, ou un apprentissage par cœur qui rendrait semblable à un « perroquet ». Le chrétien « sait qu’elles ont été écrites dans l’Esprit Saint, et que c’est dans cet Esprit qu’elles doivent être reçues et comprises ».

Le Pape a aussi expliqué qu’avec la méditation de la Parole de Dieu se réalise « comme une nouvelle incarnation du Verbe ». « Et c’est nous qui sommes les “tabernacles” où les paroles de Dieu veulent être accueillies et conservées, pour pouvoir visiter le monde », a-t-il souligné. « La Bible n’est pas écrite pour une humanité générique, mais pour nous, hommes et femmes en chair et en os, pour moi », a-t-il poursuivi. Et ce n’est pas tant nous qui la lisons qu’elle qui “nous lit”.

Comme une aide apportée aux croyants, « la tradition chrétienne est riche d’expériences et de réflexions sur la prière avec l’Écriture Sainte ». Et le Saint-Père de décrire la méthode de la Lectio divina, née dans le monde monastique, et qui « se répand de plus en plus chez les chrétiens ».

François s’est ensuite arrêté sur les bienfaits de prier en compagnie de la Bible. « À travers la prière, la Parole de Dieu vient habiter en nous et nous, nous habitons en elle ». « Elle soutient notre action, nous donne force, elle nous sérénité ». Ou encore : « Dans les journées “mauvaises” et confuses, elle assure à notre cœur un noyau de confiance et d’amour qui le protège des attaques du malin ». Signe d’une identification progressive, on peut enfin déceler « l’empreinte qu’elle a laissée dans la vie des saints ».

Ainsi, la Parole de Dieu « se fait chair (…) en ceux qui l’accueillent dans la prière », avec « obéissance » et « créativité ». Citant l’Évangile selon Saint Matthieu (Mt 13,52), le Pape a conclu en soulignant que « les Saintes Écritures sont un trésor inépuisable », dans lequel nous sommes invités à « puiser toujours davantage ».

Au terme de l’audience général, dans les saluts adressés aux pèlerins en différentes langues, le Saint-Père s’est exprimé sur la Journée de la mémoire célébrée ce 27 janvier.

(Avec V. N.)

Dimanche 24 janvier, 2021

Avant de réciter la prière de l’angélus, en ce dimanche de la Parole, depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a proposé une méditation sur « deux thèmes essentiels : le temps et la conversion ».

Le Pape François prenait la parole pour la première fois ce 24 janvier n’ayant pu célébrer la messe du dimanche de la Parole de Dieu dans la matinée, en raison d’une sciatique chronique. L’Évangile du jour (cf. Mc 1, 14-20), observe le Pape, relate « le "passage de témoin" de Jean le Baptiste à Jésus ».

Dans ce texte de l’évangéliste Marc, « le temps doit être compris comme la durée de l’histoire du salut opéré par Dieu ». Et le Pape précise le sens du salut, « un don d’amour » qui n’est pas automatique, mais qui exige en tant que tel une réponse libre. « L’amour sans liberté n’est pas amour ; ça peut être un intérêt, ça peut être la peur, beaucoup de choses, mais l’amour est toujours libre et exige une réponse libre » et nécessite une conversion.

Le Saint-Père exhorte ainsi à répondre à l’appel du Christ, à l’image de Simon, André, Jacques et Jean qui, lorsque Jésus les appela, « aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc 1, 18). Cette conversion appelle à « changer de mentalité et de vie : ne plus suivre les modèles du monde, mais ceux de Dieu ».

Il s’agit d’« un changement décisif de vision et d’attitude ». Constatant que le péché a introduit dans le monde « une mentalité qui tend à s’affirmer contre les autres et aussi contre Dieu » en ayant parfois recours à « la tromperie et la violence », le Pape appelle à s’imprégner du message de Jésus en reconnaissant « notre besoin de Dieu et de sa grâce ». Le Saint-Père évoque le péché de la mondanité « qui est comme l’air, imprègne tout ». La tromperie et la violence, déplore-t-il, amène « l’avidité, le désir de pouvoir, et non de service, les guerres, l’exploitation des personnes. Le grand menteur est le diable. Il est le père du mensonge, comme le définissait Jésus ».

Chacun est donc invité à « avoir une attitude équilibrée vis-à-vis des biens terrestres ; à être accueillant et humble envers tous ; à se connaître et à se réaliser dans la rencontre et le service aux autres ». Mais « le temps durant lequel nous pouvons accueillir la rédemption est bref : c’est la durée de notre vie en ce monde », affirme le Pape. « C’est un don de l’amour infini de Dieu, mais c’est aussi un temps de vérification de notre amour pour Lui ».

Le Saint-Père met alors en lumière la valeur du temps. Chaque phase de la vie, note-il, peut être « un moment privilégié de rencontre avec le Seigneur ». Et la foi nous aide à découvrir le sens spirituel du temps qui est d’une part « mesurable », d’autre part composé « des saisons de notre développement ». Il ne doit pas être gaspillé car c’est « un temps précieux pour aimer Dieu et notre prochain, et ainsi entrer dans la vie éternelle ».

(Avec V. N.)

Samedi 23 Janvier 2021

Dans son message pour la 55e Journée mondiale des communications, publié en cette veille de la fête de Saint François de sales, patron des journalistes, et qui a pour thème « Viens et vois (Jn 1, 46). Communiquer en rencontrant les gens où et comment ils sont », le Pape François met en garde contre le risque d’une information formatée, en exhortant les gens à aller « là où personne d’autre ne va » et à ne pas raconter la pandémie uniquement avec les yeux du monde riche.

L’appel à « venir et voir » est aussi « la méthode de toute communication humaine authentique ». Tel est le cœur du message du Pape François pour la 55e Journée mondiale des communications sur le thème « Viens et vois (Jn 1, 46). Communiquer en rencontrant les gens, où et comment ils sont » qui a été publié aujourd’hui, à la veille de la commémoration de saint François de Sales, patron des journalistes. Cette journée tombe en mai 2021 et a été célébrée pour la première fois en 1967. Le premier texte écrit par un pape à cette occasion porte la signature de Paul VI. Ce rendez-vous annuel de prière et d’engagement pour les communications sociales a été introduit dans l’Église par le Concile Vatican II, avec le décret Inter mirifica.

« Venez et voyez », c’est ainsi que la foi chrétienne est communiquée

Le Message publié pour cette Journée contient donc l’invitation que Philippe adresse à Nathanaël - « Viens et vois » comme le raconte le passage de l’Évangile de Jean qui inspire le thème - qui ne consiste pas à offrir un raisonnement mais une « connaissance directe ». « Depuis plus de deux mille ans - souligne le Pape - c’est une chaîne de rencontres qui communique la fascination de l’aventure chrétienne ». D’autre part, « dans la communication, rien ne peut jamais remplacer complètement le fait de voir en personne ». Pour chaque « expression communicative » qui se veut honnête, le Pape suggère l’invitation à « venir voir » la galaxie de communication actuelle, des journaux au web, mais aussi la « prédication ordinaire de l’Église » ainsi que la « communication politique ou sociale » Le Pape met donc l’attention sur les risques de se retrouver dans une communication formatée et répétitive, « sans jamais sortir dans la rue » pour rencontrer des gens et vérifier. En particulier dans le contexte de la pandémie, le Pape exhorte à raconter aussi les vicissitudes des populations les plus pauvres.

La présomption de « déjà connaître »

Dans son discours, la dynamique consistant à se mettre en mouvement avec passion et curiosité, à sortir « de la confortable présomption du déjà connu » a un poids important. En ce qui concerne l’actualité, le Pape met en garde contre le risque d’être écrasé par des « journaux photocopiés » -et donc identiques- ou « par des programmes d’information télévisés et radiophoniques et des sites web qui sont sensiblement les mêmes », où les enquêtes perdent de l’espace au profit d’informations « préemballées ». Ces informations, rappelle-t-il, « sont de moins en moins capables d’intercepter la vérité des choses et la vie concrète des gens, et ne peuvent plus saisir ni les phénomènes sociaux les plus graves ni les énergies positives qui se dégagent de la base de la société ». Pour François, « la crise du secteur de l’édition risque donc de conduire à une information construite dans les rédactions, devant l’ordinateur », sans « user la semelle de ses chaussures ».

L’impact de la pandémie

La pandémie, qui balaie le monde depuis le début de l’année 2020, marque de façon décisive ce message. Le Pape avertit qu’il y a un risque de la raconter, ainsi que chaque crise, « seulement avec les yeux du monde riche ». La réflexion de François porte, en ce sens, sur la question des vaccins et des soins médicaux, sur le risque d’exclusion des populations les plus pauvres. « Qui nous dira - demande-t-il - l’attente de la guérison dans les villages les plus pauvres d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique ? » C’est un danger qui touche également le « monde des plus fortunés où le drame social des familles qui glissent rapidement dans la pauvreté reste largement caché », où « les personnes qui, surmontant leur honte, font la queue devant les centres Caritas pour recevoir un colis de nourriture ne font pas trop la une des journaux ». Les différences économiques risquent donc de marquer l’ordre de distribution du vaccin anti-Covid, avec les pauvres toujours en dernier et « le droit à la santé pour tous affirmé dans son principe » mais « vidé de sa valeur réelle ».

Merci aux journalistes qui rapportent les guerres oubliées

Au cœur du Pape, il y a aussi des remerciements pour le courage de tant de travailleurs de la communication. C’est grâce aux journalistes, cameramen, monteurs, qui prennent souvent des risques dans leur travail, « si aujourd’hui - dit-il - nous connaissons, par exemple, la condition difficile des minorités persécutées dans différentes parties du monde ; si de nombreux abus et injustices contre les pauvres et contre la création ont été dénoncés ; si de nombreuses guerres oubliées ont été rapportées ». Ce serait un appauvrissement, souligne-t-il, si ces voix se perdaient.

Communication avec les yeux, le ton, les gestes

Le « venir et voir » était et est essentiel, réaffirme ensuite le Pape dans le message. « On ne communique pas, en fait, seulement avec des mots, mais avec les yeux, avec le ton de la voix, avec les gestes », maintient François en se référant au grand poids que la communication non verbale a dans l’expérience que nous avons de la réalité. La grande attraction qu’exerçait Jésus était due à la vérité de sa prédication, mais son efficacité était inséparable de son regard, de ses attitudes et « même - souligne-t-il - de ses silences ». En Lui - le Logos incarné - le Verbe est devenu « Visage ».

L’étonnement et une éloquence vide

Dans le Message adressé au monde de ceux qui s’occupent de communication au quotidien, la référence aux auteurs qui ont souligné l’importance de l’expérience concrète ne manque pas. « Ouvrez avec émerveillement vos yeux à ce que vous allez voir, et laissez vos mains se remplir de la fraîcheur de la sève, afin que les autres, lorsqu’ils vous liront, touchent de leurs mains le miracle palpitant de la vie », a conseillé à ses collègues journalistes le bienheureux Manuel Lozano Garrido, qui a vécu dans les années 1900 et a été béatifié en 2010. Dans les premiers siècles du christianisme, saint Augustin lui-même rappelait que « dans nos mains se trouvent les livres, à nos yeux les faits », nous incitant à voir dans la réalité l’accomplissement des prophéties de l’Écriture Sainte. « Dans tous les domaines de la vie publique, dans le commerce comme dans la politique combien l’éloquence vide abonde même à notre époque », telle est la considération du Pape, qui se réfère également aux paroles cinglantes du grand dramaturge anglais William Shakespeare, dans Le marchand de Venise sur le fait de parler sans fin et de ne rien dire. Les mots, assure François, « sont également valables pour nous, communicateurs chrétiens ».

La rencontre personnelle, le chemin de l’Évangile

Dans le texte, la référence à la bonne nouvelle de l’Évangile revient, ce qui se produit encore aujourd’hui « à chaque fois », dit-il, « nous recevons le témoignage clair de personnes dont la vie a été changée par la rencontre avec Jésus. Ce sont des personnes qui ont accepté la même invitation "Venez et voyez" et qui "ont été frappées par un "plus" d’humanité" qui a brillé chez ceux qui ont témoigné de Jésus ». « Ce grand communicateur nommé Paul de Tarse - imagine le Pape- aurait certainement fait usage du courrier électronique et des messages sociaux ; mais c’est sa foi, son espérance et sa charité qui ont impressionné les contemporains qui l’ont entendu prêcher », et même lorsqu’il ne pouvait être rencontré en personne, « sa façon de vivre dans le Christ a été attestée par les disciples qu’il a envoyés ».

D’où le défi qui nous attend, celui - observe François - de communiquer en rencontrant les gens « là où ils sont et comment ils sont », comme le rappelle le thème même du message. D’une manière sans précédent par rapport à ses textes précédents pour cette journée, le Pape conclut par une prière dans laquelle il demande au Seigneur de nous apprendre « à aller là où personne d’autre ne veut aller, à prendre le temps de comprendre », « à distinguer l’apparence trompeuse de la vérité ». Avec « la grâce de reconnaître - conclut-il - l’honnêteté de dire ce que nous avons vu ».

(Avec V. N.)

Mercredi 20 janvier 2021

Le thème de la catéchèse tenue par le Pape François au cours de l’audience générale de ce jour était “La prière pour l’unité des chrétiens”. Pour lui, l’unité est un don, fruit de la prière et de l’amour qui constituent « les instruments que Dieu nous a donnés ».

« Dépasser le scandale des divisions entre tous ceux qui croient en Jésus », tel est l’horizon espéré lorsqu’on implore le « don de l’unité » : les chrétiens sont spécialement invités à prier à cette intention en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, et ce mercredi, le Pape a naturellement consacré sa catéchèse hebdomadaire à ce thème.

La prière pour l’unité trouve sa source dans la prière sacerdotale de Jésus, rapportée par saint Jean au chapitre 17 de son Évangile, lorsqu’après la Dernière Cène, Jésus prie « le Père pour nous, pour que nous soyons un ». « Car l’unité est avant tout un don, c’est une grâce à demander par la prière », a souligné François, avant de faire remarquer que « le Seigneur n’a pas commandé l’unité aux disciples ». Il s’est adressé au Père, car « nous ne sommes pas suffisants à nous seuls, avec nos forces, pour réaliser l’unité », et pas même, en premier lieu, « l’unité en nous-mêmes ».

L’unité « ne peut s’obtenir que comme fruit de la prière », a insisté le Souverain Pontife. « Les efforts diplomatiques et les dialogues académiques ne suffisent pas », même s’ils sont bien sûr nécessaires. Prier pour l’unité signifie « participer humblement et avec confiance à la prière du Seigneur qui nous a promis que toute prière faite en son nom sera écoutée du Père ». Et pourtant, « nous nous apercevrons probablement d’avoir prié peu, peut-être jamais, pour l’unité des chrétiens ». Mais cette prière est importante, car Jésus a demandé l’unité « pour que le monde croie ». Le monde croira, « non pas parce que nous le convaincrons par de bons arguments, mais si nous témoignons que l’amour nous unit et nous rend proche de tous » a déclaré François.

En ces temps troublés, « la prière est encore plus nécessaire pour que l’unité prévale sur les conflits ». Et le Saint-Père d’appeler à « mettre de côté les particularismes ». Les chrétiens doivent donner le bon exemple en poursuivant le chemin « vers une unité pleine et visible ». « Beaucoup de pas en avant ont été faits », a reconnu François, « mais il faut persévérer dans l’amour et dans la prière ». Y compris en luttant. « Oui, lutter, car notre ennemi, le diable (…) est le diviseur », a rappelé le Pape, avant de mettre particulièrement en garde contre les « bavardages » qui alimentent ces divisions. Au contraire, « l’Esprit Saint fait toujours converger vers l’unité ».

Afin de vérifier quel esprit nous anime, le Saint-Père a donné l’indication suivante : « nous demander si, dans les lieux dans lesquels nous vivons, nous alimentons la conflictualité ou si nous luttons pour faire grandir l’unité avec les instruments que Dieu nous a donnés : la prière et l’amour ».

Rester enracinés dans l’amour du Christ : telle est l’autre recommandation donnée par le Pape lors de cette audience. En effet, la « racine de la communion est l’amour du Christ qui nous fait dépasser les préjugés pour voir dans l’autre un frère, une sœur, à aimer toujours ». Alors nous prenons conscience « que les chrétiens des autres confessions sont des dons de Dieu ». Nous pouvons aussi prier pour les chrétiens d’autres confessions, « et quand cela est possible, avec eux », a conclu François dans un ultime conseil. « Nous apprendrons ainsi à les aimer et à les apprécier ».

S’adressant aux pèlerins de langue portugaise à la fin de cette audience générale, le Pape François a assuré de sa prière « tous ceux qui souffrent de la pandémie, en particulier à Manaus, dans le nord du Brésil. Que le Père miséricordieux vous soutienne en ces temps difficiles », a déclaré le Saint-Père. Dans l’État brésilien de l’Amazonas, aux portes de l’Amazonie, la propagation de la Covid-19 fait des ravages. Les hôpitaux de la ville de Manaus, peuplée de 2,2 millions d’habitants, sont saturés et confrontés à une pénurie d’oxygène. L’archevêque de Manaus, Mgr Leonardo Steiner, a récemment interpellé les autorités brésiliennes à ce sujet et exhorté la population à la prudence.

(Avec V. N.)

Dimanche 17 Janvier 2021

Avant de réciter la prière de l’angélus depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a proposé une catéchèse sur « la rencontre avec le Christ » et les différentes manières dont Dieu appelle chacun individuellement, tous ces appels incarnant « une initiative de son amour ».

S’appuyant sur l’Évangile du jour (Jn 1, 35-42), le Pape narre la rencontre de Jésus avec ses premiers disciples. La scène se déroule au bord du fleuve du Jourdain, le lendemain du baptême de Jésus. C’est le même Jean-Baptiste qui désigne le Messie à deux des disciples par ces mots : « Voici l’Agneau de Dieu ! » (v. 36). Et ces deux-là, se fiant au témoignage du Baptiste, suivaient Jésus. Lui le remarque et demande : « Que cherchez-vous ? », et eux l’interroge : « Maître, où habitez-vous ? » (v. 38).

Jésus ne répond pas : « J’habite à Capharnaüm ou à Nazareth », mais dit : « Venez et vous verrez » (v. 39). Ce n’est pas une carte de visite, mais une invitation à une rencontre, relève le Saint-Père, poursuivant : « Il n’est pas difficile de les imaginer assis, lui posant des questions et surtout l’écoutant, sentant leur cœur se réchauffer au fur et à mesure que le Maître parle. Ils ressentent la beauté des mots qui répondent à leur plus grande espérance. Et soudain, ils découvrent que, le soir tombant autour d’eux, la lumière que seul Dieu peut donner explose en eux ».

Chaque rencontre authentique avec Jésus reste dans la mémoire vie ; elle n’est jamais oubliée, assure François. « On oublie beaucoup de rencontres, mais la vraie rencontre avec Jésus reste toujours. Et ces nombreuses années plus tard, ils ne pouvaient pas oublier cette rencontre si heureuse, si pleine, qui avait changé leur vie. »

Quand ils partent et reviennent vers leurs frères, cette joie, cette lumière déborde donc de leur cœur comme un fleuve en crue, ajoute l’évêque de Rome. L’un de ces deux disciples, André, dit alors à son frère Simon- que Jésus appellera Pierre- « Nous avons trouvé le Messie » (v. 41).

Et le Pape de proposer de s’arrêter un instant sur cette expérience de rencontre avec le Christ « qui nous appelle à être avec lui ». « Chaque appel de Dieu est une initiative de son amour. C’est toujours Lui qui prend l’initiative. Dieu appelle à la vie, il appelle à la foi, et il appelle à un état de vie particulier », en déduit le Souverain pontife.

Le premier appel de Dieu est à la vie, par lequel il nous constitue en tant que personnes ; c’est un appel individuel, car Dieu ne fait pas les choses en série, observe François.

Ensuite, Dieu nous appelle à la foi et à faire partie de sa famille, en tant qu’enfants de Dieu, complète-t-il. Et enfin, Dieu nous appelle à un état de vie particulier : à nous donner nous-mêmes dans le mariage, le sacerdoce ou la vie consacrée, affirme le Pape, convenant que ce sont là des manières différentes de réaliser « le plan que Dieu a pour chacun de nous », qui est toujours « un projet d’amour ». « Dieu appelle toujours. Et la plus grande joie de chaque croyant est de répondre à cet appel, de s’offrir tout entier au service de Dieu et de ses frères et sœurs », remarque le Successeur de Pierre.

Et le Pape d’expliquer que face à l’appel du Seigneur, « qui peut nous parvenir de mille façons, même à travers des personnes et des événements, aussi bien heureux que tristes », notre attitude peut parfois être celle du refus, « parce qu’elle nous semble en contraste avec nos aspirations ; ou de la peur, parce que nous la considérons trop exigeante et inconfortable ». L’on dit : « Oh je n’y arriverai pas, mieux vaut ne pas y arriver, mieux vaut une vie plus tranquille... Dieu me voilà ». Mais l’appel de Dieu est l’amour, et nous n’y répondons que par l’amour, relève le Pape, développant : « Au début, il y a une rencontre, ou plutôt, il y a la rencontre avec Jésus, qui nous parle du Père, il nous fait connaître son amour. Et puis le désir de le communiquer aux personnes que nous aimons surgit spontanément en nous aussi : ‘’J’ai rencontré l’Amour’’, ‘’J’ai trouvé le sens de ma vie’’. En un mot : ‘’J’ai trouvé Dieu’’. »

« Que la Vierge Marie nous aide à faire de notre vie un chant de louange à Dieu, en réponse à son appel et dans l’accomplissement humble et joyeux de sa volonté », a conclu le Souverain pontife, ajoutant en improvisant : « Mais n’oublions pas ceci : chacun de nous, dans sa vie, a eu un moment où Dieu s’est rendu présent plus fortement, avec un appel. Souvenons-nous en. Revenons à ce moment, afin que le souvenir de ce moment nous renouvelle toujours dans notre rencontre avec Jésus. »

Après la récitation de l’angélus le Pape François a réitéré toute sa proximité avec le peuple de l’île de Sulawesi (Célèbes) en Indonésie, affectée par un violent séisme le 15 janvier. Le Saint-Père avait déjà envoyé un télégramme le 14 janvier.

« Chers frères et sœurs, je tiens à exprimer ma proximité avec le peuple de l’île de Sulawesi en Indonésie, frappée par un fort tremblement de terre. Je prie pour les morts, pour les blessés et pour ceux qui ont perdu leur maison et leur travail. Que le Seigneur les réconforte et soutienne les efforts de ceux qui s’efforcent d’apporter des secours. Prions ensemble pour nos frères à Sulawesi, et aussi pour les victimes de l’accident d’avion de samedi dernier, également en Indonésie », a ainsi assuré le Souverain pontife après l’angélus du 17 janvier, et il a fait réciter un « Je vous salue Marie ».

L’avant-veille, vendredi 15 janvier, François avait déjà envoyé un télégramme de soutien au peuple de cette grande île de Célèbes déjà dévastée en septembre 2018 par un tremblement de terre suivi d’un tsunami, qui avait alors fait plus de 2 500 morts identifiés mais aussi plus de 5 000 disparus.

Cette fois-ci, la plus forte secousse a été de 6,2 sur l’échelle de Richter. Au moins trois glissements de terrain ont balayé plusieurs villages, emprisonnant de nombreuses personnes sous les décombres. Les sauveteurs continuent de fouiller les décombres à la recherche de survivants. Un bilan provisoire déplore dimanche 60 morts selon les autorités.

Dans son télégramme, le Pape François s’est dit « attristé d’apprendre les pertes tragiques de vie humaine et les destructions matérielles causées par le violent séisme en Indonésie ». Il a exprimé sa solidarité avec tous ceux qui ont été affectés par cette catastrophe naturelle, et prié « pour le repos de l’âme des défunts, la guérison des blessés et la consolation de tous ceux qui sont dans la peine ».

(Avec V. N.)

Mercredi 13 Janvier 2021

Pour sa première audience générale de l’année 2021, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèse sur la prière, méditant aujourd’hui sur la louange, depuis la Bibliothèque du Palais apostolique. Le Pape a invité les fidèles à la pratiquer particulièrement dans les moments difficiles.

« En pleine crise, Jésus bénit le Père, il le loue. Pourquoi ? », s’interroge d’emblée le Souverain pontife. Avant tout il le loue pour ce qu’il est : « Père, Seigneur du ciel et de la terre », répond le Pape. En effet, Jésus se réjouit dans son esprit parce qu’il sait et il sent que son Père est le Dieu de l’univers, et inversement, le Seigneur de tout ce qui existe est le Père, « mon Père ». « C’est de cette expérience de se sentir ‘’fils du Très-Haut’’ que jaillit la louange » en déduit l’évêque de Rome.

François esquisse une autre raison pour laquelle le Christ loue le Père : « car il privilégie les petits ». C’est ce dont il fait lui-même l’expérience, en prêchant dans les villages : les « sages » et les « intelligents » sont suspicieux et fermés, tandis que les « petits » s’ouvrent et accueillent le message.

« Cela ne peut qu’être la volonté du Père, et Jésus s’en réjouit », affirme le Pape exhortant tous les fidèles « à se réjouir et louer Dieu » parce que « les personnes humbles et simples accueillent l’Évangile ». Dans l’avenir du monde et dans les espérances des Eglises, il y a ainsi les « petits » : ceux qui ne se considèrent pas meilleurs que les autres, qui sont conscients de leurs limites et de leurs péchés, qui ne veulent pas dominer les autres, explique le Successeur de Pierre.

Donc, en ce moment d’échec apparent, Jésus prie en louant le Père, poursuit le Pape, ajoutant ceci : « Et sa prière nous conduit aussi, nous lecteurs de l’Evangile, à juger de manière différente nos échecs personnels, les situations où nous ne voyons pas clairement la présence et l’action de Dieu, quand il semble que prévaut le mal et qu’il n’existe aucune façon de l’arrêter. »

A qui sert donc la louange ? A nous ou à Dieu ? François cite un texte de la liturgie eucharistique qui invite à prier Dieu de cette manière : « Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ notre Seigneur » (Missel romain, préface commune IV).

La prière de louange nous sert donc à nous aussi. Le Catéchisme la définit ainsi : « Elle participe à la béatitude des cœurs purs qui l’aiment dans la foi avant de le voir dans la Gloire » (n. 2639).

De ce fait, paradoxalement, le Pape relève que la louange doit être pratiquée non seulement quand la vie nous remplit de bonheur, mais surtout dans les moments difficiles, « quand le chemin grimpe ». « Parce que nous apprenons qu’à travers cette montée, ce sentier fatigant, ces passages difficiles, on arrive à voir un panorama nouveau, un horizon plus ouvert », insiste le Saint-Père, comparant l’acte de louer « à respirer de l’oxygène pur ». « Louer purifie l’âme, fait voir loin, empêche de rester prisonniers des difficultés ».

Et le Pape François de prendre enfin exemple sur l’enseignement de saint François, le Poverello d’Assise, qui composa le « Cantique des créatures » au milieu des difficultés. François est presque aveugle, et il ressent dans son âme le poids d’une solitude qu’il n’avait jamais éprouvée auparavant Mais à cet instant, François prie : « Loué sois-tu, mon Seigneur... ». François loue Dieu pour tout, pour tous les dons de la création, et aussi pour la mort, qu’il l’appelle avec courage « sœur », relève le Pape, concluant : « Les saints et les saintes nous montrent ainsi que l’on peut toujours louer, dans le bien et dans le mal, parce que Dieu est l’Ami fidèle, son amour ne manque jamais. Il est toujours proche de nous et nous attend. Il est la sentinelle qui se fait proche de nous, et nous fait avancer avec sûreté. »

(Avec V. N.)

Dimanche 10 Janvier 2021

Lors de l’angélus en la fête du Baptême du Seigneur, le Pape François a rappelé que Jésus débute sa vie publique en se mêlant aux pécheurs, offrant ainsi son « manifeste programmatique ». Lors de notre baptême, à notre tour, nous devenons enfants de Dieu, marqués par sa miséricorde.

Mercredi, lors de l’Épiphanie, Jésus n’était qu’un enfant, adoré par les Rois Mages. Ce dimanche, en la fête du Baptême du Seigneur, la liturgie nous fait faire un bond temporel de près de trente ans durant lesquels nous ne savons qu’une chose note le Pape, depuis la bibliothèque du Palais apostolique : « ce furent des années de vie cachée, que Jésus passa en famille ; quelques années comme migrant pour fuir la persécution d’Hérode d’abord en Egypte, les autres années à Nazareth, à apprendre le métier de Joseph et en famille, obéissant à ses parents, étudiant et travaillant ».

Jésus a donc vécu « la vie de tous les jours, sans apparaître », ce qui nous dévoile « la grandeur du quotidien, l’importance aux yeux de Dieu de chaque geste et moment de la vie, même le plus simple et caché », constate François.

Jésus débute donc sa vie publique par le baptême dans le Jourdain, un rite pénitentiel administré par Jean-Baptiste, « un signe de la volonté de se convertir, en demandant pardon pour ses péchés ». « Certes, Jésus n’en avait pas besoin », reconnait le Saint-Père mais il le fait tout de même « parce qu’il veut être avec les pécheurs ».

Par ce geste, « Jésus nous offre ainsi son “geste programmatique” ». « Il nous dit qu’il ne nous sauve pas par le haut, par une décision souveraine ou un acte fort, mais en allant à notre rencontre et en prenant sur soi nos péchés. Voilà comment Dieu vainc le mal dans le monde : en s’abaissant et en le prenant en charge », explique François.

À l’image de Jésus, nous pouvons nous aussi aider les autres : « en ne jugeant pas, en ne leur disant pas quoi faire, mais en se faisant proche, en étant compatissant, en partageant l’amour de Dieu », décrit-il.

Après le baptême de Jésus, la Trinité se révèle. « Dieu se manifeste quand apparait la miséricorde parce que c’est son visage. Jésus se fait serviteur des pécheurs et est proclamé Fils ; il s’abaisse vers nous et l’Esprit descend sur Lui. L’amour appelle l’amour » affirme le Saint-Père.

Il en est de même pour nous. « Notre vie est marquée par la miséricorde qui s’est posée sur nous avant même que nous ne fassions quoi que ce soit ». « Nous avons été sauvés gratuitement. Le salut est gratuit », et cela advient le jour de notre baptême. « Mais ceux qui ne sont pas baptisés reçoivent aussi la miséricorde de Dieu, toujours, parce que Dieu est là, il attend. Il attend que s’ouvrent les portes des cœurs » ajoute François qui appelle la Vierge à nous aider à garder « notre identité d’avoir reçu la miséricorde ».

Après la prière de l’angélus, en la fête du Baptême du Seigneur, le Saint-Père a tenu à assurer de ses prières les enfants, parents, marraines et parrains des baptêmes prévus initialement ce dimanche dans la chapelle Sixtine.

Cette année, à cause de la pandémie, le Pape François a dû déroger à la coutume du baptême des enfants en la fête du Baptême du Seigneur, dans la chapelle Sixtine. Les baptêmes prévus se déroulent dans les paroisses respectives, selon les mesures sanitaires en cours.

Cependant, après la prière de l’angélus prononcée depuis la bibliothèque du palais apostolique, il a tenu à avoir quelques mots envers les familles des baptisés et tous les enfants qui pendant cette période reçoivent l’identité chrétienne : « Que Dieu les bénisse tous ».

Demain se termine le temps de Noël a continué l’évêque de Rome, indiquant que reprendra le voyage du temps ordinaire. « Ne nous lassons pas d’invoquer la lumière et la force de l’Esprit Saint pour nous aider à vivre les choses ordinaires avec amour et ainsi, à les rendre extraordinaires », a-t-il déclaré avant d’inviter à rester « ouverts, dociles, à l’Esprit. Il inspirera nos pensées et nos actions quotidiennes. »

(Avec V. N.)

Mercredi 6 Janvier 2021

Prenant la parole à midi en ce mercredi 6 janvier, en la fête de l’Épiphanie, depuis la bibliothèque privée du Palais apostolique, le Pape a invité à transmettre à tous les peuples la lumière du Christ, non pas par prosélytisme mais par le témoignage de foi.

Le Pape François a expliqué que l’Épiphanie est « la manifestation du Seigneur à toutes les nations : en effet, le salut accompli par le Christ ne connaît pas de frontières, c’est pour tout le monde », a-t-il insisté. « C’est toujours le même événement que la Nativité, vu cependant dans sa dimension de lumière : une lumière qui illumine chaque homme, une lumière à accueillir dans la foi et une lumière à apporter aux autres dans la charité, dans le témoignage, dans l’annonce de l’Evangile. »

Il a remarqué que les mots d’Isaïe dans la Première Lecture du jour (« les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples ») font écho à notre situation actuelle. Mais « dans cet horizon, le prophète annonce la lumière : la lumière donnée par Dieu à Jérusalem et destinée à éclairer le chemin de toutes les nations ». « Assurément, les ténèbres sont présentes et menaçantes dans la vie de chacun et dans l’histoire de l’humanité, mais la lumière de Dieu est plus puissante », a souligné le Pape.

« L’évangéliste Matthieu, à son tour, en racontant l’épisode des Rois Mages montre que cette lumière est l’Enfant de Bethléem, c’est Jésus, même si sa royauté n’est pas acceptée par tous. Certains, comme Hérode, la refusent », a remarqué le Pape en sortant de son texte. Mais le Fils de Dieu est venu pour tous, sans discrimination.

La lumière du Christ ne se diffuse pas « à travers les puissants moyens des empires de ce monde, qui cherchent toujours à s’en accaparer la domination », mais « à travers l’annonce de l’Évangile. Et avec la même “méthode” choisie par Dieu pour venir parmi nous : l’incarnation, c’est-à-dire se faire proche de l’autre, le rencontrer, assumer sa réalité. Ce n’est qu’ainsi que la lumière de Dieu, qui est Amour, peut resplendir chez ceux qui l’accueillent et en attirer d’autres. »

Cette lumière entre dans notre vie non pas par prosélytisme, mais par le témoignage de vie, a insisté le Pape François. Les chrétiens doivent donc être des « témoins des trésors de bonté et de miséricorde infinie que le Rédempteur offre gratuitement à tous. »

« La condition est donc d’accueillir cette lumière en soi, de l’accueillir toujours davantage. Malheur si nous pensons la posséder, devoir seulement la “gérer” ! Nous aussi, comme les Rois Mages, nous sommes appelés à nous laisser toujours fasciner, attirer, guider, illuminer et convertir par le Christ : c’est le chemin de la foi, à travers la prière et la contemplation des œuvres de Dieu, qui sans cesse nous remplissent d’une joie et d’un émerveillement toujours nouveau », a conclu le Pape François, avant d’invoquer la protection de Marie sur l’Église universelle.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Janvier 2021

Lors du premier Angélus dominical de l’année 2021, le Saint-Père a commenté le prologue de l’Évangile selon saint Jean, lu lors de la messe de ce jour en Italie et au Vatican. François est revenu sur le sens de l’incarnation du Fils de Dieu, désireux de vivre « une grande intimité » avec chaque être humain, en le rejoignant notamment dans sa fragilité.

L’Épiphanie étant fêtée le 6 janvier en Italie comme en d’autres pays du monde, c’est aujourd’hui le prologue de l’Évangile selon saint Jean que de nombreux fidèles ont écouté à la messe, comme le jour de Noël.

« Au commencement était le Verbe », nous dit d’abord le disciple bien-aimé. « Celui que nous avons contemplé lors de sa Nativité, comme enfant, Jésus, existait avant : avant le commencement des choses, avant l’univers. Il est avant l’espace et le temps », a commenté le Saint-Père depuis la bibliothèque du Palais apostolique.

Par ailleurs, en appelant Jésus « le Verbe », c’est-à-dire « la Parole », saint Jean veut nous signifier que « dès le début, Dieu veut communiquer avec nous, il veut nous parler ». Il veut « nous dire la beauté d’être enfants de Dieu ». « Voici le merveilleux message d’aujourd’hui : Jésus est la Parole éternelle de Dieu, qui pense toujours à nous, depuis toujours, et qui désire communiquer avec nous », a souligné François.

Mais pour communiquer, Jésus ne s’en est pas tenu à la parole. Il « s’est fait chair ». Une « chair » qui traduit mieux que tout autre mot le désir de Dieu de rejoindre « notre condition humaine dans toute sa faiblesse ». « Dieu est devenu fragile pour toucher de près notre fragilité », a résumé le Souverain Pontife. De cette manière, « rien dans notre vie ne lui est étranger », « nous pouvons tout partager avec Lui ». La décision du Seigneur est « audacieuse » : « il entre dans notre honte pour se faire notre frère, pour partager la route de la vie ».

L’incarnation du Fils de Dieu, a ensuite expliqué le Pape, n’a pas été un évènement temporaire. « Non, il ne s’est plus jamais détaché de notre chair ». L’évangéliste utilise le verbe « habiter », « demeurer ». Jésus « s’est uni pour toujours à notre humanité ; on pourrait dire qu’il l’a "épousée" ».

Par conséquent, le Seigneur a soif d’une « grande intimité » avec chacun. « Il veut que nous partagions avec lui les joies et les peines, les désirs et les craintes, les espoirs et les tristesses, les personnes et les situations ». Et le Saint-Père d’inviter les fidèles à ouvrir leur cœur et à contempler la crèche en silence. « Et sans crainte, invitons-le dans notre maison, notre famille, (…) nos fragilités ». Marie peut nous aider à L’accueillir. Alors « il viendra, et la vie changera », a conclu François.

Après la prière de l’Angélus, le Saint-Père a renouvelé ses vœux aux fidèles pour cette nouvelle année, en invitant à fuir « une mentalité fataliste ou magique : nous savons que les choses s’amélioreront dans la mesure où, avec l’aide de Dieu, nous travaillerons ensemble pour le bien commun, en mettant les plus faibles et les plus défavorisés au centre », a-t-il souligné. « Nous ne savons pas ce que 2021 apportera », a admis François, mais chacun peut « prendre soin » des autres et de la création, et fuir les comportements hédonistes, tels que ceux qui enfreignent les mesures de confinement.

Le Souverain Pontife a ensuite salué spécialement « ceux qui commencent la nouvelle année avec plus de difficultés : les malades, les chômeurs, ceux qui vivent dans des situations d’oppression ou d’exploitation ». Il s’est aussi adressé à « toutes les familles, en particulier celles qui ont de jeunes enfants ou qui attendent une naissance. Une naissance est toujours une promesse d’espoir : je suis proche de ces familles », a-t-il assuré.

(Avec V. N.)

Vendredi 1er Janvier 2021

En ce 1er janvier 2021, où l’Église célèbre la Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, la traditionnelle messe pour la paix a eu lieu en la Basilique Saint-Pierre de Rome. Le Pape François a délivré une homélie lue par le cardinal Pietro Parolin, centrée sur trois verbes accomplis en Marie : bénir, naître et trouver.

Dans les lectures de la liturgie d’aujourd’hui ressortent trois verbes qui trouvent leur accomplissement dans la Mère de Dieu : bénir, naître et trouver, relève le Saint-Père dans cette homélie lue par le Secrétaire d’État du Saint-Siège, le Pape souffrant d’une « douloureuse sciatique ».

Bénir. Ce n’est pas une pieuse exhortation, c’est une demande précise, souligne le Pape. « C’est important qu’aujourd’hui aussi les prêtres bénissent le Peuple de Dieu, sans relâche ; et qu’également tous les fidèles soient porteurs de bénédiction, qu’ils bénissent. Le Seigneur sait que nous avons besoin d’être bénis : la première chose qu’il a faite après la création a été de dire du bien de toute chose et de dire beaucoup de bien de nous », a-t-il ajouté. Et le Saint-Père de nous rappeler que « Jésus est la bénédiction du Père, donc chaque fois que nous ouvrons le cœur à Jésus, la bénédiction de Dieu entre dans notre vie. »

En faisant de la place à Marie, nous sommes bénis, mais nous apprenons aussi à bénir, poursuit le Pape. « La Vierge Marie, en fait, enseigne que la bénédiction se reçoit pour être donnée. » Elle, la bénie, a en effet été une bénédiction pour toute personne qu’elle a rencontrée : pour Elisabeth, pour les époux à Cana, pour les apôtres au Cénacle… Nous aussi, nous sommes appelés à bénir, à dire du bien au nom de Dieu, souligne l’évêque de Rome, déplorant que le monde soit « gravement pollué » par le fait de dire du mal et de penser du mal des autres, de la société, de soi-même. « La médisance corrompt, fait tout dégénérer, tandis que la bénédiction régénère, donne la force pour recommencer. »

« Demandons à la Mère de Dieu la grâce d’être pour les autres des porteurs joyeux de la bénédiction de Dieu, comme elle pour nous », enjoint ainsi le Successeur de Pierre.

Naître est le deuxième verbe de l’homélie du Pape lue par le cardinal Parolin. Saint Paul souligne que le Fils de Dieu est « né d’une femme » (Ga 4, 4). En peu de paroles il nous dit une chose merveilleuse, observe François. « Le Seigneur est né comme nous. Il n’est pas apparu adulte, mais enfant ; il n’est pas venu au monde tout seul, mais d’une femme. Le cœur du Seigneur a commencé à palpiter en Marie, le Dieu de la vie a pris d’elle l’oxygène. » Dès lors, Marie nous unit à Dieu parce qu’en elle Dieu s’est lié à notre chair et ne l’a plus laissée, remarque le Primat d’Italie, précisant combien Marie était davantage que « le pont entre nous et Dieu » : « Elle est la route que Dieu a parcourue pour parvenir à nous et elle est la route que nous, nous devons parcourir pour parvenir à lui. Par Marie nous rencontrons Dieu comme lui le veut : dans la tendresse, dans l’intimité, dans la chair », estime le Souverain pontife, insistant sur le caractère incarné. « Oui, parce que Jésus n’est pas une idée abstraite, il est concret, incarné, il est né d’une femme et a grandi patiemment. »

Et le Pape de développer : « Les femmes connaissent ce pragmatisme patient : nous les hommes, nous sommes souvent abstraits et nous voulons quelque chose tout de suite ; les femmes sont concrètes et savent tisser avec patience les fils de la vie. Combien de femmes, combien de mères font naître et renaître la vie de cette manière, en donnant un avenir au monde ! » s’exclame le Saint-Père.

La sainte Mère de Dieu nous enseigne donc que le premier pas pour donner vie à tout ce qui nous entoure est de l’aimer en nous. Pour François, il apparaît alors important « d’éduquer le cœur au soin, à tenir beaucoup aux personnes et aux choses. » « Tout part d’ici, du fait de prendre soin des autres, du monde, de la création. Il ne sert à rien de connaître beaucoup de personnes et beaucoup de choses si nous n’en prenons pas soin », garantit le Successeur de Pierre.

Cette année, alors que nous espérons une renaissance et de nouveaux traitements, ne négligeons pas le soin, exhorte le Pape, rappelant qu’en plus du vaccin pour le corps, il nous faut le vaccin pour le cœur : c’est le soin. « Ce sera une bonne année si nous prenons soin des autres, comme fait la Vierge Marie avec nous », affirme-t-il, passant au troisième verbe « Trouver ».

L’Évangile dit que les bergers « découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né » (v. 16). « Ils n’ont pas trouvé de signes prodigieux et spectaculaires, mais une simple famille », constate François. « Là, cependant, ils ont vraiment trouvé Dieu, qui est grandeur dans la petitesse, force dans la tendresse. Mais comment firent les bergers pour trouver ce signe si peu visible ? Ils ont été appelés par un ange. Nous aussi, nous n’aurions pas trouvé Dieu si nous n’avions pas été appelés par grâce. »

C’est alors que, selon le Souverain pontife argentin, nous avons découvert « que son pardon fait renaître, sa consolation allume l’espérance, sa présence donne une joie irrépressible. » Nous l’avons trouvé, mais nous ne devons pas le perdre de vue, prévient le Pape. « Le Seigneur, en effet, ne se trouve pas une fois pour toutes : il doit être trouvé chaque jour. Pour accueillir la grâce, il faut rester actifs. »

Avant d’interroger les fidèles : « Et nous, qu’est-ce que nous sommes appelés à trouver au début de l’année ? »

« Il serait beau de trouver du temps pour quelqu’un. Le temps est la richesse que nous avons tous, mais dont nous sommes jaloux parce que nous voulons l’utiliser seulement pour nous. La grâce de trouver du temps pour Dieu et pour le prochain doit être demandée : pour celui qui est seul, pour celui qui souffre, pour celui qui a besoin d’écoute et de soin », répond François. Ainsi si nous trouvons du temps à offrir, nous serons émerveillés et heureux, comme les bergers, conclut le Saint-Père, invoquant la Vierge Marie, qui a amené Dieu dans le temps, pour qu’elle nous aide à donner de notre temps. « Sainte Mère de Dieu, nous te consacrons la nouvelle année. »

(Avec V. N.)

Jeudi 31 Décembre 2020

Comme chaque 31 décembre, l’année se conclut avec la célébration des premières vêpres de la Solennité de Sainte Marie Mère de Dieu et le Te Deum en la basilique Saint-Pierre, en action de grâce pour l’année écoulée. Le Pape François, souffrant d’une sciatique, n’a pu présider la cérémonie. Le cardinal Re l’a remplacé, lisant l’homélie préparée par le Pape, axée sur l’amour du prochain que cette année marquée par la pandémie a révélé.

Cette célébration du soir a toujours un double aspect : avec la liturgie, nous entrons dans la fête solennelle de Marie Très Sainte Mère de Dieu ; et en même temps, nous concluons l’année civile avec le grand hymne de louange, a d’emblée affirmé le cardinal Giovanni Battista Re au nom du Pape, précisant que le premier aspect serait développé demain, car ce soir « nous rendons grâce pour l’année qui touche à sa fin. »

Quel sens donner aux drames de cette année ?

« Nous te louons, Dieu, nous te proclamons Seigneur... ». L’on pourrait croire qu’il est forcé de remercier Dieu au terme d’une année comme celle-ci, marquée par la pandémie, a constaté le cardinal italien, confiant sa prière « aux familles qui ont perdu un ou plusieurs membres, à ceux qui ont été malades, à ceux qui ont souffert de la solitude, à ceux qui ont perdu leur emploi... »

Et le doyen du Sacré Collège d’interpeller les fidèles : « Parfois, quelqu’un demande : quelle est la signification d’un tel drame ? Nous ne devons pas être pressés de répondre à cette question. Même Dieu ne répond pas à nos "pourquoi" les plus angoissés en recourant à des "raisons supérieures" ». La réponse de Dieu suit en effet « le chemin de l’Incarnation », comme le chante l’Antienne au Magnificat : « Par le grand amour avec lequel il nous a aimés, Dieu a envoyé son Fils dans une chair de péché ».

Le Dieu berger n’abandonne pas ses brebis

« Un Dieu qui sacrifierait des êtres humains pour un grand dessein, même si c’était le meilleur possible, n’est certainement pas le Dieu qui nous a révélé Jésus-Christ. Dieu est Père, "Père éternel", et si son Fils s’est fait homme, c’est par l’immense compassion du cœur du Père », a poursuivi le cardinal originaire de Brescia. Or, soutient-il, Dieu est un berger, et quel berger abandonnerait ne serait-ce qu’une seule brebis, pensant qu’entre-temps il en reste beaucoup d’autres ? « Non, ce Dieu cynique et impitoyable n’existe pas. Ce n’est pas le Dieu que nous "louons" et "proclamons Seigneur" », assure-t-il, proposant « un sens » à ce drame de la pandémie comme à d’autres fléaux qui frappent l’humanité : « celui de susciter en nous la compassion et de provoquer des attitudes et des gestes de proximité, de soin, de solidarité. »

L’engagement quotidien pour l’amour du prochain

C’est ce qu’il s’est passé et se passe à Rome ces derniers mois, et pour cela surtout, « ce soir, nous rendons grâce à Dieu » : « pour les bonnes choses qui se sont produites dans notre ville pendant le confinement et, en général, pendant la période de la pandémie, qui n’est malheureusement pas encore terminée. Il y a tant de gens qui, sans faire de bruit, ont essayé de rendre le fardeau de l’épreuve plus supportable », a-t-il relevé à quelques heures du changement d’année.

Ainsi toutes ces personnes silencieuses, avec leur engagement quotidien, animés par l’amour du prochain, ont accompli les paroles du Te Deum, car « la bénédiction et la louange que Dieu apprécie le plus est l’amour fraternel ».

« Les travailleurs de la santé-médecins, infirmières, bénévoles- sont en première ligne, et pour cette raison, ils sont toujours dans nos prières et méritent notre gratitude ; tout comme de nombreux prêtres, religieux et religieuses. Mais ce soir, nos remerciements vont à tous ceux qui s’efforcent chaque jour de poursuivre leur famille et leur service pour le bien commun de la meilleure façon possible », a déclaré le cardinal Re, pensant aussi en particulier « aux directeurs d’école et aux enseignants », et « aux administrateurs publics ».

La force de Dieu, plus puissante que l’égoïsme

« Tout cela ne peut se faire sans grâce, sans la miséricorde de Dieu. Nous savons par expérience que dans les moments difficiles, nous sommes enclins à nous défendre - c’est naturel - pour nous protéger et protéger nos proches, pour protéger nos intérêts... Comment se fait-il alors que tant de personnes, sans autre récompense que celle de faire le bien, trouvent la force de se soucier des autres ? », a-t-il demandé, esquissant cette réponse : « Au fond, même s’ils n’y pensent pas eux-mêmes, ils sont poussés par la force de Dieu, qui est plus puissante que notre égoïsme. »

« C’est pourquoi nous le louons, parce que nous croyons et savons que tout le bien qui s’accomplit jour après jour sur la terre vient, en fin de compte, de Lui. Et en regardant l’avenir qui nous attend, nous implorons à nouveau : "Que ta miséricorde soit toujours avec nous, en toi nous avons espéré" », a conclu le doyen du Collège des cardinaux ce jeudi 31 décembre.

(Avec V. N.)

Mercredi 30 Décembre 2020

Lors de l’audience générale, diffusée en direct ce mercredi depuis la Bibliothèque du palais apostolique, le Pape a concentré sa catéchèse sur la prière d’action de grâce, qui a donné son nom au sacrement le plus grand, l’Eucharistie.

« Vivre est tout d’abord avoir reçu » et « si nous sommes portés à la gratitude, le monde devient lui aussi meilleur » affirme le pape François qui invite les fidèles à chercher toujours à être dans la joie de la rencontre avec Jésus.

Ce mercredi, le Pape tire son inspiration d’un épisode rapporté par l’Évangile de Luc, lorsque Jésus rencontre sur son chemin dix lépreux qui l’implorent, « Jésus, Maître, aie pitié de nous ! » (17,13). Malgré la mise au ban de ces personnes souffrantes, Jésus ne refuse pas de les rencontrer, « il va au-delà des limites imposées par les lois » et les invite à se présenter aux prêtres afin que ces derniers constatent leur guérison. Sur le chemin, les dix lépreux guérissent mais un seul revient sur ses pas pour remercier Jésus.

« Ce récit divise le monde en deux : ceux qui ne remercient pas et ceux qui remercient ; ceux qui prennent tout comme si cela leur était dû, et ceux qui accueillent tout comme un don », dit François. Or on peut lire dans le Catéchisme que tout événement et tout besoin peuvent devenir offrande d’action de grâce (n. 2638).

Le Pape appelle les fidèles à faire de l’action de grâce « le fil directeur de (leurs) journées » et signale que pour cela, il faut se reconnaître précédés par la grâce. « Nous avons été pensés avant que nous apprenions à penser ; nous avons été aimés avant que nous apprenions à aimer ; nous avons été désirés avant que dans notre cœur ne naisse un désir ».

L’action de grâce a donné son nom au sacrement le plus essentiels qui soit pour les chrétiens : l’Eucharistie, mot grec qui signifie « remerciement ». Les chrétiens bénissent Dieu pour le don de la vie. « Vivre est tout d’abord avoir reçu », explique le Saint-Père, « nous naissons tous parce que quelqu’un a désiré la vie pour nous. Et c’est seulement la première d’une longue série de dettes que nous contractant en vivant. Des dettes de reconnaissance ». Le Pape mentionne toutes les personnes qui « les yeux purs, gratuitement » ont accompli leur rôle « au-delà de la mesure demandée par le devoir », des éducateurs, des catéchistes, des amis, faisant naître en chacun la gratitude.

Le Pape encourage chacun à dire continuellement merci. Un « merci » qui s’ouvre encore plus dans la rencontre avec Jésus. « Les récits de Noël sont peuplés d’orants qui ont le cœur dilaté par la venue du Sauveur et nous aussi avons été appelés à participer à cette immense joie ». Revenant au lépreux reconnaissant de l’Évangile il « ajoute la joie à la joie », nous dit le Pape. Au-delà de la guérison, il se réjouit de la rencontre qui a eu lieu, de « la certitude d’être aimé » par Jésus. « C’est la découverte de l’amour comme force qui gouverne le monde », résume François. Et grâce à cet amour, les fidèles ne sont plus des « voyageurs errants », « nous demeurons dans le Christ » et de là « nous contemplons tout le reste du monde, et celui-ci nous apparaît infiniment plus beau ».
La voie du bonheur

« Cultivons l’allégresse » lance encore le Saint-Père. Il assure que si le démon nous laisse toujours triste et seul après nous avoir trompé, « si nous sommes dans le Christ, aucun péché et aucune menace ne pourrons jamais nous empêcher de continuer le chemin avec joie, avec de nombreux compagnons de route ». Le Pape demande aux fidèles de ne pas négliger l’action de grâce, car si les catholiques sont portés à la gratitude, alors le monde devient lui aussi meilleur, « peut-être seulement un peu plus, mais c’est ce qui suffit à lui transmettre un peu d’espérance, et le monde en a besoin », assure François. Tout est uni et lié, et chacun peut faire sa part là où il se trouve, poursuit-il.

Le Pape qui indique enfin « la voie du bonheur » décrite à la fin d’une lettre de saint Paul : « En toute condition soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5,17-19).

Dans son salut aux fidèles francophones, le Pape a dit espérer que le mystère de Noël maintienne chacun dans la joie de la rencontre avec Jésus. « Que cette rencontre puisse illuminer notre chemin pour toute l’année prochaine », a-t-il lancé avant de leur donner sa bénédiction.

(Avec V. N.)

Dimanche 27 Décembre 2020

En ce jour de fête de la Sainte Famille, le Pape François est revenu sur la valeur éducative de la famille, « une maison de prière » pour affronter toutes les épreuves.

Confinement en Italie et au Vatican oblige, le Saint-Père a livré sa méditation dominicale depuis la bibliothèque du palais apostolique. En ce temps de Noël, François a invité à fixer son regard sur la Sainte Famille que l’Église célèbre aujourd’hui. « Il est beau de réfléchir au fait que le Fils de Dieu, comme tous les enfants, avait besoin de la chaleur d’une famille » ; la famille de Nazareth est la « famille modèle » a assuré l’évêque de Rome, celle dans laquelle « toutes les familles du monde peuvent trouver leur point de référence et d’inspiration sûr. »

A Nazareth, « le printemps de la vie humaine du Fils de Dieu a fleuri », et dans la maison de Nazareth, « l’enfance de Jésus s’est déroulée dans la joie, entourée des soins maternels de Marie et des soins de Joseph, en qui Jésus a pu voir la tendresse de Dieu (cf. Lettre apostolique Patris Corde, 2). »

Alors, en imitant la Sainte Famille, le Saint-Père nous appelle à redécouvrir la valeur éducative du noyau familial, qui « doit être fondé sur l’amour qui régénère toujours les relations et ouvre des horizons d’espérance » Lorsque la famille est une maison de prière, que « les affections sont profondes et pures », la « communion sincère peut être vécue ». « Ainsi, la famille s’ouvre à la joie que Dieu donne à tous ceux qui savent donner avec joie. »

C’est cette même dynamique, a estimé le Pape, qui permet à la famille de trouver l’énergie spirituelle pour s’ouvrir au monde extérieur et à « la collaboration pour la construction d’un monde toujours nouveau et meilleur, capable, donc, de devenir le porteur de stimuli positifs, évangélisant par l’exemple de la vie. »

Dans chaque famille, il y a des problèmes et même parfois des disputes, a ensuite improvisé le Saint-Père, mais il faut faire la paix avant de faire la paix, « Et vous savez pourquoi ? Parce que la guerre froide du lendemain est si dangereuse. Cela n’aide pas. Et puis, dans la famille, il y a trois mots, trois mots à toujours chérir : "Excusez-moi", "merci", "désolé". », « "Merci" : tant d’aide, tant de services que nous nous rendons les uns aux autres dans la famille : toujours merci. La gratitude est le sang de l’âme noble. "Merci". Et puis, le plus difficile à dire : "Désolé". Parce que nous faisons toujours de mauvaises choses et que souvent quelqu’un se sent offensé par cela : "Excusez-moi", "désolé". »

La fête de la Sainte Famille de ce dimanche nous propose à nouveau cet « idéal de l’amour conjugal et familial », souligné dans l’exhortation apostolique Amoris laetitia, dont le cinquième anniversaire de la promulgation aura lieu en mars prochain.

Le Pape annonce une année "Famille Amoris lætitia"

Pour le Pape, la fête de ce dimanche rappelle l’urgence de redécouvrir l’appel de la famille à être « évangélisatrice par son exemple de vie » en proposant à nouveau « l’idéal de l’amour conjugal et familial, comme le souligne l’Exhortation Apostolique Amoris laetitia », dont le 5e anniversaire de publication aura lieu le 19 mars prochain, en la solennité de saint Joseph. Aussi, cette année sera l’occasion « d’approfondir le contenu de ce document », a annoncé le Saint-Père au cours de l’Angélus.

Cette année spéciale, intitulée “Famille Amoris laetitia”, sera donc inaugurée lors de la prochaine solennité de Saint Joseph et se terminera par la célébration de la 10e Rencontre mondiale des familles qui se tiendra ici à Rome en juin 2022 en présence du Saint-Père, précise un communiqué du Dicastère Famille, laïcs et vie, cheville-ouvrière de l’événement.

« Des outils pastoraux seront mis à la disposition des communautés ecclésiales et des familles, pour les accompagner dans leur cheminement », a expliqué le Souverain pontife, qui invite donc tous les fidèles à se joindre dès à présent aux initiatives qui seront promues au cours de l’Année sous l’égide du Dicastère romain.

« Confions à la Sainte Famille de Nazareth, en particulier à saint Joseph, époux et père attentif, ce voyage avec les familles du monde entier », a conclu le Saint-Père, qui le 8 décembre dernier, a décrété une autre Année spéciale dédiée justement à l’Époux de la Vierge Marie, par le biais de la Lettre apostolique Patris corde.

(Avec V. N.)

Samedi 26 Décembre 2020

Lors du premier angélus de l’Octave de Noël, le Pape François a médité sur la figure de saint Étienne, protomartyr de l’histoire de l’Église. Le Saint-Père appelle à suivre son exemple, à imiter le Christ, et à recevoir les pierres de la haine et les changer en paroles de pardon.

Depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, et non depuis la fenêtre des Appartements pontificaux, le Pape François a proposé une réflexion sur le saint du Jour, saint Étienne. Un angélus tenu en privé en raison du confinement qui sévit en Italie et au Vatican.

Hier, l’Évangile parlait de Jésus « vraie lumière » venue dans le monde, lumière qui « brille dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pas arrêtée. » (Jn 1, 9, 5), a commencé le Saint-Père.

Aujourd’hui, nous voyons le témoin de Jésus, Saint Étienne, briller dans les ténèbres, a relevé le Pape. « Les témoins reflètent la lumière de Jésus. » Saint Étienne faussement accusé et brutalement lapidé, mais dans l’obscurité de la haine, « il fait resplendir la lumière de Jésus : il prie pour ses meurtriers et leur pardonne ». En ce sens, il est le premier martyr, c’est-à-dire un témoin, explique l’évêque de Rome, le premier d’une multitude de frères et sœurs qui continuent à porter la lumière dans les ténèbres : à savoir, des personnes qui répondent au mal par le bien, qui ne cèdent pas à la violence et au mensonge, mais brisent la spirale de la haine avec la douceur de l’amour.

« Ces témoins éclairent l’aube de Dieu dans les nuits du monde », estime le Primat d’Italie, avant de livrer quelques clés pour soi-même « devenir un témoin ».
Imiter Jésus

La réponse du Saint-Père est limpide : « En imitant Jésus. C’est la voie à suivre pour chaque chrétien : imiter Jésus ».

Saint Étienne donne ainsi l’exemple : Jésus était venu pour servir et non pour être servi (cf. Mc 10,45), et il vit pour servir : il devient diacre, c’est-à-dire serviteur, et assiste les pauvres dans le service de la table (cf. Ac 6,2). « Il cherche à imiter le Seigneur chaque jour et le fait jusqu’à la fin : comme Jésus, il est capturé, condamné et tué en dehors de la ville et, comme Jésus, il prie et pardonne. Lorsqu’il est lapidé à mort, il dit : "Seigneur, ne leur impute pas ce péché !" (7:60) ».

Une question pourrait toutefois se poser. Et le Pape s’interroge : « Ces témoignages de bonté sont-ils vraiment nécessaires alors que la méchanceté sévit dans le monde ? À quoi servent la prière et le pardon ? Est-ce seulement pour donner un bon exemple ? »

Non, il y a beaucoup plus, répond François. Parmi ceux pour lesquels Étienne a prié et pour lesquels il a pardonné, le texte dit qu’il y avait : « un jeune homme, nommé Saul » (v. 58), qui « approuvait sa mise à mort » (8,1).

Peu de temps après, par la grâce de Dieu, Saul se convertit et devient Paul, « le plus grand missionnaire de l’histoire », poursuit le Saint-Père. « Paul est né par la grâce de Dieu, mais par le pardon d’Etienne. C’est le germe de sa conversion. C’est la preuve que les gestes d’amour changent l’Histoire : même les petits gestes cachés, quotidiens. Parce que Dieu guide l’histoire grâce à l’humble courage de ceux qui prient, aiment et pardonnent », en déduit le Souverain pontife argentin.

Cela s’applique également à nous. Et François de préciser combien « le Seigneur désire que nous fassions de la vie une œuvre extraordinaire à travers les gestes ordinaires de chaque jour ». Où que nous vivions, en famille, au travail, partout, « nous sommes appelés à être témoins de Jésus, ne serait-ce qu’en donnant la lumière d’un sourire et en fuyant les ombres du bavardage et des commérages ».

Et puis, lorsque nous voyons quelque chose de mal, conseille le Successeur de Pierre, au lieu de critiquer, de bavarder et de nous plaindre, nous prions pour ceux qui ont mal agi et pour cette situation difficile. « Et lorsqu’une dispute survient chez nous, au lieu d’essayer de l’emporter, essayons de la désamorcer ; et recommençons chaque fois, en pardonnant à ceux qui nous ont offensés ».

Saint Étienne, en recevant les pierres de la haine, a rendu des paroles de pardon. Ainsi, il a changé l’histoire, a affirmé François, insistant : « Nous aussi, nous pouvons changer le mal en bien chaque jour, comme le suggère un beau proverbe qui dit : « Sois comme le palmier : on lui jette des pierres et il fait tomber des dattes ».

Et le Pape de lancer un appel à la prière pour « ceux qui souffrent de persécution au nom de Jésus. Ils sont nombreux, malheureusement ». « Confions à la Vierge Marie ces frères et sœurs qui répondent avec douceur à l’oppression et qui, en tant que véritables témoins de Jésus, vainquent le mal par le bien. »

Après l’angélus

« Que l’atmosphère joyeuse de Noël, qui se prolonge aujourd’hui et qui remplit encore nos cœurs, suscite en chacun le désir de contempler Jésus dans la Crèche, puis de le servir et de l’aimer dans les personnes qui nous entourent. Ces jours-ci, j’ai reçu des messages de vœux de Rome et d’autres parties du monde. Il est impossible de répondre à chacun d’entre eux, mais j’en profite pour vous exprimer ma gratitude, en particulier pour le don de la prière, que vous avez et que vous faites pour moi, et que je vous rends volontiers. Joyeux Noël. Continuez à prier pour moi, s’il vous plaît », a par ailleurs déclaré le Pape, juste après l’angélus.

(Avec V. N.)

Vendredi 25 Décembre 2020

Dans son message Urbi et Orbi de ce Noël 2020, le Saint-Père a invité à un surcroît d’attention à l’autre, alors que la pandémie et de très nombreux conflits sèment la souffrance à travers le monde. En raison des mesures sanitaires, le Pape s’exprimait ce midi depuis la Salle des Bénédictions, et non depuis la loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre, comme c’est traditionnellement le cas.

La naissance du Christ nous appelle à bâtir une « fraternité basée sur l’amour réel », dont l’humanité toute entière a plus que jamais besoin :

« Un enfant est né : la naissance est toujours source d’espérance, elle est vie qui s’épanouit, elle est promesse d’avenir », a souligné le Saint-Père au début de son message “À la ville et au monde”. Au terme d’une année qui a rudement mis à l’épreuve la famille humaine, le Pape François est venu rappeler l’Enfant Jésus est « né pour nous », « pour tous » : « un nous sans frontières, sans privilèges ni exclusions ».

C’est donc un appel à la fraternité, dont nous avons « plus que jamais besoin », que le Souverain Pontife a d’emblée lancé depuis la Salle des Bénédictions. « Grâce à cet Enfant, nous pouvons tous nous appeler, et être réellement, frères », a-t-il assuré. Une fraternité qui n’est pas « faite de belles paroles, d’idéaux abstraits, de vagues sentiments », mais qui est « basée sur l’amour réel », capable de compassion, de relation et de disponibilité.

Le Saint-Père s’est ensuite exprimé sur le défi de l’accessibilité aux vaccins qui surgit dans la phase actuelle de la pandémie de coronavirus. « Aujourd’hui, en cette période d’obscurité et d’incertitude due à la pandémie, plusieurs lueurs d’espoir apparaissent, comme les découvertes de vaccins. Mais pour que ces lumières illuminent et apportent de l’espoir au monde entier, elles doivent être accessibles à tous », a-t-il plaidé. Le Pape s’est élevé contre les « nationalismes fermés » et « le virus de l’individualisme radical » qui rend indifférent à la souffrance de son prochain. « Je ne peux pas me mettre devant les autres, en plaçant les lois du marché et les brevets d’invention au-dessus des lois de l’amour et de la santé de l’humanité », a expliqué François, implorant « les responsables des États, des entreprises, des organismes internationaux, à promouvoir la coopération et non la concurrence, et à rechercher une solution pour tous, des vaccins pour tous, en particulier pour les plus vulnérables et les plus nécessiteux ».

« Face à un défi qui ne connait pas de frontières, on ne peut pas ériger de barrières. Nous sommes tous dans le même bateau », a-t-il lancé.

Le Successeur de Pierre a également appelé à la proximité envers les personnes malades, celles qui sont « sans travail ou sont en grave difficulté en raison des conséquences économiques de la pandémie, comme aussi envers les femmes qui, durant ces mois de confinement, ont subi des violences domestiques ».

Dans un second temps, le Saint-Père a invoqué le Fils de Dieu, pour qu’il répande sa Paix sur le monde entier. De très nombreux pays déchirés par la guerre et les conflits internes ont été nommés dans sa prière. François a d’abord eu une pensée pour « les trop nombreux enfants qui, partout dans le monde, spécialement en Syrie, en Irak et au Yémen, payent encore le prix fort de la guerre ».

« Que ce temps soit propice à désamorcer les tensions dans tout le Moyen Orient et en Méditerranée orientale », a-t-il ensuite souhaité.

Et le Pape de mentionner « les blessures du peuple syrien bien aimé qui depuis maintenant dix ans est épuisé par la guerre et ses conséquences, aggravées ensuite par la pandémie ». « Qu’il porte réconfort au peuple irakien et à tous ceux qui sont engagés sur le chemin de la réconciliation, en particulier aux Yézidis (…). Qu’il apporte la paix à la Libye et fasse que la nouvelle phase des négociations en cours conduise à la fin de toute forme d’hostilité dans le pays », a-t-il poursuivi. Il a également appelé au dialogue entre Israéliens et Palestiniens.

Au lendemain de la publication d’une lettre adressée aux habitants du Liban, François a exhorté les responsables politiques à s’engager « avec sérieux, honnêteté et transparence », afin que le Pays du Cèdre « puisse parcourir un chemin de réformes et continuer dans sa vocation de liberté et de cohabitation pacifique ».

Il a également encouragé la communauté internationale et les pays concernés « à poursuivre le cessez-le-feu au Haut-Karabagh, comme aussi dans les régions orientales de l’Ukraine, et à favoriser le dialogue, unique voie qui conduise à la paix et à la réconciliation ».

Le Saint-Père a ensuite demandé au Seigneur de poser son regard sur l’Afrique, pour soulager les souffrances des populations « du Burkina Faso, du Mali et du Niger », faire cesser les violences en Éthiopie, réconforter les habitants de la région de Cabo Delgado, au Nord du Mozambique, « victimes de la violence du terrorisme international ». Il a aussi demandé l’approfondissement des efforts de paix entre les « responsables du Soudan du Sud, du Nigéria et du Cameroun ».

« Que le Verbe éternel du Père soit source d’espérance pour le continent américain, particulièrement touché par le coronavirus qui a exacerbé les nombreuses souffrances qui l’oppriment, souvent aggravées par les conséquences de la corruption et du narcotrafic », a poursuivi le Souverain Pontife, mentionnant en particulier le Chili et le Venezuela.

Enfin, le continent asiatique a été confié à la protection du Christ, en particulier les populations « affligées par les catastrophes naturelles dans le Sud-Est asiatique », comme aux Philippines ou au Vietnam, où de dramatiques inondations ont eu lieu cette année. « En pensant à l’Asie, je ne peux pas oublier le peuple Rohingya : que Jésus né pauvre parmi les pauvres, leur apporte une espérance dans leurs souffrances », a ajouté le Pape.

Son message s’est terminé par d’ultimes paroles d’espérance et d’affection. L’Enfant Jésus « nous annonce que la souffrance et le mal n’ont pas le dernier mot. Se résigner à la violence et aux injustices voudrait dire refuser la joie et l’espérance de Noël », a ainsi affirmé François. À l’heure où de nombreux soignants, aumôniers et volontaires se mobilisent dans les établissements de santé, le Saint-Père a également encouragé les personnes « qui agissent pour porter espérance, réconfort et aide en secourant ceux qui souffrent et en accompagnant ceux qui sont seuls ».

« Ma pensée va en ce moment aux familles : à celles qui aujourd’hui ne peuvent pas se réunir, comme aussi celles qui sont obligées de rester à la maison », a enfin assuré le Souverain Pontife. « Que Noël soit pour tous l’occasion de redécouvrir la famille comme berceau de vie et de foi ; lieu d’amour accueillant, de dialogue, de pardon, de solidarité fraternelle et de joie partagée, source de paix pour toute l’humanité », a-t-il conclu avant de donner sa bénédiction.

(Avec V. N.)

Jeudi 24 Décembre 2020

Le Pape François a célébré la messe de la nuit de Noël à la basilique Saint-Pierre. Dans son homélie, il a délivré une méditation sur la naissance de Jésus comme expression de l’amour de Dieu pour l’humanité.

La liturgie de la nuit de Noël a été déployé avec solennité, mais aussi simplicité, lors d’une messe en petit comité à l’autel de la Chaire de Saint-Pierre. Compte tenu de la pandémie de coronavirus, le nombre de fidèles était limité à une centaine de personnes, et l’horaire avait été avancé à 19h30, comme dans de nombreuses paroisses italiennes, afin de laisser le temps aux participants de regagner leurs logements avant le couvre-feu imposé à 22h par le gouvernement italien.

Le Pape François a développé dans son homélie une méditation partant de la prophétie d’Isaïe : « Un enfant est né pour nous, un fils nous a été donné » (Is. 9, 5). « On entend souvent dire que la joie la plus grande de la vie est la naissance d’un enfant, a remarqué le Pape. C’est une chose extraordinaire qui change tout, qui met en mouvement des énergies imprévues et fait surmonter fatigues, gênes et nuits blanches, parce qu’elle porte un bonheur indescriptible face auquel rien ne compte plus. C’est ainsi qu’est Noël : la naissance de Jésus est la nouveauté qui nous permet chaque année de renaître de l’intérieur, de trouver en lui la force d’affronter toute épreuve. »

Et à travers cette naissance, « Dieu vient au monde comme fils pour nous rendre fils de Dieu ». C’est le sens du « pour nous » qu’exprime la prophétie d’Isaïe. « Dieu dit à chacun de nous : “Tu es une merveille” . Sœur, frère, ne perd pas courage. As-tu la tentation de te sentir fautif ? Dieu te dit : "Non tu es mon fils !" As-tu la sensation de ne pas y arriver, la crainte d’être inadapté, la peur de ne pas sortir du tunnel de l’épreuve ? Dieu te dit : “Courage, je suis avec toi”. Il ne te le dit pas en paroles, mais en se faisant fils comme toi et pour toi, pour te rappeler le point de départ de toute renaissance : te reconnaître fils de Dieu, fille de Dieu. »

Et face à cette réalité puissante, nos blessures et nos échecs importent peu. « Cela ne dépendra jamais de nous : c’est un amour gratuit, une pure grâce. Tout est grâce, tout est gratuit, rien ne dépend de nos mérites. »
Rien ne doit faire obstacle à la grâce

Certes, Dieu « nous surestime », mais cela ne doit pas nous empêcher de recevoir sa grâce, car Il « sait que l’unique façon pour nous sauver, pour nous guérir de l’intérieur, c’est de nous aimer. Il sait que nous nous améliorons seulement en accueillant son amour infatigable, qui ne change pas mais nous change. Seul l’amour de Jésus transforme la vie, guérit les blessures les plus profondes, libère des cercles vicieux de l’insatisfaction, de la colère et de la plainte. »

À travers sa naissance de Jésus dans une mangeoire de Bethléem, Dieu est allé « jusqu’à toucher de son amour concret la pire de nos misères. Le Fils de Dieu est né rejeté pour nous dire que toute personne rejetée est enfant de Dieu. Il est venu au monde comme vient au monde un petit enfant, faible et fragile, pour que nous puissions accueillir avec tendresse nos fragilités. » Le projet de Dieu est aussi de nous aider à nous orienter dans la vie, pour savoir où chercher et trouver une vraie nourriture. « À Bethléem, qui signifie “Maison du pain”, Dieu est dans une mangeoire comme pour nous rappeler que, pour vivre, nous avons besoin de lui comme du pain à manger. Nous avons besoin de nous laisser traverser par son amour gratuit, infatigable, concret. » Cette condition précaire de la naissance de Jésus doit nous pousser à ne pas nous laisser piéger par des « mangeoires de vanité », superficielles et divertissantes.

« Cette mangeoire, pauvre de tout et riche d’amour, enseigne que la nourriture de la vie est le fait de nous laisser aimer par Dieu et d’aimer les autres, a encore précisé l’évêque de Rome. Jésus nous donne l’exemple : Lui, le Verbe de Dieu, est un bébé ; il ne parle pas, mais il offre sa vie. Nous par contre nous parlons beaucoup, mais nous sommes souvent analphabètes de bonté. »

Les conditions de sa naissance sont l’expression d’un « amour désarmé et désarmant ». Elles nous rappellent que « le temps que nous avons ne sert pas à pleurer sur notre sort, mais à consoler les larmes de celui qui souffre. Dieu élit domicile tout près de nous, pauvre et dans le besoin, pour nous dire qu’en servant les pauvres nous l’aimerons lui ». Le Pape François a alors cité la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886), qui a vécu l’essentiel de sa vie recluse dans sa chambre mais qui avait compris le sens de la présence de Dieu dans le monde : « La résidence de Dieu est à côté de la mienne. La décoration est l’amour. »

« C’est toi, Jésus, le Fils qui me rend fils. Tu m’aimes comme je suis, non comme je me rêve. En t’embrassant toi, Enfant de la mangeoire, j’embrasse à nouveau ma vie. En t’accueillant toi, Pain de vie, moi aussi je veux donner ma vie. Toi qui me sauves, enseigne-moi à servir. Toi qui ne me laisses pas seul, aide-moi à consoler tes frères, parce qu’à partir de cette nuit ils sont tous mes frères », a conclu le Pape.

(Avec V. N.)

Mercredi 23 Décembre 2020

Pour sa dernière audience générale avant Noël, le Pape a interrompu sa série d’enseignements sur les conséquences de la pandémie de coronavirus pour développer cette fois-ci une simple réflexion sur le sens de Noël, fête de la Nativité et donc de l’incarnation de Dieu dans notre monde.

Le Pape a débuté sa catéchèse avec cette phrase tirée de l’Évangile de Luc, et cette invitation aux bergers dans la nuit de la naissance de Jésus : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche » (Lc 2,10-12).

« Imitant les bergers, nous aussi nous nous rendons spirituellement vers Bethléem, où Marie a donné le jour à l’Enfant dans une étable », a rappelé le Pape. « Noël est devenu une fête universelle, et même ceux qui ne croient pas perçoivent la fascination de cette célébration », a reconnu François, en soulignant toutefois que « le chrétien sait que Noël est un événement décisif, un feu éternel que Dieu a allumé dans le monde, et qui ne peut pas être confondu avec les choses éphémères. Il est important que celui-ci ne se réduise pas à une fête uniquement sentimentale ou consumériste », a-t-il averti. « Le consumérisme nous rend esclaves », a ajouté le Pape, comme il l’avait rappelé dimanche dernier lors de l’Angélus.

Face à cet écueil qui peut nous prendre au piège, « il est nécessaire de freiner une certaine mentalité mondaine, incapable de saisir le noyau incandescent de notre foi, qui est le suivant : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). C’est cela, le noyau, la vérité de la fête de Noël », a insisté le Pape.

« Noël nous invite à réfléchir, d’une part, sur le caractère dramatique de l’histoire, dans laquelle les hommes, blessés par le péché, sont sans cesse à la recherche de vérité, de miséricorde, de rédemption ; et, de l’autre, sur la bonté de Dieu, qui est venu à notre rencontre pour nous communiquer la Vérité qui sauve et nous rendre participants de son amitié et de sa vie. » « Tout est grâce ! La fête de Noël est une grâce ! », a insisté le Pape.

« Ce don de grâce, nous le recevons à travers la simplicité et l’humanité de Noël, et il peut faire disparaître de nos cœurs et de nos esprits le pessimisme qui s’est aujourd’hui diffusé à cause de la pandémie. Nous pouvons surmonter ce sens d’égarement inquiétant, ne pas nous laisser submerger par les défaites et par les échecs, dans la conscience retrouvée que cet Enfant humble et pauvre, caché et sans défense, est Dieu lui-même, qui s’est fait homme pour nous », a expliqué François.

« Cette réalité nous donne beaucoup de joie et beaucoup de courage. Dieu ne nous a pas regardés d’en-haut, il n’est pas passé à côté de nous, il n’a pas eu horreur de notre misère, il ne s’est pas revêtu d’un corps apparent, mais il a assumé pleinement notre nature et notre condition humaine », a martelé le Pape François. « Noël est la fête de l’Amour incarné et né pour nous en Jésus Christ. Il est la lumière des hommes qui resplendit dans les ténèbres, qui donne son sens à l’existence humaine et à l’histoire tout entière. »

Afin de préparer ce temps de la Nativité, le Pape a invité à méditer en silence devant la crèche, qui est une représentation de cette réalité de l’incarnation de Jésus. Il a appelé à relire sa lettre de l’an dernier sur ce thème, Admirabile signum. « À l’école de saint François d’Assise, nous pouvons un peu devenir des enfants en restant en contemplation devant la scène de la Nativité, et en laissant renaître en nous l’étonnement pour la manière “merveilleuse” dont Dieu a voulu venir au monde. »

Face au risque d’une société désincarnée que les robots et l’intelligence artificielle risquent d’instaurer, le Pape a rappelé que ces outils ne peuvent pas apporter de tendresse : même les chercheurs investis sur ce sujet le reconnaissent. « Aujourd’hui, nous avons tellement besoin de tendresse ! », a insisté François. « Si la pandémie nous a obligés à être plus éloignés, Jésus, dans la crèche, nous montre la voie de la tendresse pour être proches, pour être humains. Suivons cette voie. Joyeux Noël ! », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 20 Décembre 2020

Lors de l’angélus place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le "oui" de Marie au Seigneur qui traduisit son adhésion sans délai à sa volonté. Le Saint-Père a invité les fidèles à dire "oui" également, exhortant à faire quelque chose pour ceux qui ont moins que nous, critiquant le consumérisme qui a séquestré Noël.

En ce quatrième et dernier dimanche de l’Avent, le Pape François est revenu sur le récit de l’Annonciation que propose l’Évangile du jour, celui lors duquel Marie, « accordée en mariage » dit oui au Seigneur malgré les risques qu’elle encourait selon la loi de Moïse. Ce fiat de Marie, dans la langue de l’Évangile, « indique un désir fort, la ferme volonté que quelque chose se réalise » explique François. Marie « n’est pas passive, mais active. Elle ne subit pas Dieu, elle adhère à Dieu. Elle est une amoureuse, disposée à servir son Seigneur en tout et tout de suite, » poursuit-il.

Face à un tel choix et à ses conséquences possibles, Marie « ne prend pas le temps, elle ne fait pas attendre Dieu, elle ne reporte rien », affirme le Pape. De là, son interpellation à notre encontre : « Combien de fois notre vie est faite de reports, même notre vie spirituelle ! ». Et de constater que lorsqu’on décide de reporter au lendemain, on ne fait jamais rien. François nous invite donc, aux portes de Noël, à faire comme Marie et dire oui.

« Chaque “oui” coûte, mais toujours moins que ce que qu’a couté à Marie son “oui” courageux et disponible, ce “que tout m’advienne selon ta parole” qui nous a apporté le salut, » poursuit le Saint-Père. Et ce oui, le Pape nous le détaille : « En ce temps difficile, au lieu de nous plaindre de ce que la pandémie nous empêche de faire, faisons quelque chose pour ceux qui ont moins que nous : non pas un énième cadeau pour nous et nos amis, mais pour une personne dans le besoin à laquelle personne ne pense !

Et un autre conseil : préparons notre cœur, prions, ne nous laissons pas emporter par le consumérisme ». Le Pape rappelle que le plus important c’est Jésus et regrette que « le consumérisme ait séquestré Noël. Le consumérisme n’est pas dans la mangeoire de Bethléem : là, il y a la réalité, la pauvreté, l’amour ». « Préparons notre cœur comme celui de Marie : libéré du mal, accueillant, prêt à recevoir Dieu. »

« “Que tout m’advienne selon ta parole”. C’est la dernière phrase de la Vierge en ce dernier dimanche de l’Avent, et c’est l’invitation à faire un pas concret vers Noël. Car si la naissance de Jésus ne touche pas la vie, elle passe en vain » conclut le Pape.

Après la prière de l’angélus, le Pape François est revenu sur le sort des marins qui sont bloqués à bord de leur navire à travers le monde à cause de la pandémie.

Après avoir vivement critiqué le consumérisme qui a « séquestré » Noël lors du commentaire de l’Évangile de ce quatrième dimanche de l’Avent, le Pape François, après la prière de l’angélus, a tourné ses pensées vers les travailleurs de la mer qui se sont retrouvés pris au piège de la pandémie de coronavirus. « Environ 400 000 dans le monde entier, sont bloqués sur les navires bien au-delà des termes de leurs contrats et ne peuvent pas rentrer chez eux » a décrit le Saint-Père.

« Je demande à la Vierge Marie, Stella Maris, de réconforter ces personnes et toutes celles qui vivent des situations de difficultés et j’exhorte les gouvernements à faire leur possible pour qu’elles puissent retrouver leurs proches » a ensuite demandé François.

Le Pape a évoqué également l’exposition actuellement ouverte des « cent crèches » située sous la colonnade de la place Saint-Pierre. « Il y a beaucoup de crèches qui représentent une véritable catéchèse de la foi du peuple de Dieu » a-t-il affirmé, invitant les fidèles à visiter cette exposition.

Il a souhaité aussi que « Noël soit pour chacun une occasion de renouvellement intérieur, de prière, de conversion, de pas en avant dans la foi et dans la fraternité entre nous ». Et d’inviter à regarder autour de soi ceux qui « sont dans l’indigence ». « Le frère qui souffre nous appartient. C’est Jésus dans la mangeoire » a affirmé le Pape, spécifiant que c’était là, « la crèche vivante ».

(Avec V. N.)

Mercredi 16 Décembre 2020

Lors de l’audience générale, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur la prière en se penchant ce mercredi sur la prière d’intercession. Malgré la solitude de la prière, l’orant prie pour le monde, comme s’il était « une antenne de Dieu ».

« Celui qui prie ne laisse jamais le monde derrière lui » : le Pape François est revenu ce mercredi matin, lors de l’audience générale, tenue dans la bibliothèque du palais apostolique, sur la prière d’intercession. « Si la prière ne recueille pas les joies et les douleurs, les espérances et les angoisses de l’humanité, elle devient une activité “décorative”, intimiste », a-t-il expliqué en introduction.

Prier Dieu, seul, dans l’intimité de sa chambre, ce n’est pas se couper de la réalité. Au contraire ! « les hommes et les femmes de prière cherchent la solitude et le silence, non pour ne pas être dérangés, mais pour mieux écouter la voix de Dieu ». « Ils gardent la porte de leur cœur toujours ouverte », précise le Saint-Père qui poursuit : « Dans la solitude, on se sépare de tout et de tous pour retrouver tout et tous en Dieu. Ainsi, l’orant prie pour le monde entier, en portant sur ses épaules les douleurs et les péchés ».

« La prière est notre coeur et notre voix, et elle se fait coeur et voix de tant de gens qui ne savent pas prier ou qui ne prient pas ou qui ne veulent pas prier ou qui est dans l’impossibilité de prier », poursuit le Pape. De cette manière, « c’est comme s’il était une “antenne” de Dieu dans ce monde » ajoute-t-il. « Quand nous prions nous sommes au diapason avec la miséricorde de Dieu ».

Celui qui prie le fait d’abord pour les hommes car « celui qui n’aime pas son frère ne prie pas sérieusement » affirme François. « Les personnes, pour autant qu’elles puissent commettre des erreurs, ne doivent jamais être rejetées ou exclues ». « Quand un croyant, animé par l’Esprit Saint, prie pour les pécheurs, il ne fait pas de sélections, il n’émet pas de jugement de condamnation : il prie pour tous. Et il prie également pour lui » explique le Pape.

« Nous ne sommes pas meilleurs que les autres, nous sommes tous frères dans une communauté de fragilité, de souffrance et en étant pécheurs » insiste-t-il, faisant référence à la parabole du pharisien et du publicain. Cette chaîne d’orants fait avancer le monde, et chacun de ses maillons sont connus de Dieu. De tout temps, malgré les persécutions, ils ont su répéter : « Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34) ».

Si chacun d’entre nous prie pour les autres, il en est de même du « bon pasteur » qui « reste fidèle également devant la constatation du péché de son propre peuple ». Au sein de l’Église, il faut aussi pratiquer cette prière d’intercession exhorte François. Surtout ceux qui se trouvent à un poste de responsabilité. Il s’agit, comme Abraham et Moïse « de regarder avec les yeux et le coeur de Dieu » les personnes qui leur sont confiées ainsi qu’avec « sa même compassion et tendresse invisible ».

À l’issue de l’audience, dans son salut en langue italienne, le Pape, évoquant le contexte actuel de la pandémie, a espéré que « ces difficultés nous aident à purifier un peu la manière dont on vit Noël, de le fêter, en sortant du consumérisme : que Noël soit plus religieux, plus authentique et plus vrai ».

(Avec V. N.)

Dimanche 13 Décembre 2020

En ce troisième dimanche de l’Avent, et avant de réciter la prière de l’Angélus, le Pape François a médité sur la joie chrétienne. Pour l’atteindre, la première des conditions est d’opérer « un décentrement de soi-même », dans le sillage de Jean le Baptiste dans les Évangiles.
Devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre de Rome, le Saint-Père a d’abord invité à la joie, « si caractéristique de la période de l’Avent » ; car « l’attente que nous vivons est joyeuse, un peu comme lorsque nous attendons la visite d’une personne que nous aimons beaucoup, par exemple un grand ami que nous n’avons pas vu depuis longtemps », a relevé le Pape.

Cette dimension de la joie émerge particulièrement aujourd’hui, troisième dimanche de l’Avent, qui s’ouvre avec l’exhortation de saint Paul : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Antienne d’entrée ; cf. Ph 4,4,5).
Dieu proche, la joie règne

« Plus le Seigneur est proche de nous, plus nous sommes dans la joie ; plus Il est loin, plus nous sommes dans la tristesse », a ainsi observé le Pape, ajoutant : « Un visage triste ne témoigne pas de la joie du Christ ».

Le Saint-Père a ensuite souhaité attirer l’attention des fidèles sur la figure de saint Jean-Baptiste, dit le Baptiste, présenté dans l’Évangile du jour selon saint Jean. « La figure biblique la première et la plus expérimentée dans l’attente du Messie », relève l’évêque de Rome à son sujet.

L’évangéliste Jean présente d’ailleurs Jean-Baptiste très solennellement : « Un homme est venu, envoyé par Dieu [...]. Il est venu comme témoin pour rendre témoignage à la lumière » (vv. 6-7). Le Baptiste est en effet le premier témoin de Jésus, « avec la parole et avec le don de la vie ».

Tous les Évangiles s’accordent à montrer comment il a accompli sa mission en désignant Jésus « comme le Christ, le Messager de Dieu promis par les prophètes ». « Il était un leader en son temps », explique le Souverain Pontife, précisant combien sa renommée s’était étendue à toute la Judée, et au-delà, jusqu’en Galilée. Mais, pourtant, a fait remarquer le Pape, « il n’a pas cédé un seul instant à la tentation d’attirer l’attention sur lui-même : il l’a toujours dirigée vers Celui qui devait venir. Il disait même : "Je ne suis pas même digne de délier la courroie de ses sandales."(v. 27) ».

Voici donc la première condition de la joie chrétienne développé par le Pape François : se décentrer de soi-même, et mettre Jésus au centre.

« Ce n’est pas une aliénation, car Jésus est effectivement le centre, il est la lumière qui donne tout son sens à la vie de chaque homme et femme qui vient au monde. C’est le même dynamisme de l’amour, qui me conduit à sortir de moi-même, à ne pas me perdre, mais à me retrouver comme je me donne, comme je cherche le bien des autres », a assuré le Primat d’Italie.

Jean le Baptiste a parcouru un long chemin pour venir témoigner de Jésus, mais ce chemin de la joie n’est pas une promenade, a continué le Pape. Au contraire, « il a tout quitté, même jeune, pour mettre Dieu à la première place, pour écouter de tout son cœur et de toute sa force sa Parole. Il se retira dans le désert, se dépouillant de toutes choses superflues, pour être plus libre de suivre le vent du Saint-Esprit ».

Le Pape convient bien sûr que certains traits de la personnalité de Jean-Baptiste sont uniques et non accessibles à tous, mais son témoignage est « paradigmatique » pour quiconque « veut chercher le sens de sa vie et trouver la vraie joie ».

En particulier, affirme le Saint-Père, le Baptiste est un modèle pour ceux qui, dans l’Église, sont appelés à annoncer le Christ aux autres. Or, « ils ne peuvent le faire qu’en se détachant d’eux-mêmes et de la mondanité, non pas en attirant les gens à eux, mais en les orientant vers Jésus », a détaillé le Successeur de Pierre, concluant sa catéchèse tournant le regard vers la Vierge Marie. « Elle a attendu en silence la Parole de salut de Dieu ; elle l’a entendue, l’a accueillie, l’a conçue. En elle, Dieu s’est fait proche. C’est pourquoi l’Église appelle Marie "Cause de notre joie" ».

À l’issue de la prière de l’Angélus , le Souverain Pontife a béni les santons représentant l’Enfant-Jésus des crèches de Rome comme la tradition l’exige, chaque troisième dimanche de l’Avent.

Saluant les fidèles et pèlerins venus assister à l’Angélus, le Pape François a adressé quelques mots au groupe venu « représenter les familles et les enfants de Rome » à l’occasion de la bénédiction des santons -les Bambinelli-, un événement organisé par le Centro Oratori Romani.

« Cette année, vous êtes peu nombreux ici en raison de la pandémie, mais je sais que de nombreux enfants et jeunes sont réunis dans les oratoires et dans leurs maisons et nous suivent par le biais des médias. À chacun, j’adresse mes salutations et je bénis les statuettes de Jésus qui seront placées dans la Crèche, signe d’espérance et de joie. En silence, bénissons les enfants », a déclaré l’évêque de Rome.

Le Saint-Père, qui avait publié l’année dernière une Lettre apostolique sur la signification et la valeur de la crèche (Admirabile signum), a invité les fidèles « à se laisser attendrir l’Enfant Jésus, né pauvre et fragile parmi nous, pour nous donner son amour », lorsque l’on prie à la maison devant la crèche.

« N’oubliez pas la joie. Les chrétiens sont joyeux dans leur cœur, même dans les épreuves ; ils sont joyeux parce qu’ils sont proches de Jésus », a conclu le Pape.

(Avec V. N.)

Mercredi 9 Décembre 2020

Depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière, rappelant son côté « profondément humain ». Une prière qui est à l’unisson de toute la création et qui ne reste jamais inaudible aux oreilles du Seigneur.

La prière est pleinement humaine a rappelé le Pape, elle nous fait rentrer dans une relation filiale comme Jésus a enseigné à ses disciples à prier le Notre Père. « Nous implorons Dieu pour les dons les plus hauts : la sanctification de son nom entre les hommes, l’avènement de son règne, la réalisation de sa volonté de faire le bien envers le monde », a souligné François.

Demander, supplier sont des attitudes très humaines a encore expliqué le Saint-Père, comme le rappelle le Catéchisme, a-t-il souligné en rappelant que « c’est par la prière de demande que nous traduisons la conscience de notre relation à Dieu ».

Parfois nous pouvons croire que nous n’avons besoin de rien, que nous nous suffisons à nous-mêmes, a poursuivi François, dénonçant cette tentation de vivre « dans l’autosuffisance la plus complète ». Or, comme rappelle le psaume, « l’âme ressemble à une terre assoiffée, sans eau », et tout le monde, à un moment donné de son existence, fait l’expérience de la sécheresse ou de la mélancolie. Dans ces moments de sécheresse, a rappelé le Pape, dans ces situations « apparemment sans issue, il y a une unique sortie : le cri, la prière. » « La prière laisse passer des rais de lumière qui transpercent l’obscurité la plus épaisse », a rappelé le Pape François.

Nous ne sommes pas les seuls tournés vers cette prière, a poursuivi le Pape, car « chaque fragment de la création porte inscrit le désir de Dieu ». Comme le rappelle saint Paul, c’est « la création tout entière qui gémit ».

Le Pape a ainsi expliqué que nous ne devons pas nous scandaliser « si nous sentons le besoin de prier surtout quand nous sommes dans le besoin », même si nous devrions apprendre à le faire aussi dans les moments de bonheur. Le Pape a rappelé l’importance de remercier Dieu pour chaque chose qui nous est donnée, « et ne rien considérer comme acquis ou dû : tout est grâce. »

La prière de supplication va de pair « avec l’acceptation de notre limite et de notre nature » a aussi précisé le Saint-Père. « On peut même ne pas croire en Dieu mais c’est difficile de ne pas croire en la prière : elle existe tout simplement ; elle se présente à nous comme un cri ; et nous tous nous avons à faire avec cette voix intérieure qui peut peut-être se taire longtemps mais qui un jour se réveille et crie. »

Quelque soit le contexte, « Dieu écoute celui qui l’invoque », a conclu François. Cette force de la prière nous est donnée par le Père, qui « veut nous donner son Esprit qui anime chaque prière et transforme chaque chose ».

(Avec V. N.)

Mardi 8 Décembre 2020

En ce jour de solennité où l’Église célèbre l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, le Pape François a prié l’Angélus depuis les appartements pontificaux du Palais apostolique. La Vierge Marie, dont l’incorruptible beauté nous attire, nous montre la voie pour devenir à notre tour « saints et immaculés » : il faut s’ouvrir à l’aujourd’hui de Dieu et à sa grâce pour dire “non” au péché, a affirmé l’évêque de Rome.

L’Immaculée Conception de la Vierge Marie est une des « merveilles de l’histoire du salut », rappelle le Pape. Elle signifie que la jeune fille de Nazareth aussi « a été sauvée par le Christ, mais d’une manière absolument extraordinaire, car Dieu a voulu que dès l’instant de sa conception, la mère de son Fils ne soit pas touchée par la misère du péché ». La « comblée de grâce » a donc « joui d’une action particulière de l’Esprit Saint pour pouvoir toujours rester dans sa relation parfaite avec son fils Jésus ».

Chaque être humain a été créé par Dieu pour cette plénitude de sainteté dont Marie est parée dès le commencement ; dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul certifie en effet que nous sommes tous choisis par Dieu dès avant la création du monde pour être « saints et immaculés » (Ep 1, 4) destinés à être un jour totalement libres du péché. « Marie a commencé à vivre cette grâce dès le sein de sa mère ; nous nourrissons la vive espérance d’en jouir au paradis ».

« Ce qui pour Marie a été au début, sera pour nous à la fin, après être passés à travers le “bain” purificateur de la grâce du Christ », a assuré le Pape. Marqués par le péché originel, les saints et saintes ont tous emprunté le même chemin, en passant par la porte étroite. En ce sens, l’exemple du bon larron manifeste que « la grâce de Dieu est offerte à tous ; et beaucoup de ceux qui sont les derniers sur cette terre, seront les premiers au ciel (cf. Mc 10, 31) ».

Mais attention à « ne pas faire les malins » en renvoyant « sans cesse un examen sérieux de sa propre vie, en profitant de la patience du Seigneur », a averti le Saint-Père, car Dieu nous connait mieux que nous-mêmes. « Profitons du moment présent ! Tel est le sens chrétien du “carpe diem” », a-t-il enjoint tout en précisant qu’il fallait aller à rebours du sens mondain de cette expression, qui est de jouir de la vie dans l’instant qui fuit. Pour le Pape, il faut au contraire « saisir l’aujourd’hui pour dire “non” au mal et “oui” à Dieu ; s’ouvrir à sa grâce ; arrêter finalement de se replier sur soi-même en glissant dans l’hypocrisie. Regarder en face sa propre réalité, reconnaître que nous n’avons pas aimé Dieu et notre prochain comme nous le devions. Et le confesser, commencer un chemin de conversion en demandant tout d’abord pardon à Dieu dans le sacrement de la réconciliation, et ensuite réparer le mal fait aux autres ».

Et de conclure en invitant à se confier à la Vierge Marie, dont la beauté sans tache nous attire. C’est à son école, en choisissant le bien et en rejetant le mal, que nous trouverons la route pour devenir « saints et immaculés ».

(Avec V. N.)

Dimanche 6 Décembre 2020

En ce deuxième dimanche de l’Avent, le Pape François a offert un commentaire de l’Évangile du jour avant de prier l’Angélus depuis la fenêtre du Palais apostolique. Il est revenu notamment sur la figure de Jean Baptiste, qui invite les croyants d’aujourd’hui à vivre une authentique conversion, en plusieurs étapes.

Il « proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés », rapporte saint Marc au début de son évangile (Mc 1,4). Jean Baptiste, l’humble précurseur de Jésus Christ, ouvre aussi aux croyants une voie : celle de la conversion. Celle-ci n’est pas réservé qu’au temps du Carême. L’Avent aussi est un « chemin de conversion », selon l’expression de François. « Dans la vie morale et spirituelle, la conversion signifie passer du mal au bien, du péché à l’amour de Dieu », a précisé le Pape.

Cela qui veut vivre ce passage doit traverser plusieurs étapes : « la douleur pour les péchés commis, le désir de s’en débarrasser, l’intention de les exclure de sa vie pour toujours ». Il s’agit de se détacher de « la mentalité mondaine, l’estime excessive pour le confort, l’estime excessive du plaisir, le bien-être, la richesse », a expliqué le Souverain Pontife. Jean-Baptiste nous montre l’exemple par son austérité.

Le détachement de la mondanité « n’est pas une fin en soi », a averti le Pape, « ce n’est pas une ascèse simplement pour faire pénitence : le chrétien n’est pas un fakir ! » s’est-il exclamé. La conversion implique « la recherche de Dieu et de son royaume ». « Mais ce n’est pas facile, car de nombreux liens nous maintiennent proches du péché : l’inconstance, le découragement, la malveillance, les environnements nocifs, les mauvais exemples », a reconnu le Pape. On peut aussi expérimenter le silence de Dieu dans la prière, l’aridité des phases de désolation. Alors on se décourage, au risque de rester dans « les "sables mouvants" d’une existence médiocre ».

Que faire en pareille situation ? Se rappeler que « la conversion est une grâce », « à demander à Dieu avec force », a conseillé le Saint-Père, car « personne ne peut se convertir avec ses propres forces ». Et aussi regarder plus loin, vers ce qui est promis : nous nous convertissons « dans la mesure où nous nous ouvrons à la beauté, à la bonté et à la tendresse de Dieu ». « Prie, marche et il y aura toujours un pas fait en avant », a résumé le Pape.

Le Pape François a conclu sa méditation en invoquant la Vierge Marie, afin qu’elle aide chacun à vivre cette conversion, faite de détachement et d’ouverture à l’amour de Dieu.

Au terme de la prière de l’Angélus, en ce deuxième dimanche de l’Avent, le Pape François s’est adressé aux fidèles présents sur la Place Saint-Pierre en soulignant l’importance des traditions de Noël pour surmonter la crise actuelle.

Le Pape a rappelé que l’arbre de Noël a été dressé sur la Place Saint-Pierre et que la crèche est en cours d’installation, avant son inauguration officielle ce vendredi 11 décembre. Il a invité les familles à faire de même dans leurs foyers. « Ces jours-ci, aussi dans de nombreuses maisons sont préparés ces deux signes de Noël, pour la joie des enfants, et aussi des grands ! », a souligné François.

« Ce sont des signes d’espérance, spécialement dans ce temps difficile. Faisons en sorte de ne pas nous arrêter au signe, mais d’aller vers la signification, c’est-à-dire vers Jésus : vers l’amour de Dieu qu’Il nous a révélé, aller vers la bonté infinie qu’Il a fait resplendir sur le monde. Il n’y a pas de pandémie, il n’y a pas de crise qui puisse éteindre cette lumière. Laissons-la entrer dans notre cœur, tendons la main à celui qui en a le plus besoin, ainsi Dieu naîtra à nouveau en nous et au milieu de nous », a lancé le Pape.

Toujours très attaché aux dévotions populaires, le Pape François s’était rendu le 1er décembre 2019 à Greccio, le lieu connu pour avoir abrité la première représentation de la crèche, sous l’inspiration de saint François d’Assise. Il avait signé l’exhortation apostolique Admirabile signum, une lettre apostolique sur la signification et la valeur de la crèche.

« La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture », écrit François dans ce texte. Selon lui, en contemplant la scène de Noël, « nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui ».

(Avec V. N.)

Mercredi 2 décembre 2020

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur la prière, en s’arrêtant cette fois sur la bénédiction. Dès le début de la Genèse, Dieu ne cesse de bénir et cette bénédiction trouve son accomplissement dans Jésus-Christ. Dieu montre ainsi qu’il agit envers les hommes comme un père envers ses enfants.

Le Pape s’est arrêté cette semaine sur « une dimension essentielle de la prière : la bénédiction ». Elle apparaît dès les premières lignes de la Genèse et ne cesse d’être répétée aussi bien par Dieu que par les hommes. « Très vite on découvre que la bénédiction possède une force spéciale, qui accompagne pendant toute sa vie celui qui la reçoit, et qui dispose le cœur de l’homme à se laisser changer par Dieu » affirme François.

Dieu a donc « imprimé » la beauté dans son œuvre même si l’être humain est devenue « une créature dégénérée, capable de diffuser dans le monde le mal et la mort ». Malgré cela, « Dieu ne s’est pas trompé avec la création et pas davantage avec la création de l’homme. L’espérance du monde réside entièrement dans la bénédiction de Dieu : Il continue à nous aimer, Lui le premier, comme le dit le poète Péguy, continue à espérer notre bien », précise François.

Cette espérance du monde trouve son accomplissement en Jésus Christ, sa parole faite chair et offerte pour nous sur la croix. « Il n’y a pas de péché qui puisse effacer complètement l’image du Christ présent en chacun de nous. Il peut la défigurer, mais pas la soustraire à la miséricorde de Dieu », explique le Saint-Père.

Dieu se comporte envers nous comme un bon père et comme une bonne mère qui ne cessent jamais d’aimer leur enfant malgré ses erreurs. Le Pape se rappelle alors les files de mères qui se rendent à la prison pour y visiter leurs fils qui y sont détenus. « Oui, elles ont honte, mais elles vont de l’avant car leur fils est plus important que la honte ».

Si certains enfants se trouvent abandonnés à cause de leurs fautes, Dieu lui reste présent et peut faire des miracles. « La grâce de Dieu change la vie : elle nous prend comme nous sommes, mais elle ne nous laisse jamais comme nous somme », ajoute-t-il.

L’épisode de la rencontre entre Jésus et Zacchée montre que le Christ voyait « la bénédiction indélébile du Père », « dans les personnes rejetées et refusées ». « Plus encore, il est arrivé à s’identifier lui-même avec chaque personne dans le besoin » précise-t-il.

Notre réponse à la bénédiction de Dieu se concrétise à travers la prière, qui est « joie et reconnaissance ». « Dieu n’a pas attendu que nous nous convertissions pour commencer à nous aimer, mais Il l’a fait bien avant, quand nous étions encore dans le péché. Ainsi, nous ne pouvons que bénir ce Dieu qui nous bénit et apprendre de lui à ne maudire personne mais plutôt à bénir, » affirme François. « Si nous faisions tous comme cela, les guerres n’existeraient sûrement pas », conclut-il.

(Avec V. N.)

Dimanche 29 novembre 2020

En ce premier dimanche de l’Avent, le Pape invite à se mettre à l’écoute de Dieu, notamment en cette période de grande incertitude. Dieu ne nous abandonne jamais et, fort de cet appui, il demande aux fidèles de donner raison à l’espérance qui est en eux : « Notre Dieu est le Dieu qui vient ».

En ce premier dimanche de l’Avent commence une nouvelle année liturgique. « L’Église rythme ainsi le cours du temps avec la célébration des principaux événements de la vie de Jésus et de l’histoire du salut ; comme Marie, elle illumine le chemin de notre existence, nous soutient dans nos préoccupations quotidiennes et nous guide jusqu’à la rencontre finale avec le Christ », rappelle d’abord le Pape qui poursuit sa catéchèse sur la liturgie du jour qui invite à vivre ce « temps d’attente et d’espérance » qui prépare Noël, le temps de l’Avent.

Dans sa première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens, deuxième lecture de ce dimanche, l’Apôtre indique l’objet de ce temps d’attente : « Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ ». Il invite ainsi les chrétiens de Corinthe, comme les chrétiens d’aujourd’hui, à porter leur attention sur la rencontre avec la personne de Jésus. Pour un chrétien, c’est la chose la plus importante, souligne le Pape, être avec le Seigneur et aller à sa rencontre « afin que, par sa grâce, nous puissions faire le bien dans notre propre vie et dans celle des autres ».

« Notre Dieu est le Dieu qui vient : Il ne déçoit pas notre attente ! » promet le Pape François. « Peut-être nous fera-t-il attendre, traverser des moments d’obscurité, parfois il ne se fait pas voir, mais il est le Dieu qui vient », répète François qui poursuit : « Il est venu à un moment précis de l’histoire et s’est fait homme pour prendre sur Lui nos péchés ; Il viendra à la fin des temps comme juge universel ; Il vient chaque jour visiter Son peuple, visiter chaque homme et chaque femme qui L’accueille dans la Parole, dans les Sacrements, dans leurs frères et sœurs ».

« Jésus frappe à la porte de notre cœur, mais le laisse-t-on y entrer », s’interroge le Pape qui suggère de se mettre à l’écoute des idées et des inspirations qu’Il nous envoie chaque jour.

La vie est faite de hauts et de bas, « de lumières et d’ombres » note François. Chaque personne vit des moments de déception, d’échec et de perplexité. Le Saint-Père souligne le contexte particulier dans lequel ce temps de l’Avent se déroule en outre cette année, celui de la pandémie. « La situation génère chez beaucoup de gens l’inquiétude, la peur et le découragement ; nous risquons de tomber dans le pessimisme, la fermeture et l’apathie ».

Comment réagir dès lors à cette situation ? « L’attente confiante du Seigneur nous fait trouver réconfort et courage dans les moments sombres de l’existence » répond le Pape qui cite le psaume 32 : « Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. La joie de notre cœur vient de lui ». Et qu’est-ce qui donne naissance à ce courage et à cette confiance ? Cela naît de l’espérance, une vertu qui pousse vers l’avant à la rencontre du Seigneur.

« L’Avent est un appel incessant à l’espérance : il nous rappelle que Dieu est présent dans l’histoire pour la conduire à sa fin ultime et à sa plénitude, qui est le Seigneur Jésus-Christ ». Dieu est présent dans l’histoire de l’humanité, marche aux côtés de l’homme pour le soutenir, ne l’abandonne jamais. « Dieu nous accompagne dans nos événements existentiels pour nous aider à découvrir le sens du voyage, le sens de la vie quotidienne, pour nous donner du courage dans les épreuves et la douleur. Au milieu des tempêtes de la vie, Dieu nous tend toujours la main et nous libère des menaces », assure le pape François. Aucun autre peuple, n’a la grâce d’avoir un Dieu si proche de lui. La Pape en est heureux, « comme c’est beau », s’exclame-t-il, avant d’insister sur le fait que si nous attendons la révélation de Dieu, Lui espère que nous nous manifestions à Lui.

À la fin de sa catéchèse, le Pape a demandé à la Vierge Marie, « femme d’attente » d’accompagner les pas de chacun dans cette nouvelle année liturgique qui commence et d’aider les fidèles à accomplir la tâche des disciples de Jésus, indiquée par l’Apôtre Pierre : « donner raison de l’espérance qui est en nous ».

(Avec V.N.)

Samedi 28 novembre 2020

Le Pape a présidé ce samedi après-midi la cérémonie de création de 13 nouveaux cardinaux, dont 11 étaient effectivement présents à la basilique Saint-Pierre.

Ce septième consistoire du Pape François a donné lieu à un rite d’une grande brièveté et sobriété, avec une assistance réduite en raison des restrictions toujours liées à la pandémie de coronavirus. Une messe se tiendra dans un deuxième temps, dimanche matin à 10h, toujours à l’autel de la Chaire de Saint-Pierre. Dans sa méditation de ce samedi, le Pape a tracé la métaphore d’une Église en chemin, dans une dynamique de fidélité à Jésus et de résistance à la tentation de l’auto-promotion.

« Jésus et les disciples étaient en route. La route est le cadre où se déroule la scène décrite par l’évangéliste Marc », a expliqué François en revenant sur l’extrait évangélique qui venait d’être lu. « Et c’est le cadre où se déroule toujours la marche de l’Eglise : la route de la vie, de l’histoire, qui est histoire de salut dans la mesure où elle est faite avec le Christ, orientée à son Mystère pascal. Jérusalem est toujours devant nous. La Croix et la Résurrection appartiennent à notre histoire, elles sont notre présent, mais elles sont toujours aussi le but de notre marche. »

C’est donc avec le regard fixé sur Jésus que les nouveaux cardinaux doivent avancer. Dans l’extrait évangélique du jour, « les disciples étaient saisis de frayeur […] ils étaient dans la crainte ». Il savaient ce qui les attendait à Jérusalem. Mais « Jésus n’abandonne jamais ses amis ; il ne les délaisse jamais. Même quand il semble qu’il va tout droit sur son chemin, il le fait toujours pour nous. Tout ce qu’il fait, il le fait pour nous, pour notre salut. Et, dans le cas spécifique des Douze, il le fait pour les préparer à l’épreuve, pour qu’ils puissent être avec lui, maintenant, et surtout après, quand il ne sera plus au milieu d’eux. Pour qu’ils soient toujours avec lui sur son chemin. »

Jésus annonce donc à ses serviteurs quelle est « la route du Fils de Dieu » et donc « la route du Serviteur du Seigneur ». Quand Jacques et Jean s’approchent de Jésus et lui expriment leur désir : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire », ils tombent au contraire dans la tentation d’instrumentaliser Jésus à des fins de promotion personnelle.

« Chers Frères, nous tous nous aimons Jésus, tous nous voulons le suivre, mais nous devons être toujours vigilants pour rester sur sa route. Parce qu’avec les pieds, avec le corps nous pouvons être avec lui, mais notre cœur peut être loin et nous amener hors de la route. Pensons à tous les types de corruption dans la vie sacerdotale. Ainsi, par exemple, le rouge pourpre de l’habit cardinalice, qui est la couleur du sang, peut devenir, pour l’esprit mondain, celle d’une distinction éminente », a donc averti le Pape.

Face à la fausse route prise par les disciples, « seul le Seigneur peut sauver ses amis égarés et risquant de se perdre, seulement sa Croix et sa Résurrection. Pour eux, et pour tous, il monte à Jérusalem. Pour eux, et pour tous, il rompra son corps et versera son sang. Pour eux, et pour tous, il ressuscitera des morts, et par le don de l’Esprit il leur pardonnera et les transformera. Il les mettra finalement en chemin sur sa route. »

« Ce texte est entré dans le Canon parce qu’il montre la vérité sur Jésus et sur nous. C’est une Parole salutaire même pour nous aujourd’hui. Nous aussi, Pape et Cardinaux, nous devons toujours nous regarder dans cette Parole de vérité. C’est une épée affilée, elle nous coupe, elle est douloureuse, mais en même temps elle nous guérit, nous libère, nous convertit. La conversion c’est précisément cela : de la fausse route, aller sur la route de Dieu. Que l’Esprit Saint nous donne, aujourd’hui et toujours, cette grâce », a conclu François.

Au début de la cérémonie de création des nouveaux cardinaux, le cardinal Mario Grech a pris la parole au nom de ses pairs.

Le Pape a ensuite remis la barrette et l’anneau cardinalice aux 11 nouveaux cardinaux présents, dont revoici la liste, avec la nationalité précisée pour ceux qui ne sont pas italiens : Mario Grech (Malte), Secrétaire général du Synode des évêques ; Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour la cause des Saints ; Antoine Kambanda (Rwanda), archevêque de Kigali, Wilton Daniel Gregory (États-Unis), archevêque de Washington, Celestino Aós Braco (Chili) ofm cap., archevêque de Santiago du Chili, Augusto Paolo Lojudice, archevêque de Sienne ; Mauro Gambetti, ofm conv., custode du couvent des Franciscains d’Assise, Felipe Arizmendi Esquivel (Mexique) évêque émérite de San Cristobal de Las Casas ; Silvano Tomasi, nonce apostolique et délégué pontifical pour l’Ordre de Malte ; Raniero Cantalamessa, moine capucin et prédicateur de la Maison Pontificale ; et Enrico Feroci, recteur du sanctuaire du Divin Amour, situé près de Rome, et qui restera titulaire de cette paroisse en tant que cardinal.

Les deux cardinaux asiatiques absents en raison des restrictions de voyages liées à la pandémie (Jose Fuerte Advincula, archevêque de Capiz aux Philippines, et Cornelius Sim, vicaire apostolique de Brunei) ont suivi la cérémonie en vidéo. Ils recevront l’anneau et la barrette cardinalice ultérieurement, dans des modalités qui restent à définir, probablement par le biais d’un envoyé spécial du Pape. Malgré leur absence physique, ils sont néanmoins dès aujourd’hui, nominalement et canoniquement, pleinement membres du Collège des cardinaux. Ce fut aussi le cas dans l’histoire récente pour des cardinaux âgés n’ayant pas pu faire le voyage à Rome pour raison de santé, comme par exemple le théologien français Yves Congar, créé cardinal par Jean-Paul II en 1994.

(Avec V. N.)
Mercredi 25 novembre 2020

Lors de l’audience générale qui s’est déroulée dans la Bibliothèque du Palais apostolique, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière, avec cette fois-ci une halte auprès des premières communautés chrétiennes. « La prière de l’Église naissante » était en effet le thème de son enseignement, un retour aux sources qui a été l’occasion de rappeler ce qui définit l’Église.

S’inspirer de la prière de la communauté primitive de Jérusalem pour vivre sa foi dans le monde actuel : telle fut la proposition du Saint-Père.

Les quatre piliers de la vie ecclésiale

« Les écrits apostoliques et la grande narration des Actes des apôtres », a d’abord expliqué le Pape, décrivent une communauté qui constitue « un point de référence pour toute autre expérience chrétienne ».

Quatre caractéristiques lui étaient propres : « l’écoute de l’enseignement des apôtres, la préservation de la communion réciproque, la fraction du pain et la prière ». Il s’agit là de fondements pour l’Église actuelle, laquelle n’a de sens que « si elle reste solidement unie au Christ », a rappelé le Souverain Pontife.

La « recherche constante de la communion fraternelle préserve des égoïsmes et des particularismes », a-t-il précisé. La fraction du pain « réalise le sacrement de la présence de Jésus parmi nous : Il ne sera jamais absent, dans l’Eucharistie, c’est vraiment Lui, Il vit et marche avec nous ». La prière est quant à elle « l’espace de dialogue avec le Père, à travers le Christ dans l’Esprit Saint ».

Savoir discerner ce qui fait l’Église

Ces points cardinaux constituent aussi des points de discernement pour aujourd’hui. « Toute situation doit être évaluée à la lumière de ces quatre coordonnées », a ajouté le Pape François. « Ce qui n’entre pas dans ces coordonnées est privé d’ecclésialité, ce n’est pas ecclésial ».

Et le Pape de parler - plus longuement et de manière improvisée - de l’Église qui n’est pas « un marché », ni « un groupe d’entrepreneurs qui vont de l’avant avec cette entreprise nouvelle ». Elle est « l’œuvre de l’Esprit Saint que Jésus nous a envoyé pour nous rassembler ».

« Parfois, a confié François, je ressens une grande tristesse quand je vois une communauté [faire preuve de] bonne volonté, mais qui se trompe de route car elle pense faire Église par des rassemblements, comme s’il s’agissait d’un parti politique ». Elle raisonne alors en termes de « majorité » et « minorité », à la manière d’une « société humaine », d’une « entreprise », et s’égare, finissant par se réduite à « un club d’amis » exempt de toute « synodalité ».

Le Saint-Père a particulièrement insisté sur ces « quatre coordonnées » que sont la prédication, la vie communautaire, l’Eucharistie et la prière. « S’il manque cela, il manque l’Esprit Saint, et s’il manque l’Esprit Saint, nous serons une belle association humaniste (…), un parti, disons-le ainsi, ecclésial ». Mais ce ne sera pas l’Église, laquelle grandit « non par prosélytisme », mais « par attraction », suscitée par l’Esprit Saint qui « attire à Jésus ».

Puiser la force de témoigner du Christ

Le Pape François est ensuite revenu au thème de la prière, où l’on est « immergé dans le mystère de Dieu, ce mystère qui aime tous les hommes et veut que l’Évangile soit annoncé à tous ». Elle est le lieu où l’on peut faire l’expérience de la présence du Christ ressuscité. « Les membres de la première communauté chrétienne – mais cela vaut pour aujourd’hui – perçoivent que l’histoire de la rencontre avec Jésus ne finit pas au moment de l’Ascension mais se poursuit dans leur vie et dans la vie de l’Église », a expliqué le Successeur de Pierre.

La prière permet d’accueillir l’Esprit Saint, qui « rappelle le Christ à son Église en prière, non pas comme un simple souvenir, mais en le rendant présent et agissant, la poussant à annoncer et à servir ». Il alimente la « ferveur » et « donne la force aux prédicateurs qui se mettent en voyage, et qui par amour de Jésus sillonnent les mers, affrontent des dangers, se soumettent à des humiliations ».

Invitation à l’adoration

« Dieu donne de l’amour et demande de l’amour. Telle est la racine mystique de toute la vie croyante », a enfin rappelé le Pape, encourageant les chrétiens d’aujourd’hui à s’enraciner davantage dans la prière et l’adoration, comme l’ont fait les générations de croyants des premiers siècles. « Adorer Dieu, adorer Jésus, adorer l’Esprit », « en silence » : l’adoration « est la prière qui nous fait reconnaître Dieu comme le principe et la fin de toute l’Histoire », elle est « le feu de l’Esprit qui donne force au témoignage et à la mission », a conclu le Pape. « Par la prière, le chrétien vit, selon la parole de saint Paul, dans la foi au Fils de Dieu qui l’a aimé et qui s’est livré pour lui ».

(Avec V. N.)

Dimanche 22 novembre 2020

Avant de réciter la prière de l’angélus et après avoir célébré la messe en la solennité du Christ Roi, le Pape François a rappelé l’importance du critère de l’amour le moment du jugement venu.

Pour clôturer l’année liturgique, avant le premier dimanche de l’Avent le 29 novembre prochain, le Saint-Père a médité sur le Christ, comme « Alpha et Oméga de l’Histoire », « La liturgie du jour se concentre sur l’Omega ».

« Dans sa mort et sa résurrection, Jésus se montrera le Seigneur de l’Histoire, le Roi de l’univers, le Juge de tous. Mais le paradoxe chrétien réside dans le fait que le Juge ne représente pas une royauté redoutable, mais un pasteur plein de douceur et de miséricorde », a affirmé le Successeur de Pierre, expliquant comment dans l’Évangile du jour « Jésus s’identifie non seulement au roi pasteur, mais aussi aux brebis égarées, c’est-à-dire aux plus petits et au plus nécessiteux (des frères et sœurs) ».
Jugés sur la base de l’amour concret

Et ainsi il indique le critère du jugement : « il sera pris sur la base de l’amour concret donné ou refusé à ces personnes, car Lui-même, le juge, est présent en chacune d’elles », a ajouté François, rappelant les paroles de Jésus : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (vv. 40.45).

Nous serons jugés sur l’amour, relève le Souverain pontife, « pas sur le sentiment, non », mais sur « les œuvres, sur la compassion qui se fait proximité et aide attentionnée ».

Et le Pape François de prévenir contre la logique de l’indifférence, contre le regard qui se détourne dès qu’apparaît un problème : « Tu as été mon pasteur, qui était présent auprès de ces gens dans le besoin, ou es-tu resté indifférent ? ». Le Pape a rappelé à cet égard la parabole du Bon Samaritain.

« Ce pauvre homme, blessé par des bandits, jeté à terre, entre la vie et la mort, était là, seul. Mais un prêtre est passé, il a vu, et il est parti. Il a détourné le regard. Un lévite est passé, il a vu et a détourné le regard. Moi, devant mes frères et sœurs dans le besoin, je suis indifférent comme ce prêtre, comme ce lévite, et je détourne le regard ? Je serai jugé sur ce point : sur la façon dont je me suis approché. »
Après l’angélus

À l’issue de l’angélus, le Pape François a adressé une pensée particulière aux habitants de la Campanie et de la Basilicate, deux régions du sud de l’Italie, quarante ans après le tremblement de terre désastreux qui a eu son épicentre en Irpinie, et a semé la mort et la destruction. « Quarante ans déjà. Cet événement dramatique, dont les blessures ne sont pas encore complètement cicatrisées, a mis en évidence la générosité et la solidarité des Italiens. En témoignent les nombreux jumelages entre les villages frappés par le tremblement de terre et ceux du Nord et du Centre, dont les liens existent toujours », a-t-il ajouté.

Le Pape a par ailleurs salué les fidèles présents place Saint-Pierre, « malgré les difficultés actuelles et toujours dans le respect des règles (sanitaires ) ». En cette période difficile de pandémie, le Saint-Père s’est fait proche des familles en difficultés « parce qu’elles n’ont pas de travail, qu’elles ont perdu leur emploi » et qui, « parfois, avec un peu de honte, ne le font pas savoir ». Le Pape a ainsi invité à être attentif à ceux qui font face à des difficultés exhortant à « aller voir là où il y a un besoin. Là où est Jésus, dans le besoin ».

(Avec V. N.)

Mercredi 18 novembre 2020

Depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière lors de l’audience générale. Il s’est arrêté aujourd’hui sur la femme de prière qu’est la Vierge Marie.

Suivant son exemple, le Pape François invite, dans la prière, à se mettre dans une attitude de disponibilité, avec un cœur ouvert à la volonté de Dieu, en ne dirigeant pas sa vie de manière autonome mais en la remettant entre les mains du Seigneur.

« Quand le monde l’ignore encore, quand elle est encore une simple jeune fille fiancée à un homme de la maison de David, Marie prie ». Le Pape invite à imaginer la jeune fille de Nazareth recueillie en silence, « en dialogue permanent avec Dieu ». Elle est déjà « pleine de grâce et immaculée depuis sa conception », mais elle ne sait encore rien de sa vocation. Marie appartient « au grand groupe de ces humbles de cœur que les historiens officiels n’insèrent pas dans leurs livres, mais avec lesquels Dieu a préparé la venue de son Fils » souligne-t-il.

Comment décrire l’attitude de cette jeune fille ? Elle ne dirige pas sa vie de façon autonome. Marie se montre docile, attendant que Dieu prenne les rênes de son chemin et la guide où Il veut. « La voix de Dieu guide ses pas là où sa présence est nécessaire, comme à l’heure culminante sous la croix ».

Le Pape revient sur le moment de l’Annonciation. Quand l’archange Gabriel se présente à elle, « son “Me voici”, petit et immense, fait tressaillir de joie la création tout entière » et, pour le Pape, il n’y a pas de meilleure façon de prier que de se mettre comme Marie dans une attitude d’ouverture.

« Seigneur, ce que Tu veux, quand Tu veux et comme Tu veux ». Les personnes les plus humbles prient de cette manière, se réjouit le Pape dans un aparté. Ils renoncent à se mettre en colère face aux problèmes quotidiens mais au contraire essayent d’aller de l’avant « en sachant que dans l’amour humble, offert dans chaque situation, nous devenons des instruments de la grâce de Dieu ». Il constate cependant que nombreux sont ceux qui voudraient tout, tout de suite, mais « la vie ne fonctionne pas ainsi et cette inquiétude nous fait mal », prévient-il.

Le Pape encourage d’autant plus les fidèles à la prière qu’elle sait « adoucir l’inquiétude pour la transformer en disponibilité ». D’ailleurs au moment de l’Annonciation, la Vierge Marie a su repousser la peur tout en ayant le présage que son “oui” lui aurait procuré des épreuves très dures. « Si, dans la prière, nous comprenons que chaque jour donné à Dieu est un appel, alors nous élargissons notre cœur et nous accueillons tout ». Le Pape suggère aux fidèles de toujours demander à Dieu d’accompagner leur chemin « afin qu’Il ne nous laisse pas seuls, qu’Il ne nous abandonne pas à la tentation », en particulier dans les moments d’épreuves.

Marie accompagne en prière toute la vie de Jésus, jusqu’à sa mort et sa résurrection ; et finalement elle accompagne les débuts de l’Église naissante. Elle prie avec les disciples qui ont traversé le scandale de la croix, avec Pierre qui a cédé à la peur. Elle est parmi les hommes et femmes que son Fils à appeler pour former sa communauté. « Elle ne fait pas le prêtre » dit le Pape, « non, elle prie avec eux, en communauté, comme un membre de la communauté ». À nouveau, poursuit François, « sa prière précède l’avenir » : « par l’œuvre de l’Esprit Saint, elle est devenue la Mère de Dieu, et par l’œuvre de l’Esprit Saint, elle devient la Mère de l’Eglise ».

La prière de Marie est silencieuse. L’Évangile des noces de Cana raconte la prière de Marie à son Fils, mais sa présence est en soi toujours une prière, comme au Cénacle parmi les disciples. « Marie est présente parce qu’elle est Mère, mais elle est aussi présente parce qu’elle est le premier disciple », poursuit-il, en soulignant que c’est précisément pour cette raison qu’elle ne promet jamais de résoudre les choses mais exhorte toujours à faire ce que Jésus indique.

Son « intuition féminine naturelle est exaltée dans son unique union avec Dieu dans la prière ». Le Pape évoque les paroles de l’évangéliste Luc : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc, 2,19). Tout ce qui lui arrive finit dans son cœur : les jours de joie comme les moments les plus sombres, quand elle a du mal à comprendre par quels chemins la Rédemption doit passer… jusqu’au vendredi de la Passion. La Mère garde tout dans son cœur et cela nourrit son dialogue avec Dieu.

Quelqu’un a comparé le cœur de Marie à une perle d’une splendeur incomparable, formée et polie par l’acceptation patiente de la volonté de Dieu à travers les mystères de Jésus médités dans la prière, rapporte le Saint-Père. « Comme ce serait beau si nous pouvions nous aussi ressembler un peu à notre Mère ! Avec le cœur ouvert à la Parole de Dieu, avec le cœur silencieux, avec le cœur obéissant, avec le cœur qui sait recevoir la Parole de Dieu et la laisser croître avec une semence du bien de l’Église ».

’Avec V. N.)

Dimanche 15 Novembre 2020

Après avoir célébré la messe lors de la Journée mondiale des pauvres, le Saint-Père a récité, comme le veut la tradition dominicale, la prière de l’Angélus depuis la fenêtre des appartements pontificaux. Avant la prière, il a invité à sortir de la logique de l’indifférence pour utiliser les dons qui nous ont été donnés au service des pauvres.

Pour l’avant-dernier dimanche de l’année liturgique, l’évêque de Rome a commenté la parabole des talents (cf. Mt 25, 14-30). Celle d’un homme riche qui part en voyage et confie ses biens à trois serviteurs. Au premier, il confie cinq talents, au second deux, et un au troisième. Une répartition qui se fait « à chacun selon sa capacité » (v. 15). « C’est ce que le Seigneur fait avec nous tous : il nous connaît bien, il sait que nous ne sommes pas les mêmes et ne veut privilégier personne au détriment des autres, mais confie à chacun un capital à la mesure de ses capacités », a commenté François.

Tandis que le maître est absent, les deux premiers serviteurs travaillent beaucoup et font doubler ce qui leur est confié. En revanche, le troisième serviteur cache son talent dans un trou, à l’abri des voleurs, pour éviter le risque, et il laisse ainsi, sans le rentabiliser. À son retour, le maître récompense les deux premiers serviteurs qui ont fait fructifier leurs talents. Le troisième, cependant, se rendant compte qu’il est fautif, commence immédiatement à se justifier en disant : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient. » (vv. 24-25).

« Il défend sa paresse en accusant son maître d’être "dur" », a estimé François, alors le maître lui fait des reproches : il le traite de serviteur « méchant et paresseux » (v. 26) ; il lui fait enlever son talent et le fait jeter hors de sa maison. « C’est une habitude que nous avons nous aussi : nous nous défendons, souvent, en accusant les autres. Mais ils ne sont pas à blâmer : la faute est la nôtre, le défaut est le nôtre », a commenté le Saint-Père.

Cette parabole s’applique à tous, a continué François, mais comme toujours, surtout aux chrétiens. Puis, sortant de son texte, il a tenu à avoir des mots pour les pauvres, « aujourd’hui est le jour des pauvres, où l’Église nous dit, aux chrétiens : "Tends ta main aux pauvres. Tendez la main aux pauvres. Vous n’êtes pas seul dans la vie : il y a des gens qui ont besoin de vous. Ne soyez pas égoïstes : tendez la main aux pauvres" ».

Dans nos villes, des pauvres souffrent de famine a continué le Saint-Père, toujours en dehors de son texte. « Utilisez ce que Dieu vous a donné et regardez les pauvres : regardez. Ils sont nombreux. Même dans nos villes, au centre de notre ville : il y en a beaucoup. Faites le bien ! », car « Nous pensons parfois qu’être chrétien, ce n’est pas faire le mal. Et ne pas faire le mal, c’est bien. Mais ne pas faire le bien n’est pas bien. » François nous exhorte donc à sortir de cette logique d’indifférence, car « les pauvres sont là, et nous regardons ailleurs », « Tendez la main aux pauvres : c’est le Christ ».

« La Vierge Marie a reçu Jésus lui-même de Dieu, mais elle ne l’a pas gardé pour elle, elle l’a donné au monde, à son peuple. C’est d’elle que nous apprenons la crainte du Seigneur, et non la peur. Nous apprenons avant tout l’amour bienveillant, à nous mettre au service les uns des autres. Pour que le Seigneur, à son retour, nous trouve ainsi, engagés à faire fructifier ses dons. », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Mercredi 11 Novembre 2020

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière lors de l’audience générale depuis la bibliothèque du Palais apostolique en raison de l’urgence sanitaire. Il est revenu sur l’importance d’une prière continue et persévérante et de la manière dont elle s’accomplit en Jésus qui prend sur Lui « chaque supplique, chaque joie… chaque prière humaine »

Le Pape a d’abord expliqué pourquoi il tenait à parler aussi longuement de la prière lors de ces audiences générales. Simplement parce qu’elle est « comme l’oxygène de la vie », qu’elle permet d’attirer sur celui qui prie « la présence de l’Esprit Saint qui pousse à aller de l’avant ».

Entrant dans le vif de sa catéchèse, le Pape est revenu sur les qualités de la prière de Jésus, sur l’exemple qu’il offre, Lui qui prie de manière « continue », « avec persévérance ». « Le dialogue constant avec le Père, dans le silence et dans le recueillement, est le centre de toute sa mission », a affirmé François. D’ailleurs, les Evangiles rapportent combien il exhorte ses disciples à prier « avec insistance, sans se lasser ». Une caractéristique de l’oraison que l’on retrouve dans les trois paraboles contenues dans l’Evangile de Luc, rappelle le Catéchisme (CEC, n. 2613).

La première parabole indique que la prière doit tout d’abord être « tenace ». Elle évoque un homme qui, devant accueillir un hôte arrivé à l’improviste, insiste toute la nuit auprès d’un ami pour qu’il lui prête du pain (cf. Lc 11, 5-8). « Dieu est plus patient que nous, et celui qui frappe avec foi et persévérance à la porte de son cœur n’est pas déçu », assure le Pape. L’insistance ne sert pas à l’informer ou le convaincre, mais « à alimenter en nous le désir et l’attente ».
« Pas de vraie prière sans esprit d’humilité »

La deuxième parabole est celle de la veuve qui s’adresse au juge pour qu’il l’aide à obtenir justice. L’homme sans scrupules, exaspéré par son insistance, finira pas la satisfaire (cf. Lc 18, 1-8). Cette parabole permet de comprendre que « la foi n’est pas l’élan d’un moment, mais une disposition courageuse à invoquer Dieu, également à “discuter” avec Lui, sans se résigner devant le mal et l’injustice », dit le Pape.

Dans la troisième parabole, un pharisien et un publicain vont prier au Temple. Le premier s’adresse à Dieu en se vantant de ses mérites ; l’autre se sent indigne ne serait-ce que d’entrer dans le sanctuaire. Cependant, Dieu n’écoute pas la prière des orgueilleux, alors qu’il exauce celle des humbles (cf. Lc 18, 9-14). « Il n’y a pas de vraie prière sans esprit d’humilité » explique le Pape.

Pour François, l’enseignement de l’Evangile est clair : il faut toujours prier, même quand tout semble vain, quand Dieu « apparaît sourd et muet ». Même si le ciel s’assombrit, le chrétien ne n’arrête pas de prier, explique-t-il. « Son oraison va de pair avec la foi. Et la foi, en de nombreux jours de notre vie, peut sembler une illusion, une fatigue stérile. Mais pratiquer la prière signifie également accepter cette fatigue ». Cette expérience « de la nuit de la foi et du silence de Dieu », de nombreux saints et saintes l’ont également vécue et ils ont été persévérants, poursuit-il.
Sans Jésus, des prières réduites à des efforts humains

Dans cette épreuve, « celui qui prie n’est jamais seul » assure François, car « Jésus nous accueille dans sa prière, pour que nous puissions prier en Lui et à travers Lui. Et cela est l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est pour cette raison que l’Evangile nous aider à prier le Père au nom de Jésus ». La prière de Jésus donne les ailes que la prière de l’homme a toujours désiré posséder.

Le Pape François cite le psaume 91 qui en témoigne : « Il te couvre de ses ailes, tu as sous son pennage un abri. Armure et bouclier, sa vérité. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui marche en la ténèbre, ni le fléau qui dévaste à midi ». C’est dans le Christ que s’accomplit cette prière splendide, affirme le Saint-Père, c’est en Lui que celle-ci trouve sa pleine vérité.

« Sans Jésus, nos prières risqueraient de se réduire à des efforts humains, destinés le plus souvent à l’échec », assure François. Il prend sur Lui « chaque cri, chaque gémissement, chaque joie, chaque supplique… chaque prière humaine ». Ainsi, même dans sa vie de prière, le Christ est tout pour le chrétien. « Et c’est pour cela que le chrétien qui prie ne craint rien », a conclu François qui invite à ne pas oublier l’Esprit Saint qui conduit à Jésus : « il est le don que le Père et le Fils nous ont donné pour aller à la rencontre de Dieu ».

(Avec V. N.)

Dimanche 8 novembre 2020

Avant de réciter la prière de l’Angélus de ce 32ème dimanche du temps ordinaire, le Pape François est revenu sur notre préparation à l’éternité, but de notre vie, « rendez-vous définitif avec Dieu », mettant en garde contre une certaine insouciance de vie qui l’éluderait.

S’appuyant sur l’Évangile du jour (Mt 25, 1-13), le Pape nous invite à poursuivre notre réflexion sur la vie éternelle, qui a commencé en la fête de la Toussaint et la commémoration des fidèles défunts. Le Saint-Père évoque la parabole des dix jeunes filles invitées à des noces, symbole du Royaume des Cieux, racontée par Jésus.
La parabole des insouciants et des prévoyants

En ce temps-là, il était d’usage que les mariages se déroulent la nuit ; par conséquent, le cortège des invités devait avancer avec des lampes allumées. « Certaines des jeunes filles sont insouciantes : elles prennent les lampes mais ne prennent pas d’huile avec elles ; les prévoyantes, par contre, prennent de l’huile avec elles », explique le Saint-Père.

« Le marié arrive en retard, et ils s’endorment tous. Quand une voix prévient que le marié arrive, les jeunes filles insouciantes se rendent compte qu’elles n’ont pas d’huile pour leurs lampes ; elles demandent aux vierges prévoyantes, mais elles répondent qu’elles ne peuvent pas en donner, car elle ne suffirait pas à tout le monde. Pendant que les insouciantes vont acheter de l’huile, le marié arrive. Les jeunes filles prévoyantes entrent avec lui dans la salle de banquet, et la porte est fermée. Les autres arrivent trop tard et sont rejetées », poursuit l’évêque de Rome.
Foi, charité, bonnes œuvres

Avec cette parabole, Jésus veut nous dire que nous devons être prêts à le rencontrer, révèle le Pape, précisant : « non seulement pour la réunion finale, mais aussi pour l’engagement de chaque jour en vue de cette réunion, pour laquelle la lampe de la foi ne suffit pas, l’huile de la charité et des bonnes œuvres est également nécessaire ».

Ainsi, selon le Pape, la réserve d’huile, que les filles prévoyantes ont prise avec les lampes, indique les bonnes actions faites en collaboration avec la grâce. « Être sage et prudent signifie ne pas attendre le dernier moment pour répondre à la grâce de Dieu, mais le faire activement dès le début. Si nous voulons être prêts pour la dernière rencontre avec le Seigneur, nous devrions déjà coopérer avec lui et faire de bonnes actions inspirées par son amour », affirme François.
Ne vivre que le présent, c’est exclure l’au-delà

Et le Pape de déplorer qu’il arrive, malheureusement, que « nous oubliions le but de notre vie, c’est-à-dire le rendez-vous définitif avec Dieu, perdant ainsi le sens de l’attente et absolutisant le présent ». Cette attitude exclut toute perspective sur l’au-delà : « nous faisons tout comme si nous ne devions jamais partir pour l’autre vie. Et puis on ne se soucie que de posséder, de s’en sortir, de s’installer... Si nous nous laissons guider par ce qui nous semble le plus attrayant, par la recherche de nos intérêts, notre vie devient stérile ; nous n’accumulons aucune réserve d’huile pour notre lampe, et elle s’éteindra avant la rencontre avec le Seigneur », prévient le Souverain pontife, avant de compléter : « si, en revanche, nous sommes vigilants et faisons le bien par la grâce de Dieu, nous pouvons attendre avec sérénité l’arrivée de l’époux. Le Seigneur pourra venir même pendant notre sommeil : cela ne nous inquiétera pas, car nous avons la réserve d’huile accumulée avec les bonnes œuvres de chaque jour ».

Le Pape François a conclu invoquant l’intercession de la Vierge Marie, « pour qu’elle nous aide à vivre, comme elle l’a fait, une foi agissante : elle est la lampe lumineuse avec laquelle nous pouvons traverser la nuit au-delà de la mort et atteindre la grande fête de la vie ».

Après la prière de l’Angélus : le Souverain pontife argentin a assuré toutes les victimes et familles de victimes de l’ouragan Eta de sa prière et proximité. Depuis plusieurs jours, les pluies diluviennes s’abattent sur plusieurs pays d’Amérique Centrale ; un dernier bilan des autorités évoquent 200 personnes mortes ou disparues.

« J’aperçois un drapeau qui me fait penser aux habitants de l’Amérique centrale, touchés ces derniers jours par un violent ouragan qui a fait de nombreuses victimes et des dégâts considérables, et qui a également aggravé une situation déjà rendue difficile par la pandémie. Que le Seigneur accueille les défunts, réconforte leurs familles et soutienne ceux qui sont les plus touchés, ainsi que tous ceux qui travaillent dur pour les aider », a ainsi déclaré le Pape François en marge de l’Angélus.

Les pluies diluviennes provoquées par cette tempête tropicale ont provoqué d’importants glissements de terrains, notamment au Guatemala, pays le plus touché par la catastrophe climatique. Plusieurs territoires sont complétement ensevelis, c’est le cas du village indigène de Queja dans le nord du pays.

Les pluies torrentielles de l’ouragan se sont également abattues ces derniers jours, sur le Costa Rica, le Panama, le Salvador, et le Mexique, notamment sur le Chiapas, l’un des états les plus pauvres du pays, où les autorités annoncent avoir découvert une vingtaine de victimes emportées par des cours d’eau en crue. Le Nicaragua compte également ses morts. L’ouragan devrait frapper Cuba dimanche 8 novembre, il menace également le sud-est du Mexique, la Jamaïque, les îles Caïmans et le sud de la Floride.

(Avec V. N.)

Mercredi 4 novembre 2020

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière lors de l’audience générale, de retour dans la Bibliothèque apostolique. Le Saint-Père a détaillé les différentes caractéristiques d’une bonne prière chrétienne, à savoir qu’elle soit le premier désir de la journée, qu’elle soit persévérante et s’effectue dans la solitude.

Le Pape a initié cette première audience générale du mois de novembre expliquant la raison de sa tenue de nouveau entre les murs de la Bibliothèque du Palais apostolique.

« Malheureusement, nous avons du revenir à cette audience dans la bibliothèque. Et cela pour nous protéger des contaminations du Covid. Cela nous enseigne aussi que nous devons faire très attention aux prescriptions des autorités politiques et sanitaires, afin de nous protéger de cette pandémie », a souligné l’évêque de Rome qui délivrait l’audience ces deux derniers mois Cour Saint-Damase du Palais apostolique, en extérieur, en présence de fidèles.

Le Souverain pontife a donc ainsi voulu tourner ses pensées et prières vers les malades du Covid. « Offrons au Seigneur cette distance entre nous, pour le bien de tous. Et pensons, pensons beaucoup aux malades, à ceux qui arrivent déjà comme des rejetés. Pensons aux médecins, aux infirmiers, aux infirmières, aux volontaires, à tous ces gens qui travaillent avec les malades en ce moment, qui risquent leur vie, mais qui le font par amour, par vocation, par amour du prochain. Prions pour eux ».

Durant sa catéchèse, le Pape François est longuement revenu sur la force de la prière, comme « dialogue intime avec le Père », rappelant le recours constant que Jésus y avait. « Plus Jésus était plongé dans les besoins des personnes, plus il sentait la nécessité de reposer dans la Communion trinitaire », montrent les Évangiles.

« Il y a donc un secret dans la vie de Jésus, caché aux yeux humains, qui représente le centre de tout. La prière de Jésus est une réalité mystérieuse, dont nous n’avons qu’une petite intuition, mais qui permet de lire dans la juste perspective la mission tout entière », assure le Souverain pontife.

En effet, pendant ces heures solitaires – avant l’aube ou pendant la nuit –, Jésus se plonge dans son intimité avec le Père, c’est-à-dire dans l’Amour dont chaque âme a soif, détaille le Pape, assurant que la prière est « le gouvernail qui guide la route de Jésus ».

Le Catéchisme affirme : « Quand Jésus prie, il nous enseigne déjà à prier » (n. 2607). C’est pourquoi, selon François, de l’exemple de Jésus nous pouvons tirer certaines caractéristiques de la prière chrétienne.

Tout d’abord, celle-ci possède un primat : « elle est le premier désir de la journée, quelque chose que l’on pratique à l’aube, avant que le monde ne se réveille », observe le Pape.

« Un jour vécu sans prière risque de se transformer en une expérience fastidieuse, ou ennuyeuse : tout ce qui nous arrive pourrait tourner pour nous en destin mal supporté et aveugle. La prière est tout d’abord écoute et rencontre avec Dieu ». Les épreuves de la vie se transforment ainsi en occasions pour grandir dans la foi et dans la charité, estime le Successeur de Pierre, insistant sur le pouvoir transformant de la prière de toute chose en bien.

En deuxième lieu, la prière est un art à pratiquer « avec insistance », affirme le Pape, prenant les fidèles à témoin. « Nous sommes tous capables de prières épisodiques, qui naissent de l’émotion d’un moment ; mais Jésus nous éduque à un autre type de prière : celle qui connaît une discipline, un exercice, et qui est pratiquée dans une règle de vie. Une prière persévérante produit une transformation progressive, elle rend forts dans les périodes de tribulation », enseigne-t-il.

Autre caractéristique de la prière de Jésus : la solitude. Ainsi, relève François, « celui qui prie ne s’évade pas du monde, mais privilégie les lieux déserts ».

« Là, dans le silence, peuvent apparaître de nombreuses voix que nous cachons au plus profond de nous-mêmes : les désirs les plus cachés, les vérités que nous nous obstinons à étouffer. Et, surtout, dans le silence Dieu parle », rappelle le Pape, conseillant à chacun d’avoir un espace pour soi, où cultiver sa propre vie intérieure. Et le Saint-Père d’évoquer une attitude très contemporaine : « Sans vie intérieure nous devenons superficiels, agités, anxieux ; nous fuyons la réalité, et aussi nous-mêmes ».

Enfin, le Pape a souligné combien la prière de Jésus est le lieu où l’on percevait que « tout vient de Dieu et retourne à Lui ». Elle est centrale, plus que cela, « la prière nous aide à retrouver la juste dimension, dans la relation avec Dieu, notre Père, et avec toute la création », en a conclu le Souverain pontife, appelant à se mettre à l’école de la prière dans les pas du Christ pour ainsi trouver définitivement la joie et la paix.

Après avoir délivré une catéchèse sur les caractéristiques de la prière chrétienne, le Pape François a lancé un appel très fort contre le terrorisme en Europe à l’issue de l’audience générale.

« En ces jours de prière pour les morts, nous nous sommes souvenus et nous nous souvenons encore des victimes sans défense du terrorisme, dont l’escalade de cruauté se répand dans toute l’Europe », a d’abord assuré le Souverain pontife.

Le Pape pense en particulier à « la grave attaque de ces derniers jours à Nice dans un lieu de culte, et à l’attentat dans les rues de Vienne hier, qui a provoqué la consternation et la désapprobation de la population ainsi que de ceux qui ont à cœur la paix et le dialogue ».

« Je confie à la miséricorde de Dieu les personnes qui ont tragiquement disparu et j’exprime ma proximité spirituelle à leurs familles et à tous ceux qui souffrent à la suite de ces événements regrettables, qui cherchent à compromettre par la violence et la haine la coopération fraternelle entre les religions », a-t-il conclu dans cet appel.
Le Pape a suivi de près les attentats

Après l’attentat de Nice jeudi 29 octobre, le Pape François s’était dit proche des catholiques français en deuil, et priait « pour que le peuple français bien-aimé réagisse, uni, au mal par le bien ».

Cette attaque dans la cité azuréenne déjà éprouvée en juillet 2016 a fait trois morts dont le sacristain de la basilique Notre-Dame de Nice.

Enfin, après l’attaque terroriste de Vienne en Autriche ayant fait quatre morts lundi 2 novembre, le Souverain pontife a demandé à ce que c

(Avec V. N.)

Dimanche 1er Novembre 2020

Lors de l’angélus place Saint-Pierre, en cette fête de la Toussaint, le Pape François est revenu sur deux béatitudes qui sont la voie vers la sainteté. Il a expliqué que les suivre comme les saints et les bienheureux, qui sont les témoins les plus légitimes de l’espérance chrétienne, c’est aller à contre-courant d’une mentalité mondaine.

Cette fête de la Toussaint, c’est l’occasion pour l’Église de nous inviter « à réfléchir à la grande espérance qui repose sur la Résurrection du Christ » via les saints et les bienheureux qui « sont les témoins les plus légitimes de l’espérance chrétienne », ayant mis en pratique les Béatitudes, « voie vers la sainteté ». Le Pape s’est ainsi arrêté sur deux d’entre elles, la deuxième et la troisième.

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » : « ces paroles sont contradictoires, car pleurer n’est pas un signe de joie et de bonheur », explique François. Les raisons de verser des larmes ne manquent pas : « la mort, la maladie, l’adversité morale, le péché et les erreurs ». « Jésus proclame bienheureux ceux qui pleurent face à ces réalités et qui, malgré tout, font confiance au Seigneur et se placent dans son ombre » poursuit le Saint-Père. La raison ? « Ils ne sont pas indifférents et n’endurcissent pas non plus leur cœur dans la douleur, mais ils espèrent patiemment dans la consolation de Dieu. Et ils expérimentent déjà cette consolation dans cette vie » explique-t-il.
Aller à contre-courant de la mondanité

Concernant la troisième Béatitude, « heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage », le Pape précise que ces personnes douces « savent se contrôler », « font de la place à l’autre », « l’écoutent et le respectent dans son mode de vie, dans ses besoins et dans ses exigences ». Nul abaissement, accablement, nulle envie de dominer ou d’imposer ses idées et ses intérêts au détriment des autres. Ces personnes douces sont « précieuses aux yeux de Dieu » qui leur donne la vie éternelle.

La douceur, le Pape a insisté sur cet aspect : « en cette période de la vie mondiale où il y a tant d’agressivité, même dans la vie de tous les jours, la première chose qui sort de nous, c’est l’agression, la défense. Nous avons besoin de douceur pour avancer sur le chemin de la sainteté. Écouter, respecter, ne pas agresser : douceur » ajoute-t-il.

D’où cette mise en garde du Pape : « choisir la pureté, la douceur et la miséricorde ; choisir de faire confiance au Seigneur dans la pauvreté d’esprit et l’affliction ; s’engager en faveur de la justice et de la paix, signifie aller à contre-courant d’une mentalité de ce monde, de la culture de la possession, du divertissement privé de sens, de l’arrogance envers les plus faibles. »

Les saints et bienheureux ont choisi cette voie. Ce sont autant de « modèles sûrs » pour suivre cette voie « que chacun parcourt de façon unique et sans pareil ». « Il suffit de penser à l’inépuisable variété de dons et d’histoires concrètes qui existent entre les saints et les saintes : ils ne sont pas égaux, chacun a sa propre personnalité et a développé sa vie dans la sainteté selon sa propre personnalité et chacun d’entre nous peut le faire, aller sur cette voie : douceur, de la douceur s’il-vous-plait et nous irons à la sainteté ».

Après la prière de l’angélus, le Pape François a tenu à renouveler son appel à la paix à l’Arménie et à l’Azerbaïdjan. Il a regretté que les populations civiles soient de plus en plus impliquées dans cette guerre.

« En ce jour de jour de fête, n’oublions pas ce qui se passe au Nagorny-Karabach où les affrontements armés succèdent à de fragiles trêves, avec une augmentation tragique des victimes, des destructions d’habitations, d’infrastructures et de lieux de culte, avec l’implication toujours plus grande des populations civiles. C’est tragique ». Le Pape François a tenu à revenir de nouveau sur le conflit en cours dans le Caucase entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Nagorny-Karabach, déplorant que les combats touchent de plus en plus de civils et fassent de plus en plus de dégâts dans les villes et villages.

Dans ce contexte, le Saint-Père a voulu renouveler son « sincère appel aux responsables des parties en conflit afin qu’ils interviennent aussi vite que possible pour arrêter le versement de sang innocent ». « Qu’ils ne pensent pas résoudre la controverse qui les oppose par la violence mais en s’engageant dans une négociation sincère avec l’aide de la communauté internationale. Pour ma part, je suis proche de tous ceux qui souffrent et j’invite à demander l’intercession des saints pour une paix stable dans la région ».

Cet appel du Pape intervient alors qu’au moins trois trêves ont été signées sous l’égide des puissances membres du groupe de contact sur le Nagorny-Karabach, la Russie, la France et les États-Unis, et qu’elles ont été aussitôt rompues sur le terrain. Samedi, le gouvernement arménien a officiellement demandé l’aide de la Russie au nom d’accords bilatéraux, ce que Moscou a accepté à la condition que le territoire arménien soit touché par les combats. De son côté, la Turquie, alliée de l’Azerbaïdjan, a tenu à montrer son « soutien » en dépêchant à Bakou ce dimanche son ministre des Affaires étrangères.

(Avec V. N.)

Jeudi 29 Octobre 2020

Dans un communiqué publié à la mi-journée, le Bureau de presse du Saint-Siège informe que le Saint-Père « est proche » des catholiques en deuil ; il prie « pour que le peuple français bien-aimé réagisse, uni, au mal par le bien ». Le Pape a adressé un télégramme de condoléances et de soutien à Mgr André Marceau, l’évêque de Nice par l’intermédiaire du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat.

« C’est un moment de douleur dans un temps de confusion. Le terrorisme et la violence ne peuvent jamais être acceptés. L’attentat d’aujourd’hui a semé la mort dans un lieu d’amour et de consolation, comme la maison du Seigneur », déclare en préambule Matteo Bruni, qui assure que le Pape est informé de la situation, et qu’il « est proche de la communauté catholique en deuil ».

« Il prie pour les victimes et leurs proches, pour que la violence cesse, pour que nous nous regardions à nouveau comme des frères et des sœurs et non comme des ennemis, pour que le peuple français bien-aimé réagisse, uni, au mal par le bien ».

La ville de Nice et la France entière sont sous le choc après l’odieux attentat commis ce matin dans la cathédrale Notre-Dame, dans le centre de la cité portuaire, éprouvée il y a 4 ans déjà par l’attentat du 14 juillet.

Réactions et condamnations affluent de par le monde. Les fidèles catholiques de France s’unissent à la douleur de leurs frères niçois. Toutes les églises du pays sonneront le glas à 15h cet après-midi.

Voici le message du Pape à l’évêque de Nice  :

« Informé du sauvage attentat qui a été perpétré ce matin dans une église de Nice, causant la mort de plusieurs personnes innocentes, Sa Sainteté le Pape François s’associe par la prière à la souffrance des familles éprouvées et partage leur peine. Il demande au Seigneur de leur apporter le réconfort et il recommande les victimes à sa miséricorde. Condamnant de la plus énergique manière de tels actes violents de terreur, il assure de sa proximité la Communauté catholique de France et tout le peuple français qu’il appelle à l’unité. Confiant la France à la protection de Notre-Dame, il donne de grand cœur la Bénédiction apostolique à toutes les personnes que touche ce drame ».

(V. N.)

Mercredi 28 Octobre 2020

Le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière lors de l’audience générale, salle Paul VI, au Vatican. Il est revenu sur la première prière de Jésus sur les bords du Jourdain lors de son baptême par Jean-Baptiste. Au milieu des pécheurs, il reçoit la bénédiction de Dieu le Père qu’il étendra ensuite à tout le peuple.
Le Pape François a entamé une nouvelle étape de sa catéchèse sur la prière en abordant le Nouveau Testament. Ce mercredi, il est ainsi revenu sur le début de la mission publique de Jésus lors de son baptême dans le Jourdain durant lequel tout le peuple était en prière. Jésus participe à cet acte présenté comme pénitentiel, surprenant Jean-Baptiste par son geste mais expliquant qu’il ne fait qu’obéir à la volonté du Père, accomplissant « un acte de solidarité avec notre condition humaine. Il prie avec les pécheurs du peuple de Dieu ».

Par ce geste, Jésus montre qu’il n’est pas « un Dieu lointain » et qu’il ne peut pas l’être. « L’incarnation l’a révélé de manière accomplie et humainement impensable » explique François. Dès le début de sa mission, « Jésus se met à la tête d’un peuple de pénitents, comme s’il se chargeait d’ouvrir une brèche à travers laquelle nous tous, après Lui, nous devons avoir le courage de passer ».

« Jésus est venu pour tous » précise le Pape, pour tous les pécheurs qui pensaient ne pas être aimés par Dieu, qui n’osaient pas aller au Temple ou qui ne se sentaient pas dignes de prier. Or, « Jésus commence précisément en s’unissant à eux », ajoute-t-il.

En priant, Jésus fait ouvrir le ciel d’où descend l’Esprit Saint. Quand une voix proclame « Tu es mon Fils bien-aimé ; tu as toute ma faveur », « nous comprenons alors quelque chose du mystère de Jésus et de son cœur toujours tourné vers le Père ». Malgré toutes les épreuves, « également quand autour de Lui se déchaînent la haine et la persécution, Jésus ne reste jamais sans le refuge d’une demeure : il habite éternellement dans le Père. Voilà la grandeur unique de la prière de Jésus ».

Cette prière, « lors de la Pentecôte deviendra par grâce la prière de tous les baptisés dans le Christ » poursuit le Saint-Père qui invite chacun de nous, même dans nos moments de plus profond désespoir à « supplier que la prière de Jésus devienne aussi la nôtre ». « Jésus nous a offert sa propre prière – insiste François - comme une semence de la Trinité, qui veut s’enraciner dans notre cœur. Accueillons-la ! »

À l’issue de l’audience générale, le Pape François a exprimé sa douleur pour la mort d’élèves, tués dans leur école à Kumba. Il a appelé à faire taire les armes dans cette région marquée par un conflit depuis plusieurs années.

« Je m’unis à la douleur des familles des jeunes étudiants barbarement tués samedi dernier à Kumba, au Cameroun » : le Pape François est revenu à l’issue de l’audience générale sur cet « acte si cruel et insensé, qui a arraché des enfants innocents à la vie alors qu’ils suivaient les leçons à l’école ». Le Saint-Père n’a pas hésité à confier qu’il se trouvait « totalement » déconcerté par ce crime.

« Que Dieu illumine les cœurs, pour que des gestes semblables ne soient plus jamais répétés et pour que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest martyrisées du Cameroun puissent finalement retrouver la paix ! Je souhaite que les armes se taisent et que puissent être garanties la sécurité de tous et le droit de chaque jeune à l’éducation et à l’avenir » a-t-il lancé avant d’exprimer son affection aux familles, à la ville de Kumba et à tout le Cameroun.

Samedi 24 octobre, un commando a attaqué une école de Kumba, dans la région du Sud-Ouest. Sept enfants de neuf à douze ans ont été tués dans leur classe. Les autorités accusent les séparatistes.

Une dizaine d’hommes, munis d’armes de guerre, ont fait irruption en moto dans l’enceinte du complexe scolaire privé dénommé Mother Francisca International Bilingual Academy avant d’ouvrir froidement le feu sur des élèves dans leur classe. Depuis près de trois ans, des groupes séparatistes et l’armée s’affrontent dans les deux régions camerounaises du nord-ouest et du sud-ouest.

(Avec V. N.)

Dimanche 25 octobre 2020

Avant la prière de l’angélus, le Pape François a proposé un commentaire de l’évangile du jour, où Jésus explique en quoi consiste « le grand commandement » : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, et son prochain comme soi-même. Il s’agit là de « deux piliers essentiels » de la vie du croyant, qui authentifient son « chemin de conversion et de sainteté ».

Dans la page d’Évangile de ce dimanche (Mt 22, 34-40), Jésus fait face à la ruse d’un docteur de la Loi, qui cherche à « le mettre à l’épreuve ». Mais loin de glisser dans le piège qui lui est tendu, le Seigneur « établit deux piliers essentiels pour les croyants de tous les temps ».

D’abord, il fait comprendre que « la vie morale et religieuse ne peut se réduire à une obéissance anxieuse et forcée (...) mais doit avoir l’amour comme principe ». Et ensuite, que l’amour véritable consiste à aimer tout à la fois Dieu et son prochain.

Autrement dit, a expliqué le Saint-Père, « l’amour de Dieu qui ne s’exprime pas dans l’amour du prochain n’est pas vrai ; et de la même manière, l’amour du prochain qui ne puise pas dans la relation avec Dieu n’est pas vrai ». Cette perspective aide à mieux saisir la parole de Dieu : « tous les commandements servent à actualiser et à exprimer ce double et indivisible amour ».

« L’amour pour Dieu s’exprime surtout dans la prière, en particulier dans l’adoration », a précisé le Saint-Père, en insistant sur ce type de prière souvent délaissé. Et l’amour fraternel, expression de la charité, est quant à lui « fait de proximité, d’écoute, de partage, de soin de l’autre ».

Une fois de plus, Jésus oriente donc son interlocuteur vers Dieu, « source vive et jaillissante de l’Amour », l’invitant à entrer en communion avec Lui. Cette communion, a indiqué le Pape, « est un don à invoquer chaque jour », mais aussi un « engagement personnel pour que notre vie ne se laisse pas asservir par les idoles du monde ».

La charité est un fruit de cette relation, visible jour après jour : la « vérification de notre chemin de conversion et de sainteté se fait toujours dans l’amour du prochain », a insisté le Pape. « Si je dis “j’aime Dieu” et je n’aime mon prochain, ça ne va pas. La vérification de mon amour pour Dieu est que j’aime mon prochain ». Ainsi, a continué le Saint-Père, « tant qu’il y aura un frère ou une sœur à qui nous fermons notre cœur, nous serons encore loin d’être des disciples comme Jésus nous le demande ».

Mais n’y voyons pas une exigence hors de notre portée : « Sa divine miséricorde ne nous permet pas de nous décourager, au contraire, Il nous appelle à recommencer chaque jour afin de vivre l’Evangile avec cohérence », a conclu le Pape François, avant de demander l’intercession de la Vierge Marie.

À l’issue de cette prière de l’Angélus, le Saint-Père a lancé un appel à la paix au Nigéria et a annoncé la tenue d’un consistoire ordinaire le 28 novembre prochain, veille du 1er dimanche de l’Avent, au cours duquel treize nouveaux cardinaux seront créés.

Treize nouveaux cardinaux pour l’Église, dont neuf de moins de quatre-vingts ans et donc ayant droit de participer à un futur conclave, auxquels s’ajoutent quatre prélats de plus de quatre-vingts ans, qui seront donc non-électeurs. Telle est l’annonce, comme toujours par surprise, que le Pape François a faite à la fin de l’Angélus, ce dimanche 25 octobre, communiquant aux fidèles sur la place Saint-Pierre et à ceux connectés dans dans le monde entier la création de ces nouveaux cardinaux.

Deux cardinaux appartiennent à la Curie romaine, il s’agit de Mgr Mario Grech, originaire de l’île de Malte, évêque de Gozo de 2005 à 2019 et secrétaire général du Synode des évêques depuis le 16 septembre 2020 et de Mgr Marcello Semeraro, évêque du diocèse suburbicaire d’Albano depuis 2004 et préfet de la Congrégation pour la cause des Saints depuis le 15 octobre dernier.

Le Pape a unis à eux six pasteurs de l’Église dans le monde : Mgr Antoine Kambanda, archevêque de Kigali au Rwanda, depuis novembre 2018, Mgr Wilton Daniel Gregory, archevêque de Washington depuis le 4 avril 2019, Mgr Jose Fuerte Advincula, archevêque de Capiz aux Philippines depuis 2011, Mgr Celestino Aós Braco, ofm cap., archevêque de Santiago du Chili depuis décembre 2019, Mgr Cornelius Sim, vicaire apostolique de Bruneï depuis 2004, Mgr Augusto Paolo Lojudice, archevêque de Sienne Colle di Val d’Elsa - Montalcino en Italie depuis mai 2019. À leurs côtés, le Pape a décidé de créér cardinal le père Mauro Gambetti, ofm conv., actuel custode du couvent des Franciscains d’Assise.

Outre ces neufs cardinaux, François a également décidé de conférer la barette cardinalice à quatre autres prélats âgés de plus de 80 ans, et qui ne seront donc pas électeurs en cas de conclave.

Il s’agit de Mgr Felipe Arizmendi Esquivel, archevêque émérite de San Christobal de Las Casas, au Mexique, de Mgr Silvano Tomasi, nonce apostolique, ancien observateur du Saint-Siège auprès des Nations-Unies à Genève et actuellement détaché auprès du Dicastère pour le service du développement humain intégral, du père Raniero Cantalamessa, moine capucin et prédicateur de la Maison Pontificale ainsi que de Mgr Enrico Feroci, recteur du sanctuaire du Divin Amour, situé près de Rome.

(Avec V. N.)

Mercredi 21 Octobre 2020

Lors de l’audience générale qui se tenait en salle Paul VI selon les normes anti-covid en vigueur, le Pape a poursuivi son cycle de réflexion sur la prière, concluant sa catéchèse sur les psaumes. Il a souligné combien le Psautier est une « grande école » qui enseigne à invoquer Dieu non seulement pour nous mais aussi, toujours, pour son prochain et pour le monde. Les psaumes aident à ne pas « tomber dans la tentation de l’impiété »

Pour le Saint-Père, la « figure négative » de l’impie apparait souvent dans les psaumes. C’est une personne qui vit « comme si Dieu n’existait pas », « sans aucune référence au transcendant, sans frein à son arrogance, qui ne craint aucun jugement sur ce qu’elle pense ou fait », un contre-exemple de ce que la prière « réalité fondamentale de la vie » doit être.

La référence à l’absolu et au transcendant, « la sainte crainte de Dieu » dont parlent les maîtres ascétiques, est ce qui rend « pleinement humain » assure le Pape. « C’est la limite qui nous sauve de nous-mêmes, en empêchant que nous nous jetions sur cette vie de manière prédatrice et vorace. La prière est le salut de l’être humain ».

Le Pape reconnait l’existence des fausses prières « faites pour être admiré » et que Jésus admoneste. Il met également en garde contre la prière faite « avec lassitude, de manière routinière comme des perroquets » qui est selon lui « le pire service que l’on puisse rendre à Dieu ».

Le Pape François assure que lorsque le vrai esprit de la prière est accueilli « avec sincérité et descend dans le cœur, alors celle-ci nous fait contempler la réalité avec les yeux mêmes de Dieu ». Chaque chose acquiert alors de l’épaisseur. Alors, l’autre devient également important. Il rapporte un antique dicton des premiers moines chrétiens : « Bienheureux le moine qui, après Dieu, considère tous les hommes comme Dieu » (Evagrio Pontico, Traité sur la prière, n. 123).

Pour lui, celui qui adore Dieu, aime ses enfants ; celui qui respecte Dieu, respecte les êtres humains. La prière n’est pas « un calmant pour atténuer l’anxiété de la vie », c’est le centre de la vie du chrétien et elle le « responsabilise » comme le montre le Notre Père.

En ce sens, le psautier est « une grande école ». Les psaumes n’utilisent pas toujours des paroles « raffinées et gentilles », ils portent souvent imprimées « les cicatrices de l’existence ». Et pourtant ces prières même intimes et personnelles ont été utilisées d’abord au Temple puis dans les synagogues, explique le Pape François. Le Catéchisme le rappelle : « les expressions multiformes de la prière des Psaumes prennent forme à la fois dans la liturgie du temple et dans le cœur de l’homme » (n. 2588). Et ainsi, poursuit le Pape, la prière personnelle puise et se nourrit tout d’abord à celle du peuple d’Israël, et ensuite à celle du peuple de l’Église. Les psaumes, même ceux écrits à la première personne du singulier, sont « un patrimoine collectif » car ils sont priés « par tous et pour tous ».

Une des caractéristiques de la prière des chrétiens est ce « souffle », cette « tension » spirituelle qui garde ensemble le temple et le monde, dit le Pape. « La prière peut commencer dans la pénombre d’une nef, mais ensuite elle termine sa course dans les rues de la ville. Et vice versa, elle peut germer pendant les occupations quotidiennes et arriver à son accomplissement dans la liturgie. Les portes des églises ne sont pas des barrières, mais des “membranes” perméables, disponibles à recueillir le cri de tous » souligne-t-il.

Le monde extérieur est toujours présent dans la prière du psautier. Les psaumes donnent voix à la promesse divine de salut des plus faibles ; ils avertissent du danger des richesses mondaines ; ils ouvrent l’horizon au regard de Dieu sur l’histoire. Car pour François « là où Dieu est présent, l’homme doit aussi être présent ». Ainsi, on ne peut nier les larmes des pauvres, sous peine de ne pas rencontrer Dieu et, prévient-il, « Dieu ne supporte pas l’“athéisme” de celui qui nie l’image divine qui est imprimée dans chaque être humain. Ne pas la reconnaître est un sacrilège, c’est une abomination, c’est la pire offense que l’on peut faire au temple et à l’autel ».

Le Pape encourage donc les fidèles à prier les psaumes qui aident à ne pas tomber dans la tentation de l’impiété, autrement dit de vivre, voire de prier, comme si Dieu n’existait pas, comme si les pauvres n’existaient pas.

Ce mercredi, un nombre limité de fidèles a pu participer à l’audience générale en raison des normes sanitaires mises en place en cette période de pandémie. Le Pape a d’ailleurs, avant même la catéchèse, expliqué aux pèlerins pourquoi il ne peut quitter l’estrade pour les saluer de plus près, car « à chaque fois que je m’approche, vous venez tous ensemble en bloc et la distance de sécurité n’est pas maintenue, il y a alors un risque pour vous de contamination ». Le Pape les a néanmoins assurés de sa proximité près d’eux dans son cœur.

(Avec V. N.)

Dimanche 18 Octobre 2020

En ce 29ème dimanche du Temps Ordinaire, le Saint-Père est revenu sur la réponse de Jésus aux pharisiens : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », à l’occasion de la prière de l’Angélus, récitée depuis la fenêtre des appartements pontificaux.

L’Évangile de ce dimanche montre Jésus luttant contre l’hypocrisie de ses adversaires qui, a expliqué le Pape François, « lui font de nombreux compliments, mais lui posent ensuite une question insidieuse afin de le mettre en difficulté et de le discréditer devant le peuple. Ils lui demandent : "Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César ?" (v. 17) »

Or, à cette époque en Palestine, a recontextualisé François, la domination de l’empire romain était mal tolérée « même pour des raisons religieuses », « ils étaient des envahisseurs ». En effet, « pour la population, le culte de l’empereur, souligné aussi par son image sur les pièces de monnaie, était une insulte au Dieu d’Israël. Les interlocuteurs de Jésus sont convaincus qu’il n’y a pas d’alternative à leur questionnement : ni "oui" ni "non". »

Cependant, Jésus « connaît leur méchanceté et Il se laissera sortir du piège », a continué le Souverain Pontife devant une place Saint-Pierre clairsemée de fidèles. « Il leur demande de lui montrer la pièce de monnaie, la prend dans ses mains et demande de quelle est l’image qui y est imprimée. Ils répondent que c’est le visage de César, c’est-à-dire de l’empereur. » C’est alors que Jésus répond : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" (v. 21). »

Avec cette réponse, Jésus se place au-dessus de la controverse, a estimé le Pape François, « D’une part, il reconnaît que le tribut à César doit être payé, car l’image sur la pièce est la sienne ; mais surtout, il se souvient que chacun porte en lui une autre image, celle de Dieu que nous portons en notre âme. Et que c’est donc à Lui, et à Lui seul, que chacun doit son existence, sa propre vie. »

Dans cette réponse, Jésus livre en fait des lignes directrices claires pour « la mission des croyants de tous les temps, même pour nous aujourd’hui ». Effectivement, a rappelé François, le paiement des impôts et le respect des lois de l’État est un devoir des citoyens. « En même temps, il est nécessaire d’affirmer la primauté de Dieu dans la vie humaine et dans l’histoire, en respectant le droit de Dieu à ce qui lui appartient », précise-t-il.

C’est de là que découle la mission de l’Église et des chrétiens : « parler de Dieu et en témoigner aux hommes et aux femmes de leur temps. » Ainsi, « chacun, en vertu de son Baptême, est appelé à être une présence vivante dans la société, en l’animant de l’Évangile et de la force vitale de l’Esprit Saint », il s’agit pour cela de « s’engager humblement, et en même temps courageusement, en apportant sa propre contribution à la construction de la civilisation de l’amour, où règnent la justice et la fraternité. »

Que la Vierge Marie « aide tout le monde à fuir toute hypocrisie et à être des citoyens honnêtes et constructifs. Et soutenez-nous, disciples du Christ, dans la mission de témoigner que Dieu est le centre et le sens de la vie. », a conclu le Souverain Pontife.

À l’issue de la prière de l’Angélus, le Pape François a rappelé à tous les fidèles que, ce dimanche 18 octobre, l’Église célèbre la Journée missionnaire mondiale qui a pour thème « Me voici : envoie-moi ! Tisserands de fraternité”. Chaque chrétien est appelé à être un tisseur de fraternité et le sont, « de façon particulière », souligne François, les missionnaires et les religieux - prêtres, laïcs, consacrés, hommes et femmes – « qui sèment l’Évangile dans le vaste champ du monde ». Le Pape a invité les fidèles à prier pour eux mais également à leur offrir un soutien concret.

C’est dans ce contexte que le Souverain Pontife a demandé à la foule de saluer le père père Pierluigi Maccalli par un applaudissement. Enlevé il y a deux ans au Niger où il était missionnaire, le prêtre italien a été libéré le 8 octobre dernier et ce dimanche, le Pape remercie Dieu pour cette libération « tant attendue ».

Le Saint-Père s’est également réjoui de la libération de trois autres otages. Outre le père italien Pier Luigi Maccali, son compatriote Nicola Chiacchio, l’humanitaire française Sophie Pétronin et l’opposant politique malien Soumaïla Cissé ont également été libérés au Mali il y a dix jours, après avoir passé des mois voire des années aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Ce dimanche, le Pape invite à continuer de prier pour les missionnaires, les catéchistes, et tous ceux qui sont persécutés ou qui sont pris en otage dans différentes parties du monde.

(Avec V. N.)

Mercredi 14 octobre 2020

Le Pape François a proposé une brève exploration du livre des Psaumes aux fidèles venus pour l’audience générale. Continuant son cycle de catéchèses consacré à la prière, le Saint-Père a montré combien le psautier permet à l’homme d’entretenir une relation avec Dieu dans toutes les périodes de sa vie, en particulier dans la souffrance. Sur les lèvres du priant, le psaume devient un cri que le Seigneur entend.

Dans l’Ancien Testament, un livre est devenu « la patrie, le terrain d’exercice et la maison d’innombrables orants » : le livre des Psaumes, rassemblant 150 prières inspirées par l’Esprit Saint « dans le cœur du roi David et d’autres orants », et qui ont traversé les siècles pour être encore prononcées quotidiennement par bien des croyants.

Le Saint-Père a souligné la richesse et la pédagogie contenues dans ce livre sapientiel. L’on y trouve « tous les sentiments humains, tous : les joies, les douleurs, les doutes, les espérances, les amertumes qui colorent notre vie », et l’on y apprend « le langage de la prière ». Les psaumes « sont la parole de Dieu que nous, les humains, nous utilisons pour parler avec Lui ».

Le réalisme de ces prières est aussi un trait caractéristique : il s’agit d’« invocations, souvent dramatiques, qui jaillissent du vif de l’existence. Pour les prier, il suffit d’être ce que nous sommes ». Le Pape a insisté sur la nécessité de cette authenticité de la part du priant : « ne pas maquiller son âme pour prier ».

La souffrance est un thème qui revient fréquemment au fil des versets. Le psalmiste ne la conteste pas, « il sait qu’elle appartient à la vie ». Mais à travers les mots, elle « se transforme en question ». La principale interrogation, lancée telle un refrain lancinant, est « Jusqu’à quand ? ». La douleur n’est pas faite pour que l’on s’y habitue, « la vie n’est pas sauvée si elle n’est pas guérie », chaque homme à du prix aux yeux de Dieu, nous rappellent les psaumes. C’est pourquoi l’orant prie… l’orant crie.

« La prière des psaumes est le témoignage de ce cri », a expliqué le Pape, afin de demander à Dieu « d’intervenir là où tous les efforts humains sont vains » : autrement dit, face aux multiples visages de la douleur, en particulier le plus cruel, « celui de la mort ».

En s’exprimant dans la prière, « début de salut », la souffrance prend alors une autre dimension. Elle « devient relation », « un cri d’aide qui attend d’intercepter une oreille attentive ». Le caractère universel des psaumes n’étouffe pas la singularité de la souffrance de chaque individu qui se tourne vers Dieu. « Pour Dieu, toutes les douleurs des hommes sont sacrées », a déclaré le Saint-Père. Et d’évoquer la rencontre qu’il venait d’avoir, en entrant en salle Paul VI, avec les parents de don Roberto Malgesini, prêtre du diocèse de Côme assassiné le 15 septembre par un sans-abri qu’il aidait.

Devant le Père, « nous ne sommes pas des inconnus, ou des numéros. Nous sommes des visages et des cœurs, connus un par un, par leur nom ». À travers cette certitude d’une relation unique rappelée par les psaumes, « le croyant trouve une réponse », une porte « ouverte ». Il sait aussi que les problèmes ne se résoudront « pas toujours », que la souffrance ne disparaîtra pas de son existence, « mais si nous sommes écoutés, tout devient plus supportable ».

« La pire chose qui puisse arriver est de souffrir dans l’abandon, sans qu’on se souvienne de nous. La prière nous sauve de cela », a souligné François au terme de cette catéchèse. Une lumière peut filtrer à travers l’épaisseur du mystère du mal : « nos cris ne stagnent pas ici-bas, ils montent jusqu’à Lui », dont le cœur est miséricordieux et compatissant. Le Pape a confié que cela lui faisait « du bien, dans les moments difficiles, de penser à Jésus qui pleure », comme il l’a fait à plusieurs moments de son existence terrestre. « Dieu a voulu se faire homme – disait un auteur spirituel – pour pouvoir pleurer. Penser que Jésus pleure avec moi dans la douleur est une consolation : cela nous aide à aller de l’avant », a assuré le Souverain Pontife. Par cette relation entre l’homme et son Sauveur, la vie s’ouvre alors à « un grand horizon de bien et se met en marche vers son accomplissement ».

(Avec V. N.)

Dimanche 11 octobre 2020

Lors de la prière de l’Angélus, le Pape est revenu sur la parabole des invités à la noce pour rappeler que Dieu invite tout le monde, sans discrimination et sans exclusion, mais que chacun doit se rendre disponible à un chemin de conversion.

« Par le récit de la parabole du banquet nuptial, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus esquisse le dessein de Dieu pour l’humanité », a expliqué le Pape François, en développant l’image de cette noce comme une métaphore de l’alliance entre Dieu et l’humanité. « Par deux fois, le roi envoie ses serviteurs appeler les invités mais ceux-ci refusent, car ils ont d’autres choses auxquelles penser : les champs et leurs commerces. Souvent, nous aussi, nous mettons nos intérêts et les choses matérielles avant le Seigneur qui nous appelle »,

« C’est ainsi que Dieu se comporte : lorsqu’il est rejeté, au lieu de se rendre, il relance et invite tous ceux qui se trouvent à la croisée des chemins, sans exclure personne. Personne n’est exclu de la Maison de Dieu », a ajouté le Pape François.

Dans ce récit évangélique, les plus marginaux sont invités à la noce, les bons comme les mauvais. « Dieu n’a pas peur de l’âme blessée de toutes les personnes méchantes », a expliqué François. De la même façon, aujourd’hui, « l’Église est appelée à atteindre les carrefours d’aujourd’hui, c’est-à-dire les périphéries géographiques et existentielles de l’humanité, ces lieux en marge, ces situations dans lesquelles les gens se retrouvent coincés et vivent des lambeaux d’humanité sans espoir ». Il faut donc « ouvrir les portes de nos cœurs et de nos communautés à tous », a insisté le Pape, en invitant à ne pas se contenter des méthodes d’évangélisation habituelles.

« Même les marginaux, même ceux qui sont rejetés et méprisés par la société, sont considérés par Dieu comme dignes de son amour. Il prépare son banquet pour tous : les justes et les pécheurs, les bons et les mauvais, les intelligents et les incultes », a expliqué François. Le Pape a alors raconté, en sortant de son texte qu’il avait appelé hier soir un vieux prêtre italien « qui a brûlé sa vie pour les pauvres » en étant missionnaire au Brésil, en cohérence avec ce message de Dieu.

Pour revêtir l’habit de miséricorde que Dieu nous offre sans cesse, il faut se rendre disponible à un chemin de conversion, et recevoir le « don gratuit » de la grâce. « Que Marie très sainte nous aide à imiter la parabole des serviteurs de l’Évangile en sortant de nos schémas et de nos vues étroites, en annonçant à tous que le Seigneur nous invite à son banquet, pour nous offrir la grâce salvatrice », a conclu le Saint-Père.
Après l’angélus

Dans sa prise de parole après l’angélus, le Souverain pontife a rappelé la béatifaction la veille à Assise, en Ombrie, de Carlo Acutis. Ce jeune Italien de 15 ans, « amoureux de l’Eucharistie », ne s’est pas « couché dans une immobilité confortable, mais a saisi les besoins de son temps, car il a vu le visage du Christ dans les plus faibles », a affirmé le Pape François, appelant tous les jeunes d’aujourd’hui à suivre « son témoignage chrétien ». « Un témoignage qui montre que le vrai bonheur se trouve lorsque l’on met Dieu à la première place et en le servant dans nos frères et sœurs, surtout les plus petits », a relevé l’évêque de Rome, demandant aux fidèles présents « un tonnerre d’applaudissements » pour ce jeune nouveau Bienheureux.

(Avec V. N.)

Mercredi 7 Octobre 2020

l’audience générale s’est tenue en Salle Paul VI en raison des intempéries sur la ville de Rome. Le Pape François, après un cycle d’enseignements ces deux derniers mois sur le thème « Guérir le monde », a repris aujourd’hui sa série de catéchèses sur la prière. Il est revenu sur la figure du prophète Élie.

Le Pape François nous a invités ce mercredi à rencontrer « l’un des personnages les plus passionnants de toute l’Écriture Sainte : le prophète Élie. Il transcende les frontières de son époque et nous pouvons déceler sa présence également dans certains épisodes de l’Évangile », notamment lors de la Transfiguration, lorsqu’il apparaît aux côtés de Jésus, avec Moïse. Il s’agit d’un homme « sans origine précise, et surtout sans but, enlevé au ciel : c’est pourquoi son retour était attendu avant l’avènement du Messie ».

Tout au long de sa vie, Élie sera « un homme à la foi limpide ». « Il en sera ainsi tout au long de sa vie : homme intègre, incapable de compromis mesquins. Son symbole est le feu, image de la puissance purificatrice de Dieu. Il sera le premier à être mis à dure épreuve, et demeurera fidèle. Il est l’exemple de toutes les personnes de foi qui connaissent les tentations et les souffrances, mais qui ne trahissent pas l’idéal pour lequel elles sont nées. »

« Dans l’âme de celui qui prie, la conscience de sa faiblesse est plus précieuse que les moments d’exaltation, quand il semble que la vie est une chevauchée de victoires et de succès », a expliqué François, en précisant que cette caractéristique se retrouve aussi dans des figures du Nouveau Testament, comme saint Pierre et saint Paul.

« Élie est l’homme de la vie contemplative et, dans le même temps, de la vie active, préoccupé par les événements de son temps, capable de se dresser contre le roi et la reine après qu’ils ont fait tué Nabot pour s’emparer de sa vigne », dans le premier Livre des Rois. « Combien nous avons besoin de croyants, de chrétiens zélés, qui agissent devant les personnes qui ont des responsabilités de direction avec le courage d’Élie, pour dire : "Ceci ne doit pas se faire ! C’est un assassinat !" Nous avons besoin de l’esprit d’Élie », a expliqué le Pape en sortant de son texte.

« Il nous montre ainsi qu’il ne doit pas y avoir de séparation dans la vie de celui qui prie : on se tient devant le Seigneur et l’on va à la rencontre de ses frères auxquels Il nous envoie ». Dans la prière, il ne s’agit de pas de se « maquiller l’âme » mais d’assumer une confrontation avec Dieu et de se laisser guider. « Les croyants agissent dans le monde après s’être tus et avoir prié ; autrement, leur action est impulsive, elle est privée de discernement, c’est une course effrénée sans but », a averti le Pape, en expliquant que quand les chrétiens agissent de cette façon, « ils font beaucoup d’injustices car ils ne sont pas allés d’abord devant le Seigneur pour prier, pour discerner ce qu’ils devaient faire ».

La foi d’Élie n’était pas définitivement acquise dès le début, mais elle a grandi et s’est affinée au fur et à mesure. « Le visage de Dieu est devenu pour lui plus clair au cours du chemin. Jusqu’à atteindre son point culminant dans cette expérience extraordinaire, quand Dieu se manifeste à Elie sur le mont Horeb. Il se manifeste non pas dans la tempête impétueuse, non pas dans le tremblement de terre ou dans le feu dévorant, mais dans "le bruit d’une brise légère" ». C’est à travers ce signe humble que Dieu communique avec Élie, qui à ce moment est un prophète en fuite qui a égaré la paix. Dieu va à la rencontre d’un homme fatigué, un homme qui pensait avoir échoué sur tous les fronts, et avec cette brise légère, fait revenir le calme et la paix dans son cœur », a expliqué le Pape François.

L’histoire d’Élie semble donc « écrite pour nous tous »... « Certains soirs, nous pouvons nous sentir inutiles et seuls. C’est alors que la prière viendra frapper à la porte de notre cœur. Nous pouvons tous saisir un pan du manteau d’Élie. Et même si nous avions commis des erreurs, ou si nous nous sentions menacés et effrayés, en revenant devant Dieu avec la prière, la sérénité et la paix reviendront aussi comme par miracle », a-t-il expliqué.

Dans son salut aux pèlerins des différentes langues, le Pape a évoqué la fête de Notre-Dame du Rosaire, en adressant notamment ces mots aux pèlerins polonais : « La Vierge dans ses apparitions a souvent exhorté à la prière du Rosaire, spécialement face aux menaces incombant sur le monde. Aujourd’hui aussi, en ce temps de pandémie, il est nécessaire de tenir entre les mains la couronne du Rosaire, en priant pour nous, pour nos proches et pour tous les hommes. Je vous confie tous à la Reine du Rosaire et de tout cœur je vous bénis », a lancé le Pape.

(Avec V. N.)

Dimanche 4 Octobre 2020

Le Pape François est revenu sur l’épisode des vignerons homicides lors de l’angélus, place Saint-Pierre : « L’autorité est un service » « pour le bien de tous ». Il a mis en garde contre la tentation pour ceux qui ont une autorité dans le peuple de Dieu de ne servir que leurs propres intérêts au détriment de ceux de Dieu.
C’est une parabole « très dure » de Jésus que le Pape François a expliquée avant la récitation de la prière de l’angélus. Celle des vignerons homicides qui n’hésitent pas à frapper, à lapider et même à tuer les serviteurs ainsi que le fils du maître de la vigne dont ils avaient soin. La vigne, c’est le peuple de Dieu, les serviteurs sont les prophètes envoyés par Dieu et le fils, c’est Jésus, lui aussi « repoussé et tué ». Si Jésus prend la parole et s’adresse aux grands prêtres et aux anciens du peuple, c’est pour les avertir qu’ils sont « sur le point de prendre une mauvaise route ». Jésus prévoit en effet sa passion et sa mort.

« Jésus place ses interlocuteurs face à leurs responsabilités », et avec une grande clarté, a expliqué François. Et cette mise en garde vaut aussi pour notre époque, a-t-il précisé. « Aujourd’hui aussi Dieu attend les fruits de sa vigne de ceux qu’il y a envoyés à travailler ».

Ainsi, « à chaque époque, ceux qui ont une autorité au sein du peuple de Dieu peuvent être tentés de poursuivre leurs propres intérêts et non ceux de Dieu. Mais la vigne est celle du Seigneur, pas la nôtre. L’autorité est un service, et comme tel, il doit être exercer pour le bien de tous et pour la diffusion de l’Évangile », ajoute le Saint-Père. « C’est mal de voir dans l’Église de voir des gens qui recherchent leurs propres intérêts » a-t-il insisté.

Pour être de bons ouvriers de la vigne du Seigneur, le Pape a rappelé les mots de saint Paul dans la deuxième lecture de la liturgie de ce dimanche. « Ce qui est vrai, noble, juste, pure, digne d’être aimé et honoré ; ce qui est vertu et mérite des éloges » doit être l’objet de notre engagement quotidien. « Nous deviendrons ainsi une Église toujours plus riche des fruits de sainteté, nous rendrons gloire au Père qui nous aime avec une infinie tendresse, au Fils qui continue de nous accorder le salut, à l’Esprit qui nous ouvre le cœur et nous pousse vers la plénitude du bien » a conclu François.

Il a enfin appelé, en ce mois d’octobre, à renouveler notre engagement de prier le chapelet.

Après la récitation de la prière de l’Angélus : le Pape François a présenté aux fidèles réunis place Saint-Pierre sa nouvelle encyclique "Fratelli tutti". Il est revenu également sur le Temps de la Création et la béatification de Don Olinto Marella, à Bologne.

Les premiers mots du Pape François furent pour la nouvelle encyclique Fratelli Tutti sur la fraternité et l’amitié sociale. « Je l’ai offerte à Dieu sur la tombe de saint François qui me l’a inspirée comme la précédente encyclique Laudato si’ » a-t-il expliqué. « Les signes des temps montrent clairement que la fraternité humaine et le soin de la création forment l’unique voie vers le développement intégral et la paix, déjà indiquée par les saints Papes Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II ».

Le Pape a offert un exemplaire de son nouveau texte aux fidèles présents place Saint-Pierre avec l’édition extraordinaire de L’Osservatore Romano dont c’est le premier numéro papier depuis le début de la pandémie en Italie.

Ce dimanche 4 octobre marque également la fin du Temps de la Création, initié le 1er septembre et lors duquel « nous avons célébré un “jubilé pour la Terre” aux côtés de nos frères des diverses Églises chrétiennes » et dont des représentants étaient présents sur la place. Présents également les représentants du Mouvement catholique mondial pour le Climat, des cercles Laudato si’ et les associations de référence « engagés dans des parcours d’écologie intégrale ».

Le Saint-Père a eu aussi un mot pour Stella Maris qui soutient les gens de mer et dont on célèbre ce dimanche les 100 ans. « J’encourage les aumôniers et les volontaires à témoigner avec joie de la présence de l’Église dans les ports, parmi les marins, les pêcheurs et leurs familles ».

Le Pape a enfin évoqué don Olinto Marella, prêtre du diocèse de Chioggia, en Italie, « pasteur selon le cœur du Christ, père des pauvres et défenseur des faibles », et béatifié ce dimanche à Bologne. « Que son extraordinaire témoignage puisse être un modèle pour tant de prêtres, appelés à être humbles et courageux serviteurs du peuple de Dieu » s’est exclamé François, avant d’appeler la foule à applaudir le nouveau bienheureux.

Des applaudissements ont également été dirigés vers la Garde suisse dont les nouvelles recrues prêtent serment ce dimanche.

(Avec V. N.)

Samedi 3 octobre 2020

Le Pape François a célébré la messe dans la crypte de la basilique d’Assise. Une célébration très courte et sobre, devant seulement une vingtaine de personnes, et sans homélie. Le Pape a ensuite procédé à la signature de l’encyclique “Fratelli Tutti”, dont le texte sera rendu public demain.

Le Saint-Père a donc effectué aujourd’hui donc son premier déplacement hors de Rome depuis sa visite du 23 février dernier à Bari, dans les Pouilles, dans le cadre de la Rencontre des évêques de la Méditerranée. Sur le chemin vers Assise, le Pape s’est arrêté au monastère de Vallegloria, à Spello. Une fois arrivé dans la ville de saint François, le Pape a également fait un bref arrêt au protomonastère de Sainte-Claire pour saluer les moniales clarisses. Il a ensuite célébré la messe dans la crypte de la basilique, sur la tombe de saint François.

Cette visite à Assise s’est déroulée en petit comité, compte tenu de la persistance de la pandémie de coronavirus, mais elle a été significative pour comprendre la dynamique du pontificat actuel.

En devenant le premier évêque de Rome à prendre le nom de François d’Assise, en 2013, le Pape avait en effet immédiatement tracé la ligne d’un pontificat orienté vers le respect de la Création et la défense de la fraternité avec tous les êtres humains, au-delà des appartenances nationales, confessionnelles et culturelles. Sa précédente encyclique Laudato Si’, dédiée au respect de la Maison commune et publiée en 2015, tout comme la Déclaration sur la Fraternité humaine signée en 2019 à Abou Dhabi avec le Grand-Imam d’Al-Azhar, portent la marque d’un pontificat de style franciscain, bien que François soit avant tout jésuite.

Auparavant, le Pape s’était déjà rendu trois fois à Assise, notamment le 20 septembre 2016 pour une rencontre interreligieuse qui s’était située dans la filiation de celle organisée par saint Jean-Paul II 30 ans plus tôt. Dans un monde en crise, dont les déchirures semblent s’accélérer de jour en jour, le Pape veut donc mettre en lumière l’urgence de la fraternité, seul moyen de désamorcer les pulsions haineuses et destructrices et de construire un avenir de paix.

(Avec V. N.)

Mercredi 30 septembre 2020

Le Pape François a conclu le cycle des catéchèses sur l’attitude que les chrétiens doivent adopter dans un monde (post-)pandémique, intitulé « Guérir le monde ».

Lors de cette dernière audience du mois de septembre, le Saint-Père a dressé le bilan de toutes ses réflexions proposées chaque mercredi depuis début août : « Nous avons parcouru les voies de la dignité, de la solidarité et de la subsidiarité, des voies indispensables pour promouvoir la dignité humaine et le bien commun », a-t-il souligné depuis la Cour Saint-Damase du Palais apostolique.

Le Pape François a rappelé comment durant toutes ces semaines « nous nous sommes ancrés aux principes de la doctrine sociale de l’Église, en nous laissant guider par la foi, par l’espérance et par la charité », réaffirmant sa volonté de ne pas voir ce chemin s’arrêter avec la fin du cycle de catéchèses ; « Mais que nous puissions continuer à avancer ensemble, ‘’en gardant le regard fixé sur Jésus’’ (He 12, 2), qui sauve et guérit le monde », a précisé le Pape. Afin que cela arrive réellement, le Souverain Pontife propose, entre autres, « de contempler et d’apprécier la beauté de chaque être humain et de chaque créature ».

Et de citer son prédécesseur le Pape Benoît XVI : « Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire » (Benoît XVI, Homélie pour le début du ministère pétrinien, 24 avril 2005) ; cf. Enc. Laudato si’, n. 65. ).

En effet, c’est seulement en étant « intérieurement mobilisés », que nous pourrons « régénérer la société et ne pas revenir à la soi-disant “normalité”, car cette normalité était malade d’injustices, d’inégalités et de dégradation environnementale ».

Au contraire, « la normalité à laquelle nous sommes appelés est celle du Royaume de Dieu, où ‘’les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres’’ (Mt 11, 5) ». La « normalité du Royaume de Dieu » implique une organisation sociale basée sur « la contribution, le partage et la distribution, non sur la possession, l’exclusion et l’accumulation (cf. Mt 14, 13-21

Or, cette pandémie, estime le Successeur de Pierre, a mis à nu « la grande inégalité qui règne dans le monde : l’inégalité des opportunités, des biens, de l’accès à la santé, à la technologie, et ainsi de suite ». « Un petit virus continue à causer des blessures profondes et démasque nos vulnérabilités physiques, sociales et spirituelles ».

Ces injustices sont « l’œuvre de l’homme », elles proviennent « d’un modèle de croissance détaché des valeurs plus profondes », analyse le Souverain pontife argentin, préconisant un remède « non seulement pour le coronavirus, mais également pour les grands virus humains et socio-économiques ».

« Nous devons nous mettre à travailler urgemment pour générer de bonnes politiques, définir des systèmes d’organisation sociale où soient récompensés la participation, le soin et la générosité, plutôt que l’indifférence, l’exploitation et les intérêts particuliers », a plaidé le Pape, détaillant sa vision d’une société solidaire, équitable et saine.

« Une société participative – où les “derniers” sont tenus en considération comme les “premiers” – renforce la communion. Une société où l’on respecte la diversité est beaucoup plus résistante à tout type de virus ». L’évêque de Rome a enfin conclu en demandant une grâce à Dieu : celle de « viraliser l’amour et de mondialiser l’espérance à la lumière de la foi ».

Par ailleurs, en ce jour de la saint Jérôme, le Saint-Père a mentionné à l’issue de sa catéchèse la Lettre apostolique qu’il a signée ce mercredi. Intitulée « Sacrae Scripturae affectus », et qui évoque le 16ème centenaire de la mort du saint. « Que l’exemple de ce grand docteur et père de l’Église, qui a placé la Bible au centre de sa vie, suscite chez tous un amour renouvelé pour l’Ecriture Sainte et le désir de vivre en dialogue personnel avec la Parole de Dieu », a déclaré le Pape.

(Avec V. N.)

Dimanche 27 Septembre 2020

Avant la prière de l’Angélus, récitée depuis la fenêtre du Palais apostolique, le Saint-Père a commenté l’Évangile de ce 26ème dimanche du temps ordinaire, la parabole dite “des deux fils” (Mt 21, 28-32). Jésus veut montrer que la religion n’est pas une « pratique extérieure », mais demande un engagement de toute la personne, qui est souvent le fruit d’une conversion, grâce à demander à Dieu.

Dans cet Évangile, Jésus invite une fois encore à dépasser les faux-semblants pour descendre dans les profondeurs de la personne humaine. Par cette parabole, a expliqué le Pape aux pèlerins rassemblés Place Saint-Pierre sous leurs parapluies, il veut « dépasser une religion entendue seulement comme une pratique extérieure et habituelle, qui n’a pas d’incidence sur la vie et sur les comportements des personnes », qui « n’interpelle pas la conscience » ni la « responsabilité face au bien et au mal ».

La réponse de chacun des fils puis leur décision montre que l’obéissance « ne consiste pas à dire “oui” ou “non”, mais à agir, […], à réaliser le Royaume de Dieu, à faire le bien », a ajouté le Saint-Père.

Mais il ne faut pas pour autant comprendre que le Seigneur présente comme « des modèles de vie » les publicains et les prostitués. Ils doivent être vus comme des « privilégiés de la Grâce ». « La conversion est toujours une grâce », que « Dieu offre à quiconque s’ouvre et se convertit à Lui ». En effet, à l’image du fils qui, après avoir refusé de travailler pour son père, se repend et s’engage, tous ceux qui se convertissent révèlent que « Dieu est patient avec nous », a souligné François. « Pensons à la patience de Dieu... c’est merveilleux ! » : Il nous laisse « libres de nous éloigner de Lui », mais attend sans se lasser le jour où il nous accueillera à nouveau, nous comblant de sa « miséricorde sans limite ».

La foi en Dieu, a précisé le Pape, implique un choix quotidien : choix du « bien par rapport au mal », de la « vérité par rapport au mensonge », de « l’amour du prochain par rapport à l’égoïsme ». Et c’est en ce choix que consiste la conversion qui nous ouvrira les portes du Royaume des cieux. La conversion, a continué le Saint-Père, est un « processus qui nous purifie des incrustations morales », un chemin « parfois douloureux ».

« Il n’y a pas de chemin de sainteté sans quelques renoncements et sans combat spirituel », a déclaré le Pape. « Combattre pour le bien, combattre pour ne pas tomber dans la tentation », afin d’arriver peu à peu à la « joie des Béatitudes ».

Ainsi, a résumé le Souverain Pontife, l’évangile de ce dimanche montre que la vie chrétienne n’est pas synonyme de « rêves et de belles aspirations », mais « d’engagements concrets, pour s’ouvrir toujours à la volonté de Dieu et à l’amour envers nos frères ».

Mais tout progrès est impossible « sans la grâce ». Et le Pape de conclure en invitant les fidèles à demander la grâce de la conversion, par cette prière : « Seigneur, donne-moi la grâce d’être meilleur. Donne-moi la grâce d’être un bon chrétien ».

À l’issue de la prière de l’Angélus, le Souverain Pontife a demandé à ce que chaque partie fasse des efforts pour faire baisser les tensions dans la région du Caucase, en privilégiant le dialogue et non les armes.

A l’issue de la prière de l’Angélus ce dimanche, le Pape François a tenu à lancer un appel à la paix après les nouveaux combats dans la région du Caucase. « Des nouvelles inquiétantes font état d’affrontements dans la région du Caucase, a commencé le Saint-Père. Je prie pour la paix dans le Caucase et j’appelle les parties au conflit à faire des gestes concrets de bonne volonté et de fraternité qui peuvent conduire à la résolution des problèmes non pas par l’utilisation de la force et des armes, mais par le dialogue et la négociation », a lancé François.

Le Pape a ensuite invité les fidèles présents à prier quelques instants en silence, pour la paix dans le Caucase. Les tensions opposent l’Arménie et l’Azerbaïdjan autour de la région séparatiste du Nagorny Karbakh.

(Avec V. N.)

Mercredi 23 septembre 2020

Le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur le monde après la pandémie au cours de l’audience générale. Le Souverain Pontife a invité à se pencher sur le principe de subsidiarité, depuis longtemps mis en avant par l’Église pour que personne ne soit laissé au bord du chemin.

La subsidiarité est nécessaire à la solidarité pour sortir de la crise, car « il n’y a pas de vraie solidarité sans participation sociale, sans la contribution des corps intermédiaires : des familles, des associations, des coopératives, des petites entreprises, des expressions de la société civile. » « Cette participation aide à prévenir et à corriger certains aspects négatifs de la mondialisation et de l’action des États, comme cela se produit également dans le soin des personnes frappées par la pandémie. Ces contributions “d’en-bas” doivent être encouragées ».

« Chacun de nous est appelé à assumer sa part de responsabilité », surtout dans une crise comme celle que nous traversons. Le Pape François précise que nous devons le faire « non seulement en tant que personnes individuelles, mais également à partir de notre groupe d’appartenance, du rôle que nous avons dans la société, de nos principes et, si nous sommes croyants, de la foi en Dieu ».

Tous, cependant, ne peuvent pas le faire. Les uns parce qu’ils sont marginalisés, exclues ou ignorés, les autres parce qu’ils sont écrasés économiquement ou politiquement. Enfin, « dans certaines sociétés, de nombreuses personnes ne sont pas libres d’exprimer leur foi et leurs valeurs. Ailleurs, en particulier dans le monde occidental, beaucoup de gens auto-répriment leurs convictions éthiques ou religieuses. Mais ainsi on ne peut pas sortir de la crise, ou en tout cas on ne peut pas en sortir meilleurs » met en garde le Saint-Père.

Dans ce contexte, le principe de subsidiarité, qui « a un double dynamisme : du haut vers le bas et du bas vers le haut », apparaît donc comme le meilleur moyen de reconstruire, comme Pie XI l’affirma au temps de la Grande Dépression des années 1930. L’État doit donc agir quand « les personnes individuelles, les familles, les petites associations ou les communautés locales ne sont pas en mesure d’atteindre les objectifs primaires ». C’est pourquoi, dans le cadre, du confinement, « les institutions publiques cherchent à apporter leur aide à travers des interventions appropriées ».
La subsidiarité bafouée

Mais « la contribution des individus, des familles, des associations, des entreprises, de tous les corps intermédiaires et également des Églises est décisive » prévient François, car « avec leurs ressources culturelles, religieuses, économiques ou de participation civique, revitalisent et renforcent le corps social ».

Ce n’est pourtant pas le cas partout. Le Pape dénonce ainsi les lieux où la « sagesse » de ces groupes sociaux n’est pas prise en compte comme dans les régions d’extraction minières. « Les voix des peuples autochtones, leurs cultures et leurs visions du monde ne sont pas prises en considération », affirme-t-il. « Ce manque de respect du principe de subsidiarité s’est diffusé comme un virus » regrette-t-il, pointant du doigt les « grandes compagnies multinationales » que l’on écoute davantage que « les mouvements sociaux », « les grandes compagnies pharmaceutiques que les agents de santé, engagés en première ligne dans les hôpitaux ou dans les camps de réfugiés. » « Ce n’est pas bonne voie » s’exclame le Saint-Père.

« Pour mieux sortir d’une crise, le principe de subsidiarité doit être appliqué, en respectant l’autonomie et la capacité d’initiative de tous, en particulier des derniers » explique alors le Pape, rappelant que « toutes les parties d’un corps sont nécessaires et, comme le dit saint Paul, ces parties qui pourrait sembler les plus faibles et les moins importantes, sont en réalité les plus nécessaires ». Chacun assume un rôle et cette mise en œuvre donne « espérance » dans un avenir « plus sain et juste » que nous construisons ensemble « en aspirant aux choses plus grandes, en élargissant nos horizons. »

Se souvenant d’un geste très diffusé dans plusieurs pays pendant le confinement, les applaudissements au corps médical, le Pape invite à l’étendre aux personnes âgées, aux enfants, aux porteurs de handicap, aux travailleurs mais à aller au-delà : « Encourageons-nous à rêver en grand, en cherchant les idéaux de justice et d’amour social qui naissent de l’espérance. N’essayons pas de reconstruire le passé, en particulier celui qui était injuste et déjà malade. Construisons un avenir où la dimension locale et celle mondiale s’enrichissent mutuellement, où la beauté et la richesse des groupes mineurs puisse fleurir, et où celui qui a davantage s’engage à servir et à donner plus à celui qui a moins ».

(Avec V. N.)

Dimanche 20 septembre 2020

Lors de l’Angélus, devant quelques centaines des fidèles présents sur la Place Saint-Pierre dans le respect des règles de distanciation physique, le Pape François a commenté l’Évangile du jour, tiré du 20e chapitre de saint Matthieu, qui raconte la parabole des travailleurs appelés par le Maître de la Vigne.

« À travers ce récit, Jésus nous montre la surprenante façon d’agir de Dieu, représentée par les deux attitudes du maître : l’appel et la récompense », a-t-il expliqué . Le maître appelle ses ouvriers à cinq reprises. Ainsi il « représente Dieu qui appelle tous et appelle toujours, à n’importe quelle heure. Dieu agit aussi comme ça aujourd’hui : il continue à appeler quiconque, à n’importe quelle heure, pour inviter à travailler dans son Royaume ».

« Dieu est toujours en sortie », à notre recherche. Nos communautés doivent donc elles aussi se situer dans une dynamique de sortie, pour aller à la rencontre de ceux qui vivent dans les périphéries existentielles et ont besoin de rencontrer Jésus ou de le retrouver après s’en être éloigné. « Quand l’Église n’est pas en sortie, elle devient malade », a répété le Pape.

« La deuxième attitude du maître est sa façon de récompenser les travailleurs. » Dans cette parabole de l’Évangile, il attribue à tous le même salaire, ce qui suscite l’indignation et la jalousie de ceux qui avaient commencé leur travail plus tôt dans la journée. On comprend donc ici que « Jésus n’est pas en train de parler du travail et du juste salaire, mais du Royaume de Dieu et de la bonté du Père céleste », qui « ne regarde pas le temps et les résultats, mais la disponibilité et la générosité avec laquelle nous nous mettons à son service ». Sa logique est donc celle de la gratuité, de la grâce.

« Tout est grâce », a encore insisté le Saint-Père, en expliquant que « celui qui raisonne avec la logique humaine, c’est-à-dire celle des mérites acquis avec sa propre bravoure, de premier, se retrouve dernier. Au contraire, celui qui se confie avec humilité à la miséricorde du Père, de dernier, se retrouve premier. » Le Pape a conclu en demandant à Marie de nous inspirer la joie d’être appelés par Jésus et d’avoir « comme unique récompense son amour, l’amitié de Jésus, qui est tout pour nous ».

Après la prière de l’Angélus, le Saint-Père a rappelé le Congrès eucharistique international qui devait se tenir à Budapest, en Hongrie, durant ces jours et qui a été reporté à l’année prochaine, du 5 au 12 septembre. Il a également souligné que le 20 septembre, en Italie, on célèbre la journée de l’Université catholique du Sacré-Cœur.

Après avoir prié Marie, le Pape François a pris la parole au sujet du Congrès eucharistique international qui devait se tenir ces jours-ci à Budapest et qui a été reporté en raison de la pandémie de coronavirus.

« Selon le programme établi avant la pandémie, le Congrès eucharistique international devait se tenir à Budapest, en Hongrie, ces jours-ci. C’est pourquoi je souhaite adresser mes salutations aux pasteurs et aux fidèles de Hongrie et à tous ceux qui attendaient cet événement ecclésial avec foi et joie. Le Congrès a été reporté à l’année prochaine, du 5 au 12 septembre, toujours à Budapest. Continuons, unis spirituellement, le chemin de préparation, en trouvant dans l’Eucharistie la source de la vie et de la mission de l’Église », a déclaré le Saint-Père.

Le Pape a également rappelé que le 20 septembre, en Italie, est le jour de l’Université catholique du Sacré-Cœur, une institution basée à Milan mais qui bénéficie d’un rayonnement national en Italie, notamment à travers l’hôpital Gemelli de Rome, qui est sous sa juridiction.

« Je vous encourage à continuer de soutenir cette importante institution culturelle appelée à donner une continuité et une nouvelle vigueur à un projet qui a su ouvrir la porte de l’avenir à de nombreuses générations de jeunes. Il est plus important que jamais que les nouvelles générations soient formées pour prendre soin de la dignité humaine et du foyer commun », a déclaré l’évêque de Rome avant de saluer les pèlerins présents sur la place Saint-Pierre.

(Avec V. N.)

Mercredi 16 Septembre 2020

Devant quelques centaines de fidèles réunis dans la cour Saint Damase pour l’audience générale hebdomadaire, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur « guérir le monde » après la pandémie. Pour le Saint-Père, le soin que nous portons à nos frères et sœurs humains doit s’appliquer aussi envers la création. Pour ce faire, il est important de retrouver un regard contemplatif sur elle.

Pour sortir d’une pandémie, il faut « guérir et se soigner mutuellement ». Ainsi, tous ceux qui prennent soin des personnes vulnérables doivent être soutenus dans leur service, a commencé le Pape, pour qui ce soin doit également s’étendre à la création. Celle-ci ne doit pas être appréhendée comme une « simple ressource », car les créatures ont « une valeur en elles-mêmes », en ce sens qu’elles « reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et bonté infinies de Dieu » (Catéchisme de l’Église catholique, n.339). En abuser est un « grave péché », prévient le Pape François, qui rappelle que la contemplation constitue le « meilleur antidote contre un usage impropre de notre maison commune ».

« Sans contemplation, il est facile de tomber dans un anthropocentrisme déséquilibré et orgueilleux » ; cette vision erronée positionne l’homme comme dominateur absolu sur toutes les autres créatures. Or, en prétendant occuper la place de Dieu, « nous devenons des prédateurs » qui exploitent la terre, au lieu de la travailler avec soin. « Nos frères les plus pauvres et notre mère la terre gémissent à cause des dommages et de l’injustice que nous avons provoqués » et réclament une conversion de notre part.

Il est donc important de retrouver cette dimension contemplative, qui fait découvrir chez les autres et dans la nature « quelque chose de beaucoup plus grand que leur utilité », à savoir « la valeur intrinsèque que Dieu (leur) a conférée ». La contemplation « se fait à partir de l’intérieur, en nous reconnaissant comme une partie de la création, en devenant des protagonistes », plus que de simples observateurs. « Si tu es incapable de contempler la nature, tu ne pourras pas contempler la beauté des personnes » a relevé le Pape, qui insiste : « ceux qui exploitent la nature finissent par exploiter les gens, c’est une loi universelle ».

Le « contemplatif en action » adopte une attitude de vigilance, devient protecteur de l’environnement, cherchant « à conjuguer les savoirs ancestraux de cultures millénaires avec les nouvelles connaissances techniques, afin que notre style de vie soit durable ».

Contempler et prendre soin : ce sont deux attitudes « qui montrent la voie pour corriger et rééquilibrer notre relation d’êtres humains avec la création ». La relation que l’homme entretient avec la nature s’assimile parfois à celle nourrie entre des ennemis, note le Pape. Or l’exploitation effrénée se paie très cher, met-il en garde en citant un dicton espagnol : « Dieu pardonne toujours ; nous pardonnons parfois ; la nature ne pardonne jamais ». Ce rapport doit se muer en relation « fraternelle ». « Le problème n’est pas de savoir comment toi tu t’en sors aujourd’hui, le problème est la vie des générations futures », a lancé François. « Pensons aux enfants, aux petits-enfants : qu’est-ce que nous leur laisserons, si nous exploitons la création ? »

Ainsi, ceux qui choisissent la voie de la contemplation deviennent les « gardiens de la maison commune » et sauvegardent le patrimoine que Dieu nous a confié afin que les générations futures puissent en profiter ». Et le Pape de rendre hommage aux peuples autochtones, « envers lesquels nous avons une dette de reconnaissance », mais également envers les associations et mouvements qui s’engagent à protéger leur territoire avec ses valeurs naturelles et culturelles, mais dont le travail n’est pas toujours apprécié, voire entravé. Ils participent tous à la « révolution du soin ».

« Chacun de nous peut et doit devenir un “gardien de la maison commune”, capable de louer Dieu pour ses créatures, de les contempler et de les protéger” », a conclu le Pape.

(Avec V. N.)

Dimanche 13 Septembre 2020

Avant la prière de l’Angélus récitée depuis les appartements pontificaux du Palais apostolique, le Pape François a commenté l’Évangile de ce dimanche (Mt 18, 21-35). Cette parabole du roi miséricordieux racontée par Jésus, qui enjoint Simon Pierre à pardonner à son prochain jusqu’à « soixante-dix fois sept fois », montre qu’il est « nécessaire d’appliquer l’amour miséricordieux dans toutes les relations humaines ».

Cette parabole repose sur deux personnages. Le premier, un roi miséricordieux, remet une énorme dette à un de ses serviteurs, second protagoniste, qui le suppliait de « prendre patience » envers lui. Ce même serviteur, sollicité à son tour par un compagnon débiteur, refuse d’exercer la compassion dont il a pourtant bénéficié, et exige le paiement de la dette, bien dérisoire par rapport à celle qu’il devait au roi. Malgré la supplique de son compagnon, -« Prends patience envers moi et je te rembourserai », ce serviteur impitoyable le fait jeter en prison. Mais le roi vient à le savoir et, indigné, fait condamner le mauvais serviteur.
« Tout dans la vie n’est pas résolu par la justice »

Pour le Pape, cette parabole résume deux attitudes, celle de Dieu et celle des hommes : « Dans l’attitude divine, la justice est baignée de miséricorde, tandis que l’attitude humaine se limite à la justice. Jésus nous exhorte à nous ouvrir courageusement à la force du pardon, car tout dans la vie n’est pas résolu par la justice ». C’est précisément cet amour miséricordieux qui est à la base de la réponse de Jésus à la question de Simon Pierre, en préambule de cette parabole : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? ». « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois », lui répond Jésus. Dans le langage symbolique des Écritures, « cela signifie que nous sommes appelés à toujours pardonner ! », explique le Pape.

« Combien de souffrances, combien de lacérations, combien de guerres pourraient être évitées, si le pardon et la miséricorde étaient le style de notre vie ! Surtout au sein des familles... (...) Il est nécessaire d’appliquer l’amour miséricordieux dans toutes les relations humaines : entre époux, entre parents et enfants, au sein de nos communautés, dans l’Église, et aussi dans la société et la politique », a exhorté l’évêque de Rome qui s’est dit touché par une phrase de la première lecture de ce dimanche (Si 27, 30 – 28, 7) : « Pense à ton sort final et renonce à toute haine ».
Se rappeler que nous sommes débiteurs envers Dieu

Cette parabole renvoie à une phrase que nous récitons dans le Notre Père -« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6, 12)-, et nous aide à en saisir pleinement le sens. « Ces mots contiennent une vérité décisive. Nous ne pouvons prétendre au pardon de Dieu pour nous si nous ne concédons pas à notre tour le pardon à notre prochain. Si nous ne nous efforçons pas de pardonner et d’aimer, nous ne serons pas pardonnés et aimés non plus », assure François.

Et de conclure cette catéchèse, comme de coutume, par une invitation à se tourner vers la Vierge Marie : « Confions-nous à l’intercession maternelle de la Mère de Dieu : qu’elle nous aide à nous rendre compte combien nous sommes débiteurs envers Dieu, et à toujours nous en rappeler. afin que nos cœurs soient ouverts à la miséricorde et à la bonté ».

Au terme de l’Angélus du 13 septembre, le Souverain Pontife a évoqué les incendies qui ont ravagé le camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, laissant sans abri les 13 000 personnes qui s‘y trouvaient. François leur exprime sa solidarité et sa proximité.

« Ces derniers jours, une série d’incendies a dévasté le camp de réfugiés de Moria, sur l’ile de Lesbos, laissant des milliers de personnes sans refuge, aussi précaire soit-il », a commencé le Saint-Père, qui se rappelle de la visite qu’il effectua dans ce même camp, en 2016, accompagné du patriarche œcuménique Bartholomée et de l’archevêque Hieronymus d’Athènes. « Je me souviens encore (…) de l’appel lancé (…) pour garantir un accueil humain et digne aux femmes et aux hommes migrants, aux réfugiés et aux demandeurs d’asile en Europe. J’exprime ma solidarité et ma proximité à toutes les victimes de ces événements dramatiques ».

Une enquête est en cours pour déterminer la cause de ces incendies, mais le gouvernement a laissé entendre que les feux auraient été déclenchés volontairement par des demandeurs d’asile souhaitant quitter l’île.

(Avec V. N.)

Message du Pape François pour la Journée mondiale de prière pour la Sauvegarde de la Création

« La pandémie nous a conduits à un carrefour », affirme le pape François dans son message pour la 6ème Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, ce 1er septembre 2020 : « Nous devons profiter de ce moment décisif pour mettre fin à des activités et à des finalités superflues et destructrices. » Au lieu de « l’avidité effrénée de la consommation », le pape exhorte à s’ « émerveiller et à contempler ».

Méditant sur le thème œcuménique du « Temps de la Création 2020 » (« Jubilé pour la Terre »), célébré du 1er septembre au 4 octobre, le pape met en relief cinq dimensions d’un Jubilé : « se souvenir, revenir, se reposer, réparer et se réjouir ».

« Vous ferez de la cinquantième année une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Ce sera pour vous le jubilé » Lv (25, 10)

Chers frères et sœurs,

Chaque année, surtout depuis la publication de la Lettre encyclique Laudato si’ (LS, 24 mai 2015), le premier jour du mois de septembre est, pour la famille chrétienne, une Journée Mondiale de Prière pour la Sauvegarde de la Création, avec laquelle commence le Temps de la Création, qui se conclut le 4 octobre dans le souvenir de saint François d’Assise. Durant cette période, les chrétiens, dans le monde entier, renouvellent la foi en Dieu créateur et s’unissent de façon spéciale dans la prière et dans l’action pour la sauvegarde de la maison commune.

Je suis heureux que le thème choisi par la famille œcuménique pour la célébration du Temps de la Création 2020 soit « Jubilé pour la Terre », justement en cette année marquant le cinquantième anniversaire du Jour de la Terre.

Dans les Saintes Ecritures, le Jubilé est un temps sacré pour se souvenir, revenir, se reposer, réparer et se réjouir.

1. Un temps pour se souvenir

Nous sommes par-dessus tout invités à nous rappeler que le destin ultime de la création est d’entrer dans le « sabbat éternel » de Dieu. C’est un voyage qui a lieu dans le temps, embrasse le rythme des sept jours de la semaine, le cycle des sept ans et la grande Année jubilaire concluant les sept années sabbatiques.

Le Jubilé est aussi un temps de grâce pour faire mémoire de la vocation originelle de la création à être et à prospérer comme communauté d’amour. Nous existons seulement à travers les relations : avec Dieu créateur, avec les frères et sœurs en tant que membres d’une famille commune, et avec toutes les créatures qui habitent la même maison que nous. « Tout est lié, et, comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés dans l’amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi, avec une tendre affection, à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière et à mère terre » (LS, n. 92).

Le Jubilé est donc un temps pour le souvenir, où il faut conserver la mémoire de notre existence interrelationnelle. Nous avons constamment besoin de nous rappeler que « tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres » (LS, n. 70).

2. Un temps pour revenir

Le Jubilé est un temps pour retourner en arrière et se repentir. Nous avons brisé les liens qui nous unissaient au Créateur, aux autres êtres humains et au reste de la création. Nous avons besoin de restaurer ces relations détruites, qui sont essentielles pour nous soutenir nous-mêmes et toute la trame de la vie.

Le Jubilé est un temps de retour à Dieu, notre créateur bien aimé. On ne peut pas vivre en harmonie avec la création sans être en paix avec le Créateur, source et origine de toute chose. Comme l’a observé le Pape Benoît, « La consommation brutale de la Création commence là où Dieu est absent, où la matière est désormais pour nous uniquement matérielle, où nous-mêmes sommes les dernières instances, où le tout est simplement notre propriété » (Rencontre avec le Clergé du Diocèse de Bolzano-Bressanone, 6 août 2008).

Le Jubilé nous invite à penser de nouveau aux autres, spécialement aux pauvres et aux plus vulnérables. Nous sommes appelés à accueillir de nouveau le projet initial et aimant de Dieu pour la création comme un héritage commun, un banquet à partager avec tous les frères et sœurs dans un esprit de convivialité ; non pas dans une compétition déréglée, mais dans une communion joyeuse, où l’on se soutient et se protège mutuellement. Le Jubilé est un temps pour donner la liberté aux opprimés et à tous ceux qui sont pris dans les fers des diverses formes d’esclavage moderne, dont la traite des personnes et le travail des mineurs.

Nous avons besoin de revenir, en outre, à l’écoute de la terre, désignée dans l’Ecriture comme adamah, lieu d’où l’homme, Adam, a été tiré. Aujourd’hui, la voix alarmée de la création nous exhorte à retourner à une juste place dans l’ordre naturel, à nous rappeler que nous sommes une partie, et non pas les patrons, du réseau interconnecté de la vie. La désintégration de la biodiversité, l’augmentation vertigineuse des désastres climatiques, l’impact inégal de la pandémie actuelle sur les plus pauvres et les plus fragiles sont des sonnettes d’alarme face à l’avidité effrénée de la consommation.

Particulièrement durant ce Temps de la Création, écoutons le battement de la création. Elle a été faite, en effet, pour manifester et communiquer la gloire de Dieu, pour nous aider à trouver, dans sa beauté, le Seigneur de toutes choses et retourner à lui (cf. Saint Bonaventure, In II Sent., I,2,2, q. 1, concl ; Brevil., II,5.11). La terre dont nous avons été tirés est donc un lieu de prière et de méditation : « Réveillons le sens esthétique et contemplatif que Dieu a mis en nous » (Exhort. ap. Querida Amazonia, n. 56). La capacité à nous émerveiller et à contempler est quelque chose que nous pouvons apprendre spécialement des frères et sœurs autochtones qui vivent en harmonie avec la terre et ses multiples formes de vie.

3. Un temps pour se reposer

Dans sa sagesse, Dieu a réservé le jour du sabbat pour que la terre et ses habitants puissent se reposer et se ressourcer. Aujourd’hui, cependant, nos styles de vie poussent la planète au-delà de ses limites. La demande constante de croissance ainsi que le cycle incessant de production et de consommation sont en train d’épuiser l’environnement. Les forêts disparaissent, le sol est érodé, les champs disparaissent, les déserts avancent, les mers deviennent acides et les tempêtes s’intensifient : la création gémit !

Durant le Jubilé, le Peuple de Dieu était invité à se reposer des travaux quotidiens, à laisser, grâce à la baisse de la consommation habituelle, la terre se régénérer et le monde se réorganiser. Il nous faut trouver aujourd’hui des styles de vie équitables et durables, qui restituent à la terre le repos qui lui revient, des moyens de subsistance suffisants pour tous, sans détruire les écosystèmes qui nous entretiennent.

La pandémie actuelle nous a amenés, en quelque sorte, à redécouvrir des styles de vie plus simples et durables. La crise, dans un certain sens, nous a donné la possibilité de développer de nouvelles façons de vivre. Il a été possible de constater comment la terre réussit à se reprendre si nous lui permettons de se reposer : l’air est devenu plus sain, les eaux plus transparentes, les espèces animales sont revenues dans de nombreux endroits d’où elles avaient disparu. La pandémie nous a conduits à un carrefour. Nous devons profiter de ce moment décisif pour mettre fin à des activités et à des finalités superflues et destructrices, et cultiver des valeurs, des liens et des projets génératifs.

Nous devons examiner nos habitudes dans l’usage de l’énergie, dans la consommation, dans les transports et dans l’alimentation. Nous devons supprimer de nos économies les aspects non essentiels et nocifs, et donner vie à des modalités fructueuses de commerce, de production et de transport de biens.

4. Un temps pour réparer

Le Jubilé est un temps pour réparer l’harmonie originelle de la création et pour assainir des rapports humains compromis.

Il invite à rétablir des relations sociales équitables, en restituant à chacun sa liberté et ses biens, et en effaçant la dette des autres. Dès lors, nous ne devrions pas oublier l’histoire de l’exploitation du Sud de la planète, qui a provoqué une dette écologique énorme, due principalement au pillage des ressources et à l’utilisation excessive de l’espace environnemental commun pour l’élimination des déchets. Le Jubilé est le temps d’une justice réparatrice. A ce propos, je renouvelle mon appel à effacer la dette des pays les plus fragiles à la lumière des graves impacts des crises sanitaires, sociales et économiques qu’ils doivent affronter suite au COVID-19. Il faut de même s’assurer que les mesures pour la reprise, en cours d’élaboration et d’actualisation au niveau mondial, régional et national, soient effectivement efficaces avec des politiques, des législations et des investissements centrés sur le bien commun, et avec la garantie que les objectifs sociaux et environnementaux mondiaux soient atteints.

Il est également nécessaire de réparer la terre. La restauration d’un équilibre climatique est très importante, étant donné que nous nous trouvons en situation d’urgence. Nous sommes à court de temps, comme nos enfants et nos jeunes nous le rappellent. Il faut faire tout ce qui est possible pour limiter l’augmentation de la température moyenne globale au seuil de 1,5°C, comme il est stipulé dans l’Accord de Paris sur le Climat : le dépasser se révèlera catastrophique, surtout pour les communautés les plus pauvres du monde entier. Dans ce moment critique, il est nécessaire de promouvoir une solidarité intra-générationnelle et intergénérationnelle. En préparation à l’important Sommet sur le Climat de Glasgow, au Royaume-Uni (COP 26), j’invite chaque pays à adopter des objectifs nationaux plus ambitieux pour réduire les émissions.

La restauration de la biodiversité est également cruciale dans le contexte sans précédent d’une disparition des espèces et d’une dégradation des écosystèmes. Il est nécessaire de soutenir l’appel des Nations Unies à sauvegarder les 30% de la Terre comme habitat protégé avant 2030, afin d’endiguer le taux alarmant de perte de biodiversité. J’exhorte la Communauté internationale à collaborer pour garantir que le Sommet sur la biodiversité (COP 15) de Kumming, en Chine, constitue un tournant vers le rétablissement de la Terre comme maison où la vie soit abondante, selon la volonté du Créateur.

Nous sommes tenus de réparer, selon la justice, en nous assurant que tous ceux qui ont habité une terre pendant des générations puissent en retrouver pleinement l’utilisation. Il faut protéger les communautés autochtones contre les compagnies, surtout multinationales, qui, à travers l’extraction préjudiciable des combustibles fossiles, des minéraux, du bois et des produits agroindustriels, « font dans les pays moins développés ce qu’elles ne peuvent dans les pays qui leur apportent le capital » (LS, n. 51). Cette mauvaise conduite des entreprises représente « un nouveau type de colonialisme » (SAINT JEAN-PAUL II, Discours à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales, 27 avril 2001, cit. in Querida Amazonia, n. 14), qui exploite honteusement des communautés et des pays plus pauvres à la recherche désespérée d’un développement économique.

Il est nécessaire de consolider les législations nationales et internationales, afin qu’elles réglementent les activités des compagnies d’extraction et garantissent l’accès à la justice à ceux qui subissent des dommages.

5. Un temps pour se réjouir

Dans la tradition biblique, le Jubilé est un événement joyeux, inauguré par un son de trompette qui résonne sur toute la terre. Nous savons que le cri de la Terre et des pauvres est devenu, ces dernières années, encore plus fort. En même temps, nous sommes témoins de la façon dont l’Esprit Saint inspire partout des individus et des communautés à s’unir pour reconstruire la maison commune et défendre les plus vulnérables. Nous assistons à l’émergence progressive d’une grande mobilisation de personnes, qui, à la base et dans les périphéries, travaillent généreusement pour la protection de la terre et des pauvres. Cela procure de la joie de voir tant de jeunes et de communautés, en particulier autochtones, en première ligne pour répondre à la crise écologique. Ils lancent un appel pour un Jubilé de la Terre et pour un nouveau départ, conscients que « les choses peuvent changer » (LS, n. 13).

On peut également se réjouir de voir comment l’Année spéciale de l’anniversaire de Laudato si’ inspire de nombreuses initiatives au niveau local et mondial pour le soin de la maison commune et des pauvres. Cette année devrait conduire à des programmes opérationnels à long terme, pour arriver à pratiquer une écologie intégrale dans les familles, les paroisses, les diocèses, les Ordres religieux, les écoles, les universités, l’assistance sanitaire, les entreprises, les exploitations agricoles et dans de nombreux autres domaines.

Nous nous réjouissons aussi que les communautés croyantes se rapprochent pour donner vie à un monde plus juste, plus pacifique et plus durable. C’est un motif de joie particulière que le Temps de la Création devienne une initiative vraiment œcuménique. Continuons à grandir dans la conscience que nous tous, nous avons une maison commune en tant que membres de la même famille !

Réjouissons-nous parce que, dans son amour, le Créateur soutient nos humbles efforts pour la Terre. Elle est aussi la maison de Dieu, où sa Parole « s’est faite chair, elle a habité parmi nous » (Jn 1, 14), le lieu constamment renouvelé par l’effusion de l’Esprit Saint.
“Envoie ton Esprit, Seigneur, et renouvelle la face de la terre” (cf. Ps 104, 30).

Rome, Saint Jean du Latran, 1er septembre 2020
FRANÇOIS

© Librairie éditrice du Vatican

Dimanche 30 août 2020

Lors de l’Angélus de ce dimanche, le Pape François a commenté l’Évangile du jour, tirée du 16ème chapitre de Saint-Matthieu, en expliquant ce que signifie suivre le Christ jusqu’à l’épreuve de la croix.

« Sur le chemin de Jérusalem, Jésus explique ouvertement à ses amis ce qui l’attend à la fin dans la ville sainte : il prédit son mystère de mort et de résurrection, d’humiliation et de gloire », a rappelé le Pape. Il dit qu’il doit « souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, et être tué et le troisième jour ressusciter ». Mais malgré cet avertissement très clair et explicite sur le chemin douloureux qui s’annonce, « ses paroles ne sont pas comprises, car les disciples ont une foi encore immature et trop étroitement liée à la mentalité de ce monde », a expliqué le Pape François.

Pierre se rebelle donc contre cet avertissement et rétorque à Jésus que « cela n’arrivera pas ». « Pour Pierre et les autres disciples - mais aussi pour nous ! - la croix est un "scandale", alors que Jésus considère comme un "scandale" le fait de fuir la croix, ce qui signifierait fuir la volonté du Père, la mission qu’il lui a confiée pour notre salut », a expliqué le Pape. Jésus répond alors à Pierre avec dureté : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Cette réponse peut sembler paradoxale alors que Jésus venait de confier à Pierre la responsabilité de guider l’Église naissante, mais elle démontre en réalité l’exigence de l’Évangile, une exigence valable pour tous.

S’adressant à tous, Jésus ajoute : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Il montre ainsi la voie du vrai disciple, en montrant deux attitudes. « Le premier est le "renoncement à soi-même", qui ne signifie pas un changement superficiel, mais une conversion, un renversement des valeurs. L’autre attitude consiste à prendre sa propre croix. Il ne s’agit pas seulement de supporter patiemment les tribulations quotidiennes, mais de porter avec foi et responsabilité cette partie de l’effort et des souffrances qu’implique la lutte contre le mal. » « La vie des chrétiens est toujours un combat », a insisté le Pape.

« Ainsi, l’engagement à "prendre la croix" devient une participation avec le Christ au salut du monde. » La croix que nous pouvons déposer sur le mur de nos maisons ou porter autour du cou ne doit pas être réduite à « un objet superstitieux ou un bijou ornemental », mais elle est « un signe sacré de l’amour de Dieu et du sacrifice de Jésus » et doit donc être « le signe de notre désir de nous unir au Christ pour servir avec amour nos frères et sœurs, surtout les plus petits et les plus fragiles », a répété le Saint-Père une nouvelle fois .

« Que la Vierge Marie, unie à son Fils jusqu’au Calvaire, nous aide à ne pas reculer devant les épreuves et les souffrances que le témoignage de l’Évangile entraîne », a conclu le Pape François.

(Avec V. N.)

Mercredi 26 août 2020

Lors de l’audience générale de ce ljour, e Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur les conséquences de la pandémie de coronavirus et la manière dont les chrétiens sont appelés à réagir. « En ces temps d’incertitudes et d’angoisse », le Souverain Pontife a invité chacun à « accueillir le don de l’espérance qui vient du Christ », comme une ancre, cette espérance nous guidera vers un monde plus sain.

Un don d’espérance du Christ pour nous aider « à naviguer dans les eaux tumultueuses de la maladie, de la mort et et de l’injustice, qui n’ont pas le dernier mot sur notre destination finale », a débuté le Saint-Père, avant de faire part de ses inquiétudes : « La pandémie a souligné et aggravé les problèmes sociaux, en particulier l’inégalité ». Ainsi, a cité François, il y a les enfants qui peuvent continuer à recevoir une éducation scolaire, et ceux pour laquelle elle s’est interrompue. Il y a également les pays qui peuvent émettre de la monnaie pour l’urgence, « tandis que pour d’autres, cela signifierait hypothéquer leur avenir. »

Tout autant d’inégalités qui révèlent une maladie sociale, « c’est un virus qui vient d’une économie malade », « qui ne tient pas compte des valeurs humaines fondamentales. » Le Souverain Pontife a tenu a dénoncer une injustice flagrante : « dans le monde d’aujourd’hui, quelques personnes très riches possèdent plus que tout le reste de l’humanité », un modèle économique qui est « indifférent aux dommages infligés à la maison commune. »

François a une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme : « Nous allons bientôt dépasser un grand nombre des limites de notre merveilleuse planète, avec des conséquences graves et irréversibles », comme le changement climatique et la perte de biodiversité. Or, « L’inégalité sociale et la dégradation de l’environnement vont de pair et ont la même racine (cf. Enc. Laudato si’, n. 101) : celle du péché de vouloir posséder et dominer ses frères et sœurs, la nature et Dieu même. Mais cela n’est pas le dessein de la création. »

Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité et nous a demandé de la cultiver en son nom, mais « attention à ne pas interpréter cela comme une carte blanche pour faire de la terre ce que l’on veut. » Au contraire, a poursuivi le Saint-Père, il « existe "une relation de réciprocité responsable" (ibid.) entre nous et la nature. Nous recevons de la création et nous donnons à notre tour. “Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder”(ibid.). »

La terre a été donnée « à tout le genre humain », « il est donc de notre devoir de faire en sorte que ses fruits arrivent à tous, et pas seulement à quelques-uns ». Et pour cela, l’autorité politique doit réguler l’exercice légitime du droit de propriété. Car les propriétés et l’argent sont « des instruments qui peuvent servir à la mission », « mais nous les transformons facilement en fins, individuelles ou collectives », et ce faisant, « on porte atteinte aux valeurs humaines essentielles », « l’homo sapiens se déforme et devient une espèce d’homo œconomicus – dans le mauvais sens du terme – individualiste, calculateur et dominateur. », a continué François. L’être humain oublie alors qu’il a été créé à l’image de Dieu.

Ainsi, « quand l’obsession de posséder et de dominer exclut des millions de personnes des biens primaires ; quand l’inégalité économique et technologique est telle qu’elle déchire le tissu social ; et quand la dépendance vis-à-vis d’un progrès matériel illimité menace la maison commune, alors nous ne pouvons pas rester impassibles. Non, cela est désolant. » Le Souverain Pontife a donc invité chacun à agir ensemble, « L’espérance chrétienne, enracinée en Dieu, est notre ancre. »

Les premières communautés chrétiennes qui ont vécu des périodes difficiles l’avaient elles bien compris et avaient mis tout leurs bien en commun. « Puissent les communautés chrétiennes du XXIe siècle retrouver cette réalité ». En conclusion, a estimé François, « Si nous prenons soin des biens que le Créateur nous donne, si nous mettons en commun ce que nous possédons de façon à ce que personne ne manque de rien, alors nous pourrons véritablement inspirer l’espérance pour faire renaître un monde plus sain et plus équitable. »

(Avec V. N.)

Dimanche 23 Août 2020

En ce 21ème dimanche de temps ordinaire, le Pape a commenté l’Évangile selon Saint Mathieu : la profession de foi de Simon, à qui le Christ donne le nom de Pierre. Le Saint-Père invite chacun à se demander « qui est le Christ » pour lui, s’il est le centre de sa vie et de ses engagements. Le Pape rappelle que la charité, « principal chemin vers la perfection de la foi », nécessite que l’on regarde l’autre avec les yeux mêmes de Jésus.

Depuis la fenêtre des appartements pontificaux, le Pape demande aux baptisés de répondre à leur tour à la question que Jésus posa à ses disciples il y a deux mille ans : « Pour vous, qui suis-je ? ». Ce dimanche, le Pape a en effet commenté l’Évangile selon saint Mathieu qui présente le moment où Pierre professe sa foi en Jésus comme Messie et Fils de Dieu. Une confession « provoquée par Jésus lui-même », explique François car, au terme d’« un parcours d’éducation de leur foi », le Christ « veut amener ses disciples à faire le pas décisif dans leur relation avec lui ».

Entouré de ses disciples, dans la région de Césarée-de-Philippe, Jésus commence par une première question « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » ; une question posée dans « la perspective de la foi et non des ragots », précise François. Les réponses fusent, pour le Pape « les disciples semblent rivaliser pour rapporter les différentes opinions, qu’ils partageaient peut-être eux-mêmes dans une large mesure ». En substance, Jésus de Nazareth était considéré comme un prophète.

Puis vient une seconde question, qui vient toucher les disciples au plus profond d’eux-mêmes : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Un temps de silence semble perceptible, note le Pape, chacun est en effet appelé à « se mettre en jeu », en expliquant pourquoi personnellement il suit le Christ. « Une certaine hésitation est ainsi plus que légitime » estime François.

Simon les libère de leur embarras en répondant « avec élan » : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ». Cette réponse « si pleine et lumineuse, nous dit François, ne vient pas de son impulsion, aussi généreuse soit-elle, mais est le fruit d’une grâce spéciale du Père céleste ». Jésus y voit d’ailleurs lui-même l’inspiration de la grâce : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ».

Après la profession de de foi de Simon, le Christ déclare d’un ton solennel : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ». Il fait ainsi comprendre à Simon le sens du nouveau nom qu’il lui a donné « Pierre ». « La foi qu’il vient de manifester est la "pierre" inébranlable sur laquelle le Fils de Dieu veut construire son Église, c’est-à-dire sa Communauté » explique le Pape François. Encore aujourd’hui, poursuit-il, l’Église va de l’avant en s’appuyant sur la foi de Pierre que Jésus reconnait comme le chef de son Église.

Aujourd’hui, le Saint-Père souhaite que chacun entende la question de Jésus « Pour vous, qui suis-je ? » et il ne s’agit pas de donner une « réponse théorique » qui s’appuie sur ce qu’on a appris ou de la culture, mais qui « engage sa foi ». Pour le Pape, « elle nécessite que l’on écoute intérieurement la voix du Père et que l’on soit en harmonie avec ce que l’Église, rassemblée autour de Pierre, continue de proclamer ». Il faut comprendre, poursuit-il, « qui est le Christ pour nous, s’il est le centre de notre vie et le but de notre engagement dans l’Église et dans la société ». C’est une question à laquelle, il faut répondre chaque jour, rappelle François.

Le Pape rappelle enfin que parce que « la charité est le principal chemin vers la perfection », il est « indispensable et louable » que la pastorale des communautés soit ouverte aux situations de pauvreté et d’urgence qui sont nombreuses. Il juge cependant nécessaire de rappeler que les œuvres de solidarité « ne nous détournent pas du contact avec le Seigneur ».

« La charité chrétienne n’est pas une simple philanthropie mais, d’une part, c’est regarder l’autre avec les yeux mêmes de Jésus et, d’autre part, c’est voir Jésus dans le visage des pauvres », clame François qui prie la Vierge Marie afin qu’elle soit pour tous un guide et un modèle dans le cheminement de la foi en Christ, « qu’elle nous fasse prendre conscience que la confiance en Lui donne tout son sens à notre charité et à toute notre existence » conclut-il.

(Avec V. N.)

Mercredi 19 août 2020

Le Pape a poursuivi son cycle de catéchèses sur la manière dont les chrétiens sont appelés à réagir à la pandémie. « Qu’il serait triste si, avec le vaccin pour le Covid-19, on donnait la priorité aux plus riches ! » Alors qu’une course au vaccin est en cours, François appelle à trouver un traitement à la Covid-19 mais également au « grand virus, celui de l’injustice sociale » pour construire une économie où les personnes, et surtout les pauvres, sont au centre.

« Si le virus ne fait pas d’exception entre les personnes, il a trouvé, sur son chemin dévastateur, de grandes inégalités et discriminations. Et il les a accrues ! » a d’emblée regretté le Pape, qui est revenu ce matin sur la situation particulière des pauvres en ces temps de pandémie.

Le pape François propose donc une double réponse à la crise sanitaire actuelle. S’il juge « indispensable » de trouver un traitement au virus « petit mais terrible, qui met à genoux le monde entier », il estime également nécessaire de « soigner un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité d’opportunités, de la marginalisation et du manque de protection des plus faibles ».

Pour l’Église, un choix ne peut manquer, celui de l’option préférentielle pour les pauvres. Il ne s’agit pas d’un choix politique, ni idéologique, précise le Pape. « Le Christ lui-même, qui est Dieu, s’est dépouillé, se rendant semblable aux hommes ; et il n’a pas choisi une vie de privilège, mais la condition de serviteur » a rappelé François. Parce que le Christ était parmi les malades, les pauvres et les exclus, en leur manifestant l’amour miséricordieux de Dieu, les fidèles de Jésus se reconnaissent par leur proximité aux pauvres, un « critère-clé d’authenticité chrétienne ». La foi, l’espérance et l’amour nous poussent nécessairement vers cette préférence pour les plus nécessiteux.

Le Pape souligne que cet amour préférentiel pour les pauvres n’est « un devoir pour une poignée de personnes » contrairement à ce que certains pensent, mais la mission de toute l’Eglise. Et cela va au-delà de l’assistance : cela implique de marcher ensemble, « de se laisser évangéliser par eux, qui connaissent bien le Christ souffrant » pour « s’enrichir réciproquement ». Le Pape appelle les fidèles « s’il existe des structures sociales malades qui les empêchent de rêver à l’avenir », d’œuvrer ensemble pour les guérir, pour les changer : c’est à cela que conduit l’amour du Christ.

Alors que les conséquences sociales de la pandémie sont une préoccupation pour tous, le Pape estime qu’un retour à la normalité « ne devrait pas inclure les injustices sociales et la dégradation de l’environnement ».

La pandémie est une crise, et d’une crise, on sort ou meilleurs ou pires, prévient François. Il estime que cette période est propice à la construction de quelque chose de différent. « Par exemple, nous pouvons développer une économie de développement intégral des pauvres, et non d’assistanat », explique François qui précise qu’il ne condamne nullement ici l’aide apportée par des structures et des volontaires. Le Pape plaide pour la création de postes de travail dignes, qui ne soient pas dissociés de l’économie réelle et sans nuisance pour la maison commune.

Le Pape souhaite que l’option préférentielle pour les pauvres, « cette exigence éthique et sociale qui provient de l’amour de Dieu », donne « l’élan de penser et de concevoir une économie où les personnes, et surtout les pauvres, sont au centre ».

Alors que la course au vaccin anti-Covid est en cours, le Pape appelle à privilégier ceux qui en ont le plus besoin. « Qu’il serait triste si, avec le vaccin pour le Covid-19, on donnait la priorité aux plus riches ! Et quel scandale cela serait si toute l’assistance économique que nous observons – dont la majorité est issue de l’argent public – était concentrée à sauver les industries qui ne contribuent pas à l’inclusion des exclus, à la promotion des derniers, au bien commun ou à la sauvegarde de la création », s’exclame-t-il.

Le Pape propose d’agir pour guérir les épidémies provoquées par de petits virus invisibles et pour guérir celles provoquées par les grandes et invisibles injustices sociales, et que cela soit fait « à partir de l’amour de Dieu, en plaçant les périphéries au centre et les derniers à la première place ». À partir de cet amour, ancré à l’espérance et fondé dans la foi, un monde plus sain sera possible, conclut-il.

« Que le Seigneur nous aide et nous donne la force de sortir meilleurs (de la crise), en répondant aux besoins du monde d’aujourd’hui ».

(Avec V. N.)

(Avec V. N.)

Dimanche 16 août 2020

Lors du commentaire de l’Évangile de ce jour, avant de réciter la prière de l’angélus, place Saint-Pierre, le Pape François a expliqué que si nous nous présentons au Seigneur dans notre pauvreté, Il ne pourra qu’accueillir notre prière. Il n’y a aucune barrière pour une foi humble et inconditionnelle.

L’Évangile de ce dimanche, selon saint Mathieu, raconte la rencontre entre Jésus, ses disciples et une Cananéenne. Cette femme vient implorer Jésus pour sa fille malade : « prends pitié de moi, Seigneur » (Mt 15,22). « C’est le cri qui nait d’une vie marquée par la souffrance, par le sentiment de l’impuissance d’une maman qui voit sa fille tourmentée par le mal ». Pourtant, Jésus l’ignore au début mais la femme insiste. À ses disciples, il dit qu’il n’est venu que pour les « brebis perdues de la maison d’Israël ».

Il finit même par dire à la Cananéenne qu’« il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Ce à quoi elle répond : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » « Par ces mots, cette mère montre qu’elle a eu l’intuition que la bonté de Dieu le Très Haut, présent en Jésus, est ouverte à toute nécessité de ses créatures » explique François. Jésus en est frappé et finit par dire : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! ».

« La grande foi est celle qui porte sa propre histoire, marqué aussi par les blessures, aux pieds du Seigneur en lui demandant de la guérir, de lui donner un sens » précise alors le Pape. Cette histoire, elle n’est pas toujours « propre », elle comporte « beaucoup de douleurs », « de problèmes » et « de péchés ». Inutile de la cacher, « nous devons la porter devant le Seigneur » et lui dire : « Seigneur, si tu veux, tu peux me guérir », affirme François.

Cette Cananéenne, une païenne, nous enseigne ainsi « le courage de porter sa propre histoire de douleur devant Dieu, devant Jésus pour toucher la tendresse de Dieu et de Jésus ». Le Pape invite alors tout le monde à penser à sa propre histoire, et à frapper à la porte du cœur de Jésus.

« Nous, nous pourrons le faire si nous avons toujours avec nous le visage de Jésus, si nous comprenons comment est le cœur de Jésus : un cœur qui a de la compassion, qui porte en lui nos douleurs, nos péchés, nos erreurs, nos échecs », un cœur qui nous aime comme nous sommes, « sans artifices ».

C’est pourquoi il est « nécessaire de comprendre Jésus, d’être familier avec Jésus ». D’où ce conseil que le Pape a renouvelé, comme il l’a fait à de nombreuses reprises : porter sur soi un petit Évangile de poche et le lire au moins une fois par jour.

Après la récitation de la prière de l’angélus, le Pape François a exprimé de nouveau sa préoccupation pour le Liban et a évoqué la Biélorussie. Il y a appelé au respect de la justice et du droit et condamné la violence de ces derniers jours.

« Je continue de prier pour le Liban et pour les autres situations dramatiques dans le monde qui causent des souffrances aux gens ». Après avoir récité la prière de l’angélus, ce dimanche 16 août, le Pape a évoqué comme la semaine dernière le Liban qui doit faire face aux conséquences de l’explosion dévastatrice survenue le 4 août dernier dans le port de Beyrouth. François avait déjà exprimé sa douleur et sa proximité dès le lendemain de la catastrophe et tout au long de la semaine. Alors que la crise politique et sociale qui secoue le pays s’amplifie, le Saint-Père fait part ainsi de sa proximité avec les Libanais.

Autre pays au cœur des préoccupations du Pape François : la Biélorussie. « Je suis avec attention la situation post-électorale dans ce pays et je lance un appel au dialogue, au refus de la violence et pour le respect la justice et le droit » a-t-il déclaré. « Je confie tous les Biélorusses à la protection de la Vierge, reine de la paix ».

Le Pape s’exprime alors que les évêques catholiques du pays ont adressé ce matin dans toutes les églises un message appelant les autorités à cesser la violente répression contre les manifestants qui contestent la réélection du président Alexandre Loukachenko.

Dans ses autres saluts, le Pape a salué des religieux brésiliens présents sur la place Saint-Pierre alors que l’Église du Brésil célèbre la première semaine nationale de la vie consacrée. En ce temps de vacances, François a rappelé que ces journées de congés « peuvent être un temps pour ressourcer le corps, mais aussi l’esprit via des moments de prière, le silence et le contact apaisant avec la beauté de la nature, don de Dieu ».

Mais attention à ne pas oublier les problèmes liés à la pandémie de Covid-19 a mis en garde le Saint-Père. « Beaucoup de familles qui n’ont pas de travail, qui l’ont perdu et n’ont pas à manger : que notre pause estivale soit aussi accompagnée par la charité et par la proximité avec ces familles ».

(Avec V. N.)

Samedi 15 Août 2020

la solennité de l’Assomption que l’Église célèbre aujourd’hui nous montre que nous sommes « précieux aux yeux de Dieu », destinés à la Résurrection, a affirmé le Pape juste avant de réciter la prière de l’Angélus. À l’exemple de Marie qui magnifie le Seigneur, « souvenons-nous de louer Dieu pour les grandes choses qu’il a faites ».

« Lorsque l’homme a posé le pied sur la lune, une phrase est devenue célèbre : “C’est un petit pas pour un homme, un bond de géant pour l’humanité” », rappelle le Saint-Père ; mais en réalité, dans l’Assomption de Marie, l’Église célèbre une « conquête infiniment plus grande ». Car voici que la Mère de Dieu entre au Paradis, corps et âme. « Ce petit pas de la Vierge de Nazareth a été le grand saut en avant de l’humanité ». Voir l’une des leurs, une créature de Dieu, vivre au Ciel avec son corps est une source d’espérance pour les croyants : « nous comprenons que nous sommes précieux, destinés à ressusciter », car « Dieu ne laissera pas nos corps s’évaporer dans les airs. Avec Dieu, rien ne sera perdu ! » Avec Marie, l’objectif est atteint et nous avons sous les yeux la raison pour laquelle nous marchons sur cette terre : « non pour conquérir les choses d’ici-bas, qui disparaissent, mais la patrie là-haut, qui est pour toujours », sous le regard de la Madone, l’étoile qui montre la voie.

En ce jour de grâce, le Vierge Marie conseille de « magnifier le Seigneur » (Lc 1, 46). « Habitués à entendre ces mots, nous ne prêtons peut-être plus attention à leur signification », fait remarquer le Pape. Magnifier signifie littéralement « agrandir ». Marie « grandit le Seigneur et non les problèmes », qui pourtant ne manquaient pas pour elle. « Combien de fois, au contraire, nous nous sommes laissés submerger par les difficultés et absorber par les peurs ! Ce n’est pas le cas de la Vierge, car elle considère Dieu comme la première grandeur de la vie. De là jaillit le Magnificat, de là naît la joie : non pas de l’absence de problèmes, qui tôt ou tard arrivent, mais de la présence de Dieu. Parce que Dieu est grand. Et il se tourne vers les petits ».

La jeune fille de Nazareth exalte le Seigneur pour sa miséricorde, pour les « grandes choses » qu’il accomplit pour les plus humbles, c’est-à-dire « ceux qui ne se croient pas grands mais qui donnent à Dieu une grande place dans la vie ».

Et le Pape de s’interroger : « et nous, nous souvenons-nous de louer Dieu ? Le remercions-nous pour les grandes choses qu’il fait pour nous ? Pour chaque jour qu’il nous donne, parce qu’il nous aime toujours et nous pardonne, pour sa tendresse ? »

En oubliant de rendre grâce pour le bien, « notre cœur se rétrécit », avertit encore le Pape François. Si au contraire, nous nous mettons à l’école de Marie, si nous louons Dieu pour ses bienfaits, alors « nous faisons un grand pas en avant, le cœur va s’élargir et la joie augmenter ». En ce jour de solennité, le Pape invite donc les fidèles à se tourner vers leur mère du Ciel, à lui demander la grâce de commencer chaque jour en tournant son regard vers Dieu pour lui dire « merci ».

Au terme de l’Angélus, le Pape a salué tous ceux qui sont en vacances, et tous ceux qui n’ont pas la possibilité d’en prendre, « spécialement les malades, les personnes seules, et ceux qui assurent les services indispensables à la collectivité ».

L’évêque de Rome a également enjoint les habitants de la Ville éternelle à se rendre aujourd’hui à la basilique de Sainte-Marie-Majeure, pour prier devant l’icône de la "Salus Populi Romani".

(Avec V. N.)

Mercredi 12 août 2020

En ce jour d’audience générale, le Pape François a poursuivi le cycle de catéchèse qu’il a initié la semaine dernière sur les conséquences de la pandémie de coronavirus et la manière dont les chrétiens sont appelés à réagir.

À rebours d’une culture individualiste qui considère la personne comme un objet de consommation, le croyant est invité à porter un regard d’amour sur son prochain, à avoir une conscience renouvelée de sa « dignité inaliénable », fondement de toute vie sociale.

« La pandémie a mis en évidence combien nous sommes tous vulnérables et interconnectés. Si nous ne prenons pas soin les uns des autres, à partir des derniers, de ceux qui sont le plus frappés, y compris la création, nous ne pouvons pas guérir le monde », a affirmé le Pape en guise de préambule.

Si cette crise sanitaire a donné lieu à d’édifiants exemples de dévouement et d’abnégation, elle a aussi mis en lumière « de plus amples pathologies sociales », dont l’une est une « vision déformée de la personne, un regard qui ignore sa dignité et son caractère relationnel », observe le Pape. C’est précisément ce « type de regard aveugle » qui entretient une « culture du rebut individualiste et agressive », laquelle perçoit l’être humain comme « un bien de consommation ».

Or la foi nous enseigne que Dieu nous a créés à son image, nous conférant une dignité unique, et nous invitant à vivre en communion et en harmonie avec lui et avec nos frères, dans le respect de la création (1 Gn 27).

Ainsi donc le chrétien, à la suite du Christ, doit porter sur son prochain, non un regard individualiste, mais un regard d’amour et d’attention. « En tant que disciples de Jésus, nous ne voulons pas être indifférents, ni individualistes ». En effet, « l’harmonie créée par Dieu nous demande de regarder les autres, leurs besoins, leurs problèmes ». « Nous voulons reconnaître en chaque personne, quelles que soient sa race, sa langue ou sa condition, la dignité humaine ».

Cette dignité inaliénable, puisque créée à l’image même de Dieu, est « le fondement de toute vie sociale et en détermine tous les principes d’action ». La référence moderne la plus proche de ce principe est la Déclaration universelle des Droits de l’Homme « que saint Jean-Paul II a définie comme une “pierre milliaire placée sur le chemin long et difficile du genre humain” (Discours à l’assemblée générale des Nations unies, 2 octobre 1979, n. 7) », rappelle le Pape François pour qui conscience renouvelée de la dignité de tout être humain a de sérieuses implications sociales, économiques et politiques.

Considérer le prochain comme un don reçu de l’amour du Père, comme un frère et non plus comme un étranger, nous porte à « la compassion et à l’empathie, et non au mépris et à l’inimitié ». Contempler le monde à la lumière de la foi nous engage à chercher, « avec enthousiasme et moyennant la grâce, à résoudre les drames de l’histoire, en mettant les dons que Dieu nous a faits au service de l’humanité et de la création ».

« Alors que nous travaillons au traitement d’un virus qui frappe tout le monde de façon indistincte, ajoute le Saint-Père, la foi nous exhorte à nous engager sérieusement et activement pour lutter contre l’indifférence face aux violations de la dignité humaine ; la foi exige toujours de nous laisser guérir et convertir de notre individualisme, tant personnel que collectif ».

Et de conclure en priant le Seigneur de « nous rendre la vue » pour redécouvrir ce que signifie être membres de la famille humaine. « Puisse ce regard se traduire en actions concrètes de compassion et de respect pour chaque personne et de soin et de sauvegarde pour notre maison commune ».

(Avec V. N.)

Dimanche 9 Août 2020

Avant la prière de l’Angélus, le Pape François a invité à la confiance en Dieu, dans tous les moments de notre vie en commentant l’Évangile de ce dimanche depuis la fenêtre du Palais apostolique .Quand soufflent les vents contraires, le Seigneur ressuscité demeure présent et donne la force de témoigner, y compris jusqu’au martyre.

« Une belle prière » : c’est ainsi que le Pape François a décrit ce dimanche le cri lancé par Pierre, terrassé par la peur alors qu’il s’enfonce dans des eaux sur lesquelles Jésus parvient à marcher. « Seigneur, sauve-moi ! » (Mt 14,30), lance le disciple à son Maître.
Jésus, aussitôt, lui tend la main, car Il est « la main du Père qui ne nous abandonne jamais, la main forte et fidèle du Père, qui veut toujours notre bien », a souligné le Souverain Pontife.

Aussi, nous ne devons pas « avoir honte » de faire nôtre la prière de saint Pierre, « quand nous sentons fortement le doute et la peur, et que nous avons l’impression de couler, dans les moments difficiles de la ve, où tout devient obscur ». L’ensemble de la péricope évangélique est, comme cet échange entre Jésus et Pierre, « une invitation à nous abandonner avec confiance à Dieu à chaque moment de notre vie ».

Dans les moments les plus houleux, a poursuivi le Pape, avoir la foi signifie « garder son cœur tourné vers Dieu, vers son amour, sa tendresse de Père ». Jésus, face à son disciple en détresse comme face à chacun d’entre nous, sait bien que notre chemin peut être « bloqué par des forces adverses ». Mais Lui, le Ressuscité, « a traversé la mort pour nous sauver ». Il est toujours présent à nos côtés, et lorsqu’Il nous relève de nos chutes, « Il nous fait grandir dans la foi ».

Le Saint-Père a enfin évoqué la barque en proie à la tempête, « image de l’Église, qui a chaque époque rencontre des vents contraires, parfois des épreuves très difficiles », comme les persécutions, « et aujourd’hui encore, à certains endroits ». On peut alors être tenté de croire que Dieu « l’a abandonnée ». Au contraire, a expliqué le Pape, « c’est justement dans ces moments que resplendit encore davantage le témoignage de la foi, le témoignage de l’amour, le témoignage de l’espérance ». Aux membres de son Église, Jésus ressuscité « donne la grâce du témoignage jusqu’au martyr, duquel germent de nouveaux chrétiens et des fruits de réconciliation et de paix pour le monde entier ».

« Ces jours-ci, ma pensée retourne souvent au Liban », a assuré le Pape François après la prière de l’Angélus. Le bilan de la double explosion survenue mardi dans le port de Beyrouth s’élève désormais à près de 160 morts et plus de 6000 blessés. « La catastrophe de mardi dernier nous appelle tous, à commencer par les Libanais, à collaborer pour le bien commun de ce pays bien-aimé », a expliqué François, en saluant chaleureusement un groupe de Libanais présents sur la Place Saint-Pierre et dont il avait reconnu le drapeau.

« Le Liban a une identité particulière, fruit de la rencontre de différentes cultures, qui a émergé au fil du temps comme un modèle du vivre ensemble », a insisté l’évêque de Rome. « Bien sûr, cette coexistence est maintenant très fragile, mais je prie pour qu’avec l’aide de Dieu et la participation loyale de tous, elle puisse renaître libre et forte. J’invite l’Église au Liban à être proche du peuple dans son Calvaire, comme elle est en train de le faire ces jours-ci, avec solidarité et compassion, avec le cœur et les mains ouvertes au partage. »

Le Pape François a également une nouvelle fois appelé à une « aide généreuse de la part de la communauté internationale ». « Vierge de Harissa, Reine du Liban, prie pour nous ! », a-t-il exhorté. « Et je demande aux évêques du Liban, aux prêtres, aux religieux, de se faire proches de la population et de vivre dans un esprit empreint de pauvreté évangélique, sans luxe, parce que votre peuple souffre, et il souffre beaucoup », a ajouté François, avec gravité et fermeté.

Cet appel a été lancé dans une contexte particulièrement douloureux pour le Pays du Cèdre. Déjà confronté à un effondrement économique et à un enlisement politique qui provoquent la colère de la population, le Liban a vécu l’un des plus graves traumatismes collectifs de son histoire avec la double explosion de mardi. Au très lourd bilan des morts et des blessés s’ajoute la précarité des 300 000 personnes sans-abri, qui rencontrent déjà des problèmes d’approvisionnement alimentaire, de sécurité en raison des risques de pillage et d’effondrement des immeubles fragilisés, sans oublier les risques sanitaires liés à la pandémie de Covid-19. Pour une grande partie de la population libanaise, ces explosions, dont l’origine accidentelle ou non fait encore débat, symbolisent l’effondrement d’un État incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens. Le stockage de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium dans une zone habitée est considéré comme le signe, au mieux, d’une négligence criminelle, ou serait même la preuve d’une intention terroriste.

Le mouvement de contestation à l’encontre du gouvernement, amorcé à l’automne 2019 et mis en sourdine par la pandémie de Covid-19 et la crise économique, a été réactivé ce samedi après-midi avec un rassemblement convoqué sur les réseaux sociaux et intitulé « le jour du jugement ». D’importantes manifestations ont secoué le pays, et des ministères ont été pris d’assaut par la foule, notamment le ministère des affaires étrangères, rebaptisé quelques instants « Quartier général de la Révolution » avant une reprise en mains par les forces de l’ordre. Plus d’une centaine de personnes ont été blessées dans les heurts et un policier a perdu la vie.

Pour tenter de désamorcer la tension, le Premier ministre Hassan Diab a proposé l’organisation d’élections anticipées, mais beaucoup de Libanais demeurent sceptiques et pointent plutôt l’urgence d’une réforme de la Constitution afin de sortir des logiques confessionnelles et claniques qui biaisent les résultats électoraux. Au Liban, la répartition des postes au Parlement et au gouvernement est en effet plus liée à des appartenances communautaires qu’à des compétences établies sur les dossiers à traiter. Le Patriarche maronite, le cardinal Bechara Raï, a appelé à la démission du gouvernement et du Parlement.

Une conférence en ligne, organisée à l’initiative de la France et de l’ONU, se tient ce dimanche à partir de 14h (heure de Paris). Elle doit marquer le début d’une « démarche d’urgence et d’espoir pour l’avenir » du pays, a indiqué samedi la présidence française. Premier dirigeant à se rendre dans la capitale libanaise après l’explosion meurtrière, le président français Emmanuel Macron a promis jeudi à Beyrouth une aide rapide et massive de la communauté internationale. Il a obtenu le soutien, entre autres, du président américain Donald Trump.

Outre les États et les institutions internationales, de très nombreuses associations et communautés se mobilisent également, notamment L’Œuvre d’Orient qui a lancé une collecte sous le nom Urgence Beyrouth. La diaspora libanaise dans le monde et les réseaux de soutien aux Églises orientales ont activé leurs réseaux pour secourir la population, afin notamment de réhabiliter les hôpitaux, dont beaucoup ont été endommagés lors de la catastrophe de mardi et ont subi des pertes parmi les personnels et les patients, tout en accueillant les blessés par centaines. La remise en état des écoles, si possible avant la rentrée scolaire, fait aussi partie des défis prioritaires à relever afin de redonner un espoir et un avenir à la jeunesse libanaise.

(Avec V. N.)

Mercredi 5 Août 2020

Pour la reprise des audiences générales après la pause du mois de juillet, toujours depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a lancé c un cycle sur les conséquences de la pandémie de coronavirus et la façon dont les chrétiens doivent réagir.

En partant de l’extrait de l’Évangile de Marc sur la guérison du paralytique, la Pape François a expliqué que la guérison que Jésus apporte ne vise pas seulement à guérir un mal physique, mais la personne tout entière.

« La pandémie continue à provoquer des blessures profondes, en dévoilant nos vulnérabilités », a évoqué les dégâts provoqués directement et indirectement par la pandémie dans de nombreux pays du monde, notamment pour les plus pauvres.

Dans ce contexte difficile, « nous devons garder notre regard solidement fixé sur Jésus et avec cette foi embrasser l’espérance du Royaume de Dieu que Jésus lui-même nous apporte ». Son « Royaume de justice et de paix » se manifeste aux personnes « à travers des œuvres de charité, qui à leur tour accroissent l’espérance et renforcent la foi », a expliqué le Pape en s’appuyant sur saint Paul. « Dans la tradition chrétienne, foi, espérance et charité sont bien davantage que des sentiments ou des attitudes. Ce sont des vertus qui nous sont communiquées par la grâce de l’Esprit Saint : des dons qui nous guérissent et qui nous rendent guérisseurs, des dons qui nous ouvrent à des horizons nouveaux, même quand nous naviguons dans les eaux difficiles de notre temps ».

C’est donc avec un esprit créatif et renouvelé que « nous serons en mesure de transformer les racines de nos maladies physiques, spirituelles et sociales. Nous pourrons guérir en profondeur les structures injustes et les pratiques destructrices qui nous séparent les uns des autres, menaçant la famille humaine et notre planète », a expliqué le Pape.

« Le ministère de Jésus offre de nombreux exemples de guérison, a rappelé le Pape. Quand il guérit ceux qui sont atteints par la fièvre, par la lèpre, par la paralysie ; quand il redonne la vue, la parole ou l’ouïe, en réalité il ne guérit pas seulement un mal physique, mais la personne tout entière. De cette manière, il la ramène également à la communauté, il la libère de son isolement. »

Le récit de la guérison du paralytique rejoint cette dynamique de guérison, avec la complicité des quatre hommes qui apportent leur ami paralytique auprès de Jésus. « L’action de Jésus est une réponse directe à la foi de ces personnes, à l’espérance qu’elles reposent en Lui, à l’amour qu’elles démontrent avoir les unes pour les autres. Jésus guérit donc, mais il ne guérit pas seulement la paralysie : il pardonne les péchés, il renouvelle la vie du paralytique et de ses amis. » Il s’agit donc d’une « guérison physique et spirituelle, fruit d’une rencontre personnelle et sociale ».
La doctrine sociale de l’Église doit nous inspirer

« L’Église, bien qu’elle administre la grâce du Christ qui guérit à travers les sacrements, et bien qu’elle organise des services sanitaires dans les lieux les plus reculés de la planète, n’est pas experte dans la prévention ou dans le soin de la pandémie », laissant cette responsabilité aux autorités politiques et aux professionnels de santé, a précisé le Saint-Père. Néanmoins, la doctrine sociale de l’Église apporte quelques principes fondamentaux : « la dignité de la personne, le bien commun, l’option préférentielle pour les pauvres, la destination universelle des biens, la solidarité, la subsidiarité, la sauvegarde de notre maison commune. Tous ces principes expriment, de manière différente, les vertus de la foi, de l’espérance et de l’amour », a rappelé l’évêque de Rome, invitant les dirigeants à s’en inspirer pour guérir le tissu social.

Au long des prochaines semaines, il proposera donc dans ses catéchèses du mercredi un enseignement sur les questions que la pandémie a mises en évidence, en particulier « les maladies sociales ». « Nous explorerons la manière dont notre tradition sociale catholique peut aider la famille humaine à guérir ce monde qui souffre de graves maladies. Mon désir est de réfléchir et de travailler tous ensemble, en tant que disciples de Jésus qui guérit, pour construire un monde meilleur, plein d’espérance pour les générations futures », a conclu le Pape François en reprenant les termes de son exhortation apostolique Evangelii Gaudium.

(Avec V. N.)

Dimanche 2 Août 2020

Lors de la prière de l’Angélus place Saint-Pierre, le Pape a rappelé le lien fort entre le pain eucharistique et le pain quotidien, en commentant l’Évangile de saint Matthieu et le récit de la multiplication des pains.
Depuis la fenêtre du palais apostolique qui donne sur la place Saint-Pierre, le Pape François est revenu ce dimanche sur l’Évangile de saint Matthieu qui relate la multiplication des pains et des poissons par Jésus. (MT 14, 13-21). Les foules étaient venues nombreuses l’écouter. « Les gens viennent à lui pour l’écouter et être guéris : en fait, ses paroles et ses gestes guérissent et donnent de l’espoir » a précisé François.

Le Saint-Père est revenu sur ce texte pour rappeler la puissance de Dieu à travers le miracle du Christ, une puissance qui ne se veut pas spectaculaire mais qui manifeste sa charité. Le peuple se nourrit de sa Parole, une parole donnée en abondance, a-t-il précisé.

Le Pape a également souligné que derrière ce récit évangélique en saint Matthieu, se trouve une référence évidente à l’Eucharistie, rappelant ainsi le lien étroit entre le pain eucharistique, nourriture pour la vie éternelle, et le pain quotidien, nécessaire à la vie terrestre. « Avant de s’offrir comme Pain du salut, Jésus prend soin de la nourriture de ceux qui le suivent », a-t-il souligné.

L’attitude de Jésus envers les foules, faite de compassion et de tendresse, n’est pas de la sentimentalité a précisé le Pape, mais bien une manifestation concrète d’amour, de celui qui prend soin des autres. « Ai-je vraiment de la compassion ? » a demandé le Saint-Père face aux évènements dramatiques d’aujourd’hui. François a ainsi invité « à nous approcher de la table eucharistique avec ces mêmes attitudes : compassion pour les besoins des autres, confiance dans l’amour providentiel du Père et partage courageux ».

Découvrez dans son intégralité le texte de la catéchèse du Pape :

Chers frères et sœurs,

L’Évangile de ce dimanche nous présente le prodige de la multiplication des pains (cf. Mt 14, 13-21). La scène se déroule dans un lieu désert, où Jésus s’était retiré avec ses disciples. Mais les gens viennent à lui pour l’écouter et être guéris : en fait, ses paroles et ses gestes guérissent et donnent de l’espoir. Au coucher du soleil, la foule est encore là et les disciples, des hommes pratiques, invitent Jésus à leur faire ses adieux pour qu’ils puissent aller chercher de la nourriture. Mais il répond : "Vous leur donnez vous-mêmes de la nourriture" (v. 16). Imaginons les visages des disciples ! Jésus sait très bien ce qu’il va faire, mais il veut changer leur attitude : ne dites pas "laissez-les passer", mais "qu’est-ce que la Providence nous offre à partager ? Jésus, à travers cette situation, veut éduquer ses amis d’hier et d’aujourd’hui à la logique de Dieu : la logique de l’affrontement avec l’autre.

Dès qu’un des Douze dit, avec réalisme : "Ici, nous n’avons que cinq pains et deux poissons", Jésus répond : "Apportez-les-moi ici". (vv. 17-18). Il prend cette nourriture dans ses mains, lève les yeux au ciel, récite la bénédiction et commence à rompre et à donner les portions aux disciples pour qu’ils les distribuent. Et ces pains et ces poissons ne s’épuisent pas, ils sont suffisants et ils suffisent à des milliers de personnes.

Par ce geste, Jésus manifeste sa puissance, non pas de manière spectaculaire, mais en signe de charité, de la générosité de Dieu le Père envers ses enfants fatigués et dans le besoin. Il est immergé dans la vie de son peuple, il comprend sa lassitude et ses limites, mais il ne laisse personne se perdre ou se perdre : il se nourrit de sa Parole et donne de la nourriture en abondance pour se nourrir.

Dans ce récit évangélique, la référence à l’Eucharistie est évidente, surtout lorsqu’elle décrit la bénédiction, la fraction du pain, la remise aux disciples, la distribution au peuple (v. 19). Il convient de noter combien le lien entre le pain eucharistique, nourriture pour la vie éternelle, et le pain quotidien, nécessaire à la vie terrestre, est étroit. Avant de s’offrir comme Pain du salut, Jésus prend soin de la nourriture de ceux qui le suivent et qui, pour être avec lui, ont oublié de faire des provisions. Parfois, l’esprit et la matière sont mis en contraste, mais en réalité, le spiritualisme, comme le matérialisme, est étranger à la Bible.

Jésus nous a appris à demander le pain quotidien tous les jours : il n’y a pas d’opposition entre le pain nécessaire pour vivre et le pain qu’est l’Eucharistie. Au contraire, le contraste apparaît si nous nous approchons du sacrement en oubliant nos frères et sœurs qui manquent du nécessaire. La compassion, la tendresse que Jésus a manifestée envers les foules n’est pas de la sentimentalité, mais la manifestation concrète de l’amour qui prend soin des besoins des gens. Nous sommes appelés à nous approcher de la table eucharistique avec ces mêmes attitudes de Jésus : compassion pour les besoins des autres, confiance dans l’amour providentiel du Père et partage courageux.

Que Marie Très Sainte nous aide à suivre le chemin que le Seigneur nous montre dans l’Évangile d’aujourd’hui. C’est le voyage de la fraternité, qui est essentiel pour faire face à la pauvreté et à la souffrance de ce monde, et qui nous projette au-delà du monde lui-même, car c’est un voyage qui commence avec Dieu et qui revient à Dieu.

Deux jours après l’attaque qui a visé la cathédrale de Managua, capitale du Nicaragua, le Pape François a tenu ce dimanche à réaffirmer sa proximité spirituelle avec les Nicaraguayens, catholiques en particulier, après avoir récité la prière de l’Angélus.

« Je pense au peuple du Nicaragua qui souffre de l’attaque de la cathédrale de Managua, où l’image très vénérée du Christ qui a accompagné et soutenu la vie des fidèles au cours des siècles a été fortement endommagée - presque détruite. Chers frères Nicaraguayens, je suis proche de vous et je prie pour vous ».

Vendredi, un homme portant une capuche avait jeté une bombe incendiaire dans la chapelle du "Sang du Christ", située dans la cathédrale, brûlant presque totalement le crucifix qui y est vénéré depuis près de 4 siècles. Un acte qui a provoqué douleur et stupeur dans la communauté catholique locale.

(V. N.)

Dimanche 26 Juillet 2020

Devant les pèlerins réunis sur la place Saint-Pierre pour la prière de l’Angélus, le Pape François a repris l’Evangile de Saint Matthieu où Jésus s’adressant aux foules leur explique ce qu’est le Royaume des Cieux. La construction du Royaume à laquelle Jésus invite requiert la grâce de Dieu mais aussi la disponibilité active de l’homme.

Pour le faire comprendre, Jésus esquisse trois paraboles : celle du trésor caché dans le champ, celle de la perle précieuse et celle du filet jeté à la mer. Le Saint-Père a choisi de s’attarder sur les deux dernières, pour en expliquer le sens, soulignant que « la réaction de celui qui trouve la perle ou le trésor est pratiquement la même : l’homme et le marchand vendent tout pour acheter ce qui leur est maintenant le plus cher ».

En s’adressant aux foules Jésus propose de nous impliquer dans la construction du Royaume des Cieux, « en présentant une caractéristique essentielle de celui-ci : ceux qui sont prêts à tout jouer pour eux-mêmes adhèrent pleinement au Royaume » a relevé le Pape. L’homme qui trouve le trésor comme le marchand de perles fines vendent tout ce qu’ils ont, abandonne leur sécurité matérielle. « On peut en déduire que la construction du Royaume requiert non seulement la grâce de Dieu mais aussi la disponibilité active de l’homme » a précisé le Pape François.

Nous sommes ainsi appelés à prendre l’attitude de ces deux personnages évangéliques a poursuivi le Saint-Père, en abandonnant « le lourd fardeau de nos certitudes mondaines qui nous empêchent de chercher et de construire le Royaume : la soif de possession, la soif de profit et de pouvoir, en ne pensant qu’à nous-mêmes. »

Le Royaume des Cieux n’est en rien bâti sur l’illusoire, « il est le contraire des choses superflues que le monde offre, il est le contraire d’une vie banale : c’est un trésor qui renouvelle la vie chaque jour et l’élargit vers des horizons plus vastes » a encore relevé le Pape. Ceux qui ont trouvé ce trésor on « un cœur créatif et chercheur, qui trace et suit de nouveaux chemins, qui nous amènent à aimer Dieu, à aimer les autres, à nous aimer vraiment nous-mêmes. »

Jésus, qui est le trésor caché, a conclu François, et la perle de grande valeur « ne peut qu’éveiller la joie, toute la joie du monde : la joie de découvrir un sens à sa vie, la joie de se sentir engagé dans l’aventure de la sainteté. »

Le Pape a ensuite lancé un appel au terme de l’Angélus :

« En mémoire des saints Joachim et Anne, les grands-parents de Jésus, je voudrais inviter les jeunes à faire un geste de tendresse envers les personnes âgées, surtout les plus seules, dans les maisons et les résidences, celles qui n’ont pas vu leurs proches depuis tant de mois. Chers jeunes, chacune de ces personnes âgées est votre grand-père ! Ne les laissez pas seuls ! », a-t-il supplié, dans le contexte dramatique de la pandémie et du confinement qui a condamné des millions de personnes âgées à une solitude qui s’est avérée mortelle pour certains, par syndrome de glissement.

François a donc exhorté les jeunes à passer des appels téléphoniques, des appels vidéo, à envoyer des messages, à les écouter et même dans le respect des règles de santé, à leur rendre visite et à les embrasser, même symboliquement et à distance. « Ce sont vos racines. Un arbre détaché de ses racines ne pousse pas, il ne donne pas de fleurs et de fruits. C’est pourquoi il est important d’être uni et connecté à ses racines. Ce que l’arbre a fleuri vient de ce qu’il a enterré, dit un poète de ma patrie. C’est pourquoi je vous invite à applaudir nos grands-parents, tous ! », a lancé François.

Le pape François, durant son pontificat, a souvent évoqué les enseignements d’une femme qui a donné une empreinte précieuse à son chemin de foi. « C’est surtout ma grand-mère, la mère de mon père, qui a marqué mon parcours de foi », avait déclaré le Souverain Pontife lors de la Vigile de la Pentecôte le 18 mai 2013.

« C’était une femme qui nous expliquait, nous parlait de Jésus, nous enseignait le Catéchisme ». « Je me souviens toujours que le Vendredi Saint, elle nous emmenait le soir à la procession des bougies et qu’à la fin de cette procession, le "Christ couché" arrivait, et que grand-mère nous faisait nous agenouiller, nous les enfants, en disant : "Regarde, il est mort, mais demain il ressuscitera". J’ai reçu la première annonce chrétienne de cette même femme, de ma grand-mère », avait alors confié le Pape argentin.

Les grands-parents sont souvent la force motrice de la transmission de la foi. « C’est un grand don pour l’Église », a souligné le Pape François lors de l’audience générale du 11 mars 2015, « la prière des grands-parents et des anciens ! La prière des anciens et des grands-parents est un cadeau pour l’Église, c’est une richesse ! C’est une grande injection de sagesse également pour l’ensemble de la société humaine : surtout pour celui qui est trop occupé, trop distrait ».

Et encore aujourd’hui, lui-même devenu octogénaire, le Pape François garde cette dévotion filiale et cet attachement à sa grand-mère. « Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial pour les jeunes. Et ils le savent. Les mots que ma grand-mère m’a donnés par écrit le jour de mon ordination sacerdotale, je les porte toujours avec moi, toujours dans mon bréviaire et je les lis souvent et cela me fait du bien. », avait-il confié lors de cette même audience.

(Avec V. N.)

Dimanche 19 juillet 2020

Lors de l’audience de l’angélus donnée place Saint-Pierre, le Pape François a livré une méditation sur la patience de Dieu, « ouvrant les cœurs à l’espérance », en s’appuyant sur la parabole du bon grain et de l’ivraie dans l’Évangile du jour (cf. Mt 13, 24-43).

Dans l’Évangile du jour (Mt 13, 24-43), nous rencontrons à nouveau Jésus, désireux de parler à la foule en paraboles du Royaume des Cieux, a d’emblée souligné le Pape, souhaitant s’attarder sur la première des paraboles, celle de l’ivraie. « Jésus raconte que dans le champ où le bon blé a été semé, l’ivraie germe aussi, un terme qui résume toutes les herbes nuisibles qui infestent le sol », a ainsi expliqué le Souverain pontife.

Les serviteurs vont alors voir le maître pour savoir d’où vient l’ivraie, et il répond : « Un ennemi a fait cela ! » (v. 28). Ils voudraient l’arracher immédiatement ; en effet, l’agriculteur doit débarrasser le champ des mauvaises herbes les plus visibles afin de permettre aux bonnes plantes de mieux pousser, a observé le Saint-Père.

Au lieu de cela, le propriétaire dit non, parce qu’il risquerait d’arracher les mauvaises herbes et le bon grain ensemble. Il faut attendre le moment de la récolte : ce n’est qu’alors qu’ils se sépareront et que l’ivraie sera brûlée.

« On peut lire dans cette parabole une vision de l’histoire », a affirmé le Successeur de Pierre. « À côté de Dieu - le maître des champs - qui sème toujours et uniquement de bonnes graines, il y a un adversaire, qui étend l’ivraie pour entraver la croissance du grain. Le maître agit ouvertement, à la lumière du soleil, et son but est une bonne récolte ; l’autre, en revanche, profite de l’obscurité de la nuit et travaille par envie, par hostilité, pour tout gâcher. L’adversaire a un nom : il est le diable, l’adversaire par excellence de Dieu », a poursuivi le Pape François.

Selon le Pape, l’intention du diable est « d’entraver l’œuvre du salut, de faire en sorte que le Royaume de Dieu soit entravé par des travailleurs injustes, semeurs de scandale ». En effet donc, la bonne graine et les conflits ne représentent pas le bien et le mal dans l’abstrait, mais nous, êtres humains, qui pouvons suivre Dieu ou le diable, a insisté le Saint-Père.

Et si l’intention des serviteurs est d’éliminer le mal d’un seul coup, c’est-à-dire les gens mauvais, le maître est plus sage, il voit plus loin : « ils doivent savoir attendre, car endurer la persécution et l’hostilité fait partie de la vocation chrétienne ».

« Le mal, bien sûr, doit être rejeté, mais les méchants sont des gens avec lesquels il faut faire preuve de patience », a recommandé le Saint-Père, précisant qu’il ne s’agissait pas de « cette tolérance hypocrite qui cache des ambiguïtés, mais d’une justice tempérée par la miséricorde ». Ainsi, l’action des disciples de Jésus doit aussi être orientée non pas pour supprimer les méchants, mais pour les sauver.

L’Évangile d’aujourd’hui présente donc deux façons d’agir et de demeurer dans l’histoire : d’une part, le regard du maître ; d’autre part, le regard des serviteurs. Les serviteurs se soucient d’un champ sans mauvaises herbes, le maître se soucie du bon grain.

« Le Seigneur nous invite à prendre son propre regard, celui qui est fixé sur le bon grain, qui sait le garder même dans les mauvaises herbes. Ceux qui cherchent les limites et les défauts des autres ne coopèrent pas bien avec Dieu, mais plutôt ceux qui savent reconnaître le bien qui pousse silencieusement dans le domaine de l’Église et de l’histoire, le cultivant jusqu’à ce qu’il mûrisse. Et alors ce sera Dieu, et Lui seul, qui récompensera les bons et punira les méchants », en a conclu le Pape François.

Après la prière de l’Angélus , le Souverain pontife argentin a appelé à un cessez-le-feu global et immédiat, après notamment la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU approuvée le 1er juillet dernier.

« À l’heure où la pandémie n’est pas près de s’arrêter, je voudrais assurer ma proximité avec ceux qui sont confrontés à la maladie et à ses conséquences économiques et sociales. Mes pensées vont surtout aux populations dont les souffrances sont aggravées par les situations de conflit. Sur la base d’une récente résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, je réitère mon appel en faveur d’un cessez-le-feu global et immédiat qui permettra d’instaurer la paix et la sécurité nécessaires pour fournir l’aide humanitaire requise », a ainsi assuré le Saint-Père, ce dimanche 19 juillet.

Lors de l’Angélus du 5 juillet dernier, le Pape appuyait déjà cette résolution onusienne adoptée mercredi 1er juillet, dans laquelle figure « la cessation générale et immédiate des hostilités dans toutes les situations inscrites à son ordre du jour » afin de lutter contre le coronavirus, et une « pause humanitaire durable » pendant au moins 90 jours consécutifs.

(Avec V. N.)

Dimanche 12 Juillet 2020

Le Pape François, avant la prière de l’angélus, a proposé une méditation sur le sens de la Parole de Dieu. En prenant appui sur l’Évangile selon saint Matthieu (13,1-23), qui relate la parabole du semeur, le Saint-Père a expliqué comment recevoir cette « semence féconde ».

Le Pape François, en ce 15ème dimanche du temps ordinaire, a rappelé que la Parole de Dieu, symbolisée par les semences, « n’est pas une Parole abstraite, mais c’est le Christ lui-même, le Verbe du Père qui s’est incarné dans le sein de Marie ». Ainsi accueillir la Parole de Dieu « signifie accueillir la personne du Christ ». Et le Saint-Père a observé les différentes façons de la recevoir, mettant en garde contre un accueil qui ne serait pas fertile.

Il y a tout d’abord le risque de la distraction, « un grand danger de notre temps ». « Assaillis par tant de bavardages, par tant d’idéologies, par les possibilités permanentes de se distraire à la maison et à l’extérieur, on peut perdre le goût du silence, du recueillement, du dialogue avec le Seigneur, au point de risquer de perdre la foi » relève le Pape.

L’enthousiasme momentané peut également représenter un écueil dans la mesure où il reste superficiel et « n’assimile pas la parole de Dieu ». Le Saint-Père l’a comparé à « un terrain pierreux » avec peu de terre où la semence germe vite mais se dessèche rapidement car elle ne prend pas racine. Ainsi, « face à la première difficulté, une souffrance, un trouble de la vie, cette foi encore faible se dissout, comme la semence qui tombe au milieu des pierres se dessèche ».

Le troisième danger mis en exergue a été celui des préoccupations mondaines, un thème que le Saint-Père développe très régulièrement depuis le début de son pontificat, et qui consisterait à accueillir la Parole de Dieu comme un terrain où poussent des buissons épineux. Tromperie de la richesse, du succès agirait alors comme des épines étouffant la Parole et la privant de fruit.

« Le bon terrain », celui qui est fertile est celui où « la semence prend et porte du fruit ». Une semence qui représente « ceux qui écoutent la Parole, l’accueillent, la conservent dans leur cœur et la mettent en pratique dans la vie de tous les jours » a souligné le Pape, en rappelant que « la parabole du semeur est un peu la “mère” de toutes les paraboles, parce qu’elle parle de l’écoute de la Parole ». Une Parole, semence féconde et efficace en elle-même que « Dieu répand partout avec générosité, sans se soucier du gaspillage ».

Personne n’est exclu, a insisté le Saint-Père, « chacun de nous est un terrain sur lequel tombe la semence de la Parole ». Tous, « si nous le voulons, nous pouvons devenir un bon terrain, défriché et cultivé avec soin, pour faire mûrir la semence de la Parole ». « Elle est déjà présente dans notre cœur », mais, a précisé le Pape, il nous revient de la faire la faire fructifier en distinguant parmi tant de voix et tant de paroles, celle du Seigneur, l’unique qui nous rend libres. Le Saint-Père a alors encouragé à « s’habituer à écouter la Parole de Dieu » invitant à avoir toujours avec soi une Bible.

(Avec V. N.)

Dimanche 5 juillet 2020

Lors de la prière de l’Angélus, le Saint-Père a livré une réflexion en trois parties sur l’évangile du jour tirée du chapitre 11 de Matthieu : tout d’abord, Jésus élève un hymne de bénédiction et d’action de grâce au Père, puis il révèle le rapport entre Lui et le Père et enfin invite à le suivre pour trouver le réconfort.

« Je suis doux et humble de cœur » : pour le 14eme dimanche du Temps ordinaire, le Saint-Père a commenté l’évangile du jour tirée du chapitre 11 de Matthieu.

En premier lieu, a expliqué le Pape, « Jésus loue le Père, parce qu’il a gardé cachés les secrets de son Royaume “aux sages et aux savants” (v. 25). Il les appelle ainsi avec une pointe d’ironie, parce qu’ils pensent l’être et que leur coeur est donc fermé. Jésus dit que les mystères de son Père sont révélés aux “tout petits”, c’est-à-dire à ceux qui s’ouvrent avec confiance à sa Parole de salut, ressentent le besoin de Lui et attendent tout de Lui. »

Ensuite, a continué le Saint-Père, Jésus a expliqué qu’il a tout reçu du Père : « Il l’appelle “mon Père”, pour affirmer l’unicité de son rapport avec Lui. En effet, ce n’est qu’entre le Fils et le Père qu’il y a une totale réciprocité : l’un connaît l’autre, l’un vit dans l’autre ».

Comme le Père qui a une préférence pour les « tout petits », Jésus s’adresse à ceux « peinent et sont opprimés », a continué François, « Il se place d’ailleurs lui-même parmi eux, parce qu’Il est “doux et humble de coeur” » (v. 29). « La vraie sagesse vient du coeur », a-t-il estimé, « ceux qui s’ouvrent avec confiance à sa Parole de salut, ressentent le besoin de Lui et attendent tout de Lui ».

« Doux et humble », Jésus est « l’Homme qui vit “de tout coeur” cette condition en pleine transparence dans l’amour du Père, c’est à dire dans l’Esprit Saint ». Jésus est ainsi « le modèle des "pauvres en esprit" et de tous les autres “bienheureux” de l’Evangile, qui accomplissent la volonté de Dieu et témoignent de son Royaume. »

Enfin, a conclu le Souverain Pontife, le « réconfort » que le Christ offre n’est pas « seulement un soulagement psychologique ou une aumône élargie, mais la joie des pauvres d’être évangélisés et d’être des constructeurs de la nouvelle humanité », « La joie que nous donne Jésus est unique ».

C’est alors un message pour tous les hommes et les femmes de bonne volonté que Jésus adresse aujourd’hui, un message « à un monde qui exalte ceux qui deviennent riches et puissants, peu importe par quels moyens, et bafouent parfois la personne humaine et sa dignité ». Ce message est également pour l’Eglise, « appelée à vivre les oeuvres de miséricorde et à évangéliser les pauvres », « le Seigneur veut que nous soyons ainsi ».

Après la prière de l’Angélus, le Souverain Pontife est revenu sur la résolution prise par les Nations unies, qui exige une cessation immédiate et mondiale des hostilités.

Mercredi 1er juillet, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution dans laquelle il exige la « cessation générale et immédiate des hostilités dans toutes les situations inscrites à son ordre du jour » afin de lutter contre le coronavirus, et une « pause humanitaire durable » pendant au moins 90 jours consécutifs.

« L’appel à un cessez-le-feu global et immédiat est louable », a déclaré le Saint-Père lors de l’Angélus, depuis la fenêtre des appartements pontificaux, avant de continuer : « Il permettrait d’assurer la paix et la sécurité indispensables pour fournir l’aide humanitaire urgente et nécessaire ».

Le Souverain Pontife a dit espérer « que cette décision sera observée efficacement et rapidement pour le bien des nombreuses personnes qui souffrent. Puisse cette résolution du Conseil de sécurité devenir un premier pas courageux vers un avenir de paix ».

(Avec V. N.)

Jeudi 2 Juillet 2020

Le Souverain Pontife a envoyé une lettre au Pape émérite après le décès de son frère, Georg Ratzinger, survenu ce mercredi 1er juillet à Ratisbonne (Bavière), à l’âge de 96 ans.

« Vous avez eu la délicatesse de m’informer en premier lieu de la nouvelle du décès de votre frère bien-aimé, Mgr Georg. Je tiens à vous renouveler l’expression de ma plus profonde sympathie et de ma proximité spirituelle en ce moment de tristesse », écrit le Saint-Père à son prédécesseur.

Le Pape émérite, 93 ans, a donc perdu le dernier membre de sa famille proche encore en vie. Il y a deux semaines, malgré son âge avancé et les fatigues du voyage, il n’avait pas hésité à se rendre en Allemagne au chevet de Georg, dont l’état de santé s’était dégradé, afin de lui faire un ultime adieu. Des liens étroits d’amitié et de confiance unissaient les deux frères, qui furent d’ailleurs ordonnés prêtres le même jour, le 29 juin 1951.

« Je vous assure de ma prière de suffrage pour le défunt, afin que le Seigneur de la vie, dans sa bonté miséricordieuse, l’introduise dans la patrie du ciel et lui accorde la récompense préparée pour les fidèles serviteurs de l’Évangile », poursuit François dans sa lettre. « Je prie aussi pour vous, Votre Sainteté, en invoquant du Père, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, le soutien de l’espérance chrétienne et la tendre consolation divine ». « Filialement et fraternellement », signe enfin le Saint-Père à l’égard du Pape émérite.

Les obsèques de Georg Ratzinger se tiendront le 8 juillet prochain à 10h en la cathédrale Saint Pierre de Ratisbonne. La cérémonie sera transmise en direct sur le site internet et la page Facebook de la cathédrale.

(Avec V. N.)

Lundi 29 juin 2020

En la solennité des Saints Pierre et Paul, colonnes de l’Église et patrons de la ville de Rome, le Saint-Père a présidé la messe en la basilique dédiée au prince des apôtres. Deux paroles-clés ont guidé l’homélie du Pape François : l’unité et la prophétie, dont Pierre et Paul ont témoigné au cours de leur vie.

Pierre, simple pécheur de Galilée, et Paul, pharisien lettré et cultivé, sont très différents, mais « se sentaient frères », liés dans une familiarité qui vient du Seigneur, Lui qui unit sans uniformiser.

Cette unité puise sa source dans la prière, comme le raconte la première lecture proposée par la liturgie (Actes 12, 1-11). Bouleversée par l’arrestation de Pierre décidée par Hérode Agrippa, l’Église de Jérusalem « craint pour sa propre vie ». Le moment est tragique, et pourtant, observe le Pape, personne ne songe à s’enfuir et à « sauver sa peau » ; au contraire, « tous prient ensemble ». C’est dans l’invocation suppliante à Dieu qu’ils trouvent le courage d’endurer l’épreuve et forgent leur unité sous la conduite de l’Esprit. Car la prière « permet à l’Esprit Saint d’intervenir, d’ouvrir à l’espérance, de réduire les distances, de rester ensemble dans les difficultés ».

Dans ce contexte délicat, les chrétiens ne se lamentent pas, n’accusent personne ; « (…) personne ne disait : "Si Pierre avait été plus prudent, nous ne serions pas dans cette situation". Non, ils ne parlaient pas mal de lui, mais priaient pour lui. Ils ne parlaient pas dans le dos, mais à Dieu », note le Pape, qui poursuit en interrogeant : « Et nous aujourd’hui, nous pouvons nous demander : "Gardons-nous notre unité par la prière ? Prions-nous les uns pour les autres ?". Qu’est ce qui arriverait si on priait beaucoup plus et si on murmurait beaucoup moins ? ». Prier les uns pour les autres est un devoir que le Seigneur nous confie, insiste le Pape. Dieu attend que « nous nous souvenions aussi de celui qui ne pense pas comme nous, de celui qui nous a fermé la porte au nez, de celui à qui nous avons de la peine à pardonner ». « Seule la prière défait les chaînes, seule la prière aplanit la voie vers l’unité », assure le Pape François.

Pierre et Paul ont tous deux été provoqués par le Christ ; c’est de cette provocation que nait la prophétie. « Quand l’Evangile renverse les certitudes, la prophétie jaillit. Seul, celui qui s’ouvre aux surprises de Dieu devient prophète ». Ainsi, Pierre proclame le premier que Jésus est le « fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16), tandis que Paul anticipe la fin de sa vie : « Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra » (2 Tm 4,8).

Notre époque a besoin de vrais prophètes, non de beaux parleurs a lancé avec vigueur le Saint-Père : « Il n’est point besoin de manifestations miraculeuses, mais de vies qui manifestent le miracle de l’amour de Dieu. Non de puissance, mais de cohérence. Non de paroles, mais de prière. Non de proclamations, mais de service. Non de théories, mais de témoignage. Nous n’avons pas besoin d’être riches, mais d’aimer les pauvres ; non de gagner pour nous-même, mais de nous dépenser pour les autres ; non du consentement du monde, mais de la joie pour le monde à venir ; non de projets pastoraux efficaces, mais de pasteurs qui offrent leur vie : des amoureux de Dieu ». Ce sont en amoureux de Dieu que Pierre et Paul offrent leur vie ; ce martyre même est une « prophétie qui change l’Histoire ».

Et le Pape de conclure : « comme le Seigneur a transformé Simon en Pierre, de même il appelle chacun de nous, pour faire de nous des pierres vives avec lesquelles construire une Eglise et une humanité rénovées. Il y a toujours ceux qui détruisent l’unité et éteignent la prophétie, mais le Seigneur croit en nous et il te demande : "Veux-tu être bâtisseur d’unité ? Veux-tu être prophète de mon ciel sur la terre ?" Laissons-nous provoquer par Jésus et trouvons le courage de lui dire : "Oui, je le veux !" ».

Avant d’entrer dans la célébration, qui s’est tenue à l’autel de la Chaire et en présence de 90 fidèles et de plusieurs cardinaux, le Pape s’est recueilli en prière devant la tombe de Saint Pierre, située sous l’autel central de la basilique.

Compte tenu de la crise sanitaire, les archevêques métropolitains nommés dans l’année n’ont pu faire le déplacement jusqu’à Rome pour cette célébration. C’est en effet au cours de la messe du 29 juin que ceux-ci se voient imposer le Pallium, étoffe de laine blanche ornée de 5 croix, qui matérialise leur communion avec le Successeur de Pierre. Ce lundi matin, le Saint-Père a donc béni ces Pallium, avant de prendre l’un d’eux et de le conférer symboliquement au cardinal Re, doyen du Sacré Collège. Les étoffes seront ensuite remises aux archevêques par les nonces apostoliques de leurs pays.

(Avec V. N.)

Dimanche 28 juin 2020

Lors de l’Angélus, revenant sur l’Évangile du jour tiré de l’Évangile selon saint Matthieu, le Pape François a rappelé que suivre Jésus implique des sacrifices et que la plénitude de la vie se trouve en se donnant soi-même.

« Jésus demande à ses disciples de prendre au sérieux les exigences évangéliques, même quand cela demande des sacrifices et des efforts. » Le Pape l’a répété : le chemin chrétien implique des renoncements, et tout d’abord le fait de mettre l’amour envers Dieu « au-dessus des liens d’affection familiaux ».

Jésus le dit avec fermeté : « Qui aime son père ou sa mère, […] son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Il ne s’agit pas de « sous-évaluer l’amour pour les parents et les enfants », mais d’avertir que « les liens de parenté, s’ils sont mis à la première place, peuvent dévier du vrai bien ». C’est le cas notamment lorsque des responsables politiques favorisent leur parenté au détriment de leur patrie : ils commettent alors des actes de corruption et de favoritisme qui fragilisent leur pays. L’amour pour les enfants est essentiel, mais il doit être vécu à la lumière de l’amour de Dieu.

Autre avertissement exprimé par Jésus : « Qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite n’est pas digne de moi ». « Il n’y a pas de vrai amour sans croix, c’est-à-dire sans un prix à payer en personne », a insisté le Pape François en évoquant les sacrifices consentis par tant de papas et de mamans. Mais avec Jésus, il ne faut pas avoir peur : « Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera », martèle le Seigneur. C’est un paradoxe de l’Évangile, mais de nombreux exemples montrent que « la plénitude de la vie et de la joie se trouve en se donnant soi-même pour l’Evangile et pour nos frères, avec ouverture, accueil et bienveillance »

« La gratitude généreuse de Dieu le Père tient également compte du plus petit geste d’amour et de service rendu à nos frères », même simplement par le don d’un verre d’eau. Le Pape est sorti de son texte en racontant l’émotion d’un prêtre auquel un enfant était venu lui donner son argent de poche pour aider les pauvres.

Il a aussi rendu hommage aux nombreux volontaires qui se sont mobilisés durant la pandémie de coronavirus en Italie, gratuitement, par amour, pour secourir les personnes en difficulté. « La gratitude, la reconnaissance est avant tout un signe de bonne éducation, mais c’est également un signe distinctif du chrétien. C’est un signe simple mais authentique du royaume de Dieu, qui est un royaume d’amour gratuit et reconnaissant », a précisé le Pape.

« Que la Très Sainte Vierge Marie, qui a aimé Jésus plus que sa propre vie et l’a suivi jusqu’à la croix, nous aide à nous présenter toujours à Dieu avec un cœur disponible, en laissant sa Parole juger nos comportements et nos choix », a conclu le Saint-Père avant de réciter la prière de l’Angélus.

Au terme de la prière de l’angélus, le Saint-Père a demandé aux fidèles de prier en particulier pour ces deux pays frappés par la guerre et où la situation humanitaire reste critique.

A l’issue de la prière de l’Angélus, le Pape François a tenu à tourner sa prière vers deux pays en particulier, la Syrie et le Yémen.
Le Pape a d’abord rappelé la tenue mardi 30 juin de la quatrième conférence de Bruxelles sur l’avenir de la Syrie. « Nous prions pour cette importante réunion, afin qu’elle puisse améliorer la situation dramatique du peuple syrien et des peuples voisins, en particulier du Liban, dans le contexte de graves crises sociopolitiques et économiques que la pandémie a rendues encore plus difficiles » a expliqué François. « Que les dirigeants soient capables de faire la paix ! » a exhorté le Saint-Père. Organisée par l’Union Européenne et les Nations-Unies, cette conférence avait permis l’an dernier de rassembler 7 milliards de dollars à destination du peuple syrien.

Le Souverain Pontife a également invité les fidèles à tourner leur prière pour le peuple du Yémen, « en particulier les enfants, qui souffrent en raison de la très grave crise humanitaire » a t-il précisé. Le pays est déchiré par la guerre civile depuis 2014. Il y a quelques jours, l’Unicef s’était alarmé de la malnutrition des enfants yéménites qui atteint un taux préoccupant.

Le Saint-Père a aussi appelé à prier pour « les personnes touchées par les graves inondations en Ukraine occidentale : qu’elles puissent connaître le réconfort du Seigneur et l’aide de leurs frères. » Ces derniers jours de très fortes précipitations ont touché le Sud-Ouest de l’Ukraine, non loin de la Roumanie détruisant des centaines de maisons, des routes et des ponts.

Le Pape a enfin tenu à saluer les fidèles de la République démocratique du Congo qui ont participé le matin même à une messe en rite congolais, demandant de prier pour l’avenir de la RDC.

(Avec V. N.)

Mercredi 24 Juin 2020

Le Pape François a poursuivi ce mercredi sa catéchèse sur le thème de la prière, revenant en particulier sur la prière du roi David dans l’Ancien Testament. Une figure qui nous rappelle la puissance de la prière à travers l’histoire.

Le Pape François, comme les mercredis précédents, a prononcé son audience générale depuis la bibliothèque du palais apostolique. Poursuivant sa catéchèse sur la prière, le Saint-Père est revenu sur la figure du roi David, au coeur de l’Ancien Testament. Une catéchèse qui a commencé par la lecture d’un extrait du psaume 18, prière émouvante de David à Dieu :

Je t’aime, Yahvé, ma force ;

Yahvé est mon roc et ma forteresse, mon libérateur.

Mon bouclier, ma force de salut, ma citadelle […]

C’est toi, Yahvé, ma lampe : mon Dieu éclaire ma ténèbre. […]

Ce Dieu qui me ceint de force et rend ma voie irréprochable.

Le roi David est « le grand artisan de la composition des psaumes » a souligné le Pape, expliquant qu’il a joué « un rôle central dans l’histoire du peuple de Dieu et de notre foi elle-même ». David, a t-il précisé est « un roi totalement selon le cœur de Dieu, en parfaite obéissance au Père, dont l’action réalise fidèlement son plan de salut ».

Retrouvez en intégralité la catéchèse du Saint-Père en français :

« Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre itinéraire de catéchèse sur la prière, nous rencontrons aujourd’hui le roi David. Elu de Dieu depuis sa jeunesse, il est choisi pour une mission unique, qui revêtira un rôle central dans l’histoire du peuple de Dieu et de notre foi elle-même. Dans les Evangiles, Jésus est appelé plusieurs fois “fils de David” ; en effet, comme lui, il naît à Bethléem. Selon les promesses, c’est de la descendance de David, que vient le Messie : un Roi totalement selon le cœur de Dieu, en parfaite obéissance au Père, dont l’action réalise fidèlement son plan de salut (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2579).

L’histoire de David commence sur les collines autour de Bethléem, où il fait paître le troupeau de son père, Jessé. Il est encore un jeune garçon, le dernier de nombreux frères. Au point que lorsque le prophète Samuel, sur ordre de Dieu, se met à la recherche du nouveau roi, il semble presque que son père ait oublié son fils le plus jeune (cf. 1 S 16, 1-13). Il travaillait au grand air : nous l’imaginons comme l’ami du vent, des sons de la nature, des rayons du soleil. Il a une seule compagnie pour réconforter son âme : la lyre ; et pendant les longues journées de solitude, il aime jouer et chanter pour son Dieu.

David est donc avant tout un pasteur : un homme qui prend soin des animaux, qui les défend quand le danger arrive, qui pourvoit à leur subsistance. Quand David, par la volonté de Dieu, devra se préoccuper du peuple, il n’accomplira pas des actions très différentes de celles-ci. C’est pour cette raison que, dans la Bible, l’image du pasteur revient souvent. Jésus se définit lui aussi comme “le bon pasteur”, son comportement est différent de celui du mercenaire ; Il offre sa vie en faveur des brebis, il les guide, il connaît le nom de chacun d’entre elles (cf. Jn 10,11-18).

David a beaucoup appris de son premier métier. Ainsi, quand le prophète Nathan lui reprochera son très grave péché (cf. 2 Sam 12, 1-15), David comprendra immédiatement qu’il a été un mauvais pasteur, qu’il a dérobé à un autre homme l’unique brebis qu’il aimait, qu’il n’est plus un humble serviteur, mais un malade de pouvoir, un braconnier qui tue et dérobe.

Un deuxième trait caractéristique présent dans la vocation de David est son âme de poète. De cette petite observation, nous déduisons que David n’a pas été un homme ignorant, comme cela peut arriver à des individus obligés de vivre longtemps isolés de la société. Il est en revanche une personne sensible, qui aime la musique et le chant. La lyre l’accompagnera toujours : parfois pour élever à Dieu un hymne de joie (cf. 2 Sam 6, 16), d’autre fois pour exprimer une plainte, ou pour confesser son propre péché (cf. Ps 51, 3).

Le monde qui se présente à ses yeux n’est pas une scène muette : son regard saisit, derrière le déroulement des choses, un mystère plus grand. La prière naît précisément de là : de la conviction que la vie n’est pas quelque chose qui nous glisse dessus, mais un mystère stupéfiant, qui suscite en nous la poésie, la musique, la gratitude, la louange, ou bien la plainte, la supplique. La tradition veut donc que David soit le grand artisan de la composition des psaumes. Ceux-ci contiennent souvent, au début, une référence explicite au roi d’Israël, et à certains des événements plus ou moins nobles de sa vie.

David a donc un rêve : celui d’être un bon pasteur. Quelquefois il réussira à être à la hauteur de cette tâche, d’autres fois moins ; ce qui est cependant important, dans le contexte de l’histoire du salut, est qu’il est la prophétie d’un autre Roi, dont il est seulement l’annonce et la préfiguration.

Saint et pécheur, persécuté et persécuteur, victime et bourreau. David a été tout cela. Et nous aussi, nous enregistrons dans notre vie des traits souvent opposés ; dans la trame de la vie, tous les hommes pèchent souvent d’incohérence. Il n’y a qu’un fil rouge, dans la vie de David, qui donne une unité à tout ce qui arrive : sa prière. Elle est la voix qui ne s’éteint jamais. Qu’elle prenne le ton de la joie, ou celui de la plainte, c’est toujours la même prière, seule la mélodie change. Et en agissant ainsi, David nous enseigne à tout faire entrer dans le dialogue avec Dieu : la joie comme la faute, l’amour comme la souffrance, l’amitié comme la maladie. Tout peut devenir une parole adressée au “Toi” qui nous écoute toujours.

David, qui a connu la solitude, n’a en réalité jamais été seul ! Et au fond, c’est la puissance de la prière, chez tous ceux qui lui font place dans leur vie : celle-ci est en mesure d’assurer la relation avec Dieu, qui est le vrai compagnon de route de l’homme, au milieu des mille épreuves de la vie. »

Lors de son salut aux fidèles hispanophones au terme de l’audience générale, le Pape a exprimé son soutien pour les victimes du puissant tremblement de terre survenu hier dans le sud du Mexique.

Le puissant séisme, de magnitude 7,5 sur l’échelle de Richter, laissait craindre un bilan très lourd. Les pertes sont pour le moment limitées à six décès recensés, un chiffre faible compte tenu de la vaste étendue dans laquelle les secousses ont été ressenties, sur une zone de 700 kilomètres allant du Chiapas à Mexico. L’alerte tsunami a été levée. Mais de nombreuses infrastructures, notamment des églises, ont été endommagées.

« Hier, un violent tremblement de terre a frappé le sud du Mexique, faisant quelques victimes, des blessés et d’énormes dégâts. Nous prions pour eux tous. Que l’aide de Dieu et des frères leur donne force et soutien. Frères et sœurs, je suis très proche de vous », a assuré ce matin le Pape François, qui avait visité le pays en février 2016.

Depuis 1985, les tremblements de terre qui ont affecté le Mexique ont fait plus de 10 000 morts au total. Le dernier grave séisme avait eu lieu le 13 septembre 2017, provoquant d’importants dégâts jusque dans la capitale Mexico. Au total, 360 morts et 6000 blessés avaient été recensés, plus de 10 000 bâtiments avaient été endommagés dont 1500 environ ont dû être intégralement démolis. Mais le renforcement des mesures de sécurité qui avait suivi cette catastrophe semble cette fois-ci avoir prouvé son efficacité, expliquant en partie ce bilan humain et matériel relativement limité.

(Avec V. N.)

Dimanche 21 juin 2020

Le Pape François s’est exprimé avant de réciter l’Angélus depuis la fenêtre du Palais apostolique place Saint-Pierre. Il a rappelé l’invitation du Christ à ne pas avoir peur, et à être confiants face aux défis de la vie, tout en étant conscients « des adversités » qui guettent.

Le passage de l’Évangile de ce dimanche (cf. Mt 10, 26-33) fait, selon le Pape François, partie du discours missionnaire, avec lequel Jésus prépare les apôtres à la première expérience d’annonce du Royaume de Dieu. « Il les exhorte avec insistance à “ne pas avoir peur”, et décrit trois situations concrètes qu’ils devront affronter », explique le Saint-Père.

Tout d’abord l’hostilité de « ceux qui voudraient faire taire la Parole de Dieu », en l’édulcorant ou en réduisant au silence celui qui l’annonce, énonce le Souverain pontife.

« Dans ce cas, Jésus encourage les apôtres à diffuser le message de salut qu’Il leur a confié. Pour le moment, Il l’a transmis avec précaution, presque en cachette. Mais eux devront parler “au grand jour”, c’est-à-dire ouvertement, et annoncer “des toits”, c’est-à-dire publiquement, son Evangile ».

La deuxième difficulté que les missionnaires du Christ rencontreront est « la menace physique contre eux », c’est-à-dire « la persécution directe contre leurs personnes, jusqu’à la mort ». Cette prophétie de Jésus s’est réalisée à toutes les époques, rappelle l’évêque de Rome, déplorant « combien de chrétiens sont persécutés aujourd’hui aussi dans le monde entier ».

S’ils souffrent pour l’Évangile et avec amour, « ce sont les martyrs de notre époque ». À ces disciples d’hier et d’aujourd’hui qui souffrent de la persécution, Jésus recommande : « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne sauraient tuer l’âme » (v. 28). Il ne faut donc pas « se laisser effrayer par ceux qui cherchent à éteindre la force évangélisatrice par l’arrogance et la violence », conseille le Pape.

« En effet, ces derniers ne peuvent rien contre l’âme, c’est-à-dire contre la communion avec Dieu : personne ne peut enlever celle-ci aux disciples parce qu’elle est un don de Dieu. La seule peur que le disciple doive avoir est celle de perdre ce don divin, en renonçant à vivre selon l’Évangile et en se procurant ainsi la mort morale, effet du péché ».

Le troisième type d’épreuve que les disciples devront affronter est indiqué par Jésus dans la sensation, dont certains pourront faire l’expérience, « que Dieu lui-même les a abandonnés, en restant éloigné et silencieux ». « Cette sensation-là, Jésus aussi l’a éprouvée dans le Jardin des Oliviers, mais aussi sur la Croix », souligne le Pape. Ici aussi, il exhorte à ne pas avoir peur, car bien que traversant ces épreuves et d’autres, la vie des disciples est solidement entre les mains de Dieu, « qui nous aime et nous protège ».

« Le Père prend soin de nous, parce que notre valeur est grande à ses yeux. Ce qui importe est la franchise du témoignage de foi : “reconnaître Jésus devant les hommes” est la condition pour être “reconnus” par Jésus devant le Père ; la condition du salut, de la vie éternelle avec Lui au Paradis », a conclu le Pape François, demandant à la Très Sainte Vierge, « modèle de confiance et d’abandon en Dieu à l’heure de l’adversité et du danger », de nous aider « à ne jamais céder au découragement, mais à nous confier toujours à Lui et à sa grâce, plus puissante que le mal ».

Après avoir récité l’Angélus , le Pape François a réitéré son attachement à la protection des réfugiés, de l’environnement, et eu quelques mots sur la fête des Pères célébrée ce dimanche 21 juin dans plusieurs pays.

Rappelant la Journée mondiale des réfugiés commémorée le 20 juin par les Nations unies, le Pape François a réaffirmé l’importance de protéger les réfugiés, « afin de garantir leur dignité et leur sécurité », particulièrement en période de pandémie.

« Je vous invite à vous joindre à moi pour prier pour un engagement renouvelé et effectif de tous en faveur de la protection effective de chaque être humain, en particulier de ceux qui ont été contraints de fuir en raison de situations de grave danger pour eux ou leur famille », a déclaré le Saint-Père.

« Le confinement a permis de réduire la pollution et de redécouvrir la beauté de tant d’endroits à l’abri du trafic et du bruit. Aujourd’hui, avec la reprise des activités, nous devrions tous être plus responsables de l’entretien du foyer commun. J’apprécie les nombreuses initiatives qui, dans toutes les parties du monde, viennent d’en bas et vont dans cette direction. Par exemple, à Rome aujourd’hui, il y en a une consacré au Tibre ».

Enfin, le Souverain pontife a eu quelques mots pour la fête des pères célébrée dans son pays natal, l’Argentine, mais aussi en France ce dimanche. « J’assure tous les papas de ma proximité et prière. Nous savons tous qu’être papa n’est pas un métier facile, prions pour eux, et souvenons-nous des pères qui nous protègent depuis les cieux », a observé le Saint-Père, rappelant en conclusion la mémoire liturgique aujourd’hui de saint Louis de Gonzague, saint patron de la jeunesse catholique.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 juin 2020

Lors de l’audience générale tenue une nouvelle fois depuis la Bibliothèque du Palais apostolique, le Pape a poursuivi sa série de catéchèses sur la prière. Pour la 7ème étape de ce parcours, il s’est arrêté sur la prière d’intercession de Moïse, qui a permis de construire un pont entre Dieu et le peuple élu.

Le Pape François a commencé son intervention en remarquant que Moïse n’avait aucune prédisposition à l’héroïsme. Au contraire, « quand Dieu l’appelle, Moïse est humainement “un raté” », il a échoué dans une carrière prometteuse de fonctionnaire, en raison de sa volonté de défendre les opprimés. Mais c’est de cet échec apparent que naîtra sa vocation. C’est précisément dans le silence du désert de Madiane, lors de l’épisode du buisson ardent, que le Seigneur se dévoile en disant : « C’est moi le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ».

Pourtant, « à Dieu qui lui parle, qui l’invite à prendre à nouveau soin du peuple d’Israël, Moïse oppose ses peurs et ses objections : il n’est pas digne de cette mission, il ne connaît pas le nom de Dieu, il ne sera pas cru par les israélites, il a une langue qui balbutie... » Moïse est déstabilisé par cette mission qui lui incombe, et dont il ne comprend pas le sens. Il présente à Dieu ses résistances : « Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu envoyé ? Pourquoi veux-tu libérer ce peuple ? »

Mais ces doutes révèlent l’humanité profonde de Moïse. « Avec ses craintes, avec ce cœur qui vacille souvent, Moïse apparaît un homme comme nous, avec des doutes », qui lui donnent aussi le sens de la miséricorde face à son peuple qui traverse de nombreuses crises durant la traversée du désert. « Chargé par Dieu de transmettre la Loi à son peuple, fondateur du culte divin, médiateur des mystères les plus élevés, ce n’est pas pour autant qu’il cessera d’entretenir des liens étroits de solidarité avec son peuple, en particulier à l’heure de la tentation et du péché. Moïse n’a jamais perdu la mémoire de son peuple », a insisté François, en expliquant que Moïse était cohérent à la fois avec ses « racines » et avec « la voix de Dieu ».

Moïse ne se comporte pas comme un despote, et il relie l’amitié avec Dieu et la miséricorde pour les hommes. « Le livre des Nombres le définit comme le “plus humble et doux que la terre ait porté”. Malgré sa condition privilégiée, Moïse ne cesse pas d’appartenir à cette multitude de pauvres en esprit qui vivent en faisant de la confiance en Dieu le viatique de leur chemin. », a expliqué le Saint-Père.

Moïse est donc « le pont, l’intercesseur entre Dieu et le peuple ». Il est un exemple pour les pasteurs qui doivent être des ponts, comme l’indique le mot « pontife », a remarqué le Pape. Les vrais croyants doivent donc cultiver la prière d’intercession, sans se décourager face à l’expérience des manquements des personnes et de leur éloignement de Dieu.

« Moïse nous incite à prier avec la même ardeur que Jésus, à intercéder pour le monde, à se rappeler que celui-ci, malgré toutes ses fragilités, appartient toujours à Dieu. » Tous les hommes, même les plus grands pécheurs, restent des enfants de Dieu, a répété François, en précisant que tout pasteur, à commencer par le Pape lui-même, a le devoir d’intercéder pour ceux qui ne vont pas bien, et non pas de condamner.

Au terme de l’audience, outre l’évocation de la Journée de la Conscience, le Pape s’est notamment adressé aux fidèles de langue polonaise. Il a rappelé que ce 17 juin est jour de mémoire liturgique du saint frère Albert Chmielowski, surnommé le "Poverello" polonais, car il avait François d’Assise pour modèle. La devise de sa vie était « Être bon comme le pain », a rappelé le Pape, en exhortant à le suivre « dans l’amour fraternel, en apportant de l’aide aux affamés, aux personnes défaites par la vie, aux pauvres, aux personnes dans le besoin et surtout aux sans-abri ».

(Avec V. N.)

Dimanche 14 juin 2020

En la solennité du Corps et du Sang du Christ, le Pape François, après avoir célébré la messe en la basilique Saint-Pierre, a proposé une réflexion sur « l’effet mystique et communautaire de l’Eucharistie ».

Le Pape François, rappelant que ce dimanche 14 juin, en Italie et dans d’autres pays, est célébré le Corpus Domini ou Fête-Dieu, a commenté la deuxième lecture de ce jour lorsque Saint Paul décrit la célébration eucharistique (1 Co 10, 16-17) en soulignant les deux effets de l’Eucharistie qui sont à la fois « mystique » et « communautaire ».

“La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ?” (v. 16) relève l’apôtre Paul. Ces paroles expriment l’effet mystique ou spirituel de l’Eucharistie, il s’agit de l’union avec le Christ qui « dans le pain et le vin s’offre pour le salut de tous », observe le Pape François.

Jésus « est présent dans le sacrement de l’Eucharistie pour être notre nourriture, pour être assimilé et devenir en nous cette force de renouveau qui redonne énergie et désir de se remettre en chemin, après chaque arrêt ou chute ». Mais recevoir cette force, précise le Saint-Père, requiert « notre assentiment, notre disponibilité » à nous laisser transformer, à changer notre façon de penser et d’agir « sinon les célébrations eucharistiques auxquelles nous participerons ne seront que des rites vides et formels ».

Le second effet de l’Eucharistie est celui de la communauté que saint Paul exprime à travers ses paroles : “Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain”(v. 17). Il s’agit, commente le Pape, de « la communion mutuelle de ceux qui participent à l’Eucharistie », au point de devenir un seul corps. « La communion au corps du Christ est un signe efficace d’unité, de communion et de partage ». Et la participation à l’Eucharistie nécessite un engagement dans « une sincère fraternité mutuelle ».

Cette prédisposition du cœur dépasse la seule force humaine. Le Seigneur sait qu’entre ses disciples, « il y aura toujours la tentation de la rivalité, de l’envie, des préjugés, de la division ». C’est pourquoi, indique le Pape, il nous a laissé le Sacrement de sa Présence réelle, concrète et permanente, afin qu’en restant unis à Lui, nous puissions toujours recevoir le don de l’amour fraternel.

C’est ce double fruit de l’Eucharistie, l’union avec le Christ et la communion entre ceux qui se nourrissent de Lui, qui génère et renouvelle continuellement la communauté chrétienne. Et le Pape fait référence au Concile Vatican II, qui au début de la Constitution sur l’Église, affirme qu’elle "est”, dans le Christ, “en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain” (Lumen gentium, 1).

Aussi, poursuit le Saint-Père, s’il est vrai que l’Église fait l’Eucharistie, il est plus fondamental que l’Eucharistie fasse l’Église et lui permette d’être sa mission, avant même de l’accomplir. « Que la Sainte Vierge nous aide à toujours accepter avec étonnement et gratitude le grand cadeau que Jésus nous a fait en nous laissant le sacrement de son corps et de son sang », a conclu le Pape

Au terme de la prière de l’angélus, le Pape a lancé un vibrant appel en faveur de la Libye exprimant sa profonde préoccupation.

Le Saint-Père, devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre, a confié prier pour la Libye et s’est dit « très préoccupé par la situation dramatique » dans le pays. Alors que depuis plusieurs jours les combats se sont intensifiés entre les forces du Gouvernement libyen d’Union Nationale (GNA) et celles du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, le Saint-Père a appelé à la paix. « J’exhorte les organismes internationaux et ceux qui ont des responsabilités politiques et militaires à relancer avec conviction et détermination la recherche d’une voie vers la cessation de la violence, qui conduira à la paix, à la stabilité et à l’unité du pays ».

En interpellant la communauté internationale, le Pape François a exprimé sa proximité aux populations victimes des conflits en Libye, dont les conditions se sont encore aggravées en raison de la crise sanitaire. « Je prie également pour les milliers de migrants, réfugiés, demandeurs d’asile et personnes déplacées en Libye ». La situation sanitaire, a-t-il observé, « a aggravé leurs conditions déjà précaires, les rendant plus vulnérables aux formes d’exploitation et de violence ».

(Avec V. N.)

Mercredi 10 Juin 2020

Le Pape François a poursuivi lors de l’audience générale, son cycle de catéchèse sur la prière en revenant sur le combat de Jacob avec l’ange du Seigneur : lutter contre Dieu est une métaphore de la prière.
L’épisode du combat de Jacob avec un inconnu alors qu’il s’en va vers sa terre natale, relaté dans le livre de la Genèse, est une métaphore de la prière. Cette lutte contre Dieu, explique le Pape depuis la bibliothèque du palais apostolique d’où il conduit toujours les audiences générales, montre que Dieu sauve ce qui est perdu.

Jacob, fils d’Isaac et frère cadet d’Esaü, est « un self-made-man » qui « semble réussir dans chacune de ses entreprises », raconte François. « Il est habile dans les affaires : il s’enrichit beaucoup, devenant propriétaire d’un troupeau immense ». Jacob est un homme « sans scrupule », capable « d’une longue série d’astuces », précise le Pape. « Avec la ruse, il réussit à conquérir tout ce qu’il désire ».

C’est cet homme qui va rencontrer Dieu un soir alors qu’il est sur le point de rejoindre sa terre natale, car « il lui manque le rapport direct avec ses propres racines ». Il lutte toute la nuit contre l’ange et perd le combat, comprenant à la fin qu’il a combattu contre Dieu. « Le patriarche en ressort changé » explique le Saint-Père. « Pour une fois, il n’est plus maître de la situation, il n’est plus l’homme stratège et calculateur ».

Auparavant, Jacob avait dialogué avec Dieu, l’avait senti comme « une présence amie et proche ». Mais « c’était un homme imperméable à la grâce, réfractaire à la miséricorde ». « Et c’est ce Jacob qui reçoit de Dieu la bénédiction », continue François qui précise que le petit-fils d’Abraham ressort de cette nuit « vulnérable, et remis en cause, mais le cœur nouveau », avec un nouveau nom, Israël, une nouvelle manière de vivre, et une nouvelle personnalité. « Dieu le ramène à sa vérité de mortel qui tremble et qui a peur » ; « Il lui fait comprendre qu’il avait des limites, qu’il était un pécheur qui avait besoin de miséricorde et le sauve ».

Avec l’histoire de Jacob, nous voyons que « nous avons tous un rendez-vous dans la nuit avec Dieu », explique le Pape. « Il nous surprendra au moment où nous ne l’attendons pas, au moment où nous resterons véritablement seuls. Au cours de cette même nuit, en combattant contre l’inconnu, nous prendrons conscience d’être uniquement de pauvres hommes ».

Nulle crainte à avoir, rassure le Pape François, car il s’agit d’une « belle invitation à se laisser changer par Dieu » qui sait comment faire « parce qu’il connaît chacun de nous ».

À l’issue de ses saluts, le Pape est revenu sur la solennité du Corpus Domini qui sera célébrée ce jeudi 11 juin. En raison des mesures sanitaires en vigueur encore dans de nombreux pays, il ne sera pas possible de célébrer l’eucharistie lors de manifestations publiques. « Toutefois nous pouvons réaliser une “vie eucharistique”. L’hostie consacrée renferme la personne du Christ : nous sommes appelés à la chercher devant le tabernacle à l’église, mais aussi au sein de ce tabernacle que sont les derniers, les personnes souffrantes, les personnes seules et pauvres » a-t-il déclaré.

(Avec V. N.)

Dimanche 7 Juin 2020

En la solennité de la Sainte Trinité, le Pape François a proposé une méditation sur ce « mystère de l’amour de Dieu pour le monde », dont nous parle saint Jean dans l’Évangile. Un mystère inépuisable où nous rencontrons Dieu-Amour, Dieu-Sauveur, dont nous sommes appelés à témoigner par la charité évangélique.

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16) : s’adressant depuis la fenêtre du Palais apostolique aux pèlerins épars sur la Place Saint-Pierre, le Pape François est parti de ce verset de saint Jean pour évoquer le mystère de la Trinité mis à l’honneur ce dimanche.

« Ces paroles servent à indiquer que l’action des trois Personnes divines – Père, Fils et Saint-Esprit – est entièrement un unique dessein d’amour qui sauve l’humanité et le monde », a-t-il expliqué.

Même si le monde est marqué par le mal et la corruption, même si l’humanité est pécheresse, Dieu n’a pas choisi de « juger le monde » mais de l’aimer. « Il aime le monde, malgré ses péchés ; Dieu aime chacun de nous, même quand nous sommes dans l’erreur et nous éloignons de Lui ». Et cet amour ouvre la voie de la rédemption. Dieu « donne ce qu’il a de plus précieux : son Fils unique », qui « donne sa vie pour les hommes, ressuscite, retourne au Père et, avec Lui, envoie l’Esprit Saint ». Ce mouvement est celui de la Trinité, laquelle est « Amour, entièrement au service du monde, qu’elle veut sauver et recréer », a indiqué le Saint-Père. « Aujourd’hui, en pensant au Père, au Fils et au Saint Esprit, pensons à l’amour de Dieu », a-t-il demandé aux pèlerins. Se savoir aimés de Dieu : « voilà le sentiment d’aujourd’hui ».

Ce grand mystère nous invite également à nous laisser « fasciner par la beauté de Dieu ; beauté, bonté et vérité inépuisable », a poursuivi François. Mais il n’est pas pour autant lointain, inaccessible. La Trinité révèle plutôt un Dieu « humble, proche, qui s’est [fait] chair pour entrer dans notre vie, dans notre histoire, [...] pour que chaque homme et femme puisse la rencontrer et avoir la vie éternelle ». Dieu nous a aimés le premier.

La foi consiste alors à « accueillir Dieu-Amour qui se donne dans le Christ, qui nous fait nous mouvoir dans l’Esprit Saint ». « Se laisser rencontrer par Lui et avoir confiance en Lui », telle est la « vie chrétienne », où l’on doit toujours garder à l’esprit que c’est « Lui qui nous rencontre en premier ».

Le Saint-Père a conclu en invoquant la Vierge Marie, « demeure de la Trinité », afin qu’elle nous aide à accueillir Dieu, qui « nous remplit de joie et donne un sens à notre chemin dans ce monde, en l’orientant toujours vers l’objectif qu’est le Ciel ».

Suite à la prière de l’Angélus, le Saint-Père a évoqué le « Coeur humain et divin de Jésus », qui est « la source où nous pouvons toujours puiser la miséricorde, le pardon et la tendresse de Dieu ». « Nous pouvons le faire en nous attardant sur un passage de l’Évangile, en sentant qu’au centre de chaque geste, de chaque parole de Jésus, il y a l’amour, l’amour du Père, a expliqué le Pape François. Et nous pouvons le faire en adorant l’Eucharistie, où cet amour est présent dans le Sacrement.

Alors notre cœur aussi, petit à petit, deviendra plus patient, plus généreux, plus miséricordieux ». « Jésus, rends mon cœur semble au tien », a ensuite répété plusieurs fois le Pape avec les fidèles, expliquant qu’il tenait cette petite prière de sa grand-mère.

(Avec V. N.)

Mercredi 3 juin 2020

Depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Saint-Père a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière. C’est cette fois-ci la figure du patriarche Abraham qui était au centre de l’allocution du Pape. Le père des croyants, qui se plaint de ne pas avoir de descendance, pose un acte de foi en faisant confiance à la parole entendue. Il nous apprend à faire de même, pour que la volonté de Dieu se réalise. A la fin de cette audience, il s’est aussi adressé aux américains.

« “Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux…” Et il déclara : “Telle sera ta descendance !” » (Gn 15,5). Une demande qui semble défier la raison, puis une promesse : telle est la réponse adressée par le Seigneur à Abram, déçu de ne pas avoir d’héritier de son sang. Alors Abram ose un saut dans la confiance : il « eut foi dans le Seigneur » (Gn 15,6).

Dans le passage biblique à la base de la catéchèse de ce mercredi (Gn 15, 1.3-6), Abraham – qui se nomme encore Abram, le « Père élevé » ; le nom Abraham, « Père d’une multitude », lui sera donné par Dieu plus tard (Gn 17, 5) – a déjà « osé quitter son pays, ses racines et sa famille pour marcher vers un avenir nouveau », a expliqué le Pape. Et tout cela « sur la base d’une promesse, en laquelle il suffit simplement de se fier ».

« Modèle du parfait homme de Dieu se soumettant à sa volonté, même quand celle-ci semble dure, Abraham fait confiance à la parole entendue ». « Ceci est important, il fait confiance à la Parole de Dieu », a insisté le Pape. Il est « l’homme de la Parole », une Parole qui s’incarne dans la vie de celui qui la reçoit. Ainsi naît « un rapport nouveau avec Dieu », introduit plus largement « dans l’histoire religieuse de l’humanité : la vie du croyant commence à être conçue comme une vocation, elle est le lieu où se réalise une promesse qui donne la force et qui, un jour, se réalisera », a souligné le Saint-Père.

La vie d’Abraham, rapportée tout au long du livre de la Genèse, montre que par une prière fidèle, « la foi se fait histoire » : « Dieu n’est plus lointain, entrevu seulement à travers les phénomènes cosmiques », a fait remarquer François. « le Dieu d’Abraham, devient mon Dieu, le Dieu de mon histoire personnelle qui guide mes pas, qui ne m’abandonne pas. […] Il est le Dieu Providence ». « Avons-nous cette expérience de Dieu ? », a ensuite interpellé le Saint-Père. « Le Dieu de mon histoire personnelle, le Dieu qui guide mes pas, qui ne m’abandonne pas, le Dieu de mes jours ? »

Et le Pape de citer comme exemple le Mémorial, une œuvre de Blaise Pascal écrite pendant la nuit du 23 au 24 novembre, dite la Nuit de feu. Ce texte d’une extrême brièveté, issu d’une expérience mystique fulgurante pour le philosophe français, commence ainsi : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude, certitude. Joie. Paix. Dieu de Jésus Christ ». Blaise Pascal portait toujours cet écrit sur lui, cousu dans son vêtement.

Le Saint-Père a poursuivi sa catéchèse en revenant à cette relation confiante et vivante d’Abraham avec le Seigneur. Le patriarche « devient familier de Dieu, capable de discuter avec lui, mais toujours fidèle, et cela jusqu’à l’épreuve suprême, lorsqu’il lui est demandé de sacrifier son fils Isaac ». Il vit alors la foi « comme un drame, comme un chemin à parcourir dans la nuit, sous un ciel cette fois-ci privé d’étoiles ». « Mais Dieu a vu sa totale disponibilité, il retient la main d’Abraham et épargne son fils ».

François a conclu en invitant à apprendre d’Abraham le fait de « prier avec foi », autrement dit « écouter le Seigneur, marcher, dialoguer jusqu’à discuter ». « N’ayons pas peur de discuter avec Dieu ! », s’est-il exclamé. Une discussion transparente et filiale, qui nous conduit à être « toujours disposés à accueillir la Parole de Dieu et à la mettre en pratique ».

Lors de l’audience générale de ce mercredi 3 juin, le Saint-Père s’est également exprimé sur les protestations en cours aux États-Unis après la mort de George Floyd, tué par un policier : nous ne pouvons pas prétendre défendre le caractère sacré de toute vie humaine et fermer les yeux sur le racisme et l’exclusion, a-t-il affirmé.

Saluant les pèlerins de langue anglophone après avoir prononcé sa catéchèse hebdomadaire, le Pape François a expliqué suivre « avec une grande inquiétude les douloureux troubles sociaux qui se produisent » aux États-Unis ces jours-ci, « à la suite du décès tragique de M. George Floyd », cet Afro-Américain de 46 ans mort asphyxié par un policier lors de son interpellation à Minneapolis le 25 mai dernier.

« Chers amis, nous ne pouvons tolérer ou fermer les yeux sur aucune forme de racisme ou d’exclusion et prétendre défendre le caractère sacré de toute vie humaine », a poursuivi le Pape. « Dans le même temps, nous devons reconnaître que “la violence des dernières nuits est autodestructrice et court à sa perte. La violence n’apporte rien et elle fait perdre beaucoup de choses” », a-t-il aussi déclaré, reprenant les mots de Mgr José H. Gomez, archevêque de Los Angeles et président de la conférence épiscopale américaine (USCCB), dans le communiqué qu’il a publié dimanche dernier.

« Aujourd’hui, je me joins à l’Église de Saint-Paul et de Minneapolis, et à tous les États-Unis, pour prier pour le repos de l’âme de George Floyd et de tous les autres qui ont perdu la vie à cause du péché de racisme », a assuré le Saint-Père, avant de conclure par cette demande de prière : « Prions pour le réconfort des familles et des amis endeuillés, prions pour la réconciliation nationale et la paix à laquelle nous aspirons. Que Notre-Dame de Guadalupe, Mère de l’Amérique, intercède pour tous ceux qui travaillent pour la paix et la justice sur ta terre et dans le monde ».

Le mouvement de colère contre le racisme et les violences policières s’est poursuivi mardi aux États-Unis. Neuf jours après la mort de George Floyd, cette vague de contestation historique ne connaît pas de répit. Les troubles se sont propagés dans plus d’une centaine de villes américaines, avec des milliers d’arrestations et plusieurs morts.

(Avec V. N.)

Samedi 30 Mai 2020

Le Pape François a prié la Sainte Vierge devant la copie de la Grotte de Lourdes, lui confiant les souffrances de l’humanité en ce temps marqué par la pandémie de coronavirus.

En ce week-end de Pentecôte qui coïncide cette année avec la conclusion du mois marial, et dans un contexte de sortie du confinement après la pandémie de coronavirus, le Pape a participé ce samedi soir à la récitation du chapelet devant la Grotte de Lourdes située dans les Jardins du Vatican. Ce temps de prière était réalisé en liaison avec de nombreux sanctuaires à travers le monde, notamment Lourdes bien sûr, mais aussi Fatima, Guadalupe ou encore Lujàn, dans l’Argentine natale du Pape François.

L’événement, sous le titre : "Unis d’un seul cœur dans la prière avec Marie" (Actes 1, 14), était organisé par le Conseil pontifical pour la Nouvelle Évangélisation. Les dizaines de “Je vous salue Marie” ont été récités par des hommes et des femmes représentant les différentes catégories de personnes qui ont été particulièrement touchées par la Covid-19. Il s’agissait d’un médecin et d’une infirmière, d’une personne qui s’est remise de la maladie et d’une personne qui a perdu un être cher à cause de celle-ci, d’un prêtre, d’un aumônier d’hôpital, et d’une religieuse qui est infirmière.

Parmi les autres participants figuraient un pharmacien, un médecin, un journaliste, un volontaire de la protection civile italienne et aussi une jeune famille qui a mis au monde un bébé pendant la pandémie.

Après la méditation des mystères glorieux, le Pape François a récité cette prière, la deuxième des prières mariales proposées en ce temps de pandémie :

« Sous ta protection nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu.

Dans la présente situation dramatique, chargée de souffrances et d’angoisses qui frappent le monde entier, nous recourons à Toi, Mère de Dieu et notre Mère, et nous cherchons refuge sous ta protection.

Ô Vierge Marie, tourne vers nous tes yeux miséricordieux dans cette pandémie du coronavirus, et réconforte ceux qui sont perdus et qui pleurent leurs proches qui sont morts, enterrés parfois d’une manière qui blesse l’âme. Soutiens ceux qui sont angoissés pour les personnes malades auprès desquelles, pour empêcher la contagion, ils ne peuvent être proches. Suscite la confiance en celui qui est inquiet pour l’avenir incertain et pour les conséquences sur l’économie et sur le travail.

Mère de Dieu et notre Mère, implore pour nous de Dieu, Père de miséricorde, que cette dure épreuve finisse et que revienne un horizon d’espérance et de paix. Comme à Cana, interviens auprès de ton Divin Fils, en lui demandant de réconforter les familles des malades et des victimes, et d’ouvrir leur cœur à la confiance.

Protège les médecins, les infirmiers et les infirmières, le personnel sanitaire, les volontaires qui, en cette période d’urgence, sont en première ligne et risquent leur vie pour sauver d’autres vies. Accompagne leur fatigue héroïque et donne-leur force, bonté et santé.

Sois aux côtés de ceux qui, nuit et jour, assistent les malades ainsi que des prêtres qui, avec sollicitude pastorale et engagement évangélique, cherchent à aider et à soutenir chacun.

Vierge Sainte, éclaire l’esprit des hommes et des femmes de science, pour qu’ils trouvent de justes solutions pour vaincre ce virus.

Assiste les Responsables des Nations, pour qu’ils œuvrent avec sagesse, sollicitude et générosité, en secourant ceux qui manquent du nécessaire pour vivre, en programmant des solutions sociales et économiques avec clairvoyance et avec esprit de solidarité.

Marie très Sainte, touche les consciences pour que les sommes considérables utilisées pour accroître et perfectionner les armements soient au contraire destinées à promouvoir des études adéquates pour prévenir de semblables catastrophes dans l’avenir.

Mère très aimée, fais grandir dans le monde le sens d’appartenance à une seule grande famille, dans la conscience du lien qui nous unit tous, pour que nous venions en aide aux nombreuses pauvretés et situations de misère avec un esprit fraternel et solidaire. Encourage la fermeté dans la foi, la persévérance dans le service, la constance dans la prière.

O Marie, Consolatrice des affligés, embrasse tous tes enfants dans la tribulation et obtiens que Dieu intervienne de sa main toute puissante pour nous libérer de cette terrible épidémie, afin que la vie puisse reprendre dans la sérénité son cours normal.

Nous nous confions à Toi, toi qui resplendis sur notre chemin comme signe de salut et d’espérance, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie. Amen. »

Le Pape François a enfin adressé quelques mots en espagnol pour les sanctuaires d’Amérique latine, un continent particulièrement affecté par la pandémie actuellement, en les remerciant de s’être associé à ce temps de prière.

(Avec V. N.)

Mercredi 27 Mai 2020

Lors de l’audience générale qu’il a tenue dans la bibliothèque du palais apostolique, le Pape François a consacré sa catéchèse à la « prière des justes » ; au milieu des tribulations inhérentes à l’histoire des hommes, cette prière, faite avec humilité et sincérité, attire la force de Dieu, laquelle fait vivre et grandir le monde.

« Le dessein de Dieu à l’égard de l’humanité est bon, mais dans les péripéties du quotidien nous faisons aussi tous les jours l’expérience de la présence du mal », assure d’entrée le Pape, prenant appui sur les Saintes Écritures dont les pages initiales nous décrivent les premiers développements du péché dans les événements de la vie humaine.
Ainsi, comme nous le montre le livre de la Genèse, Adam et Eve cèdent à la tentation du Malin car ils doutent des bonnes intentions de Dieu. Ensuite, avec Caïn et Abel, la première fraternité, corrompue par l’envie, se conclut par un homicide. Puis, le mal s’étendra comme une tache d’huile. Les grandes fresques du déluge et de la tour de Babel révèlent qu’il y a besoin d’un nouveau commencement, d’une nouvelle création qui aura son accomplissement dans le Christ.

Mais ces pages vétérotestamentaires parlent aussi d’autres histoires, plus humbles et discrètes, qui représentent le « rétablissement de l’espérance ». Alors qu’une grande partie de l’humanité semble se perdre dans les ténèbres de la haine et de la violence, d’autres personnes se distinguent, « capables de prier Dieu avec sincérité, d’écrire d’une autre manière la destinée de l’homme ». Et le Pape de citer l’exemple d’Abel, de son frère Seth, du fils de celui-ci, Énoch et enfin de Noé.

En lisant ces récits, poursuit le Pape François, « on a l’impression que la prière est la digue, le refuge de l’homme devant la montée du mal qui grandit dans le monde ». L’homme prie également pour se sauver de lui-même, et le Souverain Pontife insiste d’ailleurs sur ce point, suggérant de prier ainsi : « Seigneur, sauve-moi de moi-même, de mes ambitions et de mes passions ».

Pour le Pape, ces orants que la Bible nous montre sont « des artisans de paix » : « en effet, la prière, quand elle est authentique, libère des instincts de violence ; elle est un regard tourné vers Dieu pour qu’il prenne soin du cœur de l’homme ». Et d’ajouter : « la prière de Dieu est puissante car elle attire le pouvoir de Dieu et le pouvoir de Dieu donne la vie, toujours. Il est le Dieu de la vie et il fait renaitre ».

La Seigneurie de Dieu passe par cette chaine d’hommes et de femmes souvent incompris et mis à l’écart du monde. Or, celui-ci vit et grandit grâce à la force de Dieu que ses serviteurs attirent par leur prière ; ils ne font pas de bruit et les médias n’en parlent pas, et pourtant cette prière est importante pour redonner confiance au monde, affirme le Saint-Père. La prière sème la vie, d’où la nécessité de l’enseigner aux tout-petits. Même s’ils l’oublient en grandissant, elle restera toujours dans leur cœur cette « semence de vie et du dialogue avec Dieu ». Et le Pape de conclure en invitant à prier Dieu pour qu’il transforme les cœurs de pierre en cœurs de chair.

Il s’est ensuite adressé aux fidèles de langue française : « dans quelques jours nous célèbrerons la fête de la Pentecôte. Prions l’Esprit Saint pour qu’il fasse de nous des hommes de paix et de fraternité et rende confiance et espérance au monde. Que Dieu vous bénisse ! »

(Avec V. N.)

Dimanche 24 Mai 2020

Lors de cette Journée mondiale de prière voulue par le Saint-Père à l’occasion du cinquième anniversaire de la publication de Laudato Si’, une année spéciale de célébrations a été lancée, comme l’a annoncé le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral qui pilote l’évènement. Un prix annuel Laudato Si’ est notamment institué, et de nombreuses initiatives mises en place pour stimuler le développement durable.

- Prière commune pour le 5ème anniversaire de Laudato Si’ :

- Année Laudato Si’ 24 mai 2020 - 24 mai 2021 :

Laudato Si’, la seconde encyclique du Pape François, consacrée à « la sauvegarde de la Maison commune », a eu un très large écho au cours des cinq années qui nous séparent de sa publication, le 24 mai 2015. L’appel du Pape François à construire un monde nouveau, respectueux de la création, a entrainé de multiples initiatives au sein de l’Église, à commencer par les paroisses, mais a aussi suscité l’intérêt bien au-delà, dans la sphère scientifique et universitaire, dans les milieux non-croyants ou d’autres confessions.

Depuis le Vatican, le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral a décidé de mettre en valeur le texte du Saint-Père pendant une année entière, du 24 mai 2020 au 24 mai 2021. « Nous espérons que cette année et la décennie à venir pourront véritablement constituer un temps de grâce, une expérience de vrai Kairos et un temps de "Jubilé" pour la Terre, pour l’humanité et pour toutes les créatures de Dieu », explique le Dicastère dans son message de présentation.

L’initiative s’ouvre dans un contexte particulier : « le fait que le cinquième anniversaire de l’encyclique coïncide avec un autre moment critique, une pandémie mondiale, représente un tournant et rend le message de Laudato Si’ aussi prophétique aujourd’hui qu’il l’était en 2015 », relève le Dicastère. « L’encyclique nous offre en effet une boussole morale et spirituelle pour nous guider sur ce chemin commun, visant à créer un monde plus intéressé, plus fraternel, plus pacifique et plus durable ». Cette année spéciale constitue donc « une occasion unique de transformer la lamentation et le tourment actuels en la naissance d’une nouvelle façon de vivre ». Pour « imaginer un monde post-pandémique, nous devons tout d’abord adopter une approche intégrale, "car tout est intimement lié et les problèmes actuels exigent un regard qui prenne en compte tous les aspects de la crise mondiale" (LS, 137) », est-il aussi expliqué.

Parmi les nombreuses initiatives qui jalonneront l’année, signalons d’abord la remise d’un prix Laudato Si’, lors de l’ouverture et de la clôture de l’année, afin « d’encourager et de promouvoir les initiatives, aussi bien individuelles que communautaires, en faveur de la maison commune ». Il y aura sept catégories (avec des sous-catégories pour certaines d’entre elles) : meilleur leader Laudato Si’, meilleure famille, meilleur établissement scolaire, meilleure communauté de foi, meilleure initiative, meilleure initiative économique/financière/entrepreneuriale/sanitaire/professionnelle/agricole, meilleure initiative de communication.

Une plateforme d’initiatives Laudato Si’ sera également lancée, afin de « rendre les communautés du monde entier complètement durable, dans l’esprit de l’écologie intégrale de Laudato Si’ ». Dans ce cadre, différents types d’institutions (hôpitaux, entreprises agricoles, diocèses, communautés religieuses, familles…) s’engageront dans un parcours de sept années pour cheminer vers la durabilité.

Des rassemblements figurent aussi au programme, tels que L’Économie de François, à Assise, repoussé au 21 novembre prochain en raison de la pandémie, ou encore une table-ronde au Forum Économique mondial de Davos, du 26 au 29 janvier 2021. Des « projets spéciaux » sont enfin évoqués, par exemple une plantation d’arbres menée par des jeunes, des “chapelles vivantes Laudato Si’”, une “Plastic Bank” ou “banque du plastique” pour lutter contre la pollution des matières plastiques, ou encore le “Concours Bilblique 2020”, premier concours mondial lancé sur les réseaux sociaux autour de la Bible et de Laudato Si’.

« Nous invitons tout le monde à se joindre à nous », écrit le Dicastère. « L’urgence de la situation est telle que des réponses immédiates, holistiques et unifiées sont nécessaires à tous les niveaux, tant local que régional, national qu’international. Il est notamment nécessaire de créer un "mouvement de base" à partir de la base, et une alliance entre toutes les personnes de bonne volonté », conclut-il. De cette manière, comme l’a écrit le Pape François dans son encyclique, « nous pouvons collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités » (LS 14).

- Mgr David Macaire nous rappelle sur Radio Saint Louis que Laudato Si’ doit nous permettre de prendre conscience de l’urgence de changer nos modes de vie :

http://www.radiosaintlouis.com/emission/73

- De son côté, la Conférence des Evêques de France lance un nouveau Webzine centré sur Laudato Si’ et les leçons à en tirer pour les appliquer dans notre vie personnelle et collective :

Enfin, nous vous proposons de (re)découvrir le message du pape François consacré à la Journée de la Terre lors de l’audience générale du 22 avril 2020 :

« Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous célébrons aujourd’hui la 50e journée mondiale de la terre. C’est une opportunité pour renouveler notre engagement à aimer notre maison commune et à prendre soin de celle-ci et des membres les plus vulnérables de notre famille. Comme cette pandémie tragique de coronavirus nous le démontre, ce n’est qu’ensemble et en prenant en charge les personnes les plus fragiles que nous pouvons vaincre les défis mondiaux. La Lettre encyclique Laudato si’ porte précisément ce sous-titre : « Sur la sauvegarde de la maison commune ». Aujourd’hui, nous réfléchirons un peu ensemble sur cette responsabilité qui caractérise « notre passage sur cette terre » (LS, n. 160). Nous devons grandir dans la conscience de la sauvegarde de la maison commune.

Nous sommes faits de matière terrestre, et les fruits de la terre soutiennent notre vie. Mais, comme nous le rappelle le livre de la Genèse, nous ne sommes pas simplement « terrestres » : nous portons en nous également le souffle vital qui vient de Dieu (cf. Gn 2, 4-7). Nous vivons donc dans la maison commune comme une unique famille humaine et dans la biodiversité avec les autres créatures de Dieu. Comme imago Dei, image de Dieu, nous sommes appelés à avoir soin de toutes les créatures et à les respecter et à nourrir l’amour et la compassion pour nos frères et sœurs, en particulier les plus faibles, à l’imitation de l’amour de Dieu pour nous, manifesté dans son Fils Jésus, qui s’est fait homme pour partager cette situation avec nous et nous sauver.

A cause de l’égoïsme, nous avons manqué à notre responsabilité de gardiens et d’administrateurs de la terre. « Il suffit de regarder la réalité avec sincérité pour constater qu’il y a une grande détérioration de notre maison commune » (ibid., n. 61). Nous l’avons polluée, nous l’avons pillée, en mettant en danger notre propre vie. C’est pourquoi divers mouvements internationaux et locaux se sont formés pour éveiller les consciences. J’apprécie sincèrement ces initiatives, et il sera encore nécessaire que nos enfants descendent dans la rue pour nous enseigner ce qui est évident, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’avenir pour nous si nous détruisons l’environnement qui nous soutient.

Nous avons failli à prendre soin de la terre, notre maison-jardin, et à prendre soin de nos frères. Nous avons péché contre la terre, contre notre prochain et, en définitive, contre le Créateur, le Père bon qui s’occupe de chacun et qui veut que nous vivions dans la communion et dans la prospérité. Et comment réagit la terre ? Il y a un dicton espagnol qui est très clair sur cela, il dit la chose suivante : « Dieu pardonne toujours ; nous, les hommes, pardonnons certaines fois et d’autres pas ; la terre ne pardonne jamais ». La terre ne pardonne pas : si nous avons détérioré la terre, la réponse sera très dure.

Comment pouvons-nous rétablir une relation harmonieuse avec la terre et le reste de l’humanité ? Une relation harmonieuse... Très souvent, nous perdons la vision de l’harmonie : l’harmonie est l’œuvre de l’Esprit Saint. Comment pouvons-nous rétablir cette harmonie également dans la maison commune, dans la terre, également dans notre relation avec les gens, avec notre prochain, avec les plus pauvres ? Nous avons besoin d’une nouvelle manière de regarder notre maison commune. Entendons-nous : celle-ci n’est pas une réserve de ressources à exploiter. Pour nous croyants, le monde naturel est l’« Evangile de la Création », qui exprime la puissance créatrice de Dieu qui a façonné la vie humaine et fait exister le monde avec ce qu’il contient pour soutenir l’humanité. Le récit biblique de la création se conclut ainsi : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 31). Quand nous voyons ces tragédies naturelles qui sont la réponse de la terre à nos mauvais traitements, je me dit : « Si je demande maintenant au Seigneur ce qu’il en pense, je ne crois pas qu’il me dira que c’est une très bonne chose ». C’est nous qui avons abîmé l’œuvre du Seigneur !

En célébrant aujourd’hui la journée mondiale de la terre, nous sommes appelés à retrouver le sens du respect sacré de la terre, car celle-ci n’est pas seulement notre maison, mais aussi la maison de Dieu. Cela fait naître en nous la conscience d’être sur une terre sacrée !

Chers frères et sœurs, « réveillons le sens esthétique et contemplatif que Dieu a mis en nous » (Exhort. ap. post-syn. Querida Amazonia, n. 56). La prophétie de la contemplation est quelque chose que nous apprenons en particulier des peuples originels, qui nous enseignent que nous ne pouvons pas prendre soin de la terre si nous ne l’aimons pas et ne la respectons pas. Ils ont cette sagesse du « bien vivre », pas au sens de prendre du bon temps, non : mais de vivre en harmonie avec la terre. Ils appellent cette harmonie « le bien vivre ».

Dans le même temps, nous avons besoin d’une conversion écologique qui s’exprime à travers des actions concrètes. En tant que famille unique et interdépendante, nous avons besoin d’un projet partagé pour conjurer les menaces contre notre maison commune. « L’interdépendance nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun » (LS, n. 164). Nous sommes conscients de l’importance de collaborer en tant que communauté internationale pour la protection de notre maison commune. J’exhorte ceux qui détiennent l’autorité à guider le processus qui conduira à deux conférences internationales importantes : la cop15 sur la biodiversité à Kunming (Chine) et la cop26 sur les changements climatiques à Glasgow (Royaume-Uni). Ces deux rencontres sont très importantes.

Je voudrais encourager à organiser des interventions concertées également au niveau national et local. Il est bon de se réunir ensemble de toute condition sociale et de donner vie également à un mouvement populaire venant « de la base ». La journée mondiale de la terre, que nous célébrons aujourd’hui, est née précisément ainsi. Chacun de nous peut apporter sa propre petite contribution : « Il ne faut pas penser que ces efforts ne vont pas changer le monde. Ces actions répandent dans la société un bien qui produit toujours des fruits au-delà de ce que l’on peut constater, parce qu’elles suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible » (LS, n. 212).

En ce temps pascal de renouveau, engageons-nous à aimer et à apprécier le magnifique don de la terre, notre maison commune, et à prendre soin de tous les membre de la famille humaine. Comme les frères et sœurs que nous sommes, supplions ensemble notre Père céleste : « Envoies ton esprit, renouvelle la face de la terre » (cf. Ps 104, 30).

Que Dieu vous bénisse ! »

(Avec V. N.)

Mercredi 20 Mai 2020

En la veille de la solennité de l’Ascension, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière, en méditant sur le mystère de la Création, lors de l’audience générale du mercredi 20 mai 2020. Le Saint-Père a insisté sur les vertus de l’émerveillement, provoquées par la beauté de la Création et qui se trouvent « à la source de la prière ».

« La vie, le simple fait d’exister, ouvre le cœur de l’homme à la prière ». Ainsi la première page de la Bible ressemble à « un grand hymne d’action de grâce » où le récit de la création célèbre la bonté et la beauté de tout ce qui existe, a déclaré le Souverain pontife argentin pour amorcer sa réflexion sur la joie de l’existence, stimulée par la beauté de la création.

En effet, selon lui, « au sommet de la création se trouve l’homme », « motif de satisfaction et de joie ». Et donc, par conséquent, « la beauté et le mystère de la création génèrent dans son cœur le premier élan qui suscite la prière ». « Bien qu’étant très fragile, l’être humain est l’unique créature consciente de tant de beauté dans l’univers. C’est pourquoi la prière de l’homme est étroitement liée au sentiment d’émerveillement », a assuré François, ajoutant que « la relation à Dieu est la grandeur de l’homme », « son intronisation ».

L’homme en prière contemple le mystère de l’existence autour de lui, voit le ciel étoilé au-dessus de lui - que l’astrophysique nous montre aujourd’hui dans toute son immensité - et se demande quel dessein d’amour il doit y avoir derrière une œuvre aussi puissante. Et, dans cette immensité sans limites, qu’est-ce que l’homme ? « Presque rien », dit un psaume (cf. 89, 48) : un être qui naît, un être qui meurt, une créature très fragile. Pourtant, dans l’univers entier, l’être humain est la seule créature consciente d’une telle profusion de beauté. Un petit être naît, meurt, a poursuivi le Pape François dans sa réflexion sur l’émerveillement.

« La grandeur de l’homme est infinitésimale par rapport aux dimensions de l’univers. Ses plus grandes réalisations semblent bien peu de choses... Mais l’homme n’est rien. Dans la prière, un sentiment de miséricorde est affirmé de façon écrasante », a-t-il ajouté.

« Par nature, a relevé le Pape, nous sommes presque rien, mais par vocation nous sommes les fils du grand Roi ». « La prière est donc la première force de l’espérance », a-t-il souligné, rappelant combien les hommes et les femmes qui prient savent que « l’espérance est plus forte que le découragement » ; « que l’amour est plus puissant que la mort et que sur leur visage se reflète un éclat de lumière ».
Raviver l’étincelle de l’action de grâce

Car, même les jours les plus sombres, « le soleil ne cesse de les éclairer. La prière t’illumine, elle t’illumine l’âme, le cœur, le visage. Même dans les temps les plus obscurs, même dans les temps de grande douleur », a détaillé le Pape.

Selon le Successeur de Pierre, il suffit de contempler un ciel étoilé, un coucher de soleil, une fleur..., pour raviver l’étincelle de l’action de grâce. Cette expérience est peut-être à la base de la première page de la Bible.
Porter la joie partout, dire merci

Le Pape François a donc tenu à insister sur le fait que, tous, nous sommes porteurs de joie. « La vie, don de Dieu, dans sa brièveté ne doit pas être vécue dans la tristesse car nous sommes les enfants du grand Roi, capables de lire sa signature dans toute la création », avant de nous interpeller : « Avez-vous pensé à cela, que vous êtes porteurs de joie ? Ou préférez-vous porter de mauvaises nouvelles qui rendent tristes ? Tous nous sommes capables de porter la joie ».

Et François de conclure sur l’action de grâce : « Cette vie est le don que Dieu nous a fait : et elle est trop courte pour être consumée par la tristesse, Louons Dieu, en étant contents d’exister tout simplement. Cela nous pousse à dire merci, et ce merci est une belle prière ».

(Avec V. N.)

Lundi 18 Mai 2020

Ce lundi, à cent ans de la naissance de Karol Wojtyla, ce n’est pas à Sainte-Marthe mais depuis la basilique Saint-Pierre que le Saint-Père a célébré sa messe matinale, dans la chapelle Saint-Sébastien où se trouve, sous l’autel, la tombe du saint Pape polonais. Une vingtaine de personnes étaient présentes dans l’assemblée.

Parmi les concélébrants figuraient le cardinal Angelo Comastri, vicaire général du pape pour la Cité du Vatican et archiprêtre de la basilique vaticane, le cardinal polonais Konrad Krajewski, aumônier apostolique (qui fut cérémoniaire adjoint durant les dernières années du pontificat de son compatriote polonais), Mgr Piero Marini, pendant 18 ans maître des célébrations liturgiques sous le pontificat de Jean-Paul II, et Mgr Jan Romeo Pawłowski, chef de la troisième section de la Secrétairerie d’État, qui s’occupe du personnel diplomatique du Saint-Siège.

Le Pape a introduit la messe en priant « Dieu, riche en miséricorde », qui a appelé saint Jean-Paul II à conduire toute l’Église, pour qu’Il nous accorde, « forts de son enseignement, d’ouvrir nos cœurs avec confiance à la grâce salvatrice du Christ, unique Rédempteur de l’homme ».

Dans son homélie, le Saint-Père s’est appuyé sur un verset du psaume (149) : « Car le Seigneur aime son peuple », afin d’évoquer saint Jean-Paul II. « Il y a cent ans, le Seigneur a visité son peuple », a déclaré François, « Il a envoyé un homme, il l’a préparé pour le faire évêque », et cet évêque est devenu le pasteur de l’Église catholique. Jean-Paul II présentait plusieurs traits de ressemblance avec le « Bon Pasteur », et François en a retenu trois : la prière, la proximité avec le peuple, l’amour de la justice.

Jean-Paul II « priait, il priait beaucoup », et malgré un emploi du temps chargé, il trouvait beaucoup de temps pour la prière. « Il savait bien que le premier devoir d’un évêque est la prière », a expliqué le Pape François, rappelant que ce devoir venait directement de l’enseignement de saint Pierre dans les Actes des Apôtres. Jean-Paul II montre aussi que « lorsqu’un évêque fait son examen de conscience le soir il doit se demander : combien d’heures ai-je prié aujourd’hui ? ».
Un apôtre de la miséricorde et de la justice

« Modèle d’évêque qui prie », le Souverain Pontife polonais était aussi un « homme de proximité ». « Ce n’était pas un homme séparé de son peuple », en témoignent ses voyages apostoliques dans le monde entier « pour trouver son peuple ». « La proximité est l’un des traits de Dieu avec son peuple », a déclaré François, « un pasteur est proche de son peuple, le contraire n’est pas un pasteur, c’est un hiérarque, un administrateur, bon peut-être, mais ce n’est pas un pasteur ». Saint Jean-Paul II nous a donc « donné l’exemple de cette proximité avec les grands et les petits, avec ceux qui sont proches et ceux qui sont loin, [il était] toujours proche, il se faisait proche ».

Enfin le Pape Wojtyla montrait aussi un « amour de la justice », « une justice pleine ». « Un homme qui voulait la justice sociale, la justice des peuples, la justice qui chasse les guerres », a précisé François, « mais la justice pleine ». « Il était donc l’homme de la miséricorde, car miséricorde et justice vont ensemble ». On ne trouve pas l’une sans l’autre. « Pensons à tout ce que saint Jean-Paul II a fait pour que les gens comprennent la miséricorde de Dieu », a rappelé François, « pensons combien il a promu la dévotion à sainte Faustine », apôtre de la miséricorde divine. « Il avait senti que la justice de Dieu avait ce visage de miséricorde », il s’agit d’un « don qu’il nous a laissé : la justice-miséricorde et la miséricorde juste ».

« Prions-le aujourd’hui, a conclu le Saint-Père, pour qu’il nous donne à tous, spécialement aux pasteurs de l’Église, mais à tous, la grâce de la prière, la grâce de la proximité, et la grâce de la justice-miséricorde et de la miséricorde-justice ».

Parmi les chants entonnés après la communion, “Jesus Christ, You are my life”, hymne informel de chaque JMJ depuis celles de Rome 2000.

Il s’agissait de la dernière des messes du matin célébrées par le Pape François et retransmises en direct depuis le 9 mars dernier. L’initiative des retransmissions avait été prise suite à la suspension des célébrations publiques dans une large partie du monde en raison de la pandémie de Covid-19. Avec la reprise des messes en Italie et dans d’autres pays ce lundi, la retransmission en direct de cette messe de 7 heures en la chapelle de la maison Sainte-Marthe cessera dès demain, 19 mai. Comme il l’a exprimé ces derniers jours, François espère qu’ainsi « le peuple de Dieu puisse retrouver la familiarité communautaire avec le Seigneur dans les sacrements », en participant aux liturgies dominicales, et « reprenant, aussi dans les églises, la fréquentation quotidienne du Seigneur et de sa Parole ». Tout cela en respectant toujours les prescriptions établies, a aussi souligné le Saint-Père lors du Regina Cœli, dimanche 17 mai.

Les homélies de la messe matinale du Saint-Père continueront toutefois d’être publiées sur notre site internet.

(Avec V. N.)

Dimanche 17 Mai 2020

Avant de réciter la prière du Regina Cœli, le Pape François a médité sur l’amour gratuit prodigué par le Christ, qui induit que si nous l’aimons « nous observerons ses commandements ».

L’Évangile de ce dimanche (cf. Jn 14, 15-21) présente deux messages fondamentaux : l’observation des commandements et la promesse de l’Esprit Saint. Ainsi le Pape François a introduit sa réflexion avant de prier le Regina Cœli, ce dimanche 17 mai.

« Jésus lie son amour à l’observation des commandements, et sur ce point il insiste dans son discours d’adieu : "Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements" (v. 15) », a détaillé le Saint-Père. « Celui qui accepte mes commandements et les observe, c’est celui-là qui m’aime » (v. 21).

Le Pape François nous explique ainsi que Jésus nous demande de l’aimer, mais que « cet amour ne se termine pas par un désir pour Lui, ou par un sentiment », mais qu’il requiert « la volonté de suivre Son chemin, c’est-à-dire la volonté du Père ».

Et cela se résume dans le commandement de l’amour mutuel, donné par Jésus lui-même, a souligné François : ’’Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres’’ (Jn 13, 34). Il n’a pas dit : "Aimez-moi comme je vous ai aimés", mais "aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés’’. Il nous aime sans rien nous demander en retour, et il veut que son amour gratuit devienne la forme concrète de la vie entre nous : c’est sa volonté.

Et le Souverain pontife de poursuivre : « Après la mort et la résurrection de Jésus, son amour est donné à ceux qui croient en Lui et sont baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

C’est ainsi que « l’Esprit lui-même » nous guide, nous éclaire, nous fortifie, afin que chacun puisse évoluer dans la vie, même dans l’adversité et les difficultés, dans les joies et les peines, en restant sur le chemin de Jésus.

Cela est possible précisément en restant docile à l’Esprit Saint, afin que, par sa présence agissante, il puisse « non seulement consoler » mais aussi « transformer les cœurs, en les ouvrant à la vérité et à l’amour ».

En effet, face à l’expérience de l’erreur et du péché - que nous faisons tous - l’Esprit Saint nous aide à ne pas succomber et nous fait saisir et vivre pleinement le sens des paroles de Jésus : "Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements" (v. 15).

Le Pape François a ensuite précisé : « Les commandements ne nous sont pas donnés comme une sorte de miroir dans lequel on peut voir se refléter nos misères et nos incohérences. Non, la Parole de Dieu nous est donnée comme Parole de vie, qui transforme, qui renouvelle, qui ne juge pas pour condamner, mais guérit et a pour finalité le pardon. Une parole qui est une lumière dans nos pas, œuvre de l’Esprit Saint, pour que nous devenions « des personnes qui ont compris que la vie est une mission pour annoncer les merveilles que le Seigneur accomplit en ceux qui lui font confiance ».

Le Pape François, au terme de la prière du Regina Cœli de ce dimanche, a évoqué, avec affection, la figure de Saint Jean-Paul II alors que l’on célébrera, ce lundi 18 mai 2020, le centenaire de sa naissance. Le Saint-Père a par ailleurs évoqué la reprise des messes sur la péninsule italienne ce lundi 18 mai.

À la veille du centenaire de la naissance de Saint Jean-Paul II, à Wadowice, en Pologne, le Pape François a confié se souvenir du Pape polonais« avec beaucoup d’affection et de gratitude ». « Depuis les Cieux, il continue d’intercéder pour le Peuple de Dieu et la paix dans le monde ».

Demain matin à 7 heures, a rappelé le Saint-Père, « je célébrerai la messe, qui sera transmise dans le monde entier ». Cette célébration aura lieu dans la chapelle où se trouve la tombe du Pape Jean-Paul II, en la basilique Saint-Pierre de Rome.

Le Pape a ensuite évoqué la reprise des célébrations liturgiques avec les fidèles dans certains pays, et notamment en Italie ce lundi, exhortant à la prudence. « S’il vous plaît, allons de l’avant avec les règles, les prescriptions qui sont données, afin de protéger la santé de chacun et du peuple » a demandé le Saint-Père.
Proximité avec les jeunes dont la première communion est reportée

Le Pape François s’est également adressé, en ce sixième dimanche de Pâques, aux enfants qui s’apprêtaient à recevoir la première communion mais qui vont devoir patienter en raison de l’épidémie de Covid-19. « En mai, a-t-il relevé, dans de nombreuses paroisses, il est de tradition de célébrer les messes de la première communion. De toute évidence, en raison de la pandémie, ce beau moment de foi et de fête a été reporté ».

Le Saint-Père a ainsi souhaité « envoyer une pensée affectueuse aux garçons et aux filles qui auraient dû recevoir l’Eucharistie pour la première fois », les invitant « à vivre ce temps d’attente comme une occasion de mieux vous préparer : en priant, en lisant le livre du catéchisme pour approfondir la connaissance de Jésus, en mûrissant dans la bonté et dans le service aux autres ».

Le Pape a par ailleurs exhorté à promouvoir des attitudes vertueuses en faveur de la création, alors que se tient actuellement la semaine Laudato Si’, sur le thème « Tout est lié » à l’occasion du cinquième anniversaire de son encyclique sur la sauvegarde de la maison commune. Cette initiative s’achèvera dimanche 24 mai. « En ces temps de pandémie où nous sommes plus conscients de l’importance de prendre soin de notre maison commune, j’espère que toute la réflexion et l’engagement communs aideront à créer et à renforcer des attitudes constructives pour le soin de la création ».

(Avec V. N.)

Mercredi 13 Mai 2020

Lors de l’audience générale tenue en la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape a poursuivi son cycle de catéchèses sur la prière.

« La prière appartient à tous, aux hommes de toute religion, et probablement aussi à ceux qui n’en professent aucune », a d’emblée expliqué le Pape, à la veille de la journée du 14 mai, durant laquelle les croyants de toutes les religions du monde seront invités à prier dans le contexte de la pandémie de coronavirus, avant de revenir sur les spécificités de la prière chrétienne.

« La prière naît dans le secret de nous-mêmes, dans ce lieu intérieur que les auteurs spirituels appellent souvent “le cœur” », a expliqué François, en reprenant des termes du Catéchisme de l’Église catholique. La prière relie donc toutes les dimensions de notre être profond. « Les émotions prient, mais on ne peut pas dire que la prière soit seulement une émotion. L’intelligence prie, mais prier n’est pas seulement un acte intellectuel. Le corps prie, mais on peut parler avec Dieu aussi dans la plus grave invalidité. C’est donc tout l’homme qui prie, s’il prie avec son “cœur” », a insisté le Pape.

La prière est un élan qui évoque « la nostalgie d’une rencontre » et une dynamique de lien entre le « moi » et le « Tu ». Cette dilatation du cœur que le chrétien vit quand il prie ouvre donc à une relation, et non pas à un repli sur soi. Dieu a voulu entrer en relation avec chacun de nous, et « le christianisme est la religion qui célèbre continuellement la “manifestation” de Dieu, c’est-à-dire son épiphanie. Les premières fêtes de l’année liturgique sont la célébration de ce Dieu qui ne reste pas caché, mais qui offre son amitié aux hommes », à travers l’inscription de Jésus dans l’histoire humaine.

« Le christianisme a banni du lien avec Dieu toute relation de type “féodal” », a expliqué François, en rappelant que la relation entre Dieu et les hommes ne doit jamais être une « sujétion », un « esclavage » ou une « vassalisation », mais qu’au contraire le patrimoine spirituel chrétien évoque des paroles douces pour évoquer cette relation : « alliance », « amitié », « promesse », « communion », ou encore « proximité ».

« Dieu est l’ami, l’allié, l’époux », et dans le “Notre Père” Jésus nous a appris à adresser au Père toute une série de demandes. Nous pouvons donc tout demander à Dieu, tout Lui raconter. Même si nous nous sentons en défaut, même si nous avons été infidèles, « Lui, Il continue à bien nous aimer ». Jésus l’a démontré dans son amour inconditionnel pour ses disciples, le soir de la Cène, alors même qu’Il savait qu’il serait trahi.

Dieu attend donc que nous lui ouvrions la porte de notre cœur. « Parfois, il frappe à la porte du cœur mais il n’est pas envahissant : il attend », il a la tendresse et la patience « d’un papa et d’une maman ». Le « noyau incandescent » de la prière chrétienne est donc tourné vers un « Dieu d’amour, notre Père qui nous attend et nous accompagne », a conclu le Pape François.

(Avec V. N.)

Dimanche 10 Mai 2020

Avant la prière du Regina Coeli, le Pape François est revenu sur le début de du discours d’adieu de Jésus à ses disciples : nous sommes faits pour la joie du Ciel et seule une voie peut nous y mener, celle de Jésus en qui nous devons sans cesse nous confier.

L’Évangile proclamé ce dimanche (Jn 14, 1-12) est le début du « discours d’adieu » de Jésus à ses disciples, au cours de la dernière Cène, juste avant d’entrer dans sa Passion. L’heure est grave, mais Jésus dit à ses apôtres : « que votre cœur ne se trouble pas » ; il nous le dit encore aujourd’hui, face aux drames de la vie. Mais comment pouvons-nous faire pour ne pas laisser nos cœurs se troubler, demande le Pape.

Jésus nous indique deux « remèdes » pour cela. « Croyez en moi », enjoint-il avant tout. « Cela peut sembler théorique, abstrait », souligne François , mais en réalité, poursuit-il, Jésus veut nous dire quelque chose de précis. Il sait que le trouble et l’angoisse peuvent venir du sentiment de ne pas pouvoir faire y arriver, de se retrouver seul et sans repères face aux événements. Cette anxiété, grevée par les difficultés, ne peut être surmontée seul. « C’est pourquoi Jésus nous demande d’avoir foi en Lui, de ne pas nous appuyer sur nous-mêmes mais sur Lui ». Car la libération de l’angoisse passe par la confiance, certifie le Pape qui propose de s’adresser ainsi au Seigneur : « Jésus, je crois que tu es ressuscité et que tu es à mes côtés. Je crois que tu m’écoutes. Je t’apporte ce qui me tourmente et m’angoisse : j’ai foi en toi et je me confie en toi ».
Notre place est au Ciel

Le second remède offert par Jésus s’exprime par ces mots : « dans la maison de mon père, il y a de nombreuses demeures. Je pars vous préparer une place ». « C’est ce que Jésus a fait pour nous, il nous a réservé une place au Ciel », insiste le Pape. Cette place réservée à chacun de nous est une « certitude qui console ». « Ne vivons pas sans but ni sans destination, poursuit-il. Nous sommes attendus, nous sommes précieux. Dieu est épris de la beauté de ses enfants. Et pour nous, il a préparé le lieu le plus digne et le plus beau : le paradis ». Là se trouve notre demeure ; c’est pour le Ciel et la vie éternelle que nous sommes faits. Il est encore difficile pour nous d’imaginer ce qu’est l’éternité, concède François, mais une chose est sûre : tout cela se fera dans la joie, en pleine communion avec Dieu et avec les autres.

Mais comment parvenir au Ciel ? Encore une fois, la réponse se dévoile dans les paroles mêmes du Christ : « Moi, je suis le chemin », dit-il. La voie pour aller au Ciel est celle de Jésus : « c’est d’avoir une relation vivante avec Lui, l’imiter dans l’amour, suivre ses pas ». Il existe des voies qui n’amènent pas au Ciel : « celles du pouvoir, de la mondanité, de l’affirmation de soi », énumère le Pape. À ces chemins trompeurs, s’oppose la voie du Seigneur, celle de l’amour humble, de la prière, de la douceur, de la confiance. C’est avancer chaque jour en demandant à Jésus : « que penses-tu de mon choix ? Que ferais-tu à ma place ? ». Il serait bon d’oser demander à Jésus qui est le chemin, les « indications pour le Ciel », a conclu le Pape François, invitant, comme toujours, à se tourner vers la Vierge Marie, afin qu’elle aide chacun à suivre son fils.

(Avec V. N.)

Mercredi 6 Mai 2020

Le Pape François a commencé lors de l’audience générale un nouveau cycle de catéchèses qui porte sur la prière. Revenant sur l’épisode de l’aveugle Bartimée, raconté dans l’Evangile selon saint Marc, le Saint-Père a rappelé le sens du cri d’un cœur qui se tourne vers Dieu.

Depuis la bibilothèque du palais apostolique, le Pape François a tenu son audience générale qui inaugure un nouveau cycle de catéchèse. Après un cycle sur les Béatitudes, ce mercredi de la quatrième semaine de Pâques il a inauguré un nouveau cycle sur la prière.

La prière « est la respiration de la foi, son expression la plus juste. Elle est comme un cri qui sort du cœur de celui qui croit et se confie à Dieu » a expliqué le Pape. François est revenu sur le passage de l’Evangile de Saint-Marc (Mc 10, 46-52) lu avant sa catéchèse qui relate l’histoire de Bartimée, un mendiant aveugle de la ville de Jéricho, qui crie vers Jésus. « Il utilise la seule arme en sa possession pour attirer l’attention de Jésus : il crie. »

Après ce cri, beaucoup lui demandent de se taire, a relaté le Pape, « mais lui continue, et Jésus écoute son cri ». Bartimé avait décidé qu’il ferait tout son possible pour rencontrer Jésus. Il ne sait pas où est Jésus mais il devine sa présence gâce au bruit de la foule. Bartimé est seul mais personne ne s’en soucie.

La manière dont s’exprime Bartimée à Jésus est très importante a pousuivi François : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! ». Elle signifie "le Messie", « c’est une profession de foi qui sort de la bouche de cet homme méprisé de tous ». La prière de Bartimée touche le cœur de Jésus, le cœur de Dieu, et les portes du salut s’ouvrent pour lui.

Jésus l’appelle et il va reconnaître chez cet homme pauvre, sans défense, méprisé, la puissance de sa foi qui attire la miséricorde et la puissance de Dieu. Bartimée est un homme persévérant, a précisé le Pape. Autour de lui il y avait des gens qui expliquaient qu’il était inutile d’implorer, que crier était un vacarme qui dérangeait, c’est tout. Mais lui continue à crier de plus belle et à la fin il obtient ce qu’il voulait.

Jésus reconnaît ainsi à cet homme pauvre, impuissant et méprisé toute la force de sa foi, qui attire la miséricorde et la puissance de Dieu. « La foi, c’est avoir deux mains levées, une voix qui crie pour implorer le don du salut », a poursuivi le Souverain Pontife.

A travers le cri de Bartimée, a poursuivi le Pape François, il y a dans le cœur d’un homme qui invoque Dieu, « une voix qui sort spontanément, sans que personne ne la commande, une voix qui s’interroge sur le sens de notre chemin, surtout lorsque nous nous trouvons dans l’obscurité : "Jésus, aie pitié de moi ! Jésus, aie pitié de nous tous !” »

Les chrétiens partagent le cri de la prière avec tous les hommes et les femmes. Saint Paul élargit l’horizon en rappelant que « la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement » (Rm 8, 22). Le Pape François a conclu sa catéchèse en utilisant une belle formule qui résume ce cri de Bartimée vers Jésus, un cri universel : « l’homme est un mendiant de Dieu ».

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Mai 2020

Lors de la prière du Regina Coeli de ce quatrième dimanche de Pâques, dimanche du Bon Pasteur, le Saint-Père est revenu sur l’importance de savoir faire la distinction entre la voix de Dieu et la voix tentante, qui conduit au mal.

L’Évangile dit : « Les brebis entendent sa voix : il appelle ses brebis, chacune par son nom » (Jn 10, 3). « Le Seigneur nous appelle par notre nom, il nous appelle parce qu’il nous aime. Mais, l’Evangile le répète, il y a d’autres voix, à ne pas suivre : celles des étrangers, des voleurs et des brigands qui veulent le mal des brebis », a déclaré le Saint-Père, débutant sa réflexion. Il y différentes voix qui résonnent en chacun de nous, a-t-il expliqué. La voix de Dieu « qui parle gentiment à la conscience » et la « la voix tentante qui conduit au mal ».

Comment alors apprendre à discerner ces deux voix ? Elles parlent deux langues différentes et ont « des façons opposés de frapper nos coeur », a éxpliqué le Pape. D’un côté, « la voix de Dieu ne nous force jamais : Dieu se propose, il ne s’impose pas ». De l’autre côté, « la voix du mal séduit, assaille, force : elle suscite des illusions éblouissantes, des émotions tentantes, mais éphémères. Au début, il nous flatte, il nous fait croire que nous sommes tout-puissants, mais ensuite il nous laisse vides à l’intérieur et nous accuse : "Vous ne valez rien” ». Au contraire, « la voix de Dieu nous corrige, avec tant de patience, mais nous encourage toujours, nous console : elle nourrit toujours l’espoir ». « La voix de Dieu est une voix qui a un horizon, au lieu de cela, la voix du méchant vous emmène vers un mur, vous emmène dans un coin », a ajouté le Saint-Père.

Une autre différence. La voix de l’ennemi « nous distrait du présent et veut que nous nous concentrions sur les craintes de l’avenir ou la tristesse du passé » faisant ainsi remonter à la surface « l’amertume, le souvenir des torts subis, de ceux qui nous ont fait du mal », tandis que celle de Dieu en revanche s’adresse au présent : « Maintenant, vous pouvez faire le bien, maintenant vous pouvez exercer la créativité de l’amour, maintenant vous pouvez renoncer aux regrets et aux remords qui retiennent votre cœur captif ».

Pour continuer, le Souverain Pontife a fait part d’une autre astuce pour discerner ces deux voix : elles soulèvent en nous des questions différentes. « Ce qui vient de Dieu sera : "Qu’est-ce qui est bon pour moi ? Au lieu de cela, le tentateur insistera sur une autre question : "Qu’est-ce que j’ai envie de faire ? Ce que je ressens : la voix du mal tourne toujours autour de l’ego, de ses pulsions, de ses besoins, de tout et tout de suite. La voix de Dieu, au contraire, ne promet jamais la joie à bas prix : elle nous invite à dépasser notre ego pour trouver le vrai bien, la paix. »

Le mal ne nous donne jamais la paix, il provoque la frénésie avant et laisse l’amertume après, a pris soin de rappeler le Pape François.

Enfin, a expliqué le Pape, la voix de Dieu et celle du tentateur s’expriment dans des « milieux différents ». « L’ennemi préfère l’obscurité, le mensonge, le bavardage » alors que « le Seigneur aime la lumière du soleil, la vérité, la transparence sincère ».

L’ennemi dira : « Enfermez-vous en vous-même, car personne ne vous comprend et ne vous écoute, ne vous faites pas confiance ! Le bien, au contraire, nous invite à nous ouvrir, à être clairs et confiants en Dieu et dans les autres ».

Pour terminer, le Pape a demandé à chacun d’être « attentifs aux voix qui atteignent nos coeurs : demandons-nous d’où elles viennent. Demandons la grâce de reconnaître et de suivre la voix du bon Pasteur, qui nous fait sortir des barrières de l’égoïsme et nous conduit vers les pâturages de la vraie liberté. Que Notre-Dame, Mère du Bon Conseil, guide et accompagne notre discernement ».

Dans son appel suivant la prière du Regina Coeli, le Saint-Père est revenu sur la 57ème journée mondiale de prière pour les vocations qui se tient ce dimanche 3 mai.

L’existence chrétienne est toujours une réponse à l’appel de Dieu, quel que soit l’état de vie, a rappelé le Pape.

Depuis la bibliothèque de Vatican, après avoir récité la prière du Regina Coeli, le Souverain Pontife est revenu sur la journée mondiale de prière pour les vocations, qui se tient ce dimanche 2 mai, « ce jour nous rappelle ce que Jésus a dit un jour, que le champ du Royaume de Dieu exige beaucoup de travail, et nous devons prier le Père d’envoyer des ouvriers pour travailler dans son champ » (cf. Mt 9, 37-38). Le sacerdoce et la vie consacrée exigent du courage et de la persévérance, a expliqué le Saint-Père.

Le Pape François a ensuite tenu à adresser, une fois de plus, sa proximité avec ceux qui souffrent de la maladie Covid-19 et « avec ceux qui se consacrent à leurs soins, avec tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, souffrent de la pandémie ». Dans le même temps, il a encouragé la coopération internationale qui se met en place. « Il est en effet important de réunir les capacités scientifiques, de manière transparente et désintéressée, pour trouver des vaccins et des traitements et garantir l’accès universel aux technologies essentielles qui permettront à chaque personne infectée, dans toutes les régions du monde, de recevoir les soins de santé nécessaires » a t-il souligné.

Enfin, le Souverain Pontife a eu une pensée pour l’Association « Meter », promoteur de la Journée nationale pour les enfants victimes de violence, d’exploitation et d’indifférence et a rappelé l’invitation, du Haut Comité pour la Fraternité humaine selon laquelle le 14 mai prochain, les croyants de toutes les religions devraient s’unir spirituellement lors d’une journée de prière et de jeûne, pour implorer Dieu d’aider l’humanité à surmonter la pandémie de coronavirus.

(Avec V. N.)

Mercredi 29 avril 2020

Lors de l’audience générale tenue dans la bibliothèque du palais appostolique, le Pape François a clos son cycle catéchétique sur les Béatitudes, s’attardant sur la dernière d’entre elles : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 10). Loin de toute victimisation, le drame de la persécution nous configure au Christ crucifié et nous associe à sa Passion, a affirmé le Saint-Père.
Cette dernière Béatitude est étroitement liée à la première et parle de la même joie : le royaume des Cieux est celui des persécutés comme celui des pauvres en esprit. Elle vient couronner un seul et même parcours. Et l’on comprend que la pauvreté en esprit, les pleurs, la douceur, la soif de sainteté, la miséricorde, la purification du cœur et les œuvres de paix peuvent conduire à la persécution à cause du Christ, mais qu’elle deviendra in fine source de joie et de grande récompense au Ciel. Ces Béatitudes représentent un « cheminement pascal » qui nous fait passer « d’une vie selon le monde à une vie selon Dieu, d’une existence vécue selon le monde et selon la chair à une existence guidée par l’Esprit ».

Or, le monde, avec ses idoles et ses compromis ne peut approuver cette existence, note le Pape. « Pour les structures de péché engendrées par la mentalité humaine, la vie selon l’Evangile est une erreur et un problème ». Dans un monde basé sur l’argent, quiconque montre que la vie peut s’accomplir dans le don et le renoncement de soi représente une « nuisance » pour « le système de l’avidité ». Ainsi, « dans la beauté de la sainteté et la vie des enfants de Dieu il y a quelque chose d’inconfortable qui appelle à une prise de position : se laisser interroger et s’ouvrir à la bonté, ou rejeter cette lumière et endurcir son cœur, jusqu’à l’opposition et l’acharnement ».

Voilà pourquoi « le drame de la persécution est aussi le lieu de la libération de l’assujettissement au succès, à la vaine gloire et aux compromis mondains ». Et le Pape d’évoquer la douloureuse réalité de ces nombreux chrétiens devenus « membres ensanglantés du corps du Christ » en raison des persécutions qu’ils subissent encore aujourd’hui.

Prenons garde toutefois à ne pas appréhender cette béatitude sous un prisme victimaire, avertit le Souverain Pontife qui poursuit : « le mépris des hommes n’est pas toujours synonyme de persécutions ». Il existe un mépris qui est de notre faute, lorsque, par exemple, nous perdons la saveur du Christ et de l’Evangile. De là, le besoin de rester sur l’humble sentier des Béatitudes qui nous porte vers le Christ, non vers le monde.

L’exclusion et la persécution, manifestation de la vie nouvelle, nous configurent au Christ crucifié en nous associant à sa passion. Accepter son Esprit peut remplir notre cœur d’amour au point d’offrir notre vie pour le monde, sans se compromettre avec ses erreurs et en acceptant d’en être rejeté. C’est là, conclut le Pape, « la vie du Royaume des Cieux, le vrai bonheur ».
Fête de saint Joseph

S’adressant aux fidèles francophones, le Souverain Pontife a évoqué la fête de saint Joseph, travailleur, le 1er mai prochain : « je confie à la miséricorde de Dieu toutes les personnes frappées par le chômage dû à la pandémie actuelle. Que le Seigneur soit la Providence de tous ceux qui sont dans le besoin et nous incite à leur venir en aide ! Que Dieu vous bénisse ! »

(Avec V. N.)

Dimanche 26 Avril 2020

En ce troisième dimanche de Pâques, l’évangéliste saint Luc nous entraîne vers Emmaüs, avec les deux disciples qui sont rejoints par Jésus. Lors de la prière du Regina Cœli, récitée depuis la depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Saint-Père s’est appuyé sur ce récit pour décrire un cheminement qui peut devenir le nôtre : celui qui va de la tristesse à la joie, de la déception à l’amour de Dieu.

Jérusalem-Emmaüs, 11 kilomètres : un trajet dont l’aller et le retour sont vécus bien différemment par les deux disciples, tant la rencontre avec le Ressuscité les a bouleversés. Le premier voyage se passe « dans la tristesse, le second dans la joie », a résumé le Saint-Père. Pourtant, à l’aller, Jésus est auprès d’eux, mais les pèlerins ne le reconnaissent pas et restent « découragés et sans espérance ». Au retour, « ils ne le voient plus, mais ils le sentent proche » et s’en vont raconter leur heureuse rencontre aux disciples restés à Jérusalem.
Changer de centre

Le récit de saint Luc parle toujours aux disciples d’aujourd’hui. « Dans la vie, nous avons devant nous deux directions opposées », a expliqué François : le chemin de celui qui « se laisse paralyser par les déceptions de la vie et avance tristement » ; ou bien le chemin de « celui qui ne met ni lui-même ni ses problèmes au premier plan », mais Jésus et ses frères. Entre les deux, un virage, consistant à « cesser d’orbiter autour de son propre moi, des déceptions du passé, des idéaux non réalisés », pour se tourner tout entier vers « la réalité la plus grande et vraie de la vie : Jésus est vivant, Jésus m’aime ». « Une réalité belle, positive, solaire, belle ! », s’est exclamé le Pape.

« L’inversion de la marche est celle-ci, a-t-il ensuite insisté : passer des pensées sur mon propre moi à la réalité de mon Dieu », des hypothèses et des regrets à la certitude que « le Seigneur est vivant, Il marche avec nous ». Lorsque « nous nous lamentons », nous restons « dans cet air gris de la tristesse », et cela « ne nous aide pas, et ne fait pas non plus grandir le bien ».

Et François de préciser les modalités de ce changement, qui survient « en rencontrant Jésus ». D’abord, « ouvrir son cœur à Jésus, Lui confier les poids, les fatigues, les déceptions de la vie ». Ensuite, « écouter Jésus, prendre l’Évangile entre ses mains » et le lire, en particulier l’Évangile de ce dimanche. Enfin « prier Jésus » avec les mots des disciples : « Reste avec nous Seigneur », « parce que nous avons besoin de toi pour trouver le chemin. Et sans Toi il fait nuit ».

« Dans la vie nous sommes toujours en chemin », a enfin rappelé le Saint-Père, « et nous devenons ce vers quoi nous allons ». À nous, donc, de choisir « le chemin de Dieu, et non pas celui du moi ». Comme aux disciples d’Emmaüs, une lumineuse assurance se révèlera : « nul imprévu, nulle montée, nulle nuit que l’on ne puisse affronter avec Jésus ».

Le Pape a conclu son propos en confiant tous les fidèles à la prière de la Vierge Marie, « Mère du chemin ».

Après avoir récité la prière du Regina Coeli, le Pape François a rappelé l’importance de prévenir et de soigner le paludisme. Au lendemain de la Journée internationale de lutte contre le paludisme, il a exprimé sa proximité aux malades et aux personnels soignants.

« Alors que nous combattons la pandémie de coronavirus, nous devons faire avancer notre engagement pour prévenir et guérir le paludisme qui menace des milliards de personnes dans de nombreux pays. Je suis proche de tous les malades, de tous ceux qui les soignent et de ceux qui travaillent pour que chaque personne ait accès à de bons services sanitaires de base » a déclaré le Saint-Père depuis la bibliothèque du palais apostolique après la prière du Regina Coeli ce dimanche.

Le paludisme a frappé 228 millions de personnes dans le monde et en a tué 405 000. Le continent le plus touché est l’Afrique qui a enregistré la moitié des décès dus à cette maladie. Or, à cause de la pandémie de Covid-19, le bilan cette année pourrait être bien supérieur à cause de problèmes de distribution de moustiquaires et de médicaments. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, près de 400 000 personnes supplémentaires pourraient mourir de cette maladie cette année sur le continent, soit 770 000. En 2018, les deux-tiers des victimes étaient des enfants de moins de cinq ans.

Preuve de cette crise à venir, le Zimbabwe annonce une hausse de près de 50 % des cas de paludisme par rapport à l’année dernière selon des chiffres officiels. Le nombre de décès a lui, augmenté de 20 %. « Cette année, le nombre de cas de paludisme dans le pays est de 170 303 et celui des morts de 152, comparés respectivement à 117 715 et 127 en 2019 » a affirmé le ministère de la Santé. De plus, l’augmentation du nombre de cas de paludisme laisse craindre que ceux de coronavirus passent inarperçus puisque certains des symptômes sont similaires. Jusqu’à présent, le Zimbabwe a recensé officiellement 29 cas confirmés de Covid-19 et quatre décès.

Dans ses autres saluts, le Pape a rappelé la Journée pour l’université catholique du Sacré-Cœur qui a cette année pour thème « Alliés pour le futur ». François a invité à soutenir cet établissement qui cherche à conjuguer la recherche scientifique et la formation intégrale des personnes.

Le Saint-Père a également salué les participants à la « Lecture nationale des Saintes Écritures » en Pologne. Il en a profité pour rappeler son conseil de porter toujours sur soi l’Évangile et de le lire tous les jours. Il a enfin rappelé aux fidèles la lettre qu’il a publiée hier et par laquelle il invite à prier en mai, le mois de Marie, le chapelet avec deux autres prières qu’il a rédigé lui-même. « Notre Mère nous aidera à affronter avec plus de foi et d’espérance le temps d’épreuve que nous traversons ».

(Avec V. N.)

Mercredi 22 avril 2020

Lors de l’audience générale depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a évoqué la 50ème Journée Mondiale de la Terre. Situant sa réflexion dans la lignée de "Laudato Si’", il l’a présentée comme une « opportunité pour renouveler notre engagement à aimer notre maison commune et à en prendre soin ».

« Comme la tragique pandémie de coronavirus est en train de nous le démontrer, c’est seulement ensemble et en prenant en charge les plus fragiles que nous pourrons vaincre les défis globaux », a expliqué le Pape François. Il a donc invité à s’engager dans le soin de la maison commune, l’être humain étant à la fois fait de « matière terrestre », dépendant des fruits de la terre, et portant un « souffle vital qui vient de Dieu ».

Apportant son soutien aux mouvements de défense de l’environnement, le Pape remarque que la dégradation de la nature a atteint un niveau qui met en péril la survie de l’être humain. La crise actuelle a donc aussi une dimension spirituelle. « Nous avons péché contre la terre, contre notre prochain, et en définitive contre le Créateur, le Père bon qui fournit ce qu’il faut pour chacun et qui veut que nous vivions ensemble en communion et prospérité ». « Dieu pardonne toujours, nous les hommes nous pardonnons parfois, mais la Terre ne pardonne jamais », a remarqué le Pape en citant un dicton espagnol.

L’enjeu pour chaque personne est donc de retrouver une relation harmonieuse avec son prochain, et avec toute la Création. Si nous « avons ruiné l’œuvre du Seigneur » en exploitant les ressources de la Terre à un rythme effréné, « nous sommes appelés à retrouver le sens du respect sacré pour la terre, parce qu’elle n’est pas seulement notre maison, mais aussi la maison de Dieu ».

Le défi spirituel est de réveiller « le sens esthétique et contemplatif que Dieu a placé en nous », a expliqué François en reprenant les termes de l’exhortation apostolique Querida Amazonia. La conversion écologique doit également se concrétiser dans un sens politique, et le Pape a rappelé l’importance de deux évènements programmés dans les prochains mois : la COP15 de Kunming en Chine, sur la biodiversité, et la COP26 de Glasgow, en Écosse, sur le changement climatique. Mais au niveau international comme sur le plan national et local, la concertation est essentielle, et la transformation écologique doit partir du bas, d’un mouvement populaire, et non pas être imposée d’en haut.

« En ce temps pascal de renouveau, engageons-nous à aimer et apprécier le magnifique don de la terre, notre maison commune, et à prendre soin de tous les membres de la famille humaine. Comme frères et sœurs que nous sommes, supplions ensemble notre Père céleste : “Envoie-sur nous ton Esprit et renouvelle la face de la terre” », a conclu le Pape en citant le Psaume 104.

(Avec V. N.)

Dimanche 19 avril 2020

Une semaine après avoir célébré la résurrection du Christ dans une Basilique Saint-Pierre déserte, le Pape François, a présidé la messe en l’église Santo Spirito in Sassia de Rome, en la fête de Miséricorde Divine. Dans son homélie, le Saint-Père a exhorté à construire un nouveau monde en combattant le virus de l’égoïsme et de l’injustice.

C’est dans le « sanctuaire de la miséricorde à Rome », privé de ses fidèles en raison de la pandémie de coronavirus, que le Pape François a célébré la fête de la Miséricorde Divine, instituée par Saint Jean-Paul II, il y a vingt ans, le 30 avril 2000, jour de la canonisation de Sœur Faustine Kowalska, apôtre de la Divine Miséricorde. En ce deuxième dimanche de Pâques, le Saint-Père, commentant l’Évangile selon Saint Jean, a posé son regard sur l’apôtre Thomas et sur sa résurrection qui « s’accomplit quand son humanité fragile et blessée entre dans celle de Jésus ».

« Une semaine s’est écoulée, une semaine que les disciples, bien qu’ayant vu le Ressuscité, ont passée dans la peur, « les portes verrouillées » (Jn 20, 26), sans même réussir à convaincre de la résurrection l’unique absent, Thomas. Le disciple, « arrivé en retard », lorsqu’il touche du doigts « la proximité amoureuse de Dieu », dans ces blessures et embrasse la miséricorde, « dépasse les autres disciples : il ne croit pas seulement à la résurrection, mais à l’amour sans limites de Dieu ».

Cette résurrection du disciple commence, observe le Pape dans son homélie, « à partir de cette miséricorde fidèle et patiente, à partir de la découverte que Dieu ne se lasse pas de nous tendre la main pour nous relever de nos chutes ». Il veut que nous le voyions, « non pas comme un patron à qui nous devons rendre des comptes, mais comme notre Papa qui nous relève toujours ».
Confier au Seigneur nos précieuses fragilités

Alors que le monde entier est aujourd’hui traversé par une profonde souffrance liée à l’épidémie de Covid-19, le Pape invite à s’immerger dans cette miséricorde qui nous relève de terre, à l’image du disciple Thomas et de Sainte Faustine en confiant au Seigneur « nos misères » et en nous redécouvrant précieux dans nos fragilités.

« Dans l’épreuve que nous sommes en train de traverser, nous aussi, comme Thomas, avec nos craintes et nos doutes, nous nous sommes retrouvés fragiles. Nous avons besoin du Seigneur, qui voit en nous, au-delà de nos fragilités, une beauté indélébile ».

Avec lui, relève le Pape François, « nous découvrons que nous sommes comme de très beaux cristaux, fragiles et en même temps précieux. Et si, comme le cristal, nous sommes transparents devant lui, sa lumière, la lumière de la miséricorde, brille en nous, et à travers nous, dans le monde ».

Face à « une lente et pénible récupération, suite à la pandémie », le Saint-Père met en garde contre le danger d’« oublier celui qui est resté en arrière ». Le risque, insiste-t-il, serait d’être infecté par « un virus pire encore, celui de l’égoïsme indifférent » qui peut porter « à sélectionner les personnes, à écarter les pauvres, à immoler sur l’autel du progrès celui qui est en arrière ».

Cependant, poursuit-il, cette pandémie nous rappelle qu’« il n’y a ni différences ni frontières entre ceux qui souffrent. Nous sommes tous fragiles, tous égaux, tous précieux. Ce qui est en train de se passer nous secoue intérieurement : c’est le temps de supprimer les inégalités, de remédier à l’injustice qui mine à la racine la santé de l’humanité tout entière ! ».

Le Pape François exhorte alors à « construire un nouveau monde » en étant, à l’image de la communauté chrétienne des origines décrite dans le livre des Actes des Apôtres, « miséricordieux envers celui qui est plus faible ». Il ne s’agit pas d’une idéologie, c’est le christianisme, précise le Saint-Père.

Déplorant qu’aujourd’hui, une petite partie de l’humanité soit allée de l’avant, tandis que la majorité est restée en arrière, le Pape souligne que cette épreuve offre l’occasion de préparer l’avenir de tous non pas en privilégiant « nos intérêts partisans » mais en remédiant à « l’injustice qui mine à la racine la santé de l’humanité tout entière », en étant « miséricordieux envers celui qui est plus faible ».

Sans une vision d’ensemble, il n’y aura d’avenir pour personne conclu le Saint-Père en souhaitant que « l’amour désarmé et désarmant de Jésus ressuscite le cœur du disciple et que nous aussi, comme l’apôtre Thomas, puissions accueillir la miséricorde, salut du monde ».

(Avec V. N.)

Mercredi 15 Avril 2020

Lors de l’audience générale tenue dans la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François est revenu sur le sens de la septième béatitude : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).

Le Saint-Père a expliqué que la paix du Christ est le fruit de sa mort et de sa résurrection, et qu’œuvrer pour la paix impose de chercher des « voies toujours nouvelles pour aimer ».

Il a voulu dissiper le malentendu qui entoure parfois le mot « paix », parfois banalisé dans le langage courant où il risque de devenir synonyme de consensus mou, de « tranquillité intérieure » ou même de « conscience domestiquée » . Il a donc situé ce mot dans sa dynamique biblique, qui se retrouve dans le mot hébreu « Shalom », une parole forte qui porte en elle le vœu d’une « vie belle, pleine, prospère, mais aussi selon la vérité et la justice, qui auront leur accomplissement dans le Messie, prince de la Paix ».

Être en paix, ce n’est donc pas être relâché et indifférent aux souffrances des autres. En effet la « rédemption spirituelle » passe nécessairement par une forme de mise en tension. « L’inquiétude peut être un important moment de croissance, souvent c’est le Seigneur Lui-même qui sème en nous l’inquiétude pour aller à Sa rencontre », a précisé le Pape. Dieu se fait « signe de contradiction, en secouant nos fausses sécurités, pour nous amener au Salut ».

Sur le plan collectif et international, l’idée de la paix doit toujours être abordée avec précision et prudence, car parfois les traités de paix cachent en réalité la préparation d’autres guerres ou la métamorphose des combats militaires en des guerres indirectes, utilisant d’autres canaux. « Dans le cadre d’une mondialisation faite surtout d’intérêts économiques et financiers, nous devons suspecter que la “paix” de certains corresponde à la “guerre” des autres. Et ceci n’est pas la paix du Christ ! ».

Les vrais « artisans de paix » dont il est question dans les Béatitudes sont donc ceux qui vivent réellement et sincèrement dans la logique de l’amour, qui « est créatif par nature et recherche la réconciliation à n’importe quel coût. Ceux qui sont appelés fils de Dieu sont ceux qui ont appris l’art de la paix et l’exercent. Ils savent qu’il n’y a pas de réconciliation sans don de sa propre vie, et que la paix doit être recherchée toujours et partout », a insisté le Pape.

Seule la paix du Christ permet de générer « une humanité nouvelle, incarnée dans une chaîne infinie de saints et de saintes, inventifs, créatifs, qui ont trouvé des voies toujours nouvelles pour aimer ». C’est dans cette dynamique d’amour que la Résurrection du Christ nous aide à « accueillir les souffrances et les épreuves de la vie comme une précieuse occasion de rédemption et de salut », a ensuite précisé le Pape François en s’adressant aux Italiens, dans le contexte d’un temps pascal marqué par la pandémie de coronavirus.

(Avec V. N.)

Dimanche 12 Avril 2020

A l’issue de la messe de Pâques célébrée sans fidèles dans la basilique Saint-Pierre, le Pape a donné sa bénédiction Urbi et Orbi, à la ville et au monde, devant l’autel de la confession de Pierre. En cette année marquée par la pandémie de Covid-19, François a demandé au peuple de Dieu et aux hommes de bonne volonté de se départir de l’indifférence, de l’égoïsme de la division et de l’oubli qui « prévalent quand la peur et la mort sont victorieux en nous ». Il souhaite que chacun laisse le Seigneur vaincre en lui, et qu’Il « nous introduise dans son jour glorieux qui ne connait pas de déclin »

« Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! ». En ce jour de Pâques, l’annonce de l’Église résonne dans le monde, actuellement « opprimé par la pandémie ». La Bonne Nouvelle de la résurrection est un « autre type de contagion » nous dit le Pape, « la contagion de l’espérance ». Il ne s’agit pas d’une « formule magique », précise le Pape, mais de la « victoire de l’amour sur la racine du mal, une victoire qui “n’enjambe pas” la souffrance et la mort, mais les traverse en ouvrant une route dans l’abîme ». Le corps glorieux du Christ porte des plaies indélébiles « devenues fissures d’espérance ».

Dans un contexte mondial marqué par la pandémie de coronavirus, le Pape a d’abord une pensée pour toutes les personnes affectées par le virus : les malades, les défunts, les familles qui pleurent la mort d’un proche sans parfois avoir eu la possibilité de leur dire un dernier adieu. Le Pape prie le Seigneur de vie, qu’il accueille les défunts et qu’il donne réconfort et espérance à ceux qui sont encore dans l’épreuve, notamment aux personnes âgées et seules.

« C’est pour beaucoup une Pâques de solitude » reconnaît François. La maladie prive des affections mais aussi, explique-t-il, de la possibilité d’avoir recours en personne à la consolation des sacrements « mais le Seigneur ne nous a pas laissés seuls ! Restant unis dans la prière, nous sommes certains qu’il a mis la main sur nous », dit le Pape qui exprime ce midi sa gratitude pour les personnels soignants qui « témoignent d’amour jusqu’à l’extrême », pour ceux qui travaillent « assidûment » pour assurer les services essentiels, pour les forces de l’ordre.

Ces dernières semaines, en raison de la pandémie, la vie de millions de gens a changé. Le confinement est pour certains une occasion, pour d’autres un temps de préoccupation pour l’avenir. Le Pape encourage les responsables politiques « à s’employer activement en faveur du bien commun ».
Levée des sanctions et réduction des dettes pour le bien des populations

Suit une feuille de route en ce jour d’espérance et de joie. Un temps qui n’est pas pour le Pape celui de l’indifférence vis-à-vis des plus vulnérables, pauvres, réfugiés, sans abris. « Ne les laissons pas seuls », ni manquer de médicaments ou de soins. Le Pape exhorte aussi à une levée des sanctions internationales « qui empêchent aux pays qui en font l’objet de fournir un soutien convenable à leurs citoyens ». François se prononce également pour réduction ou une suppression de la dette des pays les plus pauvres.

« Ce temps n’est pas celui des égoïsmes », poursuit François. Son message s’adresse sans détour à l’Europe qui a su s’unir après la Seconde Guerre mondiale et dont les membres sont appelés à se redécouvrir comme faisant partie d’une unique famille. « Il est plus urgent que jamais, juge le Pape, que les rivalités (du passé) ne reprennent pas vigueur ». Il prône la solidarité face aux intérêts individuels qui pourraient remettre en cause la cohabitation pacifique et le développement.

« Que le Christ notre paix éclaire tous ceux qui ont des responsabilités dans les conflits, pour qu’ils aient le courage d’adhérer à l’appel pour un cessez-le-feu mondial et immédiat dans toutes les régions du monde », s’exclame le Saint-Père, soutenant un appel de l’ONU en cette période de pandémie. Ce n’est pas le temps des divisions, de continuer à fabriquer des armes, mais de mettre un terme aux conflits en Syrie, au Yémen, aux tensions en Irak ou au Liban, aux violences terroristes en Afrique, aux souffrances dans l’est de l’Ukraine. C’est le temps aussi de la reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens, assure-t-il, « pour permettre à tous de vivre en paix ».

Le Pape prie pour que le Seigneur de la vie se montre proche et « réchauffe les cœurs » de toutes ces personnes se trouvant dans une situation d’urgence humanitaire en raison de conflit, de sécheresse ou de famine. Ce temps n’est pas non plus « le temps de l’oubli ». Le Pape pense aux déplacés, aux réfugiés et en particulier aux mineurs isolés en Libye ou à la frontière gréco-turque ou sur l’île de Lesbos. Que le Seigneur les protège, qu’il permette aussi au Venezuela « d’arriver à trouver des solutions concrètes et immédiates pour accorder l’aide internationale à la population qui souffre », poursuit le Pape.

Le Pape demande à chacun de bannir l’indifférence, l’égoïsme, la division et l’oubli, aujourd’hui et en tout temps. Ces paroles « semblent prévaloir quand la peur et la mort sont victorieuses en nous, c’est-à-dire lorsque nous ne laissons pas le Seigneur Jésus vaincre dans notre cœur et dans notre vie ». Le Pape demande à Dieu « Lui, qui a déjà détruit la mort nous ouvrant le chemin du salut éternel », de disperser « les ténèbres de notre pauvre humanité et nous introduise dans son jour glorieux qui ne connaît pas de déclin ».

Messe de Pâques

En ce dimanche 12 avril 2020, solennité de la Résurrection du Seigneur, le Pape François a célébré la messe en la Basilique Saint Pierre.

L’Alléluia pascal a de nouveau résonné dans la majestueuse basilique lors de cette messe présidée par le Saint-Père à l’autel de la Chaire devant une poignée de personnes, comme cela a été le cas durant ce Triduum.

La proclamation de l’Évangile en latin et en grec (Jn 20, 1-9) a été précédée par la séquence pascale Victimae Paschalis :

À la victime pascale, chrétiens,
offrez le sacrifice de louange.

L’agneau a racheté les brebis :
le Christ innocent
a réconcilié les pécheurs avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut :
vivant, il règne.

’Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? ’

J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité,
il vous précédera en Galilée. ’

Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux, prends-nous tous en pitié !

Le Pape François n’a pas tenu d’homélie.

La liturgie, empreinte de sobriété, s’est poursuivie, toujours sous le regard du crucifix miraculeux de San Marcello in Corso et de l’icône de la Vierge Marie, Salus Populi Romani.

Samedi 11 Avril 2020

Samedi Saint, dans une basilique Saint-Pierre vidée de ses fidèles, le Pape François a présidé ce samedi soir la veillée pascale de la Sainte nuit. Dans son homélie, le Saint-Père est revenu sur l’espérance qu’apportait la Résurrection du Christ. Le début d’une histoire nouvelle où la lumière triomphe des ténèbres, une annonce pleine d’espérance que chacun est invité à partager.

La veillée a commencé dans une basilique Saint-Pierre baignée par l’obscurité. Le Pape a allumé son cierge au cierge pascal, devant l’autel de la chaire, où avaient pris place seulement quelques personnes. A la troisième invocation du chant « Lumen Christi », la basilique s’est allumée, faisant traverser la nuit de la résurrection, symbolisant le passage de la mort à la vie.

Puis le diacre a chanté en latin « l’Exultet », l’annonce pascale, qui rappelle la traversée de la Mer Rouge lors de l’Exode et témoigne de la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Le Pape a entamé son homélie en revenant sur le sabbat rappelé par l’Evangile selon Saint Matthieu, où les femmes se rendent au tombeau. Un jour que nous laissons trop souvent de côté a t-il relevé : « le jour du Triduum pascal que nous négligeons le plus, pris par la frémissante attente de passer de la croix du vendredi à l’alleluia du dimanche. Cette année, cependant, nous percevons plus que jamais le samedi saint, le jour du grand silence. »

Nous pouvons pourtant nous retrouver dans le sentiment de ces femmes a poursuivi le Pape François, Comme nous, elles avaient dans les yeux le drame de la souffrance, d’une tragédie inattendue arrivée trop vite. Mais malgré les souffrances et l’obscurité, ces femmes ne se laissent pas paralyser par la peur ni ne fuient la réalité, a expliqué le Pape, et le samedi, elles font quelque chose de simple et d’extraordinaire : préparer des parfums pour le corps de Jésus. « Ces femmes, sans le savoir, préparaient dans l’obscurité de ce samedi « l’aube du premier jour de la semaine », le jour qui aurait changé l’histoire. Jésus, comme une semence dans la terre, allait faire germer dans le monde une vie nouvelle »

A l’aube, les femmes devant le sépulcre entendent des paroles de vie et rencontrent Jésus qui leur dit d’être sans crainte. Cette espérance est pour nous aujourd’hui, a souligné le Saint-Père, « ce sont les paroles que Dieu nous répète dans la nuit que nous traversons.

« Cette nuit nous conquerrons un droit fondamental, qui ne nous sera pas enlevé : le droit à l’espérance. C’est une espérance nouvelle, vivante, qui vient de Dieu. Il ne s’agit pas d’un simple optimisme a t-il précisé, mais bien « un don du Ciel que nous ne pouvons pas nous procurer tout seuls. »

Si la tombe est un lieu dont l’on ne sort pas, Jésus lui est sorti pour nous, « il est ressuscité pour nous, pour apporter la vie là où il y avait la mort, pour commencer une histoire nouvelle là où on avait mis une pierre dessus ». Le Pape a ainsi exhorté à ne pas céder à la résignation, « ne mettons pas une pierre sur l’espérance. »

Par sa résurrection, le Christ rappelle que l’obscurité et la mort n’ont pas le dernier mot. François s’est arrêté ensuite sur le mot « confiance ». « C’est une parole qui dans l’Evangile sort toujours de la bouche de Jésus, c’est lui, le Ressuscité, qui nous relève nous qui sommes dans le besoin. Si tu es faible et fragile sur le chemin, si tu tombes, ne crains pas, Dieu te tend la main et te dit : “Confiance. Cette confiance on ne peut se la donner mais la recevoir comme un don, a poursuivi le Pape. « Il suffit d’ouvrir ton cœur dans la prière, il suffit de soulever un peu cette pierre mise à l’entrée de ton cœur pour laisser entrer la lumière de Jésus. Il suffit de l’inviter : “Viens, Jésus, dans mes peurs et dis-moi aussi : Confiance”.

L’annonce pascale est une annonce d’espérance, a rappelé François et contient une invitation, un envoi deuxième partie, l’envoi. « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée » (Mt 28, 10), dit Jésus. « Il vous précède en Galilée » (v. 7), dit l’ange.

Dans cette annonce joyeuse, le Seigneur nous précède. « Il est beau de savoir qu’il marche devant nous, a dit le Pape qu’il a visité notre vie et notre mort pour nous précéder en Galilée, c’est-à-dire dans le lieu qui pour lui et pour ses disciples rappelait la vie quotidienne, la famille, le travail. »

La Galilée était une région à la forte symbolique, a précisé le Saint-Père, « le lieu le plus distant de la sacralité de la Ville sainte » où de nombreux cultes variés étaient pratiqués. Jésus pourtant nous demande de repartir de là. « Qu’est-ce que cela nous dit ? a-t-il demandé : Que l’annonce de l’espérance ne doit pas être confinée dans nos enceintes sacrées, mais doit être portée à tous ».

« Chacun de nous a sa propre Galilée » a poursuivi le Pape, aussi nous sommes invités à porter le chant de la vie ! Le Pape a ainsi exhorté à mettre un terme au « cri de mort » qui marque notre monde contemporain : « Faisons taire le cri de mort, ça suffit les guerres ! Que s’arrête la production et le commerce des armes, parce que c’est de pain et non de fusils dont nous avons besoin. Que cessent les avortements, qui tuent la vie innocente. Que s’ouvrent les cœurs de ceux qui ont, pour remplir les mains vides de ceux qui sont privés du nécessaire. »

Comme il avait débuté son homélie, le Sain-Père a terminé en mentionnant les femmes, qui embrassèrent les pieds de Jésus, « les pieds qui avaient piétiné la mort et ouvert le chemin de l’espérance. Nous, pèlerins en recherche d’espérance, a-t-il conclu, aujourd’hui nous nous serrons contre toi, Jésus Ressuscité. Nous tournons le dos à la mort et nous t’ouvrons nos cœurs, toi qui es la Vie.

(Avec V. N.)

Vendredi 10 Avril 2020

Le Pape François a confié cette année les méditations du Chemin de Croix à des détenus d’une prison de Padoue, dans le nord de l’Italie, ainsi qu’au personnel carcéral. Dans un message enregistré le Pape a remercié ces prisonniers, témoignant envers eux une proximité qui ne s’est jamais démentie depuis le début de son pontificat.

Le 28 mars 2013, pour le premier Jeudi Saint de son pontificat, le Pape François s’était rendu à la maison pénitenciaire de Casal del Marmo en banlieue de Rome pour aller laver les pieds à douze détenus, parmi lesquels deux jeunes filles. Les images fortes avaient fait le tour du monde, rappelant que Jésus est serviteur. Depuis, il a célébré cinq fois la messe de la Cène du Seigneur auprès de prisonniers.

Cette année, en raison des mesures de confinement le Souverain Pontife n’a pu se rendre au milieu carcéral, mais a associé les détenus aux méditations du Chemin de Croix. Le Saint-Père a en effet demandé à Don Marco Pozza, aumônier de la prison des Due Palazzi de Padoue (Nord) de préparer ces méditations. Parmi ceux qui ont écrit les textes qui seront lus lors des stations de cette Via Crucis place Saint-Pierre figurent « cinq prisonniers, la famille d’une victime de meurtre, la fille d’un homme condamné à la prison à vie, un éducateur, un agent de probation, la mère d’un prisonnier, un catéchiste, un frère volontaire, un agent de la police pénitentiaire, un prêtre accusé puis finalement acquitté après huit ans » a expliqué Don Marco au quotidien L’Avvenire.

Le Pape a été touché par ces méditations, et a ainsi enregistré un message audio transmis sur la radio italienne RTL ce vendredi matin 10 avril : « Je me suis installé dans les replis de vos paroles et je me suis senti le bienvenu chez moi. Merci d’avoir partagé un bout de votre histoire avec moi, explique le Saint-Père, Dieu se raconte et nous parle à l’intérieur d’une histoire, il nous invite à l’écouter attentivement et avec miséricorde. »

Dans son message, le Pape explique aussi que les détenus ont « éparpillé [leurs] noms non pas dans la mer de l’anonymat, mais parmi les nombreuses personnes liées au monde de la prison. Ainsi, dans le Chemin de Croix, vous prêterez votre histoire à tous ceux qui, dans le monde, partagent la même situation ». « Il est réconfortant de lire une histoire dans laquelle il y a des histoires non seulement de personnes en prison, mais aussi de tous ceux qui sont passionnés par le monde de la prison », ajoute François dans son message aux détenus de Padoue.

Le Pape a donc souhaité cette année placer les prisonniers au pied de la Croix, cœur du message du Vendredi Saint. Une signification d’autant plus forte alors que la pandémie de coronavirus a jeté une lumière crue sur les difficiles conditions de vie dans de nombreuses prisons, en Italie ou dans d’autres pays.

Don Marco Pozza souligne qu’en faisant confiance aux prisonniers dont il a la charge, François a leur a envoyé un message : « Votre bonne volonté m’est précieuse. La voix du Pape François est la seule voix qui fasse autorité dans le monde carcéral, a t-il précisé à L’Avvenire , comme pour dire : je comprends bien votre souffrance, cherchons à entrer en contact ». Parmis les personnes qui porteront la Croix lors des stations ce vendredi soir place Saint-Pierre figureront des détenus de la prison de Due Palazzi.

Cinq prisonniers, une famille victime d’un meurtre, la fille d’un condamné à perpétuité, un éducateur, un magistrat de surveillance, la mère d’un prisonnier, une catéchiste, un prêtre injustement accusé, un frère volontaire, un policier, tous sont liés à l’aumônerie du centre de détention "Due Palazzi" de Padoue. Et tous sont auteur des méditations lues lors du Chemin de Croix présidé cette année par le Pape sur le parvis de la Basilique Saint-Pierre.

« Accompagner le Christ sur le chemin de la croix, avec la voix rauque des gens qui habitent le monde des prisons, est l’occasion d’assister au prodigieux duel entre la Vie et la Mort, en découvrant comment les fils du bien s’entrelacent inévitablement avec les fils du mal ».

Telle est l’introduction aux méditations du Chemin de Croix publiée sur le site de la Lev, la Librairie Éditrice Vaticane. Les textes, recueillis par l’aumônier de la prison "Due Palazzi" de Padoue (Vénétie, Italie du nord), Don Marco Pozza, et par la volontaire Tatiana Mario, ont été écrits à la première personne, mais sont destinés à donner une voix à tous ceux qui, dans le monde, partagent la même condition.

« Crucifiez-le, crucifiez-le ! ». La personne qui commente la première station (« Jésus est Jésus est condamné à mort ») est un condamné à perpétuité. Crucifiez-le, « c’est un cri dont j’ai entendu parler moi aussi », relate-t-il. Sa crucifixion a ainsi commencé lorsqu’il était enfant, un enfant rejeté. Aujourd’hui, l’on dit qu’il ressemble plus à Barabbas qu’au Christ. Son passé est une chose pour laquelle il éprouve du dégoût. Après 29 ans de prison, je n’ai pas encore perdu la capacité de pleurer, d’avoir honte du mal fait (...) mais j’ai toujours cherché quelque chose qui était la vie, explique-t-il. Aujourd’hui, « je sens dans mon cœur que cet homme innocent, condamné comme moi, est venu me chercher en prison pour m’éduquer à la vie ».

Dans la deuxième station (« Jésus est chargé de la croix »), la méditation est écrite par deux parents dont la fille a été assassinée. « Notre vie était une vie de sacrifice, fondée sur le travail et la famille. Nous nous demandons souvent : pourquoi ce mal qui nous a submergés ? Nous ne trouvons pas la paix ». Survivre à la mort d’un enfant est déchirant, mais « au moment où le désespoir semble prendre le dessus, le Seigneur, de différentes manières, vient à notre rencontre, nous donnant la grâce de nous aimer comme époux, nous soutenant mutuellement même si c’est avec difficulté ». Ils continuent à faire du bien aux autres, et trouvent en cela une forme de salut, ils ne veulent pas s’abandonner au mal. Ils font l’expérience que « l’amour de Dieu est capable de régénérer la vie ».

Dans la troisième station (« Jésus tombe pour la première fois »), un prisonnier raconte que sa chute, la première, a été sa fin. Après une vie difficile dans laquelle il n’a pas réalisé que le mal grandissait en lui, il a pris la vie d’une personne. « Un soir, en un instant, comme une avalanche, écrit-il, je me suis déchaîné contre le souvenir de toutes les injustices subies dans la vie. La colère a assassiné la bonté, j’ai commis un mal incommensurablement plus grand que tous ceux que j’avais reçus ». En prison, il frôle le suicide, mais il retrouve ensuite la lumière, en rencontrant des gens qui lui redonnent « la confiance perdue », lui montrant que la bonté existe aussi dans le monde.

« Pas un instant je n’ai ressenti la tentation d’abandonner mon fils face à sa peine », affirme la mère d’un détenu. Ses propos commentent la quatrième station ("Jésus rencontre sa Mère"). Depuis l’arrestation de son fils, « les blessures s’agrandissent au fil des jours, nous coupant même le souffle. Je ressens la proximité de la Vierge... Je lui ai confié mon fils : seule Marie peut me confier mes craintes, puisqu’elle les a elle-même ressenties lors de son ascension au Calvaire ». Elle poursuit : « J’imagine que Jésus, levant son regard, a croisé ses yeux pleins d’amour et ne s’est jamais senti seul. C’est ce que je veux faire aussi ».
Le rêve d’être un Cyrénéen pour les autres

Il est encore prisonnier et commente la cinquième station (« Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix »). La croix à porter est lourde, dit-il, mais « dans les prisons, Simon de Cyrène, tout le monde le connaît : c’est le surnom des bénévoles, de ceux qui montent au calvaire pour aider à porter une croix ». « Je vieillis en prison : je rêve de pouvoir à nouveau me fier à l’homme. Devenir un Simon de Cyrène de joie pour quelqu’un ».

« En tant que catéchiste, je sèche beaucoup de larmes, je les laisse couler : on ne peut pas arrêter un cœur brisé ». Ce sont les paroles de la catéchiste qui a réfléchi sur la sixième station (« Véronique essuie le visage de Jésus »). Comment apaiser l’angoisse des hommes « qui ne peuvent pas trouver une issue à ce qu’ils sont devenus en cédant au mal » ? Le seul moyen est de rester là, à leurs côtés, sans ressentir de peur, « en respectant leurs silences, en écoutant leur douleur, en essayant de regarder au-delà des préjugés ». Comme Jésus le fait avec nos fragilités. Et elle écrit : « À chacun, même aux détenus, est offerte chaque jour la possibilité de devenir de nouvelles personnes grâce à ce regard qui ne juge pas, mais qui insuffle vie et espoir ».

Dans la septième station (« Jésus tombe pour la deuxième fois »), un prisonnier, coupable de trafic de drogue, qui a entraîné toute sa famille avec lui en prison, ressent une honte infinie pour lui-même. Il a écrit : « Aujourd’hui seulement, je peux l’admettre : dans ces années-là, je ne savais pas ce que je faisais. Maintenant que je le fais, avec l’aide de Dieu, j’essaie de reconstruire ma vie ». L’idée que le mal continue à régir sa vie est insupportable, c’est devenu son chemin de croix. La prière au Seigneur est « pour tous ceux qui n’ont pas encore pu échapper à la puissance de Satan, à tout le charme de ses œuvres et à ses mille formes de séduction ».
Pour moi, espérer est une obligation

« Depuis vingt-huit ans, je purge la peine de grandir sans père », c’est l’expérience de la fille d’un homme emprisonné à vie qui commente la huitième station (« Jésus rencontre les femmes de Jérusalem »). Tout dans sa famille a été brisé, elle voyage à travers l’Italie pour suivre son père de temps en temps dans une autre prison et, résumant sa vie, elle continue, « il y a des parents qui, par amour, apprennent à attendre que leurs enfants mûrissent. Pour moi, par amour, il arrive d’attendre le retour de papa. Pour ceux qui, comme nous, ont de l’espoir, c’est une obligation ».

Tomber et à chaque fois se relever est le témoignage d’un prisonnier qui se reconnait dans ce qui est contemplé dans la neuvième station (« Jésus tombe pour la troisième fois »). « Comme Pierre, j’ai cherché et trouvé mille excuses pour mes erreurs : ce qui est étrange, c’est qu’un fragment de bien est toujours resté allumé en moi », écrit-il, en concluant : « Il est vrai que je suis parti en mille morceaux, mais ce qui est beau, c’est que ces morceaux peuvent encore être tous réunis. Ce n’est pas facile : c’est la seule chose qui a encore un sens ici ».

Tout comme à la dixième station, on se souvient de « Jésus dépouillé de ses vêtements », de même un éducateur voit beaucoup de personnes en prison dépouillées de leur dignité et de leur respect pour elles-mêmes et pour les autres. Ce sont des hommes et des femmes « exaspérés dans leur fragilité, souvent dépourvus du nécessaire pour comprendre le mal commis. Cependant, ils ressemblent parfois à des enfants qui viennent de naître et qui peuvent encore être modelés. Mais il n’est pas facile de poursuivre cet engagement. Dans ce service délicat », évoque l’éducateur, « nous ne devons pas nous sentir abandonnés, afin de pouvoir soutenir les nombreuses existences qui nous sont confiées et qui risquent chaque jour de faire naufrage ».

À la onzième station du Chemin de Croix (« Jésus est cloué sur la croix »), la méditation est celle d’un prêtre accusé puis acquitté. Son chemin de croix personnel a duré 10 ans, « peuplé de dossiers, de soupçons, d’accusations, d’insultes ». En gravissant le calvaire, dit-il, il a rencontré de nombreux Simon de Cyrène qui avaient porté avec lui le poids de la croix. Ensemble, ils ont prié pour le garçon qui l’avait accusé. « Le jour où j’ai été pleinement acquitté », écrit-il, « j’ai découvert que j’étais plus heureux qu’il y a dix ans : j’ai touché l’action de Dieu dans ma vie. Accroché à la croix, mon sacerdoce s’est illuminé ».

Un magistrat de surveillance commente la douzième station (« Jésus meurt sur la croix »). La vraie justice, dit-il, n’est possible que par une miséricorde qui ne cloue pas l’homme sur la croix pour toujours. Il faut l’aider à se relever, en découvrant ce bien, qui malgré tout, « ne s’éteint jamais complètement dans son cœur ». Mais cela ne peut se faire qu’en apprenant « à reconnaître la personne qui se cache derrière la culpabilité commise », afin de pouvoir « entrevoir un horizon qui puisse insuffler de l’espoir aux condamnés ». La prière au Seigneur s’adresse aux « magistrats, juges et avocats, afin qu’ils restent droits dans l’exercice de leur service » en faveur notamment des plus pauvres.

À la treizième station (« Jésus est descendu de la croix »), la méditation est assurée par un frère qui fait du bénévolat dans les prisons depuis soixante ans. « Nous, les chrétiens, dit-il, nous tombons souvent dans la flatterie de nous sentir mieux que les autres (...) En passant d’une cellule à l’autre, je vois la mort y vivre. » Sa tâche consiste à s’arrêter en silence devant les nombreux « visages dévastés par le mal et à les écouter avec pitié ». Accueillir la personne, c’est détourner de son regard l’erreur qu’elle a commise. « Ce n’est que de cette façon qu’il pourra avoir confiance et trouver la force de s’abandonner au Bien, en s’imaginant différent de ce qu’il voit maintenant ». Telle est la mission de l’Église.

« Jésus est enterré », dernière station, la quatorzième. La méditation est confiée à un policier de prison, diacre permanent. Dans son travail, il touche chaque jour la souffrance, et sait qu’en prison « un homme bon peut devenir un homme sadique », mais aussi qu’un homme méchant pourrait devenir un homme meilleur. Cela dépend aussi de lui. Et donner une autre chance à ceux qui ont favorisé le mal est devenu son engagement quotidien qui se traduit « en gestes, en attentions et en paroles capables de faire la différence ». Capable de redonner espoir à des personnes résignées et effrayées à l’idée de recevoir, après avoir purgé leur peine, un nouveau refus de la société. « En prison, conclut-il, je leur rappelle qu’avec Dieu, aucun péché n’aura jamais le dernier mot ».

(Avec V. N.)

Jeudi 9 Avril 2020

Lors de la messe de la Cène du Seigneur, célébrée dans une grande sobriété en la basilique Saint-Pierre, le Pape François a développé une homélie basée sur un appel lancé aux prêtres à « se laisser laver les pieds par le Seigneur ».

Alors que durant les années précédentes, le Pape François aimait célébrer cette liturgie dans des lieux symboliques des périphéries de la société (prisons, centre d’accueil de réfugiés, établissement de soin pour personnes âgées), il l’a cette fois célébrée en la basilique Saint-Pierre, sur l’autel de la Chaire, devant quelques personnes se tenant à distance les unes des autres, comme lors de la messe des Rameaux dimanche dernier. Le cadre liturgique était extrêmement sobre et dépouillé, omettant notamment le rite du lavement des pieds, conformément aux dispositions prises par la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements dans ce contexte de pandémie de coronavirus, et qui sont valables au Vatican comme dans le reste du monde.

Le Pape François a centré son homélie, prononcée sans texte écrit, sur ces trois axes : « L’Eucharistie, le service, l’onction ». Il a expliqué que « le Seigneur veut rester avec nous, dans l’Eucharistie, et nous devenons toujours tabernacles du Seigneur : nous portons le Seigneur avec nous au point que Lui-même nous dit que si nous ne mangeons pas son corps et que nous ne buvons pas son sang, nous n’entrerons pas dans le Royaume des Cieux. »

Chaque disciple du Christ est invité à servir, mais il est aussi invité à se laisser servir par le Seigneur. « Si moi je ne laisse pas le Seigneur être mon serviteur, me laver, me faire grandir, me pardonner, je n’entrerai pas dans le Royaume des Cieux », a expliqué le Pape, tout en reconnaissant que ce paradoxe apparent « est difficile à comprendre ».

Le Pape François a exprimé sa proximité pour les prêtres, en expliquant que, du plus récemment ordonné jusqu’au Pape, tous partagent la même mission, et sont « oints pour l’eucharistie ». Il a dit espérer que la messe chrismale du diocèse de Rome puisse se dérouler avant la Pentecôte, car dans le cas contraire, elle devra être repoussée à l’an prochain.

Dans le contexte tragique de la pandémie de Covid-19, qui affecte durement le clergé, l’évêque de Rome a évoqué « les prêtres qui offrent la vie pour le Seigneur, les prêtres qui sont serviteurs. Ces jours-ci, plus de 60 sont morts ici, en Italie, en portant l’attention aux malades dans les hôpitaux. Aussi avec les médecins, les infirmières, les infirmiers : ce sont les saints de la porte d’à côté, des prêtres qui ont donné la vie en servant ».

François a souligné l’importance de la proximité sacerdotale, des bons prêtres qui servent parfois dans plusieurs villages à la fois, mais qui connaissent intimement les gens au point de se souvenir du nom de leurs chiens… Il a aussi évoqué les « prêtres calomniés » qui se font agresser dans la rue en étant assimilés à ceux qui ont fait « de mauvaises choses », et les « prêtres pécheurs, qui avec les évêques et le Pape pécheur n’oublient pas de demander pardon et apprennent à pardonner, parce qu’ils savent qu’ils ont besoin de demander pardon et de pardonner ».

Avec V. N.)

Mercredi 8 Avril 2020

Au cours de l’audience générale qui s’est tenue dans la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape François a rappelé dans sa catéchèse le message d’amour et le vrai visage de Dieu révélé pleinement par la croix du Seigneur.

« Durant ces semaines d’appréhension pour la pandémie qui cause tant de souffrances dans le monde, beaucoup s’interrogent sur la présence et l’action efficace de Dieu face à ce mal », a reconnu d’emblée le Pape qui invite à scruter le récit de la Passion qui nous est proposé par la liturgie en ces jours saints.

Déjà, les contemporains de Jésus se posaient beaucoup de questions le concernant, se demandant s’il était vraiment le Messie, celui qui, selon leur croyance, viendrait les libérer du joug romain, l’épée à la main. Mais le Seigneur se présente comme un Messie doux et humble de cœur, appelant à la conversion et à la miséricorde. Et c’est finalement un étranger, le centurion romain, au pied de la croix, qui, touché par les souffrances de Jésus et son amour sans mesure, proclame solennellement sa réelle identité et reconnait en Lui le Fils de Dieu.

Nous avons l’habitude de projeter sur Dieu nos succès, notre sens de la justice, et même notre indignation, observe François. Mais Dieu n’est pas comme cela, l’Évangile nous l’apprend. C’est donc Lui qui choisit de s’approcher de nous, et c’est sur la Croix que se révèle son vrai visage. La Croix est « la cathèdre de Dieu » ; et le Pape de suggérer que nous regardions le crucifix en silence, pour découvrir qui est notre Seigneur, pour nous libérer de nos préjugés à son sujet, et qu’ensuite nous ouvrions l’Évangile. « Il (Jésus) ne montre personne du doigt, mais ouvre ses bras à tous ; il ne nous écrase pas de sa gloire, mais se laisse dépouiller pour nous ; il ne nous aime pas en paroles, mais nous donne sa vie en silence ; il ne nous force pas, mais nous libère ; il ne nous traite pas comme des étrangers, mais prend sur lui notre mal, nos péchés ». Tout cela parce qu’il est Amour. En ces jours de quarantaine, où nous devons rester chez nous sans pouvoir nous rendre à l’église, le Pape suggère que nous vivions des « liturgies domestiques » centrées autour du crucifix et de l’Évangile, en ouvrant « son cœur à la prière ».

Nous pourrions préférer un Dieu fort et tout-puissant, qui ne soit pas faible et qui ne meurt pas. C’est oublier, rappelle le Pape, que le pouvoir de ce monde passe, tandis que l’amour demeure. « Seul l’amour garde la vie que nous avons, car il embrasse nos fragilités et les transforme. C’est l’amour de Dieu qui, à Pâques, a guéri notre péché par son pardon, qui a fait de la mort un passage de la vie, qui a transformé notre peur en confiance, notre angoisse en espérance. Pâques nous dit que Dieu peut tout transformer en bien. Qu’avec Lui, nous pouvons vraiment avoir confiance que tout ira bien ». Ainsi, les interrogations angoissantes sur le mal trouvent dans le Ressuscité de solides réponses qui nous empêchent de faire naufrage.

Au terme de sa catéchèse, le Pape a salué les fidèles de langue française : « Frères et sœurs, Jésus a changé l’histoire marquée par le mal en une histoire de salut. Avec son cœur ouvert de Crucifié, il rejoint chacun de nous dans ces moments d’angoisses, de difficultés et de souffrance. En cette Semaine Sainte, qu’au milieu des drames et des épreuves que nous vivons, nos cœurs s’établissent fermement dans le Christ mort et ressuscité ».

Retour sur l’homélie du Saint-Père lors de la Messe de la Chapelle de la Maison Sainte-Marthe en ce mercredi 8 avril :

Dans son homélie, le Pape François a commenté l’Évangile de Matthieu (Mt 26, 14-25), qui nous parle de la trahison de Judas. Découvrons son homélie :

« Le Mercredi Saint est également appelé "mercredi de la trahison", le jour où la trahison de Judas est soulignée dans l’Église. Judas vend le Maître.

Quand on pense à la vente des gens, il nous vient à l’esprit le commerce fait avec les esclaves d’Afrique pour les amener en Amérique - une vieille chose - puis le commerce, par exemple, des filles Yézidies vendues à Daech. Même aujourd’hui, les gens sont vendus. Tous les jours. Il y a des Judas qui vendent leurs frères et sœurs, les exploitant dans leur travail, ne payant pas la bonne somme d’argent, ne reconnaissant pas leurs devoirs... Au contraire, ils vendent beaucoup de fois les choses les plus chères.

Pour être plus à l’aise, certains croient pouvoir emmener leurs parents et ne plus les voir, les mettre dans un endroit sûr et ne pas aller les voir... ils vendent. Il existe un dicton très répandu qui, en parlant de gens comme ça, dit que "celui-ci est capable de vendre sa mère" : et il la vend. Maintenant qu’ils sont calmes, ils sont partis : "Prenez soin d’eux ...".

Aujourd’hui, le commerce humain est comme au début : il est fait. Pourquoi ? Parce que Jésus l’a dit. Il a donné de l’argent à un seigneur. Jésus a dit : "Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent", deux seigneurs. C’est la seule chose que Jésus met en place et chacun de nous doit choisir : soit vous servez Dieu, et vous serez libres dans le culte et le service, soit vous servez l’argent, et vous serez esclaves de l’argent. C’est l’option choisie et beaucoup de gens veulent servir Dieu et l’argent. Et cela ne peut être fait. En fin de compte, ils prétendent servir Dieu pour servir l’argent. Ce sont les exploiteurs cachés qui sont socialement impeccables, mais sous la table ils font du commerce, même avec les gens : peu leur importe. L’exploitation humaine consiste à vendre les autres.

Judas est parti, mais il a laissé des disciples, qui ne sont pas ses disciples mais le diable. On ne sait pas comment était la vie de Judas. Un garçon normal, peut-être, et même avec de l’anxiété, car le Seigneur l’a appelé à être un disciple. Il n’a jamais réussi à être un disciple : il n’avait ni la bouche d’un disciple ni le cœur d’un disciple, comme nous l’avons lu dans la première lecture. Il était faible en tant que disciple, mais Jésus l’aimait... Alors l’Evangile nous fait comprendre qu’il aimait l’argent : chez Lazare, quand Marie a oint les pieds de Jésus avec ce parfum coûteux, il a fait la réflexion et Jean a souligné : "Mais il ne l’a pas dit parce qu’il aimait les pauvres : il l’a dit parce que c’était un voleur". L’amour de l’argent l’avait fait sortir des règles, voler, et de voler à trahir il n’y a qu’un pas. Qui aime trop l’argent trahit pour en avoir plus, toujours : c’est une règle, c’est un fait. Le garçon Judas, peut-être bon, avec de bonnes intentions, finit par être un traître au point d’aller au marché pour vendre : "Il est allé voir les chefs des prêtres et leur a dit : "Combien voulez-vous me donner pour que je vous le donne, directement ?” À mon avis, cet homme était complètement fou.

Une chose qui attire mon attention, c’est que Jésus ne lui dit jamais "traître" ; il dit qu’il sera trahi, mais il ne lui dit pas "traître". Il ne dit jamais : "Va-t’en, traître." Jamais ! En fait, il dit "ami" et il l’embrasse. Le mystère de Judas... Comment est le mystère de Judas ? Je ne sais pas... Don Primo Mazzolari l’a mieux expliqué que moi... Oui, cela me réconforte de contempler ce chapiteau de Vézelay (un sculpture représentant le corps de Judas porté par Jésus, ndlr) : comment Judas a-t-il fini ? Je ne sais pas. Jésus menace fortement, ici ; il menace fortement : "Malheur à cet homme par lequel le Fils de l’homme est trahi : il vaudrait mieux pour cet homme qu’il ne soit jamais né ! Mais cela signifie-t-il que Judas est en enfer ? Je ne sais pas. Je regarde le chapiteau. Et j’entends la parole de Jésus : "Ami". Mais cela nous fait penser à autre chose, qui est plus réel, plus réel qu’aujourd’hui : le diable est entré dans Judas, c’est le diable qui l’a conduit jusqu’ici. Et comment l’histoire s’est-elle terminée ? Le diable est un mauvais payeur, il n’est pas un payeur fiable. Il vous promet tout, vous fait tout voir et, à la fin, il vous laisse seul dans votre désespoir de vous pendre.

Le cœur de Judas, agité, tourmenté par la cupidité et tourmenté par l’amour pour Jésus, un amour qui n’a pas réussi à faire de l’amour, tourmenté par ce brouillard, retourne vers les prêtres en demandant le pardon, en demandant le salut. "Quel rapport avec nous ? C’est ton affaire..." : Le diable parle comme ça et nous laisse dans le désespoir.

Pensons à tant de Judas institutionnalisés dans ce monde, qui exploitent les gens. Et pensons aussi au petit Judas que chacun d’entre nous a en lui à l’heure de choisir : entre la loyauté ou l’intérêt. Chacun d’entre nous a la capacité de trahir, de vendre, de choisir dans son propre intérêt. Chacun de nous a la possibilité de se laisser attirer par l’amour de l’argent ou des biens ou par le bien-être futur. "Judas, où es-tu ?" Mais la question que je pose à chacun d’entre nous : "Toi, Judas, le petit Judas en moi : où es-tu ?” »

(Avec V. N.)

Dimanche 5 Avril 2020

Le Pape François a célébré la messe du dimanche des Rameaux à huis clos dans la basilique Saint-Pierre, ouvrant une Semaine Sainte très particulière cette année, en raison de la pandémie. Dans son homélie, il est revenu sur les épreuves de la trahison et de l’abandon vécues par Jésus, qui doivent nous inspirer pour faire face aux difficultés que traversent le monde aujourd’hui.

En communion avec le monde entier, le Pape François a célébré cette messe du dimanche des Rameaux, seuls le cardinal Angelo Comastri, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre et président de la Fabrique de Saint-Pierre, et son délégué Mgr Vittorio Lanzani, étaient présents aux côtés du Souverain pontife.

« Jésus ’’s’est anéanti, prenant la condition de serviteur’’ (Ph 2, 7) », a rappelé le Pape François au début de son homélie, dans une basilique Saint-Pierre vidée de ses fidèles, invitant les auditeurs du monde entier, qui pouvaient suivre ses paroles sur les médias ou les réseaux sociaux à se laisser introduire « dans les jours saints par ces mots de l’apôtre Paul, où la Parole de Dieu, comme un refrain, montre Jésus comme un serviteur : “le Jeudi saint il est le serviteur qui lave les pieds à ses disciples ; le Vendredi saint, il est présenté comme le serviteur souffrant et victorieux (cf. Is 52, 13)" ; et déjà demain, Isaïe prophétisera de lui : "Voici mon serviteur que je soutiens (Is 42, 1)” ». Dieu nous a sauvés en nous servant, a expliqué le Souverain Pontife, « en général nous pensons que c’est à nous de servir Dieu. Non, c’est lui qui nous a servi gratuitement, parce qu’il nous a aimé en premier. Il est difficile d’aimer sans être aimés. Et il est encore plus difficile de servir si nous ne nous laissons pas servir par Dieu ».

Le Pape qui a ensuite détaillé comment le Seigneur avait servi : « En donnant sa vie pour nous. Nous lui sommes chers et nous lui avons coûté cher. Sainte Angèle de Foligno a témoigné d’avoir entendu de Jésus ces paroles : ’’Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée’’. Son amour l’a conduit à se sacrifier pour nous, à prendre sur lui tout notre mal ». Cet acte peut laisser « pantois », a continué le Saint-Père, « Dieu nous a sauvés en acceptant que notre mal s’acharne sur lui. Sans réagir, avec seulement l’humilité, la patience et l’obéissance du serviteur, exclusivement avec la force de l’amour. Et le Père a soutenu le service de Jésus : il n’a pas mis en déroute le mal qui s’abattait sur lui, mais il a soutenu sa souffrance, pour que notre mal soit vaincu seulement par le bien, pour qu’il soit traversé jusqu’au fond par l’amour. Jusqu’à la fin ».

Le Seigneur nous a servis jusqu’à éprouver les situations les plus douloureuses pour qui aime : la trahison et l’abandon.

Puis l’évêque de Rome a pris soin de détailler ces deux épreuves. Jésus a été trahi par des « gens qui l’acclamaient et qui ensuite ont crié : "Qu’il soit crucifié !" (Mt 27, 22). Il a été trahi par l’institution religieuse qui l’a condamné injustement et par l’institution politique qui s’est lavé les mains ». Lorsque chacun découvre qu’il a été trahi, « naît au fond du cœur une déception telle que la vie semble ne plus avoir de sens. Cela arrive parce que nous sommes nés pour être aimés et pour aimer, et la chose la plus douloureuse c’est d’être trahi par celui qui a promis de nous être loyal et proche. Nous ne pouvons pas non plus imaginer comme cela a été douloureux pour Dieu, qui est amour ».

Le Pape François a ainsi invité chacun à une introspection, « Si nous sommes sincères avec nous-mêmes, nous verrons nos infidélités. Que de fausseté, d’hypocrisies et de duplicités ! Que de bonnes intentions trahies ! Que de promesses non tenues ! Que de résolutions laissées s’évanouir ! ». Mais le Seigneur « connaît notre cœur mieux que nous, il sait combien nous sommes faibles et inconstants, combien de fois nous tombons, que de mal nous avons à nous relever et combien il est difficile de guérir certaines blessures ». C’est pour cela qu’Il nous a guéri, « en prenant sur lui nos infidélités, en enlevant nos trahisons. De sorte que, au lieu de nous décourager par peur de ne pas y arriver, nous pouvons lever notre regard vers le Crucifié, recevoir son embrassade et dire : “Voilà, mon infidélité est là, tu l’as prise, toi, Jésus. Tu m’ouvres les bras, tu me sers par ton amour, tu continues à me soutenir…Alors j’avance !” ».

Ensuite vint l’épreuve de l’abandon. « Sur la croix, dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus dit une phrase, une seule : ’’Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’’ (Mt 27, 46). C’est une phrase forte ». Pour la première fois, Jésus qui avait souffert de l’abandon des siens, utilisait le nom de « Dieu », pour crier un « pourquoi » déchirant, « Ce sont en réalité les paroles d’un Psaume (cf. 21, 2) : on y dit que Jésus a aussi porté en prière l’extrême désolation ».

De nouveau, cette épreuve était faite pour nous servir, a continué le Souverain Pontife, pour « que lorsque nous nous sentons le dos au mur, que nous nous rappelions que nous ne sommes pas seuls. Jésus a éprouvé l’abandon total, la situation qui lui est la plus étrangère, afin de nous être solidaire en tout. Il l’a fait pour moi, pour toi, pour te dire : “N’aie pas peur, tu n’es pas seul. J’ai éprouvé toute ta désolation pour être toujours à ton côté ” ». Voilà ainsi jusqu’où Jésus nous a servi, « descendant dans l’abîme de nos souffrances les plus atroces, jusqu’à la trahison et à l’abandon ».

Une telle épreuve doit nous servir aujourd’hui, « dans le drame de la pandémie, face à tant de certitudes qui s’effritent, face à tant d’attentes trahies, dans le sens d’un abandon qui nous serre le cœur, Jésus dit à chacun de nous :“Courage : ouvre ton cœur à mon amour. Tu sentiras la consolation de Dieu, qui te soutient” ».

Que pouvons-nous faire devant Dieu qui nous a servis jusqu’à éprouver la trahison et l’abandon ? a alors demandé le Saint-Père. « Nous pouvons ne pas trahir celui pour qui nous avons été créés, ne pas abandonner ce qui compte. Nous sommes au monde pour l’aimer, lui et les autres. Le reste passe, cela demeure ». L’épreuve que le monde est en train de traverser « nous pousse à prendre au sérieux ce qui est sérieux, et à ne pas nous perdre dans des choses de peu de valeur ; à redécouvrir que la vie ne sert à rien si on ne sert pas. Parce que la vie se mesure sur l’amour ».

Puis, le Pape a invité les fidèles, en ces jours saints, à la maison, à se tenir devant le Crucifié, « devant Dieu qui nous sert jusqu’à donner sa vie, demandons la grâce de vivre pour servir. Cherchons à contacter celui qui souffre, celui qui est seul et dans le besoin. Ne pensons pas seulement à ce qui nous manque, mais au bien que nous pouvons faire ».

Aimer, prier, pardonner, prendre soin des autres, en famille comme dans la société, cela peut sembler un chemin de croix, a concédé François, « mais le chemin du service est le chemin vainqueur, qui nous a sauvés et qui nous sauve la vie ».

En conclusion de son homélie, le Saint-Père a tenu à avoir une pensée particulière pour les jeunes, en cette journée qui leur est consacrée, « Chers amis, regardez les vrais héros, qui apparaissent ces jours-ci : ce ne sont pas ceux qui ont renommée, argent et succès, mais ceux qui se donnent eux-mêmes pour servir les autres. Sentez-vous appelés à mettre en jeu votre vie. N’ayez pas peur de la dépenser pour Dieu et pour les autres, vous y gagnerez ! Parce que la vie est un don qui se reçoit en se donnant. Et parce que la joie la plus grande est de dire oui à l’amour, sans si et sans mais. Comme Jésus pour nous ».

(Avec V. N.)

Mercredi 1er avril 2020

Lors de l’audience générale retransmise en direct depuis la bibliothèque du palais apostolique, le Pape François est longuement revenu sur la sixième béatitude : « heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». La pureté du cœur s’obtient par un processus de libération intérieure.

A de nombreuses reprises, les Écritures manifestent la soif d’une relation personnelle, authentique et intime avec Dieu (psaume 27, Job 42, ou Luc 24). Pour parvenir à cette contemplation, « il est nécessaire d’entrer en soi-même et de laisser la place à Dieu, Lui qui est “plus intime à moi que moi-même” », a soutenu le Saint-Père en citant saint Augustin. Pour voir Dieu, point n’est besoin de « changer de lunette » ou de « point d’observation » ; en réalité, le « pas décisif est accompli » lorsque « l’on se rend compte que notre pire ennemi se trouve au-dedans de nous, caché dans notre cœur ». Et le « combat le plus noble » consiste à le « libérer de ses trahisons intérieures qui engendrent le péché ».

C’est là qu’importe de comprendre ce qu’est « la pureté de cœur » dont parle cette sixième béatitude. « L’homme au cœur pur vit en présence du Seigneur de manière unifiée. Sa vie n’est plus tortueuse, mais simple et linéaire », a expliqué François.

Le pur de cœur « ne naît pas comme tel » mais il a vécu un « processus de simplification intérieur », en apprenant à reconnaître quelle partie de son être se trouve sous l’emprise du mal et du péché, afin d’y renoncer et de se laisser instruire et guider par l’Esprit Saint. Ce n’est qu’en poursuivant sur ce chemin du cœur que nous pourrons « voir Dieu ».

« Cette vision béatifique a une dimension eschatologique, elle est la joie du Royaume des cieux vers lequel nous allons ». Mais « voir Dieu » c’est aussi « comprendre les desseins de la Providence en toute chose, reconnaître sa présence là où il se manifeste, dans les sacrements, dans les frères, surtout les plus pauvres et les plus malheureux ».

« Cette béatitude est un peu le fruit des précédentes : si nous écoutons la soif du bien qui habite en nous, et si nous sommes conscients de vivre de miséricorde, débute un chemin de libération qui dure toute la vie et nous conduit jusqu’au Ciel. C’est un travail sérieux et c’est avant tout une œuvre de Dieu en nous – dans les épreuves et les purifications de la vie- qui porte à une grande joie, à une paix profonde et vraie », a affirmé le Souverain Pontife en guise de conclusion.

Il s’est ensuite adressé aux fidèles de langue française suivant cette catéchèse via la radio, la télévision ou internet : « Frères et sœurs, profitons de ce temps de carême pour entendre cette soif de Dieu qui habite en nous. Poursuivons notre chemin de libération, à travers les épreuves et les purifications de la vie, qui nous conduise à la gloire du ciel. Que Dieu vous bénisse ».

Homélie lors de la messe à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe

Lors de la messe célébrée ce mercredi 1er avril en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, le Pape François a tourné ses pensées vers les journalistes, les communicants, et aussi les personnes s’occupant d’enfants. Dans son homélie, il a rappelé que le disciple de Jésus est un homme libre, un homme de Tradition et de nouveauté, car il se laisse guider par l’Esprit Saint et non par des idéologies :

« Ces jours-ci, l’Église nous fait écouter le huitième chapitre de Jean : il y a cette discussion si forte entre Jésus et les docteurs de la loi. Et surtout, ils essaient de montrer leur propre identité : Jean essaie de nous rapprocher de cette lutte menée pour clarifier leur propre identité, celle de Jésus et celle des docteurs. Jésus les pousse dans leurs retranchements en leur montrant leurs contradictions. Et ils ne trouvent finalement pas d’autre issue que l’insulte : c’est l’une des pages les plus tristes, c’est un blasphème. Ils insultent la sainte Vierge.

Mais parlant d’identité, Jésus dit aux Juifs qui ont cru en Lui, il leur conseille : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ». Il revient à ce mot si cher au Seigneur qu’il le répètera de nombreuses fois, même lors de la cène : demeurer. « Demeurez en moi ». Demeurer dans le Seigneur. Il ne dit pas : « Étudiez bien, apprenez bien les arguments », il considère que cela va de soi. Mais il va à la chose la plus importante, celle qui est la plus dangereuse pour la vie, si vous ne le faites pas : demeurer. « Demeure dans ma parole ». Et ceux qui restent dans la parole de Jésus ont leur propre identité chrétienne. Et quelle est-elle ? « Vous êtes vraiment mes disciples ». L’identité chrétienne n’est pas une carte qui dit "je suis chrétien", une carte d’identité : non. C’est le fait d’être disciple. Toi, si tu restes dans le Seigneur, dans la Parole du Seigneur, dans la vie du Seigneur, tu seras disciple. Si vous ne restez pas, vous serez celui qui sympathise avec la doctrine, qui suit Jésus comme un homme qui fait tant de bonnes œuvres, qui est si bon, qui a de justes valeurs, mais le fait d’être disciple est la véritable identité du chrétien.

Et c’est le fait d’être disciple qui nous donnera la liberté : le disciple est un homme libre parce qu’il demeure dans le Seigneur. Et "demeurer dans le Seigneur", qu’est-ce que cela signifie ? Se laisser guider par l’Esprit Saint. Le disciple se laisse guider par l’Esprit, c’est pourquoi le disciple est toujours un homme de tradition et de nouveauté, c’est un homme libre. Un homme libre. Jamais soumis à des idéologies, à des doctrines au sein de la vie chrétienne, des doctrines qui peuvent être discutées ... demeure dans le Seigneur, c’est l’Esprit qui inspire. Lorsque nous chantons à l’Esprit, nous lui disons qu’il est un hôte de l’âme, qui habite en nous. Mais cela, seulement si nous demeurons dans le Seigneur.

Je demande au Seigneur de nous faire connaître cette sagesse de demeurer en Lui et de nous faire connaître cette familiarité avec l’Esprit : l’Esprit Saint nous donne la liberté. Et cela, c’est l’onction. Celui qui reste dans le Seigneur est un disciple, et le disciple est un oint, un oint par l’Esprit, qui a reçu l’onction de l’Esprit et la porte autour de lui. C’est le chemin que Jésus nous montre pour la liberté et aussi pour la vie. Et le fait d’être disciple est l’onction que reçoivent ceux qui demeurent dans le Seigneur.

Que le Seigneur nous fasse comprendre cela, qui n’est pas facile : parce que les docteurs ne l’ont pas compris, on ne le comprend pas seulement avec la tête ; on la comprend avec la tête et le cœur, cette sagesse de l’onction du Saint-Esprit qui fait de nous des disciples ».

Avec V. N.)

Dimanche 29 mars 2020

Lors de la prière de l’Angélus, prononcée depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le Pape est revenu sur l’Évangile de la Résurrection de Lazare.

En ce cinquième dimanche de Carême, le Pape François a commenté l’Évangile de la Résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45). Lazare était un frère de Marthe et de Marie, ils étaient des amis très proches de Jésus. Lorsqu’il arriva à Béthanie, Lazare était déjà mort depuis quatre jours.

« Ici, nous touchons de nos mains que Dieu est la vie et donne la vie, mais il prend sur lui le drame de la mort. Jésus aurait pu éviter la mort de son ami Lazare, mais il voulait faire sien notre chagrin pour la mort des êtres chers, et surtout il voulait montrer la domination de Dieu sur la mort », a déclaré le Saint-Père depuis la bibliothèque vaticane. Ce passage de l’Évangile de Jean est celui où la foi de l’homme rencontre la toute-puissance de l’amour. « Nous le voyons dans le cri de Marthe et Marie et de nous tous avec elles : "Si vous aviez été là !...". Et la réponse de Dieu n’est pas un discours, c’est Jésus : "Je suis la résurrection et la vie... Ayez la foi ! Au milieu des pleurs, continuez à avoir la foi, même si la mort semble avoir gagné. Enlevez la pierre de votre cœur ! Que la Parole de Dieu ramène la vie là où il y a la mort". »

Ainsi, aujourd’hui encore, Jésus appelle à « enlever la pierre », car, a éclairé le Saint-Père, Dieu ne nous a pas créé pour le tombeau, mais pour la vie. « Nous sommes donc appelés à enlever les pierres de tout ce qui sent la mort : l’hypocrisie avec laquelle la foi est vécue, c’est la mort ; la critique destructive des autres, c’est la mort ; l’offense, la calomnie, c’est la mort ; la marginalisation des pauvres, c’est la mort ». Si nous enlevons ces pierres de nos coeurs, la vie fleurira de nouveau autour de nous : « Sans le Christ, ou en dehors du Christ, non seulement la vie n’est pas présente, mais on retombe dans la mort », a continué François.

Cette résurrection de Lazare, a expliqué le Souverain Pontife, est aussi un signe de « la régénération qui s’opère chez le croyant par le baptême, avec une pleine insertion dans le mystère pascal du Christ. Par l’action et la puissance du Saint-Esprit, le chrétien est une personne qui marche dans la vie comme une nouvelle créature : une créature pour la vie. »

En conclusion, le Saint-Père a demandé à la Vierge Marie de nous aider à être compatissants, comme son Fils Jésus, « qui a fait sienne notre douleur ».

Après avoir récité la prière de l’angélus depuis la bibliothèque du palais apostolique, le Pape François a soutenu l’initiative lancée en début de semaine par Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU qui appelait à mettre les conflits entre parenthèses pour affronter la pandémie de Covid-19. Le Saint-Père s’associe ainsi à ce « cessez-le-feu global et immédiat aux quatre coins du monde » et invite tout le monde « à y donner suite en arrêtant toute forme d’hostilité belliqueuse, favorisant la création de corridors humanitaires, l’ouverture à la diplomatie, l’attention à qui se trouve en situation de plus grande vulnérabilité ».

Il souhaite ainsi que « l’engagement conjoint contre la pandémie puisse amener tout le monde à reconnaître notre besoin de renforcer les liens fraternels comme membres de l’unique famille humaine ». Il encourage les responsables des nations et de toutes les parties en cause à « un engagement renouvelé pour dépasser les rivalités ». « Les conflits ne se résolvent pas à travers la guerre ! Il est nécessaire de dépasser les antagonismes et les contrastes grâce au dialogue et à une recherche constructive de la paix » a-t-il poursuivi.

Lundi 23 mars, le secrétaire général des Nations unies avait fait une brève déclaration au siège de l’ONU à New York. « La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie ». « Si les combats se poursuivent, nous pourrions avoir une extension absolument dévastatrice de l’épidémie » avait-il déclaré. « L’heure est venue de laisser les conflits armés derrière nous pour concentrer nos efforts sur le véritable combat de nos vies », a également affirmé Antonio Guterres ajoutant : « posez les armes, faites taire les canons, mettez fin aux frappes aériennes », afin de créer des couloirs humanitaires essentiels pour sauver des vies.

Le Pape a également eu une pensée « toute spéciale » pour les personnes qui sont contraintes de vivre en groupe : dans les maisons de repos, dans les casernes en particulier. Mais François a tenu à souligner la situation que vivent les détenus. « J’ai lu une note officielle de la Commission des Droits de l’Homme qui parle du problème des prisons surpeuplées qui pourraient devenir une tragédie. Je demande aux autorités d’être sensibles à ce grave problème et de prendre les mesures nécessaires pour éviter des tragédies futures, » a déclaré le Saint-Père avant de conclure son intervention.

’Avec V. N.)

Vendredi 27 Mars 2020

Supplication adressée au Seigneur par le Pape François

Le Pape François a présidé ce vendredi soir, depuis le parvis puis l’atrium de la basilique Saint-Pierre, un temps de prière marqué par l’écoute de la Parole de Dieu, suivi d’une homélie, d’une adoration du Saint-Sacrement et d’une bénédiction Urbi et Orbi à destination des personnes affectées par la pandémie actuelle de coronavirus.

Cette cérémonie au format inédit s’est tenue dans une atmosphère de profonde gravité, quelques minutes après l’annonce du bilan humain de près d’un millier de morts du Covid-19 pour cette seule journée en Italie, un chiffre aussi glaçant que la pluie et le froid qui balayaient la Place Saint-Pierre, vide de tout pèlerin.

Après la proclamation d’un extrait de l’Évangile, tiré du quatrième chapitre de saint Marc, le Pape François, abrité sous l’auvent habituellement utilisé pour les audiences générales et les messes en extérieur, a délivré une méditation mettant en relief les points communs entre la crise traversée par les disciples dans ce récit, et celle vécue actuellement par une grande partie de la population mondiale, confrontée à une pandémie d’une ampleur inconnue dans l’histoire récente, et aux effets sociaux et économiques dévastateurs.

Découvrez le texte de la méditation du Saint-Père en intégralité :

« Le soir venu » (Mc 4, 35). Ainsi commence l’Evangile que nous avons écouté. Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Evangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble.

Il est facile de nous retrouver dans ce récit. Ce qui est difficile, c’est de comprendre le comportement de Jésus. Alors que les disciples sont naturellement inquiets et désespérés, il est à l’arrière, à l’endroit de la barque qui coulera en premier. Et que fait-il ? Malgré tout le bruit, il dort serein, confiant dans le Père – c’est la seule fois où, dans l’Evangile, nous voyons Jésus dormir –. Puis, quand il est réveillé, après avoir calmé le vent et les eaux, il s’adresse aux disciples sur un ton de reproche : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40).

Cherchons à comprendre. En quoi consiste le manque de foi de la part des disciples, qui s’oppose à la confiance de Jésus ? Ils n’avaient pas cessé de croire en lui. En effet, ils l’invoquent. Mais voyons comment ils l’invoquent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (v. 38). Cela ne te fait rien : ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne se soucie pas d’eux. Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : “Tu ne te soucies pas de moi ?”. C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. Cela aura aussi touché Jésus, car lui, plus que personne, tient à nous. En effet, une fois invoqué, il sauve ses disciples découragés.

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’“emballer” et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité.

À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, ce soir, ta Parole nous touche et nous concerne tous. Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : “Réveille-toi Seigneur !”.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : “Convertissez-vous”, « Revenez à moi de tout votre coeur » (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. Et nous pouvons voir de nombreux compagnons de voyage exemplaires qui, dans cette peur, ont réagi en donnant leur vie. C’est la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » (Jn 17, 21). Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insufflent l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

« Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? ». Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais.

Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. Nous avons une ancre : par sa croix, nous avons été sauvés. Nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés. Nous avons une espérance : par sa croix, nous avons été rénovés et embrassés afin que rien ni personne ne nous sépare de son amour rédempteur. Dans l’isolement où nous souffrons du manque d’affections et de rencontres, en faisant l’expérience du manque de beaucoup de choses, écoutons une fois encore l’annonce qui nous sauve : il est ressuscité et vit à nos côtés. Le Seigneur nous exhorte de sa croix à retrouver la vie qui nous attend, à regarder vers ceux qui nous sollicitent, à renforcer, reconnaître et stimuler la grâce qui nous habite. N’éteignons pas la flamme qui faiblit (cf. Is 42, 3) qui ne s’altère jamais, et laissons-la rallumer l’espérance.

Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance.

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que, de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur » (Mt 28, 5). Et nous, avec Pierre, “nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous” (cf. 1P 5, 7).

Adoration et bénédiction Urbi et Orbi avec le Saint-Sacrement

Le Saint-Père s’est ensuite rendu devant l’image de la Salus Populi Romani et le crucifix de Saint Marcel, dont l’exposition avait mis fin, en 1522, à la grande peste de Rome. François est ensuite entré dans l’atrium par la porte centrale de la basilique. L’adoration du Saint-Sacrement exposé sur l’autel, enveloppé d’encens, précédait la supplication pour demander au Seigneur de sauver l’humanité « de tous les maux qui affligent l’humanité », « des maladies, des épidémies et de la peur du frère ». Les derniers mots de la supplication ont évoqué le « désert » du Carême et l’horizon de Pâques : « ouvre-nous à l’espérance, Seigneur, si la douleur nous visite, si l’indifférence nous angoisse, si la mort nous anéantit ».

Après la supplication, le rite de la bénédiction eucharistique Urbi et Orbi a suivi, adressé à la ville de Rome et au monde entier. Le cardinal Angelo Comastri, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, a prononcé la formule pour la proclamation de l’indulgence. Tous ceux qui ont reçu la bénédiction eucharistique par la radio, la télévision et d’autres technologies de communication, mais aussi tous ceux qui se sont unis à cet évènement simplement dans la prière même sans accès aux médias, ont obtenu l’indulgence plénière dans la forme établie par l’Église.

Vendredi 27 Mars 2020

Au cours de la messe célébrée ce vendredi matin à Sainte-Marthe, le Pape François a de nouveau adressé ses pensées aux malades, aux personnes âgées seules, aux familles qui n’ont plus rien pour vivre, et il a exprimé sa gratitude à ceux qui s’occupent d’eux. Dans son homélie, le Saint-Père a parlé du courage de garder le silence face à la folie destructrice du diable. C’est ce que Jésus a fait, et c’est ce qu’il faut faire face aux petites tentations, telles que les bavardages.

(Avec V. N.)

Mercredi 25 mars 2020

A l’occasion de la fête de l’Annonciation, et dans le contexte tragique de l’épidémie de coronavirus, le Pape a proposé à tous les chrétiens du monde de s’unir dans la prière du “Notre Père”. Voici les quelques mots prononcés par le Pape François, depuis la bibliothèque du Palais apostolique, en introduction de ce temps de prière œcuménique.

« Chers frères et sœurs, aujourd’hui nous nous sommes donnés rendez-vous, tous les chrétiens du monde, pour prier ensemble le Notre Père, la prière que Jésus nous a enseigné.

Comme des enfants confiants, nous nous adressons au Père. Nous le faisons tous les jours, plusieurs fois par jour, mais en ce moment nous voulons implorer la miséricorde pour l’humanité durement éprouvée par la pandémie de coronavirus. Et nous le faisons ensemble, chrétiens de toute Église et communauté, de toute tradition, de tout âge, langue et nation.

Prions pour les malades et pour les familles, pour les opérateurs de santé et ceux qui les aident ; pour les autorités, les forces de l’ordre et les volontaires ; pour les ministres de vos communautés.

Aujourd’hui beaucoup d’entre nous célèbrent l’Incarnation du Verbe dans le sein de la Vierge Marie, quand son “me voici”, humble et total, se reflète le “moi voici” du Fils de Dieu. Nous aussi nous nous confions avec pleine confiance dans les mains de Dieu et avec un seul cœur et une seule âme nous prions.

Notre père,

Qui es aux cieux,

Que ton nom soit sanctifié,

Que ton règne vienne,

Que ta volonté soit faite

Sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui

Notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses

Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé

Et ne nous laisse pas entrer en tentation

Mais délivre-nous du mal.

Amen. »

Une autre initiative, cette fois propre à l’Église catholique, sera proposée ce vendredi 27 mars à 18h, avec un temps de prière présidé par le Pape François sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, qui sera suivi d’une bénédiction Urbi et Orbi avec concession de l’indulgence plénière.

(Avec V. N.)

Mardi 24 Mars 2020

Retrouvez le Saint-Père dans une édition spéciale de "La Vidéo du Pape", qui relaie ses intentions de prière mensuelles : le Pape François appelle une nouvelle fois les chrétiens à la prière.

"Prions tous ensemble pour les malades, pour les personnes qui souffrent.

Sous Ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu. N’ignore pas nos supplications, nous qui sommes dans l’épreuve, et libère-nous de tout danger, O Vierge glorieuse et bénie.

Je remercie tous les chrétiens, tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui prient pour ce moment, tous unis, quelle que soit la tradition religieuse à laquelle ils appartiennent".

Cette invitation à prier peut être suivie en ligne sous le hashtag #PrayForTheWorld.

Cette semaine, deux autres initiatives de prière ont été prévues par le Saint-Père : le mercredi 25 mars, en la solennité de l’Annonciation du Seigneur, les chrétiens du monde entier sont invités à réciter un Notre Père à 12h00 (7h en Martinique). Puis vendredi 27 mars à 18h00 (13h en Martinique), le Pape célèbrera un temps de prière et d’adoration eucharistiqu



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