Patte folle ou jambe lourde


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samedi 1 juin 2019
Diocèse de Martinique

Si l’Esprit-Saint faisait de la politique, il ne serait ni conservateur, ni centriste, mais réformateur et… traditionnaliste. Ce n’est pas contradictoire ! Le mot Tradition vient de Transmission. Dans une course de relais, un objet avance sans cesse et se transmet de coureur en coureur. Chaque athlète donne le meilleur de lui-même, court à sa façon, sur sa portion de piste, ainsi le relais n’est jamais au même endroit, toujours en mouvement, toujours adapté au terrain, toujours porté par des coureurs différents, mais il demeure intact : on ne change pas de relais ! Les coureurs passent, mais le relais reste !

Il en est de même dans la vie de l’Eglise Catholique : L’Esprit des prophètes fait toutes choses nouvelles. Il est le promoteur d’une nouveauté permanente, d’un renouvellement incessant, d’âge en âge, dans la fidélité à l’Évangile… qui, lui, ne change pas. C’est pour cela que l’Eglise est une société à la fois réformatrice et traditionnaliste. Les deux mots sont complémentaires ! Un réformateur qui n’a rien à transmettre ne serait qu’un dangereux révolutionnaire ; un traditionnaliste qui n’évolue pas avec son temps est un conservateur de musée, une momie.

Dans l’Esprit-Saint, l’Eglise Catholique avance sur ses deux jambes : Tradition et Charisme !

Sa Tradition, c’est l’Évangile, la Bonne Nouvelle, toujours… « nouvelle ». Pour la conserver, on la transmet de génération en génération par des us, des coutumes, des enseignements, des doctrines, des livres et des rites divers. Depuis 2000 ans (ce n’est pas le moindre des signes de l’action de l’Esprit parmi nous !), nous, Catholiques, avons réussi à conserver intact, malgré nos failles et les périls des temps, l’enseignement de Jésus ! Les combats n’ont pas manqué : les soixante-huitards ont bien tenté, prétextant le Concile Vatican II, de scier la branche des traditions qui les avait portés. Nos frères séparés vilipendent régulièrement nos traditions qui ont pourtant permis que l’Évangile leur parvienne. Comment seraient nées leurs communautés il y a quelques dizaines d’années ? L’exemple des uns et des autres montre que, quand il n’y a pas la stabilité de la Tradition, la jambe réformatrice est une « patte folle » qui part dans tous les sens.

La seconde jambe de notre Eglise est le Charisme, c’est-à-dire l’action d’édification permanente de l’Esprit-Saint. Les temps, les hommes, les mentalités, la culture, la technologie, les sociétés changent. Et, en ces temps qui sont les derniers, les changements sont rapides et profonds. Ici, il faut reconnaître que, pour diverses raisons, et malgré le chemin prophétique de Vatican II, des pans entiers de l’Eglise Catholique sont en décalage profond avec notre société. Nous n’avons à nous en prendre qu’à nous même ! Si la jambe de l’Esprit-Saint n’apporte pas son dynamisme, celle de la tradition devient lourde et l’Eglise « traîne la patte » !

En Martinique, nous voilà à un de ces carrefours de l’Histoire où il nous faut avoir et le courage de réformer certaines habitudes et l’intelligence de conserver sans corruption nos traditions les plus profondes. A l’ère du numérique et de la crise sociale, sans « retour en arrière », ni « changement pour le changement », il faut s’interroger sérieusement sur la pertinence de l’organisation actuelle des paroisses, des sacristies, des secrétariats, de notre façon de faire le catéchisme, d’accompagner les fidèles, de préparer et de célébrer baptêmes, mariages, 1ères communions et confirmations, de concevoir la mission des prêtres ou celles des laïcs…

Au nom de la MISSION d’annoncer et de faire vivre l’Évangile en Martinique, les structures, les habitudes, les groupes, les mouvements ou les personnes qui ne sauront pas se réformer disparaîtront. Pas question que l’Eglise avance sur une « jambe lourde » ou une « patte folle », l’Esprit l’entraîne à courir vers son Époux qui vient !

+ fr. David Macaire,

Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

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