Eglise catholique de Martinique
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        Audience de l’Angélus avec le Pape François

Audience de l’Angélus avec le Pape François

Dimanche 18 août, devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre, le Pape François a rappelé la nécessité et l’exigence de vivre selon l’Evangile, qui nécessite "de nouvelles initiatives de charité". L’adhésion au "feu de l’amour" de Jésus demande adoration et disponibilité à servir le prochain.


En commentant l’Evangile du jour tiré de Saint-Luc (Lc 12, 49-53),le Pape est revenu sur les paroles de Jésus à ses disciples où il explique le sens de sa venue dans le monde : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! ».

« Ces paroles sont destinées à aider les disciples à abandonner toute attitude de paresse, d’apathie, d’indifférence et de fermeture pour accueillir le feu de l’amour de Dieu » a commenté François. Jésus révèle à ses amis, et à nous aussi, son désir le plus ardent : porter sur la terre le feu de l’amour du Père, qui allume la vie et par auquel l’homme est sauvé.

A travers ces paroles partagées à ses disciples, Jésus nous indique la mission, il nous appelle à répandre ce feu dans le monde, grâce auquel nous serons reconnus comme ses véritables disciples. Ce feu de l’amour, allumé par le Christ dans le monde par le biais de l’Esprit Saint, « est illimité et universel » a poursuivi le Saint-Père. « C’est l’Esprit-Saint qui nous fait aimer Dieu et notre prochain, a précisé le Pape, l’Esprit Saint que nous avons tous en nous ».

Depuis les débuts du christianisme, a poursuivi le Pape, le témoignage de l’Évangile s’est répandu « comme un feu bénéfique qui a surmonté toute division entre les individus, les catégories sociales, les peuples et les nations. Il brûle toutes les formes de particularisme et maintient la charité ouverte à tous, avec une seule préférence : celle envers les plus pauvres et les exclus. »

Cette adhésion au feu de l’amour que Jésus a apporté sur terre exige deux choses a insisté le Pape : l’adoration envers Dieu et la disponibilité à servir le prochain. La première exige d’apprendre la prière de l’adoration que souvent nous oublions, a souligné François. La disponibilité à servir notre prochain est aussi une chose essentielle et le Pape a ainsi confié son « admiration » devant ces communautés ou groupes de jeunes qui, même pendant l’été, se consacrent à ce service pour les malades, les pauvres et les personnes handicapées.

« Pour vivre selon l’esprit de l’Évangile, il est nécessaire que, face aux nouvelles nécessités qui émergent sans cesse dans le monde, il y ait des disciples du Christ qui sachent répondre par de nouvelles initiatives de charité » a aussi invité François. « Ainsi l’Evangile se manifeste vraiment comme le feu qui sauve, qui change le monde à partir du changement du cœur de chacun. »

Le Pape est enfin revenu sur les propos de Jésus où il affirme qu’il est venu « mettre la division ». Le Christ est venu pour "séparer par le feu" le bien du mal, le juste de l’injuste. En ce sens, il est venu pour « diviser", pour perturber - mais d’une manière saine - la vie de ses disciples, en brisant les illusions faciles de ceux qui croient pouvoir combiner la vie chrétienne avec des compromis de toutes sortes, les pratiques religieuses avec des attitudes contre autrui ».

Aussi, il ne s’agit de ne pas vivre de manière hypocrite, a conclu le Pape, mais « d’être prêt à payer le prix de choix conformes à l’Evangile ». « C’est bien de se dire chrétiens, mais il faut avant tout être chrétien dans des situations concrètes, témoignant de l’Évangile qui est essentiellement amour pour Dieu et pour nos frères et sœurs. » a t-il conclu.

(Avec V. N.)

Jeudi 15 août 2019

En ce jeudi, solennité de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, le Pape François a évoqué la Reine des cieux « comme une mère qui nous attend pour l’éternité ». Avant de réciter l’Angélus, il a enjoint les fidèles à chercher « les grandes choses de la vie », pour ne pas se perdre derrière « mesquineries et futilités ».

Dans l’Évangile de cette solennité de l’Assomption, la Sainte Vierge prie en disant : « Mon âme magnifie le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46-47).

Le Pape François propose ainsi de méditer les deux verbes de cette prière : « magnifier » et « se réjouir ».

Marie se réjouit d’abord à cause de Dieu, et nous enseigne « à exulter en Lui », car il fait de « grandes choses ». Quant au verbe « magnifier », il équivaut à « exalter une réalité pour sa grandeur et sa beauté », commente le Souverain Pontife.
Aspirer à la grandeur du ciel

Ainsi le Pape se propose d’insister sur le message marial : « Dans la vie, il est important de chercher de grandes choses, sinon l’on se perd derrière tant de petites choses ».

Marie, elle, nous montre que si nous voulons que notre vie soit heureuse, Dieu doit être placé en premier, car lui seul est grand, développe-t-il. Néanmoins, souligne François, combien de fois, au lieu de cela, « nous vivons à la poursuite de choses sans importance : préjugés, rancune, rivalité, jalousie, biens matériels superflus ... Combien de mesquineries dans la vie ! », regrette le Pape.

Aujourd’hui donc à l’inverse, Marie nous invite à regarder les « grandes choses » que le Seigneur a accomplies en elle. Marie, petite et humble, reçoit au ciel la plus haute gloire, affirme François, ajoutant qu’elle nous attend bien là-bas, « comme une mère qui attend le retour de ses enfants ». Pour cela, le peuple de Dieu l’invoque comme « la porte du Ciel ».

Ainsi, la fête de l’Assomption de Marie est un appel à tous, en particulier à ceux qui sont affligés de doutes et de tristesse et qui vivent les yeux baissés, a relevé le Saint-Père, rappelant qu’« au seuil du ciel, une mère nous attend ».

Elle est la reine des cieux et elle est notre mère qui nous dit : « Vous êtes précieux aux yeux de Dieu ; vous n’êtes pas fait pour les petites satisfactions du monde, mais pour les grandes joies du ciel ». Et le Pape de s’exclamer : « Dieu est joie, et non ennui ».

« Soyons attirés par la vraie beauté, ne soyons pas aspirés dans la petitesse de la vie, mais choisissons la grandeur du ciel », exhorte enfin le Pape François en ce 15 août.

Après avoir récité la prière de l’Angélus, le Saint-Père a exprimé sa proximité avec les populations de plusieurs pays d’Asie du Sud, durement touchées par les pluies de la mousson. « Je prie pour les victimes et les personnes déplacées, pour toutes les familles sans abri. Que le Seigneur donne de la force à eux et à ceux qui les aident », a-t-il déclaré.

Enfin, le Pape argentin a eu un mot pour les pèlerins rassemblés au sanctuaire de la Vierge noire de Czestochowa, en Pologne. En mémoire du centenaire de la restauration des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Pologne, le Successeur de Pierre a tenu à adresser toutes ses salutations aux fidèles de Jasna Gora.

(Avec V. N.)

Mercredi 7 Août 2019

Le Pape François a repris ce matin le cycle des audiences générales après la pause de juillet. Pour cette 280e catéchèse du mercredi depuis le début de son pontificat, il a repris sa série d’enseignements sur les Actes des Apôtres, en s’arrêtant cette fois sur les miracles menés par les disciples, au nom de Jésus-Christ.

Le Pape François a expliqué que « de nombreux signes, de nombreux miracles que les apôtres ont fait étaient une manifestation de la divinité de Jésus ». En effet, la prédication de l’Évangile ne se fait pas seulement à travers les paroles, mais aussi avec « des actions concrètes qui témoignent de la vérité de l’annonce ».

Ainsi, le récit de la guérison du paralytique au Temple de Jérusalem, a « une claire finalité missionnaire ». Pierre, en croisant son regard, lui dit : « Je ne possède ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, lève-toi et marche ! » Cette phrase a certainement fait scandale pour les témoins de la scène. Les premiers chrétiens, en effet, tout en étant juifs, bouleversent le regard porté alors par la société sur les personnes atteintes de malformation, considérées comme maudites en raison d’une faute. Mais la réaction bienveillante de Pierre montre que Dieu se manifeste « dans la relation, toujours dans le dialogue », « dans l’inspiration du cœur », a expliqué François.

L’Église, face aux personnes en difficulté, ne doit donc par fermer les yeux mais « regarder l’humanité en face » et créer des « ponts d’humanité et de solidarité ». En reprenant des citations de son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le Pape a expliqué que l’Église doit vivre un « art de l’accompagnement » qui permet de se rapprocher avec délicatesse de la « terre sacrée de l’autre » en donnant au chemin « le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion, mais qui dans le même temps assainit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne ». Et dans nos propres moments de tristesse, nous devons penser à Jésus qui nous dit : « Regarde-moi, je suis ici ! ». « Prenons la main de Jésus et laissons-nous relever », a exhorté le Pape.

François a invité les pèlerins à se poser cette question : « Quelle est notre richesse, quel est notre trésor ? Avec quoi pouvons-nous rendre riches les autres ? » Il a invité à demander au Père le don d’une mémoire reconnaissante dans la reconnaissance des bienfaits de son amour sur notre vie, pour donner à tous le témoignage de la louange et de la reconnaissance. Chacun doit donc garder « la main toujours tendue pour aider l’autre à se relever » et penser à « la main de Jésus qui, à travers notre main, aide l’autre à se relever ».

Au terme de l’audience, le Pape a évoqué la figure d’Édith Stein, dont la mémoire liturgique sera célébrée ce vendredi 9 août. « J’invite tout le monde à regarder ses choix courageux, exprimés dans une authentique conversion au Christ, comme aussi dans le don de sa vie contre toute forme d’intolérance et de perversion idéologique. » Juive devenue catholique et carmélite sous le nom de Thérèse Bénédicte de la Croix, sainte Édith Stein fut exécutée à Auschwitz le 9 août 1942. Elle a été canonisée par Jean-Paul II en octobre 1998, puis fut déclarée un an plus tard co-patronne de l’Europe.

(Avec V. N.)

Dimanche 4 août 2019

Devant les fidèles réunis Place Saint-Pierre pour l’Angélus ce , le Pape François a rappelé que les biens matériels, même s’ils sont nécessaires, ne peuvent constituer le but de notre existence, et que le « vrai trésor » se trouve dans les cieux.

Le Pape part de l’Évangile proposé par la liturgie de ce jour (Lc 12, 13-21), qui nous montre Jésus sollicité pour intervenir sur un problème d’héritage familial. Mais le Seigneur n’affronte pas directement la question ; Il exhorte plutôt à se garder de toute avidité, et pour illustrer son propos, raconte la parabole du riche insensé, qui se croit heureux et à l’abri grâce aux biens accumulés. Mais un contraste apparaît bientôt entre ce que le riche prévoit pour lui et ce que Dieu lui annonce.
Les richesses peuvent enchainer le coeur

Le riche pense à trois considérations : les nombreux biens amassés, les nombreuses années qu’ils lui assurent, la tranquillité et le bien-être illimité. Mais la Parole de Dieu vient annuler ces projets, fait remarquer le Pape. « Au contraire des ‘nombreuses années’, Dieu indique l’immédiateté de ‘cette nuit’ ; au lieu de la ‘jouissance de l’existence’, Il lui présente le fait de rendre compte de sa vie ». Quant à la réalité des biens du riche, elle est recouverte par le sarcasme de cette question que Dieu pose : « et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? ». Cet homme, que Dieu traite de « fou », « a renié Dieu et n’a pas fait ses comptes avec Lui ».

« Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu » : la conclusion de l’Évangile sonne comme un « avertissement », et nous révèle l’horizon qui doit être le nôtre. « Les biens matériels sont nécessaires à la vie, affirme le Saint-Père, mais ne doivent pas constituer la fin de notre existence, ils sont un moyen pour vivre honnêtement, dans le partage avec ceux qui en ont besoin ». Jésus nous fait comprendre que « les richesses peuvent enchaîner le cœur, et le détourner du vrai trésor qui est dans les cieux ». Saint Paul le rappelle à son tour, dans sa lettre aux Colossiens 3, 1-5, 9-11.

Cela ne veut pas dire qu’il faut s’éloigner de la réalité, tempère le Pape, mais qu’il convient de « chercher les choses qui ont une vraie valeur : la justice, la solidarité, l’accueil, la fraternité, la paix, toutes ces choses qui constituent la dignité de l’homme ». Il faut tendre vers une vie qui porte l’empreinte d’un style évangélique, non mondain : « aimer Dieu de tout notre être, aimer son prochain comme soi-même, dans le service et le don de soi ». « L’amour vécu de cette manière est la source du vrai bonheur, tandis que la recherche démesurée des biens matériels et des richesses et souvent foyer d’inquiétude, d’adversité, de prévarications, de guerre ».

Et le Pape de conclure en s’adressant comme de coutume à la Mère de Dieu : « qu’elle nous aide à ne pas être fascinés par les sécurités qui passent, mais à être chaque jour des témoins crédibles des valeurs éternelles de l’Évangile ».

Au terme de l’Angélus, le Pape François a rappelé le 160ème anniversaire de la mort du saint Curé d’Ars, « modèle de bonté et de charité » célébré ce dimanche 4 août. « En cette fête significative, j’ai voulu envoyer une lettre aux prêtres du monde entier, pour les encourager dans la fidélité à la mission à laquelle le Seigneur les a appelés. Que le témoignage de ce curé, humble et dévoué à son peuple, aide à redécouvrir la beauté et l’importance du sacerdoce ministériel dans la société contemporaine », a déclaré le Souverain Pontife.

(Avec V. N.)

Dimanche 28 juillet

Avant de réciter la prière de l’Angélus, le Pape François a médité sur l’importance de la prière dans nos existences, comme « lien intime avec Dieu », développant particulièrement la beauté du « Notre Père ».

À l’image des disciples du Christ attirés par la « qualité » de la prière de leur Maître, le Pape a exhorté à multiplier « ces moments d’union avec Dieu pour en savourer pleinement la douceur », soulignant la force et l’intensité de la prière.

De plus, a-t-il ajouté, ils restent fascinés car ils voient que Jésus ne prie pas comme les autres maîtres de l’époque ; « sa prière est un lien intime avec le Père ».
Persévérer dans la prière

« La prière est une dimension essentielle dans la vie de Jésus. En fait chacune de ses actions importantes est caractérisée par une prière prolongée », a affirmé François, invitant à toujours « persévérer dans la prière ».

Jésus, lui, ne donne pas de définition abstraite de la prière ; il n’enseigne pas non plus de technique efficace pour prier et « obtenir » quelque chose.

Au lieu de cela, a poursuivi le Saint-Père, le Christ invite ses fidèles à faire l’expérience de la prière, en les mettant directement en communication avec le Père, suscitant en eux le désir de nouer une relation personnelle avec lui : « Voilà la nouveauté de la prière chrétienne ! », s’est exclamé le Pape.

« La prière est un dialogue entre personnes qui s’aiment, un dialogue basé sur la confiance, soutenu par l’écoute et ouvert à la solidarité ».

Par conséquent, la prière du « Notre Père » est « l’un des cadeaux les plus précieux que le divin Maître nous ait laissé dans sa mission terrestre », a rappelé le Souverain pontife.

Après nous avoir révélé son mystère de Fils et de frère, Jésus nous fait donc pénétrer « dans la paternité de Dieu » par cette prière, et nous montre le moyen d’entrer dans un dialogue de prière et de dialogue direct avec lui, par le biais de la confiance filiale.

La prière que le Seigneur nous a enseignée est ainsi « la synthèse de chaque prière et nous l’adressons toujours au Père en communion avec les frères », a lancé François. Il s’agit d’« un dialogue entre un père et son fils, du fils avec son père. Nous l’appelons ainsi, ‘’notre père’’ ».

Après la prière de l’Angélus récitée place saint-Pierre dimanche 28 juillet, le Pape François a évoqué « avec douleur » le naufrage d’un bateau, survenu au large de la Libye jeudi 25 juillet, et transportant à bord 250 migrants.

« J’ai appris avec douleur la nouvelle du naufrage dramatique survenu ces derniers jours dans les eaux de la Méditerranée, où des dizaines de migrants, y compris des femmes et des enfants, ont perdu la vie ». Le Pape François a fait part de sa tristesse face à cette nouvelle tragédie en mer, et a surtout appelé les États du monde à « agir avec rapidité et détermination », afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent et « pour garantir la sécurité et la dignité de tous ».

Recueilli, le Pape a ensuite invité les fidèles rassemblés place saint-Pierre à suivre une minute de silence en mémoire des victimes.

(Avec RSL)

Dimanche 21 Juillet 2019

Lors de l’Angélus de ce 16ème dimanche du temps ordinaire, le Pape François est revenu sur l’épisode évangélique du jour, tiré du chapitre 10 de saint Luc, qui raconte la visite de Jésus à Marthe et Marie. Cet extrait montre que le Seigneur n’attend pas de nous un zèle volontariste, mais plutôt une sereine disponibilité à Sa Parole.

« Le Seigneur nous surprend toujours : quand nous l’écoutons vraiment, les nuages disparaissent, les doutes cèdent la place à la vérité, les peurs à la sérénité, les différentes situations de la vie trouvent leur juste place », a expliqué le Pape François.

« Dans cette scène de Marie de Béthanie aux pieds de Jésus, Saint Luc montre l’attitude priante du croyant, qui sait être en présence du Maître pour l’écouter et pour entrer en communion avec lui », a insisté François. « Il s’agit de faire une pause dans la journée, de se rassembler en silence pour faire place au Seigneur qui "passe" et de trouver le courage de rester un peu "à l’écart" avec Lui, pour ensuite revenir, avec plus de sérénité et d’efficacité, aux choses du quotidien. »

« Ne te laisse pas submerger par les choses à faire, mais écoute d’abord la voix du Seigneur, pour bien accomplir les tâches que la vie te donne », semble nous dire Jésus.

Marthe, elle, est absorbée et stressée par les nombreux services. Jésus le remarque et lui dit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses ». « Par ces paroles, il n’entend certainement pas condamner l’attitude de service, mais plutôt l’anxiété avec laquelle elle est parfois vécue », a précisé le Pape.

Le Saint-Père a conclu en expliquant que Marthe et Marie, à travers ce récit, nous invitent à trouver un équilibre entre la contemplation et l’action. Nous devons « d’une part, "nous tenir aux pieds" de Jésus, l’écouter alors qu’il nous révèle le secret de tout ; et d’autre part, être attentif et prêt dans l’hospitalité, quand il passe et frappe à notre porte, avec le visage d’un ami qui a besoin de se restaurer et de fraternité ».

A l’issue de la prière de l’Angélus, le Pape François, s’adressant à la foule de pèlerins rassemblée place Saint-Pierre, est revenu sur la journée du 21 juillet 1969, où pour la première fois l’homme a marché sur la lune.

C’était il y a 50 ans jour pour jour, le 21 juillet 1969, à 2 h 56 Temps Universel, l’astronaute Neil Armstrong posait le pied sur la Lune. « Il y a cinquante ans, qui semblent hier, l’homme a mis le pied sur la lune, réalisant un rêve extraordinaire », a déclaré le Saint-Père à l’issue de la prière de l’Angélus du 21 juillet. Un souvenir de ce grand pas pour l’humanité qui doit susciter le désir de progresser ensemble vers des objectifs encore plus grands : « Plus de dignité pour les faibles, plus de justice entre les peuples, plus d’avenir pour notre maison commune », a exhorté François.

Le 20 juillet, les trois astronautes américains, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins se placaient en orbite autour de la Lune et préparaient l’alunissage du module lunaire Eagle. Le lendemain, Neil Armstrong sera le premier à poser le pied sur la Lune, suivi par Buzz Aldrin, Michael Collins restant à bord de la capsule. Ils réalisent alors un vieux rêve des hommes et une prouesse technique et scientifique inédite.
Salut aux pélerins

Comme à l’accoutumée, le Pape a ensuite salué les Romains et les pèlerins venus l’écouter place Saint-Pierre, avec une salutation particulière aux novices de Filles de Marie Auxiliatrice de différents pays et les jeunes de Chiry-Ourscamp dans les Hauts-de-France.

(Avec V.N.)

Dimanche 14 juillet 2019

Le Pape a commenté la parabole du « bon Samaritain », « paradigmatique de la vie chrétienne » ; un « trésor » qui est devenu « le modèle de la manière dont doit agir un chrétien ». Le Saint-Père prie la Vierge afin qu’elle donne aux fidèles « la grâce d’avoir et de croître dans la compassion » ; qu’elle les aide à comprendre et, surtout, à vivre toujours plus « le lien indissoluble qui existe entre l’amour pour Dieu notre Père et l’amour concret et généreux pour nos frères ».

« Si en chemin, tu vois étendu par terre un sans-abri (…) ne te demande pas si cet homme est ivre, demande-toi si ton cœur ne s’est pas endurci, s’il n’est pas devenu un glaçon ». Commentant la célèbre parabole du bon Samaritain qui aide l’homme tabassé et dépouillé par des brigands, le Pape a appelé chacun à ne pas « se laisser emporter par l’insensibilité égoïste ». La capacité de compassion, explique-t-il, est devenue « la pierre de touche du chrétien et même de l’enseignement de Jésus », lui-même manifestant la compassion du Père envers nous.

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Voilà l’invitation du Pape pour qui « la miséricorde à l’égard d’une vie humaine dans un état de nécessité est le vrai visage de l’amour ». C’est ainsi que l’on devient de vrais disciples de Jésus et que se manifeste le visage du Père.

A la demande posée par le docteur de la loi sur ce qui est nécessaire pour avoir en héritage la vie éternelle, Jésus invite à trouver la réponse dans les Écritures : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». Mais « qui est ce prochain ? »

Pour lui répondre, Jésus propose cette belle parabole. Il choisit comme figure positive un Samaritain, sachant pertinemment que ces derniers sont considérés comme des étrangers au peuple élu par les habitants de Judée. De cette manière explique le Pape François, « il veut dépasser les préjugés, en montrant que même un étranger, un homme qui ne connaît pas le vrai Dieu et ne fréquente pas son temple est capable de se comporter selon sa volonté, en manifestant de la compassion pour son frère dans le besoin et en lui apportant son secours avec tous les moyens à sa disposition ».

Contrairement au prêtre et au lévite qui avaient croisé l’homme avant lui sans l’aider par peur d’être contaminés par son sang, le Samaritain ne place pas une règle humaine liée au culte, avant « le grand commandement de Dieu qui veut, avant toute chose la miséricorde »

Jésus choisit donc comme modèle une personne qui n’avait pas la foi. Cet homme « aimant son frère comme soi-même, démontre qu’il aime Dieu – un Dieu qu’il ne connaît pas- de tout son cœur et de toutes ses forces, et exprime en même temps une vraie religiosité et une pleine humanité ». Il invite ainsi les fidèles à songer à toutes les personnes qu’ils connaissent et qui sont, peut-être agnostiques, mais qui font le bien. « Être capable de compassion, c’est la clé » affirme-t-il.

La question n’est pas qui est mon prochain mais qui est le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits. Jésus nous fait comprendre, explique le Pape, que « ce n’est pas nous qui, selon nos critères, définissons qui est notre prochain et qui ne l’est pas, mais c’est la personne dans une situation de besoin qui doit pouvoir reconnaitre qui est son prochain, qui ‘a fait preuve de pitié envers lui’ ».

Le Pape qui prie la Vierge Marie afin qu’elle « nous aide à comprendre et surtout à vivre toujours plus le lien indissoluble qui existe entre l’amour pour Dieu notre Père et l’amour concret et généreux pour nos frères ; qu’elle nous donne la grâce d’avoir et de croître dans la compassion ».

A l’issue de la prière de l’Angélus, le Pape François a lancé un nouvel appel aux parties impliquées dans l’enlisement vénézuélien. Elles participaient cette semaine à une troisième session de pourparlers à la Barbade.

Le Saint-Père prie pour qu’elles s’entendent afin de mettre fin aux souffrances de la population : « Prions le Seigneur afin qu’il inspire et illumine les parties impliquées pour qu’elles puissent, au plus vite, parvenir à un accord qui mettent fin aux souffrances des personnes, pour le bien du pays et de toute la région ».

(Avec V. N.)

Dimanche 7 Juillet 2019

Lors de l’audience de l’Angélus, Place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur l’envoi en mission par Jésus de soixante-douze disciples, en plus des douze apôtres, rapporté par l’Evangéliste Luc. Il a rappelé que la mission est toujours la même aujourd’hui : annoncer à tous que Dieu nous aime, qu’il veut nous sauver et qu’il nous appelle à faire partie de son Royaume

Le Pape a d’abord rappelé le passage de l’Evangile de Luc où Jésus envoie soixante-douze disciples en mission, en plus des douze apôtres. Un envoi, a t-il dit qui « préfigure la mission de l’Église d’annoncer l’Évangile à toutes les nations ». Quand Jésus dit à ses disciples que la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux, il leur demande de prier le maître d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

« Cette demande de Jésus est toujours valable » a expliqué François : « Nous devons toujours prier le "maître de la moisson", c’est-à-dire Dieu le Père, d’envoyer des ouvriers travailler dans son champ qui est le monde. Et chacun de nous doit le faire avec un cœur ouvert, avec une attitude missionnaire ; notre prière ne doit pas se limiter à nos besoins, à nos nécessités : une prière est vraiment chrétienne si elle a aussi une dimension universelle.

En envoyant les soixante-douze disciples, Jésus leur donne des instructions précises, a poursuivit le Saint-Père, qui expriment les caractéristiques de la mission : prier, aller, ne pas porter ni bourse ni sac, rester dans les maisons, guérir les malades... . « Des impératifs qui montrent que la mission est fondée sur la prière, qu’elle est itinérante, qu’elle exige détachement et pauvreté, qu’elle apporte paix et guérison, signes de la proximité du Royaume de Dieu, qu’elle n’est pas prosélytisme mais proclamation et témoignage, et qu’elle exige aussi franchise et liberté évangélique pour s’en aller en soulignant la responsabilité d’avoir refusé le message du Salut, sans condamnation ni malédiction » a t-il expliqué.

Si la mission de l’Eglise est vécue en ces termes, elle sera alors caractérisée par la joie a poursuivi François, à l’image des soixante-douze disciples envoyés, que rapporte Saint-Luc. Il ne s’agit pas d’une joie éphémère qui viendrait du succès de la mission, mais bien d’une joie enracinée dans la promesse que - comme le dit Jésus « vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ».

Par cette expression, il entend la joie intérieure et indestructible qui vient de la conscience d’avoir été appelé par Dieu à suivre son Fils a précisé le Pape, c’est-à-dire, la joie d’être ses disciples. Chacun de nous peut penser au nom qu’il a reçu le jour de son baptême, un nom "inscrit dans les cieux". « C’est la joie de ce don qui fait de chaque disciple un missionnaire, celui qui marche en compagnie du Seigneur Jésus, qui apprend de Lui à se dépenser sans réserve pour les autres, libre de lui-même et de ses propres biens » a conclu François.

A l’issue de la prière de l’Angélus place Saint-Pierre, François est revenu sur ce raid aérien qui a tué plus de quarante migrants dans un centre de rétention non loin de Tripoli.

Après avoir prononcé la prière de l’angélus ce dimanche devant les pèlerins et touristes, le Pape François est revenu la mine grave sur le tragique raid aérien qui a visé mardi dernier un centre de détention de migrants à Tajoura, en Libye.

« Même si quelques jours se sont écoulés, je vous invite à prier pour les pauvres gens désarmés tués ou blessés par l’attaque aérienne qui a frappé un centre de détention pour migrants en Libye, a expliqué le Saint-Père. La communauté internationale ne peut tolérer des événements aussi graves. Je prie pour les victimes : que le Dieu de paix accueille les morts auprès de lui et soutienne les blessés ».

Comme il l’avait déjà exprimé, au mois d’avril dernier notamment, le Pape a une nouvelle fois réitéré son souhait que soient mis en place des couloirs humanitaires « pour les migrants les plus nécessiteux », et qu’ils soient « organisés de manière globale et concertée ». François a également fait mémoire de toutes les victimes des récents massacres, que ce soit en Afghanistan, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, et à invité les fidèles à prier en silence.

Le bombardement aérien du centre de détention de Tajoura avait fait au moins 53 morts et 130 blessés parmi les migrants. La frappe a été attribuée par le gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli aux forces rivales du maréchal Khalifa Haftar engagées depuis plusieurs semaines dans une offensive pour s’emparer de la capitale.

(Avec V. N.)

Dimanche 30 juin 2019

Lors de l’audience de l’Angélus, Place Saint-Pierre, le Pape François a rappelé que devenir disciple du Christ est un choix « libre et conscient » qui requiert promptitude et esprit de décision, et demande aussi de se mettre en chemin.

L’Évangile de ce dimanche, en Saint Luc, nous montre Jésus, « le visage déterminé », en route pour son dernier voyage à Jérusalem, vers l’accomplissement de sa mission. Trois personnages se présentent à Lui sur le chemin, symbolisant « trois cas de vocation (…) mettant en lumière ce qu’on attend de ceux qui veulent suivre Jésus jusqu’au bout ».

Le premier promet à Jésus de le suivre partout où Il ira ; ce à quoi Jésus répond : « les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête ». De fait, observe le Pape, « Jésus quitta la maison paternelle et renonça à toute sécurité pour annoncer le Royaume de Dieu ». Il nous signifie ainsi que notre mission sur cette terre est « itinérante ». « De par sa nature même, l’Église est en mouvement, elle ne reste pas sédentaire et tranquille dans son propre enclos. Elle est ouverte aux horizons les plus larges, envoyée pour porter l’Évangile dans les rues et atteindre les périphéries humaines et existentielles », a affirmé le Pape.

Le second personnage qui croise la route de Jésus est appelé directement par Lui, mais il demande au Seigneur la permission de pouvoir d’abord enterrer son père. « Laisse les morts enterrer leurs morts », lui répond alors Jésus qui, par ces mots « volontairement provocateurs », rappelle que la priorité est de le suivre, même face à des réalités importantes, comme la famille. « L’urgence de communiquer l’Évangile, qui rompt la chaîne de la mort et inaugure la vie éternelle, ne tolère pas de retards, mais exige promptitude et totale disponibilité », insiste le Souverain Pontife, qui a plaidé pour une Église itinérante, toujours en chemin.

Enfin, le troisième personnage veut lui aussi suivre Jésus, mais seulement après avoir fait ses adieux à sa famille. « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu » lui réplique Jésus. Suivre le Seigneur exclut en effet les regrets, mais exige la « vertu de décision ».

« La valeur de ces conditions posées par le Christ, -itinérance, promptitude et décision-, ne réside pas dans une série de ‘non’ à des choses belles et importantes de la vie », analyse François pour qui l’accent doit d’abord être mis sur « l’objectif principal : devenir disciple du Christ ». Il s’agit d’un choix « libre et conscient, fait d’amour » pour « rendre la grâce inestimable de Dieu, non pour se promouvoir soi-même ». « Attention à ceux qui choisissent de suivre le Christ pour se mettre en avant ou avoir une place prestigieuse », a mis en garde le Pape. Car « Jésus veut que nous soyons passionnés par Lui et par l’Évangile » ; cette « passion du cœur » est appelée à se traduire par des gestes concrets de fraternité, de proximité avec nos frères dans le besoin.

Après la prière de l’Angélus, le Pape a dit prier pour tous ceux qui ont souffert des conséquences de la chaleur écrasante de ces derniers jours. « Que personne ne soit abandonné ou exploité », a-t-il souhaité, citant « les malades, les personnes âgées, les gens devant travailler à l’extérieur, sur les chantiers ».

(Avec V. N.)

Samedi 29 juin 2019

En la Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, le Pape François a invité les fidèles à renouveler tous les jours la rencontre avec Jésus, présent et avenir, suivant en cela l’exemple des apôtres.

Pierre et Paul sont des témoins à trois titres : témoins de vie, témoins de pardon et témoins de Jésus. Dans son homélie prononcée lors de la messe et la bénédiction des palliums pour les nouveaux métropolites en la solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, en la basilique Saint-Pierre, ce samedi matin, le Pape François est revenu sur ces trois dimensions des saints patrons de la ville de Rome et de l’Église catholique.

Lors de cette messe, les palliums qui seront ensuite remis aux archevêques métropolitains nommés dans l’année écoulée, ont été bénis. Cette pièce d’étoffe « rappelle la brebis que le Pasteur est appelé à porter sur les épaules ». C’est le signe aussi, selon François, que pour posséder la vie, il faut la perdre et la donner.

Présente comme de coutume, une délégation du patriarcat œcuménique de Constantinople a été saluée par le Pape qui a rappelé que catholiques et orthodoxes sont appelés à être témoins de Jésus par notre vie.

Découvrez l’homélie du Saint-Père en cette fête des Saints Pierre et Paul  :

« Les Apôtres Pierre et Paul sont devant nous comme témoins. Ils ne se sont jamais fatigués d’annoncer, de vivre en mission, en chemin, de la terre de Jésus jusqu’à Rome. Ici, ils en ont témoigné jusqu’à la fin, en donnant leur vie comme martyrs. Si nous allons aux racines de leur témoignage, nous les découvrons témoins de vie, témoins du pardon et témoins de Jésus.

Témoins de vie. Et pourtant leurs vies n’ont pas été nettes et linéaires. Les deux étaient de nature très religieuse : Pierre, disciple de la première heure (cf. Jn 1, 41), Paul également « acharné à défendre les traditions des pères » (Ga 1, 14). Mais ils firent d’énormes erreurs : Pierre en vint à renier le Seigneur, Paul à persécuter l’Église de Dieu. Tous les deux furent mis à nu par les questions de Jésus : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 15) ; « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9, 4). Pierre fut peiné par les questions de Jésus, Paul aveuglé par ses paroles. Jésus les appela par leurs noms et changea leur vie. Et après toutes ces aventures, il leur fit confiance, il fit confiance à deux pécheurs repentis. Nous pourrions nous demander : pourquoi le Seigneur ne nous a pas donné deux témoins d’une grande intégrité, au casier judiciaire vierge, à la vie sans tâches ? Pourquoi Pierre, quand il y avait Jean ? Pourquoi Paul, et non pas Barnabé ?

Il y a un grand enseignement en cela : le point de départ de la vie chrétienne n’est pas le fait d’être digne ; avec ceux qui se croyaient bons, le Seigneur n’a pas pu faire grand-chose. Quand nous nous considérons meilleurs que les autres, c’est le début de la fin. Le Seigneur n’accomplit pas des prodiges avec celui qui se croit juste, mais avec celui qui se sait être dans le besoin. Il n’est pas attiré par notre talent, ce n’est pas pour cela qu’il nous aime. Il nous aime comme nous sommes et il cherche des personnes qui ne se suffisent pas à elles-mêmes, mais qui sont disposées à lui ouvrir leur cœur. Pierre et Paul ont été ainsi, transparents devant Dieu. Pierre le dit tout de suite à Jésus : « je suis un homme pécheur » (Lc 5, 8). Paul a écrit être « le plus petit des Apôtres, pas digne d’être appelé Apôtre » (1Co 15, 9). Dans la vie, ils ont conservé cette humilité jusqu’à la fin : Pierre crucifié la tête en bas, parce qu’il ne se croyait pas digne d’imiter son Seigneur ; Paul toujours attaché à son nom qui signifie “petit”, et qui oublie celui qu’il a reçu à la naissance, Saul, nom du premier roi de son peuple. Ils ont compris que la sainteté n’est pas dans l’élévation de soi, mais dans l’abaissement de soi : elle n’est pas une ascension dans le classement, mais le fait de confier chaque jour sa propre pauvreté au Seigneur qui accomplit de grandes choses avec les humbles. Quel a été le secret qui les a fait aller de l’avant dans les faiblesses ? Le pardon du Seigneur.

Redécouvrons-les donc témoins du pardon. Dans leurs chutes, ils ont découvert la puissance de la miséricorde du Seigneur qui les a régénérés. Dans son pardon, ils ont trouvé une paix et une joie irrépressibles. Avec ce qu’ils avaient fait, ils auraient pu vivre dans la culpabilité : combien de fois Pierre aura repensé à son reniement ! Combien de scrupules pour Paul qui avait fait du mal à tant d’innocents ! Humainement ils avaient échoué. Mais ils ont rencontré un amour plus grand que leurs défaillances, un pardon si fort qu’il guérit même leurs sentiments de culpabilité. C’est seulement quand nous expérimentons le pardon de Dieu que nous renaissons vraiment. De là on repart, du pardon ; là nous nous retrouvons nous-mêmes : dans la confession de nos péchés.

Témoins de vie, témoins de pardon, Pierre et Paul sont surtout témoins de Jésus. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Il demande : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? ». Les réponses évoquent des personnages du passé : « Jean le Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes ». Des personnes extraordinaires, mais toutes mortes. Pierre, au contraire, répond : « Tu es le Christ » (cf. Mt 16, 13. 14. 14. 16). Le Christ, c’est-à-dire le Messie. C’est une parole qui ne désigne pas le passé, mais l’avenir : le Messie est celui qui est attendu, la nouveauté, celui qui apporte dans le monde l’onction de Dieu. Jésus n’est pas le passé, mais le présent et l’avenir. Il n’est pas un personnage éloigné dont on se souvient, mais il est Celui que Pierre tutoie : Tu es le Christ. Pour le témoin, plus qu’un personnage de l’histoire, Jésus est la personne de la vie : il est le nouveau, non pas le déjà vu ; la nouveauté de l’avenir, non pas un souvenir du passé. Donc, le témoin n’est pas celui qui connaît l’histoire de Jésus, mais celui qui vit une histoire d’amour avec Jésus. Parce que le témoin, dans le fond, annonce seulement ceci : que Jésus est vivant et qu’il est le secret de la vie. Nous voyons en fait Pierre qui, après avoir dit : Tu es le Christ, ajoute : « le Fils du Dieu vivant ! » (v. 16). Le témoignage naît de la rencontre avec Jésus vivant. Également, au centre de la vie de Paul, nous trouvons la même parole qui déborde du cœur de Pierre : le Christ. Paul répète ce nom continuellement, presque quatre cent fois dans ses lettres ! Pour lui, le Christ n’est pas seulement le modèle, l’exemple, le point de référence : il est la vie. Il écrit : « pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1, 21). Jésus est son présent et son avenir, au point qu’il juge le passé comme ordure devant la grandeur de la connaissance du Christ (cf. Ph 3, 7-8).

Frères et sœurs, devant ces témoins, demandons-nous : “Est-ce que je renouvelle tous les jours la rencontre avec Jésus ?”. Peut-être sommes-nous des curieux de Jésus, nous nous intéressons aux choses de l’Église ou aux nouvelles religieuses. Nous ouvrons des sites et des journaux et nous parlons des choses sacrées. Mais de cette façon, on en reste aux que disent les gens, aux sondages, au passé, aux statistiques. Ça n’a pas d’importance pour Jésus. Il ne veut pas de reporter de l’esprit, encore moins de chrétiens de couverture ou de statistiques. Il cherche des témoins qui chaque jour disent : “Seigneur, tu es ma vie”.

En rencontrant Jésus, en expérimentant son pardon, les Apôtres ont témoigné d’une vie nouvelle : ils n’ont pas épargné leurs efforts, ils se sont donnés eux-mêmes. Ils ne se sont pas contentés de demi mesures, mais ils ont assumé l’unique mesure possible pour celui qui suit Jésus : celle d’un amour sans mesure. Ils se sont “offerts en sacrifice” (cf. 2Tm 4, 6). Demandons la grâce de ne pas être des chrétiens tièdes, qui vivent de demi mesures, qui laissent refroidir l’amour. Retrouvons dans le rapport quotidien avec Jésus et dans la force de son pardon nos racines. Jésus, comme à Pierre, nous demande aussi : “Qui suis-je pour toi ?” ; “m’aimes-tu ?”. Laissons ces paroles entrer en nous et allumer le désir de ne pas nous contenter du minimum, mais de viser plus haut, pour être nous aussi témoins vivants de Jésus.

Aujourd’hui, on bénit les Palliums pour les Archevêques Métropolitains nommés l’année dernière. Le Pallium rappelle la brebis que le Pasteur est appelé à porter sur les épaules : c’est le signe que les Pasteurs ne vivent pas pour eux-mêmes, mais pour les brebis ; c’est le signe que, pour la posséder, la vie, il faut la perdre, la donner. Selon une belle tradition, une Délégation du Patriarcat œcuménique, que je salue avec affection, partage avec nous la joie de ce jour. Votre présence, chers frères, nous rappelle que nous ne pouvons nous épargner, pas même sur le chemin vers la pleine unité entre les croyants, dans la communion à tous les niveaux. Parce qu’ensemble, réconciliés par Dieu et nous étant pardonnés mutuellement, nous sommes appelés à être témoins de Jésus par notre vie. »

(Avec V. N.)

Mercredi 26 Juin 2019

Lors de son audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur le livre des Actes des Apôtres, rappelant que L’Église est cette communauté capable de partager non seulement la Parole de Dieu mais aussi le pain. Le choix de la voie de la communion et de l’attention aux pauvres fait que l’Église peut vivre une authentique vie liturgique. Pendant les mois de juillet et août, les audiences générales seront suspendues

Le Pape a commenté le passage du Livre des Actes des Apôtres au chapitre deux : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » Le fruit de la Pentecôte, l’effusion puissante de l’Esprit de Dieu sur la première communauté chrétienne, a fait que beaucoup de gens ont senti leur cœur transpercé par l’heureuse annonce - le kérygme - du salut en Christ et ont adhéré librement à Lui, se convertissant, recevant le baptême en son nom et recevant à leur tour le don de l’Esprit-Saint, a expliqué François.

La chaleur de la foi de ces premiers chrétiens, a-t-il poursuivi, a fait de leur vie un cadre où se manifestent les prodiges de Dieu, où « l’extraordinaire devient ordinaire et la vie quotidienne devient l’espace pour la manifestation du Christ vivant ».

L’histoire des Actes des Apôtres nous permet de regarder à l’intérieur des murs de la "domus" où les premiers chrétiens se réunissent « comme une famille de Dieu » a rappelé le Saint-Père, une communauté où sont résumés les quatre traits d’un bon chrétien : ils écoutent avec assiduité l’enseignement apostolique, ils pratiquent une grande qualité de relations interpersonnelles, ils se souviennent du Seigneur par la "fraction du pain", c’est-à-dire l’Eucharistie, et ils dialoguent avec Dieu dans la prière.

Contrairement à la société humaine, où l’on a tendance à satisfaire ses propres intérêts indépendamment des autres ou même au détriment des autres, la communauté des croyants interdit l’individualisme pour encourager le partage et la solidarité, a poursuivi le Pape. « Il n’y a pas de place pour l’égoïsme dans l’âme d’un chrétien : si ton cœur est égoïste, tu n’es pas un chrétien, tu es une personne mondaine, qui ne recherche que faveur et profit ».

La grâce baptismale révèle en effet le lien intime entre les frères en Christ, appelés à partager, à donner selon les besoins de chacun, « c’est-à-dire la générosité, l’aumône, le soin de l’autre, la visite aux malades, la visite à ceux qui sont dans le besoin, qui ont besoin de consolation » a précisé le Souverain Pontife.

Cette fraternité, a encore souligné le Pape, précisément parce qu’elle choisit la voie de la communion et de l’attention aux nécessiteux, cette fraternité qu’est l’Église « peut vivre une vie liturgique, vraie et authentique ».

Le récit des Actes des Apôtres nous rappelle enfin que le Seigneur garantit la croissance de la communauté, a conclu François. « La persévérance des croyants dans une véritable alliance avec Dieu et avec leurs frères et sœurs devient une force d’attraction qui fascine et conquiert de nombreux coeurs ». Le Pape a ainsi demandé à l’Esprit-Saint de « faire de nos communautés des lieux d’accueil et de vie nouvelle, des œuvres de solidarité et de communion, des lieux où les liturgies sont une rencontre avec Dieu, qui sont des portes ouvertes sur la Jérusalem céleste ».

(Avec V. N.)

Dimanche 23 juin 2019

Avant de prononcer la prière de l’Angélus, place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le sens de l’Eucharistie en la solennité du Corpus Domini célébrée par l’Église universelle ce dimanche.

Lors de l’épisode du miracle des pains qui se déroule sur les rives du lac de Galilée dans les Écritures, Jésus invite ses disciples à faire une véritable conversion de la logique du « chacun pour soi » à celle du partage, « à partir du peu que la Providence met à notre disposition », a souhaité d’emblée rappeler le Souverain pontife argentin depuis la fenêtre du Palais apostolique ce dimanche.

Ce miracle -« très important, à tel point que tous les évangélistes le racontent »- manifeste le pouvoir du Messie et, en même temps, sa compassion pour le peuple, a estimé le Saint-Père, qui voit en ce geste prodigieux « non seulement un des grands signes de la vie publique de Jésus », mais aussi, une anticipation de ce qui sera, finalement, « le mémorial de son sacrifice, c’est-à-dire l’Eucharistie : le sacrement de son corps et son sang donnés pour le salut du monde ».

L’Eucharistie apparaît ainsi comme « la synthèse de toute l’existence de Jésus ». « Comme dans le miracle de la multiplication des pains, Jésus prit le pain entre ses mains, éleva la prière de bénédiction au Père, rompit le pain et le donna aux disciples ; et il fit la même chose avec la coupe de vin », a relaté le Pape.

Chaque année, la solennité du Corpus Christi nous invite donc à renouveler l’émerveillement et la joie de ce merveilleux cadeau du Seigneur, qu’est l’Eucharistie.

« Accueillons-la avec gratitude, non pas de manière passive et habituelle. Nous ne devons pas nous habituer à l’Eucharistie et aller communier par habitude », a enjoint le Successeur de Pierre, précisant au contraire que « chaque fois que nous nous rendons à l’autel pour recevoir la communion, nous devons renouveler véritablement notre amen au Corps du Christ ».

Quand le prêtre dit : « Ceci est le corps du Christ, et que nous répondons amen, il faut que cela soit un amen convaincant, qui vienne du cœur », a-t-il ajouté.

« Abordons chaque communion comme si c’était la première », a enfin exhorté l’évêque de Rome avant de réciter la prière de l’Angélus, et de se rendre ensuite en fin de journée dans le quartier romain de Casal Bertone pour y célébrer la messe du Corpus Domini, qui sera suivie d’une procession.

Après la prière de l’Angélus, le Pape François a aussi rappelé qu’étaient béatifiées à Madrid, samedi 22 juin, la Mère Marie Carmen Lacaba Andia et treize autres sœurs martyres de l’Ordre franciscain de l’Immaculée Conception. Des religieuses tuées en haine de la foi durant les persécutions religieuses perpétrées par les républicains dans le contexte de la Terreur rouge de la guerre d’Espagne entre 1936 et 1939.

« Ces religieuses cloîtrées, comme les vierges prudentes, attendaient l’arrivée de l’époux divin avec une foi héroïque. Leur martyre est une invitation pour nous tous d’être forts et persévérants, en particulier au moment des procès », a ainsi déclaré le Successeur de Pierre au lendemain de ces béatifications.

(Avec V. N.)

Mercredi 19 juin 2019

En ce mercredi, jour d’audience générale, Place Saint-Pierre à Rome, le Pape François a centré sa réflexion sur la Pentecôte et l’œuvre salvatrice de l’Esprit Saint, « artisan de communion » et « artiste de la réconciliation ».

« La prière est le ‘poumon’ qui donne souffle aux disciples de tous les temps ; sans prière, on ne peut pas être disciple de Jésus ; sans prière, nous ne pouvons pas être chrétien ! C’est l’air, c’est le poumon de la vie chrétienne », a d’emblée affirmé le Pape, évoquant ce moment où les disciples sont réunis en prière autour de Marie au Cénacle, cinquante jours après Pâques. Ils sont alors surpris par « l’irruption de Dieu », qui, tel un vent violent, « ouvre grand les portes » et accomplit la promesse du Ressuscité.

L’autre symbole de l’Esprit, c’est le feu, qui renvoie au Buisson ardent. Dans la tradition biblique en effet, le feu accompagne la manifestation de Dieu et matérialise son œuvre qui réchauffe et illumine les cœurs. « L’Église naît du ce feu d’amour, qui éclate lors de la Pentecôte » et « manifeste la force de la parole du Ressuscité remplie d’Esprit Saint ». Ainsi, l’Alliance nouvelle, fondée non plus sur des tables de chair, mais sur l’action de l’Esprit, se grave dans les cœurs de chair.

La parole des apôtres, imprégnée par l’Esprit du Ressuscité, devient parole nouvelle, qui peut être comprise de tous, même des analphabètes, puisqu’il s’agit d’un « langage universel », celui de la « vérité et de l’amour ».

Car l’Esprit Saint est « artisan de communion », « artiste de la réconciliation » ; il abat les barrières pour faire de tous un seul corps dans le Christ. C’est lui qui édifie la communauté des croyants, qui « fait grandir l’Église en l’aidant à aller au-delà des limites humaines, des péchés et des scandales ». Lui seul peut « humaniser et fraterniser tout contexte à partir de ceux qui l’accueillent ».

Et le Souverain Pontife de conclure en invitant à demander au Seigneur « une nouvelle Pentecôte qui dilate les cœurs et harmonise nos sentiments avec ceux du Christ ». Ainsi, « nous annoncerons sans honte sa parole qui transforme et nous témoignerons de la puissance de l’amour qui appelle à la vie tout ce qu’elle rencontre ».

Saluant les pèlerins francophones présents à l’audience, le Pape a mentionné la Solennité du Corps et du Sang du Christ, -célébrée ce jeudi au Vatican et dimanche dans le monde-, exhortant les fidèles à « donner une place centrale à l’Eucharistie dans nos vies ». « C’est elle qui nous fait vivre de la vie du Christ. C’est elle quoi fait l’Église », a-t-il lancé.

Synthèse de la catéchèse en Français  :

« Chers frères et sœurs,

Cinquante jours après Pâques, alors qu’ils étaient en prière, les Apôtres sont surpris par l’irruption de Dieu, une irruption qui ouvre grandes les portes grâce à la force d’un vent qui rappelle le souffle primordial et qui accomplit la promesse de la ‘force’ faite par le Ressuscité avant son départ. Au vent s’ajoute le feu, ce feu qui accompagne la manifestation de Dieu. L’Eglise naît du feu de l’amour, d’un incendie qui éclate à la Pentecôte et qui manifeste la force de la Parole du Ressuscité remplie d’Esprit Saint. L’Alliance nouvelle et définitive est fondée non plus sur une loi écrite sur des tables de pierre, mais sur l’action de l’Esprit de Dieu qui fait toutes choses nouvelles et se grave dans des cœurs de chair. La parole des Apôtres s’imprègne de l’Esprit du Ressuscité et devient une parole nouvelle, qui peut être comprise dans toutes les langues. Il s’agit du langage de la vérité et de l’amour qui est la langue universelle. Même les analphabètes peuvent la comprendre.

L’Esprit Saint est l’artisan de la communion, celui qui fait la réconciliation et sait enlever les barrières pour faire de tous un seul corps. Seul l’Esprit de Dieu a le pouvoir d’humaniser et de fraterniser tout contexte à partir de ceux qui l’accueillent. Demandons au Seigneur de nous faire faire l’expérience d’une nouvelle Pentecôte, qui dilate nos cœurs et harmonise nos sentiments avec ceux du Christ. Ainsi nous annoncerons sans honte sa parole qui transforme et nous témoignerons de la puissance de l’amour qui appelle à la vie tout ce qu’elle rencontre.
© Librairie éditrice du Vatican »

(Avec V. N.)

Dimanche 16 juin 2019

Le Pape François était dans la région italienne des Marches, au centre-est de l’Italie, pour une visite pastorale d’une journée à Camerino. Dans cette ville frappée par plusieurs séismes ces dernières décennies, les dégâts sont encore visibles, et le soutien spirituel et humain du Souverain pontife est bienvenu.

Le Pape François a présidé l’Eucharistie ce dimanche matin sur la place Cavour de Camerino cette petite ville des Marches d’un peu plus de 7 000 habitants. Devant les fidèles réunis sous un chaud soleil, le Pape a dans son homélie livré une réflexion sur la mémoire de Dieu et l’espérance en l’Esprit Saint quand l’homme est frappé par les épreuves.

Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » Ces paroles, je les ai eues à l’esprit en pensant à vous, a dit le Saint-Père aux fidèles de Camerino, gravement éprouvés par le séisme de l’été 2016. « Face à ce que vous avez vu et souffert, face aux maisons effondrées et aux bâtiments réduits en ruines, la question se pose : qu’est-ce que l’homme ? ». François a ainsi expliqué combien Dieu se rappelait de nous, « comme nous sommes, avec nos fragilités », jamais il ne nous oublie.

« Le Seigneur nous donne une certitude : Il se souvient de nous » a poursuivi le Pape et malgré les épreuves terrestres, nous gardons toujours pour lui une infinie valeur. « Nous sommes petits sous le ciel et impuissants quand la terre tremble, mais pour Dieu nous sommes plus précieux que tout ». François a mis en avant un premier mot important : souvenir. « Demandons la grâce de nous rappeler chaque jour que nous ne sommes pas oubliés de Dieu ».

Les mauvais souvenirs sont nombreux et difficiles, a poursuivi le Souverain Pontife, et souvent nous restons assaillis par ces mauvaises images du passé. « Pour libérer le cœur du passé qui revient, des souvenirs négatifs qui nous retiennent prisonniers, des regrets qui paralysent, nous avons besoin de quelqu’un pour nous aider à porter les fardeaux que nous avons en nous ». Jésus n’enlève pas le poids qui pèse sur nos épaules, comme nous le voudrions, mais il nous donne l’Esprit-Saint dont nous avons besoin, qui est consolateur.

L’Esprit-Saint transforme en nous les blessures du passé « en souvenirs du salut » a précisé François. Comme il fait des plaies de Jésus un chemin de miséricorde, l’Esprit vient habiter nos blessures si nous l’invitons, « il est un baume d’espérance sur nos souvenirs douloureux, parce qu’il est le rebâtisseur de l’espérance ».
Une espérance qui ne se périme jamais

Le Pape a poursuivi son homélie en rappelant que cette espérance n’est pas passagère, comme nos espérances terrestres, celle de l’Esprit-Saint est au contraire « à longue conservation ». « L’espérance de l’Esprit n’est pas l’optimisme, a précisé François, elle est plus profonde, ravive dans les profondeurs du cœur la certitude d’être précieux parce qu’aimés, elle insuffle la confiance de ne pas être seul ».

Le Saint-Père s’est enfin arrêté sur le terme "proximité", troisième mot-clé de son homélie. En ce dimanche de la Sainte-Trinité, a-t-il rappelé, vient nous rappeler que « la Trinité n’est pas un casse-tête théologique, mais le splendide mystère de la proximité de Dieu ». En se faisant homme, Dieu nous a donné son Fils pour nous être proches, pour nous aider à porter le poids de la vie. « Il faut plus de force pour réparer que pour construire, pour recommencer que pour commencer, pour se réconcilier que pour s’entendre. C’est la force que Dieu nous donne ».
« Être auprès de vous »

« Je suis venu aujourd’hui pour être près de vous ; je suis ici pour prier avec vous, a conclu François, Dieu qui se souvient de nous, afin que personne n’oublie qui est en difficulté. Je prie le Dieu de l’espérance, afin que ce qui est instable sur terre n’ébranle pas la certitude que nous avons en nous ». Chacun en effet est capable de faire un peu de bien, sans attendre que ce soit les autres qui commencent, chacun peut consoler quelqu’un sans attendre que ses problèmes soient résolus. « Qu’est-ce que l’homme ? », a repris le Pape : le grand rêve de Dieu.

Mercredi 12 juin 2019

Lors de l’audience générale de ce mercredi, tenue sur la Place Saint-Pierre, le Pape a développé un enseignement sur les Actes des Apôtres, en expliquant que ce livre du Nouveau Testament permet de comprendre comment s’est effectué « le voyage de l’Évangile » aux débuts du christianisme.

« Tout part de la Résurrection du Christ. » Le Pape a rappelé qu’il ne s’agit pas d’un évènement parmi d’autres mais de la « source de la vie nouvelle ». Après ce bouleversement, les disciples, 120 hommes et femmes qui avaient suivi Jésus, demeurent unis et persévérants dans la prière autour de Marie. Les apôtres font partie de ce groupe, à l’exception de Judas qui, en voulant sauver sa propre vie, l’a perdue. Les 11 autres ont choisi au contraire « la vie et la bénédiction, en devenant responsables de la faire circuler à leur tour dans l’histoire, de génération en génération, du peuple d’Israël à l’Église ».

C’est à l’occasion de l’entrée d’un 12ème apôtre dans le groupe, pour remplacer Judas, que s’effectue le premier acte de « discernement communautaire, qui consiste à voir la réalité avec les yeux de Dieu, dans l’optique de l’unité et de la communion ». L’entrée de Matthias permet de reconstituer le groupe des Douze et montre que « la communion l’emporte sur les divisions ». Jésus l’avait dit : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

Aujourd’hui encore, les chrétiens doivent donc suivre cet exemple d’unité et de communion laissé par les disciples au début de l’aventure chrétienne. Il faut sortir des « attitudes autoréférentielles », ne pas avoir peur de la diversité, ne pas céder à la médiocrité de trop s’attacher aux choses matérielles. Cette liberté intérieure est une condition essentielle pour devenir des « martyrs, c’est-à-dire des témoins lumineux de Dieu vivant et agissant dans l’histoire », a conclu le Pape François.

Au terme de l’audience, le Pape François a salué la délégation interreligieuse de Hong Kong, accompagnée par le cardinal John Tong Hon, et les prêtres orthodoxes russes, en rappelant par ailleurs que demain, le 13 juin, ce sera la mémoire liturgique de saint Antoine de Padoue, grand prédicateur et patron des pauvres et des souffrants : « Que son intercession aide à expérimenter le secours de la miséricorde divine », a exhorté le Pape François.

(Avec V. N.)

Fête de la Pentecôte à Rome

En ce dimanche de la Pentecôte, lors de la messe qu’il a présidée place Saint-Pierre, le Saint-Père est revenu sur le pouvoir de l’Esprit Saint, une force qui s’est d’abord exprimée face aux disciples. Il a loué la jeunesse de l’Esprit Saint, qui apporte l’harmonie dans la vie des hommes. Découvrez en intégralité son homélie :

" La Pentecôte arriva, pour les disciples, après cinquante jours incertains. D’un part, Jésus était Ressuscité, pleins de joie ils l’avaient vu et écouté, et ils avaient aussi mangé avec Lui. D’autre part, ils n’avaient pas encore surmonté les doutes et les peurs : ils demeuraient enfermés (cf. Jn 20, 19.26), avec peu de perspectives, incapables d’annoncer le Vivant. Puis arrive l’Esprit Saint et les préoccupations disparaissent : maintenant les Apôtres ne craignent plus, même devant celui qui les arrête ; ils étaient tout d’abord préoccupés de sauver leur vie, maintenant ils n’ont plus peur de mourir ; avant, ils étaient enfermés dans le Cénacle, maintenant ils annoncent à tous les peuples. Jusqu’à l’Ascension de Jésus, ils attendaient le Règne de Dieu pour eux (cf. Ac 1, 6), maintenant ils sont impatients d’atteindre des confins inconnus. Avant, ils n’avaient presque jamais parlé en public et lorsqu’ils l’avaient fait, ils avaient souvent dit du n’importe quoi, comme Pierre qui avait renié Jésus ; maintenant ils parlent avec franc-parler à tous. L’histoire des disciples, qui semblait toucher à sa fin, est donc renouvelée par la jeunesse de l’Esprit : ces jeunes, qui, en proie à l’incertitude, croyaient être arrivés, ont été transformés par une joie qui les a fait renaître. L’Esprit Saint a fait cela. L’Esprit n’est pas, comme cela pourrait sembler être, une chose abstraite ; c’est la Personne la plus concrète, la plus proche, celle qui nous change la vie. Comment fait-il ? Regardons les Apôtres. L’Esprit ne leur a pas rendu les choses plus faciles, il n’a pas fait des miracles spectaculaires, il n’a pas écarté les problèmes et les opposants, mais l’Esprit a apporté dans la vie des disciples une harmonie qui manquait, la sienne, parce qu’Il est harmonie.

Harmonie à l’intérieur de l’homme. A l’intérieur, dans le cœur, les disciples avaient besoin d’être changés. Leur histoire nous dit que même voir le Ressuscité ne suffit pas, si on ne L’accueille pas dans le cœur. Il ne suffit pas de savoir que le Ressuscité est vivant si on ne vit pas comme des Ressuscités. Et c’est l’Esprit qui fait vivre et revivre Jésus en nous, qui nous ressuscite intérieurement. Pour cela, Jésus, rencontrant les siens, répète : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 19.21) et il donne l’Esprit. La paix ne consiste pas à résoudre les problèmes de l’extérieur – Dieu n’enlève pas aux siens les tribulations et les persécutions – mais à recevoir l’Esprit Saint. En cela consiste la paix, cette paix donnée aux Apôtres, cette paix qui ne libère pas des problèmes mais dans les problèmes, est offerte à chacun de nous. C’est une paix qui rend le cœur semblable à la mer profonde qui est toujours tranquille même lorsque, en superficie, les vagues s’agitent. C’est une harmonie si profonde qu’elle peut même transformer les persécutions en béatitudes. Combien de fois, au contraire, nous demeurons en superficie ! Au lieu de chercher l’Esprit, nous tentons de nous en sortir, pensant que tout ira mieux si tel malheur passe, si je ne vois plus telle personne, si telle situation s’améliore. Mais cela c’est demeurer en superficie : passé un problème, un autre arrivera et l’inquiétude reviendra. Ce n’est pas en prenant les distances de celui qui ne pense comme nous que nous serons sereins, ce n’est en résolvant les problèmes du moment que nous serons en paix. Le tournant est la paix de Jésus, l’harmonie de l’Esprit.

Aujourd’hui, dans la hâte que notre temps nous impose, il semble que l’harmonie soit mise de côté : tiraillés de mille parts, nous risquons d’exploser, sollicités par une nervosité continuelle qui nous fait réagir négativement à tout. Et on cherche la solution rapide, une pilule après l’autre pour aller de l’avant, une émotion après l’autre pour se sentir vivants. Mais nous avons surtout besoin de l’Esprit : c’est lui qui met de l’ordre dans la frénésie. Il est paix dans l’inquiétude, confiance dans le découragement, joie dans la tristesse, jeunesse dans la vieillesse, courage dans l’épreuve. C’est Celui qui, entre les courants tempétueux de la vie, fixe l’ancre de l’espérance. C’est l’Esprit qui, comme le dit aujourd’hui Saint Paul, nous interdit de retomber dans la peur parce qu’il nous fait nous sentir fils aimés (cf. Rm 8, 15). C’est le Consolateur qui nous transmet la tendresse de Dieu. Sans l’Esprit, la vie chrétienne est effilochée, privée de l’amour qui unit tout. Sans l’Esprit, Jésus demeure un personnage du passé, avec l’Esprit il est une personne vivante aujourd’hui ; sans l’Esprit, l’Écriture est lettre morte, avec l’Esprit elle est Parole de vie. Un christianisme sans l’Esprit est un moralisme sans joie ; avec l’Esprit il est vie.

L’Esprit Saint n’apporte pas seulement l’harmonie au-dedans, mais aussi au dehors, entre les hommes. Il nous fait Église, il assemble des parties différentes en un unique édifice harmonieux. Saint Paul l’explique bien, lui qui, en parlant de l’Église, répète souvent une parole, “variés” : « les dons de la grâce sont variés, les services sont variés, les activités sont variées » (1 Co 12, 4-6). Nous sommes différents dans la variété des qualités et des dons. L’Esprit les distribue avec fantaisie, sans aplatir, sans homologuer. Et, à partir de cette diversité, il construit l’unité. Il fait ainsi depuis la création parce qu’il est spécialiste dans la transformation du chaos en cosmos, dans la mise en harmonie. Il est spécialiste dans la création des diversités, des richesses ; chacun la sienne, différente. Lui, il est le créateur de cette diversité et, en même temps, il est Celui qui harmonise, qui donne l’harmonie et donne unité à la diversité. Lui seul peut faire ces deux choses.

Aujourd’hui dans le monde, les discordances sont devenues des véritables divisions : il y a celui qui a trop et il y a celui qui n’a rien, il y a celui qui cherche à vivre cent ans et celui qui ne peut pas naître. A l’ère des ordinateurs on reste à distance : plus “social” mais moins sociaux. Nous avons besoin de l’Esprit d’unité qui nous régénère comme Église, comme Peuple de Dieu et comme humanité entière. Qui nous régénère. Il y a toujours la tentation de construire des “nids” : de se réunir autour de son propre groupe, de ses propres préférences, le semblable avec le semblable, allergiques à toute contamination. Et du nid à la secte, il n’y a qu’un pas, même dans l’Eglise. Que de fois on définit sa propre identité contre quelqu’un ou contre quelque chose ! L’Esprit Saint, au contraire, relie les distances, unit les lointains, ramène les égarés. Il fusionne des tonalités différentes en une unique harmonie parce qu’il voit tout d’abord le bien, il regarde l’homme avant ses erreurs, les personnes avant leurs actions. L’Esprit modèle l’Église, modèle le monde comme des lieux de fils et de frères. Fils et frères : des substantifs qui viennent avant tout autre adjectif. C’est la mode d’adjectiver, malheureusement d’insulter aussi. Nous pouvons dire que nous vivons une culture de l’adjectif qui oublie le substantif des choses ; et aussi dans une culture de l’insulte, qui est la première réponse à une opinion que je ne partage pas. Puis nous nous rendons compte que cela fait mal à celui qui est insulté, mais aussi à celui qui insulte. En rendant le mal pour le mal, en passant de victime à bourreau, on ne vit pas bien. Celui qui vit selon l’Esprit, au contraire, apporte la paix là où il y a la discorde, la concorde là où il y a le conflit. Les hommes spirituels rendent le bien pour le mal, répondent à l’arrogance par la douceur, à la méchanceté par la bonté, au vacarme par le silence, aux bavardages par la prière, au défaitisme par le sourire.

Pour être spirituels, pour goûter l’harmonie de l’Esprit, il faut mettre son regard devant le nôtre. Alors, les choses changent : avec l’Esprit, l’Église est le Peuple saint de Dieu, la mission la contagion de la joie, non pas le prosélytisme, les autres des frères et des sœurs aimés du même Père. Mais sans l’Esprit, l’Église est une organisation, la mission une propagande, la communion un effort. Et de nombreuses Eglises font des actions programmatiques en ce sens de plans pastoraux, de discussions sur toutes choses. Il semble que ce soit cette route pour nous unir, mais celle-ci n’est pas la route de l’Esprit, c’est la route de la division. L’Esprit est le besoin premier et ultime de l’Église (cf. S. Paul VI, Audience générale, 29 novembre 1972). Il « vient là où il est aimé, là où il est invité, là où il est attendu » (S. Bonaventure, Sermon pour le IVème Dimanche après Pâques). Frères et sœurs, prions-le chaque jour. Esprit Saint, harmonie de Dieu, Toi qui transformes la peur en confiance et la fermeture en don, viens en nous. Donne-nous la joie de la résurrection, l’éternelle jeunesse du cœur. Esprit Saint, notre harmonie, Toi qui fais de nous un seul corps, remplis l’Église et le monde de ta paix. Esprit Saint, rends-nous artisans de concorde, semeurs de bien, apôtres d’espérance."

Jeudi 6 juin 2019

Le Saint-Père s’est exprimé ce jeudi devant les 80 participants au Congrès des centres nationaux pour les vocations des Églises d’Europe. Son discours proposait trois lignes de réflexion, portant sur la sainteté, la communion, et la vocation elle-même dans trois de ses aspects particuliers – bonheur, liberté et être ensemble.

Le Pape François a préféré improviser son message durant cette audience. Voici toutefois un résumé du discours consigné.
Toute notre vie est vocation

Dans ce texte dense et précieux pour les responsables de pastorale vocationnelle, le Pape indique quelques lignes qui lui « tiennent particulièrement à cœur », n’hésitant pas à pointer les erreurs parfois commises en la matière.

Le Saint-Père parle d’abord de la sainteté, en tant qu’appel adressé par le Seigneur à chacun, à travers sa vocation particulière. François rappelle que « la vocation est un chemin qui dure toute la vie » ; elle concerne en effet « le temps de la jeunesse pour l’orientation et la direction à prendre en réponse à l’invitation de Dieu, et concerne la vie adulte dans l’horizon de la fécondité et du discernement du bien à accomplir ». Il regrette que la vocation soit souvent considérée « comme une aventure individuelle, en croyant qu’elle concerne seulement “moi” et non pas d’abord “nous” ». Il est nécessaire « que nous prenions soin de cette sainteté commune du peuple », écrit-il.

Le Pape aborde ensuite la dimension de la communion, mère de synodalité, terme qui lui cher, pour signifier la manière de vivre la pastorale. Il s’agit de vivre davantage « la fraternité, de favoriser l’estime réciproque, de valoriser la richesse de chacun, de croire que le Ressuscité peut accomplir des merveilles y compris à travers les blessures et les fragilités qui font partie de l’histoire de tous. De la communion de l’Église naîtront de nouvelles vocations », assure-t-il, avant de dénoncer les logiques mondaines qui divisent trop souvent les communautés, les familles et les presbytères. « C’est seulement en nous reconnaissant vraiment communautés – ouvertes, vivantes, inclusives - que nous deviendrons capables de futur. C’est de cela que les jeunes ont soif », fait remarquer François.

Puis la vocation elle-même a fait l’objet d’une réflexion plus longue. « Je connais quelques communautés qui ont choisi de ne plus prononcer le mot “vocation” dans leurs propositions pour les jeunes, parce qu’elles estiment que les jeunes en ont peut et qu’ils ne participent pas à leurs activités. C’est une stratégie désastreuse », se désole le Souverain Pontife. Cela revient à « mutiler » le lexique de la foi « en courant le risque, tôt ou tard, de ne plus se comprendre ». « Nous avons besoin », souligne le Pape, « d’hommes et de femmes, laïcs et consacrés passionnés, ardents pour la rencontre avec Dieu et transformés dans leur humanité, capables d’annoncer par leur vie le bonheur qui vient de leur vocation ».

Bonheur : le premier des trois mots sur lesquels le Saint-Père choisit ensuite de s’arrêter. À l’inverse des « joies passagères » dont se contentent beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps, « le bonheur est plus profond, il demeure même lorsque la joie ou l’enthousiasme du moment disparaissent, même lorsque surviennent les difficultés, la douleur, le découragement, la désillusion ». Ce bonheur porte un nom, ce bonheur reste « parce qu’il est Jésus lui-même, Lui dont l’amitié est indissoluble », écrit François. « Certaines expériences de pastorale des jeunes et des vocations, alerte-t-il ensuite, confondent le bonheur qu’est Jésus avec la joie émouvante et elles annoncent la vocation comme toute lumineuse. Cela ne va pas bien, parce que lorsqu’on entre en contact avec la chair souffrante de l’humanité – la sienne ou celle des autres -, cette joie disparaît ». Le Pape met aussi en garde contre « l’idée que discerner sa propre vocation ou marcher dans la vie spirituelle est une question de techniques, d’exercices détaillés ou de règles à suivre ». « La vie que Dieu nous offre » est plutôt « une invitation à faire partie d’une histoire d’amour qui se tisse avec nos histoires » (Exhortation apostolique Christus vivit, 252).

Liberté : un mot souvent employé pour signifier, à tort, que la vocation est « un projet qui enlève la liberté », là où Dieu vient au contraire la soutenir. « Il est bon de le rappeler, estime François, surtout quand l’accompagnement personnel ou communautaire amorce des dynamiques de dépendances, ou pire, de plagiat. Ceci est très grave, parce que cela empêche la croissance et la consolidation de la liberté, cela étouffe la vie en la rendant infantile. La vocation se reconnaît à partir de la réalité, (…) dans l’émerveillement de reconnaître – à un certain point – que ce que nous voulons vraiment est aussi ce que Dieu veut de notre part. À partir de l’étonnement de ce point de rencontre, la liberté s’oriente vers un choix d’amour explosif et la volonté fait grandir les digues capables de contenir et canaliser vers une direction unique toute sa propre énergie de vie », explique le Souverain Pontife.

Ensemble : le Pape insiste enfin sur la dimension communautaire de la vocation. « Le Seigneur n’appelle jamais seulement comme des individus, mais toujours à l’intérieur d’une fraternité pour partager son projet d’amour, qui est pluriel depuis le début parce qu’Il l’est lui-même, Trinité miséricordieuse ». Une perspective « féconde » aux yeux du Saint-Père, « parce qu’elle renouvelle la conscience que dans l’Église rien ne s’accomplit tout seul », « nous sommes à l’intérieur d’une longue histoire, orientés vers un futur qui est participation de tous ». Par conséquent, la pastorale vocationnelle « ne peut pas être le seul devoir de quelques leaders, mais de la communauté », rappelle François.

Dans une dernière partie de son discours, il adresse de nombreux encouragements à ceux que concernent les vocations au sacerdoce et/ou à la vie consacrée. « Je pense aux nombreuses communautés de vie consacrée qui œuvrent par capillarité dans la charité et dans la mission. Je pense à la vie monastique, dans laquelle plongent les racines de l’Europe et qui est encore capable d’attirer beaucoup de vocations, surtout féminines », souligne notamment le Pape, demandant qu’elle soit « protégée, valorisée et aidée à s’exprimer pour ce qu’elle est véritablement, une école de prière et de communion ».

François s’adresse ensuite à ceux qui promeuvent ces vocations spécifiques. « L’Église en a besoin ! », écrit-il à propos de leur mission, avant de mettre un dernier aspect en lumière : « quand les jeunes rencontrent des hommes et des femmes consacrées crédibles, non pas parce que parfaits, mais parce que marqués par la rencontre avec le Seigneur, ils savent goûter à une vie différente et s’interroger sur leur vocation ».

Et le Pape de conclure par ce conseil, à l’accent paulinien : « Aujourd’hui la vie de tous est fragmentée et parfois blessée ; celle de l’Église ne l’est pas moins. S’enraciner dans le Christ est la voie maîtresse pour laisser son œuvre nous reconstituer ».
« On ne peut pas travailler pour les vocations sans se fatiguer »

Dans son message effectivement prononcé, le Saint-Père a rappelé l’importance du « dialogue avec le Seigneur » dans le choix vocationnel. « Ce n’est pas une conviction intellectuelle, non (…). Le Seigneur m’inspire à aller de l’avant dans la vie de cette manière, par cette route ». Un défi pour les accompagnateurs : « si vous, vous ne dialoguez pas avec le Seigneur, il sera assez difficile d’enseigner aux autres à dialoguer sur ce point », a prévenu François. Puis il leur a indiqué quelques comportements à suivre, notamment la « patience » et la « capacité d’écoute ». « Aujourd’hui les jeunes sont en mouvement, a-t-il également relevé, et l’on doit travailler avec eux en mouvement, et chercher en mouvement à les aider à trouver leur vocation dans leur vie. Cela fatigue… », a reconnu le Pape, mais « il faut se fatiguer ! On ne peut pas travailler pour les vocations sans se fatiguer ».

Enfin le Saint-Père a abordé l’aspect du langage. Il s’agit de comprendre le langage des jeunes, « qui est un langage pauvre de communion ». Les jeunes sont à l’aise avec les « contacts, mais ils ne communiquent pas », a constaté François. « Communiquer est peut-être le défi que nous devrions avoir avec les jeunes », tout comme celui de « la capacité à se recueillir en soi-même ». « Ce n’est pas facile », a-t-il reconnu, avant de donner un dernier conseil aux participants : plutôt que de recourir à des « pré-concepts » ou à « l’imposition purement doctrinale », mieux vaut « accompagner, guider, et aider, afin que la rencontre avec le Seigneur leur fasse voir quel est le chemin dans leur vie ».

’Avec V. N.)

Mercredi 5 juin 2019

Le Pape François a consacré l’essentiel de l’audience générale de ce jour à son récent voyage en Roumanie, accompli de vendredi à dimanche dernier.

Le Pape a rendu grâce à Dieu, « qui a permis au Successeur de Pierre de retourner dans ce pays, 20 ans après la visite de saint Jean-Paul II ». En revenant sur le slogan de ce voyage, « cheminer ensemble », le Pape François a expliqué que sa joie a été de pouvoir cheminer lui-même « au milieu du peuple roumain, comme pèlerin sur sa terre ».

François a rappelé que les différentes étapes de ce voyage ont mis en relief « la valeur et l’exigence de cheminer ensemble, que ce soit entre chrétiens, sur le plan de la foi et de la charité, ou entre citoyens, sur le plan de l’engagement civil ». En exprimant sa « pensée fraternelle et reconnaissante » pour le Patriarche orthodoxe Daniel, qui l’avait accueilli vendredi, François s’est réjoui des « relations fraternelles » qui relient les différentes Églises. Il a pu constater l’œcuménisme à l’œuvre, de l’Église orthodoxe, largement majoritaire, jusqu’aux composantes grecque et latine de l’Église catholique, qui est « vivante et active », en passant par la « communauté luthérienne qui professe aussi la foi en Jésus-Christ, et qui a de bons rapports avec les orthodoxes et les catholiques ». François évoquait ici la confession du président de la République de Roumanie, Klaus Johannis, lui-même marié à une catholique.

« L’union entre les chrétiens, bien qu’incomplète, est basée sur l’unique baptême et elle est scellée par le sang et par la souffrance subie ensemble dans les temps obscurs de la persécution, en particulier au siècle dernier sous le régime athée », a expliqué l’évêque de Rome.

Le Pape a précisé que lors de sa rencontre avec les responsables de l’Église orthodoxe roumaine, il a rappelé « la volonté de l’Église catholique de cheminer ensemble dans la mémoire réconciliée et vers une unité plus pleine, que le peuple roumain avait prophétiquement invoqué durant la visite de saint Jean-Paul II ». François a aussi souligné l’importance symbolique du Notre Père, « patrimoine commun de tous les baptisés », récité à la cathédrale orthodoxe. « Que l’Esprit Saint puisse nous conduire à vivre toujours plus comme des enfants de Dieu et des frères entre nous », a-t-il lancé.

Le Pape est aussi revenu sur les trois eucharisties célébrées avec les différentes composantes de l’Église catholique dans le pays, notamment au sanctuaire de Sumuleu-Ciuc, où la « sainte Mère de Dieu accueille le peuple fidèle dans la variété des langues, des cultures et des traditions ». Le dimanche, dans le cadre d’une Divine Liturgie célébrée à Blaj, « centre de l’Église gréco-catholique en Roumanie », le Pape a participé à la béatification de sept évêques martyrs gréco-catholiques, « témoins de la liberté et de la miséricorde qui viennent de l’Évangile ». François a rappelé les mots de l’un de ces évêques, Mgr Iuliu Hossu, créé cardinal par Paul VI, qui avait écrit durant sa détention : « Dieu nous a envoyés dans ces ténèbres de la souffrance pour donner le pardon et prier pour la conversion de tous ». Rédigées dans un contexte de tortures terribles, « ces paroles sont un témoignage de miséricorde ».

Le Pape a aussi évoqué la rencontre « intense et festive » avec les jeunes et les familles tenue à Iasi, un important carrefour culturel du nord-est de la Roumanie, dans « un lieu qui invite à ouvrir des routes sur lesquelles cheminer ensemble, dans la richesse des diversités, dans une liberté qui ne retire pas les racines mais qui y puise d’une façon créative ». Enfin, la dernière étape de son voyage a été la visite à la communauté Rom de Blaj, où il a voulu « renouveler l’appel contre toute discrimination et pour le respect des personnes de toute ethnie, langue et religion ».

Le Pape a conclu son intervention en demandant à Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie, que ce voyage « porte des fruits abondants pour la Roumanie et pour l’Église en ces terres ».

Au terme de l’audience, le Pape a annoncé que ce samedi à 13h, tous ceux qui le veulent seront invités à dédier « une minute pour la paix », en ce 8 juin qui marquera le 5e anniversaire de la rencontre au Vatican entre le Pape François, le Patriarche Bartholomée, le président israélien de l’époque Shimon Peres et le président palestinien Mahmoud Abbas. Les croyants sont invités à prier, et les non-croyants peuvent y consacrer un moment de réflexion. Le Pape a remercié l’Action Catholique Internationale qui promeut cette initiative, permettant de se mobiliser « tous ensemble pour un monde plus fraternel ».
L’annonce de la Pentecôte

Le Pape a rappelé que « dimanche prochain nous célébrerons la solennité de la Pentecôte. Que le Seigneur vous trouve tous prêts à accueillir l’abondante effusion de l’Esprit Saint. Que la grâce de ses dons diffuse en vous une nouvelle vitalité de la foi, revigore l’espérance et donne une force agissante à la charité », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Voyage apostolique du Pape François en Roumanie

Le Pape François a quitté dimanche la Roumanie pour rejoindre Rome où l’avion papal a atterri à 18h11 précises, à l’aéroport de Rome-Ciampino. Avant de retrouver le Vatican, le Saint-Père a fait une halte en la Basilique Sainte-Marie-Majeure, comme il en a l’habitude au terme de chaque voyage apostolique. Dans l’édifice dominant l’Esquilin, le Pape s’est recueilli un instant devant l’icône de la Vierge Marie “Salus Populi romani”.

Ce 30ème voyage apostolique du Pape François a eu lieu en Roumanie du 31 mai au 2 juin, un pays marqué par de nombreuses souffrances liées au communisme, mais qui se relève progressivement et voit émerger une nouvelle génération de chrétiens qui assument leur foi avec enthousiasme. Ce voyage du Pape François en Roumanie a rencontré un grand succès populaire. L’évêque de Rome s’est déplacé à la rencontre des diverses réalités du pays : l’Église orthodoxe, majoritaire qui l’a reçu avec respect et sympathie, l’Église catholique latine, et l’Église gréco-catholique à Blaj, où il a célébré la béatification de sept évêques martyrs.

Dimanche 2 juin 2019

C’était le point d’orgue de ce 30ème voyage apostolique du Pape François : au cours d’une Divine Liturgie, le Saint-Père a proclamé bienheureux 7 évêques gréco-catholiques, martyrs du communisme. À leur exemple, il a encouragé les Roumains à être témoins de liberté et de miséricorde et à s’élever contre les nouvelles idéologies aliénantes et mortifères.

Cette Divine Liturgie, selon le rite de St Jean Chrysostome, s’est tenue à Blaj, dans le centre de la Roumanie, au « Champ de la liberté », lieu éminemment symbolique pour les Roumains : c’est là que le 15 mai 1848, plus de 40 000 d’entre eux se rassemblèrent pour demander la reconnaissance du peuple roumain comme nation, dans le sillage du « Printemps des peuples » qui traversait alors toute l’Europe. Un siècle plus tard, le 15 mai 1948, en cette même place, le régime communiste inféodé à Moscou exigea des gréco-catholiques qu’ils rompent leur lien avec Rome pour rejoindre l’Église orthodoxe. Pour ceux qui refusèrent : les persécutions et la mort. Ce fut les cas pour les évêques Vasile Aftenie, Valeriu Traian Frentiu, Ioan Suciu, Tit Liviu Chinezu, Ioan Balan, Alexandru Rusu, Cardinal Iuliu Hossu et tant d’autres.

Il est donc peu de dire que leur béatification, présidée ce dimanche par le successeur de Pierre en personne devant près de 100 000 personnes (selon les chiffres du gouvernement roumain), exprime une véritable résurrection pour cette petite Église que l’on s’était pourtant juré d’abattre.

Et c’est justement ce témoignage libre de fidélité que le Pape a mis en exergue au cours de son homélie qu’il a centrée sur l’Évangile proclamé au cours de la célébration, celui où Jésus guérit un aveugle de naissance, un jour de Shabbat (Jn 9, 1-41). L’évangéliste ne donne que peu de détails sur le miracle, -raconté seulement en quelques versets ; en revanche, il s’attarde longuement sur les discussions passionnées et houleuses qu’il suscite d’abord au sein de la foule, puis chez les pharisiens.

Voici le texte de l’homélie du Saint-Père dans son intégralité :

" « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn 9, 2). Cette question des disciples à Jésus enclenche une série de mouvements et d’actions qui se dérouleront dans tout le récit évangélique en révélant et en mettant en évidence ce qui aveugle réellement le cœur humain.

Jésus, comme ses disciples, voit l’aveugle de naissance ; il est capable de le reconnaître et de le mettre au centre. Au lieu d’expliquer que sa cécité n’était pas le fruit du péché, il mélange la poussière de la terre avec sa salive et la lui applique sur les yeux ; puis, il lui demande d’aller se laver dans la piscine de Siloé. Après s’être lavé, l’aveugle retrouve la vue. Il est intéressant d’observer comment le miracle est raconté à peine en deux versets, tous les autres orientant l’attention non pas sur l’aveugle guéri mais sur les discussions qu’il suscite. Il semble que sa vie et surtout sa guérison deviennent banales, anecdotiques ou un élément de discussion, mais aussi d’irritation ou de colère. Dans un premier temps, l’aveugle guéri est interrogé par la foule étonnée, puis par les pharisiens ; et ces derniers interrogent également ses parents. Ils mettent en doute l’identité de l’homme guéri ; puis ils nient l’action de Dieu, en prétextant que Dieu n’agit pas le jour du sabbat. Ils vont même jusqu’à douter que l’homme soit né aveugle.

Toute la scène et les discussions révèlent combien il est difficile de comprendre les actions et les priorités de Jésus, capable de mettre au centre celui qui était à la périphérie, surtout quand on pense que c’est le ‘‘sabbat’’ qui bénéficie du primat et non l’amour du Père qui cherche à sauver tous les hommes (cf. 1 Tm 2, 4). L’aveugle devait coexister non seulement avec sa cécité mais aussi avec celle de ceux qui l’entouraient. Ainsi sont les résistances et les hostilités qui surgissent dans le cœur humain quand, au centre, au lieu des personnes, on met des intérêts particuliers, des étiquettes, des théories, des abstractions et des idéologies, qui ne font rien d’autre qu’aveugler tout et tous. En revanche, la logique du Seigneur est différente : loin de se cacher dans l’inaction ou dans l’abstraction idéologique, il cherche la personne avec son visage, avec ses blessures et son histoire. Il va à sa rencontre et ne se laisse pas duper par les discours incapables d’accorder la priorité à ce qui est réellement important et de le mettre au centre.

Ces terres connaissent bien la souffrance des gens lorsque le poids de l’idéologie ou d’un régime est plus fort que la vie et supplante même la vie et la foi des personnes comme norme ; lorsque la capacité de décision, la liberté et l’espace de créativité se voient réduits, voire éliminés (cf. Lettre Enc. Laudato si’, n. 108). Chers frères et sœurs, vous avez souffert des discours et des actions fondés sur le mépris qui conduisent même à l’expulsion et à l’anéantissement de celui qui ne peut pas se défendre et font taire les voix discordantes. Pensons en particulier aux sept évêques gréco-catholiques que j’ai eu la joie de proclamer bienheureux ! Face à la féroce oppression du régime, ils ont fait preuve d’une foi et d’un amour exemplaires pour leur peuple. Avec grand courage et force intérieure, ils ont accepté d’être soumis à la dure incarcération et à tout genre de mauvais traitements, pour ne pas renier leur appartenance à leur Église bien-aimée. Ces pasteurs, martyrs de la foi, ont recueilli et laissé au peuple roumain un précieux héritage que nous pouvons synthétiser en deux mots : liberté et miséricorde.

En pensant à la liberté, je ne peux pas ne pas observer que nous célébrons cette liturgie divine sur le ‘‘Champ de la liberté’’. Ce lieu significatif rappelle l’unité de votre peuple qui s’est réalisée dans la diversité des expressions religieuses : cela constitue un patrimoine spirituel qui enrichit et caractérise la culture et l’identité nationale roumaines. Les nouveaux Bienheureux ont souffert et sacrifié leur vie, en s’opposant à un système idéologique totalitaire et coercitif en ce qui concerne les droits fondamentaux de la personne humaine. Dans cette triste période, la vie de la communauté catholique était soumise à une rude épreuve par le régime dictatorial et athée : tous les évêques, et beaucoup de fidèles, de l’Église gréco-catholique et de l’Église catholique de rite latin ont été persécutés et emprisonnés.

L’autre aspect de l’héritage spirituel des nouveaux Bienheureux, est la miséricorde. Leur persévérance dans la profession de fidélité au Christ allait de pair avec la disposition au martyre sans aucune parole de haine envers leurs persécuteurs, pour lesquels ils ont eu une réelle douceur. Ce qu’a déclaré durant son emprisonnement l’évêque Iuliu Hossu est éloquent : « Dieu nous a envoyés dans ces ténèbres de la souffrance pour accorder le pardon et prier pour la conversion de tous ». Ces paroles sont le symbole et la synthèse de l’attitude par laquelle ces Bienheureux, dans la période de l’épreuve, ont soutenu leur peuple en continuant à professer la foi sans faille et sans réserve. Cette attitude de miséricorde envers les bourreaux est un message prophétique, car il se présente aujourd’hui comme une invitation pour tous à vaincre la rancœur par la charité et le pardon, en vivant avec cohérence et courage la foi chrétienne.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui également, réapparaissent de nouvelles idéologies qui, de manière subtile, cherchent à s’imposer et à déraciner nos peuples de leurs plus riches traditions culturelles et religieuses. Des colonisations idéologiques qui déprécient la valeur de la personne, de la vie, du mariage et de la famille (cf. Exhort. ap. postsyn. Amoris laetitia, n. 40) et qui nuisent, par des propositions aliénantes, aussi athées que par le passé, surtout à nos jeunes et à nos enfants en les privant de racines pour grandir (cf. Exhort. Ap. Christus vivit, n. 78). Et alors tout devient sans importance s’il ne sert pas à des intérêts personnels immédiats et pousse les personnes à profiter des autres et à les traiter comme de simples objets (cf. Lettre Enc. Laudato si’, nn. 123-124). Ce sont des voix qui, répandant la peur et la division, cherchent à éliminer et à enterrer le plus riche héritage que ces terres aient vu naître. Je pense, en fait d’héritage, par exemple à l’Édit de Torda en 1568 qui sanctionnait toute sorte de radicalisme émettant – un des premiers cas en Europe – un acte de tolérance religieuse. Je voudrais vous encourager à porter la lumière de l’Évangile à nos contemporains et à continuer de lutter, comme ces Bienheureux contre ces nouvelles idéologies qui surgissent. Maintenant, c’est à nous qu’il revient de lutter, comme ils ont eu à le faire en leurs temps. Puissiez-vous être des témoins de liberté et de miséricorde, en faisant prévaloir la fraternité et le dialogue sur les divisions, en renforçant la fraternité du sang, qui trouve son origine dans la période de souffrance où les chrétiens, divisés au cours de l’histoire, se sont découverts plus proches et solidaires ! Très chers frères et sœurs, que vous accompagnent dans votre cheminement la protection maternelle de la Vierge Marie, la Sainte Mère de Dieu, et l’intercession des nouveaux Bienheureux ! "

Que ce soit en Roumanie, en République Tchèque, en Pologne ou en Hongrie, l’idéologie matérialiste athée portée par les régimes communistes condamna de nombreuses églises locales à la persécution ou à la clandestinité. Des milliers de prêtres et évêques furent pourchassés, arrêtés, torturés, déportés ou tués, laissant les fidèles démunis et privés de pasteurs, et donc, de la célébration des sacrements, dont l’Eucharistie.

En Roumanie, depuis la nuit du 28 au 29 novembre 1948, -qui vit l’arrestation de tous les évêques gréco-catholiques-, jusqu’au 25 décembre 1989, -qui marqua la fin du régime communiste-, l’unique Divine Liturgie que pouvaient suivre les fidèles était celle qui était alors retransmise sur les ondes de Radio Vatican.

Les bulletins d’information diffusés par la radio du Saint-Siège furent également presque les seuls à atteindre les pays situés de l’autre côté du rideau de fer. Ecoutés à l’abri des oreilles indiscrètes, dans le secret des maisons, ils constituèrent pour beaucoup le seul lien avec le monde extérieur, et firent parvenir aux fidèles la sollicitude du Pape et de toute l’Église universelle.

À noter également, à propos de la liturgie de cette cérémonie : le calice et l’évangéliaire choisis ont été utilisés par Mgr Traian Frentiu, l’un des bienheureux évêques, le plus âgé au moment de l’arrestation des prélats gréco-catholiques roumains. Le siège de présidence a été réalisé avec du bois et des barres de fer venant respectivement des lits et des fenêtres des prisons dans lesquelles sont morts les nouveaux bienheureux.

(Avec V. N.)

Samedi 1er Juin 2019

Le Pape François a participé à une rencontre mariale avec les jeunes et les familles roumaines sur l’esplanade du Palais de la Culture à Iaşi, à l’est de la Roumanie, samedi 1er juin 2019. Il a rendu hommage « à la chaleur des familles », exhortant à s’épanouir dans l’amour, sans jamais oublier ses racines pour atteindre la félicité.

Au début de cette deuxième journée en Roumanie, le Pape avait présidé une messe dans le sanctuaire marial de Sumuleu-Ciuc, située dans la petite ville transylvanienne de Miercurea Ciuc.

Dans son homélie, le Saint-Père a rappelé que tous les chrétiens étaient en pèlerinage, invités à marcher ensemble sous le regard de Marie  :

« Avec joie et reconnaissance à Dieu, je me trouve aujourd’hui avec vous, chers frères et sœurs, dans ce cher Sanctuaire marial, riche d’histoire et de foi, où, en tant qu’enfants, nous venons rencontrer notre Mère et nous reconnaître comme frères. Les sanctuaires, lieux quasi “sacramentels” d’une Église hôpital de campagne, gardent la mémoire du peuple fidèle qui, au milieu de ses épreuves, ne se lasse pas de chercher la source d’eau vive où rafraîchir son espérance. Ce sont des lieux de fête et de célébration, de larmes et de demandes. Nous venons aux pieds de la Mère, sans beaucoup de paroles, pour nous laisser regarder par elle et pour qu’avec son regard, elle nous mène à Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14, 6).

Nous ne le faisons pas de n’importe quelle manière, nous sommes des pèlerins. Ici, chaque année, le samedi de Pentecôte, vous vous rendez en pèlerinage pour honorer le vœu de vos aïeux et pour fortifier votre foi en Dieu et votre dévotion à la Vierge, représentée par cette statue monumentale en bois. Ce pèlerinage annuel appartient à l’héritage de la Transylvanie, mais il honore en même temps les traditions religieuses roumaines et hongroises ; y participent aussi des fidèles d’autres confessions et il est un symbole de dialogue, d’unité et de fraternité, un appel à retrouver les témoignages d’une foi devenue vie et d’une vie qui s’est faite espérance. Partir en pèlerinage, c’est savoir que nous venons comme peuple dans notre maison. C’est savoir que nous avons conscience de constituer un peuple. Un peuple dont les mille visages, les mille cultures, langues et traditions sont la richesse ; le saint Peuple fidèle de Dieu qui est en pèlerinage avec Marie, chantant la miséricorde du Seigneur. Si, à Cana en Galilée, Marie a intercédé auprès de Jésus pour qu’il accomplisse le premier miracle, dans chaque sanctuaire, elle veille et intercède non seulement auprès de son Fils mais aussi auprès de chacun de nous pour que nous ne nous laissions pas voler la fraternité par les voix et les blessures qui nourrissent la division et le cloisonnement. Les vicissitudes complexes et tristes du passé ne doivent pas être oubliées ou niées, mais elles ne peuvent pas constituer non plus un obstacle ou un argument pour empêcher une coexistence fraternelle désirée. Partir en pèlerinage signifie se sentir appelés et poussés à marcher ensemble, en demandant au Seigneur la grâce de transformer les rancœurs et les méfiances anciennes et actuelles en de nouvelles opportunités de communion ; c’est quitter nos sécurités et notre confort à la recherche d’une nouvelle terre que le Seigneur veut nous donner. Partir en pèlerinage, c’est le défi de découvrir et de transmettre l’esprit du vivre ensemble, de ne pas avoir peur de nous mélanger, de nous rencontrer et de nous aider. Partir en pèlerinage, c’est participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane toujours solidaire pour bâtir l’histoire (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n.87). Partir en pèlerinage, c’est regarder non pas tant ce qui aurait pu être (et n’a pas été) mais tout ce qui nous attend et que nous ne pouvons pas reporter davantage. C’est croire au Seigneur qui vient et qui est au milieu de nous, promouvant et encourageant la solidarité, la fraternité, le désir du bien, de vérité et de justice (cf. ibid., n.71). Partir en pèlerinage, c’est s’engager à lutter pour que ceux qui hier étaient demeurés en arrière deviennent les protagonistes de demain, et pour que les protagonistes d’aujourd’hui ne soient pas laissés en arrière demain. Et cela, chers frères et sœurs, requiert le travail artisanal de tisser ensemble l’avenir. C’est pourquoi nous sommes ici pour dire ensemble : Mère enseigne-nous à bâtir l’avenir.

Le pèlerinage dans ce sanctuaire tourne notre regard vers Marie et vers le mystère de l’élection de Dieu. Elle, une jeune fille de Nazareth, petite localité de Galilée, à la périphérie de l’empire romain et aussi à la périphérie d’Israël, a été capable par son ‘oui’ d’engager la révolution de la tendresse (cf. ibid., n.88). Le mystère de l’élection de Dieu qui pose son regard sur le faible pour confondre les forts, nous pousse et nous encourage nous aussi à dire “oui”, comme elle, comme Marie, afin de parcourir les chemins de la réconciliation. Chers frères et sœurs, ne l’oublions pas : celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas ! Marchons et marchons ensemble, prenons des risques, en laissant l’Évangile être le levain capable de tout imprégner et de donner à nos peuples la joie du salut, dans l’unité et dans la fraternité. »

Vendredi 31 Mai 2019

A la fin de la première journée, au cours de laquelle il a rencontré les autorités de l’Etat et de l’Eglise orthodoxe, le Pape François a célébré la messe de la fête de la Visitation dans la cathédrale catholique Saint-Joseph de Bucarest.

Découvrez son homélie :

" L’Evangile que nous venons d’entendre nous plonge dans la rencontre de deux femmes qui s’embrassent et qui remplissent tout de joie et de louanges : l’enfant exulte de joie et Elisabeth bénit sa cousine pour sa foi ; Marie chante les merveilles que le Seigneur a réalisées en son humble servante avec le grand cantique d’espérance pour ceux qui ne peuvent plus chanter parce qu’ils ont perdu la voix… Cantique d’espérance qui veut nous réveiller nous aussi et nous inviter à l’entonner aujourd’hui par le moyen de trois précieux éléments qui naissent de la contemplation de la première disciple : Marie marche, Marie rencontre, Marie se réjouit.

Marie marche… de Nazareth à la maison de Zacharie et d’Elizabeth : c’est le premier des voyages de Marie que raconte l’Ecriture. Le premier d’un grand nombre. Elle ira de Galilée à Bethléem, où naîtra Jésus ; elle fuira en Egypte pour sauver l’enfant d’Erode ; elle se rendra encore à Jérusalem chaque année pour la Pâque, jusqu’au dernier où elle suivra Jésus au Calvaire. Ces voyages ont une caractéristique : ils n’ont jamais été des chemins faciles, ils ont demandé courage et patience. Ils nous disent que la Vierge connaît les montées, elle connaît nos montées : elle est pour nous une sœur sur le chemin. Experte en effort, elle sait comment nous prendre par la main dans les aspérités, quand nous nous trouvons face aux tournants les plus raides de la vie. En bonne mère, Marie sait que l’amour se fait chemin dans les petites choses quotidiennes. Amour et ingéniosité maternelle capables de transformer une grotte pour animaux en maison de Jésus, avec quelques pauvres langes et une montagne de tendresse. (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 286). Contempler Marie nous permet de poser le regard sur tant de femmes, de mères et de grand-mères de ces terres qui, avec sacrifice et de manière cachée, abnégation et engagement, façonnent le présent et tissent les rêves de demain. Donation silencieuse, persévérante et inaperçue, qui n’a pas peur de “se remonter les manches” et de charger les difficultés sur les épaules pour faire avancer la vie de ses enfants, et de toute la famille « espérant contre toute espérance » (Rm 4, 18). C’est un souvenir vivant le fait que, dans votre peuple, vit et palpite un fort sentiment d’espérance, au-delà de toutes les conditions qui peuvent l’obscurcir ou tentent de l’éteindre. En regardant Marie et tant de visages maternels, on fait l’expérience de l’espace et on le nourrit pour l’espérance (cf. Document d’Aparecida, n. 536) qui engendre et ouvre l’avenir. Disons-le avec force : dans notre peuple il y a de la place pour l’espérance. C’est pourquoi Marie marche et nous invite à marcher ensemble.

Marie rencontre Elisabeth (cf. Lc 1, 39-56), déjà avancée en âge (v. 7). Mais c’est elle, l’ancienne, qui parle d’avenir, qui prophétise : “remplie d’Esprit Saint” (v. 41), elle l’appelle « bienheureuse » parce qu’« elle a cru » (v. 45), anticipant la dernière béatitude de l’Evangile : bienheureux celui qui croit (cf. Jn 20, 29). Voilà, la jeune va à la rencontre de l’ancienne à la recherche des racines, et l’ancienne renaît et prophétise sur la jeune lui donnant un avenir. Ainsi, jeunes et anciens se rencontrent, s’embrassent et sont capables, chacun, de réveiller le meilleur de l’autre. C’est le miracle suscité par la culture de la rencontre où personne n’est écarté ni étiqueté, au contraire, où tous sont recherchés parce que nécessaires, pour faire transparaître le Visage du Seigneur. Ils n’ont pas peur de marcher ensemble et, quand cela arrive, Dieu vient et accomplit des prodiges dans son peuple. Car c’est l’Esprit Saint qui nous pousse à sortir de nous-mêmes, de nos enfermements et de nos particularismes, pour nous apprendre à regarder au-delà des apparences et nous offrir la possibilité de dire du bien des autres - “les bénir” - spécialement de beaucoup de nos frères qui sont laissés sans abri, privés peut être, non seulement d’un toit ou d’un peu de pain, mais de l’amitié et de la chaleur d’une communauté qui leur ouvre les bras, les protège et les accueille. Culture de la rencontre qui nous pousse, nous chrétiens, à faire l’expérience du miracle de la maternité de l’Eglise qui cherche, défend et unit ses enfants. Dans l’Eglise, lorsque des rites divers se rencontrent, quand ce ne sont pas les appartenances de chacun, son groupe ou son ethnie qui passent en premier, mais le Peuple qui, ensemble, sait louer Dieu, alors de grandes choses se produisent. Disons-le avec force : bienheureux celui qui croit (cf. Jn 20, 29) et s’efforce de créer rencontre et communion.

Marie qui marche et qui rencontre Elisabeth nous rappelle où Dieu a voulu demeurer et vivre, quel est son sanctuaire et en quel lieu nous pouvons entendre le battement [de son cœur ] : au milieu de son Peuple. Il est là, il vit là, il nous attend là. Nous sentons l’invitation du prophète qui nous est adressée de ne pas craindre, de ne pas baisser les bras. Car le Seigneur notre Dieu est au milieu de nous, il est un sauveur puissant (cf. So 3, 16-17), il est au milieu de son peuple. Cela c’est le secret du christianisme : Dieu est au milieu de nous comme un sauveur puissant. Cette certitude nous permet, comme pour Marie, de chanter et d’exulter de joie. Marie se réjouit, elle se réjouit parce qu’elle est celle qui porte l’Emmanuel, le Dieu avec nous. « Etre chrétien est joie dans l’Esprit Saint » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 122). Sans joie nous restons paralysés, esclaves de nos tristesses. Souvent le problème de la foi n’est pas tant le manque de moyens et de structures, de quantité, ni même la présence de celui qui ne nous accepte pas ; le problème de la foi est le manque de joie. La foi vacille quand on navigue dans la tristesse et dans le découragement. Quand nous vivons dans le manque de confiance, enfermés sur nous-mêmes, nous contredisons la foi, car au lieu de nous sentir enfants pour lesquels Dieu fait de grandes choses (cf. v. 49), nous réduisons tout à la mesure de nos problèmes et nous oublions que nous ne sommes pas orphelins ; dans la tristesse, nous oublions que nous ne sommes pas orphelins, que nous avons un Père au milieu de nous, sauveur et puissant. Marie nous vient en aide car, au lieu de rapetisser, elle magnifie, c’est-à-dire, elle “grandit” le Seigneur, elle loue sa grandeur. Voilà le secret de la joie. Marie, petite et humble, part de la grandeur de Dieu et, malgré ses difficultés – qui étaient nombreuses – elle demeure dans la joie, car elle fait, en tout, confiance au Seigneur. Elle nous rappelle que Dieu peut toujours accomplir des merveilles si nous restons ouverts à lui et aux frères. Pensons aux grands témoins de ces terres : des personnes simples, qui ont fait confiance à Dieu au milieu des persécutions. Ils n’ont pas mis leur espérance dans le monde, mais dans le Seigneur, et ils sont ainsi allés de l’avant. Je voudrais rendre grâce pour ces humbles vainqueurs, pour ces saints de la porte d’à côté qui nous montrent le chemin. Leurs larmes n’ont pas été stériles, elles ont été une prière qui est montée au ciel et qui a irrigué l’espérance de ce peuple.

Chers frères et sœurs, Marie marche, elle rencontre et se réjouit parce qu’elle a porté une chose plus grande qu’elle-même : elle a été porteuse d’une bénédiction. Comme elle, nous aussi n’ayons pas peur d’être les porteurs de la bénédiction dont a besoin la Roumanie. Soyez les promoteurs d’une culture de la rencontre qui désavoue l’indifférence et qui désavoue la division et permet à cette terre de chanter avec force les miséricordes du Seigneur. "

Programme du Voyage

« Cheminons ensemble » : le slogan de ce voyage donne le ton d’une tournée qui vise à encourager la mise en mouvement d’un œcuménisme respectueux des identités de chacun. Bien que majoritairement orthodoxe, la population se prépare à accueillir l’évêque de Rome avec une certaine chaleur, dans le souvenir de la visite historique effectuée par Jean-Paul II en 1999. Malgré des contestations de la part d’une minorité du clergé orthodoxe, le Patriarche Daniel, formé notamment à l’université de Strasbourg où il avait obtenu un doctorat en théologie catholique, a apporté son soutien à cette visite papale, et a invité les fidèles de son Église à s’y associer.

Le deuxième enjeu de ce voyage est d’apporter un signe d’unité et de communion pour l’Église catholique elle-même, divisée entre plusieurs identités.

Au sanctuaire marial de Sumuleu-Ciuc, samedi matin, le Pape rencontrera la minorité catholique de langue hongroise. L’après-midi à Iasi, il visitera les catholiques de langue roumaine, dans une ville universitaire marquée par une forte éclosion des vocations après la chute du communisme, et où sont formées les principales forces vives de l’Église catholique latine dans le pays.

Enfin, à Blaj, le Pape rencontrera deux communautés blessées : l’Église gréco-catholique, liquidée sur ordre de Staline en 1948, et dont sept évêques martyrs seront béatifiés par le Pape, et enfin les roms, qui, selon des statistiques encore très approximatives, représentent entre 4 et 10% de la population en Roumanie.

L’Église gréco-catholique prend grand soin de cette communauté souvent méprisée, et des roms ont été intégrés dans son clergé.

En mettant en lumière ces réalités méconnues, le Pape François confirme son souci constant des périphéries ecclésiales et humaines, et sa volonté de répondre à cet appel de Dieu inscrit dans le Livre d’Isaïe : « Consolez, consolez mon peuple ».

La première journée du Pape François en Roumanie, le vendredi 31 mai, est consacrée aux autorités et à l’Église orthodoxe. Après les entretiens avec le président de la République et la Première ministre, le Pape prononcera un premier discours devant les autorités, la société civile et le corps diplomatique au sein du palais présidentiel.

Dans l’après-midi, il rencontrera en privé le patriarche orthodoxe Daniel, avant de s’adresser devant le synode permanent de l’Église orthodoxe roumaine, au sein du palais patriarcal. Il se rendra ensuite à la nouvelle cathédrale orthodoxe pour y réciter le Notre-Père avant d’aller à la cathédrale catholique Saint-Joseph où il célébrera la messe.

Le samedi 1er juin, François prendra l’avion et l’hélicoptère pour rejoindre le sanctuaire de Sumuleu-Ciuc, dans le massif des Carpates, où il célébrera la messe dans la matinée. Après un nouveau transfert en hélicoptère, il ira en fin d’après-midi à Iasi, dans l’est du pays, pour une rencontre mariale avec les jeunes et les familles.

Le dimanche 2 juin, le Pape béatifiera sept évêques gréco-catholiques martyrs sous le communisme à Blaj, dans le centre de la Roumanie lors d’une messe, à l’issue de laquelle il récitera le Regina coeli. Dans l’après-midi, il rencontrera la communauté rom de Blaj à qui il s’adressera avant de rejoindre l’aéroport de Sibiu et de rentrer à Rome dans la soirée.

(Avec V. N.)

Mercredi 29 mai 2019

Le Pape François a initié un nouveau cycle de catéchèses lors de l’audience générale tenue place Saint-Pierre. Après s’être consacré plusieurs mois à méditer sur la prière du Notre Père, le Souverain pontife propose désormais des réflexions sur les Actes des Apôtres.

Les Actes des Apôtres, ce livre biblique écrit par saint Luc, nous parle du voyage de l’évangile dans le monde et nous montre l’union merveilleuse entre la Parole de Dieu et le Saint-Esprit qui inaugure le temps de l’évangélisation. Ainsi le Pape François a caractérisé d’emblée la nature de ces prochaines catéchèses du mercredi. Les protagonistes des Actes forment ainsi, selon lui, un « couple vivant et efficace » par la Parole et l’Esprit.

Cette Parole de Dieu est « dynamique », a-t-il estimé, car elle « irrigue » tous les terrains sur lesquels elle tombe. S’appuyant sur les écrits de l’évangéliste saint Luc, le Pape a expliqué comment la parole humaine devenait efficace « non grâce à la rhétorique, qui est l’art de bien parler », mais « grâce au Saint-Esprit, le dýnamis de Dieu », c’est-à-dire, la dynamique de Dieu, sa force « qui a le pouvoir de purifier la parole, et de lui faire porter la vie ».

Et là intervient justement, selon le Successeur de Pierre, la différence entre la Bible et les livres d’histoires. « Les paroles de la Bible sont inspirées par le Saint-Esprit qui donne une force très grande, une force différente qui nous aide à faire de cette parole une graine de sainteté, une graine de vie ».
« Éclairer les cœurs et faire voler les divisions »

« Lorsque l’Esprit rend visite à la parole humaine, elle devient dynamique, à l’instar de la "dynamite", capable d’éclairer les cœurs et de faire éclater les schémas, les résistances et les murs de division, ouvrant de nouvelles voies et élargissant les frontières du peuple de Dieu », a-t-il détaillé.

Le Saint-Esprit apparaît donc comme celui qui donne « une sonorité vibrante et incisive » à notre parole humaine fragile.
La communion personnelle avec Dieu

C’est d’ailleurs par l’Esprit que Jésus a choisi ses apôtres, et qu’il a garanti la persévérance et la fécondité de leur proclamation, a poursuivi François.

En fait, a-t-il relevé, « le baptême dans le Saint-Esprit est l’expérience qui nous permet d’entrer dans une communion personnelle avec Dieu et de participer à sa ‘’volonté salvifique universelle’’, en acquérant le don de la ‘’parresia’’, du courage, c’est-à-dire de prononcer une parole claire, libre, efficace, pleine d’amour pour le Christ et pour les frères ».

Il n’y a donc pas de lutte pour gagner ou mériter le don de Dieu, car « tout est donné gratuitement et en temps voulu ». « Le Seigneur donne tout gratuitement. Le salut ne peut pas être acheté, il n’est pas payé : c’est un cadeau gratuit », a ajouté le Saint-Père.

Le Christ invite son peuple « à ne pas vivre le présent avec anxiété, mais à faire alliance avec le temps ». Il s’agit ainsi d’attendre que le Père « dynamise » les cœurs avec son Esprit, « pour pouvoir participer à un témoignage missionnaire capable de rayonner de Jérusalem à la Samarie et d’aller au-delà de la frontière d’Israël pour atteindre les périphéries du monde ».

Et comment attendre la force, les dýnamis de Dieu, à l’instar des apôtres ? Prier dans l’unité et avec persévérance, a répondu le Pape. « C’est par la prière que l’on surmonte la solitude, la tentation, la suspicion et que l’on ouvre son cœur à la communion ».

Et le Saint-Père de compléter : « La présence des femmes et de Marie, la mère de Jésus, intensifie cette expérience, car elles ont d’abord appris du Maître à témoigner de la fidélité de l’amour et de la force de la communion qui surmonte toute peur ».

(Avec V. N.)

Dimanche 26 mai 2019

Avant de réciter la prière du Regina Coeli, le Pape François a insisté sur le soutien de l’Esprit Saint, notre « Défenseur », dans le témoignage rendu à Dieu.

« Quelle est la mission de l’Esprit Saint que Jésus promet comme don ? Lui-même le dit : « Il vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit », a d’emblée énoncé le Pape François devant les fidèles rassemblés place Saint-Pierre.
L’Esprit Saint permet le souvenir

Le rôle de l’Esprit Saint est ainsi de permettre le souvenir, c’est-à-dire, de faire comprendre pleinement et d’inciter à appliquer concrètement les enseignements de Jésus.

« Telle est aussi la mission de l’Église, qui l’accomplit à travers un style de vie précis, caractérisé par certaines exigences : la foi dans le Seigneur, le fait d’observer Sa Parole ; la docilité à l’action de l’Esprit, qui rend continuellement vivant et présent le Seigneur ressuscité ; l’accueil de sa paix et le témoignage qui lui est rendu à travers une attitude d’ouverture et de rencontre avec autrui », a détaillé l’évêque de Rome.
« L’Église est appelée à agir »

Pour réaliser tout cela, le Pape a réaffirmé combien l’Église ne peut rester « statique », mais, « avec la participation active de chaque baptisé, elle est appelée à agir comme une communauté en chemin, animée et soutenue par la lumière et la puissance de l’Esprit Saint qui fait toutes choses nouvelles ».

Il s’agit donc de « nous libérer des liens mondains représentés par nos points de vue, nos stratégies, nos objectifs, qui souvent appesantissent le chemin de foi, et de nous mettre à l’écoute docile de la Parole du Seigneur », a soutenu François, ajoutant que l’Esprit de Dieu nous guidait et guidait l’Église, « afin que rayonne son visage authentique, beau et lumineux, voulu par le Christ ».
Marie, mère céleste qui protège

Le Souverain pontife a conclu en invoquant la figure mariale : « Que Marie, que nous vénérons et prions en ce mois de mai avec une dévotion particulière en tant que mère céleste, protège toujours l’Église et toute l’humanité. Que Marie, qui avec une foi humble et courageuse a pleinement coopéré avec l’Esprit Saint pour l’Incarnation du Fils de Dieu, puisse nous aider nous aussi à nous laisser instruire et guider par le Défenseur, afin que nous puissions accueillir la Parole de Dieu et en rendre témoignage dans notre vie ».

Après avoir réciter le Regina Coeli, le Pape François a salué plusieurs groupes de pèlerins comme de coutume. Ce dimanche, en particulier, les fidèles de Malte et de Madrid, la "Banda Juvenil 504" du Honduras, et l’Opera Kolping d’Allemagne.

Mais aussi un groupe de pèlerins polonais, qui participent au grand pèlerinage du sanctuaire marial de Piekari Slaskie. Et enfin, à l’occasion de la « Giornata del Sollievo » (journée du soulagement) le Successeur de Pierre a adressé une pensée particulière à tous ceux qui sont réunis à l’hôpital Gemelli de Rome pour promouvoir des initiatives de fraternité avec les malades.

(Avec V. N.)

Mercredi 22 mai 2019

Le Pape François a conclu son cycle de catéchèse sur le « Notre Père » lors de l’audience générale, qu’il a largement consacrée à l’invocation du « Père » dans cette même prière.

« Cette prière née de l’audace d’appeler Dieu par le nom de "Père". Le père est la racine de la prière chrétienne ». Ainsi le Pape François a résumé l’essence du Notre Père.

« Cela nécessite du courage car il ne s’agit pas d’une formule, mais d’une intimité filiale dans laquelle nous sommes introduits par la grâce : Jésus est le révélateur du Père et nous familiarise avec lui », a affirmé le Souverain pontife, citant une kyrielle d’exemples tirés des Écritures.
Confiance filiale

La nuit de Gethsémani, Jésus priait ainsi : « Abba, Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Mc 14:36).

Au milieu des ténèbres, Jésus invoque ainsi Dieu avec le nom d’ « Abba », exprimant une confiance filiale, tout en ressentant la peur et l’angoisse, et demandant que sa volonté s’accomplisse.

Dans d’autres passages de l’Évangile, Jésus insiste auprès de ses disciples pour qu’ils cultivent un esprit de prière. « La prière doit être insistante et doit avant tout ramener la mémoire des frères, surtout lorsque nous vivons avec eux des relations difficiles ».

« Et, lorsque vous vous tenez en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos fautes ». (Mc 11, 25), a encore cité le Pape.

De ce fait, considérant le Nouveau Testament dans son ensemble, il est clair que le premier protagoniste de chaque prière chrétienne est le Saint-Esprit, a détaillé ensuite l’évêque de Rome, ajoutant :
En dialogue d’amour avec la Sainte Trinité

« Nous ne pourrions jamais prier sans la force du Saint-Esprit. C’est lui qui prie en nous et nous pousse à bien prier. L’Esprit nous fait prier dans le "sillon" que Jésus a creusé pour nous. C’est le mystère de la prière chrétienne : par la grâce, nous sommes attirés par ce dialogue d’amour de la Très Sainte Trinité ».

C’est pourquoi, a expliqué le Successeur de Pierre, à partir de ce noyau, un chrétien peut prier dans toutes les situations. « Il peut prier avec tant d’expressions qui, au cours des millénaires de l’histoire, ont jailli du cœur des hommes ».

Ainsi, à la fin de cette catéchèse, nous pouvons répéter cette prière de Jésus, a exhorté le Pape : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. » (Lc 10, 21), concluant : « pour prier, nous devons nous rendre petits, afin que le Saint-Esprit puisse venir en nous et nous guider dans la prière ».

Au terme de l’audience générale de ce mercredi 22 mai 2019, le Pape a rappelé que vendredi prochain, 24 mai, l’Église célèbre la fête de Marie auxiliatrice, vénérée en Chine sous le nom de Notre-Dame de Sheshan. François a invité à prier pour que les catholiques chinois puissent être des témoins de charité et de fraternité, en restant toujours unis dans la communion de l’Église universelle.

Le 24 mai, l’Église célèbre la fête de la Bienheureuse Vierge Marie “Aide des chrétiens”, particulièrement vénérée en Chine au sanctuaire de Notre-Dame de Sheshan, près de Shanghai. Le Pape François l’a rappelé ce matin lors de l’audience générale sur la Place Saint-Pierre, en adressant ces quelques mots aux catholiques de Chine :

« Cette heureuse occasion me permet d’exprimer proximité spéciale et affection à tous les catholiques en Chine, lesquels, entre les fatigues quotidiennes et les épreuves, continuent à croire, à espérer et à aimer. Chers fidèles en Chine, que notre maman du Ciel vous aide tous à être témoins de charité et de fraternité, en vous maintenant toujours unis dans la communion de l’Église universelle. Je prie pour vous et je vous bénis », a lancé le Pape avant d’inviter les fidèles présents à réciter un Ave Maria.

Cet appel s’intègre dans les efforts menés par le Saint-Siège pour soutenir l’unité de l’Église catholique en République populaire de Chine, après la signature en septembre dernier d’un Accord provisoire sur les nominations d’évêques. Dans un entretien récent au quotidien chinois Global Times, le cardinal-Secrétaire d’État Pietro Parolin avait salué des avancées dans le dialogue entre Rome et Pékin, soulignant notamment que les célébrations pascales avaient pu se dérouler dans de bonnes conditions cette année.

(Avec V. N.)

Dimanche 19 mai 2019

dans son message prononcé depuis la fenêtre du Palais apostolique, le Pape François est revenu sur les paroles de Jésus dans son discours avant la passion, dans l’Évangile selon saint Jean, et sur le commandement alors prononcé : « que vous vous aimiez les uns les autres ».

En ce 5ème dimanche du Temps pascal, place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le commandement donné par Jésus dans son « discours d’adieu » avant sa passion. Après avoir lavé les pieds des Douze Apôtres, Jésus leur a dit : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi vous devez vous aimer les uns les autres ». Quel sens Jésus donne-t-il à ce commandement nouveau, a questionné François, puisque dans l’Ancien Testament, Dieu avait demandé aux membres de son peuple d’aimer son prochain comme eux-mêmes.

« L’ancien commandement de l’amour est devenu nouveau parce qu’il a été complété par cet ajout : "comme je vous ai aimés". », a expliqué le Saint-Père. La nouveauté réside alors dans l’amour de Jésus-Christ, « l’amour avec lequel il a donné sa vie pour nous ». Un amour universel, sans condition et sans limite, qui trouve son apogée sur la croix. « En repensant à la passion et à l’agonie du Christ, les disciples ont compris le sens de ses paroles : "Comme je vous ai aimés, aimez-vous aussi les uns les autres". »

C’est Jésus qui nous a aimés le premier, malgré nos fragilités, nos limites et nos faiblesses humaines, a continué le Pape François, « C’est Lui qui nous a rendus dignes de Son amour, qui ne connaît pas de limites et ne finit jamais ». Ainsi, en donnant ce nouveau commandement, Jésus demande a chacun de s’aimer les uns les autres, non seulement par notre amour, mais par son amour « que l’Esprit Saint insuffle dans nos coeur ». « C’est ainsi - et seulement ainsi - que nous pouvons nous aimer les uns les autres, non seulement comme nous nous aimons nous-mêmes, mais comme Lui nous a aimés, c’est-à-dire, immensément plus. » De cette manière, a continué le Saint-Père, nous pouvons répandre partout la semence de l’amour qui renouvelle les relations entre les personnes et ouvre des horizons d’espérance.

Pour conclure, le Souverain Pontife a pris soin de rappeler que l’amour manifesté dans la Croix du Christ était la seule force qui transforme notre cœur de pierre en cœur de chair, « qui nous rend capable d’aimer nos ennemis et de pardonner à ceux qui nous ont offensés, qui nous fait voir l’autre comme un membre présent ou futur de la communauté des amis de Jésus ; qui nous encourage au dialogue et nous aide à nous écouter et à nous connaître les uns les autres ». L’amour, a terminé le Pape François, est ce qui nous ouvre aux autres, devenant la base des relations humaines.

Après la prière du Regina Coeli, le Saint-Père a tenu à saluer Maria Guadalupe Ortiz de Landàzuri, béatifiée samedi 18 mai à Madrid, « son témoignage est un exemple pour les femmes chrétiennes engagées dans la recherche sociale et scientifique ». Il a également salué les chanoines de la Croix à l’occasion du centenaire de leur fondation, ainsi que les pèlerins du monde entier.

(Avec V. N.)

Mercredi 15 Mai 2019

lors de l’audience générale tenue place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur le Notre Père. Il s’est arrêté sur la présence du Mal et du diable dans nos vies, et sur les moyens d’y remédier.

« Notre Père, délivre-nous du mal et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Ce verset, fil directeur de l’audience générale a été développé par le Pape François ce mercredi.

« Avec cette expression, celui qui prie ne demande pas seulement de ne pas être abandonné à la tentation mais supplie aussi d’être libéré du mal », a soutenu le Saint-Père, assimilant ces paroles à celles de Saint-Pierre, qui nous dit que « le Malin, le diable, est en nous, comme un lion furieux, pour nous dévorer », et que pour cela, nous demandons à Dieu de nous en libérer.

Cette double supplique : « Ne nous abandonne pas » et « Libère nous », fait donc émerger un trait essentiel de la prière chrétienne, qui est une prière « filiale », et non « infantile », d’après le Pape François.

« S’il n’y avait pas les derniers vers du ‘’Notre Père’’, comment les pécheurs, les persécutés, les désespérés, les mourants pourraient-ils prier ? » Cette dernière supplique est celle de nos limites, a garanti François.

Et en effet, il y a ce mal, indiscutable, dans nos vies. Les livres d’histoire, par exemple, s’apparentent à un catalogue désolant de combien notre existence dans ce monde a été une aventure souvent ratée..., fait remarquer ainsi l’évêque de Rome.

Il existe donc ce mal mystérieux, qui n’est résolument pas l’œuvre de Dieu, mais qui pénètre en silence dans les replis de l’histoire. « Silencieux comme le serpent qui porte son venin silencieusement ». Parfois, ce mal semble prendre le dessus : certains jours, sa présence semble plus nette que celle de la miséricorde de Dieu, a poursuivi le Pape, avant de détailler.

« La personne qui prie n’est pas aveugle et voit ce mal si encombrant et si en contradiction avec le mystère de Dieu lui-même devant ses yeux : Elle le voit dans la nature, dans l’histoire, même dans son propre cœur. Parce qu’il n’y a personne parmi nous qui peut dire qu’il est exempt du mal ou du moins tenté par lui ».

Et le Souverain pontife argentin d’énumérer : « Nous savons tous donc ce qu’est le mal. Nous savons tous ce qu’est la tentation ; nous avons tous expérimenté la tentation de tout péché sur notre propre chair. Mais le tentateur qui nous enjoint à faire ceci, penser ceci, nous conduit au mal. »

Le dernier cri de la prière du « Notre Père » est lancé contre ce mal « à larges bords », qui renferme les expériences les plus diverses : le deuil de l’homme, la douleur innocente, l’esclavage, l’exploitation de l’autre, la détresse d’enfants innocents. Tous ces événements protestent dans le cœur de l’homme, soutient François, l’assimilant au récit de la Passion.

Jésus, lui, expérimente pleinement le mal perçant. « Pas seulement la mort, mais la mort sur la croix. Non seulement la solitude, mais aussi le mépris, l’humiliation. Non seulement la méchanceté, mais aussi la cruauté, la cruauté à son égard : tel est l’homme : être fait pour la vie, pour rêver d’aimer et de faire du bien, mais s’exposer ensuite, lui et ses semblables, continuellement au mal, au point que nous pouvons être tentés de désespérer de l’homme », a relevé François.

Le « Notre Père », relève le Pape, ressemble donc « à une symphonie qui demande à chacun de se réaliser ». Le chrétien sait à quel point le pouvoir du mal est accablant et, en même temps, il fait l’expérience de combien Jésus, qui n’a jamais succombé à sa flatterie, est à nos côtés et vient à notre aide.

Ainsi, la prière de Jésus nous laisse le plus précieux des héritages, a estimé le Successeur de Pierre : la présence du Fils de Dieu qui nous a affranchis du mal, luttant pour le convertir. À l’heure de la bataille finale, Pierre propose de remettre l’épée dans son fourreau. Au voleur repentant, il assure le paradis, à tous les hommes qui l’entourent, inconscients de la tragédie qui se déroule, il leur offrent un mot de paix : « Père, pardonne leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

Et le Pape d’en conclure que du pardon de Jésus sur la croix vient la paix, « la vraie paix vient de là » : le don du Ressuscité est la paix, un don que Jésus nous offre. Le Seigneur nous donne la paix, nous donne le pardon mais nous devons lui demander de "nous délivrer du mal", pour ne pas tomber dans le mal. « C’est notre espoir, la force que Jésus nous donne ».

Dimanche 12 mai 2019

dans le message prononcé depuis la fenêtre du Palais Apostolique, le Pape François est revenu sur la figure du Christ Bon Pasteur, que présente l’évangile de ce quatrième dimanche de Pâques. La relation de Jésus avec ses brebis est celle d’une connaissance réciproque, comme l’a montré le Saint-Père. Une intimité qui porte des fruits de joie et ouvre l’horizon de la vie éternelle.

Dans son récit, l’évangéliste Jean rapporte les propos de Jésus qui se présente comme « le vrai Pasteur du peuple de Dieu », a d’emblée souligné François devant la foule rassemblée Place Saint-Pierre. Jésus parle plus précisément du lien qui l’unit à ses brebis, autrement dit à chacun des membres du Peuple de Dieu. C’est une relation « de connaissance réciproque », qui se manifeste par diverses attitudes.

Attitude de Jésus envers chacune de ses brebis, d’une part. « Jésus parle, Jésus connaît, Jésus donne la vie éternelle, Jésus prend soin », a décrit le Saint-Père. « Connaissant en profondeur » ce qui habite notre cœur, le Bon Pasteur « nous accueille et nous aime tels que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts ». « À chacun de nous il “donne la vie éternelle”, c’est-à-dire qu’il nous offre la possibilité de vivre une vie pleine, sans fin », a rappelé François. Jésus, comme y fait l’écho le psaume 22, nous aide « à traverser les sentiers accidentés et les voies parfois risquées qui se présentent sur le chemin de la vie ».

Attitude de chacun d’entre nous envers Jésus, d’autre part. « Écouter et reconnaître sa voix », a précisé François à propos des paroles du Christ, « implique une intimité avec Lui, qui se consolide dans la prière, dans la rencontre cœur à cœur avec le divin Maître et Pasteur de nos âmes ». Le fait de « parler avec Jésus renforce notre désir de le suivre », de « nous mettre en route sur les nouvelles voies de la fraternité et du don de nous-mêmes, à son imitation ». Ainsi, « nous sommes l’unique troupeau et nous devons seulement nous efforcer d’écouter sa voix, tandis que Lui, avec amour, scrute la sincérité de nos cœurs ».

Le Pape François a enfin évoqué les effets d’une telle relation. « De cette continuelle intimité avec notre Pasteur (…) jaillit la joie de le suivre en se laissant conduire à la plénitude de la vie éternelle ». Il a enfin invité les pèlerins à se tourner vers Marie, « Mère du Christ Bon Pasteur », avant de réciter avec eux la prière du Regina Cœli.
Deux prêtres ordonnés par le Pape bénissent la foule

Reprenant ensuite la parole, le Saint-Père a salué affectueusement « toutes les mamans », les remerciant « pour leur travail précieux dans l’épanouissement des enfants et le soin des valeurs de la famille ». Rappelons qu’aujourd’hui, de nombreux pays, dont l’Italie, célèbrent la fête des mères.

Puis la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, célébrée également ce dimanche, a été mise en avant par François. « Le courage de risquer pour la promesse de Dieu », thème de cette journée, signifie que « suivre Jésus est toujours un risque, mais il faut du courage », a-t-il rappelé, avant de saluer plus spécialement les dix-neuf nouveaux prêtres ordonnés un peu plus tôt dans la matinée en la Basilique Saint-Pierre. Deux d’entre eux étaient d’ailleurs présents aux côtés du Souverain Pontife. Ensemble, depuis la fenêtre du Palais Apostolique, ils ont béni la foule venue pour ce Regina Cœli.

(Avec V. N.)

Mercredi 8 Mai 2019

Lors de l’audience générale tenue Place Saint-Pierre ce mercredi 8 mai 2019, le Pape est revenu sur son récent voyage apostolique en Bulgarie et en Macédoine du Nord, et notamment sur la tendresse des Sœurs de Mère Teresa.

Le Pape François est d’abord revenu sur la figure de Saint Jean XXIII, dont « la mémoire vivante » l’a guidé durant son voyage en Bulgarie. « Avec la devise "Pacem in terris", j’ai invité tout le monde à marcher sur le chemin de la fraternité. C’est ainsi que j’ai eu la joie de faire un pas en avant lors de la rencontre avec le patriarche de l’Église orthodoxe bulgare, le patriarche Neophyte et les membres du Saint-Synode ».

Le Souverain Pontife a ensuite évoqué deux autres exemples qui ont accompagné son voyage : les Saints Cyrille et Méthode. Ce sont eux qui ont apporté l’évangile en Bulgarie, à tel point que saint Jean-Paul II, a déclaré François, les a nommés Patrons de l’Europe aux côtés de saint Benoît. « D’origine grecque, ils ont pu utiliser leur culture avec créativité pour transmettre le message chrétien aux peuples slaves ; ils ont créé un nouvel alphabet avec lequel ils ont traduit la Bible et les textes liturgiques en langue slave. Même aujourd’hui, des évangélisateurs passionnés et créatifs sont nécessaires pour que l’Évangile puisse atteindre ceux qui ne le connaissent pas encore et irriguer les terres où les anciennes racines chrétiennes se sont taries. »

Sainte Mère Teresa de Calcutta, née à Skopje, fut la présence spirituelle qui accompagna François durant son étape en Macédoine du Nord. Dans cette femme, « petite mais pleine de force grâce à l’action du Saint-Esprit en elle, nous voyons l’image de l’Église dans ce pays et dans d’autres périphéries du monde : une petite communauté qui, avec la grâce du Christ, devient un foyer accueillant où beaucoup trouvent un rafraîchissement pour leur vie ».

Un accueil qui caractérise l’ensemble du pays et que le Pape a tenu à souligner : « Là-bas, l’accueil est chaleureux, ils ont un grand cœur. Les migrants leur créent des problèmes, mais les accueillent et les aiment. Et ils résolvent les problèmes », avant de demander une salve d’applaudissements pour le peuple macédonien.

Toujours concernant sa visite dans le nord de la Macédoine, un jeune pays « ayant besoin de s’ouvrir à de vastes horizons sans perdre ses racines », le Saint-Père a évoqué sa visite aux Soeurs de Mère Teresa et a avoué avoir été frappé par leur tendresse évangélique. Une tendresse « née de la prière, de l’adoration ». Elles accueillent chacun de nous avec tendresse et deviennent mères et sœurs pour tous, a expliqué François. Ainsi, a-t-il conseillé, il ne faut jamais oublier sa tendresse, « quand il n’y a pas de tendresse, on devient trop sérieux, acide », « quand nous faisons une charité sans tendresse, sans amour, c’est comme si nous jetions un verre de vinaigre dans l’œuvre de la charité. Non, la charité est joyeuse, elle n’est pas acide. »

En conclusion, le Pape a invité les fidèles à prier la vierge Marie afin qu’elle bénisse la Bulgarie et la Macédoine du Nord.

(Avec V. N.)

Mardi 7 Mai 2019

le Saint-Père a quitté la Macédoine du Nord en fin d’après-midi pour rejoindre Rome.

Dernière étape avant le départ pour Rome

Avant de repartir pour Rome, le Pape a pris le temps d »’écouter et d’échanger avec les religieux et religieuses du pays, ainsi qu’avec la petite trentaine de prêtres catholiques qui s’occupent des 20 000 fidèles du pays. Il les a encouragés à se renouveler dans la mission, en faisant comme Marie qui a oint les pieds de Jésus avec une livre de nard, remplissant toute la maison de l’odeur de parfum (Jn 12,3).

Une atmosphère de joie emplissait la cathédrale du Sacré-Cœur-de-Jésus. Les prêtres et religieux qui prennent soin de la minorité catholique ont acclamé le Saint-Père à son arrivée, pleins de gratitude pour sa venue parmi eux, si peu nombreux, en périphérie de l’Europe.

L’évêque de Skopje et éparque gréco-catholique, Mgr Kiro Stojanov, a accueilli François. Avec attention, le Pape a ensuite écouté trois témoignages portant sur les joies mais aussi les épreuves de vie d’une religieuse, d’un prêtre bosniaque curé à Skopje et d’un prêtre de rite byzantin accompagnée de son épouse et de leurs quatre enfants.

En Macédoine du Nord, l’Église a « deux poumons – le rite latin et le rite byzantin pour se remplir de l’air rénovateur de l’Esprit Saint ». Et le Pape a rendu grâce ce soir de pouvoir respirer ensemble, « à pleins poumons ».
Ne pas se plaindre

Plutôt que de les féliciter, le Pape a encouragé les prêtres et religieux du pays à « se renouveler dans la mission ». Entendant leur préoccupation de développer un « complexe d’infériorité » dans un pays orthodoxe où ils sont minoritaires, François a rappelé combien « la maison fut remplie de parfum » lorsque Marie en a oint les pieds de Jésus.

Il les a par ailleurs mis en garde contre la tentation de voir ce qui ne va pas : trop d’œuvres à soutenir et pas assez de moyens. Il leur a demandé de ne pas « se replier sur leurs réalités et leurs misères », cela « empêche d’écouter celui qui marche à nos côtés et qui est source de joie et d’allégresse ».

Il ne faut « faire des comptes », explique François, que lorsque cela nous permet de « nous mettre en mouvement pour devenir solidaires, attentifs, compréhensifs et prompts à écouter les fatigues et la précarité dont sont submergés tant de nos frères » qui rappelle « ce que nous sommes : une Église de mendiants qui ont besoin de la Miséricorde du Seigneur ».

L’exemple de Mère Teresa, la sainte de Calcutta née à Skopje montre combien « la précarité d’une personne, ointe par le Seigneur, a été capable de tout imprégner, quand le parfum des béatitudes s’est répandu sur les pieds de notre humanité blessée ». L’histoire, rappelle François, est écrite par ceux qui, comme elle, n’ont pas peur de dépenser leur vie par amour.
Laisser entrer le parfum de la miséricorde

Le Pape se réjouit du témoignage de Davor, le curé de Sarajevo, qui « s’est sauvé du carriérisme » en partant en mission à Skopje où « son cœur sacerdotal » s’est remis à battre.

A tous, François a demandé ce mardi soir de ne pas courir d’une réunion à l’autre, de programmer, en dépensant énergie et ressources. Il leur a demandé « de laisser tous les poids qui séparent de la mission et empêchent le parfum de la miséricorde d’atteindre les visages de nos frères » pour éviter que jamais ne s’éteignent les battements de l’Esprit.

Le Pape a enfin remercié le père Goce ainsi que son épouse et leurs quatre enfants. Une famille qui a vécu la perte d’un nouveau-né. « Vous donnez un témoignage vivant de la façon dont la foi ne nous éloigne pas du monde, mais nous y introduit plus profondément ». Non à partir de ce qui nous plairait qu’elle soit, non pas comme des « parfaits » ou des « sans taches », explique le Pape, mais dans la précarité de nos vies, de nos familles ointes tous les jours dans la confiance de l’amour inconditionnel que Dieu a pour nous. « Confiance qui nous porte à développer certaines dimensions aussi importantes qu’oubliées dans la société usée par les relations frénétiques et superficielles : les dimensions de la tendresse, de la patience et de la compassion envers les autres ».

Arrivée en Macédoine du Nord

Le Saint-Père a quitté la Bulgarie et poursuivi son 29ème voyage apostolique dans un pays frontalier, à l’est, un petit État des Balkans, la Macédoine du Nord, où il est arrivé ce matin. Sur la place centrale de la capitale, le Pape a présidé la messe concélébrée par la vingtaine de prêtres en exercice dans le pays. Une messe en présence de 15 000 personnes, catholiques ou non, de Macédoine du Nord et des pays voisins.

Se mettre en chemin, se rassasier de la Parole du Christ afin de découvrir et construire la fraternité : c’est ce à quoi a appelé le Pape François dans son homélie, lors de la messe célébrée place de Macédoine à Skopje.

Commentant l’Évangile de Jean, « celui qui vient à moi n’aura jamais faim », le Pape appelle à se mettre humblement à l’écoute de sa parole et en chemin pour passer à « un horizon nouveau qui donne de la place à une manière différente de construire la réalité ». Car pour donner vie au monde, Jésus s’y prend toujours de manière à défier l’étroitesse de nos calculs, la médiocrité de nos attentes et la superficialité de nos intellectualismes.

Le Saint-Père en profite pour mettre en garde contre des tentations bien modernes qui nous rendent selon lui « prisonniers de la virtualité », perdant « le goût et la saveur du réel ». François regrette que « gavés de connections », nous nous soyons « habitués à manger le pain dur de la désinformation », finissant pas devenir « prisonniers du discrédit, des étiquettes et de la honte ». Il regrette le conformisme, l’indifférence et l’insensibilité.

« Nous avons faim Seigneur », faim du pain de ta parole et de fraternité, s’exclame-t-il. Avec les fidèles, François interpelle Dieu afin qu’il intercède pour que chacun puisse passer de la fermeture à la rencontre, de la solitude à l’espérance, qu’il réveille la tendresse. Car, en se laissant émouvoir, transformés par sa Parole dans nos choix, en éprouvant l’amour du Seigneur, notre soif sera étanchée, assure-t-il, et nous pourrons à notre tour donner l’amour reçu. Ce qu’a fait, tout au long de sa vie, la Sainte de Skopje, Mère Teresa.

Arrivée en Macédoine du Nord et prière dans la maison de Mère Thérésa

Le Pape François avait auparavant prié dans la maison-mémorial de Mère Teresa à Skopje en mémoire de la sainte. Il y a rencontré les représentants des communautés religieuses du pays ainsi que des pauvres auxquels viennent en aide les Sœurs de la Charité.

En Macédoine du Nord, tous attendaient le Pape, à commencer par la minorité catholique qui représente à peine 1% de la population majoritairement orthodoxe. Les autorités ecclésiastiques… et politiques se sont retroussé les manches pour réserver un bon accueil au Saint-Père, « messager de paix » et « autorité morale internationalement reconnue », en dépit d’un calendrier plutôt atypique.

Le visage du Pape François n’apparaissait pour ainsi dire nulle part, sauf sur quelques stands disséminés dans Skopje où se procurer une place pour la messe. La capitale de Macédoine du Nord était conquise par d’immenses affiches électorales, consacrées aux candidats de l’élection présidentielle de dimanche. Mais en quelques heures, tout a changé.

La pluie s’est arrêtée, le ciel s’est dégagé et des dizaines de personnes se sont mises à hisser la bannière du Saint-Siège. Place de la Macédoine, là où le Pape présidera la messe ce mardi matin, l’autel s’est couvert de fleurs et le chœur a chanté sa joie d’accueillir le Pape.

La petite communauté catholique ressent une immense gratitude. Elle si peu nombreuse -à peine 20 000 fidèles- et pourtant au cœur de l’attention du Saint-Père. Dans leur pays, ces fidèles assistent les pauvres ou les personnes atteintes de trisomie, font assidument le catéchisme à leurs jeunes et construisent des églises. Elles sont souvent pleines. La trentaine de prêtres latins ou byzantins espèrent la bénédiction du Pape et ses encouragements.

« C’est une terre de mission difficile », confie un jeune prêtre en provenance du Kosovo. Une terre à 65% orthodoxe, à 33% musulmane. Il évoque « les blessures du passé ». La Macédoine du Nord fut longtemps un objet de convoitise pour ses voisins. Elle brasse aussi de nombreuses ethnies. Mais « les mosaïques les plus belles sont les plus riches de couleurs » affirmait François la semaine dernière au Nord- Macédoniens. Dans son message vidéo, il affirmait venir parmi eux « pour semer des graines de fraternité ».

Ici, il n’y a pas de flambées de violences intercommunautaires depuis des années. La population est souriante et détendue, mais les enfants ne parlent pas tous la même langue, ne fréquentent pas les même classes. Certains étudient en macédonien, d’autres en albanais. A ces jeunes, le Pape offrira un temps de rencontre quasi inédit cet après-midi. Il leur donnera aussi un modèle, une sainte née à Skopje d’un couple mixte albanais et aroumain, mais qui portée par sa foi catholique devient « une mère pour tous » affirme Mgr Kiro Stojanov, l’éparche des catholiques de rite bizantin et évêque de Skopje. Ce matin, les principaux chefs religieux de Macédoine du Nord entoureront d’ailleurs François pour honorer Mère Teresa, et demander son intercession.

C’est une maison moderne, un tout petit endroit qui se dresse dans une des rues principales de la capitale nord-macédonienne, Skopje. La maison-mémorial a été construite il y a dix ans sur les ruines de l’ancienne cathédrale catholique de la ville, détruite par un tremblement de terre en 1963. Mère Teresa y avait été baptisée le jour-même de sa naissance et elle y venait souvent prier. À côté de cette édifice qui reçoit chaque année environ cent mille visiteurs, une église orthodoxe est en construction. À Skopje, les minarets des mosquées, les coupoles des églises byzantines et les croix latines se côtoient.

Le Pape François s’est rendu dans la chapelle toute vitrée où il s’est recueilli devant des reliques de Mère Teresa. Il y a rejoint les chefs des communautés religieuses du pays. Cinq bougies représentant ces confessions, les reliques et divers objets ayant appartenu à la sainte, étaient déposés sur l’autel. Après une prière en silence, le Pape a pris la parole pour une prière en l’honneur de Mère Teresa.

« Elle a su faire du bien aux plus démunis, parce qu’elle a reconnu en tout homme et en toute femme le visage de ton Fils. Docile à ton Esprit, elle est devenue la voix priante des pauvres et de tous ceux qui ont faim et soif de justice » a-t-il déclaré. « Mère Teresa a étanché la soif de Jésus sur la croix, en accomplissant les œuvres de l’amour miséricordieux » a-t-il poursuivi avant de prier directement Mère Teresa.

Rappelant l’importance de ce lieu dans la vocation de la sainte, des sacrements qu’elle y a reçus au contact avec les personnes dans le besoin, les pauvres et les petits, le Pape a souligné qu’elle y avait appris à « aimer les plus nécessiteux et à les aider ».

« Intercède auprès de Jésus, afin que nous aussi, nous obtenions la grâce d’être vigilants et attentifs au cri des pauvres, de ceux qui sont privés de leurs droits, des malades, des marginaux, des derniers » a prié le Pape.

« Qu’il nous donne un cœur capable d’aimer Dieu présent en tout homme et toute femme et capable de le reconnaître dans ceux qui sont accablés par des souffrances et des injustices. Qu’il nous accorde la grâce d’être nous aussi un signe d’amour et d’espérance en notre temps qui voit tant de démunis, de laissés-pour-compte, d’exclus et de migrants » a-t-il poursuivi avant d’exhorter à agir réellement et à ne pas se contenter de paroles. L’Église a « le devoir d’annoncer l’Évangile aux pauvres, la libération aux captifs, la joie aux affligés, la grâce du salut à tous » a rappelé également dans sa prière le Pape François.

(Avec V. N.)

Lundi 6 Mai 2019

Le Saint-Père a pris le temps d’une rencontre avec des membres de la communauté catholique, ce lundi 6 mai après-midi, en l’église Saint-Michel-Archange de Rakovsky. Après avoir été accueilli dans une ambiance chaleureuse, par des danses traditionnelles et des témoignages, le Pape a encouragé les fidèles à former des communautés unies, qui sachent « accepter les nouveaux défis » en écoutant à la fois l’Évangile et la population, notamment les jeunes générations.

Pour le Souverain Pontife, ce fut le troisième temps fort de cette journée en terre bulgare. Après avoir visité ce matin le centre d’accueil pour réfugiés de Vrazhdebna, puis présidé la messe avec premières communions en l’église du Sacré-Cœur de Rakovsky, c’est dans cette même ville qu’il a rencontré cet après-midi les catholiques venus remplir la petite église de Saint-Michel-Archange.

Le Pape a été accueilli par des chants, puis par une brève salutation de l’évêque de Sofia et Plovdiv, Mgr Gheorghi Ivanov Jovcev. Une jeune religieuse, très émue, a ensuite témoigné devant le Saint-Père, puis un prêtre de cette paroisse Saint-Michel-Archange, et une famille. Une danse traditionnelle, menée par des jeunes gens brandissant des cerceaux fleuris, était elle aussi au programme.

« C’est toujours un motif de joie de pouvoir rencontrer le saint Peuple de Dieu avec ses mille visages et charismes », a confié François à l’assemblée au début de son discours, après l’avoir remerciée pour son accueil chaleureux.

Une fois de plus au cours de ce voyage, le Saint-Père a fait référence à saint Jean XXIII, figure marquante de la Bulgarie où il fut délégué apostolique : « je voudrais vous remercier parce que vous m’avez aidé à mieux voir et à comprendre un peu plus le motif pour lequel cette terre a été tant aimée et aussi importante pour saint Jean XXIII », a-t-il reconnu.

D’une manière plus large, le Pape a mis en avant « les hommes et les femmes de Dieu » , « ceux qui ont le courage de faire le premier pas et qui cherchent avec créativité à être aux avant-postes en témoignant que l’Amour n’est pas mort, mais a vaincu tout obstacle. Ils se risquent parce qu’ils ont appris que Dieu Lui-même, en Jésus, s’est risqué ».

Comme exemple, le Pape a fait référence à sa visite effectuée au petit matin dans le camp de réfugiés de Vrazhdebna, où règne « la conscience que toute personne est enfant de Dieu, indépendamment de l’ethnie ou de la confession religieuse ». Dans ce centre de la Caritas, les chrétiens « ont appris à voir avec les yeux mêmes du Seigneur qui ne s’arrête pas sur les qualificatifs, mais qui cherche et attend chacun, avec des yeux de Père », a souligné François, dénonçant « la culture de l’adjectif » et « les bavardages ». « Voir avec les yeux de la foi est une invitation à ne pas passer sa vie en collant des étiquettes, en cataloguant celui qui est digne d’amour et celui qui ne l’est pas, mais à chercher à créer des conditions pour que chaque personne puisse se sentir aimée (…). Celui qui aime ne perd pas de temps à s’apitoyer sur lui-même, mais il voit toujours quelque chose de concret à pouvoir faire », a-t-il poursuivi.

« Que c’est beau quand nos communautés sont des chantiers d’espérance ! », s’est ensuite exclamé François, avant d’expliquer que « pour acquérir le regard de Dieu, nous avons besoin des autres ». Cela se passe d’abord dans la paroisse, lorsqu’elle « se transforme en un foyer au milieu de tous les foyers et est capable de rendre présent le Seigneur là justement où chaque famille, chaque personne cherche quotidiennement à gagner sa vie ».

Le Pape a rappelé l’importance de former une « communauté vivante qui soutient, accompagne, intègre et enrichit. Jamais séparés, mais unis, chacun apprend à être signe et bénédiction de Dieu pour les autres ». Cette unité se manifeste particulièrement dans le lien entre le prêtre et les fidèles : « le prêtre, sans son peuple, perd son identité et le peuple, sans ses pasteurs, peut se diviser. (…) Chacun consacre sa vie aux autres. Personne ne peut vivre seulement pour soi, nous vivons pour les autres », a souligné le Pape.

Les baptisés doivent donc constituer une « Église-famille-communauté qui accueille, écoute, accompagne, se préoccupe des autres en révélant son vrai visage qui est un visage de mère. Église-mère qui vit et fait siens les problèmes de ses enfants, non pas en offrant des réponses toutes faites, mais en cherchant ensemble des chemins de vie, de réconciliation ; en cherchant à rendre présent le Règne de Dieu ».
Les catholiques bulgares encouragés face à l’avenir

Enfin le Pape a invité la communauté catholique de Bulgarie à être « une maison aux portes ouvertes, sur les pas de Cyrille et Méthode », saints évangélisateurs des peuples slaves d’Europe centrale. Cela demande « de savoir être audacieux et créatifs pour se demander comment il est possible de traduire de manière concrète et compréhensible aux jeunes générations l’amour que Dieu a pour nous ». François a déploré le déracinement et la solitude dont souffre de nombreux jeunes et insisté sur l’importance des racines transmises par les grands-parents. Mais il a aussi offert des paroles d’encouragement fortes aux fidèles.

« N’ayons pas peur d’accepter de nouveaux défis », leur a-t-il lancé, « n’oublions pas que les pages les plus belles de la vie de l’Église ont été écrites quand le peuple de Dieu, avec créativité, se mettait en route pour chercher à traduire l’amour de Dieu en chaque moment de l’histoire, avec les défis qu’il rencontrait progressivement ». François a demandé aux catholiques bulgares « d’être une Église qui continue d’engendrer, au milieu des contradictions, des douleurs et de la pauvreté, les enfants dont cette terre a besoin aujourd’hui au début du 21ème siècle, en ayant une oreille sur l’Évangile et l’autre sur le cœur de votre peuple ».

Messe à la cathédrale du Sacré-Coeur de Rakovski

Au deuxième jour de sa visite en Bulgarie, le Pape François s’est déplacé à Rakovski, une ville de 28 000 habitants qui fait figure d’exception dans le pays, puisque sa population est majoritairement catholique. L’évêque de Rome a présidé une messe à l’église du Sacré-Cœur, durant laquelle 245 enfants ont reçu la première communion. Dans une atmosphère très joyeuse, le Saint-Père leur a délivré une homélie simple mais très profonde pour les encourager dans leur parcours de foi.

« Le Christ est ressuscité ». C’est par cette expression employée par tous les Bulgares en ce temps pascal que le Pape a amorcé son homélie, en expliquant que « ce salut est l’expression de notre joie, à nous chrétiens, disciples de Jésus, parce que lui, qui a donné sa vie par amour sur la croix pour détruire le péché, est ressuscité et a fait de nous des enfants adoptifs de Dieu le Père. Nous sommes contents parce qu’il est vivant et présent parmi nous aujourd’hui et toujours. »

François a souligné cette « première rencontre avec Jésus dans le sacrement de l’Eucharistie » est une « fête merveilleuse ». « Jésus a fait un acte immense d’amour pour sauver l’humanité de tous les temps. Il est resté trois jours dans la tombe, mais nous savons – les Apôtres et beaucoup d’autres témoins qui l’ont vu vivant nous l’ont assuré – que Dieu, son Père et notre Père, l’a ressuscité. Et maintenant Jésus est vivant et il est ici avec nous, c’est pourquoi aujourd’hui nous pouvons le rencontrer dans l’Eucharistie. Nous ne le voyons pas avec nos yeux, mais nous le voyons avec les yeux de la foi », a souligné le Pape François.

Le Saint-Père s’est réjoui de voir de si nombreux enfants porter « des habits de fête ». « La Première Communion est avant tout une fête, dans laquelle nous célébrons Jésus qui a voulu demeurer toujours à nos côtés et qui ne se séparera jamais de nous. Fête qui a été possible grâce à nos parents, à nos grands-parents, à nos familles et aux communautés qui nous ont aidés à grandir dans la foi », a-t-il souligné.

En revenant sur l’Évangile du jour, François a souligné que le miracle de la multiplication des pains était venu « des mains d’un enfant qui a apporté ce qu’il avait : cinq pains et deux poissons. De la même manière que vous, aujourd’hui, vous contribuez à l’accomplissement du miracle pour que nous tous, les grands ici présents, nous nous rappelions la première rencontre que nous avons eue avec Jésus dans l’Eucharistie et que nous puissions rendre grâce pour ce jour. Aujourd’hui, vous nous permettez d’être de nouveau en fête et de célébrer Jésus qui est présent dans le Pain de la Vie. Parce qu’il y a des miracles qui peuvent se produire seulement si nous avons un cœur comme le vôtre, capable de partager, de rêver, de remercier, d’avoir confiance et d’honorer les autres ».

« Notre carte d’identité est celle-ci : Dieu est notre Père, Jésus est notre Frère, l’Église est notre famille, nous sommes frères, notre loi est l’amour », a souligné le Saint-Père.

« Rappelez-vous que c’est le sacrement de la Première Communion et non de la dernière, rappelez-vous que Jésus vous attend toujours, a exhorté le Pape. C’est pourquoi, je vous souhaite qu’aujourd’hui ce soit le commencement de nombreuses Communions, pour que votre cœur soit toujours comme aujourd’hui, en fête, plein de joie et surtout de reconnaissance », a-t-il conclu.

Un peu plus tard au cours de la messe, juste avant que les enfants ne communient pour la première fois, le Saint-Père s’est adressé à eux en ces termes : « Maintenant vous allez recevoir Jésus. Ne soyez pas distraits, ne pensez pas à d’autres choses, pensez seulement à Jésus. Venez à l’autel pour recevoir Jésus en silence ; faites silence en votre cœur et pensez que c’est la première fois que Jésus vient à vous. Ensuite, il viendra tant d’autres fois. Pensez à vos parents, à vos catéchistes, à vos grands-parents, à vos amis et si vous vous êtes disputés avec quelqu’un, pardonnez-lui dans votre cœur avant de venir. En silence, nous nous approchons de Jésus », a indiqué le Pape.

Après la messe, conclue sous les applaudissements et sous une pluie de pétales jaunes et blancs, aux couleurs du Vatican, le Pape s’est rendu au couvent des sœurs franciscaines pour déjeuner en privé avec les évêques de Bulgarie.

(Avec V. N.)

Dimanche 5 Mai 2019

Le Pape François a poursuivi son 29ème voyage apostolique en présidant une messe sur la plus grande place de la capitale, au cours de laquelle il est revenu dans son homéliesur trois attitudes de Dieu qui marquent la vie du disciple : Dieu appelle, Dieu surprend, Dieu aime. Découvrez cette homélie en intégralité.

" Chers frères et sœurs, le Christ est ressuscité ! Christos vozkrese !

Comme elle est merveilleuse la salutation avec laquelle les chrétiens de votre pays s’échangent la joie du Ressuscité en ce temps pascal.

Tout l’épisode que nous avons écouté, raconté à la fin des Évangiles, nous permet de nous immerger dans cette joie que le Seigneur nous invite à “contagionner” en nous rappelant trois réalités merveilleuses qui marquent notre vie de disciples : Dieu appelle, Dieu surprend, Dieu aime.

Dieu appelle. Tout se passe sur la rive du lac de Galilée, là où Jésus avait appelé Pierre. Il l’avait appelé à abandonner le métier de pêcheur pour devenir pêcheur d’hommes (cf. Lc 5, 4-11). Maintenant, après tout ce cheminement, après l’expérience d’avoir vu mourir le Maître et malgré l’annonce de sa résurrection, Pierre retourne à sa vie d’avant : « Je m’en vais à la pêche », dit-il. Et les autres disciples ne sont pas en reste : « Nous aussi, nous allons avec toi » (Jn 21, 3). Ils semblent faire un pas en arrière ; Pierre reprend en main les filets auxquels il avait renoncé pour Jésus. Le poids de la souffrance, de la déception, voire de la trahison était devenu une pierre difficile à ôter du cœur des disciples ; ils étaient encore blessés sous le poids de la douleur et de la faute et la bonne nouvelle de la Résurrection n’avait pas pris racine dans leur cœur. Le Seigneur sait combien est forte pour nous la tentation de retourner aux choses d’avant. Les filets de Pierre, comme les oignons d’Égypte, sont dans la Bible un symbole de la tentation de la nostalgie du passé, de vouloir revenir à quelque chose que l’on avait voulu abandonner. Devant l’expérience de l’échec, de la douleur, voire du fait que les choses ne se déroulent pas comme on l’espérait, apparaît toujours une subtile et dangereuse tentation qui invite au découragement et à baisser les bras. C’est la psychologie du sépulcre qui colore tout de résignation, nous faisant nous attacher à une tristesse doucereuse qui, comme une mite, ronge toute espérance. Ainsi se développe la plus grande menace qui peut s’enraciner au sein d’une communauté : le pragmatisme gris de la vie dans lequel tout se passe apparemment bien dans la normalité, mais, en réalité, la foi s’épuise et dégénère en mesquinerie (cf. Exhort. Ap. Evangelii Gaudium, n. 83).

Mais, là justement, dans l’échec de Pierre, Jésus arrive et recommence depuis le début, et avec patience, il va à sa rencontre et lui dit « Simon » (v. 15) : c’était le nom du tout premier appel. Le Seigneur n’attend pas des situations ou des états d’âme idéaux, il les crée. Il n’attend pas de rencontrer des personnes sans problèmes, sans déceptions, sans péchés ou limites. Lui-même, il a affronté le péché et la déception pour aller à la rencontre de tout être vivant et l’inviter à cheminer. Frères, le Seigneur ne se fatigue pas d’appeler. C’est la force de l’Amour qui a renversé tout pronostic et qui sait recommencer. En Jésus, Dieu cherche toujours à donner une possibilité. Il fait comme cela aussi avec nous : il nous appelle chaque jour à revivre notre histoire d’amour avec Lui, à nous refonder dans la nouveauté qu’Il est, Lui. Tous les matins, il nous cherche là où nous sommes et il nous invite « à nous lever, à nous redresser sur sa Parole, à regarder vers le haut et à croire que nous sommes faits pour le Ciel, non pas pour la terre ; pour les hauteurs de la vie, non pas pour les bassesses de la mort », et il nous invite à ne pas chercher « parmi les morts Celui qui est vivant » (Homélie de la Veillée Pascale, 20 avril 2019). Quand nous l’accueillons, nous montons plus haut, nous embrassons notre plus bel avenir, non pas comme une possibilité mais comme une réalité. Quand c’est l’appel de Jésus qui oriente la vie, le cœur rajeunit.

Dieu surprend. Il est le Seigneur des surprises qui invite non seulement à être surpris, mais aussi à réaliser des choses surprenantes. Le Seigneur appelle et, en rencontrant les disciples avec les filets vides, il leur propose quelque chose d’insolite : pêcher en plein jour, chose plutôt étrange sur ce lac. Il leur redonne confiance en les mettant en mouvement et en les poussant de nouveau à risquer, à ne considérer rien, ni surtout personne, comme perdu. Il est le Seigneur de la surprise qui brise les fermetures paralysantes en restituant l’audace capable de surmonter la suspicion, la méfiance et la crainte qui se cachent derrière le “on a toujours fait comme cela”. Dieu surprend quand il appelle et invite à jeter non seulement les filets, mais nous-mêmes au large de l’histoire et à regarder la vie, à regarder les autres et nous-mêmes avec ses propres yeux qui, « dans le péché, voit des enfants à relever ; dans la mort, des frères à ressusciter ; dans la désolation, des cœurs à consoler. Ne crains donc pas : le Seigneur aime cette vie qui est la tienne, même quand tu as peur de la regarder et de la prendre en main » (Ibid.).

Ainsi, nous arrivons à la troisième certitude d’aujourd’hui. Dieu appelle, Dieu surprend parce que Dieu aime. L’amour est son langage. C’est pourquoi, il demande à Pierre et à nous de s’accorder sur le même langage : « M’aimes-tu ? ». Pierre accueille l’invitation et, après beaucoup de temps passé avec Jésus, il comprend qu’aimer veut dire arrêter d’être au centre. Maintenant, il ne part plus de lui, mais de Jésus : « Tu sais tout » (Jn 21, 17), répond-il. Il se reconnaît fragile, il comprend qu’il ne peut pas aller de l’avant uniquement avec ses forces. Et il se fonde sur le Seigneur, sur la force de son amour, jusqu’au bout. Ceci est notre force que nous sommes invités chaque jour à renouveler : le Seigneur nous aime. Être chrétien est un appel à avoir confiance que l’Amour de Dieu est plus grand que toute limite ou tout péché. Une des plus grandes souffrances et un des plus grands obstacles dont nous faisons l’expérience aujourd’hui ne naît pas tant dans la compréhension que Dieu est amour, mais dans le fait que nous sommes arrivés à l’annoncer et à en témoigner de telle manière que, pour beaucoup, ce n’est pas son nom. Dieu est amour, un amour qui se donne, qui appelle et qui surprend.

Voici le miracle de Dieu qui fait de nos vies des œuvres d’art, si nous nous laissons guider par son amour. De nombreux témoins de la Pâque, en cette terre bénie ont réalisé des chefs-d’œuvre magnifiques, inspirés par une foi simple et par un grand amour. En offrant leur vie, ils ont été des signes vivants du Seigneur, en sachant surmonter avec courage l’apathie et en offrant une réponse chrétienne aux préoccupations qui se présentaient à eux (cf. Exhort. Ap. Christus vivit, n. 174). Aujourd’hui, nous sommes invités à regarder et à découvrir ce que le Seigneur a fait dans le passé afin de nous projeter avec Lui vers l’avenir, en sachant que, dans le succès et dans les erreurs, il reviendra toujours nous appeler pour nous inviter à jeter les filets. Ce que j’ai dit aux jeunes dans l’Exhortation que j’ai récemment écrite, je désire le dire à vous aussi. Une Église jeune, une personne jeune, non par l’âge mais par la force de l’Esprit, nous invite à témoigner de l’amour du Christ, un amour qui presse et qui nous conduit à être prêts à lutter pour le bien commun, serviteurs des pauvres, protagonistes de la révolution de la charité et du service, capables de résister aux pathologies de l’individualisme consumériste et superficiel. Amoureux du Christ, témoins vivants de l’Évangile en tout recoin de cette ville (cf. ibid., nn. 174-175). N’ayez pas peur d’être les saints dont cette terre a besoin, une sainteté qui ne vous enlèvera pas la force, ne vous enlèvera pas la vie ou la joie ; mais, bien au contraire, parce que vous et les fils de cette terre, vous arriverez à être ce dont le Père a rêvé quand il vous a créés (cf. Exhort. Ap. Gaudete et exsultate, 32).

Appelés, surpris et envoyés par amour ! "

Le Pape rencontre le Patriarche Néophyte

Le Pape François a été reçu ce dimanche matin à Sofia par le Patriarche orthodoxe Néophyte et les membres du Saint-Synode. Il a réitéré l’engagement de l’Église catholique dans le dialogue œcuménique, en pleine continuité avec les efforts menés notamment par saint Jean XXIII, qui fut délégué apostolique en Bulgarie, et par saint Jean-Paul II, qui visita la Bulgarie en 2002.

« Dans la joie du Seigneur ressuscité, je vous adresse le salut pascal en ce dimanche, qui, dans l’Orient chrétien, est appelé “dimanche de Saint Thomas” », a lancé le Pape en invitant à contempler « l’Apôtre qui met la main dans le côté du Seigneur et, touchant ses plaies, confesse : “Mon Seigneur et mon Dieu !” (Jn 20, 28). Les plaies, qui, tout au long de l’histoire, se sont ouvertes entre nous chrétiens, sont des déchirures douloureuses infligées au Corps du Christ qu’est l’Église. »

« Aujourd’hui encore, nous en touchons avec la main les conséquences. Mais peut-être que si nous mettons ensemble la main dans ces plaies et confessons que Jésus est ressuscité, et si nous le proclamons notre Seigneur et notre Dieu, si en reconnaissant nos manques, nous nous immergeons dans ses plaies d’amour, nous pouvons retrouver la joie du pardon et avoir un avant-goût du jour où, avec l’aide de Dieu, nous pourrons célébrer sur le même autel le mystère pascal », a souligné l’évêque de Rome.

« Dans ce cheminement, nous sommes soutenus par de nombreux frères et sœurs, à qui je voudrais avant tout rendre hommage : ce sont les témoins de la Pâque. Combien de chrétiens dans ce pays ont souffert pour le nom de Jésus, en particulier durant la persécution du siècle dernier ! L’œcuménisme du sang ! », a souligné François en utilisant un terme auquel il fait souvent référence. « Ils ont germé dans un terrain fertile et bien travaillé, dans un peuple riche de foi et d’humanité authentique qui leur a donné des racines robustes et profondes : je pense, en particulier, au monachisme qui, de génération en génération, a nourri la foi du peuple. Je crois que ces témoins de la Pâque, frères et sœurs de diverses confessions unis dans le Ciel par la charité divine, nous regardent actuellement comme des semences plantées en terre pour donner du fruit. Et pendant que beaucoup de frères et sœurs dans le monde continuent de souffrir à cause de la foi, ils nous demandent de ne pas demeurer fermés, mais de nous ouvrir, parce c’est seulement de cette manière que les semences portent du fruit », a-t-il martelé.

« Cette rencontre, que j’ai tant désirée, succède à celle de saint Jean-Paul II avec le Patriarche Maxime durant la première visite d’un Évêque de Rome en Bulgarie et suit les pas de saint Jean XXIII qui, dans les années passées ici, s’est attaché à ce peuple “simple et bon” en en appréciant l’honnêteté, les habitudes laborieuses et la dignité dans les épreuves », a souligné le Pape François en citant le Journal de l’âme du Pape qui avait convoqué le Concile Vatican II, durant lequel l’Église orthodoxe bulgare avait envoyé des observateurs.

« Depuis lors les contacts se sont multipliés, a souligné François. Je pense aux visites des délégations bulgares qui, depuis cinquante ans, se rendent au Vatican et que j’ai la joie d’accueillir chaque année ; ainsi qu’à la présence à Rome d’une communauté orthodoxe bulgare qui prie dans une église de mon diocèse », a expliqué le Saint-Père, soulignant ainsi l’hospitalité concrète pratiquée entre Églises, bien qu’elles ne soient pas canoniquement liées.
L’exemple toujours fécond des saints Cyrille et Méthode

Les saints Cyrille et Méthode « nous ont liés depuis le premier millénaire et leur mémoire vivante dans nos Églises demeure comme une source d’inspiration parce que, malgré les adversités, ils privilégièrent l’annonce du Seigneur, l’appel à la mission ».

Ils offrent donc la base pour un « œcuménisme de la mission », car « leur courageux apostolat demeure pour tous un modèle d’évangélisation. L’un des domaines qui nous interpelle dans l’annonce, c’est celui des jeunes générations. Combien il est important, dans le respect des traditions respectives et des particularités, que nous nous aidions et que nous trouvions les moyens pour transmettre la foi selon des langages et des formes qui permettent aux jeunes d’expérimenter la joie d’un Dieu qui les aiment et les appellent ! Autrement ils seront tentés de faire confiance aux nombreuses sirènes trompeuses de la société de consommation », a-t-il averti.
La Bulgarie, un carrefour spirituel

En Bulgarie, « carrefour spirituel, terre de rencontre et de compréhension réciproque », a expliqué le Pape en reprenant les termes utilisés par saint Jean-Paul II lors de sa venue dans le pays en 2002, « diverses Confessions ont été accueillies, de la Confession arménienne à la Confession évangélique, et diverses expressions religieuses, de la religion juive à la religion musulmane ». « Nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! », a lancé le Pape en reprenant une expression contenue dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium.

En évoquant sa visite à suivre dans la Cathédrale Patriarcale de Saint Alexandre Nevski pour se recueillir devant l’autel des saints Cyrille et Méthode, le Pape a souligné que « Saint Alexandre Nevski de la tradition russe et les Saints frères provenant de la tradition grecque et apôtres des peuples slaves révèlent combien la Bulgarie est un pays-pont. Sainteté, chers Frères, je vous vous assure de ma prière pour vous, pour les fidèles de ce peuple bien-aimé, pour la haute vocation de ce pays, pour notre cheminement dans un œcuménisme du sang, du pauvre et de la mission. À mon tour, je demande une place dans vos prières, dans la certitude que la prière est la porte qui ouvre tout chemin de bien », a conclu le Saint-Père.
Patriarche Néophyte : ensemble dans la dénonciation des persécutions anti-chrétiennes

Pour sa part, dans son discours, le Patriarche Néophyte a rappelé l’attention de l’Église catholique envers la Bulgarie, « une attitude spéciale » et « une expression de respect » vis-à-vis de l’Église orthodoxe bulgare. Ce respect est « réciproque », a-t-il expliqué, en souligné deux thèmes essentiels : l’unité dans la défense des racines chrétiennes de l’Europe et dans la dénonciation du danger de la persécution des chrétiens. « Nous avons toujours prié pour l’unité du monde dans le Christ, parce qu’unis, les chrétiens seront plus forts », a souligné le Patriarche.

En revenant sur l’histoire de l’Église, « marquée par de tristes controverses et des schismes », le Patriarche a rappelé qu’en relisant ce qui est arrivé, on pourra peut-être trouver « des réponses aux questions qui nous occupent encore aujourd’hui ».

Cette rencontre s’est tenue en présence de l’ex-roi de Bulgarie Siméon II, qui régna enfant de 1943 et 1946, avant d’être chassé par les communistes. Il fut ensuite Premier ministre de 2001 à 2005, un cas inédit dans l’histoire européenne. Il est actuellement le dernier chef d’État de la Seconde guerre mondiale encore en vie, mais sa fonction n’était que nominale.

(Avec V. N.)

Présentation de ce voyage

Le 29ème voyage apostolique du Pape François s’inscrit dans son attention portée aux périphéries de l’Europe, après d’autres déplacements effectués en Albanie, en Bosnie, en Grèce ou encore dans le Caucase.

Le Pape s’apprête donc à effectuer son quatrième voyage cette année, sur un quatrième continent. Après l’Amérique pour les JMJ de Panama, le Moyen-Orient (Émirats arabes unis) et l’Afrique du Nord (Maroc), François s’apprête à s’envoler vers le sud-est de l’Europe. Il se rendra dans deux pays de confession orthodoxe où les catholiques représentent à peine 1% de la population : en Bulgarie, pays membre de l’Union européenne et dans les Balkans, en Macédoine du Nord, un petit État qui recevra sa première visite papale.

Ce vendredi, le directeur par intérim du Bureau de presse du Saint-Siège, Alessandro Gisotti, a présenté ce 29ème voyage apostolique du souverain pontife aux journalistes, qui seront 70 à accompagner François dans l’avion.

À l’invitation des autorités et des Églises locales, le Pape va entreprendre un voyage en périphérie de l’Europe, sous la protection de deux figures tutélaires dont François veut souligner les bienfaits. Il y a d’abord celle de l’italien Angelo Roncalli, le futur Jean XXIII surnommé « le Pape de Bulgarie » tant le souvenir de ses dix ans de présence au début du 2ème siècle reste intense. Visiteur puis délégué apostolique, il institua un exarchat pour les catholiques de rite byzantin, et mit la main à la pâte après le tremblement de terre de 1928. C’est dans l’église Saint-Michel-Archange de Rakovski, alors reconstruite, que le Pape François rencontrera le clergé catholique local lundi, car cette ville abrite la plus forte concentration catholique en Bulgarie.

Mais surtout Mgr Roncalli initia un dialogue avec l’Eglise orthodoxe qui représente aujourd’hui 76% de la population et constitue un marqueur fort de l’identité nationale. Les rapports se sont distendus mais François va tendre la main. Il sera reçu dimanche par le patriarche orthodoxe Néophyte.

L’autre figure tutélaire, c’est celle de Mère Teresa, née en 1910 dans la ville de Skopje, l’actuelle capitale de Macédoine du Nord, qui faisait alors partie de l’Empire ottoman. Le Pape, qui l’a canonisée en septembre 2016, lui rendra hommage avec les autres dignitaires religieux du pays dans la chapelle d’un mémorial qui lui a été dédiée. Mère Teresa demeure un facteur d’unité, dans une région marquée par les multiples conflits balkaniques du XXe siècle. Son souvenir est une fierté pour la toute petite communauté catholique du pays, environ 20 000 fidèles, que le Pape vient encourager, mais également pour la nation entière.

En Macédoine du nord, terre multiethnique, le pape invitera les jeunes au dialogue pour construire l’avenir. Sera-t-il européen ? François sera la première figure politique d’envergure à se rendre dans le pays depuis la signature de l’accord conclu avec la Grèce, et c’est tout un pays qui l’attend avec reconnaissance, comme en témoigne les bus de Skopje, tous à l’effigie du Pape François pour célébrer sa venue.

(Avec V. N.)

Mercredi 1er Mai 2019

Le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur le Notre Père lors de l’audience générale de ce 1er mai. L’avant-dernière invocation – « Ne nous laisse pas entrer en tentation »- était aujourd’hui le thème de la réflexion proposée aux pèlerins.

Formuler cette demande ne signifie pas que nous nous adressons à un Dieu tentateur. Au contraire, le Père se tient toujours aux côtés de l’homme pour l’aider à combattre le mal et l’en libérer. Son Fils Jésus Christ est déjà passé pour nous par l’épreuve et la tentation, et nous montre que Dieu n’abandonne jamais ses enfants.

« Ne nous laisse pas entrer en tentation » (Mt 6,13) : la version grecque de cette invocation du Notre Père est sujette à diverses traductions qui donnent parfois lieu à une interprétation erronée. Comme l’a fait remarquer le Pape François ce matin, « nous devons exclure que Dieu soit le protagoniste des tentations qui surviennent sur le chemin de l’homme », car ce n’est pas « l’image de Dieu que Jésus nous a révélée ».
Dieu ne tente pas ses enfants mais combat avec eux

Cependant, malgré les difficultés à traduire de manière exacte l’expression du texte grec des Évangiles, il existe un point de convergence : Dieu, invoqué comme Père, ne se tient pas en embuscade « pour tendre des pièges à ses enfants ». « Les chrétiens n’ont rien à voir avec un Dieu jaloux, (…) qui s’amuserait à mettre l’homme à l’épreuve », a insisté le Saint-Père. Bien au contraire, « le Père n’est pas l’auteur du mal ». Si le mal surgit dans la vie de l’homme, Dieu « combat à ses côtés, pour qu’il puisse en être libéré », a assuré le Pape. Et c’est dans ce sens que nous prions le « Notre Père ».

L’épreuve et la tentation ont été présentes dans la vie de Jésus lui-même, a ensuite rappelé le Souverain Pontife. L’Évangile montre ainsi que cette demande du « Notre Père » a déjà été exaucée. « Dieu ne nous a pas laissés seuls, mais en Jésus Il se manifeste comme “Dieu-avec-nous” ». Il est avec nous à tout instant depuis notre naissance, « dans la joie », « dans les épreuves », « dans les tristesses », « quand nous péchons, mais il est toujours avec nous, car il est Père et ne peut pas nous abandonner », a continué François.

Le Pape s’est ensuite référé au passage de l’Évangile où Jésus est tenté par le Diable au désert. « Mais Jésus repousse chaque tentation et sort victorieux ». Ainsi, lorsque « nous sommes tentés d’accomplir le mal, en niant la fraternité avec les autres et en désirant un pouvoir absolu sur tout et sur tous », il est bon de se rappeler que « Jésus a déjà combattu pour nous cette tentation ».

De même, « au temps de l’épreuve suprême Dieu ne nous laisse pas seul ». La prière et l’« angoisse indicible » de Jésus à Gethsémani nous l’enseignent. « À l’heure de l’agonie, Dieu demande à l’homme de ne pas l’abandonner, et l’homme au contraire dort », comme l’ont fait les disciples. Mais lorsque l’homme traverse l’épreuve, « Dieu veille ». « Dans les moments les plus malheureux de notre vie, dans les moments les plus douloureux, dans les moments les plus angoissants, Dieu veille avec nous, Dieu lutte avec nous, il est toujours proche de nous », a insisté le Saint-Père. Et cela parce qu’« un père n’abandonne pas ses enfants ».

En Son Fils Jésus qui s’est fait notre frère jusqu’à la mort sur la Croix, Dieu « descend jusque dans nos abîmes et nos souffrances ». « C’est notre réconfort à l’heure de l’épreuve : savoir que cette vallée (…) n’est plus désolée, mais qu’elle est bénie par la présence du Fils de Dieu », a résumé le Pape.

Le Souverain Pontife a conclu sa catéchèse par une brève prière. « Éloigne donc de nous, ô Dieu, le temps de l’épreuve et de la tentation ». Mais si ce temps survient, « montre-nous que nous ne sommes pas seuls, montre-nous que le Christ a déjà pris sur lui aussi le poids de cette croix. Montre-nous que Jésus nous appelle à la porter avec Lui, en nous abandonnant avec confiance à l’amour du Père ».

(Avec V.N.)

Dimanche 28 Avril 2019

En de ce dimanche de la fête de la divine miséricorde, le Pape a invité les fidèles à accueillir les dons du Christ ressuscité, à la suite des disciples : la paix, la joie et la mission apostolique. Trois dons qui jaillissent des plaies du Seigneur.

« Que la paix soit avec vous » (v. 21) : tels sont les premiers mots prononcés par le Christ dans cet épisode. François a d’abord souligné que le premier don du Ressuscité est celui d’une « paix authentique, parce que par son sacrifice sur la croix, il a réalisé la réconciliation entre Dieu et l’humanité et a vaincu le péché et la mort ». Cette paix constitue « le fruit de sa victoire », et se manifeste alors que Jésus montre « ses blessures dans son corps glorieux ».

Des plaies qui, lors de la deuxième apparition, s’offrent à la vue et au toucher de l’apôtre Thomas, mettant alors fin à son incrédulité. « Elles constituent la source de la paix, car elles sont le signe de l’immense amour de Jésus qui a vaincu les forces hostiles à l’homme, c’est-à-dire le péché, le mal et la mort », a expliqué le Souverain Pontife. Improvisant alors son allocution, il a invité les fidèles à se tourner vers les plaies de Jésus, à les toucher à travers les blessures de « tant de personnes qui souffrent ». « Les plaies de Jésus sont un trésor : de là sort la miséricorde », a-t-il affirmé. « Avec ses plaies Jésus intercède devant le Père. (…) N’oublie pas les plaies de Jésus », a demandé François à la foule.

La joie est le deuxième don du Seigneur ressuscité, et ses disciples l’éprouvent lorsque le Seigneur leur apparaît (cf. v.20). « Si tu es triste, si tu n’es pas en paix, regarde Jésus crucifié, regarde Jésus ressuscité, regarde ses plaies et prends cette joie », a conseillé le Pape François.

Enfin Jésus confie à ses disciples le « don de la mission » (cf. v.21). Sa résurrection marque alors « le début d’un nouveau dynamisme d’amour » qui, avec l’Esprit-Saint, est « capable de transformer le monde ». Le Saint-Père a conclu son message en invitant les fidèles à « approcher du Christ avec foi » en ce deuxième dimanche de Pâques. L’Église catholique universelle célèbre en effet le dimanche de la Miséricorde Divine, institué par saint Jean-Paul II le 30 avril 2000. D’où cette invitation à ne pas oublier « les plaies de Jésus, car c’est de là qu’en sortent la paix, la joie et la force pour la mission ».

Au terme de la prière du Regina Cœli, le Saint-Père s’est exprimé ce dimanche sur la situation des personnes retenues dans des centres de détention en Libye. Il est aussi revenu sur les béatifications des quatre martyrs de la foi qui se sont déroulées hier en Argentine.

« Je vous invite à vous joindre à moi et prier pour les réfugiés qui se trouvent dans les centres de détention en Libye, dont la situation, déjà très grave, est rendue encore plus dangereuse par le conflit actuel ». Le Pape a fait part de sa vive préoccupation à la foule des pèlerins rassemblés Place Saint-Pierre en ce deuxième dimanche de Pâques. Depuis le Palais apostolique, François a lancé un appel « afin que tout spécialement les femmes, les enfants et les malades soient évacués dès que possible par des couloirs humanitaires ».

Rappelons qu’en Libye, les multiples affrontements armés à Tripoli et dans d’autres villes ont fait plus de 40 000 déplacés, d’après les chiffres de l’Organisation des Nations Unies. Beaucoup de régions sont inaccessibles aux organisations humanitaires à cause des combats. La communauté internationale continue cependant de réclamer l’ouverture de couloirs humanitaires pour venir en aide à ceux qui en ont besoin, et procéder à d’éventuelles évacuations. Quant aux sinistres centres de détention mentionnés par le Pape, environ 3300 migrants et réfugiés y sont retenus, dans des conditions portant gravement atteinte à la dignité humaine. Ils se situent en majorité dans des zones de combats.

Outre cet appel, le Saint-Père a aussi demandé de prier « pour ceux qui ont perdu la vie ou qui ont subi de graves dommages à la suite des récentes inondations en Afrique du Sud, afin qu’à ces frères aussi puisse être apportée notre solidarité et le soutien concret de la communauté internationale ».

Puis il a mentionné les « frères et sœurs des Églises orientales qui, aujourd’hui, selon le calendrier julien, célèbrent la Sainte Pâque », invoquant sur eux la « joie » et la « paix » du Seigneur ressuscité .

Au début de son message, le Souverain Pontife avait aussi cité les quatre nouveaux bienheureux que compte depuis ce 27 avril l’Église catholique : Mgr Enrique Angelelli, évêque diocésain, Carlos de Dios Murias, franciscain conventuel, Gabriel Longueville, prêtre fidei donum du diocèse de Viviers (France), et Wenceslao Pedernera, catéchiste, béatifiés à La Rioja (Argentine). « Ces martyrs de la foi ont été persécutés à cause de leur charité évangélique et leur justice. Leur exemple et leur intercession devraient soutenir en particulier ceux qui travaillent pour une société plus juste et solidaire », a affirmé François, invitant ensuite la foule à applaudir les bienheureux.

(Avec V.N.)

Vendredi 26 Avril 2019

Le Pape François a reçu les membres de la Fédération biblique catholique à l’occasion de son cinquantième anniversaire. Dans son discours, il a mis en garde contre la tentation de ne parler que de soi, quand il faut au contraire parler de Dieu.

En se retrouvant cette semaine à Rome pour les cinquante ans de la Fédération biblique catholique, lors d’un congrès qui s’achève ce vendredi, ses membres ont réfléchi autour de deux mots : Bible et vie. Le Pape, en les recevant au Vatican, a voulu lui aussi développer une réflexion autour de ces deux paroles, affirmant que « la Parole de Dieu est vivante ». « Elle reste jeune malgré tout ce qu’il se passe et préserve qui la met en pratique du vieillissement intérieur » affirme-t-il d’emblée.

Tous les écrits produits pour commenter cette Parole ne sont que du bois, explique le Pape. Mais comme le bois ne produit pas de la chaleur tout seul, il faut l’Esprit pour que la Bible puisse brûler dans le cœur et devienne vie.
Les homélies doivent partager l’Esprit Saint

La Parole étant « une irremplaçable injection de vie » pour l’Église, les homélies sont « fondamentales ». « La prédication n’est pas un exercice de rhétorique et encore moins un ensemble de savantes notions humaines ». « C’est au contraire un partage de l’Esprit, de la Parole divine qui a touché le cœur du prédicateur qui communique cette chaleur, cette onction » poursuit le Pape.

Pour François, « l’Esprit a le désir de se former comme Église “en forme de Parole” : une Église qui ne parle pas à soi ou de soi, mais qui ait dans le cœur et sur les lèvres le Seigneur, qui quotidiennement dessine grâce à sa Parole ». Le Pape met alors en garde contre la « tentation » de s’annoncer et de parler de nos dynamiques. « Mais comme cela, on ne transmet pas la vie au monde ».

La Parole, précise le Saint-Père, nous apprend à renoncer à soi et annoncer le Seigneur. Elle est comme « une épée tranchante qui, en entrant en profondeur, discerne les pensées et les sentiments, porte à la lumière la vérité, blesse pour restaurer. »

Cette Parole, « ne laisse pas tranquille, elle met en discussion ». « Une Église qui vit dans l’écoute de la Parole ne se contente jamais de ses sécurités. Elle est docile à la nouveauté imprévisible de l’Esprit, » explique le Pape qui rappelle que l’Église vit pour annoncer la Parole.

Pour éviter la tentation du repli sur soi, l’Église peut donc compter sur la Bible, « son meilleur vaccin contre la fermeture et l’autoconservation », « l’autosuffisance » et « le triomphalisme ». « C’est la Parole de Dieu, pas la nôtre », une « force centrifuge et pas centripète ».

Le Pape invite donc à prier pour que « la parole du Seigneur poursuive sa course », que la Bible ne reste pas dans les bibliothèques mais qu’elle coure dans les rues du monde entier.

(Avec V. N.)

Mercredi 23 avril 2019

Lors de l’audience générale de ce matin, tenue Place Saint-Pierre devant une foule très nombreuse, le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur le Notre Père. Pour la 13e étape de ce parcours, le Pape s’est arrêté sur cette expression : « Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».

C’était pour le Saint-Père l’occasion de souligner la responsabilité immense de chaque personne, qui, en pleine liberté, est invitée à pardonner à ses frères et sœurs afin d’être disponible pour recevoir le pardon de Dieu. Et c’est donc toute notre vie spirituelle qui doit être tournée vers le lien avec les autres, vers la capacité de donner et de recevoir.

« Il n’existe pas dans l’Église de “self-made man”, des hommes qui se sont faits tout seuls », a expliqué le Pape François. Notre identité au contraire se construit à partir du bien reçu, à commencer par la vie elle-même. Il faut donc savoir dire « merci », et d’abord savoir remercier le Seigneur pour son amour infini, et lui demander pardon pour nos nombreuses ingratitudes, petites et grandes. Et cette « relation de bienveillance verticale de la part de Dieu (…) est appelée à se traduire dans une relation nouvelle que nous vivons avec nos frères : une relation horizontale ».

La grâce de Dieu est inconditionnelle, mais elle nous engage, elle nous responsabilise. « Celui qui a beaucoup reçu doit apprendre à beaucoup donner », a encore précisé le Pape François. « Si tu ne pardonnes pas aux autres, Dieu ne te pardonnera pas. Tu fermes la porte », a-t-il averti en s’attristant des attitudes de certaines personnes âgées qui finissent leur vie dans le ressentiment. « Si tu n’y arrives pas par tes propres forces, demande au Seigneur qu’il te donne la force pour y arriver », a-t-il lancé, en sortant de son texte écrit pour interpeller la conscience de chacun.

Dans les Évangiles, « Jésus insère dans les rapports humains la force du pardon ». Il faut donc savoir « aimer au-delà ce qui est dû, pour recommencer une histoire de grâce », et donc interrompre cette logique perpétuelle de vengeance, de vendetta, qui fait suffoquer le monde entier.

« À la loi du talion – “ce que tu m’as fait, moi je te le rend”-, Jésus substitue la loi de l’amour : “ce que Dieu m’a fait, moi je te le restitue” ». Même vis-à-vis de ceux qui ont accompli une faute ou quelque chose de désagréable, nous devons donc transmettre « ce que nous avons reçu de plus précieux » : la capacité de pardonner.

Retrouvons les paroles du Pape :

« Chers frères et sœurs, aujourd’hui, nous complétons la catéchèse sur la cinquième demande du Notre Père. Il y a toujours une dette impossible à restituer à Dieu : il nous aime infiniment plus que nous l’aimons. Et même si nous nous engageons à vivre selon les enseignements chrétiens, il y aura toujours dans notre vie quelque chose dont il faudra demander pardon. C’est pour cela que nous implorons : « remets-nous nos dettes ». Mais Jésus joint à cette imploration une seconde expression qui ne fait qu’un avec la première :« comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6, 12). La relation de bienveillance de Dieu est appelée à se traduire dans une relation nouvelle que nous vivons avec nos frères. Le Dieu bon nous invite à être bons, comme lui.

Dans les Evangiles, rien ne laisse penser que Dieu ne pardonne pas les péchés de celui qui est bien disposé et demande d’être embrassé de nouveau. Mais la grâce de Dieu est toujours exigeante. Celui qui l’a reçue doit apprendre à en faire autant. L’amour appelle l’amour, le pardon appelle le pardon. Jésus insère dans les relations humaines la force du pardon. Dans la vie, tout ne se résout pas avec la justice. Surtout là où on doit mettre une limite au mal, il faut aimer au-delà de ce qui est dû, pour recommencer une histoire de grâce. A la loi du talion, Jésus substitue la loi de l’amour. Par une parole, une embrassade, un sourire, nous pouvons transmettre aux autres ce que nous avons reçu de plus précieux : le pardon. »

(Avec V. N.)

Lundi 22 avril 2019

En ce lundi de Pâques, dit aussi lundi de l’Ange, le Pape François est revenu sur les événements survenus lorsque les femmes allèrent au Sépulcre et y trouvèrent le tombeau vide. « Aux femmes qui s’étaient rendues au sépulcre à l’aube du premier jour après le sabbat, ceux-ci dirent : “Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est plus ici, il est ressuscité” ».

« Les femmes, pleines de peur et de joie, sont en train de partir en hâte pour apporter la nouvelle aux disciples », a continué le Saint-Père : c’est le moment où Jésus s’est présenté devant elles. Les femmes se sont rapprochées, lui ont embrassé les pieds et l’ont adoré. Jésus a chassé la peur de leurs cœurs et les a encouragées à annoncer aux frères ce qui était advenu.

Tous les Évangiles mettent en relief le rôle des femmes, Marie de Magdala et les autres, comme premiers témoins de la résurrection. « Les hommes, apeurés, étaient enfermés dans le cénacle », a souligné le Souverain Pontife. Pierre et Jean, avertis par Marie-Madeleine ont seulement fait une sortie rapide au cours de laquelle ils ont constaté que la tombe était ouverte et vide, « mais ce sont les femmes qui sont les premières à rencontrer le Ressuscité, et à apporter l’annonce qu’Il est vivant ».
Se souvenir des paroles de Jésus aux femmes

Les paroles de Jésus aux femmes résonnent encore aujourd’hui, a expliqué François, « N’ayez pas peur ». « Avec l’ancienne séquence pascale, en ces jours, nous répétons : “Christ, mon espérance, est ressuscité !” ».

En conclusion, le Pape François a invité les fidèles du monde entier à se laisser toucher par le message consolant de Pâques et à se laisser envelopper par sa lumière glorieuse, qui dissipe les ténèbres de la peur et de la tristesse. « Que ce jour de fête, dans lequel il est habituel de profiter d’un peu de loisir et de gratuité, nous aide à expérimenter la présence de Jésus. »

En reprenant la parole après avoir prononcé la prière du Regina Cœli, outre ses paroles pour le Sri Lanka, le Pape a souhaité à chacun de « parcourir avec foi ces jours de l’Octave de Pâques, dans lesquels se prolonge la mémoire de la Résurrection du Christ. Profitez de toute bonne occasion pour être témoins de la joie et de la paix du Christ Ressuscité », a-t-il conclu.

(Avec V. N.)

Dimanche 21 avril 2019

Après avoir célébré la messe de Pâques place Saint-Pierre, le Pape François a rejoint la loge centrale de la basilique Saint-Pierre pour y donner la traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi. Il a demandé paix, lumière et réconfort pour le monde et tout particulièrement pour les régions et les pays en guerre.

Ce matin de Pâques, « jeunesse éternelle de l’Église et de l’humanité tout entière », le Saint-Père a souhaité d’abord adresser à tous les premières paroles de la récente Exhortation apostolique consacrée aux jeunes, et intitulée Christus vivit.

« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. (…) Quand tu te sens vieilli par la tristesse, les rancœurs, les peurs, les doutes ou les échecs, il sera toujours là pour te redonner force et espérance » (Christus vivit, nn. 1-2).

Et le Pape d’affirmer : « la Résurrection du Christ est le début d’une vie nouvelle pour chaque homme et chaque femme, parce que le vrai renouvellement part toujours du cœur, de la conscience. Mais Pâques est aussi le début du monde nouveau, libéré de l’esclavage du péché et de la mort », avant d’énumérer ses vœux pour différentes régions du monde.

« Que la lumière du visage de Ressuscité soit espérance pour le bien-aimé peuple syrien, victime d’un conflit qui perdure, et qui risque de nous trouver toujours davantage résignés et même indifférents ». Le Pape argentin a appelé de ses vœux l’engagement de la communauté internationale pour une solution politique qui réponde aux justes aspirations de liberté, de paix et de justice ; qui affronte la crise humanitaire et favorise le retour en sécurité des personnes déplacées et de celles qui se sont réfugiées dans les pays limitrophes, surtout au Liban et en Jordanie.
Drame humanitaire au Yémen

« Pâques nous porte à tourner le regard vers le Moyen-Orient, déchiré par des divisions et des tensions continues. Que les chrétiens dans la région, avec une persévérance patiente, témoignent du Seigneur ressuscité et de la victoire de la vie sur la mort ». L’évêque de Rome qui a eu une pensée particulière pour la population du Yémen, « en particulier pour les enfants épuisés par la faim et la guerre ». « Que la lumière pascale éclaire tous les gouvernants et tous les peuples du Moyen-Orient, à commencer par les Israéliens et les Palestiniens, et les incite à soulager tant de souffrances et à poursuivre un avenir de paix et de stabilité », a-t-il ajouté.

« Que les armes cessent d’ensanglanter la Libye où, de nouveau, des personnes sans défense meurent ces dernières semaines et où de nombreuses familles sont contraintes à quitter leurs propres maisons », a complété François, exhortant les parties concernées à choisir le dialogue plutôt que l’oppression, en évitant que s’ouvrent à nouveau les blessures d’une décennie de conflits et d’instabilité politique.
Les fruits de la retraite spirituelle pour le Soudan du Sud

Le Souverain pontife qui s’est ensuite exprimé sur l’insécurité grandissante au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Nigéria et au Cameroun. « Ma pensée va également au Soudan, qui traverse un moment d’incertitude politique et où je souhaite que toutes les instances puissent s’exprimer et que chacun s’efforce de permettre au pays de trouver la liberté, le développement et le bien-être auxquels il aspire depuis longtemps », a-t-il relevé avant de passer au Soudan du Sud, souhaitant que la récente retraite spirituelle de deux jours au Vatican pour ses dirigeants porte ses fruits et ouvre une nouvelle page dans l’histoire du pays.

Enfin, le Pape François a évoqué l’Ukraine, pour que Pâques apporte réconfort aux population des régions orientales du pays, qui continue de souffrir du conflit encore en cours.

Le Saint-Père qui a conclu son traditionnel message par l’Amérique latine. « Je pense en particulier au peuple vénézuélien : à beaucoup de personnes privées des conditions minimales pour mener une vie digne et sûre, à cause d’une crise qui perdure et s’approfondit. Que le Seigneur donne à ceux qui ont des responsabilités politiques d’œuvrer pour mettre fin aux injustices sociales, aux abus ainsi qu’aux violences et de faire des pas concrets permettant de guérir les divisions et d’offrir à la population les aides dont elle a besoin ».

Ajoutant un mot pour le Nicaragua, souhaitant qu’une solution pacifique et négociée soit trouvée à la crise socio-politique qui agite le pays depuis un an.

Après la bénédiction Urbi et Orbi, le Souverain pontife a exprimé sa douleur après les « graves attentats » survenus le jour même au Sri Lanka.

(Avec V. N.)

Samedi 20 avril 2019

Le Pape François a présidé la Vigile pascale en la Basilique Saint Pierre. Lors de son homélie, le Successeur de Pierre a invité les chrétiens ne pas sombrer dans la résignation, à ne pas enterrer l’espérance mais à toujours « chercher le Vivant, avant tout et en toute chose ». Au cours de cette veillée, il a baptisé 8 catéchumènes.

La célébration s’est ouverte avec la bénédiction du feu nouveau dans l’atrium de la Basilique, plongée entièrement dans l’obscurité. La petite flamme du cierge pascal, portée par un diacre, a ensuite lentement progressé dans la nef, se transmettant peu à peu aux fidèles. Le splendide chant de l’Exsultet s’est ensuite élevé pour annoncer solennellement aux fidèles la résurrection du Christ : « Qu’exulte de joie la multitude des anges, célébrez dans la joie, serviteurs de Dieu. (…) Voici la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers ».

Au terme de la liturgie de la Parole et la proclamation de l’Évangile, le Pape a délivré son homélie, la centrant sur la question de l’Ange adressée aux saintes femmes s’en allant porter les aromates : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? »

Leur chemin ressemble à notre chemin, a d’emblée affirmé le Pape ; leur inquiétude de trouver la pierre barrant l’entrée du tombeau fait écho au sentiment de découragement et de frustration que nous pouvons éprouver dans notre vie, face à l’échec. Mais il serait faux de croire que « l’histoire humaine (…) finit (…) devant une pierre tombale ». Car le Christ est ressuscité ; c’est Lui la « pierre vivante » sur laquelle nous fondons notre espérance. En cette fête de Pâques, « fête de l’enlèvement des pierres », « Il vient faire toute chose nouvelle, renverser nos déceptions », ôter « du cœur les pierres les plus lourdes ». Le Pape en distingue deux sortes.

Tout d’abord la « pierre de la méfiance » : lorsqu’on cède au pessimisme, qu’on finit par croire que « la mort est plus forte que la vie », jusqu’à en devenir « cyniques et moqueurs », « porteurs d’un découragement malsain ». C’est ainsi que nous édifions « un tombeau de l’espérance » où prospèrent les plaintes et que nous développons une « psychologie de tombeau ». Surgit alors la question « cinglante » de Pâques, que pose l’Ange aux femmes craintives : « Pourquoi cherchez- vous le Vivant parmi les morts ? ». En effet, « le Seigneur n’habite pas dans la résignation » et il est vain de le chercher là où Il ne peut se trouver, insiste le Pape avant de lancer cet appel à chaque fidèle : « n’enterre pas l’espérance ! »

Il y a ensuite la « pierre du péché ». Son pouvoir de séduction est immense mais sous couvert de promesses clinquantes, il se révèle illusoire et vide, avertit le Souverain Pontife. « Le péché, dit-il, c’est chercher la vie parmi les morts, le sens de la vie dans les choses qui passent ». Au péché qui entrave l’entrée du cœur comme la pierre du tombeau, il faut préférer la lumière de Jésus ressuscité ; il faut vivre pour Lui, et non pour les « vanités mondaines ».

Le Pape poursuit sa méditation en évoquant de nouveau les femmes myrrhophores, apeurées devant l’Ange et n’osant lever les yeux vers lui. Cette attitude rappelle celle qui peut être la nôtre, lorsque « nous préférons rester prostrés dans nos limites », cela parce qu’il est « plus facile de rester seuls dans les pièces obscures de notre cœur que de nous ouvrir au Seigneur », analyse le Pape. Et pourtant, Lui seul relève, et Il nous appelle justement à nous lever, « à regarder vers le Haut et à croire que nous sommes faits pour le Ciel (…) pour les hauteurs de la vie non pour les bassesses de la mort ». Il nous demande de regarder la vie comme Il le fait, « Lui qui voit toujours en chacun de nous un foyer irrésistible de beauté ». Il n’y a rien à craindre, car le Seigneur « aime cette vie qui est la tienne, même quand tu as peur de la regarder et de la prendre en main ». A Pâques, continue le Pape, Dieu montre à chacun combien Il l’aime, jusqu’à descendre dans les affres de la mort et d’en remonter victorieux. Avec Lui, nous sommes invités à accomplir le passage (Pâques) « de la fermeture à la communion, de la désolation à la consolation, de la peur à la confiance ». De là l’invitation de François à lever les yeux à notre tour pour regarder le Ressuscité dont l’amour ne change pas et à se poser une question : « Est-ce que je contemple des milieux sépulcraux ou est-ce que je cherche le Vivant ? ».

Les femmes avaient perdu l’espérance car elles avaient oublié les paroles et la mémoire vivante de Jésus en Galilée. L’Ange les exhorte à s’en souvenir. De même, notre foi « a besoin de revenir en Galilée », de retourner à la source du premier amour. Ce recentrage est essentiel, « autrement on a une foi de musée, non pas la foi pascale ». Or, Jésus n’appartient pas au passé, Il est « une personne vivante », qu’on rencontre dans notre vie, pas dans les livres.

A l’instar des femmes qui quittent le tombeau, le croyant est appelé à « marcher à la rencontre du Vivant ». Or, bien souvent, nous nous dirigeons vers nos problèmes et nous nous tournons ensuite vers le Seigneur seulement « pour qu’Il nous aide », courant ainsi le risque de laisser nos besoins, et non le Christ, nous orienter. « Combien de fois, a déploré le Pape, retournons-nous parmi les morts, sans laisser le Ressuscité nous transformer ? ». Et de conclure en appelant à donner au Vivant « une place centrale dans notre vie », à demander la grâce « de ne pas se briser sur les pierres du péché et sur les écueils de la méfiance et de la peur ». « Cherchons-Le, Lui, en toute chose et avant tout. Avec lui, nous ressusciterons ».

Au cours de la veillée, -divisée en trois temps : liturgie de la Parole, liturgie baptismale et liturgie eucharistique-, le Pape François a baptisé 8 catéchumènes originaires d’Italie, d’Albanie, du Pérou, d’Équateur et d’Indonésie.

(Avec V. N.)

Vendredi 19 avril 2019

En présence d’environ 15 000 personnes, le Pape François a présidé ce vendredi soir le traditionnel Chemin de Croix du Vendredi Saint au Colisée.

Les méditations avaient été confiées cette année à sœur Eugenia Bonetti, une religieuse italienne de 80 ans, présidente de l’Association “Slaves no more”, qui dans ses textes a voulu évoquer « tous les pauvres, les exclus de la sociétés et les nouveaux crucifiés de l’histoire d’aujourd’hui, victimes de nos fermetures, des pouvoirs et des législations, de l’aveuglement et de l’égoïsme, mais surtout de notre cœur endurci par l’indifférence ». Dans les étapes de Jésus vers le Calvaire, sœur Eugenia Bonetti reconnaît différents épisodes dont elle a été témoin.

Ainsi, Ponce Pilate a inspiré sa prière « pour ceux qui prennent des rôles de responsabilité, pour qu’ils écoutent le cri des pauvres » et de « toutes ces jeunes vies, qui, de différentes façons, sont condamnées à mort par l’indifférence générée par des politiques exclusives et égoïstes ». En Jésus qui prend la croix, il y a au contraire l’invitation à reconnaître « les nouveaux crucifiés d’aujourd’hui : les sans domicile fixe, les jeunes sans espérance, sans travail et sans perspectives, les immigrés contraints à vivre dans les baraquements aux marges de notre société, après avoir affronté des souffrances inouïes ».

Dans la rencontre avec Marie, elle entrevoit les « trop nombreuses mamans qui ont laissé partir leurs jeunes filles vers l’Europe dans l’espérance d’aider leurs familles en situation de pauvreté extrême, alors qu’elles ont trouvé humiliation, mépris et parfois même la mort ». En Jésus qui tombe pour la première fois, fragilité et faiblesse humaine sont un point de départ pour rappeler les samaritains d’aujourd’hui qui s’inclinent « avec amour et compassion sur les si nombreuses blessures physiques et morales de ceux qui, chaque nuit, vivent la peur de l’obscurité, de la solitude et de l’indifférence ».

La dernière station, qui conduit au sépulcre de Jésus, fait penser aux « nouveaux cimetières d’aujourd’hui » : le désert et les mers, où aujourd’hui « des hommes et des femmes, des enfants, que nous n’avons pas pu ou pas voulu sauver » trouvent leur demeure éternelle. « Alors que les gouvernements discutent, enfermés dans les palais du pouvoir, le Sahara se remplit des squelettes de personnes qui n’ont pas résisté à la fatigue, à la faim, à la soif », et la mer s’est transformée en une « tombe d’eau ».

La croix était successivement portée, station après station, par des personnes représentant différents états de vie : un prêtre syrien, un couple polonais, une famille italienne, des bénévoles de l’Unitalsi, une journaliste, une mère nigériane et sa fille, ou encore des religieuses engagées dans le même combat que sœur Eugenia Bonetti contre la traite humaine. Pour la première et dernière station, comme c’est la tradition, c’est le cardinal-vicaire de Rome Angelo de Donatis qui a porté la croix.
L’exhortation du Pape directement adressée à Dieu

En prenant la parole au terme de ces 14 stations, le Pape François a lancé une nouvelle fois un appel directement adressé au Seigneur : « Seigneur Jésus, aide-nous à voir dans Ta Croix toutes les croix du monde », a-t-il lancé, évoquant différentes situations vécues à travers le monde : « la croix des personnes âgées qui se courbent sous le poids des années et de la solitude ; la croix des migrants qui trouvent les portes fermées à cause de la peur et des cœurs blindés par les calculs politiques ; la croix des petits, blessés dans leur innocence et dans leur pureté » ou encore « la croix de Ton Église qui, fidèle à Ton Évangile, a du mal à apporter Ton amour même parmi les baptisés eux-mêmes ».

« Seigneur Jésus, ravive en nous l’espérance de la résurrection et de Ta victoire définitive contre tout mal et toute mort », a conclu le Saint-Père au terme de cette prière de ce Vendredi Saint.

Traduction intégrale de la prière lue par le Pape François :

« Seigneur Jésus, aide-nous à voir dans Ta Croix toutes les croix du monde :
la croix des personnes affamées de pain et d’amour ;
la croix des personnes seules et abandonnés, même par leurs propres enfants et parents ;
la croix des personnes assoiffées de justice et de paix ;
la croix des personnes qui n’ont pas le réconfort de la foi ;
la croix des personnes âgées qui se courbent sous le poids des années et de la solitude ;
la croix des migrants qui trouvent les portes fermées à cause de la peur et des cœurs blindés par les calculs politiques ;
la croix des petits, blessés dans leur innocence et dans leur pureté ;
la croix de l’humanité qui erre dans l’obscurité de l’incertitude et de la culture du momentané,
la croix des familles divisée par la trahison, par les séductions du malin ou par la légèreté homicide et par l’égoïsme ;
la croix des consacrés qui cherchent infatigablement à porter Ta lumière dans le monde et qui se sentent rejetés, tournés en dérision et humiliés ;
la croix des consacrés qui, chemin faisant, ont oublié leur premier amour ;
la croix de tes enfants qui, en croyant en Toi et cherchant à vivre selon Ta parole, se trouvent marginalisés et écartés même par leurs proches et par leurs contemporains ;
la croix de nos faiblesses, de nos hypocrisies, de nos trahisons, de nos péchés et nos nombreuses promesses non-tenues ;
la croix de Ton Église qui, fidèle à Ton Évangile, a du mal à apporter Ton amour même parmi les baptisés eux-mêmes ;
la croix de l’Église, Ton épouse, qui se sent assaillie continuellement de l’intérieur et de l’extérieur ;
la croix de notre maison commune qui dépérit sérieusement sous nos yeux égoïstes et asséchés par l’avidité et par le pouvoir.
Seigneur Jésus, ravive en nous l’espérance de la résurrection et de Ta victoire définitive contre tout mal et toute mort. Amen ! »

Jeudi 18 avril 2019

Le Pape François a célébré dans l’après-midi la messe « In Coena Domini », c’est-à-dire la commémoration du dernier repas du Christ, en la prison de Velletri, une ville située à une quarantaine de kilomètres du Vatican, au sud de Rome.

Devant quelques dizaines de détenus, quelques membres de leurs familles et du personnel de la prison, le Pape François a présidé une liturgie très simple et dépouillée. Et dans son homélie, l’évêque de Rome a développé une brève méditation improvisée sur le sens du lavement des pieds, qu’il a accompli à l’imitation de Jésus.

« Jésus fait ce geste de laver les pieds, un geste que faisaient les esclaves » au temps de la Palestine antique, a expliqué le Pape François. En ce temps-là en effet, les gens les plus fortunés se faisaient laver les pieds par leurs serviteurs quand ils revenaient dans leurs maisons, après avoir marché sur les chemins. « Jésus qui avait tout le pouvoir, qui était le Seigneur, fait ce geste d’esclave », a insisté le Pape, invitant les détenus eux-mêmes à faire ce geste entre eux, pour vaincre toute idée de domination, et entrer dans une logique de fraternité et de service

« Je ferai ce geste pour imiter le geste de Jésus », a expliqué François, car « l’évêque doit être un serviteur, et chacun de nous doit être serviteur. C’est ça la règle de Jésus, servir, et non dominer ou humilier les autres ».

Les Évangiles racontent que « quand les apôtres discutaient pour savoir qui était le plus important d’entre eux, Jésus leur a montré un enfant en leur disant que, s’ils n’avaient pas un cœur d’enfant, ils ne pouvaient pas être ses disciples ». Jésus renverse donc toutes les perspectives de pouvoir. « Les chefs des nations dominent, mais l’homme ne doit pas être comme cela. Le plus grand doit servir le plus petit. Et dans notre cœur il doit toujours y avoir cet amour, ce service de l’autre, un geste qui nous aide à être frères les uns des autres », a conclu François.

Le Pape a ensuite lavé les pieds de 12 détenus : neuf Italiens, un Brésilien, un Ivoirien et un Marocain.

C’est la cinquième fois depuis le début de son pontificat que le Pape choisit de célébrer cette liturgie dans un lieu de détention, après une prison pour mineurs à Rome en 2013, la prison de Rebbibia en 2015, celle de Paliano en 2017, et enfin le centre pénitentiaire “Regina Coeli”, au centre de Rome, en 2018.

(Avec V. N.)

Mercredi 17 avril 2019

Lors de l’audience générale de ce Mercredi Saint, le Pape est revenu sur la notion paradoxale de la Gloire de Dieu, dans ce contexte pascal dans lequel le Fils de Dieu est passé par l’épreuve de l’humiliation de la mort sur la Croix. A l’issue de l’audience, le Saint-Père s’est à nouveau adressé au peuple français pour l’assurer de son amitié et de sa proximité après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame.

« La Gloire dans la Bible indique la révélation de Dieu, c’est le signe distinctif de sa présence salvatrice parmi les hommes », a expliqué le Pape François, en montrant que c’est sur la Croix que « Dieu révèle finalement sa gloire : il retire le dernier voile et nous étonne comme jamais auparavant. Nous découvrons en effet que la gloire de Dieu est tout amour : un amour pur, fou et impensable, au-delà de toute limite et mesure ».

La gloire de Dieu est paradoxale, car elle ne récolte aucun applaudissement, aucun succès médiatique. « Au centre, il n’y a pas moi, mais l’autre : à Pâques, nous voyons en effet que le Père glorifie le Fils alors que le Fils glorifie le Père. Personne ne se glorifie lui-même. » Même dans la peur et l’angoisse du jardin de Gethsémani, face à la trahison de Judas et à la passivité des autres disciples, Jésus s’adresse au Père avec confiance.
Chacun doit traverser ses propres Gethsémani en s’adressant au Père

Cette démarche doit nous inspirer. « Quand, dans l’épreuve, nous restons fermés en nous-mêmes, nous nous creusons un tunnel intérieur, un parcours douloureux introverti qui a une seule direction : toujours plus au fond en nous-mêmes », a averti le Pape. Il faut au contraire s’ouvrir dans la prière, qui est une relation, un décentrement de soi. « Chacun de nous a ses propres Gethsémani, ou les a eu, ou les aura ; quand nous entrerons dans notre Gethsémani », n’oublions pas de nous adresser au Père, a souligné François.

Enfin, Jésus pense à nous quand il dit, sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le point culminant de la douleur est donc ici un point culminant de l’amour : c’est dans ce moment extrême qu’arrive « le pardon, c’est-à-dire le don à la dernière puissance, qui brise le cercle du mal », a souligné François.

À l’imitation de Jésus, en ce temps pascal, nous devons donc « vivre nos journées pour la gloire de Dieu, c’est-à-dire vivre avec amour, savoir nous confier au Père et trouver, dans la rencontre avec le Père, le pardon et le courage de pardonner », a conclu le Pape François.

Le Pape François a pris la parole au terme de l’audience générale pour exprimer sa proximité avec le peuple français, affecté par l’incendie de la cathédrale parisienne.

Le Saint-Père a profité de l’audience générale « pour exprimer à la communauté diocésaine de Paris, à tous les Parisiens et à tout le peuple français » son amitié et sa proximité après l’incendie dans la cathédrale de Notre-Dame. « Chers frères et sœurs, je suis resté très peiné et je me sens très proche de vous tous. La gratitude de toute l’Église va à tous ceux qui se sont impliqués, y compris en prenant des risques personnels, pour sauver la basilique. Que la Vierge Marie les bénisse et soutienne le travail de reconstruction : qu’il puisse être une œuvre chorale, à la louange et à la gloire de Dieu », a déclaré le Saint-Père lors de son salut aux fidèles francophones.

Hier, le Pape a adressé un message de soutien à l’archevêque de Paris, et il s’est entretenu au téléphone avec le président de la République française Emmanuel Macron. « Au cours de cet échange, le Saint-Père a exprimé sa solidarité avec la population française au lendemain de l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris », a fait savoir dans un tweet le directeur par intérim de la Salle de Presse du Saint-Siège, Alessandro Gisotti.

(Avec V. N.)

Mardi 16 Avril 2019

Dans un message rendu public ce mardi, le Pape François exprime sa tristesse et sa solidarité envers l’archevêque de Paris et les fidèles de son diocèse.

Voici le texte intégral du message adressé par le Pape François à Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris  :

« Suite à l’incendie qui a ravagé une grande partie de la cathédrale Notre Dame, je m’associe à votre tristesse, ainsi qu’à celle des fidèles de votre diocèse, des habitants de Paris et de tous les Français. En ces Jours Saints où nous faisons mémoire de la passion de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, je vous assure de ma proximité spirituelle et de ma prière.

Cette catastrophe a gravement endommagé un édifice historique. Mais j’ai conscience qu’elle a aussi affecté un symbole national cher au cœur des Parisiens et des Français dans la diversité de leurs convictions. Car Notre Dame est le joyau architectural d’une mémoire collective, le lieu de rassemblement pour nombre de grands évènements, le témoin de la foi et de la prière des catholiques au sein de la cité.

En saluant le courage et le travail des pompiers qui sont intervenus pour circonscrire l’incendie, je forme le vœu que la cathédrale Notre Dame puisse redevenir, grâce aux travaux de reconstruction et à la mobilisation de tous, ce bel écrin au cœur de la cité, signe de la foi de ceux qui l’ont édifié, église-mère de votre diocèse, patrimoine architectural et spirituel de Paris, de la France et de l’humanité.

Avec cette espérance, je vous accorde de grand cœur la bénédiction apostolique, ainsi qu’aux Évêques de France et aux fidèles de votre diocèse, et j’appelle la bénédiction de Dieu sur les habitants de Paris et sur tous les Français.

Franciscus Pp. »

Dimanche 14 avril 2019

Après avoir célébré la Messe de ce dimanche des Rameaux devant une foule nombreuse rassemblée sur la Place Saint-Pierre, le Pape François s’est adressé aux jeunes en cette XXXIVème Journée mondiale de la Jeunesse, vécue à l’échelle diocésaine. Retrouvez aussi l’homélie prononcée par le Saint-Père lors de la Messe des Rameaux.

Dans une courte allocution prononcée au terme de la messe célébrée sur la Place Saint-Pierre, le Pape a invité les jeunes à s’approprier et à vivre dans leur vie quotidienne « les indications de la récente Exhortation apostolique “Christus vivit”, fruit du Synode qui a aussi impliqué beaucoup de vos contemporains. Dans ce texte, chacun de vous peut trouver des idées fructueuses pour sa propre vie et son propre cheminement de croissance dans la foi et dans le service à ses frères et sœurs. »

Il a également offert aux jeunes présents sur la Place Saint-Pierre « une couronne spéciale du Rosaire. Ces couronnes en bois d’olivier ont été fabriquées en Terre Sainte spécialement pour la Rencontre Mondiale des Jeunes au Panama en janvier dernier et pour la Journée d’aujourd’hui. Je renouvelle donc aux jeunes et à tous mon appel à prier le Rosaire pour la paix, en particulier pour la paix en Terre Sainte et au Moyen-Orient », a conclu le Saint-Père.

Homélie du Saint-Père lors de la Messe des Rameaux

"Les acclamations de l’entrée à Jérusalem et l’humiliation de Jésus. Les cris festifs et l’acharnement féroce. Ce double mystère accompagne chaque année l’entrée dans la Semaine Sainte, dans les deux moments caractéristiques de cette célébration : la procession avec des rameaux de palmier et d’olivier au début et puis la lecture solennelle du récit de la Passion.

Laissons-nous impliquer dans cette action animée par l’Esprit Saint, pour obtenir ce que nous avons demandé dans la prière : accompagner avec foi notre Sauveur sur son chemin et garder toujours présent à l’esprit le grand enseignement de sa passion comme modèle de vie et de victoire contre l’esprit du mal.

Jésus nous montre comment affronter les moments difficiles et les tentations les plus insidieuses, en gardant dans le cœur une paix qui n’est pas une prise de distance, ni une insensibilité ou une attitude de surhomme, mais abandon confiant au Père et à sa volonté de salut, de vie, de miséricorde ; et dans toute sa mission, il est passé à travers la tentation de ‘‘faire son œuvre’’, en choisissant lui sa façon de faire et en se détachant de l’obéissance au Père. Dès le début, dans la lutte des quarante jours au désert, jusqu’à la fin, dans la Passion, Jésus repousse cette tentation par l’obéissance confiante au Père.

Aujourd’hui aussi, lors de son entrée à Jérusalem, il nous montre le chemin. Car dans cet événement, le malin, le Prince de ce monde avait une carte à jouer : la carte du triomphalisme, et le Seigneur a répondu en restant fidèle à son chemin, le chemin de l’humilité.

Le triomphalisme cherche à atteindre le but par des raccourcis, de faux compromis. Il vise à monter sur le char des vainqueurs. Le triomphalisme vit de gestes et de paroles qui cependant ne sont pas passés par le creuset de la croix ; il s’alimente de la confrontation avec les autres en les jugeant toujours pires, limités, ratés… Une forme subtile de triomphalisme est la mondanité spirituelle, qui est le pire danger, la tentation la plus perfide qui menace l’Église (De Lubac). Jésus a détruit le triomphalisme par sa passion.

Le Seigneur a vraiment partagé et s’est réjoui avec le peuple, avec les jeunes qui criaient son nom en l’acclamant comme Roi et Messie. Son cœur se réjouissait en voyant l’enthousiasme et la fête des pauvres d’Israël. Au point qu’à ces pharisiens qui lui demandaient de réprimander ses disciples à cause de leurs acclamations scandaleuses, il a répondu : « Si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40). L’humilité ne veut pas dire nier la réalité et Jésus est réellement le Messie, le Roi.

Mais en même temps, le cœur du Christ est sur une autre voie, sur la voie sainte que seuls lui et le Père connaissent : celle qui conduit de la « condition de Dieu » à la « condition de serviteur », la voie de l’humiliation dans l’obéissance « jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8). Il sait que pour atteindre le vrai triomphe, il doit faire de la place à Dieu ; et pour faire de la place à Dieu, il n’y a qu’une seule manière : se dépouiller et se vider de soi-même. Se taire, prier, s’humilier. Avec la croix, on ne négocie pas, ou on l’embrasse ou bien on la rejette. Et par son humiliation, Jésus a voulu nous ouvrir la voie de la foi et nous y précéder.

Derrière lui, la première à la parcourir a été sa Mère, Marie, la première disciple. La Vierge et les saints ont dû souffrir pour marcher dans la foi et dans la volonté de Dieu. Face aux événements durs et douloureux de la vie, répondre avec foi coûte « une certaine peine du cœur » (cf. S. Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Mater, n. 17). C’est la nuit de la foi. Mais ce n’est que de cette nuit que pointe l’aube de la résurrection. Aux pieds de la croix, Marie a repensé aux paroles par lesquelles l’Ange lui avait annoncé son Fils : « Il sera grand […] ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 32-33). Au Golgotha, Marie se trouve face au démenti total de cette promesse : son Fils agonise sur une croix comme un malfaiteur. Ainsi le triomphalisme, détruit par l’humiliation de Jésus, a été également détruit dans le cœur de la Mère ; tous deux ont su se taire.

Précédés par Marie, d’innombrables saints et saintes ont suivi Jésus sur le chemin de l’humilité et de l’obéissance. Aujourd’hui, Journée Mondiale de la Jeunesse, je voudrais évoquer les nombreux saints et saintes jeunes, surtout de ‘‘la porte d’à côté’’, que Dieu seul connaît, et que parfois il se plaît à nous révéler par surprise. Chers jeunes, n’ayez pas honte de manifester votre enthousiasme pour Jésus, de crier qu’il vit, qu’il est votre vie. Mais en même temps, n’ayez pas peur de le suivre sur le chemin de la croix. Et quand vous sentirez qu’il vous demande de renoncer à vous-mêmes, de vous dépouiller de vos sécurités, de vous confier complètement au Père qui est dans les cieux, alors réjouissez-vous et exultez ! Vous êtes sur le chemin du Royaume de Dieu.

Des acclamations festives et un acharnement féroce ; le silence de Jésus dans sa passion est impressionnant. Il vainc aussi la tentation de répondre, d’être ‘‘médiatique’’. Dans les moments d’obscurité et de grande tribulation, il faut se taire, avoir le courage de se taire, pourvu que ce soit un silence serein et non rancunier. La douceur du silence nous fera apparaître encore plus fragiles, plus humiliés, et alors le démon, en reprenant courage, sortira à visage découvert. Il faudra lui résister dans le silence, ‘‘en maintenant la position’’, mais dans la même attitude que Jésus. Lui sait que la guerre est entre Dieu et le Prince de ce monde et qu’il ne s’agit pas de saisir une épée, mais de rester calmes, fermes dans la foi. C’est l’heure de Dieu. Et à l’heure où Dieu descend dans la bataille, il faut le laisser faire. Notre place sûre sera sous le manteau de la sainte Mère de Dieu. Et tandis que nous attendons que le Seigneur vienne et calme la tempête (cf. Mc 4, 37-41), par notre témoignage silencieux en prière, nous rendons à nous-mêmes et aux autres « raison de l’espérance qui est en [nous] » (1P 3, 15). Cela nous aidera à vivre dans la sainte tension entre la mémoire des promesses, la réalité de la détermination présente sur la croix et l’espérance de la résurrection."

(Avec V. N.)

Mercredi 10 avril 2019

une cohorte de parapluies attendait le Pape place Saint-Pierre. En effet, en dépit du mauvais temps, de nombreux fidèles ont pris part à l’audience générale ce mercredi matin. Parmi eux, des jeunes Français venant de Rouen ou du Havre en Normandie. Ils ont écouté la catéchèse du Pape qui portait sur la prière du Notre Père, lorsque nous demandons au Seigneur de pardonner nos offenses.

De même que nous avons besoin de pain, nous avons besoin de pardon pour les « mauvaises choses accomplies », « chaque jour » affirme le Pape. Pour lui, toute prière suppose d’ailleurs la conscience de cette vérité première que nous sommes des fils et que nous devons tout à notre Père, une attitude contraire au sentiment d’orgueil de celui qui critique les autres, se sent parfait, croit être meilleur que les autres, en règle avec Dieu. « Comme le pharisien de la parabole qui dans le temple pense prier mais qui en réalité se loue lui-même devant Dieu ».

Or, « aucun d’entre nous n’est parfait ». Il existe des péchés « éclatants et bruyants » et d’autres « sournois qui se nichent dans le cœur sans que l’on s’en rende compte ». Mais toujours, le péché divise la fraternité, avertit le Pape François.

Le Pape réaffirme ce matin que devant Dieu, tous les hommes sont pécheurs, et tous sont également redevables envers Lui.

« D’abord parce que nous avons beaucoup reçu de Lui : l’existence, un père, une mère, l’amitié, les merveilles de la création ». Même s’il arrive à tous de passer une journée difficile, il faut se rappeler que la vie est une grâce, un miracle de Dieu.

« Nous ne sommes pas, dit-il, capables d’aimer par nos seules forces ». C’est ce que les théologiens antiques appelaient un « mysterium lunae », parlant de la lune privée d’une lumière qui lui est propre, mais qui reflète celle du soleil. « Si nous aimons, c’est parce que quelqu’un, à côté de nous, nous a souri enfant, en nous enseignant à sourire à notre tour ; c’est parce que quelqu’un nous a éveillés à l’amour, nous faisant comprendre que cela est le plus important de l’existence ».

Le Pape invite les fidèles à essayer d’écouter l’histoire d’une personne qui s’est fourvoyée : un prisonnier, un condamné, un drogué, etc. S’il est seul responsable de ses actes, rappelle François, il faut se demander qui doit être accusé, s’il s’agit de sa seule conscience ou d’une histoire de haine, d’abandon que cette personne porte comme un boulet. « Si quelqu’un n’a pas été illuminé de la lumière du soleil, il devient gelé comme un terrain d’hiver », et s’il on aime c’est que nous avons été aimé. De la même façon, nous pardonnons, parce que nous avons été pardonnés.

Comment ne pas reconnaître dès lors, dans la chaîne d’amour qui nous a précédés, la présence providentielle de l’amour de Dieu ? s’interroge François. « Personne de nous aime Dieu autant qu’Il nous aime. Il suffit de se mettre devant un crucifix pour saisir la disproportion : Il nous aimés et nous aimera toujours le premier » a conclu le Pape.

(Avec V. N.)

Dimanche 7 avril 2019

Lors de la prière de l’Angélus, prononcée devant une foule nombreuse rassemblée sur la Place Saint-Pierre, le Pape François est revenu sur l’Évangile du jour, tiré du huitième chapitre de Saint-Jean, dans lequel Jésus critique l’attitude des scribes et des pharisiens qui veulent lapider cette femme, car ils se sentent les gardiens de la Loi. Le Christ, lui, renverse cette logique en incarnant le pardon inconditionnel de Dieu.

« Jésus veut la sauver, parce qu’il incarne la miséricorde de Dieu, qui rachète par le pardon et renouvelle par la réconciliation. » Son attitude est audacieuse et à contre-courant des mœurs de l’époque. Les scribes et les pharisiens avaient tendu un piège à Jésus en lui demandant quelle était l’attitude à adopter : « le "non" à la lapidation aurait été une raison d’accuser Jésus de désobéissance à la Loi ; le "oui", au contraire, de le dénoncer à l’autorité romaine, qui s’était réservée les peines et n’admettait pas le lynchage populaire », a expliqué François en resituant cette scène dans le contexte de la Palestine antique..

« Les interlocuteurs de Jésus sont enfermés dans les goulets d’étranglement du légalisme et veulent enfermer le Fils de Dieu dans leur perspective de jugement et de condamnation ». Mais en répondant : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! », Jésus fait appel à la conscience de ces hommes : « il les appelle à prendre conscience de leur condition humaine de pécheurs, par laquelle ils ne peuvent s’arroger le droit de vie ou de mort sur un autre être humain » . Tous les acteurs de la scène renoncent à la lapider. « Cette scène invite aussi chacun de nous à prendre conscience que nous sommes pécheurs, et à laisser tomber de nos mains les pierres de dénigrement et de condamnation que nous voulons parfois lancer contre les autres », par exemple quand nous diffamons les autres.

Et le Pape a souligné que « Jésus laisse partir la femme avec ces paroles merveilleuses : " Va, mais désormais, ne pèche plus". Il ouvre devant elle un nouveau chemin, créé par la miséricorde. Un chemin qui exige qu’elle renonce au péché. C’est une invitation qui s’applique à chacun d’entre nous. En ce temps de Carême, nous sommes appelés à nous reconnaître comme pécheurs et à demander pardon à Dieu », a expliqué le Saint-Père.

Le Pape a conclu en saluant les nombreux fidèles présents, notamment dans le cadre de pèlerinages scolaires. Il a notamment mentionné des élèves d’établissement lasalliens, en ce jour du 3e centenaire de la mort de saint Jean-Baptiste de La Salle.

(Avec V. N.)

Mardi 2 Avril 2019

Six mois après le Synode sur “Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel”, un de ses fruits majeurs a été rendu public ce mardi 2 avril : l’Exhortation apostolique post-synodale Christus vivit (« Il vit, le Christ »).

« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc : Il vit et il te veut vivant ! ». Ainsi commence l’Exhortation Apostolique post-synodale "Christus vivit" du Pape François, signée lundi 25 mars dans la Sainte Maison de Lorette et adressée « aux jeunes et à tout le peuple de Dieu ».

Dans le document, composé de neuf chapitres divisés en 299 paragraphes, le Pape explique s’être laissé « inspirer par la richesse des réflexions et des échanges du Synode » des jeunes, célébré au Vatican en octobre 2018.

Premier chapitre : « Que dit la Parole de Dieu sur les jeunes ? »

Le Pape François rappelle qu’« à une époque où les jeunes comptaient peu, certains textes montrent que Dieu a sur eux un autre regard » (6) et il présente brièvement des figures de jeunes de l’Ancien Testament : Joseph, Gédéon (7), Samuel (8), le roi David (9), Salomon et Jérémie (10), la fillette au service de la femme de Naaman et la jeune Ruth (11). Puis il passe au Nouveau Testament. Le Pape rappelle que « Jésus, l’éternel jeune, veut nous faire don d’un cœur toujours jeune » (13) et il ajoute : « Remarquons que Jésus n’appréciait pas que les personnes adultes regardent avec mépris les plus jeunes ou les maintiennent à leur service de manière despotique. Au contraire, il demandait : “Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert” (Lc 22, 26). Pour lui, l’âge n’établissait pas de privilèges, et le fait que quelqu’un soit moins âgé ne signifiait pas qu’il valait moins ». François affirme : « Il ne faut pas regretter de passer sa jeunesse en étant bon, en ouvrant son cœur au Seigneur, en vivant d’une autre manière » (17).

Deuxième chapitre : « Jésus-Christ toujours jeune »

Le Pape évoque le thème des jeunes années de Jésus et il rappelle le récit évangélique qui décrit le Nazaréen « en pleine adolescence, lorsqu’il retourne avec ses parents à Nazareth, après qu’ils l’aient perdu et retrouvé au Temple » (26). Nous ne devons pas penser, écrit François, que « Jésus était un adolescent solitaire ou un jeune enfermé sur lui-même. Sa relation avec les gens était celle d’un jeune qui partageait toute la vie d’une famille bien intégrée dans le peuple », « personne ne le considérait comme un jeune étrange ou séparé des autres » (28). Le Pape fait remarquer que Jésus adolescent, « grâce à la confiance de ses parents, […] se déplace librement et apprend à marcher avec tous les autres » (29). Ces aspects de la vie de Jésus ne devraient pas être ignorés dans la pastorale des jeunes, « pour qu’on ne crée pas des projets qui isolent les jeunes de la famille et du monde, ou qui les transforment en une minorité sélectionnée et préservée de toute contagion ». On a plutôt besoin « de projets qui les fortifient, les accompagnent et les lancent vers la rencontre avec les autres, vers le service généreux, vers la mission » (30).

Jésus « ne vous éclaire pas de loin ou du dehors, mais dans votre jeunesse même qu’il partage avec vous », et l’on peut reconnaître en Lui beaucoup de traits typiques des cœurs jeunes (31). Près de Lui « nous pouvons boire à la vraie source qui garde vivants nos rêves, nos projets, nos grands idéaux, et qui nous lance dans l’annonce de la vie qui vaut la peine » (32). « Le Seigneur nous appelle à allumer des étoiles dans la nuit d’autres jeunes » (33).

François parle ensuite de la jeunesse de l’Église, et il écrit : « Demandons au Seigneur de délivrer l’Eglise des personnes qui veulent la faire vieillir, la scléroser dans le passé, la figer, l’immobiliser. Demandons-lui également de la délivrer d’une autre tentation : croire qu’elle est jeune parce qu’elle cède à tout ce que le monde lui offre ; croire qu’elle se renouvelle parce qu’elle cache son message et qu’elle imite les autres. Non ! Elle est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour » (35). Il est vrai que nous, « membres de l’Eglise », « nous ne devons pas être des personnes étranges », mais « nous devons oser être différents, afficher d’autres rêves que ce monde n’offre pas, témoigner de la beauté de la générosité, du service, de la pureté, du courage, du pardon, de la fidélité à sa vocation, de la prière, de la lutte pour la justice et le bien commun, de l’amour des pauvres, de l’amitié sociale » (36). L’Église peut être tentée de perdre l’enthousiasme et de « chercher de fausses sécurités mondaines. Ce sont précisément les jeunes qui peuvent l’aider à rester jeune » (37).

Le Pape revient ensuite sur l’un de ses enseignements les plus chers, et en expliquant qu’il faut présenter la figure de Jésus « de façon attrayante et efficace » il dit : « C’est pourquoi il est nécessaire que l’Église ne soit pas trop attentive à elle-même mais qu’elle reflète surtout Jésus-Christ. Cela implique qu’elle reconnaisse avec humilité que certaines choses concrètes doivent changer » (39).

Dans l’Exhortation, on reconnaît que certains jeunes ressentent la présence de l’Église « comme désagréable, sinon irritante ». Une attitude qui s’enracine « dans des raisons sérieuses et respectables : les scandales sexuels et économiques, l’inadaptation des ministres ordonnés qui ne savent pas saisir de façon appropriée la sensibilité des jeunes, […] le rôle passif assigné aux jeunes à l’intérieur de la communauté chrétienne, les difficultés de l’Église à rendre raison de ses positions doctrinales et éthiques face à la société contemporaine » (40).

Il y a des jeunes qui « réclament une Église qui écoute davantage, qui ne soit pas toujours à condamner le monde. Ils ne veulent pas voir une Église silencieuse et timide, ni toujours en guerre sur deux ou trois thèmes qui l’obsèdent. Pour être crédible face aux jeunes, elle a parfois besoin de retrouver l’humilité et d’écouter simplement, de reconnaître dans ce que disent les autres la présence d’une lumière qui l’aide à mieux découvrir l’Evangile » (41). Par exemple, une Église trop craintive peut être continuellement critique « face aux discours sur la défense des droits des femmes, et signaler constamment les risques et les erreurs possibles de ces revendications », alors qu’une Église « vivante peut réagir en prêtant attention aux revendications légitimes des femmes », « bien qu’elle ne soit pas d’accord avec tout ce que proposent certains groupes féministes » (42).

François présente ensuite « Marie, la jeune femme de Nazareth », et son “oui” comme celui « de celle qui veut s’engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’elle était porteuse d’une promesse. Et je demande à chacun de vous : vous sentez-vous porteurs d’une promesse ? » (44). Pour Marie « les difficultés n’étaient pas une raison pour dire “non” » et en se mettant ainsi en jeu elle est devenue « l’influencer de Dieu ». Le cœur de l’Église est également rempli de jeunes saints. Le Pape mentionne saint Sébastien, saint François d’Assise, sainte Jeanne d’Arc, le bienheureux martyr Andrew Phû Yên, sainte Kateri Tekakwitha, saint Dominique Savio, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, le bienheureux Ceferino Namuncurá, le bienheureux Isidore Bakanja, le bienheureux Pier Giorgio Frassati, le bienheureux Marcel Callo, la jeune bienheureuse Chiara Badano.

Troisième chapitre : « Vous êtes l’aujourd’hui de Dieu »

Nous ne pouvons pas nous contenter de dire, affirme François, que « les jeunes sont l’avenir du monde. Ils sont le présent, ils l’enrichissent par leur contribution » (64). C’est la raison pour laquelle il faut les écouter même si « la tendance prévaut d’apporter des réponses toutes faites et de proposer des recettes toutes prêtes, sans laisser émerger les questions des jeunes dans leur nouveauté, ni saisir ce qu’elles ont de provocant » (65). « Aujourd’hui, nous les adultes, nous courons le risque de dresser une liste de calamités, de défauts de la jeunesse actuelle… Mais quel serait le résultat de cette attitude ? Toujours plus de distance » (66). Quiconque est appelé à être père, pasteur et guide des jeunes devrait avoir la capacité « de trouver des chemins là où d’autres ne voient que des murailles, c’est l’habileté à reconnaître des possibilités là où d’autres ne voient que des dangers. Le regard de Dieu le Père est ainsi, capable de valoriser et d’alimenter les semences de bien semées dans les cœurs des jeunes. Le cœur de chaque jeune doit donc être considéré comme une “terre sacrée” » (67). François invite en outre à ne pas faire de généralisations, parce qu’il « existe une pluralité de mondes jeunes » (68).

En parlant de ce qui arrive aux jeunes, le Pape se souvient des jeunes qui vivent dans un contexte de guerre, de ceux qui sont exploités et victimes d’enlèvements, du crime organisé, de la traite des êtres humains, de l’esclavage et de l’exploitation sexuelle, de viols. Et aussi ceux qui vivent en perpétrant des crimes et des violences (72). « De nombreux jeunes sont endoctrinés, instrumentalisés et utilisés comme chair à canon ou comme une force de choc pour détruire, intimider ou ridiculiser les autres. Et le pire, c’est que beaucoup deviennent individualistes, ennemis et méfiants envers tout le monde, si bien qu’ils deviennent la proie facile d’offres déshumanisantes et de plans destructeurs qu’élaborent des groupes politiques ou des pouvoirs économiques » (73). Plus nombreux encore sont ceux qui subissent des formes de marginalisation et d’exclusion sociale pour des raisons religieuses, ethniques ou économiques. François cite les adolescents et les jeunes qui « se trouvent enceintes, la plaie de l’avortement, de même que la diffusion du VIH, les diverses formes de dépendance (drogues, jeux de hasard, pornographie, etc.) et la situation des enfants et des jeunes de la rue » (74), des situations rendues doublement douloureuses et difficiles pour les femmes. « Ne soyons pas une Eglise insensible à ces drames de ses enfants jeunes. Ne nous y habituons jamais […]. Le pire que nous puissions faire, c’est d’appliquer la recette de l’esprit du monde qui consiste à anesthésier les jeunes avec d’autres nouvelles, d’autres distractions, d’autres banalités » (75). Le Pape invite les jeunes à apprendre à pleurer pour leurs contemporains qui sont dans une situation pire que la leur (76).

Il est vrai, explique François, que « les puissants offrent certaines aides, mais souvent à un coût élevé. Dans de nombreux pays pauvres, les aides économiques de pays plus riches ou d’organismes internationaux peuvent être liées à l’acceptation de propositions occidentales ayant rapport à la sexualité, au mariage, à la vie ou à la justice sociale. Cette colonisation idéologique nuit surtout aux jeunes » (78). Le Pape met aussi en garde contre la culture actuelle qui présente le modèle juvénile de beauté et utilise les corps jeunes dans la publicité : « cela n’est pas élogieux pour les jeunes. Cela signifie seulement que les adultes veulent voler la jeunesse pour eux-mêmes » (79).

Mentionnant les « désirs, blessures et recherches », François parle de la sexualité : « dans un monde qui souligne à l’excès la sexualité, il est difficile de garder une bonne relation avec son corps et de vivre sereinement les relations affectives ». Pour cette raison aussi la morale sexuelle est souvent cause « d’incompréhension et d’éloignement par rapport à l’Eglise », perçue « comme un espace de jugement et de condamnation », bien que les jeunes veuillent dialoguer sur ces thèmes (81). Le Pape, face aux développements de la science, des technologies biomédicales et des neurosciences, rappelle qu’ils « peuvent nous conduire à oublier que la vie est un don et que nous sommes des êtres créés et limités, que nous pouvons être facilement instrumentalisés par ceux qui ont le pouvoir technologique » (82).

L’Exhortation aborde ensuite le thème du « monde numérique », qui a créé « une nouvelle manière de communiquer » et qui « peut faciliter la circulation d’une information indépendante ». Dans de nombreux pays, le web et les réseaux sociaux sont « désormais un lieu incontournable pour atteindre les jeunes et les faire participer » (87). Mais c’est « aussi un espace de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence, jusqu’au cas extrême du dark web. Les médias numériques peuvent exposer au risque de dépendance, d’isolement et de perte progressive de contact avec la réalité concrète, entravant ainsi le développement d’authentiques relations interpersonnelles. De nouvelles formes de violence se diffusent à travers les social media, comme le cyber bizutage ; le web est aussi un canal de diffusion de la pornographie et d’exploitation des personnes à des fins sexuelles ou par le biais des jeux de hasard » (88). On ne doit pas oublier que dans le monde numérique opèrent « de gigantesques intérêts économiques », capables de créer « des mécanismes de manipulation des consciences et des processus démocratiques ». Il y a des circuits fermés qui « facilitent la diffusion de fausses informations et de fausses nouvelles, fomentant les préjugés et la haine. […] La réputation des personnes est mise en danger par des procès sommaires online. Le phénomène concerne aussi l’Église et ses pasteurs » (89). Dans un document préparé par 300 jeunes du monde entier avant le Synode, on affirme que « les relations online peuvent devenir inhumaines » et l’immersion dans le monde virtuel a favorisé « une sorte de “migration numérique”, c’est-à-dire un éloignement de la famille ainsi que des valeurs culturelles et religieuses, qui conduit beaucoup de personnes dans un monde de solitude » (90).

Le Pape poursuit en présentant « les migrants comme paradigme de notre temps », et il rappelle que de nombreux jeunes sont impliqués dans les migrations. « La préoccupation de l’Église concerne en particulier ceux qui fuient la guerre, la violence, la persécution politique ou religieuse, les désastres naturels dus aux changements climatiques et à la pauvreté extrême » (91) : ils sont à la recherche d’une opportunité, rêvent d’un futur meilleur. D’autres migrants sont « attirés par la culture occidentale, nourrissant parfois des attentes irréalistes qui les exposent à de lourdes déceptions. Des trafiquants sans scrupules, souvent liés aux cartels de la drogue et des armes, exploitent la faiblesse des migrants […]. Il faut signaler la vulnérabilité particulière des migrants non accompagnés […]. Dans certains pays d’arrivée, les phénomènes migratoires suscitent des alarmes et des peurs, souvent fomentées et exploitées à des fins politiques. Une mentalité xénophobe, de fermeture et de repli sur soi se diffuse alors. Il faut réagir fermement à cela » (92). Les jeunes migrants expérimentent souvent aussi un déracinement culturel et religieux (93). François demande « en particulier aux jeunes de ne pas se laisser enrôler dans les réseaux de ceux qui veulent les opposer à d’autres jeunes qui arrivent dans leurs pays, en les présentant comme des êtres dangereux » (94).

Le Pape parle aussi des abus sur mineurs, faisant de l’adoption de mesures rigoureuses de préventions l’engagement du Synode, et il exprime sa gratitude « envers ceux qui ont le courage de dénoncer le mal subi » (99), rappelant que « grâce à Dieu » les prêtres qui sont entachés de ces « horribles crimes ne constituent pas la majorité qui exerce un ministère fidèle et généreux ». Il demande aux jeunes, lorsqu’ils voient un prêtre en danger parce qu’il s’engage sur une mauvaise voie, d’avoir le courage de lui rappeler son engagement envers Dieu et avec son peuple (100).

Les abus ne sont cependant pas l’unique péché de l’Église. « Nos péchés sont à la vue de tous ; ils se reflètent sans pitié dans les rides du visage millénaire de notre Mère », mais l’Église ne recourt à aucune chirurgie esthétique, « elle ne craint pas de montrer les péchés de ses membres ». « Mais souvenons-nous qu’on n’abandonne pas une Mère lorsqu’elle est blessée » (101). Ce moment obscur, avec l’aide des jeunes, « peut véritablement être l’occasion d’une réforme de portée historique, pour déboucher sur une nouvelle Pentecôte » (102).

François rappelle aux jeunes qu’« il y a une issue » dans toutes les situations difficiles et douloureuses. Il rappelle la bonne nouvelle donnée au matin de la Résurrection. Et il explique que même si le monde numérique peut exposer à de nombreux risques, il y a des jeunes qui savent être créatifs et géniaux dans ce domaine. Comme le vénérable Carlo Acutis, qui « a été capable d’utiliser les nouvelles techniques de communication pour transmettre l’Evangile » (105), il n’est pas tombé dans le piège et il disait : « tous les hommes naissent comme des originaux, mais beaucoup meurent comme des photocopies ». « Ne permets pas que cela t’arrive » (106) prévient le Pape. « Ne permets pas qu’ils te volent l’espérance et la joie, qu’ils te rendent toxicodépendant pour t’utiliser comme esclave de leurs intérêts » (107), recherche le grand but de la sainteté. « La jeunesse, ce n’est pas seulement la recherche de plaisirs passagers et de succès superficiels. Pour que la jeunesse atteigne sa finalité dans le parcours de ta vie, elle doit être un temps de don généreux, d’offrande sincère » (108). « Si tu es jeune en âge, mais si tu te sens faible, fatigué ou désabusé, demande à Jésus de te renouveler » (109). Mais en se rappelant toujours qu’« il est très difficile de lutter contre notre propre concupiscence ainsi que contre les embûches et les tentations du démon et du monde égoïste, si nous sommes trop isolés » (110), une vie communautaire est en effet toujours utile.

Quatrième chapitre : « La grande annonce pour tous les jeunes »

À tous les jeunes, le Pape annonce trois grandes vérités. Un « Dieu qui est amour », par conséquent « Dieu t’aime. N’en doute jamais » (112) et « tu peux te jeter avec confiance dans les bras de ton Père divin » (113). François affirme que la mémoire du Père « n’est pas un “disque dur” qui enregistre et archive toutes nos données, sa mémoire est un cœur tendre de compassion, qui se plaît à effacer définitivement toutes nos traces de mal […]. Parce qu’il t’aime. Essaye de rester un moment en silence en te laissant aimer par lui » (115). L’amour du Seigneur « apprend plus à redresser qu’à faire chuter, à réconcilier qu’à interdire, à donner de nouvelles chances qu’à condamner, à regarder l’avenir plus que le passé » (116).

La seconde vérité est que « Le Christ te sauve ». « N’oublie jamais qu’il pardonne soixante-dix fois sept fois. Il revient nous charger sur ses épaules une fois après l’autre » (119). Jésus nous aime et nous sauve parce que « seul celui qu’on aime peut être sauvé. Seul celui qu’on embrasse peut être transformé. L’amour du Seigneur est plus grand que toutes nos contradictions, que toutes nos fragilités et que toutes nos petitesses » (120). Et « son pardon et son salut ne sont pas une chose que nous avons achetée, ou que nous devons acquérir par nos œuvres et par nos efforts. Il nous pardonne et nous libère gratuitement » (121). La troisième vérité est qu’« Il vit ! ». « Il faut le rappeler souvent, parce que nous courons le risque de prendre Jésus-Christ seulement comme un bon exemple du passé, comme un souvenir, comme quelqu’un qui nous a sauvés il y a deux mille ans. Cela ne nous servirait à rien, cela nous laisserait identiques, cela ne nous libèrerait pas » (124). S’Il vit, « c’est une garantie que le bien peut se faire un chemin dans notre vie […]. Nous pouvons cesser de nous plaindre, et regarder en avant parce que, avec lui, on le peut toujours » (127).

Dans ces vérités apparaît le Père et apparaît Jésus. Et là où Ils sont, là est aussi l’Esprit Saint. « Invoque chaque jour l’Esprit Saint […]. Tu ne perds rien et il peut changer ta vie, il peut l’éclairer et lui donner une meilleure direction. Il ne te mutile pas, il ne t’enlève rien, mais il t’aide à trouver ce dont tu as besoin de la meilleure façon » (131).

Cinquième chapitre : « Chemins de jeunesse »

« L’amour de Dieu et notre relation avec le Christ vivant ne nous empêchent pas de rêver, et n’exigent pas de nous que nous rétrécissions nos horizons. Au contraire, cet amour nous pousse en avant, nous stimule, nous élance vers une vie meilleure et plus belle. Le mot “inquiétude” résume les nombreuses quêtes du cœur des jeunes » (138). Lorsqu’il pense à un jeune, le Pape voit celui qui garde toujours un pied devant l’autre, prêt à partir, à bondir, toujours lancé vers l’avant (139). La jeunesse ne peut pas rester un « temps suspendu », parce que « c’est l’âge des choix » dans le domaine professionnel, social, politique, et aussi dans le choix du partenaire et la possibilité d’avoir les premiers enfants (141). L’anxiété « peut être une grande ennemie lorsqu’il nous arrive de baisser les bras parce que nous découvrons que les résultats ne sont pas immédiats. Les rêves les plus beaux se conquièrent avec espérance, patience et effort, en renonçant à l’empressement. En même temps il ne faut pas s’arrêter par manque d’assurance, il ne faut pas avoir peur de parier et de faire des erreurs » (142). François invite les jeunes à ne pas observer la vie depuis un balcon, à ne pas passer leur vie seulement devant un écran, à ne pas se réduire à des véhicules abandonnés et à ne pas regarder le monde en touristes : « Faites du bruit ! Repoussez dehors les craintes qui vous paralysent […]. Vivez ! » (143). Il les invite à « vivre le présent » en profitant avec gratitude de chaque petit don de la vie sans « être insatiable » et « obsédé par le fait d’avoir toujours plus de plaisirs » (146). En effet, vivre le présent ne signifie pas se « lancer dans une frénésie irresponsable qui nous laisserait vides et toujours insatisfaits » (147).

« Tu ne connaîtras pas la véritable plénitude d’être jeune […] si tu ne vis pas dans l’amitié de Jésus » (150). L’amitié avec Lui est indissoluble parce qu’Il ne nous abandonne pas (154) et comme « nous parlons avec l’ami, nous partageons les choses les plus secrètes. Avec Jésus aussi, nous parlons » : en priant, « nous lui « ouvrons le jeu » et nous lui faisons la place « pour qu’il puisse agir et puisse entrer et puisse triompher » (155). « Ne prive pas ta jeunesse de cette amitié », « tu vivras la belle expérience de te savoir toujours accompagné » comme les disciples d’Emmaüs (156) : saint Oscar Romero disait que « le christianisme n’est pas un ensemble de vérités à croire, de lois à suivre, d’interdictions. Il devient repoussant de cette manière. Le christianisme est une Personne qui m’a aimé tellement qu’il demande mon amour. Le christianisme, c’est le Christ ».

Évoquant « la croissance et le mûrissement », le Pape indique ensuite l’importance de rechercher

« un développement spirituel », de « chercher le Seigneur, garder sa Parole », de maintenir « la connexion avec Jésus, être en ligne avec lui, puisque tu ne grandiras pas en bonheur et en sainteté par tes seules forces ni par ton esprit » (158). L’adulte lui aussi doit mûrir sans perdre les valeurs de la jeunesse : « À chaque moment de la vie, nous devrions pouvoir renouveler et renforcer la jeunesse. Quand j’ai commencé mon ministère de Pape, le Seigneur m’a élargi les horizons et m’a offert une nouvelle jeunesse. La même chose peut arriver pour un mariage célébré il y a de nombreuses années, ou pour un moine entré dans son monastère » (160). Grandir signifie « conserver et nourrir les choses les plus précieuses que la jeunesse te laisse, mais, en même temps, c’est être ouvert à purifier ce qui n’est pas bon » (161). « Mais je te rappelle que tu ne seras pas saint ni accompli, en copiant les autres », « tu dois découvrir qui tu es et développer ta manière propre d’être saint » (162). François propose des « sentiers de fraternité » pour vivre sa foi, en rappelant que « l’Esprit Saint veut nous stimuler pour que nous sortions de nous-mêmes, embrassions les autres par amour et recherchions leur bien. Par conséquent, il est toujours mieux de vivre la foi ensemble et d’exprimer notre amour dans une vie communautaire » (164), en surmontant « la tentation de nous enfermer en nous-mêmes, dans nos difficultés, dans la blessure de nos sentiments, dans nos plaintes et dans notre confort » (166). Dieu « aime la joie des jeunes et il les invite spécialement à cette joie qui se vit en communion fraternelle » (167).

Le Pape parle ensuite des « jeunes engagés », affirmant qu’ils peuvent parfois courir « le risque de s’enfermer dans de petits groupes […]. Ils sentent qu’ils vivent l’amour fraternel, mais peut-être leur groupe s’est-il changé en un simple prolongement de soi. Cela devient plus grave si la vocation de laïc se conçoit seulement comme un service à l’intérieur de l’Eglise (lecteurs, acolytes, catéchiste, etc.), oubliant que la vocation laïque consiste avant tout dans la charité en famille, la charité sociale et la charité politique »(168). François propose « aux jeunes d’aller au-delà des groupes d’amis et de construire l’amitié sociale, chercher le bien commun. L’inimitié sociale détruit. Et l’inimitié détruit une famille. L’inimitié détruit un pays. L’inimitié détruit le monde. Et l’inimitié la plus grande, c’est la guerre. Et aujourd’hui, nous voyons que le monde est en train d’être détruit par la guerre, parce qu’ils sont incapables de s’asseoir et de se parler ».

« L’engagement social et le contact direct avec les pauvres demeurent une occasion fondamentale de découverte et d’approfondissement de la foi et de discernement de sa propre vocation » (170). Le Pape cite l’exemple positif des jeunes en paroisse, des groupes et des mouvements qui « sortent souvent pour accompagner les personnes âgées et malades, ou visiter les quartiers pauvres » (171). Tandis que « d’autres jeunes participent à des programmes sociaux pour construire des maisons pour ceux qui n’ont pas de toit, ou pour assainir des lieux pollués, ou pour collecter des aides pour les personnes les plus nécessiteuses. Il serait bon que cette énergie communautaire s’applique non seulement à des actions ponctuelles, mais de manière stable ». Les étudiants « peuvent s’unir de manière interdisciplinaire pour appliquer leur savoir à la résolution de problèmes sociaux, et ils peuvent, dans cette tâche, travailler au coude à coude avec les jeunes d’autres Eglises ou d’autres religions » (172). François encourage les jeunes à assumer cet engagement : « je vois que de nombreux jeunes, en tant de parties du monde, sont sortis sur les routes pour exprimer le désir d’une civilisation plus juste et fraternelle. […] Ce sont des jeunes qui veulent être protagonistes du changement. S’il vous plaît, ne laissez pas les autres être protagonistes du changement ! » (174).

Les jeunes sont appelés à être « des missionnaires courageux », témoignant partout de l’Évangile par leur propre vie, ce qui n’est « pas parler de la vérité mais la vivre » (175). La parole, en revanche, ne doit pas être tue : « Soyez capables d’aller à contre-courant et sachez partager Jésus, communiquez la foi qu’il vous a offerte » (176). Où Jésus nous envoie-t-il ? « Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites : il nous envoie à tous. L’Evangile est pour tous et non pour quelques-uns. Il n’est pas seulement pour ceux qui semblent plus proches, plus réceptifs, plus accueillants. Il est pour tous » (177). Et l’on en doit pas s’attendre à ce que « la mission soit facile et confortable » (178).

Sixième chapitre : « Des jeunes avec des racines »

François explique qu’il souffre « de voir que certains proposent aux jeunes de construire un avenir sans racines, comme si le monde commençait maintenant » (179). Si quelqu’un « vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? Cette personne vous veut vides, déracinés, méfiants de tout, pour que vous ne fassiez confiance qu’à ses promesses et que vous vous soumettiez à ses projets. C’est ainsi que fonctionnent les idéologies de toutes les couleurs, qui détruisent (ou dé-construisent) tout ce qui est différent et qui, de cette manière, peuvent régner sans opposition » (181). Les manipulateurs recourent aussi à l’adoration de la jeunesse : « Le corps jeune devient le symbole de ce nouveau culte, et donc tout ce qui a rapport avec ce corps est idolâtré, désiré sans limites ; et ce qui n’est pas jeune est regardé avec mépris. Mais c’est une arme qui, surtout, finit par dégrader les jeunes eux-mêmes » (182). « Chers jeunes, n’acceptez pas qu’on utilise votre jeunesse pour favoriser une vie superficielle qui confond beauté et apparence » (183) parce qu’il y a de la beauté chez le travailleur qui rentre sale chez lui, chez la femme âgée qui prend soin de son mari malade, dans la fidélité des couples qui s’aiment à l’automne de leur vie. Aujourd’hui en revanche on promeut « une spiritualité sans Dieu, une affectivité sans communauté et sans engagement envers ceux qui souffrent, une crainte des pauvres vus comme des personnes dangereuses, et une série d’offres qui prétendent vous créer un avenir paradisiaque qui sera sans cesse reporté à plus tard » (184). Le Pape invite les jeunes à ne pas se laisser dominer par cette idéologie qui porte « d’authentiques formes de colonisation culturelle » (185) qui déracine les jeunes des appartenances culturelles et religieuses dont ils proviennent et tend à les homogénéiser en les transformant en « êtres manipulables, fabriqués en série » (186).

« Ta relation avec les personnes âgées » est fondamentale, puisqu’elles aident les jeunes à découvrir la richesse vivante du passé, en en faisant mémoire. « La Parole de Dieu recommande de ne pas perdre le contact avec les personnes âgées afin de pouvoir recourir à leur expérience » (188). Cela « ne signifie pas que tu doives être d’accord avec tout ce qu’ils disent, ni que tu doives approuver toutes leurs actions », il s’agit « simplement d’être ouvert pour recueillir une sagesse qui se communique de génération en génération » (190). « La rupture entre générations n’a jamais aidé le monde et ne l’aidera jamais. […] C’est le mensonge qui te fait croire que seul ce qui est nouveau est bon et beau » (191).

Parlant des « rêves et visions », François observe : « Si les jeunes et les anciens s’ouvrent à l’Esprit Saint, ils forment une association merveilleuse. Les anciens rêvent et les jeunes ont des visions » (192) ; si « les jeunes s’enracinent dans ces rêves des anciens, ils arrivent à voir l’avenir » (193). Il faut donc « risquer ensemble », en marchant ensemble, jeunes et vieux : les racines « ne sont pas des ancres qui nous enchaînent », mais « au contraire, un point d’ancrage qui nous permet de nous développer et de répondre à de nouveaux défis » (200).

Septième chapitre : « La pastorale des jeunes »

Le Pape explique que la pastorale des jeunes a subi l’assaut des changements sociaux et culturels et « les jeunes, dans les structures habituelles, ne trouvent souvent pas de réponses à leurs préoccupations, à leurs besoins, à leurs problèmes et à leurs blessures » (202). Les jeunes eux-mêmes « sont des agents de la pastorale de la jeunesse, accompagnés et guidés, mais libres de rechercher de nouveaux chemins avec créativité et audace ». Il faut « mettre en jeu l’intelligence, l’ingéniosité et la connaissance que les jeunes eux-mêmes ont de la sensibilité, de la langue et des problématiques des autres jeunes » (203). La pastorale des jeunes a besoin de flexibilité, et il faut « réunir les jeunes pour des évènements, des manifestations qui leur offrent chaque fois un lieu où ils reçoivent non seulement une formation, mais qui leur permettent aussi de partager leur vie, de célébrer, de chanter, d’écouter de vrais témoignages et de faire l’expérience de la rencontre communautaire avec le Dieu vivant » (204).

Le pastorale des jeunes ne peut être que synodale, c’est-à-dire capable de donner forme à un « marcher ensemble », et elle comporte deux grandes lignes d’action : la première est la recherche, la seconde est la croissance. Concernant la première, François se dit confiant en la capacité des jeunes eux-mêmes à « trouver les chemins attrayants pour appeler » : « Il faut seulement stimuler les jeunes et leur donner une liberté » d’action. Le plus important est que « chaque jeune ose semer la première annonce dans cette terre fertile qu’est le cœur d’un autre jeune » (210). Il faut privilégier « le langage de la proximité, la langue de l’amour désintéressé, relationnel et existentiel qui touche le cœur », en s’approchant des jeunes « avec la grammaire de l’amour, non pas par prosélytisme » (211). En ce qui concerne la croissance, François met en garde contre le fait de proposer aux jeunes touchés par une intense expérience de Dieu « des réunions de "formation" où sont uniquement abordées des questions doctrinales et morales […]. Le résultat est que beaucoup de jeunes s’ennuient, perdent le feu de la rencontre avec le Christ et la joie de le suivre » (212). Si tout projet formateur « doit certainement inclure une formation doctrinale et morale », il est tout aussi important « d’être centré » sur le kérygme, c’est-à-dire « l’expérience fondatrice de la rencontre avec Dieu par le Christ mort et ressuscité » et sur « la croissance de l’amour fraternel, dans la vie communautaire, par le service » (213). Par conséquent « la pastorale des jeunes doit toujours inclure des temps qui aident à renouveler et à approfondir l’expérience personnelle de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ vivant » (214). Et elle doit aider les jeunes « vivre en frères, à s’entraider mutuellement, à créer une communauté, à servir les autres, à être proches des pauvres » (215). »

Les institutions de l’Église doivent donc devenir « des milieux adaptés », en développant leur « capacité d’accueil » : « au sein de nos institutions, nous avons besoin d’offrir aux jeunes leurs propres lieux, qu’ils puissent aménager à leur goût, et où ils puissent entrer et sortir librement, des lieux qui les accueillent et où ils puissent se rendre spontanément et avec confiance à la rencontre d’autres jeunes, tant dans les moments de souffrance ou de lassitude, que dans les moments où ils désirent célébrer leurs joies » (218).

François décrit ensuite « la pastorale des institutions éducatives », en affirmant que l’école « a besoin d’une autocritique urgente ». Et il rappelle que « certains collèges catholiques semblent être organisés seulement pour leur préservation […]. L’école transformée en “bunker” qui protège des erreurs “de l’extérieur”, est l’expression caricaturale de cette tendance ». Quand les jeunes en sortent, ils ressentent « une inadéquation insurmontable entre ce qu’ils ont appris et le monde dans lequel ils doivent vivre ». Alors qu’« une des plus grandes joies d’un éducateur est de voir un étudiant se constituer lui-même comme une personne forte, intégrée, protagoniste et capable de donner » (221). On ne peut pas séparer la formation spirituelle de la formation culturelle : « Voilà votre grand devoir : répondre aux refrains paralysants du consumérisme culturel par des choix dynamiques et forts, avec la recherche, la connaissance et le partage » (223). Parmi les « différents domaines pour le développement pastoral », le Pape indique les « expressions artistiques » (226), la « pratique sportive » (227), et l’engagement pour la sauvegarde de la Création (228).

« Une pastorale “populaire” des jeunes » est utile, « plus ample et plus flexible qui stimule, dans les différents lieux où les jeunes se déplacent, ces leaderships naturels et ces charismes que l’Esprit Saint a déjà semés en eux. Il s’agit avant tout de ne pas mettre autant d’obstacles, de normes, de contrôles et de cadres obligatoires à ces jeunes croyants qui sont des leaders naturels dans les quartiers et dans différents milieux. Il faut seulement les accompagner et les stimuler » (230). En visant « une pastorale des jeunes aseptisée, pure, marquée par des idées abstraites, éloignée du monde et préservée de toute souillure, nous transformons l’Évangile en une offre fade, incompréhensible, lointaine, coupée des cultures des jeunes, et adaptée seulement à une élite de jeunes chrétiens qui se sentent différents mais qui en réalité flottent dans un isolement sans vie ni fécondité » (232). François invite à être « une Église aux portes ouvertes », et il « n’est même pas nécessaire d’assumer complètement tous les enseignements de l’Église pour prendre part à certains de nos espaces pour les jeunes » (234) : il doit également y avoir de la place pour « tous ceux qui ont d’autres conceptions de la vie, professent une foi différente ou se déclarent étrangers à l’horizon religieux » (235). L’icône représentative de cette approche nous est offerte par l’épisode évangélique des disciples d’Emmaüs : Jésus les interroge, les écoute avec patience, les aide à reconnaître ce qu’ils sont en train de vivre, à interpréter à la lumière des Écritures ce qu’ils ont vécu, il accepte de s’arrêter avec eux, « il entre dans leur nuit ». « Ce sont eux qui choisissent de reprendre sans tarder le chemin dans la direction opposée »(237).

« Toujours missionnaires ». Pour que les jeunes deviennent missionnaires, il n’est pas nécessaire de faire « un long parcours » : « Un jeune qui se rend en pèlerinage pour demander de l’aide à la Vierge et qui invite un ami ou un camarade à l’accompagner, accomplit avec ce geste simple une action missionnaire précieuse » (239). La pastorale des jeunes « doit toujours être une pastorale missionnaire » (240). Et les jeunes ont besoin d’être respectés dans leur liberté, « mais ils doivent être aussi accompagnés » par les adultes, à commencer par la famille (242) puis par la communauté : « Cela implique que l’on regarde les jeunes avec compréhension, valorisation et affection, et qu’on ne les juge pas en permanence ni qu’on exige d’eux une perfection qui ne correspond pas à leur âge » (243). Est mentionné le manque de personnes expertes et qui se consacrent à l’accompagnement (244) et « certaines jeunes femmes estiment qu’elles ont besoin de plus d’exemples de leadership féminin au sein de l’Église » (245). « Les mêmes jeunes nous ont décrit » les caractéristiques qu’ils espèrent trouver chez leur accompagnateur : « qu’il soit un chrétien fidèle et engagé dans l’Église et le monde, qui cherche constamment la sainteté, quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance, qui ne juge pas, qui écoute activement les besoins des jeunes et y répond avec bienveillance, quelqu’un qui aime profondément avec conscience, qui reconnaît ses limites et comprend les joies et les peines d’un chemin de vie spirituelle. À leurs yeux, la reconnaissance de leur humanité et de leur vulnérabilité revêt une particulière importance » (246). Les accompagnateurs doivent savoir « marcher avec eux » [les jeunes], en respectant leur liberté.

Huitième chapitre : « La vocation »

« Ce que Jésus désire de chaque jeune, c’est avant tout son amitié. Il est essentiel de discerner et de découvrir cela. C’est le discernement fondamental » (250). La vocation est un appel au service missionnaire envers les autres, « parce que notre vie sur la terre atteint sa plénitude quand elle se transforme en offrande » (254). « Pour accomplir sa propre vocation, il est nécessaire de développer, de faire pousser et grandir tout ce que l’on est. Il ne s’agit pas de s’inventer, de se créer spontanément à partir de rien, mais de se découvrir soi-même à la lumière de Dieu et de faire fleurir son propre être » (257). Et le fait d’« “Être pour les autres” dans la vie de chaque jeune est généralement lié à deux questions fondamentales : la formation d’une nouvelle famille et le travail » (258).

Concernant « l’amour et la famille », le Pape écrit que les jeunes « ressentent avec force l’appel à l’amour, et ils rêvent de trouver la bonne personne avec laquelle former une famille et construire une vie ensemble » (259), et le sacrement du mariage « enveloppe cet amour avec la grâce de Dieu, il l’enracine en Dieu même » (260). Dieu nous a créé sexués, Lui-même a créé la sexualité, qui est l’un de ses dons, et donc « rien de tabou ». C’est un don que le Seigneur nous donne et il a « deux buts : s’aimer et engendrer la vie. C’est une passion, un amour passionné. Le véritable amour est passionné » (261). François observe que « l’augmentation des séparations, des divorces, […] peut causer de grandes souffrances et une crise d’identité. Parfois, ils doivent porter des responsabilités qui ne sont pas proportionnées à leur âge » (262). Malgré toutes les difficultés, « je veux leur dire que oui, ça vaut la peine de parier sur la famille et qu’en elle, ils trouveront les meilleures stimulations pour grandir et les plus belles joies à partager. Ne vous laissez pas voler l’amour pour de vrai » (263). « Croire que rien ne peut être définitif est une tromperie et un mensonge […],je vous demande d’être révolutionnaires, je vous demande d’aller à contre-courant » (264).

Concernant le travail, le Pape écrit : « Je demande aux jeunes de ne pas espérer vivre sans travailler, en dépendant de l’aide des autres. Cela ne fait pas de bien, parce que le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle. Dans ce sens, aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences » (269). Et après avoir noté comment, dans le monde du travail, les jeunes expérimentent des formes d’exclusion et de marginalisation (270), il affirme à propos du chômage des jeunes : « C’est une question très délicate que la politique doit considérer comme un sujet de premier ordre, particulièrement aujourd’hui où la rapidité des développements technologiques, jointe à l’obsession de réduire les coûts de la main d’œuvre, peut conduire rapidement à remplacer de nombreux postes de travail par des machines »(271). Et s’adressant aux jeunes : « Il est vrai que tu ne peux pas vivre sans travailler et que parfois tu dois accepter ce que tu trouves, mais ne renonce jamais à tes rêves, n’enterre jamais définitivement une vocation, ne te donne jamais pour vaincu » (272).

François conclut ce chapitre en parlant des « vocations à une consécration particulière ». « Dans le discernement d’une vocation, il ne faut pas exclure la possibilité de se consacrer à Dieu […]. Pourquoi l’exclure ? Sois certain que, si tu reconnais un appel de Dieu et que tu le suis, ce sera ce qui te comblera » (276).

Neuvième chapitre : « Le discernement »

Le Pape rappelle que « sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment » (279). « Une expression du discernement est l’engagement pour reconnaître sa propre vocation. C’est une tâche qui requiert des espaces de solitude et de silence, parce qu’il s’agit d’une décision très personnelle que d’autres ne peuvent pas prendre pour quelqu’un » (283). « Le don de la vocation sera sans aucun doute un don exigeant. Les dons de Dieu sont interactifs et pour en profiter tu dois mettre beaucoup en jeu, tu dois risquer » (289).

À celui qui aide les jeunes au discernement sont demandées trois sensibilités. La première est l’attention à la personne : « il s’agit d’écouter l’autre qui se donne lui-même à nous dans ses paroles » (292). La seconde consiste à discerner, autrement dit « il s’agit d’épingler le moment précis où l’on discerne la grâce ou la tentation » (293). La troisième consiste à « écouter les impulsions que l’autre expérimente “en avant”. C’est l’écoute profonde de “ce vers quoi l’autre veut vraiment aller” » (294). Lorsqu’on écoute l’autre de cette manière, « à un moment donné, on doit disparaître pour le laisser poursuivre ce chemin qu’il a découvert. C’est disparaître comme le Seigneur disparaît à la vue de ses disciples » (296). Il faut « susciter et accompagner des processus, et non pas imposer des parcours. Et ce sont des processus de personnes qui sont toujours uniques et libres. C’est pourquoi il est difficile d’établir des règles » (297).

L’exhortation se conclut par « un désir » du Pape François : « Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux. Courez, attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre. […] L’Église a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin ! Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre » (299).

Pour lire l’intégralité de l’Exhortation Apostolique, cliquez sur le lien  :

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20190325_christus-vivit.html

(Avec V. N.)

Lundi 1er Avril 2019

Le Pape a clos dimanche 31 mars son 28ème voyage apostolique. Ce voyage s’est déroulé dans un climat très chaleureux, salué par de nombreux Marocains.

Ce voyage aura été court, moins de 36 heures, mais restera un jalon important dans le dialogue interreligieux. Huit siècles après la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan Al Malik, le Pape a souhaité emprunter leurs pas, montrant que les religions sont faites pour construire des ponts. Pour la première fois un Souverain pontife a célébré une messe au Maroc, qui plus est, retransmise en direct par la première chaîne de télévision marocaine.

Après Abou Dhabi, où les principes de fraternité ont été proclamés, ce voyage au royaume chérifien a été l’occasion d’en voir des signes, nombreux et concrets. Fraternité d’abord avec le roi Mohammed VI qui l’a accueilli en tant que chef d’État mais aussi en tant que chef spirituel, fraternité envers les migrants qui ont été au cœur aussi de ce voyage, dans ce Maroc tourné vers l’Europe et où souvent des rêves d’ailleurs s’échouent pour de nombreux Africains.

Fraternité enfin envers ces habitants d’un quartier périphérique de Rabat, pris en charge par trois religieuses. Des religieuses et religieux qui auront tenu aussi une place importante dans cette visite, en les rencontrant à la cathédrale Saint-Pierre, le Pape les a confortés dans leur mission, saluant leur art « d’utiliser les différences et l’ignorance pour semer la peur, la haine et le conflit ». Si le Pape François n’a pas masqué les difficultés qui peuvent se trouver sur le chemin de cette Église marocaine, il a voulu en montrer aussi la force qui n’est pas dans le nombre mais dans ces visages qui sont autant de serviteurs d’espérance.

(Avec V. N.)

Dimanche 31 Mars 2019

Dernier temps de ce voyage au Maroc : la messe célébrée par le Pape François au stade Moulay Abdellah de Rabat, devant plus de 10 000 personnes. Le Saint-Père a invité les fidèles à dépasser les tentations de haine et de division, à contempler le Père pour se redécouvrir frères.

Le Pape a centré son homélie sur la parabole du Fils prodigue (Luc 15, 1-3.11-32). Nous vous proposons de la découvrir dans son intégralité :

« Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » (Lc 15, 20).

C’est de cette manière que l’Evangile nous place au cœur de la parabole qui montre l’attitude du père en voyant son fils revenir : touché au plus profond, il ne le laisse pas arriver à la maison, alors qu’il le surprend en courant à sa rencontre. Un enfant regretté et attendu. Un père ému lorsqu’il le voit revenir.

Mais cela n’a pas été le seul moment où le père a couru. Sa joie serait incomplète sans la présence de son autre fils. C’est pourquoi il sort aussi à sa rencontre pour l’inviter à participer à la fête (cf. v. 28). Mais, il semble que le fils aîné n’ait pas apprécié les festivités de bienvenue, que cela lui ait coûté de supporter la joie du père ; il ne salue pas le retour de son frère et dit : « ton fils que voilà » (v. 30). Pour lui, son frère demeure perdu, parce qu’il l’a déjà oublié dans son cœur.

Dans son incapacité à participer à la fête, non seulement il ne reconnaît pas son frère, mais il ne reconnaît pas non plus son père. Il préfère la situation d’orphelin à la fraternité, l’isolement à la rencontre, l’amertume à la fête. Non seulement il lui est difficile de comprendre et de pardonner à son frère, mais il ne peut pas non plus accepter d’avoir un père capable de pardonner, prêt à attendre et à veiller afin que personne ne reste dehors ; en définitive, un père capable de ressentir de la compassion.

Sur le seuil de cette maison le mystère de notre humanité semble se manifester : d’un côté, il y a la fête pour le fils retrouvé, et, de l’autre, un certain sentiment de trahison et d’indignation provoqué par la fête de son retour. D’un côté l’hospitalité pour celui qui a fait l’expérience de la misère et de la souffrance, et qui en était même arrivé à sentir et à vouloir se nourrir de ce que mangeaient les porcs ; de l’autre, l’irritation et la colère pour le fait d’avoir donné une telle accolade à qui n’en était pas digne ni le méritait.

Ainsi, une fois de plus, est mise en lumière la tension vécue dans nos peuples et nos communautés, et aussi en nous-mêmes. Une tension qui depuis Caïn et Abel nous habite et que nous sommes invités à regarder en face : qui a le droit de rester parmi nous, d’avoir une place à nos tables et dans nos assemblées, dans nos préoccupations et nos occupations, sur nos places et dans nos villes ? Cette question fratricide semble continuer à résonner : Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? (cf. Gn 4, 9).

Sur le seuil de cette maison apparaissent les divisions et les affrontements, l’agressivité et les conflits qui frappent toujours aux portes de nos grands désirs, de nos luttes pour la fraternité et pour que toute personne puisse faire l’expérience dès maintenant de sa condition et de sa dignité de fils.

Mais dans le même temps, sur le seuil de cette maison brillera en toute clarté le désir du Père, sans élucubrations ni excuses qui lui enlèvent de la force : le désir que tous ses enfants prennent part à sa joie ; que personne ne vive dans des conditions inhumaines, comme le jeune fils, ni en orphelin, dans l’isolement ou l’amertume comme le fils aîné. Son cœur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Tm 2, 4).

Certes, les circonstances qui peuvent nourrir la division et la confrontation sont nombreuses ; les situations qui peuvent nous conduire à nous affronter et à nous diviser sont indiscutables. Nous ne pouvons pas le nier. La tentation de croire en la haine et en la vengeance comme moyens légitimes d’assurer la justice de manière rapide et efficace, nous menace toujours. Mais l’expérience nous dit que la seule chose qu’apportent la haine, la division et la vengeance, c’est de tuer l’âme de nos peuples, d’empoisonner l’espérance de nos enfants, de détruire et d’emporter avec elles tout ce que nous aimons.

C’est pourquoi Jésus nous invite à regarder et à contempler le cœur du Père. C’est seulement à partir de là que nous pourrons, chaque jour, nous redécouvrir frères. C’est seulement à partir de ce vaste horizon, capable de nous aider à dépasser nos logiques à courte vue qui divisent, que nous serons en mesure de parvenir à un regard qui ne prétend pas clore ni abandonner nos différences en cherchant éventuellement une unité forcée ou la marginalisation silencieuse. C’est seulement si, chaque jour, nous sommes capables de lever les yeux vers le ciel et de dire Notre Père, que nous pourrons entrer dans une dynamique qui nous permet de nous regarder et de prendre le risque de vivre, non pas comme des ennemis, mais comme des frères.

Le père dit à son fils aîné : « Tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15, 31). Et il ne se réfère pas seulement aux biens matériels mais au fait de participer aussi à son amour même et à sa propre compassion. C’est l’héritage et la richesse les plus grands du chrétien. Pour que, plutôt que de nous évaluer et de nous classifier à partir de notre condition morale, sociale, ethnique ou religieuse, nous puissions reconnaître qu’il existe une autre condition, que personne ne pourra supprimer ni détruire puisqu’elle est pur don : la condition d’enfants aimés, attendus et célébrés par le Père.

« Tout ce qui est à moi est à toi », également ma capacité de compassion, nous dit le Père. Ne tombons pas dans la tentation de réduire notre appartenance de fils à une question de lois et d’interdictions, de devoirs et de conformités. Notre appartenance et notre mission ne naîtront pas de volontarismes, de légalismes, de relativismes ou d’intégrismes mais de personnes croyantes qui supplieront tous les jours, avec humilité et constance : que ton Règne vienne sur nous.

La parabole évangélique présente une fin ouverte. Nous voyons le père prier son fils aîné d’entrer et de participer à la fête de la miséricorde. L’Evangéliste ne dit rien sur la décision que celui-ci a prise. Se sera-t-il joint à la fête ? Nous pouvons penser que cette fin ouverte a été écrite pour que chaque communauté, chacun de nous, puisse l’écrire avec sa vie, avec son regard et son attitude envers les autres. Le chrétien sait que dans la maison du Père, il y a beaucoup de demeures, seuls restent dehors ceux qui ne veulent pas prendre part à sa joie.

Chers frères, chères sœurs, je veux vous remercier pour la manière dont vous rendez témoignage de l’Evangile de la miséricorde en ces lieux. Merci pour les efforts réalisés afin que vos communautés soient des oasis de miséricorde. Je vous encourage à continuer en faisant grandir la culture de la miséricorde, une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit sa souffrance (cf. Lett. ap. Misericordia et misera, n. 20). Continuez auprès des petits et des pauvres, de ceux qui sont exclus, abandonnés et ignorés, continuez à être des signes de l’accolade et du cœur du Père.

Que le Miséricordieux et le Clément – comme l’invoquent si souvent nos frères et sœurs musulmans – vous fortifie et rende fécondes les œuvres de son amour. »

Samedi 30 Mars 2019

Le Pape François a commencé son voyage de deux jours au Maroc. A son arrivée, pour son 28ème voyage apostolique, le pape avait rendez-vous avec le peuple marocain, les autorités, la société civile et le Corps diplomatique, sur l’Esplanade de la Tour Hassan, dans la capitale Rabat. Nous vous proposons de prendre connaissance du discours qu’il a adressé au peuple marocain et aux autorités du pays

" Majesté,
Altesses Royales,
Distinguées Autorités du Royaume du Maroc,
Membres du Corps diplomatique,
Chers amis Marocains,

As-Salam Alaikoum !

Je suis heureux de fouler le sol de ce pays riche de beautés naturelles multiformes, gardien de vestiges de civilisations antiques et témoin d’une histoire fascinante. Je voudrais avant tout exprimer ma sincère et cordiale gratitude à Sa Majesté Mohammed VI, pour son aimable invitation et pour le chaleureux accueil qu’au nom de tout le peuple marocain, il m’a réservé tout à l’heure, en particulier pour les aimables paroles qu’il m’a adressées.

Cette visite est pour moi un motif de joie et de gratitude parce qu’elle me permet tout d’abord de découvrir les richesses de votre terre, de votre peuple et de vos traditions. Gratitude qui se transforme en une importante opportunité pour promouvoir le dialogue interreligieux et la connaissance réciproque entre les fidèles de nos deux religions, alors que nous faisons mémoire – huit cents ans après – de la rencontre historique entre saint François d’Assise et le Sultan al-Malik al-Kamil. Cet évènement prophétique manifeste que le courage de la rencontre et de la main tendue est un chemin de paix et d’harmonie pour l’humanité, là où l’extrémisme et la haine sont des facteurs de division et de destruction. Aussi, je forme le vœu que l’estime, le respect et la collaboration entre nous contribuent à approfondir nos liens de sincère amitié, afin de permettre à nos communautés de préparer un avenir meilleur pour les nouvelles générations.

Ici sur cette terre, pont naturel entre l’Afrique et l’Europe, je souhaite redire la nécessité d’unir nos efforts, pour donner une nouvelle impulsion à la construction d’un monde plus solidaire, plus engagé dans l’effort honnête, courageux et indispensable d’un dialogue respectueux des richesses et des spécificités de chaque peuple et de chaque personne. C’est là un défi que nous sommes tous appelés à relever, surtout en ce temps où on risque de faire des différences et de la méconnaissance réciproque des motifs de rivalité et de désagrégation.

Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes.

Dans cette perspective, je suis heureux de pouvoir visiter dans un moment l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, voulu par Votre Majesté, dans le but de fournir une formation adéquate et saine contre toutes les formes d’extrémisme, qui conduisent souvent à la violence et au terrorisme et qui, en tout cas, constituent une offense à la religion et à Dieu lui-même. Nous savons en effet combien une préparation appropriée des futurs guides religieux est nécessaire, si nous voulons raviver le véritable sens religieux dans les cœurs des nouvelles générations.

Ainsi donc, un dialogue authentique nous invite à ne pas sous-estimer l’importance du facteur religieux pour construire des ponts entre les hommes et pour affronter avec succès les défis précédemment évoqués. Dans le respect de nos différences, la foi en Dieu nous conduit, en effet, à reconnaître l’éminente dignité de tout être humain, ainsi que ses droits inaliénables. Nous croyons que Dieu a créé les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité et qu’il les a appelés à vivre en frères et à répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix. Voilà pourquoi, la liberté de conscience et la liberté religieuse – qui ne se limitent pas à la seule liberté de culte mais qui doivent permettre à chacun de vivre selon sa propre conviction religieuse – sont inséparablement liées à la dignité humaine. Dans cet esprit, il nous faut toujours passer de la simple tolérance au respect et à l’estime d’autrui. Car il s’agit de découvrir et d’accueillir l’autre dans la particularité de sa foi et de s’enrichir mutuellement de la différence, dans une relation marquée par la bienveillance et la recherche de ce que nous pouvons faire ensemble. Ainsi comprise, la construction de ponts entre les hommes, du point de vue du dialogue interreligieux, est appelée à se vivre sous le signe de la convivialité, de l’amitié, et plus encore de la fraternité.

La Conférence internationale sur les droits des minorités religieuses dans le monde islamique, qui a eu lieu à Marrakech en janvier 2016, s’est penchée sur cette question. Et je me réjouis qu’elle ait permis de condamner toute utilisation instrumentale d’une religion pour discriminer ou agresser les autres, en soulignant la nécessité de dépasser le concept de minorité religieuse, au profit de celui de citoyenneté et de la reconnaissance de la valeur de la personne, qui doit revêtir un caractère central dans tout ordonnancement juridique.

Je considère aussi comme un signe prophétique la création de l’Institut Œcuménique Al Mowafaqa, à Rabat en 2012, par une initiative catholique et protestante au Maroc, Institut qui veut contribuer à promouvoir l’œcuménisme ainsi que le dialogue avec la culture et avec l’Islam. Cette louable initiative traduit le souci et la volonté des chrétiens vivant dans ce pays de construire des ponts pour manifester et servir la fraternité humaine.

Ce sont tous des parcours qui arrêteront « l’instrumentalisation des religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et mettront fin à l’utilisation du nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression » (Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019).

Le dialogue authentique que nous voulons développer nous conduit aussi à tenir compte du monde dans lequel nous vivons, notre maison commune. Ainsi la Conférence internationale sur les changements climatiques, COP 22, qui s’est tenue ici même au Maroc, a témoigné, une fois encore, de la prise de conscience par de nombreuses Nations de la nécessité de protéger la planète sur laquelle Dieu nous a placés pour vivre et de contribuer à une véritable conversion écologique pour un développement humain intégral. Je salue toutes les avancées accomplies dans ce domaine et je me réjouis de la mise en œuvre d’une véritable solidarité entre les Nations et les peuples, afin de trouver des solutions justes et durables aux fléaux qui menacent la maison commune, ainsi que la survie même de la famille humaine. C’est ensemble, dans un dialogue patient et prudent, franc et sincère, que nous pouvons espérer trouver des solutions adéquates, pour inverser la courbe du réchauffement global et pour réussir à éradiquer la pauvreté (cf. Encyclique Laudato Si’, n.175).

Egalement, la grave crise migratoire à laquelle nous sommes affrontés aujourd’hui, est pour tous un appel pressant à rechercher les moyens concrets d’éradiquer les causes qui obligent tant de personnes à quitter leur pays, leur famille, et à se retrouver souvent marginalisées, rejetées. De ce point de vue, toujours ici au Maroc, en décembre dernier, la Conférence intergouvernementale sur le Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière a adopté un document qui entend être un point de référence pour toute la communauté internationale. En même temps, il est vrai que beaucoup reste encore à faire, surtout parce qu’il faut passer des engagements pris avec ce document, au moins au niveau moral, à des actions concrètes et, spécialement, à un changement de disposition envers les migrants, qui les considère comme des personnes, non comme des numéros, qui en reconnaisse dans les faits et dans les décisions politiques les droits et la dignité. Vous savez combien j’ai à cœur le sort, souvent terrible, de ces personnes, qui, en grande partie, ne laisseraient pas leurs pays s’ils n’y étaient pas contraints. J’espère que le Maroc, qui avec une grande disponibilité et une délicate hospitalité a accueilli cette Conférence, voudra continuer à être, dans la communauté internationale, un exemple d’humanité pour les migrants et les réfugiés, afin qu’ils puissent être, ici, comme ailleurs, accueillis avec humanité et protégés, qu’on puisse promouvoir leur situation et qu’ils soient intégrés avec dignité. Quand les conditions le permettront, ils pourront décider de retourner chez eux dans des conditions de sécurité, respectueuses de leur dignité et de leurs droits. Il s’agit d’un phénomène qui ne trouvera jamais de solution dans la construction de barrières, dans la diffusion de la peur de l’autre ou dans la négation de l’assistance à tous ceux qui aspirent à un légitime mieux-être pour eux-mêmes et pour leurs familles. Nous savons aussi que la consolidation d’une véritable paix passe par la recherche de la justice sociale, indispensable pour corriger les déséquilibres économiques et les désordres politiques qui ont toujours été des facteurs principaux de tension et de menace pour l’humanité tout entière.

Majesté et Honorables Autorités, chers amis ! Les chrétiens se réjouissent de la place qui leur est faite dans la société marocaine. Ils ont la volonté de prendre leur part à l’édification d’une nation solidaire et prospère, en ayant à cœur le bien commun du peuple. De ce point de vue, l’engagement de l’Église catholique au Maroc, dans ses œuvres sociales et dans le domaine de l’éducation à travers ses écoles ouvertes aux élèves de toute confession, religion et origine, me semble significatif. Aussi, en rendant grâce à Dieu pour le chemin parcouru, permettez-moi d’encourager les catholiques et les chrétiens à être ici, au Maroc, des serviteurs, des promoteurs et des défenseurs de la fraternité humaine.

Majesté, Distinguées Autorités, chers amis ! Je vous remercie une fois encore, ainsi que tout le peuple marocain, pour votre accueil si chaleureux et pour votre aimable attention. Shukran bisaf !

Que le Tout-Puissant, clément et miséricordieux, vous protège et qu’il bénisse le Maroc !
Merci. "

© Librairie éditrice du Vatican

Mercredi 27 mars 2019

Dans le cadre de l’audience générale de ce matin, le Pape François a proposé sa 11ème catéchèse sur le Notre Père, en s’arrêtant sur cette phrase : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

« Jésus nous apprend à demander au Père le pain quotidien », a expliqué le Pape François, en démontrant une nouvelle fois que les interpellations de Jésus ne sont pas des invocations raffinées ou conceptuelles mais des demandes très concrètes, ancrées dans les besoins réels. Et Jésus nous apprend à faire cette demande en étant « unis à tant d’hommes et de femmes pour lesquels cette prière est un cri, souvent retenu à l’intérieur, qui accompagne l’anxiété de chaque jour. Combien de pères et de mères, encore aujourd’hui, vont dormir avec le tourment de ne pas avoir le lendemain assez de pain pour leurs propres enfants ? », s’est interrogé le Saint-Père.

L’expérience chrétienne part donc « de la réalité, du cœur et de la chair des personnes qui vivent dans le besoin ». Et cette demande s’exprime dans un sens communautaire et fraternel. Je ne demande pas à Dieu « donne-moi mon pain » mais « donne-nous notre pain ». C’est ce “nous” qui donne à cette demande sa valeur chrétienne et nous décentre de nous-mêmes. Le Pape, sortant de son texte, a invité la foule à dire plusieurs fois « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » en pensant aux enfants affamés de la Syrie, du Yémen ou encore du Soudan du Sud.

Et le pain gagne sa valeur s’il est partagé, comme le prouve la parabole de la multiplication des pains, dans l’Évangile de Jean. C’est la générosité spontanée d’un jeune garçon, disposé à partager ses cinq pains et ses deux poissons, qui a permis à Jésus de multiplier ce geste. Il avait compris que « la nourriture n’est pas une propriété privée ». Ce miracle du partage avait permis à Jésus d’anticiper l’offrande de lui-même dans le Pain eucharistique. « Seule l’eucharistie est en mesure de rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu qui anime tout homme, même dans la recherche du pain quotidien », a conclu le Pape François.

Au terme de l’audience, le Pape François a tenu à faire applaudir une religieuse italienne de 85 ans, sœur Maria Concetta Esu, qui est missionnaire depuis près de 60 ans en Centrafrique, où, comme médecin obstétricienne, elle a aidé à faire naître des milliers d’enfants. « Quelle merveille ! », s’est exclamé le Pape, qui lui a remis une médaille « comme signe de notre affection et de notre “merci” » pour son travail accompli « au milieu des sœurs et des frères africains, au service de la vie, des enfants, des mamans et des familles ».

« Avec ce geste qui t’est dédié, j’entends aussi exprimer ma reconnaissance aussi à tous les missionnaires, prêtres, religieux et laïcs, qui répandent la semence du Royaume de Dieu dans toutes les parties du monde », a salué le Pape François, en remarquant que ces personnes ne font pas la une des journaux. « Le cardinal Hummes, qui est le délégué de l’épiscopat brésilien pour toute l’Amazonie, va souvent visiter les villes et les villages de l’Amazonie. Et chaque fois qu’il arrive là-bas, il va au cimetière visiter les tombes des missionnaires, tant de jeunes morts à cause des maladies à cause des maladies contre lesquelles ils n’ont pas les anticorps. Et lui il m’a dit : “Tous ceux-ci méritent d’être canonisés”, parce qu’ils ont brûlé leur vie dans le service »

Le Pape a expliqué que cette religieuse, sœur Maria Concetta, retournera en Afrique dans les prochains jours. Il a invité à ce que « son exemple nous aide tous à vivre l’Évangile là où nous sommes ». « Merci, ma sœur ! Que le Seigneur te bénisse et que la sainte Vierge te protège », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 24 mars 2019

Lors de de la prière de l’angélus, Place Saint-Pierre, le Pape François a médité sur la miséricorde divine, en s’arrêtant sur la parabole du figuier stérile (Lc 13,1-9). Le Saint-Père a rappelé que nous pouvons compter sur la miséricorde de Dieu mais « sans en abuser ».

Dans la parabole du figuier, le Saint-Père a rapproché cet arbre qui ne porte aucun fruit à l’humanité indifférente et aride. Il faut attendre que Jésus intercède pour que « les fruits de l’amour et de la justice » puissent y germer.

« Le figuier que le Maître de la parabole veut éliminer représente une existence stérile, incapable de donner, de faire le bien. Il est le symbole de celui qui vit pour lui-même, repu et tranquille, installé dans son propre confort, incapable de tourner le regard et le cœur vers ceux qui sont proches de lui et qui se trouvent dans une condition de souffrance, de pauvreté et de malaise », a observé le Pape.

A cette attitude d’égoïsme et de stérilité spirituelle, François oppose le grand amour du vigneron envers le figuier : « il est patient, il sait attendre, il lui consacre son temps et son travail. »

Ainsi, malgré la stérilité, qui marque parfois notre existence, le Pape rappelle combien Dieu est patient et nous offre la possibilité de changer et de progresser sur la voie du bien. Ce temps imploré et concédé dans l’attente que l’arbre enfin porte du fruit indique également « l’urgence de la conversion », souligne-t-il.

Or, « la possibilité de conversion n’est pas illimitée ; aussi faut-il la saisir immédiatement ; sinon, elle pourrait être perdue pour toujours. Nous pouvons vraiment compter sur la miséricorde de Dieu, mais sans en abuser. Nous ne devons pas justifier la paresse spirituelle, mais accroître notre engagement à refléter rapidement cette miséricorde avec la sincérité du cœur », prévient le Souverain pontife argentin.

En ce temps de Carême, conseille l’évêque de Rome, chacun doit donc se sentir interpellé, en modifiant quelque chose dans sa propre vie, dans sa propre façon de penser, d’agir et de vivre les relations avec le prochain. Dans le même temps, « nous devons imiter la patience de Dieu qui a confiance en la capacité de tous à pouvoir "se relever" ».

Après avoir récité la prière de l’angélus, le Pape François a eu quelques mots pour la mémoire des missionnaires martyrs dont on célèbre la journée ce dimanche.

Il a rappelé qu’en 2018, 40 missionnaires avaient été tués, presque le double par rapport à l’année précédente. « Faire mémoire de ce calvaire contemporain des frères et sœurs persécutés ou tués en raison de leur foi en Jésus est un devoir de gratitude pour toute l’Église, mais aussi un stimulant pour témoigner avec courage de notre foi et de notre espérance en Celui qui sur la Croix a vaincu pour toujours la haine et la violence, avec son amour », a fait remarquer le Pape, qui doit se rendre ce lundi 25 mars à Lorette, en Italie, où il signera l’exhortation apostolique dédiée aux jeunes.

François qui a aussi fait mention des pourparlers en cours au Nicaragua depuis le 27 février. « J’accompagne par la prière cette initiative et encourage les parties à trouver au plus vite une solution pacifique pour le bien de tous », a-t-il déclaré.
Prière pour le Nigeria et le Mali

Enfin, le Pape François a assuré prier pour les nombreuses victimes des récents attentats survenus au Nigeria et au Mali.

Au Mali, l’on compte plus de 100 morts dans l’attaque d’un village peul samedi 23 mars. Un groupe de chasseurs traditionnels de la zone de Bankass, près du Burkina Faso, est accusé d’avoir perpétré l’attaque dans le village d’Ogossagou, dans le centre du pays.

(Avec V. N.)

Mercredi 20 mars 2019

Lors de l’audience générale, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses autour du Notre Père. Il s’est arrêté plus précisément sur la troisième invocation de la prière : « Que ta volonté soit faite ».

Le Pape a commencé par rappeler qu’avant le soin et l’attention prodigués par l’homme à la Terre, figurait « le soin infatigable de Dieu envers l’homme et la Terre ». Un renversement de perspective reflété par l’Évangile. Nous prions la volonté de Dieu pour qu’elle soit faite.

« Dieu n’est pas ambigu, il ne se cache pas derrière des énigmes, ni n’a planifié l’avenir du monde de manière indéchiffrable. Non, il est clair », a énoncé l’évêque de Rome. La Bible est pleine d’expressions qui nous parlent de la volonté positive de Dieu envers le monde. Et dans le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) , nous trouvons une collection de citations qui témoignent de cette volonté divine « patiente et fidèle ».

Ainsi, a relevé le Pape François en priant « que ta volonté soit faite », nous ne sommes pas invités à pencher la tête de façon servile, comme si nous étions des esclaves. Non ! Dieu veut que nous soyons libres. c’est l’amour de lui qui nous libère, a-t-il ajouté avant de préciser : « Le Notre Père est la prière des enfants, pas des esclaves ; des enfants qui connaissent le cœur de leur père et sont certains de son projet aimant ».

« Malheur à nous si, en prononçant ces mots, nous haussions les épaules nous rendant devant un destin qui nous repousse et que nous ne pouvons pas changer. Au contraire, c’est une prière pleine de confiance ardente en Dieu qui veut le bien pour nous, la vie, le salut. Une prière courageuse, voire combative, car dans le monde, il y a trop de réalités qui ne correspondent pas au plan de Dieu, nous les connaissons tous », a complété le Souverain pontife argentin.

À nous d’implorer : « Seigneur, renverse les plans du monde, transforme les épées en charrues et les lances en faucilles ; que personne ne devrait plus pratiquer l’art de la guerre ! Car Dieu veut la paix ».

Le Notre Père est une flamme qui nous pousse à transformer le monde avec amour. Et le Saint-Père de remarquer avec insistance : « Le chrétien ne croit pas en un "destin" inéluctable. Il n’y a rien de hasard dans la foi des chrétiens : il existe au contraire un salut qui attend de se manifester dans la vie de chaque homme et de chaque femme et de se réaliser dans l’éternité. Si nous prions, c’est parce que nous croyons que Dieu peut et veut transformer la réalité en surmontant le mal par le bien. Pour ce Dieu, il est logique d’obéir et de s’abandonner même à l’heure de la plus dure épreuve ».

Jésus, par exemple, est écrasé par le mal du monde, mais « s’abandonne avec confiance à l’océan de l’amour de la volonté du Père. Même les martyrs, dans leur procès, ne cherchaient pas la mort, mais la résurrection ».

Par amour, Dieu peut ainsi nous amener à emprunter des chemins difficiles, à faire l’expérience de blessures douloureuses et d’épines, mais il ne nous abandonnera jamais. Il sera toujours avec nous, à côté de nous, en nous. Pour un croyant, « cela est une certitude, plutôt qu’un espoir », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 17 Mars 2019

En ce deuxième dimanche de Carême, lors de l’audience précédant la prière de l’Angélus Place Saint-Pierre, le Pape François a commenté l’Évangile de Luc (9, 28b-36) qui nous fait contempler l’événement de la transfiguration. Lorsque Jésus concède à ses disciples un avant-goût de la gloire de la résurrection, il assure que la croix et les épreuves trouvent leur solution dans sa Pâques.

« L’évangéliste saint Luc (9,28-36) nous montre Jésus transfiguré sur la montagne, qui est le lieu de la lumière, symbole fascinant de l’expérience particulière réservée aux trois disciples », a expliqué le Pape François devant la foule réunie place Saint-Pierre. « Pendant qu’il priait, son visage devint autre et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante ».

Habitués à le voir chaque jour dans la simple apparence de son humanité, a commenté le Souverain Pontife, Pierre, Jacques et Jean restèrent saisis, « face à cette splendeur nouvelle qui embrasse toute sa personne ». Et, a continué le Saint-Père, aux côtés de Jésus apparurent Moïse et Élie qui parlèrent avec Lui de son prochain « exode », c’est-à-dire de sa Pâques de mort et résurrection, « Alors Pierre s’exclama : "Maître, il est bon que nous soyons ici !". Il voudrait que ce moment de grâce ne finisse plus ! »

Mais la transfiguration, a encore expliqué le Pape, « s’accomplit en un moment bien précis de la mission du Christ, c’est-à-dire après qu’il a confié aux disciples de devoir “souffrir beaucoup (…) Être tué, et le troisième jour, ressusciter” ». Ainsi, Jésus est conscient que ses disciples n’acceptent pas cette réalité, et il veut les préparer à supporter le scandale de la passion et de la mort en croix, afin qu’ils sachent le chemin par lequel le Père céleste fera arriver son fils à la gloire. « Aucun n’arrive à la vie éternelle s’il ne suit pas Jésus, en portant sa propre croix lors de sa vie sur terre », a abondé le Saint Père.

De cette manière, la transfiguration du Christ nous montre la perspective chrétienne de la souffrance. Ce n’est pas du « sadomasochisme », mais un « passage nécessaire et transitoire : en Lui est le salut, la béatitude, la lumière, l’amour de Dieu sans limite ». En montrant sa gloire, Jésus nous assure que la croix, les épreuves, les difficultés dans lesquelles nous nous débattons trouvent leur solution et sont dépassées dans sa Pâques.

Le Pape François a alors invité les pèlerins à gravir la montagne avec Jésus, par la prière : « Demeurons chaque jour recueillis pour quelques instants. Fixons notre regard intérieur sur son visage et laissons sa lumière nous pénétrer et irradier notre vie. » La prière en Jésus-Christ et en l’Esprit Saint transforme la personne de l’intérieur et peut illuminer le monde alentour, a ajouté le Pape François, avant de conseiller de donner de l’espace à la prière et à la Parole de Dieu, que la liturgie nous propose en abondance ces jours-ci.

« Que la Vierge Marie nous enseigne à rester avec Jésus même lorsque nous ne le comprenons pas, ni lui, ni ses méthodes. Parce que c’est seulement en restant avec Lui que nous verrons sa gloire. », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 10 mars 2019

Lors de la prière de l’Angélus de ce premier dimanche de Carême, le Pape est revenu sur le récit des tentations de Jésus dans le désert, évoqué dans l’Évangile du jour, tiré du premier chapitre de Saint-Marc.

Le pape François a mis en lumière « les trois tentations vécues par Jésus, qui indiquent trois routes que le monde propose toujours en promettant de grands succès : l’avidité de la possession, la gloire humaine, l’instrumentalisation de Dieu. Ce sont trois routes qui nous perdront », a martelé le Pape, détaillant les dangers de ces trois impasses.

« La route de l’avidité de possession. C’est toujours la logique insidieuse du diable », a rappelé François. Le diable utilise le « besoin légitime et naturel de se nourrir, de vivre, de se réaliser, d’être heureux, pour nous pousser à croire que tout cela est possible sans Dieu, et même contre Lui ». Mais Jésus lui nous invite à nous abandonner avec une pleine confiance à la providence du Père, qui prend toujours soin de ses enfants.

Deuxième tentation : « la route de la gloire humaine. Le diable dit : « Si tu te prosternes devant moi, tu auras tout ». « On peut perdre toute dignité personnelle, si on se laisse corrompre par les idoles de l’argent, du succès et du pouvoir, tout en rejoignant sa propre auto-affirmation ». Mais Jésus rappelle que l’on ne doit se prosterner que devant Dieu seul.

Troisième tentation : « instrumentaliser Dieu à son propre avantage. Au diable qui, en citant les Écritures, les invite à chercher en Dieu un miracle éclatant, Jésus oppose de nouveau la ferme décision de rester humble et confiant face au Père », en reprenant ce commandement reçu par Moïse : “Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu”. « Ainsi, Jésus repousse la tentation peut-être la plus subtile : celle de vouloir tirer Dieu de notre côté, en lui demandant des grâces qui en réalité servent à satisfaire notre orgueil », a expliqué le Pape François.

Face à ces trois pièges, il faut donc cultiver trois remèdes : « la vie intérieure, la foi en Dieu, la certitude de son amour », et ne surtout pas dialoguer avec le diable. Jésus n’a pas dialogué avec Satan, il s’est contenté de lui répondre en citant les Écritures : ce comportement doit nous inspirer pour vivre ce Carême comme un temps de vérité et de purification.

Au terme de cette prière de l’Angélus, le Pape François a repris la parole pour évoquer la béatification samedi à Oviedo de neuf séminaristes espagnols « tués en haine de la foi dans un temps de persécution religieuse », en l’occurrence la guerre d’Espagne. « Ces jeunes aspirants au sacerdoce ont tellement aimé le Seigneur qu’ils l’ont suivi sur la voie de la Croix. Que leur témoignage héroïque aide les séminaristes, les prêtres et les évêques à demeurer limpides et généreux, pour servir fidèlement le Seigneur et le saint peuple de Dieu », a exhorté le Saint-Père.

Après avoir salué les groupes présents, le Pape a enfin invité à prier pour lui et pour les responsables de la Curie romaine qui partent ce soir en retraite spirituelle à Ariccia. Toutes les activités publiques du Pape sont donc suspendues jusqu’à vendredi. Il n’y aura pas d’audience générale ce mercredi 13 mars, jour du 6e anniversaire de l’élection du Pape François.

(Avec V. N.)

Mercredi 6 mars 2019

Dans sa catéchèse de l’audience générale, donnée place Saint-Pierre, le Saint-Père a poursuivi son cycle sur le « Notre Père », revenant en particulier sur la seconde invocation de cette prière : « Que ton règne vienne » (Mt 6, 10), lorsque le croyant exprime son désir de voir le Règne du Seigneur arriver.

Ce souhait fut déjà celui de Jésus. Il avait ainsi « jailli » de son cœur : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (MC 1,15). Ces paroles ne sont pas une menace, explique le Pape, mais une annonce joyeuse. « Jésus ne veut pas pousser les gens à se convertir en semant la peur du jugement de Dieu ou le sentiment de culpabilité pour le mal commis ». Jésus ne fait pas de prosélytisme, il annonce simplement la Bonne Nouvelle et chacun est invité à croire en ce Dieu qui nous a envoyé son Fils qui nous aime et qui s’est fait proche.

Les signes de la venue du Règne de Dieu sont multiples, et tous sont positifs. Avec la venue de Jésus le Règne de Dieu est proche. Ainsi, Jésus lui-même commence son ministère en prenant soin des malades, de ceux qui vivent une exclusion sociale, des pécheurs qui sont regardés par tous avec mépris.

« Jésus est venu, mais le monde est encore marqué par le péché, peuplé de tant de gens qui souffrent, de personnes qui ne pardonnent pas, qui ne se réconcilient pas, par des guerres, par de nombreuses formes d’exploitation, notamment la traite des enfants ». Pour le Pape, tous ces faits sont la preuve que la victoire du Christ n’est pas encore complètement mise en œuvre. Tant d’hommes et de femmes vivent encore avec le cœur fermé, regrette-t-il. C’est d’ailleurs dans ces situations qu’apparaît sur les lèvres du chrétien l’invocation « Que ton Règne vienne ! » Et le Pape se demande avec nous pourquoi ce Règne se réalise si lentement.

« Dieu n’est pas comme nous, il est patient ! Ce n’est pas par la violence que s’instaure le Règne de Dieu dans le monde, mais par la douceur », explique François. Il parle du levain invisible et qui pourtant fait fermenter la masse ou du grain de moutarde qui porte en soi la force extrême de la nature. En son temps, la vie de Jésus aussi était un événement pratiquement inconnu des historiens de l’époque, « un grain de blé » comme il se définissait lui-même.

« Une graine qui germe est plus l’œuvre de Dieu que de l’homme qui l’a semée ». Dieu nous précède toujours. Dieu nous surprend toujours et grâce à lui, poursuit François, « après la nuit du Vendredi saint il y a une aube de résurrection capable d’illuminer d’espérance le monde entier ».

Le Pape invite ainsi chaque fidèle à semer cette invocation pour qu’elle bouleverse « nos péchés et nos échecs » ; à l’offrir aux personnes blessées par la vie, à celles qui vivent des jours inutiles sans comprendre pour quoi ou aux martyrs de l’histoire, aux personnes qui se sont battues pour la justice sans résultat, en ce monde toujours dominé par le mal. « Nous entendrons alors la prière du Notre-Père répondre ». Dans nos cœurs, assure François, nous entendrons le Seigneur nous annoncer sa venue prochaine.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Mars 2019

Devant la foule rassemblée Place Saint-Pierre pour la prière de l’Angélus, le Pape François a donné des conseils utiles pour le chemin de foi de tout croyant : exercer des responsabilités avec sagesse, corriger l’autre avec humilité, ne pas faire de commérages.

Le Saint-Père a expliqué chacune des brèves paraboles composant l’extrait de l’Évangile de Luc proposé ce dimanche (Lc 6, 39-45). Un passage qui, à la suite des précédents évangiles dominicaux, recommande un « comportement de douceur et de miséricorde pour être des personnes sincères, humbles et justes ».

Dans son enseignement aux disciples, Jésus évoque d’abord la figure du guide, qui « doit bien voir, c’est-à-dire qu’il doit posséder la sagesse pour guider avec sagesse ». Le Seigneur invite ceux qui ont des responsabilités, qu’elles soient religieuses ou civiles, « à être conscients de leur rôle délicat et à discerner toujours la juste route sur laquelle conduire les personnes ». Jésus étant lui-même le Maître, il demande, dans une formule « pleine de sagesse » selon le Pape, « à suivre son exemple et son enseignement pour être des guides sûrs et sages » : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître » (Lc 6,40).

La suite de l’Évangile, a continué le Pape François, « exhorte à ne pas être présomptueux et hypocrites ». « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? », interroge Jésus (v.40). Comme l’a pointé le Souverain Pontife, il est « souvent plus facile et commode de remarquer et de condamner les défauts et les péchés des autres, sans réussir à voir les siens avec autant de lucidité. Nous cachons toujours nos défauts, et aussi nous les cachons à nous-mêmes ». Si l’on pense ne pas avoir de défauts, a poursuivi le Pape, on ne peut pas « condamner ou corriger les autres ». « Nous avons tous des défauts, tous. Et nous devons en être conscients », a-t-il insisté, « avant de condamner les autres nous devons regarder en nous-mêmes ». Alors nous pourrons agir « de manière crédible, avec humilité, en témoignant de la charité », a souligné le Pape.

Encore faut-il savoir si notre œil est entravé ou non par une poutre. La réponse est dans la suite de l’Évangile : « Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit », explique le Seigneur Jésus (v. 43-44). « Le fruit, ce sont les actions mais également les paroles », a précisé le Saint-Père. « En effet, qui est bon fait sortir de son cœur et de sa bouche le bien, et qui est méchant en extrait le mal, en pratiquant l’exercice le plus délétère : les commérages », a-t-il mis en garde.

Puis, improvisant son message, le Souverain Pontife a dénoncé cette pratique du « bavardage » qui « détruit ». « Cela détruit la famille, détruit l’école, détruit le lieu de travail, détruit le quartier », a-t-il déploré, avant d’affirmer : « c’est par la langue que commencent les guerres ». Enfin le Pape a invité la foule à réfléchir à l’enseignement de Jésus en se posant les questions suivantes : « est-ce que je parle mal des autres ? Est-ce que je cherche toujours à salir les autres ? Pour moi est-il plus facile de voir les défauts d’autrui plutôt que les miens ? ». Un tel examen de conscience permettra de se corriger « au moins un peu : cela fera du bien à tout le monde ».

(Avec V. N.)

Mercredi 27 Février 2019

“Que ton Nom soit sanctifié” : cette première demande du “Notre Père” a été au cœur de la catéchèse du Pape en ce jour d’audience générale. Parler à Dieu n’exige pas de se perdre en vaines paroles a notamment assuré François ; le premier pas de la prière chrétienne consiste plutôt à s’en remettre au Seigneur et à sa Providence.

Le « Notre Père » est composé de 7 demandes, divisibles en 2 groupes : avec les 3 premières, « Jésus nous fait entrer dans ses désirs, tournés vers le Père », tandis qu’avec les 4 suivantes, « Il entre en nous et se fait l’interprète de nos besoins ».

Pour le Pape, cette dynamique est la « matrice de toute prière chrétienne », faite, d’un côté, de la contemplation de Dieu, de sa beauté et de sa bonté et de l’autre, de la « requête sincère et courageuse de ce qui nous est nécessaire pour vivre, et vivre bien ».

Le premier pas de la prière chrétienne consiste à s’en remettre à Dieu à sa Providence, car Il nous connait mieux que nous-mêmes, Il sait d’avance ce à quoi notre cœur aspire. Cet acte de confiance initial nous conduit à Lui demander ce dont nous avons besoin, « sans angoisse, ni agitation ». C’est pour cela que nous prions en demandant : « que Ton nom soit sanctifié ». Dans cette invocation, on sent toute « l’admiration de Jésus pour la beauté et la grandeur de son Père, et le désir que tous le reconnaissent et l’aiment pour ce qu’Il est vraiment ». Avec notre prière et notre témoignage, nous manifestons, nous aussi, la sainteté de Dieu. Et le Pape d’insister : « la sainteté de Dieu doit se refléter dans nos vies… Dieu est saint, mais si notre vie ne l’est pas, il y a une grande incohérence ! »

La sainteté de Dieu est une « force en expansion, elle s’élargit en cercles concentriques ». Aussi, la prière chasse-t-elle la peur. Pour le Pape, nous devons prier, forts de ces certitudes : « l’Esprit-Saint travaille en secret pour la rédemption du monde », Dieu nous aime, et les « jours du mal sont comptés ».

(Avec V. N.)

Dimanche 24 février 2019

Avant de prier l’Angélus avec les pèlerins rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape François a commenté l’Évangile de ce jour. Un passage qui aborde « un point central et caractéristique de la vie chrétienne : l’amour des ennemis ».

« Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » (Lc 6, 27-28). Ainsi commence l’Évangile qui nous est proposé ce dimanche. Les prescriptions de Jésus, rapportées par saint Luc, ne sont pas « une option, c’est un commandement », a d’emblée précisé le Pape François. Mais cette exigence n’est pas au-delà de nos forces, pour autant que l’on se mette à l’écoute du Seigneur… « et alors cela devient possible ! », a assuré le Pape, rappelant que Jésus « s’est fait homme » non pas « pour nous laisser tels que nous sommes, mais pour nous transformer en hommes et en femmes capables d’un amour plus grand, celui de son Père et de notre Père ».

La suite de l’Évangile va dans ce sens : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux », demande Jésus. Celui qui s’efforce de suivre le Seigneur « devient fils de Dieu et commence à ressembler vraiment au Père qui est aux cieux ». Une transformation radicale, qui dépasse voire démentit ce que l’on aurait pu imaginer. « Nous n’avons plus besoin d’être violents, avec les mots et les gestes ; nous nous découvrons capables de tendresse et de bonté ; et nous sentons que tout cela ne vient pas de nous mais de Lui ! Et donc ne nous en vantons pas, mais soyons seulement reconnaissants », a recommandé le Saint-Père.

« La logique de l’amour, qui culmine dans la Croix du Christ, est l’insigne du chrétien et nous pousse à aller à la rencontre de tous avec un cœur de frère », a-t-il également déclaré. « Il n’y a rien de plus grand et de plus fécond que l’amour », a poursuivi François, puisqu’il « confère à la personne toute sa dignité, alors que la haine et la vengeance la diminuent, défigurant la beauté de la créature faite à l’image de Dieu ». Le commandement d’amour du Seigneur Jésus fait advenir « la révolution de l’amour, dont les principaux personnages sont les martyrs de tous les temps ». Le Fils de Dieu « nous assure que notre comportement, empreint d’amour envers ceux qui font le mal, ne sera pas vain ». « Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous », est-il écrit au dernier verset de l’Évangile de ce dimanche. « Ce sera une belle chose que Dieu nous donnera si nous sommes généreux, miséricordieux », a souligné le Pape.

En conclusion de son message, le Pape a rappelé l’importance du pardon, évoqué dans « cette parole sainte de Jésus, brûlante comme le feu ». « Nous devons pardonner parce que Dieu nous a pardonnés et qu’il nous pardonne toujours », a-t-il affirmé. « Si nos cœurs s’ouvrent à la miséricorde, si le pardon est scellé par une accolade fraternelle et si les liens de la communion se resserrent, nous proclamons devant le monde qu’il est possible de vaincre le mal par le bien », a résumé le Souverain Pontife. « Parfois il est nous est plus facile de nous souvenir des torts que l’on nous a faits et des maux que l’on nous a faits et non des choses bonnes », a-t-il par ailleurs fait remarquer, regrettant que cela « devienne une maladie » chez certains. « Ce sont des “collectionneurs d’injustice”, ils se rappellent seulement les mauvaises choses qu’on leur a faites », a-t-il insisté. Jésus nous invite à « faire le contraire » : ainsi, « quand quelqu’un vient avec une rumeur, qui parle mal de l’autre, dire “Mais oui, peut-être, mais il a cela de bon” ». En bref, « renverser le discours. C’est ça, la révolution de la miséricorde », a indiqué le Pape.

(Avec V. N.)

Mercredi 20 février 2019

Le Pape a poursuivi sa catéchèse sur le Notre Père, à partir d’extraits du Livre d’Isaïe (49, 14-16), insistant sur l’imperfection de l’amour terrestre, comparé à celui prodigué par Dieu.

« La première étape de chaque prière chrétienne est l’entrée dans un mystère, celui de la paternité de Dieu », a commencé le Pape, mettant en relief cette paternité divine avec la figure de nos parents.

« Aucun d’entre nous n’a eu de parents parfaits. Comme nous, nous ne serons jamais des parents ou des pasteurs parfaits », a-t-il justifié.

Par ailleurs, « nos relations amoureuses vivent toujours sous le signe de nos limites et de notre égoïsme, elles sont donc souvent polluées par des désirs de possession ou de manipulation de l’autre… C’est pourquoi parfois les déclarations d’amour se transforment en sentiments de colère et d’hostilité », a ajouté le Souverain pontife.

De ce fait, lorsque nous évoquons Dieu, en tant que « père », nous devons aller au-delà de nos représentations terrestres. Selon le Pape, il s’agit là d’un « amour total », que nous ne goutons qu’imparfaitement dans cette vie.

Et le Pape de regretter : « Les hommes et les femmes sont éternellement des mendiants de l’amour, à la recherche d’un lieu pour être finalement aimé, mais ils ne le trouvent pas. Combien d’amitiés et d’amours déçus dans notre monde ! » Le Souverain pontife argentin a fait ensuite allusion au dieu grec de l’amour, « le plus tragique de tous », dont on ne sait pas s’il est ange ou démon.

« La mythologie dit qu’il est le fils de Poros et de Penía, c’est-à-dire de ruse et de pauvreté, destiné à lui-même à porter une partie de la physionomie de ces parents. À partir de là, nous pouvons penser à la nature ambivalente de l’amour humain : capable de s’épanouir et de dominer la vie en une heure de la journée et immédiatement après, le dépérissement et la mort ; celui qui le saisit lui échappe toujours (Platon, Symposium, 203) », a poursuivi le Saint-Père, citant l’expression du prophète Osée : « Ton amour est comme un nuage du matin, comme la rosée qui s’estompe à l’aube" (6 : 4) ».

Pour le Pape, voici donc ce que notre amour représente souvent : « une promesse qui a du mal à tenir, une tentative qui bientôt se dessèche et s’évapore, un peu comme lorsque le soleil se lève le matin et enlève la rosée de la nuit ».

Combien de fois nous, les hommes, avons-nous aimé d’une manière aussi faible et intermittente ?, interpelle-t-il, avant de compléter : « Désireux d’aimer, nous nous sommes heurtés à nos limites, à la pauvreté de nos forces : incapables de tenir une promesse qu’il semblait facile de réaliser aux jours de grâce ».

Cependant, relève encore le Pape François, il existe un autre amour, celui du Père qui est au ciel. Et là, « personne ne devrait douter qu’il soit le destinataire de cet amour. Si même notre père et notre mère ne nous avaient pas aimés, il y a un Dieu au ciel qui nous aime comme personne sur terre ne l’a jamais fait et ne peut jamais le faire », insiste bien le Pape, développant : « Si tous nos amours terrestres s’effondrent aussi et qu’il ne reste que de la poussière, il y a toujours pour nous tous, brûlant, l’unique et fidèle amour de Dieu ».

L’expression « dans les cieux » ne veut alors pas exprimer une distance, mais « une différence radicale, une autre dimension », explique-t-il, enjoignant le plus grand nombre à « ne pas avoir peur », car « aucun de nous n’est seul ».

(Avec V. N.)

Dimanche 17 Février 2019

Avant de réciter l’Angélus place Saint-Pierre de Rome, le Pape François a livré une méditation sur les Béatitudes de l’évangile du jour selon saint Luc (cf. Lc 6, 17-20-26). Il a mis en garde contre « les professionnels de l’illusion » et l’esprit du monde.

Avec ces Béatitudes fortes et incisives, « Jésus ouvre nos yeux, nous fait voir avec son regard, au-delà des apparences, outre la superficie, et nous enseigne à discerner les situations avec foi », a affirmé d’emblée le Souverain pontife argentin, rappelant que Jésus déclarait bienheureux « les pauvres, les affamés, les affligés, les persécutés », et mettait en garde « ceux qui sont riches, repus, rieurs et acclamés par les gens ».

Jésus voit la Béatitude au-delà des réalités négatives, a souligné le Pape, justifiant que c’était pour cette raison paradoxale que les problèmes surgissant sur le chemin de « ceux qui vivent bien aujourd’hui », étaient plutôt destinés à les « réveiller de la dangereuse illusion de l’égoïsme », de même qu’à les ouvrir à « la logique de l’amour », « tant qu’il en est temps… »

Selon le Pape François, il s’agit donc « de briser les idoles mondaines, ouvrir son cœur au Dieu vivant et vrai », d’autant que « nombreux sont ceux qui se proposent comme distributeurs de bonheur : ceux qui promettent le succès en peu de temps, qui promettent de gros gains ou des solutions magiques à chaque problème ». L’idolâtrie se profile alors, péché contre le premier commandement, avertit le Pape François.

Jésus ouvre nos yeux à la réalité : « Nous sommes appelés au bonheur, à être dans la Béatitude, et nous le devenons à partir du moment où nous nous plaçons du côté de Dieu, de son royaume, du côté de ce qui n’est pas éphémère mais dure pour la vie éternelle ».

« Nous atteignons la joie si nous évitons les idoles auxquelles nous vendons notre âme, mais que nous partageons avec nos frères », a-t-il mentionné, avant de résumer : « Les Béatitudes du Christ sont un message déterminant, qui nous encourage à ne pas faire confiance aux choses matérielles et passagères, à ne pas rechercher le bonheur en suivant les vendeurs de fumée et les professionnels de l’illusion ».

Ainsi, le Seigneur nous aide à acquérir un regard plus pénétrant sur la réalité, à guérir de la myopie chronique dont l’esprit mondain nous contamine. « Il nous secoue et nous fait reconnaître ce qui nous enrichit vraiment, nous satisfait, nous donne joie et dignité. En somme, ce qui donne vraiment du sens et de la plénitude à nos vies », a-t-il conclu.

Après la prière de l’Angélus, le Saint-Père a évoqué la prochaine Rencontre pour la protection des mineurs : « Je vous invite à prier pour ce rendez-vous, que j’ai souhaité comme un acte de forte responsabilité pastorale pour affronter un défi urgent de notre époque ».

La Rencontre pour la protection des mineurs réunira en salle du Synode autour du Pape les présidents des conférences épiscopales du monde entier, et sera structurée en trois parties : les responsabilités spirituelles et juridiques de l’évêque, la reddition de compte à la hiérarchie ecclésiale, et enfin la transparence interne, mais aussi vis-à-vis de l’autorité étatique et de tout le peuple de Dieu.

« Les abus sur mineurs constituent l’un des crimes les plus vils et néfastes qui puissent exister », avait affirmé le Pape lors de son discours au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège en janvier.

Le Pape François a garanti sa présence tout au long du sommet. Lundi 18 février aura lieu la conférence de presse de présentation de ce grand rendez-vous pour l’Église, en présence des membres du comité d’organisation de la Rencontre.

Le cardinal Cupich, archevêque de Chicago, Mgr Scicluna, archevêque de Malte, ou encore le père Lombardi, modérateur de la Rencontre, et le père Zollner, président du Centre pour la protection des mineurs à l’Université grégorienne de Rome, interviendront.

(Avec V. N.)

Mercredi 13 Février 2019

Dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi 13 février, tenue en Salle Paul VI, le Pape François a repris ce matin le cycle de ses catéchèses sur le Notre Père, en expliquant qu’il faut prendre exemple sur Jésus, qui invite à prier dans le secret du cœur, sans chercher à se faire remarquer par les autres.

« Jésus ne veut pas l’hypocrisie. La vraie prière est celle qui s’accomplit dans le secret de la conscience, du cœur : insondable, visible seulement pour Dieu. Moi et Dieu. » Le Pape a insisté sur cette dimension interpersonnelle, ce « dialogue silencieux, comme un carrefour de regards entre deux personnes qui s’aiment ». La prière est donc une relation personnelle en profondeur, mais qui ne doit pas mener à une forme d’intimisme réduisant la vie spirituelle à un petit monde intérieur autocentré.

« Dans le secret de la conscience, le chrétien ne laisse pas le monde derrière la porte de sa chambre, mais il porte dans le cœur les personnes, les situations, les problèmes » qui l’entourent. Le Pape a d’ailleurs remarqué que le pronom “je” n’intervient jamais dans cette prière, mais que l’on s’adresse au Seigneur en le tutoyant, et en s’intégrant dans « une communauté de frères et sœurs », en disant “nous”. La belle expression « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » doit d’ailleurs concerner tous les pauvres du monde et nous inciter au partage.

« Dans la prière, un chrétien porte toutes les difficultés des personnes qui vivent à côté de lui (…) : il pose devant lui de nombreux visages amis ou même hostiles ; il ne les chasse pas comme des distractions dangereuses ». La prière doit être liée à la compassion pour les plus pauvres, encore une fois comme Jésus nous y invite. Elle ne doit pas être une espèce d’anesthésie, pour être tranquille.

Au soir de notre vie, « nous serons jugés sur l’amour », non pas sur de simples sentiments, mais sur notre compassion, nos engagements concrets, a rappelé le Pape, avant de conclure sur cette citation de l’Évangile selon saint Matthieu : « Tout ce que vous avez fait à un seul de mes frères les plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait ».

(Avec V. N.)

Dimanche 10 février 2019

Lors de l’audience de l’Angélus, le Pape François a commenté l’Evangile de Saint Luc qui revient sur l’appel de Jésus à Simon-Pierre : « Jésus, sur la rive du lac de Galilée le voit alors qu’il répare les filets, aux côtés d’autres pécheurs » a rappelé le Saint-Père, « il le voit fatigué et déçu car il n’a pas trouvé de poisson ».

« Jésus le surprend par un geste imprévu », a poursuivi le Pape, en montant sur la barque et demandant de s’éloigner un peu du rivage pour enseigner la foule. Et ses paroles rouvrent à la confiance jusqu’au cœur de Simon. Jésus surprend par cette phrase : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »
La réponse de la foi

Simon répond avant tout par une objection a rappelé le Pape : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » et comme pécheur, il aura pu répondre aussi : « Si nous n’avons rien pris de la nuit, nous pêcherons encore moins durant le jour ». Mais Simon, a expliqué le Saint-Père, inspiré par la présence de Jésus est illuminé par sa Parole et dit finalement : « sur ta parole, je vais jeter les filets ».

C’est la réponse de la foi, a poursuivi le Pape, que nous sommes nous aussi appelés à donner, c’est le comportement de disponibilité que le Seigneur demande à tous ses disciples, surtout à ceux qui ont des responsabilités dans l’Eglise.

L’obéissance confiante de Pierre génère un résultat prodigieux a poursuivi François : « Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer ». Cette pêche miraculeuse est signe de la puissance de la parole de Jésus, quand nous mettons avec générosité à son service, il accompli en nous de grandes choses.

« Jésus nous demande de l’accueillir sur la barque de nos vie », a expliqué le Pape, pour repartir avec Lui et fendre une mer nouvelle, pleine de surprises. Son invitation à sortir en haute mer à l’humanité de notre temps, pour être témoins de bonté et de miséricorde, donne un sens nouveau à notre existence, qui risque souvent de s’aplatir sur elle-même.

Nous pouvons parfois rester surpris ou réticents face à cet appel, a encore souligné le Saint-Père, tenter de le refuser pensant qu’il ne nous est pas adapté. Pierre lui-même, après sa pêche incroyable dit à Jésus : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur », mais il le dit à genoux, devant Celui qu’il reconnaît comme « Seigneur ».

Mais Jésus l’encourage : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Si nous lui faisons confiance a expliqué le Pape, il nous libère de notre péché et nous ouvre devant un horizon nouveau : collaborer à sa mission.

Le Pape a conclu sa méditation en rappelant que le plus grand miracle réalisé par Jésus pour Simon et les autres pécheurs déçus et fatigués n’était pas tant dans les filets pleins de poisson, mais de les avoir encouragé à ne pas tomber dans la déception et le découragement face aux défaites. Il les a ouverts pour qu’ils deviennent annonciateurs et témoins de sa parole et du Règne de Dieu. Que la Vierge, a demandé François nous aide à sentir la fascination de l’appel du Seigneur.

A la suite de la prière de l’Angélus, et à l’occasion de la cinquième Journée mondiale de prière contre la traite, le Saint-Père a tenu à honorer la mémoire de Sainte Bakhita, fêtée le 8 février. La prière à Sainte Joséphine Bakhita a été distribuée place Saint-Pierre et le Pape a invité les fidèles à unir leur voix avec la sienne.

A l’age de 7 ans, la soudanaise a été vendue comme esclave et « a dû affronter des difficultés et des souffrances indicibles ». « Une fois libérée de ta servitude physique, tu as trouvé la vraie rédemption dans la rencontre avec le Christ et son Église », a déclaré François depuis la fenêtre du palais apostolique, avant de demander à Sainte Joséphine Bakhita d’aider tous ceux qui sont pris au piège de la servitude. « En leur nom, intercède auprès du Dieu de la miséricorde, afin que les chaînes de leur prison puissent être rompues. Puisse Dieu lui-même libérer tous ceux qui sont menacés, blessés ou maltraités à cause de la traite et du trafic d’être humain. » Que Bakhita enseigne à tous ceux qui survivent à voir Jésus comme un modèle de foi et d’espérance, ainsi ils pourront guérir de leurs propres blessures.

« Je te supplie de prier et d’intercéder pour chacun de nous » a conclu le Souverain Pontife, « afin que nous ne tombions pas dans l’indifférence, afin que nous ouvrions les yeux et puissions regarder les misères et les blessures de tant de nos frères et soeurs privés de leur dignité et de leur liberté et écouter leur cri d’aide, Amen. »

(Avec V. N.)

Mercredi 6 Février 2019

Lors de l’audience générale du mercredi, tenue en Salle Paul VI, le Pape est revenu sur son voyage aux Émirats arabes unis, qui s’est achevé hier : « Un voyage bref mais très important qui a écrit une nouvelle page dans l’histoire du dialogue entre le christianisme et l’islam, et dans l’engagement de promouvoir la paix dans le monde sur la base de la fraternité humaine ».

« Pour la première fois, un Pape s’est rendu dans la Péninsule arabique », a souligné l’évêque de Rome, en remarquant que « la Providence a voulu que ce soit un Pape du nom de François, 800 ans après la visite de saint François d’Assise au sultan al-Malik al-Kamil ». Le Pape s’est donc inspiré du saint dont il a choisi de porter le nom pour garder dans son cœur « l’Évangile du Christ, la prière du Père pour tous ses enfants, spécialement pour les plus pauvres, pour les victimes des injustices, des guerres, de la misère ; la prière pour que le dialogue interreligieux entre le christianisme et l’islam soit un facteur décisif pour la paix dans le monde d’aujourd’hui ».

En remerciant les autorités du pays, le Pape a expliqué que la forte croissance des Émirats arabes unis durant les dernières décennies a fait de ce territoire « un carrefour entre Orient et Occident, une oasis multiethnique et multireligieuse, et donc un lieu adapté pour promouvoir la culture de la rencontre ». Il a également souligné le dévouement de tous les prêtres des différents rites, des religieux et des laïcs qui animent la présence chrétienne sur cette terre.

Le Saint-Père invite à étudier attentivement le Document sur la Fraternité humaine qu’il a signé avec le Grand-Imam d’Al-Azhar, qui se situe dans la continuité de leur rencontre au Caire en 2017, et qui vise à donner un signe de respect et de dialogue à partir des valeurs communes entre le monde chrétien et le monde musulman, comme la promotion de la vie et de la famille, le sens religieux, le respect des anciens ou encore l’éducation des jeunes.

Il a enfin souligné la forte et étonnante affluence lors de la messe célébrée hier, qui a été l’occasion de prier « pour la paix et la justice, avec une intention spéciale pour le Moyen-Orient et pour le Yémen ». Ce voyage a été révélateur des « surprises de Dieu », a conclu le Pape François, qui a invité à prier pour que tout ce qui a été semé apporte des fruits, « selon ce que Dieu voudra ».

Au terme de l’audience, le Pape François a lancé un appel suite au naufrage d’une barque samedi dernier au large des Bahamas, avec des dizaines de migrants haïtiens à bord, « en recherche d’espérance et d’un futur de paix. » Le Pape a donc adressé sa « pensée affectueuse aux familles éprouvées par la douleur, ainsi qu’au peuple haïtien frappé par cette nouvelle tragédie. Je vous invite à vous unir à ma prière pour ceux qui ont dramatiquement disparu et pour les blessés », a conclu le Saint-Père.

(Avec V. N.)

Dimanche 3 Février 2019

Avant la prière de l’Angélus, le Pape François a commenté l’Évangile du jour, qui fait suite à celui de la semaine dernière. Jésus est à la synagogue de Nazareth, au début de son ministère public, où il se heurte à l’incompréhension et à la méfiance de ses compatriotes.

Ceux qui fréquentent la synagogue de Nazareth voudraient que Jésus fasse des miracles « là, à Nazareth », a expliqué le Pape François, mais cela « ne correspond pas au plan de Dieu : Dieu veut la foi, eux veulent les miracles ; Dieu veut sauver tout le monde, et eux veulent un Messie à leur propre avantage ».

Jésus tente de le leur faire comprendre par deux exemples : ceux des prophètes Élie et Élisée, venus guérir des étrangers. Mais devant cette invitation « à ouvrir leurs cœurs à la gratuité et à l’universalité du salut, les citoyens de Nazareth se rebellent », a poursuivi le Saint-Père. Ils deviennent agressifs envers Jésus et le poussent « hors de la ville » (v29).

Ainsi commence le ministère public de Jésus, « avec un refus et avec une menace de mort ». Toutefois Jésus « sait bien qu’il doit affronter la fatigue, le refus, la persécution et la défaite » en accomplissant la mission que lui confie le Père. « Un prix que la prophétie authentique est appelée à payer, hier comme aujourd’hui », a souligné le Pape. Mais cela « ne décourage pas Jésus » ni n’empêche « la fécondité de son action prophétique ». Il continue son chemin (cf. v30), « confiant dans l’amour du Père ».

Comme l’a montré le Pape François, cet Évangile est un exemple pour les croyants d’aujourd’hui. Le monde actuel « a besoin de voir dans les disciples du Seigneur des prophètes, c’est-à-dire des personnes courageuses et persévérantes dans leur réponse à la vocation chrétienne ». Des personnes poussées par l’Esprit-Saint, « qui les envoie annoncer l’espérance et le salut aux pauvres et aux exclus » ; des personnes « qui suivent la logique de la foi » et non celle du miracle ; des personnes « dévouées au service de tous, sans privilèges et exclusions ». Autrement dit, a conclu le Souverain Pontife, « des personnes qui s’ouvrent pour accueillir en elles-mêmes la volonté du Père et s’engagent à en témoigner aux autres fidèlement ».

(Avec V. N.)

Mercredi 30 Janvier 2019

Lors de l’audience générale de ce mercredi au Vatican, le Pape François de retour d’Amérique centrale a souhaité, avec les fidèles présents en Salle Paul VI, rendre grâce pour son voyage au Panama à l’occasion des 34èmes Journées mondiales de la Jeunesse qui se sont achevées dimanche. Ces JMJ ont été « un don du Seigneur à l’Eglise et au peuple de ce pays ». Lors de sa catéchèse, le Pape est revenu sur les temps forts de cet événement.

Pour leur accueil chaleureux,Lors de l’audience générale de ce mercredi au Vatican, le Pape François de retour d’Amérique centrale a souhaité, avec les fidèles présents en Salle Paul VI, rendre grâce pour son voyage au Panama à l’occasion des 34èmes Journées mondiales de la Jeunesse qui se sont achevées dimanche. Ces JMJ ont été « un don du Seigneur à l’Eglise et au peuple de ce pays ». Lors de sa catéchèse, le Pape est revenu sur les temps forts de cet événement. le Pape François remercie encore le président et autres autorités du Panama, les évêques, les volontaires et tous ces gens enthousiastes, à la foi ardente, qui ont accouru de toutes parts. Il se dit frappé par la manière dont les parents portaient leurs enfants, leur orgueil et leur fierté, à bouts de bras quand passait la papamobile. Quelle dignité dans ce geste, et quel message pour l’Europe en plein hiver démographique.

Au Panama, le Pape a souligné combien la présence joyeuse des jeunes a su contaminer même les rencontres les plus formelles, avec les autorités, ou les plus recueillies, avec les mineurs détenus. Ce fut « une fête » pour la jeunesse, pour le pays et pour toute l’Amérique centrale « frappée par tant de drames et qui a besoin d’espérance, de paix et de justice ».

Le Pape s’est félicité du « beau geste » que ces rencontres en amont des JMJ entre les jeunes autochtones et afro-américains. « Une initiative importante qui manifeste particulièrement bien le visage multiforme de l’Église en Amérique latine ». Le Pape se réjouit de la grande symphonie de langues et de visages qui suivit à l’arrivée des jeunes du monde entier.

« Voir tous les drapeaux défiler ensemble, danser dans les mains de jeunes heureux de se rencontrer est un signe prophétique, un signe à contre-courant par rapport à la triste tendance actuelle des nationalismes conflictuels qui érigent des murs et se ferment à l’universalité, à la rencontre avec les peuples. C’est un signe que les jeunes chrétiens sont dans le monde levain de paix ».

Le thème de ces JMJ était la réponse que la Vierge Marie fit à l’Ange : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». De fait, affirme François, tant que se lèveront de nouvelles générations capables de répondre à Dieu : « me voici », le monde aura un avenir.

Parmi les étapes incontournables des JMJ, il y a le Chemin de Croix. Marcher avec la Vierge derrière Jésus qui porte la croix est « une école de la vie chrétienne : là on apprend l’amour patient, silencieux et concret ». Un temps cher au Pape François, confie-t-il. En Amérique centrale, beaucoup de jeunes vivent dans des conditions difficiles, « victimes de toutes sortes de servitudes et de pauvretés » et, à cet égard, le Chemin de croix et la liturgie pénitentielle, célébrée dans une maison de rééducation pour mineurs, ont été très significatifs, explique-t-il.

Autres temps forts de ces JMJ : la veillée et la messe du lendemain matin. Pendant la veillée, le Pape a voulu proposer aux jeunes la Vierge Marie « comme celle qui, dans sa petitesse, a le plus influencé l’histoire du monde ». Elle est « l’influenceuse de Dieu ». Lors de la Messe, le Pape a taché de leur faire comprendre que le Christ ressuscité, avec la force de l’Esprit Saint les invitent à vivre l’Evangile aujourd’hui, car « ils sont l’aujourd’hui de l’Eglise et du monde ». Le Pape assure avoir fait appel à la responsabilité des adultes, pour que ne manquent pas aux nouvelles générations l’instruction, le travail, la communauté et la famille.

Le Pape François a évoqué la rencontre avec les évêques d’Amérique centrale, « un moment spécial de consolation ». Ensemble, ils se sont laissés pétrir par le témoignage de Saint Oscar Romero pour « sentir avec l’Église ».

Enfin, il est revenu sur « un signe de beauté retrouvée, à la Gloire de Dieu pour la foi et la fête de son peuple », à savoir la consécration de l’autel de la cathédrale Santa Maria La Antigua, qui fut fermée pendant sept ans.

« Puisse la famille de l’Église au Panama et dans le monde, obtenir toujours de l’Esprit Saint une nouvelle fécondité pour que le pèlerinage des jeunes disciples missionnaires du Christ se poursuive et se propage sur la terre », a conclu le Saint-Père.

A l’issue de la catéchèse, François a salué les pèlerins de différentes langues et nations, notamment ceux du diocèse de Versailles, en France. En Italien, il a également salué la figure de saint Jean Bosco dont la mémoire sera célébrée demain. « Père et maître des jeunes », Don Bosco a su faire sentir à chaque jeune qu’il rencontrait « l’étreinte de Dieu », leur offrant ainsi « de l’espérance, une maison, un avenir ». Le Pape espère que son témoignage aide à comprendre combien il est important d’éduquer les jeunes générations aux authentiques valeurs humaines et spirituelles.

(Avec V. N.)

Dimanche 27 janvier 2019

Après avoir présidé la messe de clôture des Journées Mondiales de la Jeunesse, le Saint-Père s’est rendu ce dimanche à la Casa Hogar du Bon Samaritain Juan Díaz. Situé en périphérie de la capitale panaméenne, ce lieu accueille des jeunes malades du sida. Le Pape François y a rencontré les résidents avant de prononcer un discours et de réciter avec eux la prière de l’Angélus.

Le Pape, très attendu dans ce foyer d’accueil du Bon Samaritain, a été accueilli dans un climat de simplicité et d’amitié. Un petit garçon de 13 ans, vêtu de l’habit des franciscains, a même entonné un chant devant le Saint-Père, reprenant les mots de saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta Paix ».

Après avoir été salué par le directeur de la Casa Hogar, le père Domingo Escobar, le Pape s’est adressé à l’assemblée. Une centaine de personnes étaient présentes, religieux et laïcs, dont les 18 malades du centre ainsi que des jeunes venus de d’autres foyers du Panama.

« J’ai beaucoup désiré cette rencontre avec vous qui êtes ici », a d’abord reconnu le Saint-Père. « Être ici avec vous est pour moi un motif pour renouveler l’espérance. Merci de le permettre ». Le Souverain Pontife a ensuite assuré que la Casa Hogar est « le signe de cette vie nouvelle que le Seigneur veut nous donner ». « Ce ne sont pas seulement ceux que nous pourrions appeler les “premiers bénéficiaires” qui naissent ici de nouveau ; ici l’Église et la foi naissent et se recréent continuellement par la charité », a-t-il ajouté.

Le Saint-Père a également évoqué la figure du Bon Samaritain, dont le foyer porte le nom. Il montre que « le prochain est avant tout un visage que nous rencontrons en chemin, et par lequel nous nous laissons déplacer et émouvoir : déplacer nos schémas, nos priorités, et émouvoir intimement par ce que vit cette personne, afin de lui donner un lieu et un espace dans notre agir ».
Se laisser toucher par un visage

Une nouvelle fois, le Souverain Pontife a dénoncé « l’indifférence », qui « elle aussi, blesse et tue ». Au contraire, le Bon Samaritain « nous montre que le prochain est en premier lieu une personne, quelqu’un avec un visage concret, réel, et non pas une chose par-dessus laquelle passer ou à ignorer, quelle que soit sa situation. C’est le visage qui révèle notre humanité tant de fois souffrante et ignorée. C’est le visage qui gêne superbement la vie parce qu’il nous rappelle et nous met sur le chemin de ce qui est vraiment important, et nous délivre de banaliser et de rendre inutile notre suite du Seigneur », a insisté le Pape.

Ce visage, c’est aussi celui « silencieux et maternel de l’Église qui est capable de prophétiser et de créer des foyers, de créer des communautés », a poursuivi le Pape François. Un visage « qui normalement ne se voit pas et passe inaperçu, mais qui est le signe de la miséricorde tendre et concrète de Dieu, le signe vivant de la bonne nouvelle de la résurrection qui agit aujourd’hui dans notre vie ».

Le Pape a ensuite offert une réflexion sur le sens du foyer, lieu de vie, de partage et de pardon. « Créer un “foyer”, c’est créer une famille », a-t-il expliqué. « C’est apprendre à se sentir unis aux autres au-delà des liens utilitaires ou fonctionnels qui nous font sentir la vie un peu plus humaine. Créer un foyer, c’est faire en sorte que la prophétie prenne corps et rende nos heures et nos jours moins inhospitaliers et anonymes. C’est créer des liens qui se construisent par des gestes simples, quotidiens et que nous pouvons tous faire ». Un foyer vit grâce « à la collaboration de chacun ». Et cela « implique de demander au Seigneur de nous donner la grâce d’apprendre à avoir de la patience, à se pardonner ; apprendre tous les jours à recommencer », a insisté le Saint-Père.

Celui-ci a enfin invité l’assemblée à se tourner vers la Vierge Marie, à lui remettre « inquiétudes et besoins », « douleurs » et « blessures », « afin que, en Bonne Samaritaine, elle vienne à nous et nous porte secours par sa maternité, par sa tendresse, par son sourire de Mère ».

Après la prière de l’Angélus et le message qui a suivi, le Pape a passé du temps avec les différents invités. Beaucoup se sont succédé auprès du Saint-Père pour échanger avec lui quelques mots, lui remettre un cadeau, lui demander sa bénédiction. Il s’agissait majoritairement de jeunes, venus de différents pays, accueillis dans des foyers tenus par des religieux pour des raisons douloureuses : maladie, violences subies, emprise de la drogue… La spontanéité et l’affection ont dominé ce temps privilégié, dont tous repartiront avec de nouvelles forces pour leur chemin de vie.

Après l’Angélus prié depuis le Panama, le Saint-Père avait condamné le double attentat qui a endeuillé les Philippines samedi. Il a aussi exprimé sa proximité avec la population de divers pays frappés récemment par des épisodes de violence, notamment en Amérique latine.

Depuis la Casa Hogar du Bon Samaritain, au terme de la prière de l’Angélus, le Saint-Père a délivré ce dimanche un bref message rassemblant plusieurs intentions de prière.

Le Pape François a exprimé ses condoléances pour les victimes de l’attaque meurtrière ayant frappé samedi la cathédrale de Jolo, au sud des Philippines. « Je rappelle ma plus ferme réprobation pour cet épisode de violence, qui apporte de nouveaux deuils dans cette communauté chrétienne, et j’élève mes prières pour les défunts et pour les blessés. Que le Seigneur, prince de la paix, convertisse le cœur des violents et accorde aux habitants de la région une coexistence sereine », a exhorté le Saint-Père.

Le Pape s’est également exprimé aujourd’hui sur la crise vénézuélienne. Durant ces journées passées au Panama, il dit s’être senti « particulièrement uni » au peuple vénézuélien. « Face à la grave situation qu’il est en train de vivre, je demande au Seigneur que soit recherchée et atteinte une solution juste et pacifique pour surmonter la crise, dans le respect des droits humains et en recherchant exclusivement le bien de tous les habitants du pays », a déclaré François, qui a invité à prier pour le Venezuela par l’intercession de Notre-Dame de Coromoto, la sainte patronne du pays.

Le Saint-Père a « recommandé à la miséricorde de Dieu » les victimes de deux autres récentes tragédies : celles qui ont perdu la vie lors de la rupture d’un barrage dans l’État du Minas Gerais, au Brésil, le 25 janvier dernier, et les dizaines de morts qu’a provoqué l’incendie d’un oléoduc dans l’État de Hidalgo, au Mexique, le 19 janvier dernier. Le Pape a aussi exprimé son « affection » et sa « proximité spirituelle à leurs familles et à toute la population », et assuré les nombreux blessés de sa prière.

La Colombie a enfin été longuement évoquée par le Saint-Père. Un attentat à la voiture piégée a en effet tué 20 jeunes policiers dans les installations de l’école nationale de police, à Bogota, le 17 janvier dernier. Ces jeunes, « assassinés par la haine terroriste », ont été au cœur d’une prière à haute voix du Pape François, qui a nommé chacune des victimes. Après chaque nom prononcé, l’assemblée répondait « présent », comme il est de coutume de le dire dans la Casa Hogar « quand on nomme un mort », a expliqué le Pape, pour que les défunts « soient présents devant Dieu ». Le Souverain Pontife a invoqué pour eux et pour le peuple colombien la paix du Seigneur.

Par ailleurs, le Pape a souligné une commémoration marquante de ce 27 janvier : la Journée internationale du souvenir de l’Holocauste. « Il faut maintenir vivant le souvenir du passé », a-t-il expliqué, « de la tragédie passée et apprendre des pages noires de l’histoire pour ne jamais commettre de nouveau les mêmes erreurs. Continuons à nous efforcer sans jamais renoncer à cultiver la justice, à faire grandir la concorde et à soutenir l’intégration, pour être des instruments de paix et les constructeurs d’un monde meilleur », a demandé François.

(Avec V. N.)

Dimanche 20 janvier 2019

Avant la prière de l’angélus récitée place saint-Pierre, le Pape François est revenu sur le premier des « signes » opérés par Jésus au cours de son existence.La nouvelle Alliance est scellée.

Le premier de ces « signes prodigieux » a lieu dans le village de Cana, en Galilée, lors de la fête d’un mariage, « car Dieu a épousé l’humanité », constate d’emblée le Pape François.

Tout le mystère du signe de Cana est fondé « sur la présence de cet époux divin qui commence à se révéler », relève le Pape, en poursuivant : « Jésus se manifeste en tant qu’époux du peuple de Dieu, annoncé par les prophètes, et nous révèle la profondeur de la relation qui nous unit à lui : c’est une nouvelle Alliance d’amour ».
Le symbole du vin

Dans le contexte de cette Alliance, le sens du symbole du vin, qui est au centre de ce miracle, est parfaitement compris. Au moment où la fête est à son apogée, que le vin est fini ; La mère de Jésus le remarque et lui dit : « Ils n’ont pas de vin » (v. 3). Et pourtant, explique le Souverain pontife, les Écritures, en particulier les prophètes, désignaient le vin comme « élément typique du festin messianique » (cf. Am 9,13-14 ; Gl 2,24 ; Is 25,6).

En transformant ainsi en vin l’eau des jarres utilisées « pour les purifications rituelles des Juifs » (v. 6), Jésus fait un signe éloquent : « Il transforme la loi de Moïse en Évangile, porteur de joie », estime l’évêque de Rome.

C’est alors que les paroles de Marie prennent tout leur sens : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (v. 5).

De cette manière, durant ces noces, « une nouvelle alliance est vraiment scellée et la nouvelle mission est confiée à toute l’Église », en conclut le Pape, précisant : « Servir le Seigneur signifie écouter et mettre en pratique sa parole ».

Une « recommandation simple et essentielle de la Mère de Jésus », « le programme de la vie du chrétien », afin que nous puissions reconnaitre dans la vie quotidienne « les signes de sa présence vivifiante », ainsi que sa grâce.

Après avoir récité la prière de l’angélus, le Pape François a évoqué les JMJ de Panama, qui s’ouvriront mardi 22 janvier 2019. Le Saint-Père a demandé aux fidèles de prier pour « ce très bel et important événement sur le chemin de l’Église ».

Le Pape qui a aussi fait allusion au message pour la Journée mondiale des communications sociales 2019. « Cette année, il contient une réflexion sur les communautés connectées et humaine. Internet et les réseaux sociaux sont une ressource de notre temps, une opportunité pour rester en contact avec autrui, pour partager valeurs et projets, et exprimer le désir de créer une communauté. Le réseau peut également nous aider à prier en communauté, à prier ensemble », a déclaré à le Pape François, ajoutant quelques mots pour le père Frédéric Fornos, directeur international du Réseau Mondial de Prière du Pape, dont il a présenté la plateforme officielle « Click To Pray » (Cliquez pour prier) un site qui permet d’insérer les intentions de prière pour l’Église ; le Pape en a lui-même fait la démonstration sur un iPad.

Le Sainbt-Père a encore encouragé les efforts de l’UNESCO à l’occasion de la première journée internationale de l’éducation qui aura lieu le 24 janvier prochain et il a confié « avoir deux douleurs dans le cœur » : la Colombie et le naufrage en Méditerranée.

« Je pense aux 170 victimes du naufrage en Méditerranée. Ils cherchaient un avenir, ils ont été victimes, peut-être, de trafiquants. Nous prions pour eux et pour les responsables de ce qu’il s’est passé », a assuré le Pape François, très touché par cette tragédie humanitaire.

Une embarcation pneumatique transportant 120 personnes a fait naufrage vendredi 18 janvier au large de la Lybie. Trois personnes seulement ont survécu, selon Flavio Di Giacomo, porte-parole de l’agence de l’ONU pour la migration.

« Il y donc 117 personnes portées disparues, dont 10 femmes et deux enfants - dont un était âgé d’à peine deux mois », a-t-il indiqué sur Twitter. Environ 53 autres personnes sont décédées en mer d’Alboran, la partie la plus occidentale de la mer Méditerranée, selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR).

Pour la plupart, ces migrants étaient originaires d’Afrique de l’Ouest, dont une quarantaine de Soudanais, ont raconté les trois survivants, secourus par des garde-côtes italiens et emmenés sur l’île de Lampedusa.

(Avec V. N.)

Vendredi 18 janvier 2019

Lors des Vêpres célébrées en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, le Saint-Père a rappelé dans son homélie que « la solidarité et la responsabilité commune doivent être les lois qui régissent la famille chrétienne » et que « nous devons reconnaitre la valeur de la grâce concédée aux autres communautés chrétiennes ». Nous vous proposons de découvrir son homélie en intégralité.

" Aujourd’hui a commencé la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, au cours de laquelle nous sommes tous invités à invoquer de Dieu ce grand don. L’unité des chrétiens est un fruit de la grâce de Dieu et nous devons nous disposer à l’accueillir avec un cœur généreux et disponible. Ce soir, je suis particulièrement heureux de prier avec les représentants des autres Eglises présentes à Rome, auxquelles j’adresse un cordial et fraternel salut. Je salue aussi la délégation œcuménique de la Finlande, les étudiants de l’Ecumenical Institute of Bossey, en visite à Rome pour approfondir leur connaissance de l’Eglise catholique, et les jeunes orthodoxes et orthodoxes orientaux qui étudient ici avec le soutien du Comité de Collaboration culturelle avec les Églises orthodoxes, travaillant auprès du Conseil pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

Le livre du Deutéronome imagine le peuple d’Israël installé dans les plaines de Moab, sur le point d’entrer dans la Terre que Dieu lui a promise. Ici, Moïse, comme un père prévenant et un chef désigné par le Seigneur, répète la Loi au peuple, l’instruit et lui rappelle qu’il devra vivre avec fidélité et justice une fois qu’il se sera établi dans la terre promise.

Le passage que nous venons d’écouter fournit des indications sur la manière de célébrer les trois principales fêtes de l’année : Pesach (Pâque), Shavuot (Pentecôte), Sukkot (Tabernacles). Chacune de ces fêtes appelle Israël à la gratitude pour les biens reçus de Dieu. La célébration d’une fête demande la participation de tous. Personne ne peut être exclu : « Tu te réjouiras en présence du Seigneur ton Dieu, au lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom, et avec toi se réjouiront ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, le lévite qui réside dans ta ville, l’immigré, l’orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi » (Dt 16, 11).

Pour chaque fête, il faut accomplir un pèlerinage « dans le lieu choisi par le Seigneur ton Dieu pour y faire demeurer son nom » (v. 2). Là, le fidèle israélite doit se placer devant Dieu. Bien que chaque israélite ait été esclave en Égypte, sans aucune possession personnelle, « personne ne paraîtra les mains vides devant la face du Seigneur » (v. 16) et le don de chacun sera à la mesure de la bénédiction que le Seigneur lui aura donnée. Tous recevront donc leur part de la richesse du pays et bénéficieront de la bonté de Dieu.

Le fait que le texte biblique passe de la célébration des trois fêtes principales à la nomination des juges ne doit pas nous surprendre. Les fêtes-mêmes exhortent le peuple à la justice, rappelant l’égalité fondamentale entre tous les membres, tous également dépendants de la miséricorde divine, et invitant chacun à partager avec les autres les biens reçus. Rendre honneur et gloire au Seigneur dans les fêtes de l’année va de pair avec le fait de rendre honneur et justice à son prochain, surtout s’il est faible et dans le besoin.

Les chrétiens d’Indonésie, réfléchissant sur le choix du thème pour la Semaine de Prière actuelle, ont décidé de s’inspirer de ces paroles du Deutéronome : « C’est la justice, rien que la justice, que tu rechercheras » (16, 20). En elles, est vivante la préoccupation que la croissance économique de leur pays, animée par la logique de la concurrence, en laisse beaucoup dans la pauvreté permettant seulement à un petit nombre de s’enrichir grandement. C’est mettre en danger l’harmonie d’une société dans laquelle des personnes de différentes ethnies, langues et religions vivent ensemble, partageant le sens d’une responsabilité réciproque.

Mais cela ne vaut pas seulement pour l’Indonésie : cette situation se rencontre dans le reste du monde. Quand la société n’a plus comme fondement le principe de la solidarité et du bien commun, nous assistons au scandale de personnes qui vivent dans l’extrême misère à côté de gratte-ciels, d’hôtels imposants et de luxueux centres commerciaux, symboles d’une richesse éclatante. Nous avons oublié la sagesse de la loi mosaïque, selon laquelle si la richesse n’est pas partagée, la société se divise.

Saint Paul, écrivant aux Romains, applique la même logique à la communauté chrétienne : ceux qui sont forts doivent s’occuper des faibles. Il n’est pas chrétien de « faire ce qui nous plaît » (15, 1). En suivant l’exemple du Christ, nous devons en effet nous efforcer d’édifier ceux qui sont faibles. La solidarité et la responsabilité commune doivent être les lois qui régissent la famille chrétienne.

Comme peuple saint de Dieu, nous aussi sommes toujours sur le point d’entrer dans le Royaume que le Seigneur nous a promis. Mais, en étant divisés, nous avons besoin de rappeler l’appel à la justice que Dieu nous a adressé. Même parmi les chrétiens, il y a le risque que prédomine la logique connue des Israélites dans les temps anciens et du peuple indonésien au jour d’aujourd’hui, c’est-à-dire que, dans la tentative d’accumuler des richesses, nous oublions les faibles et les personnes dans le besoin. Il est facile d’oublier l’égalité fondamentale qui existe entre nous : qu’à l’origine nous étions tous esclaves du péché et que le Seigneur nous a sauvés dans le Baptême, nous appelant ses fils. Il est facile de penser que la grâce spirituelle qui nous a été donnée est notre propriété, quelque chose qui nous revient et qui nous appartient. Il est possible, en outre, que les dons reçus de Dieu nous rendent aveugles sur les dons faits aux autres chrétiens. C’est un grave péché de diminuer ou de mépriser les dons que le Seigneur à concédés aux autres frères, en croyant qu’ils sont en quelque sorte moins privilégiés de Dieu. Si nous nourrissons des pensées semblables, nous permettons que la grâce elle-même reçue devienne source d’orgueil, d’injustice et de division. Et comment pourrons-nous alors entrer dans le Royaume promis ?

Le culte qui sied à ce Royaume, le culte que la justice demande, est une fête qui concerne tout le monde, une fête dans laquelle les dons reçus sont rendus accessibles et partagés. Pour accomplir les premiers pas vers cette terre promise qui est notre unité, nous devons surtout reconnaître avec humilité que les bénédictions reçues ne sont pas nôtres de droit, mais qu’elles sont nôtres par don, et qu’elles nous ont été données afin que nous les partagions avec les autres. En second lieu, nous devons reconnaître la valeur de la grâce concédée aux autres communautés chrétiennes. Par conséquent, ce sera notre désir de participer aux dons des autres. Un peuple chrétien renouvelé et enrichi par cet échange de dons sera un peuple capable de marcher d’un pas assuré et confiant sur la voie qui conduit à l’unité. "

(Librairie éditrice du Vatican)

Mercredi 16 janvier 2019

Lors de l’audience générale tenue dans la salle Paul VI au Vatican, le Pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière du “Notre Père”.

Le Pape s’est appuyé sur cet extrait de la Lettre de Saint-Paul aux Romains : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions "Abba !", c’est-à-dire : Père ! »

C’est dans ce cri vers le Père que se condense toute la nouveauté de l’Évangile. Le chrétien ne considère plus Dieu comme un tyran à craindre, a expliqué le Saint-Père, il n’a plus peur mais il entend faire germer en son cœur la confiance en lui : il peut parler avec le Créateur en l’appelant "Abba".

L’Écriture a gardé l’expression araméenne de Jésus, c’est comme si sa voix « était enregistrée » a expliqué le Pape.

Dans la première parole du Notre Père nous trouvons la nouveauté radicale de la prière chrétienne. Dire "Abba", c’est bien plus intime et émouvant que d’appeler simplement Dieu "Père". Nous continuons ainsi à dire "Notre Père", mais nous sommes invités à dire "papa" avec notre cœur.

« Pour cela, pour bien prier il faut avoir le cœur d’un enfant, comme un enfant dans les bras de son père, de son papa ».

« Que signifie cette parole pour Jésus ? », a demandé le Pape. Pour répondre à cette question, il faut relire la parabole du père miséricordieux qui accueille son fils prodigue en lui faisant comprendre combien il lui a manqué (Luc 15, 11-32). A chaque fois Dieu répond qu’il ne connait « que l’amour ».

Il suffit d’évoquer l’expression "Abba" pour que se développe une prière chrétienne. Dans cette expression "Abba", il y a une force qui attire tout le reste de la prière.

« Dieu te cherche même si tu ne le cherches pas. Dieu t’aime même si tu l’as oublié. Dieu n’est pas seulement un père, il est comme une mère qui ne cesse jamais d’aimer sa créature ».

Pour un chrétien, prier c’est donc simplement dire "Abba", avec la confiance d’un enfant. Et même dans les moments difficiles où nos sentiers semblent s’éloigner de Dieu, nous pouvons encore trouver la force de prier en évoquant "Notre Père".

Il ne cachera jamais son visage, même si l’on a fait des choses mauvaises. Il ne s’enfermera jamais dans le silence, mais sera toujours un père qui nous aime. « Il nous dira toujours qu’il est un père qui jamais ne nous a perdu de vue ». N’oublions jamais, a conclu le Pape François de dire "Père".

(Avec V. N.)

Dimanche 13 janvier 2019

En la solennité du Baptême du Seigneur, le Pape a baptisé 27 nouveau-nés sous les fresques de la Chapelle Sixtine au Vatican : il a demandé aux parents de transmettre la foi à la maison en menant une vie exemplaire. Lors de la prière de l’Angélus, le pape a invité les fidèles à vivre en cohérence avec leur baptême.

Sous les yeux des prophètes et des sibylles de Michel-Ange, le Pape François a baptisé ce dimanche 13 janvier 12 petits garçons et 15 petites filles, pour la plupart enfants d’employés du Vatican. Une sainte messe, dans le cadre de la fête du Baptême du Seigneur, qui clôt le temps de Noël.

S’adressant aux parents, le Saint-Père a délivré un message sur la transmission de la foi. « Que demandez-vous pour vos enfants ? » a demandé le Souverain Pontife aux parents ? « la foi ». Une foi qui selon François doit grandir, mais pas seulement au catéchisme. « Avant de l’étudier, la foi se transmet, et ceci est un travail qui vous incombe » a-t-il déclaré. Et ce devoir se fait entre les murs de la maison, dans le « dialecte » : celui de la famille et celui du foyer. Le Saint-Père a aussi rappelé aux parents l’importance d’enseigner le signe de croix aux enfants.
Ne jamais se disputer devant les enfants

Le Pape François a demandé aux géniteurs de transmettre la foi « avec leur vie de foi », pour que les enfants « voient l’amour des conjoints, qu’ils voient la paix de la maison ». Avant de donner un conseil : ne jamais se disputer devant ses enfants. « Il est normal que des époux se disputent, le contraire serait étrange. Faites-le, mais qu’ils ne l’entendent pas, qu’ils ne le voient pas ». Car les disputes parentales peuvent angoisser l’enfant, a expliqué François.

Tandis que la chapelle Sixtine se remplissait de pleurs de chérubins, le Saint-Père s’est penché sur l’origine des larmes des enfants. Ils peuvent pleurer parce qu’ils ont trop chaud, parce qu’ils ont faim… mais aussi par prévention. « ”Le pleur préventif” est une chose étrange, ils ne savent pas ce qui va arriver, et pensent “je pleure d’abord, ensuite on verra”... c’est une défense. » Soyez attentifs à ne pas trop les couvrir, a rappelé le Pape, et comme les années précédentes, il a incité les mères à allaiter leurs petits. Parce que, quel est le risque de l’allaitement, a continué le Saint-Père en souriant, sinon contredire leur vocation polyphonique ? « un se met à pleurer, l’autre fait le contrepoint, et puis l’autre… et au final nous avons un choeur de pleurs ! ».

Le Pape François a ensuite béni l’eau du baptême. Appelant les couples de parents un par un, il a aspergé d’eau chacun des enfants à l’aide d’une coquille de baptême en argent.

Lors de la célébration, un cierge a été confié aux pères qui les ont allumés à la flamme du cierge pascal, puis les concélébrants ont procédés au rite Ephata-Ouvre toi, en faisant un signe de croix sur les oreilles et la bouche des nouveau-nés, car Jésus a ouvert les oreilles et la bouche du sourd-muet.

Audience de l’Angélus de ce dimanche 13 janvier

le Pape François a invité la foule de fidèles rassemblée place Saint-Pierre à vivre en cohérence avec les promesses du baptême.

En cette journée de solennité du Baptême du Seigneur, qui marque la fin du temps liturgique de Noël, le Pape François est revenu sur deux éléments importants de l’Evangile : le rapport de Jésus avec le peuple et le rapport de Jésus avec le Père.

Lors du baptême du Christ par Jean le Baptiste dans les eaux du Jourdain, « nous voyons surtout le rôle du peuple », qui est une « composante essentielle de l’événement », a expliqué le Saint-Père. Avant de s’immerger dans l’eau, « Jésus s’immerge dans la foule, la rejoint pleinement en assumant la condition humaine, en partageant tout, excepté le péché. ». Dans sa sainte divinité, pleine de grâce et de miséricorde, le fils de Dieu s’est fait homme justement pour prendre sur lui et ôter le péché du monde, a expliqué le Souverain Pontife aux fidèles rassemblés place Saint-Pierre.

En s’unissant aux personnes qui demandent le baptême de conversion à Jean, Jésus partage également le désir profond de renouvellement intérieur. « Et le Saint-Esprit descendant sur lui “sous une forme corporelle, comme une colombe”, est le signe que Jésus commence un nouveau monde », a ajouté le Pape François. Ainsi, a-t-il continué, les paroles du Père s’adressent à chacun de nous, renaissant avec Jésus dans le baptême : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection. » « Cet amour du Père que nous avons reçu le jour de notre baptême est une flamme qui a été allumée dans nos coeurs et qui demande d’être alimentée à travers la prière et la charité. »

Après son immersion dans la foule et dans les eaux du Jourdain, Jésus s’immerge dans la prière, a repris le Saint-Père. « Le baptême est le début de la vie publique de Jésus, de sa mission dans le monde comme envoyé du Père pour manifester sa bonté et son amour pour les hommes »

La solennité du Baptême du Seigneur est une occasion propice pour renouveler avec gratitude et conviction la promesse de notre baptême, a continué le Pape François, en s’efforçant de vivre son quotidien avec cohérence. Enfin, « il est très important de connaître la date de son baptême, a-t-il conclu, qu’elle soit une date dans son coeur à fêter chaque année. »

(Avec V. N.)

Mercredi 9 Janvier 2019

Lors de l’audience générale en salle Paul VI, le Pape a poursuivi sa catéchèse sur le Notre Père en revenant sur la figure du Christ priant, telle qu’elle est présentée par l’Évangile de Luc : « Le Père n’oublie jamais aucun de ses enfants qui souffrent ».

Jésus se retire souvent dans la solitude pour prier, et lorsqu’il prie, « l’aspect de son visage devint autre et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante » rapporte l’évangéliste Luc. « Chaque pas de la vie de Jésus est comme porté par le souffle de l’Esprit qui le guide dans toutes actions », poursuit le Pape. Même la mort du Messie est plongée dans un climat de prière. A l’heure de sa passion, sa prière semble atténuer les émotions les plus violentes et les désirs de vengeance. « Elle réconcilie, dit François, l’homme avec son ennemi le plus implacable : la mort ».

C’est ce climat qui a conduit l’un des disciples à demander à Jésus de leur apprendre à prier. Dans son enseignement, Jésus explique avec quelles paroles et quelle attitude il faut s’adresser à Dieu. D’abord, il faut avoir à l’esprit qu’Il n’est « ni un patron ni un beau-père, mais un père ». Le Notre Père est ainsi le premier enseignement.

Ensuite, Jésus donne plusieurs instructions pour encourager ses disciples à avoir confiance en la prière, notamment à la parabole de l’ami importun. Jésus fait comprendre qu’aucune prière ne restera lettre morte, que « Dieu répond toujours, parce qu’il est Père et qu’il n’oublie aucun de ses enfants qui souffrent ». Cette affirmation peut nous perturber, admet François, parce qu’il semble que nombre d’entre elles restent sans réponse. Mais, même si nous avons souvent demandé sans obtenir, Jésus nous recommande « d’insister » car « la prière transforme toujours la réalité, toujours ». Ainsi « si les choses ne changent pas autour de nous, nous, au moins, nous changeons ».

Jésus a promis le don de l’Esprit Saint à tout homme ou femme qui prie, assure le Pape. La seule incertitude est liée au temps, mais il est certain que Dieu répondra. « Il n’y a rien de plus sûr : le désir de bonheur que nous portons tous dans le cœur, un jour s’accomplira ». En attendant, la prière est, dès à présent, la victoire sur la solitude et sur le désespoir. Enfin, au bout du chemin, à la fin de la route, un Père nous attend tous à bras ouverts, promet le Pape François.

« Que l’Esprit Saint nous aide à être insistants dans la prière et à ne jamais nous donner comme perdants ». Le Pape a ainsi encouragé les fidèles francophones, en particulier les séminaristes et leurs formateurs de l’archidiocèse de Paris et du diocèse aux armées, ainsi que le groupe des Apprentis d’Auteuil. « Nous pouvons être sûrs que Dieu répondra à notre prière, parce qu’il est notre Père et qu’il nous attend avec les bras grands ouverts ».

Dans son adresse aux pèlerins italiens, le Pape a exhorté chacun à se rappeler de la date de son propre baptême, et si on ne la connait pas d’aller s’en enquérir auprès de ses proches ou de ses parrains et marraines. En effet, dimanche prochain, la liturgie du temps de Noël se conclura par la solennité du Baptême du Seigneur, une fête« très importante à célébrer et à fixer dans son cœur » affirme le Pape, car elle est une occasion donnée pour se souvenir de « la date à laquelle nous sommes nés à la vie de la foi ».

Dimanche 13 janvier, à l’occasion de la solennité du Baptême du Seigneur, le Pape administrera, fidèle à la tradition, le sacrement du baptême à plusieurs nouveaux-nés en la chapelle Sixtine.

(Avec V. N.)

Dimanche 6 Janvier 2018

En cette fête de l’Epiphanie, depuis la fenêtre du Palais apostolique, le Pape est revenu sur le sens de l’Épiphanie, devant les milliers de fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre.

« Aujourd’hui, la solennité de l’épiphanie du Seigneur est la fête de la manifestation de Jésus, symbolisée par la lumière », a expliqué François, en reprenant la symbolique développée dans son homélie quelques instants plus tôt. « Dans les textes prophétiques, cette lumière est promise. En fait, Isaïe se tourne vers Jérusalem avec ces mots : "Lève-toi, couvre-toi de lumière, car ta lumière vient, la gloire de l’Éternel resplendit sur toi".

Cette invitation, aujourd’hui, a également une résonance pour nous qui avons célébré le Noël de Jésus et nous encourage à nous laisser atteindre par la lumière de Bethléem. Nous aussi, nous sommes invités à ne pas nous arrêter aux signes extérieurs de l’événement, mais à en repartir pour suivre notre parcours d’hommes et de croyants dans la nouveauté de la vie », a-t-il insisté.

Contrairement à Hérode et aux scribes, qui avaient peur de perdre le pouvoir et pensait d’abord à leur intérêt personnel, les Rois mages « se laissent guider par l’étoile et font face à un long et risqué voyage pour arriver à destination et connaître la vérité sur le Messie. Ils étaient ouverts à la "nouveauté" et à eux se révèle la plus grande et la plus surprenante nouveauté de l’histoire : Dieu fait homme. Les mages se prosternent devant Jésus et lui offrent des cadeaux symboliques : or, encens et myrrhe ; parce que la recherche du Seigneur implique non seulement la persévérance sur le chemin, mais aussi la générosité du cœur.

Et finalement, ils sont rentrés "dans leur pays" (v. 12), portant en eux le mystère de cet humble et pauvre roi ; et on peut imaginer qu’ils ont raconté à tous l’expérience vécue : le salut offert par Dieu en Christ est pour tous les hommes, proches et lointains. »

« Nous aussi, laissons-nous illuminer par la lumière du Christ qui vient de Bethléem, a exhorté François. Ne permettons pas à nos peurs de fermer notre cœur, mais ayons le courage de nous ouvrir à cette lumière douce et discrète. Ensuite, comme les mages, nous connaîtrons "une très grande joie" que nous ne pourrons pas garder pour nous-mêmes », a conclu le Saint-Père, invitant à placer notre chemin sous la protection de Marie.

« Certaines Églises orientales, catholiques et orthodoxes, qui suivent le calendrier julien, célébreront demain la sainte fête de Noël, a encore expliqué le Pape François. Je leur adresse mes vœux cordiaux et fraternels en signe de communion entre nous tous, chrétiens, qui reconnaissons Jésus en tant que Seigneur et Sauveur. À eux tous, un joyeux Noël ! ».

La plupart des Églises orientales, coptes et orthodoxes, célèbrent en effet Noël le 7 janvier, suivant le calendrier julien. L’Église apostolique arménienne le fête elle le 6 janvier, ce dimanche donc.

Concernant l’Église catholique, le Pape François a par ailleurs signalé que « l’Épiphanie est également la Journée Missionnaire des jeunes, qui invite cette année les plus jeunes missionnaires à être des "athlètes de Jésus", à témoigner de l’Évangile en famille, à l’école et sur les lieux de loisirs ». Il a enfin salué le défilé folklorique organisé comme chaque année sur la Via della Conciliazione en cette fête de l’Épiphanie, avec cette année la présence de délégations venues des Abbruzzes, et il a évoqué la tradition semblable du défilé des Mages qui est organisée dans de nombreuses localités en Pologne.

(Avec V. N.)

Mardi 1er Janvier 2019

En cette fin d’octave de Noël, le Pape a récité son premier angélus de l’année depuis la fenêtre du palais apostolique qui donne sur la Place Saint-Pierre de Rome. En ce premier jour de l’année, tous les regards sont fixés sur la Vierge Marie, Sainte Mère de Dieu, a d’emblée affirmé le Pape François avant de réciter l’angélus, mardi 1er janvier 2019.

« Nous avons le regard fixé sur elle et sur l’enfant qu’elle tient dans ses bras. Et ainsi, en nous montrant Jésus, le Sauveur du monde, elle, la mère, nous bénit », a-t-il déclaré, avant de poursuivre : « Elle bénit le chemin de chaque homme et de chaque femme en cette année qui commence et qui sera bénéfique dans la mesure où chacun aura reçu la bonté de Dieu, que Jésus est venu apporter au monde ».

Le Saint-Père a ensuite rappelé la liturgie du jour, qui rapporte la très ancienne bénédiction par laquelle les prêtres israélites bénissaient le peuple : « Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur fasse briller pour toi son visage et te rende grâce. Que le Seigneur tourne vers toi son visage et te concède la paix » (Nm 6,24-26).

Dans cette bénédiction, le prêtre répète trois fois le nom de Dieu « Seigneur » en tendant les mains vers l’assemblée du peuple. Et dans la Bible, le nom représente la réalité même qui est invoquée, explique le Pape. Par conséquent, « mettre le nom » du Seigneur sur une personne, une famille, une communauté signifie offrir à la personne la force bénéfique qui en découle, ajoute-t-il.

De plus, nous savons que dans les Écritures, « le visage de Dieu est inaccessible à l’homme », renchérit François. Personne ne peut donc voir Dieu et rester en vie. Selon le Pape, cela exprime « la transcendance de Dieu » et « la grandeur infinie de sa gloire ». Comme un soleil qui ne peut être regardé, compare François, cette grandeur « rayonne de sa grâce sur chaque créature » et, de façon particulière, sur les hommes et les femmes, « dans lesquels elle se reflète le plus », complète-t-il avant de se concentrer sur l’icône de la Sainte Mère de Dieu, célébrée en ce jour, et qui montre le Christ, Sauveur du monde.

Le 52ème anniversaire de la journée mondiale de la paix

« Jésus est la bénédiction pour chaque personne et pour toute la famille humaine ». C’est d’ailleurs pourquoi le saint pape Paul VI a voulu que le premier janvier soit la Journée mondiale de la paix, soutient François.

La journée mondiale de la paix dont est célébrée ce 1er janvier 2019, le 52ème anniversaire, et dont le thème est « la bonne politique au service de la paix ».

« Nous ne pensons pas que la politique soit réservée aux dirigeants : nous sommes tous responsables de la vie de la "cité", du bien commun ; et la politique aussi est bonne lorsque chacun joue son rôle au service de la paix », a abondé en ce sens le Successeur de Pierre avant de réciter l’angélus devant la foule de fidèles.
Après l’angélus

Après avoir récité la prière de l’angélus, le Pape a enfin renouvelé son souhait de paix et de prospérité à Rome et au monde, et a remercié le Président de la République italienne pour les salutations qu’il lui a adressées.

Le Souverain pontife a aussi exprimé « toute sa gratitude » aux innombrables initiatives de prière et d’engagement pour la paix qui ont lieu en cette journée partout dans le monde.

(Avec V. N.)

Messe de Sainte Marie, Mère de Dieu

En ce mardi 1er janvier 2019, où l’Église célèbre la Solennité de Sainte-Marie Mère de Dieu, le Pape François a présidé la traditionnelle messe pour la paix, en la Basilique Saint-Pierre de Rome. Cette première célébration de l’année 2019, à laquelle ont assisté de nombreux fidèles, était toute entière tournée vers la Vierge Marie.

En ce début d’année, le Pape François a d’abord rappelé les vertus de l’étonnement. « Aujourd’hui c’est le jour de s’étonner devant la Mère de Dieu : Dieu est un petit enfant dans les bras d’une femme qui nourrit son Créateur ». Par ce mystère, Dieu s’est « lié à l’humanité pour toujours », a affirmé François, précisant que Dieu n’était pas « un maître distant qui habite, solitaire, dans les cieux », mais le représentant de « l’Amour incarné, né comme nous d’une mère pour être le frère de chacun ».

Outre cette grâce de l’étonnement « devant le Dieu des surprises », le Pape François a invité toute l’Église à renouveler son « étonnement des origines », afin de « ne pas ressembler à un beau musée du passé ».

Pour ce faire, le Souverain pontife a noté trois attitudes à adopter vis-à-vis de Marie, Sainte Mère de Dieu : « Laissons-nous regarder par elle, laissons-nous embrasser, laissons-nous prendre par la main ».
Les yeux de la Vierge éclairent l’obscurité

« Laissons-nous regarder » dans les moments de besoin, mais aussi laissons-nous regarder « par la Vierge Marie », recommande d’abord le Pape.

« On dit que les yeux sont le miroir de l’âme ; les yeux de la pleine de grâce reflètent la beauté de Dieu, ils réfléchissent sur nous le paradis. Jésus a dit que l’œil est « la lampe du corps » (Mt 6, 22) ; les yeux de la Vierge savent éclairer toute obscurité, ils rallument partout l’espérance », a-t-il détaillé.

Ainsi pour l’évêque de Rome, ce regard maternel « donne confiance et aide à grandir dans la foi ». Car la force de la Vierge est grande.
La tendresse comme remède à la tiédeur

« Elle nous enracine dans l’Église où l’unité compte plus que la diversité. Le regard de Marie rappelle que la tendresse, qui remédie à la tiédeur, est essentielle pour la foi. Quand, dans la foi, il y a de la place pour la Mère de Dieu, on ne perd jamais le centre », développe ensuite François, avant d’affirmer : « Un monde qui regarde l’avenir sans regard maternel est myope ».

Peut-être que dans pareil monde, « les profits augmenteront » mais ce monde ne saura plus voir, dans les hommes, des enfants. « Il y aura des gains, mais ils ne seront pas pour tous », a argumenté le Pape, insistant sur le fait que « la famille humaine » se fondait sur « les mères ».

« Un monde dans lequel la tendresse maternelle est reléguée à un pur sentiment pourra être riche de choses, mais pas de lendemains », a renchérit le Saint-Père. Or, cette parole, « tendresse », beaucoup « veulent la supprimer du dictionnaire aujourd’hui », a dénoncé François.

Vient ensuite le fait « de se laisser embrasser ». Après le regard, entre ici en jeu le cœur. « Dans la vie dispersée d’aujourd’hui, où nous risquons de perdre le fil, l’étreinte de la Mère est essentielle », énonce le Successeur de Pierre, égrenant les souffrances contemporaines.

« Il y a partout tant d’éparpillement et de solitude : le monde est entièrement connecté, mais il semble être de plus en plus désuni. Nous avons besoin de nous confier à la Mère. Dans l’Ecriture, elle embrasse beaucoup de situations concrètes et elle est présente là où il y a besoin : elle se rend chez sa cousine Elisabeth, elle porte secours aux époux de Cana, elle encourage les disciples au Cénacle… », énumère François. Ainsi, Marie devient « un remède à la solitude et à la décomposition ». Elle est « la Mère de la consolation, qui con-sole », étymologiquement « être avec celui qui est seul » en latin.

Enfin, « laissons-nous prendre par la main ». Les mères prennent par la main les enfants et les accompagnent avec amour dans la vie, commence le Pape. « Mais combien d’enfants aujourd’hui, allant à leur propre compte, perdent la direction, se croient forts et s’égarent, de libres ils deviennent esclaves. Combien, oublieux de l’affection maternelle, vivent fâchés et indifférents à tout ! Combien, malheureusement, réagissent à tout et à tous avec venin et méchanceté ! », déplore-t-il.

De ce fait, le Pape a encouragé à ce que tous apprennent des mères « que l’héroïsme réside dans le fait de se donner ; la force, dans le fait d’avoir de la pitié ; la sagesse, dans la douceur ».
Reine de la paix

Car, « Dieu ne s’est pas passé de sa Mère », et à ce titre, nous aussi en avons besoin, encore plus, poursuit-il.

« La Vierge est la Reine de la paix, qui est vainqueur du mal et conduit sur les voies du bien, qui rétablit l’unité entre ses enfants, qui éduque à la compassion », en a conclu le Pape avant de l’invoquer : « Rassemble-nous tous sous ton manteau, dans la tendresse de l’amour vrai, où se reconstitue la famille humaine : “Sous ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu” ».

(Avec V. N.)

Lundi 1er Janvier 2019

Le Pape François a présidé les vêpres de la solennité de la Très Sainte Mère de Dieu ce 31 décembre en la basilique Saint-Pierre avant le chant du Te Deum en action de grâces pour 2018. Le Souverain pontife y a loué, entre autres, « la maternité de l’Église ».

« Lorsqu’ est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4, 4-5). En cette fin d’année 2018, le Pape François s’est arrêté sur ces deux versets de l’apôtre Paul. Le Saint-Père a proposé une réflexion sur les deux expressions : « plénitude des temps » et « racheter ».

La « plénitude des temps », expression qui prend une résonnance particulière en ces dernières heures « d’une année solaire, où nous sentons encore plus le besoin de quelque chose qui donne du sens à l’écoulement du temps », a estimé le Souverain pontife.

« Quelqu’un » est venu, Dieu l’a envoyé : c’est « son Fils », Jésus.

Certes, au moment de sa naissance, cet Enfant est « presque invisible et insignifiant », observe le Pape. Mais, en un peu plus de trente ans, ce Jésus libèrera « une force inouïe », qui dure encore et durera toute l’Histoire. « Cette force s’appelle Amour », affirme François, avant de noter que cet amour : « c’est l’amour qui donne plénitude à tout, également au temps ; et Jésus est le “concentré” de tout l’amour de Dieu dans un être humain ».

« Réfléchir avec douleur et repentance »

À propos de la mission du fils de Dieu, Saint Paul l’énonce très clairement : il est venu « pour racheter », souligne le Saint-Père qui explique le sens de cette seconde expression. Racheter, c’est-à-dire « faire sortir d’une condition de servitude et rendre à la liberté et à la dignité propre aux fils ». L’esclavage auquel se réfère l’Apôtre est celui de la « Loi », comprise comme un ensemble de préceptes à observer ; une Loi qui, certes, éduque l’homme, qui est pédagogique, mais ne le libère pas de sa condition de pécheur, au contraire qui le « cloue », pour ainsi dire, à cette condition, l’empêchant d’atteindre la liberté du fils, développe enfin le Successeur de Pierre.

Ainsi, recommande François, « nous devons nous arrêter, nous arrêter et réfléchir avec douleur et repentance parce que, pendant cette année, encore, qui se termine, beaucoup d’hommes et de femmes ont vécu et vivent dans des conditions de servitude indignes de personnes humaines ». Et le Pape de citer les souffrances qui sévissent dans la Ville éternelle elle-même.

Les diverses formes d’esclavages contemporains

« Je pense, en particulier, aux nombreuses personnes qui vivent sans domicile. Elles sont plus de 10 000. En hiver, leur situation est particulièrement dure. Ce sont tous des fils et des filles de Dieu, mais diverses formes d’esclavage, parfois très complexes, les ont amenés à vivre à la limite de la dignité humaine », remarque le Pape, assimilant toutes ces personnes au Christ, qui, « lui aussi », est né dans des conditions semblables. Mais, note le Pape « pas par hasard ou par accident »

« Il a voulu naître ainsi, pour manifester l’amour de Dieu pour les petits et les pauvres, et, de cette manière, jeter dans le monde la semence du Règne de Dieu, Règne de justice, d’amour et de paix, où personne n’est esclave, mais où tous sont frères ».

« Dieu est né d’une femme »

Dans ce contexte, l’Église de Rome ne veut pas « être indifférente aux servitudes de notre époque, ni même seulement les observer et y assister, mais elle veut être à l’intérieur de cette réalité, être proche de ces personnes et de ces situations », encourage le Pape, avant de célébrer cette « forme de maternité de l’Église ».

Alors qu’est célébrée la maternité divine de la Vierge Marie, le Souverain pontife a ainsi invité à reconnaître que Dieu est « né d’une femme » pour que « nous puissions recevoir la plénitude de notre humanité ».

« Par son abaissement nous avons été relevés. De sa petitesse est venue notre grandeur. De sa fragilité, notre force. De sa servitude, notre liberté. Quel nom donner à tout cela, si ce n’est celui d’Amour ? », a-t-il enfin conclu, avant de se rendre place Saint-Pierre pour y visiter son tout nouveau dispensaire et admirer la colossale crèche de sable.

(Avec V. N.)

Dimanche 30 décembre 2018

En ce dimanche, l’Église fête la Sainte Famille. Avant la prière de l’angélus, devant les fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape François a mis en avant deux aspects de l’Évangile du jour : l’angoisse et l’étonnement qui saisissent Marie et Joseph lorsqu’ils sont séparés de Jésus puis le retrouvent. Deux sentiments qui manifestent l’importance de Jésus dans leur vie.

« L’étonnement et l’angoisse sont deux éléments sur lesquels je voudrais attirer votre attention », a commencé le Saint-Père au début de son allocution.

Aux très nombreux fidèles rassemblés Place Saint-Pierre, le Pape a d’abord parlé de cette réaction qu’évoque à deux reprises l’évangéliste (Lc 2,41-52) : autour de Jésus, les docteurs de la Loi « s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses » (v 47), et en retrouvant leur fils, « ses parents furent frappés d’étonnement » (v 48). « S’étonner et s’émerveiller », a expliqué le Souverain Pontife, « c’est le contraire du fait d’interpréter la réalité qui nous entoure et les évènements de l’histoire selon nos critères ».

Au contraire, cela consiste à « s’ouvrir aux autres, comprendre les raisons des autres ». Un comportement indispensable pour « assainir des relations compromises » ou « pour guérir les blessures ouvertes dans l’environnement familial », a souligné le Pape, qui a ensuite prodigué le conseil suivant : « si vous avez des problèmes dans votre famille pensez aux bons côtés qu’a la personne de la famille avec laquelle vous avez des problèmes, et émerveillez-vous de cela ». Bien souvent malheureusement, « nous tenons pour sûr que nous avons raison et nous fermons la porte aux autres ».

Le deuxième élément est l’angoisse, exprimée par Marie dans l’Évangile (v 48) : « Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant », dit-elle à son fils retrouvé. Une angoisse qui « manifeste la centralité de Jésus dans la Sainte Famille », d’après le Souverain Pontife. Un peu plus tôt, saint Luc nous explique que l’enfant « grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse » (v 40). Cette croissance se déroule aussi dans le cœur de ses parents, a analysé le Pape. Ainsi « leur affection et leur compréhension à son égard augmentaient ». De là découle la sainte de la « famille de Nazareth » : « elle était centrée sur Jésus, c’est vers Lui qu’étaient tournées toutes les attentions et les sollicitudes de Marie et de Joseph ».
Ne jamais être séparé de Lui

Les sentiments des parents de l’Enfant Jésus devraient être les nôtres, a enfin estimé le Saint-Père. En particulier lorsque « nous sommes loin de Lui ». « Nous devrions éprouver de l’angoisse lorsque pendant plus de trois jours nous oublions Jésus, sans prier, sans lire l’Évangile, sans ressentir le besoin de sa présence et de sa consolante amitié », a-t-il affirmé. « Tant de fois les jours passent sans que je me souvienne de Jésus : mais cela est mauvais, cela est très mauvais ».

La Vierge Marie et saint Joseph retrouvent Jésus dans le Temple, en train d’enseigner : une indication supplémentaire pour le rencontrer, nous aussi, « dans la maison de Dieu », notamment « dans la célébration eucharistique ». C’est à la messe qu’« Il nous parle, Il nous offre sa Parole qui illumine notre chemin, Il nous donne son Corps dans l’Eucharistie d’où nous tirons de la force pour affronter les difficultés de chaque jour », a conclu le Pape, avant de prier avec la foule pour « toutes les familles du monde ».

Après avoir récité la prière de l’Angélus, le Pape François a adressé une salutation spéciale aux habitants de la République Démocratique du Congo, attendus aux urnes ce dimanche 30 décembre pour les élections générales.

« Prions ensemble pour tous ceux qui en République Démocratique du Congo souffrent à cause de la violence et du virus Ebola », a demandé le Saint-Père avant d’adresser ses saluts. « Je souhaite que tous s’engagent à maintenir un climat pacifique qui permette un déroulement régulier et pacifique des élections », a-t-il conclu.

L’Église catholique est très engagée dans le processus politique en République démocratique du Congo. Il y a déjà deux ans, c’est sous son égide qu’était signé l’accord de la Saint-Sylvestre ouvrant la voie à l’organisation des élections présidentielle, législatives et provinciales, plusieurs reportées. Les évêques congolais n’ont pas ménagé leurs efforts pour amener le gouvernement et les partis d’opposition à s’entendre pour que les scrutins aient enfin lieu, plus de deux ans après la fin du mandat du président Joseph Kabila.

Dernière initiative en date pour que les élections se déroulent dans un climat serein et pour garantir tout débordement après la proclamation des résultats : une célébration œcuménique avec les Églises protestantes dans la cathédrale Notre-Dame de Kinshasa en présence de l’archevêque de la capitale, Mgr Fridolin Ambongo. Il a appelé chaque camp à ne pas pousser l’adversaire au désespoir et à la violence.

(Avec V. N.)

Mercredi 26 Décembre 2018

Au lendemain de la Nativité, « alors que la joie inonde encore nos coeurs » comme l’a déclaré le Saint-Père à une foule immense rassemblée place Saint-Pierre, est célébrée la mémoire de Saint Etienne, diacre et premier martyr. Ce jour est férié au Vatican, et le Pape François a tenu l’audience de l’Angélus ce 26 décembre.

Cela pourrait sembler étrange de la lier à la fête de Noël, de lier la joie de Bethléem à la lapidation de Jérusalem, avance François, avant de s’expliquer : l’enfant Jésus est le fils de Dieu fait homme, qui sauvera l’humanité en mourant sur la croix. « Aujourd’hui nous le contemplons enveloppé de langes dans la crèche, après la crucifixion il sera de nouveau enveloppé de bandages et déposé dans un tombeau ».

Ce n’est pas un hasard si la fête de ce martyr tombe le lendemain de Noël, car Saint Etienne et Jésus présentent des attitudes similaires selon François. Etienne, dont le martyr est narré dans la première lecture de ce jour (Actes des Apôtres), est mort comme Jésus, « confiant sa propre vie à Dieu et en pardonnant à ses persécuteurs » a détaillé le Saint-Père. Lors de sa lapidation, Etienne priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». Ces mots rappellent ceux du Christ prononcés sur la Croix, a déclaré le Pape François, « l’attitude de Saint Etienne qui imite fidèlement le geste de Jésus est une invitation adressée à chacun de nous à accueillir avec foi des mains du Seigneur ce que la vie nous réserve de positif mais aussi de négatif ». Notre existence est ainsi marquée par des moments de joie, mais également de difficulté et de désarroi, « la confiance en Dieu nous aide à accueillir ces moments pénibles et à les vivre comme des occasions de croissance dans la foi et de construction de nouvelles relations avec ses frères », a continué le Pape François.
Prier pour ses persécuteurs et pardonner
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Saint Etienne a également imité Jésus à travers le pardon. Il n’a pas maudit ses persécuteurs mais a prié pour eux : « puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : “Seigneur, ne leur compte pas ce péché” ». Nous sommes ainsi appelés à suivre son exemple et à toujours pardonner a expliqué le Souverain Pontife, car « le pardon allège le coeur, engendre le partage, donne sérénité et paix ». Le protomartyr Etienne indique de cette manière la route à suivre dans nos relations familiales, à l’école et au travail, dans les paroisses et dans nos communautés. « La logique du pardon est toujours victorieuse et ouvre des horizons d’espérance », et se cultive avec la prière. C’est ainsi que Saint Etienne, les yeux fixés vers le Ciel a été capable de pardonner à ses tueurs. Selon le Pape François, il faut prier l’Esprit Saint afin qu’Il « répande sur nous le don de la force, qui guérit nos peurs, nos faiblesses et nos petitesses ».

Le Souverain Pontife a conclu en invoquant l’intercession de la Vierge Marie et de Saint Etienne : « que leur prière nous aide à toujours faire confiance à Dieu, spécialement dans les moments difficiles, et nous soutienne dans le but d’être des hommes capables de pardonner ».

A la suite de la prière de l’Angélus, le Saint-Père a tenu à remercier les pèlerins du monde entier pour leurs mots et surtout pour leurs prières à l’occasion de Noël, « Je ne peux pas répondre à chacun, mais j’adresse à tous un remerciement sincère ».

Mardi 25 Décembre 2018

Dans son message « à la ville et au monde », en cette fête de Noël, le Souverain Pontife a lancé un vibrant appel à la fraternité entre les hommes et les peuples. Le Saint-Père a également prié pour la Terre Sainte, la Syrie, le Yémen, la péninsule coréenne, l’Afrique, l’Ukraine, le Venezuela et le Nicaragua.

« Dieu est un Père bon et nous sommes tous frères » : c’est cela le message universel de Noël, la « vérité qui est à la base de la vision chrétienne de l’humanité », a affirmé le Pape depuis la loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre, devant une foule nombreuse de pèlerins. Sans cette fraternité manifestée et offerte par le Christ, « nos efforts pour un monde plus juste s’essoufflent, et même les meilleurs projets risquent de devenir des structures sans âme ».

En ce Noël 2018, ce sont donc des vœux de fraternité que le Saint-Père a choisi d’adresser au monde entier, entre les personnes de chaque nation et culture, d’idées ou de religions différentes. Dieu se révèle dans un « visage humain concret », celui d’un petit Enfant, né à une époque et dans un lieu bien précis. Par son incarnation, poursuit le Pape, « le Fils de Dieu nous indique que le salut passe par l’amour, l’accueil, le respect de notre pauvre humanité que nous partageons tous dans une variété d’ethnies, de langues, de cultures… mais tous en tant que frères en humanité ! » Les différences constituent une richesse, assure François qui prend l’exemple d’une famille, composée de frères et sœurs tous très différents, mais unis par « un lien indissoluble ». Ainsi en est-il de la famille humaine dont nous faisons tous partie ; « ici c’est Dieu qui est le géniteur, le fondement et la force de notre fraternité ».
Dialogue entre Israéliens et Palestiniens

Que ces liens de fraternité que nous sommes appelés à redécouvrir en cette fête de Noël permettent « aux Israéliens et Palestiniens de reprendre le dialogue », a souhaité le Pape, et « d’entreprendre un chemin de paix » sur cette terre choisie, sanctifiée par le Christ et dilacérée par un conflit de plus de 70 ans.

Que la « bien-aimée et martyrisée Syrie retrouve la fraternité », après tant d’années de guerre cruelle, a ensuite lancé le Saint-Père qui appelle la communauté internationale à œuvrer « résolument » pour une solution politique au conflit, « à mettre de côté les divisions et intérêts partisans », afin que le peuple syrien , et notamment les réfugiés, puissent revenir chez eux et vivre en paix.

Le Pape n’a pas manqué d’évoquer le Yémen et l’espoir soulevé par la trêve conclue il y a quelques jours par les belligérants à Hodeida, souhaitant qu’elle soulage les « nombreux enfants et les populations épuisées par la guerre et la famine ».

L’évêque de Rome pense à toute l’Afrique, traversée par de diverses situations de guerre et de violences, à ces millions de réfugiés et de déplacés nécessitant une aide humanitaire. « Que le Divin Enfant, Roi de la paix, fasse taire les armes et fasse surgir une aube nouvelle de fraternité dans tout le continent, bénissant les efforts de ceux qui œuvrent pour favoriser des processus de réconciliation au niveau politique et social », a prié François.

« Que Noël renforce les liens fraternels qui unissent la Péninsule coréenne et permette de poursuivre le cheminement de rapprochement entrepris et d’arriver à des solutions partagées qui assurent à tous le développement et le bien-être », a poursuivi le Pape, évoquant un processus de réconciliation qu’il a encouragé à maintes reprises.

Le Saint-Père n’oublie pas le continent latino-américain, priant tout particulièrement pour le Venezuela, afin qu’il retrouve la « concorde », que « toutes les composantes sociales puissent travailler fraternellement en vue du développement du pays », au service des plus faibles et des plus vulnérables. François a également mentionné le « cher Nicaragua », bouleversé cette année par un vaste mouvement de contestation sociale et politique. « Que les habitants se redécouvrent frères, afin que ne prévalent pas les divisions et les mésententes », mais que tous s’engagent en vue de la réconciliation et de la construction du pays.

Le Souverain Pontife a ensuite prié pour la « bien-aimée Ukraine », aspirant à une paix « qui tarde à venir ». C’est uniquement grâce à une paix « respectueuse des droits de chaque nation », a-t-il précisé, que le pays pourra « se remettre de souffrances subies et rétablir des conditions de vie dignes pour ses citoyens ». Le Pape s’est également dit « proche des communautés chrétiennes de la région », priant pour qu’elles puissent « tisser des liens de fraternité et d’amitié ».

L’évêque de Rome a enfin évoqué « les peuples qui subissent des colonisations idéologiques, culturelles et économiques en voyant violées leur liberté et leur identité », avant d’adresser une pensée spéciale à tous les chrétiens qui fêtent Noël dans un contexte hostile, aux communautés minoritaires, parfois vulnérables et non considérées, priant pour qu’elles puissent enfin jouir de tous leurs droits, « surtout la liberté religieuse ».

« Que l’Enfant petit et transi de froid que nous contemplons aujourd’hui dans la mangeoire protège tous les enfants de la terre ainsi que toute personne fragile, sans défense et marginalisée ». « Puissions-nous tous recevoir la paix et le réconfort par la naissance du Sauveur et, en nous sentant aimés par l’unique Père céleste, nous retrouver et vivre comme des frères ! » a enfin conclu le Pape François.

(Avec V. N.)

Lundi 24 Décembre 2018, Messe de la Nuit de Noêl

Le Pape François a présidé la liturgie de la messe de minuit, anticipée à 21h30, dans la basilique Saint-Pierre. Dans son homélie, il a proposé de monter vers Bethléem à la rencontre de l’Enfant Jésus qui "lance un nouveau modèle de vie" basé sur le partage et le don et sur l’accaparement et l’avidité. Découvrez cette homélie dans son intégralité.

"Joseph, avec Marie son épouse, monta jusqu’à « la ville de David appelée Bethléem » (Lc 2, 4). Cette nuit, nous aussi, nous montons jusqu’à Bethléem pour y découvrir le mystère de Noël.

1. Bethléem : le nom signifie maison du pain. Dans cette ‘‘maison’’, le Seigneur donne aujourd’hui rendez-vous à l’humanité. Il sait que nous avons besoin de nourriture pour vivre. Mais il sait aussi que les aliments du monde ne rassasient pas le cœur. Dans l’Écriture, le péché originel de l’humanité est associé précisément au manger : « elle prit de son fruit, et en mangea » dit le livre de la Genèse (3, 6). Elle prit et elle mangea. L’homme est devenu avide et vorace. Avoir, amasser des choses semble pour beaucoup de personnes le sens de la vie. Une insatiable voracité traverse l’histoire humaine, jusqu’aux paradoxes d’aujourd’hui ; ainsi quelques-uns se livrent à des banquets tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre.

Bethléem, c’est le tournant pour changer le cours de l’histoire. Là, Dieu, dans la maison du pain, naît dans une mangeoire. Comme pour nous dire : me voici tout à vous, comme votre nourriture. Il ne prend pas, il offre à manger : il ne donne pas quelque chose, mais lui-même. À Bethléem, nous découvrons que Dieu n’est pas quelqu’un qui prend la vie mais celui qui donne la vie. À l’homme, habitué depuis les origines à prendre et à manger, Jésus commence à dire : « Prenez, mangez : ceci est mon corps » (Mt 26, 26). Le petit corps de l’Enfant de Bethléem lance un nouveau modèle de vie : non pas dévorer ni accaparer, mais partager et donner. Dieu se fait petit pour être notre nourriture. En nous nourrissant de lui, Pain de vie, nous pouvons renaître dans l’amour et rompre la spirale de l’avidité et de la voracité. De la ‘‘maison du pain’’, Jésus ramène l’homme à la maison, pour qu’il devienne un familier de son Dieu et frère de son prochain. Devant la mangeoire, nous comprenons que ce ne sont pas les biens qui entretiennent la vie, mais l’amour ; non pas la voracité, mais la charité ; non pas l’abondance à exhiber, mais la simplicité à préserver.

Le Seigneur sait que nous avons besoin chaque jour de nous nourrir. C’est pourquoi il s’est offert à nous chaque jour de sa vie, depuis la mangeoire de Bethléem jusqu’au cénacle de Jérusalem. Et aujourd’hui encore sur l’autel, il se fait Pain rompu pour nous : il frappe à notre porte pour entrer et prendre son repas avec nous (cf. Ap 3, 20). À Noël, nous recevons sur terre Jésus, Pain du ciel : c’est une nourriture qui ne périme jamais, mais qui nous fait savourer déjà la vie éternelle.

À Bethléem, nous découvrons que la vie de Dieu court dans les veines de l’humanité. Si nous l’accueillons, l’histoire change à commencer par chacun d’entre nous. En effet, quand Jésus change le cœur, le centre de la vie n’est plus mon moi affamé et égoïste, mais lui qui naît et vit par amour. Appelés cette nuit à sortir de Bethléem, maison du pain, demandons-nous : quelle est la nourriture de ma vie, dont je ne peux me passer ? Est-ce le Seigneur ou quelque chose d’autre ? Puis, en entrant dans la grotte, flairant dans la tendre pauvreté de l’Enfant un nouveau parfum de vie, celle de la simplicité, demandons-nous : ai-je vraiment besoin de beaucoup de choses, de recettes compliquées pour vivre ? Est-ce j’arrive à me passer de tant de garnitures superflues, pour mener une vie plus simple ? À Bethléem, à côté de Jésus, nous voyons des gens qui ont marché, comme Marie, Joseph et les pasteurs. Jésus est le Pain de la route. Il n’aime pas des digestions paresseuses, longues et sédentaires, mais il demande qu’on se lève en hâte de table pour servir, comme des pains rompus pour les autres. Demandons-nous : à Noël, est-ce je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ?

2. Après Bethléem maison du pain, réfléchissons sur Bethléem maison de David. Là, David, jeune garçon, faisait le pasteur et à ce titre il a été choisi par Dieu, pour être pasteur et guide de son peuple. À Noël, dans la ville de David, pour accueillir Jésus, il y a précisément les pasteurs. Dans cette nuit « ils furent saisis d’une grande crainte, nous dit l’Évangile » (Lc 2, 9), mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas » (v. 10). Dans l’Évangile revient tant de fois ce ne craignez pas : c’est comme un refrain de Dieu à la recherche de l’homme. En effet, l’homme depuis les origines, encore à cause du péché, a peur de Dieu : « j’ai eu peur […], et je me suis caché » (Gn 3, 10), a dit Adam après le péché. Bethléem est le remède à la peur, parce que malgré les ‘‘non’’ de l’homme, là Dieu dit pour toujours ‘‘oui’’ : pour toujours il sera Dieu-avec-nous. Et pour que sa présence n’inspire pas la peur, il s’est fait un tendre enfant. Ne craignez pas : cela n’est pas dit à des saints, mais à des pasteurs, des gens simples qui en même temps ne se distinguent pas par la finesse ni par la dévotion. Le Fils de David naît parmi les pasteurs pour nous dire que personne n’est jamais seul ; nous avons un Pasteur qui surmonte nos peurs et nous aime tous, sans exceptions.

Les pasteurs de Bethléem nous disent aussi comment aller à la rencontre du Seigneur. Ils veillent dans la nuit : ils ne dorment pas, mais font ce que Jésus demandera à plusieurs reprises : veiller (cf. Mt 25, 13 ; Mc 13, 35 ; Lc 21, 36). Ils restent éveillés, attendent éveillés dans l’obscurité ; et Dieu « les enveloppa de sa lumière » (Lc 2, 9). Cela vaut aussi pour nous. Notre vie peut être une attente, qui également dans les nuits des problèmes s’en remet au Seigneur et le désire ; alors elle recevra sa lumière. Ou bien une prétention, où ne comptent que les forces et les moyens propres : mais dans ce cas, le cœur reste fermé à la lumière de Dieu. Le Seigneur aime être attendu et on ne peut pas l’attendre dans le divan, en dormant. En effet, les pasteurs se déplacent : « ils se hâtèrent » dit le texte (v. 16). Ils ne restent pas sur place comme celui qui sent qu’il est arrivé et n’a besoin de rien, mais ils s’en vont ; laissant le troupeau sans surveillance, ils prennent des risques pour Dieu. Et après avoir vu Jésus, sans même être des experts de discours, ils vont l’annoncer, à telle enseigne que « tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leurs racontaient les bergers » (v. 18).

Attendre éveillé, aller, risquer, raconter la beauté : ce sont des gestes d’amour. Le bon Pasteur, qui à Noël vient donner la vie aux brebis, à Pâques adressera à Pierre et, à travers lui à nous tous, la question finale : « M’aimes-tu » (Jn 21, 15). C’est de la réponse que dépendra l’avenir du troupeau. Cette nuit, nous sommes appelés à répondre, à lui dire nous aussi : ‘‘Je t’aime’’. La réponse de chacun est essentielle pour le troupeau tout entier.

« Allons jusqu’à Bethléem » (Lc 2, 15) : c’est ce qu’ont dit et fait les pasteurs. Nous aussi, Seigneur, nous voulons venir à Bethléem. Aujourd’hui également la route est ascendante : on doit dépasser le sommet de l’égoïsme, il ne faut pas glisser dans les ravins de la mondanité et du consumérisme. Je veux arriver à Bethléem, Seigneur, parce que c’est là que tu m’attends. Et me rendre compte que toi, déposé dans une mangeoire, tu es le pain de ma vie. J’ai besoin du parfum tendre de ton amour pour être, à mon tour, pain rompu pour le monde. Prends-moi sur tes épaules, bon Pasteur : aimé par toi, je pourrai moi aussi aimer et prendre mes frères par la main. Alors, ce sera Noël quand je pourrai te dire : ‘‘Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime’’ (cf. Jn 21, 17). "

Pape François

Dimanche 23 décembre 2018

En ce 4ème dimanche de l’Avent, le Pape François s’est arrêté sur l’épisode de la Visitation de la Vierge Marie. L’occasion de prendre pour modèle « la foi et la charité » de Marie, à l’approche de la naissance du Christ.

La liturgie de ce quatrième dimanche de l’Avent met l’accent sur la figure de Marie, qui s’apprête à donner naissance à Jésus, le Sauveur du monde, a expliqué le Pape François avant de réciter la prière de l’Angélus devant la foule de fidèles rassemblés place Saint-Pierre.

Nous invitant à poser notre regard sur Marie, « modèle de foi et de charité », le Pape invite à nous demander « quelles étaient ses pensées » durant tous ces mois d’attente. « La réponse provient de l’Évangile du jour, relatant la visite de Marie à sa cousine Elisabeth » (cf. Lc 1, 39-45).

En la matière, le contraste est évident entre Marie, qui avait foi, « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». (v. 45), et Zacharie, le mari d’Elisabeth, qui n’avait pas cru en la promesse de l’ange Gabriel. Lui, resta donc silencieux jusqu’à la naissance de son fils Jean.

Cet épisode nous aide à lire avec une lumière toute particulière le mystère de la rencontre de l’homme avec Dieu, observe le Pape François. Une rencontre qui, selon le Saint-Père, n’est pas placée « sous le signe de prodiges étonnants », mais bien « sous le signe de la foi et de la charité ».

Marie est bénie entre toutes les femmes « parce qu’elle a cru » : sa rencontre avec Dieu est le fruit de la foi, souligne le Pape. Zacharie, en revanche, qui n’a pas cru, est resté sourd et muet pour grandir dans la foi pendant ce long silence.

« Sans foi, nous restons inévitablement sourds à la voix consolante de Dieu ; et nous restons incapables de prononcer des mots de consolation et d’espoir pour nos frères », relève le Souverain pontife. Mais la foi, à son tour, se nourrit de charité. « Nous le voyons avec les personnes qui n’ont pas de foi ou qui ont ’’une toute petite foi’’ et qui côtoient des personnes en grande souffrance. Elles n’ont que des paroles de circonstances, car elles n’ont pas la force qui vient de la foi », ajoute-t-il.
La charité authentique, source de joie

La naissance de Jésus a débuté ainsi, par un simple geste de charité ; la charité authentique est toujours le fruit de l’amour de Dieu, poursuit l’évêque de Rome. Selon lui, la visite de Marie à Élisabeth nous prépare donc à bien vivre Noël, en nous transmettant « le dynamisme de la foi et de la charité, œuvres de l’Esprit Saint ».
Se détourner de soi et regarder les autres

« Un dynamisme plein de joie, comme nous le voyons dans la rencontre entre les deux mères, hymne de joie et d’exultation dans le Seigneur, qui fait de grandes choses avec les petits qui lui font confiance », a conclu le Pape avant d’appeler chacun à vivre un Noël « extraverti », au sens où il ne doit pas être centré sur notre « moi », mais sur le « Tu » du Christ et de nos frères...

Après avoir récité la prière de l’Angélus, le Pape François a eu une pensée pour toutes les familles sur le point de célébrer Noël aux quatre coins du monde, mais aussi à toutes celles et ceux qui vivent loin de leurs proches. « Beaucoup de personnes n’ont pas la possibilité d’être en famille, pour différentes raisons ; et aujourd’hui, je voudrais m’adresser d’une manière particulière à tous ceux qui sont loin de leur famille et de leurs terres. Notre Père céleste ne vous oublie pas et ne vous abandonne pas », a garanti le Pape rappelant que « les portes de la communauté chrétienne sont ouvertes, Jésus est né pour tous et donne à tous l’amour de Dieu ».

(Avec V. N.)

Mercredi 19 Décembre 2018

« Noël est la victoire de l’humilité sur l’arrogance, de la simplicité sur l’abondance, du silence sur le vacarme, de la prière sur ‘mon temps’, de Dieu sur mon ego ». Ce mercredi 19 Décembre, lors de l’audience générale, le Pape a interrompu son cycle de catéchèses sur le Notre Père, pour évoquer le sens de la fête de la Nativité afin de mieux s’y préparer. Il s’agit d’ouvrir son cœur aux surprises de Dieu et non de céder au « vacarme du consumérisme ».

Les sapins, les décorations et les lumières nous rappellent que cette année encore il y aura fête. « La machine publicitaire nous invite à échanger des cadeaux nouveaux pour se faire des surprises », mais est-ce vraiment cette fête que veut Dieu, s’interroge François. Pour apporter un élément de réponse et découvrir « les goûts de Dieu », le Pape revient au premier Noël de l’histoire, plein de surprises. Qu’il s’agisse de Marie, « vierge qui sera mère », ou de Joseph, « un père d’un fils sans l’avoir généré », Noël a apporté dans leur vie des changements inattendus. Le Pape invite les fidèles à ouvrir, eux aussi, leurs cœurs au Seigneur.

En ce premier Noël, c’est dans la nuit que survient « la plus grande des surprises » : « le Très-Haut est un petit bébé et la Parole de Dieu est un enfant, "incapable de parler" ». Il est accueilli non pas par les autorités ou des ambassadeurs, mais par de simples bergers qui, avertis par les anges, accourent sans attendre. Ainsi, poursuit le Pape, « Noël est la célébration de l’inédit de Dieu, ou mieux encore, d’un Dieu inédit qui renverse nos logiques et nos attentes ».

Vivre Noël, c’est accueillir sur terre les surprises du ciel, se laisser bousculer par les surprenantes nouveautés de Dieu. Or « Jésus n’offre pas la tiédeur rassurante d’un feu de cheminée, mais le frisson divin qui secoue l’histoire ». Le Pape rappelle que Noël est « la revanche de l’humilité sur l’arrogance, de la simplicité sur l’abondance, du silence sur le vacarme, de la prière sur mon temps, de Dieu sur mon ego ». Célébrer Noël consiste à faire comme Jésus, descendu pour se mettre au service de ceux qui en ont besoin. C’est faire comme Marie qui se fie docilement à Dieu et faire comme Joseph qui se lève pour réaliser la volonté de Dieu qui lui parle dans le silence de la nuit. « Célébrer Noël, c’est préférer la voix silencieuse de Dieu aux vacarmes du consumérisme ».

Malheureusement, constate le Pape, on peut se tromper de fête et préférer à la nouveauté du Ciel la routine de la terre ! Il exhorte les fidèles à ne pas faire de Noël « une fête mondaine » et à ne pas mettre de côté « le Roi de la fête ». Il les invite ainsi à se recueillir en silence devant la crèche, à veiller en priant plutôt que de se laisser entraîner sur la voie des futilités.

En guise de synthèse, le Pape François conclut enfin en recommandant à chacun de suivre les enseignements de Joseph qui donne de l’espace au silence ; de Marie qui a confiance en Dieu et lui dit : "Me voici" ; et de Jésus qui se fait proche de celui qui est seul, du pauvre, afin à notre tour de « trouver, à la suite des bergers, la lumière dans la pauvre grotte de Bethléem ! »

Cette audience était la 43ème et dernière de l’année 2018 ; le Pape François a rencontré 560 500 personnes pendant ces 43 audiences. La reprise des audiences générales est fixée au 2 janvier 2019.

(Avec V. N.)

Dimanche 16 décembre 2018

En ce troisième dimanche de l’Avent, le Pape s’est arrêté sur la joie suscitée par la présence du Christ citant le verset 14 du prophète Sophonie. « Pousse des cris de joie, ô fille de Sion !Lance un cri de triomphe, ô Israël !Réjouis-toi, exulte de tout cœur, ô fille de Jérusalem ».

Ainsi par cette présence, pour le peuple, la tristesse et le découragement ne sont plus une raison, mais tout suscite une gratitude joyeuse envers Dieu, qui veut toujours racheter et sauver ceux qu’il aime, explique le Pape. Car l’amour du Seigneur pour son peuple est incessant : « Il se réjouira pour vous, il vous renouvellera avec son amour, il exultera pour vous avec des cris de joie » (v. 17), rappelle le Pape François.

Un appel à la joie particulièrement approprié à l’approche de Noël. Et le Souverain pontife d’ajouter que ce message trouve toute sa signification lors de l’Annonciation à Marie, relatée par l’évangéliste Luc. Les paroles adressées par l’archange Gabriel à la Vierge font écho à celles de Sophonie : « Réjouis-toi, plein de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28).

C’est dans un village reculé de Galilée, dans le cœur d’une jeune femme inconnue du monde, que Dieu allume l’étincelle du bonheur pour le monde entier, résume le Saint-Père, avant de poursuivre : « Aujourd’hui, la même proclamation s’adresse à l’Église, appelée à accueillir l’Évangile pour qu’il devienne chair et vie concrète » : « Réjouis-toi, petite communauté chrétienne, pauvre et humble mais belle parce que tu désires ardemment mon Royaume, parce que tu as faim et soif de justice. Tisse patiemment la paix, ne poursuis pas les puissants en devoir mais reste fidèlement près des pauvres. Ainsi tu n’auras peur de rien, et ton cœur sera dans la joie ».

Aujourd’hui aussi, saint Paul nous demande de ne nous inquiéter de rien, mais de faire en sorte de présenter à Dieu nos demandes, nos besoins, nos préoccupations « avec des prières et des pétitions » (Ph 4,6). « Aucune inquiétude, aucune peur ne pourra jamais enlever la sérénité qui vient de savoir que Dieu guide toujours nos vies avec amour. Même au milieu des problèmes et des souffrances, cette certitude nourrit espoir et courage », ajoute le Successeur de Pierre, nous enjoignant à nous remettre en question afin d’accueillir au mieux cet invitation du Seigneur à la joie.

« Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10). Cette question est la première étape de la conversion que nous sommes invités à franchir en cette période de l’Avent, conclut-il.

Après l’Angélus, le Pape François a brièvement évoqué le Pacte mondial pour des migrations sures, ordonnées et régulières, approuvé le 10 décembre à Marrakech. « J’espère qu’à travers cet instrument, la responsabilité, la solidarité et la compassion, face à ceux qui ont quitté leur pays pour des motifs divers, pourront opérer », a-t-il déclaré. Le Vatican soutient ce pacte de manière appuyé, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, s’étant rendu sur place à Marrakech.

(Avec V. N.)

Mercredi 12 décembre 2018

Dans le cadre de l’audience générale de ce mercredi matin, tenue en Salle Paul VI, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur le Notre Père, en centrant sa méditation sur le thème : “Une prière qui demande avec confiance”.

« La prière du “Notre Père” plonge ses racines dans la réalité concrète de l’homme », a expliqué le Pape. Demander le « pain quotidien » est une demande « simple mais essentielle », qui montre que « la foi n’est pas une question décorative, détachée de la vie ».

La prière commence là où il y a un homme « qui a faim, qui pleure, qui lutte, qui souffre et qui se demande “pourquoi” ». Jésus, dans la prière, « ne veut pas éteindre l’humain, ne veut pas l’anesthésier », mais il veut au contraire que « toute souffrance, toute inquiétude, s’élance vers le ciel ».

Prier s’apparente à un cri comme celui de l’aveugle Bartimée qui dans l’Évangile supplie Jésus d’avoir pitié de lui. Le Christ lui redonne la vue en lui disant : « Ta foi t’a sauvé ». La chose décisive pour sa guérison a donc été « cette prière, cette invocation criée avec foi », malgré tous ceux qui lui intimaient de se taire.

La prière de supplication a autant de valeur que la louange gratuite, a expliqué le Pape. « Dieu est le Père, qui a une immense compassion pour nous, et veut que ses enfants lui parlent sans peur. Nous pouvons donc tout lui raconter, même les choses qui dans notre vie demeurent faussées et incompréhensibles. Et il nous a promis qu’il serait avec nous pour toujours, jusqu’au dernier des jours que nous passerons sur cette terre », a conclu le Pape François.

Dans ses saluts aux différents groupes présents, le Pape a évoqué la fête de Notre-Dame-de-Guadalupe, ce 12 décembre, à l’occasion de laquelle il célèbrera ce soir à 18h une messe en la basilique Saint-Pierre.

En s’adressant aux pèlerins polonais, François a particulièrement confié à Notre-Dame-de-Guadalupe « ceux qui sont en attente de la naissance de leurs enfants. Saint Jean-Paul II a recommandé à Sa protection maternelle la vie et l’innocence des enfants, surtout de ceux qui courent le danger de ne pas naître. La Madonne de Guadalupe, on voit qu’elle est enceinte : elle attend le Sauveur, a remarqué le Pape François, en sortant de son texte. Par Son intercession, en ce temps d’Avent, implorons le don de la fécondité pour les familles sans enfants, le respect pour la vie conçue et l’ouverture des cœurs aux valeurs de l’Évangile », a exhorté le Saint-Père.

Suite à la fusillade survenue mardi soir sur le marché de Noël à Strasbourg, qui a fait au moins 3 morts et 12 blessés, le Pape François a fait parvenir un message de condoléances à Mgr Luc Ravel, l’archevêque de la ville alsacienne.

Voici le texte intégral de ce texte signé, comme c’est l’usage protocolaire, par le cardinal-Secrétaire d’État Pietro Parolin :

« C’est avec tristesse et préoccupation que Sa Sainteté le Pape François a appris l’attentat perpétré hier soir au marché de Noël à Strasbourg et qui a fait plusieurs victimes. Le Pape François exprime, encore une fois, sa ferme condamnation contre de tels actes. Il manifeste sa compassion en particulier aux familles affectées et à toutes les personnes touchées par cet attentat, les assurant de sa prière. Alors qu’il confie les défunts à la miséricorde de Dieu, le Saint-Père a une pensée spéciale pour les professionnels et les volontaires qui prennent soin des personnes blessées. En gage de consolation, il implore l’abondance des bénédictions divines sur les victimes, sur ceux qui les assistent et sur tout le peuple français. »

(Avec V. N.)

Dimanche 9 Décembre 2018

En ce deuxième dimanche de l’Avent, le Pape François rappelle les exigences de conversion nécessaire à la préparation de la venue du Seigneur : reconnaître les vides à combler dans notre vie, pour aplanir les aspérités de l’orgueil et faire de la place à Jésus qui vient.

Depuis la fenêtre des appartements pontificaux, surplombant une place Saint-Pierre inondée de soleil, le Pape François a expliqué aux fidèles comment attendre concrètement la venue du Seigneur. Le Saint-Père a commenté l’Évangile de Luc qui « présente la figure de Jean-Baptiste qui “parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés” » a déclaré le Saint-Père. Pour donner de la substance à l’attente du Seigneur, il faut entreprendre un chemin de conversion. Le Pape évoque ainsi la prophétie d’Isaïe citée par l’évangéliste : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées. »
S’ouvrir aux autres...

Quelles sont donc les exigences de conversion auxquelles invite Jean-Baptiste pour préparer le chemin au Seigneur qui vient ? D’abord, explique le Pape, nous sommes appelés à « combler les vides (de notre vie) produits par la froideur et l’indifférence, en nous ouvrant aux autres avec les sentiments qui étaient ceux de Jésus, c’est-à-dire la cordialité, l’attention fraternelle qui prend soin des nécessités de son prochain. » Il convient pour le Saint-Père d’avoir une attention spéciale à ceux qui sont le plus dans le besoin.

Ensuite, poursuit-il, « il faut aplanir les nombreuses âpretés causées par l’orgueil et l’arrogance » en accomplissant des gestes concrets de réconciliation -ce qui n’est pas facile, convient-il. Il faut également demander de pardon pour les fautes commises. La conversion ne pourra être complète que si elle conduit « à reconnaître humblement nos erreurs, nos infidélités et nos manquements. »

Le croyant « est celui qui, en se mobilisant pour son prochain, comme Jean-Baptiste ouvre les routes du désert, c’est-à-dire qu’il indique des perspectives d’espérance même dans des contextes existentiels accidentés, marqués par la défaillance et l’échec ». Le Pape invite alors à ne pas se rendre face aux situations négatives de renfermement et de refus : « nous ne devons pas nous laisser assujettir à la mentalité du monde, parce que le centre de notre vie est Jésus et sa parole de lumière, d’amour et de consolation ».

Le Pape ajoute que Jean-Baptiste invitait à la conversion avec « force, vigueur et sévérité » mais qu’il savait aussi écouter, accomplir des gestes de tendresse et de pardon envers ceux qui demandaient pardon et souhaitaient se faire baptiser. Son témoignage de vie a réussi à réveiller les attentes et les espérances du Messie, depuis longtemps assoupies.

« Aujourd’hui encore, les disciples de Jésus sont appelés à être ses humbles mais courageux témoins pour rallumer l’espérance, pour faire comprendre que malgré tout, le règne de Dieu continue à se construire jour après jour avec la puissance de l’Esprit saint ». Le Pape a prié la Vierge Marie, pour que par son intercession, nous préparions jour après jour le chemin du Seigneur « en commençant par nous-même » ; qu’elle nous aide « à répandre autour de nous, avec une patience tenace, des graines de paix de justice et de fraternité » a conclu le Pape.

(Avec V. N.)

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